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Le Corps du délit…

Les litiges funéraires


ou les prémisses
du contentieux successoral
Les recompositions des familles sont à à la requête de la partie la plus diligen- biens, elle est soumise aux mêmes règles
l’origine de contentieux divers, expé- te… » et R 221-7 du COJ : « Le Tribunal quant aux conditions de la révocation ».
rimentés par la plupart d’entre nous. d’Instance connaît des contestations sur En l’absence de dispositions écri-
Se déclinant en de multiples variantes les conditions des funérailles ». tes du défunt, il est de jurisprudence
post-ruptures et post-divorces, puis, en Malheureusement le confrère avait omis constante que ses volontés exprimées
bout de chaîne, en litiges-fleuves succes- de se référer à l’article R 221-47 du COJ (même oralement) quant à sa sépul-
soraux, les comptes se règlent et se dé- prévoyant une compétence territoriale ture et ses funérailles soient respectées.
règlent sur parfois toute une vie… puis que l’on pourrait qualifier de dérogatoire A cet égard, les Juges ont instauré une
toute une mort. à celle usuelle en matière de contentieux « présomption de savoir » au bénéfice
« post-mortem » (= le ressort du domicile de l’épouse ou de la compagne du dé-
Ainsi dans une espèce récente diverses du défunt). En effet cet article prévoit ex- funt, confirmant systématiquement que
juridictions, des ressorts grassois puis ni- pressément qu’en ce cas « …la demande celles-ci étaient les mieux « à même de
çois, ont eu à connaître d’un litige survenu est portée devant le tribunal dans le res- connaître les volontés du défunt quant
entre une veuve de deuxième noces et les sort duquel s’est produit le décès… ». à ses funérailles » cf par exemple Cour
deux filles de premières noces (jusque-là En l’espèce, le décès étant survenu à d’Appel de Reims, Chambre civile RG
hélas, du très classique en la matière). Nice, la demande, rejetée à Cannes, fut 01/00254 arrêt du 1er février 2001 (dis-
L’originalité - si l’on peut dire - est que la portée devant la juridiction d’instance ponible sur www.legifrance.gouv.fr).
veuve avait fait interrompre les obsèques voisine… et de nouveau déclarée ir-
Egalement cf Cour d’Appel de Douai
en cours de cérémonie car la dispute por- recevable ! Le Tribunal d’Instance de
7 juillet 1998 JCP 98 II 10173 : un concu-
tait sur …les cendres du défunt. Nice indiquant en effet : « … le tribunal
binage stable donne à une concubine
Certes, les parties s’étaient ici entendues d’instance n’est plus compétent lorsque
qualité suffisante pour, en connaissance
sur le principe de l’incinération (c’était le litige est soulevé postérieurement aux
de la volonté du de cujus, organiser ses
déjà çà). La dispute portait en fait sur funérailles, même si les conditions dans
obsèques.
le sort de l’urne funéraire et, dans une lesquelles elles se sont déroulées en sont
moindre mesure, celui de deux « reliquai- la cause ». Cependant il a aussi été posé des limi-
res » dans lesquels ces cendres avaient Il apparaît donc qu’une fois réglé le sort tes à cette présomption prétorienne: « la
été réparties. Et oui, les cendres aussi du corps (soit, par hypothèse, après l’in- concubine n’a pas un droit absolu à dé-
peuvent faire l’objet d’un partage (et d’un humation ou l’incinération), la juridic- terminer le lieu de sépulture de son com-
contentieux spécifique correspondant)! tion d’exception ne soit plus compétente. pagnon » (Cour d’Appel de Bordeaux, 30
Est-ce à dire que l’indivision ouverte au Le litige sera alors du ressort du Tribu- septembre 1999, JurisData n° 044742).
décès porte aussi sur ces dernières ? Mais nal de Grande Instance (a priori celui du Au final, l’appréciation souveraine du
ceci est un autre débat... lieu d’ouverture de la succession), ce en Juge de Fond fera foi et …loi.
En substance, les deux filles voulaient vertu de sa plénitude juridictionnelle. Les Comme quoi et dès lors, mes chers confè-
qu’à l’issue d’une cérémonie catholique, débats porteront sur l’interprétation de la res, il conviendra de plaider.
l’urne soit inhumée dans le caveau de leur volonté du défunt, étant ici rappelé la règle Et rendez-vous dans quinze ans (au
frère, fils prédécédé du défunt issu de sa toujours applicable issue d’une Loi du 15 mieux), à l’issue du contentieux de
première union. La veuve souhaitait de novembre 1887 sur la liberté des funé- compte-liquidation-partage successoral
son côté que l’urne lui soit confiée pour railles, laquelle prévoit en son article 3 : qui ne manquera sûrement pas de s’en-
en disperser le contenu sans rite religieux « Tout majeur ou mineur émancipé, en état suivre. A l’évidence, de tels « litiges
préalable, alléguant de l’athéisme et de la de tester, peut régler les conditions de ses funéraires » laissant en effet augurer de
volonté du défunt. funérailles, notamment en ce qui concerne quelques futurs différends « liquidatifs »
Le Conseil des deux filles avait alors sai- le caractère civil ou religieux à leur don- (doux euphémisme).
si de ce litige le Tribunal d’Instance (de ner et le mode de sa sépulture. Il peut char-
Cannes), dans le ressort duquel était do- ger une ou plusieurs personnes de veiller Mais après tout, qu’importe la durée, car
micilié le défunt. Il se fondait en cela sur à l’exécution de ses dispositions. comme se plaisait à le répéter ce défunt
une compétence allouée spécifiquement Sa volonté, exprimée dans un testament ou - de son vivant (!) - « quand on est mort,
à cette juridiction, telle que codifiée aux dans une déclaration faite en forme testa- c’est pour la vie …».
articles 1061-1 du CPC : « En matière mentaire, soit par-devant notaire, soit sous
de contestation sur les conditions des fu- signature privée, a la même force qu’une Agnès PROTON
nérailles, le tribunal d’instance est saisi disposition testamentaire relative aux Avocat au Barreau de Grasse

16 N° 18 - septembre 2009