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TYPOLOGIE

DES SOURCES

D U MOYEN ÂGE OCCIDENTAL

DIRECTEUR:

L . GENICOT

Fase . 44-45

A

- I1I , l *;

A-V , C , 6* et D , 2*

LES QUESTIONS DISPUTÉES ET LES QUESTIONS QUODLIBÉTIQUES DANS LES FACULTÉS DE THÉOLOGIE , DE DROIT ET DE MÉDECINE

BERNARDO C . BAZÀN

PR OF ESSOR , OTT A W A UNIVER SI TY

GÉRARD FRANSEN

PR OFESSEU R À L'UNIVERSITf:

CATHOL I QUE

DE LOUVA I N

P A R

J OHN W. WIPPEL

PROFESSOR, CATHOLIC UNIVERSITY OF AMERICA

D ANIELLE JA CQUART

CHARGfm DE RECHERCHES AU C.N.R.S. (PARIS)

BRE PO LS

TU R NH O UT

- B ELGIUM

1985

I)U MOY I ' N

( t i '

O( (IJ)I ' N I 1 . '/

Tout probl ê rne historique est éclairé par des sources de divers types et le chercheur est rigoureusement tenu de les interroger toutes . Mais, s'il veut ne pas se fourvoyer dans leur exploitation, il ne peut se contente r des principes généraux de Ia critique. li doit connaitre les caractêres spécifiques de chaque

genre. li a besoin d'un guide qui en définisse les traits et les rêgles d ' inter-

prétation: bref, il a besoin d'une typologie des sources médiévales.

Objet et but

La Typologie , telle qu'on l'entend ici , doit établir Ia nature propre de chaque genre de sources (Gattungsgeschichte ) et arr ê ter les r ê gles spéciales de critique valables pour chacun.

Elle classe d'abord les sources selon leur genre, décrit les caractêres propres à chacun, retrace son origine et son évolution, dans Ia stricte mesure ou ces données ont une répercussion sur Ia maniêre dont l'historien doit utiliser les sources pour en dégager toute Ia réalité qu'elles refíêtent et rien que cette réalité.

Elle formule ensuite les r ê gles spé c iales de critique historique permettant à l'historien d'exploiter de mani ê re correcte et exhaustive les sources dont il dispose pour reconstituer le passé sous toutes ses formes: événements, institutions, économie, structures sociales, mentalité, idées, activité désintéressée .

li suit de cette définition que Ia Typologie se bomera au genre , sans pousser

jusqu 'au document individuel (sauf à titre d'exemple); elle formulera des méthodes, mais n'alignera pas des faits . Par exemple, elle fixera les traits de Ia chronique

monastique, elle ne présentera pas chaque chronique et n ' analysera le contenu d'aucune.

li ne s'agit pas non plus de répéter ce que les traités et manuels de critique

historique ont déjà établi, mais de les compléter soit par l'apport d'un point de vue nouveau, soit par Ia formulation de rêgles spéciales de critique, découlant de caractêres jusqu'ici plus ou moins négligés.

Limites

Comme celles de n'importe quel travail historique, les limites de Ia Typologie prêtent à discussion. Elles ont été choisies dans le souci de ne pas étendre démesurément des horizons qu'il faut de toute façon ouvrir largement . Chro- nologiquement, on a retenu les dates de 500 et 1500. Géographiquement, on s'est borné à I'Occident latin et à l'Espagne arabe ainsi qu'aux documents produits s ur leur sol .

TYPOLOGIE DES SOURCES

DU MOYEN ÂGE OCCIDENTAL

A-III , 1* ; A-V, C , 6* et D,2*

LES QUESTIONS DISPUTÉES ET LES QUESTIONS QUODLIBÉTIQ U E S DANS LES FACULTÉS DE THÉOLOGIE, DE DROIT ET DE MÉD ECIN

U N I VE RSI TÉ CATHO L IQ UE D E LOU V A I N

INSTITUT D'ÉTUDES MÉDIÉVALES

Coll ê ge Erasme

Plaee Bla i se Paseal , 1

1348 LOUVAIN - LA-NEUVE (Belg i que)

C o nform é ment à Ia r ê gle ét ablie par / ' In s titut d ' Etude s M é diév ales , le

manu sc rit du présent fas c i c ule a été s oumis à un c omité de lec ture c omp os é de MM. le chanoine F . Van Steenberghen , professeur émérite à I ' Uni v ersité

c atholique de Louvain , G. Beaujouan, Directeur d ' é tudes à I'École prati que

des Hautes Études de Paris , du R . P . R . Macken , Professeur à Ia Katholieke Universiteit Leuven, et de MM. L . Genicot et R. Bultot , respe c tivement Dire c teur et Secrétaire de Ia Typologie. Le s auteurs ont eu c onnaissance des textes les uns des autre s e t ont e x er cé en t re eu x une critique c on s tructive parallêle à celle d év olu e au c omité de

le c tur e .

S

OC ID E N TAL

OU R

DIRE C T E U R : L . GE NI C O T

Fase . 44-45

A- III , 1* ; A - V , C , 6* e t D , 2*

S QUESTIONS DISPUTÉES ET IJ QUESTIONS QUODLIBÉTIQUES DANS LES FACULTÉS DE THÉOLOGIE,

D E DROIT ET DE MÉDECINE

BII

1 ' . " 11

R

O R .

I

C . B AZÀN

TT AWA U N I VERS I TY

, RAR O F R A N SEN

I'MOII

~~ I U I l À L'U NIV E R S l T e

D E LOUVA I N

! AIIIOIIQ

P A R

J O HN W . WIPPE L

PROFESSO R ,

C A T HOL l C OF A M E RI CA

U N I V E RSI TY

DANI E L LE JACQ UART

CHA R G t m

D E R E C H E R C H E S

AU C. N . R . S .

( PA RI S)

BR E POL S TU R NH O UT - B ELG I U M

19 5

TABLE DES MATIERES

A VERTISSEMENT .

11

 

PREMIERE PAR TIE

LES QUESTIONS

DISPUTÉES,

PRINCIPALEMENT

DANS

LES FACULTÉS

DE THÉOLOGIE

(par B.C . BAZÀN)

 

BIBLIOGRAPHIE

15

CHAPITRE

I: DÉFINITION ou GENRE

 

21

CHAPITRE 11: ÉVOLUTION ou GENRE

25

1

. LES ORIGINES

25

A) De Ia "lectio" à Ia "quaestio"

 

25

B) De Ia "quaestio" à Ia "disputatio"

31

2.

LA "DISPUTATIO" EN MILIEU UNIVERSITAIRE .

40

CHAPITRE III: LES ESPECES ou GENRE

49

1

. LES ACTES ou MAITRE .

50

A) La "quaestio disputata'

.

50

1°) L'auteur et Ies acteurs à Ia Faculté de ThéoIogie

50

2°) Modalités de travail .

58

a) Technique et déroulement de Ia séance

58

b) Fréquence et calendrier .

70

c) L'unité de dispute (contenu ou matiêre d'une dispute) 76

B) La dispute à Ia Faculté des Arts

85

C) La " quaestio disputata' à Ia Faculté de Droit et à Ia Faculté de Médecine

90

2. LA DISPUTE, EXERCICE SCOLAIRE ET ÉPREUVE

 

OE COMPÉTENCE PROFESSIONNELLE

92

A)

Les disputes à Ia Faculté des Arts .

93

 

10) Les

disputes des écoIiers

93

2°) Les

"determinationes" des bacheliers

94

© Brepols 1985

3°) Les

épreuves pour Ia licence .

97

No part of this work may be reproduced in any form, by print, photoprint, microfilm or any other means without written permission from the publisher .

B) Les disputes à Ia Faculté de Théologie

99

1°) Le

bachelier

biblique : Ia quaestio temptativa

99

2

° ) Le

bachelier

sententiaire et Ia quaestio collativa

102

TABLE DES MATIERES

T ABLE DES MATIERES

7

 

3°) Le bachelier formé et Ia sorbonique

105

HAPTER 11: EVOLUTION OF THE QUODLIBET AL QUESTION IN THEOLOGY

4°) L'examen de

licence .

109

FACULTIES .

 

176

5°) La maitrise : vespéries, aulique, resumpta

112

a) Les vespéries

112

CHAPTER III: RULES OF CRITICISM FOR QUODLIBETAL QUESTIONS 183

b) L'aulique (ou aula)

 

117

1 . AUTHORSHIP .

 

183

c) La resumpta

120

2 . WRITTEN VERSIONS

 

187

 

3.

DATING

 

192

CHAPITRE IV : REGLES DE CRITIQUE PROPRES AU GENRE

123

4

. LINGUISTIC FORMULAE

 

195

1

. L'AUTEUR.

123

5.

THE AUTHOR'S FREEDOM

199

2.

LA NATURE DU TEXTE .

 

126

3.

L'ÉTAT DES TEXTES .

129

CHAPTER IV : CIRCULATION AND DEVELOPMENT OF THE QUODLIB E T

4.

LA DATE D'UNE QUESTION DISPUTÉE

 

136

IN NONTHEOLOGY FACULTIES

 

202

5. LA LANGUE · .

 

139

6. LA LIBERTÉ DE L'AUTEUR .

 

141

CHAPTER

v : EDITIONS OF QUODLIBETS

 

215

CHAPITRE V: RAYONNEMENT DE LA "QUAESTIO DISPUTATA" 145

CHAPTER VI : HISTORICAL VALUE

221

CHAPITRE VI: DOMAINES DE L'HISTOIRE QUE LE GENRE AIDE À

 
 

CONNAITRE

148

 

TROISIl :: ME PARTI E

 

LES QUESTIONS

DISPUTÉES

DANS LES

 

FACULTÉS

DE DROIT

 

PART TWO

(par G . FRANSEN)

 

QUODLIBETAL

QUESTIONS,

BIBLIOGRAPHIE

 

225

CHIEFLY

IN THEOLOGY

FACULTIES

 

(by J.F. WIPPEL)

CHAPITRE I: DÉFINITION DU GENRE

 

23 1

 

1 . LES TRAITS ORIGINAUX DES "DISPUTES" DES JURIS TE S

BIBLIOGRAPHY

 

153

231

 

2 . DÉFINITION

 

2 32

CHAPTER I: DEFINITION OF THE QUODLIBETAL QUESTION

157

3.

STRUCTURE DE LA QUESTION DISPUTÉE

 

233

1

. THAT WHICH THE QUODLIBET HAS IN COMMON WITH OTHER

4

. ESPECES DU GENRE .

234

DISPUTED QUESTIONS .

 

158

A)

Quaestiones disputatáe in seholis et quaestiones solemnes s eu

2.

THA T WHICH DISTINGuiSHES THE QUODLIBET FROM OTHER

 

publieae

234

DISPUTED QUESTIONS .

165

B)

Quaestiones

reportatae et quaestiones redaetae 236

3

. PRACTICAL RULES FOR DISTINGUISHING SURVIVING QUODLI-

C)

Quaestiones quatemales .

 

2 37

BET FROM OTHER SURVIVING DISPUTED QUESTIONS

172

D)

Quae s tione s domini c ale s, sabbatinae , ele

23 7

TABLE OES MATIERES

TABLE OES MATIERES

9

5

. GENRES VOISINS .

 

237

 

A)

Quaestiones legitimae, decretales

237

B) Allegationes

 

239

C)

Consilia

239

D)

Casus .

240

E) Summa quaestionum

 

240

F)

Quaestiones iuris - Quaestiones facti

241

G) Quaestio - Disputatio

 

241

CHAPITRE 11: ÉVOLUTION OU GENRE

243

1

. CIVILISTES

 

243

2.

CANONISTES

245

3.

SYNTHESE.

246

CHAPITRE III : REGLES DE CRITIQUE

248

1.

LA QUESTION

 

248

 

10) Rubrique

248

2

° ) Préambule

 

248

3°) Théme

.

248

4 ° ) Question (ou Problême)

249

5 ° ) lndication de l ' action

249

6 ° ) Argumentation .

 

250

 

a) Présentation

250

b) Mode de citation des textes juridiques

251

c)

Nature des arguments invoqués

252

d) Ordre suivi dans l'argumentation

252

e) Réponses aux objections

253

f) Introduction

du "Contra"

253

g)

.

.Contra" .

253

 

7

° ) Solution

 

254

 

a) En général

 

254

b) Degré de certitude

254

c)

Sigles

254

 

8

° ) Organisation des éléments de Ia question

254

~) Textes incomplets .

255

2.

LE S C OLL EC TIONS

 

255

3.

R E MANI E MENTS OU REL EC TUR E S?

256

4

. A UTEU R

 

258

5.

DAT

 

260

6. RAPPORT EN TRE TEXTES ET DISPUTES

1 ° ) Établissement du texte

2 ° ) Du texte à Ia dispute

7 . POURQUOI COPIE-T-ON LES QUESTIONS?

CHAPITR E IV: L E R É PERTOIRE OES COLLECTIONS ET OES QUESTIONS

1 . N É CESSITÉ ou RÉPERTOIRE

2 . D1FFICUL TÉS RENCONTRÉES

3. PLAN ou RÉPERTOIRE .

1 ° ) Partie descriptive .

2 ° ) Table par matiêres

CHAPITRE V: REGLES POUR L'ÉDlTION

1. QUE FAUT-IL ÉDlTER? .

2 . REGLES CRITIQUES .

3. PRÉSENTATION ou TEXTE

4. PRÉSENTATION OES ALLÉGATIONS CHIFFRÉES

5 . "APPARATUS FONTIUM"

261

261

262

263

266

266

266

267

267

268

270

270

271

272

274

274

CHAPITRE VI : DOMAINES DE L'HISTOIRE QUE L E GENRE P EU T AIDER

À CONNAITRE .

 

275

1. APPORTS À L'HISTOIRE

OU OROIT

275

2. APPORTS

À

L ' HISTOIRE

DE LA CIVILISATION

276

QUATRIEME PARTI E

LA QUESTION DANS LES FACULTÉS

DISPUTÉ E DE MÉDECIN E

(par DANIELLE JACQUART)

B IBLIOGRAPHIE

2

1

CHAPITR E I: ÉVOLUTION OU GENRE: LA OOUB LE T RADl T I ON O LA

"Q U ES T ION " M É Dl C AL E

285

1 . L A F ORM E Q UE T IONS-R É PONS ES OAN S L A L I TTÉ R ATU R M ( -

AL

P R É - AL R N I T AI NE

.

2

T ABLE DES MA TIERES

LES QUESTIO

2. S

SALER

IT AI ES

.

287

3. S DA S LES COMME TAIRES

LES QUESTIO

290

4

. LES DISPUTES DANS LES FACULTÉS DE MÉDECINE

293

A)

Paris

294

B) Montpellier

296

C)

Bologne

297

C~APlTRE

11: REGLES DE CRITIQUE SUIVANT LE TYPE DE

 

RÉDACTION

300

1

. LES QUESTIONS PORTANT MENTION D'AUTEUR , DE LIEU ET / OU

DE DA TE DE DISPUTE

.

300

2.

LE "CONCILIATOR" DE PIERRE D'ABA O ET SO

INFLUENCE

305

3. LES RECUEILS DE QUESTIONS CONSACRÉES A UN THEME PARTI-

CULIER

307

Gl - lAPlTRE III: DOMA INES DE L'HISTOIRE QUE LE GENRE PEUT AIDER

À CONNAITRE

.

310

1 . CENTRES D'INTÉRÊT INTELLECTUEL .

310

2 . LIENS A VEC LA PHILOSOPHIE

ET

LES AUTRES

SCIENCES

311

3 . THÉORIE ET PRATIQUE .

 

313

AVERTISSEMENT

Les traités et manuels traditionnels de critique historique ne font pas de place aux sources philosophiques et théologiques. Inversement, les historiens de Ia philosophie et de Ia théologie n'ont gu ê re consacré

d'ouvrages à Ia méthode qu'ils mettent en ceuvre dans leur discipline . La réflexion sur celle-ci est le plus souvent dispersée dans des articles portant sur des ceuvres particuli ê res et dans des introductions d'éditions. Élargir le champ des traités traditionnels et conduire une réflexion systématique sur les rêgles de critique propres aux sources théologiques et philosophiques entraine par conséquent, dans une premi ê re étape, Ia nécessité d'adapter les schémas généraux d'exposés à Ia situation de fait . D'o ú l'ampleur insolite de ce volume par rapport à ceux qui l'ont précédé . Il comporte des développements sur Ia technique de Ia disputatio qui excêdent quelque peu les strictes exigences de Ia Typologie: c'est que, même lorsqu'ils ne sont pas indispensables à une critique et à une exploitation correctes du genre, ils aident à mieux percevoir le Sitz im Leben (comme disent les praticiens de Ia Formgeschichte) des questions disputées et des questions quodlibétiques, peu familiêres à beaucoup

d ' historiens. On a donc estimé utile de conserver ces développements

pour faciliter I'acc ê s à ces sources. En outre, ils apportent des solutions originales des auteurs , qu'il convenait de livrer au public o Mais ces passages sont imprimés en petits caractê res. La quaestio, qui précêde chronologiquement Ia quaestio disputata, sera traitée - ainsi que ses origines lointaines - dans un fascicule consacré

aux gloses et aux commentaires.

Comme Ia disputatio a été pratiquée dans toutes les Facultés univer- sitaires, on a fait appel à des spécialistes de diverses disciplines. Tous ne sont pas toujours d ' accord sur tous les points. On n ' a pas gommé ces divergences : chaque auteur demeure maitre de ses opinions. Certains se sont attachés davantage à tel ou tel aspect des problêmes, qui leur a paru requérir de plus longs développements. L ' état de Ia documentation

et des connaissances explique l'ampleur de Ia Partie consacrée à Ia Faculté

de théologie par rapport aux Facultés de droit et de médecine . Des raisons pratiques ou contingentes (décês de collaborateurs) ont amené à réserver pour un volume spécial les genres issus de Ia disputatio à Ia

Faculté des arts. Les bibliographies offrent quelques répétitions: on les

a maintenues afin que chaque Partie du volume, prise en elle-même, soit munie de Ia bibliographie qui lui est nécessaire.

PREMIERE PARTIE

LES QUESTIONS DISPUTÉES, PRINCIPALEMENT DANS LES FACULTÉS DE THÉOLOGIE

P A R

B E R NA RDO C . BAZÀN

BIBLIOGRAPHIE

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3 vol. Quaracchi, 1960.

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1

6

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CHAPITRE I

DÉFINITION DU GENRE

Définir une réalité historique mouvante n ' est pas chose fac i le. C 'est particuliêrement vrai dans Ie cas de Ia disputatio médiévale. Elle se présente à nos yeux comme une activité qui ne cesse de se métamorpho ser par l'addition d'éléments dont on doit tenir compte dans sa défini tio n, mais aussi par Ia perte d ' autres éléments qui, à un stade déterm i n é, semblaient constitutifs du genre. Les raisons de ce caractê re plastiqu e et dynamique de Ia disputatio sont multiples, et il convient de Ies sign a l er avant de risquer une définition, afin de justifier Ia valeur puremen t instrumentale et approximative qu ' on attribue à celle-ci, La premi ê re raison est que Ia disputatio est au cceur même de Ia scolastique médiévale et se développe au fur et à mesure que mürit l ' esprit scientifique du Moyen Âge. La disputatio, en tant que méth o d e scientifique, s'affirme comme résultat de Ia maitrise de Ia Iogique et du développement de l'esprit spéculatif des penseurs médiévaux , c ' est-â -dir e de Ieur capacité de poser rigoureusement des problêmes à propos d es grands textes qui constituaient Ia colonne vertébrale de Ieur culture , de discuter Ies autorités qui nourrissaient Ieur tradition et d'examine r ces problêmes de façon personnelle à partir d'une perspective théor i qu e et pratique propre à Ieur temps. La disputatio est ainsi une expression et un produit de Ia conscience de soi de Ia culture scientifique m é d iévale . Cette culture scientifique s'insêre dans Ie cadre plus Iarg e d 'un organisation sociale qui imprime des modalités propres à son exercic . La disputatio s'est développée au sein des universités , Iesquel les, à I ur tour, étaient conçues à l'instar des corporations de métier. Au sein d celles-ci, maitres et apprentis étaient unis dans Ie but commun d 'exe r cc r Ie métier et de réaliser Ies eeuvres qui lui étaient propres. La tran s m ission et l'acquisition de ce métier s'accomplissaient dans un même a c te, d a n une même pratique, ou Ies maitres témoignaient de Ieur art et ou l e apprentis s ' éduquaient à l ' accomplissement de cet art. Enseignemen t et apprentissage étaient deux aspects du -même acte et de Ia même pr a t i qu e.

Dans Ie cas de l'université , Ie métier est celui de l ' intellectueI , et l ' ceuv re propre , l ' établissement d'une vérité rigoureusement fondée . L a di s put atio

d e v ient l ' acte et Ia pratique par excellence ou ce mét i e r s' a c qu iert. IJe

22

CHAPITRE I

est donc en même temps méthode d'enseignement et méthode Ieçon, épreuve et exercice. Cela est important ear, comme

dans Ie paragraphe consacré i l'évolution historique du genre, et comme l'a signalé si heureusement Thurot "les fonctions du maítre tendent i se confondre avec Ies devoirs de I'étudiant" I. Étant donné que Ia respon-

sabilité principale de Ia corporation vis-i-vis de Ia société est de veiller

i ce que I'apprenti parvienne i Ia maítrise du métier , plusieurs formes

de disputatio vont se développer comme moyen de mettre en relief et de certifier Ie degré de dextérité de l'apprenti. On verra que cet aspect de Ia disputatio comme épreuve et exercice (c'est- â -dire comme devoir de

l'étudiant) prendra Ie dessus sur Ia fonction magistrale. Méthode scientifique et méthode d'enseignement-apprentissage liée i Ia maitrise progressive de l'instrument Iogique , Ia disputatio suppose aussi

Ia connaissance des conflits opposant Ies grandes traditions intellectuelles

qui confluent et s'affrontent i partir du XIIe si ê cle et qui vont susciter

Ies "problêmes", Ies "questions", thêmes de Ia dispute.

Enfin, Ia disputatio est liée i l'éveil de Ia eonscience spéculative de

d'apprentissage, nous Ie verrons

l'Occident

exercé au sein d'une organisation corporative socialement responsable de Ia formation des cadres intellectuels. Mais Ia disputatio est aussi un scénario, un événement social , un tournoi, ou sont discutés publiquement Ies problêmes théoriques et pratiques du temps, ou Ies maitres sont mis i l'épreuve et trouvent l'occasion de faire briller Ieurs talents. Elle est donc Ie lieu de rencontre de plusieurs él é ments dont l'équilibre déterminera sa valeur, mais dont Ia tension interne l'exposera i des abus et i des exc ê s ; ceux-ci se manifesteront au moment de sa décadence et I'on ne manquera pas d'y voir un des vices de Ia scolastique. Apr ê s cette évocation historique, revenons au projet de trouver une définition. Déjâ Ie XllIe siêcle avait proposé des définitions rigoureuses de Ia disputatio. Ainsi, dans Ie traité De fallaciis attribué i saint Thomas, elle est définie comme "actus syllogisticus unius ad alterum ad aliquod propositum ostendendum" 2. Cette définition est adéquate pour caractériser

qui recherche son propre profil culturel i travers un dialogue

1 Ch . THUROT,De / ' organisation de l ' enseignement dans l ' Université de Paris au Mo y en Age .

Paris , 1850 , p . 20 I . 1 " Di s putatio est actus syllogisticus unius ad alterum ad aliquod propositum ostendendum . Per hoc quod dicitur actus , tangitur disputationis genus ; et per hoc quod dicitur syllogisticus, tan g itur di s putation is in s trumentum , scilicet syllogismus, sub quo comprehenduntur omnes

a l iae s pe c ies a rgumentation i s et disputationis , sicut imperfectum sub perfecto ; et per hoc

OÉFINITION ou GENRE

23

Ia disputatio en tant que méthode scientifique, Elle Ia situe clairement dan Ie genre des actes scientifiques , signale l'instrument dont on s'y sert , l e syllogisme, indique Ie caractê re dialogique de I'activité, qui implique I a présence d'au moins deux personnages (opponens et respondens), et mel en évidence Ie but de cette recherche, i savoir Ia démonstration (ostensio) de Ia vérité touchant une question soulev é e ou proposée (propositum). Elle s'av ê re toutefois insuffisante du point de vue historique, car elle ne met pas suffisamment en relief Ies autres dimensions de Ia disputatio en tant que méthode d'enseignement, exercice d'apprentissage et épreuve de compétence professionnelle imposée par Ia corporation . Toutefois, com m e Ia méthode scientifique ainsi décrite constitue Ie trait commun aux diverse s formes de disputatio que relê vera notre enquête historique, on peut reten i r Ia définition proposée comme une définition générique valable de Ia disput e médiévale 3 . L ' indéterrnination de cette définition générique et, j ' ajouter ais , quasi formelle, a d'ailleurs ses avantages. Ne faisant pas Ia distinction entre méthode de recherche de Ia vérité et méthode d'enseignement de I a vérité d é jà acquise, elle permet de saisir un des traits saillants de I a scolastique, i savoir que recherche et enseignement peuvent co r n c id er

distinguitur disputatio ab actibus corporalibus, ut currere vel comed e re ; et a b ac t i bu voluntariis , ut amare et odisse : nam per hoc quod dicitur unius ad a lterum , tang un tur duae personae opponentis et respondentis inter quas vertitur d i sputat i o ; eti am h o c additur ad dilferentiam ratioc i nationis quam habet qui secum ratiocinatur . Pe r h oc a u tern q u o d dicit ad propositum ostendendum, tangitur disputation i s elfectus , sive te rm i nu s a ut R ni proximus ; et per hoc distinguitur disputatio a syllogismis exempl a r i bu s , qui n o n in du c untur ad ostendendum propositum aliquod , sed ad formam syllogistic a m ex e rnpl if í cand u m " ( 11 par P . MANDONNET,S . Thomae Aq . Quaestiones disputata e. P a r is , 1 925 , I ntr du ' lI o n /I

Ia Question à Ia Dispute , p . 3) .

3 Une définition générique semblable, bien que moin s co mpl ete , c t pr o p o

.

1 1 "

Pelster : " The disputation as practiscd in the thirteenth cc n t u ry i s a di U UUI 11 1 ,

scientific question between two or more disputants , of wh om on e und rt a k

defender of a particular opinion , while the other or other s raise obj ec ti n : md dl l ll Ultl '

against this opinion " (LITTLE-PELSTER,Oxford Theolo gy and Th e ologtan s , c . / 111 / / (I

Oxford , 1934, p . 29) . Mgr Glorieux trouvait le trait génér i qu e s u r l e p l an du m ( 1111 1 11 '

formeI de Ia dispute , et le trait distinctif sur le pl a n de s a c t e u rs qui pr e nn c nt p u rt

dispute : " Le tr a it commun qui les marque toutes (les forme s de d is p ute) et Ic s ca r a téri •

e st I ' a lternance des objections, des exposés et des réfutat i on s , jo i nt e à I a m ulli p l i c it é d "

acteurs

I a qualité des acteurs qui interviennent ; à Ia qualité de celui qu i pr és id e e t m ê n e ; à I a

façon enfin dont sont choisies et proposées les questions " (P . G LO RI EUX,L ' ens e i g n e m e nt

a u m oy en â ge . Te c hniques et méthodes en usage à Ia Faculté d e Th éo logi e d e P a r is. au X Jl I '

s i ê c l e, d a ns AHDLMA , 43 (1968), p . 123) . La définition génériqu e nou s p a r ai t in s uff i ant e,

qu a nt a u x tr a its distin c tifs , il nou s semble préférable de le s situer s ur l e pl an d es fo n c t lon s

i g n ée à c h a qu e typ e de di s pute , comme on aura I ' o c ca s i o n d e l e voi r d ans l e p ara g r p h uiva nt .

l u

th

I lI h

11 1

Quant à Ia distinction entre les diverses disputes , elle tiendr a a u n o m br e ct

24

CHAPITRE I

d an s un même acte caractér i sé par l ' examen critique et Ia confrontation

d 'o p i n i ons fondées (sur l ' autorit é et j ou sur Ia raison), dans un dialogue rig oureux ou Ia vérité est découverte, enseignée ou apprise par l' affrontement

d 'arg u m ents provenant de Ia tradition et de Ia raison 4 .

S i nou s avons adopté Ia défin i tion générique et formelle proposée ci-

dess u s m a lg r é ses insuffisances historiques , c ' est parce que Ia descript i on

d

es or i g i nes et du développement de Ia disputatio permettra de s a isir Ie

g

enr e dans ses différentes formes , dans ses diverses esp ê ces. L ' enquête

h

is torique complétera ains i Ia déf i n i t i on générale .

• Ou poi n t d e v u e p é dag o g i que , I a di s pute m é diévale a été un s u cc ê s : l'étudiant e s t censé a p prend re Ia vér i té e n m ê m e temps que Ia méthode de recher c he de Ia vérité . 11 apprend des co n te nu s e n rn ê m e temps. qu 'i l s' exerce à Ia m a ni ê re de le s obtenir . Comme

toute pédagogie ac t ive , e l le se pr ê t e à de s abu s : cf . infra , n . 291 . Ajoutons que c ette pédagogie est fo r teme nt so u te nue p ar I a s tructure corporat iv e de l ' un iv er s it é m é di é vaIe , ú maitr e et étudiants o nt co n scienc e n ett e d ' e x er ce r un m ê m e métier (à de s nive a ux difTér e nt de compétence , bien e nt e ndu , m ais uni s de façon so lid a ire d an s Ia pour s uite

d ' un but c ommun) .

CHAPITRE 11

ÉVOLUTION DU GENRE

1 . LES ORIGINES

" La dispute est née de Ia Ieçon, par I ' intermé diaire de Ia question " 5 . Son origine peut être située vers Ia fin du XIIe siê cle 6 . Les deu x affirmations doivent être justifiées .

A) De Ia "lectio" à Ia "quaestio"

Au début était Ia lectio, effort propre d'une culture théologique et

scientifique centrée

sur des textes, d'une culture en situation herméneutique.

En Occident Iatin, Ia Bible occupe Ia place privilégiée . Mais autour d ' elle

Ies " mat é riaux " de Iecture ne cessent de s ' accumuler ; Orig ê ne , S . Ambroise ,

S . Jérõme, S. Augustin , S. Jean Chrysostome, S. Grégoire fournissent

Ies lumi ê res principales de ce travail d ' ex é g ê se. Bientôt Ies interprétations

des P ê res de 1 ' Église font I ' objet de compilations, de floril ê ges , de recueils. Ces formes l ittéra ires transmettent Ies " sentences " des auctoritates qu ' un théologien ne pouva i t méconnaitre dans l ' exercice de son métier . Celui-

ci n ' est pas un simple exercice de Iecture , mais une discipline scola i re

dont le but est de maitriser Ia Iettre du texte s acré a fin de Ia dépasse r

et de parvenir à son sens profond . " Dans son équipement complet , Ia

lectio se développe sur trois épaisseurs: littera, simple explicat i on des phrases et des mots selon Ia teneur de leur immédiat enchainement; sensus, analyse des significations de chacun des éléments et traduction en langage clair du passage étudié ; sententia, dégagement de Ia pensée profonde au-delà de l ' ex é g ê se et véritable intelligence du texte " 7 .

, P . GLORI EUX,L'enseignement

• LITTLE-PELST E RO, xf ord Theolog y

, p . 123.

(1934). p . 29 : " While in the case ofthe que s ti o n s

about the middle o f the twelfth century it cannot be definitely decided whether the y are

d is putation s i n the s tr i ct s ense , we possess from the ' t i me abou t th e t u rn o f t h e ce ntu ry a goodl y numbe r of quest io n s o f Pr e po s itinus , Stephen Langto n, a nd Si m on de T o ur nai" .

7 M . -O . C HENU, I n tr o du c ti o n à l 'é tude d e s a i nt Thoma s d ' A qu in, Par is, 1954, p . 70 . Cf . d u

même a u te u r, La T h éo l ogie a u d o u z i ê me siêcle, P aris, 1 9 5 7, p p . 330-33 1 . Le P . C h en u renvoie à HUGUESDE SAlNT- V lcro R , Didascalion, l i b . m , C 9; PL, t 176 , 771 O : " Expos i tio

26

CHAPITRE

11

La raison phiIosophique a aussi contribué à ce travaiI d'intelligence des doctrines sacr é es. Depuis Ia réforme de CharIemagne 8 , I'étude de Ia sacra pagina était précédée par celle des artes liberales ou l ' intellectueI trouv a it Ies instruments nécessaires pour l ' ex é g ê se. Sous I 'i nspir a t i on du De doctrina christiana de saint Augustin et des travaux de Bo ê ce , de Cassiodore et d ' Isidore de Séville , Ies chrétiens mob i l i sent Ia science profane au bénéfice d ' une compréhension pIus profonde du texte sacré, Ils voient dans Ies arts Iibéraux Ies degrés qui doivent conduire l ' esprit

" ad culmina sanctarum scripturarum " 9 0 Bo ê ce , Porph y re et Aristote

(logi c a vetu s ) d ' un côté , PIa t on et Ies néopIaton ici ens (Calcidius , M a rius Victorinus , Macrobe , Ie Pseudo - Denys) de l ' autre , joints à Cicéron , fournissent de nouveaux éIéments de Iecture et de r é fíexion .

Textes bibliques , textes patris t iques , textes philosophiques , teIs sont Ies matériaux de Ia lectio. Ils jou i ssent d ' un caract ê re privilégié : Yauctoritas . Mais un déveIoppement important s ' est produit dans Ia constitution de Ia scolastique. Cherchant à découvrir Ie sens d ' un texte b i blique , Ies théoIogiens ne se sont pas contentés de faire appeI à une au c t o rit as, Ils ont commencé à en examiner Ia valeur et Ia port é e . Si une autre au c tori ta s offrait une interprétation différente , cette opposi tion arnenait Ies e s prits au doute . Du coup , Ie simpIe argument d'autorité s ' avér a it insuffísant . Pour sortir de I'altemative, il falIai t examiner cr i tiquement Ies opinions en présence, établir Ia nature et Ie poids des arguments , éventuellement se pIacer dans une perspect i ve ou i ls puissent être concil ié s. " C 'é tait

I ' o c casion d ' ouvrir une pet it e discussion . La d i ale c t i que prêtait alors son concours à cet échange de vues ; elle y intervenait du moins pour une

c ert a ine parto Ce procédé, dans son ensembIe, constitu a it une quaestio" 1 0

C ' est Ia conscience d ' une dissonance, d ' une insuffisanceou d'une ambigurté

dans Ia tradit i on qui suscite Ia question o AbéIard expliquait de cette façon

0

tria continet :

éd, MARTIN, 1947, p . 11: "Quid e n i m a l i ud i n lectura quaeritu r qu arn text u s i n tel ligentia, quae sententia no m inat ur " ; à J EAN DE S AL I SBURY, Meta l o g ico n ,lib o I , C . 24; é d . WE BB ,

p . 56; à GU I LLAUME DE C ONCH ES, Co mm . i n T i meum , pr ol . , m s . va t . Ur bin , L at. 1389,

f I . To u s ces textes m e tt e n t

dans sa premi ê re

cf G . P A R É, Ao BR UNET, P :

TREMBLAY , La re n aissance du X ll e o siec le o Les éco l es et l 'enseig n e m e nt . P aris- Ott awa,

p

lit t e r am, sensu m , sent en ti a m ";

à R OBERT DE MELUN, Se n ten t ie, P raef . ,

e

n é v id e nce l e ca r a ct ê re

ré fl ée h i d e I a m é th o de

s colas tiqu e

1933,

fo r me, I a l ec t io. ( P o u r to u t ce p ro bl ê m e,

. 115-1170

• Cf . F. VAN STEENBERGHEN , La philosop h ie au X/ / le si ê cle, L o u vain , 1966, p . 55-650 • AL C UINUS, De grammatica , PL , t . 101,853-854, cité par VAN S TEENBE R GHEN, o p . cit.,

, 570

p

I. R . M o MARTlN , O e u v res de Robert de Mel un , J, Louvain , 1932, p o XX X V I .

ÉVOLUT IO N

D U GEN R E

27

I ' origine de cette nouvelle méthode : " aliqua (diversa sanctorum P a trum

dieta) ex dissonantia , quam habere v identur , quaestionem con t r ahen- tia "; et il ajouta i t : " dub i tando enim ad inquisitionem venimus ; i nqu i r endo veritatem percip i mus" 110La " quaes tio" est donc , initia lemen t, un p roblê me

d ' interprétation dont Ia forme , Ia nature et Ia so I ut i on cher c hée sont ainsi

définies par Gilbert de Ia Porrée : " ex affirma t ione et ejus c on t r a d ictoria negatione quaestio constat . Non tamen omn i s contrad i cti o qu a es tio esto Curo enim altera contradictionis pars esse vera , a ltera vere nulla pr orsus habere veritatis argumenta v idetur ooo aut curo neutra pars v er i t a t is et falsitat i s argumenta potest habere 000tunc contradicti o non e st q uaestio. Cujus vero utraque pars argumenta veritatis habere v idet u r, q uaestio est " 12 0 Ainsi donc , Ia questi on pren a it n a issance autour d ' un texte et elle était motivée soit par Ia rencontre d ' une express i on vague ou d'i n ter- prétations divergentes ou d ' autorités opposées dans Ieurs soIut i o ns d 'un même problê me, mais ayant en Ieur faveur des arguments d e p oids. Comme on l ' a signalé , Ia questi on " d é bord a it l'ex é g ê se i m médiate,

puisqu ' elle met t ait en cause , en v ue d ' une éIabora t ion d o ctr i n ale person- nelle , deux tex t es contrad i ctoires, v oire deux auteurs " no Le fait i mport ant est qu ' avec Ia quae s tio , l ' intellectueI as s ume un nouveau

r ô le. Il n ' est pIus un instrument pass i f de transmission

par Ies au c toritates . Il doit Iu i -même p a rticiper à Ia re c he rche d e Ia v é rit é.

de Ia vé r ité trouvée

C ' est à Iui de "trancher Ia questi on ", avec une nouvelle forme d ' autorité

qu i Iu i v ient de l ' exercice de Ia r a i so n t héoIog i que e t scientifíque. Si l e

tex te (ou Ies text es ) e s t l ' éIémen t premi er de I a qu aestio , Ie deuxi m

é galement important , est un maf t re capabIe de s 'i n c o r p orer activemcnt t

Ia tradition en y ajoutant de son propre effor t da ns l ' intelligen cc d e l u foi . C ' est pour cela qu ' on a pu estimer que Ie t rait princip a l d lu Frühscholastik " serait le f a it de reconnaitre co mme auctorita s, à c t I

I a doctrine des P ê res, Ia doctrine de m aitre s récents " 1 4 0 L ' intr du ' 11 0 11

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I J M o D o CHENU, I ntroduction

H o C. V AN ELSWI J K, Gilb e r t P o rre ta , sa v i e, son IFUvre, sa pensée. Louvain ,

33), p o 271. L'a u t o e u T signale Ia

à l' é tude de Sai n t Tho m as d ' Aquin

dépendanc e

d e

o ( /954 ) , p . 71-720

1966

ilb e rl

" A . M . LANDGRAF, Int r oduction à l'histoi r e de Ia littérature th é ol o gique d e Ia s c o la s t tq u e

naissante. Montréal-Paris,

M i l a F r ú hsc holastik a dé b ut é d u fait qu'on

1973, p . 24-25. L ' au t eur se demande,

de façon tr ê s p e rtin c nl

a commeneé d ' admettre I ' au c t o rita s d e ma gts tr i

,

28

CHAPITR E II

de Ia quaestio comme méthode é l ê ve Ia théologie au rang d'un véritable savoir rationnel, car elle va évoluer comme élaboration spéculative des données de Ia foi plutôt que comme simple interprétation dialectique de s

textes patristiques. Mais comme Ia quaestio est un procédé lié à l'ensei-

gnement, le changement de rôle des maitres s ' accompagne

d e

l

de v ue pédagogique,

méthode , l ' étudiant est plutôt passif , il reçoit l'enseignement du mai tre.

en éveil et appelé à ré ag i r ,

à comparer , à juger , à discuter , à creuser plus à fond un problê me" 1 5.

les

Par Ia Quaestio, son esprit est mis davantage

d'une mod i -

le rôle

fication parall ê le sur le plan pédagogique,

' étudiant:

" Il n'est pas difficile de remarquer

qui afIecte

ce qu i distingue , du po int

Ia Quaestio de Ia Lectio. Soumis à cette dern i ê re

Landgr a f attribue le progr ê s de Ia connaissance

à trois facteurs:

'

V LUTI

N OU

NR

29

d e M e lu n est l e p l us étroitem nt

surpasse par son p l us gran d nombre de que ti n s,

sai n t P au l . Robert de M c 1un

I p l i c ain i au centre d e ce t te littérature s p éciale, q u i , i n augurée p a r

I P, I I I fuit q u 'il

c mme n tai r e e lu i-ci Ia

de R o b ert

'l ' I ' 11 '11\.

' é t end à p lu s d ' épit r es de

11 - I li ti ,t

ilb er t d e I a Po rrée, arrête l é gêrement l'attention

de Pierre

I II l1l h rrd et e po u rsui t a pr ê s Robe rt d e M e lu n avec O don d ' Ourscamp ,

11111111

dl.

11 1

1

' 1 11 1 I

I 11I

d

o u rnai, P révosti n

et É t i e nne Langton" 19. Avec Ia méth d

ancien et enrichie par l e ur

d

L a quaestio est so n pre mier fr u it . Avec elle ,

u qu , é l a b orée

à p arti r d e l'héritage

ff, r t, l es mé d iéva u x m ü r ir I a sco l as tique 19bi'.

i spos ent d e l' in str u ment nécessaire pour

11 I \11 q u e y nth ê se de t e xt e , probl ê me , m éthod e et maitre

ayant autorit é

I ' I oun lI e, u n ph é no m ê ne

f o n dame ntal

apparait:

les écoles. Celle

matériaux dont on d i spose ; les instruments qui permettent de les explo i t er,

I

'

1\

I me d e Laon et de G ui llaum e

d e C h am p eaux,

d'Abélard

(et d e

les intelligences qui ont à mettre en reuvre ces matériaux

grâce au x

I

1111 rt d M e lun ), de G i lbe r t de Ia Porr é e (Th ierry d e Chart r es, Clarembaud

moyens dont elles disposent 16 . On connait déjà les matériaux do nt

d '

I nu

imo n de Tourn a i , Al ai n de L i lle ), d e H u g u es d e Saint-Victor

disposaient

les intellectuels de Ia scolastique

naissante 17. On a vu au ssi

(

I

11

, R ic h ar d) ,

de Ma ít re

Simo n, d e P ie r re Lombard,

sont le

plu

l 'i mportance grandissante des magistri. Il reste à dire un mot des instrume nts

de tr a v ai l . Grabmann a déjà noté que les oeuvres logiques traditionnell es, telle s que l'Isagoge de Porphyre, les commentaires de Bo ê ce , les Catégories

e t le Peri Hermeneias ne suffisaient pas pour expliquer le développem ent

d

les

s col a st i que 18. Ce sont les médiévau x eux-mê mes qui ont

f o rgé ces i n s truments

e Ia mé thod e

de tra v ail . Les eeuvres logiques d ' Abélard ,

I

111 u q u ab l es 20. C hos e i mpor ta n te,

l e s écoles qui n ' ouvrirent

pa s leur

)11111 ,

I a nouv e l l e mé th o d e ou qui restê rent

é trang ê res à son

influ e n ce,

• I \ nire n t ava n t Ia fin

du XII e s iê cle . Ce f u t le eas d e celle

de S a int -

II l or 21. I J tl

premiêr e co n c lu si o n

se d é g a g e d e c e t exposé: Ia quaestio e t un

1111 li\( de d'ens e i g nem e nt

lié e à u n t e xte comme à sa source , su cit ée p ar

q

ue s t ions d e G i lbert de Ia Porrée , de Robert de Melun , d ' Odon d ' Ourscamp,

I

rllr nnt ment d 'o p i n i on s

d i verg ent e s a u to u r d ' un passage controv e r

,

de S i mon de Tourn a i , de Clarembaut

d ' Arras, parmi d ' autres ,

sont à

1\11 ob li ge l e m ai t r e

à ré soudr e

le p r ob l ê me

par l'applicati

n d

I a

mettre en a v ant , pour leur importance méthodologique .

d

mis en pratique [I a méthode] en commentant

Le Sic et non

' Ab é lard

a été désigné, à juste titre, comme décisif à cet égard . " l i a

ou

de Questiones de l ' esp ê ce , C ' est l ' reu v r e à

l 'é pitre au x Ro mains,

nou s comptons

une trentaine

à cô t é d e c ell es d es P ê re s, ou si ce n ' e s t p as p l ut ô t I'a pp ari t ion d e maitres capable s

d 'ac qu é r i r , p a r I a fo r ce d e leur p e n s é e , u ne a u t or ité s u sce p ti b le d'exercer une influence durab le e t d 'a pp ara í tre , à I a con scie n ce de I 'é poque de m ê m e rang que ce l le des P ê re s , qu i a provo qu é I a r eco nn aiss an ce de l ' au cto r itas d es magistri .••.

" R . M . M A RTI N. (Eu v res d e R o bert de Melun , 1 ( 19 32)

'6 A . M . L AN D G RA F.In t r o du c ti o n

17 L e b esoi n d e sys t é m a l ise r I ' h é r it a g e de I a trad i t io n mêne à u n geme l ittéraire particulier

p

. 29.

à I a Fr ü h sc h o l as t ik, à savoi r l es R ecueil s d e Se nt e n ces. a . LANDGRAF.op . c it .• p . 44 svv .

Les sente n ces d e P ie rr e L om b ar d so n t l ' ab o ut issement de cet effort et cet ouvrage devient le tex t e d e lec tu re o bl iga t oi r e d ans l es F acultés d e T h éologie au XI l le si ê cle , Cf . PAR •

BR UNET.TR EM B LAY.L a R en a i s s an ce

p . 1 16. n . I .

18 M . GR A BMA NN.G esc hi c h te d e r sch o /a s ti che n M e th ode, 11 . F r ibo u rg, 1 9 1 1 . p . 4 2 4 .

di ti nique à l 'éva lu a tio n

des op i n i o n s en p résence ,

acte dan

lequ I il , u s

( o i rrne comme au to r ité et c o mme p ri n cipe actif dan

d'opinions fond ée

l e pr

c on titutif ur I

d' I [ui ition d e Ia v é rité. Ain si l e s qu atre élément

quaestto

ont : le text e , Ia d i s s o nance

It 1(. I a m é thod e d i ale c t i que ,

le m ai t re en acte d'en

ei g nem e nt r

" I M MART l N . (Euvre s de R obert de Mel u n, p . XLIV . Selon H . C . V AN L WI J ( l l brrt

/' «r r t« , fi 275 ) . c' e t Gilbert de Ia Porrée qui haussa Ia quae s t io

"a u r a n g d m t hod

11 "I

d b rd a n t l e s l imites de Ia problématique relevée dan s le s t ex t cs p tri t l qu " ,

i I ' i n f t uence prépo n dérante de Boéce, en particulier de s on D e H e bd o m a d lb u .•

1

, I " I ' 1 b r a ti n d e Ia théorie de Ia quaestio .

I ,l i r m iu

,

.,

111 d

a 1i s bury , remarquant l ' impo r tance de Ia di a le c tiqu e, di sai t

pr fi

d u

11,

V II I d

Topiques : " nam s ine eo non disputatur art e. se d ca u ", Me/a/ogl

fi , 111,

c

fi

1'11111

(t i

W P IlIl . p . 1 5 4) . I • c f . LAN

RA F. Intr o du cüo n , c h a pitr e 111 .

 

,

Jt M

MAR ' I I N, m u v r s

I , p . XXX 11I .

30

HAPITR II

Née au XIIe siêcle, mais avec des antécédents plus Iointains 22 , Ia quaestio constitue un genre qui fera une Iongue carri ê re dans Ies universités des XIIle et XIVe siêcles . La seule variante importante à reIever intéresse le second éIément: Ies opinions divergentes en discussion. ElIes pourront provenir non pIus seulement des "auctoritates" en conflit à propos de l'interprétation d'un texte, mais aussi du maitre lui-même qui Ies soulê vera soit en raison d'un doute véritabIe, soit comme procédé pédagogique destiné à éveiller l'attention des étudiants 22bis; elles pourront finalement être provoquées par ces étudiants, qui exprimeront Ieurs problê mes de compréhension ou Ieurs doutes sur Ies interprétations courantes.

L'introduction de Ia Logica nova (Topiques, Analytiques, Raisonnements

sophistiques) se traduit par une réorganisation des parties essentielles de

IV

LUn

N 1

LlN RI!

un

I n g ue carri re. li faut

ouligner que Ia " mise en

que tion " a v a it licu

dan

Ia leçon du maitre sur un texte; elle n'était pas un exercice

ép a r é,

mai plut ô t une méthode visant Ia compréhension pIus profond e d e cc tcxte . Dans ce sens nous nous rangeons à l ' avis de R . M. MAR T I N c on tre

Ia simplification opérée par LACOMBE et LANDGRAF qui ne

qu'entre Ia lectio et Ia disputatio 25. 11 faut absoIument maintenir Ia quaestio comme une espêce différente de Ia disputatio, son caractê re spécifiqu e

tant le rapport à un texte. C'est dans cette espêce qu ' il faut ranger n o n

distin g u e n t

eulement Ies questions théoIogiques mais aussi Ies commentaires sous

produisirent à l ' occasion de I'enseignement des textes aristotélicien s . A

sa cré ,

posées à l'occasion des textes

forme de questions que Ies a rtie n

partir du

XIIe si ê cle, Ia quaestio s'installa

comme un procédé n o rm a l

Ia quaestio, qui demeurent Ies mêmes. Du point de vue de Ia forme

de

d'exégêse, à côté de l ' explication

littérale. "La Quaestio theologica

e t

Ia discussion, Ia quaestio comprenait

deux éIéments:

Ia position

du

posée et discutée encore au cours de Ia lectio; mais apr ê s, che z S i mo n

problême

au temps de Gilbert de Ia Porrée, et apparemment

(y compris Ies th ê ses en conflit) et sa soIution 23. Mais déjà

sans que l'influence

de Ia logica nova soit décisive, on avait éIaboré Ia méthode de façon raffinée: Ia quaestio informis (simpIe problême ou doute) devait d'abord

devenir quaestio formata, par l'introduction des distinctions nécessaires qui précisaient le problême et le terrain de Ia discussion. li revenait alors au maitre de donner Ies arguments qui prouvent Ia partie vraie de Ia

contradiction et de résoudre

Iogique exigeront Ia rigueur syllogistique dans l'expression des arguments et des réponses. Mais ils n'élimin ê rent pas Ies autres méthodes déjà à

l'ceuvre, particuliêrement

disputes postérieures.

des objections 2 4. Les nouveaux traités de

éIément clé dans

Ies

celle des distinctions,

La quaestio, liée au texte et à l'enseignement

régulier du maitre, a fait

22 A . M. LANDGRAF ,op . cit . , p . 48 : " Ia question était connue dês le IXe s i ê cle comme un exercice scolaire de même importance que Ia lectio", Cf . aussi , G . BARDY ,La littératur e

patristique des Quaestiones et responsiones sur I ' Éeriture Sainte, dans Rev . bibl. , 41 (1932) ,

p . 210-236, 341-369 , 515-537 ;

XLII (1933) , p . 14-30 , 211-229 , 320-352 .

2 2b i. R DE MELUN, Q . de epistolis Pauli (éd. MARTIN , p . 3) : " Quaestiones aliquando fiunt causa dubitationis , aliquando causa docendi".

2 3 RM . MARTIN, CEuvres

, I, p . XXXVI.

24 Cf . GILBERT DE LA PORRÉE,De Trinitate (éd . HARING, p . 38 ; PL , t . 64, 1259 A), cité

par VAN ELSWIJK, op. cit o p . 273 . Cet auteur synthétise comme suit le processus à suivre

dans Ia quaestio porrétaine:

- Le doute (dubitatio) : des arguments contradictoires , lequel est I ' argument décisif? - Ia solution (solutio) : l ' application des distinctions en vue d ' éliminer I'ambiguité -Ia c onfirmation

( c onfirmatio) : I'apport des arguments établissant définitivement Ia vérité d ' une des parties contradictoires" .

"Ia quaestio : laquelle des parties contradictoires est Ia vraie ?

de Tournai et ses successeurs,

et devient un exercice autonome" 2 6. Ce nouveau toumant de Ia méthod e scoIastique est étudié dans Ies pages qui suivent.

B) De Ia "quaestio" à Ia "disputatio"

elle est détachée

de l'exposé d ' un t ex t e

Le passage de Ia quaestio à Ia disputatio, caractérisé par le détache me n t

progressif à l'égard du texte, a été présenté comme un processus na t ure l ,

de l ' esprit scientifique médiéval et à une pIu s grand e

à Ia maturité

2> RM . MARTIN , CEuvres

, I , p . XLIV-XLV : " Alors même qu ' un e d e s f o rm e . t i ' 1 I

Quaestia, était Ia disputatio en comprenant par ce terme un exerci c e aut o n o m c , d tud l

d

e Ia le c tio et mené de concert par les étudiants ou les auditeur s et l e m al t r , nru

n

' empêche que I a Quaestio dans Ia forme qu ' elle avait

antérieur e m ent n ' ai t u b 1 8 1 ,

I

qu e le maitre n ' ait continué à poser et résoudre une question au cour s d e a I çon

I c

 

f ai

t m ê me existe au temps de Saint Thomas . Ses leçons magistral es sur l es Ê van 1 1 .

1 1

s ont une preuve manifeste " , cf. G . LACOMBEet A . LANDGR AF, The " Qu ae tion r " o/

C ardinal Stephen Langton, dans New S c holasticism ,

IV ( 1930), p . 130 et p . 1 6 0 - 1 64

2 6 Ibid . Une opinion semblable à celle de R MARTIN est

exprimée p ar P AR É, BR UN V I ,

TR E MB L AYLa, renaissance

elon le témoignage même des oeuvres que nous en avons , Ia quaestio re s t e i nt ég r ée I a leçon du ma í tre " . Cette Iiaison entre les quaestiones et le texte explique , s elon ces a u t e ur s, le d és ordre apparent, le manque de systématisation propre aux recuei ls de qu es t io n s . f.

dan s l e même sens , P . MANDONNET,S . Thomae Aquinatis Quaestiones di s put a t ae , p . 5 :

, p. 129, n . 1: " pour Ia plus grande par tie du X II e i c I ,

" Ces questions , en effet , qui n ' ont entre elles ni ordre formei , ni lien logique , o nt ce p en d a n t un ordre matériel de dépendance avec le texte biblique qui les a provoquées , ou occasio nn é es" .

L e d é sordre idéologique des quaestiones, relevant de Ia ser v itude textuell e, est à d i s tin g u e r

o i g n e u se ment du dé s ordre propre aux Quodlibeta , lequel rel ê v e d e " I ' ext r ê m e c t plu

aiguê é volut i on d e Ia disputatio" ( PAR É, BR UN ET , TR E MBLAYo, p . c i t ., p . 1 30 - 1 3 1 ) .

2

IIAf l l T RI

(I

l

i

01

\ J' 1 ION

J ) I J

(JIINRI

maitrise de Ia méthode di a lectique 2 7. Exam i non s l e f ac t e ur qui mt c r -

 

"

11 • I il r nuint n a nt d ' app rter de ar um nt

n uve a u x, d

v

inrent dans cette é volution et les étapes qu ' on peut y di sce m e r , afi n d

I

11111"1

I a l umi r d I . r a i n , de l e

oumettre

à I ' épreuv e d a n

dégager finalement les traits qui définissent Ia nouvelle m é thode .

d'autorité face aux passages controversés et aux interprétations divergen tes

111

di I \I

de texte , m a i d

Trois facteurs doivent être signalés. Le prem i er est doubl e : l ' e xistence

111 11"

 

li n ou un di a ! g ue a ffront a n t no n pa viv a nt qui prennent en charge le

11\ · lI r .

différentes opini n .

de maitres v é ritables, qui ne se limitent plus à leur fonction de cursore ,

111

IIClIIV'I1

m th de n ' e t po ible qu ' avec d es maitres con cient

d

mais participent activement à Ia constitution de Ia science par de s p rise s

1I 11 '111 ti I ur e prit spéc u latif et d ans un cadre ad é qua t d e

de position personnelles; et l'existence des é coles qu i fourn i ssent l e cadr e

l i

I 11

r o n : I

x mfirrn

l e . Mais le pas décisif qui donne na i ss a n c e à I a

adéquat ou cette fonction magistrale s ' exerce . Déjà présent dan s Ia

11put a t k)

r é ultat de I ' affirmation d e Ia raison théolog i qu e. Le

constitution de Ia quaestio, le premier facteur s ' est afferm i par Ia pra tiqu e

111 11\ 1I

 

d a n I ' exercice d e leu r magistê re , é p rouvent le be oin

de celle-ci, La lecture du texte suscitait des "probl ê mes", des question s

ti 11111 o duir d I ' ordre dan s Ia série de qu estions so ul evées par Ia lectio.

que le maitre était appelé à résoudre par un acte propre , par une "d é termination " qui, par sa nature même , le plaçait dans une pos ition

d e Ia quaestio a p r odu it u n e n sembl e ou un réperto i re d e II I , que I ' on d oit exa m i n er s u ivant leu r enchain ement l og i qu e. 1'11111 I 's ys t é matiser , i l fa u t se d é tacher du ca d re maté r iel fo u rni par l e

1'111111

I

'

1

' I

'

des Pêres . Il était obligé de prendre position face au probl ê me 28 et , ce faisant, il confirmait Ia valeur et Ia portée de son magist ê re , Les étud i a nts ,

I • i u r elui - ci fa í t o b s t ac l e à Ia vocatio n constr u ctive et aux exigen ce I l i o n qu de I a raison s p é culat ive. L a disputatio a pp arait ain si comm e

II

eux aussi, étaient appel é s à assumer un rôle actif dans le proces s u s

1111 ti 'v - I ppeme nt n a ture l de I ' eeu vr e des m aitr es qui , pa r l ' i n troducti n

d'apprentissage et dans l'acquisition de Ia vérité . Un exercice plus é le v é

di

I1 quaestio, on t é l ev é Ia th é ologie a u r a ng de d isc i pl i ne ra tionnelle .

de Ia raison théologique est impliqué dans Ia nouvelle méthode , e t il

I

d u x i ê m e f ac t e ur qu i contribue au détachemen t p r o gressif p a r

conduit à une conscience plus nette des possibilités théologiques d es

I Ipp ort a u t ex t e e t à I a sy stémati sation doct rin a l e e st I a l i ttérature d es

intellectuels médiévaux face à l'autorité des P ê res de l'Église . Bientôt ce

\'111 'n e " . Ce

genre littéraire a contri bué au d év elopp ement de I a

ne sera plus Ia divergence d'opinions entre les auctoritates qui sou l ê vera

111 t h o d

co l as tiq ue d e tro i s faç o ns ; il a enr i ch i le vi eu x re cueil d ' auctores

Ia question : maitres et étudiants s'emploieront à " mettre en quest i o n "

(

ti

I

fl

ril ê ge p atristi que ) en y a j ou t ant l e s o p i n i o ns de s magistri; il a

des énoncés dont Ia vérité est pourtant certaine , parce qu'ils veule nt

\ I ' h

I a sentence d e s o n c on t e xte l i ttéraire ; i l a organisé les s ente n ce

s ' exercer à l'acquisition active de Ia vérité, seule façon d ' en saisir le sen s

profond et de l ' assumer comme un bien propre 29. De Ia quaestio or i g i n ai r e ,

suscitée par le doute et Ia divergence d'opinions héritées , il ne reste qu e

27 a . PAR É, BR UN ET , TR E MB L A Y ,o p . c it . , p . 129 : " les e xig e n ces d e I a ré O exion ph i lo s ophique les plus profonde s, c elles qui i mposent un ordre d e savo ir et bi e n tôt u ne

organisation sy s témat i que des résultat s et des probl ê mes , tend ai ent i n v inciblem e nt à faire

sa uter le carcan du texte ". Cf.

M . D . CHENU , Introducti o n

à l ' é tud e de Saint

Th o m as

dans Ia nature des cho s e s que Ia que s tio n se dét ac h ât

peu à peu du texte qu i I ' av a it suscité e, et s e constitu â t en un genre a ut o nom e e n d e ho rs

d

' Aquin

(

1954 ), p . 73 : " 11 ét a it

de Ia le c tio " . a . aussi , La théol o gie au XIle siêcle

( 195 7), p . 3 3 9 .

21 Bo ê ce disait : " Quaestio vero est dubitabilis propositio " (ln Topi c a Cic eronis , I i b . I , PL ,

t . 64 , 10480) . Paré, Brunet , Tremblay ont établi le Iien sémantique qu i unit Ia quaestio à

Ia dubitatio, au problêma et à l'aporie aristotélicienne

(La renaissan c e

, p . 126 , n . 3) .

29 Comme on l ' a signalé , cette généralisation voulue de Ia "mise en question " co n s t i t ue

un progrê s technique capital , c onstitutif de Ia s colastique (cf . M . D . CH E N U, Intr o du c t io n

( 1954 ), p . 72) .

uivunt l es ex igenc es d ' u n e x po s é do c tri n a l p lu s ou moin s s y s t é m - 111(11 ". Le Livre des Sentences de Pie rre Lo m b ard était promi s à un é n r -

111' s u cê s d ans

car a ctê re re l a t iv m nt

cett e l i gne de t ra v a il. S i en tant que " l iv re d e text " il

JlIIlI( nge Ia mét h o d e de Ia lectio 32, il es t , p ar son

. " I ti p o rt ée de I 'év olution a été bien saisie par Claremb a ult d ' A r ras : " Qu id q u a l /O it

v n l u u r esse commemora ndu m

" / '/ II I Ir !, i ll ud gen u s q uaestion u m vol u it inte ll igi, qu o d d e certis prop osi ti o nibu s con s t i t ui tu r ,

et in eodem T o p ico rum tra c t a t u , e d

til l h o loc o, d e om n i pro p osi t io ne pr o b le m a posse fieri commemor a t . S e d i I I ae quid e m

11" I s ti n es, qu ae d e ce rt is p ro po s ition i bu s co n s t it uun t u r , nil habent qu aes ti o n is p r ae t er

éd. W.

I ANS I l N, Br e s l a u , 1 926, p . 34 ) .

, p . 1 17 . qu ae s ti o . 11 faut a jout er qu e I a l ec t i o

l n nt i nu e a u ss i d ' ê t re u ne ac t ivi t é propr e d e I a m ét h o d e scola s tiqu e, qui évo lu e par ll r t . h i e m e nt et additi o n des tec h ni qu es p lut ô t q ue par s u b s tituti o n d es pr océ d és sco l aire .

I n eo a u tem q uo d d ixit ( Ari s t ot el es) : u t r osque ide m utr ls qu e

111 l ho c : utrum margarita si t la p is nec n e . Qu are

[a rmam " ( D e r Ko mmen tar

de s Cl a r e nbaldu s vo n A " as

" f. P A R t ! , BR U NET ,TR E MBLAYLa, rena i s s an ce

" l ' a i déjà d i t , I a di sp u ta t io n ' é lim i ne p as Ia

z u B oe th iu s D e Trinit a t e

34

CHAPI T R E 1 1

systématique, de nature à favoriser Ia discussion ordonnée des " sentence s ", car il les présente, séparées de leur contexte , à des i ntellectuels qu i, par ces discussions , visent à élaborer une s y nth ê se spéculative de I a sagesse théologique 32bis. En effet , le texte de Ia Bible ne se présente plu s, au maitre du XIIe si ê cle , à l ' état pur , mais entouré et enveloppé p ar des gloses et des sentences; celles-ci constituent un réseau exégét i qu e qu ' il faut parfois percer pour atteindre une intelligence profonde de I a foi. La discussion rigoureuse et ordonnée des probl ê mes théoriques soul evés dan s les écoles (ia disputatio) apparait comme un moyen ad é qu at et nécessaire à l ' accomplissement de ce projet intellectuel . Le troisi ê me fa cteur fa v orisant Ia consolidation de Ia techn i qu e des disputes est I a connais s ance plus complete de I a logique a risto t él i c ienne . La mise en circulation de Ia Logica nova aiguise l ' instrument diale ctique , particuli ê rement Ia logique de Ia démonstration et l ' analyse des r aison- nements sophistiques 33 . La double nature de Ia logique , scien c e et art du raisonnement , e x ige une pratique des normes apprises. La disputatio est l ' act i vité adéquate à cette fino Elle est promue par Ia con n a issance de Ia logique , et elle consolide l ' a c quis i tion de cette sci en c e par I a p ratique de s e s r ê gles. Aprê s les facteurs qui interviennent dans l'apparition de Ia d is p ute, essayons de préciser les étapes de sa constitution . " li est diffi ci l e de déterminer le moment ou Ia quaestio, se détachant du cours o r d i n a i re du ma í tre sur le texte , constitue un autre exercice d ' enseignemen t, une disputatio org a n i sée , le moment par conséquent ou les quaestiones disputatae

BR UNET, TR EM B LAY,op . cit., p . 1 31 : "Le p remier fruit important qu e

nou s ayo n s, a u milieu du Xll e s i ê cle , du sou c i c ro i s s a nt d ' or g an iser en corps d octri n al

l es qu aes t iones d is p ara t es d e I a l eço n tra d i ti o nn e ll e, ce sont l es fameuses Senten c e s d e Pier re Lom b a rd . " Je ne s ui s p as l oi n d e p e n ser, écrit le P . Man d onnet, que le s quatr e

li vr e s d es Sentences du Lom b ar d ne sont a u tre chose que l es questions qu ' il a s oulevé es

o u d is pu técs a u co u rs d e so n e n sei g ne m ent d e I a B i b le et qu ' il a finalement ordonn ées en un cor p s d e d oct r i n e th éo l ogi que ".

" L 'en seig neme n t d e Ia logiqu e é t ait rése r vé a u x écoles d es arts libéraux . On peut se rendre co mpte d e I a riche ss e d o nt o n d isposai t à Ia fi n du X II e siêcle e n regard a nt I a

li s te de s ouvra g e s dont I a le c tur e é t a it obl ig at o ir e et q ui a été transmise par Alexandr e

Neck a m (ve r s 1157 - 1 2 17 ): " S ec und o in t e r l ib e r ales artes i n vig il are desideran s audiat

librum catheg o ri cor um si ll ogis m or um ed i tu m a B oec i o et t h opica ei u sdem et librum

d ivision um et Y sagogas P o rph i r i et c ath eg or ias Ar is t oti l is et li b r u m periarm e nia s e t librum

e lenchorum et p riores a n aletic h os et apo d oxim eiusdem et topica C i ce roni s e t librum

pe r iarme n ias Ap ul eii

S ai n t Thomas . P aris , 1953, p . 62 , n. 1). J . Isaac donne , à Ia p . 64 d e

I f i n

d e ce même si ê c l e ,

ta b leau comparatif des ouvrages dont on disposait au milieu du Xll e s i e l e l

on o u v r ag , un

32'", Cf . P A R É,

." (cité par J . I SAAC,Le P eri Hermeneia s en O cc id e nt , de Boê e à

ÉV O L UTIO N D U G EN R E

35

constituent un genre littéraire propre " 34. li semble que le d étachement a été progressif , et qu ' une premi ê re étape i ntermédiaire do i t être reconnue

entre Ia quaestio et Ia disputatio. A l ' occasio n de I a lectur e d ' un texte , nous l ' avon s d éjà dit, de s problê mes d ' ex é g ê se se so n t p résentés . Le ma í tre doit les résoudre , les approfond i r , l e s déterm i ne r . l i les examine selon Ia méthode de Ia quaestio, en opposant les argume n ts et les interprétations et en apportant sa solution. Cependant certa i ne s q u estions gagneraient à être t raitées plus à fond et dans un cadre doctr i n al pl u tôt

que par l'analyse de texte s . Elles vont faire l ' objet d ' un e x er cice distinct ,

d ' une dispute proprement dite , dont l e th ê me a é té sugg é ré p ar Ia leçon , mais dont le déroulemen t lui demeure é tranger " 35 . Ce pro c éd é consistant à renvo y er à une sess i on séparée Ia d i scussio n d ' un problê m e doctrinal

soulevé à l ' occasion d ' une leçon semble être dé j à c ou r ant au d é b ut du

XIII e siê cle 36.

)04 P A R É, BR UNET,T R EM B LAYop., cit . , p . 1 30 . L es a u teurs

note n t qu ' il y a des antécédent s

lo in tains des d isputes, q u i remontent au Xle si ê cle , mais q u'il ne faut pas confondre au

ri s qu e d'anachro n isme, avec les disputationes scolastiq u es étant donné Ia diff é rence d e

t ec hn i qu e d ialectique et d e conten u d octri n al . V oici Ia sy nth ése h isto r ique qu ' ils nou s

prop ose n t : " R ic h er raconte q ue I'e mp ereur Othon m i t en pr ésence les deux philo s oph es gre cs G e rb e r t et O t tri c, e t leur fit d isc u te r u ne q u es ti on p hi l oso ph i q ue, à Ravenne , d ev ant une n o mb r euse ass e m bl êe ( RI CHE R , Hist o ria e, IH , 58; P L , 138, 106) . G u itmond , au Xl e

s i êc l e, ra pport e q u e B é r e ng er e t L a nf r a n c a u raie nt e u a u ssi entre eux une dispute de ce

ge n re, d'oú L a n fra n c sera i t sor t i vai nqu e u r ( G UITMON D ,D e corporis et sanguini s Chri s t i

ve r i ta te, I ; P L, 1 4 9, 1458) . E n f i n, po u r en ve n i r au XHe siêcle, on sait qu ' Abélard s'ac qu it

u ne g r an d e g loi r e p ar son h a b ileté d ans Ia d i sp u tatio . Tout jeune , encor e di sc ipl e d Gu i ll a um e d e Cham p eaux , il força son mai tr e, en d iscutant avec lu i, à m o d i f icr

th é ori es s u r le s un ive r sa u x . P l u s ta rd , e n tré à son to u r en possession d ' un e chair , 11

e n voyait ses di sci p les co mb att r e ta nt Gu i ll a um e d e C h am p eaux qu e se s élêves, et l'honn '\11

d e l e u rs v ic to ir es r ejai lli ssa it sur lu i . ( H ist . c al . , P L, 178 , 121B) . L a vi c t o ir e dun 1111

d i s p utatio para i t m ême av oir été regardée co mme u n signe auquel on r ec onn u r xsult 1111'1111

di sci pl e é ta it d eve nu ca p a bl e d'ê tr e m ai t re à so n t o u r o C'est à Ia suit e d e se . VI ' ! tu iCII

d isc u ssi o ns qu ' Ab é la r d a li a f o nd er sa

a bb é d ' An c h i n , ay an t vai n c u A b é l a rd d a n s u n e d isputatio , au dir e d e o n

nom b reu x d isci pl es acc ourur ent po ur se m e ttr e s ou s sa discipline (Vi t a . o. wt n t , R I''' I /",I des h is t o r ie n s d es G a ul es , t . X IV , p . 44 3). - Ma is tout cela ne t é moi g n e p a d'u n r 111I sco l aire, d ' un e "i n s t i tut io n "; en tout ca s, point d ' u n genre littér a ir e avec

pr e mi ê r e éco l e à Melun ; d e m ê m e 10. WIII, 1111111

b

l

r Iph , I1

XIII'

,

t

ec h ni qu es et so n s t yle . " ( p . 130 n . 2) . C f. dan s le m ême sens , M . D . CH E N U,Intr od u 11011

(

1 954), p . 74 , n . 2.

" P . G LO RI EUX,L ' e n se i g n e m e nt

l6 J . P . T OR R E L L, T h éo r ie d e Ia p r o ph é t ie e t p hil osop h ie de Ia connaissan c e au x environs d

au m oye n âg e

(19 6 8), p . 1 24 .

D o u ai 434, Q. 481). Louv a in , 19 77, p .

96 . L ' observation de P . Torre l J est motivée par

termine son Commentaire sur u n passage d ' Isaie concernant le non - a cc ompli e m nt

d ' un e prophétie : " Quid autem sit prophetas videre in speculo etern i tat is, di s putat to n t relinqulmu s", Pour ce qui concerne le renvoi à Ia dispute l'auteur s e réfêre à B . MAU J ' Y,

a int - h e r

1230 . La c o n tribution d ' H ugues de Sa i n t - C h e r

( Ms.

Ia façon dont Hugue s d e

Th e

tud y 0 1 th e Bibl e in ' t h e Midd l e Ages. Oxford, 195 2, p . 2 1 0 -2 11 .

36

CHAPITRE

11

Mais Ia scolastique ne remplace pas les méthodes, elle les superpose.

Si Ia quaestio n'élimine pas Ia lectio, Ia disputatio liée à Ia leçon n'est pas

non plus éliminée par Ia nouvelle formule qui se fait jour dans Ia deuxi ê me

moitié du XIIe siêcle 37.

comme activité autonome vis-à-vis du texte : même le th ê me de Ia dispute

est étranger à Ia leçon, à Ia différence de Ia disputatio semi-autonome que nous venons de présenter. Mais il faut s'entendre sur le sens de cette autonomie. Si Ia disputatio apparait comme libérée du texte parce

qu ' elle ne vise pas à un travail exégétique, elle n'en est pas moins rattachée

à l' enseignement régulier du maitre. Elle constitue une nouvelle forme que

En effet, Ia disputatio s'aflirme progressivement

cet enseignement assume en vue de satisfaire au besoin de construire une théologie rationnelle (et non plus simplement positive ou scripturaire).

II faut souligner ce lien avec I'enseignement régulier, car il est le trait qui

nous permettra de distinguer Ia disputatio ordinaria du quodlibet. Si le moment exact ou Ia dispute a acquis son autonomie est diffi . cile

à préciser, Ies historiens sont d'accord pour dire qu'avec Simon de

Tournai (vers 1201) le processus est achevé. "Chez Simon de Tournai,

Ia dispute brise ses demiers liens avec Ia Ieçon et forme un grand exercice

scolaire, prenant Ia place d'une Ieçon magistrale, qui occuperait une partie

plus ou moins considérable de Ia matinée. Nous tenons ainsi le type de

avenir dans le moyen âge" 3 8 .

Jusqu'oú peut-on faire reculer Ia date de naissance de Ia dispute? Si on considêre celle-ci dans le sens Iarge de discussion entre deux maitres ou entre le maitre et I'étudiant à propos d'un texte ou d'un probl ê me doctrinal,

Ia quaestio disputata, appelée à un si grand

on peut aller jusqu'à Abélard dont Ia méthode pédagogique consiste, selon ses propres termes, en un double exercice : "aliud quippe est confe - rendo veritatem inquirere , aliud disputando contendere ad ostensionem" 39.

ÉVOLUTION

DU GENRE

37

Mais cette pratique de Ia dispute , qui suscita des attitudes três négativ e

de Ia part de quelques personnalités

notre disputatio, exercice régulier de I'enseignement d'un maitre au seio

de son école ".

Chantre définit Ia fonction magistrale en y introduisant Ia dispute comme une de ses activités constitutives: " In tribus igitur consistit exercitium

sacrae scripturae, circa lectionem, disputationem et predicationem 42." L a

définition a fait carri ê re, car on retrouve cette triple dimension de I a fonction magistrale dans Ia formule que le chancelier utilise, en 1350 , pour conférer le grade de licencié en théologie: "Et auctoritate Dei omnipotentis et apostolorum Petri et Pauli et sedis apostolice dat eis

licenciam disputandi, legendi et predicandi et omnes actus exercendi in

C'est à Ia fio du XIIe siê cle (1171-1197) que Pierre le

du XIIe siêcle 4 0 , n'est pas encore

theologica facultate qui ad magistrum pertinent, in nomine Patris

II semble donc bien que, dês Ia fio du XIIe siêcle, Ia disputatio était

" 43 ,

violent s de S . B e rn a r d

am ê res de Jean de Salisbur y (M e tal ogic u s,

PL, t . 199 , 864 et svv . ), les dénonciations indignées d'Étienne de Toumai (Lettre à Alex a ndr e

(Epist. 188 , PL , t . 182 , 353), les récriminations

4 0 J . WARICHEZ, op . c it . , p . XLIII :

Elle avait suscité les reproches

111, PL , t . 211, 517) , le silence un mot dans son Didas c alion) .

méprisant

d'Hugues

de Saint Victor (il n ' en s ouffi e p a

Une des " Sentences"

de l ' école

d'Anselme

de Laon, tout en mettant

en r e lief I ' ut i l i t é de

Ia méthode, pré v ient aussi sur les abus et les exc ê s :

"Disputationis

di s ciplina ad omnia genera questionum

que in litteris sancti s

p e n etra n d

et dissoluenda

sunt plurimum ualet . Tamen ibi cauendum

est libido r ixa ndi

e t p u eri h

quedam ostentatio decip i endi aduersarium .

Sunt en i m multa que appell a ntur

sophi s m I t. I

false con c lusionis ,

et plerumque

ita ueras imitantes

ut etiam ingenio s o s

minus di l i

nt I

attentos decipiant . Proposuit

enim quidam :

quod

eo (lire : ego ) sum , t u n n

,,111

consentit . Tunc ille : ego homo sum ; conclusit : tu igitur homo non es . Q u d 1111

questionum Scriptura , quantum estimo , detestatur dicens : qui so phisti ce loquitur ml/1I11/1 I'

Deo , " (O. LOTTIN, Ps y chologie e/ Morale aux Xl/e

p . 324) .

et Xl//e

si êc le , t . V . Gem

l oux, 1 '1 'I ,

 

Encore au XllIe si ê cle, lorsque Ia question est depuis longtemp s d é t ac h

d u 1

1 ,

Roger Bacon ne manque

pas de signaler les dangers

de cette n o u ve ll e

" Item impossible

est quod textus Dei s c i a tur p r pter

rr e nt 11 lU 11 11

et Landgraf,

comme nous I'avons exprimé plus haut (cf. n . 2 5 et 26) n'ont

 

Ia théologie systématique :

i b u u m

31 Si Lacombe pas discemé

le profil propre de Ia quaestio comme différente de Ia lectio e t de Ia disputatio,

Sententiarum .

Nam quaestiones

quae quaeri deberent

in textu ad ex po s iti o n

111 t

lu ,

R

. Martin,

pour

sa part,

ne semble

pas avoir reconnu

cette forme semi- autonome

de

sicut fit in omni facultate,

jam sunt separatae

a textu . Et vocatur

curio s u s

qu i i n t

tu

disputatio, toujours

reliée à Ia leçon,

mais rapportée

à une session différente.

En fait il

vult quaestiones,

licet necessarias

et proprias theologiae,

disputare

Et id e o qui

I

un t

semble que l'on peut distinguer quatre formes jusqu'à présent : lec tio , quaestio (à l ' intérieur

 

textum non exponunt eum

Accidit infinitum impedimentum

studii " (Opu s minu s,

d .

de Ia leçon), disputatio semi-autonome (Iiée thématiquement

temporellement),

Paris vers 1164, semble offrir un bon exemple

Le Cardinal Pitra a édité une bonne partie de ses Quaestione s (Anatec ta n ov i ss ima Spicilegii Solesmensis. Altera continuatia, t. 11, Tusculana, 1888) . Cf . aussi J . W ARI C H EZ, L es disputationes de Simon de Toumai, Louvain, 1932 , p . XIII et XLIV . 38 J. WARICHEZ, op . cit . , p . XLIV . Cf . aussi R . M . MARTI N , s upr a, n . 26 . ). ABELARD , Theologia c hristiana, 111 ; PL , t . 178 , 1 2 17 .

à Ia l e çon , mais séparée

qui enseigne

à

encore à Ia leçon .

disputatio indépendante

de Ia leçon . Odon de Soi ss on s,

de disputes rattach é e s

Brewer . Londres ,

de Paris v. 1240 , dans Êtudes d'histoire liu é raire e/ doctrinale du Xl//e s i êc le , Pari s- Ott awa,

1859, p . 329; cité par M - D . CHENU, Maitres e/ ba c heli e rs d e l 'U n t v e r s tt é

1932