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"Comment gagner la lutte contre le terrorisme en étant

dépendent du pétrole arabe ?"

"Je n'y ai jamais pensé, c'est une question intéressante.


En effet, nous devons devenir indépendants du pétrole."

Extrait d'un entretien télévisé avec George Bush, le


07/05/2006 (Sabine Christiansen, sur ARD)

La fin du mythe de l’énergie chère


Michael Grupp
18/05/2006

La montée du prix du pétrole suscite deux types de réactions, d'une part la


crainte des effets sur la croissance économique et, d'autre part, la peur "d'en
manquer" et d'avoir à se battre pour le brut. On cherche en vain une réflexion
stratégique cohérente, une analyse des opportunités à saisir. Or, il est temps de
prendre des nouveaux repères. Ce texte propose des thèses qui, une par une, sont
largement partagées; mises bout à bout, elles laissent apparaître une lecture
moins pessimiste des menaces combinées du changement climatique, de
l'épuisement des ressources et des guerres de distribution, de la mondialisation et
de la concurrence des pays émergents. Cette lecture éclaire davantage l'aspect
d'opportunité que celui de risque. Voici les thèses :

1. Le baril de pétrole est bon marché par rapport à son contenu énergétique: un
cycliste moyen devrait pédaler pendant 10 ans, à 35 heures par semaine, pour
produire l'équivalent énergétique du baril - il serait difficile de trouver des
candidats à 70 cents par mois.

2. Le baril est bon marché, vu son importance à tous les niveaux : pratiquement
tout ce que nous consommons, utilisons - et jetons - a été fabriqué et
transporté à l'aide du pétrole.

3. Le baril trouverait preneur à 1000$ - en fait, il en trouve déjà à 250$ - le prix


du super à la pompe.

4. On peut supposer que des prix plus élevés inciteront les consommateurs à la
sobriété énergétique, bien que ce mouvement soit encore à ses débuts.

5. Les effets de la montée des prix ne sont pas les mêmes pour tout le monde :
plus l’énergie est chère, plus les économies avancées (qui créent beaucoup de
plus-value par unité d'énergie fossile) sont avantagées par rapport aux
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économies émergentes et aux économies à forte consommation spécifique
qui payeront cher leur incapacité d'investir dans le long terme.

6. Plus le pétrole est cher, plus les économies modernes de fabrication et de


services consolideront leurs avantages par rapport aux pays à matières
premières (même si certains de ces derniers s’enrichissent à court terme).

7. C’est le pétrole bon marché qui risque de se raréfier brusquement, sans


ralentissement progressif par la montée des prix – avec à la clef des
conséquences géopolitiques graves.

8. Ben Laden et Bush se disputent le même fond de commerce, celui d'un brut
sous la menace, toujours à la limite de l'épuisement, transporté par des étroits
maritimes contrôlés par les uns, et par des oléoducs menacés par les autres,
sans autre perspective qu'une consommation sans lendemain - et un pouvoir
de coupure de l’énergie subi par le reste de la planète.

9. Ce scénario n'a rien d'inévitable; la montée des prix du brut ouvre le champ
aux alternatives, difficiles à monopoliser : plus l’énergie est chère, plus les
investissements dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables
sont rentables. Henry Kissinger a été le premier à observer il y a 34 ans qu'il
ne fallait pas garantir un prix maximal mais un prix minimal du pétrole, pour
stabiliser les investissements dans le secteur énergétique.

10. Le système énergétique est plus réactif que l’on veut le faire croire – la mise
en place de l’électronucléaire dans l'espace de quelques années dans les
années 70 en témoigne. Le pétrole est remplaçable à moyen terme et sans
rupture – il suffit de prendre les bonnes décisions, le plus tôt possible.

11. Les énergies renouvelables disposent désormais de nombreux atouts


techniques et financiers. Une partie de ces énergies est d’ores et déjà moins
cher que leur concurrence fossile ; l’évolution des prix respectifs généralisera
cette tendance.

12. Pour une transformation vers les énergies renouvelables, l’investissement et


le savoir-faire du secteur fossile seraient utiles – mais nullement
indispensables ; le secteur privé pourra prendre le relais et trouvera ainsi des
options pour les billions "flottants" en quête d’un investissement rentable.

13. La bataille de l’énergie est en train d’être perdue par les fossiles : KO debout,
ils ne peuvent plus gagner, mais leur pouvoir de nuisance reste considérable,
notamment par la revendication populiste d'une énergie au rabais -
revendication sans avenir - ou encore par la prolongation outrancière de la

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durée de vie des anciennes centrales nucléaires sans couverture des risques
encourues.

14. Il est urgent de proposer un projet politique fédérateur autour de


l'indépendance énergétique nationale ou continentale, en dehors des
phantasmes militaro-réligieux de domination et de contrôle de ressources
raréfiées, en faveur d'un système d'approvisionnement ouvert et durable.

15. Ce projet devrait trouver des adhérents de tout bord, bien au-delà de la
clientèle classique des défenseurs de l’environnement, des générations
futures et des énergies renouvelables : des pro-européens (pour
l’indépendance énergétique continentale), des souverainistes (pour
l’indépendance nationale), des investisseurs, même des défenseurs et
exportateurs des énergies fossiles (ressources qui prendront de la valeur à
l’abri dans leurs gisements pour se vendre plus cher après), le secteur
énergétique (qui se rappellera à profit que sa fonction primaire n’est pas la
promotion de certaines formes d’énergie mais l’approvisionnement en
énergie), les politiciens en quête de projets porteurs : il est difficile de trouver
des raisons avouables de ne pas y adhérer.

Certes, il y a du chemin à faire pour amener tous ces gens à faire cause
commune – mais y a-t-il vraiment une alternative ?