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Correction bac blanc Tocqueville

1. Alexis de Tocqueville, né le 29 juillet 1805 d'une famille de vieille noblesse normande, fut
un acteur mais surtout un témoin et un analyste des transformations qui touchèrent les
sociétés occidentales dans le prolongement des grandes révolutions de la fin du XVIIIe
siècle. À travers ses deux oeuvres majeures,De la démocratie en Amérique (D.A.) - 1835 et
L'Ancien Régime et la Révolution (A.R.) - 1856, il met en évidence le processus d'égalisation
des conditions.
Toutes les inégalités ne disparaissent pas selon Tocqueville : les inégalités naturelles liés aux atouts
intellectuels ou physiques ne disparaissent pas . Cependant, le nivellement des situations vis-à-vis
de la richesse et de l'éducation constitue un élément-clé de la démocratisation, selon Tocqueville qui
prend pour modèle l'Amérique.
Pour Tocqueville, la première caractéristique qui définit une société démocratique, c’est l’égalité
des conditions. Cela signifie que les individus sont juridiquement égaux. Toutes les autres
caractéristiques des sociétés démocratiques découlent de cette dernière .
En effet, dans une démocratie de droit l'abolition des privilèges héréditaires , la liberté et l'égalité
des individus face à la loi se traduisent par l'absence de distinction liées à la naissance. Pour
Tocqueville, l’égalité des conditions implique la disparitions des ordres héréditaires, c’est à dire des
groupes sociaux fermés sur eux mêmes et dont les membres bénéficient de privilèges légaux. Cela
ne fait pas pour autant disparaître les hiérarchies sociales (c’est à dire une division de la société en
groupes sociaux relativement homogènes du point de vue du niveau de revenu,du mode de vie, des
valeurs, du niveau de pouvoir, du niveau de prestige, etc.).
Dans la société démocratique il n’existe donc plus d’inégalités de droit mais ils subsiste des
inégalités de fait (= des inégalités réelles, que l’on peut constater dans la réalité) qui selon
Tocqueville vont tendre à se réduire.
Une moyennisation apparaît alors. D'abord en ce qui concerne les niveaux d'éducation: Tocqueville
remarque qu'aux Etats-Unis, la majorité de la population a un niveau minimal d'instruction, car tous
sont assez riches pour effectuer quelques années d'études, mais tous doivent travailler pour vivre; ils
doivent donc arrêter leurs études relativement tôt. Cette égalisation des niveaux d'instruction
s'explique donc par une égalisation des niveaux de vie: le nombre de riches et de pauvres diminue,
se crée alors un vaste groupe où les individus ont des niveaux et des modes de vie qui se
rapprochent. .Tocqueville considère aussi qu'il n'existe plus de « races » de riches ou de pauvres,
c'est-à-dire que le statut n'est plus hérité. Les positions sociales qu’occupent les individus ne sont
certes pas équivalentes mais elles sont susceptibles de se modifier au cours de la vie de l’individu.
Tous les individus peuvent accéder à n’importe quelle position sociale. La société démocratique est
une société fluide où les positions sociales sont ouvertes à tous
L'égalisation des conditions se remarque aussi dans les esprits. Les situations sociales peuvent donc
être inégalitaires, ce qui compte c'est l'opinion qu'en ont les membres de la société : ils se pensent et
se représentent comme égaux.
L'égalité des conditions est donc un fait culturel, elle s'inscrit dans les esprits. Les individus se
pensent égaux, refusent les privilèges et sont réticents à accepter qu’un autre ait une situation
supérieure à la leur.

2.
L’égalisation des conditions est un mouvement qui transforme toute la société. Il est
inéluctable et personne ne peut s’y opposer. Toutefois, il peut conduire à une quête sans fin
d’égalité. Cette « passion pour l’égalité » peut menacer la liberté. C’est essentiellement dans
le renoncement à la liberté que se trouve, selon Tocqueville, le danger majeur pour la société
démocratique. Mais, c’est dans la préférence pour l’égalité qu’il faut rechercher l’origine des
maux de la société démocratique. En effet, liberté et égalité sont deux valeurs que
recherchent les hommes, mais ils ont une préférence pour l'égalité. La passion pour l’égalité
l’emporte sur la liberté parce la liberté suppose des efforts et des sacrifices (réaction,
mobilisation, action, risques, …) alors que l’égalité rend les choses plus faciles et procure
des jouissances immédiates. L’homme démocratique fait en quelque sorte le choix de la
simplicité. Mais ce choix le rend à nouveau dépendant.
Ainsi, l’égalité isole et affaiblit les hommes conduisant à l’individualisme, au goût du bien-être, au
repli sur soi et au désintérêt pour la chose publique. Tocqueville définit l'individualisme comme
étant le choix des membres d’une société démocratique de se replier sur leurs affaires privées et de
se détourner des affaires publiques .En favorisant l’égalité et l’accroissement du bien être matériel,
la société démocratique brise les liens de dépendance entre individus et entretient l'espérance chez
l’individu que son bien être matériel peut encore s’accroître sans qu’il ait à compter sur autrui. Dans
les sociétés démocratiques, au contraire, les individus se figurent volontiers que leur destinée est
entre leurs mains, qu’ils ne doivent rien à personne et qu’ils n’attendent rien de personne. Il devient
ainsi parfaitement possible pour son existence privée de s'en tenir aux siens et à ses proches.
L’égalisation des conditions en rendant ainsi possible l’isolement vis à vis d’autrui remet en cause le
lien social ainsi que l’exercice de la citoyenneté.
La société démocratique peut donc conduire ses membres à abandonner,presque volontairement leur
liberté tant ils sont aveuglés par les bienfaits qu’ils attendent de toujours plus d’égalité. Eblouis par
l’enrichissement, le désir d’une plus grande satisfaction matérielle et la recherche du confort
individuel diminuent la vie culturelle, les citoyens oublient de participer à la vie politique qui, du
même coup, s’appauvrit.
Le premier danger de la société démocratique est donc de pousser les citoyens à s’exclure de la vie
publique qui devrait pourtant être une préoccupation essentielle. Les sociétés démocratiques ont en
fait beaucoup de difficultés à concilier la liberté des individus et le principe d’égalité entre les
individus.

3.
La discrimination positive peut être un exemple de « périls dont l'égalité nous menace ». Cette
stratégie est partie d'un constat: certains groupes, du fait de caractéristiques objectives ( sexe,
couleur de peau, ethnie) sont discriminées, c'est-à-dire qu'ils subissent des inégalités, des
différences qui se traduisent par des handicaps. L'égalité républicaine en traitant également tous les
individus renforce alors les inégalités, car elle ne tient pas compte de la situation du groupe. Ont
alors été mis en place des stratégies de discrimination positive: donner plus à ceux qui ont moins.
La politique de quotas est alors utilisée: des places sont gardées pour des personnes discriminées.
Ainsi en France, des quotas de femmes ont été mis en place lors des élections municipales pour
assurer une parité hommes-femmes . Cet hiver, V.Pécresse a proposé des quotas de boursiers dans
les grandes écoles.
Ces mesures ont été largement critiquées. Le niveau de sélection diminue puisque celle-ci ne se fait
plus sur les capacités de l'individu, mais sur ses caractéristiques. Ce ne sont donc pas les meilleurs
qui sont choisis: la méritocratie est alors remise en cause; les personnes sélectionnées de cette
manière sont alors entâchées d'un soupçon: leur valeur ne correspond pas à leur place . Cela réduit
alors l'efficacité du système ; en effet d'après les libéraux, c'est la liberté et la concurrence qui assure
la croissance la plus forte.