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GEJ11 C75

Sur la mort du Seigneur

1. Que se passait-il donc tandis que Mon corps gisait au tombeau, et quelle était la
vraie raison, la raison impérieuse de Mon trépas ? Il faut que cela vous soit exposé en peu de
mots, mais clairement. Voici donc :
2. On l'a déjà expliqué plusieurs fois. Adam, le premier homme - au sens où son esprit
était tout à fait libre -, a été créé et mis sur cette terre afin de constituer une forme à partir de
laquelle la matière pourrait retourner à la vie libre de l'esprit. Or, pour que cela arrivât, il
fallait avant tout vaincre la matière elle-même : autrement dit, il fallait créer, grâce au libre
arbitre, un état qui, d'un côté, permettrait de triompher de toutes les qualités dites inférieures,
plaisirs, désirs et penchants terrestres, afin de rendre possible, de l'autre côté, l'ascension
librement choisie vers la très pure vie de l'esprit.
3. Comme on l'a suffisamment répété, l'âme humaine est constituée de minuscules
ébauches qui, en grandissant et en évoluant vers des états de conscience toujours plus élevés,
ont fini par atteindre, en l'homme lui-même, une forme qui ne peut plus se développer
davantage sous son aspect terrestre, mais seulement sous son aspect spirituel. C'est pourquoi
deux principes se rencontrent en l'homme : la fin de la vie matérielle dans la conscience
extrême de soi, et le début de la vie immortelle de l'âme avant atteint sa plus haute perfection
formelle. C'est pourquoi, sur ce fil du rasoir qu'est la vie terrestre, l'homme ne peut certes pas
cacher à sa conscience qu'il vit - car il en est lui-même la preuve -, mais en même temps, il
peut ne pas pressentir qu'il a atteint le seuil de la vie spirituelle, devenue possible avec
l'achèvement de la forme humaine: autrement dit, après avoir traversé un grand nombre de
transformations physiques qui avaient pour but de lui donner sa forme définitive, l'âme
humaine ne changera plus guère dans son aspect général mais elle commence alors une
transformation qui devra la rapprocher toujours plus de l'esprit même de Dieu, et la faire
entrer en communion avec Lui.
4. Que celui qui le peut pense ! Qu'arrivera-t-il si ce passage ne se fait pas ? Car la
matière et l'esprit sont là dans une opposition extrême : ils peuvent certes s'affiner toujours
plus l'un l'autre, mais, en tant que pôles contraires, sans jamais se toucher. Il faut pourtant
montrer un chemin, jeter un pont sur lequel l'âme puisse quitter la matière pour aller vers
l'esprit - et il faut que ce chemin soit un exemple que chacun puisse suivre. Si l'homme ne
trouvait pas ce chemin, c'est-à-dire s'il ne le suivait pas, il lui deviendrait impossible de quitter
la matière pour entrer dans la vie libre de l'esprit.
5. Il faut donc que Dieu Lui-même S'efforce d'attirer à Lui - une fois quelles ont atteint
cette frontière à partir de laquelle la voie spirituelle devient possible - les créatures qu'Il a
contraintes, par amour et pour leur salut, à suivre la voie de la matière, et qu'Il les guide, un
peu comme un père fait avec son enfant. Adam devait édifier ce pont en lui-même, et, en
vérité, il avait la tâche facile, car la matière avait alors bien moins d'attraits qu'à présent. Il lui
suffisait, pour jeter ce pont et que la vie spirituelle s'éveille en lui et fleurisse, de se vaincre
lui-même et d'obéir, car l'obéissance à Dieu est la seule épreuve à laquelle soit soumis un
homme par ailleurs sans péché. De la désobéissance s'ensuivent d'elles-mêmes toutes les
autres fautes, comme chacun peut aisément l'observer chez les enfants. Avec la chute d'Adam,
l'homme a reculé vers la matière, c'est-à-dire vers la polarité où il est possible de s'éloigner de
Dieu autant que l'on pouvait s'élever vers Lui, et vers des félicités toujours plus grandes.
6. Et avec cette chute, le péché était venu dans le monde, parce que Dieu ne crée
jamais aucune œuvre pour la détruire. Une fois le chemin créé, il faut le suivre, et en quelque
sorte tâcher de le corriger, parce que la sagesse divine a considéré et prévu les conséquences
d'un échec. Or, lorsqu'il s'agit de créer des être libres et non des machines spirituelles, le seul
moyen est que l'être humain évolue de lui-même. Et, lorsque la race humaine est née sous la
forme des peuples, la succession de tous les péchés à venir dans une chute continue était déjà
prévue, puisque la source de ces péchés était déjà là dans la désobéissance première.
Autrement dit, si Adam n'avait pas désobéi, nul n'aurait pu le faire après lui, parce que le
germe aurait été détruit en lui et n'aurait pu se transmettre à sa postérité. Mais Adam a fait
fructifier cette graine, et, chez ses descendants, elle est devenue un arbre dont le dur feuillage
empêchait la lumière du soleil de parvenir jusqu'à eux.
7. Souvent, des âmes d'une grande force ont cherché à percer cette frondaison pour
laisser briller le soleil, et, à mesure qu'elles y parvenaient, l'humanité acquérait peu a peu ses
premières religions. Mais ces âmes fortes n'ont jamais réussi à trouver la graine et à briser la
couronne de cet arbre immense pour le faire mourir. Et elles ne l'ont pas pu parce qu'elles-
mêmes n'étaient pas, dans leur vie terrestre, exemptes de faute. Elles avaient d'abord goûté au
monde avant d'éprouver la soif de la vérité et de la connaissance de Dieu, et elles ne
commençaient à mieux chercher que lorsque le monde leur paraissait devenu fade.
8. Les vieilles religions de l'Inde sont les plus anciennes qui vous soient connues,
parce que l'ancienne religion égyptienne leur est antérieure dans sa vraie doctrine, mais la
connaissance s'en est perdue. Les maîtres de toutes ces religions étaient de ces âmes fortes
qui, ayant traversé le toit de feuilles, pouvaient montrer le chemin, et ce qu'ils ont écrit et dit
était donc parfois vrai et juste, mais, en leur temps, ils ne pouvaient écrire autrement qu'ils ne
l'ont fait, aussi beaucoup de leurs écrits, qui s'expliquaient par l'état de choses de leur époque,
sont-ils devenus caducs aujourd'hui. Encore un mot là-dessus :
9. Avant Son incarnation en Jésus, Dieu était impersonnel, et c'est pourquoi nul ne
pouvait Le voir*. Il était seulement possible de sentir Sa présence, qui, naturellement, n'était
perceptible que comme une lumière, parce que Dieu est Lui-même une pure lumière qui
rayonne. Mais, quand la lumière est là, elle est partout - elle inonde tout et vivifie tout.
Cependant, l'impersonnalité de Dieu signifie qu'Il n'est pas en un point particulier d'où Sa
lumière rayonnerait comme un soleil : c'est plutôt un océan d'une lumière qui n'est concentrée
nulle part. Ainsi, ceux qui voulaient s'élever spirituellement vers la divinité ne pouvaient
ressentir l'être de Dieu que comme une vie dans la lumière, quelque chose qui planait et
reposait dans la lumière, se fondant dans la lumière sans rien désirer. Avec la personnification
de Dieu dans l'homme Jésus, la perception de la divinité est devenue tout autre pour celui qui
l'approchait : c'était tout simplement un homme s'approchant d'un autre - et c'est pourquoi les
anciens prophètes disaient vrai ; mais les nouveaux, ceux qui ont vécu après Moi, disent vrai
également.
10. Après la chute de Lucifer, quand le monde matériel est apparu, le soleil spirituel a
certes été créé comme le siège de la divinité : néanmoins, il ne faut pas concevoir ce soleil
spirituel comme une concentration unique. La lumière était partout dans le monde spirituel, et,
avant Mon incarnation, ce soleil spirituel était invisible à l'homme de chair tant que son âme
n'était pas séparée de son corps. Que ce soleil devînt visible était le couronnement de la foi
des êtres spirituels, qui ne pouvaient le voir qu'en devenant de purs esprits : mais avec Moi, il
est aussi devenu visible pour l'homme qui croit en Moi, dès lors que l'œil de son esprit s'est
*
Avant Son incarnation en Jésus. Dieu demeurait dans Sa lumière inaccessible et aucun être créé ne pouvait Le
contempler. Même les tout premiers des esprits angéliques ne pouvaient voir la divinité que comme un soleil
[Die geistige Sonne ''Le Soleil spirituel'', non traduit]. t. 2. 13,7). Mais Dieu en Soi est homme de toute éternité
(Grand Evangile de Jean. t. 6. 88,3), qui a créé l'homme à Son image (Moïse I. 1,27 : La Maison de Dieu, t. 2,
139,20 et 138,20 : Erde und Mond [''Terre et Lune'' non traduit]. 54.9 : Grand Evangile de Jean : t. 1, 1,13-16 : t.
2, 144,4 t. 4 88,7 : t. 5, 70,3 : t. 6, 135,1 et 230,6 ; t. 7. 121,3 et 219,11 : t. 8, 24.6 ; t. 9, 58,7)
ouvert, parce que l'homme Jésus peut à tout moment dévoiler Son royaume tout entier à ceux
qui croient en Lui.
11. Encore une question : pourquoi trouve-t-on les mêmes caractéristiques essentielles
dans les anciennes religions ?
12. Pour celui qui a compris ces révélations, il serait plutôt étonnant qu'il n'en soit pas
ainsi ; car, si ces anciennes religions étaient des précurseurs de la doctrine du Fils de l'homme
et de Dieu. elles devaient nécessairement contenir les caractéristiques essentielles de celle-ci,
et non la contredire. Et c'est pour la même raison que la vie des différents maîtres apparus au
fil des temps présente des similitudes avec la Mienne.
13. Si nous pouvions connaître l'ancienne religion égyptienne avec toutes ses
caractéristiques originelles, qui ne sont parvenues jusqu'à nous que sous une forme altérée par
le culte tardif des divinités, on verrait que la religion chrétienne est issue de celle de
l'ancienne Égypte - tant elles sont semblables, surtout lorsqu'on connaît la véritable essence, à
l'origine, d'Osiris, d'Isis et d'Horus.
14. En quel sens ai-Je réussi, Moi, à briser l'arbre du péché, et non pas seulement à en
traverser le feuillage ?
15. Il faut d'abord que chacun comprenne clairement ce que signifie le mot "péché".
16. Beaucoup auront déjà la réponse toute trouvée et diront : le péché est tout ce qui va
contre la volonté de Dieu ! - Cela est juste, sans doute. Mais qu'est-ce que la volonté de Dieu,
et comment l'homme qui ne croit même pas en Dieu, encore moins à Sa volonté, peut-il la
reconnaître ?
17. En cela, il faut juger selon la vie des hommes. - Nul ne peut pécher contre Dieu s’il
ne L'a pas reconnu. De même qu'on ne peut se fâcher contre un aveugle qui, ne pouvant voir
la lumière, prétend qu'elle n'est pas là. Dieu ne peut accabler celui qui, par incompréhension,
ne Le reconnaît pas. Mais un aveugle peut fort bien faire du tort à son voisin ou à un autre en
s'opposant à lui de quelque manière, car, s'il ne le voit pas, il peut l'entendre, le toucher et
percevoir immédiatement ses bienfaits. Il peut donc pécher contre l'amour que lui témoigne
cet homme : car, même aveugle, il ne peut méconnaître son existence.
18. Il en va de même de l'aveugle en esprit : même sans connaître Dieu, il peut
parfaitement pécher contre le commandement de l'amour du prochain. Or, comme on l'a
souvent expliqué, c'est l'amour du prochain qui mène à l'amour de Dieu.
19. Or, l'homme Jésus obéissait en toute chose à ce commandement, cela dès sa
jeunesse, et c'est ainsi que l'amour de Dieu a grandi en lui jusqu'à ne faire plus qu'un avec lui.
Le péché n’avait aucun pouvoir sur lui, car, en suivant d'abord le chemin visible de l'amour du
prochain, manifesté dans ses œuvres extérieures, il s'est efforcé d'atteindre le chemin intérieur
et invisible de l'amour de Dieu.
20. Dieu avait donné un commandement à Adam, celui de l'obéissance
inconditionnelle. Adam ne l'a pas respecté et a déchu. Pour l'amour de Dieu, l'homme Jésus
s'est donné volontairement le commandement de ne rien faire sans la volonté du Père,
devenant ainsi un exemple lumineux pour la postérité. C'est ainsi qu'il a atteint le degré auquel
Adam n'avait pu accéder, et qu'il s'est concilié la divinité dont la sainteté avait été lésée par la
violation du commandement.
21. La sagesse a donné le commandement : la volonté, la force, exigeait son
accomplissement ; l'amour a trouvé le moyen d'accomplir en l'homme Jésus ces conditions,
qui étaient nécessaires pour rendre à toutes les créatures la félicité originelle. C'est en cela que
consiste la rédemption : que le chemin soit désormais ouvert qui mène directement à Dieu, et
que le fils d'homme Jésus ait suivi ce chemin pour devenir Fils de Dieu. La mort de Jésus
porte le sceau de l'obéissance inconditionnelle. Elle aurait pu n'être pas nécessaire : mais
parce que, dans son libre arbitre illimité, l'humanité l'a exigée sous l'inspiration de Lucifer,
Jésus s'est soumis à cette exigence et a accepté la mort de son corps.
22. A tomber sans cesse d'un péché dans un autre, l'âme devient toujours plus dure,
état que traduit l'expression "cœur de pierre". Jusqu'où cela peut aller, nul ne peut le prévoir.
La matière, les plaisirs extérieurs prennent toujours plus de place, ce qui, naturellement, réduit
sans cesse la conscience d'un noyau spirituel de l'être. Ce durcissement conduit finalement à
un état bestial qui ne connaît plus que la conservation et la reproduction, sans la liberté
intérieure de l'esprit. Pour sortir d'un tel état, il faut une doctrine purement spirituelle menant
à une conscience morale de la dignité humaine, et cette doctrine a été donnée sous une forme
brève et aussi claire que possible, ne laissant aucune place à l'erreur. Son observance brise les
chaînes de la matière, dénoue les liens du désir de jouissance terrestre, pour amener
finalement les désirs et les convoitises matérielles à un état de sensibilité très pure qui est la
connaissance du mal, mais sans l'accomplissement du mal, parce que le moi individuel
s'efface toujours plus, au lieu de ne cesser de croître (l'égoïsme). Plus il s'amoindrit, plus les
liens de la matière se dissolvent (se relâchent), pour finir par n'être plus ressentis comme une
entrave.
23. Ainsi, seul Jésus pouvait briser l'arbre du péché, parce qu'il renfermait en lui cet
Esprit divin de qui Adam avait déjà reçu le commandement qu'il n’a pas accompli.
24. On demandera sans doute : où est la preuve qu'il en est réellement ainsi, et que les
maîtres précédents n'ont pas fait de même ? Car ce qui est dit ici échappe au regard humain,
c'est un cheminement intérieur dont nul ne peut parler que Jésus, tandis qu'on déjà vu
plusieurs fois se produire l'événement extérieur que constitue la venue d'un maître
remarquable, avec ses actes, son enseignement et même sa mort. En quoi Jésus a-t-il
véritablement brisé l'arbre du péché là où les autres n'avaient fait qu'en traverser le feuillage ?
Les effets sur ce monde n'en sont guère sensibles, puisque le péché est aujourd'hui plus
florissant que jamais - et les hommes ne peuvent guère juger que par les signes extérieurs !
25. Oui, il semble bien qu'il en soit ainsi à première vue, et pourtant, si l'on y regarde
de plus près, il n'en est pas ainsi !
26. Tout homme qui suit la voie intérieure s'apercevra bientôt de ce qu'il est
réellement. L'apparence extérieure ne signifie rien, elle n'est qu'une enveloppe. Quant à celui
qui ne veut pas suivre la voie intérieure, il est aussi impossible de le convaincre, ou même de
lui donner une simple idée de ce chemin, que de donner à un aveugle la notion des couleurs.
C'est là que se décide le succès. Le chemin est là, suivez-le, et vous jugerez ensuite !
27. Nul ne peut atteindre le Père sans Moi, et, sans la foi en Jésus, aucun sage n'a
encore jamais ressenti l'être tout-puissant de Dieu comme la source originelle de tout amour,
capable de se personnifier. Ce n'est qu'en Jésus que l'impersonnel devient personnel, et cette
union des deux sous la forme d'un homme fait que la créature peut se rapprocher de son
Créateur, la matière se changer en esprit, la suite des péchés issue de la séparation de la
matière et de l'esprit revenir en arrière, en franchissant cette barrière qui, sans cela, eût été un
point inamovible - et le pont, c'est la vie de Jésus.
28. La question se pose alors : avant la mort du Fils de l'homme, jusqu'où les âmes
défuntes pouvaient-elles encore progresser ?
29. Si elles avaient suivi l'enseignement de l'un des nombreux maîtres qui existaient
déjà alors, elles pouvaient certes parvenir à la connaissance de soi, et même à une forme de
félicité, mais, bien sûr, elles ne pouvaient contempler la divinité personnifiée.
30. Cela est arrivé pour la première fois quand le corps de Jésus était au tombeau. Son
corps purement terrestre gisait là, tandis que son âme, avec l'esprit divin qui demeurait en elle,
entrait dans l'au-delà et s'y montrait à tous comme celui qui est et qui était.
31. On ne peut faire ici qu'une brève allusion à ce sujet, mais tout ce qui est arrivé sera
révélé en détail par la suite.
32. Cette révélation dans le monde des esprits fut le début de l'édification et du
peuplement de la Nouvelle Jérusalem, la Cité de Dieu, qui durera éternellement.