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ACTES DE LANGAGES-VERSION DE SEARLE

UN PETIT RAPPEL AU DÉBUT

La théorie des actes de langage, “Speech act theory”, est une théorie de la pragmatique du langage définie par Austin et Searle :

J. Austin: How to do things with words, 1962 J. Searle: Speech acts, 1969, Expression and Meaning

(1979)

Certaines expressions ont pour but d’induire une action sur leur destinataire.

Austin propose une vision plus opérationnelle, selon laquelle le langage sert à accomplir des actes. Il fonde sa théorie du langage et de son usage sur l’examen d’énoncés de forme affirmative, a la I-ère personne du singulier de l’indicatif présent, voix active, des énoncés qui ne décrivent rien, donc qui ne sont ni vrais ni faux.

Searle a ajouté à la théorie

1. PRINCIPE D’EXPRIMABILITÉ

austinienne des actes de langage un principe fort, le principe d’exprimabilité:

Pour toute signification X et pour tout locuteur L, chaque fois que L veut signifier (à l’intention de transmettre, désirer communiquer, etc.) X, alors il est possible qu’existe une expression E, telle que E soit l’expression exacte ou la formulation exacte de X

1.PRINCIPE D’EXPRIMABILITÉ

Cela veut dire, d’une manière plus simple, que les actes de langages sont basées non seulement sur la convention, décrite par Austin, mais aussi sur l’intention: le locuteur qui s’adresse à son interlocuteur a l’intention de lui communiquer un certain contenu et le lui communique grâce à la signification conventionnellement associée aux expressions linguistiques qu’il énonce. En faisant ces observations, Searle rend explicites des notions qui étaient implicites dans les travaux de Austin.

Searle porte aussi des innovations à la théorie d’Austin, par exemple en distinguant deux parties dans un énoncé:

le marqueur du contenu propositionnel

le marqueur de force illocutionnaire.

EXEMPLES

Je te promets que je t’emmènerai au cinéma demain

Je t’emmène au cinéma demain

CONDITIONS DE RÉUSSITE DES PERFORMATIFS Conditio Conditio Conditio Conditio Conditi Conditi Conditio Conditio n de n
CONDITIONS DE RÉUSSITE DES PERFORMATIFS
Conditio
Conditio
Conditio
Conditio
Conditi
Conditi
Conditio
Conditio
n de
n de
n
n
on
on
n de
n de
contenu
contenu
préparat
préparat
essenti
essenti
sincerité
sincerité
prépositi
prépositi
oire
oire
elle
elle
onnel
onnel

2. TAXINOMIE DES PERFORMATIFS

Searle dégage six classes principales de performatifs:

(i) les assertifs (assertion, affirmation, etc.); (ii) les directifs (ordre, demande, conseil, etc.); (iii) les promissifs (promesse, offre, invitation, etc.); (iv) les expressifs (félicitation, remerciement, etc.); (v) les déclaratifs (baptême, nomination, déclaration de guerre, etc.) (vi) les interrogatifs (question)

2. TAXINOMIE DES PERFORMATIFS

Assertifs: affirmer quelque chose sur le monde

"Jean a 2 ans." Interrogatifs: poser une question "Quelle heure est-il?" Directifs: demander d'accomplir une action "Pousse-toi!" Promissifs: s'engager à accomplir certains actes dans l'avenir "Je passerai demain." Expressifs: donner des indications concernant son propre état mental "Je suis heureux."

2. TAXINOMIE DES ACTES ILLOCUTOIRES SELON SEARLE

Searle en dégage cinq classes principales:

(i) les assertifs (assertion, affirmation, etc.); (ii) les directifs (ordre, demande, conseil, etc.); (iii) les promissifs (promesse, offre, invitation, etc.); (iv) les expressifs (félicitation, remerciement, etc.); (v) les déclaratifs (baptême, nomination, déclaration de guerre, etc.)

3. ACTES DE LANGAGE INDIRECTS

Ce sont des actes accomplis au moyen d’un énoncé contenant une forme associée conventionnellement à un autre acte que celui qu’il vise à accomplir.

A comparer : Fermez la fenêtre !

où l’intention du locuteur est clairement indiquée par la phrase impérative, associée directement à l’acte d’ordonner

Pouvez-vous fermer la fenêtre ? Il fait froid ici

où le locuteur utilise une interrogation, respectivement une phrase déclarative pour accomplir le même acte.

Actes illocutoires dont la force et le contenu signifiés ne correspondent ni à la force, ni au contenu propositionnel effectivement accomplis: actes détournés.

« Magasin sous surveillance caméra » (assertif) = ne volez pas (directif). « Attention, chien méchant ! » (information) = faites attention (avertissement)

3. ACTES DE LANGAGE INDIRECTS

Pour édifier sa théorie des actes indirects, Searle utilise les mêmes principes explicatifs que Grice,mais il s’intéresse surtout aux rapports existant entre la façon de réaliser un acte de langage indirectement et ses conditions de satisfaction:

Par exemple :

Peux-tu descendre la poubelle ?

L’auditeur infère d’abord que le locuteur accomplit un acte de parole qui relève du potentiel de la phrase énoncée, puis il détermine, en tenant compte de la situation d’énonciation, l’acte de parole dont il s’agit et, enfin, si cet acte direct viole apparemment une norme conversationnelle, il infère qu’un second acte est accompli indirectement.

Détermination du sens d’un acte spécifique Nécessite la prise en compte du contexte linguistique et extra-linguistique (spatio-temporel et relationnel). S’effectue lors d’une activité d’interprétation de la part du destinataire qui reconstitue le vouloir-dire de l’énonciateur => activité inférentielle. La communication demeure une opération à haut risque: clôture du sens par le

LA REDÉFINITION DE L’ILLOCUTOIRE

O. Ducrot → pragmatique integrée A. Berrendonner → pragmatique implicitée D. Sperber, D. Wilson→ pragmatique cognitive

AVANT, C’ETAIT…

La pragmatique linguistique s’est développée sur la base d’une thèse proposée par Austin, et Searle à sa suite, selon laquelle la fonction principale du langage est d’agir sur le monde plutôt que le décrire. Comme conséquence, la pragmatique linguistique a eu tendance à insister sur l’aspect conventionnel et codique du langage car, face à un énoncé, la théorie des actes de langage admet que l’interprétation se fait essentiellement de façon conventionnelle

PRAGMATIQUE COGNITIVE

Ce courant, développant les découvertes de la sémantique générative, voit dans le langage d’abord un moyen de description de la réalité et seulement de façon accessoire un moyen d’action. Cette nouvelle approche des problèmes de la pragmatique a pour auteurs Dan Sperber et Deirdre Wilson 1989 qui ont mis en cause un certain nombre de principes de la théories des actes de langage (théorie de la pertinence)

PRAGMATIQUE COGNITIVE ET ACTES DE LANGAGES

Sperber et Wilson mettent en cause le bien- fondé de la classification des actes de langage proposée par Austin et Searle. Ils observent que dans beaucoup de cas il est possible de saisir la force illocutionnaire précise d’un énoncé, mais que dans certains cas il est très difficile, voire impossible de la déterminer avec précision. Soit la phrase :

Il pleuvra demain.

Sperber et Wilson ont proposé de réduire radicalement les classes d’actes de langage à trois classes: dire que, dire de et demander si:

(i) les actes de dire que correspondent en gros aux phrases déclaratives (assertions, promesses, prédictions, etc.);

(ii) les actes de dire de correspondent grossièrement aux phrases impératives (ordres, conseils, etc.);

(iii) les actes de demander si correspondent aux phrases interrogatives, dans le sens large du terme, c’est-à-dire aux questions et au demandes d’information.

UNE RÉVISION?

UNE RÉVISION?

1. En quoi consiste l’opposition entre un énoncé constatif et un énoncé performatif?

2. Dans quelles conditions un énoncé performatif est réussi ou malheureux?

3. Définissez les actes locutionnaire, illocutionnaire et perlocutionnaire.

4. Quelle est la taxinomie des actes illocutionnaires selon Austin?

5. Expliquez le principe d’exprimabilité de Searle.

6. Identifiez le marqueur du contenu propositionnel et le marqueur de force illocutionnaire.

7. Quelle est la taxinomie des actes illocutionnaires selon Searle?

8. Quelle est la taxinomie des actes de langage selon Sperber et Wilson?

2. Observez les différentes manières d’exprimer le même acte de langage ; identifiez-le, et explicitez la force locutionnaire, illocutionnaire et perlocutionnaire.

a. 1. Arrête, sinon je m’en vais. 2. Si quelqu’un rit, je lui flanque une raclée. – Le premier qui rit, je lui flanque une raclée. 3. Si tu es méchant, je ne te donne plus de bombons. 4. Ne recommence pas, sinon je dis tout à maman ! 5. Allons les enfants, soyez sages, sinon je me fâche !

b. 1. Tu tires trop sur la ficelle ! 2. Tu vas passer un mauvais quart d’heure ! 3. C’est absolument interdit de fumer en classe ! 4. Si tu fais ça, tu seras sévèrement puni. 5. Si vous arrêtez la voiture ici, vous êtes passible