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09/05/2010 Michel Onfray, ou la philosophie à coup…

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Michel Onfray, ou la philosophie à coups


de ragots
By Frédéric Schiffter
Created 29/04/2010 - 13:11

Essais Actualité Frédéric Schiffter Freud Michel Onfray polémique psychananlyse tribune

A la suite de la publication, sur BibliObs.com, d'un commentaire qu'y avait écrit le


philosophe Frédéric Schiffter [1], celui-ci nous adresse ce texte dans lequel il détaille son
point de vue sur Freud, le nazisme, et ses griefs contre Michel Onfray [2]

©Didier Pruvot/Flammarion
Philosophe se réclamant de
l'héritage de Schopenhauer
et de Cioran, Frédéric
Schiffter est notamment
l'auteur du "Bluff éthique"
(Flammarion) "Sur le blabla
et le chichi des philosophes"
(PUF).
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[3]

Le vendredi 9 avril, lors de l'émission de Franz-Olivier Giesbert, « Vous aurez le dernier


mot », Michel Onfray déclare textuellement : « On nous dit : "Autodafés !" ; "On brûle les
livres de Freud !". Mais on a brûlé les livres de Freud parce qu'il était juif, pas parce qu'il était
psychanalyste ! Les Juifs gênaient le national-socialisme, pas la psychanalyse !». Et
d'ajouter que Freud, « admirateur » de Mussolini et de Dollfuss, avait même « collaboré » avec
l'Institut Göring « jusqu'à la fin ».

Je ne suis pas un spécialiste du mouvement psychanalytique. Peu m'importent la


question de la scientificité de la psychanalyse comme celle de son efficacité thérapeutique. En
revanche la vision freudienne de la condition humaine m'intéresse depuis longtemps dans la
mesure où, à partir d'une clinique et d'une réflexion rationnelle, elle rejoint des thèmes et des
thèses chers à mes maîtres matérialistes, athées et pessimistes - Hobbes, La Rochefoucauld,
Schopenhauer. Voilà pourquoi je répondrai ici à quelques unes des allégations relatives au
prétendu fascisme de Freud que Michel Onfray ne cesse de trompeter tranquillement dans les
médias.

1) « On nous dit : "Autodafés !" ; "On brûle les livre de Freud !" . Mais on a brûlé les livres
de Freud parce qu'il était juif, pas parce qu'il était psychanalyste !».

Faux, bien sûr. Si en mai 1933, les nazis, déjà pressés - avant Onfray - d'incendier la légende
de Freud précipitent ses œuvres dans les flammes, c'est parce qu'il est le fondateur de la
psychanalyse stigmatisée comme une « science juive » et « anti-allemande ».

2) « Les Juifs gênaient le national-socialisme » - on appréciera la tournure toute


faurissonienne de la formule. Ainsi, selon Onfray, quand les historiens affirment que c'était plutôt
les nazis qui « gênaient » les Juifs, ils affabulent ?

3) Freud et Mussolini

Si Freud, à la demande du père d'une patiente, se fend d'une dédicace mi-figue mi raisin à
Mussolini sur un exemplaire de son « Pourquoi la guerre ? » - co-écrit en 1932 avec Albert
Einstein -, cela ne fait pas de lui un fasciste. Rien, dans l'œuvre de Freud, ne permet de déceler
un parti pris idéologique. « Malaise dans la civilisation »,texte antérieur de trois ans, exprime
un scepticisme radical à l'égard des idéaux totalitaires, de droite comme de gauche. Freud a
fait sienne la maxime de Hobbes : homo homini lupus - l'homme est un loup pour l'homme.
Politiquement, c'est un légaliste conservateur. Mais, intellectuellement, il passe pour un
subversif aux yeux de la société autrichienne de son temps, catholique et puritaine, en raison de
ses thèses sur la sexualité.

4) Freud et Dollfuss

Onfray dénonce les sympathies de Freud à l'égard du chancelier Engelbert Dollfuss qui, en
1932, dissout le parti communiste autrichien et réprime dans les sang une insurrection
populaire. Onfray oublie de préciser que Dollfuss, dans le même temps, avec le soutien de
Mussolini (eh, oui !) mène aussi une guerre sans merci aux nazis autrichiens pangermanistes,
interdit leur parti, en envoie certains à la potence et enferme les autres dans des camps de

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détention. En 1934, ces derniers finiront par l'abattre lors d'un putsch raté. Si, donc, Freud avait
quelque indulgence pour Dollfuss, ce n'était pas parce qu'il approuvait son césarisme
anticommuniste, mais sa fermeté implacable à l'égard des nazis et autres milices antisémites.
On peut le comprendre.

5) Freud, Jung et Göring

Le docteur Matthias Göring, le cousin d'Hermann, médecin psychiatre et nazi de la première


heure, fonde en septembre 1933, après les autodafés de mai et après avoir liquidé la Société
psychanalytique de Berlin, la Société Générale Allemande de Médecine Psychothérapeutique.
Influencé par Alfred Adler, psychanalyste d'origine juive converti au protestantisme, Göring
entend « arianiser » la psychanalyse freudienne en la vidant de son athéisme, de sa théorie de
la sexualité infantile et de celle de l'inconscient. Autant dire que son but est d'exterminer la
pensée de Freud. À cette fin, il fonde en 1936 un Institut Allemand de Recherche en Psychologie
et Psychothérapie - qui portera son nom - et dont il confiera la direction à Carl Gustav Jung,
l'ennemi intime de Freud et antisémite notoire. Immédiatement après l'Anschluss, en mars 1938,
Göring ordonne la dissolution de la Société Psychanalytique de Vienne. Jung, lui, dirigera
l'Institut Göring jusqu'en 1940.

[4]

Quand, donc, Onfray accuse Freud d'avoir collaboré « jusqu'à la fin » (?) avec l'Institut Göring,
veut-il dire que depuis Vienne, voire depuis Londres, il discutait le bout de gras au téléphone
avec Jung même si les deux hommes étaient fâchés à mort depuis 1912 et cela pendant que
des fanatiques brûlaient ses livres et persécutaient ses amis allemands ?

6) Onfray et Nietzsche

Onfray rappelle constamment que Nietzsche lui inspire sa méthode de contre-historien selon
laquelle pour connaître le fond de la pensée d'un philosophe, il faut se référer à sa vie. Toute
philosophie est une « pathographie » - un symptôme, dirait Freud. Soit. Mais alors, imaginons
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qu'un jour, un disciple d'Onfray, soucieux de rendre compte de la doctrine de son maître, suive
cette méthode avec la scrupuleuse méticulosité que ce dernier lui a enseignée. Il se rappellerait
qu'Onfray relate dans un ouvrage qu'il est gravement malade du cœur, pathologie imposant une
médication lourde ayant pour effets secondaires la fin des matins triomphants et volcaniques.
Suspectant alors l'hédonisme bêta-bloqué du philosophe, l'émule divulguerait-il ce ragot ?

Onfray professe depuis des années une philosophie alter-universitaire auprès d'un parterre bon
public si peu instruit, et surtout si peu critique, que ce dernier ne voit pas en quoi la parole du
mandarin est, en effet, contre-historique. Pareil enfarinement n'aurait nulle importance s'il se
limitait à la Basse-Normandie. Or, dès lors que la télévision, la radio, la presse relaient
l'enseignement du Zarathoustra du bocage, tout se passe comme si ces médias prenaient les
téléspectateurs, les auditeurs et les lecteurs du reste de la France pour des bas-normands de la
jugeote. Mais, en ces temps de récession intellectuelle généralisée, sans doute est-ce le cas.

F. Sch. [3]

Freud: Le débat Onfray-Kristeva [5]

Roudinesco déboulonne Onfray [6] (tribune)

Onfray « psychanalyse » Roudinesco [7] (billet)

Toute l'actualité littéraire sur Bibli [8] Obs.com [8]

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