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PARTIE 1 - UN SYNDICALISME EN CRISE

A - UNE PERTE D’INFLUENCE DU SYNDICALISME


1 - un déclin quantitatif.
Une chute du taux de syndicalisation est à observer dans tous les PDEM depuis le début des années 70, le taux a ainsi été divisé par
quasiment 3 en France ( il se situe aux alentours de 5-7 % en 2006 ), a diminué de 40 % aux USA, 31% au Japon, de 25% au RU.
Ce constat est d'autant plus inquiétant que c'est le cœur des syndicats qui est le plus touché par la crise : la fédération des métaux de
la CGT a ainsi perdu 80 % de ses effectifs.
A cela s'ajoute une forte chute de la participation (de 64 % à 34 ù entre 1979 et 1997) aux prud'hommes, ainsi qu'une augmentation
des voix allant aux listes non syndiqués aux élections aux comités d'entreprise ( un comité d'entreprise sur deux est aujourd’hui géré
par des non-syndiqués).
2 - Une perte de combativité.
a - une forte réduction du nombre de journées de grèves
Après le maximum atteint en 1968 (1.5 millions de journées) le nombre de journées perdues pour fait de grève a été divisé par 10
entre 1976 et 2005 (1995 fait exception).
b - vers une limitation du droit de grève ?
75 % des personnes interrogées répondent qu'elles seraient favorables à une limitation du droit de grève, en particulier dans les
services publics. Dans les transports le gouvernement français a limité le droit de grève après le gouvernement itzalien au nom de la
continuité des services publics.

B - REVELE UNE INADAPTATION DES SYNDICATS A DES EVOLUTIONS


ECONOMIQUES ET SOCIALES
1 - Une inadaptation conjoncturelle
a - la croissance du chômage
la forte augmentation du chômage durant les années 70-2005 (x par 10) va se répercuter sur le syndicalisme :
al - une peur du licenciement
Les salariés pensent que les entreprises licencient d'abord les syndiqués, ils vont donc hésiter d'adhérer à un syndicat par
peur du chômage. On sait ainsi qu'en 1986 après la suppression de l'autorisation administrative des licenciements on a
constaté une forte croissance des licenciements de syndicalistes, qui ne peut que s’aggraver avec des contrats tels que le
CNE.
a2 - la défense des acquis
Les syndicats refusent de prendre à Pierre pour donner à Paul, c'est-à-dire qu'ils refusent souvent d'abandonner des
acquis sociaux même si ceux ci pourraient ( c'est ce qu'affirment les organisations patronales) permettre de créer des
emplois. Les syndicats défendent d'abord le salarié de la régulation fordiste (cf. théorie insider-outsider), ce qui leur fait
perdre toute légitimité aux yeux des chômeurs , voire des salariés du privé (cf. le passage en 1995 de 37.5 ans de
cotisation à 40 ans pour le privé alors que le public restait à 37.5 ans)
a3 - 2 millions de chômeurs =2 millions de non syndiqués plus les précaires (5 millions de
personnes concernées en tout)
Le majeure partie des chômeurs, mais aussi des salariés en CDD et en intérim considèrent donc soit que les syndicats ne
s'intéressent pas à eux, soit se sentent exclus de la société et vivent leur chômage comme une honte (cf. chap. travail et
lien social). Ils refusent dés lors de revendiquer leur statut de chômeur et donc d'adhérer à des syndicats ou des
associations défendant leurs droits.

b - des syndicats sur la défensive

Pendant les périodes de croissance les syndicats avaient obtenus de nombreuses avancées sociales pour les salariés. Au
contraire, en période de crise les entreprises n'ont plus de surplus à répartir et au contraire remettent en cause les acquis
précédemment accordés. Les revendications syndicales échouent donc souvent , ce qui détermine une perte d'audience et
de confiance des salariés( toute réforme sociale est ainsi vue comme une regression) , les syndicats sont en plus
confrontés à une montée des corporatismes.
transition entre 1 et 2 : Les syndicats sont souvent considérés par une partie des hommes politiques , des entrepreneurs
comme un facteur de rigidité qui a contribué au déclenchement et à l'aggravation de la crise. Ils sont attaqués en même
temps qu'est remise en cause la régulation fordiste à laquelle ils sont tellement attachés.
2 - une inadaptation structurelle

a - la crise des bastions traditionnels

La crise détermine une restructuration en profondeur des tissus productifs des pays développés. Les puissantes fédérations
que représentaient les mines, la sidérurgie , la métallurgie, le textile sont condamnées et sont victimes de destruction
massive de l'outil de production.. Le modèle de l'ouvrier de métier implanté dans une région caractérisée par une mémoire
ouvrière ancienne et vive est en voie de disparition. La nouvelle classe ouvrière ne possède pas cette mémoire. Le
syndicalisme traditionnel se révèle incapable de mobiliser les ouvriers plus qualifiés, jeunes et féminisés dans les
industries en tiques.

b - la montée des PME et de la sous-traitance

Depuis l'entrée en crise on observe un mouvement d'extemalisation, c'est-à-dire que les grandes entreprises licencient une
partie de leur personnel et font appel à des entreprises sous traitantes afin de réaliser les tâches les plus simples. Or l'on
sait que le taux de syndicalisation est fortement décroissant avec la taille des entreprises

c - Les conséquences de la tertiarisation de l'économie.

Comme l'explique J Fourastié, la tertiarisation est une évolution inéluctable vers laquelle se dirigent tous les PKD .Or le
secteur tertiaire est traditionnellement (si l'on excepte les fonctionnaires) réticent au syndicalisme qui mobilisait plus
facilement dans le monde industriel (auquel son discours de lutte des classes était mieux adapté). Cette tertiarisation va
affaiblir d'autant plus le monde syndical que la majorité des emplois créés dans le tertiaire sont le fait de PME qui
n'appliquent aucune convention collective ( cf. les emplois Mac-DO en particulier).

d - les nouvelles formes d'organisation du travail

Toutes les nouvelles méthodes que l'on rassemble sous le terme de management participatif qu'il s'agisse des groupes
semi-autonomes ou des méthodes d'origine japonaises(cercle de qualité,...) tendent à faire appel davantage à la
participation des salariés et à court-circuiter les syndicats .

e - l'épargne salariale et le développement des fonds de pension

Les syndicats ont par rapport aux fonds de pension, qui apparaissent à beaucoup d'économistes et d'hommes politiques
(cf.rapport Charpin) comme une solution aux problèmes de financement des retraites dans le futur, un discours ambiguë :
ils ne peuvent pas les rejeter complètement car une majorité de salariés y sont favorables, mais en même temps ils ne
rentrent pas dans leurs discours d'opposition traditionnel au capitalisme puisqu'ils font des salariés des actionnaires.

f – la thèse de Mancur Olson : la montée de l’individualisme

Les individus selon Olson font une analyse coût bénéfice pour décider de leur adhésion aux syndicats et de leur
participation à une grève. Or dans le syndicalisme français l’adhésion rapporte peu (syndicalisme révolutionnaire qui
rejette la conception d’un syndicat prestataire de services), les bénéfices de la mobilisation sont généralisés à tous les
salariés ( pourquoi faire grève , mieux vaut adopter la posture du passager clandestin). Enfin le closed-shop c'est-à-dire
l’adhésion au syndicat est impérative pour être embauchée est interdite ( 2 exceptions : le syndicat du livre et les dockers).

Conclusion : une perte de conscience de classe

La conscience de classe ouvrière s'est constituée dans les industries motrices du 19 eme siècle, quand l'antagonisme entre
le prolétariat et la bourgeoisie était maximum selon Marx. Aujourd'hui au contraire ces industries disparaissent, le secteur
tertiaire se développe et donc l'idée de lutte des classes paraît inadaptée à des salariés qui veulent se fondre dans la grande
classe moyenne symbole d'amélioration du bien-être (cf. la thèse de Mendras). Les employés et les professions
intermédiaires préfèrent d'ailleurs adopter une stratégie individualiste de mobilité sociale ascendante à une adhésion à la
lutte des classes (cf l’ascenseur social). Des syndicats comme la CGT qui ont développés depuis leur fondation un
discours révolutionnaire de destruction du capitalisme sont donc particulièrement frappés par la perte du sentiment
d'appartenance de classe.
3 - L a remise en cause du modèle d'organisation syndicale des trente glorieuses

Le modèle de régulation fordiste a été à l'origine d'un nouveau rapport salarial qui a permis , alors que le discours
n'évoluait pas forcément, une reconnaissance et une institutionnalisation du syndicalisme : conventions collectives,
comités d'entreprises , gestion des caisses de sécurité sociale. Tout cela a généré une disparition du militant de base qui
mobilisait ses collègues . Le militant siégeant désormais aux caisses d'UNEDIC, d'ASSEDIC ou de sécurité sociale
(gestion paritaire syndicat-patronnat) est considéré comme un bureaucrate peu mobilisateur( cf. la thèse de Rosanvallon)
Or la crise de 74 va remettre en cause ce modèle de syndicalisme de deux façons :
• Selon les libéraux l'Etat-Providence est révélateur de rigidités créées par l'action syndicale. Pour sortir de la crise il
faut revenir au modèle d'économie de marché basé sur la concurrence et la flexibilité et donc réduire les pouvoirs du
syndicalisme(cf. l'action de Reagan aux USA et de Thatcher au RU).
• Les syndicats qui ne sont plus capables de mobiliser les salariés ont du mal à défendre un modèle d'Etat-Providence
qui dans leur discours n'était pas pleinement assumé.

4- la montée des coordinations et des nouveaux mouvements sociaux

Les conflits à la SNCF puis chez les infirmières ont montré qu'une bonne partie des salariés ne font plus confiance à la
machine syndicale afin d'obtenir de nouveaux avantages ou pour défendre leurs droits ( moins d'un tiers des français leur
font confiance pour défendre leurs droits.).Les conflits ne se limitent plus essentiellement au travail et aux conditions
matérielles (cf la these d’inglehart sur la société post-matérialiste), d’ailleurs lutter mais contre qui : les entreprises sont
dirigés par une technostructure (cf Galbraith) salariée, les propriétaires étant des fonds de pensions américains ( le plus
gros actionnaire mondial est lacaisse de retraite des fonctionnaires de la Californie)

TRANSITION EN TRE PARTIE 1 ET PARTIE II : Le syndicalisme semble donc connaître une crise se situant à
deux niveaux, qui remet en cause son modèle de fonctionnement alors que paradoxalement les syndicats n'ont jamais été
aussi présents dans l'organisation des rapports sociaux. Comment expliquer cette apparente contradiction ?

PARTIE II - LA CRISE NON PAS DU SYNDICALISME MAIS CELLE D’UNE


CERTAINE FORME DE SYNDICALISME
A-UN CONSTAT - LA NECESSAIRE RELATIVISATION DE LA PERTE D'AUDIENCE DU
SYNDICALISME

1 - L'audience aux élections professionnelles

Le taux de syndicalisation s'est effondré mais il ne faut pas oublier qu'en France si l'on excepte la période atypique de 36,
le taux de syndicalisation a toujours été très faible comparativement aux pays d'Europe du Nord. Par contre la
reconnaissance du syndicalisme est probante et demeure puisque malgré un taux de syndicalisation de 7%, les syndicats
recueillent toutes organisations confondues, beaucoup plus de 50 % des voix aux différentes élections organisées.

2 - Une dissociation entre F appartenance syndicale et l'approbation du syndicalisme paraît nécessaire.

Différentes enquêtes ont été menées qui permettent de relativiser la perte d'audience du syndicalisme :
• enquête de la revue pouvoir : le de personnes qui pensent que cela serait dommage ou grave de supprimer les
syndicats est passé de 67 à 77% entre les années 70 et les années 2000.
• Enquête de l'expansion : 76 % des personnes considèrent qu'il est utile d'être syndiqué. Même les personnes
reconnaissant n'avoir aucune sympathie pour les trois grandes organisations syndicales (cgt.fo, cfdt)estiment à 58 %
(24%contre) qu'il est utile d'être syndiqué.
• Sondage IPSOS : 71% des français considèrent que si les syndicats n'existaient pas il faudrait les inventer.

Conclusion : 75 % des français reconnaissent l'utilité du syndicat mais seulement 7 % y adhèrent, comment expliquer
cette apparente contradiction ?

B - UNE CERTAINE FORME DE SYNDICALISME EST INADAPTEE.

1 - Le syndicalisme de contre société …

Lors de leur création les syndicats se sont construits comme un fait social total. C'est-à-dire qu'être adhérent à un syndicat
ne signifiait pas seulement cotiser à une organisation ; il fallait surtout accepter d'intégrer une communauté vivant en
marge de la société (le prolétaire est celui qui est exclu). Le syndicat représentant une contre-société développant une
contre-culture. En se concevant comme une cellule préfigurant l'avènement d'un nouvel ordre économique et social, le
syndicat à travers le mythe de la grève générale, visait à préparer la révolution.

2 - …est dépassé

Aujourd'hui une telle conception de l'adhérent (qui n'a d'ailleurs jamais regroupé qu'une minorité de salariés) est dépassée,
est vide de sens. L'adhérent est devenu un simple cotisant qui refuse de se fondre dans le syndicat, d'en accepter la culture

transition : cela conduit à ne plus analyser la crise à un seul niveau mais à partir de trois registres du rapport des
individus au fait salarial :
• l'identification, l'appartenance(en crise)
• le soutien pratique (fort niveau de confiance)
• la reconnaissance institutionnelle (importante dans une société d'Etat-Providence)

C - VERS UNE INSTITUTIONNALISATION CROISSANTE DU SYNDICALISME

1 - Une banalisation de l’ institution syndicale

les salariés ont de plus en plus tendance à traiter les syndicats comme des institutions ordinaires dont la légitimité est liée
à de simples critères d'utilité. Cela se traduit par une banalisation de l'institution syndicale qui s'inscrit dans un processus
de fonctionnalisation du rapport syndicat-adhérent sur le modèle qui régit classiquement les liens électeur-élu.
2 - Vers un syndicalisme sans adhérent ?
Cette évolution conduit au paradoxe suivant : une réduction du taux de syndicalisation mais paradoxalement on observe
une augmentation du pouvoir de représentation des syndicats. Cela s'explique par :
• la représentation syndicale devient un métier (cf. gestion de l'UNEDIC)
• dés lors le poids des adhérents n'est plus aussi nécessaire : à l'extrême limite un syndicat sans troupe serait
• possible(la représentativité des partis politiques ne dépend pas de leur nombre d'adhérents)
• aujourd'hui le syndicat devient une agence sociale de gestion des rapports sur le marché du travail.

transition : si l'on peut parler de crise du syndicalisme c'est une crise due à l'inadéquation entre un syndicalisme dont les
structures et l'idéologie datent du 19 ème ou du début du 20ême siècle et le monde en bouleversement rapide dans lequel
nous nous trouvons.
D - VERS UN SYNDICALISME EUROPEEN ?
«A marché unique, syndicalisme uni. A union européenne, organisations syndicales européennes. A la liberté de
circulation et d'investissement du capital dans l'espace européen doit correspondre une défense continentale des salariés.
Tout le problème est qu'aujourd'hui, en particulier en France, on constate un émiettement syndical qualifié de «
balkanisation syndicale », auquel il faut ajouter la diversité des traditions nationales. On peut donc en conclure que pour
nécessaire qu'elle soit la prise de conscience n'en est qu'à ses balbutiements