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52 LES EFFETS DES FLUCTUATIONS DES TAUX DE CHANGE

Entérinés par les accords de la Jamaïque en 1976, les changes flottants se sont généralisés après l’effondrement du système de Bretton Woods. Il s’agit de laisser fluctuer le prix d’une monnaie par rapport aux autres selon l’offre et la demande qui en sont faites sur le marché des changes.

LES AVANTAGES ATTENDUS D’UN SYSTÈME DES CHANGES FLOTTANTS

q Un ajustement automatique des déséquilibres par le jeu du marché

Un pays qui connaît un déficit extérieur doit nécessairement convertir sa monnaie

nationale pour le montant de ce déficit afin de régler ce qu’il doit à ses partenaires com- merciaux. Sur le marché des changes, cette opération contribue à accroître l’offre de sa monnaie par rapport à la demande qui en est faite. Son prix, c’est-à-dire son taux de change, diminue donc. Dans un premier temps, il en découle un

effet prix : le déficit commercial se creuse, car les importations sont plus chères et les agents économiques ne réagissent pas immédiatement à cette hausse des prix. Mais, dans un second temps, un effet volume apparaît : comme un même volume de biens importés est plus onéreux qu’avant, les agents résidents sont incités à substituer des biens nationaux aux biens étrangers; cela contribue à diminuer les importations. D’un autre côté, cette baisse du taux de change rend les produits nationaux à l’étran- ger moins chers. Les exportations sont donc stimulées.

UNE COURBE EN J

La courbe en J des effets d’une dépréciation monétaire sur les échanges extérieurs.

Soldedelabalancecommerciale Excédent Dépréciation 0 Temps Déficit Effetprix Effetvolume
Soldedelabalancecommerciale
Excédent
Dépréciation
0
Temps
Déficit
Effetprix
Effetvolume

q Une plus grande liberté dans la conduite des politiques économiques

Dans un système des changes fixes, chaque pays est tenu de rechercher l’équilibre avec l’extérieur, car tout déficit exerce une pression à la baisse de la valeur de la monnaie du pays déficitaire, ce qui met en cause la fixité des parités des monnaies. Ainsi, les sorties de devises liées à un déficit commercial doivent être compensées par des entrées de capitaux attirés par des taux d’intérêt élevés. Il en découle l’impossibilité pour des pays soumis à la contrainte extérieure d’agir de façon autonome sur le niveau de ses taux d’intérêt. Dans le système des changes flottants, les pouvoirs publics n’ont plus à se préoccuper de la parité de leur monnaie. Ils peuvent donc plus facilement conduire une politique

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économique autonome ne tenant compte que des seules considérations internes. Rien n’empêche, par exemple, un pays de diminuer ses taux d’intérêt pour faciliter la reprise de l’investissement. Cependant, dans l’esprit des monétaristes, l’avantage de ce système est de permettre de lutter contre l’inflation par un plus grand contrôle de la masse monétaire.

q Un frein à la manipulation des taux de change

En laissant les seules forces du marché déterminer les taux de change, on aboutit à la « vérité des prix ». Autrement dit, on supprime les possibilités pour un État de surévaluer ou de sous-évaluer sa monnaie. De plus, dans un système des changes flottants, les banques centrales ne sont plus tenues d’intervenir pour maintenir la parité de leur mon- naie. Les réserves de changes permettant la défense de la monnaie sur le marché des changes sont alors inutiles; de nombreuses devises deviennent ainsi disponibles pour financer des activités productives.

LES PROBLÈMES POSÉS PAR LES TAUX DE CHANGES FLOTTANTS

q Des effets déstabilisants sur les échanges extérieurs

Lorsque les taux de change sont fluctuants, il n’est pas possible de connaître avec exac- titude l’intérêt que représente un investissement à l’étranger, ni même une opération com- merciale lorsqu’elle est réglée à terme. Cette incertitude freine les échanges mondiaux ou accroît leur coût par la mise en place de contrats de protection contre les risques liés aux fluctuations des taux de change. Les variations de taux de change ne sont pas neutres; elles se répercutent d’abord sur les prix des biens et services. En effet, une dépréciation renchérit le coût des importations; or, un grand nombre de celles-ci sont indispensables et ne sont pas substituables. Cela pro- voque donc un effet inflationniste. Il en découle que les exportations elles-mêmes ne sont pas nécessairement stimulées par la baisse du taux de change, notamment quand elles intègrent des produits importés. Un déficit ne se résorbe donc pas automatiquement par la flexibilité des taux de change; il peut même se creuser par le cercle vicieux de la dépréciation monétaire. En effet, l’inflation amenant une défiance à l’égard de la monnaie, de nombreux opérateurs sur le marché des changes vont souhaiter s’en dessaisir.

q Une spéculation accrue qui limite la mise en place de politiques autonomes

Les comportements spéculatifs sont favorisés par les fluctuations des taux de change. En effet, aujourd’hui la plupart des transactions sur le marché des changes correspondent à des mouvements financiers indépendants des échanges de biens et de services, de nom- breux opérateurs jouant les monnaies les unes contre les autres. Le système des changes flottants pénalise par conséquent la mise en place de politiques monétaires autonomes. Car pour éviter des fuites de capitaux et une spéculation à la baisse sur sa monnaie, chaque pays est tenu de suivre le niveau des taux d’intérêt des autres. Du reste, la mondia- lisation des économies s’est traduite par l’obligation pour les pays les plus ouverts et sou- mis à la contrainte extérieure de chercher à disposer d’une monnaie appréciée sur le marché des changes, donc forte.

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