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peuple ou nation ayant lutté pour sa constitution. Toutefois, certaines entités politiques ne sont pas reconnues comme États souverains, qu’il s’agisse de Hong Kong, des Bermudes, de Porto Rico, du Sahara occidental, duGroenland ou de l’Autorité palestinienne. Ces territoires n’ont pas accédé à la souveraineté nationale et restent sous tutelle. Le rapport entre le cadre géopolitique nettement délimité des États-nations et la réalité particulièrement complexe des communautés et identités ethniques profondes est rarement considéré. Pourtant les minorités doivent figurer, face aux majorités nationales, dans tout tableau de l’humanité vivante.

nationales, dans tout tableau de l’humanité vivante. RECONNAISSANCE OU NÉGATION ? Si tous les États souverains

RECONNAISSANCE OU NÉGATION ?

Si tous les États souverains sont, de nos jours, qualifiés d’États-nations, seuls certains d’entre eux ont été constitués autour d’une nation préexistante, c’est-à-dire d’une communauté ethnolinguistique individualisée ayant provoqué l’apparition de cet État. Venait ensuite le choix d’inclure, ou non, les minorités intérieures ou marginales. Aujourd’hui, on peut distinguer trois types d’État, suivant la place qu’y occupent les minorités. Un petit nombre d’États ont une homogénéité ethnique permettant de dire qu’ils n’ont pas de minorités, comme le Japon. La plupart de ceux ayant une diversité

ethnique reconnaissent leurs minorités et leur aménagent une place spécifique pouvant aller jusqu’à la délimitation de territoires plus ou moins autonomes, comme en Inde. Mais, ailleurs, les minorités n’ont ni reconnaissance ni place dans la structure politique. Soit parce que la majorité dominante y est seule reconnue (en Iran). Soit parce qu’aucune n’est ni n’a jamais été historiquement majoritaire et que le processus d’unité nationale a été engagé, après l’indépendance, par-dessus un complexe d’ethnies toutes plus ou moins minoritaires dans un cadre territorial préétabli, comme c’est le cas en Afrique. Aussi peut-on se réjouir qu’à côté des rares États sans minorité réelle, les États admettent pour la plupart leurs minorités. Mais certains les refusent et se sont engouffrés dans des conflits qui, parfois, se sont réglés comme en Indonésie et au Sri Lanka, sont en cours de règlement comme aux Philippines, ou ontfinalement débouché sur la création d’un État, comme au Sud-Soudan. Cedernier est devenu indépendant en 2011 après 30 années de conflit avec Khartoum. Cependant, ailleurs, des guérillas peuvent continuer pendant des années, comme en Thaïlande ou au Sahara occidental. Au Moyen-Orient,les Kurdes vivent morcelés sur quatre États (Turquie, Iran, Irak e Syrie), n’ayant pu réaliser leur émancipation nationale à l’issue de la Première Guerre mondiale, en dépit des promesses faites par les pays vainqueurs. Leur situation y est très différente en termes de reconnaissance minoritaire. Ils forment en Irak une région autonome quasiment souveraine depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, alors qu’en Turquie le chemin de la reconnaissance est loin d’être achevé, ce qui est une source majeure de tensions avec Ankara. En Syrie, la guerre civile favorise leur autonomisation et leur rapprochement avec leurs « frères » d’Iran et de Turquie. En Europe, les revendications de certaines minorités (Basques, Corses, Catalans Flamands) prennent la forme de revendications nationalistes, source d’importantes tensions politiques, voire de violences.

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Vers de nouveaux États en Europe

Entamé au XIX e siècle, le réveil des nationalités en Europe ne semble pas avoir pris fin avec l’émergence d’États-nations au XX e siècle. Depuis quelques décennies, plusieurs régions d’États de l’Union européenne aux particularismes marqués tels la Flandre, l’Écosse, la Catalogne, le Pays basque espagnol, l’Italie du Nord ou la Corse font entendre leurs voix et appellent à une meilleure reconnaissance de leur identité. Ces revendications ont souvent pris la forme d’un nationalisme régional qui pourrait contribuer à l’apparition de nouveaux États. À l’automne 2014, deux référendums d’autodétermination devraient d’ailleurs être organisés en Écosse et en Catalogne.

NATIONALISME CULTUREL OU ÉGOÏSME ÉCONOMIQUE ?

C’est d’abord l’existence au sein de ces régions d’éléments d’identification communs qui permet d’expliquer l’apparition de mouvements identitaires : un territoire bien identifié, une culture – souvent basée sur une langue – distincte, une histoire et des institutions spécifiques. En raison de ces éléments et d’un poids démographique relatif, les populations de ces régions ont ainsi tendance à se référer, de manière croissante, davantage au cadre régional qu’à celui de l’État dont ils dépendent. Depuis les années 1990, l’un des traits communs des nationalistes catalans, écossais ou flamands est aussi la volonté de préserver, voire de récupérer la richesse produite dans leurs régions. Que ce soit en Belgique, en Italie ou au Royaume-Uni, le différentie économique joue un rôle significatif dans les discours nationalistes et peut-être même de façon accrue en période de crise économique. En Belgique, c’est la Flandre, à l’économie florissante à partir des années 1970, qui souhaite rompre avec la Wallonie dont l’économie est sinistrée en raison de sa reconversion industrielle, tandis qu’en Italie, la Ligue du Nord revendique la remise en cause de la solidaritééconomique du Nord industriel avec le Mezzogiorno moins développé. AuRoyaume-Uni, la découverte du pétrole de la mer du Nord incite l’Écosse à revendiquer l’autonomie, sachant qu’elle disposerait alors d’un accès sans partage aux hydrocarbures. En Espagne enfin, la Catalogne tout comme le Pays basque sont les deux provinces les plus riches et les plus industrialisées du pays. D’ailleurs, aujourd’hui, les revendications des partis nationalistes portent essentiellement sur l’autonomie financière et fiscale, dans une approche utilitariste en termes de gains et de pertes vis-à-vis de leur État.

LA NATION FACE AU « VILLAGE GLOBAL » À l’heure où l’Union européenne (UE) aaboli

LA NATION FACE AU « VILLAGE GLOBAL »

À l’heure où l’Union européenne (UE) aaboli ses frontières intérieures, la potentialité

de voir naître de nouveaux États en Europe n’est-elle pas paradoxale ? En fait, les frontières restent un référent primordial de la souveraineté étatique sur la scène internationale et l’exemple de l’UE démontre que leur abolition en son sein ne signe en rien leur disparition en tant qu’institution politique. En outre, sous l’effet de la mondialisation, en dépit de l’harmonisation des normes et de l’uniformisation croissante des modes de vie et du métissage culturel, le référent national ne s’est pas dissipé. Le phénomène de la mondialisation a tendance à favoriser le repli sur soi, le local et donc son identité propre, sa nation. Depuis vingt ans, la multiplication de nouveaux États en Europe (dans l’espace soviétique et en ex-Yougoslavie) démontre que, comme ailleurs dans le monde, le désir d’État ne s’est jamais aussi vigoureusement manifesté. Tout peuple qui se considère comme une nation voit dans l’acquisition de la souveraineté étatique l’aboutissement de ses aspirations. Dans le cas des Albanais au Kosovo, leur aspiration à l’indépendance a même été soutenue par la communauté internationale, selon le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, au détriment de la Serbie. Or la non-reconnaissance d e cette indépendance par la Slovaquie, la Roumanie ou l’Espagne est liée àla présence dans ces États de minorités nationales. Quelques jours après la déclaration d’indépendance kosovare, le gouvernement autonome du Pays basque a ouvertement affirmé que le Kosovo était « la leçon à suivre ».

VERS UN MORCELLEMENT DE L’EUROPE ?

Le référendum prévu le 18 septembre 2014 sur l’indépendance de l’Écosse va-t-il marquer le pas de la création de nouvelles nations en Europe ? En tout état de cause, il pose la question d’un potentiel émiettement de l’espace européen. Pour les anciens États européens, il pourrait constituer une menace de dilution, voire de dissolution, et favoriser l’émergence d’entités étatiques réduites, à la viabilité économique parfois assez limitée. La réponse des États face à ces mouvements est ainsi primordiale. Comme le montre le cas belge, les limites semblent être atteintes si l’on ne veut pas que les États se vident de toute substance, et ce, alors même qu’ils ont déjà transféré de nombreuses prérogatives au profit de l’Union européenne. En offrant des garanties institutionnelles et un cadre rassurant susceptible d’accompagner les aspirations identitaires des régions, l’Union européenne peut contribuer à jouer un rôle de garde- fou. Or, contrairement aux discours généralement tenus par les nationalistes qui voient leur avenir dans l’UE, une région séparatiste aura à renégocier son adhésion, et l’État