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Paléo Identification de chaînes opératoires lithiques du Paléolithique ancien et moyen Eric Boëda , Jean-Michel

Abstract

In Western Europe at least, the variability of Lower and Middle Palaeolithic production systems is founded still largely on the linear succession of pebble tool industries followed by bifaces industries (see the Acheulean) and those characterized by the débitage of flakes (see the Mousterian), though this succession, as a highly reductory scope. In the present state of the researches, the systemic approach of the processing sequences that occured during this long time span permits to identify several fundamental principles ruling tool production that are based on the use of the and/or of the débitage. In this paper, the different operating sequences are described in succession at different levels of analysis. The operating sequences among which the différents stages of biface knapping are most detailed, are first dealt with ; they are followed by the débitage operating sequences with a particular focus on the various Levallois methods ; the original trifacial operating sequences that have been described so far in South West France assemblages, are studied finally.

Résumé

La variabilité des systèmes de production lithique du Paléolithique ancien et moyen demeure, tout au moins pour l'Europe occidentale, encore largement fondée sur la succession linéaire, très réductrice, des industries à galets aménagés puis à bifaces (cf. Acheuléen) et, enfin, à débitage d'éclats (cf. Moustérien). L'approche systémique des chaînes opératoires de cette longue période autorise, dans l'état actuel des recherches, l'identification de plusieurs principes fondamentaux de production d'outillages basés sur le façonnage et/ou le débitage. A des degrés d'analyse différents sont décrites, successivement, des chaînes opératoires de façonnage dont les bifaciales sont les mieux détaillées ; des chaînes opératoires de débitage avec une attention particulière pour les diverses méthodes Levallois et enfin des chaînes opératoires trifaciales, originales, décrites pour l'instant dans le sud-ouest de la France.

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Boëda Eric, Geneste Jean-Michel, Meignen Liliane. Identification de chaînes opératoires lithiques du Paléolithique ancien et moyen. In: Paléo, n°2,1990. pp. 43-80.

Document généré le 16/10/2015

doi : 10.3406/pal.1990.988 http://www.persee.fr/doc/pal_1145-3370_1990_num_2_1_988 Document généré le 16/10/2015

PALÉO - N° 2 - Décembre 1990

IDENTIFICATION DE CHAINES OPERATOIRES LITHIQUES

DU PALEOLITHIQUE ANCIEN ET MOYEN

Eric Boëda1, Jean-Michel Geneste2, Liliane Meignen3

Résumé : La variabilité des systèmes de production lithique du Paléolithique ancien et moyen demeure, tout au moins pour l'Europe occidentale, encore largement fondée sur la succession linéaire, très réductrice, des industries à galets aménagés puis à bifaces (cf. Acheuléen) et, enfin, à débitage d'éclats (cf. Moustérien). L'approche systémique des chaînes opératoires de cette longue période autorise, dans l'état actuel des recherches, l'identification de plusieurs principes fondamentaux de production d'outillages basés sur le façonnage et/ou le débitage. A des degrés d'analyse différents sont décrites, successivement, des chaînes opératoires de façonnage dont les bifaciales sont les mieux détaillées ; des chaînes opératoires de débitage avec une attention particulière pour les diverses méthodes Levallois et enfin des chaînes opératoires trifaciales, originales, décrites pour l'instant dans le sud-ouest de la France.

Abstract : In Western Europe at least, the variability of Lower and Middle Palaeolithic production systems is founded still largely on the linear succession

of

this succession, as a highly reductory scope.

In

the present state of the researches, the systemic approach of the processing sequences that occured during this long time span permits to identify several fundamental principles ruling tool production that are based on the use of the and/or of the débitage.

In

this paper, the different operating sequences are described in succession at different levels of analysis. The operating sequences among which the

pebble tool industries followed by bifaces industries (see the Acheulean) and those characterized by the débitage of flakes (see the Mousterian), though

différents stages of biface knapping are most detailed, are first dealt with ; they are followed by the débitage operating sequences with a particular focus

the various Levallois methods ; the original trifacial operating sequences that have been described so far in South West France assemblages, are studied finally.

on

1 - INTRODUCTION

1-1 Approche des chaînes opératoires En règle générale, l'approche des industries lithiques, d'un point de vue naturaliste, n'a autorisé qu'une lecture descritèresmorphologiques éventuellementassortis d'éléments techniques décrits et définis de manière abstraite, car systématique et générale. La classification

morphologiquedes types d'outils et des ensembles lithiques, qui en

a découlé, fut souvent faite au détriment d'une lecture

technologique des systèmes de production de l'outillage. Cependant, c'est l'approche systémique des industries lithiques qui semble permettre actuellement, à travers la perception des chaînes opératoires, uneanalyse des systèmes de production lithique et de leurs implications culturelles, spatiales et économiques. Néanmoins, l'approche et la détermination des chaînes opératoires du Paléolithique inférieur et moyen reste extrêmement difficile. L'une des difficultés est directement liée à l'hétérogénéité des documents recueillis, qui ne fournissent pas, dans la plupart des cas, les informations nécessaires à la reconstitution des chaînes opératoires supposées présentes. Une autre difficulté, et non des moindres, se situe sur un plan méthodologique. En effet, sur le plan strictement lithique, la seule notion de chaîne opératoire, pour ces périodes, n'est pas opérationnelle, car trop globalisante. Nous préférons lui substituer deux autres notions recouvrant deux champs de recherche

rents mais complémentaires, que nous appellerons technopsychologique et techno-économique. L'approche techno-psychologique se propose de déterminer les connaissances mises en jeu dans tout système technique de productionlithique. L'architectureopératoirepeut s'analyser de façon graduelle en terme de concept, méthode, technique, processus, etc. La détermination de ce savoir humain ou de cette mémoire technique constitue l'objectif prioritaire de toute analyse des chaînes opératoires. L'aspect techno-économique recouvre un champ de lecture et d ' analyse différent mais tout aussi ambitieux, puisqu'il se propose d'analyser sous l'angle économique, donc social, le comportement technique de ces hommes. Globalisante, cette dernière approche esten conséquence la plus soumise à l'influence de données archéologiques extérieures au domaine technologique (caractéristiques, accessibilité et formes de diffusion de la matière première, gestion ergonomique des produits, etc.). Une telle approche tient un rôle capital dans les processus d'interprétation de la variabilité des systèmes de production lithique parce qu'elle implique nécessairement l'intégration de données complémentaires. Cependant, l'acquisition et la manipulation de celle-ci ne seront pas décrites ici si ce n'est que succinctementà travers quelques exemples archéologiques. Le travail présenté dans cet article ne peut pas, et ne

1 2 Direction des Antiquités Préhistoriques d'Aquitaine, 6 bis cours de Gourgue, 33074 BORDEAUXCEDEX - FRANCE
3

ERA 28 du C.RA., CN.R.S., 1 place Aristide-Briand, 92195 MEUDON PRINCIPAL CEDEX - FRANCE

ERA 28 du C.R.A., CN.R.S., Sophia Antipolis, 06560 VALBONNE

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veut pas, être un travail exhaustif sur les chaînes opératoires du Paléolithique ancien et moyen. En revanche, il constitue un premier pas vers la détermination de cette notion à ces périodes. Dans la plupart des cas, les chaînes opératoires présentées sont donc incomplètes car elles représentent un état de la recherche. Pour des simplicités d'expression et de compréhension, nous utiliserons seulement le terme de chaîne opératoire tout en sachant que, dans certains cas, de terme recouvre plus l'aspect technopsychologique ou techno-économique.

1-2 Cadre spatio-temporel

L'Europe occidentale servira essentiellement de cadre aux exemples analysés et cités. C'est en effet dans cette zone qu ' ont été le plus anciennement et le mieux définis les ensembles industriels du Paléolithique moyen. Des exemples seront pris au Proche-Orient pour la spécificité de certaines chaînes opératoires Levallois (méthodes récurrentes unipolaires), cela pour des raisons strictement liées au développement des recherches technologiques. Le Paléolithique moyen seratraité dans uneperspective résolument diachronique en recherchant des racines dans les productions d'éclats et de bifaces de l' Acheuléen. C'estdoncunepériodecouvrantprincipalement1' avant- dernière glaciation et le début de la dernière jusqu'à l'interstade wûrmien qui sera prise en perspective. Des références plus anciennes serontponctuellement utilisées pour jalonner le développement chronologique de ces chaînes opératoires.

1.3. Chaînes opératoires en présence

En Europe, depuis le Paléolithique inférieur jusqu'au Paléolithique moyen, de nombreuses chaînes opératoires se sont succédées et ont coexisté durant des périodes plus ou moins longues. Ce buissonnement est déjà présent au Paléolithique inférieur. Une vision tropuniverselle nous a parfois, à tort, fait confondre période etculture, tel l' Acheuléen (Boëda à paraître, Delpech et al. à paraître). Devant cette diversité, il a nécessairement fallu clarifier l'exposé et sélectionner, au sein des ensembles en présence, un nombre restreint de chaînes opératoires (ou tout du moins d'éléments de chaînes opératoires). L'état des recherches actuelles ne permet d'ailleurs que de détailler les plus significatives. Depuis le Paléolithique inférieur jusqu'au Paléolithique moyen, on peut dresser l'inventaire des chaînes opératoiresjusqu'alors identifiées. Ces chaînes peuvent êtreregroupées selondeuxgrands principes de taille : le façonnage et le débitage.

1-3-1 Chaînes opératoires de façonnage

1 - Chaînes opératoires de galets aménagés En général, elles ne sont qu'évoquées puisque nous ne disposons d'aucun gisement européen étudié dans

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cetteperspective.

2 - Chaînes opératoires bifaciales

A priori mieux connues, elles sont présentes dans

l'Acheuléen, le Micoquien oriental, le Moustérien

de tradition acheuléenne, le Bohunicien et le Szélé-

tien (cette liste n'est pas exhaustive).

1-3-2 Chaînes opératoires de débitage

1 - Chaînes opératoires productrices d'éclats Elles sont de loin les plus nombreuses car présentes de façon ininterrompue durant toute la préhistoire. Aussi font-elles l'objet du plus grand nombre

d'études technologiques. La mise en évidence de schémas opératoires différents nous permetde distinguer actuellement les chaînes opératoires suivantes :

-

-

-

de débitage Levallois,

de débitage discoïde,

de débitage de type Quina.

est évident qu'à l'intérieur même de ces trois

Il

catégories il existe une très grande variabilité,

multipliant ainsi

le nombre de chaînes opératoires

possibles.
2

Chaînes opératoires à production mixte : lame,

-

pointe, éclat Ces chaînes opératoires Levallois ou non ont souvent été décrites pour le Paléolithique moyen au Proche-Orient. Elles semblent exister également en Europe où elles sont encore mal identifiées.

1-3-3 Chaîne opératoire trifaciale

Originales, décrites dans le sud-ouest de la France, elles reposent en priorité sur un schéma opératoire de débitage. Mais en phase finale, ce schéma inclut une éventuelle transformation de certains produits en outils (nucleus par exemple). Cette transformation doit être «programmée» dès le départ des opérations de taille. Si nous voulions résumercettesituation, nous dirionsque les hommes préhistoriques ont tout d'abord effectué une opération de débitage, suivie d'une opération de façonnage, réalisée à partir de produits spécifiques obtenus au cours de la première phase.

Chacune de ces chaînes opératoires peut, à elle seule, caractériser un ensemble lithique. Mais il existe aussi souvent le cas de figure inverse où plusieurs chaînes opératoires sont en présence. La caractérisation d'un ensemble lithique sera alors basée sur l'importance relative de ces différentes chaînes. Il importe alors de définir les modalités de cette coexistence : elles peuvent être totalement indépendantes et autonomes, ou croisées, c'est-à- dire qu'elles interféreront à un moment donné des opérations. Il existe encore une troisième possibilité à travers laquelle ces chaînes opératoires sont hiérarchisées (débitage puis façonnage) (Roche et al. 1988).

1-4 Chaînes opératoires analysées

Deux catégories de chaînes opératoires ont été retenues, qui sont les plus anciennement et les mieux identifiées dans l'aire géographique et la période envisagées : il s'agit des chaînes bifaciales et Levallois. En outre, l'une et l'autre se réfèrent à deux grands principes de fabrication de l'outillage : le façonnage et le débitage. Les conceptions techniques sous-jacentes en sont radicalement différentes. Le façonnage : il s'agit de l'aménagement d'une pièce au sein d'une masse de matière investie dès le départ de l'approche progressive de la forme et du volume finals. Le débitage : il s'agit du fractionnement d'un volume de matière par une panoplie de méthodes spécifiques, en différentes unités de formes et de volumes qui sont obtenues en séries différenciées ou standardisées, récurrentes ou Hnéales selon le cas.

Ces deux catégories de chaînes opératoires sont habituellement utilisées pour caractériser technologiquement, mais de manière abusivement exclusive, respectivement le Paléolithique inférieur (si ce n'est l'Acheuléen) et le Paléolithique moyen (si ce n'est le Moustérien). La prise en considération dans le raisonnement de leur variabilité et de leurs modes de coexistence est donc porteuse d'informations en terme de complexité. En effet, la chaîne opératoire bifaciale apparue tôt dans l'Acheuléenafricain sera examinée ici uniquement dans le cadre européen durant le Paléolithique inférieur du sud- ouest de la France puis à son aboutissement au Paléolithique moyen où elle coexiste sous divers modes d'associations avec des chaînes de production d'éclats. Les chaînes opératoires Levallois, dans certains cas mieux connues et mieux étudiées dans toutes leurs séquences, seront plus détaillées depuis l'acquisition de la matière première jusqu'à leur achèvement fonctionnel (emmanchement, utilisation) (Anderson-Gerfaud 1981, Beyries 1987, 1988, Shchelinskii in Plisson 1988). L'étude de la variabilité des méthodes Levallois (Boëda 1986, 1988a, 1988b) permet, à travers la définition de différents objectifs mentaux, une étude de la relation entre l'intention du tailleur et la démarche utilisée. Cette catégoriede chaîne opératoire est représentative du Paléolithique moyen en ce sens qu'elle s'y développe largement même si elle existe auparavant.

La représentation des chaînes opératoires ne préjuge en rien de leur ordre d'apparition chronologique. Il est évident, comme cela sera évoqué plus loin, que le débitage d'éclats a dû précéder de beaucoup la genèse de la fabrication bifaciale, que les racines des chaînes opératoires Levallois sont anciennes et qu'elles coexistent déjà avec la présence de bifaces, dominante dès le début de l'Acheuléen.

2-CHAINES OPERATOIRESBIFACIALES

Classiquement, au sein des chaînes opératoires bifaciales, le biface et le hachereau sont les deux principaux produits recherchés. Mais le terme de biface recouvre à lui tout seul des réalités bien différentes qui n'ont que très rarement été analysées sur un plan technologique. Il existe bien des classifications mais essentiellementtypologiques (Alimen et Vignal 1952, Bordes 1961), à la différence du hachereau qui futl'objet d'un classement morpho-technique (Tixier 1957, Chavaillon 1965). Le phénomène bifacial en tant que système de façonnage s 'opposant aux systèmes de débitage n'a que très rarement fait l'objet de recherche technologique globalisante. Les différentes analyses portent en général sur le phénomène bifacial Acheuléen considéré sur un plan dia- chronique comme précurseur et qui par voie de conséquencedevient le réfèrent. Mais que deviennent les industries du Micoquien oriental, du Moustérien de tradition Acheuléenne, de l'Acheuléen supérieur, de l'épi-Acheu- léen et les autres industries présentant de très nombreux outils «à retouche sur face plane» ? Ces industries se caractérisent aussi par une production lithique basée sur le débitage, elles sont doncmixtes. Nous pouvons alors nous interroger sur le sens à donner à ce mode de production bifacial. Avons-nous affaire à une production autonome et totalement indépendante de la production d'éclats ou bien à une production qui, toutebifaciale qu'elle soit, estrégie de la même façon qu'une production d'éclats ? En d'autres termes, il nous semble nécessaire de distinguer des schémas opératoires où la pièce bifaciale en est l'aboutissementet le volume façonné l'outil, et des schémas opératoires où, au contraire, la pièce bifaciale ne représente qu'un stade de configuration nécessaire suivi d'autres stades d'aménagement. Dans ce cas, les pièces bifaciales sont conçues comme des supports au même titre que des éclats et le façonnage se substitue au débitage pour produire des supports spécifiques. Cette spécificité est, dans certains cas, si puissante que dans les industries lithiques, où il n'existe qu'un schéma de débitage, la retouche se substitue au façonnage pour produire des pièces «bifaciales» (ex. :

racloir à retouche sur face plane). Par ailleurs, au même titre qu'un système de production d'éclats, il existe une très forte variabilité morpho-technique des supportsbifa- ciaux signifiant l'existence de méthodes différentes. Ces observations constituent une base de travail. Mais les analyses technologiques mettent clairement en évidence unedifférencequi nous sembletrès importante. Elle concerne la façon de concevoir le volume : dans le cas où la pièce bifaciale apparaît comme un support d'outils, la section de la partie de la pièce qui semble opérationnelle est piano-convexe et dans l'autre cas la section est biconvexe. Nous distinguons ainsi deux grandes familles de chaînes opératoires s'opposant sur la relation entre le volume et l'outil : l'un est l'outil, l'autre le support.

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2-1 Chaînes opératoires des «pièces bifaciales tils»

Schéma opératoire La production de «pièces bifaciales outils» résulte de l'affinage d'ébauches successives jusqu'à l'obtention de la forme recherchée (fig. I, n° 1). Quel que soit le stade d'exhaustion, de la première ébauche jusqu'à la pièce finale, laconfiguration volumétrique reste identique. Cette configuration est des plus simples : elle consiste en deux surfaces non hiérarchisées, convexes et symétriques par rapport à leur plan sécant et sagittal. La mise en place de ces deux surfaces est simultanée et investie de la même fonction : créer un bord actif susceptible d'être retouché.

Méthodes

Devant la linéarité du processus de fabrication du «bifaceoutil», les méthodes mises enjeusontpeu différenciées. Seule la recherche de caractères particuliers

suscitera l'utilisation de méthodes différentes. Ces caractères concernent :

- le type de delineation (rectiligne ou sinusoïde),

- les plans de symétrie (frontal ou sagittal),

- un caractère naturel ou prédéterminé utile (base

réservées, dos naturel, tranchant transversal). De même, en fonction du support initial utilisé -bloc, éclat de gel, fragment, éclat ou éclat Kombewa- le stade d'initialisation de l'ébauche peut être réalisé de façons différentes. Néanmoins, quelle que soit la méthode optée, les éclats de façonnage auront strictement le même rôle, puisque l'opération de taille est linéale. Ils seront facilement re-

groupables en différentes classes morpho-techniques, chacune d'elles traduisant le stade d'exhaustion de l'ébauche.

Techniques

Les techniques mises en jeu sont de deux ordres : la percussion au percuteur dur et la percussion au percuteur tendre. Leur utilisation peut être exclusive ou associée. Dans le cas d'une association, le percuteur dur est souvent utilisé en premier. En effet, en fonction du volume et de la morphologie du bloc, son utilisation est préférable, voire nécessaire.

Acquisition des matières premières

Dans le cadre de l'étude des méthodes, nous avons évoqué le problème de la variété des supports utilisables pour le façonnage de la première ébauche. Il est évident qu'en fonction du type de support utilisé, les séquences opératoires, qui le produisent, seront différentes. Mais ces différences ne s'analyseront pas de la même manière. Dans certains cas, elles s'analyseront en terme de méthodes et dans d'autres cas en terme de schémas opératoires.

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Ces derniers sont en général des schémas de débitage. En effet, beaucoup de supports sont des éclats qui résultent de systèmes de production différents (Levallois, Kombewa, autres Ainsi, certaines chaînes opératoires seront

particulièrement délicates à analyser car elles sont régies par plusieurs schémas opératoires. Mais, hélas, force est de constater que ces chaînes opératoires sont rarement étudiées dans leur globalité, laissant souvent de côté l'analyse de la séquence de production des supports. Pourquoi ? En dehors de l'illogisme d'une telle démarche intellectuelle, au regard d'études de collections (bien pauvres), il nous semble que la variabilité des chaînes opératoires bifaciales se situe aussi à ce niveau. Les études concernant les hachereaux sont là pour le démontrer. De même, nous devons prendre en compte des problèmes d'accessibilité et de caractéristiques des matières premières et considérer aussi l'organisation spatiale des activités techniques liées à l'acquisition de la matière première. Devant la disparité des études concernantce problème pour ces périodes, il nous semble préférable de présenter, sans commentaire, les différentes questions auxquelles il faut répondre :

- Caractéristique de la matière première :

- Transportable ou non transportable. Et par la suite, la fragmentation sur place des blocs bruts ou leur non

transformation; - Morphologie : sélection d'une morphologienaturelle ou indifférence au support. On peut mettre en évidence, par exemple, le rôle de la sélection d'une morphologie naturelle adaptée à l'objectif dans le processus de la chaîne opératoire de certaines industries acheulécnnes : cas de blocs partiellement aménagés à Cagny et à Barbas ; façonnage de la totalité du volume du biface dans d'autres cas. La sélection d'une morphologie naturelle peut trouver son équivalent dans la productiond'éclats-supports adaptés. Problème de la qualité technique du matériau : les choix observés sont-ils liés à des exigences ?

- Accessibilité à la matière première :

- Territoire d'exploitation des ressources :

- quantitatif : nombre de sources exploitées,

qualitatif : types de matières premières et localisation (local, proche, éloigné).

-

- Moyen d'accès à la matière première :

- extraction ou collecte.

- Organisation spatiale des activités techniques liées à

l'acquisition de la matière première :

- Formes techniques du transport de la matière

première en blocs, en fragments, en éclats en ébauches (début de la transformation sur place),

- Existence ou non de sites spécialisés dans

l'acquisitionou le début de la transformation des blocs.

Fig. 1 Chaînes opératoires bifaciales 1 2 3 4 : Biface outil du gisement du

Fig. 1 Chaînes opératoires bifaciales

1

2

3

4

: Biface outil du gisement du Dau, Moustérien de Tradition Acheuléenne, d'après Rigaud, 1982 ;

: Pièce bifaciale support, Barbas couche II. Les deux bords convergents présentent une retouche continue

: Pièce bifaciale support de La Micoque, couche 6.

: Prondnickmesser. Villemaur-sur-Vanne.

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2-2 Chaînes opératoires des «pièces bifaciales supports»

Schéma opératoire

La production de ces supports résulte de la mise en place de deux surfaces sécantes dont l'une est convexe et l'autre plane. Le plan d'intersection de ces deux surfaces se confond alors avec la surface plane. Le volume ainsi construit comporte deux surfaces hiérarchisées et non symétriques dans leur plan frontal. En fonction des méthodes optées, l'ordre de façonnage de ces deux surfaces pourra varier ; en revanche, elles ne

seront jamais réalisées simultanément. Ceci pour la simple

raison que leur construction résulte de

combinaison de différents enlèvements. Construire une surface plane nécessite qu'elle soit conçue dès le départ des opérations. En effet, il est très difficile de transformer une surface convexe en une surface plane, l'inverse estpar contre nettement plus facile à réaliser. De même, le façonnage d'une surface plane est techniquementplus difficileà réaliser, carplus soumis aux accidents d'outre-passage ou de rebroussé. C'est pour

cetteraison que, dans certains cas, afin de contourner cette difficulté l'homme préhistorique est parti d'une surface déjà plane (face inférieure d'éclat, plan de clivage d'un bloc). Mais pourquoi utiliser une surface plane pour en faire une autre surface plane et ceci avant l'aménagement du moindre bord actif ? Cette situation paradoxale ne se justifie pleinement que si l'outil est conçu uniquement aux dépens d'un certain type de support bifacial. Au même titre qu'il existe des systèmes lithiques producteurs d'éclats supports, il existe d'autres systèmes dont le support de base est une pièce bifaciale. Il est évident que les modalités d'application d'une telle conception seront diversifiées. Nous sommes en mesure d'en distinguer actuellement trois :

l'utilisation et de la

- il s'agit d'un support particulier aux dépens duquel sera fait un outil particulier. C'est le cas par exemple de certains bifaces du M.T. A. ou encore des racloirs Quina à retouche sur face plane. Ces outils sont généralement associés à d'autres outils faits aux dépens d'éclats, ces derniers conservant leurs caractéristiques volumétriques. Nous sommes donc en présence de deux schémas opératoires : l'un de débitage (indépendant), l'autre de façonnage, ce dernier étant réservé pour la fabrication d'un outil spécifique nécessitant une section piano-convexe. Si nous ajoutons à cela le problème de l'acquisition du support aux dépens duquel sera façonnée la pièce bifaciale, nous constatons alors que certaines chaînesopératoires posséderontplusieurs schémas opératoires en inter-action, témoignant ainsi de l'extrême complexité de certaines chaînes opératoires à ces périodes.

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- une forte proportion d' outils est fabriquée aux dépens de supports bifaciaux piano-convexes. Dans ces conditions, nous observons une certaine variabilité parmi ces supports. Mais seule la notion de piano- convexe est invariante. C'est le cas de certaines industries du Micoquien oriental ou encore, mais avec moins de certitude, certaines industries de FAcheuléen final ou supérieur.

- une conception intermédiaire est perceptible ou les pièces bifaciales seront les supports d'une catégorie d'outils : les racloirs -des racloirs simples et convergents. C 'est le cas de certaines industries acheuléen- nes.

Méthodes

Les méthodes pourront varier en fonction :

- du type d'outil recherché : faustkeilblâtter, blatt- spitzcn(fig. l,n°2),

- du type de support bifacial : «biface micoquien»

(fig. 1, n° 3), «biface M.T.A.» (fig. 1, n° 1),

- d' un caractère naturel ou prédéterminé utile (dos) :

prondnickmesser (fig. I, n° 4). Elles varieront aussi en fonction du type de support choisi pour être transformé en «pièce bifaciale support».

Techniques

Les techniques seront de deux ordres : percussion directe au percuteur dur et/ou tendre. Suivant les méthodes optées, l'agencement des méthodes variera.

Acquisition de la matière première

Le problème est strictement identique à celui que nous avons évoqué pour les «pièces bifaciales outils».

Séquence d'aménagement par la retouche

Cette séquence est importante puisqu'au même titre que l'éclat, en fonction de la spécificité du support, il peut exister une certaine variabilité opératoire. L'importance de cette étape n'est pas non plus toujours fonction de l'intensité de la retouche. En effet, dans certains cas, la pièce bifaciale est amenée au plus près de la future forme de l'outil. La retouche se fait en général sur la surface convexe, excepté pour le prondnickmesser ou cette retouche se fait sur la surface piano-convexe. La pièce bifaciale apparaît comme un support orienté et hiérarchisé. Lorsqu'on envisage les séquences de réaménagement de l'outil, on observe, à la différence des outils sur éclats, que cette remise en forme concerne aussi bien la surface convexe que la surface plane. Dans le cas de cette dernière surface, les éclats de retouche maintiennent la surface plane, donc plutôt que d'une véritable retouche, il s'agit du maintient du caractère opérationnel du support initial.

L'analyse technologique nous permet de mieux mettre en évidence des différences à l'intérieur de la grande

famille du «biface». Mais ces différences sont telles qu'il

de garder un terme unique et chargé

d'un tel sens. De plus, s'il nous fallait encore un argument pour convaincre de la nécessité de raisonner en des termes différents, nous pourrions évoquer le problème bifacial sous l'angle ergonomique. Une «pièce bifaciale outil» ne peut vraisemblablement s'utiliser de la même façon qu'une «pièce bifaciale support» dont un des bords est aménagé, quel que soit le type de travail effectué. Il est donc délicat de continuer à parler de bifaces pour l'ensemble ; il conviendrait de réserver ce terme à des pièces très précises, correspondant à des schémas opératoires toutaussi précis.

n'est plus concevable

3 - CHAINE OPERATOIRE TRIFACIALE

Une nouvelle catégorie de chaînes opératoires est actuellement en cours d'étude. Elles sont structurées aux dépens d'une conception trifaciale du débitage. Cette conception très particulière fut mise en évidence à partir du matériel lithique du Pech de l'Azé II (C.9, C.8) (Boëda sous presse). Autrefois décrit comme un Acheuléen méridional (Bordes 1950, 1971), ce matériel se caractérisait par la présence de bifaces mal venus, peu soignés, souvent nucléiformes, de nombreux éclats -Levallois ou non- et des outils. L'analyse technologique montre que ce matériel appartient à un même et seul schéma opératoire nommétrifacial.

3-1 Schéma opératoire Le schéma opératoire trifacial est essentiellement un schéma de débitage. La production d'éclats est obtenue aux dépens d'un bloc matrice de section triangulaire, plus rarement quadrangulaire. Les outils sontaménagés à partir des éclats et des nucleus.

Phase d'initialisation : création d'un bloc matrice

triangulaire La mise en forme du bloc matrice se fait aux dépens de petits rognons ou d'éclats de gel. Le tailleur aménage une première surface plane par de grands enlèvements de directions parallèles. En fonction de l'état initial naturel de cette surface, elle sera plus ou moins aménagée. A partir de cette surface, la deuxième surface est réalisée par des enlèvements envahissants. L'angle compris entreces deux surfaces est de l'ordre de 70°-90°. La troisième surface aménagée à partir de la deuxième vient recouper la première et donner une section triangulaire à ce bloc matrice.

L'angle compris entre la deuxième et la

troisième surface

est de l'ordre de 45°. Le volume ainsi construit est délimité par trois surfaces planes sécantes. Une quatrième surface peut être présente mais il s'agit, dans ce cas, du rattrapage de la troisième surface n'ayant pu recouper la première. La section est alors sub-triangulaire. A ce stade de préparation, plusieurs éventualités vont se présenter selon l'objectif du tailleur.

MATRICE TRIFACIALE | DEBITAGE RECURRENT □ □ □ □ "NUCLEUS" ECLATS TRIFACE Autres Grands éclats
MATRICE
TRIFACIALE |
DEBITAGE RECURRENT
□ □ □ □
"NUCLEUS"
ECLATS
TRIFACE
Autres
Grands éclats
débordants
0
RETOUCHE
MARGINALE
AMENAGEMENT
PARTIEL
T
DES BORDS
AMENAGEMENT
SPECIFIQUE
D'UNE EXTREMITE
I
Outils
û iatil s "bifaciaux:
Triface
partiels sur éclats
o
DL, Eclat
appointé
à tranchant
Trif ace appointé
Q_ Eclat
tran sver sal
Tiface à tranc liant
transversal
_
Triface divers

49

Phase de debitage

Cette phase opératoire représente le plein debitage. Le debitage se fait aux dépens des deuxième et troisième surfaces qui servent alternativement de surfaces de plan de frappe. La première surface est rarement exploitée comme surface de debitage, en revanche elle peut servir de surface de plan de frappe. L'exploitation du bloc matrice se fait par des enlèvements envahissants de direction centripète et cordale (fig. 2, n° 1 et 2). Par enlèvement de direction cordale, nous entendons des enlèvements d'axe déjeté par rapport au centre du nucleus à la différence des enlèvements de direction centripète dont l'axe passe par le centre du nucleus. Nous avons été amenés à opérer cette distinction car la direction choisie a des conséquences non négligeables tant sur les critères morphotechniques de l'éclat obtenu que sur l'enchaînement des éclats. De direction cordale, les éclats présentent un débordement mais l'axe de debitage n'est pas identiqueà l'axe morphologique (le différenciantainsi de l'éclat débordant sensu stricto). Sur la surface débitée, le débordement (re)crée des convexités latérales favorisant la poursuite du debitage. Du fait de la combinaison d'enlèvements de direction cordale et centripète, la surface est toujours maintenue dans le même état technique rendant possible laproduction d'éclats successifs relativement envahissants. Les enlèvements de direction cordale permettent aux enlèvements centripètes de ne pas réfléchir grâce aux convexités qu'ils aménagent. Excepté le débordement de certains enlèvements, il ne semble pas exister de caractères techniques aussi standardisés sur les autres produits. La production d'éclats par surface débitée nous semble répondre à une recherche de productivité plutôt qu'à une quelconque notion de standardisation des futurs supports d'outils. Cette productivité est rendue possible par le parallélisme des plans de fracturation des éclats les uns par rapport aux autres. Ce parallélisme permet de maintenir une surface de debitage piano-convexe sans cesse renouvelée. Cette conception trifaciale du debitage est de type récurrent car chaque enlèvement exerce un contrôle sur la surface à débiter. Chaque enlèvement est prédéterminant. Ils sont de même prédéterminés. Cette prédétermination est uniquement due à l'enchaînement d'enlèvements de direction centripète et cordale. Donc d'une certaine manière, du fait de l'entretien de cette surface permettant d'obtenir un maximum d'éclats, la morphologie et les caractères techniques de ces derniers étaient évidemment connus voire même recherchés. Un tel schéma opératoire peut produire des éclats dits Levallois (fig. 3A). Mais au regard du schéma opératoire trifacial, ces éclats ne sont pas Levallois dans le sens technologique. En effet, du fait que nous sommes obligés d'utiliser une terminologie déjà existante, il existe des risques de confusion. Il faut distinguer deux aspects : l'un typologique et l'autre technologique. Un éclat peut très

bien être typologiquement Levallois sans pour cela être technologiquement Levallois. Cela n'a rien de surprenant puisque la production d'éclats Levallois n'est pas

spécifique d'un debitage Levallois. De la même façon les pointes pseudo-Levallois ne sont pas spécifiques d'un debitage discoïde, les lames ne sont pas spécifiques d'un debitage de type Paléolithique supérieur, etc. Seule l'étude des conceptions sous-jacentes qui

régissentle debitage permet de définir celui-ci

de déterminer les objectifs recherchés. Les nucleus résiduels ont conservé, tout le long du debitage, un volume trifacial identique à la matrice de départ produisant ainsi des enlèvements de dimensions variables mais qu'il est aisé de regrouper par catégories techniques. Une de ces catégories peut consister en de grands enlèvements débordants et, dans certains cas, outrepassants (fig. 3B). Ces enlèvements résultent de l'utilisation de méthodes particulières que nous ne détaillerons pas ici. Ces éclats sont aménagés dans un second temps en outils. Le bulbe et le talon sont éliminés créant alors un bord tranchant. La delineation des bords est convergente ou parallèle, créant ainsi soit une pointe, soit un tranchant. La partie opposée correspond au débordement et n'est que très peu modifiée. Ces éléments sont appelés pièces appointées et pièces à tranchant transversal et non pas bifaces ou hachereaux. L'intentionnalité de tels supports est à envisager bien qu'ils puissent résulter d'accidents de taille. Néanmoins, ils s'inscrivent parfaitement dans le schéma de taille que nous avons décrit précédemment. De tels éclats de dimensions plus modestes furent produits en quantité et retouchés. Aussi, pourquoi les plus grands ne le seraient-ils pas ? Au Pech de l' Azé, où ces objets furent retrouvés, ils sont tous aménagés en outils.

et, par là même,

Phase d'aménagement des nucleus

Le debitage de certains nucleus est conduit de telle manière que ces derniers possèdent une silhouette plus allongée tout en conservant, par ailleurs, la même conceptionvolumétrique trifaciale (fig. 2, n° 3 et 4). Une fois cette silhouette particulière obtenue, on constate un aménagementpartiel du nucleus. Cet aménagement consiste à créer un appointement aux dépens d'une des extrémités ; ce travail peut être succinct ou important. Ces pièces, au Pech de l' Azé II, furent considérées par F. Bordes comme des bifaces nucléiformes, justifiant à eux seuls la notion d'Acheuléen méridional.

La mise en évidence d'industries lithiques régies par de tels schémas opératoires de debitage éclaire différemmentcette période confuse qu'est l' Acheuléen. Dans le cas présent, le debitage s'organise aux dépens d'une matrice trifaciale. Le nucleus ainsi conçu gardera cette forme caractérisée tout le long du debitage. Cette persistance témoigned'un systèmetechnique parfaitementadaptéaux

50

Fig. 2 Chaîne opératoire trifaciale 1 et 2 : Nucleus issus d'une matrice trifaciale. Pech

Fig. 2 Chaîne opératoire trifaciale 1 et 2 : Nucleus issus d'une matrice trifaciale. Pech de l'Azé II, couche 9 ; 3 et 4 : Nucleus aménagé : triface appointé. Pech de l'Azé II, couche 9. Les pointillés, du plus gras au plus fin, représentent les différentes opérations techniques. Le dernier correspond au stade d'aménagement du nucleus en outil.

51

Fig. 3 Chaîne opératoire trifaciale Adeest:4parallèleEclatset 5, l'axede àdebitagel'axede debitagede

Fig. 3 Chaîne opératoire trifaciale Adeest:4parallèleEclatset 5, l'axede àdebitagel'axede debitagede dudebitage.Pechet l'axede l' Azédu dosII, divergent.couche 9. LesLes enlèvementsenlèvements 4,6 et5, 76 sontet 7 présententdes éclats débordantsun dos aménagéclassiquesDans' lele doscas

LedusensB : stadedébordementEclatfonctionneld'aménagement,débordantetprécis.la: Pechrégularisationreprésentéde l' Azé II,desparcouchebords.des pointillés9.L'ensembleIl s'agitclairs,d'undeconsisteéclatces modificationsplusen unelargeéliminationquesemblelong présentantduconférerbulbe, àununcetaménagementdébordementéclat débordantlatéralpartielun

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objectifs connus aussi bien quantitatifs que qualitatifs. Cette caractéristique trifaciale n'est pas isolée, d'autres gisements présentent ce phénomène mais le niveau d'analyseentre gisements n'étant pas encore équivalent, nous devons suspecter les différences d'utilisation de cette matrice trifaciale.

4 - CHAINE OPERATOIRE LEVALLOIS

Les chaînes opératoires Levallois furent les premières chaînes de débitage à être décrites. Mais de sérieux problèmes de reconnaissance des produits et des systèmes opératoires sous-jacents persistaient. L'essentiel des définitions proposées jusqu'à maintenant reposait sur deux notions capitales : prédétermination et production d'un seul éclat caractérisé. En proposant comme objectifl'éclat et comme concept la prédétermination, les différentes définitions limitaient considérablementleurs possibilités d'investigations. Elles postulaient intrinsèquement une invariabilité dans l'objectif, un unique éclat, et la spécificité de la notion de prédétermination au Levallois. Voulant mettre l'accent sur l'originalité de cette méthode, l'outil de reconnaissance proposé était réducteur. En conséquence, il n'était pas en mesure de mettre clairement en évidence une variabilité attestée par tous les préhistoriens. Seule une analyse technologique était, nous semble t-il, capable de mettre en avant la diversité et la complexité du champ d'application du débitage Levallois. Mais pour devenir opérationnels dans le champ archéologique, il nous fallait nécessairement formaliser différemment ce mode de débitagedissociant les mots Levallois-prédétermination-tech- nique-méthode en leur redonnant une valeur sémantique propre.

4-1 Concept opératoire Levallois

Le concept opératoire Levallois est structuré à partir de deux notions interactives : la conception volumétrique du nucleus etson mode d'exploitation. A chacune de ces deux notions correspondent des critères techniques spécifiques dont il résultera une production d'enlèvements définis et variés. La définition que nous proposons résulte de

l'interaction de six critères indissociables (Boëda 1986 ; 1988a, b et c ; 1990) :

1 - Le volume du nucleus est conçu en deux surfaces

convexes asymétriques, sécantes, délimitant un plan d'intersection.

2 - Les deux surfaces sont hiérarchisées : l'une est

conçue comme surfaceproductrice d'enlèvements définis et variés, la deuxième surface est conçue comme surface

de plans de frappe des enlèvements définis. Leurs rôles ne peuvent être interchangés lors d'une même séquence de production d'enlèvements prédéterminés.

- La surface de débitage est aménagée de telle façon

que les produits obtenus à ses dépens soient déterminés. Les critères techniques de prédétermination des

3

53

ments consistent en l'aménagement de convexités latérales et distales sur cette dite surface. Ces critères ont pour rôle de guider l'onde de choc de chaque enlèvement prédéterminé. 4 - La surface de préparation des plans de frappe est aménagée de telle façon que les enlèvements prédéterminants et prédéterminés puissent répondre aux objectifs fixés. Ces aménagements sont spécifiques des méthodes optées pour le détachement des enlèvements

prédéterminés. 5 - Les plans de fracture des enlèvements prédéterminéssont parallèles ou subparallèles au plan d'intersection des deux surfaces. 6 - La technique de débitage est exclusive tout au long du schéma opératoire Levallois. Il s'agit de la percussion directe au percuteur de pierre.

Mais il faut savoir que ces critères résultent chacun d'une option parmi un ensemble de possibles. Il existe d'autres conceptions volumétriques, d'autres hiérarchisations, d'autres techniques ou encore d'autres modes d'exploitation, etc. L'originalité du débitage Levallois, tel que nous l'avons perçu à propos des gisements étudiés, résulte de la présence de ces différents critères et surtout de leur combinaison.

4-2 Description de la chaîne opératoire

Séquence d'acquisition de la matière première

L'approche techno-économique des chaînes opératoirespermet la prise en considération de paramètres qui, dès l'amont de la séquence de débitage et de fabrication de l'outillage, vont contribuer à la détermination des objectifs. Peu de paramètres physiques paraissent déterminants à ce stade. Les plus contraignants sont l'accessibilité des matériaux dans l'environnement et la dimension de ces derniers. Il faut donc rappeler ici que la discussion des conditions d'accès à la matière première, son abondance et sa disponibilitédoiventêtreévaluées, avanttouteautrechose. La méthode d'analyse en sera la même que celle évoquée plus haut pour les chaînes opératoires bifaciales. Parmi les caractéristiques de la matière première qui sont à rechercher, c'est la morphologie et la dimension des unités volumétriques qui sont primordiales. La dimension des blocs conditionne en effet directement le fractionnement de ces derniers en unités plus petites, aptes au transport, et peut expliquer ainsi l'absence de produits corticaux parmi les vestiges techniques des phases initiales d'une chaîne opératoire. Enfin, la dimension de la matièrepremière peutêtre l' objet d' une recherche particulière pour l'obtention de produits aux caractéristiques morphotechniques et dimensionnelles appropriées à des usages et à des outils au fonctionnement spécifique. Dès cette phase, ce qui est le plus régulièrement

DEBITAGE LEVALLOIS A ECLAT(S) PREFERENTIEL(S) A DEBITAGE LEVALLOIS RECURRENT
DEBITAGE LEVALLOIS
A ECLAT(S)
PREFERENTIEL(S)
A
DEBITAGE LEVALLOIS RECURRENT

Fig. 4
A

B : Débitage Levallois méthode à éclat préférentiel, deuxième enlèvement.

Le débitage de cet enlèvement peut se faire sans un réaménagement de la surface de débitage.

C : Débitage Levallois méthode récurrente unipolaire, première série d'enlèvements.
D

de débitage.

: Débitage Levallois méthode à éclat préférentiel. Premier enlèvement.

: Débitage Levallois méthode récurrente unipolaire, deuxième série d'enlèvements après réaménagement de la surface

54

observé sur les gîtes de matières premières situés à quelque distance des lieux d'habitat, c'est une série de comportements visant à tester la matière première puis, éventuellement, à entreprendre l'orientation du volume du nucleus et à initialiser la mise en forme de ce dernier. Les enlèvements caractéristiques sont essentiellement des éclats corticaux, entames et semi-corticaux. Enfin, le grand intérêt d'une approche techno-économique détaillée dès la phase d'acquisition de la matière première réside dans les possibilités de mise en évidence d'une répartition spatiale des activités techniques et des phases de la chaîne opératoire. Ces phases peuvent se distribuer et paraître organisées dans des lieux éloignés les uns des autres. Ce sont les discontinuités observées dans leschaînes opératoires qui sont lesplus informatricesà cet égard. Il peut s'agir de discontinuités spatiales qui sont liées à des sources d'approvisionnement différentes ; elles résultentde l'observation de matières premières variées au sein d'un même ensemble lithique. Des discontinuités chronologiques interviennent aussi dans le déroulement d'une chaîne opératoire. Elles se traduisent alors par des différences de représentation entre les phases d'une même chaîne opératoire pour un type de matière première donné. Ainsi, des chaînes opératoires sontmieux représentéespar leurs stades initiaux sur des ateliers de débitage et par leurs stades terminaux dans des sites d'habitat où les produits de débitage sont seulement transformés en outils etretouchés. Ces discontinuités permettent d'interpréter, grâce à la notion globale de chaîne opératoire, les témoins positifs et négatifs observés dans un site de points de vue simultanément spatiaux, fonctionnels et comportementaux. En ce qui concerne le phénomène de diffusion, la distance de transport d'un matériau influe largement sur l'image de la chaîne opératoire restituée à l'arrivée sur le lieu d'abandon. Au-delà de ce principe général, il est clair que de réelles stratégies ont été adoptées au Paléolithique inférieur et moyen par des groupes devant faire face à des nécessités d'approvisionnement permanent en produits lithiques tout au long de leurs déplacements et de leurs activités. Des notions d'anticipation des besoins, dans le temps et l'espace, ont, dès lors, pu voir le jour (Geneste, 1985, 1986, 1989.

Séquence de production des supports : méthodes, technique et procédés techniques

Méthodes

La méthode renvoie à l'étape de production : elle est la liaison entre la représentation abstraite de l'objectif et sa concrétisation. Toute méthode consiste en la mise en place de l'ensemble des critères techniques précédemment décrits ainsi qu'à la gestion de la surface de débitage c'est-à- dire que nous aurons autant de méthodes différentes qu'il y aura d'objectifs qualitativement et quantitativement différents et tant qu'il y aura des façons différentes pour obtenir un même objectif.

55

Sur la base des objectifs quantitatifs recherchés, deux grands ensembles de méthodes peuvent être distingués (fig. 4):

un premier ensemble de méthodes dont l'objectif

correspond à l'obtention d'un uniqueéclatpréférentiel par surface préparée. C'est-à-dire que la surface de débitage du nucleus est exploitée par un seul éclat. Si l'on désire obtenir d'autres éclats, il sera nécessaire de remettre en place une surface de débitage. Ces méthodes ainsi que le nucleus sont dits à éclat préférentiel. Parmi cet ensemble

de méthodes, il nous faut établir une distinction entre des méthodes dites prédéterminées et d'autres conjecturales. Cette distinction repose sur l'intentionnalité et

l'investissement technique réel.

-

En effet, les méthodes dites

déterminées correspondent à des méthodes où l'objectif est déterminéprécisémentavanttoutes opérations. Parcontre, les méthodes dites conjecturales ne sont en réalité que des

mises à profit de situations. C'est-à-dire que le tailleur sait qu'à ce moment précis il peut obtenir un certain type d'éclat. Mais les conséquences sur le nucleus n'étant pas négligeables, cela présuppose d'une certaine manièreque le tailleur connaît pertinemment les conséquences techniques de son acte.

- un deuxième ensemble de méthodes, dont l'objectif

correspond à l'obtention de plusieurs éclats prédéterminés pour une même surface de préparation Levallois, est la méthodediterécurrentecarlescritères techniques sontmis en place de manière à ce que la surface de préparation Levallois soit conçue pour obtenir une série récurrente d'éclats. Le terme de récurrent désigne une relation de cause telle que la séquence revient à son point de départ. Toutenlèvement provenant d'une même série récurrente est fonction des enlèvements précédents. En d'autres termes, ils sont prédéterminés puisqu'ils utilisentles critères de prédétermination et prédéterminants puisqu'ils en créent de nouveaux lors de leur détachement. Ces deux grands ensembles de méthodes sont gérés par le biais de modalités diversifiées dans l'organisation des enlèvements de préparation et de gestion des nucleus :

gestion unipolaire parallèle (fig. 6), unipolaire convergente, bipolaire (fig. 7) et centripète (fig. 8).

Ces différentes méthodes peuvent ou non coexister entre elles dans un même ensemble lithique. Nous distinguons alors des systèmes de production linéaux et récurrents. Nous entendons par système de production linéal toute production régie uniquement par des méthodes à éclats préférentiel (fig. 5). Nous entendons par système de production récurrent toute production régie par des méthodes récurrentes. Il existe, dans certains cas, des systèmes mixtes où les méthodes sont récurrentes et préférentielles ; mais au lieu de créer un troisième système, nous préférons regrouper ces cas dans un système récurrent. En effet, les méthodes à éclats préférentiels sont souvent des méthodes dites conjecturales et correspondent à une dernière séquence

non récurrente d'éclats.

La variabilité des chaînes opératoires Levallois va s'opérer à différents niveaux :

- dans les produits recherchés,

- par l'aspect quantitatif de l'objectif (méthodes

préférentielles, méthodes récurrentes),

- par le mode de gestion des nucleus (organisation des

enlèvements),

- par les méthodes présentes.

L'aspect quantitatif de l'objectif peut être appréhendé encore à un autre niveau de variabilité : c'est le nombre de séquences d'exploitation du nucleus. En effet, ou bien une séquence a été réalisée sur un nucleus correspondant donc à l'exploitation d'une seule surface de préparation (ce qui se produit le plus souvent dans le cas des méthodes linéales, exemple Ault), ou bien une même séquence de débitage est plusieurs fois répétée correspondant à l'exploitation de plusieurs surfaces de préparation successives, entrecoupées à chaque fois de phases de remise en forme de surface de débitage et des plans de frappe (ce qui se produit le plus souvent dans le cas des méthodes récurrentes mais pouvantaussi existerdans le cas des méthodes linéales, exemple Saint-Just-La-Chaus-

sée) (Kelley 1954).

Ces différents phasages de la séquence de production

des produits Levallois et les différentes méthodes sont identifiables archéologiquement par la présence de produits caractéristiques définis selon des critères technologiques, morphologiques et/ou dimensionnels :

- nucleus à unique éclatpréférentiel,

- nucleus récurrent,

- enlèvement prédéterminé Levallois I, II, III,

- enlèvement débordant.

Dans le cas des méthodes récurrentes où la méthode de débitage est plusieurs fois répétée, les supports produits vont se répartir en classes morphométriques distinctes (mêmes produits mais de dimensions successivement plus petites), vont être obtenus en plus grande quantité pour un même bloc (productivité plus importante). D'autre part, les nucleus correspondants vont se caractériser par un fort degré d'exhaustion.

Technique

La technique de détachement de tous les éclats est unique : il s'agit de la percussion directe au percuteur dur. Cette technique est indépendante de la conception volumétrique et du mode d'exploitation et c'est pour l'une de ces raisons que ce critère est pris en compte dans la définition du débitage Levallois. A la même époque, d'autres techniques étaient également connues tant pour la fabrication de pièces bifaciales que pour la retouche des éclats supports. Dans ces deux cas, la percussion directe au percuteur tendre est très souvent attestée soit par la présence d'éclats caractéristiques, soit par l'existence des outils de fabrication : retouchoirs en os.

56

L'option, percussion directe au percuteur, n'est aucunement dépendante de la conception Levallois. D'autres techniques auraient permis de détacher des éclats mais inversement cette technique, adaptée à cette conception Levallois, permet d'obtenir un certain nombre de caractéristiques qui n'auraient pas pu être obtenues avec une percussion tendre. De même, contrairement à ce qui est communément admis, une très grande variabilité existe à propos de cette technique. En effet, une quantité de facteurs techniques -gestes, poids du percuteur, nature de celui-ci (calcaire, basalte, quartz, quartzite, silex), maintient du nucleus, etc.- combinés de façons différentes permettent d'obtenir des caractères techniques différents aux dépens des faces inférieures d'éclats pour une même surface supérieure.

Procédés techniques

Les procédés techniques mis en évidence concernent la préparation du futur talon des éclats.

- Cas du chapeau de gendarme :

- deux encoches latérales sont réalisées sur le plan de

frappe à partir d'arêtes de la surface de débitage ; elles dégagent une proéminence sur laquelle sera appliquée la percussion dégageant l'éclat. Ce procédé assure une meilleure transmission de l'onde de fracture et surtout la concentre et l'oriente ;

- au cours d'une même opération, le début des nervures

de la surface de débitage est le plus souvent aminci par deux points d'enlèvement triangulaires.

Procédé d'égrisage du bord du plan de frappe avec un

abraseur qui enlève ou réduit une corniche trop proéminente permettant ainsi une meilleure percussion ou une percussion plus tangentielle sur un plan de frappe ainsi plus convexe à sa partie supérieure.

-

Séquence d'aménagement par retouche

L'importance de cette étape n'est pas seulement fonction de l'intensité de la retouche. Il semble que, dans certains cas, la morphologie recherchée et des caractéristiques du support puissent être obtenues directement au cours du débitage, réduisant ainsi, au strict nécessaire, la phase d'aménagement par la retouche. C'est ce qui est observé dans les industries moustériennes de débitage Levallois (Biache-Saint-Vaast, grotte Vaufrey, Mousté- rien du Proche-Orient : Kebara) où le degré d'élaboration du caractère prédéterminé est resté tel que la nécessité d'une séquence de retouche importante ne se fait pas sentir. Peu marquée, la retouche ne fait que parfaire un produit enrégularisant sa morphologie, son contour ou son tranchant. Ainsi, les pointes moustériennes et les racloirs convergents sont faits sur des pointes Levallois et des éclatsLevallois triangulaires ; les racloirs transversauxsur des éclats corticaux ou des éclats de mise en forme larges. En conséquence, en termes de complexité, la discrétion de la séquence de transformation ne préjuge en rien de la

0 cm
0
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Fig. 5 Méthode Levallois linéale Nucleus de Bagarre, d'après Boëda 1988a.

57

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complexité de la chaîne opératoire car elle a été investie, au préalable, d'une autre manière, dans la conception d'un produit prédéterminé. Au contraire, dans le Charentien de type Quina, la retouche est une séquence importante qui compense, en quelque sorte, la faible prédétermination des supports. Le début de la séquence de retouche joue un rôle très important. La retouche régularise le support dans un premier

temps et permet d'

séries de retouches suivantes. D'autre part, dans un grand nombre d'industries, les produits Levallois semblent être sélectionnés comme supports d'outils. Parfois même, certains éléments caractéristiques d'une phase de la chaîne opératoire sont assez systématiquement choisis comme supports d'outils spécifiques mais d'une manière qui n'est pas exclusive. A Biache-Saint-Vaast, par exemple, les enlèvements III du système unipolaire sontpréférentiellement destinés à des pointes moustériennes alors que les enlèvements I du système bipolaire sont plutôt sélectionnés pour servir de supports à des racloirs convergents.

initialiser, de façon caractéristique, les

Séquence d'utilisation des outils

Les travaux effectués au microscope en lumière réfléchie, sur une série de sites moustériens français (Corbe- hem, Arcy-sur-Cure, Marillac, Pié Lombard et la grotte Vaufrey), ont mis en évidence deux faits majeurs :

l'absence de traces d'utilisation sur une large partie du matériel et l'importance du travail du bois. Ces premières recherches ont abouti par ailleurs à la conclusion d'une absence de relation entre typologie et matière travaillée sauf pour les encoches et les denticulés (Beyries 1987, 1988).

Cependant, des résultats récents, obtenus sur le site de Biache-Saint-Vaast, couche Ha, semblent apporter des éléments plus pertinents qu'il nous semble intéressant de

signaler ici (Beyries

1988). Dans le niveau Ha de Biache,

comme nous l'avons vu précédemment, E. Boëda a mis en évidence, sur la base d'un échantillon, un choix de supports spécifiques : dans la chaîne de fabrication, et en particulier pour les pointes moustériennes, se sont les enlèvements III du schéma unipolaire qui sont assez

systématiquement sélectionnés en tant que supports (Boëda 1988a). Les études tracéologiques ont porté uniquement sur la catégorie la mieux représentée dans le niveau Ha de Biache : racloirs et pointes moustériennes. Brièvement exposés ici, les résultats obtenus sur ce site indiquent, pour chaque catégorie d'outils considérée, une homogénéité morphotechnique plus ou moins prononcée selon les groupes mais toujours présente.

Racloirs non convergents simples et doubles.

Les supports sélectionnés sontdes produits Levallois indifférenciés. La partie active de l'outil correspond à la

60

zone retouchée. Selon leur morphologie, les matériaux travaillés varient. Les éclats allongés ont travaillé le bois et/ou la peau ; les éclats courts portent des traces de boucherie. Il n'y a pas de trace d'emmanchement sur ces outils. Une certaine spécialisation fonctionnelle se dégage donc en liaison avec la morphologie du support.

Racloirs convergents déjetés.

L'unité morphotechnologique du groupe est nette : les supports Levallois sont préparés parenlèvements

unipolaires allongés etconvergents . La partie active de ces outils correspond à la seule zone retouchée. Elle se compose de deux bords qui convergent vers la pointe dans leur tiers distal. Les stigmates microscopiques indiquent un travail

du bois par raclage . Il n '

emmanchementsur ces objets. Celte catégorie présente donc à la fois une homogénéité morphotechnologique et fonctionnelle.

Racloirs convergents symétriques -pointes moustériennes.

La standardisation technologique est frappante ; deux groupes se dégagent parmi ces outils : les pointes allongées et les pointes courtes. Ils sont tous deux aménagés par des enlèvements unipolaires parallèles ou subparallèles. La partie utilisée est la zone de convergence des deux bords dans le tiers distal des tranchants. Les stigmates identifiés indiquent un travail du bois. Les stries, les polis et les encrassements des arêtes, observés sur les surfaces de ces pointes, attestent la présence d'emmanchements qui pouvaient être de deux types : soit l'outil était maintenu contre le manche en bois par un manchon ou des liens en cuir, soit il pouvait s'insérer dans un manche de bois en forme de pince. Ce dernier groupe semble être leplus remarquable à la fois par le choix du support standardisé

morphologiquement et technologiquement mais aussi par son

fonctionnelle (matière travaillée et partie active). La forte standardisation de ce groupe est liée, selon Sylvie Beyries, à la volonté de rendre interchangeable l'élément lithique emmanché. Ceci confirme et amplifie le caractère hautement organisé et réfléchi de la chaîne opératoire qui, dans le cas de Biache, était déjà mis en évidence lors de la description de la séquence de fabricationdes supports.

4-3 Exemples de chaînes opératoires Levallois

4-3-1 Méthode linéale Elle se caractérise par un nucleus Levallois à éclat préférentiel. L'exemple choisi se réfère au site de Bagarre (Boëda 1986) et à celui de Ault (Perpère 1981).

y a pas non plus de trace

d'

unité

Objectifs

Surleplan quantitatif, un produit unique est recherché. Sur le plan qualitatif, à Bagarre, un éclat quadrangulaire ou triangulaire est souhaité alors qu'à Ault c'est un grand éclat ovalaire.

Méthodes

*

Décorticage du bloc :

II

s'effectue soit par grands éclats corticaux et par

éclats de mise en forme, soit par éclats corticaux de taille moyenne puis semi-corticaux et éclats de mise en forme. Les produits caractéristiques en sont les éclats d'entame, les éclats corticaux et les couteaux à dos corticaux.

*

Mise en place du plan de frappe principal :

II

s'agit en fait de la surface de préparation du plan de

frappe. Les produits caractéristiques sontencoredes éclats corticaux et des éclats d'aménagement de plan de frappe. Ces derniers sont caractérisés par leur allongement, leur profil torse et la présence de cortex en partie distale et latérale.

* Mise en place des convexités latérales et di stales :

Elle s'effectue par des combinaisons d'enlèvements qui peuventvarier d'un nucleus à l'autre. A Bagarre, on peut observer une grande variabilité de ce groupe d'enlèvements. Ils sont parallèles et de même sens, parallèles et de sens opposé ou bien encore perpendiculaires. Dans le cas d'Ault, ils sont majoritairement centripètes. Les produits caractéristiques sont spécialement des éclats àtalon déjeté, qui permettentl'affinagedes convexités et correspondent aux éclats et aux pointes pseudo- Levallois, et des éclats débordants qui donnent une inclinaison favorable et créent des convexités latérales.

* Aménagement ultime d'un plan de frappe bien

dégagé et détachement de l'éclat Levallois préférentiel. Différents procédés techniques sont employés. Les produits caractéristiques sont donc d'une part un grand éclat Levallois, d'autre part un nucleus présentant une collerette plus ou moins étroite, correspondant aux enlèvements de préparation, autour de l'empreinte centrale.

Méthodes récurrentes unipolaires

Elles se caractérisent par un nucleus Levallois à plusieurs éclats et un débitage unipolaire.

A - Le premier exemple choisi

sera celui du schéma A

deBiache-Saint-Vaast, couche Ha (Tuffreau 1984, Boëda

1988a).

61

Objectifs

Quantitativement, il s'agit d'obtenir plusieurs produits et qualitativement ce sont des éclats souvent allongés, aux caractères morphotechniques différents.

La chaîne opératoire va se dérouler et s'organiser de la manière suivante (fig. 6) :

* Décorticage du bloc :

II se fait par des enlèvements unipolaires et

centripètes. Les produits caractéristiques sont des enlèvements corticaux, semi-corticaux et à dos cortical.

* Mise en place des surfaces de préparation des plans de frappe.

* Mise en place des convexités latérales et distales :

Elle est difficile à lire car il reste peu de traces encore visibles. Cependant, elle semble s'effectuer pardes enlèvements centripètes d'inclinaison semi-abrupte qui sont encore visibles en partie distale ou bien par des enlèvements unipolaires d'obliquité importante. Les produits caractéristiques sont des enlèvements Levallois qui sont souvent atypiques et des enlèvements pseudo-Levallois.

* Aménagement de plusieurs plans de frappe contigus, en général au nombre de trois.

* Détachements successifs d'une série de deux, trois,

quatre éclats, en général envahissants et parallèles, mais dont la largeur n'excède pas la moitié de la largeur du nucleus. Le détachement du premier éclat va créer une nervure qui servira de guide (Tixier, Inizan, Roche 1980) pour l'éclat suivant, contigu ; elle remplacera ainsi la convexité disparue. Les produits caractéristiques consistent en trois types d'éclats Levallois : des enlèvements I qui sont Levallois classiques, des enlèvements II dont la surface supérieure est caractéristique puis des enlèvements III (Boëda, op. cit.).

* Remise en forme du nucleus pour une deuxième série

d'enlèvements :

Elle se fait soità l'aide d'enlèvements centripètes, soit, au contraire, par des éclats débordants.

* Détachement d'une nouvelle série d'enlèvements.

et ainsi de suite.

Les rapports longueur/largeur des produits obtenus lors des différentes séquences vont diminuer au fur et à mesure de l'exploitation des surfaces successives. Ce phénomène semble être contrôlé de façon à obtenir, dans

ce cas, des éclats courts et non laminaires ainsi que des éclats débordants. Ceci prouve donc une capacité à produire, selon l'objectif désiré, des enlèvements aux caractéristiques techniques et morphométriques déterminées.

* D'autre part, l'examen des outillages retouchés montre que certains de ces enlèvements caractéristiques ont été sélectionnés pour servir de supports à des outils spécifiques. Les pointes moustériennes ont été aménagées de façon préférentielle sur les enlèvements III du schéma unipolaire et les racloirs convergents sur les enlèvements I du schéma bipolaire.

B - Le second exemple concerne l'industrie lithiquede la couche VII de la grotte Vaufrey, datée de la fin du complexe rissien (Geneste 1985, 1988 ; Rigaud 1988).

Objectifs

Quantitativement, il s'agit toujours de l'obtention d'une série de produits Levallois et qualitativement ce sont des éclats généralement allongés, laminaires, parfois pointus, au contour général symétrique. Ils possèdent des caractères morphotechniques différents les uns des autres. Dans les ensembles lithiques de la grotte Vaufrey, il est

possible de suivre la chaîne opératoire depuis l'acquisition de la matière première car une étude techno-économique

a été réalisée pour tous les niveaux de ce site moustérien

(Geneste op. cit.). Une chaîne opératoire similaire est présente dans les couches VII et VIII de ce gisement. C'est pourquoi, bien que ce soit celle de la couche VII qui serve de modèle descriptif, l'illustration, quant à elle, peut concerner les deux ensembles lithiques (fig. 9 à 12).

Acquisition des matières premières.

Les matières premières d'origine locale, c'est-à-dire moins de un kilomètre dans le cas présent, représentent 70 % de la totalité des matériaux. Ce sont des silex de qualité correcte ou médiocre, introduits sous forme de petits blocs qui sont rarement décortiqués (fig.9, n° 1). Plusieurs remontages attestent de ce comportement. Un assez fort pourcentage, soit 25 % de matières premières,

provient de distances comprises entre 5 et 15 kilomètres de

la cavité. Il s'agit de plusieurs types de silex tertiaires, de

bonne qualité, exploités sous forme de blocs et plaques qui ontété préalablement aménagés avant leur transport. Les blocs ont été généralement décortiqués et même débités avant le déplacement. Un seul nucleus a été rapporté. Ce sont des produits Levallois, pointus et laminaires, dont certains sont déjà transformés par la retouche qui ont été introduits. La chaîne opératoire s'est donc en partie effectuée en d'autres lieux que dans la cavité. Des matériaux d'origine probablement locale, mais de très bonne qualité et surtout de grandes dimensions, ont été, de la même

62

manière, débités à l'extérieur de la grotte et introduits séparément sous forme de produits bruts (fig. 10, n° 1, 2). Des matières premières provenant de 20 à 60 kilomètres autour du site ne représentent que moins de 1 %. Ce sont exclusivement des phases terminales de la chaîne opératoire qui ont été abandonnées dans la grotte. Il s'agit de produits Levallois allongés, présents sous forme brute ou transformés en outils retouchés (fig. 10, n° 3, 7). Les matières premières ne provenant pas de l'environnement immédiat, ni même voisin, sont toujours de qualité nettement supérieure à celles disponibles localement :

texture, finesse du grain et surtout dimensions.

Méthodes

* Décorticage du bloc.

Il se fait en général par des enlèvements soit unipolaires,pourles tous premiers qui sont laminaires, soit centripètesensuite. Les produits caractéristiques sontdes enlèvements corticaux, semi-corticaux (fig. 9, n° 2) ou à dos cortical (fig. 9, n° 3, 4, 5).

* Initialisation du nucleus par mise en place des

surfaces de préparation des plans de frappe. Un plan de frappe principal demeure généralement lisse, un autre plus accessoire lui est opposé. Cette tendance à conserver un plan de frappe préférentiel demeure jusqu'à la phase ultime du débitage (fig. 6 bas de page).

* Mise en place des convexités latérales et distales.

Ce sont des enlèvements centripètes, rares et plutôt unipolaires, fortement obliques qui sont employés (fig. 9, n° 2). Des enlèvements Levallois aux caractères atypiques, avec des plages corticales résiduelles, et des enlèvements pseudo-Levallois caractérisent cettephase.

* Aménagement d'un plan de frappe préférentiel et

éventuellement d'un second plan de frappe accessoire aux extrémités de la surface de débitage. Il y a, généralement, deux plans de frappe mais les vestiges de ce stade sont difficiles à retrouver. Dans la grotte Vaufrey, couches VII et VIII, il est fréquemment fait recours à une procédure bipolaire pour contrôler les convexités distales (fig. 6 bas de page).

* Détachement d'une série de plusieurs éclats

laminaires, assez envahissants, et à disposition parallèle sur la surface de débitage, comme à Biache-Saint- Vaast, niveau Ha.

Les produits caractéristiques sont des enlèvements I qui sont Levallois classiques et symétriques (fig. 10, n° 2, 3,5,7) et des enlèvements II dont la surface est caractéristique (fig. 10, n° 1). Une méthode bipolaire coexiste ce schéma unipolaire. Elle est présente dans l'ensemble lithique de la couche VIII (fig. 10, n° 5, 7) alors qu'elle demeure très discrète dans la couche VII. La méthode unipolaire n'est donc pas appliquée ici de façon stricte et

avec

METHODE LEVALLOIS RECURRENTE CENTRIPETE
METHODE LEVALLOIS
RECURRENTE CENTRIPETE

Fig. 8 Méthode Levallois récurrente centripète. Chaîne opératoire à Corbehem. Remontage d'un nucleus récurrent centripète de Fonseigner, niveau D supérieur.

63

Fig. 9 Méthode Levallois récurrente unipolaire. Grotte Vaufrey, couches VII et VIII 1 à 5

Fig. 9 Méthode Levallois récurrente unipolaire. Grotte Vaufrey, couches VII et VIII 1 à 5 : Phase de mise en forme du nucleus.

64

Fig. 10 Méthode Levallois récurrente unipolaire. Grotte Vaufrey, couches VII et VIII 1 à 7

Fig.

10 Méthode Levallois récurrente unipolaire. Grotte Vaufrey, couches VII et VIII

1 à 7 : Phase de plein débitage.

65

, cm I
, cm
I

Fig. 1 1 Méthode Levallois récurrente unipolaire. Grotte Vaufrey, couches VII et VIII

1

à 5 : Phase de remise en forme du nucleus.

6

et 7 : Nucleus résiduels en matières premières d'origines voisines.

66

les relations entre les deux schémas doivent faire l'objet d'une analyse détaillée. Il est clair ici que le schéma opératoire bipolaire est associé à des matières premières de grandes dimensions initiales, débitées hors du site. Les matières premières d'origine locale illustrent exclusivement le schéma unipolaire.

* Remise en forme de la surface de débitage pour une seconde série d'enlèvements à l'aide d'éclats qui sont rarement à dos cortical (fig. 11, n° 2-3), mais le plus souvent des éclats débordants caractéristiques qui entretiennent les convexités latérales (fig. 11, n° 4, 5). Des enlèvements de directions opposées, dont certains sont débordants, rectifient les inclinaisons distales. Ils peuvent donner l'impression d'un débitage bipolaire dans des cas extrêmes. Les produits ont des modules plus réduits au fur et à mesure de l'avancement du débitage. Selon les types de matières premières, les nucleus résiduels peuventêtreplus ou moins petits (fig. 1 1, n° 6 et 7). Il existe, dans ces ensembles lithiques, une sélection des caractères morphotechniques présentés par les pièces supports de l'outillage retouché. Ainsi, nombre

d'enlèvements I et II demeurent bruts de retouche et conservent leurs tranchants intacts dans le schéma unipolaire strict (couche VII). Il en est de même dans le schéma bipolaire (couche VIII) pour les enlèvements I et II. L'outillage retouché, tel que racloirs doubles et convergents, est réalisé sur des enlèvements III et sur des produits Levallois atypiques de mise en forme initiale et de remise en forme qui sont déjà laminaires ou triangulaires. De la même façon, les caractères morphotechniques des produits sont

approchés au maximum dès la phase de

la retouche soit réduite au strict nécessaire (fig. 9, 10 et 1 1). Ce qui explique que la morphologie fonctionnelle de l'outil retouché est étroitement adaptée à la morphologie des supports qui est recherchée tout au long de la phase de débitage. Le fonctionnement de l'outillage est évoqué plus haut dans le paragraphe concernant l'utilisation des supports (Beyries 1988).

débitage afin que

Méthode récurrente unipolaire convergente

C'est l'exemple de la grotte de Kebara (niveaux IX et

X) qui servira de modèle (Meignen, Bar Yosef 1988a et b,

1989 et sous presse).

Objectifs

Qualitativement, plusieurs produits sont recherchés et quantitativement, ce sont des pointes Levallois courtes, souvent à base large, ainsi que des éclats et lames subtriangulaires (fig. 14 et 15).

67

Méthodes

* Le décorticage du bloc s'effectue à l'aide de grands

enlèvements allongés, parfois des lames, de direction unipolaire par des enlèvements parallèles ou convergents (fig. 12). Les produits caractéristiques sont des enlèvements totalement corticaux, des couteaux à dos corticaux et des éclats semi-corticaux en partie distale ou latéro-distale. Ces éclats laminaires très caractéristiques, souvent outrepassants, parfois débordants, légèrement torses portentsurleurs faces supérieures les négatifs d'enlèvements unipolaires souvent déjà légèrement convergents (fig. 12,

n°4).

Plus larges et légèrement torses en partie distale de partleurs caractères, ils aménagent déjà partiellement les convexités distales (fig. 12, n° 1,2, 3, 4).

* Mise en place d'un plan de frappe large mais limité

à la partie proximale du nucleus :

L'aménagement de la surface de préparation des plans de frappe reste en général assez succinct. La majeure partie de cette surface demeure, le plus souvent, corticale. L'aménagement atteint rarement la totalité de la périphérie du nucleus.

* Mise en place des convexités latérales et distales :

Elle est difficile à lire car peu de traces sont encore visibles sur le nucleus. Les premiers stades de préparation semblent aménager et entretenir ces convexités par des enlèvements unipolaires convergents d'obliquité prononcée. Les convexités distales peuvent, plus exceptionnellement, être aménagées par de petits enlèvements de même axe et de sens opposé ou par de petits éclats courts et perpendiculaires. Les produits caractéristiques sont les suivants :

- des éclats souvent encore laminaires, outrepassants et légèrement torses qui sont généralement unipolaires ; - parfois, des éclats débordants qui vont être à dos corticaux vue l'absence de préparation de plans de frappe sur les parties latérales du nucleus (fig. 13, n° 1, 2, 3) ou plus rarement non corticaux (fig. 13, n° 4) ;

* Aménagement de plans de frappe contigus.

* Départs successifs d' une série d'éclats

14, n° 1,2, 3) ou de pointes

subtriangulaires, souvent allongés (fig.

Levallois (fig. 15). Le débitage va balayer la surface Levallois de droite à gauche et se prolonger en un

mouvement de va et vient (schéma des pointes de type 3.2.1 . ou 1.2.3.) donnant naissance, régulièrement, à des produits

en section transversale et en plan

(produits latéralisés sur le nucleus). Ces éléments sont caractéristiques d' une production systématique du schéma

unipolaire convergent. Les pointes Levallois elles-mêmes présentent une morphologieparticulière : leurprofil n'est pas seulement courbe, ce qui est fréquent dans la produc-

légèrement asymétrique,

tion Levallois, mais il montre une rupture qui correspond

à la zone de la nervure Levallois (profil dit «en Concorde») (fig. 15, n° 2, 3, 5 et 6). Toutcomme dans le cas du Levallois récurrent

unipolaireetparallèle de Biache, le détachement de chaque éclat

ou pointe va entretenir les convexités latérales et distales (fig. 16, n° 1 à 5).

Méthodes récurrentes centripètes

L'exemple en est pris dans le gisement de plein air de Fonseigner, vallée de la Dronne. Les niveaux moustériens sont datés entre 50 000 B.P. et 52 000 B.P. par thermoluminescence. C'est l'ensemble lithique du niveau D supérieurqui estdécrit ici (Geneste 1985, 1989).

Acquisition des matières premières

Elle s'est effectuée selon diverses modalités. L'essentiel des matériaux lithiques (96 %) provient d'une source de silex de bonne qualité située à trois kilomètres du site. Les blocs ont été transportés bruts après un test de qualité puis ils ont été débités à Fonseigner. Quelques très beaux éclats Levallois préférentiels, de grandes dimensions, semblent avoir été introduits

séparément. Les matières premières d'origine plus éloignée (4 %) n'ont pas été transportées sous forme de blocs bruts dans

le site. Elles n'y sont présentes que sous forme de produits Levallois et d'outils retouchés. Plusieurs d'entre elles proviennent de plus de 50 kilomètres.

Objectifs

Ce sont des produits Levallois aux caractères

morphotechniques et dimensionnels variés qui ont été recherchés.

A ces morphologies caractéristiques ont été adaptés des

types d'outils retouchés spécifique. Au sein d'un ensemble

à débitage Levallois récurrentcentripète, largement

dominant, coexistent quelques nucleus à débitage Levallois récurrent bipolaire.

Méthodes

A Fonseigner, la chaîne opératoire se déroule de la

manière suivante (fig. 8 et 18 à 20) :

*

Décorticage du bloc :

II se fait sur place, après transport, pour les rognons de

taille petite et moyenne, jusqu'à 3 kilos (fig. 17, n° 1) et ailleurs, vraisemblablement près des gîtes de matières premières, pour les plus gros d'entre eux ayant produitles plus grands enlèvements Levallois. Il s'effectue par des enlèvements unipolaires, bipolaires (fig. 17, n° 4) et centripètes. Les produits caractéristiques en sont des enlèvements entièrement corticaux assez rares (fig. 17, n° 1 , 3, 5), semi- corticaux plus fréquents et à dos cortical assez rares aussi (fig. 17, n° 4).

68

* Mise en place des surfaces de préparation des plans

de frappe. C'est généralement un plan de frappe périphérique qui est mis en place progressivement autour de la surface de débitagepotentielle. AFonseigner, apparaît nettementune tendance à débuter par deux plans de frappe opposés, qui seront réunis ultérieurement. Souvent, un bord du nucleus conserve, tout au long du débitage, une surface brute ou corticale non aménagée (fig. 19, n° 8). Le plan de frappe principal peut être lisse et aménagé sur un plan de fracture naturel (fig. 8 bas de page).

* Mise en place des convexités latérales et distales.

Elle se réalise à l'aide d'enlèvements unipolaires et bipolaires assez obliques et par des enlèvements centripètes courts (fig. 8, n° 4). Il existe des enlèvements Levallois, pseudo-Levallois et Levallois atypiques avec des résidus de surface initiale ou corticale à ce stade.

* Aménagement de plusieurs plans de frappe souvent

adjacents. Ils sont assez fréquemment au nombre de deux ou trois et se développent de manière périphérique ultérieurement. Des enlèvements courts, torses, à cortex latéro-distal sont caractéristiques. Ils sont progressivement de plus en plus petits.

* Détachement d'une série d'enlèvements Levallois qui exploitent et entretiennent en même temps la surface de

débitage. Ils se répartissent en plusieurs catégories

caractéristiques qui se succèdent et s'agencent sur les surfaces de débitage :

- des produits assez symétriques qui sont souvent les premiers de la série et des éclats plus ou moins

préférentiels obtenus de manière occasionnelle, qui apparaissent cycliquement (fig. 18, n° 1, 4 et 5);

- des enlèvements nettement latéralisés qui sont des

éclats Levallois atypiques, centripètes mais aussi

débordants (fig. 19, n° 4, 5, 6, 7). Des éclats débordants et à dos cortical entretiennent les convexités latérales tout au long du processus ;

- des éclats pseudo-Levallois qui contribuent à

entretenirles convexités latérales et distales entre les différentes

séries (fig. 19, n° 2 et 3).

Des enlèvements Levallois aux bords convergents peuventêtre obtenusdans les séries après des enlèvements latéralisés (fig. 19, n° 6, 7). Les nucleus, débités par méthode récurrente centripète, sont souvent exploités jusqu'à un degré très avancé (fig. 19, n° 10). Des éclats abandonnés lors de la phase de mise en forme du nucleus sont réutilisés à leur tour ; des nucleus sont exploités sur la face opposée à la première surface de débitage (fig. 19, n° 9). Un éclat préférentiel occasionnel achève fréquemment la dernière série d'enlèvements (fig. 19, n° 8).

i i cm
i i cm

Fig. 12 Méthode Levallois récurrente unipolaire convergente. Grotte de Kebara, ensembles IX et X Phase de décorticage et de mise en place des convexités : éclats largement corticaux, débordants et outrepassants.

69

I I I i cm I 4
I
I
I
i cm I
4

Fig. 13 Méthode Levallois récurrente unipolaire convergente. Grotte de Kebara, ensembles IX et X Lames et éclats débordants corticaux et non corticaux.

70

I 1 I cm]
I 1
I cm]

Fig. 14 Méthode Levallois récurrente unipolaire convergente. Grotte de Kebara, ensembles IX et X Phase de plein débitage.

71

■■ V- cm 10
■■ V-
cm
10

Fig. 15 Méthode Levallois récurrente unipolaire convergente. Grotte de Kebara, ensembles IX et X Phase de plein debitage : pointes Levallois.

72

Fig. 16 Méthode Levallois récurrente unipolaire convergente. Grotte de Kebara, ensembles IX et X Nucleus

Fig. 16 Méthode Levallois récurrente unipolaire convergente. Grotte de Kebara, ensembles IX et X Nucleus récurrents unipolaires convergents, souvent de petites dimensions.

73

m ■ . cm
m
■ . cm

Fig. 17 Méthode Levallois récurrente centripète. Fonseigner, niveau D supérieur. Acquisition de la matière première et phase de mise en forme du nucleus.

74

Fig. 18 Méthode Levallois récurrente centripète. Fonseigner, niveau D supérieur. Phase de plein débitage Levallois.

Fig. 18 Méthode Levallois récurrente centripète. Fonseigner, niveau D supérieur. Phase de plein débitage Levallois.

75

Fig. 19 Méthode Levallois récurrente centripète. Fonseigner, niveau D supérieur. Produits d'entretien des

Fig. 19 Méthode Levallois récurrente centripète. Fonseigner, niveau D supérieur. Produits d'entretien des convexités et nucleus résiduels.

76

5 - CONCLUSIONS

A l'issue de cette brève définition synthétique, par conséquent souvent réductrice dans l'expression de la

variabilité des systèmes techniques, il faut préciser, qu'en ce qui concerne le Paléolithique ancien et moyen, si la notion de chaîne opératoire a été initiatrice de bien des recherches et tient encore un rôle majeur dans les diverses approches technologiques des industries lithiques et osseuses, il n'en demeure pas moins qu'elle n'est pas toujours absolument opérationnelle dans ce contexte et ce pour différentes raisons.

- Pour des motifs strictement liés à la nature et à la

conservation des sites archéologiques de ces périodes anciennes. Parmi les facteurs qui tendent à restreindre les possibilités d'application de la notion de chaîne opératoire aux ensembles lithiques du Paléolithique ancien et moyen on peut retenir deux principaux types. D'une part la nature particulière des ensembles lithiques qui proviennent de «sols d'habitat» qui sont en

général palimpsestes issus d'occupations dont le nombre, le rythme et la durée ne sont pas appréciables, sont d'un ordre de grandeur absolument différent de ce que l'on peut observer pour les périodes plus récentes du Paléolithique et qui ont été l'objet de phénomènes post-dépositionnels eux-aussi d'une autre ampleur. En conséquence, les ensembles lithiques recueillis représentent, a priori, des accumulations possibles d'ensembles lithiques constitués dans des contextes variés mais reflétantrarement uneseule phase d'habitat. En fin de compte, la durée des processus de dépôt des vestiges et de transformation post-déposition- nelle confèrent à ces ensembles archéologiques des caractères particuliers qui doivent être pris en compte dans une approche en termes de chaîne opératoire. D'autre part, le second point se réfère à la fonction, la nature et la distribution spatiale des vestiges techniques dans les sites de cette période. En dehors des habitats de grottes, limités par des parois naturelles, comme à la grotte Vaufrey, la fouille récente des sites de plein air sur de grandes superficies a montré la large extension spatiale des occupations, que ce soit à Mauran, Maastricht-Belvédère ou à Biache-Saint-Vaast (Tuffreau 1988). Les ensembles lithiques provenant des secteurslimités de tels sites risquent donc de ne pas être représentatifs en termes de chaîne opératoire et ne constituent que des échantillons dont la validité doit être discutée.

2 - D'un autre point de vue, relatifcelui-ci à la situation

historique de la reconnaissance des schémas opératoires dans les systèmes techniques préhistoriques, il est clair que, pour le Paléolithique inférieur et moyen, l'avancement desrecherches n'est pas au même niveau que pour le Paléolithique supérieur. Ainsi, alors que pour le Paléolithique supérieur un seul schéma opératoire est bien individualisé avec le débitage

laminaire, pour le Paléolithique ancien et moyen, du faitde la nature hétérogène et variée des données, les études technologiques en sont encore à déterminer la nature des

1

77

schémas opératoires en présence. Le cas du système trifa- cial, récemment mis en évidence lors du réexamen de séries lithiques du Sud-Ouest de la France, illustre bien cette situation.Alors que des notions sont reconsidérées, élargies ou détaillées pour des systèmes déjà bien identifiés comme le Levallois ou le bifacial, d'autres systèmes insoupçonnés jusqu'alors sont mis en évidence. 3 - Enfin, vouloir travailler de manière égale sur tout le processus de la chaîne opératoire est utopique. Pour ces périodes, le plus souvent, c'est sur une phase ou sur des segments de chaîne opératoire que l'on doit concentrer les études. Généralement, ce sont les stades de plein débitage ou même seulement de transformation des supports ou de réalisation de l'outillage qui sont les seuls accessibles. La démarche technologique est donc, dans ce cas, plutôt typologique, en ce sens qu'elle se réfère d'avantage à l'outillage dans son ensemble.

Du fait des différentes contraintes relatives aux données archéologiques, on peut dire qu'il existe une lecture de l'outillage propre au Paléolithique inférieur et moyen. Les concepts ergonomiques de fonctionnement de l'outil qui se situent dans la chaîne opératoire, en aval des principes de sa fabrication, sont à prendre en compte impérativement, ce qui est encore exceptionnel dans les démarches analytiques. A ce propos, il reste encore un vaste champ à explorer concernant le fonctionnement des outils au Paléolithique inférieur et moyen en associant étroitement, lorsque cela est possible, la reconnaissance des schémas opératoires, lecture et restitution des chaînes opératoires, comportements techno-économiques, approche ergonomique et fonctionnelle de l'outillage. Plusieurs degrés de lecture sont à rechercher de façon parfoisdissociée. Les schémas opératoires sontà

déterminer et à identifier en priorité. Quand la situation le permet, il est possible de se lancer dans des analyses plus approfondies du même type que celles évoquées plus haut. Cependant, toute tentative de généralisation risque d'être rapidementproblématique à partir des données d'un seul

gisement et d' une seule période. Le

en grande partie, la variabilité que l'on peut appréhender dans ces systèmes techniques. Pour les différents types de chaînes opératoires envisagés dans la présente étude, il apparaît, de façon évidente, à travers les textes de présentation et les exemples cités, que les recherches ne se situent pas au même niveau selon la période et le système en question, la nature des données archéologiques et l'avancement de recherches pour le fait considéré.

Pourconclure, il est cependant toujours possible d'accéder à un discours sur le comportement, en utilisant un outil de lecture proche du schéma opératoire (Boè'da 1986) avec une notion élargie de chaîne opératoire, fondée sur la mise en évidence de structures séquentielles hiérarchisées, universellement reconnues et applicables dans des approchestechno-économiques, dontcelles relatives à l'exploi-

facteur temps conditionne,

tation des matières premières (Geneste 1985, par exemple). Ces deux démarches possèdent en effet des points communs tels que le phasage de la chaîne opératoire et le recours méthodologique et systématique à un référentiel

expérimental. Quel que soit le niveau d'analyse de la chaîne

opératoire, les résultats peuvent toujours s 'intégrer à un discours plus large concernant le comportement des groupes humains et rejoignant des perspectives anthropologiques. Plus que jamais, et sans doute plus ici qu'ailleurs en

hypothèses qui soient à la

hauteur des données et non des hypothèses qui aillent au-

delà.

préhistoire, il faut élaborer des

Remerciements : Que tous les collègues de la

Direction des Antiquités Préhistoriques d'Aquitaine, de l'ERA 28 du C.R.A. du C.N.R.S. et toutes les personnes qui nous

cet article et lors de

ont aidés au cours de la conception de

sa mise en forme soient ici chaleureusement remerciés.

78

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dans le cadre du 22°

Bulletin de la Société préhistorique française Le débitage discoïde et le débitage Levallois récurrent centripède

Abstract

inevitably all the variability factors inherent to the débitage method used and resulting from human and not mechanical action.

Résumé

RÉSUMÉ Le débitage discoïde défini par F. Bordes a fait l'objet de nombreuses interprétations souvent divergentes. Parent pauvre de l'industrie lithique du Paléolithique par rapport au débitage Levallois, oublié dans les décomptes typologiques, tout au long de ces années le débitage discoïde avait perdu toute valeur de marqueur technique, se confondant avec d'autres modes de débitage. Or, l'analyse technologique a montré que le débitage discoïde correspondait à une réalité technique particulière, régi, comme tous les autres modes de débitage, par des règles techniques précises. Aussi se différencie-t-il du débitage Levallois et de la méthode Levallois récurrente centripète. Les confusions entre ces deux grands modes d'expression technique sont dues à l'absence d'une réelle lecture technique qui ne peut être que dynamique, prenant donc obligatoirement en compte l'ensemble des facteurs de variabilité inhérents au mode de débitage utilisé et résultant d'une action humaine et non pas mécanique.

Citer ce document / Cite this document :

Boëda Eric. Le débitage discoïde et le débitage Levallois récurrent centripède. In: Bulletin de la Société préhistorique française, tome 90, n°6, 1993. pp. 392-404.

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392

Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1993 / TOME 90, n° 6

LE DEBITAGE DISCOÏDE

ET LE DEBITAGE LEVALLOIS RÉCURRENT CENTRIPÈTE

RÉSUMÉ

Le débitage discoïde défini par

F.

nombreuses interprétations souvent divergentes. Parent pauvre de l'industrie lithique du Paléolithique par rapport au débitage Levallois, oublié dans les décomptes typologiques, tout au long de ces années le débitage discoïde avait perdu toute valeur de marqueur technique, se confondant avec d'autres modes de débitage. Or, l'analyse technologique a montré que le débitage discoïde correspondait à une réalité technique particulière, régi, comme tous les autres modes de débitage, par des règles techniques précises. Aussi se différencie-t-il du débitage Levallois et de la méthode Levallois récurrente centripète. Les confusions entre ces deux grands modes d'expression technique sont dues à l'absence d'une réelle lecture technique qui ne peut être que

dynamique, prenant donc obligatoirement en compte l'ensemble des facteurs de variabilité inhérents au mode de débitage utilisé et résultant d'une action humaine et non pas
mécanique.

Bordes a fait l'objet de

ABSTRACT

The discoïde débitage defined by

F.

numerous and often conflicting interpretations. Poor relation of the lithic industry of the Paleolithic in comparaison with the Levallois débitage, forgotten in typological accounts, through the years discoïde débitage has lost all value as a technical marker, being confused with other methods of débitage. Howewer, technological analysis has shown that discoïde débitage corresponds to a particular technical realty, ruled, as are all other methods of débitage, by precise technical rules. Also it is different from Levallois débitage and the recurrent centripetal Levallois method. The confusion between these two great modes of technical expression are due to the absence of a real technical reading which could only be dynamic, taking into account

Bordes has been the subject of

Eric BOËDA

inevitably all the variability factors inherent to the débitage method used and resulting from human and not mechanical action.

Parmi les différents modes de

production lithique décrits par

F. Bordes pour le Paléolithique

ancien et moyen figure le débitage Moustérien (Bordes, 1950, 1961). Ce débitage, aussi appelé Discoïde en référence au nucleus, a fait l'objet d'une définition très courte à la différence de celle proposée pour le débitage Levallois, ce dernier servant alors de

référence.

DISCOÏDE LEVALLOIS 'intersection Hiérarchisât on des surfaces A/B hiérarchisées :lc préparation (les plans
DISCOÏDE
LEVALLOIS
'intersection
Hiérarchisât on des surfaces
A/B
hiérarchisées
:lc préparation (les plans de frappe
Con
Plan
de
(I
plan

Fig.

nucleus Levallois et Discoïde : 1) dans les deux cas, les volumes sont conçus en deux surfaces sécantes délimitant

un plan d'intersection ; 2) dans le cas du nucleus Levallois, les surfaces sont hiérarchisées, chacune ayant un rôle

défini : l'une est la surface de débitage, l'autre celle de préparation des plans de frappe, dans le cas du nucleus

Discoïde, chaque surface peut changer de fonction lors d'une même séquence de débitage ; 3) dans les deux cas, les

convexités sont présentes, mais adaptées à la morphologie de chaque nucleus ; 4) dans le cas du débitage Levallois,

alors que dans celui d'un débitage Discoïde, il est toujours sécant à ce plan.

le plan de détachement des enlèvements prédéterminés est toujours parallèle au plan d'intersection des surfaces,

1 - Comparaison entre quatre propriétés techniques participant à la construction volumétrique des

Bulletin de la SOCIÉTÉ PREHISTORIQUE FRANÇAISE 1993 / TOME 90. rr 6

393

Le débitage Discoïde se différencie du débitage Levallois par la production d'une série continue d'enlèvements de direction centripète, aux dépens d'une ou des deux surfaces du nucleus. Le nucleus est alors appelé nucleus Discoïde, et l'un des types d'enlèvements le plus caractéristique de ce mode de débitage en est la pointe pseudo-Levallois.

Ce mode de débitage était conçu comme pouvant être l'objet d'un schéma opératoire spécifique, c'est- à-dire résultant d'un stade d'initialisation et d'un stade d'exploitation du nucleus qui lui était propre ; mais il était aussi perçu comme pouvant résulter de la réutilisation d'un nucleus Levallois. Dans ce cas, le stade d'initialisation du nucleus se faisait à partir d'une forme particulière qui était celle d'un nucleus Levallois achevé, à recycler. La définition du débitage Levallois donnée par F. Bordes (1961) ne permettait pas d'envisager le débitage d'une série d'enlèvements prédéterminés aux dépens d'une même surface. Selon lui, si plus d'un enlèvement non laminaire était débité à partir d'une surface préparée il ne pouvait s'agir que d'une autre conception du débitage : Discoïde ou Moustérien dans le cas présent.

De récents travaux à propos du débitage Levallois (Boëda, 1986, 1988, 1990) ont montré que la

définitionclassique admise jusqu'à

maintenant n'était que

méthode parmi d'autres. Le cadre méthodologique nouvellement créé permet d'établir une première subdivision entre, d'une part des méthodes Levallois à éclat préférentiel (1 seul éclat prédéterminé par surface préparée), d'autre part, des méthodes Levallois récurrentes, capables de fournir, aux dépens d'une même surface aménagée au préalable de façon spécifique, une série de 3 ou 4 enlèvements aux caractères morphologiques, techniques et métriques prédéterminés. Parmi l'une de ces méthodes récurrentes figure ce que nous avons dénommé la méthode Levallois récurrente centripète (Boëda, 1986). Les nucleus résiduels résultant de ce mode de débitage Levallois décrits par F. Bordes comme étant des nucleus Discoïdes réalisés aux dépens d'anciens nucleus Levallois à éclat préférentiel (unique), d'où l'attribution à un mode de débitage Discoïde de ce qui relevait tout simplement d'une autre conception du débitage — Levai- lois — et de l'un de ces modes d'expression — méthode récurrente

centripète. La confusion entre un

le

reflet d'une

nucleus Levallois récurrent centripète et un nucleus Discoïde est impossible, car un nucleus est le résultat de l'application d'un schéma opératoire spécifique, il ne peut donc en aucun cas être le reflet d'un autre schéma opératoire. Tout débitage est régi par un ensemble structuré de critères techniques spécifiques, aux conséquences connues et recherchées. Le nucleus porteur de l'ensemble de cette structure constitue le meilleur élément pour reconnaître le système de production lithique adopté. Défini selon des critères techniques précis, le débitage Discoïde recouvre, au même titre que le débitage Levallois ainsi que d'autres débi- tages, une réalité bien plus complexe que celle perçuejusqu'à présent.

■ LA CONCEPTION DISCOÏDE DU DÉBITAGE

La définition que nous proposons résulte de l'interaction de six critères techniques indissociables créant ce que nous nommons la conception Discoïde du débitage (fig. 1).

1 - Le volume du nucleus est conçu en deux surfaces convexes asymétriques, sécantes, délimitant un plan d'intersection (fig. 1-1).

débitage Discoïde : méthode type Kulna 1 a 2a 3a 4a 5a débitage Levallois :
débitage Discoïde
: méthode type Kulna
1
a
2a
3a
4a
5a
débitage Levallois : méthode récurrente centripète
1b
2b
3b
4b
5b

des surfaces de

10a) est due à un auto-entretien des critères techniques

de prédétermination. Ces enlèvements se font selon la méthode utilisée sur une ou deux surfaces successivement ou alternativement. La morphologie de chaque nucleus sera — alors fois Dans cette caractéristique le série cas du obtenue débitage : conique il est Levallois alors ou biconique. nécessaire récurrent Les centripète de caractères remettre (1b) morphotechniques en l'option forme les ■• plan critères parallèle des techniques enlèvements >■ (2b) permet de seront prédétermination, d'obtenir spécifiques une série a de la cette différence de quelques conception du enlèvements débitage volumétrique. Discoïde prédéterminés ou ces critères (3b. 4b. sont 5b). auto- Une

débitages (3a. 4a. 5a. etc.). Une série de plus de 10 enlèvements prédéterminés peut être obtenue. Cette continuité (6a

Fig.— Dans2 - Comparaisonle cas du débitageentre Discoïdeune propriété(1a) l'optiontechnique« planparticipantsécant >• (2a)à lapermetconstructiond'obtenirvolumétriqueune séquencedescontinuenucleusd'enlèvementsLevallois (récurrentprédéterminéscentripète)sansetaménagementDiscoïde.

entretenus. spécifiques de cette La morphologie conception volumétrique. des nucleus sera touiours la même et très caractéristique : disque plan-convexe. Les caractères morphotechniques des enlèvements seront

394

Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 993 / TOME 90, n° 6

1 ère série récurrente t I I H и о и 2 ème série récurrente
1 ère série récurrente
t
I
I H
и
о
и
2 ème série
récurrente
3 ème série
récurrente

peuvent Fig.3- se Chaquesurface succéder sans interruption. estaménagée pourproduire une série récurrented'enlèvements. Plusieursséries

La construction spécifique des nucleus Discoïdes, et le maintien de cette structure quel que soit le moment de la séquence opératoire, témoignent d'une conception volu- métrique de base stable. Cette rigidité, de même nature que celle observée pour le nucleus Levallois ou d'autres nucleus du Paléolithique Moyen et Supérieur, rend compte d'une conception non aléatoire du débitage : la production d'enlèvements est connue et gérée tant qualitativement que quantitativement.

2 - Les deux surfaces ne sont pas hiérarchisées : l'une est conçue comme surface de débitage, l'autre est conçue comme surface de plans de frappe, mais leurs rôles peuvent être intervertis durant une même séquence opératoire (fig. 1-2).

Ce changement de rôle n'est pas obligatoire, mais a priori et suivant l'état d'initialisation du nucleus, l'exploitation successive ou alternante de l'une de ces deux surfaces comme surface de débitage est à tout moment possible. Cette variabilité potentielle d'exploitation des surfaces du nucleus est tout à fait spécifique du débitage Discoïde, permettant ainsi l'expression de méthodes différentes faisant varier quantitativement et qualitativement l'assemblage des éclats prédéterminés. 3 - La surface de débitage est aménagée de telle façon que certains produits obtenus à ses dépens soient prédéterminés. Le critère technique de prédétermination consiste à aménager une convexité périphérique plus ou

moins prononcée. Cette convexité d'ensemble a pour rôle de

latéral et distal

de chaque enlèvement prédéterminé(fig. 1-3).

L'aménagement de cette convexité périphérique correspond à l'un des moments du stade d'initialisation du nucleus. Cette convexité sera d'intensité plus ou moins importante selon les objectifs recherchés et devra être entretenue suivant ces mêmes objectifs.

contrôler le détachement

4 - La surface de préparation

des plans de frappe est aménagée de telle façon que les enlèvements prédéterminants et prédéterminés puissent répondre aux objectifs fixés. Ces aménagements sont spécifiques des méthodes optées

pour le détachement des

enlèvements prédéterminés, mais ils

possèdent tous un point commun :

la surface de plans de frappe destinée à recevoir la percussion des enlèvements prédéterminés doit toujours être orientée par rapport à la surface de débitage de telle façon que le fil créé par l'intersection de ces deux surfaces soit perpendiculaire à l'axe de débitage des enlèvements prédéterminés. Le fil créé par l'intersection est appelé charnière (fig. 1-3).

L'aménagement de cette surface correspond aussi à l'un des moments du stade d'initialisation du nucleus. Mais, suivant les méthodes utilisées, cette surface devra aussi présenter une convexité périphérique capable de devenir a posteriori une surface de débitage sans aménagement particulier.

5 - Les plans de fracture des

enlèvements prédéterminants et prédéterminés sont sécants au plan d'intersection des deux surfaces (fig. 1-4).

L'utilisation d'un plan de détachement systématiquement sécant pour l'ensemble des enlèvements prédéterminants et prédéterminés est un des critères majeurs du débitage Discoïde. Un tel angle de détachement à des conséquences sur les modalités d'aménagement et d'entretien de la convexité périphérique, ainsi que sur certains caractères morphotechniques et métriques des enlèvements prédéterminés. Sur le plan morphologique, la silhouette du nucleus est très caractéristique. En effet, selon le

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395

nombre de surfaces traitées, une coupe sagittale du nucleus présentera une silhouette conique ou bico- nique. En aucun cas une surface de débitage Discoïde ne peut être plane, c'est antinomique avec un angle de détachement sécant !

6 - La technique de débitage est exclusive tout au long du schéma opératoire Discoïde. Il s'agit de la percussion directe au percuteur dur. La percussion a lieu sur la surface de plans de frappe à quelques millimètres du fil créé par l'intersection des deux surfaces et non sur le fil lui-même (charnière). En conséquence, l'axe de percussiondes enlèvements prédéterminés est impérativement perpendiculaire à la surface recevant l'impact. Un axe non perpendiculaire ne permet pas le contrôle de ce mode de percussion, dans ce cas, il y a glissement du point d'impact.

Les six critères résultent chacun d'une option parmi un ensemble de possibles. Il existe d'autres conceptions volumétriques du nucleus (ex. : Levallois, Hummalienne — laminaires paléolithique moyen, du Proche-Orient — Trifaciale) (Boëda, 1991). La notion de hiérarchisation entre chaque surface du nucleus peut être négociée différemment (ex. : Levallois et laminaire de type Paléolithique supérieur ; chaque surface est hiérarchisée, leur rôle ne peut être interchangé, durant une même séquence de débitage). La façon de mettre en place les critères techniques de prédétermination peut varier selon la méthode choisie. L'angle de détachement peut être totalement différent (parallèle ou oblique). La technique de débitage peut aussi fortement varier (percussion tangentielle sur le fil créé par l'intersection des deux surfaces, utilisation de percuteur tendre, etc.

L'originalité de la conception Discoïde du débitage résulte donc de la combinaison d'un minimum de six critères techniques, chacun d'eux correspondant à un possible parmi d'autres. Tel un système technique possédant sa propre structure, par l'application de différentes méthodes le débitage Discoïde permet de répondre à la production d'objectifs prédéterminés multiples et variés.

cm i: Jo
cm
i:
Jo

fonctionFig. 4 - Nucleustout le longDiscoïdede ladeséquenceKùlna, niveauxopératoiremicoquiens; une surface(Républiquede débitage,Tchèque)une surface; chaquedesurfaceplan degardefrappe.la même

LES METHODES DISCOÏDES

Une telle conception du débitage autorise l'adoption de méthodes différentes permettant de faire varier l'aspect quantitatif et/ou qualitatif des futurs outils ou support d'outils.

• Aspect quantitatif

Les méthodes Discoïdes sont essentiellement récurrentes : chaque surface est aménagée pour produire une série d'enlèvements (fig. 2). L'option d'un angle sécant par rapport au plan d'intersection, pour le détachement de l'ensemble des enlèvements prédéterminés et prédéterminants, constitue l'un des critères techniques capable de rendre

cette récurrence optimale par rapport au volume disponible du nucleus. En effet, quel que soit l'état de la surface de débitage, un angle sécant permet son recoupement par n'importe quel enlèvement. Le contrôle distal de tout enlèvement est donc assuré sans aménagement particulier, mais surtout, il est prévisible au vu des caractéristiques techniques de la surface de débitage. La convexité périphérique permet également un contrôle sur le détachement latéral des enlèvements. Ainsi, il n'est plus nécessaire de réaménager des critères techniques de prédétermination au cours du débitage. Une sorte d'auto-entretien de ces critères va permettre à chacune des surfaces de débitage successives de se maintenir dans des conditions optimales, capables de répondre à toute demande d'éclats prédéterminés. Le nucleus

396

Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1993 /TOME 90, n° 6

est conçu comme un volume capable de fournir une suite ininterrompue d'enlèvements aux caractères morpho-techniques variés et connus d'avance. L'exploitation d'un nucleus discoïde est équivalente à l'exploitation d'un volume.

La variabilité des méthodes pourra porter sur le nombre d'enlèvements effectués sur chaque surface traitée (un ou plus) ainsi que sur le nombre des surfaces exploitées. Dans ce dernier cas, trois solutions sont envisageables :

— chaque surface, A et B, garde

la même fonction tout le long de la séquence opératoire ; A surface de débitage, В surface de plan de frappe (fig. 4) ;

— chaque surface, A et B, est

interchangeable à tout moment de la séquence opératoire ; le débitage commence sur A, se poursuit sur В pour revenir sur A, etc. (fig. 5) ;

chaque surface, A et B, change

successivement de fonction après une séquence d'exploitation ; A deviendra В, В deviendra A, et ainsi de suite.

• Aspect qualitatif

La diversité des caractères morphologiques, techniques et métriques des enlèvements recherchés est directement fonction de la méthode récurrente utilisée. Ces méthodes diffèrent selon l'ordre de débitage des enlèvements et leur direction de débitage respective.

Deux directions sont possibles :

cordale et centripète. Par enlèvements de direction cordale, nous entendons des enlèvements d'axe déjeté par rapport au centre du nucleus à la différence des

enlèvements de direction centripète dont l'axe passe par le centre du nucleus. La combinaison de ces directions est consécutive de l'option sécante. En effet, le nucleus présente une convexité générale qui aura

tendance à

mesure du débitage. Seule la combinaison de ces deux directions permet d'entretenir l'angle adéquat pour le détachement des éclats. Les enlèvements de direction cordale maintiennent et contrôlent la convexité périphérique ; les enlèvements de direction centripète, par le recouvre-

augmenter au fur et à

cm 5 4 3 2 1 0
cm 5
4
3
2
1
0

interchangeable Fig. seconde 5 - à Nucleus pour tout moment revenir Discoïde sur de de la la première, séquence Kulna, niveaux etc. opératoire micoquiens ; le débitage (République commence Tchèque) sur ; une chaque surface, surface se poursuit est sur la

ment partiel de la surface du nucleus, évitent de créer une convexité trop importante. Il s'agit là d'une combinaison paradoxale, car d'une certaine manière l'une détruit ce que l'autre crée.

Du choix de ces directions, de l'option d'un axe sécant et selon les combinaisons adoptées, nous sommes en mesure de dégager quatre types d'enlèvements prédéterminés.

De direction cordale, deux types d'enlèvements prédéterminés peuvent être obtenus :

— une pointe pseudo-Levallois ;

— un éclat débordant.

L'axe de débitage de ces enlèvements n'est pas systématiquement identique à l'axe morphologique. Cette non-identité de l'axe est due à la position du plan de frappe qui sera modifiée selon les séquences.

De direction centripète, deux types d'enlèvements prédéterminés peuvent être obtenus de façon prévisible :

— un éclat plus large que long ;

— un éclat quadrangulaire dont

les proportions longueur/largeur sont sensiblement égales à 1.

Le premier s'obtient lorsque le

cône du nucleus est déjà bien

constitué. Son détachement réduit

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ce cône, son extension selon l'axe de débitage est automatiquement limitée par la convexité à laquelle il s'affronte très tôt, l'extension se fait donc perpendiculairement à l'axe de débitage, donnant ainsi cet aspect plus large que long. Par ailleurs, le recouvrement partiel de la surface du nucleus lié au franchissement de cette convexité donne à l'enlèvement une silhouette sagittale très caractéristique. En effet, la face supérieure des enlèvements présente une rupture de pente au tiers distal. Cette partie distale de l'éclat présente obligatoirement des négatifs d'enlèvements de direction opposée à celui de l'éclat support.

Sur le second, les négatifs d'enlèvements sont peu nombreux et présentent des directions d'enlèvements identiques à celles de l'éclat. La face supérieure de ces enlèvements ressemble, dans de nombreux cas, à celle des pointes pseudo-Levallois, la différence réside uniquement dans le rapport entre les axes morphologique et de débitage.

Le nucleus garde la même silhouette tout au long de la séquence de débitage : une surface de débitage globalement conique et une surface de préparation de plans de frappe convexe.

Le débitage Discoïde, comme l'ensemble des débitages structurés, correspond à la meilleure adéquation entre une conception volumé- trique, des méthodes et une technique unique. Tel un système technique, le débitage Discoïde est conçu pour répondre à la production d'enlèvements dont les caractéristiques morphologiques, métriques et techniques sont prédéterminées. Mais cela n'implique en aucun cas que chacun des quatre types d'enlèvements que nous avons définis soit les résultats exclusifs du débitage Discoïde. Ces enlèvements peuvent être obtenus individuellement aux dépens d'autres conceptions du débitage, telles que les conceptions Levallois ou pyramidale. De la même façon, aux dépens d'une surface discoïde, nous pourrions obtenir d'autres types de produits que ceux que nous avons décrits précédemment, comme par exemple une pointe ou un éclat dits Levallois. Mais ces enlèvements ne peuvent s'obtenir qu'à un certain moment du débitage et dans certaines conditions. En effet, placer un enlèvement qui nécessite un certain allongement

Direction cordalc Direction centripète débordement Direction cordalc - pointe Pscudo-Lcvallois éclat t
Direction cordalc
Direction centripète
débordement
Direction cordalc
-
pointe
Pscudo-Lcvallois
éclat
t débordant
Direction centripète
éclat
triangulaire
éclat plus
large que
long

Fig. de ces 6 - L'exploitation deux directions de correspond la surface se deux fait par types des d'enlèvements enlèvements de prédéterminés direction centripète : cordiale et cordale. — pointe A chacune pseudo- Levallois et éclat débordant —, centripète — éclat quadrangulaire et éclat plus large que long —.

aux dépens d'une surface de débitage de type Discoïde nécessite que cette surface ne soit pas trop convexe, sinon l'onde de fracture ne pourra pas se développer convenablement. De plus, quand l'enlèvement est détaché, la surface de débitage est devenue plane, ce qui ne convient plus pour le débitage Discoïde. Il sera nécessaire de remettre en place tous les critères techniques de convexités. Sur un plan strictement technique, dans la mesure où l'on respecte les contraintes techniques inhérentes à la matière, tout est presque possible. Mais à ces contraintes s'ajoutent celles des traditions culturelles techniques. Nous les percevons grâce à la mise en évidence de la structure même du système utilisé. Chaque production d'un ensemble lithique résulte de l'utilisation d'une conception volumétrique à laquelle s'attachent des méthodes. Chaque méthode correspond pour

teur au meilleur moyen de parvenir

aux objectifs, telle immuable.

Ces règles sont d'autant plus importantes lorsque les objectifs recherchés sont précis et multiples. Et c'est peut-être parce que les objectifs recherchés sont très diversifiés mais systématisés qu'il est nécessaire de créer un véritable système technique capable d'exploiter géométriquement un volume et de le gérer dans le temps. La gestion impose la notion de durée. L'expérimentation permet de mettre en évidence, cette nécessité de structuration. En effet, un type particulier d'éclat peut être obtenu d'un grand nombre de façons sans qu'il soit nécessaire de recourir à des systèmes aux combinaisons complexes. Cet état de fait montre clairement que l'objet pris isolément ne permet pas d'identifier son mode d'obtention. En revanche, si on s'attache à

une règle

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reproduire à volonté une quantité déterminé d'enlèvements prédéterminés aux dépens d'un bloc, il devient nécessaire d'avoir un projet bien établi et construit capable de hiérarchiser les différents actes techniques. Le débitage Discoïde requiert une structure de ce type. Ce mode de débitage est d'autant plus intéressant que les produits obtenus pris individuellement sont certainement les plus communs. On les obtient aisément quel que soit le mode de débitage utilisé. Mais, si on s'impose une production continue et exclusive de ces produits on crée tout naturellement (techniquement) une structure de débitage, avec ces propres contraintes et donc ces propres règles. D'où la multiplicité comme un élément technique structurant, et c'est peut-être là une des particularités des débitages du Paléolithique moyen ancien. Une complexité technique différente et nouvelle s'impose. Le projet du tailleur est investi dans la totalité du bloc nécessitant une construction volumétrique précise et invariante.

La reconnaissance de l'utilisation de telles ou telles conceptions de débitage ne peut se faire que par la prise en compte de l'ensemble des produits résultant des stades d'initialisation (mise en forme du nucleus) et de production : les nucleus, les éclats prédéterminés et prédéterminants. Ce sera la cohérence technologique entre ces différents produits qui permettra dans ce cas, et uniquement dans ce cas, de préconiser de l'utilisation de tel ou tel concept de débitage puis, dans un deuxième temps, de la ou des méthodes utilisée^) inhérente(s) à cette conception de débitage.

C'est parce que la Technique relève de choix culturels que la diversité des conceptions de débitage et la variabilité inhérente à cette conception existent et sont recon- naissable.

Dans l'état actuel des recherches, la représentativité archéologique des gisements utilisant une conception Discoïde du débitage est très difficile à établir du fait de la confusion créée par l'utilisation des définitions anciennes. Rarement reconnu comme un débitage à part entière ou amalgamé à une autre conception, il n'existe que très peu de références. Par contre, les études actuelles, menées selon une approche technologique, montrent clairement que ce

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AXE DE PERCUSSION MODE ET GESTE DE PERCUSSION
AXE DE PERCUSSION
MODE ET GESTE DE PERCUSSION

Fig. 7 - a) La surface de plan de frappe doit être aménagée de telle façon que l'axe de percussion puisse être

perpendiculaire à cette surface ; b) les caractères techniques recherchés avec l'utilisation du percuteur dur nécessitent

l'aménagement d'un point d'impact situé à l'intérieur de la surface de plan de frappe à quelques millimètres de la

charnière.

mode de débitage, tel que nous l'avons redéfini, a représenté une option parmi d'autres conceptions de taille.

Trois situations archéologiques sont actuellement reconnues. La première est représentée par des industries lithiques dont la production d'outils repose sur des supports obtenus à partir d'une conception unique de débitage et d'une seule matière première : une conception discoïde, et du silex. Cette option de production est bien réelle et n'est pas liée à un quelconque déficit en bonne matière première, tel est le cas dans les niveaux micoquien de Kulna (Valoch, 1988 ; Boëda, 1991, sous presse). La seconde situation se retrouve dans les industries provenant des couches S1 et R3 du site De La Roca Dels Bous en Catalogne (Martinez Moreno, 1991 ; Terrades X. eř al., 1991) du nord. Le matériel atteste de l'exploitation de silex, de

quartzite et d'autres roches selon une conception discoïde du débitage. La troisième situation est représenté à La Borde (Jaubert J., 1990) où une utilisation différentielle est faite selon la matière première utilisée. Le silex sert de support à un débitage Levallois, alors que le quartz sert de support au débitage discoïde.

IAUTRE CONCEPT : AUTRE MÉTHODE : LE DÉBITAGE LEVALLOISRÉCURRENT CENTRIPÈTE

Comme nous l'avons dit précédemment le débitage Discoïde est souvent confondu avec le débitage Levallois centripète. Dans de nombreux articles, en effet, alors que le débitage est considéré comme Levallois, les nucleus sont réperto-

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ries comme Discoïdes et non comme Levallois. Cette dichotomie n'est rendue possible que par la confusion de ces deux grands modes de productionlithique.

Nous avons défini le débitage Levallois comme résultant de l'application à une conception volumé- trique particulière de six critères techniques indissociables. Chacun de ces critères correspondant à un ensemble de possibles. Par leur combinaison, ces différents critères imposent des règles connues et exploitées, permettant aux hommes qui les utilisent de produire les objets lithiques qui leur sont essentiels (fig- 1):

1 - le volume du nucleus est

conçu en deux surfaces convexes asymétriques sécantes, délimitant un plan d'intersection (fig. 1-1) ;

2 - les deux surfaces sont

hiérarchisées : l'une est productrice d'enlèvements définis et variés (prédéterminés), l'autre est conçue comme une surface de plans de

frappe des enlèvements définis ; au cours d'une même séquence de production d'enlèvements prédéterminés, leur rôle ne peut pas être interverti (fig. 1-2) ;

3 - la surface de débitage est

aménagée de telle façon que les produits obtenus à ses dépens soient prédéterminés ; les caractères techniques de prédétermination consistent à aménager des convexités latérale et distale qui ont pour rôle de guider l'onde de choc de chaque enlèvement ainsi prédéterminé (fig. 1-3) ;

4 - la surface de préparation

des plans de frappe est aménagée de telle façon que les enlèvements

prédéterminants et prédéterminés puissent répondre aux objectifs fixés. Ces aménagements sont spécifiques des méthodes optées pour le détachement des

enlèvements prédéterminés, mais ils possèdent tous un point commun :

la surface de plans de frappe destinée à recevoir la percussion des enlèvements prédéterminés doit

toujours être orientée par rapport à la surface de débitage de telle façon que le fil créé à l'intersection de ces deux surfaces soit perpendiculaire à l'axe de débitage des enlèvements prédéterminés. Le fil

créé par l'intersection est appelé charnière (fig. 7 a) ;

5 - les plans de fracture des

enlèvements prédéterminés sont parallèles ou sub-parallèles au plan d'intersection des deux surfaces (fig. 1-4) ;

6 - la technique de débitage est

exclusive tout au long de schéma

opératoire Levallois : il s'agit de la percussion directe au percuteur de pierre. La percussion a lieu à quelques millimètres de la charnière sur la surface de plan de frappe et non sur la charnière. Cette particularité a pour conséquence que l'axe de percussion des enlèvements prédéterminés doit impérativement être perpendiculaire. Un axe non perpendiculaire ne permet pas le contrôle de la percussion (fig. 7 b).

ne permet pas le contrôle de la percussion (fig. 7 b). Fig.un ou8 -plusieursMéthode enlèvementsLevallois

Fig.un ou8 -plusieursMéthode enlèvementsLevallois récurrenteprédéterminéscentripète.(schemaSelonA, les1 etcritères2). Suitetechniquesà cette premièrede prédéterminationsérie d'enlèvementsmises enet unplaceréarrangementsur la surfacepartielde débitagedes critèresil serade possibleconvexités,de débiteril sera possible de débiter une deuxième et troisième séries (schéma B. 3 ; schéma C. 4. 5. 6 : schéma D. 7 et 8).

400

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L'originalité du débitage Levatlois, comme celle du débitage Discoïdes, provient de la combinaison de plusieurs critères techniques correspondant à un possible parmi d'autres. Si un de ces critères vient à manquer, ou est substitué par un autre, la panoplie d'enlèvements obtenus sera modifiée. Cette différence pourra aussi bien porter sur l'aspect qualitatif que quantitatif.

Dans le cas du respect des règles (contraintes culturelles) techniques Levallois, les méthodes adaptées aux objectifs seront nombreuses et variées. L'une d'entre elles dénommée méthode Levallois récurrente centripète (Boëda, 1986) consiste à débiter des enlèvements de direction centripète ou cordale (fig. 2). Lorsque la surface de débitage est aménagée par des convexités latérales et distale, le débitage d'une série récurrente d'enlèvements prédéterminés peut avoir lieu. L'ensemble des enlèvements prédéterminés se fait suivant des plans de fracturation parallèles au plan sécant, permettant ainsi l'allongement maximum de ces enlèvements Une fois les critères techniques de prédétermination (convexités latérales et distale) totalement épuisés, si on désire poursuivre le débitage, il est alors nécessaire de renouveler les critères de prédétermination sur la surface de débitage. Ce n'est qu'après cette nouvelle restructuration, partielle ou totale, du nucleus qu'il sera possible de dégager une nouvelle série récurrente. Le volume exploitable, dans le cas de nucleus Levallois gérés de façon récurrente centripète ou autre, se réduit à l'exploitation d'une surface ou de surfaces successives devant être réaménagées après chaque phase d'exploitation (fig. 8).

A la fin

de

chacune

des

séquences de débitage, le nucleus se présente comme un disque avec une surface de débitage plane ou peu convexe (fig. 9). Lorsque les nucleus récurrents centripètes sont exploités jusqu'à l'extrême des possibilités techniques, nous nous retrouvons devant 4 cas.

dernière phase

d'exploitation du nucleus se fait sans réaménagement des convexités. La conséquence immédiate est la réflexion de la plupart des derniers enlèvements. Lorsque le tailleur insiste, il crée ce que nous dénom-

1

- La

le tailleur insiste, il crée ce que nous dénom- 1 - La (Amiot périphériques Fig. 9

(Amiot périphériques Fig. 9 - C. Nucleus et Etienne créantune Levallois J.-C, convexité 1977). récurrent Les régulière surfaces centripète périphérique. de provenant débitage sont du site planes, de « les la surfaces Bouloie » de à Crenay plans de (Haute-Marne) frappes sont

mons des « step fractur » (fig. 10). Ces accidents sont dus au respect de l'un des critères techniques régissant le débitage Levallois : le parallélisme des plans de fracturation des enlèvements prédéterminés. Techniquement, il est intéressant de noter, qu'à partir de tels nucleus il eut été possible de produire des enlèvements non réfléchis en ne respectant pas le parallélisme des plans de fracturation, mais pour cela, il faut, d'une certaine manière, enfreindre les règles techniques, mais aussi accepter des enlèvements différents de ceux recherchés au préalable : on crée autre chose.

2 - Le dernier enlèvement est plus envahissant que les autres. Dans ce cas, l'impression d'être en

présence d'un nucleus Levallois à éclat préférentiel est purement conjoncturelle. Il suffit de regarder l'ensemble des caractères techniques des négatifs, antérieurs à l'éclat envahissant, pour savoir s'il s'agissait d'enlèvements prédéterminants ou prédéterminés. L'un de ces caractères est l'angle de détachement. En effet, dans le cas d'enlèvements prédéterminants, cet angle est sécant afin de créer les convexités ; dans le cas des éclats prédéterminés, cet angle est parallèle afin d'obtenir l'allongement de l'éclat.

3 - Les derniers enlèvements ont un contre-bulbe très marqué, donnant l'impression que le plan de détachement de l'enlèvement est sécant au plan d'intersection des

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deux surfaces. Lorsqu'on se trouve dans cette situation, il est nécessaire de rechercher l'extrémité distale du ou des négatifs. En effet, on ne peut juger du parallélisme du plan d'éclatement qu'en fonction de certaine partie du négatif.

4 - Le tailleur est peu expérimenté ou a raté son enlèvement. Ces dernières possibilités sont peut-être les plus fréquentes. En effet, on peut toujours observer un désinvestisse- ment technique dans les phases finales de débitage. Un talon trop épais, un point d'impact mal défini, une mauvaise orientation du nucleus, plusieurs impacts pour détacher un seul enlèvement, voilà quelques-uns des problèmes que l'on peut rencontrer. Le nucleus présente un aspect que nous qualifierons alors de « laborieux ».

Les différentes possibilités que nous venons d'évoquer révèlent une hétérogénéité comportementale normale et attendue. En effet, il est impensable de retrouver telle ou telle pièce reproduite de manière strictement identique puisqu'il s'agit d'un processus dynamique, utilisé et pratiqué par différentes personnalités. Le matériel que nous étudions est une production humaine, expression de compétences et d'investissements variés. En conséquence, l'identification d'un schéma de taille ne peut résulter que de la prise en compte du plus grand nombre de pièces d'un même type, et surtout, de l'ensemble des produits prédéterminants et prédéterminés — sans distinction qualitative — ainsi que des nucleus.

• Aspect qualitatif

Les caractères morphotechniques des éclats prédéterminés résultant de l'utilisation d'une méthode Levallois récurrente varieront selon l'ordre et la direction des enlèvements les uns par rapport aux autres. Les éclats Levallois premiers seront de morphologie variée et les caractères techniques de leur face supérieure dépendront de la modalité adoptée pour créer cette surface, c'est-à-dire du mode d'initialisation du nucleus : enlèvement de préparation de direction centripète, cordale, unidirectionnelle ou encore opposée. Nous retrouverons de façon systématique des enlèvements Levallois seconds. Ces enlè-

systématique des enlèvements Levallois seconds. Ces enlè- Fig. 10 - Nucleus Levallois récurrent centripète provenant

Fig. 10 - Nucleus Levallois récurrent centripète provenant du site de Corbehem (Tuffreau A., 1979).

vements très caractéristiques présentent sur leur face supérieure un dernier négatif d'enlèvement plus envahissant que les autres, et

correspondant au négatif de l'enlèvement Levallois premier (fig. 11), ces enlèvement Levallois pouvant être de direction identique (fig. 11 a), orthogonale (fig. 11 b), opposée

à

l'éclat Levallois second. Les négatifs d'enlèvements antérieurs au négatif d'enlèvement Levallois correspondent aux enlèvements prédéterminants de préparation. Les enlèvements Levallois prédéterminés débités en troisième ou quatrième position peuvent posséder des caractères morphotechniques beaucoup plus variés, allant de l'enlèvement allongé avec une ou deux nervures parallèles à des enlèvements toujours allongés mais de morphologie asymétrique avec des négatifs de direction uni- ou pluridirection-

(fig.

11 с), ou oblique (fig.

1

1

d)

nelle sur la face supérieure.

L'entretien des convexités entre chaque phase de série récurrente nécessite l'utilisation d'enlèvements dont l'axe de détachement est

sécant au plan d'intersection, à la différence des enlèvements prédéterminés. Ces enlèvements prédéterminants ont aussi pour rôle de régulariser la surface de débitage. Cette régularisation consiste à éliminer les nervures créées par l'intersection de deux enlèvements prédéterminés. Ces nervures, souvent proéminentes, constituent un pôle d'attraction, trop important pour l'onde fracture lors du détachement des enlèvements suivants. L'axe de débitage doit par ailleurs être systématiquement déjeté, il a pour fonction essentielle d'éviter que l'onde de fracture s'étende sur la surface en ne recréant pas de convexités, ou au contraire pour éviter un réfléchissement de l'enlèvement, les contre- bulbes latéraux à la nervure étant très proéminents. Un axe déjeté associé à un plan sécant est une des meilleures réponses à la mise en forme de convexités. L'enlèvement résultant de cette opération est le plus souvent une pointe pseudo- Levallois typique. Un débitage récurrent centripète peut fournir plus d'une dizaine de pointes pseudo- Levallois par nucleus. Ces pointes

402

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peuvent être de simples déchets de taille ou être volontairement recherchées. Il est alors très difficile de faire la différence. Mais il existe d'autres façons de remettre en forme des convexités, sans pour cela obtenir des pointes pseudo-Levallois. Selon la méthode utilisée, la panoplie d'enlèvements prédéterminés et prédéterminants variera. Variabilité interne.

Le débitage Levallois récurrent centripète possède une caractéristique supplémentaire qui lui est propre tant vis-à-vis des autres méthodes récurrentes Levallois que du débitage Discoïde. Cette caractéristique est souvent source de confusion alors qu'elle est au contraire l'un des principaux signes de reconnaissance de son utilisation. Un débitage récurrent a pour objectif d'obtenir une gamme de produits, chaque objet provenant d'une même série possède des caractéristiques morphotechniques distinctes. Le tailleur suivant les objectifs fonctionnels recherchés utilisera l'enlèvement prédéterminé ou prédéterminant qui lui conviendra le mieux. Ce libre choix peut se traduire par un arrêt prématuré de la séquence de débitage, une fois le produit obtenu. La surface de débitage du nucleus ne présentera pas alors les mêmes stigmates techniques que si elle avait été utilisée jusqu'au bout de ses capacités techniques. Dans le cas du débitage récurrent Levallois centripète cette constatation a des conséquences particulières. En effet, selon le stade d'arrêt du tailleur, la surface de débitage peut se présenter sous différents aspects et laisser croire que nous sommes en présence de plusieurs méthodes de débitage (fig. 12). Cette variabilité est due en grande partie au choix de l'emplacement de l'enlèvement Levallois second. Cet emplacement dépend essentiellement des capacités techniques que présente la surface de débitage, une fois le premier enlèvement obtenu.

Si la surface de débitage présente les meilleurs critères techniques pour le détachement d'un enlèvement Levallois second dans la même direction que le premier enlèvement, et si le débitage n'est pas poursuivi à la suite de cet enlèvement, la surface de débitage présentera alors les stigmates d'un débitage Levallois de méthode unipolaire (fig. 12-1). De la même façon, si l'enlèvement second

cm |5 I: 10i
cm |5
I:
10i

Fig. 11 - Éclat Levallois second provenant du gisement de Corbehem. A, le dernier négatif d'enlèvement (latéral

droit) correspond au premier enlèvement Levallois et est de même direction. B, le dernier négatif d'enlèvement (distal)

correspond au premier enlèvement Levallois et est de direction orthogonale. C, le négatif d'enlèvement latéral gauche

correspond au premier enlèvement Levallois, sa direction opposée a nécessité un réarrangement de la nouvelle

donc d'une prédétermination de cet enlèvement. D, le dernier négatif d'enlèvement (latéral droit) correspond au

premierenlèvement Levallois, sa direction est oblique.

convexité distale du nucleus ; ce réarrangement était nécessaire pour contrôler le détachement de l'éclat et atteste

est débité à partir d'un plan de frappe opposé et si le débitage en reste là, la surface de débitage donnera l'illusion de l'utilisation d'un débitage Levallois de méthode bipolaire (fig. 12-2). L'illusion d'un débitage orthogonal peut tout aussi bien être produite par le détachement d'un enlèvement débité

lairement au premier (fig. 12-3, 12-4), de même que celui d'un débitage à éclat préférentiel, si cet enlèvement second est plus envahissant que prévu.

En revanche, si le débitage se poursuit au-delà du deuxième enlèvement, voire du troisième, nous

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403

PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1993 /TOME 90. rr 6 403 Fig. 12 - Nucleus Levallois récurrent centripète de

Fig. 12 - Nucleus Levallois récurrent centripète de Frettes (Haute-Saône) (Huguenin G., 1988). Pris

individuellement chaque nucleus est représentatif d'une méthode spécifique, mais lorsque nous les restituons dans un

processus opératoire « récurrent centripète », chacun de ces nucleus représente un stade d'évolution possible

inhérent plus alors à d'une la conception méthoderécurrente Levallois récurrente centripète. centripète. Si cette variabilité n'était pas présente il ne s'agirait

retrouverons alors une surface de débitage avec des négatifs d'enlèvements envahissants de directions multiples (fig. 12-5).

Le débitage Levallois récurrent centripète présente donc une hétérogénéité de « méthodes » qui ne sont en réalité l'expression que d'une seule méthode. C'est parce qu'on utilise une méthode Levallois récurrente centripète que les nucleus, en fonction des opportunités techniques et du moment où l'on arrête le débitage, présenteront des caractères distincts. Ce qui n'est pas le cas des autres modes de débitage Levallois et du débitage Discoïde où, quels que soient les moments où l'on

s'arrête, la surface de débitage ne présente pas d'ambiguïté sur la méthode utilisée.

■ CONCLUSION

Les différences que nous avons observées entre les deux systèmes techniques : Discoïde et Levallois, révèlent donc de deux conceptions différentes du débitage suivant des règles techniques précises, chacune de ces conceptions permet de produire une panoplie spécifique de produits prédéterminés. La reconnaissance de l'utilisation de tel ou tel système technique de production lithique doit nécessairement passer par la détermination de ces règles.

Seule une lecture technologique, donc dynamique, permet de mettre en évidence l'élaboration théorique qui crée la cohérence du système. C'est l'existence même de cette cohérence qui rend impossible la confusion entre un système d'exploitation Discoïde et un système d'exploitation Levallois. La détermination d'un système technique ne peut plus être fondée sur l'approche typologique, dans la mesure où cette méthode prend en compte l'objet à un seul moment de la séquence opératoire le rendant sans relation avec ce qui le précède ou lui succède. Il s'agit alors d'un objet figé, hors contexte.

Nous avons cité, précédemment, l'exemple de nucleus, des pointes, pseudo-pointes, éclats et lames Levallois, qui, étudiés de façon isolée ne peuvent pas rendre compte de l'utilisation de telle ou telle conception du débitage. En revanche, la prise en compte de l'ensemble des éléments lithiques d'une industrie met clairement en évidence que ces différents produits sont le fruit de constructions techniques cohérentes, avec leurs règles et leurs objectifs. Les règles que nous avons définies reposent sur la mise en évidence de six critères techniques de base qui s'attachent à déterminer la conception volumé- trique aux dépens de laquelle s'adapteront des options de gestion différentes selon des objectifs spécifiques et multiples.

Le débitage Discoïde, loin d'être un ersatz du débitage Levallois, constitue une option de taille parmi d'autres. L'une des difficultés de la reconnaissance, à part entière, de ce mode de taille était en partie due à l'absence de critères capables de définir sa structure technique. De plus, il fut éclipsé par le débitage Levallois devenu omniprésent. Ce dernier devint la référence à un point tel que la détermination des modes de tailles était d'ordre binaire « Levallois or not Levallois » (Cope- land, 1981). Or, la détermination technique des industries lithiques du paléolithique moyen montre une richesse jusqu'ici insoupçonnée. Cette richesse porte tout aussi bien sur la variété de conception du débitage : Levallois, Discoïde, Trifacial, Hummalien (Boëda, 1991), que sur la variabilité des méthodes régies par chacune de ces conceptions. La technologie au Paléolithique moyen est une réalité, sachons la découvrir et mettre en avant sa diversité.

404

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Maître de Conférences, Éric BOËDA Nanterre Paris X CNRS, ERA 28