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Expériences de psychocinèse animale par Rémy Chauvin

(Revue Question De. No 4. 1974)

Le professeur Rémy Chauvin est directeur d'un laboratoire dépendant de la Sorbonne et


spécialisé dans l'étude des comportements animaux. Il a bien voulu nous faire ici un bref
résumé de quelques-unes des expériences de parapsychologie animale.

Très peu de personnes en France se rendent compte de la révolution qui est en train de se
produire, depuis quelques années, en parapsychologie. A la suite de travaux français, le
célèbre laboratoire américain de Rhine s'est réorienté en grande partie vers l'emploi des
animaux dans les expériences, alors qu'auparavant il s'adressait surtout à l'homme. Et
voilà que des expériences commodes, et surtout répétables à volonté, sont faites
maintenant couramment dans des laboratoires américains et européens. Il n'est pas
excessif de soutenir qu'il s'agit là de la grande percée (« great breakthrough ») que
beaucoup de parapsychologues sentaient approcher. A vrai dire, certains faits laissaient
déjà supposer chez les animaux l'existence de facultés de perception extra-sensorielle.

Il est bien connu que certains animaux ont un sens de l'orientation très développé. Le
retour au gîte d'animaux tels que chiens et chats séparés de leur maison par des centaines
de kilomètres s'avère l'une des études les plus intéressantes. Or, il semble, après enquête,
qu'une vingtaine de cas doivent être retenus où l'animal est sûrement authentifié et où le
parcours de plusieurs centaines de kilomètres est certain. Dans ce cas, on ne voit pas à
quelle faculté d'orientation faire appel sinon aux facultés « psi »1. Malheureusement, une
expérimentation plus poussée n'a pas encore été tentée jusqu'ici sur ces animaux
spécialement doués, lorsqu'on les retrouve.

Il existe par ailleurs des recherches de laboratoire sur un phénomène analogue, par
exemple celles qui s'intéressent aux facteurs qui permettent à divers petits rongeurs de
regagner leur gîte. Ils sont placés au centre d'un labyrinthe circulaire et l'expérimentateur
note par quelle porte ils en sortent : or, c'est dans la direction de leur gîte, même s'ils en
sont éloignés de plusieurs kilomètres. Il n'est pas absolument certain, dans ce cas que
l'orientation soit à base « psi », mais c'est possible et même probable.

Citons aussi les recherches de Richmond (1952) sur les paramécies : l'expérience était un
peu du même type il s'agissait d'influencer le trajet de paramécies qui avaient quatre
possibilités de stationnement sur la lame du microscope. Il y eut quelques résultats.

La précognition chez les souris

Les recherches les plus récentes dans cette étude des facultés extra-sensorielles, sont dues
à Pierre Duval et Montredon2. Le dispositif employé par eux dans ce type d'expérience

1
Par faculté « psi », on entend la faculté de perception extra-sensorielle et aussi la
psychokinèse, action directe du sujet sur un dispositif matériel, sans l'intermédiaire des
muscles.
2
Pierre Duval est un pseudonyme que plusieurs parapsychologues français utilisent de
temps à autre ; dans le cas présent, Duval c'est moi-même ; je ne puis révéler le nom de
Montredon qui est également un pseudonyme. « E. S. P. experiments with mice », in
était fort simple, tout au moins dans son principe : il s'agissait d'une caisse insonorisée et
obscure, dont le fond était divisé en deux moitiés toutes les deux électrifiées, mais
séparément ; c'est-à-dire qu'un générateur aléatoire faisait passer le courant dans l'une ou
dans l'autre. On y introduisait une souris, qui était prévenue par l'allumage d'une petite
lampe que le courant allait passer, mais sans que cela lui donne la moindre indication sur
la portion du plancher où elle recevrait une secousse. Elle s'habituait fort vite, lorsque la
moitié du plancher où elle se trouvait était électrisée, à sauter de l'autre côté. Mais
évidemment, dans ces conditions, aucun apprentissage n'était possible puisque le choix
des moitiés à électriser restait aléatoire.

Mais comment peut-on arriver à déceler ici un comportement à dominante « psi », s'il
existe ? La simple statistique du nombre de fois où l'animal s'est trouvé à droite ou à
gauche ne suffit pas, et donne d'ailleurs des résultats peu différents du hasard ; c'est qu'un
certain nombre de changements de position de la souris n'ont pas de signification ; il faut
procéder à un tri qui est facilité par l'enregistrement continu des positions occupées par la
souris, ainsi que la moitié qui est électrisée à chaque moment. Si, par exemple, la souris se
trouve sur la moitié électrisée et qu'elle saute de l'autre côté, cela n'a pas de sens du point
de vue du phénomène « psi », c'est un phénomène banal ; si, d'autre part, la moitié
électrisée est celle où ne se trouve pas la souris, ce n'est pas intéressant non plus. Il faut
donc choisir les cas où, sans raison apparente et avant l'électrisation, la souris a sauté du
côté opposé. Dans l'instant qui suit, ce côté peut être électrisé (elle a perdu) ou non (elle a
gagné). Or le nombre de cas où elle gagne est fortement et nettement significatif par
rapport au hasard.

Nous fûmes enchantés de cette trouvaille, qui se prêtait à bien des développements ; en
effet, pour la première fois, on travaillait en parapsychologie avec des animaux dans un
appareil hautement automatisé, permettant d'exclure à peu près complètement la présence
de l'observateur. Disons tout de suite que nos résultats furent vérifiés par de nombreux
chercheurs américains, groupés autour de W. Levy, à la Fondation de recherches sur la
nature de l'homme de Durham.

L'expérimentateur influence-t-il le comportement animal ?

Mais le problème était de savoir ce que perçoit la souris, quel est le signal « psi » qui lui
parvient et lui permet d'échapper aux secousses. D'abord, la présence de l'observateur n'est
pas nécessaire ; il se trouve d'ailleurs dans une pièce séparée des souris par plusieurs murs
fort épais, et n'est averti de ce qui se passe que par les enregistrements. Mais, sans
l'observateur, apparemment les résultats sont aussi bons. Nous avons essayé toutefois de
vérifier systématiquement si la présence ou l'absence de l'observateur avait une influence
sur ces résultats. Deux personnes (E.M. et A.R.), placées devant l'enregistreur, essayèrent
de « visualiser » la souris, de l'« avertir » de sauter du bon côté, ce qu'elles pouvaient
faire, car elles étaient averties elles-mêmes, par une lampe témoin, de l'électrisation
quelques instants avant qu'elle ne se produise. Les résultats furent nuls avec E.M. et assez
bons avec A.R., différents en tout cas de ce qui se passe quand l'observateur est absent3.

Journal of Parapsychology, 1968, n° 32, p. 153.


3
Ces expériences ne furent pas publiées parce que nous considérâmes qu'elles n'étaient
pas assez nombreuses.
De toute façon, nous avions trouvé, et les Américains confirmèrent, que l'observateur
n'était pas nécessaire. Il ne reste alors qu'une hypothèse : c'est que les souris sont averties
par précognition du côté qui va être électrisé. Cela pose évidemment des problèmes
énormes. Il est tout à fait impossible à une souris de comprendre quelque chose aux
dispositifs électroniques, même si on l'avait laissée les explorer auparavant.

Il me semble donc qu'il faut écarter, bien entendu, l'hypothèse d'une compréhension
quelconque de la souris et jouer franchement l'hypothèse de la précognition, qui n'est autre
qu'un voyage dans le temps ; plusieurs animaux peuvent distinguer un fil où passe un
courant d'un fil neutre, le chien par exemple, et cela sans doute grâce à une perception de
changement de l'ionisation de l'air au contact du conducteur. La souris en est peut-être
également capable, et dans ce cas elle sentirait l'ionisation ou quoi que ce soit d'autre,
avant que le courant passe, parce que la perception précognitive est, par définition, en
avance dans le temps. Cela est difficile à imaginer sans doute, mais les chercheurs qui ont
déjà étudié la précognition chez l'homme n'admettent pas autre chose...

Un test de télépathie

Il faut citer ici la très importante expérience de Schouten du laboratoire de


parapsychologie d'Utrecht. Schouten employa deux souris habituées à vivre ensemble,
mais isolées au cours de l'expérience dans deux cages séparées. L'une des cages contenait
un abreuvoir, une sonnerie et deux lampes montées sur les deux portions de la cage dont
la première était blanche et la seconde noire. L'autre cage était identique mais il existait un
levier au-dessous de l'emplacement des deux lampes qui ne s'allumaient pas. Un
générateur aléatoire allumait l'une ou l'autre des deux lampes dans la première cage et,
dans la deuxième cage, il fallait que la souris appuie sur le levier (« noir » ou « blanc »
suivant l'emplacement de la lampe allumée dans l'autre cage et qu'elle ne pouvait voir4).
L'expérience ne peut donc fonctionner que s'il y a télépathie entre les deux sujets, la souris
qui voit les lampes « transmettant » à l'autre qui ne les voit pas une indication sur le levier
qu'il faut abaisser. S'il y a réussite, les deux abreuvoirs dans chacune des deux cages
distribuent de la boisson aux deux souris. Supposons, en revanche, qu'il n'y ait qu'une
seule souris dans la cage où se trouvait les leviers mais non les lampes : dans ce cas,
l'expérience fonctionne comme test de clairvoyance. Les résultats furent assez bons
quoique moins que dans l'expérience précédente.

Quelques expériences de psychocinèse animale

L'expérience se présente ainsi : on soumet les sujets à une situation désagréable, par
exemple une enceinte refroidie dans laquelle on place un chat5, et on corrige les effets par
un stimulus agréable (la chaleur d'une lampe infrarouge dans l'exemple cité) que

4
Il va sans dire que les souris ont reçu un entraînement préalable les familiarisant avec le
jeu des leviers et des lampes et aussi avec le son du timbre qui les avertit que l'expérience
est en cours.
5
Cette expérience a été réalisée par Helmut Schmidt du laboratoire de J.B. Rhine, le père
de la parapsychologie.
déclenche un générateur aléatoire pendant la moitié (en tout) du temps de l'expérience.
Donc, il n'y a pas de raison si la faculté « psi » n'intervient pas pour que, pendant la moitié
des minutes aléatoirement réparties de l'expérience, la lampe à infrarouge ne soit pas
éteinte et, pendant le reste des minutes, allumée6. Or ce n'est pas ce qui se produit.
Lorsque le chat est placé dans l'appareil, le générateur se détraque en ce sens que la lampe
à infrarouge brille plus qu'elle ne devrait (tout au moins au début de l'expérience).

Avec des cafards (Periplaneta americana) dans le même appareil, avec la même
disposition, on n'obtint au contraire qu'un amoindrissement considérable des minutes
d'allumage, ce qui est contradictoire7.

Avec le lézard Anolis sagrei, toujours avec le même dispositif, on obtient des résultats
plus complexes : diminution du chauffage pendant les jours de beau temps, augmentation
pendant les jours pluvieux ; de plus, phénomène très intéressant, le sexe et la dominance
paraissent impliqués dans le phénomène.

Enfin Levy, utilisant d'abord des poussins, ensuite des œufs fécondés, obtint des résultats
positifs dans le sens de l'accroissement du chauffage, pourvu que l'air ne soit pas trop
chaud à cause de la trop grande puissance de la lampe ; si la lampe est trop forte, alors la
réduction du chauffage est patente ; si l'air est plus froid et la lampe moins puissante, on
obtient, en revanche, très nettement une augmentation du chauffage.

Ainsi donc, ces expériences permettent-elles d'avancer l'affirmation suivante : les


animaux, en déviant les stimuli désagréables au profit des plus agréables, agissent par
psychocinèse. Schmidt en est lui-même arrivé à la conclusion que la faculté « psi » serait
de la nature de la volonté. Cette idée est soutenue d'ailleurs par plusieurs
parapsychologues.

A ce bref rappel, on pourrait certainement ajouter nombre d'expériences, étant donné la


prolifération des travaux sur « psi » et les animaux. Il faut signaler aussi des résultats
brillants sur les végétaux. C'est dire que nous sommes entrés dans une nouvelle ère de la
parapsychologie.
R.C.
***

Extrait de http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9my_Chauvin

Rémy (André, Joseph) Chauvin (né le 10 octobre 1913, décédé le 8 décembre 2009 à
Sainte-Croix-aux-Mines, Haut-Rhin), est un biologiste et entomologiste français,
professeur honoraire émérite à la Sorbonne, docteur ès sciences, maître de recherches
depuis 1946. Il est également connu pour défendre les droits des animaux et pour s'être
intéressé à des thèmes comme le paranormal, la vie après la mort, les sujets psi capables

6
Ces résultats seraient alors conformes aux lois du hasard. S'ils ne le sont pas, c'est qu'il
est intervenu un autre phénomène.
7
A moins toutefois que la lampe à infrarouge ne constitue pour ces insectes un stimulus
désagréable. L'expérience de vérification n'a pas été faite.
de voyance ou encore le phénomène ovni et l'ufologie.