comment Cas d’école : la Grèce, ou comment on ruine un pays qui n’a plus rien de souverain

sertA quoi sert-il aux Grecs d’aller voter ? Qu’ils choisissent la gauche ou la droite, c’est la même chose que depuis la fin du régime des colonels : austérité pour les pauvres, orgie pour les riches. notation grecque, Au motif que les agences de notation décotent la note de dette grecque, le taux d’intérêt à 10 ans passe s’enfon passe à 10%1 et on oblige le pays à s’enfoncer encore plus dans les délires de l’orthodoxie dépenses ultralibérale. D’autres pays vont suivre, et le but est de forcer les Etats à réduire leurs dépenses sommairesociales au maximum. Analyse –sommaire- d’un coup tordu.

Comment créer la crise ? Pour commencer, rappelons la fiabilité de ces agences de notation, qui sont toutes les trois anglosaxonnes : elles notaient encore AAA (la meilleure note) les encours de Lehmann Brother trois jours avant sa faillite ! Ce sont ces agences qui n’ont rien vu venir à la crise subprime, et qui aujourd’hui crient d’effroi à chaque milliard de dette supplémentaire pour la Grèce. Soit on marche sur la tête en écoutant leurs prédictions (car leur fiabilité amène à penser qu’elles se contentent de lire dans les entrailles de poulets) soit on fait ce qu’on aurait toujours du faire : abstraction. D’autant plus que 48 Etats américains en faillite, eux, ont toujours de très bonnes notes. Les EtatsUnis eux-mêmes, qui n’ont pas apuré les dettes liées aux dérivés de subprime, sont en faillite2 (et même plus si toutefois on considérait le dollar à sa vraie valeur, proche de zéro) mais sont toujours notés AAA. Pourtant, la vente de 25 milliards de bons du Trésor à 10 ans et 16 milliards à 30 ans ont été un échec lamentable tant la cessation de paiement est risquée3. D’ailleurs, tout le monde revend ses dollars4, les chinois en premier (ils ont revendu pour 34,2 milliards en décembre, mais ils en détiennent encore pour plus de 755 milliards), si bien que le Japon, hyper endetté lui aussi, est le 1er détenteur de bons du trésor US avec 768 milliards de dollars. Et les agences de notation sont aussi clémentes avec l’Angleterre5, toujours très bien notée (et qui est la 3e détentrice de ces

Et à 17% pour la dette remboursable en deux ans. 12.000 milliards de dollars de dette, soit quand-même 90% de leur PIB. 3 Plus récemment, les Etats-Unis ont essayé de revendre pour 5 milliards de dollars de titres CityGroup, mais comme personne n’en voulait au prix espéré (3, 25 dollars l’action) ils ont suspendu la vente et reporté celle de 7,7 milliards de dollars d’autres actions CityGroup. D’ailleurs, les Etats Unis viennent d’annoncer qu’ils vont tenter de les vendre prochainement (soit 27% du capital du groupe). 4 Les détentions de bons du trésor par les étrangers ont par exemple chuté de 44,5 milliards de dollars en avril 2009 et de 53 milliards de dollars en décembre 2009. 5 La livre ne cesse de se dévaluer, et a perdu plus d’un tiers de sa valeur face à l’euro.
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bons, pour 302 milliards)… Pourtant, le risque de cessation de paiement est au moins le même. Si on était vilains, on pourrait même évoquer le cas de Dubaï6. Bref, après des années de rigueur, d’austérité et de serrage de ceinture pendant que les multinationales (y compris allemandes7) se gavaient sur le dos de la population grecque, que décide-t-on de faire en constatant la débâcle financière ? Eh bien on continue. C’est probablement pour cela que les grecs, qui voient les prix augmenter mais les salaires stagner, ne veulent pas d’une « aide » extérieure et encore moins celle du FMI… Au programme, en effet, rien d’original : austérité. Depuis décembre et l’abaissement par les trois seules agences en question (Standard & Poors8, Fitch9 et Moody’s10) de la note grecque, les politiques et les spéculateurs n’ont plus que ce mot à la bouche. Pourtant, les banques et les fonds de pension se ruent sur chaque nouvel emprunt grec. Pourtant, l’OCDE elle-même, en 2007, félicitait la Grèce pour avoir « assaini les finances

publiques » et réduit la dette publique. Cela ne s’est pas fait sans mal, et il a fallu accentuer l’austérité contre la population. L’OCDE prônait quand-même de « rendre le marché du travail plus flexible » et d’« améliorer » les « réglementations qui entravent la concurrence », c’est-à-dire
libéraliser et privatiser encore plus. Mais qui prône cette austérité draconienne ? D’une part le FMI qui, avec ses fumeuses « politiques d’ajustement structurels » a coulé de nombreux pays latino américains, africains et asiatiques dans les années 90 et 2000, les banques11, l’Europe et l’Allemagne, qui a de nombreux intérêts en

Qui, en dehors d’être une grande place immobilière, est surtout en quasi faillite via Dubaï World et possède une des dettes les plus risquées au monde. 7 Rappelons seulement quelques grandes affaires de corruption qui ont eu lieu sous le gouvernement conservateur précédent, comme l’affaire Siemens (des cadres du groupe ont versé des pots-de-vin -14,5 millions d’euros- à des politiciens Grecs du parti conservateur et du parti socialiste) ou l’affaire MAN (un constructeur automobile Allemand était accusé d’avoir versé des pots-de-vin pour obtenir des contrats avec l’entreprise publique de transport d’Athènes et du Pirée, entre 2000 et 2002. MAN a des contrats avec les sociétés publiques et pour la Défense depuis les années 80). L’aéroport d’Athènes et la principale entreprise de communications qui a été privatisée, OTE, appartiennent à des multinationales allemandes (OTE est à Deutsche Telecom et Siemens, et là encore on a assisté à des versements de pots-de-vin -pour 1,3 milliard d’euros, des actes de corruption et des mises en examen de politiciens grecs lors de la privatisation. L’Allemagne a toujours refusé d’extrader les coupables allemands). Et la grande braderie du patrimoine grec n’est pas terminée. 8 Filiale de la multinationale US McGraw-Hill. 9 Agence anglo US fondée à New York en 1913. 10 US, créée en 1909. 11 Les banques européennes détiendraient pour plus de 140 milliards d’euros de dette grecque, et pour 120 milliards de la dette espagnole, mais qu’on se rassure, avec les produits dérivés (les CDS) c’est très rentable ! Les banques françaises, BNP Paribas en tête, auraient quant à elles pour 75 milliards de la dette grecque, celles de Suisse pour 64 milliards. Des fonds d’investissement basés au Luxembourg en détiennent pour 9 milliards, les banques luxembourgeoises pour 3,3 milliards. En fait, la France aurait l’équivalent de 30% de son PIB en bons de dette des pays européens endettés, l’Irlande 34%, le Portugal 24%.

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Grèce12. Les Grecs vont bien rigoler ; contre 100 à 120 milliards d’euros sur trois ans (à un taux de 5%) on leur impose un programme qui a le même goût qu’on subit depuis bientôt 30 ans: Hausse de la TVA de 2%, soit 23% au final (ce qui est stupide puisque la consommation chute). Hausse des taxes sur le tabac (+63%), l’alcool (+20%) et le carburant (+3 centimes par litre de diesel, +8 centimes par litre d’essence). Gel des salaires de la fonction publique pendant 3 ans, ainsi que la suppression des 13e et 14e mois (à la demande du FMI de DSK, ce grand socialiste). 25 milliards d’économies à réaliser en 2 ans Réforme des retraites (tiens, comme en Belgique et comme chez nous, même si nos déficits sont moins impressionnants), pour faire passe l’âge moyen de départ de 53 à 67 ans ! Mais aussi gel des retraites du public comme du privé. Dimanche 2 mai, le gouvernement a annoncé que l’âge minimal de départ à la retraite sera de 60 ans ainsi que le gel des retraites du secteur public. Réduction de l’investissement public de 500 millions d’euros, dont 200 rien que pour l’Education nationale. Apparemment, le FMI a aussi demandé le blocage des prix pendant trois ans. Mise en place d’un fonds d’aide au système bancaire (privé et ‘public’). C’est très original.

Pour le 1er ministre Papandreou, il s’agit de mesures destinées à « sécuriser la vie de chaque

citoyen et créer une croissance dynamique dans une société plus juste ». Dans ce pays où le
clientélisme et la corruption sont des politiques d’Etat depuis des dizaines d’années, cela pourrait prêter à rire –jaune. Et il faut rappeler qu’en janvier, le précédent plan, destiné à grappiller 4,8 milliards d’euros, était du même acabit : Baisse de 12% des allocations sociales Baisse de 10% des dépenses de santé en 2010. TVA augmentée de 2% (de 19 à 21%), ce qui devait rapporter 1,3 milliard d’euros. Baisse des 13è et 14è mois (de respectivement 30 et 60%). Hausse du carburant de 25 centimes par litre. Augmentation de 20% des taxes sur l’alcool.

Accessoirement, des députés allemands ont même proposé que la Grèce revendre quelques unes de ses îles. En plus, coup de chance, une entreprise de Hambourg cherchait à en vendre une pour 45 millions d’euros. Et apparemment, ils avaient déjà fait le coup aux espagnols pour récupérer l’île de Majorque, où se concentrent énormément de touristes allemands. Et comme l’Allemagne est très préoccupée par le sort de la Grèce, la Deutsche Bank et les plus grandes entreprises allemandes étudient un plan de soutien volontaire à l’économie grecque. Nous voilà rassurés.

Outre le fait que de nombreuses entreprises allemandes sont installées en Grèce, les banques allemandes dont la Deutsche Bank et Hypo Real Estate (qui en a pour plus de 9 milliards) détiennent pour au moins 43 milliards d’euros de dette grecque. Car il s‘agit d’un produit très spéculatif, risqué mais dont la rentabilité s’avèrera maximale si les contribuables grecs et européens allongent l’oseille.

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En fait, cela fait des années que la Grèce applique l’austérité, rognant au maximum sa marge de manœuvre budgétaire, et les manifestations se succèdent depuis le début de la crise13. Comme en France, les politiques libérales appliquées jusqu’à présent ont quasiment conduit le pays à la banqueroute. La « réforme des retraites », qui se fait étrangement partout en Europe14, a commencé il y a plus de deux ans, sans évidemment porter ses fruits puisqu’il s’agit d’une réforme totalement improductive empêchant la redistribution de la richesse, et mettant les plus âgés et les plus pauvres dans la survie. Doublée avec la réforme de la santé, on comprend pourquoi aujourd’hui les Grecs ne veulent plus enfoncer le clou libéral. Car tout le monde le sait : l’austérité budgétaire mène toujours à la récession15.

Jeu de dupes Il faut préciser un détail : nos banques, allemandes et françaises, sont très exposées avec la dette grecque, et il faut absolument que le pays rembourse pour que lesdites banques ne se retrouvent pas le bec dans l’eau comme ce fut le cas avec les subprime. Un défaut de paiement est inenvisageable, même si ces banques ont été alléchées par le rendement intéressant de ce pari des plus risqués. Ce que veulent les banques, c’est que l’Etat rembourse la dette, pas qu’il se remette d’aplomb. Et c’est uniquement parce que nos banques sont exposées qu’on a décidé de prêter à la Grèce, à des conditions qui vont forcément plomber le pays pour des années encore. Etrangement, quant il s’est agi de prêter aux banques en 2008 et 2009, la Banque Centrale européenne a prêté à des taux proches de 0% et en tout cas inférieurs à l’inflation. Là, bizarrement, c’est hors de question. D’ailleurs, DSK l’a bien dit : il faudra au moins 10 ans à la Grèce pour se remettre de cette crise. Ben oui, là on ne parle que de la piétaille, pas des banques.
Par exemple, 17 jours de grève générale contre la réforme des retraites début 2008. A savoir : le gouvernement conservateur de Caramanlis a été élu un peu plus tôt sur la promesse de ne pas toucher aux retraites. 14 Normal, ce sont les crânes d’œuf de Bruxelles, s’appuyant sur des rapports du medef, de l’ERT et de moult lobbies patronaux ou des assurances, qui pousse à libéraliser ce système afin d’engraisser encore plus ceux qui louchent sur la manne de l’argent des retraites. Rappelons rapidement les mesures contenues dans le Traité de Lisbonne que nous avons rejeté avant que sarko, en bon dictateur, ne nous l’impose : déficit public sous les 3% du PIB (donc pas possible d’emprunte pour relancer l’économie), et dette publique sous les 60%, mise sous surveillance des Etats qui ne respectent pas les règles, dogme de la « concurrence non faussée » et de la fin des « entraves au commerce » (à savoir : les normes sociales, environnementales et autres ainsi que les droits de douane), « harmonisation » des lois sociales et fiscales des pays membres pour aller vers la flexibilité maximale et la fiscalité minimale, interdiction de l’emprunt et du déficit (art 311 qui stipule que « le budget (…) est intégralement financé par des ressources propres », interdiction aux banques centrales de prêter à l’Etat (ben oui, si l’Etat emprunte il faut qu’on lui colle un taux d’intérêt suivant le ‘Marché’, et il faut que ça rapporte aux banques privées), services publics (pardon « services économiques d’intérêt général) soumis aux règles de la concurrence (donc rentabilité, pas d’aide de l’Etat), liberté de circulation des capitaux, pas le droit de baisser les taux d’intérêt, etc. J’oubliais la cerise sur le gâteau : « les Etats membres s’efforcent de procéder au-delà de la mesure qui est obligatoire » en matière de libéralisation (art.60). En Europe, les Etats ne peuvent donc pas réguler. 15 Même si, en regardant aussi les chiffres des multinationales et des banques, la récession est beaucoup moins flagrante que si l’on se met du point de vue des gens.
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Rappelons aussi que grâce au traité de Maastricht, puis de Lisbonne, les banques centrales n’ont plus de droit de prêter aux Etats. Pourquoi ? Pour qu’au lieu de faire marcher la planche à billets, les Etats empruntent avec des taux d’intérêt, et donc s’endettent. Auprès de qui ? Mais des banques, bien sûr. 100% privées. Les Grecs, eux, ne veulent pas d’une aide extérieure. Alors le défaut de paiement fait peur aux spéculateurs, et on envoie les forces de l’ordre et les « forces anti émeutes » calmer les manifestants. Samedi 1er mai, des « incidents » ont éclaté. Le lendemain, le plan d’austérité était annoncé. Le 5 mai, ce sera grève générale. Et ils ont raison : imposer une cure d’austérité pareille en pleine crise revient à enlever toute marge de manœuvre au pays. Il ne pourra faire que dépenser davantage tout en vendant ses bijoux de famille et en taxant le contribuable jusqu’à la moelle. En coupant dans les services sociaux, ce sera toute une partie de la population qui se retrouvera sur le côté de la route, transformant la Grèce en pays presque sous développé. Déjà, on s’attend à ce que le PIB continue de chuter pendant encore au moins deux ans. A partir de là, comment le pays pourra-t-il rembourser ? En rajoutant encore de l’austérité ? Car sans argent, pas d’investissement, et pas de réduction du chômage, des inégalités, de renforcement de l’enseignement et de la recherche. Sarko en sait quelque chose, avec son paquet fiscal improductif. A la clé, une baisse de la consommation, de la production, de l’emploi et évidemment des recettes fiscales pendant que le coût social (pauvreté, chômage) augmente16… Car selon la Doxa libérale, les dépenses publiques nuisent à l’économie. Ce qui est totalement infirmé par les 30 glorieuses et la crise économique endémique depuis les années 9017. On le voit absolument partout dans le monde : là où l’Etat réduit les dépenses publiques, les pauvres sont encore plus pauvres et les riches encore plus riches. Car les « dépenses publiques », c’est pourtant d’une logique implacable, sont le poumon d’une société et servent à redistribuer un peu de pouvoir d’achat aux pauvres, aux vieux, aux travailleurs, aux enfants qui peuvent s’éduquer, aux chômeurs qui peuvent manger et élever leurs enfants, etc. Sans cette redistribution, on trouve une masse de nécessiteux qui survivent à peine. Et dans la survie, on ne pense plus à la politique, ni à se battre pour améliorer ses conditions de vie. On est prêt à n’importe quel travail pour n’importe quel salaire. C’est marche ou crève. Par contre, l’Etat doit aider les banques et baisser les impôts des entreprises. Si les ménages américains se retrouvent à la rue (au final on dépassera probablement les 8 millions de maisons saisies18) c’est parce qu’on leur a imposé ces mesures d’austérité, et qu’on a eu le vice de
Mais nos politiques et lobbyistes ont trouvé la solution pour contenir les « dépenses sociales » : on les diminue, voire on les supprime les unes après les autres. 17 On se rappelle de Balladur qui, en 1993, ne cessait de répéter au bon peuple qu’ « il faut faire des sacrifices ». 18 Alors qu’on n’en parle plus, en mars 2010, 367.056 logements ont été saisis : 8% de plus que l’année dernière et 19% de plus qu’en février. En 2009, 2,8 millions de logements ont déjà été saisis, après 2,2 millions en 2007. Ces saisies, d’après le chef de la Fed, devraient encore augmenter jusqu’en 2011.
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leur faire croire qu’en hypothéquant des maisons qu’ils ne possédaient pas, ils pourraient vivre normalement. Le pire, c’est qu’on recommence : fin 2009, 20% des crédits aux Etats-Unis étaient des subprime destinés aux plus pauvres19. Aux Etats-Unis en effet, ce sont les plus riches qui ont capté les gains de croissance. A ce sujet, je rappelle que sarkoléon, lors de la campagne de 2007, n’a cessé de vanter les mérites du « crédit hypothécaire » qui, selon lui, avaient permis aux Etats-Unis d’avoir une croissance de 5%20. Ce qui, hélas, était vrai. Ironie de l’histoire : ces mesures d’austérité incitent les agences de notation, à l’instar de Standard & Poors, à dégrader encore la note de la dette grecque car elles assombrissent « encore plus les perspectives de croissance de la Grèce à moyen terme ». Le libéralisme, c’est le serpent qui se mord la queue. Aujourd’hui, les banques, agences de notation et puristes du libéralisme mettent la pression sur les gouvernements européens pour qu’ils réduisent au maximum les dépenses sociales, et c’est le seul et unique but de ces attaques spéculatives et de la stratégie de la tension menée par les « agences de notation » dont l’indépendance reste à démontrer. Car, outre l’extrême concentration du secteur, aucune plainte contre elles n’a jamais abouti (s’il y a un risque de procès, on s’arrange à l’amiable), leur modus operandi reste totalement opaque, elles ne sont contrôlées par personne et leur activité même implique de nombreux conflits d’intérêts (entre autres le fait qu’elles sont payées par les organismes qu’elles notent et que pour les noter elles se basent uniquement sur les rapports comptables qu’ils lui fournissent, sans jamais faire leurs propres analyses). Comment vivait-on avant que le système social n’existe ? Eh bien on travaillait et on se tuait à la tâche. Les pauvres n’avaient pas d’éducation et restaient pauvres, et les riches conservaient le pouvoir tranquillement. Il n’y a qu’un prendre un bouquin d’histoire du XIXè siècle, ou même du Moyen-Age, pour comprendre ce qu’était la vie de ces journaliers qui n’avaient que leurs bras pour survivre. L’auto entrepreneur de sarko n’est pas autre chose. On aurait du leur dire, au MoyenAge, qu’ils incarnaient l’esprit d’entreprise, l’avenir et toutes ces conneries, ils auraient surement été ravis de l’apprendre. L’intelligence, pourtant, devrait nous remémorer le New Deal de Roosevelt dans les années 30 : augmentation des dépenses publiques pour financer une sécurité sociale et des retraites, créer de

Et soutenus par les deux stars du genre : Fannie Mae et Freddie Mac. On trouve encore cette idée sur le site de l’UMP, à la page des « propositions de sarko », avec les tags « Logement et injustices »: « Les ménages français sont aujourd’hui les moins endettés d'Europe. Or, une
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suffisamment, l'avenir, économie qui ne s'endette pas suffisamment, c'est une économie qui ne croit pas en l'avenir qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C'est pour cette raison que je souhaite développer le crédit hypothécaire pour les ménages et que l'Étal intervienne pour garantir l'accès au crédit des personnes malades. Je propose que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement. logement Il faut réformer le crédit hypothécaire. Si le recours à l’hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l’emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué. Ceci profiterait alors directement à tous ceux dont les revenus fluctuent, comme les intérimaires et de nombreux indépendants. » C’est réellement dramatique, car ces crédits, typiques du délire
ultra libérale, visent les plus précaires qui ont déjà bien du mal à devenir propriétaires, et ils sont à l’origine même de la crise subprime et de ce qui en découle aujourd’hui avec les produits dérivés de la dette grecque.

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l’emploi, des infrastructures, des entreprises publiques. Et au final, créer de la croissance21. Mais non, c’est l’inverse qui se passe. Sont-ils tous débiles, ou bien ont-ils un autre objectif ? Bref. Quand on aura un monde avec 99% de pauvres prêts à tout accepter pour survivre, et 1% de puissant qui se goinfrent sans jamais en avoir assez, qui détiennent le pouvoir et décident de tout au nom de la santé du système financier qu’ils entretiennent dans leur seul intérêt, la vie humaine risque de devenir passablement lourdingue. Quand un DSK, après avoir répété qu’ « il n’y a pas d’alternative à la mondialisation », explique à la Grèce (entre autres, hélas), qu’il faut appliquer ces mesures qui ont fait plonger des dizaines de pays dans le monde, on peut se demander s’il agit pour l’intérêt commun ou pour celui des banques.

Austérité pour tout le monde Comme prévu, maintenant que la Grèce est presque à terre, les spéculateurs et les agences de notation s’attaquent au Portugal et à l’Espagne. Mercredi 28 avril, les agences de notation ont fait chuter l’euro une fois de plus en dégradant les notes du Portugal et de l’Espagne. Du coup, les banques espagnoles et portugaises pressent leurs gouvernements respectifs d‘appliquer le même genre de « plan d’austérité » qu’en Grèce. Il est assez consternant d’observer la semaine qui vient de s’écouler sur les places boursières européennes, rythmée par les annonces sur l’aide à la Grèce et la baisse des notes de trois pays : « dès mardi, ‘les marchés’ s’affolent », nous raconte La Tribune. Ben oui : les notes de la Grèce et du Portugal venaient d’être baissées par Standard & Poors. « Mercredi, alors que le CAC 40 tente

de se calmer, rassuré par l’annonce d’une discussion concernant l’aide à la Grèce (…) Standard & Poor’s dégrade la note de l’Espagne quelques minutes avant la fin de la séance ». Du coup, la bourse repart à la baisse. Elle remonte jeudi : en effet, poursuit le quotidien, « Le CAC 40 est porté par les propos jugés rassurants de la Fed qui maintient son taux directeur ». Et puis, il y a l’ « espoir » d’une aide à la Grèce qui rassure nos ‘marchés’ (entendre : les spéculateurs). « Néanmoins, ‘les marchés’ ne sont pas encore tout à fait confiants », et le CAC 40 chute encore un peu. En fait, c’est simple :
’les Marchés’ sont versatiles. Ils visent le profit à court terme et changent d’orientation comme des girouettes en pleine tempête, au gré des annonces faites un peu dans tous les sens. Parce qu’ils ne comprennent rien d’autre.

Au passage il a aussi autorisé les syndicats et, après avoir aidé les secteurs immobilier et financier, réformé les banques pour interdire les monopoles, poursuivre les traders de l’époque qui avaient créé le krach de 1929, fermer les banques non solvables, et régulé l’économie, toujours pour éviter les monopoles. Et il a en grande partie financé cela via la Reconstruction Finance Corporation, financée par les contribuables et destinée au départ à refinancer les banques, mais qui a finalement aussi financé les infrastructures et les dépenses sociales.

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On assiste aussi à quelques pirouettes, comme sarko déclarant innocemment que les agences de notation font la pluie et le beau temps, ou des ultra libéraux orthodoxes tels que le ‘socialiste’ portugais José Socrates, grand fan de la constitution européenne et de la loi des ‘marchés’, aujourd’hui en train de crier au loup contre les vilains ‘marchés’ qui embêtent son pays mais qu’il a pourtant fermement soutenus lors de la rédaction de la « constitution européenne »22. Du coup, au Portugal aussi on va lancer un super plan d’austérité (privatisations, hausses d’impôts, gel des salaires de la fonction publique, baisse des crédits d’impôt pour la santé et l’éducation). Tout ça pour quoi ? Pour « rassurer ‘les marchés’ ». En Espagne, on avait senti le souffle du canon en janvier déjà, et on s’est dépêché de lancer des mesures d’austérité destinées à réduire les déficits publics23 : retraite à 67 ans, baisse de 4% des dépenses de personnel dans les entreprises publiques, diminution des dépenses publiques (surtout dans les infrastructures), augmentation des impôts. Comme ça n’a pas suffi à « calmer » ‘les Marchés’ cet été la TVA augmentera de 2% et en profitera aussi pour « réviser » le droit du travail histoire de flexibiliser un max et « réduire l’important écart entre travailleurs en CDI et

travailleurs précaires » (c’est donc au nom de la justice sociale qu’on va niveler par le bas les
conditions de travail, fallait y penser). On se demandait comment il est possible de faire plus « austère » que ce que nous avons connu ces quinze dernières années, on le sait désormais. En Irlande, ça ne va pas mieux : les 41 milliards d’euros injectés en mars (après 81 milliards en 2009) dans la banque qui récupère les dérivés pourris des subprime achetés par les banques du pays24 ont doublé le déficit budgétaire25. Le pays, qui avait misé à fond dur l’endettement des ménages pour relancer la consommation, a du lui aussi lancer des mesures d’austérité draconiennes avec la crise (baisse de 5 à 20% du salaire des fonctionnaires, nouveaux impôts et taxes, baisse de 760 millions d’euros pour les programmes sociaux, baisse des allocations sociales de 3%, mais surtout on ne touche pas à l’impôt sur les sociétés qui est l’un des plus bas d’Europe26). Mais comme le plan n’a pas suffi à « rassurer ‘les Marchés’ », l’Irlande a du « assainir les banques » en refilant encore quelques milliards qui partiront en fumée. Par contre, le plan d‘austérité a bien fait plonger la consommation, qui a chuté de 7% en 2009. Et sans consommation, pas de relance ! Enfin, cela n’empêche pas les agences de notation de mettre AA à la dette irlandaise. Finalement on s’aperçoit que les Etats sont bêtement gérés comme des entreprises (et encore : les entreprises, elles, ont le droit de s’endetter, ce qui peut leur permettre de se remettre à flot). Avec la même vision à court terme destinée à engraisser les actionnaires, et une politique qui a pour seul but d’augmenter les profits de quelques uns en y faisant contribuer tout le monde. Et en pressant le citron au maximum.
Il était à ce moment président du Conseil de l’Union européenne. Le but était d’économiser plus de 50 milliards d’euros pour ramener le déficit sous la barre des 3%. Il est aujourd’hui de 11,2%. 24 La Nama, pour National Asset Management Agency. 25 Avec les subprime et la forte poussée de l’immobilier, l’Irlande a vu sa croissance augmenter de 5,3% par an en moyenne entre 2000 et 2005. Puis le PIB a chuté de plus de 7% en 2009. 26 En fait la propriété intellectuelle n’est pas taxée, si bien que des entreprises comme Apple, IBM, Facebook, Google ou Paypal y ont leur siège.
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Aujourd’hui, l’évidence saute aux yeux : les personnages qu’on a élus prennent des décisions dans l’intérêt des banques et des « marchés », en nous faisant croire que c’est aussi notre intérêt. Les nombreuses crises économiques, et celle des subprime en particulier, nous ont pourtant prouvé l’inverse.

Et maintenant ? Pour conclure, examinons rapidement les réponses préparées par nos politiques et autres lobbyistes pour régler le problème, qui selon eux se résume à l’endettement. Ce ne sont certainement pas les politiques libérales et encore moins le système financier qui nous ont mis dans cette situation. Donc quoi de mieux dans un premier temps que la création d’un Fonds Monétaire Européen (FME)? L’idée est récente, et Merckel et Juncker (1er ministre du Luxembourg) viennent de la ressortir : pour avoir des sous à donner aux banques quand un Etat s’endette, on va créer un fonds alimenté par les contribuables européens. Génial, non ? Mais en fait, l’idée, on s’en doute vient d’en haut, des lobbies ultra libéraux qui se mêlent de gérer l’Europe. C’est en effet le très démocratique Centre for European Policy Studies27, un groupuscule qui tente d’influencer la politique européenne en menant depuis 30 ans son petit lobbying auprès des technocrates et des élus. D’ailleurs la Commission européenne a tout de suite trouvé l’idée très intéressante. Et comme par hasard, les médias embrayent en chœur (des dizaines de pages sur Google en deux mois). Seule la BCE, qui a peur de perdre un peu de fric et un peu de ses prérogatives, semble réservée sur le sujet. De toute manière, avec les réformes législatives nécessaires pour créer ce truc, la Grèce aura déjà eu le temps de couler. Ajoutons à cela que les Etats, en récupérant les titres pourris des banques à la suite de la crise subprime, ont simplement déplacé le problème de la dette liée à ces dérivés pourris des banques et établissements privés vers les caisses des Etats, c'est-à-dire la poche des contribuables. Le déficit n’est donc plus pour les banques, mais pour les populations. Et que font les banques et les spéculateurs pendant qu’on demande aux populations de se serrer la ceinture ? Ils créent de nouveaux dérivés, mais sur la dette des pays les plus endettés. Et –ô surprise !- qui doit assurer le paiement ? Les contribuables des pays voisins, qui sont déjà eux aussi étouffés par l’austérité liée à la crise subprime et aux politiques libérales menées indifféremment par la ‘gauche’ et la droite. Magnifique spoliation. D’un autre côté, plus géopolitique dirons-nous, mais un peu plus amusant, on observe que l’euro est en train de concurrencer le dollar comme monnaie de réserve, ce qui ne plaît certainement pas aux Etats-Unis. En effet, ce sont en grande partie les achats de dollars à l’étranger qui ont

Think Tank crée en 1983 et en partie financé par les entreprises (qui en sont donc membres), il pour but de favoriser le dialogue entre les entreprises et les bureaucrates de Bruxelles. Mais il n’est pas référencé sur la liste des lobbies qui opèrent auprès des institutions européennes bien qu’il ne soit pas basé à Bruxelles que pour aller voir le Manneken pis. Un oubli ?
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maintenu tant bien que mal le cours de cette monnaie de singe depuis des années. La Chine (qui cherche à sous évaluer le yuan donc ça tombe bien) avait 60% de ses réserves en dollars mi 2005, soit près de 660 milliards de dollars, et en détenait 798 milliards en janvier 2010, mais cela ne représentait plus que 33% de ses réserves de change (qui représentent l’équivalent de 2.400 milliards de dollars au total). La Russie « diversifie » elle aussi et a aujourd’hui 47% de ses réserves en dollars, 41% en euros (mais en 2009 c’était quasiment l’inverse), 5% en or et le reste en livres sterling. Accessoirement, quand l’Irak a dit en novembre 2000 qu’elle demanderait des euros pour son pétrole au lieu du dollar, et qu’en plus elle voulait transformer ses réserves de dollars en euros, ça ne lui a pas vraiment réussi. Mais c’était une bonne idée : depuis, l’euro ne cesse d’augmenter face au dollar28. D’ailleurs, l’idée a été reprise par l’Iran et le Venezuela en 2007, quand ces pays ont émis l’idée de payer le pétrole en euros et pas en dollars. S’ils le font, de nombreuses banques centrales risquent de convertir des dollars en euros et on imagine la débandade du dollar29. Dans toute cette histoire de la dette grecque et du « sauvetage » européen et du FMI, on se rend compte qu’il y a une marge entre le discours officiel et ce qui se joue en coulisses. Une chose est sûre : encore une fois, ce sera à la population de payer pour que les banques et multinationales du monde entier puissent continuer à piller la Grèce comme elles le font partout dans le monde. Ce qui est plus inquiétant, c’est le processus en cours : tout cela ressemble beaucoup à une guerre économique. Seuls les pays européens sont attaqués dans une période où le dollar est menacé, et les agences de notation, toutes anglo saxonnes, jouent un jeu totalement partial. En outre, si on observe ce qui se trame du côté de la monnaie mondiale30 et de la banque centrale mondiale, on peut se demander si certains n’essaieront pas de faire jouer les monnaies les unes contre les autres pour nous dire finalement qu’une monnaie mondiale réglerait tous les problèmes. En tous cas, des lobbies mondialistes aussi puissants que le Council on Foreign Relations (crée par Rockefeller), le conseil économique transatlantique31, le Transatlantic Policy Network32 et même l’ONU ont mis le sujet à leur ordre du jour depuis un moment.

Sauf, étrangement, depuis que les attaques contre la Grèce ont commencé, en décembre 2009 : l’euro était à 1,50$ début décembre, et n’est plus qu’à 1,31$ début mai. On observe d’ailleurs que son cours suit de très près les dégradations (chutes) et les annonces d’aide (remontée). 29 Rappelons rapidement que ladite monnaie a été soutenue anormalement pendant des années par l’inflation de l’immobilier et des crédits hypothécaires qui ont stimulé la consommation. Car les salaires ayant en réalité baissé et le coût de la vie augmenté, les américains auraient été incapables de consommer autant sans s’endetter à 135% comme ce fut le cas. 30 De nombreux pays aussi disparates que la Chine, la Russie, les Etats-Unis (officieusement) ou Cuba ont appelé ou sont favorables à la création d’une monnaie mondiale unique, chacun à sa sauce évidemment. En France, Jacques Attali (cet atlantiste qui ressort de sa boîte à idées) par exemple y est favorable. Même le FMI y va de sa proposition. 31 Crée en 2007, c’est un machin regroupant des représentants européens et américains, et destiné à « harmoniser » les politiques économiques des deux côtés. Cela veut dire qu’on enlève toutes les « entraves » au commerce, et cela « dans la perspective d’un ordre mondial » économique et politique. Pour cela, les organes exécutifs des US et européens doivent travailler ensemble. L’accord prévoit aussi que les Parlements doivent soutenir « le processus, en particulier concernant toutes règles futures qui seraient élaborées par

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des organismes réglementaires autonomes au niveau mondial en vue de régler, à un stade précoce, la question de la responsabilité politique »

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D’après l’évolution des débats, il est probable que l’instauration de cette monnaie mondiale passera d’abord par une monnaie de réserve mondiale qui correspondrait à un mélange de plusieurs monnaies. A terme, comme ce fut le cas avec l’euro (ex « écu » des transactions européennes), il y a de fortes chances pour qu’on en fasse aussi une monnaie d’échanges. Il faut aussi se demander comment fonctionnera la banque centrale mondiale qui ira inévitablement avec. Rappelons que les banques centrales sont indépendantes des Etats et donc des votes des peuples, qu’elles définissent elles-mêmes leurs orientations et créent ou pas de la monnaie selon des principes des plus foireux33. Pire : elles sont souvent des agglomérations de banques privées, comme c’est le cas de la FED, qui finalement ont usurpé la création monétaire aux populations34. Si on crée cette banque centrale mondiale, aura-t-elle les mêmes pouvoirs ? Qui définira sa politique ? Qui la dirigera ? Dans l’intérêt de qui ? Enfin, est-ce que ce sera cette banque qui prêtera à toutes les autres, c’est-à-dire qui décidera de la politique économique et donc de la politique en général partout dans le monde ? Il n’y a là rien de rassurant pour nous si nous espérons en finir un jour avec « l’austérité » et la loi des ‘Marchés’.

Ce truc-là est financé par des multinationales US et européennes pour « renforcer les relations ». Son président honoraire est Peter Sutherland, ex chef d‘Etat irlandais, président de Goldman Sachs et BP, pilier de la Trilatérale, du Bilderberg et ancien président de l’European Round Table of Industrialists. 33 Pour être rapide, la banque de France dépend aujourd’hui uniquement de la BCE. Elle est indépendante du politique depuis 1993 et prête aux banques et aux entreprises. Elle a été nationalisée en 1936 (suite à l’affaire du « mur de l’argent », des 200 familles etc.). Mais on notera que l’information du public en ce qui concerne ces banques est très mauvaise. 34 La monnaie est en effet crée lorsqu’une banque fait un prêt. Elle crée de l’argent pour l’occasion, on le lui rembourse, et en plus elle calcule un taux d’intérêt. En revanche, on lui demande d’avoir à peine 8% de fonds propres (sinon on dit qu’elle a un « mauvais ratio de solvabilité »), comme ça en cas de crise on fait payer les contribuables.

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