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Dette: les dirigeants européens accroissent la pression sur la Grèce

Les responsables de l’UE et le Fonds monétaire international ont durci les conditions d’une nouvelle tranche de prêt à Athènes

Des économies supplé- mentaires et de nouvelles réformes sont exigées du pays. L’Allemagne pousse en ce sens

Mis en difficulté par l’aile gauche de son parti, Syriza, le gouvernement Tsipras se refuse à d’autres concessions

La situation de blocage laisse craindre, comme en 2015, une crise finan- cière dans la zone euro

ÉCONOMIE – LIRE PAGE 11

TERRORISME LE DILEMME DES AVOCATS ▶ Frank Berton défendra Salah Abdeslam, qui vient d’être transféré
TERRORISME
LE DILEMME
DES AVOCATS
▶ Frank Berton défendra
Salah Abdeslam,
qui vient d’être transféré
en France. Portrait
d’un professionnel rompu
aux dossiers médiatiques
▶ Des pénalistes expliquent
la difficulté et la nécessité
d’assister des djihadistes
FRANCE – LIRE PAGES 8-9
Frank Berton,
en février 2015.
JOËL SAGET/AFP

Syrie Les négociations de Genève dans l’impasse

La troisième session des pourparlers entre le régime Assad et l’oppo- sition s’est achevée, mercredi 27 avril, sans aucune avancée. Sur le ter- rain, le cessez-le-feu est illusoire et les bombarde- ments se poursuivent

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Réfugiés L’Autriche vote un « état d’urgence» migratoire

Les députés ont adopté une loi limitant les droits des réfugiés et renforçant les frontières avec l’Italie

LIRE PAGE 5

Social Un accord pour les intermittents

Après dix heures de discussions, les partenai- res sociaux du spectacle sont parvenus à s’enten- dre sur un régime d’assu- rance-chômage propre à cette branche

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Arts Un écrin parisien pour la Fondation Pinault

L’ homme d’affaires Fran-

çois Pinault et la maire de

Paris, Anne Hidalgo, ont

annoncé, mercredi 27 avril, l’ouverture, à la fin 2018, d’un musée dans les locaux de l’an- cienne Bourse de commerce, à

Paris. Dans ce bâtiment circulaire sera abritée, sur 4 000 m 2 , une partie de l’importante collection d’œuvres d’art que le milliardaire a montée. Dans un entretien au Monde, François Pinault explique son choix et son ambition. « Un

musée ne peut être un lieu où l’on se contente de montrer. C’est aussi un lieu pour faire avancer les cho- ses. » Il espère ainsi aider les artis- tes contemporains dans leur création.

LIRE PAGES 16-17

LE REGARD DE PLANTU

dans leur création. LIRE PAGES 16-17 LE REGARD DE PLANTU Enquête La vie des cités dans

Enquête La vie des cités dans la prison de Villepinte

LIRE PAGES 14-15

Climat Moins de forêts, plus de verdure

LIRE PAGE 6

Politique Nicolas Sarkozy en précampagne

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1 É D I T O R I A L SALMAN D’ARABIE, ENTRE AUDACE ET
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SALMAN D’ARABIE,
ENTRE AUDACE
ET MIRAGE
→ LIRE PAGE 23
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2 | INTERNATIONAL

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VENDREDI 29 AVRIL 2016

2 | INTERNATIONAL 0123 VENDREDI 29 AVRIL 2016 Des blessés après les frappes aériennes qui ont

Des blessés après les frappes aériennes qui ont atteint le quartier Ferdous, à Alep, contrôlé par les rebelles, mardi 26 avril.

AMEER ALHALBI/AFP

Efforts de façade pour sauver la paix en Syrie

Les pourparlers de Genève n’ont débouché sur aucun résultat, alors que les combats s’intensifient à Alep

usqu’ici, le seul résultat tan- gible des négociations inter- syriennes de Genève est leur survie. Mais elles sont à bout

de souffle. La troisième ses- sion de ces pourparlers indirects sous l’égide des Nations unies en- tre le régime de Bachar Al-Assad et l’opposition s’est achevée mer- credi 27 avril sans aucune réelle avancée alors que l’intensification des offensives des forces du ré- gime aidées par les Russes, notam- ment autour d’Alep, risque de leur donner le coup de grâce. « Com- ment peut-on avoir des discussions de qualité si l’on n’entend parler que de bombardement et de pilonna- ges ? », a mis en garde mercredi dans la nuit le médiateur de l’ONU, Staffan de Mistura, après avoir fait le point par vidéoconférence avec le Conseil de sécurité à New York. Le diplomate italo-suédois ap- pelle donc les présidents russe et

J

américain, Vladimir Poutine et Barack Obama, à sauver le cessez- le-feu mis en place fin février alors qu’il y a désormais « un mort sy- rien toutes les vingt-cinq minutes ces dernières quarante-huit heu- res ». Cette situation avait incité la délégation du Haut Comité des né- gociations (HCN) – représentant l’opposition démocratique et les groupes armés soutenus par les Occidentaux, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie – à quitter, le 21 avril, les discussions officielles. Fort de ses « quarante-cinq ans et sept mois d’expérience dans la diplomatie internationale », Staffan de Mistura n’en est pas moins décidé à aller de l’avant. « Les parties syriennes ont toutes accepté la nécessité d’une transi- tion politique », a-t-il insisté, espé- rant pouvoir tenir deux nou- veaux rounds de discussions d’ici à l’été, même si aucune date n’a

encore été fixée. A l’inverse, les adversaires du régime sont de plus en plus sceptiques. « Ces né- gociations n’ont pas de vie propre. Elles dépendent de ce qui se passe sur le terrain et plus encore du le- vier russe et américain », recon- naît Bassma Kodmani, une des fi- gures du HCN, rappelant que l’op- position ne reviendrait officielle- ment dans les négociations que « s’il y a une réelle amélioration de la situation humanitaire et un re- tour à la cessation des hostilités en vigueur depuis le 27 février ».

« Posture de l’arbitre »

Dans cet affrontement, Moscou détient les cartes maîtresses. En in- vitant Bachar Al-Assad à Moscou à l’automne, il avait lancé ce proces- sus auquel se sont rapidement as- sociés les Américains et qui a abouti à une résolution du Conseil de sécurité en décembre, la 2254,

fixant le cadre de négociations censées permettre une transition politique et l’instauration « d’une gouvernance crédible inclusive et non sectaire» préparant sous dix- huit mois des élections générales avec un contrôle international.

« Acteur majeur et partie pre- nante au conflit par son soutien actif au régime dans ses opéra- tions contre l’opposition, la Russie

a néanmoins réussi à prendre la

posture de l’arbitre », relève Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stra-

tégique (FRS), rappelant que dans ce conflit, « ses priorités sont à l’op- posé de celles de la France ou des Etats-Unis, visant d’abord à sauver

le régime et à affirmer son nou-

veau rôle régional, alors que la lutte contre l’organisation Etat is- lamique [EI] arrive en dernier ». Amorcées début février, les né-

gociations avaient aussitôt été

Les conditions de vie jugées désespérées dans les zones assiégées

peu après s’être exprimé, mercredi 27 avril, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, Staffan de Mistura, envoyé spécial pour la Syrie, a plaidé pour que l’aide humanitaire parvienne aux zones assiégées, et notamment à Daraya. Dans cette localité proche de Damas, verrouillée par les forces pro-Assad et minée par la faim, aucun convoi officiel n’a pénétré de- puis plus de trois ans. Les conditions de vie des 4000 habitants restés sur place sont jugées désespérées. Considérée comme une priorité par les humanitaires, Daraya est le symbole de l’échec, malgré les pressions internationa- les, à obtenir un accès régulier aux régions assiégées ou difficiles d’accès, où vivent près de quatre millions de personnes. La plupart des sièges, où sont piégés plus de 480 000 Syriens, sont imposés par le ré- gime. Le blocage de l’aide vient essentielle- ment des autorités, ce que désormais les Nations unies n’hésitent plus à affirmer. Damas valide au compte-gouttes les de-

mandes des humanitaires. Mais récem- ment, « l’opposition armée », rapporte l’ONU, a aussi empêché le Croissant-Rouge syrien d’entrer à Azaz, dans le nord du pays.

« Pas de lieu où accoucher dans la dignité»

Des progrès ont été enregistrés en 2016. En quatre mois, un plus grand nombre de per- sonnes a pu être secouru que tout au long de l’année 2015. Dans le centre de la Syrie, deux villes rebelles difficiles d’accès, Rastan, encerclée par l’armée, et Talbiseh, ont pu être ravitaillées au cours des der- niers jours, après un long isolement. Pawel Krzysiek, porte-parole du Comité interna- tional de la Croix-Rouge (CICR) en Syrie, a été frappé, à Rastan, par le manque d’équi- pement médical : « L’unique maternité [pour une ville de 120 000 habitants] se trouve dans un garage : les femmes n’ont pas de lieu où accoucher dans la dignité. » De l’aide a pu être larguée à Deir ez-Zor, dans l’Est, à destination des habitants réfu- giés dans les quartiers sous contrôle de l’ar-

mée, assiégés par l’organisation Etat islami- que. Et, après de longs marchandages, des malades et des blessés ont été évacués, en avril, de quatre localités – dont Madaya, ville martyre –, prises en étau par le régime ou les rebelles, et liées par un accord politique. Mais on reste loin des besoins et, encore plus, de l’objectif de la levée des sièges sti- pulée par la résolution 2254 des Nations unies en décembre 2015. « Tant que l’entrée des convois restera sporadique, il n’y aura pas de réelle amélioration, souligne un hu- manitaire. Les populations encerclées dé- pendent de l’aide, qui s’épuise en deux mois. » Le régime impose des coupes : plus de 98 000 articles médicaux, dont du ma- tériel chirurgical, ont été retirés des con- vois entre janvier et mars. La mort, enfin, de cinq secouristes, des « Casques blancs » tués dans une attaque du régime, lundi 25 avril près d’Alep, montre que le person- nel médical continue d’être visé. p

laure stephan (beyrouth, correspondance)

«Ces négociations dépendent de ce qui se passe sur le terrain et du levier russe et américain »

BASSMA KODMANI

Haut Comité des négociations

suspendues sur décision du mé- diateur de l’ONU à cause de la vaste offensive sur Alep lancée par le régime avec le soutien russe. El- les n’ont réellement démarré

qu’après l’instauration de la trêve, le 27 février. Elles sont aujourd’hui à nouveau en péril. Staffan de Mistura mise sur une initiative du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS) incluant 17 pays ainsi que l’ONU, l’UE, la Ligue arabe et qui est parrainé par la Russie et les Etats-Unis. Le destin des négociations dépend en pre- mier lieu de Moscou, qui peut im- poser au régime d’arrêter ses of- fensives, mais aussi de la détermi- nation de l’administration améri- caine face au Kremlin.

« Enfant gâté et capricieux »

« L’intensification des opérations vise à augmenter la pression sur la partie la plus vulnérable, c’est-à- dire l’opposition, soit en l’obligeant à accepter de plus en plus de con- cessions au risque de se décrédibili- ser, soit à quitter les négociations et être accusée de leur échec », note Ziad Majed, universitaire et poli- tologue libanais. Cette situation met à l’épreuve la cohésion du HCN, qui regroupe à la fois des or- ganisations politiques – celles qui sont notamment dans la Coali- tion nationale syrienne –, mais aussi la plupart des forces com- battantes sur le terrain en dehors des djihadistes de l’EI ou liés à

Al-Qaida. C’est ce qui fonde sa légi- timité et sa présence aux négocia- tions face au régime. La session commencée le 13 avril s’est concentrée sur la question définie comme « cruciale » par le médiateur, celle « de la transition politique, de la gouvernance et des principes constitutionnels ». Le HCN exige le départ de Bachar Al-Assad et que l’autorité de tran- sition soit dotée des pleins pou- voirs exécutifs. Le régime concède tout au plus l’entrée de quelques opposants triés sur le volet dans un gouvernement d’union nationale. Rien n’a réelle- ment bougé. Mais les discussions ont continué, y compris de façon « informelle », avec le HCN, dont la plupart des représentants et son coordinateur, Riyad Hijab, sont restés sur place, même après l’an- nonce de leur départ. Les risques de la politique de la chaise vide sont en effet évidents. Les Russes, par la voix de leur ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, accusent le HCN d’être « un enfant gâté et capri- cieux encouragé par ses protec- teurs étrangers ». Et, surtout, il rappelle que le HCN n’est pas « le seul groupe d’opposition sy- rienne ». Les représentants du groupe dit « de Moscou et du Caire » ou de Hmeihem – la base aérienne russe près de Latta- quié, en Syrie – sont présents à Genève depuis le début des pour- parlers et « consultés ». Sans réelle représentativité, ces anciens res- ponsables du système baasiste ou membres d’organisations de la société civile tolérées par le ré- gime sont prêts à jouer les utilités aux côtés du dictateur. Ils n’en prétendent déjà pas moins être inclus dans la délégation de l’op- position, une hypothèse rejetée par le HCN et les pays qui le sou- tiennent. Mais, aujourd’hui, il est plus affaibli et divisé que jamais. p

marc semo

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En Cisjordanie, le Hamas à la conquête desjeunes

Le mouvement islamiste a recueilli 45 % des voix lors des élections de l’université de Bir Zeit

bir zeit (cisjordanie) -

envoyé spécial

L es étudiants pro-Hamas

de l’université de Bir Zeit

ont fêté leur victoire jus-

qu’au bout de la nuit mais

n’ont pas pu aller défiler sous les fenêtres de la Mouqata’a, le siège de l’Autorité palestinienne à Ramallah. Ils se sont contentés de quelques tours en voiture dans la ville, à une dizaine de kilomètres au nord des bureaux de Mah- moud Abbas. La consigne a été respectée à la lettre par la police palestinienne : aucune voiture arborant le drapeau du mouve- ment islamiste n’a pu pénétrer dans la capitale administrative de Cisjordanie. Perchée sur une colline, l’uni- versité de Bir Zeit a de nouveau donné sa préférence à la liste affi- liée au Hamas lors des élections étudiantes, mercredi 27 avril. L’institution palestinienne la plus prestigieuse, qui accueille 12 000 étudiants, a mis en tête le bloc islamique avec 45 % des voix.

Son frère ennemi, le Fatah, le parti du président Abbas, a recueilli

40 %, et la gauche marxiste du

Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), 11 %. C’est une nouvelle victoire pour le mouve- ment islamiste, qui l’avait déjà emporté plus largement l’an der- nier. Considéré comme une orga- nisation terroriste par Israël mais aussi par l’Union européenne et les Etats-Unis, le Hamas confirme son ancrage en Cisjordanie. Dans les territoires palestiniens, privés d’élections nationales de- puis 2006 et la victoire du Hamas aux législatives, ce scrutin étu- diant permet de sonder l’opinion.

«Pendant longtemps, Bir Zeit était le seul endroit en Palestine où se te- naient de réelles élections », témoi- gne Ghassan Al-Khatib, l’un des vice-présidents de l’université. «Aujourd’hui, ces élections tradui- sent une tendance en Cisjordanie. C’est pour cette raison qu’elles sont si suivies », assure cet ancien mi- nistre de l’Autorité palestinienne.

Une fracture sociétale

Le sentiment de responsabilité est palpable au sein du corps étu- diant. En dernière année de li- cence de français, Mohamed Masri, 24 ans, la chevelure hirsute, n’a jamais eu la chance de prendre part à une élection palestinienne autre que celle de sa faculté. Sé- duit ces dernières années par le Fatah puis la liste de gauche FPLP, il se réjouit de l’attention portée à l’élection étudiante. « Bir Zeit a toujours été le point de départ des événements qui touchent la so- ciété palestinienne. Les intifadas ont débuté ici, beaucoup de mani- festations aussi et c’est à Bir Zeit qu’ont été formés la plupart des responsables palestiniens », ré- sume le jeune homme. En octo- bre 2015, alors qu’un soulèvement palestinien semblait naître, les étudiants se sont engagés en al- lant manifester au checkpoint du DCO, au nord de Ramallah. Mais la mobilisation estudiantine s’est très vite essoufflée, comme dans le reste de la Cisjordanie. Difficile de savoir si ce vote est la preuve d’une adhésion générale au mouvement islamiste ou sim- plement le reflet d’un travail syn- dical sur le terrain. Un voile beige cachant ses cheveux, Halla Abu Neemah a voté pour la liste Ha- mas. « Je ne voulais pas m’engager

pour la liste Ha- mas. « Je ne voulais pas m’engager Des étudiants et des partisans

Des étudiants et des partisans du Hamas, lors d’un rassemblement près de Ramallah, en Cisjordanie, mardi 26 avril. MAJDI MOHAMMED/AP

pour les shabibeh [la liste du Fa- tah] parce qu’ils ont eu le pouvoir

trop longtemps et ils n’ont rien fait. Le Hamas a promis des choses. Je veux les voir à l’œuvre une deuxième année pour me faire un avis », affirme la jeune étudiante. Elle aimerait voir baisser les frais d’inscription qui grèvent le bud- get de sa famille (environ

800 euros par semestre en li-

cence). Pour Ghassan Al-Khatib, le vice-président de l’université, deux facteurs jouent à part à peu près égales dans le vote : « Si un syndicat s’est montré particulière- ment attentif aux problèmes des étudiants, alors il récoltera leurs

« Ce résultat confirme la division toujours plus forte de la société »

KHALID FARRAJ

directeur de l’Institut des études palestiniennes

voix. Mais l’appartenance politi- que familiale ou personnelle in- fluence aussi les votes.» La fracture est bien plus pro- fonde aux yeux de Khalid Farraj, directeur de l’Institut des études palestiniennes basé à Ramallah. « Ce résultat confirme la division toujours plus forte de la société en- tre les partisans nationalistes et is- lamistes palestiniens », analyse l’ancien étudiant de Bir Zeit. Le fossé se creuse au sein de la so- ciété palestinienne entre ceux qui croient à une solution négociée avec Israël et ceux qui prônent la résistance armée. Selon lui, « le discours radical du Hamas séduit davantage les jeunes.»

Le Hamas joue sa survie

Une étude menée auprès de 1 000 jeunes par le Centre pour les médias et la communication de Jérusalem (JMCC) le confirme. Le sondage, dévoilé le 25 avril, mon- tre que 46 % des jeunes soutien- nent les attaques au couteau me- nées depuis plus de six mois alors qu’ils sont 47 % à les condamner. Un véritable schisme dans l’opi- nion alors qu’une nouvelle tenta-

Deux Palestiniens tués à un checkpoint

Les policiers israéliens ont abattu mercredi 27 avril deux Palesti- niens, un homme et une femme, qui s’approchaient d’eux armés de couteaux, a annoncé la police israélienne. Les deux victimes ont, selon la police, refusé de s’arrêter malgré les injonctions répétées des forces de l’ordre au point de passage de Kalandia entre Jérusalem et la Cisjordanie occupée. Celles-ci auraient ouvert le feu quand la femme a sorti un couteau de son sac et l’a lancé vers les policiers. Un couteau identique à ce- lui de la femme ainsi qu’un couteau papillon (à lame repliable) ont été retrouvés dans la ceinture de l’homme, affirme la police, qui a publié des photos des trois armes blanches.

tive d’attaque a eu lieu ce 27 avril au point de passage de Kalandia, entre Jérusalem et Ramallah. Un couple a tenté d’approcher des soldats israéliens avec une arme blanche. L’homme et la femme ont été abattus par les militaires avant d’avoir pu passer à l’action. La victoire du Hamas au sein de l’institution universitaire est un nouvel exemple du désamour croissant de la jeunesse envers l’Autorité palestinienne gérée par le Fatah. « Ce vote ne doit pas être surinterprété », tentent de relativi- ser des cadres du parti nationa- liste venus prendre la tempéra-

ture durant le vote. Ils rappellent que le Fatah l’a emporté dans toutes les autres universités de Cisjordanie même s’ils oublient de dire que le Hamas y a réalisé de très bons scores à chaque fois. La réconciliation inter-palesti- nienne semble hypothétique. Les différentes rencontres organisées à Doha, au Qatar, n’ont débouché sur rien de concret. Le Hamas, qui dirige la bande de Gaza depuis 2007, sait qu’il joue sa survie. Chaque camp n’attend qu’un faux pas de l’autre pour prendre l’avantage. p

nicolas ropert

Le terrorisme philippin ravivé sous la bannière de l’Etat islamique

Le groupe Abou Sayyaf, ex-affidé d’Al-Qaida spécialisé dans la piraterie, a décapité un otage canadien faute d’obtenir une rançon

L es deux hommes à moto ont abandonné, le 25 avril, près de la mairie de Jolo,

une île de l’extrême sud-ouest des Philippines, leur sac conte- nant la tête d’un otage. Le Cana- dien John Ridsdel, 68 ans, avait été kidnappé, le 21 septembre

2015 au soir, avec un compatriote

et son épouse philippine, ainsi qu’un Norvégien, dans une ma-

rina sur une petite île faisant face à Davao, la principale ville de Mindanao, la grande île du Sud. Son exécution par un groupe is- lamiste est venue rappeler au monde le risque terroriste qui pèse sur le pays. Après leur capture, les quatre otages avaient été transférés à

500 kilomètres de là, à Jolo, non

loin de la Malaisie. Le groupe Abou Sayyaf (ASG selon l’acro-

nyme anglais) avait exigé d’abord

1 milliard, puis finalement

300 millions de pesos (5,6 mil-

lions d’euros) pour chacun d’entre eux, posant une échéance au 25 avril, soit deux semaines avant la tenue des élections générales. Le président Benigno Aquino a annoncé mercredi que « d’inten- ses opérations » sont en cours. « Il

Mer de Chine méridionale Manille PHILIPPINES JoloJolo Mindanao Mer de Sulu Davao MALAISIE Etat de
Mer de Chine
méridionale
Manille
PHILIPPINES
JoloJolo
Mindanao
Mer
de Sulu
Davao
MALAISIE
Etat
de Sabah
Ile
de Bornéo
INDONÉSIE
250 km
faut s’attendre à des victimes,

mais la plus haute importance doit être donnée à la neutralisa- tion des activités d’ASG », a déclaré le chef de l’Etat. Ce groupe terro- riste créé en 1991 et longtemps af- filié à Al-Qaida s’est trouvé une nouvelle raison d’être : l’organisa- tion Etat islamique. Un meneur d’Abou Sayyaf, Isnilon Hapilon, a

prêté allégeance à l’EI en 2014. Dé- but janvier 2016, les militants de quatre groupes armés distincts de Mindanao sont apparus dans une vidéo, faisant allégeance à l’organisation munis de son dra- peau noir et blanc.

« Nous ne paierons pas »

Selon la présidence, Isnilon Hapi- lon a envisagé notamment d’enle- ver le boxeur Manny Pacquiao ainsi que la sœur de Benigno Aquino, Kris, une célèbre anima- trice de talk-shows, pour les échanger ensuite contre des mili- tants emprisonnés. Le groupe, qui a coulé un ferry en 2004, tuant 116 personnes, aurait plus récem- ment envisagé une campagne d’attentats à la bombe dans Ma-

nille afin d’« attirer l’attention » de l’EI, a précisé M. Aquino. L’organisation terroriste a égale- ment revendiqué l’attaque le 26 mars d’un remorqueur indo- nésien, le Brahma-12, et exige

1 million de dollars

(880 000 euros) pour libérer ses marins. Deux autres navires, le Massive-6 battant pavillon malai- sien et le Henry, ont été attaqués respectivement les 1 er et 15 avril.

Tous ces incidents ont eu lieu au large de l’Etat malaisien de Sabah, sur l’île de Bornéo, et dans le sud des Philippines, non loin de Jolo. « Nous ne paierons pas de ran- çon », a affirmé mardi 26 avril le président indonésien, Joko Wi- dodo, ajoutant : « Nous voulons que les otages soient relâchés le plus vite possible, mais ils sont dé- tenus [aux Philippines] et nous de- vons obtenir la permission pour déployer nos forces armées. » « Jo- kowi », comme il est surnommé, a proposé aux gouvernements phi- lippin et malaisien d’organiser des patrouilles conjointes en mer de Sulu, entre leurs deux pays. « On ne peut pas laisser les choses continuer comme ça ! », s’est ex- clamé le chef de l’Etat indonésien lors d’une conférence de presse, avant d’annoncer la tenue d’une réunion cette semaine à Djakarta entre les ministres des affaires étrangères ainsi que des officiers supérieurs des trois pays.

La décapitation de M. Ridsdel et la recrudescence des actes de pi- raterie disent l’incapacité des autorités philippines à neutrali- ser Abou Sayyaf. Le 9 avril, envi- ron 120 hommes de l’organisa-

Le 9 avril, 120 terroristes ont pris des soldats en embuscade pour protéger leur chef, causant 18 morts selon Manille

tion ont pris en embuscade des troupes déployées dans une of- fensive visant à tuer Isnilon Ha- pilon, causant la mort de 18 sol- dats, selon Manille. Parmi les 37 morts enregistrés depuis du côté d’Abou Sayyaf, on compte un ex- pert marocain en explosifs, Mo- hammad Khattab, dont le but, se- lon l’armée philippine, était « d’organiser et d’unir » autour d’une « organisation terroriste internationale ». Manille ne nomme pas là l’EI. Le gouvernement philippin préfère ne pas donner de stature interna- tionale à son ennemi, ce qui aide- rait au recrutement chez les jeu- nes musulmans de Mindanao et

offrirait une légitimation idéolo- gique. Il préfère voir en l’ASG de simples bandits en quête de ran- çons. « Le lien en matière de finan- cement n’est pas établi » entre les deux structures, fait valoir Ishak Mastura, le président du bureau des investissements de la Région autonome du Mindanao musul- man. Selon lui, s’il y a bien des échanges et une idéologie com- mune, le nouvel étiquetage « Etat islamique » relève avant tout de la propagande. Les connexions sont pourtant un fait. « Il existe des preuves : il y a des communications entre le siège de l’organisation Etat islamique et Abou Sayyaf, l’envoi d’experts étrangers, la publication par le siège de l’EI de vidéos des Philippi- nes », soutient l’universitaire Rommel Banlaoi, fondateur de l’Institut de recherche sur la paix, la violence et le terrorisme, qui conclut : « Tout dépend ensuite de la catégorie dans laquelle vous souhaitez les ranger. » p

harold thibault (manille, envoyé spécial) et bruno philip (bangkok, correspondant en asie du sud-est)

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VENDREDI 29 AVRIL 2016

En Belgique, Jan Jambon, provocateur et ministre

Le numéro deux du gouvernement, membre du parti autonomiste flamand, multiplie les sorties contre l’islam

PORTRAIT

bruxelles - correspondant

an Jambon est celui qui a vu des musulmans « danser » après les attentats de Bruxel- les. Le ministre de l’intérieur

belge a aussi très malencon- treusement assimilé les complici- tés dont a bénéficié Salah Abdes- lam lors de sa cavale à l’aide dont ont bénéficié des juifs, cachés du- rant la guerre. Il a également pro- mis de faire le ménage « maison par maison» à Molenbeek, faisant irrémédiablement penser au net- toyage « au Kärcher » de l’ancien ministre de l’intérieur d’un pays voisin… Avant cela, il avait estimé que ceux qui possédaient une maison et un carnet d’épargne ne devaient pas bénéficier d’indemnités de chômage. Et il avait jugé que les na- tionalistes flamands qui avaient collaboré avec l’Allemagne nazie avaient «leurs raisons», que lui- même n’avait pas à juger puisqu’il « ne vivait pas à cette époque-là ».

J

Encombrant pour la coalition

Ce quinquagénaire à la taille im- posante, né en 1960 dans le Lim- bourg, devient décidément en- combrant pour la coalition du premier ministre, Charles Michel. Le numéro deux du gouverne- ment belge, fidèle porte-voix de son parti, l’Alliance néoflamande (N-VA), et de son président, le maire d’Anvers, Bart De Wever, semble s’être fait une spécialité de propos qui deviennent autant d’obstacles à la survie de la fragile coalition appelée à gérer le royaume. Les attentats du 22 mars, qui ont révélé de nouvelles lacunes dans la gestion sécuritaire, ont plongé le pays dans une nouvelle crise existentielle, alors que les trois partis flamands au pouvoir (outre la N-VA, les libéraux et les chré- tiens-démocrates) ne cessent de se quereller. Provocation, maladresse, atti- tude délibérée à l’heure où les sondages indiquent une chute de la N-VA et un retour d’une partie de son électorat au Vlaams Belang, la formation d’extrême

son électorat au Vlaams Belang, la formation d’extrême Jan Jambon, à Bruxelles, le 19 avril, lors

Jan Jambon, à Bruxelles, le 19 avril, lors d’une cérémonie d’hommage aux victimes des attentats du 22 mars. THIERRY CHARLIER/AFP

droite que M. De Wever avait litté- ralement siphonnée ? Avec M. Jambon, ce Flamand ultra-ra- dical affublé d’un patronyme bien français qui fait sourire (et qu’il prononce Yam-bonn), rien n’est clair. D’autant qu’en adepte as- sidu du rétropédalage, il brouille les pistes et se dit mal compris. A-t-il vraiment vu « une partie si- gnificative de la population mu- sulmane» danser après les atten- tats ? Les informations prove- naient du Conseil national de sé- curité et étaient corroborées « par différents services », affirmera-t-il lors d’une séance houleuse au Parlement. La « partie significa- tive» voulait dire «une partie trop importante », explique l’un de ses proches. La police, elle, n’enquête

En adepte assidu du rétropédalage, le ministre de l’intérieur brouille les pistes et se dit mal compris

que sur deux ou trois épisodes. Mais le ministre sait que les té- moignages de certains maires, d’enseignants ou d’acteurs de ter- rain confirment ce qu’il qualifie de « phénomène ». « La Belgique est dans le Top 3 des pays où s’ex- priment le plus de soutien à Daech

[acronyme arabe de l’organisa- tion Etat islamique]», ajoute-t-il. Est-il donc islamophobe, ce mi- nistre contre lequel diverses orga- nisations ont déposé plainte, esti- mant, comme le dit l’une d’elles, que ses propos «irresponsables» sont « un combustible qui propage la suspicion » ? Cuisiné par une dé- putée d’extrême droite au Parle- ment européen, lundi 25 avril, il répliquera vivement que « la grande majorité des 600000 mu- sulmans de Belgique » partage les valeurs du pays et que, leur ten- dant la main, il entend bien en faire «ses concitoyens». Ovation. S’il n’est vraiment que ce conservateur « économique » – et non «ethnique» – décrit par cer- tains, soucieux surtout de réduire

les transferts d’argent de la Wallo- nie vers la Flandre, que faisait-il en 2001 devant une assemblée du Sint-Martensfront, un groupe d’anciens combattants qui s’en- gagèrent aux côtés de l’armée na- zie ? Il voulait seulement, disent ses proches, les amener à mani- fester contre la prétendue « mol- lesse » du mouvement flamand de l’époque, trop tiède à ses yeux dans l’affirmation de la néces- saire indépendance de la Flandre. Il dira d’ailleurs, quand l’affaire

sera révélée, que « la collaboration

a été une erreur », ce qui lui vaudra

des inimitiés à l’extrême droite. Au Vlaams Belang, on n’aime ef- fectivement pas ce responsable accusé de duplicité, qui a refusé de s’engager dans le parti alors qu’il

semblait porter toutes ses aspira- tions. Une rumeur a couru indi- quant que M. Jambon aurait été un membre éphémère de la sec- tion de Brasschaat, une municipa- lité huppée de la banlieue d’Anvers dont il allait devenir le maire. Rien ne confirme qu’il a franchi ce pas. Et puis, il n’était pas facile pour un cadre supérieur (il a été le res- ponsable commercial d’un groupe de presse et le directeur d’un organisme de cartes de cré- dit) de se revendiquer d’un parti cerné par un « cordon sanitaire ». Séduit par Bart De Wever, ce père de quatre enfants franchit le pas et s’engage à la N-VA en 2007. L’an- cien ingénieur informaticien est à l’aise dans une formation libérale conservatrice qui fixe l’indépen- dance de la Flandre comme un ob- jectif « à terme » et rejette le multi- culturalisme. Loin du programme délirant d’un parti d’extrême droite qui, pour ce réaliste, handi- capait la cause flamande plus qu’il ne l’encourageait.

Carrière fulgurante

Député en 2007, maire en 2012, ministre de l’intérieur et vice-pre- mier ministre en 2014 : la carrière de ce fils d’un enseignant et d’une mère au foyer est fulgurante. Et elle étonne ceux qui ont côtoyé M. Jambon au cours de sa vie pro- fessionnelle. Ils le décrivent comme un homme plutôt effacé. Aujourd’hui, certains se deman- dent quel est, en définitive, l’objec- tif de « Janus Jambon », l’homme aux deux visages. Veut-il être un vrai ministre fédéral et démontrer que l’Etat belge est en mesure d’assumer ses responsabilités et, sous sa férule, de résister notam- ment au terrorisme ? Ou bien, en partisan d’une Flandre indépen- dante, contribuera-t-il un peu plus, par ses propos hasardeux, à son délitement? Une commission d’enquête par- lementaire entend, d’ici à la fin de l’année, faire la lumière sur la res-

ponsabilité des uns et des autres dans ce qui s’est déroulé le 22 mars. Le jovial Limbourgeois s’apprête à vivre le moment le plus exigeant de sa carrière inattendue. p

jean-pierre stroobants

TURQUIE

liées au conflit kurde ou attri- buées à l’organisation Etat is- lamique. – (AFP.)

Attentat-suicide

et arrestations

La police turque tentait, jeudi 28 avril, d’identifier la femme qui s’était fait exploser la veille sur un site historique de Bursa (nord-ouest de la

CORÉE DU NORD

Le tir d’un missile de moyenne portée aurait échoué

Turquie), faisant 13 blessés, et

La Corée du Nord a tenté,

a

procédé à 12 interpellations

jeudi 28 avril, de tirer un mis- sile de moyenne portée, après un premier lancement le 15 avril, et semble à nouveau avoir subi un échec, a an- noncé le ministère sud-co- réen de la défense. Ces tenta- tives ont lieu alors que les inquiétudes vont croissant quant à la possibilité que Pyongyang procède à un essai nucléaire avant un congrès du

dans le cadre de l’enquête, ont rapporté les médias lo- caux. Cette attaque s’est pro- duite au lendemain d’une nouvelle mise en garde adressée par l’ambassade des Etats-Unis à ses ressortis-

sants, en raison de « menaces sérieuses» d’attentats contre les touristes à l’approche de

la période estivale. La Turquie

a

été la cible ces derniers

Parti du travail au pouvoir, prévu le 6 mai. – (AFP.)

mois d’une série d’attaques

le 6 mai. – (AFP.) mois d’une série d’attaques Trump face au choix de larespectabilité Le

Trump face au choix de larespectabilité

Le milliardaire a quelque peu atténué son discours sur la politique étrangère américaine

washington - correspondant

L a rupture en août 2015 avec son conseiller politique Ro- ger Stone en découlait déjà,

et la question est redevenue d’ac-

tualité au fur et à mesure de l’avancée vers la victoire de Do- nald Trump dans la course pour l’investiture républicaine. Le ma- gnat de l’immobilier doit-il se « présidentialiser » dans la pers- pective d’un affrontement en no- vembre avec une experte des af-

faires publiques, Hillary Clinton, ou bien doit-il s’en tenir à la for- mule prônée par son directeur de campagne, Corey Lewandowski, avant sa poussée fulgurante dans les intentions de vote, puis à l’épreuve des primaires: «Laisser Trump être Trump»? Marquée par une nouvelle ini- tiative de son rival républicain Ted Cruz, qui a choisi l’ancienne candidate Carly Fiorina comme éventuelle candidate à la vice-pré- sidence, la journée du 27 avril a donné une idée de cette ambiva- lence. Elle a débuté par un entre- tien à la chaîne MSNBC au cours duquel le milliardaire a réitéré ses attaques virulentes contre

M me Clinton. S’est poursuivie avec

un discours de politique étran- gère, sans doute le plus structuré

sur le sujet jamais prononcé par le magnat de l’immobilier. Et s’est achevée dans l’Etat de l’Indiana – dont la primaire, le 3 mai, pourrait être décisive pour la victoire fi-

nale – par un meeting qui a été l’occasion pour M. Trump de répé- ter les formules à l’emporte-pièce les plus appréciées de ses parti- sans, et de moquer sans nuance ses adversaires républicains. Le discours de politique étran- gère, charge en règle contre l’ad- ministration «Obama-Clinton», a également souligné les hésita- tions du probable candidat répu- blicain pour l’élection présiden- tielle de novembre. Tout en insis- tant sur le partage du fardeau de la sécurité avec des alliés qui se com- portent trop souvent en passagers clandestins sans verser leur écot, M. Trump s’est abstenu de formu- les définitives contre l’OTAN.

« La vraie personne »

De même, il s’est gardé de plaider pour une prolifération nucléaire (au Japon, en Corée du Sud), comme il l’avait fait en mars, qui réduirait selon lui la portée et donc le coût du parapluie atomique américain. Il a aussi évité de men-

tionner l’usage disproportionné de la force ou le recours à la torture pour lutter contre le terrorisme.

Un conseiller du magnat a dit qu’il allait devenir plus prolixe en substance qu’en attaques ad hominem

M. Trump s’est pourtant placé en rupture des dogmes républi- cains les plus récents en écartant la tentation du « regime change » (« changement de régime ») néo- conservatrice, comme celle de l’interventionnisme, et plaidé pour la quête de « terrains d’en- tente » avec la Russie comme avec la Chine, dans une perspective isolationniste centrée sur le slo-

gan « l’Amérique d’abord ». Il a éga- lement refusé de prêter l’oreille à

« la mauvaise chanson de la globa-

lisation » et a dénoncé les traités de libre-échange conclus par le passé par Washington. Rester soi-même pour conserver sa base, ou rassurer l’électorat ré- publicain le plus rétif à sa candida- ture pour qu’il s’y résigne plus faci- lement? Voilà l’interrogation qui va poursuivre le magnat de l’im-

mobilier au moins jusqu’à la con- vention de Cleveland, fin juillet. L’opposition entre M. Lewan- dowski et l’expert aguerri que M. Trump a incorporé à sa campagne pour consolider le socle de ses dé- légués, Paul Manafort, illustre ce dilemme. Il se renforcera au rythme de la professionnalisation croissante de l’équipe de campa- gne de M. Trump, qui ne cesse de se renforcer. Lors d’un échange confidentiel avec une centaine de responsables du Comité national républicain, en Floride, le 21 avril, M. Manafort avait assuré que le milliardaire se- rait à l’avenir plus prolixe en subs- tance qu’en attaques ad homi- nem, selon l’agence AP. « Vous al- lez voir la vraie personne », avait-il ajouté, laissant entendre que le ba- teleur d’estrade n’était qu’un rôle de composition. M. Cruz s’est emparé de ces con- fidences en dénonçant un dou-

ble jeu. Selon la presse améri- caine, M. Manafort aurait été dé- savoué par le milliardaire qui, en réponse à la question de sa « pré- sidentialisation », mardi soir après l’annonce de nouvelles vic- toires, a insisté sur le fait que son authenticité en était la raison principale. p

gilles paris

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VENDREDI 29 AVRIL 2016

international | 5

L’Autriche adopte un «état d’urgence» migratoire

Vienne limite les droits des réfugiés et renforce ses frontières avec l’Italie, accusée de laxisme

vienne - correspondant

L e mercredi 27 avril res- tera un jour noir pour les défenseurs des droits hu- mains d’un pays, l’Autri-

che, qui fut longtemps syno- nyme de terre d’asile pour les dis- sidents soviétiques, les juifs de l’Est persécutés ou les élites per- sanes et arabes. Tétanisés par la montée inexora- ble de l’extrême droite – arrivée largement en tête au premier tour de l’élection présidentielle du 24 avril –, les députés de la majo- rité au pouvoir ont en effet adopté à une large majorité une loi inédite d’« état d’urgence » migratoire, qui risque d’inquiéter Bruxelles. Sociaux-démocrates et chré- tiens conservateurs, unis dans une coalition gouvernementale depuis 2008, ont choisi de suivre la politique du voisin hongrois Viktor Orban en introduisant des dispositions qui, sauf à Budapest, n’ont guère d’équivalent au sein de l’Union européenne (UE). Désormais, les réfugiés syriens, afghans ou irakiens auront un permis de séjour limité dans le temps. Au bout de trois ans, la si- tuation dans leur pays d’origine

Les permis de séjour des réfugiés seront limités dans le temps. Un frein drastique est mis au regroupement familial

sera examinée. Si la guerre y est fi- nie, ils devront rentrer chez eux. Ils auront également plus de diffi- cultés à faire valoir leurs droits à une vie maritale. Un frein drasti- que est mis aux conditions du re- groupement familial. Cette me- sure vise spécifiquement à décou- rager les jeunes hommes afghans, qui ont été les plus nombreux parmi les 90 000 requérants à l’asile en Autriche (8,5 millions d’habitants) pour l’année 2015. Anticipant une possible arrivée massive, cet été, de réfugiés en provenance d’Italie, Vienne veut pouvoir mettre en place un ré- gime d’exception, valable deux ans, afin de refouler les migrants à ses frontières, si son administra- tion se juge dépassée.

Incurie de l’UE

Les réfugiés, même de nationalité syrienne ou irakienne, devront alors prouver qu’ils sont persécu- tés dans le pays par lequel ils sont arrivés en Autriche. C’est cette dernière disposition qui choque le plus, car elle est très clairement destinée à faire pression sur l’Ita- lie, accusée par Vienne de ne pas contrôler efficacement ses fron- tières extérieures et, surtout, de laisser beaucoup de migrants continuer leur route vers le Nord, sans les enregistrer. L’Autriche s’estime poussée à agir face à ce qu’elle considère comme l’incurie de l’UE, elle qui se trouve à la jonction finale des deux routes migratoires, celle de l’Italie et celle des Balkans. Les 18 000 demandes d’asile déposées depuis le 1 er janvier exaspèrent le gouvernement, qui a dépensé des millions d’euros pour lutter con- tre les réseaux de passeurs, pesé

Au Chili, Pablo Neruda enterré pour la quatrième fois

L e poète chilien avait de l’humour, mais il n’aurait sans doute pas apprécié : Pablo Neruda a été enterré pour la quatrième fois, mardi 26 avril, dans sa demeure préfé-

rée, Isla Negra, caressée par les vagues de l’océan Pacifique. Ses restes avaient été exhumés en 2013, à la demande du Parti communiste (PC), qui partageait les soupçons d’empoisonne- ment émis par un témoin, un ancien chauffeur de l’écrivain. Malgré les progrès de la médecine légale, aucune trace de poi- son, d’injection létale ou de virus suspect n’a été trouvée. Pablo Neruda est mort le 23 septembre 1973, à l’âge de 69 ans, à Santiago du Chili, quelques jours à peine après le coup d’Etat militaire. Le cortège funèbre qui accompagna l’ancien candi- dat communiste à la présidence constitua la première mani- festation d’opposition à la dictature, qui allait durer dix-sept ans (1973-1990). Le stade de Santiago était rempli de prison- niers, le fleuve Mapocho avait déjà charrié son lot de cadavres, mais la stature du personnage, Prix Nobel de littérature en 1971, obligea les putschistes à la retenue. La tournure prise par ce premier enterrement était digne du poète.

Hélas, la famille à laquelle apparte- nait le caveau emprunté finit par le trouver encombrant, alors que le Chili s’enfonçait dans un régime in- quisitorial. D’où le transfert et la deuxième inhumation, très discrète, en mai 1974, dans le même cimetière général de Santiago. Les dernières volontés de l’auteur du Chant géné- ral et de Vingt Poèmes d’amour et une chanson désespérée allaient être

respectées après le rétablissement de la démocratie. En décembre 1992, il a été enseveli, pour la troisième fois, à Isla Negra. Le prési- dent Patricio Aylwin (1990-1994) était là, pour lui rendre l’hommage de la nation. Dans l’ancienne résidence de Santiago, la Chascona, devenue musée et siège de la Fondation Pablo-Neruda, on balayait d’un revers de main les soupçons sur son décès. Les gardiens du tem- ple n’ont pas oublié les visites à l’hôpital, les derniers moments. Jorge Edwards, l’ami, écrivain et diplomate qui le secondait à Paris lorsqu’il était ambassadeur du Chili, n’a jamais cru à un complot : « Neruda avait un cancer, il avait été opéré en France. » Mardi, à son quatrième enterrement, des partisans du PC chi- lien criaient avec l’enthousiasme de néophytes : « Camarade Neruda, présent, maintenant et toujours ! » Ce n’est pas tous les jours qu’on enterre une personnalité morte quarante-deux ans plus tôt. Esprit mutin, le poète demande qu’on laisse enfin ses vieux os se reposer, bercés par l’océan. p

paulo a. paranagua

os se reposer, bercés par l’océan. p paulo a. paranagua AUCUNE TRACE DE POISON OU DE

AUCUNE TRACE DE POISON OU DE VIRUS SUSPECT N’A ÉTÉ TROUVÉE LORS DE L’AUTOPSIE RÉALISÉE APRÈS LA TROISIÈME EXHUMATION

de tout son poids pour dévier les flux migratoires, et qui subit par ricochet sans broncher depuis six mois la politique du « zéro réfu- gié » ouvertement xénophobe de ses voisins d’Europe centrale. L’Autriche a plafonné à 37 500 le nombre de réfugiés qu’elle en- tend accueillir en 2016, arguant du fait qu’il s’agit d’un chiffre gé- néreux, encore supérieur à la moyenne des efforts consentis par les autres pays européens. La police a également détaillé, mardi, les mesures adoptées pour instaurer des contrôles au col du Brenner, point de passage névralgique des échanges ferro- viaires et routiers entre le nord et le sud du continent. Une barrière de 370 mètres y sera installée. Le trafic routier sera entravé. Les trains s’arrêteront à la frontière, afin de permettre aux forces de l’ordre de réclamer des pièces d’identité. Le Tyrol, dont les autorités ré- clament une coopération tran-

Les défenseurs des droits humains craignent un effet boule de neige dans tout le continent

salpine plus poussée, n’a pas en- core avancé de date précise pour le début de ces blocages au cœur de l’espace Schengen. Mais, afin de convaincre de sa détermina- tion, Vienne a annoncé une ral- longe de 1,3 milliard d’euros pour l’armée et de 1,1 milliard pour le ministère de l’intérieur. Ce jus- qu’au-boutisme fait craindre aux défenseurs des droits humains un effet boule de neige dans tout le continent. Alors que l’extrême droite a des chances de remporter le second

tour de l’élection présidentielle le 22 mai, il n’est pas certain que ces nouvelles mesures, prévues et discutées depuis longtemps, met- tent un terme aux divisions des Autrichiens. Le Parlement s’est déchiré, mercredi, lors des débats sur leur adoption. L’extrême droite du parti FPÖ a voté contre, ce texte « placebo » n’allant, selon elle, pas assez loin. Les Verts et les libéraux (NEOS, Das Neue Oster- reich) lui ont emboîté le pas, pour la raison inverse.

Critiques de l’Eglise catholique

Les écologistes s’émeuvent d’une politique qui « met fin de facto au droit d’asile », alors que l’Autriche ne cesse parallèlement de réduire son aide au développement dans les pays d’origine des migrants. Des sociaux-démocrates dissi- dents accusent le chancelier de gauche, Werner Faymann, de vou- loir « doubler le FPÖ sur sa droite » et parlent d’une « Orbanisation » galopante de l’Autriche.

L’Institut Ludwig-Boltzmann pour les droits humains prévient aussi que les plaintes auprès de la Cour européenne des droits de l’homme pourraient se multi- plier. Il doute de la conformité de cette loi avec la Constitution autrichienne et la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – l’agence censée ga- rantir sa bonne application étant par ailleurs à Vienne… Mais les critiques les plus viru- lentes ont émané d’associations de défense des migrants, très acti- ves en Autriche, et surtout de l’Eglise catholique. Alors que Vienne abrite aussi un siège de l’ONU et que le commissariat aux réfugiés s’est déclaré « inquiet » d’une telle atteinte au droit inter- national, le cardinal Christoph Schönborn, influent au Vatican, a estimé que la situation dans son riche pays ne nécessitait – « Dieu soit loué » – nullement de telles « mesures d’urgence ». p

blaise gauquelin

pays ne nécessitait – « Dieu soit loué » – nullement de telles « mesures d’urgence
pays ne nécessitait – « Dieu soit loué » – nullement de telles « mesures d’urgence
pays ne nécessitait – « Dieu soit loué » – nullement de telles « mesures d’urgence
pays ne nécessitait – « Dieu soit loué » – nullement de telles « mesures d’urgence
pays ne nécessitait – « Dieu soit loué » – nullement de telles « mesures d’urgence

6 | planète

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VENDREDI 29 AVRIL 2016

La Terre verdit grâce aux émissions de CO 2

Le dioxyde de carbone rejeté par les activités humaines a accru la quantité de feuilles des arbres depuis trente ans

H ausse des températu- res, élévation du ni- veau des mers, acidi- fication des océans

du ni- veau des mers, acidi- fication des océans l’effet de la combustion d’éner- gies fossiles

l’effet de la combustion d’éner- gies fossiles et des engrais agrico- les), pour 8 %, du changement cli- matique (le réchauffement des ré- gions boréales et arctiques a, par exemple, entraîné des saisons de croissance des plantes plus lon- gues) et pour 4 %, des change- ments d’occupation des sols. Mais le principal facteur (70 %) réside dans l’effet fertilisant du CO 2 . «Les arbres ont besoin, pour leur croissance, d’eau, de nutriments et de CO 2 , qu’ils absorbent et stockent grâce au processus de la photosyn- thèse, rappelle Philippe Ciais, co- auteur de l’étude et chercheur au LSCE. Davantage de CO 2 favorise le développement des arbres et des feuilles. » Dans un monde qui at- teint des niveaux inégalés de dioxyde de carbone dans l’atmos- phère sous l’effet des activités hu- maines telles que la consomma- tion d’énergies fossiles ou la défo-

L’accroissement de la végétation représente l’équivalent d’un continent vert de deux fois la taille des Etats-Unis

restation, les plantes, les arbres et même les cultures croissent plus rapidement. « C’est une relation que plusieurs études avaient déjà suggérée, mais c’est la première fois que nous pouvons la confirmer et la généraliser à l’échelle de la pla- nète, ajoute le spécialiste des cy- cles du carbone. En effet, il est très difficile de passer de l’échelle d’une

feuille à celle d’un écosystème glo- bal. Si l’on connaît le processus de base de la photosynthèse, de nom- breuses questions restaient en suspens : toutes les feuilles répon- dent-elles de la même manière à la hausse du CO 2 ? L’arbre va-t-il dé- velopper plus de branches pour supporter plus de feuilles ? Une augmentation de la masse foliaire se traduit-elle par des feuilles plus longues, plus larges ou plus nombreuses ? » « Il reste quelques incertitudes quant au réalisme des modèles et aux données satellites sur les tropi- ques: ce sont des zones où les obser- vations directes sont plus difficiles en raison des nombreux nuages et où la saturation en feuilles limite la précision des analyses, juge Fré- déric Baret, directeur de recher- ches à l’Institut national de recher- che agronomique (INRA), spécia- lisé en télédétection, qui n’a pas

ou encore fonte des glaciers : la liste des maux associés à l’aug- mentation des niveaux de CO 2 dans l’atmosphère ne cesse de s’allonger. Pourtant, il existe une autre conséquence, moins con- nue et plus positive – du moins à court terme –, du pic actuel de dioxyde de carbone : une Terre plus verte, c’est-à-dire arborant une végétation plus dense. C’est ce que démontre une étude pu- bliée dans Nature Climate Change, lundi 25 avril, menée par une équipe de 32 scientifiques issus de 24 centres de recherche dans 8 pays du monde. Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont étudié les don- nées de trois satellites, qui ont me- suré la quantité de rayonnement solaire réfléchi par la végétation, jour après jour entre 1982 et 2009. Ils en ont déduit un indice foliaire pour chaque parcelle de la planète, compris comme la quantité de feuilles par mètre carré de sol.

un indice foliaire pour chaque parcelle de la planète, compris comme la quantité de feuilles par
un indice foliaire pour chaque parcelle de la planète, compris comme la quantité de feuilles par

La forêt de Savernake couverte de jacinthes, près de Marlborough, dans le sud de l’Angleterre.

TOBY MELVILLE/

REUTERS

Un « boom vert »

Les résultats sont inattendus: les capteurs montrent un verdisse- ment (davantage de feuilles ou parfois d’arbres) de 25 % à 50 % des terres végétalisées du globe depuis une trentaine d’années, essentiellement dans les tropi- ques et à des latitudes élevées. A l’inverse, seulement 4 % des sols ont perdu en couverture foliaire – dans certaines régions de Mongo- lie, d’Argentine ou en Alaska. Cet accroissement de la végétation re- présente, si on la mettait à plat, l’équivalent d’un continent vert de deux fois la taille des Etats- Unis (18 millions de km 2 ). Aujourd’hui, les plantes couvrent près d’un tiers (32 %) de la superfi- cie totale de la planète, occupant environ 85 % de toutes les terres libres de glace. Une densification de la végétation qui n’empêche toutefois pas la poursuite de la dé- forestation. Cette dernière, bien qu’ayant ralenti, a entraîné la des- truction de 1,3 million de km 2 de forêts en vingt-cinq ans selon

l’ONU, soit l’équivalent de la su- perficie de l’Afrique du Sud. « Il est difficile de comparer les deux phé- nomènes en termes de superficie car la déforestation détruit de la forêt qui est généralement rempla- cée par des zones de culture, donc sans réel changement de surface végétalisée. En revanche, son effet sur le climat est négatif », explique Nicolas Viovy, l’un des auteurs de l’étude et chercheur au Labora- toire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE). Comment expliquer un tel « boom vert » à l’échelle du globe ? En faisant tourner dix modèles informatiques permettant de si- muler le comportement de la vé- gétation, les scientifiques ont dé- terminé et classé les facteurs jouant un rôle dans cette crois- sance : pour 9 %, il s’agit de l’aug- mentation de l’azote dans l’envi- ronnement (principalement sous

Le réchauffement fragilise un milliard de travailleurs

La perte de productivité liée à la hausse des températures pourrait coûter 1 800 milliards d’euros par an d’ici à 2030

L ors d’une manifestation dans les rues d’Hyderabad, en Inde, j’évoque la tempé-

rature élevée, plus de 40 °C, et un militant me rapporte qu’à plus de 50 °C, il a vu un oiseau tomber du ciel. Je lui demande alors si cela ne l’inquiète pas et il me répond :

“Non, je ne vole pas”. » L’histoire racontée par Philip Jennings, le secrétaire général d’UNI Global Union, fédération syndicale inter- nationale des secteurs de servi- ces, est révélatrice. L’augmentation de la tempéra- ture due au changement climati- que touche le monde du travail, mais la prise en compte du phé- nomène est plutôt récente.

Heures perdues liées aux fortes chaleurs, accidents, maladies, productivité en berne, pertes d’emploi et migrations, la liste des conséquences est longue. A quelques jours du 1 er mai, journée internationale des tra- vailleurs, plusieurs agences de l’ONU et organisations internatio- nales ont conjugué leurs appro- ches pour publier un rapport, jeudi 28 avril, « Changement cli- matique et travail : impact de la chaleur sur les lieux de travail ». L’enjeu était «de casser les barriè- res, de trouver des solutions possi- bles pour un problème qui concerne à la fois le climat, l’environnement, le développement économique et

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la participation
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avec journaliste
Monde
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les problèmes sociaux», avance Elise Buckle, du Programme des Nations unies pour le développe- ment, à l’origine de ce travail avec le Forum des pays vulnérables. Selon ce rapport, inspiré des tra- vaux du Groupe d’experts inter- gouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la perte de pro- ductivité liée à la hausse de la tem- pérature pourrait coûter plus de 1 800 milliards d’euros par an d’ici à 2030. Ce thermomètre élevé, au- dessus de 35 °C, est un problème majeur pour près d’un milliard de travailleurs, en Asie, en Afrique et en Amérique latine, soit un tiers du nombre total de travailleurs dans le monde. « Ce sont les plus pauvres qui paient le prix le plus cher, ils sont littéralement placés sous le gril en travaillant à l’exté- rieur ou à l’intérieur sans climati- sation, explique Philip Jennings. Et ils doivent faire un choix diffi- cile : mettre leur vie en danger en étant exposés aux coups de cha- leur et à une grave déshydratation, ou risquer de perdre leur travail et leur revenu pour leur famille.» Les personnes travaillant en ex- térieur sont les plus vulnérables, comme dans l’agriculture, où les femmes sont particulièrement ex- posées, et le bâtiment. Mais aussi dans la confection ou encore l’in- dustrie, dans des pays où les con-

ditions de travail sont loin d’être décentes. «Prendre trente minutes de pause pour se mettre dans un endroit frais, se réhydrater, n’est pas très courant dans des pays tels que le Bangladesh, l’Inde, le Pakis- tan, estime Elise Buckle. Sauf, cas plutôt rare, si les syndicats sont pré- sents et négocient avec l’em- ployeur. » Selon elle, en l’absence de négociations, les gouverne- ments doivent proposer des régle- mentations qui tiennent compte de ces nouvelles conditions. Le Burkina Faso, le Niger et le Tchad ont pris des décrets instaurant, dans le secteur public, une journée continue de 8 heures à 15 h 30.

L’érosion côtière menace l’emploi

Philip Jennings aime à citer l’exemple du Qatar et de la Coupe du monde de football de 2022. « Les footballeurs ont refusé de jouer en été car la température y dépasse les 50 °C, alors les matchs auront lieu en hiver. Mais combien de salariés peuvent se permettre d’imposer un tel changement ? », s’interroge-t-il. Si rien n’est fait, écrivent les auteurs du rapport, les pertes ho- raires pour raison de chaleur ex- cessive se révéleront importantes. Plusieurs scénarios ont été étu- diés, selon que le réchauffement atteindrait 1,5 °C ou 2,4 °C, voire

4 °C. En Inde, ces trois hypothèses se traduiraient, à l’horizon 2085, par des pertes de 4,3 % d’heures diurnes de travail, 7 % et 13,6 % pour le pire scénario. Au Pakistan, 6 %, 8,6 % et 15,3 % ; au Nigeria, 2,6 %, 5,2 % et 13,8 %. Les pays nor- diques ou tempérés ne sont pas touchés avec une telle ampleur. Mais le changement climatique ne se manifeste pas que par ces for- tes chaleurs. La montée des eaux menace aussi l’économie et les conditions de travail. Le Sénégalais Moustapha Kamal Gueye est spé- cialiste des emplois verts à l’OIT. Il témoigne des conséquences de ces dérèglements climatiques. « 30 % des hôtels dans la zone de tourisme balnéaire de Saly, au sud de Dakar, ont dû fermer à cause de l’érosion côtière. C’est autant d’emplois per- dus, alors que le tourisme est le deuxième pourvoyeur de l’écono- mie du pays », explique-t-il. Pour lui, comme pour toutes les organisations qui ont travaillé sur ce rapport, la prise de conscience devient urgente. «Il faut être plus exigeant, reconsidérer les condi- tions de travail, les horaires, les temps de pause, les tenues… Et sur- tout encourager la réorientation de l’économie pour rester bien en des- sous des 2 °C de réchauffement », insiste Philip Jennings. p

rémi barroux

participé aux travaux. Reste qu’un verdissement global est bel et bien à l’œuvre.» De là à conclure que les émis- sions de gaz à effet de serre sont positives pour la planète, et qu’el- les ne doivent donc pas être limi- tées, il n’y a qu’un pas, que les cli- matosceptiques n’ont pas hésité à franchir. En réalité, les résultats de cette étude ne peuvent être géné- ralisés sur le long terme. « L’effet positif de la fertilisation diminue au fil du temps en raison d’une sa- turation des plantes en CO 2 , pré- vient Nicolas Viovy. Ce phéno- mène est par ailleurs inefficace lorsque la concentration en CO 2 est trop élevée.»

Le CO 2 piégé par les bois

Surtout, ce verdissement ne signi- fie en aucun cas que les feuilles nouvelles pourront absorber les rejets excédentaires de gaz à effet de serre et donc éviter d’avoir à les réduire comme le prévoit l’accord sur le climat, signé par 174 pays à New York, le 22 avril. « Une aug- mentation de l’indice foliaire ne si- gnifie pas nécessairement que le stockage du carbone atmosphéri- que est plus important, ajoute Phi- lippe Ciais. Les feuilles, qui tom- bent chaque année dans la plupart des forêts, ne représentent que 10 % du stockage du carbone par les arbres. L’essentiel du CO 2 est en réalité piégé par les bois, les racines et les sols. » Les conséquences néfastes du changement climatique sont donc loin de pouvoir être com- pensées par ce seul effet positif. « La végétation permet d’absorber environ 25 % des émissions de CO 2 anthropiques, tandis que l’océan stocke la même quantité. Ce qui veut dire que l’autre moitié de nos émissions s’accumule dans le sys- tème climatique, calcule Nicolas Viovy. Or, ce phénomène de “puits de carbone” est déjà pris en compte dans les projections clima- tiques. Les hausses de la tempéra- ture mondiale que l’on prévoit (+ 3 °C ou + 4 °C d’ici à la fin du siè- cle) tiennent donc déjà compte de ce bonus que nous offrent la végé- tation et les océans. » p

audrey garric

GÉOLOGIE

Un séisme de magnitude 5 secoue la Charente-Maritime

Un séisme de magnitude 5 a secoué, jeudi 28 avril à 8 h 46, la Charente-Maritime, a indi- qué le Réseau national de surveillance sismique. Aucun dégât majeur n’était signalé, jeudi matin, dans la zone touchée par le séisme, dont l’épicentre est situé entre Rochefort et La Rochelle. De nombreux témoins ont tou- tefois ressenti une forte se- cousse, qui a parfois fait tom- ber des objets situés sur des étagères ou des morceaux de plâtre des plafonds. – (AFP.)

NUCLÉAIRE

Négociations ouvertes sur Fessenheim

Le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, a affirmé, mercredi 27 avril, lors d’une audition au Sénat, que les négocia- tions étaient en cours avec l’Etat sur l’indemnisation qui sera versée à l’entreprise dans le cadre de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessen- heim (Haut-Rhin), qui doit être enclenchée cette année. Selon M. Lévy, Ségolène Royal, la ministre de l’envi- ronnement, « a désigné, il y a cinq ou six semaines, un négo- ciateur sur l’indemnisation» des actionnaires de Fessen- heim (EDF, mais aussi l’alle- mand EnBW et les suisses Alpiq, Axpo et BKW). – (AFP.)

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VENDREDI 29 AVRIL 2016

FRANCE | 7

Nicolas Sarkozy en précampagne en PACA

Le président de LR tarde à annoncer sa candidature à la primaire, mais ses intentions ne font guère de doute

nice, marseille - envoyé spécial

M onsieur le prési- dent, je compte sur vous pour les préli- minaires »… Pen-

chée sur la table où Nicolas Sarkozy dédicace avec abnégation La France pour la vie (Plon), la sexagénaire pomponnée regarde l’ancien président de la Républi- que avec les yeux de l’amour. Le lapsus est délicieux, et l’intéressé, qui enchaîne les signatures de- puis près de deux heures, en sou- rit largement. « Vous pouvez », ré-

pond-il en rendant le livre griffé de son large paraphe. Nicolas Sarkozy n’est pas encore

candidat à la primaire de la droite. Mais, ce mardi 26 avril, dans le dé- cor entièrement tendu d’un bleu profond, posé en plein air sous les frondaisons du Théâtre de ver- dure de Nice, il ne laisse guère de doute sur ses intentions. Nice, Toulon, Marseille et Aix, en tren- te-deux heures chrono. C’est à un rythme de campagne que le prési- dent du parti Les Républicains (LR) a sillonné, mardi et mercredi,

le littoral sud-est.

Trois séances de dédicaces pour se gonfler de l’affection de ses fans, nombreux dans ces con- trées. Des rencontres avec les par- lementaires et grands élus de son parti pour entamer la course aux parrainages et vérifier les fidéli- tés. Une séance publique pour tes- ter les thèmes qui pourraient nourrir son programme prési- dentiel en 2017. Et ce leitmotiv, ré- pété à chacun de ses arrêts : « Il faut rester unis. Notre devoir est de préparer l’alternance.»

« Ça, c’est du réel »

A Nice, le maire et nouveau prési-

dent de la région PACA, Christian Estrosi, l’entraîne, à peine des- cendu de l’avion, jusqu’au centre de supervision urbaine, où con- vergent les images des caméras de vidéosurveillance qui quadrillent la ville. Au même moment, un portique de sécurité à reconnais- sance faciale – dont M. Estrosi veut équiper les fan-zones de l’Euro 2016 – est testé sous les yeux des journalistes. Coïnci- dence calculée? « La sécurité doit être le fonde- ment de notre programme », abonde Mickaël Basquin, 35 ans. Arrivé à 9 heures, ce jeune élu LR de Roquebrune-Cap-Martin pa- tiente, livre sous le bras, dans la longue queue de plusieurs centai-

Christian Estrosi, Nicolas Sarkozy et Eric Ciotti, à Nice, le 24 avril. LAURENT CARRÉ POUR
Christian Estrosi,
Nicolas Sarkozy
et Eric Ciotti,
à Nice, le 24 avril.
LAURENT CARRÉ
POUR « LE MONDE »

nes de personnes qui descend vers la plage. Rare trentenaire dans un ruban de têtes blanches, il ne voit pas un autre candidat

sortir de la primaire : « Les sonda- ges donnent Sarkozy en retard, concède-t-il, mais c’est parce qu’il ne s’est pas encore déclaré. » A quelques pas, Eric Ciotti ne montre guère d’inquiétude. «Ici, la remobilisation autour de Nico- las Sarkozy n’est pas nécessaire, as- sure le président du conseil dé- partemental. Les Alpes-Maritimes seront toujours derrière lui. » Christian Estrosi, lui, se veut « au- dessus de la mêlée ». « Je suis prési- dent de la commission nationale d’investiture du parti. Aucun can- didat ne comprendrait que je dé- clare mon soutien à l’un d’entre eux », note-t-il. Au soir de sa vic- toire aux régionales en décembre, M. Estrosi avait fustigé le « ni PS, ni FN » de M. Sarkozy. « Je ne m’en

souviens pas… », assure aujourd’hui celui qui, cinq mois plus tôt, appelait les électeurs de gauche à la rescousse. La séance de dédicaces, com- mencée vers 11 heures, s’éternise encore deux heures plus tard. Ni- colas Sarkozy s’en délecte : « Ça, c’est du réel, lâche-t-il entre deux selfies. Personne n’a obligé tous ces gens à venir. » Dans le jardin public, les petits sacs rouges de la librairie Jean-Jaurès – qui a écoulé 250 exemplaires du best-seller présidentiel – colonisent l’océan bleu LR. Françoise, retraitée, irra- die après sa rencontre éclair avec « Nicolas » : « Il vaut mieux un soi- disant perdant qui rebondit, qu’un soi-disant gagnant qui s’écroule », prophétise-t-elle. A Marseille, mercredi, la foule est moins dense et moins una- nime. Au Club Pernod, salle qui domine le Vieux-Port, seuls les

« Les Alpes- Maritimes seront toujours derrière Nicolas Sarkozy »

ÉRIC CIOTTI

président du conseil départemental

élus et cadres des sections ont été conviés. La journée a commencé tôt. M. Sarkozy a dormi sur place à la suite de son crochet par Toulon la veille, pour rencontrer le séna- teur et maire Hubert Falco, un autre de ses fidèles. Après un foo- ting sur la corniche Kennedy en plein mistral, l’ancien chef de l’Etat a rendu une visite de poli- tesse à Jean-Claude Gaudin. « Il sait que je suis légitimiste et que je

serai derrière lui », confirme le maire de Marseille. Nicolas Sarkozy lui a-t-il confié la date de son entrée en campagne ? « Il ne veut pas se déclarer trop tôt, et il a raison », élude l’ancien vice-prési- dent de l’UMP.

« Petites phrases assassines »

Si M. Gaudin assure à Nicolas Sarkozy qu’il n’a « que des amis dans cette salle », certains pré- sents s’interrogent sur la capacité de l’ex-président à être le meilleur candidat pour LR en 2017. « Pour gagner la présidentielle, il faut ras- sembler, s’inquiète Patrick Pado- vani, adjoint au maire et leader d’un comité Juppé. Avec Sarko, va- t-on avoir encore des petites phra- ses assassines comme celles d’hier ? Comment peut-on se re- trouver si l’on n’a pas le respect des hommes ? » La veille, à Nice, l’an- cien président de la République a

sciemment attaqué le mouve- ment de protestation Nuit de- bout : « Des gens qui n’ont rien dans le cerveau qui viennent don- ner des leçons à la démocratie française», «des casseurs qui, tous les soirs, occupent la place de la Ré- publique ». Quelques minutes plus tôt, une dizaine de manifes- tants tapaient sur des marmites pour rappeler «les casseroles judi- ciaires de l’ex-président ». A Marseille, le buzz fait, Nicolas Sarkozy n’évoque plus Nuit de- bout. Il préfère insister sur l’après-primaire : « En 2017, on va pouvoir dire, proposer, faire des choses qui étaient impensables en 2012, prévient-il. Dans cette nouvelle liberté que nous sommes en train de conquérir, la pensée de droite ne doit pas s’amollir. Nos choix ne supporteront aucune ambiguïté. » p

gilles rof

Myard et les nostalgiques d’Ordre nouveau

Le candidat à la primaire LR a participé à une conférence d’anciens du groupe néofasciste dissous

Q uand un journaliste l’in- terpelle, salle des Quatre- Colonnes à l’Assemblée

nationale, là où se ren- contrent les députés et les médias, Jacques Myard répond souvent par une blague de son cru : « Qu’est-ce qu’il a encore fait, M. Myard ? » Le gimmick pourrait servir de titre aux « aventures » du député (Les Républicains) des Yvelines, 68ans, candidat déclaré à la primaire de la droite. Un matin, on le découvre en Syrie, serrant la main de Bachar Al-Assad. Un autre, on le retrouve en Crimée, en soutien à l’annexion de la péninsule ukrainienne par la Russie de Vladimir Poutine. Si sa bienveillance pour les régimes autoritaires est affirmée, ses incur- sions parmi les représentants de la droite extrême française sont, el- les, plus discrètes. Le maire de Maisons-Laffitte, qui se définit comme « gaulliste » et « anarchiste de droite », a été l’in-

vité, il y a quelques mois, d’un club privé méconnu : le cercle Iéna. Fondé par d’anciens dirigeants d’Ordre nouveau, un groupuscule néofasciste des années 1970 dis- sous en juin 1973, qui est à l’origine de la création du Front national, ce cercle réunit de vieux amis de fa- culté, unis par le nationalisme ré- volutionnaire et la lutte contre les « gauchistes ».

Fort en gueule

Ses animateurs ont pour point commun une réussite sociale évi- dente, et se sont pour certains « re- cyclés » au cours de leur carrière dans d’autres formations politi- ques de droite ou d’extrême droite, du FN au RPR, tendance Charles Pasqua. On retrouve parmi eux Alain Robert, figure mythique de l’extrême droite es- tudiantine des années 1970, ou en- core Philippe Péninque, ancien chef de file du GUD, un groupus-

cule étudiant radical, devenu aujourd’hui conseiller officieux de Marine Le Pen. Jacques Myard assume franche- ment sa venue devant les mem- bres du cercle. « C’est un labora- toire d’idées avec des gens intéres- sants et influents, ils ont dépassé le stade d’Ordre nouveau. Et puis, je ne suis pas membre du cercle, dé- fend le député, qui met en avant sa qualité d’ancien du Quai d’Orsay. J’ai fait une conférence sur mes thè- mes, à savoir la diplomatie fran- çaise. » D’autres avant lui se sont déjà présentés au cercle pour par- ler de leurs « thèmes » à l’occasion de conférences, comme le chef de file de la mouvance néofasciste en Italie Gabriele Adinolfi, figure des années de plomb. Ou encore le ro- mancier Jean Raspail, auteur du Camp des saints, ouvrage de réfé- rence à l’extrême droite sur les conséquences, forcément néfas- tes à ses yeux, de l’immigration.

Héraut de la Droite populaire, courant de l’aile droite des Répu- blicains, et des « apéros saucis- son-pinard », M. Myard s’est cons- truit une image de fort en gueule. De nombreux dirigeants du FN di- sent apprécier ses positions. De- puis des années, il est un des « in- vités permanents » de Radio cour- toisie, pour reprendre l’expres- sion du président de cette radio d’extrême droite, Henry de Les- quen. « C’est un excellent homme. Un des bons éléments de LR, coura- geux, indépendant et bourré d’idées », félicite ce dernier. Se ren- dre dans la région séparatiste du Donbass, en Ukraine, était une de ses dernières idées, justement. Le député frontiste Gilbert Collard se proposait de jouer le rôle du ca- marade de voyage, mais Jacques Myard a décliné. Dommage. On aurait pu demander : « Qu’est-ce qu’il a encore fait, M. Myard ? » p

olivier faye

Myard a décliné. Dommage. On aurait pu demander : « Qu’est-ce qu’il a encore fait, M.
Myard a décliné. Dommage. On aurait pu demander : « Qu’est-ce qu’il a encore fait, M.
Myard a décliné. Dommage. On aurait pu demander : « Qu’est-ce qu’il a encore fait, M.
Myard a décliné. Dommage. On aurait pu demander : « Qu’est-ce qu’il a encore fait, M.
Myard a décliné. Dommage. On aurait pu demander : « Qu’est-ce qu’il a encore fait, M.
Myard a décliné. Dommage. On aurait pu demander : « Qu’est-ce qu’il a encore fait, M.
Myard a décliné. Dommage. On aurait pu demander : « Qu’est-ce qu’il a encore fait, M.

8 | france

0123

VENDREDI 29 AVRIL 2016

T E R R O R I S M E

8 | france 0123 VENDREDI 29 AVRIL 2016 T E R R O R I S

AUREL

judiciaire. Pour que la justice soit la même, « même pour eux ». Juste- ment pour eux. Tout en espérant que ce ne soit pas « un de [s]es clients », il n’a donc pas hésité une seconde après le 13 novembre. A ceux qui lui de- mandent pourquoi, il répond que leur question revient à poser celle de l’Etat de droit. Quelque chose a malgré tout changé depuis quel- ques mois: les libérations condi- tionnelles se sont encore raré- fiées. Même pour « ce petit, parti dans un délire de gamin », qu’il est encore temps de rattraper et qui incube dans le milieu carcéral. En attendant que la peur retombe. En attendant des solutions défaillan- tes, dehors, pour l’encadrer. Après une dizaine de « cas » dé- fendus en trois ans, Constance Debré ne peut s’empêcher de se mettre à la place des juges. Quelle peine opposer à la crainte de ce qu’un homme pourrait commet- tre ? Elle pose tout de même des li- mites et plaide pour que les juges entendent qu’il n’y a pas « le dji- hadiste », mais mille histoires,

mille parcours. Même si elle a par- fois l’impression qu’ils lui font simplement la politesse de la re- cevoir, avant de suivre « systéma- tiquement » les réquisitions du procureur, gardien des intérêts de la société.

Sentiment d’impuissance

Face à la méfiance compréhensi- ble que suscitent leurs clients, cer- tains avocats questionnent leur propre utilité, tout leur semblant tellement retenu à charge. Que leurs clients conservent leur barbe et voilà une preuve de leur ancrage radical. Qu’ils la rasent, et on les soupçonne de pratiquer la taqiya (la dissimulation de sa foi). Ne leur reste qu’une stratégie :

rappeler qui on juge dans cette 16 e chambre. Un père qui a envoyé de l’argent à son fils parti pour la Syrie, un ami qui a prêté son ap- partement, un jeune homme dont le téléphone déborde de vidéos de propagande de l’EI, un autre qui voulait rejoindre les rangs de l’or- ganisation… Au-delà des faits, tous sont jugés sur leur dangerosité

supposée. « Pas étonnant que l’échelle des peines soit incohé- rente », souligne Constance Debré. Peu importe, elle continuera à regarder « ceux qu’on ne veut pas voir », à raconter la vie des person- nes derrière les « dossiers terro ». Elle évoque avec tristesse leur amour déçu de la France, elle qui se promène comme elle l’entend dans les paysages de son pays, les grands noms de son histoire, sa chronologie. «Mais eux…» Véronique Massi acquiesce. Du- rant ses treize années passées à la défense des petits et grands voyous, elle a accompagné « des gamins désœuvrés » qui font les mauvais choix, et a observé le sen- timent d’injustice grandir en eux. Après les attentats de jan- vier 2015, elle avait décidé de ren- dre visite à tous « ses » détenus. Après ceux de novembre, elle a lutté un peu plus fort contre son sentiment d’impuissance. « On est là, nous, avec nos petites robes à essayer de faire ce qu’on peut. Mais qu’est-ce qu’on peut?» p

lucie soullier

Comment

peut-ondéfendre

desdjihadistes?

Des avocats racontent leurs cas de conscience et convictions face aux dossiers terroristes

e ne souhaite pas me défen- dre. » Barbe longue et versets récités dans le box, Cédric Vuillemin est poursuivi pour

avoir tenté de rejoindre les rangs de l’organisation Etat isla- mique (EI). Sans un mot, son avo- cat retourne s’asseoir au fond de la 16 e chambre du tribunal correc- tionnel de Paris. Celle qui voit dé- filer les affaires de départs pour la Syrie. Le travail de Gérard Mattei

auprès de celui qu’il assiste depuis près de deux ans s’arrête là. Il était même parvenu à lui obtenir un bracelet électronique pendant quelques mois. «C’est quelqu’un d’attachant. Mais bon, il veut faire de ce procès une tribune. » Un gâ- chis pour l’avocat qui souhaitait justement montrer de lui un autre visage que celui de la radicalisa- tion. Il savait ce que son client avait décidé, mais tenait tout de même à être présent à ses côtés le 4 avril, au premier jour de l’audience. Comment peuvent-ils? Revoilà la ritournelle du dîner en ville. Comment les avocats peuvent-ils défendre les pédophiles, les vio- leurs, les meurtriers… et enfin, personnification actuelle du mal absolu: les djihadistes. Frank Berton n’y échappe pas. Le ténor lillois savait qu’en étant dé- signé par Salah Abdeslam, il ne couperait pas aux critiques. Ni aux menaces dont son confrère belge Sven Mary a été l’objet avant lui, en prenant en main le dossier du principal suspect des attentats du 13 novembre. Sven Mary qui s’interroge aujourd’hui sur la ca- pacité de la justice « ordinaire » et de ses acteurs à porter l’accusa- tion ou à endosser la défense de ces suspects de terrorisme. « Ce n’est pas la cour d’assises de Paris qui devrait les juger, mais une cour pénale internationale. Ces gens ont commis des actes de guerre », es- time l’avocat belge dans Libéra- tion du 27 avril.

A ces « comment faites-vous ? »,

J

la plupart des pénalistes répli- quent pourtant par le discours bien rodé de ceux qui ont l’habi- tude de plaider leur propre cause. Tout le monde a droit à une dé- fense ; il faut bien un contre-pou- voir, un dernier rempart pour l’Etat de droit. Et si vous n’assu- mez pas cette robe, ne l’enfilez pas. « Je peux défendre un néonazi sans en épouser la thèse. » La com- paraison de Thomas Delanoë peut sembler radicale, mais elle souli-

gne une réalité nouvelle : le terro-

riste est devenu une arme de lan- gage absolue. M e Delanoë, lui, a ré- cupéré son premier et seul dossier « terro » par le biais d’une famille qu’il a connue bien avant « tout

ça ». Son client n’est pas parti pour la Syrie, il a « juste » fourni de l’aide

à d’autres. L’aurait-il défendu s’il

avait été plus qu’un « facilita- teur » ? Pas si sûr. Tous ou presque hochent la tête lorsqu’on leur demande s’ils ont déjà dit non. Parce que le courant

ne passait pas, qu’une affaire fai-

sait un peu trop écho à leur vie… Il

existe bien des cas de conscience

sous les robes. Et des dossiers « in- supportables ». Véronique Massi se souvient ainsi d’avoir refermé celui d’un homme qui avait tué son nourrisson, il y a quelques années. Elle était enceinte. Des « méchants », elle en défend beau- coup, pourtant, depuis plus de

dix ans. « Mais il faut pouvoir se

regarder dans le miroir. » Alors

elle se garde le droit de refuser. Et,

surtout, le devoir de se retirer si

elle hésite à soulever un vice de

procédure qui permettrait à son client de sortir de prison.

Apprivoiser la 16 e chambre

L’un de ses confrères – qui préfère garder l’anonymat pour éviter que

des dossiers de ce type ne s’empi-

lent dans son cabinet – a égale- ment vu resurgir ses anciennes

craintes d’étudiant en droit, après

les

attentats. Pourrait-il assurer

une

telle défense ? Finalement, en

février, un « retour de Syrie » est ar-

rivé jusqu’à lui. Il l’a accepté. Un

dialogue utile des deux côtés du

parloir, puisque l’avocat y a trouvé

un « moyen de démystifier », une

catharsis à ses propres peurs. Le

fait même que son client consente

à être défendu l’a rassuré. Leurs

deux mondes n’étaient donc pas complètement fermés, bien que le terrorisme fasse chambre à part dans le droit français.

A ces « comment faites-vous ? », les pénalistes répliquent par un discours bien rodé. Tout le monde a droit à une défense

En la matière, seule une petite communauté a le monopole des commissions d’office. Ils sont douze, chaque année: les secrétai- res de la conférence des avocats du barreau de Paris. Pour les autres avocats, plus ou moins néophytes en géopolitique syrienne, il faut apprivoiser la si particulière 16 e chambre, où ré-

sonne l’actualité du Proche-

Orient. Où un lexique glissé dans un dossier permet de distinguer le djihad de la hijra, les sunnites des chiites. Et où chacun peut évaluer les limites de sa tolérance. Tester ses limites, Joseph Hazan s’y est confronté dans l’affaire Merah. Lui, l’avocat « d’origine juive», aux côtés d’un homme mis en examen dans le dossier de l’at- tentat qui a coûté la vie à sept per- sonnes en 2012, dont un rabbin et professeur et trois enfants d’une école juive de Toulouse. « Juste- ment », précise-t-il. C’est là que sa place lui semble indispensable. Pour tenter de ramener un peu de sérénité lorsque l’empressement médiatique prend le pas sur le

nicolas demorand venant avec les chroniques d’Arnaud Leparmentier, d’Alain Frachon et de Vincent Giret dans
nicolas demorand
venant
avec les chroniques
d’Arnaud Leparmentier,
d’Alain Frachon
et de Vincent Giret
dans Un jour dans le monde
de 18:15 à 19:00
18 :15 un jour dans le monde
19 :20 le téléphone
sonne
le 18/20
de choc

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VENDREDI 29 AVRIL 2016

Frank Berton, un fort en gueule rompuauxouragansmédiatiques

Le pénaliste lillois a été choisi comme avocat par Salah Abdeslam

PORTRAIT

L a gueule, évidemment.

On ne voit qu’elle. Elle en

dit tant, cette gueule. Les

cabosses de l’enfance face

à un père violent, la traversée heurtée de l’adolescence, les ten- tations du mauvais côté, la fierté d’y avoir résisté, l’insolente revan- che du succès et la crainte sourde de le voir s’échapper. De cette gueule trop bavarde, Frank Berton a dû tôt s’accommoder. «Puisque je l’ai, autant en jouer », confiait-il à l’un de ses plus proches amis lil- lois il y a quelques années. Alors il joue. Cheveux noirs gominés, teint brouillé par des nuits trop cour- tes, cernes gonflés, regard mi-clos de fumeur, sapes de marlou et bel- les bagnoles. Frank Berton sait la curiosité mêlée de défiance que suscite sa ressemblance avec ceux qu’il défend. Mais il y a la robe, jus- tement, son Graal et sa frontière, qu’il a mis plus longtemps que d’autres à décrocher. L’avocat Frank Berton, inscrit au barreau de Lille, est né à 27 ans. Il en a le double aujourd’hui et c’est à lui que Salah Abdeslam a décidé de confier sa défense. La re- commandation est venue de Sven Mary, l’avocat belge du seul survi- vant du commando des attentats du 13 novembre, qui a pointé le

nom du Lillois sur une liste qui comprenait les plus célèbres pé- nalistes français. Les deux hommes se sont ren- contrés une première fois à la pri- son de Beveren, près d’Anvers, pendant deux heures et demie, pour s’entendre sur une ligne de défense que Frank Berton a expo- sée à la presse dès que sa désigna- tion a été rendue publique, mer- credi 27 avril : « Il m’a assuré qu’il expliquerait un certain nombre de choses, qu’il dirait ce qu’il a fait, avec qui, comment et pourquoi, et qu’il prendrait ses responsabilités.»

Nouvelle identité

Vingt ans plus tôt, Frank Berton avait fixé la même condition avant d’accepter de devenir l’avo- cat de Smain Aït Ali Belkacem, l’un des auteurs des attentats de 1995 à Paris. L’homme avait d’abord avoué sa participation, mais il s’était ensuite rétracté pendant l’instruction et Frank Berton l’avait lâché. Il a raconté l’épisode à Salah Abdeslam et lui a aussi dit qu’il avait défendu une famille victime de l’attentat de Marrakech en 2011. Pour le reste, tout le reste, il est prêt. Les coups à prendre, ceux à rendre, l’ouragan médiatique, Frank Berton connaît. Il s’y est frotté avec l’affaire d’Outreau, en 2004 à Saint-Omer (Pas-de-Ca-

Le cas de Florence Cassez, dont il obtient la libération en 2013, lui offre sa première longue échappée en solitaire

lais), où il défendait Odile Maré- caux, puis un an plus tard lors du procès en appel à Paris, où il a été choisi pour assister Franck Lavier. Acquittés. Mais il n’était encore à ce moment-là qu’une voix remar- quée parmi d’autres dans la « bande » des pénalistes de l’af- faire d’Outreau, Eric Dupond-Mo- retti et Hubert Delarue. Le cas de Florence Cassez, cette Française condamnée au Mexi- que, dont il obtient la libération et le retour en France en 2013, lui offre sa première longue échap- pée en solitaire. Outreau avait ouvert aux avocats des acquittés les portes de Matignon. Le bras de fer juridico-diplomatique de l’af- faire Cassez fait de Frank Berton l’un des interlocuteurs privilégiés du président de la République Ni- colas Sarkozy puis de François Hollande.

Le cabinet lillois, qu’il a fondé avec son épouse – mère de leurs quatre enfants, âgés de 26 à 10 ans – et un associé, voit arriver dans la foulée tous les «beaux» dossiers des « Français de l’étranger », de Lima à Madagascar, en passant par La Paz, Phnom Penh, Bamako ou plus récemment Saint-Domin- gue, où Frank Berton assiste Christophe Naudin, mis en cause dans l’affaire « Air cocaïne ». Mercredi et pour quelques an- nées, Frank Berton a endossé une nouvelle identité, plus lourde et encombrante que les autres :

« avocat de Salah Abdeslam ». A l’un de ses vieux complices, il avait confié mardi, jusque très tard dans la nuit lilloise, l’entre- mêlement de vertige, de crainte et de plaisir qu’il ressentait à l’ouverture de cette nouvelle page de sa vie. On apprécie plus encore de l’avoir vu et entendu plaider, au printemps 2015, sur ses terres du Nord, à Douai, pour une femme, Dominique Cottrez, qui avait tué huit de ses nouveau-nés. Provo- quer, cogner, caresser, avec ce «truc» qui fait les vrais pénalistes, le sens aigu de l’audience, l’art de renifler les jurés et de les faire cha- virer. Il faudra se souvenir aussi de la gueule et de la gouaille de ce Berton-là. p

pascale robert-diard

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LuxLeaks: un lanceur d’alerte«anticapitaliste»?

La police luxembourgeoise a dû défendre son enquête, mercredi, au procès d’Antoine Deltour

luxembourg - envoyé spécial

U n « anticapitaliste », le lan- ceur d’alerte Antoine Del- tour ? C’est la conviction

du commissaire de police luxem- bourgeois Roger Hayard, qui est venu témoigner mercredi 27 avril au procès de l’ancien auditeur du cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC). Celui-ci est accusé d’avoir volé des centaines d’accords fis- caux secrets, la veille de sa démis- sion, en octobre 2010, avant de les transmettre à un journaliste de « Cash Investigation », Edouard Perrin. Un autre employé de PwC, Raphaël Halet, est également ac- cusé de « vol » et de « violation du secret professionnel » et risque, comme lui, dix ans de prison. Lors de son enquête, le commis- saire Hayard a pu avoir accès au matériel informatique d’Antoine Deltour, rapidement identifié par PwC après la diffusion de « Cash In- vestigation », en mai 2012. Comme aucune trace de transaction finan- cière suspecte n’a été trouvée, le policier a cherché un autre motif. Antoine Deltour «était déclaré an- ticapitaliste», a-t-il lâché à la barre. Pour preuve, des propos postés sur Facebook où M. Deltour déclarait « avoir du mal à accepter » que le « commun des mortels » ne puisse pas échapper à l’impôt comme les grosses multinationales. Surtout, M. Deltour était abonné à des newsletters des Verts et «sui- vait l’actualité du site Mediapart »,

dont le directeur est un « person- nage qui a publié des articles qui condamnent la place financière » luxembourgeoise, a souligné l’en- quêteur, déclenchant des rires dans la salle. «Antoine n’est pas un militant politique, a rétorqué la compagne de l’ex-auditeur. Il est surtout attaché à la défense de la li- berté de chacun. On ne peut pas dire qu’il est anticapitaliste.»

Recherche « neutre et objective »

Le policier Hayard a ensuite dû dé- fendre son enquête, accusée par la défense d’avoir été menée main dans la main avec le cabinet PwC. Le cabinet s’est ainsi chargé seul des investigations informatiques sur ses serveurs pour identifier MM. Deltour et Halet, et le policier a pris soin de prévenir PwC avant ses perquisitions. «Cette recherche a été menée de manière neutre et objective », a rétorqué le policier. Pas question non plus de com- prendre le silence d’Edouard Per- rin, qui s’est toujours abrité der- rière le secret des sources. Pour le commissaire, le journaliste « n’a pas vraiment cherché à protéger ses sources», la publication des docu- ments permettant au contraire « d’identifier les auteurs du vol ». Se- lon lui, le journaliste a fait prendre des risques à deux personnes uni- quement «pour dénoncer des con- ventions fiscales peut-être douteu- ses moralement, mais en parfaite harmonie avec les lois du pays ». p

jean-baptiste chastand

SalahAbdeslamplacé à l’isolement à Fleury-Mérogis

Le suspect-clé des attentats de Paris a été mis en examen mercredi

Q uarante jours après son

interpellation dans le

quartier bruxellois de

Molenbeek, Salah Ab- deslam, seul survivant des com- mandos du 13 novembre, a été transféré en France mercredi 27 avril au petit matin. Il a été in- carcéré en fin de journée au cen- tre pénitentiaire de Fleury-Méro- gis (Essonne), la plus grande cen- trale d’Europe, où il a été placé à l’isolement. Il sera entendu par un juge d’instruction le 20 mai, a précisé son nouvel avocat Frank Berton, selon lequel Salah Abdes- lam a promis de s’exprimer ulté- rieurement. Plusieurs avocats de familles de

victimes se sont félicités de cet « aboutissement » de la coopéra- tion judiciaire franco-belge. M e Samia Maktouf, qui repré- sente 17 familles, souhaite « que Salah Abdeslam coopère totale- ment pour permettre l’identifica- tion des membres actifs de la nébu- leuse terroriste à laquelle il appar- tient ». « Nous attendons qu’avec le temps, il parle, espère également son confrère, M e Jean Reinhart. Nous ne croyons pas au miracle, nous ne croyons pas du tout en une coopération immédiate.»

« Equipe de surveillance dédiée »

La remise de Salah Abdeslam, qui a été décidée par les magistrats instructeurs des deux pays il y a une dizaine de jours selon les in- formations du Monde, a été orga- nisée jusqu’à la dernière minute dans le plus grand secret. Ses pro- pres avocats, le Belge Sven Mary et le Français Frank Berton, n’en ont été informés que mercredi matin, en même temps que la presse. Escorté dans la nuit de mardi à mercredi par les autorités belges de la prison de Beveren, près d’An- vers, jusqu’à l’aéroport de Bruxel-

Sa remise à la France a été décidée il y a une dizaine de jours par les magistrats instructeurs français et belge

les, Salah Abdeslam a été pris en charge peu après 7 heures par un hélicoptère EC145 de la gendar- merie française, accompagné de trois gendarmes d’élite du GIGN. A son arrivée à l’aéroport de Vil- lacoublay (Yvelines), peu après 9 heures, le Français de 26 ans s’est vu notifier le mandat d’arrêt délivré le 19 mars par les juges d’instruction français. Il a ensuite été conduit au palais de justice par un convoi de trois véhicules banalisés, toujours accompagné de membres du GIGN, et mis en examen notamment du chef d’« assassinats et tentative d’as- sassinats en relation avec une en- treprise terroriste ». En fin de journée, ce suspect-clé des attentats de Paris a été placé en détention provisoire à Fleury- Mérogis. « Il sera pris en charge par une équipe de surveillance dé- diée, composée de surveillants aguerris, formés à la détention (…) des personnes détenues réputées dangereuses », a précisé le minis- tre de la justice, Jean-Jacques Ur- voas. Sa cellule devrait être placée sous vidéosurveillance pour s’as- surer qu’il ne tente pas de s’évader ou de se suicider. C’est dans cette prison, le 22 décembre 2015, qu’avait mis fin à ses jours Yassin Salhi, qui avait décapité son pa- tron et attaqué un site gazier en juin en Isère.

Hasard du calendrier, M e Frank Berton avait décidé d’officialiser sa désignation comme avocat de Salah Abdeslam mardi soir, quel- ques heures avant le transfère- ment. Son client est le premier auteur direct des attentats du 13 novembre à être détenu en France. Le rôle exact de Salah Abdeslam reste à définir. L’enquête a permis d’établir qu’il avait joué un rôle de logisticien dans l’organisation des attentats : il a loué les véhicu- les et les chambres d’hôtels utili- sés par les commandos de Paris, a convoyé plusieurs assaillants en provenance de Syrie à travers l’Europe et a déposé, de son pro- pre aveu, trois kamikazes devant le Stade de France le 13 novembre au soir.

« Un petit con »

Devant les enquêteurs belges, ce Français d’origine marocaine a

assuré qu’il devait se faire explo- ser ce soir-là devant l’enceinte sportive, avant de renoncer pour une raison encore inexpliquée. Il avait ensuite abandonné sa voi- ture dans le 18 e arrondissement de Paris – où un communiqué de l’organisation Etat islamique dif- fusé le lendemain avait annoncé,

à tort, une attaque-suicide – avant de déposer sa ceinture explosive

à Montrouge (Hauts-de-Seine) et

d’être exfiltré en Belgique. Sa stratégie de défense, incar- née de façon tonitruante par son défenseur belge dans le journal Libération, mercredi, le présente comme un esprit simple qui se se- rait fait embrigader par Abdelha- mid Abaaoud. « C’est un petit con de Molenbeek issu de la petite cri- minalité, plutôt un suiveur qu’un meneur. Il a l’intelligence d’un cen- drier vide. Il est d’une abyssale va- cuité », a résumé Sven Mary. p

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10 | france

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VENDREDI 29 AVRIL 2016

Le prélèvement à la source inscrit dans la loi fin 2016

Le gouvernement a précisé le calendrier de cette réforme qui devrait entrer en vigueur le 1 er janvier2018

L e prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu à partir du 1 er janvier 2018 sera inscrit dans le projet

de loi de finances pour 2017, pré- senté à l’automne. Le ministre des finances, Michel Sapin, et le secrétaire d’Etat au budget, Chris- tian Eckert, l’ont confirmé mer- credi 27 avril devant la commis- sion des finances du Sénat. Initia- lement, ce dispositif, sur lequel l’administration de Bercy tra- vaille depuis plusieurs mois, de- vait être inclus dans un projet de loi de finances rectificative qui aurait dû être débattu au Parle- ment avant l’été, comme l’avait annoncé M. Sapin. Mais le gou- vernement a finalement renoncé – « pour des raisons d’agenda », se- lon la version officielle – à présen- ter ce collectif budgétaire. Le texte précisant les modalités du prélèvement à la source devrait donc être achevé à la fin du mois de mai, être soumis au Conseil d’Etat en juin, éventuellement fi-

nalisé mi-juillet et transmis aux parlementaires, même s’il ne sera examiné qu’à la fin de l’année dans le cadre du projet de loi de fi- nances, a indiqué M. Eckert. Ce ca- lendrier témoigne de la volonté du gouvernement de mener à son terme cette réforme sur laquelle d’autres avant lui se sont cassé les dents en quarante ans d’infruc- tueuses tentatives. Et ce, quoi qu’il advienne aux élections présiden- tielle et législatives de 2017, malgré les réserves émises par le Medef, qui demande un report, et par une partie de l’opposition. En témoigne le flot de questions auxquelles les ministres ont dû répondre mercredi. « La réforme paraît simple mais les choses ne sont pas si simples qu’elles le paraissent », note Albéric de Mon- tgolfier, le rapporteur général (LR) de la commission des finances du Sénat. A-t-on étudié des scénarios alternatifs ? Qu’est-ce qu’apporte le prélèvement à la source par rap- port à une généralisation de la

mensualisation ? Le prélèvement à la source ne correspond qu’im- parfaitement à une ponction en temps réel, puisque le taux appli- qué ne sera pas contemporain, mais issu des revenus de l’année N – 1. En termes d’obligation dé- clarative, il n’y a pas de progrès pour les contribuables.

La droite divisée sur le sujet

Pour un jeune qui entre sur le marché du travail, est-ce un pro- grès de payer ses impôts dès la première année ? Y a-t-il eu une estimation du surcoût pour les entreprises ? Quelle économie en résultera-t-il pour l’administra- tion ? Comment peut-on justifier qu’il y ait deux administrations [la DGFiP et les Urssaf] qui recou- vrent un même prélèvement ? Des travaux ont-ils été réalisés sur les incidences de l’effet « bas de feuille de paie » ? Quelles se- ront les conséquences budgétai- res pour 2018 ? Comment traiter les erreurs et éviter les conten-

tieux ? Telle est une partie des ob- jections et des questionnements soulevés par les sénateurs. Malgré les éclaircissements et les explications fournis par les ministres, qui montrent que les travaux préparatoires sont déjà bien avancés, M. de Montgolfier restait dubitatif à l’issue de l’audi- tion. « Je n’ai toujours pas compris l’intérêt de cette réforme », notait le sénateur d’Eure-et-Loir. En cas d’alternance en 2017, la droite re- viendra-t-elle dessus ? « Il n’y aura pas besoin de revenir dessus puis- que, par définition, elle ne sera pas encore mise en œuvre », estime le rapporteur général. Une position qui est loin d’être partagée par l’ensemble de ses collègues, qui reconnaissent la qualité du travail réalisé par l’ad- ministration et vont même, à l’instar de certains intervenants, jusqu’à saluer « le courage du gou- vernement d’engager une telle ré- forme ». « Par principe, je pense, quand il y a une alternance, qu’il

DÈS VENDREDI EN KIOSQUE LEMONDE.FR/M-LE-MAG

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LEMONDE.FR/M-LE-MAG

faut éviter de revenir systémati- quement sur ce que la précédente majorité a réalisé, juge Michel Bouvard, sénateur (LR) de la Sa- voie. Dès lors que le travail aura été fait, il sera extrêmement difficile de revenir dessus et je n’en vois pas l’intérêt. D’autant plus que, si on veut un jour généraliser une contri- bution minimum sur le revenu, cela rend les choses plus faciles. » Qu’en est-il des candidats, décla- rés ou potentiels, à la primaire de la droite ? « Je pense que Sarkozy n’est pas contre mais, sincèrement, je ne sais pas », lâche Roger Karout- chi, sénateur des Hauts-de-Seine et proche du président de LR. Pour Bruno Le Maire, « on ne reviendra pas dessus, mais il faudra donner des garanties sur la confidentialité et sur l’allégement de la charge pour les entreprises ». Seul, à ce jour, Hervé Mariton, député (LR) de la Drôme, continue d’exprimer une vigoureuse opposition au prélèvement à la source. p

patrick roger

LE CONTEXTE

au prélèvement à la source. p patrick roger LE CONTEXTE BARÈME Le prél èvement à la

BARÈME

Le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu devrait entrer en vigueur le 1 er jan- vier 2018. La réforme ne modifie pas le barème de l’impôt, il prendra toujours en compte l’ensemble des revenus du foyer. La familiarisation (enfants à charge) et la conjugalisation (dé- claration en couple) seront con- servées ainsi que les réductions ou crédits d’impôt. La déclara- tion de revenus sera maintenue mais le prélèvement de l’impôt s’effectuera sur les revenus per- çus « en temps réel », en fonction d’un taux calculé et transmis par l’administration fiscale.

Valls sur le Caillou en attendant le référendum

Les Néo-Calédoniens voteront pour ou contre leur indépendance en novembre 2018

nouméa - envoyé spécial

M anuel Valls ne sera pas à Paris lors des défilés traditionnels du

1 er mai. Le premier ministre en- tame, à partir de jeudi 28 avril, un voyage de trois jours en Nouvelle- Calédonie, suivi d’une visite offi- cielle en Nouvelle-Zélande, à Auc- kland. Le chef du gouvernement quitte la métropole alors que la si- tuation sur le front du chômage semble s’améliorer, après l’an- nonce mardi d’une baisse de 62 400 du nombre de deman- deurs d’emploi en mars. A Nou- méa, il va en revanche trouver un contexte politique et social tendu : la Nouvelle-Calédonie su- bit une grave crise de l’industrie du nickel, vitale pour sa santé éco- nomique, et des incertitudes per- sistent sur l’avenir institutionnel de l’archipel, qui doit se pronon- cer par référendum en 2018 sur son indépendance. Le premier ministre, dont la vi- site sur le Caillou est en grande partie calquée sur celle effectuée par François Hollande en novem- bre 2014, devrait annoncer des aides publiques temporaires au secteur du nickel calédonien. Le cours du minerai s’est effondré en 2015, principalement sous l’ef- fet du ralentissement des com- mandes chinoises. Or, la Nouvel- le-Calédonie détient entre 15 % et 20 % des réserves mondiales de nickel, et le secteur concentre près de 25 % des emplois privés dans l’archipel, irriguant toute l’écono- mie locale avec les sous-traitants et les emplois indirects. « L’Etat est très attendu sur ce sujet-là », re- connaît-on à Matignon. L’Etat est le deuxième action- naire de la société minière Eramet, dont la filiale SLN (Société le nic- kel) est dans une situation finan- cière catastrophique. Opérateur historique du nickel calédonien,

La Nouvelle- Calédonie subit une grave crise de l’industrie du nickel, vitale pour sa santé économique

premier employeur privé dans l’archipel avec 2 100 salariés, la SLN accuse une perte de 261 mil- lions d’euros en 2015. A l’occasion de sa venue, M. Valls pourrait an- noncer un prêt de 300 millions d’euros à la SLN, répartis entre l’Etat et Eramet, afin d’éviter un plan social durant les deux pro- chaines années. Le chiffre avancé par plusieurs médias n’a pas été confirmé par Matignon.

Scène politique divisée

Derrière la question du sauvetage de l’industrie calédonienne du nickel, c’est également celle de l’indépendance de l’archipel qui se pose. L’avenir institutionnel du Caillou représente en effet l’autre volet-clé de la visite du premier ministre. Les accords de Mati- gnon (1988), puis de Nouméa (1998), signés entre la droite non- indépendantiste, les indépendan- tistes kanak et l’Etat, doivent dé- boucher au plus tard en novem- bre 2018 sur un référendum d’autodétermination. Mais la préparation de l’échéance est menacée par les divisions qui traversent la scène politique calé- donienne. Matignon, qui a déjà or- ganisé à Paris depuis 2012 deux co- mités des signataires de l’accord de Nouméa, souhaite avancer. «No- vembre 2018, c’est dans peu de temps, ce n’est pas quelque chose qu’il faut attendre les bras croisés», explique l’entourage de M. Valls. Accompagné de la ministre des outre-mer, George Pau-Langevin, mais aussi de l’ancien footbal- leur Christian Karembeu, d’ori- gine calédonienne, le premier ministre doit rencontrer les prin- cipaux acteurs politiques de l’ar- chipel. Par respect des équilibres entre les différents territoires, il se déplacera après Nouméa dans la province nord de l’île ainsi que devant l’assemblée de la pro- vince des îles Loyauté. Durant sa visite, il rendra également hommage à Jacques Lafleur, l’an- cien député non indépendan- tiste mort en 2010, et se re- cueillera sur la tombe de Jean- Marie Tjibaou, le père du natio- nalisme kanak, assassiné en 1989. Les deux hommes, si- gnataires des accords de Mati- gnon, symbolisent le rapproche- ment entre les communautés calédoniennes. p

bastien bonnefous

0123

VENDREDI 29 AVRIL 2016

ÉCONOMIE & ENTREPRISE | 11

Grèce : le spectre de la crise de l’été 2015

Tous les ingrédients sont réunis pour que se rejoue ce printemps le scénario d’un éventuel « Grexit »

bruxelles - bureau européen athènes - correspondance

M ais à quoi jouent les dirigeants euro- péens et le Fonds monétaire interna-

tional (FMI) avec Athènes ? Cela fait six mois que la Grèce tente de s’entendre avec ses créanciers sur un programme d’économies, afin de bénéficier d’une nouvelle tran- che de prêts dans le cadre du troisième plan d’aide au pays (86 milliards d’euros), décidé au mois d’août 2015. En vain. Prévue jeudi 28 avril, une réu- nion des ministres des finances de la zone euro a été annulée faute d’accord. Après des entretiens té- léphoniques entre le premier mi- nistre grec, Alexis Tsipras, le prési- dent de la Commission euro- péenne, Jean-Claude Juncker, et celui du Conseil, Donald Tusk, la demande grecque d’un sommet des dirigeants de la zone moné- taire a été écartée ; mais M. Tusk a réclamé qu’un Eurogroupe ait lieu « dans les jours qui viennent », pour éviter une «nouvelle incertitude». Toutes les conditions d’une nouvelle crise sont réunies : des négociations qui traînent en lon- gueur et une échéance de rem- boursement à la Banque centrale européenne (BCE), en juillet, que la Grèce ne pourra honorer sans sa tranche de prêts supplémen- taire… Mi-2015, l’Europe était pas- sée tout près d’un « Grexit », une sortie de la Grèce de la zone euro, pour ces mêmes raisons.

Des dirigeants inflexibles

Ces dernières semaines, dans l’en- tourage des dirigeants européens, on a répété en boucle qu’ils ne voulaient surtout pas « rejouer le match », à un moment où l’Union croule déjà sous les crises, celles des migrants, du terrorisme, la montée des populismes. Ils sou- haitent régler la « question » grec- que avant juin, pour éviter qu’elle ne perturbe le référendum britan- nique sur l’appartenance à l’UE. Mais ils restent inflexibles. Le gouvernement grec est pourtant en passe d’accepter une nouvelle liste de mesures pesant 3 % du produit intérieur brut (PIB) du pays : une réforme des retraites, de l’impôt sur le revenu, des créances douteuses dans les ban- ques hellènes. « Nous avons res-

douteuses dans les ban- ques hellènes. « Nous avons res- De gauche à droite : les

De gauche à droite : les ministres grecs du travail, des finances et de l’économie, à Athènes, le 12 avril. PETROS GIANNAKOURIS/AP

Le gouvernement grec est pourtant en passe d’accepter une nouvelle liste de mesures pesant 3 % du PIB

pecté absolument tous les engage- ments pris à l’été 2015, nous nous attendions à une revue rapide et en bonne intelligence et nous voilà face à une intransigeance inaccep- table et surtout non fondée », re- grette une source grecque. La Grèce rappelle qu’elle a dé- gagé, en 2015, un excédent pri- maire (hors charge de la dette) de 0,7 % du PIB au lieu des 0,2 % fixés par le « memorandum of unders- tanding » (MOU), le contrat de prêts contre réformes. «Eurostat vient de confirmer nos prévisions :

nous tiendrons l’objectif de 3,5 % d’excédent pour 2018, à condition que nos créanciers [FMI, Banque centrale européenne, Mécanisme européen de stabilité (MES)] lais- sent notre économie reprendre son souffle, en bouclant le premier plan de réformes et en tenant leurs engagements de renégociation de la dette. » Mais depuis une dizaine de jours, les créanciers exigent un train d’économies supplémentai- res de 2 % du PIB (3,5 milliards d’euros), qui n’était pas prévu dans le MOU et sur lequel les dis- cussions achoppent. Ces réfor- mes ne seraient mises en œuvre que si les finances grecques s’éloi- gnaient trop des objectifs fixés par les créanciers (un excédent primaire de 3,5 % du PIB en 2018). Athènes fait valoir que son droit lui interdit de légiférer sur un évé- nement hypothétique et propose plutôt un mécanisme de coupes budgétaires automatiques en cas de déficit budgétaire. Mercredi, la

porte-parole du gouvernement, Olga Gerovassili, a haussé le ton, accusant le FMI de formuler « des exigences qui sapent les efforts du gouvernement grec et des institu- tions européennes». Difficile pour M. Tsipras d’aller plus loin car la contestation gronde au sein de son parti Sy- riza. Le « Mouvement des 53 », un courant interne dirigé par le mi- nistre des finances Euclide Tsaka- lotos, s’oppose à des mesures non prévues par le MOU. Or, sans les voix des 14 députés issus de ce mouvement, le gouvernement perd sa majorité parlementaire (153 voix sur 300 députés). Le bras de fer avec les créanciers alimente les scénarios d’instabi- lité politique : remaniement mi- nistériel, nouvelles élections, voire référendum. Le gouverne- ment dément mais il est sous pression, d’autant que le principal parti d’opposition, Nouvelle Dé- mocratie, ne cesse de monter dans les sondages.

Le train d’économies supplé- mentaire est une assurance pro- posée pour réconcilier les vues de la BCE, du MES et de la Commis- sion européenne, d’un côté, et cel- les du FMI, de l’autre, qui, depuis l’été 2015, hésite à poursuivre son aide. Le Fonds, plus pessimiste que les Européens, ne croit pas qu’avec le seul paquet de réformes à 3 % du PIB, Athènes atteindra 3,5 % de surplus primaire en 2018. Le FMI a ses propres règles de fonctionnement, avec à son « board » des pays en développe- ment peu partisans de la pour- suite de l’aide à la Grèce. Pourquoi l’Europe se plie t-elle à ces exigen- ces alors que, selon de nombreu- ses sources, elle n’a pas besoin de l’argent du Fonds pour aider Athènes et que la Commission estime que le premier paquet de réformes suffit? La réponse se trouve en grande partie à Berlin. L’Allemagne tient absolument à ce que le FMI soit « à bord ». C’est elle qui avait imposé

LES DATES

soit « à bord ». C’est elle qui avait imposé LES DATES A OÛT 2015 Le

AOÛT 2015

Le troisième plan d’aide à la Grèce est signé. Quatre-vingt-six milliards d’euros de prêts sont déboursables en échange de ré- formes. Le Mécanisme européen de stabilité (MES) apporte l’es- sentiel des fonds, le Fonds mo- nétaire international (FMI) refu- sant de s’engager tout de suite.

OCTOBRE 2015

Athènes adopte un premier train de réformes (fiscalité, justice,

etc.) contre une tranche de prêts de plus de 20 milliards d’euros. Les créanciers commencent

à négocier une nouvelle liste de réformes.

JANVIER-AVRIL 2016

Athènes propose, entre autres, une ambitieuse réforme des re- traites. Le FMI estime que ce n’est pas suffisant et exige,

à partir de mi-avril, des réformes supplémentaires jugées non nécessaires par la Commission européenne.

sa présence dès les premiers plans d’aide à la Grèce, en 2010. Le mi- nistre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, ne fait pas confiance à la Commission pour traiter seule avec Athènes. Il la soupçonne d’être trop conci- liante, témoignent de nombreu- ses sources bruxelloises. Côté créanciers, des sources dé- dramatisaient la situation, mer- credi : « Les questions à résoudre concernant les réformes préventi- ves sont complexes, nous avons juste besoin d’un peu plus de temps». Mais l’inquiétude monte. Surtout si, sur l’allégement de l’énorme dette grecque (180 % du PIB), promis depuis fin 2012, les créanciers se montrent tout aussi rigides. Ils ont accepté de com- mencer à en parler officiellement vendredi 22 avril. Mais le ministre allemand, M. Schäuble, continue de dire que le pays n’en a pas be- soin dans l’immédiat… p

cécile ducourtieux et adéa guillot

Berlin subventionne l’achat des véhicules électriques

En octroyant une prime de 4 000 euros, le gouvernement allemand espère multiplier par dix le nombre de voitures propres outre-Rhin

berlin - correspondance

B erlin a fini par céder aux supplications de l’indus- trie automobile alle-

mande. Mercredi 27 avril, le mi- nistre de l’économie, Sigmar Ga- briel, a décidé qu’une prime de 4000 euros serait accordée pour tout achat d’un véhicule électri- que, et 3 000 euros pour les véhi- cules hybrides à partir de mi-mai. Cette « prime électrique », dont l’enveloppe s’élève à 1,2 milliard d’euros, sera financée pour moi- tié par les constructeurs. Intro- duite afin de stimuler les ventes de véhicules jusqu’ici boudés par les Allemands, car jugés trop chers, elle est déjà très controver- sée en Allemagne. L’objectif annoncé est de porter le nombre de voitures électriques sur les routes allemandes à 500 000, dix fois plus qu’aujourd’hui. C’est bien en des- sous des ambitions originelles de Berlin, qui visait un million de voitures d’ici à 2020. Seules les

voitures d’entrée ou de milieu de gamme bénéficieront de la prime. Les véhicules dont le prix catalo- gue dépasse les 60 000 euros pour le modèle de base ne seront pas concernés. L’enveloppe pré- vue par le gouvernement corres- pond au financement de 400 000 primes. D’autres mesures ont été prises pour stimuler la demande :

dès cette année, 20 % des nouvel- les acquisitions pour les flottes automobiles de l’Etat fédéral de- vront être électriques. Berlin veut également investir 300 millions d’euros pour développer le réseau de bornes de rechargement. Jusqu’ici, les automobilistes al- lemands se sont peu laissé sé- duire par l’électrique, malgré leur sensibilité aux questions envi- ronnementales. Les entreprises se rabattent plus volontiers sur le diesel pour leurs flottes de véhi- cules de fonction, bien moins cher au kilomètre. « Le problème avec les voitures électriques est que leur rapport prix-performance n’est pas satisfaisant. Elles sont

tout simplement trop chères pour le service qu’elles rendent, et le plusen termes d’image ne com- pense pas ce surcoût pour l’entre- prise », juge Gerhard Fischer, di- recteur de LeaseTrend AG, qui gère un parc de 15 000 véhicules en leasing, la location avec option d’achat, pour des PME en Bavière.

« Feu de paille »

Ainsi, malgré une forte campagne de communication, l’i3, la nou- velle voiture électrique urbaine de BMW, lancée fin 2013, ne s’est vendue en Allemagne qu’à 2 200 exemplaires en 2014, contre 6 000 aux Etats-Unis – notam- ment en Californie –, et 2 300 dans les pays scandinaves. La raison ? Des subventions et des infrastruc- tures de bornes de rechargement plus développées qu’outre-Rhin. En Norvège, grâce à ces encoura- gements à l’achat, le parc automo- bile est déjà composé de plus de 20 % de véhicules électriques. Avec l’accord conclu avec Berlin, les constructeurs allemands espè-

L’objectif de l’exécutif est de sortir par le haut du scandale des moteurs truqués

rent enfin créer un effet d’entraî- nement. Ils veulent aussi montrer qu’ils sont capables de maîtriser cette propulsion sur leur marché domestique et d’en faire un pro- duit de masse. Mercredi, Sigmar Gabriel a indiqué que le gouver- nement attendait de l’industrie automobile qu’elle « relève le défi de façon offensive » : « Il faut faire davantage de recherche en Alle- magne. La fabrication industrielle des batteries doit revenir en Alle- magne», a-t-il déclaré. Pour Berlin, la prime au véhicule électrique est donc une façon de

sortir par le haut de la polémique née des suites de l’affaire Volk- swagen. Vendredi 22 avril, sur pression du ministère des trans- ports, les constructeurs ont dû se résoudre à rappeler 630000 véhi- cules pour irrégularités sur les moteurs diesel. L’épisode a cho- qué de nombreux députés jusque dans les rangs de la CDU. Beau- coup exigent aujourd’hui un changement de législation sur les tests et critiquent le manque de distance entre le gouvernement et les constructeurs. Dans ce contexte, la prime au véhicule électrique est loin de faire l’unanimité, même au sein de l’industrie automobile. Le pa- tron du sous-traitant Bosch, Volk- mar Denner, a ainsi comparé la prime à « un feu de paille », mer- credi matin, jugeant que les dis- positifs de ce type n’étaient pas capables de créer une demande durable sur le marché. Plusieurs économistes de renom ont aussi exprimé leur scepticisme. C’est le cas de Christoph Schmidt, prési-

dent de l’institut économique d’Essen et conseiller du gouver- nement sur les questions écono- miques, qui estime que « c’est à l’industrie automobile elle-même de faire au client une meilleure offre ». Clemens Fuest, président de l’institut économique de Mu- nich, estime de son côté que ces fonds publics auraient été mieux investis dans la recherche et le dé- veloppement de nouvelles tech- nologies pour l’environnement. Plus gênant encore, la prime a suscité la franche opposition du président du groupe parlemen- taire CDU au Bundestag, Volker Kauder. « Il y a de fortes réserves au sein du groupe en ce qui concerne une prime à l’achat,» a-t-il déclaré. « A la fin, c’est au Parlement de dé- cider, surtout quand il s’agit de questions budgétaires», a-t-il me- nacé, laissant augurer que le dé- bat parlementaire sur cette ques- tion serait, pour les soutiens de l’industrie automobile, plus diffi- cile que d’habitude. p

cécile boutelet

12 | économie & entreprise

La Fed n’est pas pressée de durcir sa politique monétaire

La banque centrale américaine « surveille de près » l’évolution de la conjoncture internationale

new york - correspondant

U ne nouvelle fois, la Ré- serve fédérale (Fed) a passé son tour. La ban- que centrale améri-

caine a laissé ses taux directeurs inchangés, mercredi 27 avril, à l’is- sue d’une réunion de deux jours de son Comité de politique moné- taire (FOMC). Alors que l’institu- tion avait procédé, en décem- bre 2015, à son premier resserre- ment monétaire depuis juin 2006 pour porter le loyer de l’argent dans une fourchette de 0,25 % à 0,50 %, elle ne cesse depuis de prô- ner une certaine prudence sur le rythme auquel elle compte pour- suivre son mouvement et s’est bien gardé d’envoyer un signal d’une hausse des taux imminente. L’environnement économique avec lequel la Fed doit composer reste en effet instable. Toutefois, sur le plan international, la situa- tion semble un peu moins préoc- cupante. Lors de la dernière réu- nion, en mars, les membres du FOMC considéraient que les turbu- lences sur les marchés financiers et le ralentissement de la crois- sance mondiale «continuaient à présenter des risques» pour l’acti- vité économique aux Etats-Unis.

L’expression a été supprimée du communiqué, la Fed se contentant désormais de « surveiller de près » ces développements internatio- naux. Même si les inquiétudes sur l’économie chinoise n’ont pas vrai- ment disparu en un mois, en re- vanche, la remontée des prix du pétrole et la légère baisse du dollar ont donné un peu de répit aux Bourses mondiales.

Croissance capricieuse

Par ailleurs, la banque centrale américaine dresse un tableau rai- sonnablement optimiste mais contrasté de la situation de l’éco- nomie américaine. « Les condi- tions du marché du travail ont continué de s’améliorer, même si la croissance de l’activité économi- que semble avoir ralenti», indique le FOMC, tout en ajoutant : « La croissance des dépenses des ména- ges s’est ralentie, même si [leur] re- venu réel a progressé à un rythme solide et le moral des consomma- teurs reste haut.» Difficile dans ce contexte d’avoir une vision claire de la capacité des Etats-Unis à encaisser à court terme une nouvelle hausse des taux. Alors que le taux de chômage est au plus bas (5 % en mars), la croissance reste en effet capri-

La Banque du Japon reste l’arme au pied

Les marchés n’ont guère apprécié. Jeudi 28 avril, la Banque du Japon a opté pour le statu quo, en dépit des signes de faiblesse donnés par l’économie nippone. L’indice Nikkei a aussitôt chuté de 2 %, tandis que le yen s’est envolé de 2 % face au dollar. La Banque centrale a également admis qu’elle atteindrait sa cible d’inflation (2 %) au moins six mois plus tard que prévu, fin 2017 ou début 2018. Elle laisse ainsi ses taux directeurs autour de 0 %, son taux de dépôt à - 0,1 %, et poursuit ses rachats de dettes publiques. Les économistes doutent que cela suffise à sortir le Japon de la déflation – l’ar- chipel a aussi besoin de réformes.

La Fed a réitéré sa volonté de procéder à «des ajustements graduels» de sa politique monétaire pour accompagner la reprise

cieuse. Après une hausse de 1,4 % au quatrième trimestre 2015, l’évo- lution du produit intérieur brut (PIB) pourrait à nouveau décevoir au premier trimestre. Tandis que le département du commerce de- vait publier sa première estima- tion jeudi 28 avril pour les trois premiers mois de l’année, la Fed d’Atlanta anticipe une quasi-sta- gnation de la croissance avec un taux de 0,6 % en rythme annuel. Les derniers indicateurs publiés ces derniers jours incitent égale- ment à la prudence. L’investisse- ment et les exportations sont en recul. Les commandes de biens du- rables en mars ont augmenté moins que prévu et, quand on ex- clut le secteur de la défense, el- les ont même baissé pour le deuxième mois consécutif. Les ventes au détail ont chuté en mars, comme la production industrielle et le taux d’utilisation des capaci- tés de production. Quant à l’inflation, elle n’est tou- jours pas au rendez-vous. Malgré une situation théorique de plein- emploi, les salaires n’accélèrent toujours pas. Les prix à la consom- mation n’ont progressé sur un an que de 1 % en février, après 1,2 % en janvier. L’objectif des 2 % que s’est

fixé la Fed restant encore hors de portée. «L’inflation devrait rester faible à court terme », confirme le FOMC dans son communiqué, en raison principalement de la baisse des prix du pétrole. Mais la hausse des prix devrait «monter à 2 % à moyen terme à mesure que les ef- fets transitoires du recul des prix de l’énergie et des prix à l’importation se dissiperont et que le marché de l’emploi continuera de se renfor- cer», tempère la Fed. Ce constat général reste large- ment partagé puisqu’un seul membre du FOMC, Esther George, la présidente de l’antenne régio- nale de Kansas City, a voté contre le statu quo adopté mercredi, plai- dant pour un relèvement immé- diat des taux d’un quart de point. M me George avait déjà fait part de sa dissidence lors de la dernière réunion de mars. Dans ce contexte, la Fed a réitéré sa volonté de procéder à « des ajus- tements graduels » de sa politique monétaire pour accompagner la reprise. La première hausse aura-t- elle lieu en juin? Rien n’est moins sûr. Sans présager de la situation de l’économie américaine au deuxième trimestre, la situation internationale pourrait à nouveau perturber la prise de décision de la Fed. La prochaine réunion se dé- roulera quelques jours avant le ré- férendum sur la sortie du Royau- me-Uni de l’Union européenne. L’incertitude qui règne sur le ré- sultat risque de rendre nerveux les marchés. La Réserve fédérale y ré- fléchira sans doute à deux fois avant de remonter ses taux dans cet environnement instable. L’ali- gnement des planètes qui permet- tra la poursuite du resserrement monétaire pourrait prendre plus de temps que prévu. p

stéphane lauer

La location de voiture entre particuliers passe à la vitesse supérieure

Le leader du marché, Drivy, a levé 31 millions d’euros auprès de deux fonds internationaux

L a location de véhicule entre particuliers a plus que ja- mais le vent en poupe. Et la

poignée de start-up de ce secteur en pleine expansion lève de plus en plus de fonds. Après Ouicar, qui avait obtenu, en 2015, 28 mil- lions d’euros auprès de la SNCF, et Koolicar, qui a obtenu 18 millions d’euros auprès de PSA et de la MAIF, c’est au tour de Drivy, le nu- méro un de ce jeune secteur, d’opérer une levée de capital. Jeudi 28 avril, la jeune pousse a

annoncé avoir récolté 31 millions d’euros auprès de ses actionnai- res historiques (Bpifrance, ViaID, Index Ventures) et de deux nou- veaux fonds d’investissement in- ternationaux : Cathay Innova- tion et Nokia Growth Partners. Depuis son lancement en 2010, cette plate-forme de location de voiture aura levé en cumulé 47 millions d’euros. D’autres acteurs, qui combi- nent location entre particuliers et offre de parking, ont égale- ment récolté récemment de nou- veaux moyens, à l’image de Tra- velerCar, qui a trouvé 5 millions d’euros auprès de la MAIF en mars. Son concurrent Tripn- drive, présent dans une soixan- taine de parkings en France, dont une vingtaine en région parisienne, espère l’imiter en septembre 2016.

A moyen terme, Ouicar, pionnier du secteur, souhaite s’implanter à l’étranger

La location d’un véhicule à peu de frais séduit de plus en plus de particuliers. Selon la dernière en- quête du Conseil national des pro- fessions de l’automobile (CNPA), le volume des transactions effec- tuées pour ce type de locations aurait triplé en moins d’un an en France. Sa part de marché est passée de 1 % à 3 % de l’ensemble des locations de courte durée ef- fectuées en 2015, soit quelque 600 000 locations.

« Nous avons fait nos preuves »

« C’est l’ordre de grandeur, con- firme Paulin Dementhon, le PDG fondateur de Drivy. Pour notre part, nous avons connu une crois- sance de nos locations de 100 % l’an dernier. Et depuis notre créa- tion, nous avons déjà réalisé 1,4 million de locations. » Le vo- lume d’affaires de la société est, lui, « confidentiel », indique le patron. En 2014, son volume d’af- faires était estimé à 15 millions

d’euros. Il devrait donc approcher les 30 millions d’euros pour 2015. L’objectif de Drivy, qui propose un parc de 36 000 véhicules et compte plus de 850 000 mem- bres, est de poursuivre son inter- nationalisation. « L’an dernier, nous avons ouvert nos services en Allemagne, avec environ 5 000 vé- hicules proposés, et en Espagne, avec un peu plus de 1 000 véhicules sur la plate-forme, et nous y con- naissons une croissance soutenue. Bref, nous avons fait nos preu- ves, relève Paulin Dementhon. En 2016, nous voulons nous instal- ler dans trois autres pays euro- péens. » Le Royaume-Uni, l’Italie ou les Pays-Bas sont des destina- tions probables. « Les nouveaux moyens nous permettront également de pour- suivre les recrutements d’ingé- nieurs, mais aussi l’encadrement pour internationaliser bien plus [l’entreprise]. Aujourd’hui, nous sommes 70 personnes, après avoir quasiment doublé l’effectif en douze mois », précise le patron de la plate-forme. Enfin, les moyens doivent également accompagner le déploiement de l’offre Drivy Open offerte à Paris et à Berlin. Grâce à un boîtier installé dans les véhicules des propriétaires qui le souhaitent, les véhicules peuvent être loués plus facile- ment et à toute heure.

Dans le même temps, les con- currents de Drivy ne restent pas inactifs. Le pionnier du secteur, Ouicar, qui compte quelque 30 000 véhicules référencés sur son site en France, vise les 100 000 voitures pour son catalo- gue en 2018. Surtout, il entend bien accompagner la SNCF dans l’ensemble des gares qui ne dispo- sent pas d’agence de location. Ma- rion Carrette, la patronne fonda- trice de Ouicar, souhaite conqué- rir à moyen terme l’étranger. Enfin, Koolicar, qui croît avant tout dans la location entre parti- culiers de très courte durée, est également lancé dans une course à l’expansion. Les subsides récem- ment obtenus auprès de PSA doi- vent permettre de tripler à moyen terme la flotte de véhicules (13 000 actuellement) proposés sur la plate-forme. De même, Stéphane Savouré, son fondateur, veut gonfler ses équipes, qui devraient atteindre la centaine de collaborateurs, contre une trentaine actuelle- ment. Pour grandir, la start-up pa- rie non seulement sur le grand public, mais également sur l’équi- pement de gestionnaires de flot- tes d’entreprise afin de rendre les véhicules de société accessibles quand ils ne sont pas utilisés la journée ou le week-end. p

philippe jacqué

0123

VENDREDI 29 AVRIL 2016

Les Minions seraient prêts à casser leur tirelire pour racheter Shrek

Comcast est disposé à débourser 3milliards de dollars pour s’offrir les studios Dreamworks

new york - correspondant

A près plusieurs tentatives infructueuses, Dream- Works Animation a peut-

être enfin trouvé un acheteur. Comcast, le premier câblo-opéra- teur américain, propriétaire de NBCUniversal, serait prêt à rache- ter pour 3 milliards de dollars (2,64 milliards d’euros) le créateur de Shrek, Kung Fu Panda et Mada- gascar, selon le Wall Street Journal, qui cite, mercredi 27 avril, des sour- ces anonymes proches du dossier. L’idée de Comcast serait de rap- procher DreamWorks Animation de son propre studio d’animation, Illumination Entertainment, qui, malgré ses récents succès comme Moi, moche et méchant et Les Mi- nions, reste encore un acteur de taille modeste. Convaincu qu’il doit accélérer dans ce domaine, Comcast a décidé de mettre le prix en proposant à Jeffrey Katzen- berg, patron et actionnaire majo- ritaire à 60 % de DreamWorks, une prime de 28 % par rapport à la valorisation actuelle du groupe. M. Katzenberg cherche depuis des années à vendre son studio, dont l’indépendance est devenue un handicap au fil du temps. Dans un secteur où les succès sont aléatoires, DreamWorks Ani- mation a de plus en plus de mal à tirer son épingle du jeu face à des acteurs plus solides comme Disney et sa filiale Pixar, Blue Sky (L’Age de glace) ou Warner Bros. Après plusieurs sorties décevan- tes entre 2012 et 2014, Dream- Works a été obligé, depuis, d’en- treprendre une série de restruc- turations. En janvier 2015, le groupe a ainsi supprimé 500 pos- tes et annoncé son intention de se séparer de son siège social de Glendale, en Californie. Un mal- thusianisme qui l’a conduit à ré-

duire également le rythme des sorties de films, passant de trois par an à deux aujourd’hui. Dans ce contexte compliqué, DreamWorks avait tenté dès 2014 de se vendre au groupe japonais de télécommunications Soft- Bank, ainsi qu’au fabricant de jouets Hasbro. En vain. En atten- dant, le studio tente de se diversi- fier, notamment au travers d’un partenariat avec Netflix pour pro- duire des dessins animés et le ra- chat de la société de vidéo numé- rique AwesomenessTV.

Conquête du marché chinois

Le rapprochement avec Illumina- tion Entertainment pourrait of- frir à DreamWorks de nouvelles perspectives. Le studio pourrait s’inspirer des méthodes de pro- duction de la filiale de Comcast. Celle-ci externalise une partie de son animation dans des pays à bas coûts, ce qui lui permet de pro- duire des films 40 % moins chers que la firme de M. Katzenberg. L’alliance des deux studios pourrait également déboucher sur des synergies dans le domaine des produits sous licence et des parcs à thème dans lequel Com- cast a beaucoup investi ces der- nières années. Enfin, Dream- Works permettrait à Illumination Entertainment de mettre un pied sur le très prometteur marché chinois, où M. Katzenberg a monté une coentreprise, Shan- ghai Oriental DreamWorks, qui a produit le dernier Kung Fu Panda. Si le rachat allait à son terme, cela pourrait signifier le départ de M. Katzenberg, qui, selon son contrat, peut prétendre à un chè- que de départ de 22 millions de dollars. Christopher Meledandri, le patron d’Illumination, pour- rait lui succéder. p

s. l.

8,2

C’est le montant, en milliards d’euros, que propose Sanofi pour acquérir Medivation lors d’une OPA, a dévoilé son directeur général, Olivier Brandicourt, jeudi 28 avril. Au début du mois, le conseil d’administration du groupe américain a rejeté toute discussion avec le français. Sanofi espère mettre la main sur ce spécialiste de l’oncologie. Installé à San Francisco, Medivation est connu pour ses traitements contre le cancer de la prostate. Sanofi propose à ses actionnaires 52,50 dollars (46,20 euros) par titre, soit une prime de 50 % par rapport au cours observé sur les deux mois précédant les rumeurs d’offre d’acquisition.

ESPACE

SpaceX veut envoyer un vaisseau non habité sur Mars dès 2018

SpaceX a annoncé mercredi 27 avril son intention d’en- voyer un vaisseau Dragon sans équipage sur Mars dès 2018. La Nasa fournira son aide technique. Le projet de l’américain Elon Musk, baptisé Red Dragon, sera détaillé en septembre.

DISTRIBUTION

Les salariés Darty exigent de la Fnac plus de clarté

L’intersyndicale Darty Paris- Ile-de-France a pris « acte de la prise de contrôle » de Darty par la Fnac mercredi 27 avril. Elle espère rencontrer ses di- rigeants pour « clarifier » plusieurs points, dont la conservation des enseignes Darty et Fnac en deux entités distinctes. Le 22 avril, les élus syndicaux Darty avaient estimé que plus de 3 000 em- plois pourraient être suppri- més à la suite du rachat de l’enseigne par la Fnac.

INTERNET

Facebook publie des résultats meilleurs que prévu

Au premier trimestre, le béné- fice net de Facebook a triplé à 1,5 milliard de dollars (1,3 mil- liard d’euros) et son chiffre d’affaires s’est envolé de 52 % à 5,4 milliards de dollars, des résultats meilleurs que prévu. Il profite notamment d’une machine publicitaire tournant à plein régime, en particulier sur le mobile : ses recettes pu- blicitaires ont grimpé de 57 %.

JEUX VIDÉO

Nintendo déçoit, malgré une nouvelle console

Le japonais Nintendo a fait état, mercredi 27 avril, d’une chute de 60,6 % de son béné- fice net à 16,5 milliard de yens (132 millions d’euros). Nintendo est à la peine car les ventes de consoles et de jeux sont freinées par la concur- rence des smartphones. La firme espère corriger ces mauvais résultats avec le lan- cement en mars 2017 de sa nouvelle console, baptisée NX.

0123

VENDREDI 29 AVRIL 2016

AndréBourin

Auteur, critique littéraire

En 1994. MAURICE ROUGEMONT/ OPALE/LEEMAGE
En 1994.
MAURICE ROUGEMONT/
OPALE/LEEMAGE

L a mort a réuni les deux André. La dimension gé- nérationnelle des pré- noms prend ici tout son

sens. André Bourin, journaliste et homme de lettres, est mort, lundi 18 avril, à l’âge de 97 ans. Il n’aura survécu qu’à peine un pe- tit mois à son complice André Brincourt, né en 1920, une des fi- gures des pages culturelles du Fi- garo, décédé le 22 mars, à 95 ans. Tous les deux ont siégé au jury

Renaudot, pendant des lustres. Le premier y a signé un bail de vingt-huit ans, de 1971 à 2009, tandis que le second, qui officiait comme secrétaire du prix, y est resté de 1984 à 2011, avant chacun de céder leur place à des plus jeu- nes. C’est le jeudi 8 mars 2011 que Frédéric Beigbeder et Jérôme Garcin ont été élus par leurs pairs membres du jury Renaudot, le ri- val du Goncourt, qui délibère le même jour chez Drouant, à Paris, dans des salons voisins. L’auteur de 99 francs (Grasset, 2000), criti- que littéraire itinérant, et l’ani- mateur du « Masque et la Plume » (France Inter), responsa- ble des pages littéraires de L’Obs, ont glissé leur séant dans les fau- teuils laissés vacants par leurs prédécesseurs. Ainsi se passent les relais dans la vie littéraire.

L’art de faire court

En 1971, André Bourin avait été élu au jury Renaudot, après un parfum de scandale littéraire. Trois jurés, et pas des moindres – Etienne Lalou (1918-2015), Mau- rice Nadeau (1911-2013) et Roger Grenier, né en 1919 et toujours en vie –, avaient volontairement cla- qué la porte en novembre 1969 pour protester contre les condi- tions dans lesquelles le prix avait été décerné à Max-Olivier La- camp, pour Les Feux de la colère, paru chez Grasset. De manière plus générale, les démissionnai- res entendaient protester contre « les groupes de pression » dans les jurys littéraires. Né le 28 juin 1918 à Tours, issu d’une famille d’industriels, An- dré Bourin s’est rapidement orienté vers une carrière de jour- naliste après des études de lettres à Poitiers. Secrétaire de rédaction au journal Les Nouvelles littérai- res à partir de 1949, il en devient rédacteur en chef et le reste jus- qu’en 1972. A ce poste, il a succédé à Georges Charensol, égale- ment membre du jury Renaudot, et qui restera dans la mémoire des auditeurs du « Masque et

28 JUIN 1918 Naissance

à Tours

1949 Entre aux « Nouvelles

littéraires », et en devient

rédacteur en chef en 1962

1961 Publie « Connaissance

de Jules Romains »

1971 Entre au jury du prix

Renaudot

1978 Publie « La Loire

et ses poètes »

18 AVRIL 2016 Mort

à Maisons-Laffitte (Yvelines)

la Plume » pour ses joutes oratoi- res avec Jean-Louis Bory dans les années 1960. Venu aux lettres par le journa- lisme, André Bourin n’ignorait pas l’art de faire court. Il a écrit une quinzaine d’ouvrages sur la littérature et la Touraine, sa ré- gion natale, à laquelle il conser- vait un attachement profond. Toute sa vie, il a mené en paral- lèle une carrière de critique litté- raire – qui l’a conduit des pages de la Revue des deux mondes à celles de La Nouvelle République du Centre-Ouest, du Quotidien de Paris ou du Figaro – et de produc- teur d’émissions pour l’ORTF. Il a notamment produit « Le Fond et la Forme », « Ouvrez les guille- mets », présentée par Bernard Pi- vot pour la télévision, et « La Salle de rédaction » et « Les Idées et l’histoire » pour la radio. Grâce à ces émissions, il a pu croiser et interviewer Paul Valéry, André Gide ou encore Jean Cocteau. André Bourin est aussi connu pour être l’époux de Jeanne Mon- dot (1922-2003), rendue célè- bre sous son nom de plume, Jeanne Bourin. Pour lui, grand admirateur de Balzac, elle fut le « Lys de sa vallée ». Ils s’étaient mariés en 1942 et eurent trois en- fants, dont l’éditeur François Bourin, fondateur de la maison du même nom. Romancière populaire, auteure d’une vingtaine d’ouvrages, elle avait su capter le regain d’intérêt du grand public pour l’histoire médiévale. Paru en 1979, à La Ta- ble ronde, son roman La Cham- bre des dames, grand prix des lec- trices de Elle, a connu un triom- phe et s’est vendu à plus de 1 mil- lion d’exemplaires l’année de sa sortie. Une adaptation en dix épisodes pour la télévision, en 1983, a prolongé le succès du livre. André Bourin avait aussi su vivre à l’ombre du succès des gens qu’il aimait. p

alain beuve-méry

disparitions & carnet | 13

  Le Carnet Le Carnet du Monde sera fermé le dimanche 1 e r mai
 

Le Carnet

Le Carnet du Monde sera fermé le dimanche 1 er mai 2016 mais ouvrira exceptionnellement le samedi 30 avril, de 9 heures à 12 h 30, pour prendre les réservations pour notre édtion du Monde datée du mardi 3 mai 2016.

Pour toute information :

01 57 28 28 28

01

57 28 28 28

01

57 28 21 36

carnet@mpublicite.fr

AU CARNET DU «MONDE»

Naissances

M. Florian MOKHTAR et M me Ana GONZALEZ,

ont la joie d’annoncer la naissance de leur ille,

Inès,

le 21 avril 2016, à Paris.

M. Lucien MANDEVILLE et M me née Jane PÉRIER, M. Frédéric ANGOT et M me née Marie Christine SAUTEREAU

avec

Edouard, Raphael, Bertrand, Henri et Victoire,

ont la joie de faire part de la naissance de

Paul Lucien Frédéric

Charles Marie,

chez

Bernard et Marie MANDEVILLE,

le 15 avril 2016, à Paris.

Décès

M me Mireille Benayoun,

Ses enfants,

Sa famille,

ont l’immense tristesse de faire part de la disparition de

M. Sylvère BENAYOUN,

le 24 avril 2016.

Il reposera en paix, près de ses parents,

dans le nouveau cimetière de Franconville (Val-d’Oise).

Dorothée et Gilles Gaujal, Raphaelle et Jean-Marie de Malleray, Grégoire et Sylvie Le Bret, Benoît et Florence Le Bret, ses enfants,

Antoine et Justyna, Clément, Augustin et Laetitia et Jean Gaujal, Anne, Gabriel et Hélène, Mathilde et Jeanne de Malleray, Philippine, Thaddée, Quitterie et Adèle Le Bret, Gauthier, Aurore et Louise Le Bret, ses petits-enfants,

Tadeusz, Kalina, Inès et Adrien, ses arrière-petits-enfants,

font part du rappel à Dieu de

Didier LE BRET,

entré dans la paix du Seigneur, le 25 avril 2016, dans sa quatre-vingt-onzième année.

La messe sera célébrée en la chapelle de la Providence, le vendredi 29 avril, à 10 h 30, 77, rue des Martyrs, Paris 18 e .

Ses enfants,

Son ami,

ont la tristesse de faire part du décès de

Michèle CLAMAGIRAND,

survenu le 25 avril 2016, à Paris.

Les familles Cherrier, Cadol, Coronel,

ont la tristesse de faire part du décès de

M. Jean Alexandre CADOL,

ancien élève de l’École des hautes études commerciales - 1954

survenu à Chambray-lès-Tours, le 17 avril 2016,

à l’âge de quatre-vingt-six ans.

La cérémonie religieuse a eu lieu le vendredi 22 avril, en l’église Saint- Pierre et Saint-Paul de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire).

M me June Cotet,

Mary-Elysabeth, Caroline et Peter, ses enfants, William et Jefferson, ses petits-enfants,

ont la profonde tristesse de faire part du décès de

M. Jean COTET,

(HEC 1944),

survenu le 15 avril 2016,

à Rueil-Malmaison,

dans sa quatre-vingt-seizième année.

M. Dominique Gehl-Decooninck,

son mari et toute sa famille,

Pascal et Philippe Persico, ses frères et leurs familles,

ont la tristesse d’annoncer le décès de

M me Dominique GEHL-DECOONINCK,

née PERSICO,

survenu le 25 avril 2016.

Un dernier hommage sera rendu

à Dominique Persico-Gehl, le vendredi

29 avril, à 12 h 45, au crématorium

du cimetière du Père- Lachaise, Paris 20 e ,

en la salle Maumejean (métro Gambetta).

M me Nicole Jupin,

son épouse,

M lle Isabelle Jupin,

sa ille,

M me et M. Jean-Pierre Dessay,

sa sœur, son beau-frère

et leurs enfants,

M. Patrick Jupin,

son frère

et ses enfants,

M et M me Joël David,

son beau-frère et sa belle-sœur,

ont la grande tristesse de faire part du décès de

M. Henri JUPIN,

ancien élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé de l’Université, professeur à l’université de Perpignan ER,

survenu le 24 avril 2016, à Perpignan,

à l’âge de soixante-treize ans.

Les obsèques auront lieu le vendredi

29 avril, à 11 h 30, au crématorium de

Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales).

Roland et Bertrand Khawam, ses ils, Martine et Brigitte Khawam, ses brus

Et Charles Heuilliet,

Pierre et Marie-Christine Habib Deloncle, Louis et Florence Habib Deloncle, Marie Hautefort et Claire Gramma, ses cousins et cousines,

Les familles Thito, Guillemain, Roger, Billet

Et toute la famille,

font part du décès de

Roger Jean KHAWAM,

membre de l’Egypt Exploration Society et de la Société française d’Egyptologie,

survenu le 22 avril 2016, à Andrésy,

à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans.

La cérémonie d’A-Dieu aura lieu le mardi 3 mai, à 11 heures, en l’église Saint Roch, 296, rue Saint-Honoré, Paris 1 er .

Il va retrouver son épouse bien-aimée,

notre mère,

Élise KHAWAM,

décédée en 2012.

R. Khawam et Cie,

320, rue Saint-Honoré, 75001 Paris.

Les membres du Cabinet Solal, Lloret & Associés, avocats au Barreau de Paris,

ont la tristesse de faire part du décès de leur ami et associé,

Gérard LLORET,

survenu le 22 avril 2016, à Paris.

M me Odile Madar

et

son époux, Michel Cohen

et

leurs enfants, David, Julien et Hanna,

M. Jean Madar

et

son épouse, Catherine

et

leurs enfants, Elisa, Camille, Julia, Alice

et

Victor,

M. Alain Madar

et

son épouse, Celia

et

leurs enfants Karen, Eliel et Ethan,

Sa famille et ses alliés,

ont la douleur de faire part du décès de

M. Israël Raoul MADAR,

survenu le 27 avril 2016,

à l’âge de quatre-vingt-onze ans.

Les obsèques auront lieu ce jeudi 28 avril, à 15 heures, au cimetière parisien de Bagneux, 45, avenue Marx Dormoy, Bagneux (Hauts-de-Seine).

250 bis, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris.

L’ensemble du personnel de l’UMR CNRS 8126

« Signalisation, noyaux et innovations en cancérologie »

a l’immense regret de faire part du décès de

Vasily OGRYZKO,

survenu le 25 mars 2016.

Scientiique internationalement reconnu,

Vasia était un chef d’équipe, un collègue et un ami très apprécié, aussi bien en

France qu’à l’étranger.

Il nous manquera beaucoup.

Nous nous associons à la peine de

sa famille.

François Quinette,

son mari, Nicolas, Isabelle, Jeanne et Elsa, ses enfants

et leurs conjoints,

Léna, Joseph, Léonard, Thadée et Ezra,

ses petits-enfants

Jacques, Ketty, Alain et Nadine, ses frères et sœur

et sa cousine, Toute sa famille,

ont la douleur d’annoncer le départ de

Annie QUINETTE,

née RAPPOPORT,

le 22 avril 2016,

à l’âge de soixante-dix-neuf ans.

Une cérémonie aura lieu lundi 2 mai,

à 15 heures, au crématorium de Nîmes.

Le docteur Claude Gernez, son président, Les membres du bureau,

Les membres du conseil d’administration, Ses collègues de l’association française des psychiatres d’exercice privé Et du Syndicat national des psychiatres privés,

ont l’immense tristesse de faire part

du décès de

Anne ROSENBERG,

leur collègue et amie, survenu accidentellement le 17 avril 2016.

Nous présentons toutes nos condoléances à sa famille.

info@afpep-snpp.org

M me Jacqueline Sublet Philoche, son épouse,

Martine et Luc Hamonic, Claude Philoche, ses enfants,

Maxime et Romain Hamonic, Aïda et Rudyard Philoche, ses petits-enfants,

ont la douleur de faire part du décès de

Jean-Louis PHILOCHE,

X 59, Ensae 1962,

survenu le 22 avril 2016,

à l’âge de soixante-dix-sept ans.

La cérémonie religieuse aura lieu

le samedi 30 avril, en l’église de Villy- Le-Bouveret (Haute-Savoie), suivie

de la crémation.

Famille Philoche, 34, rue Hallé,

75014 Paris.

30, rue Lacépède,

75005 Paris.

Le provincial de France de la Compagnie de Jésus,

La Communauté Saint-François-Xavier, Sa famille,

annoncent l’entrée dans la Paix du Père du

père Michel SALES, s.j.

décédé à Paris, le 27 avril 2016, dans sa soixante-dix-septième année et sa cinquante-troisième année de vie religieuse.

Les obsèques seront célébrées en l’église Saint-Ignace, 33, rue de Sèvres,

Paris 6 e , le lundi 2 mai, à 10 heures.

Communauté Saint-François-Xavier, 41, rue de Grenelle,

75007 Paris.

Flavio-Shiro, Josué Tanaka et Noémi Kopp-Tanaka et leurs familles,

ont la tristesse de faire part du décès de leur bien aimée,

Béatrice TANAKA,

auteur, illustratrice, costumière- scénographe, citoyenne du monde, épouse, mère, grand-mère, arrière-grand-mère et amie,

survenu le 21 avril 2016.

Béatrice nous accompagnera dans nos vies et son engagement pour un monde meilleur, pour le respect, la tolérance et la beauté des cultures du monde et de

l’art, continuera de nous inspirer.

Jean Tison, ingénieur général de l’Armement, son époux, Gérard Tison, Marie-Christine et Jean-Pierre Caffet, Nicole et Christian

Oquet, Brigitte et Claude Jaupart,

Elisabeth Tison, ses enfants, Frédéric, Xavier, Emilie, Stéphanie,

Jean-Christophe, Laurence, Julien, Pascal, Etienne, ses petits-enfants, Ses arrière-petits enfants, Les familles Favier, Sarrat, Tison,

ont la tristesse d’annoncer le décès de

Françoise TISON,

née SARRAT,

survenu le 24 avril 2016,

à l’âge de quatre-vingt-neuf ans.

La cérémonie religieuse aura lieu le vendredi 29 avril, à 10 h 30, en l’église Saint-Jean de Cachan (Val-de-Marne), suivie de l’inhumation dans l’intimité.

Cet avis tient lieu de faire-part.

5, rue de Lorraine,

94230

Cachan.

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14 | enqu ête

0123

VENDREDI 29 AVRIL 2016

arthur frayer-laleix

L a porte de la cellule du bâti- ment C, celui des détenus tout juste arrivés, s’est ouverte sur la silhouette du préposé à l’entre- tien de la prison : « Qui c’est Frédé- ric, ici ? » Frédéric (les prénoms

ont été modifiés), 35 ans, la barbe naissante aux joues, le visage chiffonné par sa garde à vue et le manque de sommeil, a levé les yeux.

Il est arrivé à la maison d’arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis, depuis moins d’une heure. Nous sommes en 2008, il vient d’être condamné à quatre mois de détention pour trafic de stupéfiants.

– C’est moi. Pourquoi?A ses côtés, ses deux

codétenus observent la scène.

– C’est mon frère, Karim, qui m’envoieKa-

rim de La Courneuve. Il m’a appelé pour me dire que tu venais d’arriver. T’as besoin de quel- que chose ? Du linge, des cigarettes ? – Des clopes et un joint », a répondu Frédéric, sans vraiment s’étonner qu’on le connaisse déjà ici. La porte s’est refermée. Quelques heures plus tard, un petit morceau de résine de can- nabis parvenait à Frédéric qui pouvait le fu- mer tranquillement à la fenêtre de sa cellule. Quand on le rencontre par un tiède après- midi d’octobre 2015, Frédéric souffle sur son thé vert à la menthe en nous racontant la scène. Nous sommes sur le trottoir d’un bar de Bondy nord, où les habitants de la cité voi- sine viennent faire leur Loto Foot dans des odeurs de café et de bière. Frédéric a 41 ans, quelques poils blancs, une veste de sport noire et des « emmerdes » avec Pôle emploi à cause d’une histoire de « trop-perçu » quand il était encore en détention. « Même dehors, la taule continue de te rattraper. » Frédéric dit que, de toute façon, lors de son incarcération de 2008, s’il n’y avait pas eu le frère de Karim, il aurait trouvé d’autres con- nexions à l’intérieur de la prison. Son petit cousin y était passé peu de temps aupara- vant ; l’une de ses connaissances de Bondy – « un toxico qui fait des cambriolages » – était incarcéré là depuis quelque temps. Et en dis- cutant avec l’un de ses codétenus du quar- tier des arrivants, « un gars de Goussain- ville », Frédéric se rend compte que le type joue au foot le dimanche avec un ancien ca- marade de lycée. La maison d’arrêt de Villepinte concentre dans des proportions hors norme des prison- niers des quartiers les plus durs et les plus pauvres du 9-3. L’établissement a été cons- truit en 1991, au bout de la Seine-Saint-Denis, quand on pensait encore qu’ériger des pri- sons suffirait à réduire la surpopulation car- cérale. Tout autour, ce sont des pavillons pro- prets avec murs blancs et haies de thuyas, des centres commerciaux, des parkings… Plus loin, les premiers champs, le département de la Seine-et-Marne, les forêts de l’Oise. Au mi- lieu de tout cela, la maison d’arrêt ressemble à une grosse meringue de murs, de barbelés et de miradors, avec à son pied la quatre-voies de l’autoroute A104.

LES POMPES DEVANT « PLUS BELLE LA VIE »

D’après le fichier national des détenus au 1 er avril 2012, consulté par la géographe Lucie Bony, 31 ans, pour sa thèse « De la prison, peut-on voir la ville ? », les communes de Se- vran, Saint-Denis, Stains, Aulnay-sous-Bois, Bondy, Aubervilliers, Bobigny, Saint-Ouen sont très largement surreprésentées dans la détention, quand celles plus prospères de Li- vry-Gargan, du Raincy ou de Gagny ne comp- tent aucune personne incarcérée. « Ville- pinte » est devenue, dans les cités de Seine- Saint-Denis, un lieu de passage aussi banal que les clubs de foot, les bancs de l’école, les salles de boxe et les centres socio-culturels. Ceux qui n’y sont pas passés y ont presque à coup sûr un ami, un frère, un cousin. Sur le trottoir de Bondy, Frédéric commente les allées et venues des habitués du café comme Stéphane Bern le ferait d’une soirée mondaine à Monaco. A quelques mètres, un jeune homme, falot et légèrement ivre, boit du vin rouge dans un gobelet en plastique, une bouteille à ses pieds. « Lui, il a fait de la

une bouteille à ses pieds. « Lui, il a fait de la Les potes du pénitencier

Les potes du pénitencier

En Seine-Saint-Denis, la prison de Villepinte est devenue un lieu de passage aussi banal que le club de foot ou les bancs de l’école. La vie des cités s’y reproduit, avec ses codes, sa violence, son ennui

prison pour des vols. » Un autre passe à l’ar- rière d’un scooter : « Lui, il est tombé pour bra- quage. » Un troisième aux cheveux longs sous une casquette gare sa voiture. « Prison aussi… » Frédéric hésite. « Ah zut, j’ai oublié pour quoi il est tombé, celui-là. » Dans la maison d’arrêt de Villepinte, la vie des cités se reproduit, banale, avec ses codes, son vocabulaire, son shit, sa violence et son ennui. Pour le meilleur et le pire. On s’y en- traide beaucoup. « Surtout pour s’échanger des cigarettes, du café, des poêles de cuisine et des feuilles à rouler », raconte Manu, 29 ans, des yeux comme un ciel d’été et une con- damnation à huit ans pour braquage, dont une partie purgée au bâtiment B1 de la mai- son d’arrêt. Il a retrouvé par hasard Sa- mir, un copain de CM2, dans la cellule mi- toyenne à la sienne. On rejoint Manu un matin de septembre 2015 à la Maison de la jeunesse des quartiers nord de Bondy, au-dessus d’un café noir et d’un paquet de chouquettes. Il est arrivé un

MANU, 29 ANS, A PRIS 8 ANS POUR BRAQUAGE. IL A RETROUVÉ PAR HASARD SAMIR, UN COPAIN DE CM2, DANS LA CELLULE MITOYENNE À LA SIENNE

peu en retard, une grosse veste en cuir molle- tonnée sur le dos, arborant l’une des dernières coupes de cheveux à la mode, avec des arabes- ques. « La solidarité joue surtout le jeudi, quand plus personne n’a de tabacLes canti- nes de tabacne sont distribuées que le ven- dredi », précise-t-il. Les rares personnes aux- quelles il reste des cigarettes en avancent aux copains de la coursive qui les rembourseront un jour. Manu a partagé durant des semaines la nourriture qu’il s’achetait avec un codétenu sans le sou que l’administration pénitentiaire avait placé dans sa cellule. « J’allais pas manger mes pâtes devant lui qui n’avait rien à becque- ter ! C’est le respect ! » Manu hésite à reprendre une chouquette. Sa liberté conditionnelle court jusqu’en décembre. Il paye un « petit 20 euros » chaque mois à ses victimes, qu’il prélève sur son RSA. Après promis, juré, cra- ché, on ne le verra plus jamais en prison. A Villepinte, comme dans beaucoup d’autres établissements, on aime les pecto- raux galbés et les biceps bien gonflés. Des

séances informelles de musculation se tien- nent sur le bitume de la promenade, en rang d’oignons le long du grillage. Les prisonniers posent une serviette de toilette pliée en rec- tangle sur le sol pour ne pas s’esquinter les mains sur le goudron. Les séances sont or- chestrées par des M. Muscles comme Michel, 38 ans, 34 lors de son passage à Villepinte en 2011 pour une affaire d’escroquerie dans laquelle il a été relaxé. Michel, originaire de Créteil, est un grand black avec de la barbe qui lui frise sur le bout du menton, un petit sou- rire en coin et la voix calme de celui qui con- naît trop la prison pour s’étonner. Il a fréquenté Fresnes, Fleury-Mérogis et un établissement du nord de la France. Vaille que vaille, qu’il pleuve ou vente, Michel fait 1000 pompes par jour. A Villepinte comme en liberté. Dans la prison du 9-3, il exécutait « 30 séries de 35 pompes » qu’il répartissait « entre la promenade du matin et celle de l’après-midi ». Et s’il n’avait pas tout fini au moment de réintégrer, il terminait dans sa cellule devant « Plus belle la vie », « Les Ex- perts » ou « Secret Story ». Il n’a pas eu à cher- cher bien loin des camarades d’entraîne- ment. Arrivé en 2011 en pleine nuit à Ville- pinte – « il devait être 3 heures du matin » –, il repère sur les portes des cellules du quartier des arrivants des noms familiers: «trois gars; un de Trappes, un de Chanteloup-les-Vignes et un de La Courneuve avec qui j’étais déjà à Fresnes ». Dès le lendemain, ils commencent à s’entraîner ensemble. Aux « petits », ceux d’à peine 20 ans, il expli- que comment fixer une sangle autour des packs d’eau de Cristaline pour en faire des haltères de 9 kilos. « Quand ça devient trop fa- cile, tu rajoutes des bouteilles que tu envelop- pes dans les draps de ton lit. » En quelques se- maines, les muscles vous poussent de par- tout et votre corps « se trace ». Il faut manger des protéines ; le lait en poudre distribué par la prison fait très bien l’affaire. L’argot de la banlieue transpire dans toute la prison… au point d’en changer même la dé- nomination. Ici, on ne dit pas « la prison », mais « le hèbs », le mot arabe. On ne parle pas

0123

VENDREDI 29 AVRIL 2016

0123 VENDREDI 29 AVRIL 2016 des «surveillants» , mais des «hessess» . A Vil- lepinte, ces

des «surveillants», mais des «hessess». A Vil- lepinte, ces derniers ont droit à leur surnom:

il y a « FBI », un gardien du B1 aux fouilles trop zélées ; « Kenza », en référence à la partici- pante de l’émission de télé-réalité « Loft Story » ; « Messi » et « Lloris », qui ressemblent à des footballeurs ; « Patatos », qui accuse quelques kilos en trop ; « Renard », connu pour voler le shit des détenus, « l’Espagnol »… Le football rythme le quotidien. Pendant la journée, les prisonniers disputent des mat- ches acharnés sur le terrain de latérite bordé par les hauts murs sud et ouest de la prison, on tacle dur, on démolit quelques tibias, on sue beaucoup. Les détenus commentent les matches de championnat de la veille et font tourner de cellule en cellule les quelques exemplaires de L’Equipe disponibles dans l’établissement. Les soirs de « clasico » à la té- lévision – Marseille-PSG ou Real Madrid-FC Barcelone –, la prison devient une vaste foire d’empoigne, bordélique et ingérable : les pri- sonniers donnent des coups de pied dans les portes, hurlent à tue-tête, enflamment du pa- pier toilette qu’ils jettent par les fenêtres. Chacun soutient son équipe favorite. Sou- vent, ils parient des cigarettes, des cannettes ou du shit sur le résultat du match. Quand, en 2008, le petit frère de Frédéric, jeune espoir en centre de formation, lui en- voie le maillot du RC Lens dédicacé par Oli- vier Monterrubio en personne, le milieu of- fensif gauche du club, le détenu s’attire la sympathie des surveillants. La plupart des matons de Villepinte sont originaires de Bé- thune, Douai, Lens ou Arras… Des natifs du bassin minier pour qui le Racing Club de Lens est une religion autant que le PSG est un credo pour les taulards des banlieues pa- risiennes. « Les surveillants venaient dans ma cellule pour que je leur montre mon maillot. Quand j’ai été libéré, je l’ai laissé à un petit nerveux de la cité, je me suis dit que ça pourrait faciliter les choses avec les ma- tons », rigole Frédéric. Dans les bâtiments B1 et A1 sont incarcérés les jeunes majeurs. «Les plus oufs, juge Frédé- ric. Ils passent leur temps à hurler, à taper aux

portes, à regarder la télé à fond jusqu’à 3 heu- res du matinImpossible de rester tran- quille. » Manu y a été incarcéré quelques mois : « On était des chiens de chasse. En face, les matons, c’était des chiens de garde. »

« LA VRAIE ÉCOLE DU CRIME »

Aux A1 et B1, il faut prendre garde à ne pas se faire « hagra » ; un autre terme arabe qui si- gnifie « se faire mettre à l’amende ». « Dans ces bâtiments, si tu es trop faible, si tu n’as pas de soutien, tu deviens le chiffon des autres. Ils font de toi ce qu’ils veulent, ils prennent tes chaussures, ils volent ton tabac, ils t’humi- lient», raconte Michel. Son codétenu, origi- naire du centre de la France et sans relais dans le coin, a longtemps refusé de descen- dre en promenade parce qu’il n’appartenait pas à cet univers. «Les autres ont fini par pen- ser que c’était un pointeur [violeur], alors que ce n’était pas du tout le cas », explique-t-il. La violence est diffuse aussi dehors. En no- vembre 2014, une conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) qui sortait à pied de l’établissement a été rouée de coups par deux hommes qui lui ont dit « de faire passer le message » à l’intérieur. Aux jeunes gardiens affectés ici, on déconseille de se trouver un logement dans certaines commu- nes comme Aulnay-sous-Bois, Sevran, Cli- chy-sous-Bois… Idem de certains supermar- chés et de certaines gares RER, où il ne fait pas bon traîner. Dans les cités nord de Bondy, la règle infor- melle, édictée par les « grands frères » il y a une vingtaine d’années, impose que l’on n’y deale que du cannabis. Jamais d’héroïne, de cocaïne ou de crack. Jamais. Trop de person- nes des quartiers de la ville sont mortes d’overdose dans les années 1980. La fréquentation répétée de « Villepinte » a pourtant fait voler en éclats l’interdit. Sur le trottoir de Bondy, Frédéric a fini sa tasse de thé et ne commente plus du tout les allées et venues. Son visage s’est fermé, ses mains chiffonnent sa grille de Loto Foot : « Ville- pinte, c’est la vraie école du crimeJe l’ai vu de mes yeux. Un jour, à force de marcher en pro-

« SI TU ES TROP FAIBLE, SI TU N’AS PAS DE SOUTIEN, TU DEVIENS LE CHIFFON DES AUTRES. ILS FONT DE TOI CE QU’ILS VEULENT »

MICHEL, 38 ANS

ancien détenu

menade avec des gars de Bobigny qui fai- saient de la coke, un jeune d’ici a décidé de tra- vailler avec eux. Il y voyait le moyen de se faire plus de thune. Pour la jeune génération qui n’a pas connu les morts des drogues dures, l’inter- dit ne fonctionne plus », se désole-t-il. « Le dealer qui a l’habitude d’acheter 3 000 euros son kilo de shit à un type de son quartier, il rencontre à l’intérieur des gens qui lui feront moins cher ailleurs. La taule ouvre des pers- pectives. Vous y trouvez des fournisseurs, des clients», raconte Michel. La promenade est aussi l’occasion de s’échanger des noms d’avocats, de se mettre en garde contre tel ou tel magistrat, tel ou tel tribunal. Pour les affaires de stupéfiants, mieux vaut se faire juger à Bobigny qu’à Ver- sailles. Les voyous s’échangent également leurs dernières trouvailles pour déjouer la vi- gilance de la police, comme dans ce quartier où les dealers ont posté des guetteurs… de- vant le commissariat de la ville. Dans le petit local syndical tapissé d’affi- ches militantes qui jouxte la prison de Ville- pinte, Erwan Saoudi, surveillant et représen- tant syndical Force ouvrière, se montre rési- gné : « Clairement, la cité se reproduit à l’inté- rieur et, avec la surpopulation carcérale, on fait de l’abattage. C’est impossible de faire un vrai travail de réinsertion. » La maison d’arrêt compte 1 000 détenus pour 588 places et deux gardiens surveillent à eux seuls 160 pri- sonniers. Villepinte, réputé être l’un des éta- blissements les plus durs d’Ile-de-France, est fui par les surveillants. Ceux qui y sont en poste ont un simple pied-à-terre, souvent un studio loué à plusieurs. Les jours de repos, ils filent, par l’autoroute A1 toute proche, retrou- ver femme et enfants restés dans le Nord-Pas- de-Calais. «Comment assurer une surveillance efficace des détenus alors que ces derniers con- naissent parfois mieux la détention que les gardiens, qui n’y restent que deux ou trois ans?, interroge Erwan Saoudi. Les policiers qui travaillent dans les quartiers difficiles d’Ile-de- France ont des avantages. Pourquoi ne pas faire pareil avec les surveillants pour les fidéli- ser dans leurs établissements? Ils pourraient avoir des aides pour acheter leur maison ou faire garder leurs enfants dans la région. » Villepinte a hérité du plus mauvais surnom qu’on puisse imaginer pour une prison : « la passoire ». Non parce qu’on s’en évade, mais parce que tout y rentre. L’établissement, construit en contrebas de l’échangeur auto- routier de l’A104, est idéalement placé pour qui veut y jeter des « colis ». « C’est une plaie », reconnaît Erwan Saoudi. Le plus souvent, ce sont des cannettes de Coca dans lesquelles ont été glissés du tabac, des téléphones, du shit et de l’argent liquide, que l’on referme avec du gros scotch jaune vendu dans les bu- reaux de poste. Au moment de la fête de l’Aïd, on expédie même des morceaux de viande glissés dans des bouteilles en plastique. A chacun son mode opératoire. Pour quelques dizaines d’euros, un ancien joueur de football américain, dont le contact tourne dans les ci- tés, « vous jette tout ce que vous voulez directe- ment dans la cour de promenade », raconte Michel. Mais, le plus souvent, ce sont les « pe- tits » du quartier, ceux de 16, 17 ans, qui jouent les « jeteurs ». Ils sont mineurs, s’ils se font attraper leurs condamnations seront plus légères. Le code pénal punit d’un an de prison et 15 000 euros d’amende toute « re- mise d’objet à un détenu ».

« JETEURS » ET « SAUTEURS »

Les « petits » ne sont pas joueurs de football américain. Leurs projections atterrissent souvent au petit bonheur la chance : sur le terrain de sport, dans le chemin de ronde ou entre deux grillages. La tuile. Côté prison- niers, c’est là que les « sauteurs » entrent en jeu. « Ce sont les gars chargés de sauter” les grillages pour récupérer les colis», dit Frédéric sur le ton de l’évidence. Un dimanche après- midi de l’été 2008, lui et les gars de son étage descendent en promenade. Il fait chaud, l’ambiance est électrique, les « bandits », comme les appellent les surveillants, ne ces- sent de jeter des regards inquiets au gardien chargé de la promenade. Tout le monde sait que quelqu’un d’une cité voisine doit venir « jeter » d’ici quelques minutes. On est en

enquête | 15

contact avec lui par téléphone. Un détenu a été désigné pour faire le « sauteur ». « Il se vantait d’être un bon”, alors on l’a pris au mot», ricane Frédéric. Le « sauteur » risque gros : du mitard et une aggravation de sa peine de prison. Pour ne pas être identifié par le mirador, son visage et ses vêtements ne doivent pas être recon- naissables. D’autres détenus ont descendu discrètement un ensemble de survêtement gris composé d’un pantalon et d’un sweat à capuche. En catimini, alors que les 80 pri- sonniers tournent dans la promenade, le « sauteur » enfile la tenue de sport. Le voilà tout gris. Il glisse sur sa tête un collant percé de deux trous grossiers, enroule ses mains dans des tissus arrachés aux draps de sa cel- lule. Tout le monde guette le « hessess » en faction qui n’a encore rien remarqué. A l’ex- térieur, les « lanceurs » viennent de jeter leur colis. Dans la promenade, le « sauteur » grimpe au grillage. Le maton le voit et donne l’alerte à ses collègues dans son talkie-walkie. La silhouette grise court vite vers le grillage du terrain de sport où est tombé le « colis ». Elle a peu de temps. Frédéric rigole en mi- mant la scène : « Le gars voit mal à cause des trous qui sont mal ajustés à ses yeux. Il se trompe de direction. On lui crie “A droite !”, il va trop à droite. On lui crie “A gauche !”, il va trop à gauche. Dans la cour, on se marrait tous en le regardant se tromper de sens. » Fi- nalement, le « sauteur » parvient à regagner la promenade avant l’arrivée des sur- veillants. Dans l’agitation de la cour, il s’est débarrassé de son jogging et de sa cagoule, qui gisent sur le sol. Pour l’administration, impossible de savoir qui a fait le coup. Le can- nabis, les cigarettes et l’argent liquide proje- tés par-dessus le mur seront répartis quel- ques heures plus tard entre les cellules.

DANS LE BOX DES PARLOIRS

En cet après-midi d’octobre 2015, Olivia Fal- cot s’assoit dans le local glacial de l’associa- tion Habitats solidaires pour laquelle elle tra- vaille dans le quartier du Chêne pointu, à Cli- chy-sous-Bois. Nous sommes au rez-de- chaussée d’une de ces barres d’immeubles délabrées pleines de courants d’air, de gri- saille et d’ascenseurs en panne. La jeune as- sistante sociale n’a pas quitté sa veste K-way et, quand elle parle, de petits nuages de froid sortent de sa bouche. Le matin même, elle s’est rendue à Ville- pinte pour rendre visite à un garçon du quar- tier condamné, il y a un an, à une lourde peine de prison. « Il a pris dix ans », dit-elle de sa voix douce. La jeune femme accompagnait le jeune homme de 27 ans dans ses démar- ches administratives avant son incarcération en décembre 2014. « J’essaie de continuer comme je peux le travail que j’avais commencé avec lui, même si je sais que c’est maigre. » Ce matin-là, donc, comme toutes les six semai- nes, Olivia Falcot a garé sa Twingo grise sur le parking de la maison d’arrêt de Seine-Saint- Denis, attendu quinze minutes à la porte d’entrée et quarante dans le box des parloirs réservés d’ordinaire aux avocats. Par habi- tude, elle s’est installée dans l’un des quatre box du fond, les seuls dotés d’une fenêtre, d’où l’on peut voir un bout de gazon et un peu de ciel bleu. Les portes sont peintes en rouge bordeaux, les néons protégés par des grilla- ges et, au sol, le linoléum ressemble à « celui des cantines scolaires ». Mounir est arrivé, vêtu d’un pantalon de survêtement Nike noir et d’une paire de bas- kets neuves. « Il en a une nouvelle à chaque fois que je le vois. » Durant une heure vingt, ils ont « fait des papiers », comme ils le faisaient dehors avant la condamnation : un dossier pour redemander un titre de séjour (Mounir est marocain), un autre pour la CAF, un troi- sième pour une demande d’aide juridiction- nelle dans un procès aux prud’hommes… L’assistante sociale a expliqué à Mounir ce qu’il ne comprenait pas, elle a revu le calen- drier de chaque procédure. Quand ils ont eu terminé, Mounir a toqué au carreau de la porte. Le surveillant l’a raccompagné vers son étage. Olivia Falcot, elle, est ressortie. Elle a re- pris sa Twingo en direction de Clichy-sous- Bois pour ses rendez-vous de l’après-midi. Dans six semaines, elle sera de retour. p

16 | CULTURE

A R T

C O N T E M P O R A I N

0123

VENDREDI 29 AVRIL 2016

François Pinault investit la Bourse

L’homme d’affaires et la maire de Paris ont annoncé, mercredi 27avril, l’ouverture d’un musée pour fin 2018

E variste-Vital Luminais, immortel auteur des Enervés de Jumièges, ta- bleau qui représente

La Croix, qui évoquait déjà en 2015 des contacts entre les deux parties, à la suite de l’appel à projet lancé en 2014 par la Ville pour animer

deux hommes allongés sur un ra- deau flottant sur la Seine, entre – provisoirement, mais pour cin- quante ans renouvelables – dans

23 sites de la capitale. L’article, qui mentionnait trois autres lieux, s’était attiré un démenti de Jean- Jacques Aillagon, ancien ministre

la collection de François Pinault :

de la culture devenu conseiller de

François

la maire de Paris, Anne Hidalgo, et

François Pinault, qui confirmait

Pinault,

l’homme d’affaires ont en effet

toutefois l’intérêt manifesté par

mardi

annoncé, mercredi 27 avril, l’im-

son patron d’une implantation à

26 avril,

plantation de la Fondation Pinault

Paris d’une antenne de ses fonda-

à Paris.

à la Bourse de commerce, un bâti- ment circulaire construit au

tions vénitiennes, le Palazzo Grassi avec son « Teatrino », et la

YANN RABANIER POUR « LE MONDE »

XVIII

e siècle rue Viarmes, dans le

Pointe de la Douane.

1 er arrondissement, où notre peintre a aussi œuvré. A l’origine halle aux blés, il fut transformé au XIX e siècle, après

Donc, après la Douane, le Com- merce : le bâtiment est idéalement situé, à l’ouest des Halles, dont le chantier s’achève, et non loin de la

un incendie, et attribué à la Cham- bre de commerce. Trois sculptures allégoriques au fronton, œuvres d’Aristide Croisy, représentent la

poste centrale du Louvre, égale- ment en cours de réhabilitation, proche également du Musée du Louvre, et pas très éloigné du

Ville

de Paris entourée de l’Abon-

Centre Pompidou. Pour François

dance et du Commerce. Anne Hil-

Pinault, c’est essentiel, ainsi qu’il

dago

ne s’y est pas trompée, qui es-

l’écrivait en justifiant son abandon

père

que « ce nouveau musée, qui

du projet de l’île Seguin : « Un voisi-

devrait ouvrir fin 2018, contribuera à la revitalisation du quartier des Halles et à l’attractivité internatio- nale de Paris ». On peut aussi y voir des fresques évoquant les échan-

nage de qualité et des accès perfor- mants sont des préalables indis- pensables à l’attrait de tout lieu culturel. J’avais d’ailleurs fait de l’en- vironnement urbain du musée

ges

entre les cinq continents :

l’une des conditions sine qua non

on doit à Evariste-Vital Luminais,

au lancement de mon projet. »

donc, la représentation de l’Améri-

Jean-Jacques Aillagon confirme:

de l’Améri- Jean-Jacques Aillagon confirme: que, à Georges Clairin celle de « On a envisagé des

que,

à Georges Clairin celle de

« On a envisagé des lieux en pro-

l’Asie

et de l’Afrique, et à Hippolyte

vince. En Bretagne, notamment,

Lucas celle de l’Europe. Ces décors

mais il a bien conscience que la

sont

classés monuments histori-

France est un pays très centralisé, et

ques,

ainsi que la coupole.

que c’est à Paris que se concentre

A l’ouest des Halles

une bonne partie du public. Nous avons visité plusieurs sites, mais il

L’information avait fuité il y a quelques semaines dans le quo- tidien Les Echos, sans être alors confirmée, ni par la Ville ni par l’entourage de François Pinault. Elle arrivait après de nombreuses rumeurs et un article du quotidien

avait le sentiment qu’il fallait être comme à Venise : il y est au cœur de la ville, au milieu du Grand Ca- nal. En l’occurrence, la Bourse de commerce, c’est l’hypercentre : on est dans le 1 er arrondissement. En dessous, il y a le principal carrefour

arrondissement. En dessous, il y a le principal carrefour de voies de communication de la région
arrondissement. En dessous, il y a le principal carrefour de voies de communication de la région
arrondissement. En dessous, il y a le principal carrefour de voies de communication de la région
arrondissement. En dessous, il y a le principal carrefour de voies de communication de la région
arrondissement. En dessous, il y a le principal carrefour de voies de communication de la région
arrondissement. En dessous, il y a le principal carrefour de voies de communication de la région

de voies de communication de la région parisienne.» L’endroit est vaste, environ 13 000 m 2 , dont 4000 m 2 de sur- face d’exposition prévus, à compa- rer aux 2500 m 2 du Palazzo Grassi et aux 3 000 m 2 de la Pointe de la Douane. Ce sera donc la plus grande des Fondations Pinault, mais les coûts d’entretien en sont élevés et le bâtiment nécessite d’importants travaux pour une mise aux normes d’accueil du public. Le montant en est estimé à 100 millions d’euros, qui seront à la charge de François Pinault. C’est sans doute ce qui a incité la Chambre de commerce et d’indus- trie de Paris, propriétaire des lieux depuis 1949, à rétrocéder l’immeu- ble à la Ville, qui, à son tour, le loue pour cinquante ans renouvelables, non pas à la fondation, mais à la holding familiale. Jean-Jacques Aillagon précise: «Il a tenu à y as- socier sa femme, ses deux fils et sa fille, de façon que cette aventure continue au-delà de lui-même. De façon à rendre ces projets pérennes. Il est né en 1936, il a un désir parfait de vivre, mais il sait aussi que tout a un terme. Cinquante ans renou- velables, c’est la bonne mesure pour deux générations. Désormais, c’est une affaire de famille. » Laquelle a accepté la perspective de financer un prévisible déficit d’exploitation et un loyer. Si le pro- jet est validé après délibération du Conseil de Paris, qui se réunira en juillet, il devrait, selon de bonnes sources, être de 15 millions d’euros par an les deux premières années. Prenant en compte les coûts pré- cédents, il passerait ensuite à un niveau «récognitif» plus bas, es- timé en fonction du coût réel des travaux, plus une redevance de 6 % du chiffre d’affaires global.

4 000 m 2 prévus

de surface d’exposition, à comparer aux 2 500 m 2 du Palazzo Grassi

Après la délibération du Conseil de Paris, les choses devraient aller très vite, avec le déménagement de la Chambre de commerce et d’industrie et le dépôt d’un permis de construire. Jean-Jacques Ailla- gon estime que « le chantier de- vrait pouvoir commencer au mois de janvier 2017 », et s’est fixé l’ob- jectif de l’achever avant la fin 2018, avec une première exposition à l’automne de cette année-là. « Cela peut sembler rapide, mais tous nos chantiers à Venise ont été conduits à ce rythme», souligne-t-il.

Quatre architectes

Quatre architectes vont intervenir sur le projet, a annoncé M. Pi- nault : « Tadao Ando, qui a pris en charge toutes mes initiatives véni- tiennes et pour qui j’ai amitié et admiration ; un architecte en chef des monuments historiques, Pierre-Antoine Gatier, l’immeuble bénéficiant de protections au titre des monuments historiques; deux jeunes architectes français, Lucie Niney et Thibault Marca, créateurs de l’agence NeM, dont j’ai apprécié le talent à Lens où je leur ai confié la réalisation de la résidence d’artistes que nous avons inaugurée en 2015; et enfin le groupe Setec qui assurera le volet technique. » Martin Bethenod, qui dirige les fondations vénitiennes, assumera aussi la charge de celle de Paris.

Il assurera, a précisé François Pinault, «une programmation plu- ridisciplinaire avec des expériences à la croisée des arts plastiques, de la musique, du théâtre, de la littéra- ture et du cinéma. C’est la raison pour laquelle je veillerai à ce que le bâtiment dispose d’un auditorium de grande qualité ». Au terme de la concession, l’ensemble reviendra à la Ville. François Pinault, qui voit loin (il aurait alors 130ans…), pré- cise toutefois : « La Ville de Paris souhaitera peut-être, avec mes héri- tiers, continuer l’aventure. J’en forme en tout cas le vœu.» Il n’avait pas échappé à Bertrand Delanoë et à sa première adjointe d’alors, Anne Hidalgo, que, dans sa lettre publiée par Le Monde, dans laquelle il annonçait sa décision de renoncer à l’île Seguin, François Pinault avait laissé entendre que Venise n’était qu’une étape:

«Après Venise, je souhaiterais pou- voir associer d’autres villes en Eu- rope et, je l’espère, en France, es- sayant ainsi de constituer un réseau international dans lequel circule- ront les œuvres, les propositions, les idées, les regards », avait-il écrit. Tous deux lui avaient fait savoir que s’il voulait revenir à Paris, ils seraient à ses côtés pour réfléchir à la meilleure solution possible. Dix ans après, c’est fait. Anne Hidalgo, dont tous les ac- teurs du dossier assurent qu’elle a fait preuve d’une détermination sans faille, dit accueillir ce projet «avec enthousiasme, assurée que la présence à Paris de l’une des plus grandes collections d’art contem- porain du monde contribuera au dynamisme et au rayonnement international de la capitale ». «Fluctuat nec mergitur»: comme les Enervés de Jumièges. p

harry bellet

Un joli coup pour Paris

la mairie de paris est-elle désormais un acteur majeur de l’art contemporain ? En 2014, une convention d’oc- cupation de cinquante-cinq ans permet à Bernard Arnault d’inaugurer la Fondation Louis Vuitton sur un terrain du domaine municipal. Au- jourd’hui, une concession de cinquante ans accorde la jouissance de la Bourse de commerce à François Pinault. Que soit ainsi renforcé le sta- tut de Paris « capitale des arts » mérite à peine d’être signalé, tant la tradition est longue. Plus remarquable est la mon- tée en puissance de la muni- cipalité dans le champ de l’art actuel. Elle y était active jusqu’alors essentiellement grâce au Musée d’art moderne de la Ville de Paris (MAMVP), qui eut pour directrice Su- zanne Pagé, aujourd’hui à la tête de la Fondation Louis Vuitton. Désormais, elle peut se vanter de multiplier les lieux de prestige. Or, qui est absent de ces ac- cords ? L’autre puissance artis- tique : l’Etat. Il n’a pas su ou voulu s’entendre avec les col- lectionneurs privés de rang in- ternational. Face au MAMVP, il y a le Palais de Tokyo, insti- tution nationale. Désormais, à 200 mètres du Centre Pom- pidou, il y aura la Bourse de commerce. Naturellement, l’hypothèse d’une quelconque rivalité serait déplacée. p

philippe dagen

0123

VENDREDI 29 AVRIL 2016

«J’aiétésensible àl’enthousiasme d’Anne Hidalgo »

François Pinault revient sur ce qui l’a poussé à implanter son nouveau musée au cœur de la capitale

ENTRETIEN

I avait dû renoncer, il y a quel- ques années, à bâtir sa fonda- tion d’art contemporain sur

l’Ile Seguin, et implanter sa collec- tion à Venise. François Pinault dé- taille, pour Le Monde, les contours du futur musée situé à la Bourse de commerce de Paris.

Pourquoi Paris ? Quand, en 2005, j’ai fait le choix d’installer l’activité publique de ma collection à Venise, j’indiquais déjà que, si un jour les circonstan- ces le permettaient, je chercherai à m’investir dans la réalisation d’un projet en France. C’est mon pays. J’y suis attaché, je suis convaincu qu’il doit toujours jouer sur la scène internationale un rôle cultu- rel majeur et qu’il faut en soutenir le rayonnement. Aujourd’hui, ce projet est réalisa- ble. La maire de Paris, Anne Hi- dalgo, m’a proposé de m’intéres- ser à la Bourse de commerce, for- midable bâtiment historique, au cœur de Paris, pour y installer ma collection. J’ai accepté cette propo- sition, et c’est avec joie que je m’en- gage dans ce projet. Cela ne signifie pas, je tiens à le préciser, que je me désengage de Venise. Paris et Ve- nise constitueront le cœur d’un projet à dimension européenne, enrichi également par des expo- sitions temporaires. C’est ainsi que, dès la fin de cette année, un ensemble important d’œuvres de ma collection sera présenté au Folkwang Museum à Essen.

Comment le contact avec Anne Hidalgo s’est-il noué ? La maire de Paris est, vous le sa- vez, très attachée à la requalifica- tion du quartier des Halles et at- tentive à tout ce qui peut concou- rir au rayonnement de la capitale. C’est animée par cette double pré- occupation qu’elle m’a proposé de réfléchir à la création d’un site de présentation de ma collection à la Bourse de commerce. Je dois dire que j’ai été très sensible à son en- thousiasme et à son volontarisme. J’espère que ce projet pourra deve- nir celui de la municipalité tout en- tière et être partagé par toutes les composantes du Conseil de Paris.

Pourquoi la Bourse plutôt qu’un des autres sites de l’appel à pro- jets lancé par la Mairie en 2014 ? J’ai été convaincu par la localisa- tion de ce bâtiment au cœur de Pa- ris, dans un quartier, les Halles, dont la Ville de Paris a engagé la re- qualification, desservi par le prin- cipal carrefour de voies de com- munication de la région, à proxi- mité immédiate de deux institu- tions culturelles majeures, le Centre Pompidou et le Louvre. J’aime la centralité de ce bâti- ment, qui n’est pas sans rappeler celle de mes deux musées véni- tiens, amarrés l’un et l’autre le long du Grand Canal. Par ailleurs, la Bourse de commerce n’est pas un bâtiment banal. Témoin, par sa forme circulaire, des architectures utopiques du XVIII e siècle, il a bé- néficié au XIX e d’aménagements, notamment la couverture de la ro- tonde centrale par une charpente

métallique, contemporaine du Pont des arts, qui témoignent du génie de l’industrie française au siècle d’Haussmann. Ce bâtiment, bien que doté d’une identité archi- tecturale très forte et légitime- ment protégé en plusieurs de ses parties au titre des Monuments historiques, peut parfaitement s’adapter aux fonctions d’un mu- sée d’art contemporain.

Un lieu de plus, mais pour quoi faire ? Un nouvel espace pour y présen- ter ma collection dont tout le monde connaît l’importance, mais aussi pour y susciter de nom- breuses occasions pour les artistes d’aujourd’hui de créer des œuvres et de faire le point sur leur travail. Je crois beaucoup à la force du compagnonnage entre un grand musée d’art contemporain et les artistes vivants. Un musée ne peut être un lieu où l’on se contente de montrer. C’est aussi un espace pour faire avancer les choses. Je suis très attaché à ce que ce lieu travaille en étroite collaboration avec les autres institutions de Pa- ris, privées et publiques, qui se consacrent déjà à la diffusion de la création contemporaine. J’ajoute- rai que ce musée doit être ouvert à toutes les formes d’interdiscipli- narité et qu’on doit y apporter un soin tout particulier au travail de médiation, de façon à permettre à la création de notre temps de deve- nir plus encore l’horizon de tous.

Qui dirigera le lieu ? Je présiderai personnellement ce musée. C’est pour moi un engage- ment passionné. Par ailleurs, un conseil d’orientation qui définira les grandes orientations culturel- les de l’établissement sera créé. J’en confierai la présidence à Jean-Jac- ques Aillagon. Il m’a aussi semblé pertinent que la direction de Paris soit confiée à la même personna- lité qui dirige Venise de façon à as- surer une totale cohérence entre les deux sites. C’est donc Martin Bethenod qui dirigera les deux pô- les. Il me semble essentiel que nous sachions susciter, de façon origi- nale, un complexe international de lieux culturels, tout en garantis- sant à chacune de ses composantes une véritable identité. C’est le cas à Venise, où les expositions se ré- partissent entre la Douane et Grassi en fonction des caractéristi- ques de chaque site et de ses perfor- mances techniques propres.

Combien de lieux pensez-vous encore ouvrir de par le monde ? On parle de Los Angeles… Je crois à la force des institutions en réseau. On ne peut plus conte- nir les œuvres dans des enclos trop isolés. Elles doivent susciter des échos, rencontrer des regards di- vers, démontrer que la mondiali- sation n’est pas qu’une fatalité et qu’elle est également une chance. Dans deux ans, Paris s’ajoutera à Venise. Peut-être qu’un jour, cette constellation verra s’allumer de nouvelles étoiles. J’ai été sollicité par des métropoles, dont Los An- geles. Pourquoi pas un jour ? Il ne faut jamais dire jamais. p

propos recueillis par ha. b.

culture | 17

Intermittents: un accord « acceptable »

Après dix heures de négociations, les partenaires sociaux sont parvenus à s’entendre sur le régime d’assurance-chômage propre au spectacle

U n accord a été trouvé dans la nuit du mercredi 27 au jeudi 28 avril par les orga-

nisations de salariés et d’em-

ployeurs du secteur spectacle sur

le régime d’assurance-chômage

spécifique aux intermittents. Le

texte a été conclu au terme de près

de dix heures de négociations au

ministère du travail.

« Mis à la signature », il « com- porte des avancées importantes»,

a déclaré Denis Gravouil, secré-

taire général de la CGT Spectacle (majoritaire). Selon une source pa- tronale, il s’agit d’un «accord ac- ceptable pour les parties (…) avec de nettes améliorations pour la protection des travailleurs avec des efforts réciproques ». Il prévoit une hausse des cotisations patronales

« et aussi un effort côté salariés ». Parmi les principaux points d’entente figure, selon la CGT, l’ouverture des droits à l’indemni- sation aussi bien pour les artistes que pour les techniciens, à partir

de 507 heures travaillées sur douze

mois. L’accord prévoit également

un retour à une date anniversaire

pour le calcul des droits des inter- mittents, un système plus avanta- geux que l’actuel dispositif «glis-

sant», instauré en 2003. Sont par ailleurs prévus la neu- tralisation des baisses d’indem- nisation après un congé mater- nité ou encore un début de prise

en compte des arrêts maladie pour les affections de longue du- rée. « Les employeurs ont dû concé- der une augmentation de la cotisa- tion patronale de 1 % et la fin des abattements pour frais profession- nels », précise la centrale syndi-

cale. Celle-ci devait réunir jeudi ses instances pour décider d’une signature. Le 24 mars, une lettre de cadrage financier avait été proposée par le Medef (et signé par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC), qui impose aux intermittents un effort global de 185 millions d’euros d’écono- mies en année pleine d’ici à 2018, mais suggère que l’Etat en com- pense une partie, à hauteur de 80 millions. Il est encore trop tôt pour estimer si l’accord de jeudi respecte cette lettre de cadrage. Il intervient après plusieurs semai- nes d’âpres discussions entre les partenaires sociaux qui négo- ciaient, pour la première fois au sein du secteur, leurs règles spéci- fiques d’indemnisation d’assuran-