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rencontres

Les Rencontres régionales des musiciens et danseurs


amateurs qui se tiennent chaque année au château
d’Oiron confirment la vitalité de la pratique en
amateur en Poitou-Charentes.
Description, par une musicienne, d’une journée type

Oiron Par Mireille Tabare Photo Alain Rezzoug

Château de notes
e château apparaît tout à coup au détour d’un monde. Familles en promenade venues des alen-

L virage. Partis tôt le matin de leur village


sur la côte atlantique, les musiciens de l’har-
monie et leurs familles débarquent à Oiron
sur le coup de midi. Une foule inhabituelle se
presse déjà le long des grilles, investissant en un
tours, spectateurs passionnés de musiques et de
danses, musiciens et danseurs venus de la région
Poitou-Charentes et d’au-delà. Acteurs de la fête
et spectateurs se côtoient dans la foule. Des liens
se nouent ou se renouent, des projets germent
flot ininterrompu le château et son parc. Comme autour d’un concert… ou d’un verre. Bientôt 16
chaque année début juin depuis plus de dix ans, heures. Sur la scène, un groupe de blue grass ter-
le château d’Oiron est le théâtre d’un événement mine de jouer. Les musiciens de l’harmonie se
populaire et champêtre, unique en son genre : les mettent en place. Un instant de trac face au pu-
Rencontres régionales des musiciens et danseurs blic rassemblé devant l’estrade et à l’équipe de
amateurs. Le temps d’un dimanche, des centai- France 3 qui filme la scène, vite dissipé quand le
nes de musiciens et danseurs amateurs se don- chef lève sa baguette. Les musiciens se laissent
nent rendez-vous pour offrir au public, dans le aller au plaisir de jouer, de communiquer ce plai-
cadre du château, de son parc, de la collégiale et sir au public, et de le sentir attentif, captivé, en-
du village, un programme non-stop de specta- thousiaste. Quatre morceaux, un rappel, l’harmo-
cles de toutes couleurs. nie salue sous les applaudissements, puis cède la
Dans le parc, la fête a déjà commencé. Sur une place à un groupe de rock. La fête continue. Quar-
petite scène, un groupe de percussions africaines tier libre jusqu’à la nuit pour les musiciens de
donne le ton et chauffe la foule. Un peu plus loin, l’harmonie. Quelques heures encore pour profi-
un big band d’accordéons se produit sur la grande ter du temps radieux, de la beauté des lieux, et
scène. Les musiciens de l’harmonie s’installent des spectacles nombreux qui se jouent un peu
avec instruments et paniers-repas à l’ombre d’un partout.
chêne. Leur groupe est programmé à 16 heures C’est en 1990 que l’association Musique et Danse
sur la grande scène, ce qui laisse le temps de dé- en Poitou-Charentes, sous la direction de Gaël
jeuner mais aussi d’aller assister à un concert ou Rias, a lancé ce projet fou : inviter, le temps d’une
à une performance dans l’un des dix lieux de spec- journée à la campagne, des musiciens et danseurs
tacles proposés au public. Au gré de la déambu- amateurs d’horizons très variés à présenter au
lation, on peut choisir… ou se laisser séduire. public leur production artistique dans le cadre du
On peut admirer par exemple, dans la cour du château d’Oiron, et ce dans des conditions tech-
château, des danses de la Renaissance, s’arrêter niques professionnelles. Le projet visait à valori-
sous les arcades où se produisent les jeunes mu- ser, en collaboration avec le milieu profession-
siciens d’un atelier de jazz, ou pousser la porte nel, la dynamique et la qualité artistique de la
du château pour assister, dans le hall, à un con- pratique en amateur. Un objectif qui se décline
cert de musique de chambre, écouter une chorale selon trois principes : rompre l’isolement des
dans la salle de bal au premier étage, ou de la musiciens et danseurs amateurs, accueillir toutes
musique traditionnelle dans le petit salon. On peut les esthétiques, valoriser simultanément le patri-
aussi traverser le parc, faire une halte dans l’om- moine humain et monumental en faisant se ren-
bre fraîche de la collégiale pour un concert de contrer publics, amateurs et professionnels dans
musique sacrée, ou pousser jusqu’à la place du le site prestigieux du château de Oiron. ■
village et assister à un spectacle hip-hop. Le 4 juin 2000, les 11e rencontres ont réuni 2 000 participants et
Vers 15 heures, le parc et le château sont noirs de plus 10 000 spectateurs au château d’Oiron et dans le village.

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Le devenir de la musique amateur
D
ans les années 80, pour avoir accès à la formation et à population des choristes amateurs.
répondre à la forte demande l’information. Dans le même temps, «Autre constat : le développement des
de pratique musicale en cette pratique s’est ouverte à de écoles de musique n’a eu que peu
amateur, un certain nombre nouveaux répertoires : jazz, blues, d’influence sur le développement des
d’institutions ont été créées : écoles musique traditionnelle, pratiques en amateur. Ce qui impose
de musique, centres polyphoniques, contemporaine, musiques actuelles.» de s’interroger sur la vocation des
associations régionales et Cependant, des zones d’ombre écoles de musique. Sont-elles
départementales pour le subsistent. Bien que mieux organisée destinées à former une minorité de
développement de la et plus diversifiée, la pratique futurs professionnels, ou à répondre à
musique… «Grâce à ces organismes, musicale en amateur connaît la demande toujours croissante du
Les Rencontres la pratique de la musique en amateur, aujourd’hui des problèmes de public d’apprentissage de la
régionales des qui n’a cessé de se développer en 20 maturité. Problèmes au niveau des musique ? Où doivent-elles répartir
musiciens et
ans, est aujourd’hui mieux structurée, structures, souvent mal adaptées aux entre elles ces différentes missions ?»
danseurs
amateurs au explique Guillaume Deslandres, souhaits et aux besoins actuels du Des problèmes se posent également au
château d’Oiron. chargé de mission «voix» au sein de public. Certaines institutions, créées niveau de l’encadrement des pratiques
Ci-dessous, dans l’association Musique et Danse en plus anciennement, évoluent musicales en amateur. Par exemple, la
la salle d’armes
Poitou-Charentes. Les praticiens difficilement. C’est le cas du chant fonction de chef de chœur n’est pas
où sont installées
les œuvres de amateurs sont moins isolés, ils choral. Résultat : on assiste forcément liée à un processus
Spoerri. peuvent s’intégrer dans des réseaux, globalement à un vieillissement de la d’acquisition de compétences. On
peut devenir chef de chœur sur simple
cooptation par le groupe de choristes.
Il devient urgent d’harmoniser les
compétences des cadres dans ce
domaine, et d’établir des critères
précis de professionnalisation. Un
autre obstacle majeur au
développement des pratiques
musicales en amateur, c’est le point de
vue des politiques sur ces pratiques. Il
serait temps qu’un nombre croissant
de politiques prennent en compte ces
pratiques artistiques comme un enjeu
majeur de notre société, en les dotant
des structures, de l’encadrement et des
moyens adéquats, comme ils l’ont fait
dans le domaine du sport il y a une
vingtaine d’années. «Il reste beaucoup
à faire pour adapter les structures et
les politiques culturelles aux besoins
actuels du public dans ce domaine,
souligne Guillaume Deslandres. Au-
delà de cet objectif, nous devons
développer un point de vue plus
Musique et Danse prospectif, être capables d’imaginer et
de prendre en compte l’évolution
L’association Musique et Danse en Poitou-Charentes, créée en 1986 à l’initiative de future de ces pratiques. Dans ce sens,
l’Etat et de la Région, s’adresse à tous ceux qui pratiquent – ou le désirent – la une étude concernant la pratique
musique ou la danse, en amateurs ou en professionnels, quel que soit le répertoire
musicale en amateur est en cours sur
abordé. C’est un pôle d’information et d’orientation, dont les services, centralisés à
la région Poitou-Charentes. L’objectif
Poitiers, sont accessibles à tous au travers d’un réseau de points conseil mis en place
est double. Il s’agit à court terme de
dans les principales villes. C’est aussi un pôle de formation et de promotion des
pratiques musicales et chorégraphiques. L’association intègre un centre de pratique dresser une photographie exacte de
instrumentale, un centre de pratique vocale, un centre de formation à la musique de cette pratique et, à partir de là, de
chambre à cordes, un centre d’informations et de ressources chorégraphiques. Soit mettre en place une politique
une quarantaine d’ateliers, répartis dans la région, et des stages thématiques culturelle adaptée. A plus long terme,
ponctuels. L’association offre aides et conseils aux artistes pour leur formation, la nous envisageons de reconduire
réalisation de leurs projets, la diffusion de leurs créations. régulièrement ce type d’étude afin
Musique et Danse en Poitou-Charentes, 91, bd du Grand-Cerf 86000 Poitiers. d’évaluer l’efficacité de notre
Tél. 05 49 55 33 19 – E-mail : ardiamc.poitoucharentes@wanadoo.fr politique.» M.T. ■

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