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Lemien Journal lycéen on stage Dossier spécial: Chroniques du bac Économie solidaire Iran 2.0 Quand
Lemien
Journal lycéen on stage
Dossier spécial:
Chroniques
du bac
Économie solidaire
Iran 2.0
Quand les Cigales
deviennent fourmis
Michael Jackson :
Jusqu’à la fi n de la mort
Free Hugs, Fight Club
des temps modernes ?
Photo: Marie Labadie Lemière
Chronique du Bac Superstitions et petits rituels La sentence est tombée, le suspense, fi ni.
Chronique du Bac
Chronique du Bac
Superstitions et petits rituels La sentence est tombée, le suspense, fi ni. Mais avant d’arriver
Superstitions et petits rituels La sentence est tombée, le suspense, fi ni. Mais avant d’arriver
Superstitions et petits rituels La sentence est tombée, le suspense, fi ni. Mais avant d’arriver
Superstitions et petits rituels

Superstitions et petits rituels

Superstitions et petits rituels

La sentence est tombée, le suspense, ni. Mais avant d’arriver à ce terme, vous, pe- tits bacheliers, êtes nombreux à nous avouer quelques rituels avant les résultats mais aussi avant le bac lui-même. Oui, rappelez-vous de cette période de bonheur : une semaine à traîner chez vous, notes d'Histoire à la main ; vous ne juriez que par Sigmund et Frédéric (ou Djidane de Final Fantasy). Alors que vous êtes en pleine concentration, votre esprit s’ éclaire enn et vous donne l’ étrange idée de vous lancer un dé: « Si j'arrive à mettre ce papier dans cette corbeille, j'au- rai une mention ». Puis, le jour fatidique, vous avez sûrement eu le droit au tradi- tionnel mot grossier auquel vous n’avez pas répondu (« C’est d’un vulgaire… »). L’ examen commence. Votre compagnon de guerre, votre voisin par ordre alphabé- tique, en a alors apparemment sauvé plus d’un d’entre vous. Alors que « son stylo fa- vori l’a lamentablement abandonné » du- rant sa première épreuve, Stéphane L. a été repêché par cette main charitable dans ce qui aurait pu être un carnage d’encre bleue (non-eaçable). Malgré ce beau geste, le candidat parisien fut tout de même déçu d’être ainsi « privé » de son stylo qui avait « brillé » à ses côtés dès ses épreuves anti- cipées de français. On vous répète que le bac n’est qu’un pas- seport pour votre futur. « Moi, nous cone Clémence O., j’ai opté pour une clé spéciale portée dans ma poche : peut-être ouvrira- t-elle la porte de mon avenir (ndlr. les études supérieures!) ? » Certains préfèrent la bénédiction d’une personnalité qui les a marqué. Comme Cat Stevens, ou plutôt sa photographie, « je l’ai gardée précieuse- ment sur moi », avoue Jean U Après une semaine de stress et de méditations, vous nous avez livré un conseil spirituel : en at- tendant leurs résultats, Maud P. et Clarisse S. sont allées « brûler un cierge à Notre- Dame » : nous venons d’apprendre qu’elles ont réussi leur examen avec brio. Enn, suite à notre enquête auprès de plus de deux cents lycéens (Lemien sait vous servir), nous vous donnons une astuce pour les grands chanceux de première qui passeront, en juin prochain, des moments enivrants. La veille de l’examen, plongez votre trousse dans de l’eau bénite, de pré- férence, par votre professeur principal(e), tout en veillant à y laisser vos outils fé- tiches. Le lendemain, votre matériel sera utilisable (bien que trempé). Lyn Mougeolle

N

Édito

ous voici réunis pour un unique nu-

méro du Lemien. Mais qui sommes-

nous ? Pour vous servir, et en exclu-

utopistes de Rêvons c’est l’Heure. En tout cas écrivez, affirmez-vous. On est tous passés par des discussions existentielles sur la direction de notre journal, sans arriver à grand chose – finalement, on cherchait surtout des excuses à notre irresis- tible flemme de s’y mettre. Donc ne pas avoir peur, dessinez, photographiez, cuisinez, dissertez, critiquez et puis enquêtez. Surtout enquêtez, interviewez parce que personne n‘ose, alors qu’artistes, re- porters professionnels et chocola- tiers n’attendent que vous. Au programme donc de ce Lemien qui maintenant devient tien, lec- teur : des câlins gratuits, la renais- sance des polaroïds, la révolte ira- nienne sur la toile, et surtout un dossier spécial Cigales et chocolat (vous verrez, c’est compatible). Et on vous laisse la place pour l’année prochaine, lorsque votre fanzine

JS

sera n°1 français.

sivité, une équipe explosive des ré-

dacteurs du Contestador, de l’Im-

pression, du Vaisseau de l’Info et de

Rêvons c’est l’Heure, lauréats du concours Varenne*. Pas question de frimer à propos de nos prix res- pectifs, bien que dûment mérités, mais plutôt de vous encourager, vous, lecteurs lycéens ou autres cu- rieux, à reprendre le flambeau et faire partager vos pensées déri- soires et acnéiques. Plusieurs op- tions : la vulgarisation de l’actualité du Vaisseau, la photo onirique et le joyeux cynisme du Contestador (comme son nom ne l’indique pas,

traduire par « répondeur télépho- nique »), la maquette proche de la perfection de L’Impression, ou enfin les envolées lyriques, absurdes et

, ou enfin les envolées lyriques, absurdes et Ce journal a été réalisé dans le cadre

Ce journal a été réalisé dans le cadre du stage de 5 jours « Maquette/écriture journalistique - spécial journaux lycéens » de l’École des métiers de l’information (EMI).

Ce stage a été o ert par l’EMI aux trois journaux lycéens lauréats (ainsi qu’à Rêvons c’est l’heure) du concours Varenne. Pour plus d’infos sur ces journaux voir le site du concours : www.cnjs-varenne.org

ces journaux voir le site du concours : www.cnjs-varenne.org Le Prix Alexandre Varenne - Concours national
Le Prix Alexandre Varenne - Concours national de journaux scolaires et lycéens est organisé par
Le Prix Alexandre Varenne - Concours
national de journaux scolaires et lycéens
est organisé par la Fondation Varenne,
le Clemi et l’association Jets d’encre
avec le soutien de l’EMI.
Formateur : Pascal Famery.
Equipe de rédaction/stagiaires :
Stephane Ambach Albertini, Medi Benali,
Marie Labadie Lemière, Lyn Mougeolle et
Juliette Sèdes.
EMI, 7 rue des Petites écuries 75010 Paris
www.emi-cfd.com
NB : quelques intrus se sont immiscés dans
nos séances photo de la rédaction.
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Lemien Juillet 2009

Culture Jusqu’à la fi n de la mort On n’en fi nit pas de célébrer

Culture

Jusqu’à la n de la mort

On n’en nit pas de célébrer Michael Jackson, près de deux semaines après une disparition brutale, qui aura réussi à éclipser jusqu’à celle de Pina Bausch La démesure des réactions à ce décès ne révèlerait-elle pas la mort de tout un modèle ?

À travers ce terrible déchaînement de commémorations, de déclara- tions, dont celle de l’ancien chef de la direction de Sony Music qui n’at- tend que quelques heures après le décès pour faire monter les en- chères sur les droits de titres iné- dits, à travers tout cela on décèle l’angoisse de l’agonie d’un modèle. Aucune star n’entraînera jamais au- tant de chire d’aaire grâce à l’in- dustrie culturelle. Au-delà du ta- lent éventuel, c’est le secteur qui est en crise, les disques ne se vendent plus, ne se vendront plus. Il est dicile d’imaginer qui que ce soit d’autre que Michael Jackson faire vendre des places de concert plus de 1000 euros. Plus possible ainsi de canaliser les désirs artis- tiques des consommateurs dans une superstar globale, et pourtant certains ne s’y sont toujours pas ré- solus. Si Michael Jackson vendait beaucoup moins qu’avant, sa pré- sence devait être rassurante, comme prince survivant d’une époque où les ventes de CD se comptaient en dizaines de millions. Donc une dernière fois, depuis le 25 juin, on y a cru, le spectacle a été

mis en scène de manière presque anachronique, pour la peut-être dernière superstar. Beaucoup d’ima- ges, « Wacko Jacko » et Bad oubliés pour reprendre seulement We Are e World une dernière fois, et au nal un portrait bien fade. Pourtant, Michael Jackson est la première star dont nous avons en- tendu parler à la maternelle, par la pub Pepsi, la poupée à son egie, les clips en boucle sur MTV. Mais derrière tout cela il y avait quand même la Motown, Quincy Jones à la production, les pas de danse ins- pirés de James Brown et du Hip- Hop en recréation permanente, le clip de Bad par Scorcese… Tout de même des partis pris artistiques plutôt respectables.

Dangerous

C’est presque le schéma de l’ « hy- bris » grecque que l’on peut adapter à Michael Jackson et à l’industrie musicale. Montés trop haut, trop fort, pour sombrer ensuite de ma- nière tout aussi démesurée. La nuance est dans le fait que l’étran- geté de l’artiste pouvait susciter une certaine fascination : il était devenu une sorte de créature à part, pres- que surhumaine, « Wacko Jacko » pour certains, un grand enfant gé- nial pour d’autres. Quoi qu’il en soit, il va désormais pouvoir tran- quillement hanter Neverland, en- n à l’abri des caméras. Juliette Sèdes

F inalement cela ne représentera

qu’un show en plus dans sa car-

rière, sûrement orchestré depuis

longtemps, au cas où. La diérence

c’est que cette fois on se contente

d’images d’archives - quoique cela

n’ait jamais été qu’une aaire d’image. Mourir reste une stratégie marketing parmi d’autres, plutôt ecace. Bien sûr ce n’est pas l’inté- ressé qui en prote, mais encore une fois ce n’est pas si nouveau. Évi- demment l’événement ne se limite pas à cela, pourtant c’est le senti- ment amer que l’on pourra retenir de ces dernières semaines.

La peur du vide

Overdoses d’éditions spéciales, télé, journaux, radios. Des millions de messages de désespoir virtuels sur Facebook et autres Twitter, ont re- légué l’expression de la révolte ira- nienne au plan d’incident exotique. Trop de télévision surtout, pour changer. En particulier de cette cé- rémonie d’un goût douteux au Sta- ples Center qu’un américain sur 10 a regardé, et dont les frais dépas- sent le million dans un État de Ca- lifornie où le décit monstrueux pousse le gouvernement à couper les aides sociales, dédiées à la santé et à l’éducation. On aurait peut-être pu se passer de Mariah Carey, on aurait pu laisser à la petite Paris l’occasion de se re- cueillir en paix plutôt que de fon- dre en larmes devant les caméras du monde entier. Et puis We Are e World repris en cœur devant des projections de vitraux, ce n’est sûrement pas ce qui fait le plus honneur à Jackson. Pourtant, la si- gnication de la chanson est perti- nente : Michael Jackson a été LA superstar globale, le roi de la pop d’abord au sens du marché de la pop mondiale, et on s’aperçoit qu’il n’aura jamais de successeur.

Source: Site Stiletto &Vitriol
Source: Site Stiletto &Vitriol

Si Michael

Jackson vendait beaucoup moins qu’avant, sa présence devait être rassurante, comme prince survivant d’une époque

les ventes de

CD

se comptaient

en dizaines

de millions

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Economie Quand les Cigales se fon Alors que le libéralisme subit la crise, l’économie solidaire

Economie

Quand les Cigales se fon

Alors que le libéralisme subit la crise, l’économie solidaire gagne en crédibilité. Les Cigales, clubs d’investisseurs solidaires, permettent à des micros projets alternatifs de voir le jour, proposant un autre modèle de développement. Ils commencent à intéresser les collectivités locales. Puerto Cacao, chocolaterie basée sur le commerce équitable est le fruit de ce type de démarches. Dossier pages 4 à 6.

Une véritable provocation d’odeurs et de saveurs. Photo: Marie Labadie Lemière
Une véritable provocation
d’odeurs et de saveurs.
Photo: Marie Labadie Lemière

Solidarités chocolatées

Puerto Cacao est l’une de ces entreprises qui doivent leur existence aux Cigales. Sa gestion, cohérente jusqu’au bout repose sur une éthique qui embrasse tous ses aspects : fournisseurs, employés et aménagement. Reportage.

C omme il se doit, son jus d’orange est

d’origine équitable. Guillaume

Hermitte, nous reçoit un peu avant

l’ouverture de sa boutique dans le

arrondissement de Paris et nous

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e

raconte son parcours.

À peine sorti de l'ESSEC, il se lance en 2006 dans un projet un peu fou :

celui de créer une boutique équita- ble, et d'y faciliter l'insertion so- ciale. Pour monter un tel projet, la motivation ne sut pas, il faut un nancement. Famille et amis le soutenant, il parvient à rassembler 50 000 euros. Une somme déjà im- portante, mais encore inférieure aux besoins de son projet. Il contacte alors l'association dont il a entendu parler à l'ESSEC : les Ci- gales (voir page 6). Partageant un idéal commun avec elles, au niveau économique mais aussi social, le projet plaît : il est soutenu. Les Cigales n'apporteront qu'une maigre participation sur les 250 000 euros nécessaires à la créa-

Puerto Cacao achète des produits déjà transformés à plus forte valeur ajoutée. Le producteur pourra alors en retirer un bien meilleur prix que s'il exportait du cacao brut.

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tion de la boutique, mais décisive :

elle déclenche une réaction en série qui va permettre à Guillaume Her- mitte de bénécier d'autres aides, en lui donnant de la crédibilité. Les nancements suivront, des Guarrigues, à Essec ventures en passant par le Fond Social Euro- péen et voilà la boutique sur pied :

Puerto Cacao. Elle commercialise du chocolat équitable, et facilite l'in- sertion sociale.

Mais pourquoi le chocolat?

Guillaume Hermitte a ramené cette idée dans ses bagages après un voyage à l'étranger qui lui aura fait découvrir une chocolaterie "envoû-

tante". Il a donc importé le concept, proposant dans le magasin du cho- colat sous toutes ses formes : ta- blettes, poudre, morceaux, pâte,

et nous sommes à notre

tour envoutés ! Le secteur du cacao est intéressant du fait de son cours stable ; il ne connaît pas la crise. Considéré comme une drogue pour certains, produit courant chez les ménages, le chocolat est omniprésent dans la vie quotidienne. « Ce n'est pas un produit de première nécessité, mais presque ! » plaisante le gérant. Equitable, c'est bien joli, mais quelle diérence ? Alors que le chocolatier argumente, il faut se concentrer

conture

pour ne pas se laisser distraire par les vapeurs de crêpes au chocolat qui s’échappent de la cuisine. Notre odorat s’accoutume peu à peu à l’atmosphère chocolatée et nous revenons à la conversation :

les valeurs du commerce équitable. « En premier lieu, le respect. Ici, pas de prot sur le dos des producteurs, mais une garantie : un prix d'achat minimum du cacao. Ce prix est xé avec les producteurs et se base sur la somme d'argent dont les producteurs ont besoin pour vivre. » Puerto Cacao leur achète des pro- duits déjà transformés : beurre, pâte et poudre de cacao ; à plus forte va- leur ajoutée le producteur pourra alors en retirer un bien meilleur prix que s'il exportait du cacao brut. Outre un rapport commercial hon- nête, le commerce équitable s'at- tache à un rapport humain. « C'est pourquoi, précise Guillaume, nous avons un représentant de Puerto Cacao auprès des producteurs de- puis 2009 pour travailler avec eux sur la certication équitable. Moins d’intermédiaires, pour moins de frais inutiles, et beaucoup plus de com- munication. » L'achat de cacao ne se limite pas à la boutique, il a des répercussions sur la vie des producteurs. L'achat d'un consommateur n'est pas sans con- séquences. Malheureusement seule

« En Île-de-France, l’économie solidaire fait jeu égal avec le secteur automobile »

fourmis

Rencontre avec Francine Bavay, vice-présidente du conseil régional de l’Ile-de-France.

Le fait que votre vice présidente soit consacrée à l’économie solidaire traduit-il le poids déjà existant de ce secteur ou une volonté de le développer ? L’économie solidaire est déjà présente sur le marché français, et elle a un poids assez important. Elle a été remise en lumière en 2000, et tend à être reconnue par un public de plus en plus large. Ce renouveau des dernières années a entraîné une grande ambition, et il y a un réel potentiel, et une volonté de développement.

Quelles sont les diverses composantes de l’économie solidaire ? L’économie solidaire a plusieurs priorités. Elles se situent au niveau des services à la personne, notamment avec les transports collectifs à la demande. Elles touchent également tout ce qui a un attrait écologique, équitable. Ainsi les commerces d’alimentation biologique et/ou équitable se sont développés ces dernières années. Nous accordons une grande importance à la place des femmes dans les entreprises. Leur part (30%) est très inférieure à celle des hommes. Nous encourageons leurs démarches.

Quel est le poids de ce secteur dans l’activité économique francilienne ? L’économie solidaire représente 10 % de l’activité économique en Ile-de-France, elle englobe donc un grand nombre d’emplois. Cette part est importante, autant que celle du secteur automobile, représentant 10 % également. Elle n’est donc pas à négliger.

L’économie solidaire est-elle un secteur d’avenir en période de crise ? La crise en elle même n’est pas une période qui amène des avantages, puisqu’elle détruit avant tout nombre d’emplois. Néanmoins, il est vrai qu’elle pousse les consommateurs à

s’interroger sur les produits qu’ils achètent. Cette économie ore le choix de consommer

di érement ; elle propose une alternative à l’économie du pro t.

une minorité de clients en est consciente et s'attache réellement à l'aspect équitable. « Les autres s'in- téressent juste au chocolat » constate Guillaume Hermitte. Pourtant les clients curieux peuvent trouver un prospectus expliquant les dé- marches de l'entreprise. Si si ! Juste à côté de la caisse !

Éthique intégrale

L’importance de la question sociale découle aussi de la démarche des Cigales. Ce mode de nancement par actions, veille en eet à ce qu’elles soient rachetées au bout de cinq ans, une fois l'entreprise bien lancée - soit en 2011 pour Puerto Cacao. Attaché au partage des pro- ts, le jeune entrepreneur aimerait que les employés en soient les nou- veaux propriétaires: « je suis per- suadé que des employés proprié- taires de l'entreprise dans laquelle ils travaillent, sont plus motivés. » Équitable, c’ est déjà bien, mais Puerto Cacao s'attache à mieux. Alors que le commerce équitable peut être perçu comme une mode par certains, il est un état d'esprit, une vraie politique pour Guillaume

Hermitte. Ce n’ est pas rien de pro- poser un mode équitable : l’achat du cacao étant plus cher, les marges bé- néciaires sont plus basses, pour pouvoir garder des tarifs compéti- tifs. Un rapide coup d’œil sur les éti- quettes dans les rayons le conrme :

les tarifs sont très abordables. L’ entreprise intégre aussi la dimen-

« Un employé actionnaire de son entreprise est beaucoup plus motivé ! »

sion écologique. Tout dans la bou- tique est en accord avec ses convic- tions. De l'enduit naturel couvrant les murs, à l'utilisation de produits d'entretien non chimiques, savon bio et équitable, sans oublier la consommation d'électricité basse tension provenant d'énergies re- nouvelables Les deux mots clés de Puerto Cacao ? Social et environnemental. Social, pour son commerce équita- ble et respecteux, comme sa poli- tique d'insertion, de partage ; mais aussi environnemental, car l'entre- prise réduit au maximum son im- pact sur l'environnement - grâce à la compensation carbone. Aujourd'hui, l’entreprise est bien loin de ses débuts, elle a gagné en crédibilité, en notoriété. Et si l'es- poir de voir Puerto Cacao se déve- lopper en une chaîne de magasins était autrefois utopique, il se concrétise aujourd’hui avec l'ouver- ture d'un petit nouveau dans le 12 e arrondissement début septembre. Avec à peine trois années d'exis- tence derrière elle, cette expérience démontre qu’il n’est pas utopique de croire aux jeunes, aux projets so- ciaux, et de s’attacher à une certaine éthique. Puerto Cacao, bientôt en- seigne nationale de commerce équi- table ? C’est bien tout ce qu’on lui souhaite !

Marie Labadie Lemière

Mauvaise conscience gourmande contre bonne conscience équitable ? Dessin: Mehdi Benali, couleur: Lyn Mougeolle
Mauvaise conscience
gourmande contre
bonne conscience équitable ?
Dessin: Mehdi Benali, couleur: Lyn Mougeolle
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Lemien Juillet 2009

Economie Des investisseurs à visage humain Clubs d’investisseurs, les Cigales défendent une idée de l’entreprise

Economie

Des investisseurs à visage humain

Clubs d’investisseurs, les Cigales défendent une idée de l’entreprise qui rime avec « solidaire » et « locale ». En somme, « alternative » . En ces temps de crise : OVNI économique ou solution d’avenir ?

P lus que d’investir, c’est surtout d’un

désir de s’investir qu’il s’agit. Au lieu

d’acheter des actions et jouer en

bourse, sans s’impliquer dans les

prises de décision des entreprises,

les « cigaliers », comme ils s’appel-

lent entre eux privilégient la proxi- mité avec les porteurs de projet. Mode d’emploi d’une Cigales* : les membres du club, en général une dizaine de personnes, mettent en commun une partie de leur épargne, an de former un petit ca- pital leur permettant de soutenir et d’accompagner des entreprises en création. Financièrement, l’apport d’une Cigales est très modeste. En eet, les « cigaliers » épargnent en fonction de leurs possibilités, mais surtout sont pour la plupart étran- gers au milieu de la nance.

Un regard candide

François Delhommeau, investis- seur au sein de plusieurs Cigales ces dernières années, exerce le métier d’instituteur. « Évidemment, nous avons un expert comptable au sein de chaque Cigales, mais le fait que nous venions d’horizons très dié- rents nous fait proter d’un regard candide sur le monde de l’entre- prise » , nous cone-t-il. Les ciga- liers refusent les réexes du prot à tout prix qui poussent une grande partie des banques à refuser des projets de jeunes entrepreneurs, notamment lorsqu’ils sont sensibles à l’insertion de leurs salariés. « Ce que nous recherchons, c’est avant tout le rapport humain dans l’élabo- ration du projet. », insiste François. Quel genre de projet peuvent sou- tenir ces Cigales à petit budget ? « Chaque Cigales élabore ses critères dans le choix des entrepreneurs à ac- compagner, répond le cigalier, mais les grandes lignes sont les mêmes :

une certaine idée de l’économie soli- daire, du recrutement social des em- ployés, et du respect de l’environne- ment. » Les jeunes entrepreneurs qui bénécient de leur aide, man- quent de capital pour se lancer. De

plus l’aide qu’ils reçoivent implique qu’en retour, les cigaliers prennent part aux décisions de l’entreprise aux assemblées générales, et sensi- bilisent aux engagements de l’éco- nomie solidaire. Contrairement à celle des actionnaires habituels, la parole des petits contributeurs n’est pas rejetée. Émerge ainsi un désir de réhumaniser l’entreprise. D’abord en terme d’échelle : on fait tout pour que tous ses acteurs, in-

C’est le principe de « capital risque» :

les Cigales soutiennent les entre- preneurs jusqu’à l’épanouissement nancier de leur projet, mais si ce dernier échoue, les investisseurs peuvent perdre de l’argent. Il est assez rare qu’une Cigales fasse du prot, là n’est pas le but. En tout cas, pas question de spécu- ler sur des valeurs virtuelles : « On peut considérer l’économie solidaire et des organismes tels que les Cigales comme une réponse cohérente à la crise », estime François Delhom- meau. Les entreprises soutenues par tout le réseau de l’économie soli- daire ont assez peu souert de cette période de débâcle économique,

Guillaume Hermitte, fondateur de Puerto Cacao : une Success Story des Cigales Photo: Marie Labadie
Guillaume Hermitte,
fondateur de
Puerto Cacao :
une Success Story
des Cigales
Photo: Marie Labadie Lemière

vestisseurs, porteurs de projet, sala- riés, fournisseurs soient mis en re- lation. Le modèle de l’entreprise en expansion permanente, collection- nant sous-traitances et délocalisa- tions, fournisseurs aux prix les plus bas à l’autre bout du monde, est remis en question avec véhémence.

Une“capital risque”solidaire

L’apport des Cigales, c’est d’abord l’exercice d’une coopération con- crète entre entrepreneurs et inves- tisseurs. Si ce genre de projet pour l’économie reste marginal, et que ses acteurs regrettent que les politiques n’en prennent pas la mesure, le contexte actuel invite à s’y intéresser de près (voir interview page 5). Évidemment, tous les projets sou- tenus par les Cigales n’obtiennent pas un tel succès que Puerto Cacao.

entre autre du fait qu’elles sont éga- lement soutenues par des banques coopératives, comme la Nef*. À l’heure où l’on cherche des solu- tions pour l’avenir de l’économie, les Cigales et les acteurs de l’économie solidaire se reposent les questions de base de l’économie. Tous ar- ment que leur engagement est clai- rement politique. Face au capita- lisme et aux désastres écologiques et sociaux qu’il a entraînés notam- ment ces derniers mois, on peut imaginer simplement une manière de rééchir et d’agir ensemble, sans se perdre de vue les uns les autres. Ainsi, économie et éthique peu- vent devenir compatibles, et on peut se mettre à l’abri des tsunamis nanciers. Et en prime, faire sa vie dans le chocolat.

Juliette Sèdes

« On peut considérer l’économie solidaire et des organismes tels que les Cigales comme une réponse cohérente à la crise » François Delhommeau, cigalier

*Cigales : Clubs d’Investisseurs pour une Gestion Alternatives et Locale de l’Epargne Solidaire.

Nef : la Société nancière de la Nef est une coopérative de nances solidaires.

Dans le monde
Dans le monde
Iran 2.0 Le 12 Juin dernier, les élections présidentielles se tenaient en Iran. La réelection

Iran 2.0

Le 12 Juin dernier, les élections présidentielles se tenaient en Iran. La réelection du président sortant Mahmoud Ahmadinejad a été obtenu au prix de fraudes massives. Ce qui a déclenché des manifestations monstres de protestations. Pourtant dès le lendemain des élections, le gou- vernement iranien avait procédé à de nom- breuses actions arbitraires pour montrer son au- torité, pour faire peur et décourager les éventuelles protestations. Mahmoud Ahmadinejad est prêt à tout pour rester au pouvoir. Il a d'abord procédé à de nom- breuses arrestations de journalistes ou reporters étrangers, plus d'une trentaine, dont un journa- liste canadien travaillant depuis une dizaine d'années en Iran pour le magazine américain le NewsWeek : Maziar Bahari arrêté sans chef d’ac- cusation. Jon Leyne, correspondant en Iran pour la BBC a été expulsé du pays. Mais le gouvernement ne s'est pas contenté de ces mesures, il a aussi fermé plusieurs chaînes de télévision et a arrêté une rédaction complète, d'un seul coup ! Face à ces nombreuses tentatives pour empêcher la transmission d’information, les citoyens se sont tournés vers les nouvelles technologies et nouveaux réseaux de communication. D'après Clothilde le Coz de Reporters Sans Frontières, « cette utilisation des réseaux sociaux comme FaceBook et Twitter n'est pas nouvelle », mais elle s’est ampliée à l'approche des élections présidentielles où le pays a connu une période inédite de liberté d’expression dans laquelle la population s’est engourée, surtout la jeunesse. Depuis, c’est devenu le seul moyen à la disposi- tion des manifestants pour témoigner de leurs intiatives et de la violente répression qu’ils su- bissent. Les utilisateurs de ces sites prennent des risques en contestant le pouvoir : en Iran, les ar- restations de bloggeurs sont fréquentes. Depuis quelques temps, ils adaptent aux réseaux sociaux une pratique développée à l’époque contre les sbires du Shah d’Iran lors des mani- festations géantes de 1979 qui marquèrent la ré- volution islamique de l’ayatollah Kohmeiny. Il s’agit identier, photo et nom - voire adresse - à l’appui, les basidjis (milice fanatisée proche des radicaux du régime) qui répriment les manifes- tants réformateurs. Puis de diuser ces infor- mations grâce aux réseaux sociaux. Une mé- thode ecace pour les dénoncer et détruire leur sentiment d’impunité. RSF dénonce le fait que la société mondiale Nokia-Siemens « aurait fourni du matériel de surveillance téléphonique au gouvernement ira- nien», en précisant que, selon le géant, il ne s'agi- rait pas de matériel de surveillance sur Internet mais « seulement » d’écoute téléphonique. Nous voilà rassurés.

Medi Benali

Medium blanc

A lors que Polaroïd a arrêté sa produc-

tion de lms et d’appareils photo-

graphiques instantanés en 2008, les

derniers stocks s’écoulent à grande

vitesse. Autrefois outil culte prisé

autant chez les artistes que le grand

outil culte prisé autant chez les artistes que le grand The Impossible Project La production des

The Impossible Project

La production des lms instantanés

a certes été stoppée l’an dernier, mais

le projet Impossible s’est donné le dé d’une année pour relancer les précieux lms. Il existe pourtant de nombreuses dicultés à résoudre. En eet, outre le savoir-faire des employés, présents avant la fermeture de l’usine Polaroïd des Pays-Bas,

il faut maintenant réinventer

les composants chimiques permettant l’instantanéité de la photographie, qui étaient autrefois fabriqués dans l’autre usine Polaroïd au Mexique. La production reprendra début 2010, si tout se passe bien.

http://www.the-impossible-project.com/

(anglais)

public, il est en passe de devenir une

rareté photographique. Ce qui n’a pas laissé sans peine les virtuoses de ce format. La galerie Nivet-Carzon revient sur cet appareil qui a traversé les décen- nies dans tous les milieux. Avec Pol/A, 69 artistes orent une expo- sition collective, coordonnée par le label d’art contemporain Hypothèse. Sur deux murs de la galerie, nous re- trouvons une soixantaine de clichés :

un par artiste, un univers par pola- roïd. Car il s’agit bien là «d’un con- centré de morceaux d’univers que l’artiste formate selon son imagina- tion», nous indique le galeriste Kris- tof Seys, avec comme medium le cadre blanc du polaroïd et ses cou- leurs nostalgiques. «Le support est connu par certains depuis l’enfance, utilisé lors de fêtes familiales, alors que d’autres ne le connaissent que comme objet d’ar- tiste à part entière.

Lyn Mougeolle

Pol/A, jusqu’au 1er août. Ouvert du mardi au samedi de 14h30 à 19h30 Galerie Nivet-Carzon, 40, rue Mazarine – 75006 Paris +33 (0)9 54 29 30 10.

Illustration Medi Benali
Illustration Medi Benali

Depuis le

12 juin,

le pouvoir

iranien

a

la

journalistes

étrangers.

Il s’eorce

d’exercer

un contrôle

expulsé

totalité des

absolu

sur Internet.

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Lemien Juillet 2009

Société Câlin Gratuit ! Se voir proposer un câlin par un passant ? C’est le

Société

Câlin Gratuit !

Se voir proposer un câlin par un passant ? C’est le Free Hugs. Ce phénomène venu d’Australie vient de contaminer les parisiens.

V ous en avez peut-être vu errer, pan-

cartes levées, bras ouverts, les Free

Hugeurs révolutionnent Paris ! Leur

mission : nous proposer des câlins

pour… le seul plaisir !

Ce sont ces derniers mois que ce

phénomène se répand plus que ja-

mais, surtout chez les jeunes. Le principe est simple explique Léa B. :

« prendre une pancarte, qu’on peut personnaliser : la mienne c’est un simple cœur rouge avec des bras ou- verts vers l’extérieur. Ecrire “ Free Hugs ”, on le traduit par “ étreintes li- bres ” ou “ câlins gratuits ”. Puis, des- cendre dans la rue proposer des câ- lins, attendre que les gens viennent vers toi et te serrent dans leurs bras. »

Câlins réprimés

Apparu en Australie en 2004, en ré- ponse à la morosité et au cruel manque d’amour, le Free Hugs cherche à briser les barrières de l’in- dividualisme et de l’inhibition à partager quelques secondes de cha-

Le Free Hugs cherche à partager quelques secondes de chaleur humaine.

leur humaine. Ce concept est de- venu une lutte : réprimé par les au- torités, c’est à la suite d’une pétition de 10 000 personnes et d’un buzz sur YouTube (vidéo vue par un grand nombre de personnes dans un temps limité) que le mouvement s’est diusé à échelle mondiale. « D’emblée, l’idée m’a plue, poursuit la jeune adepte, même si elle m’ a un peu troublée en même temps. Lors

même si elle m’ a un peu troublée en même temps. Lors « Et puis, ils
« Et puis, ils y prennent vraiment plaisir ». Léa, pratiquante du Free Hugs. Photos
« Et puis, ils y prennent vraiment plaisir ». Léa, pratiquante du Free Hugs.
Photos : Julie Lapierre
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Lemien Juillet 2009

d’une manga expo des amis m’ont proposé une pancarte, j’ai accepté. Peu à peu on se rend compte : cela fait tant de bien ! Non seulement pour le plaisir du moment mais avec le recul : on se sent si er! » Quelques semaines plus tard elle s’est rendue à un autre rassemblement de Hu- geurs, ces rendez-vous sont devenus un moyen de rencontre, une vérita- ble communauté s’est formée. «Pour ma part, je ne me prends pas trop au sérieux, ce n’est pas une secte, cela reste pour le plaisir. J’aime le contact avec les gens, le Hug permet de créer un moment fort d’émotion, de joie et tout cela est gratuit, accessible à tous, à tous moments.» Les Free Hugers semblent attacher une grande importance à ce que leur mouvement ne devienne pas commercial. « Il se fonde sur la gé- nérosité et la spontanéité. Nous avons tous un profond besoin d’attention, d’amour, de contacts humains. Dans un monde où tant de choses se paient, le Free Hugs nous exprime clairement : qu’attendez-vous, rien ne vaut la chaleur humaine, allez vers les autres ! »

Fight Club des temps modernes ?

La particularité du Free Hugs est qu’il ne se repose pas que sur de l’utopie : il se confronte à la réalité « Ce n’est pas toujours facile. Il y a d’ emblée énormément de méance, de rejets, témoigne Julie N. On pro- pose simplement, on n’insiste pas. En général les gens sont gênés au départ, puis ils y prennent vraiment plaisir. Ce n’est qu’un peu de chaleur, on se fait plaisir en faisant plaisir aux gens. On montre que malgré peines, tracas, on peut se soutenir, le simple moment d’un câlin et même au-delà. Cet acte

est gratuit et il fait du bien

»

Tout comme le Fight Club de David Fincher, le Free Hugs aurait une vertue thérapeutique : depuis qu’elle participe aux câlins gratuits, Léa B. remarque qu’elle se sent mieux : « je dors mieux, je me sens mieux avec les autres, avec moi même et je fais de formidables rencontres ». Lorsque des Geeks se réunissent pour se combattre virtuellement, ils témoi- gnent du même phénomène. Au fond peut-être n’est-ce rien d’autre que tous recherchent : le plaisir d'un contact, le sentiment d'exister pour l’autre, et de se dépasser soi-même. Le Free Hugs, Fight Club des temps modernes ? Stéphane Ambach-Albertini