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Alex ANDERS

BLUE WORDS

Editions EMMA JOBBER

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Celui-là seul connait l'amour qui aime
sans espoir. (Schiller)

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CREATION

Apportez-moi
Un crayon
Des cigarettes
Une bouteille de n'importe quoi
Pourvu qu'ça soit fort
Et, j'allais oublier
Du papier hygiénique,
Faut qu'j'écrive un PEAU-AIME...

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A... COMME...

A... comme Amour


B... Beauté
C... Connerie
D... Destin
E... Egérie
F... Féerie
G... Gueuse
H... Honte
I... Inutilité
J... Joie
K... Képi
L... Loi
M... Mort
N... Nudité
O... Ordure
P... Prostitution
Q... Qualité
R... Richesse
S... Solitude
T... Terre
U... Union
V... Vie
W... Wagon
X... Xérès
Y... Yacht
Z... Zéro
Chaque lettre est une évocation
Chaque mot une contestation
Chaque phrase une fascination...

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VULGUS DEUS

T'en fais pas, c'est rien ça


C'a toujours été comme ça
Et puis on en a plein le dos
On est comme on est sot
Chienne de vie
Il fait pas beau
Aujourd'hui avec leurs saloperies
C'est pas un temps d'hiver
La vie est chère
Demain y f'ra mou
On fait pas c'qu'on veut dans la vie
Comment kess qu'tu dis ?
J'm'en fous...

N'est-ce pas, sans doute et après ?


C'est sans queue ni tête
Ca alors, c'est complètement idiot
Complètement louf, dingue, barge
Ce Vulgus Deus !
Ah ! Tu crois ?
Sûr, mon pote, et après ?
J'm'en fous...
Pauv'typ', c'est toujours les meilleurs
Qui s'font la malle
Qu'est-ce t'en penses ?
Dis, l''arsouille ?
J'pense pas, ça fatigue...
Arrêtez c'massacre, mais arrêtez, vingt dieux !

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Non, vas-y Charlot !
Aux chiottes l'arbitre !
Vive moi ! A bas les autres !
Mords-lui la cuisse, t'auras l'os !
T'es belle Adèle...
Et chauffe Marcel...
A l'aise Blaise...
Mais c'est nul et vulgaire, tout ça !
J'm'en fous...

Noooon, noooon, extra-super génial !


M'en mettrez zun kilo
Ca f'ra combien avec la TVA ?
Et comment ça va chez vous ?
Mes zamitiés à Madame...
J'ai mal aux pieds
T'as un pot d'cocu
Un bol terrible
Coup d'cul c'est tout
Et moi toujours eu la poisse
Jamais gagné au Loto
Au plaisir de vous r'voir M'ssieu Victor
Belote, rebelote et dix de der
C'est à qui d'faire ?
Le 3, le 6 et le 9 dans l'ordre
J'ai le 5, le 7 et le 12 dans l'désordre
Y a pas d'petits profits
L'argent n'a pas d'odeur
Et pis surtout un chou c'est un chou
Par les temps qui courent
Au prix où est l'beurre

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Et même la sal'té d'margarine
Pensez ma bonne dame
La grande distribution elle tue l'petit commerce
Tous les gros, tous des salauds
Ca s'sucre toujours sur l'dos des p'tiots
On va s'en j'ter un rouquin
Chez l'Totor, allez viens
Juste histoire de s'rincer la dalle
On bosse, on trime, on turbine
On dételle pas, on décroche pas
Ah, M'ssieu Victor si vous zétiez encore là
Vous en causeriez aux gens
Dans vos grands machins en vers
Et eux, y vous zécouteraient
Z'êtes pas comme eux M'ssieu Victor
T'nez, Jojo, c't'une brute
L'a pas d'culture
Laissez courir
Laissez pisser l'mérinos
Salauds ! Chameaux ! Poivrots !
Moi, j'm'en fous...

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LA LONGUE COURSE

Courir après les aiguilles du temps


Courir après la fin d'une journée
Courir après l'autobus cent
Courir dans le métro bondé
Dans la rue
Dans la vie
Courir, toujours courir
Il nous faut courir, courir et encore courir...

Courir après les aiguilles du désir


Courir après la fin du plaisir
Courir derrière une belle femme
Et se mettre tout feu tout flamme
Dans la rue
Dans la vie
Courir, toujours courir
Il nous faut courir, courir et encore courir...

Courir après les folies de la nuit


Courir après la fin de l'oubli
Courir dans ta vie
Courir dans ma nuit
Dans la rue
Dans un lit
Courir, toujours courir
Il nous faut courir, courir et encore courir...

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CLOCHARD D'ETERNITE

Il git dépoitraillé
La joue au sol, les cheveux dans la poussière
Heureux sur sa flaque de lumière
Une chemise en loques couvre difficilement
Ses faibles épaules d'enfant
Lâchement abandonné
Un vieux jean sale
Une paire de sandales
Il dort sur son rêve de lumière
Sur son tapis de misère...

Toi bourgeois bedonnant


Redondant, ergotant
Que ton mépris et ton dégoût
Ne le fasse pas sursauter
Et toi, flic cancre las
Que ta matraque et tes coups
N'atteignent pas
Ce clochard d'éternité
Mon ami, ton frère,
Qui gît à terre.

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ADOLESCENT

Debout sur la montagne en déroute


L'adolescent regardait l'horizon vert
D'éternelle espérance
Il avait beaucoup changé sans doute
Depuis le dernier hiver
D'insondable insouciance
Comme l'oiseau sur la branche
Aux plumes multicolores
D'immuable incertitude
Devra s'envoler dimanche
Rejoindre l'alligator
De vague multitude
Près du lac jaune citron
Rempli des flots de larmes
D'improbable amertume
Baigne l'adolescent jusqu'au fond
De sa troublante âme
D'insupportable importune...

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HOMME

Homme, sinistre petite crapule


Loin de tout scrupule
Qui se croit irremplaçable
insurpassable, Inimitable
Pauvre crétin qui croit avoir des idées
Qui rabâche des platitudes mille fois tournées
Et retournées, usées, trahies, vilipendées
Cache-la donc ta VIE gâchée
Avec son gros tas de petites tâches blanches
Sans la moindre importance
De petites besognes alimentaires
De petites amours fessières
De petites amitiés particulières
De petites vacances inutiles
Et de grandes torpeurs imbéciles
Avec son flot ininterrompu
De mauvaises romances perdues
D'herbe, cigarettes et whisky
De mauvais films sexy
En minables bars enfumés
De tiercé en télé
De train de banlieue bondés
En métro malvoisine
De bureau en usine
De café au lait au lit
En thé de Chiang Li
De pucelles
En femelles

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D'été en hiver
Et d'automne en printemps
De ton premier pas lent
A ton tout dernier découvert.

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GRISERIE

Etre ce que l'on n'est pas


Vivre comme on ne voudrait pas
Faire ce qu'on ne pourrait pas
Sourire ici faire rire là
Jouer les clowns fous
Et ramasser des clous
Quand le rideau est tombé
Etre apprécié
De personne en particulier
Vivre sur des paraître
Et surtout vivre paraître
Alors qu'on est déjà mort vivant
Dans un factice qui plait tant.
Tout cela ne signifie rien
Rien du tout bien vain
Toujours il faut rire-s'amuser
Et surtout s'amuser-rire
Vivre
Parce qu'on est censé se divertir
Et profiter
Parce qu'on est censé
Vivre.
Se plonger dans le grand tourbillon
Il faut tout savoir oublier
Savoir encaisser effacer
Tout même les gnons
Même si le clown dérange
Quelque chose en lui change

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Le spectacle doit continuer
Il s'entend rire-s'amuser
Et faire rire les imbéciles impassibles
JOUER
Il se voit se haïr crier
Non, c'est impossible
Alors, au moins se taire
Impossible aussi, imaginez
Les têtes consternées
Alors il continue
La tête dans les étoiles nues
Grisé par les clameurs
Ravies des rieurs...

Se griser, se saouler, s'anesthésier


De rires, de cris et de bruit
C'est tout ce qu'il lui est resté
Avec son mépris la nuit

Et puis et puis
Tristesse, griserie et mépris
Mépris, griserie et tristesse
Griserie, tristesse et mépris.

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HOW MANY TIMES

Combien de fois faudra-t-il crier à la nuit


Et partir sous la pluie
Dans la brume et le froid
De ces petits matins sans joie

Combien de fois faudra-t-il se tromper


Et attendre et espérer
Sans comprendre la raison
Ni la rime, ni la saison

Combien de fois faudra-il s'étendre


Et attendre et espérer
Sans jamais s'attendre
A ce que tout pourrait changer

Combien de fois faudra-t-il écouter


Et entendre des propos inutiles
Combien d'inepties à avaler
Et de chansons imbéciles

Combien de fois faudra-t-il s'humilier


S'échiner et se vautrer
Combien de temps faudra-t-il patauger
Et traîner dans ce merdier ?

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AVEU

Tu sais, tout ça, c'est pas drôle


On va, on vient, on bosse
Sans arrêt, sans souffler
On court ici là
Après quoi ?
On voit des gens qu'on connait pas
On les croise
On les bouscule
On leur parle
On les serre dans ses bras
On les quitte on les oublie
Et on remet ça
On repart on recourt
C'est d'un triste...

Moi, je ne trouve pas


La vie que nous menons est plutôt drôle
« Chacun pour soi »
Et toujours à fond la caisse
Quoi de mieux
Tu as tout ce que tu veux...

Et l'amour ?
Non, le plaisir
Et les bienfaits du confort ?
Non, l'avachissement
Et la culture ? Et la technique ?
Et notre civilisation ? Et notre mode de vie ?

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Et notre p'tit bonheur dont on s'moque
Mais qu'est toujours bon à prendre...

Tu dois avoir raison...

Mais faudrait pas oublier


Les guerres
Les haines
Les morts
Les luttes
Les rivalités
Les racismes
Les faims
Les soifs
Les tares
Aucune importance, cela ne nous concerne pas...
Oui, mais la vie, elle est moche que j'te dis...

Pas pour moi


Je me laisse porter je jouis
Je vais jamais chercher midi à quatorze heures
Pourtant c'est moche et bête et sale et méchant
Que j'te dis...
Tu as peut-être raison
Mais à quoi ça sert de toujours vouloir tout
Comprendre ?
Ca sert à te faire perdre la boule
Tu vois
Oui, mais personne ne connait personne
Personne n'aime personne
Personne n'aide personne

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Personne ne se soucie de personne
Et alors ?
Dis-donc, toi, tu connaîtrais pas
Par hasard un mur
Plus dur
Que mon crâne
Ca pourrait servir
Des fois...

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PETITE PRINCESSE DE MES PENSEES

Quelques vers
(Avortons de poésie)
Quelques lignes
(Sans valeur aucune)
Quelques mots
(Usés jusqu'à la corde)
Quelques rêves
(Inexprimés)
Quelques sourires
(Instantanés)
Mes joies
(Superlatives)
Mes peines
(Secrètes)
La douceur d'un baiser
(Dérobé)
Quelques fleurs
(Oubliées)
Une musique
(Déchaînée)
Je dépose tout cela à vos pieds
Petite princesse de mes pensées.

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RELATION

La relation lubrique
Du hamster
Et de sa cage
Va
Jusqu'à
Lui en faire
Sucer les barreaux.

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IL SE PASSE QUELQUE CHOSE
N'EST-CE PAS ?

Tu as beau essayer
Tu ne comprends pas
Il se passe quelque chose n'est-ce pas ?
Mais tu ne sais pas ce que c'est

Finalement tu te tais et tu oses écouter


Un crasseux
Te crier
Quelle impression
A-t-on
Lorsqu'on est aussi hideux ?

Tu voulais te faire aimer


Peu importait le lieu
Pourvu que l'on puisse te montrer
Le chemin des cieux

Tu as demandé : « Tu m'aimes ? »
Rien ne t'a répondu
Juste l'écho distordu
Te répétant : « Tu m'aiaiaiaimes... »

Les verres sont fatigués


Les héros vidés
Se sont écroulés épuisés
Tu te sens abandonné

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Un maquignon baveux
Tend une main vers ton croupion
Il te faudrait lui crier
Lui hurler
Quelle impression a-t-on
Lorsqu'on est aussi hideux ?

Mais toi, tu lui souris


Et quand tout sera fini
Ton héros écoeuré te laissera frustré
Avec un coeur gros à éclater

Et voilà tu as beau essayer


Tu ne comprends pas
Il se passe quelque chose n'est-ce pas
Mais tu ne sais pas ce que c'est.

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MELLOWMAN YACK

Crétin, imbécile abruti


Qui croit aimer la musique
Et qui ne la connait pas
Qui vous balance des paroles
Aussi baroques que pourrissantes
Qui croit comprendre
Et qui explique
Croches
Dièses
Et fadaises
Et se montre
Et se gonfle
Et parade
Et qui finalement ne produit
Qu'une mauvaise interprétation
De piètres bruits...

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JUSTICE

Justice
Divine
Plastique
Aveugle
Injuste
Amibe
Logique
Ne me suce
Les tripes
La couenne
La moelle

Glaive
D'une main
Balance
De l'autre
Que ne trembles-tu
Carcasse
Pleutre
Paillasse
De ne jamais
Faire le poids ?

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QUELQUES LIGNES POUR TOI

La moitié de ce que je dis


N'a pas de sens
Les trois quart de ce que je vis
Ne sont pas denses
Mais je ne parle et n'agis
Que pour te rejoindre mon amie

Je crierai pour toi


Je chanterai pour toi
Je ferai n'importe quoi
Pour toi
Mais cela ne servira à rien
Je reste dans mon coin
Que faire dis-moi
Pour t'atteindre toi ?

Quelquefois je me sens si las


Que je ne sais plus quoi penser de ça
Tu me sembles si lointaine
Et ma vie si malsaine
Qui n'est que mensonges, rêveries
Pirouettes et tricheries...

Je traine ma carcasse
Le long de rues d'angoisse
Ton image partout m'obsède
Et je ne me reconnais plus

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Dans toute cette eau tiède
Je ne me retrouve plus
Que dans l'insensé
Je voudrais que tout soit achevé
Car je crois
Que je deviens fou de toi
Je tends les mains la nuit
Comme pour te saisir pauvre abruti
Que faire dis-moi
Pour te rejoindre toi ?

Un jour sûrement viendra


Le ciel teindra
De rouge l'aurore
Comme celle de l'oiseau mort
Ma tête éclatera
Et je m'écraserai à la fin de ce combat
Oui, je sens que ce jour viendra
Si je ne peux pas aller jusqu'à toi
Si je ne peux pas t'atteindre toi
Si je ne peux pas te rejoindre toi.

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NOËL

Joyeux Noël, Madame


Joyeux Noël, Monsieur

Merci à vous, Monsieur


Mes hommages, Madame

Va-t-en, bête infâme


Casse-toi, sale gueux !

Merci à vous, Madame


Mes hommages, Monsieur...

Une tit' pièce, Monsieur


Un p'tit sou, Madame

Pour ceux qui n'ont pas d'âme


Pour les nécessiteux...

Dieu vous le rendra, Madame


Au centuple, Monsieur

Joyeux Noël, Monsieur


Joyeux Noël, Madame

Et meilleurs voeux
A vous deux !

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LES PECUNIOT

Madame Pécuniot faisait son marché


En pensant à la robe qu'elle allait acheter
Elle se dit
Dieu que la vie est chère !
Au passage elle acheta un journal
Elle y vit des crimes, du sang, du mal
Elle se dit
Dieu que la vie est laide !
Elle pensa à son mari
Elle en vit d'autres comme lui
Voutés, mal rasés, le regard gris
Elle se dit
Dieu comme les hommes sont vilains !
Alors elle s'offrit un journal
Sentimental
Où tous les hommes sont tendres et câlins...

Monsieur Pécuniot partait à son bureau


En rêvant l'achat de la nouvelle auto
Il se dit
Dieu que la vie est chère
Au passage il acheta un journal
Il y vit des crimes, du sang, du mal
Il se dit
Dieu que la vie est laide !
Il pensa à sa femme
Il regarda d'autres femmes
Usées, fatiguées, le regard gris

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Il se dit
Dieu que les femmes sont imbéciles
Il s'acheta un magazine érotique
Pathétique
Où toutes les filles sont belles et faciles

Et moi, en rond, j'étais en train de courir


En rêvant au steak que je pourrais m'offrir
Si un jour un boucher gentil
Voulait bien me faire crédit
Je me dis
Dieu que la vie est chère
Au passage, j'achetais un journal
J'y vis des crimes, du sang, du mal
Je me dis
Dieu que le monde est beau
Je ne pensais à personne
Dans ces rues où l'humain foisonne
Usé, fatigué, le regard gris
Je me dis
Dieu que les gens sont beaux !
Pour rêver je raflais un bouquin d'horreur
Plein de monstres et de vampires à faire peur !

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LA BOITE A IMAGES, CHANSONS ET
PAROLES

Abomination première
Le regarde l'oeil de verre
De la boîte à images, chansons, paroles
Et ras le bol
Il se lève et crie
Il souffre de l'infernal délit
Qui lui colle à la vie
L'englue dans le bruit
Le retient dans l'ennui
Avec un gros marteau
Il frappe la boîte aux mots
Il pense
A sa délivrance
Mais il a mal
De plus en plus mal
Il se précipite vers son miroir
Sa tête quadrangulaire n'est pas belle à voir...

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WESTERN

Un canon scié entre les dents


Le cow-boy marchait devant
La mégère sous son chapeau
Gardait au frais les pensées d'Mao

Passant près d'une fleur carnivore


Le gars y laissa un grand sac d'or
Deux jambes, un bras
La langue et trois doigts

La harpie ricana
En coupant la tige avec deux doigts
Puis elle se mit à broyer
La plante entre ses mâchoires d'acier

Tu vois ce qui t'attend


Fit-elle en écumant
Dommage que cette saleté
Ait de mon plaisir déjà bouffé la moitié...

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PIETINEMENTS

Tous ces gens


Qui s'ignorent en piétinant
Ce peuple lent
Et moi qui marche en pénitent
Sans le savoir
Dans la tête de quelqu'un au désespoir

Un flot passe puis s'arrête


La lumière est rouge puis verte
Je voudrais bouger
J'aimerais crier
Mais ma voix reste muette
Dans le flot qui passe et s'entête

Où allez-vous Monsieur ?
D'où venez-vous Monsieur ?
Je n'en sais rien
Un jour s'ajoute au lien
Je vis
Je croupis
Je ne vois rien
Je ne sens rien
Qu'un grand froid qui ne glace l'échine
Parmi tous ces gens qui piétinent
Qui se déroulent
Et s'écoulent
Interminables
Abominables.

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DANS MA MEMOIRE

Aussi loin que dans ma mémoire


Je puisse aller et revoir
Il ne me reste rien
Et au fond c'est très bien

Ce jour-là c'était la course


Dans le désert
Sous la Grande Ourse
Des temps amers
Sur le bord d'une route
La pluie et le doute
M'inondaient
Les voitures du mépris passaient
Les flics sont arrivés
Et la suite s'est dissipée

Ce soir-là le ciel brûlait


Et sur le trottoir
Une fille broyait
Mollement du noir
Barbus et chevelus
Ils cheminaient mal vêtus
Comme une traînée de fourmis
Qui s'en va vers l'oubli
Je me suis envolé
Et la suite s'est dissipée

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Cette nuit-là la fumée était épaisse
Et dans le bel assommoir
Commençait l'ivresse
Volée à l'herbe d'espoir
Comme un dément
Yeux clos, tête ballante
Ravi du kif clément
De ma bouffarde brûlante
Je tirais à pleins poumons la fumée
Puis je me suis envolé
Et la suite s'est dissipée

Ce matin-là le ciel
Et le soleil nous transfiguraient
Atteignant l'irréel
Je jouais et je rejouais
Une pièce dont j'étais l'acteur
Un rôle dont j'étais l'auteur
Quand arriva le noir
Je brisai le miroir
Puis je me suis détaché
Et la suite s'est dissipée

Aussi loin que dans ma mémoire


Je puisse aller et revoir
Il ne me reste rien
Et au fond c'est très bien.

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RIMETTES

Clarinettes
Hectorinettes
Tinettes
Manettes
Dinettes
Boudinettes
Minettes
Putinettes
Midinettes
Chaussinettes
Nénettes
Bullinettes
Baisinettes
Latrinettes
Majorinettes
Tétinettes
Tapinettes
Patinettes
Marinettes
Tépanettes
WCnet...

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LE FEU

Il fait froid dehors


Il fait chaud dedans
La ville est vide
La maison pleine d'obscurité glacée

Il grelotte
Il bat la semelle
Il tourne en rond
Il dort mal dans son lit

Il cherche dans la maison


Mais ne trouve rien
Quelques allumettes
Un frottoir usé
Mais ni bois ni papier

Il a froid
Un hiver se passe
Puis un autre
Et encore un autre
Il est malade
D'avoir vécu sans...

FEU...

Et voilà qu'il découvre que sa voisine a du bois


Marie, dit-il, fais-moi du feu
Je suis vieille et fatiguée répondit celle-ci

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Mon bois est tout pourri
Marie réchauffe-moi qu'il lui dit
Mais j'ai plus d'allumettes
En voilà mais pitié fais-moi du feu
Elle peine s'échine en vain
Je ne peux pas lui dit-elle enfin
Va voir la p'tite Marie
Son bois est sec et dur

Tite Marie pleure-t-il à sa porte


Fais-moi du feu
Je ne suis pas ta servante
Alors viens chez moi
Tu auras ma grande cheminée
Qui tire bien mieux que la tienne
Tu pourras faire un magnifique brasier
Viens, p'tite Marie, viens lancer la flambée

Tite Marie accepta


Et jamais ne regretta
Mais peu charitable elle trouva
D'avoir si longtemps refusé
De prêter son foyer
A tous les rénégats...

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LA NUIT

La nuit
Tout est calme
Et silencieux
Ferme les yeux
Repose ton âme
Réveille-toi
Auprès de moi
Qui rêve là
Entre les bras
De la nuit
Obscurité de safran
Flot d'argent
L'amour vibre doucement
Au fond de ce nuage blanc...

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LE MIROIR

Mon miroir m'a montré un individu


Dont la vue m'a beaucoup plu

Je me suis coiffé
Je me suis habillé
Je me suis rasé
J'étais satisfait

La journée a passé
J'ai écrit, j'ai mangé, j'ai pensé

Je me suis payé
Trois kilos de baisers
Je me suis piqué à la tétralycide
Pour avoir l'expérience du vide

Alors mon miroir m'a montré un individu


Dont je n'ai pas pu supporter la vue.

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QUEL DRAME MADAME

Quel drame
Madame
Tous ces gens
Tous ces enfants
Mal nourris
Tout pourris
Rabougris
Sans habits
Quel drame
Madame
Ces hommes d'argent
Ces êtres de talent
Tout ce qui part en fumée
Tabac, haschich, LSD
Les célèbres
Les pas célèbres
Quel drame
Madame
Et tout cet argent
Gaspillé à tous vents
Et toutes ces mangeailles
Toutes ces victuailles
Dont on s'empiffre
Et que les autres reniflent
Quel drame
Madame
Et ceux qui ne croient en rien
Ceux qui ne pensent à rien

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Ceux qui rêvent en vain
Ceux qui attendent qu'enfin
On mette fin à leur faim
Quel drame
Madame
Les quelques pièces de monnaie
Pour les zindiens les pas frais
Elles ne riment à rien
Face à la grande misère des humains
Face aux désespoirs
Au fond des assommoirs
Quel drame
Madame
Laisser tout tomber
Cela vous ne pouvez
Vous rejoindriez les paumés
Les sans-charité
Les sans foyers
Les sans-pensée
Les sans-papiers
Quel drame
Madame

Oh ! Madame...
Vous nous quittez
Vous vous en allez
Vous fuyez
Sans nous laisser
Votre porte-monnaie
Quel drame
Madame !

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QUI DONC

Qui donc lit encore les poètes


Qui donc écoute leurs sornettes
Qui donc dit autre chose
Que le journal ou radio-machinchose

Qui donc réfléchit encore


Sans ressortir les discours de télévision
Qui donc rêve encore
Sans avaler sa pilule de maxivision

Qui donc s'évade encore


Ailleurs qu'au club Dimiterrant
Qui donc vit encore
Comme les êtres purs d'antan ?

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DEMENCES

Par delà le ciel


Opaline
Démentielle
Flotte la comète purpurine

Tu as beau pleurer, tu as beau faire


Les pattes velues du crapaud
Les crochets de fer
N'arrêtent pas de courir sur ta peau

L'oeil était dans le sombre


Et regardait ta main
Seul et dans l'ombre
Tu n'attendais jamais en vain

Combien de temps
Faudra-t-il courir au néant
Combien de fois
Faudra-t-il mimer la joie

L'immensité du vide
Ne vaut pas l'instant sublime
La monotonie insipide
N'égale pas la mise en abime

Le prof de mathématiques
M'a dit comique
Il n'y a de vrai que le mythe
Encore faut-il qu'il palpite !

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TOI

Toi
Tu déchainerais les flammes
Tant tu es excitante
Et tentante
Et aguichante
Et attirante
Toi
Qui est femme

Tes cheveux sont longs


Et blonds
Tes yeux clairs
Bleus verts

Tout est bon chez toi


Tout est beau chez toi
Tu es Aphrodite
La maudite

Ton passage fait battre les coeurs


Et exciter le malheur
Affoler les désirs
Apaiser les soupirs

Et encore si tu ne bougeais pas


Si tu ne te serrais pas
Si tu ne te coulais pas

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Douce et tendre, si ton corps ne se donnait pas
Dans un élan d'amour
Si ta chair ne se tordait pas
Si ton ventre ne se tendait pas
Si tu ne soupirais pas
Si tu ne haletais pas
A la fin du jour
Si tu n'étais pas toi
Adorable, souriante
Tendre, douce, aimante
Toi.

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TAMBOUR

Viens vite écouter battre le tambour


Ecoute bien
Le bruit divin
Il résonne en toi, te laboure
Ton coeur bat à l'unisson
Ton souffle est coupé
Tu te sens emporté
Sur une vague de sons
Qui dissipe tes pensées
Etouffées épuisées
Plus questions de réfléchir
Ni de choisir
Un camp
Mais de piétiner le champ
D'honneur
Ou d'horreurs
Ni d'écouter
Le tambour vibrer
Le sentir
Grandir
T'engourdir
Et lui obéir.

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ET JE PEUX TOUJOURS

Je peux toujours noircir des pages


Vous pouvez toujours blanchir vos murs
Les taches, les cris, les outrages
Ne s'en seront pas plus durs

La révolte gronde crient les uns


La nouvelle société disent les autres
L'égalité non discriminée crient les uns
Le corps n'est qu'un objet disent les autres

Vive la sexualité libérée


A bas la agoraphobie
Vive la perversité
A bas la démagogie

Démagogues érotiques
Pédagogues politiques
Démagogues révolutionnaires
Pédagogues réactionnaires

Tous vous la pelotez


La masse silencieuse
Tous vous glissez
Des mains insidieuses

Dans les braguettes oublieuses


Vous vous faites tout doux
Et clac, vous serrez d'un coup

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La merdeuse gueuse

Vous étranglez les restes de naïveté moisie


De certitudes, de rêves pourris
D'imagination, de fantaisie
Ou d'indigente poésie

Les zestes survivants


Après le passage du rouleau compresseur
Du médiatique conditionnement
Des Mystères Lobotomiseurs

Merci à vous conformistes


Du non-existentialisme
Merci les inconditionnels
Du string Ras-sur-elle

Merci réactionnaires de la révolution


Et révolutionnaires de la réaction
Va falloir la planifier
L'organiser l'aseptiser

Et moi, je peux toujours noircir mes pages


Et vous, vous pouvez toujours salir les murs
Ils les brûleront mes pages
Ils les blanchiront leurs murs !

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LES BRAS VERS L'AMOUR

Les ombres de la nuit


Se déchiraient en un cri
La chaleur éclatait
Les éclairs zébraient
L'immuable ciel
Le monde voguait vers l'irréel

Le bateau de ma destinée
Roulait abandonné
Sur la mer déchaînée
De mes rêves désordonnés
Et dans le ciel noir
Je cherchais un coin d'espoir

Le sable brûlait mes pieds


Le soleil desséchait ma gorge assoiffée
Des obsessions dansaient devant mes yeux
En ondes de chaleur s'évanouissant peu à peu
Je marchais encore et toujours
En tendant les bras vers l'amour.

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VEVIVA

Viril, il virilise virilement le vermicule


Qui virevolte
Dans la virginité
D'une virgule virtuelle
Un viol de virago
Sur la visée
Visse les victuailles visionnaires
Du viscère
La violence
Voile les violations
Et la vigilance de vigie
De la vierge
Se vide vigoureusement
Et vicieusement
Sans se vexer de cette vengeance
De vestale
Dans le vice d'une vessie vésiculeuse
La viande est vêtue mais veule
Le vil a ses vicissitudes
Que vide la vertu
La vérole de Véronique
La rend verruqueuse
De verrues vertigineuses
Versée aux verts vertueux et versatiles
La verge se vend au ventre verbeux
De la Vénus vautrée
La vie vermiculaire
Vermicelle vénérable

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Vendant son verjus
Par un vérin vermillon et vermiforme
Le vélo vêle un velu vénéneux
Le Vénézuélien eut une vénération vénielle
Mais venimeuse et vénérienne
Car après la vente
Il se vante à un veinard de Vénitien
Pendant que je me viande avec une Varsovienne
La valve de la vamp vaniteuse
Va et vient vanillée variée et vaporeuse
Alors que le vagin vagabondant de la vache
Vacille vers une Walkyrie venteuse
Vivement les vacances
Les vacations
Les vendanges
Les vidanges
Et les vaccins...

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LES BEAUX QUARTIERS

Les rues des beaux quartiers


Sont belles et bien lavées
On marche sur les trottoirs
On se sert des décrottoirs
On sait où poser les pieds
On ne risque pas d'être maculé.

Les rues des mauvais quartiers


Sont sales et mal léchées
On ne traîne pas sur les trottoirs
On ne connaît pas les décrottoirs
On ne sait guère où poser le pied
On se retrouve toujours éclaboussé

Quelqu'un a dit : « Il y a en nous


Toujours la même quantité de boue
S'il ne la porte pas à ses souliers
Où la place-t-on dans les beaux quartiers ?

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LE MENESTREL

Au Cap de Belle Espérance


Eclata la bombe
Et le silence
Arriva en trombe

Il chantait le ménestrel
Qui mettra dehors ce machiavel
Il a tout ce qu'il lui faut
C'est un artiste

Et pas un faux
Braillait le cariste
Tu peux lui piquer tout ce qu'il a
Dans la pluie

Du petit matin parti


Bientôt il sera
Il ne trébuche jamais
Car il n'a pas d'endroit où tomber...

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AU SEUIL DU REVE

Au seuil de rêve, je viendrai m'emmêler


Avec toi
Dans le flot léger
De l'onde
De tout l'amour du monde
Il n'y aura que toi et moi...

Et dans un ciel immense


Une prairie verdoyante
Une source grisante
L'air sera si dense
Qu'il emplira nos poitrines
Comme une promesse divine

Sous un chaleureux soleil


Brasier de folie au bord du sommeil
Nous irons libres et rayonnants
Nous flotterons souriants
Main dans la main
Au royaume du rêve lointain.

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LE VIDE

Le vide ici ou là s'entoure


D'arbres bleus alentour
Qui sortent et s'amplifient
Dans un champ amphibie
Parmi les ferrailles tordues
Et compressées de César Matthew
Une vieille roue affolée
D'une blancheur insoupçonnée
M'aspire en son fond
Dans ce vide félin et félon
Où fermente délectable
La sagesse la folie préférable
La connaissance parangon
L'amibien harpagon
Moléculaire
Et nucléaire
Le grand vide
Promis aux élus
La lumière lucide
Des promus
Le mauve
Le vert fauve
La lumière blanche
D'une histoire qui flanche...

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MON ZOO

Un singe sauteur
Un cobra rageur
Un merle siffleur
Un wapiti voleur
Un imprudent conducteur
Un irrésistible dragueur
Un adorable menteur
Un triste tricheur
Un singe conducteur
Un cobra dragueur
Un merle menteur
Un wapiti tricheur
Un imprudent sauteur
Un irrésistible râleur
Un adorable siffleur
Un triste voleur
Un singe dragueur
Un cobra menteur
Un merle voleur
Un wapiti sauteur
Un singe rageur
Un cobra siffleur
Un merle tricheur
Un wapiti conducteur

Voilà mon zoo hurleur...

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UN OREILLER DE NUAGES

Corolles inclinées
Pétales déployés
Immuable cristallin
Présent ondoyé
Dans les notes sublimes
D'un arpège ultime
Sur les cordes pincées
De la harpe d'airain
Vibrant à l'infini
D'un accord assourdi...

Plus rien ne bouge


Seul le soleil rouge
Tu es là tout près
A Saint Sermin des Près
Tes doigts effleurent ma peau
Papillons légers
Défunt est le passé
Jetés les oripeaux
Rien n'est moins sage
Qu'une tête reposant sur un oreiller de nuages...

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LE SILENCE DE LA NUIT

Point d'aboutissement
Et d'abrutissement
Fatigue énorme de conversion
Ou de diversion
Fuite dans l'usure
Surgissante rupture
Vivre la réalité
Suspendre l'attitude naturelle
Ou superficielle
Scientifique visée
Quel est ce type de vérité
Recherche conceptualisée
Technique
Terrifique
Tuyau de poêle
Et os à moelle
Ramdam, pétarade et bruit
M'empêchent de déguster le silence de la nuit.

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LES PETUNIAS SONT EN FLEURS

Les pétunias sont en fleurs


Les lilas explosent
En bulles et métamorphoses
Pour que s'épanouisse l'odeur...

Les temps changent


Les billets s'engrangent
En multicolores auréoles
Ils dansent la carmagnole

Le fond de l'air est frais


Le soleil est tout doux
Et moi, si je voulais
Je penserais à vous

Les héros fleuris


De la révolution hippie
Les fringants socialistes
De la victoire communiste

Les sangsues sanguinaires


Des révoltes prolétaires
Et les sorcières mercenaires
Des normalisations totalitaires

Je ne suis que l'antipode égoïste


Solitaire et nihiliste...
De l'évolution individualiste

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Des morpions égoïstes

Les pétunias sont en pleurs


Les lilas reposent
En voiles et anamorphoses
Pour que s'évanouisse la torpeur...

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MA MUSE

De mon esprit tourmenté


S'envolent par poignées
Des brassées de mots
De rêves nouveaux
Plein de couleurs
De sons sans saveur
Quelques bulles de savon
De mon micro à sillons

De vous je suis fou


Attention la surchauffe
Z'allez voir de quel bois je me chauffe
Oui je suis fou de vous

J'ai Jupiter dans la poche


Et Vénus dans mon lit
La Lune je la décroche
Quand j'en ai envie
Mars dans ses fers
Ecume de colère
Faut dire que depuis hier
Il ne peut plus faire la guerre
Eole me ventile doucement
Vulcain me chauffe rationnellement
Les muses m'entourent
Moi j'en aime une d'amour...

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PRESENCE

Un vol d'hirondelles
Couronne ton front
Une brise rebelle
Point à l'horizon

Une immensité irréelle


Des abimes d'océan
Tout un monde éternel
Palpite doucement

Quelques gestes de miel


La douceur d'une caresse
Ebauchée vénielle
Vibrent en ondes de tendresse

Pierres grises et noires


Nimbées de désespoir
Tout a disparu
Dans une gamme de pastels ténus

Hurlements de sirènes ou de moteurs


Concerts d'avertisseurs
De la vie perpétuelle rumeur
Cris de babouins rageurs

Tout a disparu
Et je suis aux nues
Tu as soulagé ma peine

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Dans une douce haleine
De sons harmoniques
Et de suaves musiques

Je te presse la main
Tu es là tout est bien.

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L'ARBRE

Les tamtams du désir


Roulent dans le lointain
Les aiguillons du plaisir
Au coeur du matin
Aimantent les gouttes de pluie
Du profond de la nuit

L'arbre nu décharné
Tend ses bras maigres noirs
Vers le bel espoir
D'une éblouissante clarté.
Vers l'humble gloire
D'une totale volupté.

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T'ONT-ILS DIT ?

T'ont-ils dit que j'étais


Désaxé
Détraqué
Obsédé
Névrotique
Pathétique
Mythopathe
Psychopathe
Masochiste
Schizochiste
Paranoceur
Et dévoyeur
Te l'ont-ils dit, les as-tu cru
Tu l'aurais dû Lustucru
Tout ce qu'ils te racontaient
Etait bien vrai
Quand on a la cervelle
En ébullition perpétuelle
Le coeur en pierre à briquer
Va-t-en donc discerner
Le bien du mal
L'homme de l'animal
Il y a le conditionnement
Le milieu, l'environnement
Comme dit le docteur Martin
Je te le répète mon gros Valentin
Hors de ta petite existence de rat blanc
Je ne vois que ces quatre murs tout blancs

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Alors pas étonnant
Que je ne sois dorénavant
Que désaxé
Détraqué
Obsédé
Névrotique
Pathétique

T'ont-ils cru ?
Leur as-tu dit ?
M'as-tu vu ?
T'ont-ils dit ?

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A MORT

A mort écriture égalitaire


Poésie alimentaire
A deux sous la ligne
Putassière indigne
Aux chiottes la partition
Sans rime ni raison

Vive la giclée
Significative
Evolutive
Réalisée
Les mots hurlés
Vilipendés
Les verbes doux
Couverts de boue
La merde en rond
Qui sent pas bon

Réhabilitons
Putain, bordel, con...

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ON L'A APPELE AMOUR

Un fameux rafiot
Un peu fiérot
Qui ne craint ni les remous ni la tempête
Et que rien jamais n'arrête...

Il est à nous pour toujours


On l'a appelé amour

Il est né d'un regard plein de tendresse


Un sourire, un baiser, une caresse
Avec trois planches autour
Ce fabuleux rafiot d'un jour

Il est à nous pour l'amour


On l'a appelé toujours

Avec sa grand voile faite de deux liquettes


Sa petite cambuse en allumettes
Son gros moteur à élastique
Il est pour nous fantastique

Notre amour de trois mats alentour


Qui rime avec toujours toujours

Il voguera tout autour du monde


Et jusqu'aux îles de la Sonde
Ce bon vieux rafiot
Et ses deux p'tits matelots

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Le Capitaine
Et sa sirène
Qui dansent la ronde
Tout autour du monde

Ce rafiot est à eux pour toujours


Ils l'ont appelé amour.

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LA LIBERTE SERA DEJA CREVEE

Il n'y a rien de mieux à dire


Ni à faire ni à écrire
Les galoches ferrées
Martèlent le sol gelé
La Liberté
Est en train de crever
Silence sur la terre
Houle sur la mer
Le géant d'airain
Ecrabouille le nain
L'étouffe et le presse
A pleines mains
Pauvre tas de faiblesse
Au soleil levant
Après le tonnerre vibrant
Des haines déchainées
Des hontes ravalées
Un grand silence règnera
Et nous submergera
Il n'y aura rien de mieux à dire
Ni à faire ni à écrire
Les galoches ferrées
Seront passées sur nos crânes enfumés
Les matraques auront piétiné
Jusqu'aux cendres de nos frêles volontés

Notre belle Liberté


Sera déjà crevée.

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LE CIEL ETAIT ROUGE

Les fantômes de la nuit s'agitaient


Les chefs grands et petits s'agitaient
Modernes sirènes hurlaient à la nuit
Des mégaphones enfuis
Dans le Montana le vieux Jo
Portait sa mule sur son dos
Les fillettes se donnaient de méchantes tapettes
Et les gentils garçons jouaient à la dinette
Des clochards allumaient leurs cigares
Avec des chèques d'un bon million de dollars
Et les PDG faisaient la manche
Au coin des rues comme des manches.
Ce matin-là les femmes se rasaient
Parlaient haut, la ramenaient
Et les hommes se poudraient
Prenaient la pose, se maquillaient
La mer tournait gélatine
Bloquant les bateaux dans le platine
L'air était chargé d'électricité
Les rues remplies de meurtriers
Les blancs noircissaient
Et les noirs blanchissaient
Les bons devenaient méchants
Et cons les méchants
Toutes les putes étaient dévotes devenues
Et les honnêtes femmes se prom'naient nues
En rase-motte, les poissons volaient
Plouf plouf, les oiseaux nageotaient

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Les buildings tombaient en poussière
D'étranges plantes carnassières
Poussaient à une vitesse vertigineuse
Ou devenaient venimeuses
Ceux qui voulaient
Courir se sentaient
Cloués sur place
Ceux qui voulaient rester de glace
Attendant de mourir
Voyaient leurs jambes se mettre à courir
Quelques fous musiciens
Essayaient en vain
De s'arracher
Les tympans à coups de sonos survoltées
Espérant déchaîner
Un vent de panique
Cosmique
Sur le pauvre monde
Frissonnant devant la venue
Subreptice, inattendue
De cette apocalypse immonde
Et quand vint le soir
Les vaches donnèrent du lait tout noir...

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ET ILS EURENT GAIN DE CAUSE

Tuez-nous
Mais sauvez les forêts
Disaient les pessimistes...

Sauvez-nous
Et détruisez les forêts
Suppliaient les opportunistes...

Laissez-nous mourir
Regardez peuples et forêts périr
Chantaient les optimistes...

Sans vraiment défendre leur cause


Tous eurent gain de cause
Optimistes, pessimistes, opportunistes...

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L'ANGE

L'ange d'amour
Charge ses ailes
D'éclairs de néon
Tout redevient béton
Et l'oiseau si lourd
A la mort toujours fidèle
Cactus hybrides
Mutants glucides
Protidiques véreux
Gluants
Rampants
Vénéneux
Il joue du pipeau
Du piano du flutiau
L'embusqué
Pour oublier de rêver
L'air se fait lourd à respirer
On se côtoie dans l'irréalité
Des millions de pas écrasés
Les transports en ombres
Avalent leurs rations sombres
Qui courent comme furies
A côté de leurs vies
Le ciel céramique
Les prairies mentholées
La verdure plastique
Les chaumières de béton précollé
La fragrance chimique

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De parfums authentiques
Quelle énergie dans le sucre
Quelle jouissance dans le lucre
Suivez le boeuf
Et gardez l'oeuf
On a toujours besoin de petits pois chez soi
Et surtout de petit soi chez moi
Ou de petit moi chez toi
Ou de grands toits chez Pois
Peut-être bien
Que tout ira bien
Si l'ange d'amour
Eclaire le jour
En déployant ses ailes de béton
Sur nos rêves de néons...

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SOLITUDE

La lumière ne révèlera qu'une ombre


Je marcherai seul dans des rues sombres
Je n'entendrai plus que le bruit de mes pas
Et de mon coeur qui bat tout bas

Je croiserai des gens qui ne prêteront pas


La moindre attention à moi
J'irai mon petit train train
Métro dodo boulot tous les matins...

Le soir j'achèterai ma baguette de pain


Je lirai le journal au coin du feu
Calé dans mon fauteuil comme un vieux
Je ne rêverai à rien ma pipe à la main

Je vivrai doucement sans problème


Sans personne à qui dire je t'aime
Quand je ne serai plus moi
Quand tu ne seras plus là.

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LE MILLE-PATTES

Un boeuf sur la branche


Chante « Aujourd'hui c'est dimanche »
Le soleil luit, la vie est bleue
Les arbres s'étalent radieux
Les petits oiseaux nagent
Les poissons rouges prennent le large
Les poules ont des dents
Les lapins folâtrent en riant
Et les petits enfants sont tous charmants
Tout va pour le mieux au firmament
A part ce vilain mille-pattes inquiétant
Qui ne s'est pas mis aux couleurs du temps
Ni vêtu de rose ni coiffé de bleu
Qui leur a dit screugneugneu
Bande d'imbéciles imprudents
La catastrophe est pour maintenant !

Pauvre idiot de mille-pattes


Les animaux se dressent sur leurs pattes
Abandonnant mirlitons
Chopines gueuletons
Et divine euphorie
Pour se transformer en furies
Ils se jettent sur le pauvre animal
Qui ne songeait pas à mal
Sous les jets de pierres, les coups de bâton,
Les griffures, les pains et les gnons
Tous soigneusement l'écrabouillent
Pour lui apprendre à cesser de faire l'andouille.

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LA VOIX DE L'OURAGAN

Le vent déchire la plaine


La porte bat folle au vent
Courbé il penche en avant
Reprenant haleine
Invariable
Immuable
Il se sent imperméable
A ce temps du diable
La folie souffle sur la plaine
L'imagination se déchaîne
Mille voix partout l'atteignent
Lui, l'inadapté de l'araigne
Attendre sans fin
Avoir au passif
Et devoir à l'actif
Etre demain
Et prendre en main
Les danaïdes requins
Absalon se déploie comme une flamme
Le drapeau développe un pays sans âme
Attendez, tout viendra à temps
Le début de la folie
Et la fin des temps
Les jours d'ennui
Et le calme du vent
La fin de l'envie
Dans la voix de l'ouragan...

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DELICES CONFLICTUELLES

Un bruit assourdissant
Un éclair à vous brûler les yeux
La boule de feu
Traverse le soleil couchant

Du fond de ses entrailles


La terre secouée de séismes
Chavire et déraille
Sous les coups de boutoir du magnétisme

Les marchands de canons


Et les capitalorequins
Se frottent les mains
Devant leurs postes de conflivision

Quelque part une révolution cataplasmique


A déchaîné ses bombes ectoplastiques
A vrai dire le poison avait été introduit
Par un quarteron de fous de sanguinologie

Alors l'ère des abattoirs glorieux


Celle des maquignons saliveux
Préparant la viande hachée
Entame les délices affligées

Les réactobiliaires teintent l'horizon


Les inverto-sociaux brûlent champs et maisons
La piétaille des guerrecenaires

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Vient achever de labourer la terre
Blasés et dominateurs
Ils utilisent leurs carbonisateurs

Dans son bureau le Président


Se plait à expliquer
Avec ce matériel la rentabilité
Ne pourra qu'aller croissant

Le ciel plombé est chargé


De la masse métallique
Des bobardiers fatidiques
Surs et désabusés

Du fond de mon abritanière


Je dois me presser d'achever
Ces lignes anti-guerrières
Car je sens arriver

Les volées missiliennes


De bois vert qui viennent
En rangs bien serrés
Pour me fusécrabouiller...

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C'EST LA VIE, C'EST LA VIE

Il y a quelque chose dans l'air


Criaillait le slammeur berbère
Si toi aussi tu m'abandonnes
Je ne croirai plus personne
Il faudra t'y faire mon ami
C'est la vie, c'est la vie
Le bleu d'azur s'est mêlé
Au rouge du grand défilé
Le ciel s'est obscurci
Dans le lointain oubli
Mais comme un papillon ailé
Ta main sur moi s'est posée
Rien ne pourrait changer
Ma triste destinée
Mais j'ai cru pouvoir échapper
Quand ta main sur moi s'est posée
Tu m'as fait prisonnier
Vas-tu en abuser ?
C'est la vie, c'est la vie
C'est l'ennui mon ami...

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LA FROIDURE

Si longtemps dura le froid


Qu'on en resta sans voix
Le monde réchauffé gelait
Les gens hébétés grelottaient
L'univers entier s'emmitouflait
Se camouflait, rabougrissait, hibernait
On se couvrait pour empêcher
Son inconscience de frissonner
On avait froid, on regrettait
Les temps de chaleur et d'amitié
On avait voulu l'insouciance
On avait eu l'inconscience
Glaciale comme la mort-souffrance
Elle dépassait nos espérances
Tous avaient l'air de cheminots
Regardant d'un oeil nouveau
Sans lever un cil sur le clodo
Qui crachait ses poumons dans le caniveau
Ils trainaient péniblement leurs godasses
En râlant contre la mélasse
Un fou dynamique galopait dans la rue
En criant aux faces glacées menues
Vivez bandes de crevards
Jouissez avant qu'il ne soit trop tard
Défaites le col dur de vos consciences
Laissez agir vos démences
En vain

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Tous crevèrent un à un
Un coup de vent glacé
En fit de la gélatine gelée
Leur âme tremblotante
S'éleva en filet de vapeur chevrotante.

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THIS IS THE END

ET ILS VIENDRONT UN JOUR LE FUSIL A


LA MAIN A DIX CONTRE UN BIEN SÛR
ARMES JUSQU'AUX DENTS BIEN SÛR ILS
VOUS METTRONT EN JOUE APPUIERONT
LEURS CANONS GLACES SUR VOS
TEMPES AFFOLEES VOUS EN PISSEREZ
DE PEUR DANS VOS FROQUES ILS
RICANERONT ET VOUS FERONT SAUTER
LA BOITE VIDE QUI VOUS SERT DE TETE
A MOINS QU'ILS NE RAFFINENT SUR LES
SEVICES LES SUPPLICES LES
ESCLAVAGES LES HUMILIATIONS
BETAS VOUS ETIEZ BETASSES VOUS ETES
BETAIL VOUS SEREZ... RAIA SOUMIS EN
MARCHE VERS L'ABATTOIR... VOUS
VERREZ BIEN PAR VOUS-MEME EN
TEMPS UTILE EN RANGS FUTILES...
Rien ne suffisait de voir
Encore fallait-il deviner
Le rêve n'est pas la réalité
Et la vérité souvent cauchemar
Ouvrir les yeux ne suffit plus
Hurler son dégoût non plus
Il fallait agir mon frère
Pour mettre fin à la guerre
Pour faire respecter
Ta part de terre et d'humanité
Pour peindre les gratte-ciels

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En bleu et les couloirs du métro
En orange irréel
Il le fallait beaucoup trop
Maintenant tout est gris
Puant la mort et suant l'ennui
Les bombes, les fusils à lunettes
Ont plus d'effets que les rêves des poètes
Il est plus que temps de payer pour demain
HAUT LES MAINS !

THIS IS THE END


MY FRIEND
THIS WAS A BLUE WORLD
MADE OF A BLUE WORD...

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Textes & Illustrations : Alex Ander
All rights limited
2009- Editions Emma Jobber
(Tous droits de reproduction limités).

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