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GEJ7 C6

De la différence entre le commerce et l'usure

1. Après cet événement solennel, si émouvant que tous ceux qui en furent témoins
eurent les larmes aux yeux, Je dis à Raphaël : « A présent, conduis-les là-haut, et qu'on
s'occupe de les nourrir ; nous-mêmes, nous mangerons plus tard.
2. Raphaël conduisit les affranchis à l'auberge, où, à leur arrivée, ils trouvèrent trois
longues tables déjà toutes servies, et ces enfants car c'est ce qu'ils étaient encore en vérité -
mangèrent avec joie et appétit ce qu'on leur avait préparé et burent aussi un peu de vin coupé
d'eau, tout en devisant joyeusement entre eux.
3. Quant à nous, nous nous attardâmes en chemin à observer le spectacle des
nombreux marchands et boutiquiers qui venaient par les grandes routes menant à la ville,
apportant toutes sortes de marchandises, de bêtes et de fruits.
4. Le Romain Me dit : « Seigneur, il y a là beaucoup de Juifs ! Ne savent-ils donc
encore rien de Toi ? L'indifférence avec laquelle tous ces gens passent devant nous est tout de
même bien étrange ! »
5. Je dis : « Beaucoup passeront encore devant Moi comme ceux-là, sans Me voir ni
Me reconnaître, et continueront à se vautrer dans la fange du monde jusqu'à ce que la mort les
jette dans la tombe, et leur âme en enfer ! Ces marchands, boutiquiers et courtiers sont par
trop éloignés des choses de l'esprit, et ils sont au milieu des hommes de bien ce que sont les
plantes parasites sur les branches des arbres fruitiers et la mauvaise herbe dans un champ de
blé. Laissons-les aller à la rencontre de la mort et du tombeau ! »
6. Agricola dit : « Mais, Seigneur mon Dieu, il faut pourtant bien que les hommes
puissent commercer entre eux, sans quoi la vie deviendrait purement et simplement
impossible sur les terres pauvres et infertiles ! Je connais en Europe des pays si
extraordinairement montagneux qu'ils ne sont que pierres et rochers ; et c'est par le commerce
que les hommes qui y vivent reçoivent l'essentiel de leur subsistance. Si on le supprimait, tout
un grand peuple mourrait de famine ! Toi qui es le Seigneur du ciel et de tous les mondes, Tu
dois bien savoir que ces gens ne peuvent survivre que grâce à certaines transactions, aussi
suis-je fort surpris que Ta très haute sagesse divine les condamne si absolument ! Car, sauf
tout l'immense respect que je dois à Ta très pure divinité, mon bon sens et ma raison humaine
ne peuvent applaudir à un tel jugement de Ta part ! »
7. Je dis : « Ami, permets-Moi de te dire que ce que tu sais et comprends, Je l'avais
Moi-même compris bien avant qu'un seul soleil central se mît à briller dans une gousse
globale !
8. En vérité, Je te le dis : Je ne tonne pas contre le commerce juste et tout à fait
bienfaisant qui existe entre les hommes car c'est Moi-même qui ai voulu que les hommes
dépendissent ainsi les uns des autres, et ce juste commerce est d'ailleurs tout à fait dans
l'ordre de l'amour du prochain ; mais tu comprends bien aussi, Je l'espère, que Je ne
puis faire l'éloge de l'usure, ce commerce parfaitement inhumain ! L'honnête marchand
doit recevoir le salaire correspondant à sa peine et à son travail, mais il ne doit pas
vouloir, pour dix deniers, en gagner cent et même davantage ! Comprends-tu ? Je ne
condamne que l'usure, non le commerce nécessaire et juste. Comprends-le bien, afin de
ne pas tomber dans une dangereuse tentation. »
9. Le Romain Me demanda pardon et reconnut sa grossière erreur.
10. Là-dessus, Lazare s'approcha de Moi et dit : « Seigneur, puisque nous sommes sur
le point de rentrer à l'auberge, car il n'y a assurément plus grand-chose à faire ici, consentirais-
Tu maintenant à m'apprendre ce qu'il en est de ce merveilleux adolescent ? Qui est-il, d'où
vient-il ? Son costume est celui d'un Galiléen, mais où a-t-il trouvé toute cette sagesse et ces
pouvoirs miraculeux ? Il semble âgé de seize ans à peine, et pourtant, il surpasse Tes anciens
disciples ! Je T'en prie, explique-moi un peu cela. »
11. Je dis : « N'est-il pas écrit : "En ce temps-là, vous verrez les anges de Dieu
descendre du ciel pour servir les hommes". Sachant cela, tu comprendras aisément ce que c'est
que ce jeune homme. Mais garde cela pour toi pour le moment, car les autres doivent le
découvrir par eux-mêmes. Mes anciens disciples le connaissent déjà, mais eux non plus n'ont
pas le droit de le dévoiler prématurément.
12. Tu disais que nous allions retourner à ton auberge, mais cela peut bien attendre une
heure ! Vois, les gens qui vont vers le marché sont déjà moins nombreux, aussi les valets des
Pharisiens vont-ils bientôt amener là-bas, sur l'esplanade au pied des hautes murailles, un
pauvre diable qui, il y a une heure, poussé par la faim, a mis la main sur les pains exposés au
Temple, et ils voudront le lapider pour ce sacrilège ! Mais nous allons empêcher cela, et tu
sais à présent pourquoi nous devons rester. »
15. Cependant, Agricola M'avait entendu, et il s'avança vers Moi en disant Seigneur,
j'ai entendu Tes paroles. Tout cela n'est guère édifiant ! Les gens du Temple ont-ils donc eux
aussi un JUS GLADII [Droit du glaive, c'est-à-dire droit de vie et de mort]? Je connais tous
les privilèges accordés par Rome à ses peuples, mais je ne savais rien de celui-là ! Ah, je vais
certes me renseigner sérieusement sur cette affaire ! - Mais Toi, Seigneur et Maître, dis-moi
ce qu'il en est. »
16. Je lui dis : « Quand les Romains sont devenus les maîtres des provinces juives, ils
ont examiné en détail la religion des Juifs et les préceptes de Moïse et des Prophètes, et ils ont
découvert qu'en effet, Moïse avait accordé au Temple, c'est-à-dire aux prêtres, le droit de
lapider à mort certains très grands criminels. Cependant, les prêtres n'ont pas le droit de
condamner eux-mêmes à mort, mais ils doivent remettre le criminel aux juges, qui sont alors
chargés de le juger selon les témoignages loyaux des prêtres, et, si c'est un grand criminel, de
le remettre aux lapidateurs. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé ici : aujourd'hui les prêtres
agissent arbitrairement et, pour pouvoir exercer leur propre JUS GLADII, ils paient une
redevance à Hérode, grâce à quoi ils s'autorisent les pires abus, comme c'est le cas à présent.
Mais soyons sur nos gardes, car ils arrivent ! »

GEJ5 C126 V3
Celui qui épargne dans sa jeunesse et son âge d'homme ne manquera de rien dans sa
vieillesse, et celui qui ne travaille ni n'épargne ne doit pas manger non plus. Mes chers amis,
Je connais fort bien ces principes, louables en soi. Ils peuvent et doivent exister partout ou les
gens vivent ensemble, mais toujours dans le sens le plus noble pour la vie. Mais pour qu'ils
n'existent dans les sociétés humaines qu'en ce sens, et non d'une manière insuffisante ou au
contraire exagérée, il faut à côté d'eux un régulateur permanent et particulièrement fiable. Et
où trouver ce régulateur ? Uniquement dans le vrai et pur amour du prochain, dont le principe
supérieur rationnel* consiste à souhaiter du fond du cœur et à faire à son prochain tout ce que,
bien sûr dans une mesure sage et raisonnable, l'on souhaiterait et attendrait des autres pour
soi-même
GEJ4 C62
De la légitimité de la protection des biens

1. (Le Seigneur :) « Ton excuse ici est sans doute ta pauvreté et celle de bien d'autres
hommes, et, contre la loi divine qui protège les biens, tu veux avoir le droit en cas de nécessité
pressante, lorsque tu as faim et soif, de prendre sans pêcher contre cette loi ce qu'il te faut
pour te rassasier. Je peux cependant te dire de source sûre que Yahvé, lorsque il a donné Ses
lois au peuple d'Israël à travers Moïse, a bien songé à ce besoin et l'a même fait comprendre
aux hommes par une loi formelle en disant : "Tu n'empêcheras pas l'âne qui travaille sur ton
champ d'y prendre sa pâture, et tu ne muselleras pas le bœuf qui tire ta charrue. Et lorsque tu
porteras les gerbes liées dans ta grange, tu laisseras sur le champ les épis tombés, afin que les
pauvres les ramassent pour leur besoin. Que chacun cependant soit toujours prêt à secourir le
pauvre, et si quelqu'un te dit : "J'ai faim." ne le laisse pas repartir qu'il ne soit rassasié ! Vois-
tu, cela aussi est une loi de Yahvé, et il Me semble qu'ainsi la pauvreté n'a pas été oubliée.
2. Mais il est visiblement dans la nature des choses que chacun des hommes nés sur
cette terre ne puisse être ou devenir propriétaire d'une terre. Les premiers hommes, qui étaient
peu nombreux, ont bien sûr pu se partager aisément la possession des sols, car la terre tout
entière était alors sans maître : mais à présent, la terre, particulièrement dans les régions
fertiles, est peuplée d'hommes presque sans nombre et l’on ne peut plus guère désormais
contester aux familles qui y travaillent le sol depuis si longtemps à la sueur de leur front, et
qui l'ont nettoyé et rendu fertile au péril de leur vie, la partie qu'ils en ont conquise : au
contraire, pour le bien commun, la terre doit être défendue à toute force afin que leur part ne
soit pas arrachée à ceux dont le zèle a béni son sol, parce que ce n'est pas pour eux seuls qu'ils
doivent chaque année travailler cette terre, mais aussi pour les centaines d'autres hommes qui
ne peuvent en posséder aucune.
3. Celui qui possède des terres nombreuses doit avoir de nombreux serviteurs, qui tous
vivent du même sol que son propriétaire. Serait-ce une bonne chose pour ces serviteurs si on
leur donnait à chacun une terre égale ? Un homme seul pourrait-il la travailler comme il faut ?
Et même s'il le pouvait pour un temps, qu'arriverait-il s'il tombait malade et s'affaiblissait ?
N'est-il pas bien meilleur et plus intelligent qu'un petit nombre possède un bien solide avec
des magasins et des réserves, plutôt que de faire de tous les hommes, jusqu'aux enfants
nouveaux-nés, de vrais propriétaires fonciers individuels, organisation avec laquelle il est
certain que pour finir, en temps de misère, plus personne n'aura de réserves ?!
4. Et Je demande encore ceci à ta raison mathématique : si, dans la société qui
rassemble les hommes, il n'existait pas de loi protégeant la propriété, Je voudrais bien voir la
tête que tu ferais s'il en venait d'autres qui, n'ayant jamais eu de goût particulier au travail,
emportaient ta petite réserve pour se nourrir ! Ne les interpellerais-tu pas en disant : "Pourquoi
donc n'avez-vous pas travaillé et récolté ?" ? Et s'ils te répondaient : "Parce que nous n'en
avions pas envie et savions bien que nos voisins travaillaient !", ne trouverais-tu pas alors fort
opportune une loi qui te protégerait, ne souhaiterais-tu pas que ces audacieux scélérats soient
châtiés par quelque jugement et exhortés ensuite à servir et à travailler, et ne voudrais-tu pas
que les provisions qu'on t'aurait emportées te soient alors restituées ? Vois-tu, la raison
humaine pure exige aussi tout cela !
5. Cependant, si tu considères vraiment tes principes mathématiques comme les
meilleurs du monde, va à cent lieues* d'ici en direction de l'est : tu y trouveras en abondance,
dans les hautes et vastes montagnes, un sol absolument sans maître ! Là, tu pourras en toute
tranquillité prendre immédiatement possession d'une terre longue et large de plusieurs lieues,
et personne ne viendra te la disputer. Tu pourras même prendre avec toi deux ou trois femmes
et quelques serviteurs et t'édifier dans cette contrée montagneuse quelque peu lointaine un
État en bonne et due forme, et en mille ans pas un homme ne te dérangera dans tes terres :
seulement, il te faudra d'abord ôter de ton chemin quelques ours, loups et hyènes, sans quoi ils
pourraient bien t'empêcher de dormir la nuit. De la sorte, tu apprendrais du moins toutes
ensemble les grandes difficultés qu'ont dû affronter les possesseurs de ce sol pour l'amener à
son état présent de culture ! Si tu essayais toi-même de faire tout cela, tu comprendrais aussi
combien il serait injuste d'ôter maintenant leur bien aux premiers possesseurs pour le donner à
des gredins paresseux et ennemis du travail.
6. Vois-tu, c'est parce que tu n'es toi-même pas particulièrement ami du travail et
encore moins de la mendicité que tu as toujours eu en aversion la vieille loi qui défend la
propriété, et c'est pourquoi tu t'es donné à toi-même le droit de prendre chaque fois que tu
pouvais prendre sans être vu et puni ! Tu n'as acheté que ton champ de deux arpents et ta
cabane, mais cela avec un argent que tu avais gagné non par ton travail, mais en le subtilisant
très astucieusement à Sparte à un riche marchand. Il est vrai que le vol était autrefois permis à
Sparte lorsqu'il était commis par la ruse : mais il existe aujourd'hui à Sparte, et depuis de
nombreuses années, les mêmes lois de protection de la propriété qui sont en vigueur ici, tu as
donc volé ce marchand d'une façon parfaitement illégale en le soulageant de ces deux livres
d'or. Et c'est ainsi qu'après ta fuite tu as acheté ici ledit champ et ta cabane : mais tout ce que
tu possèdes d'autre, tu l'as volé à Césarée de Philippe et dans ses environs !
7. Pourtant, malheur à celui qui t'aurait subtilisé quelque chose : car tu lui aurais
enseigné cette loi sur la propriété qui te contrarie si fort d'une manière qui n'aurait pas
déshonoré un sbire romain ! Ou aurais-tu par hasard trouvé agréable qu'un autre, parce qu'il
était vraiment pauvre, récoltât les fruits mûrs de ton champ ? Vois-tu, ce qui est injuste pour
toi le sera aussi pour un autre, si, selon tes principes de vie et d'éducation mathématiquement
vrais et justes, tu veux lui voler sa récolte ! Si donc, dans la pratique, il ne peut en être
autrement que Je viens de te le démontrer, tiens-tu encore tes principes de vie pour les seuls
vrais et incontestables ? »
8. Là-dessus, Zorel reste tout interdit, car il se voit confondu et vaincu.

GEJ7 C158
De la vraie intelligence et de la vraie prudence

1. Un Pharisien dit : « Seigneur et Maître, selon tes paroles, nous devons donc faire
montre d'intelligence et de prudence lorsque nous distribuerons nos richesses aux pauvres ? »
2. Je dis : « Lorsque Je dis une chose, elle est dite pour toujours : car le ciel visible et
cette terre disparaîtront un jour, mais Ma parole, jamais.
3. Si quelqu'un accomplit une très bonne action, mais s'y prend stupidement, son
action n'a aucune valeur, parce qu'elle n'arrivera pas à bonne fin. Et si quelqu'un veut faire le
bien à son prochain, il ne doit pas le faire aux yeux de tous ni rechercher publiquement les
éloges, mais agir si secrètement que, pour un peu, sa main droite ne saurait pas ce que fait la
gauche : et Dieu, qui voit jusqu'aux choses les plus secrètes, récompensera de Sa bénédiction
de telles œuvres.
4. Or, serait-il intelligent de remettre vos richesses au Temple afin qu'il les distribue
aux pauvres ? Le Temple vous couvrirait sans doute de louanges devant le monde, mais cela
ne rendrait guère service aux pauvres !
5. Si vous voulez faire pour le mieux, trouvez plutôt un bon intermédiaire vos noms
resteront inconnus, vous échapperez aux louanges du monde, et les pauvres seront
véritablement secourus. Car il vaut mieux assurer à de nombreux pauvres, par l'intermédiaire
d'un homme juste, un secours justement mesuré selon leurs besoins, que de mettre beaucoup
d'argent d'un seul coup dans les mains d'un seul pauvre : car cela pourrait fort bien donner de
l'orgueil à ce pauvre qui était devenu très humble, et corrompre son âme patiente et soumise à
Dieu.
6. Quant à ce bon intermédiaire, vous le trouverez sans peine. Ici même, Je puis déjà
vous en indiquer cinq : Nicodème, Joseph d'Arimathie, notre ami Lazare, l'aubergiste de la
vallée à Basse-Béthanie, et celui qui se tient près de lui, l'aubergiste de la grande auberge près
de Bethléem, sur la grand-route militaire.
7. Je vous ai là encore montré le chemin : et si les vôtres devaient se trouver dans la
gêne, ils trouveraient assurément au plus vite auprès de ceux-là, et de la façon qui M'est
agréable, le refuge nécessaire à leur corps et à leur âme. »

GEJ10 C99
Le prêtre cherche à justifier sa vie mondaine
1. Le prêtre répondit:« O maître d'une sagesse véritablement surhumaine,
je t'ai bien compris, et je
vois encore plus clairement qu'avant que tu dois être puissamment aidé
par un Dieu vivant, sans
quoi il te serait tout à fait impossible de savoir mieux que nul ne l'a jamais
su à Rome, et encore
moins ailleurs, ce que j'ai fait pendant mes années de jeunesse !
2. Tout ce que tu m'as dit est la pure vérité, et je pourrais dire que ce n'est
pas toi, un homme comme
moi, qui as parlé ainsi, mais qu'un Dieu a parlé à travers toi.
3. Mais songe à notre condition humaine, ainsi qu'aux circonstances
politiques, qui nous lient par
des chaînes d'airain, et qui ne sont certes pas l'oeuvre des prêtres
d'aujourd'hui.
4. Si l'on en juge par la raison, l'homme est une créature bien misérable : il
vient au monde à son
insu et sans l'avoir voulu ; dès sa naissance, il doit être nourri pour
conserver cette fâcheuse vie et
devenir, selon les lois immuables de la nature, un homme fort.
5. Dès que l'on est assez grand pour distinguer le jour de la nuit et le
rouge du vert, les parents
entreprennent avec zèle une éducation dont aucun enfant ne peut
décider.
6. Lorsque enfin, à force d'apprendre, on est devenu un homme instruit, il
faut choisir un état dans
lequel on pourra gagner son pain toute sa vie. Puisqu'il faut bien vivre, on
aimerait vivre aussi bien
que possible, aussi choisit-on raisonnablement, selon ses aptitudes, l'état
dans lequel on pourra
encore vivre le plus librement et le mieux sous le joug de la puissance
publique. Pour moi, ce fut la
prêtrise, et je devins prêtre, sans considérer si ce que je représentais
reposait sur le mensonge et la
tromperie ou sur une quelconque vérité - bref, selon les lois publiques, je
devais devenir ce que je
suis encore à présent.
7. Ainsi, dès l'enfance, ce qui m'importait avant tout était le monde, et de
pourvoir au mieux à mes
propres besoins. Naturellement, d'autres besoins s'éveillèrent en moi par
la suite, et, puisque j'avais
les moyens de les satisfaire - toujours légalement, bien sûr -, je les
satisfaisais autant que possible,
et aucune divinité n'est jamais descendue du ciel ou sortie de la terre pour
me dire : "Prêtre, tu vis
et agis à l'encontre de Ma volonté et de Mon ordonnance ! A l'avenir, vis
comme ceci et comme
cela, sans quoi Je te châtierai durement !"
8. Dans de telles conditions, le coeur et l'âme ne peuvent être emplis que
d'un amour matériel impur
et non spirituel, et, comme aucune influence purement spirituelle et divine
ne venait contrarier cela,
je m'en tenais, au moins pour l'apparence, à ce que j'étais et devais être
aussi, selon les lois
publiques, même si, à la longue, surtout l'âge venant, je me posais
toujours plus souvent cette
question : y a-t-il donc une seule parcelle de vérité dans ce à quoi tu
présides et t'adonnes ? De toute
évidence. ce que j'enseigne et fais n'est que mensonge et tromperie. N'y
a-t-il donc plus aucune
vérité première en ce monde ?
9. Je n'ai jamais cessé de chercher et chercher sans relâche presque
jusqu’à ce jour, et je n'ai rien
trouvé ! Comment aurais-je pu aller avec le plus pur amour à la rencontre
d'une vraie divinité qui
n'a jamais voulu se révéler à moi d'aucune manière? On ne saurait aimer
ce qui n'est pas là, que ce
soit un Dieu ou tout autre objet à qui l'imagination des hommes prête la
plus grande valeur.
10. Qu'y puis-je donc, ô très sage maître, si, dans ma vie, j'ai finalement
dû aimer les satisfactions
que je pouvais atteindre ? Car, pour le bon sens, c'est être un fou que
d'aimer les représentations de
sa propre imagination !
11. Si donc j'aurais dû depuis longtemps aimer par-dessus tout l'unique
vrai Dieu vivant, et mépriser
et fuir les agréments que le monde offre aux yeux de tous, il aurait fallu
que ce Dieu se révélât à
moi, ou que l'ardente ferveur de mon imagination m'en procurât un ! Mais
ni l'un ni l'autre n'est
arrivé, et il est donc bien compréhensible qu'ayant été mis au monde et
élevé pour jouir du monde
avec ses richesses et ses biens qui nourrissent et réjouissent les hommes,
je n'aie pu les sacrifier à un
être qui, pour moi, n'existait nulle part.
12. Quoi qu'il en soit, il est vrai que mon coeur est encore tout empli du
monde ; mais qu'une vraie
divinité unique se révèle à moi aujourd'hui, en cet instant, et me dise ce
que je dois faire, et tout
l'ancien monde me quittera sur-le-champ !
13. Si seulement cette Perle de Rome m'avait donné ne fût-ce qu'une fois
l'assurance qu'elle serait
mienne si je faisais ou cessais de faire telle chose ou telle autre, je serais
déjà devenu alors cet
homme à qui aucun sacrifice n'est trop pénible ! Mais cela n'est pas arrivé,
et c'est ainsi que j'en suis
resté à ce qu'il m'était le plus facile d'atteindre.
14. Je sais bien que tous ceux que j'ai connus - et, de mémoire d'homme, il
en a toujours été ainsivivent
dans la détresse et la confusion, et finissent souvent par mourir dans un
grand désespoir ,
mais à quoi bon savoir cela, si personne ne vient leur montrer quelle est la
vérité ?
15. Ah, très sage maître, tu as certes tout à fait raison en tout ce que tu
dis ; mais je n'ai pas tort non
plus, selon la raison humaine ! Les pauvres humains y peuvent-ils quelque
chose s'ils sont venus au
mande aveugles, et s'ils ont dû se laisser élever dans le mensonge et la
tromperie ? N'ai-je pas raison
de dire cela ? »

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