Vous êtes sur la page 1sur 10

Histoire du Baqî’

Histoire du Baqî’ Introduction & traduction par SLIMANE REZKI

Introduction & traduction par

SLIMANE REZKI

Histoire du Baqî’ Introduction & traduction par SLIMANE REZKI

Histoire du Baqî’

SLIMANE REZKI

© Octobre 2012, Tabernacle des Lumières

Histoire du Baqî’

La ville de Médine est une des plus anciennes cités qui vit se succéder de nombreux peuples et dynasties. De nos jours encore, elle est l’objet d’un transit permanent de pèlerins et d’amoureux du Prophète. C’est en 622 H qu’elle connut un tournant historique majeur, le jour où la meilleure des créatures vint s’y installer à la suite de son émigration de la Mecque. Médine devint ainsi le premier centre islamique, la première école de transmission du savoir prophétique. Les croyants commencèrent à affluer et à s’installer. Leurs yeux se délectaient à sa vue et leurs cœurs s’apaisaient à ses effluves. Le nombre de visiteurs ne cessa d’augmenter au fil du temps, tous se rendaient avec plus d’émotion et de ferveur dans la mosquée du Prophète pour prier et le saluer. Une grande partie de la révélation du Coran eut lieu en cette cité. Chaque quartier, chaque recoin regorge d’histoires. Une partie de la noble famille prophétique et un nombre incroyable de pieux compagnons et de successeurs sont inhumés en ce lieu saint.

Al-Baqî’ est une terre vide où se trouvent généralement plusieurs variétés d’arbres épineux dont celui que l’on appelle al-Gharqad, c’est pour cette raison que le cimetière de Médine se nomme al-Baqî’ al-Gharqad. Plusieurs lieux de Médine sont appelées Baqî’ ; al-Baqî’al-Khabkhaba toujours en référence à la variété d’arbres poussant à cet endroit, il y a le Baqî’ al-Bathân qui est un lieu où coule un cours d’eau du même nom, il y a le Baqî’ al-Khial qui était l’ancien lieu du marché de Médine, le Baqî’ al-Musalla, le Baqî’ al-Khadhamât. Lorsque l’on parle du Baqî’ sans qualificatif particulier, c’est le cimetière actuel de la ville de Médine qui est évoqué, c'est-à-dire al-Baqî’ al-Gharqad.

Le cimetière se trouve à la sortie est de la mosquée prophétique. A l’époque il était entouré de maisons et de champs. Il s’étendit jusqu’aux murs de la ville dès le troisième siècle de l’Hégire et fut agrandit à plusieurs reprises. Un élargissement eut lieu lors du califat Ottoman sous le sultanat de Sulaymân al-Qanounî. Plus proche de nous des modifications furent apportées dans le but de sécuriser les lieux. Les

dernières maisons qui le séparèrent de la mosquée sacrées furent rasées, ainsi aujourd’hui il est contigu à la cour de la mosquée du Prophète.

Le premier compagnon à avoir été inhumé dans le Baqî’ :

Lors de l’émigration, dès son arrivée à Médine, le Prophète désira réserver un endroit spécifique aux défunts musulmans, il se rendit au Baqî’ al-Gharqad et dit : « Il

m’a été ordonné de consacré ce lieu (à cette fin) » 1 , l’ordre divin de prendre le Baqî’

comme lieu de sépulture pour les musulmans était le début de la manifestation de la grâce divine accordée à ce lieu. Lors de la deuxième année de l’Hégire et suite à la bataille de Badr y fut inhumé le compagnon ‘Othmân ibn Madh’ûn qui était un des proches du Prophète. Il était connu pour n’avoir jamais consommé d’alcool même dans les temps antéislamique, il fut le trente quatrième à entrer en islam et fut des émigrés de la Mecque. Il participa à la bataille de Badr et décéda six mois plus tard. Il fut le premier des émigrés à être inhumé dans le Baqî’. Lors de son enterrement, le Prophète pleura et l’embrassa entre les deux yeux et dit : « ‘Othmân ibn Madh’ûn est l’un tout meilleur devancier ». Sa tombe est marquée d’une pierre afin de la reconnaître, celle-ci se trouve au coté des gens de la maison prophétique. Les savants actuels divergent sur le fait de savoir qui fut le premier inhumé au cimetière de Médine. Etait-il des muhajirîn (émigrés de la Mecque) ou des Ançars (les auxiliaires de Médine ? La majorité affirme qu’il s’git de ‘Othmân ibn Madh’ûn alors que certains autres pensent qu’il s’git d’Ass’ad ibn Zerâra al-Ançarî. Ils s’appuient sur le fait que ce dernier fut inhumé neuf mois après l’arrivée du Prophète à Médine, c'est-à-dire avant la bataille de Badr. Ainsi, ‘Othmân ibn Madh’ûn ne serait que le premier des émigrés (muhajirîn) a y avoir été inhumé.

Chaque fois qu’un musulman décédait, les croyants demandaient au Prophète où devait-il être enterré ? Le Prophète répondait : « Aux cotés de ‘Othmân ibn Madh’ûn ». Au fil du temps le cimetière se remplit d’un grand nombre de défunts. Les livres d’histoires mentionnent plus de dix mille compagnons inhumés en ce lieu saint. A leur suite des « successeurs » (tabi’în) y furent inhumés ainsi que de nombreux savants, pieux et saints. Les « successeurs » étaient souvent enterrés au-dessus des compagnons dans une même sépulture. Le nombre de défunts et le peu de

1 Hadith rapporté par al-Hakim dans le Mustadrak 11/193.

place impliqua que l’on doive déterrer les corps inhumés depuis plus de cinq ans pour les remplacer par d’autres dépouilles. Les restes et ossements récupérés sont jusqu’aujourd’hui placés dans des ossuaires communaux situés à l’extrémité du Baqî’.

L’inhumation de ‘Othmân ibnu ‘Affâne :

Lors de la grande divergence qui se produisit sous le califat de ‘Othman ibn ‘Affâne, les gens ne purent l’inhumer à l’intérieur du Baqî’. Ils l’enterrèrent à l’extérieur en un lieu nommé Hach Kawkab qui était un terrain qu’avait acquit le calife ‘Othmân ibn ‘Affâne. Lorsque Mu’awiyya accéda au califat il intégra celle parcelle de terrain au Baqî’ afin que la tombe de ‘Othmân ibn ‘Affâne se trouve à l’intérieur du Baqî’, cet acte constitua la première extension du cimetière. Des agrandissements successifs eurent lieu jusqu’à l’époque de l’avènement de la famille Sé’oud au pouvoir. Le Baqî’ al-‘Ammât fut intégré au Baqî al-Gharqad par le Roi Fayçal. Plus tard, des murs seront érigés pour encercler le cimetière, des portes permettant un accès des divers endroits furent ouvertes et des allées furent pavées pour permettre aux visiteurs de se rendre au cimetière même par jour de pluie. Sous le règne du Roi Fahd un autre agrandissement considérable eut lieu du coté est, l’ensemble atteignit 173962 m². Des murs de clôtures furent à nouveau érigés pour entourer le tout.

Les privilèges rattachés au Baqî’ :

De nombreux hadiths évoquent le privilège de mourir à Médine. Etre inhumé dans le Baqî’ assure l’intercession du Prophète le Jour du jugement comme le rapporte ‘Abd Allah ibnu ‘Omar rappelant que le Prophète a dit : « Que celui qui peut

mourir à Médine qu’il le fasse, car j’intercèderai pour qui y décèdera ». 2 C’est aussi

être sûr de jouir des prières (dou’as) du Prophète, de sa demande de pardon et de

sa prière comme

le rappelait seyida ‘Aïcha

qui

disait : le Prophète

a

dit :

« Très

souvent, dans la dernière partie de la nuit, l’Envoyé d’Allah se rendait au Baqî’ et disait : Que la paix soit sur vous ô demeure des croyants. Vous a été accordé ce qui vous a été promis. Demain arrive rapidement et si Dieu le veut nous vous rejoindrons. Seigneur, pardonne aux gens du Baqî’ al-Gharqad » 3 . Celui qui y est

2 Rapporté par Tirmidhî 14/84 et Ahmed dans son Musnad 12/94. 3 Rapporté par Muslim2/669 et Nisâï 1/16.

enterré sera ressuscité en paix le Jour du jugement comme le disait le Prophète :

« Celui qui meurt dans l’un des deux territoires sacrés (la Mecque et Médine) sera

ressuscité apaisé » 4 . Etre ressuscité avec le Prophète, Abû Bakr et ‘Omar est un autre des privilèges accordés à ceux qui décèdent à Médine comme le rappelle ‘Abd Allah ibn ‘Omar qui rapporte que le Prophète a dit : « Je serai le premier au-dessus

duquel la terre s’ouvrira le Jour de la résurrection, viendra ensuite Abû Bakr puis ‘Omar et les gens inhumés dans le Baqî’. Ils seront ressuscités avec moi, puis leur succèderont les gens de la Mecque et enfin ceux qui se trouvent entre les deux lieux

saints » 5 . Dans un autre hadith se rapportant aux privilèges du Baqî’, le Prophète a

dit à Umm Qays bent Muhçin : « De ce cimetière – al-Baqî’ al-Gharqad Allah ressuscitera soixante dix mille personnes le Jour du jugement sous la forme de la pleine lune et les fera entrer au paradis sans jugements » 6 . C’est ainsi que de

nombreux musulmans d’Orient et d’Occident implorent Dieu de mourir à Médine et d’être inhumés dans le cimetière du Baqî’. Jusqu’aujourd’hui, les défunts parmi les résidants et les pèlerins sont inhumés au Baqî’.

Les défunts sont déposés à même

le

sol

et

la tombe est

fermée par

des

briques comme ce fut déjà le cas lors de l’enterrement du Prophète.

Les principaux personnages enterrés au Baqî’ parmi les compagnons et leurs premiers successeurs :

Un grand nombre de compagnons furent inhumés au Baqî’, le Qadî ‘Ayâdh rapporte que l’imâm Malik a dit : « L’Envoyé d’Allah partit après telle bataille vers telle direction entouré de ses compagnons dont dix mille furent inhumés au Baqî’ et les autres en divers pays différents ».

Parmi les personnages principaux inhumés au Baqiî’ figurent Sa’îd ibn Zayd ibn Nawfel al-Qurchî, ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf al-Qurchî, ‘Abd Allah ibnu Mes’ûd al- Hadhilî, ‘Abd Allah ibn Abû Bakr as-Seddîq, Abî ibn Ka’b al-Ançarî, Asîd ibn Hadhîr, Ousama ibn Zayd, Aws ibnu Thâbit ibn al Mundhir, Aws ibn Khawlî ibn ‘Abd Allah al- Ançârî, As’ad ibn Zerâra, al-Arqam ibn Abî al-Arqam, Jabîr ibn ‘Abd Allah, Jaber ibn

  • 4 Rapporté par al-Bayhaqî 2/248 et Tabarânî dans son Mu’jam as-Saghir 2/468.

  • 5 Rapporté par Tirmidhî 14/84 et Ahmed 12/94.

  • 6 Rapporté par al-Hâkim dans le Mustadrak 16/235 et Tabarânî dans le Mu’jam al-Kabir 18/355.

Skhar al-Ançârî, Jubayr ibn Mut’am al-Qurchî, al-Hârith ibn Khazîma Abû Bichr, Hakîm ibnu Hazâm ibnu Khawlid, Hassan ibnu Thâbit, Al-Hajâj ibnu ‘Alât as-Sulamî, al-Hâtib ibnu Abî Balta’ al-Lakhamî, Hawitib ibn ‘Abd al-‘Uzza al-Qurchî, Khabâb Mawla ‘Utba, Khefâf ibn Aymî al-Ghafârî, al-Khawlid ibn ‘Amrou Abou Charîh al- Khazâ’î, Khawât ibn Jabîr Abû ‘Abd Allah, Zayd ibn Khâlid al-Jihanî, Salma ibn Salama al-Ançarî, Salma ibn al-Akû’, Sahl ibn Baydha, Sahl ibn Sa’ad, Sahl ibn Abî Hathama, As-Sâïb ibn Yazîd al-Kinânî, Sahîl ibn Baydha, Sahîb ibnu Sinân, Sakhr ibn Harb Abû Mu’awiya, ‘Abd Allah ibn ‘Abd Allah ibn Bahîna, ‘Abd Allah ibn Thâbit al-Ançârî, ‘Abd Allah ibn al-Ghasîl Abû Handhla, ‘Abd Allah ibn Ka’b al-Ançârî, ‘Amrou ibn Abî Sarah al-Qurchî, ‘Amrou ibn Ummaya al-Dhamirî, ‘Amrou ibn Hazm ibn Zayd, ‘Uqba ibn ‘Amrou Abû Mas’ûd al-Badrî, ‘Uqba ibnu Mas’ûd al-Hadhilî, ‘Alqama ibn Waqâs al-Layth, Qays ibnu Sa’ad ibn ‘Ubâda al-Ançârî Abû al-Fadhl, Qatâda ibn an-Nu’mân al-Ançârî Abû ‘Amrou, Ka’b ibn Mâlik al-Ançârî Abû ‘Abd Allah, Muhammad ibn Maslama al-Ançârî, Muhammad ibn Abî al-Jahem, Muhammad ibn Abî ben Ka’b, Mu’âdh ibnu al-Hârith al-Ançârî, Mâlik ibn ‘Amrou ibn ‘Atika, Mâlik ibn Rabi’ al-Ançârî, al-Mughira al-Thaqafî, Mu’qal ibnu Sinân, Mukhrama ibn Nawfel al-Qurchî, al-Miqdâd ibn al-Asûd al-Hadhramî, Nawfel ibn Mu’awiya, Hind ibn Hâritha al-Aslamî, Abû Charîh al-Ka’bî al-Khazâ’î, Abû Horeyra al-Dûsî, Abû al-Yasir al- Ançârî, Rayhana bent Cham’ûn, Maria al-Qubtiya Umm Ibrahim, Umm Rumân épouse d’Abî Bakr as-Seddîq, Umm Salîm bent Malhân, Sabi’a bent al-Hârith al- Aslamiya (Qu’Allah les agrée tous).

Avec le temps, nombre de ces sépultures ont été oubliées au point que l’on ne se rappelle plus leur emplacement. Marquée d’une simple pierre sans nom, une volonté d’effacer leur trace est manifeste. La crainte maladive de voir certaines personnes adorer les tombes, tout objet quelconque est proscrit au point de faire du

cimetière un terrain nu où s’étalent des pierres sans nom. Seules quelques tombes sont restées dans la mémoire des médinois de génération en génération et certains savants ont consigné leurs souvenirs tels Fayrouz Abâdî ou al-Samhûdî.

En entrant par la porte ouest qui est la porte principale, nous trouvons les tombes des filles du Prophète seyidât Umm Kelthoum, Ruqaiya et Zeineb. Juste à coté se trouvent les sépultures des gens de la noble famille prophétique dont seyida Fatima al-Zahrâ, al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib l’oncle du Prophète, al-Hassan ibnu

‘Ali, Zayn al-‘Abidîn ibnu al-Hussein ibnu ‘Ali, Muhammad al-Bâqir ibn Zayn al- ‘Abidîn, Ja’far as-Sadiq ibn Muhammad al-Bâqir. Al-Samhûdî écrit que Fatima Zahrâ fut inhumée chez elle dans la mosquée près de son père. Ja’far ibn Muhammad rapporte de son père que seyida Fatima fut enterrée par son époux sidna ‘Ali dans leur demeure située à l’entrée de la mosquée. D’autres versions infirment celle-ci et disent que lorsque sidna al-Hassan décéda, il fut inhumé auprès de sa mère dans le Baqî’.

Un peu plus loin encore se trouve un carré réservé aux épouses du Prophètes dont seyidât ‘Aïcha, Sûda bent Zam’a, Hafsa, Zeineb bent Khazîma, Umm Salama bent Abî Ummaya al-Makhzûmiya, Jawhayriya bent al-Hârith, Umm Habiba bent Abî Sofiân, Safiya bent Hayyî Jahch.

Un autre carré contient les sépultures de ‘Aqîl ibn Abî Tâlib, de ‘Abd Allah ibn Ja’far at-Teyar et d’Abû Sofiâne ibn Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib qui est le fils de l’oncle du Prophète. Ce carré se tient à gauche du carré réservé aux épouses du Prophètes. A gauche du carré de ‘Aqîl se trouvent deux tombes, celle de l’imâm Mâlik ibnu Anas et son maître Nâfi’ ibn Abî Na’îm.

Au coté de ‘Othmân ibnu Madh’ûn se trouvent Ibrahim le fils du Prophète, ‘Abd ar-Rahmân ibnu ‘Awf, Sa’ad ibn Abî Wâqas, As’ad ibn Zerâra, Fatima bent Asad et Khanis ibn Hudhafa al-Sihamî. Toutes ces tombes se trouvent à coté du carré réservé à l’imâm Malik et son maître.

Un autre carré proche de la tombe de ‘Othmân ibnu Madh’ûn contient les tombes des martyrs qui combattirent pour préserver Médine lors du califat de Yazîd ibn Mu’awiya. Et juste à coté se trouve la tombe du troisième calife de l’islam, ‘Othmân ibnu ‘Affâne.

Proche du mur d’enceinte se trouvent les tombes de Abî Sa’îd al-Khudrî et Halima as-Sa’diya qui fut la nourrice du Prophète. A coté se trouve la tombe d’Isma’îl ibn Ja’far al-Sâdiq qui fut l’imâm à partir duquel fut fondé l’ismaélisme. Encore un peu plus loin, se trouvent les deux tombes des tantes du Prophète ; Safiya bent ‘Abd al- Muttalib et ‘Atika bent ‘Abd al-Muttalib.

Jusqu’à l’époque ottomane et au début du règne de la famille Sé’oud, toutes ces sépultures étaient recouvertes de coupoles. De grands mausolées étaient construits pour recevoir les visiteurs venus rendre un hommage aux défunts. Malheureusement, pensant se conformer à la sunna le pouvoir en place fit raser toutes les coupoles et tous les mausolées. Ne subsiste que la coupole verte du Prophète.

Les conditions de visite du cimetière :

La visite du cimetière comporte des règles relevant de la Loi sacrée et de

l’exemple du Prophète. La visite des tombes engendre plusieurs profits d’ordre

spirituel comme le précise le Prophète dans

un

hadith où

il

dit :

« Je vous avais

interdit trois sur lesquelles je suis revenu, je vous avais interdit la visite des tombes et

j’ai changé d’avis car il m’est apparu que cela saisit le cœur, fait couler les larmes des yeux et rappelle l’au-delà, ainsi, visitez-les et ne dites pas que cela est

inconvenant » 7 . La visite du Baqî’ est particulièrement profitable, le Prophète le visitait de nuit comme de jour et faisait des dou’as (demandes d’intercession) et demandait pardon pour les défunts s’y trouvant. ‘Aïcha rapporte à cet effet :

« Lorsque c’était ma nuit et que le Prophète résidait chez moi, il se retourna et passa

sa chemise, il chaussa ses sandales et tira son drap sur son lit pensant que je

dormais déjà. Il prit son vêtement et se déplaça à tâtons puis ouvrit la porte et sortit. Je passais alors un couvre chef, je me levais et me revêtais d’un manteau puis je suivis ses traces jusqu’au Baqî’. Il resta longtemps debout et leva haut les mains à trois reprises (pour prier sur les morts) et s’en alla, alors je m’en allais aussi. Il pressa le pas, je fis de même, j’arrivais avant lui et entrais juste avant lui, il dit alors : Que t’arrive t-il ô ‘Aïcha, tu m’as suivi ? Je répondis, il n’y a rien. Il dit : réponds-moi ou le Subtil et l’Informé (Dieu) m’informera. Elle répondit : Ô Envoyé d’Allah toi qui m’est

plus cher que mon père et ma mère, et je l’informais. Il dit, c’était donc toi l’ombre que je vis devant moi. Elle répondit : Oui ! Il me serra contre lui à me faire mal et dit :

Penses-tu qu’Allah et Son Envoyé pourraient te vouloir du mal ? Même si les gens garde le silence, Allah est bien informé, puis il dit : Sidna Jibrîl est venu me voir et m’appela je lui répondis en le cachant de ta vue, il ne voulait pas entrer en ta

7 Rapporté par l’imâm Ahmed dans son Musnad 28/378, Abî Daoud 9/464, An-Nisâï 7/269 et l’imâm Mâlik dans son Muwatta 2/485.

présence, je te recouvris donc d’un vêtement. Je pensais que tu dormais et je n’ai pas voulu te déranger de crainte que tu t’effarouches. Jibrîl me dit alors : Ton Seigneur t’ordonne que tu visites les gens du Baqî’ et que tu implores le pardon en leur faveur. Elle lui demanda : que dire en une telle occasion ? Il répondit : Dis Salam aux gens de cette demeure, aux croyants et musulmans et qu’Allah fasse miséricorde aux premiers et aux derniers parmi nous. Nous finirons, si Dieu le veut,

par vous rejoindre » 8 . Tout visiteur doit à l’image du noble Prophète se rendre au

Baqî’ al-Gharqad et agir tel qu’il nous l’enseigna en disant : « Il me fut ordonné de

prier (dou’as) sur eux » 9

.

Ces passages sont très intéressants car ils s’inscrivent dans le concept du

rapport mort vivant. De plus, nous voyons que visiter des tombes et que faire des

prières de demande auprès de ces tombes mêmes relève de la Loi sacrée et de

l’exemple du Prophète. Que lever les mains pour effectuer des demandes (dou’as) n’est pas une innovation, plus, la fréquence des visites du Prophète informe de l’importance de cette pratique.

  • 8 Rapporté par Muslim 3/46, Nisâï 4/293 et Tirmidhî 3/952.

  • 9 Rapporté par l’imâm Ahmed57/11.