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La Veille - n°10 - Septembre 2008

L’évolution du rôle respectif


des parties et du Juge dans
le déroulement du procès civil :
le Juge créateur de droit
S’agissait-il dans ces conditions s’appliquer puisque devenu caduc en
d’un avantage préciputaire ou en l’état de la donation postérieurement
avancement d’hoirie ? intervenue.
Pour les parties en présence, la Les premiers Juges ont tout d’abord
question n’avait initialement pas relevé qu’en application de l’article
prêté à polémique, et ce à la lumière 843 alinéa 2 du Code Civil2, les legs
des dispositions de l’article 1077 du faits à un héritier sont consentis par
Code Civil1 portant il est vrai sur les préciput et hors part.
donations partages, mais suscep- Ils en ont alors déduit par analogie
tibles de fournir une clef d’interpréta- que la donation formalisée sur les
tion analogique en matière de dona- biens et droits immobiliers objet
tion entre vifs : dudit legs devait également s’analy-
La première partie du titre du pré- « Les biens reçus par les descendants ser comme ayant été consentie «par
sent article est empruntée à la très à titre de partage anticipés consti- préciput et hors part».
intéressante réflexion proposée par tuent un avancement d’hoirie impu- Alors que la partie donataire, défen-
Maître PRUNIAUX dans la Veille table sur leur part de réserve, à moins deresse, s’était résignée à ne pas
qu’ils n’aient été donnés expressé- invoquer ni soutenir le caractère pré-
de janvier 2008 (n° 5 p. 7).
ment par préciput et hors part ». ciputaire de la donation, les premiers
A cette occasion, notre Consœur Juges ont d’eux-mêmes confirmé
observait que : La partie donataire défenderesse
avait elle-même conclu d’emblée qu’il s’agissait d’un avantage préci-
« Le rôle du Juge semble donc se putaire et par conséquent imputable
qu’en l’absence de précisions
limiter de plus en plus à un simple dans un premier temps sur la quotité
contraires, cette donation devait
choix entre une des règles de droit disponible avant, le cas échéant, de
être a priori réputée faite en avance-
proposées par les parties. s’imputer pour le reliquat sur la part
ment d’hoirie.
Les parties proposent et le Juge dis- réservataire de la donataire.
pose… ». Pourtant, de manière inattendue, les
Cette analyse s’est trouvée confirmée
premiers Juges ont pris l’initiative
e
Cf. article M Fabienne PRUNIAUX dans une décision rendue par la Cour
d’analyser attentivement cette
précité d’Appel d’AIX EN PROVENCE le 17
donation et de procéder à sa quali-
Force est de constater que le pouvoir janvier 20083, sur laquelle à ce jour il
fication, ce nonobstant l’absence
créateur de droit des Magistrats, à n’a pas été formé de pourvoi en
avérée de querelle entre les parties
tout le moins des Juges du fond, est Cassation.
sur ce point.
toujours susceptible de surprendre Cette décision récente confirme si
les parties et d’affecter la prévisibilité Ils ont pour cela retenu que la défun-
besoin était que le rôle du Juge ne
de l’issue du litige. te, donatrice, avait préalablement
saurait être cantonné seulement «à
rédigé un testament olographe por-
Ainsi, dans une espèce soumise à un simple choix entre une des règles
tant mention d’un legs consenti à la
notre Tribunal de Grande Instance en de droit proposées par les parties» et
donataire, portant sur les biens et
matière successorale, la partie défen- qu’il convient d’être vigilant en rappe-
droits immobiliers objet de la dona- lant à nos clients la vitalité ainsi et
deresse relatait le bénéfice d’une
donation qui lui avait été consentie en tion ultérieurement formalisée. encore vérifiée de «l’aléa judiciaire»…
nue-propriété, aux termes d’un acte La donation était donc en quelque
authentique dans lequel le caractère sorte annoncée aux termes du testa-
de cette donation n’avait pas été ment olographe, sous la forme d’un Agnès PROTON
expressément stipulé. legs qui ne trouvera finalement pas à Avocat au Barreau de Grasse

1/2 - Formulation identique avant et après l’entrée en vigueur de la loi du 23 juin 2006 portant réforme des successions et libéralités.
3 - A ce titre, les Conseillers ont aussi relevé que « le legs particulier du terrain… aux termes de ce testament anticipait la donation de ce même terrain consentie
ultérieurement et que l’absence de mention dans l’acte de donation du caractère préciputaire et hors part de celle-ci n’est pas déterminante dès lors que l’in-
tention de la testatrice et donatrice résulte des termes mêmes de son testament… » : cf. Arrêt 1ère Chambre B CA AIX EN PROVENCE 17 janvier 2008 précité
4 - Cf. article de Me PRUNIAUX précité

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