JUILLET—AOÛT 2016 / n°217/ 2,80 €

DES VACANCES POUR PRENDRE DU RECUL
Il y a 80 ans, le 11 juin 1936, l'Assemblée nationale instaurait les deux semaines de congés payés. Nos lecteurs ont
tous, ou presque, un parent, un ami qui leur a raconté la
joie de ces premiers départs en vacances. Une joie que
nombre de concitoyens ressentiront encore cet été (1).
1936, 2016, les similitudes sont bien présentes : crise
économique et sociale qui dure, montée de l'extrême
droite… Mais, compte tenu de l'état de délabrement actuel
de la gauche, la comparaison a ses limites… Et la victoire du
Brexit risque d'accentuer encore le clivage entre les tenants
du social-libéralisme et la gauche de transformation écologique et sociale, mais aussi entre une « élite » qui sait profiter du système et ceux qui sont ou qui se sentent laissés au
bord de la route.
Juin 1936 : dans un contexte où, à côté de la fierté et
de la joie, la peur était elle aussi bien présente dans les esprits, l'innovation sociale, l'innovation politique ont su mobiliser le peuple de gauche, l'action collective a su prendre
le pas sur l'individualisme et produire des avancées sociales
sans précédent.
Printemps 2016 : une morosité assez générale mais
aussi des initiatives originales comme Nuit debout, des mobilisations massives contre une loi qui fait reculer le droit du
travail mais aussi des réactions égoïstes contre les réfugiés.
Des ingrédients qui peuvent être le ferment d'une société
nouvelle, plus respectueuse des hommes et de l'environnement, d'autres qui peuvent pousser au repli sur soi et à la
montée de l'intolérance.
Profitons de cette trêve estivale pour lire les analyses
qui fleurissent sur la période du Front populaire. Si l'histoire
ne repasse pas les plats, il est toujours bon de s'inspirer des
recettes anciennes pour en réussir de nouvelles.
(suite page 2)

33, Avenue Carnot

Sommaire
P 1-2 : Édito
P 2 : Sommaire
P 3 : Il faut bâtir d’urgence une Europe qui protège
P 4-5 : Le boléro du délégué
P 6-7-8-9 : Notre congrès national
P 9-10-11 : Discours de David Cormand, secrétaire national
P 12-13-14 : La motion « Réinventer l’écologie en commun »
P 14 : Comment recevoir La Feuille Verte ?
P 15-16 : Le revenu de base inconditionnel
P 17-18 : Le double jeu des multinationales
P 19-20 : Science et écologie
P 21-22-23 : Être cycliste à Besançon
P 23 : Où trouver EELV au plus près de chez vous ?
P 24-25 : Alerte à la bouilloire !
P 25 : La Chocolaterie, c’est fini.
P 26-27-28 : La Palestine à Besançon
P 28 : Journées d’été
P 29-30 : Les chiffres de l’asile en 2015 en France et en
Europe

P 30-31 : Petite chronique wallisienne (8)
P 31 : Encore du foot !
P 32-33-34 : À lire et à écouter cet été
P 35-36 : Un mois, émois et moi
P 37 : Bulletin d’adhésion
P 38 : Actions Roundup

2
Édito suite
Pour l'écologie politique aussi, des ingrédients
très divers sont là. Notre congrès, qui vient de se terminer, a bien mis en évidence des volontés de rassemblement et d'ouverture, mais aussi les difficultés à dépasser
la langue de bois, les ego et les stratégies individuelles
(2). À nous de profiter des opportunités (3) et des faiblesses des autres acteurs politiques, à nous d'écrire une
nouvelle page de l'écologie politique. Faisant mentir bien
des sondages, les Autrichiens ont placé un écologiste au
sommet de l'État. Bravo à eux, ils nous (re)donnent l'espoir. Imitons-les ! (4)
Bonnes vacances !
Corinne Tissier
et Bernard Lachambre
Cosecrétaires EÉLV
Franche-Comté

(1) N'oublions pas cependant que la moitié des Français ne partiront pas en vacances cet été, certains par
choix, d'autres, nombreux, parce qu'ils ne peuvent pas se
le permettre.
(2) Nous ne développerons pas plus : vous trouverez
dans ce numéro plusieurs articles traitant du congrès,
(3) En étant par exemple présents au grand rassemblement à Notre-Dame-des-Landes, le 10 juillet, ou à celui
de Flamanville, et en nous appuyant sur l'accord de Paris
(COP 21) pour faire avancer la transition énergétique.
(4) Cette victoire, qui prend certes sa source dans le
désaveu des partis traditionnels et la volonté de faire barrage à l’extrême droite, montre bien cependant l’avancée
des idées de l’écologie.

Déclaration d'EÉLV après le rendez-vous avec le Président de la République

IL FAUT BÂTIR D’URGENCE UNE EUROPE
QUI PROTÈGE
Comme les dirigeants des autres partis politiques
français, nous avons rencontré aujourd’hui le Président de
la République et le Premier ministre à la suite du referendum britannique.
Pour nous écologistes, le Président de la
République ne peut se défausser de sa responsabilité. La
situation dans laquelle se trouve aujourd'hui l’Europe,
confrontée à la montée des nationalismes et à un rejet
grandissant de l’Union, est largement due à la politique
européenne déployée. Traité de Lisbonne, non renégociations du TSCG, etc : autant de fautes originelles portées
par nos dirigeants français et européens. Entre mondialisation débridée et nationalisme étriqué, il faut une troisième voie : c’est le projet écologiste.
Ce que démontre le Brexit, c'est qu'une vraie refondation est nécessaire.

Des mesures d'urgence pour l'Europe
Nous avons proposé au Président de prendre une
initiative partagée avec les pays les plus peuplés de
l'Union et avec les pays volontaires, notamment les pays
du Sud : convoquer une Convention, qui aurait pour objectif de remettre l'Europe sur les rails et de revenir vers les
citoyens.

3 . Pour retrouver notre souveraineté, protéger
notre agriculture, notre alimentation, notre santé et nos
ressources :
- abandonner les traités de libre-échange, TAFTA et
CETA,
- interdire les substances qui nuisent à la santé et à
l'environnement : pesticides et OGM notamment.

Une proposition pour la France
À l’échelle de la France, il faut mettre fin à la technocratisation du débat européen et lui redonner toute sa
dimension politique et démocratique. Nous avons demandé au Président que la représentation nationale soit systématiquement associée à toutes les prises de positions et à
tous les votes du gouvernement français à Bruxelles.

Vers une nouvelle Europe : une Constituante
Il faut revoir de fond en comble le fonctionnement
de l'Union européenne : faisons des élections européennes de 2019 une Assemblée constituante.

David Cormand,
Secrétaire national,

1. Pour soutenir des industries européennes et
investir dans un Green Deal, changer les traités :
- abandonner la règle de plomb budgétaire des 3 %
de déficit,
- sortir du dogme de la concurrence libre et non
faussée,
- renégocier les dettes.
2. Pour protéger l'emploi et l'économie européenne contre les délocalisations et la spéculation, donner des ressources propres à l’Union et créer un bouclier
social :
- mettre en place de la contribution carbone aux
frontières de l'Europe,
- instaurer enfin la taxe sur les transactions financières,
- lancer l'harmonisation fiscale pour une politique
sociale plus juste.

Sandrine Rousseau,
Secrétaire nationale adjointe,

Michèle Rivasi,
députée européenne,

Pascal Durand,
député européen

3

Congrès EÉLV 2016

LE BOLÉRO DU DÉLÉGUÉ
Cela commence doucement, une petite mélodie lancinante qui s’infiltre entre les courriels habituels : « Dans
trois mois le Congrès… Rassembler... Renouveler… Crédibilité... Etc., etc. »
Peu à peu, cela prend forme ; quelques mails plus
longs, au contenu plus exigeant, tentent les premières
propositions… Commentaires, commentaires des commentaires, et puis : « Rassembler… Renouveler… Crédibilité… »

teur, votre téléphone scotché à l’oreille, face à un tableau où vous pouvez (comme les 80 autres participante-s) vous inscrire à un tour de parole. Mais comme le
vôtre arrive en trentième position et qu’il sera vraisemblablement le seul de la (longue) soirée, vous y tenez et,
le moment venu, vous répétez (souvent en moins bien)
ce que d’autres ont dit avant vous… Par exemple :
« Rassembler… Renouveler… Crédibilité… ».

Peu à peu, la sédimentation opère, les messages portent des pièces jointes, des « pré-motions » déjà signées
par quelques-un-e-s ; croisement des formulations, débat
sur le fond, sur la stratégie ; la tension monte au fur et à
mesure que la date limite de dépôt des motions approche ;
les textes s’agrègent, les signataires passent ou non de l’un
à l’autre, les tendances se composent, se décomposent, se
recomposent.

4

Les listes de discussions spécifiques à chaque courant
se créent, les porteurs et porteuses de motion sont désigné-e-s pour chaque région, à charge pour eux de préparer
le 28 mai, de mobiliser, de constituer des listes, de trouver
des candidat-e-s pour être délégué-e-s au Congrès et/ou
au Conseil fédéral.
Les courriels ne suffisent plus, il faut échanger au téléphone, argumenter, convaincre, conclure des alliances,
organiser, structurer… Avec toujours en contrepoint :
« Rassembler… Renouveler… Crédibilité… ».

Puis le 28 mai arrive ; pendant quelques jours, la
fièvre saisit les plus engagés (enragés ?), la peur de « se
ramasser », puis le soulagement ou la déception. Les résultats tombent région par région, les rapports de force se
dessinent, les lignes de clivage aussi. Sur le fond, chacun-e
assigne l’autre à une place imaginaire : écologie d’accompagnement versus écologie contestataire (bien entendu, la
réalité est plus complexe)… Sur la stratégie externe : quelle
alliance ou non-alliance avec qui, dans quel objectif ?… Sur
la tactique interne : la motion « Embrassons-nous tous »
fusionnera-t-elle avec la motion « Serrons-nous les coudes »
ou devra-t-elle accepter un compromis avec « Les vrais écolos, c’est nous » ?
Des centaines de pages, des coups de fil et la mise en
place d’une merveille technologique : les réunions téléphoniques.
Imaginez-vous nuitamment devant un écran d’ordina-

Et puis, par un beau vendredi, serrés à 7 dans
un véhicule (diesel), vous voici en route (les Vrais écolos, les Embrassons-nous, les Serrons-nous les coudes…)
vers THE Congrès national, celui de la dernière chance,
celui à l’issue duquel l’écologie politique vivra ou mourra.
Forcément, parmi les passagers, il y a le ou la militant-e chevronné-e, celui ou celle qui raconte pendant
6 heures non-stop la genèse des Verts, l’évolution des
Verts, la création d’EÉLV, le tout agrémenté d’anecdotes
et de digressions sur tous les congrès précédents : comment à Reims en 2004, il avait été impossible d’élire un
Bureau exécutif , les coulisses de l’élection d'Alain
Fousseret à la Commission nationale de Prévention et de
Résolution des Conflits et d’Éric Durand à la Commission
préparatoire aux Élections en 2006… Ainsi les nouveaux
délégués n’ont d’autre choix que d’ingurgiter la culture
du mouvement et arrivent à Pantin (la ville… Ne voyez là
aucune allusion à tel ou telle...) fin prêts pour la joute
politique.
Dès le vendredi soir, chaque tendance/motion réunit ses troupes ; ce qui a été écrit par mail, dit au téléphone, débattu dans les réunions téléphoniques est répété de vive voix, pimenté des inévitables rumeurs de
congrès : Machin-e a dit que les Vrais écolos refusent
d’embrasser mais veulent bien serrer des coudes, mais

pas n’importe lesquels…

La première nuit est longue, les négociateurs
(trices) de chaque tendance vont rencontrer les délégués de chaque motion, chacun-e exprime ses attentes,
ses priorités, ses « non-négociables ». Tout cela sur le
fond, sur la stratégie mais aussi sur le casting (qui sera
au Bureau exécutif, au Conseil fédéral, à la Commission
permanente électorale…).
Reprise des échanges samedi à 9 heures pour un
dépôt des listes au plus tard à 13 heures. La tension
monte, on crie « Rassembler, renouveler, crédibilité… »,
puis un accord est trouvé pour s’embrasser les coudes,
mais des divergences subsistent sur la composition de
l’équipe capable de porter cet ambitieux projet. Jusqu’au
bout, les Vrais écolos, courtisés par tous, refuseront non pas sur le fond, mais parce que le futur Secrétaire
national ne leur convient pas - de joindre leurs coudes au
rassemblement qui s’esquisse.
Après moult tractations, la motion de synthèse
« Embrassons-nous les coudes » est déposée à 13 heures
pile avec la liste des membres proposés pour le Bureau
exécutif.

À 14 heures, le Congrès est officiellement ouvert, ce qui a été dit par mail, puis par téléphone, puis
en réunions téléphoniques, puis en réunions de motions
est répété à la tribune. La puissance monte encore d’un
cran : « Rassembler, renouveler, crédibilité... »
Les orateurs-trices se succèdent, certain-e-s brillant-e-s et
convaincant-e-s, la plupart...
disons... plus anecdotiques. La
palme revient à un délégué expliquant sans ironie que le prochain Congrès se déroulerait
dans
des
conditions
matérielles plus confortables (il est
vrai que la salle tenait du sauna), si
bien sûr sa motion obtenait la majorité !

Vote et majorité de 60 % pour la motion de synthèse,
l’ex-Secrétaire national par intérim devient par l’onction
démocratique le nouveau Secrétaire national. La tension
retombe en tonalité mineure, on se congratule ou on fait
triste mine selon sa perception du résultat.

Le cercle d’initié-e-s se restreint aux plus intéressé-e-s par le fonctionnement de l’appareil, qui savent
qu’au-delà du Bureau exécutif, la majorité au Conseil fédéral (organe législatif) est déterminante : il faut donc
s’activer sans attendre pour l’élection de la « part nationale » du Conseil fédéral (qui amplifiera d’ailleurs les résultats précédents).
Enfin vient le temps des applaudissements, des
photos, des discours officiels… « Vous m’avez élu pour que
nous nous embrassions les coudes, je m’y engage, nous ne
délaisserons aucun coude, même ceux qui nous ont porté
des coups. De même nous aurons besoin de tous les
coudes pour en jouer et retrouver la place qui nous revient
dans le paysage politique… Rassembler… Renouveler...
Crédibilité ».

Après la fiesta du samedi soir, indispensable pour commencer de pratiquer l’embrassade
coudesque, le Conseil fédéral se réunit le dimanche matin. Les conseillers et conseillères arrivent le teint blafard
et les coudes usés, mais il faut se remettre au travail.
L’enjeu de la matinée est double : tout d’abord l’élection
du ou de la président-e de cette noble assemblée, puis
celle des membres de la Commission permanente électorale (cette CPE prépare les décisions du CF pour l’attribution des investitures EÉLV aux candidat-e-s aux différentes
élections, elle veille au respect de nos règles : parité, proportionnalité…). Pour ce CF, l’assimilation rapide des principes du scrutin proportionnel à la « règle d’Hondt » est
obligatoire pour anticiper les différents scénarios possibles.
Vers 13 heures, fin du Conseil fédéral : l’impression de revenir d’une lointaine et exotique planète avec
ses codes, son langage, ses arcanes complexes et subtils,
ses coups de théâtre, ses engueulades et ses fous rires.
Le véhicule prend la route du retour et les délégué-e-s, envahis par la bonne fatigue du devoir accompli,
commencent à se demander comment convaincre ceux
qui n’ont pas participé de s’embrasser les coudes, pour
qu’eux-mêmes puissent à leur tour convaincre et que
notre beau mouvement se développe à la mesure de ses
ambitions : « Rassembler, Renouveler, crédibilité… »
Mes coudes restent à votre disposition.

Philippe Chatelain

5

De Besançon à Pantin

NOTRE CONGRÈS NATIONAL
« Paris, le 28 mai 2019 : Les 17 derniers
membres d’Europe Écologie Les Verts étaient réunis en
Congrès extraordinaire à Paris pour se mettre d’accord
sur les modalités de leur suicide collectif. Hélas, aucune
décision claire ne s’est dégagée et plusieurs membres ont
même annoncé leur intention de faire sécession pour
exiger une modalité de mise à mort plus respectueuse de
la COP21.

6

“Nous avions envisagé un suicide par le feu mais
les dégagements de CO2 ne sont pas compatibles avec les
statuts de notre parti“, estime un des membres. Plusieurs
séries de votes n’ont pour l’instant pas permis d’établir
une vraie majorité sur le choix de la mise à mort. Si dans
un premier temps la noyade était en tête, le recours aux
armes à feu et la décapitation par éolienne ont aussi des
partisans acharnés. Autre point de désaccord entre les
membres, la rédaction de la note qui sera envoyée aux
autorités : “Nous ne sommes d’accord ni sur la police à
utiliser, ni sur la taille de l’interligne“. Cependant, un accord secret âprement négocié aurait été trouvé sur l’utilisation du papier recyclé, se félicitait une source.
Mais lassés de toutes ces vicissitudes, plusieurs
membres affirmaient vouloir quitter le parti pour créer
un mouvement indépendant, afin que tous les vrais déçus de l’écologisme politique puissent enfin se donner
une mort résolument écologique. »

Heureusement nous n’en sommes pas là.
Toujours est-il que notre Congrès national décentralisé
s’est bien tenu le 28 mai 2016 à Besançon pour les militants comtois
et dans différ e n t e s
grandes villes
de
France
pour
les
autres (Cf. La
Feuille Verte
de mai). On
pouvait
entendre de cide là que
« l’on continuait à enc... les mouches alors que le parti prenait eau de
partout ». (Cela n’avait pas de rapport avec les inonda-

tions catastrophiques qui allaient suivre sur le territoire
national !). Éric Alauzet a eu le courage de venir, même si
la situation de l’ex-groupe parlementaire écologiste à
l’Assemblée Nationale n’a pas été évoquée (ce n’était pas
à l’ordre du jour). Une soixantaine de personnes ont participé aux travaux, sur l’ensemble de la journée.

Nous publions les résultats des différents
votes, que les adhérents ont déjà reçus par voie de messagerie, p 7 et 8.

Sur le plan national, c’est la liste D,
« Réinventer Horizon 2025 », qui l’a emporté avec
34,90 % des voix. Suivent :
- « L’écologie en commun » avec 23,89 % des voix
- « L’imprévu, tout autre chose » avec 16,92 % des voix
- « E.U.R.O.P.A » avec 16,80 % des voix
- « TIC TAC » avec 7,49 % des voix
Aucune liste ne disposant de la majorité, des alliances s’avèrent nécessaires,
en vue du Congrès national
qui se réunit le 12 juin 2016 à
Pantin.

(voir article précédent, p 4 : « Et puis, par un beau
vendredi, serrés à 7 dans un véhicule (diesel), vous voici
en route ... »

PA N T I N

7

8

Le Congrès national du 12 juin
Le samedi 11 juin, après moult tractations entre les
représentants des diverses motions, celle représentant
« L’écologie en commun » a trouvé un accord avec
« Réinventer Horizon 2025 », créant ainsi un mouvement
majoritaire de 60,80 %. Mais les listes minoritaires sont
tout de même représentées au sein du Bureau exécutif
national (BEN). Voici la liste des membres du nouveau
Bureau :
David Cormand : secrétaire national
Sandrine Rousseau : secrétaire nationale adjointe
Alain Coulombel : secrétaire national adjoint

Marie Toussaint
Julien Bayou : porte-parole national
Marine Tondelier
Thierry Brochot : trésorier
Michèle le Tallec
Bruno Bernard
Sandra Regol : porte-parole nationale
Nicolas Thierry
Elise Lowy
Thierry Pradier
Henri Arevalo
Aurélie Brochard

Quelques Francs-Comtois sont également élus
au 1/5e national du Conseil fédéral : Philippe Chatelain
(de la motion A) et Cécile Prudhomme (de la motion D).
En Bourgogne, Catherine Hervieu a été élue au titre de
la motion C.
Il revient à cette nouvelle équipe de relever
notre parti, de tirer les leçons des erreurs du passé et
de lui donner un nouvel élan. Lourde tâche, lorsqu’on
entend déjà la députée européenne Karima Delli attaquer à la tribune : « «Cette nouvelle direction est un
ravalement de façade. On continue avec une équipe qui
perd depuis des années et qui nous a conduits dans le
mur. »

Suzy Antoine

Nos délégués au congrès : Anthony Poulin, Cécile
Prudhomme, Gérard Peurière, Brigitte Monnet,
Marie-Claire Thomas, Philippe Chatelain (et
quelques Bourguignons qui se sont mis également
sur la photo.)

Congrès 2016

DISCOURS DE DAVID CORMAND,
SECRÉTAIRE NATIONAL
Je monte à cette tribune avec beaucoup d’émotion. Et
en ayant conscience de la dureté des temps.
L’émotion, c’est celle d’un militant de l’écologie auquel vous
venez de confier une lourde responsabilité, mais une belle
responsabilité, celle d’être l’animateur de notre mouvement.
La dureté des temps, dont je parle, c’est celle d’une période
qui a vu notre mouvement s’affaiblir, notre parti se diviser,
notre image se ternir et notre flamme vaciller.

EÉLV va mal. Et quand EÉLV va mal, c’est toute l’écologie qui s’en trouve affaiblie. Nous avions construit notre
mouvement pour être la solution à la crise politique du pays, et nous sommes devenus une partie du problème. Nous n’avons
pas été à la hauteur de nous-mêmes. Nous n’avons pas suffisamment répondu présents à l’appel de l’alternative. Nous avons
porté l’espoir au tombeau. Nous avons déçu et donné le pitoyable spectacle de notre décrépitude en pâture à nos nombreux
adversaires.
Notre état actuel ne doit pas nous réjouir, mais il ne doit pas doit pas davantage nous conduire à l’immobilisme. Vous
savez, quand tout va mal, on a parfois un réflexe conservateur. On veut parfois se raccrocher à l’illusion d’un âge d’or passé
qui constituerait la référence de notre action présente. Je pense que nous aurions tort. Notre mission, c’est de fixer un cap
pour l’avenir, un cap différent du national-populisme, du libéralisme échevelé ou du culte du productivisme.
D’ailleurs, je regrette que notre congrès n’ait pas assez abordé ces enjeux de fond. Mais il était un temps nécessaire de
catharsis. Disons-nous les choses franchement. Quelle que soit la motion que nous avons défendue, nous en avions « gros sur
la patate ». Il faut dire que rien ne nous a été épargné ces derniers mois : ni les coups bas, ni les vilénies, ni les trahisons. Et
comme le peuple vert est pagailleux, nous ne nous sommes pas, en plus, épargné les divisions.

9

Notre congrès a été âpre. Rude. Et parfois violent. C’est qu’il y a, pour expliquer notre présente situation, un long
cortège de responsabilités à énumérer. Je ne veux ici parler que des miennes. Oui, j’ai fait partie des directions précédentes,
avec leur part de succès et leur part d’échec, avec leur part de lumière et leur part d’ombre. Mais à celles et ceux qui craignent
que le mandat qui s’ouvre soit celui de la continuité, je veux le dire sans hésitation : je suis là pour tout changer. Et je ne peux
le faire qu’avec l’aide et le soutien de chacune et chacun d’entre vous.
Je ne vais pas faire le malin, et faire semblant de croire que je suis le nouveau leader de ce parti. Je sais quel concours
de circonstance m’a mis en situation de devenir Secrétaire national. Mais je connais aussi ma responsabilité, et l’honneur que
représente cette charge, que je reçois comme une distinction.
À cet instant, je veux remercier celles et ceux qui m’ont accordé leur confiance. Je veux aussi dire une seule chose à
celles et ceux qui doutent de ma volonté de transformation des pratiques : je ne suis d’aucune faction, et je les combattrai
toutes. Il n’y aura ni clique ni claque, ni bande, ni contrebande, ni coterie, ni fan club, ni firme. Je demande à chacun de comprendre que ce parti n’est la propriété de personne, parce qu’il appartient uniquement à celles et ceux qui ont besoin que se
lève une force écologiste libre et déterminée à changer la donne politique du pays. C’est en nous même qu’il nous faut trouver la force du sursaut. J’ai entendu le message du congrès : la continuité n’est pas possible.

La première étape de sursaut, c’est de changer nos pratiques internes, et notamment de reconstruire de la confiance entre nous. J’ai donc souhaité que la nouvelle direction du parti soit collégiale, pour garantir que chacun prenne sa
place dans l’animation de la vie d’EÉLV.
Le sursaut, c’est aussi apprendre à écouter les voix discordantes, même quand ce qu’elles ont à dire nous bouscule. J’ai
pris ces dernières semaines une leçon de courage politique, quand des femmes de notre parti, qui avaient été victimes d’agissements insupportables, ont trouvé la force de nous alerter et de secouer les chaines de notre inertie.
Ces femmes, elles s’appellent Elen Debost, Sandrine
Rousseau, Annie Lahmer, et je leur associe bien sûr notre
amie Isabelle Attard. Je vous demande de les applaudir.

10

Parce qu’elles ont parlé pour elles, mais aussi pour
nous, pour nous rappeler que la question du droit des
femmes est un combat jamais achevé. En dénonçant le
pire, elles ont fait appel au meilleur qui sommeille en nous.
Elles ont réveillé nos consciences endormies. Merci à elle,
mille fois merci, et qu’elles sachent que nous sommes à leurs côtés. Je leur dis : tenez bon !
Notre mouvement, EÉLV, c’est donc celui de ces femmes admirables.
C’est aussi celui de José Bové, le militant infatigable d’une autre agriculture et d’une autre
mondialisation, qui n’hésita pas à démonter les McDo et à faucher des OGM
pour ouvrir une voie nouvelle. Notre parti, c’est celui de Noël Mamère, le défenseur des Droits de l’Homme qui a changé l’histoire de ce pays en mariant
deux hommes dans sa mairie de Bègles, ouvrant ainsi la voie au mariage pour
tous. Notre mouvement, c’est celui de la courageuse Eva Joly, qui a vécu une
partie de sa vie avec des gardes du corps parce qu’elle combattait la corruption
des puissants, qui fut notre courageuse candidate à la présidentielle et qui aujourd’hui soutient les lanceurs d’alerte, comme Snowden et Assange, dans leur combat pour la transparence. Notre mouvement, c’est celui de Yannick Jadot, qui fut mis sur écoutes par EDF en raison de son
engagement en faveur de la sortie du nucléaire. C’est désormais aussi celui de la génération Delli-Bayou, qui ne cesse de réinventer l’action politique pour y faire entrer le souffle de la vie. Notre mouvement, c’est celui de celles et ceux qui inventent
aujourd’hui la société de demain, en tenant tête aux puissants qui ne veulent rien changer.

Alors vraiment, il y a de quoi être fier, de quoi redresser la tête, de quoi retrouver le chemin de l’unité pour repartir à la
conquête de la majorité culturelle, pour transformer notre pays et faire face aux grandes menaces que nous devons affronter.
Pouvons-nous rester divisés alors que le climat déréglé nous oblige à agir de concert, puisque nous sommes les seuls en vérité
à comprendre l’urgence de changer de modèle ? Pouvons-nous rester inaudibles alors que la transition énergétique est en
berne et que le budget du ministère de l’Écologie est en baisse ?
Pouvons-nous persister dans de vieilles querelles alors que l’entée dans l’anthropocène demande que nous prenions la tête du
camp des progressistes pour inventer la grande force politique du 21e siècle ?
Trois fois non. Nous devons nous rassembler pour rassembler au delà de nos rangs. Je veux que les Françaises et les Français
puissent compter sur nous pour, en défendant l’écologie, défendre leur vie quotidienne, leur santé, leur emploi, leur avenir.
Regardez ce qui s’est passé en Autriche. C’est un écologiste qui a su faire barrage à l’extrême droite. Partout en Europe,
le parti de la haine augmente, se nourrissant de la crise sociale et des angoisses identitaires.
Nous, écologistes français avons la responsabilité de nous battre pour une autre Europe, sans céder ni aux nationalistes, ni aux béni-oui-oui du libéralisme. Nous, écologistes français, avons la responsabilité, ici en France, de faire exister une
troisième voie entre la gauche sociale démocrate épuisée et l’opposition de gauche protestataire.
Ce sera d’ailleurs l’un des enjeux de la présidentielle. Nous aurons l’occasion d’en reparler. Je le dis tranquillement aux
apprentis sorciers qui rêvent de faire taire l’écologie : rien n’arrête une idée dont l’heure est venue. Ni les menaces, ni les magouilles, ni même l’achat de certains de nos responsables ne seront suffisants pour nous faire reculer. Pour nous représenter,
plusieurs candidates et candidats se préparent. Fort bien. La présidentielle n’est pas à prendre à la légère. Je leur demande de
s’entendre, et au final de s’unir pour que leur voix porte. Ensemble nous sommes plus forts.

Les écologistes sont de retour. Notre congrès n’est pas une ligne d’arrivée, mais un point de départ. Il nous reste
bien du travail, mais soyez certains que le changement est lancé.
Dans les semaines qui viennent, nous serons à Notre-Dame-des-Landes pour nous opposer à un projet absurde, mais
aussi pour promouvoir une autre conception de l’aménagement du territoire.
Nous sommes aux côtés des opposants à la funeste loi El Khomri, non pas seulement pour résister mais aussi pour promouvoir
un nouveau modèle. Oui, EÉLV défend le revenu de base, la réduction du temps de travail et le plafonnement du salaire des
grands patrons, parce que les écologistes sont des défenseurs de la justice sociale.
Nous défendrons aussi la sixième République, avec la proportionnelle, le droit de vote des résidents étrangers, l’inversion du
calendrier pour redonner le primat aux législatives, et la suppression du 49-3, dont on voit bien l’usage antidémocratique qui
en est fait par un gouvernement aux abois.

La singularité des écologistes est que nous sommes les seuls à défendre le droit des générations futures.
Alors soyons dignes d’elles. Retroussons nos manches et rejetons nos divisions. Relevons la tête et remettons-nous en mouvement. Refaisons du vert la couleur de l’espérance.

11

Congrès 2016 : la motion adoptée (A + D)

RÉINVENTER L’ÉCOLOGIE EN COMMUN
Le parti écologiste est rassemblé pour redonner
des couleurs au paysage politique et de l’espoir à nos
concitoyenNes. Le dérèglement climatique, l’emprise
sur la nature, la pollution, la croissance exorbitante des
inégalités, le chômage chronique et tous les risques liés
au mode de développement productiviste appellent
des réponses urgentes qui placent EÉLV au cœur d’une
offre politique renouvelée. Conscients de ces enjeux,
nous pensons qu’EÉLV doit contribuer à construire un
projet de société nouvelle qui suscite espoir en France
comme en Europe. Partout la société invente déjà demain, propose des solutions qui préservent l’environnement, crée des formes de partage plus équitables,
prend soin des biens communs et s’impatiente de voir
les politiques si frileux à accompagner ces changements, les anticiper et les porter dans les politiques
publiques.

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Partout naissent et se développent des mouvements sociaux alternatifs qui, tous, témoignent d’une
volonté profonde de rénovation de notre fonctionnement politique, de notre démocratie. Nous devons incarner et accompagner ces aspirations au renouveau.
Pour répondre à ces attentes, nous n’avons
d’autre choix que le sursaut. Nous, écologistes, devons
être à la hauteur de ces attentes, rassembler et construire l’offre politique attrayante et ambitieuse à vocation majoritaire qui porte ces valeurs. Le projet de
l’écologie doit émerger de façon durable et indépendante dans le paysage politique. Il nous revient de réinventer les formes d’EÉLV pour mettre notre mouvement au service du plus grand nombre, en l’adaptant
aux pratiques citoyennes, aux nouveaux outils et à l’accélération de la volonté d’action en faveur des urgences
climatiques, énergétiques et environnementales. Les
écologistes partagent la volonté de se mettre au service
de toutes et tous pour porter au quotidien et concrètement ces ambitions le long d’un mandat innovant.
Nous faisons le choix de constituer la force motrice porteuse de transformation afin de réinventer
l’action politique et de mobiliser l’intelligence collective.

Notre projet
EÉLV doit offrir aux aspirations des citoyens
comme aux mouvements auto-organisés un débouché
politique ambitieux tandis que le rejet de la politique

frappe l’écologie de plein fouet.
Nous sortons d’un cycle très contrasté avec une
image altérée. La question de l’exercice du pouvoir a divisé le mouvement et nos hésitations ont été vécues
comme des louvoiements, des signes de fermeture. Nous
devons rompre avec cette manière de faire pour mettre
en avant notre ambition écologiste.
Nous avons besoin d’un nouveau récit, celui d’une
écologie d’émancipation, et il nous faut devenir les portevoix d’une radicalité positive : celle d’un XXIe siècle des
communs. Nous avons besoin de retrouver les valeurs de
gauche abandonnées par le gouvernement socialiste et
l’ambition d’une transformation écologique comme fondement de la recomposition politique.
Afin de construire cette écologie singulière et qui
gagne la bataille de la majorité culturelle, nous devons
nous tourner vers la société, vers l’ensemble de ses actrices et acteurs, et nous confronter humblement à leur
expérience, soutenir leurs actions et participer avec eux à
la construction d’un autre monde.
Notre priorité doit donc aller à la construction de
ce nouveau pôle alternatif susceptible de gagner la bataille culturelle autour de nos idées.
Nous devons remettre au cœur de notre mouvement le travail commun, coélaboré et prospectif autour
de notre projet, en nous appuyant sur les nombreux outils à notre disposition, dont la Fondation pour l’écologie
politique et le Comité programmatique. De grands chantiers pourront être menés afin de tracer, dans une vision
de long terme, les perspectives pérennes de la transition
écologique. Nous devons retrouver notre capacité d’anticipation et d’innovation, ainsi que nous mettre en condition d’impulser des débats politiques de fond dans la
société française.

Ce projet pourrait reposer sur 4 piliers :
- la transition écologique actant la finitude de la
planète et les risques pour nos vies de notre mode de
production ;
- l’espérance sociale d’une société du bien-vivre
(revenu de base, réduction du temps de travail, nouveaux emplois, démocratie en entreprise) ;
- la refondation démocratique, autour de la redistribution des pouvoirs (du président au parlement avec la
proportionnelle, de l’État vers les territoires, des multina-

tionales et des banques aux citoyen-ne-s) pour redonner
prise aux citoyen-ne-s sur le politique ;
- le projet européen, sans statu quo ni repli, d'un
modèle de société ouvert, protecteur et démocratique,
sortant des égoïsmes nationaux et des logiques ordolibérales.
L'image d'une Europe garante de la liberté et des
droits s'estompe face au repli nationaliste et aux intérêts
particuliers et économiques. Après la crise grecque et la
menace du Brexit, la fermeture des frontières renforce le
risque d'implosion du projet européen. Nous voulons
transformer l’Europe en travaillant avec les autres mouvements politiques et citoyens européens. Nous souhaitons que des élections européennes de 2019 naissent une
constituante et la tenue d’une conférence européenne
sur les dettes. Pour faire vivre une alternative européenne, une convention sur le futur de l’Europe sera organisée au début de 2017.
Nous devons développer EÉLV par étapes dans
tous les territoires sans oublier les plus relégués, que ce
soit dans nos quartiers populaires ou dans nos campagnes, construire un mouvement d’écologie populaire
en ciblant nos objectifs, en les reliant à la diversité sociale
et aux mouvements citoyens que nous pouvons relayer et
sur lesquels nous pouvons nous appuyer (territoires en
transition, mouvements de rejet des grands projets inutiles, de protection de la nature et des animaux, revendications égalitaires, lutte des femmes, etc.). Les questions
de justice environnementale permettent de faire la jonction entre les défenseurs du cadre de vie et ceux des
droits sociaux et civiques.

Un plan d’action électoral
Cela signifie :
Toute décision électorale sera prise après validation par les adhérentEs.
Pour la présidentielle, nous souhaitons soutenir,
après cette validation, un projet écologiste clairement
défini porté par une candidature émanant d'EÉLV ou de la
société civile.
Pour les législatives et les sénatoriales, nous visons
partout des candidatures écologistes, à travers une stratégie claire, validée par les adhérents, excluant tout accord même technique avec l'appareil du PS, et souhaitons
soutenir les candidatEs EÉLV et d’éventuels candidatEs
issus de la société civile sur la base d'un projet et d'une
charte partagée.
L’échelon local doit être notre point d’appui, celui
où nous connaissons déjà des succès. À l’échéance 2020
et a fortiori 2026, nous devons nous mettre en mesure
d'emporter plusieurs moyennes et grandes villes ainsi

que des collectivités en ciblant les territoires où le projet
écologiste a déjà le vent en poupe ou pourrait s’appuyer
sur des initiatives citoyennes. À partir des réussites de
nos éluEs locauxALES, nous pouvons démultiplier le
nombre de territoires écologistes et convaincre que
nous sommes prêts à assumer des responsabilités. C’est
dès maintenant qu’il nous faut identifier nos objectifs
pour les municipales de 2020 et tenter d’y bâtir des assises politiques et citoyennes victorieuses. Un plan d’action devra être présenté aux adhérents et coopérateurs
pour mise en œuvre dès mi-2017 ; il s’agira notamment
d’intégrer le bilan des initiatives de rénovation démocratique portées par Nuit debout sur les différents territoires.

Pour notre parti
Nous pensons qu’il nous faut établir un plan d’urgence pour la réinvention de la démocratie interne, respectant pleinement l’esprit fédéraliste qui est le nôtre.
Rétablir la confiance, c’est d’abord rénover la démocratie et ouvrir les espaces de débat et de prise de
décision. C’est lancer le grand chantier de la transparence et de la coélaboration. C’est faire vivre la collégialité et sortir des décisions de couloir.
La gouvernance du BE devra immédiatement prendre en compte la collégialité dans son fonctionnement :
toutes les décisions jusque-là dévolues au Secrétaire
National seul sont désormais prises collégialement avec
le SNA concernéE. Une charte suivra sur la gouvernance
du BE.
Pour dynamiser ce processus de rénovation, une
Commission spéciale pour la Réinvention sera chargée
de mener un travail d’auditions de chercheurs et d’innovateurs politiques, en France et à l'étranger, en association avec les adhérent-e-s. Ses préconisations seront
débattues et présentées dans un rapport soumis à référendum exécutoire avant la fin de l’année 2016. Un débat interne devra définir les modalités du référendum.

Les thématiques abordées par la Commission de
la réinvention pour un parti écologiste du 21e siècle seront diverses, notamment :
- La gouvernance au sein du Bureau exécutif, intégrant notamment l’étude de l’opportunité d’une réforme de son organisation interne, de la mise en place
d’un cosecrétariat, de la refonte du porte-parolat, etc. ;
- un parti qui retrouve l’esprit de la coopérative,
interroge le fait de faire de ses locaux la maison des expérimentateurs sociaux et culturels, des remueméninges, des interpellations citoyennes ;
- la prise de décision : toutes les décisions stratégiques seront soumises aux adhérentEs, dans leur élabo-

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ration comme dans leur validation.
Nous devrons également, dans les six mois :

- Pratiquer le « hacking » démocratique, en
impliquant et en donnant le pouvoir aux militant-e
-s et sympathisant-e-s. Les adhérent-e-s valident les
grandes orientations stratégiques du mouvement. Les
sympathisants engagé-e-s doivent participer à l’élaboration du projet et de la stratégie. Ils-elles acquièrent ainsi
un « droit de suite » sur la prise de décision stratégique,
d’interpellation des élus et du parti. Nos alliances doivent être débattues et validées : en cas de proposition
de coalition, les adhérent-e-s et sympathisants engagé-es décideront l'ouverture des négociations, ses objectifs
clés et leur issue.
- Créer un espace virtuel pour décloisonner les
débats et instaurer des prises de décision participatives.
Il permettra d’identifier et relier les compétences des
adhérents et coopérateurs, en rendant possible la coélaboration des lois, des amendements et des projets ainsi
que l’interpellation des représentants. Les outils à notre
disposition permettront d’organiser des votes électroniques, adossés à des espaces de débat lisibles et inclusifs. Ils permettront au Conseil Fédéral, aux adhérents et
sympathisants de s’exprimer en temps voulu sur les sujets clés.

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- Construire la confiance, c'est aussi innover sur

l'origine et l'utilisation de nos finances en toute
transparence. Le financement citoyen et participatif,
sur la base de dons à l'appui de projets ou campagnes, à
l’image de la campagne de phoning NDDL, sera expérimenté. Cela permettra notamment de tester la capacité
de lancer des projets locaux, déconnectés des décisions
nationales.

- Construire une véritable Académie verte,
basée sur des parcours de formation, s’appuyant sur les
savoir-faire des militantEs et l’autoformation. Des supports utilisables par les Régions seront notamment
créés.

- Libérer les énergies, en généralisant l’expérimentation notamment par les Régions.

L’urgence démocratique
Consolidons le poids politique des Régions, réinstallons le fédéralisme au cœur de notre fonctionnement, respectons la subsidiarité des décisions locales et
régionales.
Renforçons le rôle du Conseil Fédéral : lutter
contre l’absentéisme, associer les déléguéEs aux travaux
des commissions, renforcer les liens entre le CF, le bureau du CF, le BE et les parlementaires, notamment en
matière de décisions stratégiques, et multiplier les consultations numériques.
Respectons un strict non-cumul des mandats
internes et externes, y compris dans le temps, tant au
niveau national que régional
Nous avons une volonté : construire une écologie
utopiste et réaliste. Nous proposons une méthode : la
réinvention comme priorité et le « hacking » comme pratique de transformation de notre mouvement.
Si nous osons retrouver l’insolence, être nousmêmes, porter haut le drapeau vert de l’espoir, l’écologie
politique peut jouer son rôle historique : impulser l’émergence de nouveaux rapports entre les humains et avec la
nature pour sauvegarder la possibilité même de la vie.

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Le revenu de base inconditionnel

LE TEMPS DE VIVRE ?
Les Suisses ont rejeté massivement, dimanche
5 juin, la création d’un revenu de base pour tous, un vote
inédit qui a suscité de vifs débats dans le pays. Selon les
résultats définitifs, 76,9 % des électeurs ont dit non à ce
projet controversé (taux de participation : 46 %).

Qu’est ce que le revenu de base ?
Il est parfois appelé revenu universel
ou revenu d’existence.
Le principe en est
simple : chaque citoyen
bénéficie d’une allocation inconditionnelle
quels que soient ses
revenus, son statut
professionnel ou son
statut marital et distribuée à tous les citoyens et résidents en
règle. Cette allocation
remplacera complètement ou en partie les autres aides
sociales.
L’objectif de ce revenu de base varie grandement
en fonction de la somme que l’on décide d’allouer à
chaque personne. Dans un cas, il peut ne fournir qu’un
minimum pour survivre, nécessitant tout de même de
travailler pour vivre correctement (par exemple s’il est du
montant du Revenu de Solidarité Active en France,
524 euros par mois pour une personne seule). Dans un
autre, il peut fournir de quoi vivre sans forcément avoir
besoin de travailler, chacun choisissant son activité
(travail salarié à temps plein ou partiel, entrepreneuriat,
travail bénévole ou encore engagement social ou politique…), et « libère » le travailleur de l’obligation du salariat.

Le système actuel s’essouffle.
Les Verts suisses défendaient cette idée depuis
1999. Chez nous, lors de son Conseil fédéral de novembre 2013, EÉLV a adopté à plus de 70 % une motion
ponctuelle en faveur de la mise en place d’un revenu
universel de base. À l’époque (et encore maintenant,
d’ailleurs), on croyait à une utopie. Mais en y regardant
de plus près, on se rend vite compte qu’on ne peut pas
continuer sur le mode actuel. Le mythe du plein emploi
s’est effondré et, du fait de l’automatisation et de la
révolution numérique, de nombreux métiers, souvent
pénibles, disparaissent.
Notre société, basée sur le productivisme et la
croissance, nous montre aujourd’hui ses limites car la
production illimitée se heurte à la survie de notre planète, les machines qui détruisent des emplois créent de
la richesse non redistribuée, et les activités utiles à la
continuité de l’humanité et de la nature ne sont pas
toutes compatibles avec les exigences du marché du
travail.

« Mais vous allez payer les gens à ne rien
faire ! »
Soyez rassurés, l’objectif d’un revenu de base
n’est pas d’offrir une vie sans activités, mais d’offrir la
possibilité de choisir de vivre sans activités rémunérées
sur le marché du travail ou avec un volume réduit de ces
activités.
Le revenu de base reste, bien entendu, cumulable avec un emploi. Chacun a alors le choix de gagner
plus d’argent en cumulant revenu de base et emploi ou
de gagner du temps et s’adonner à d’autres activités que
celles marchandes : bénévolat associatif ou sportif, création artistique, entreprises citoyennes ou sociales, formation personnelle, autoconstruction, etc.
Certes, on va entendre que l’économie s’arrêtera, que les gens ne voudront plus travailler, que le sens
des responsabilités se perdra, que tout le monde voudra
rester à la maison, etc. Nous sommes encore dans le
vieux schéma de pensée judéo-chrétien. L’apôtre Paul
ne disait-il pas : « Qui ne veut pas travailler ne doit pas
manger » ?

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Mais quand on les interroge, beaucoup de gens
disent qu’ils continueront de travailler. Cependant ils répartiront le temps différemment. Le temps partiel choisi
se développera sans entraîner pour autant une paupérisation. Les jeunes parents voudront certainement consacrer
plus de temps à leurs enfants, ce qui libérera des places
en crèche. Il sera possible de s’occuper plus facilement
d’une personne âgée, lui permettant ainsi de rester plus
longtemps chez elle. Tout cela n’est pas « ne rien faire » et
rend service à la société.

Évidemment, il sera plus difficile de trouver des
gens pour faire les « sales boulots ». Il s’agira alors soit de
proposer de meilleures rémunérations, soit d’accélérer
leur automatisation, soit de... les faire nous-mêmes…

La suppression des aides sociales.

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Grâce à ce droit universel à un minimum vital, il n’y
aurait alors plus besoin des aides ponctuelles, ciblées,
conditionnées et inquisitrices qui condamnent les gens à
la condition d’assistés et grèvent le budget de l’État. Donc,
suppression des allocations familiales, diminution des
allocations chômage et par conséquent de leur cotisation,
suppression du RSA et de la prime d’activité.

Mais quel financement ? (1)
Beaucoup de propositions existent, mais l’idée est
que chacun contribue en fonction de sa réussite individuelle. En voici quelques-unes :
- L’impôt sur le revenu serait prélevé dès le premier
euro gagné.
- Il sera nécessaire de mieux taxer les profits des
multinationales. Il faudrait donc que les États – et particulièrement les États de l’Union européenne – décident de
coopérer plutôt que de se faire concurrence sur l’impôt

sur les sociétés, en harmonisant les taux d’imposition et
des assiettes, voire par la mise en œuvre d’un impôt sur
les sociétés européennes.
- Un effort politique devrait être fait pour mettre
fin aux paradis fiscaux.
- La proposition est ici de mettre en place un impôt – proportionnel ou progressif – sur le patrimoine
net des ménages, c’est-à-dire une fois déduites les
dettes du patrimoine brut. Une telle proposition mettrait fin au creusement mécanique des inégalités de
patrimoine. Le patrimoine moyen des ménages est supérieur à 300 000 €, un montant en-dessous duquel se
trouvent 90 % des ménages. Ainsi, même avec un impôt
proportionnel, tous les ménages dont le patrimoine est
inférieur à ce montant seront gagnants à cette redistribution.
- On peut également jouer sur le montant des
taxes à la consommation. Ce sont toutes les taxes qui
sont payées au moment de la consommation d’un
bien : TVA, taxe intérieure sur les produits pétroliers,
taxes écologiques, taxes sur l’alcool et les cigarettes,
etc. Le taux de ces taxes peut être modulé suivant le
type de bien ou de service.

Des expérimentations ont déjà eu lieu.
Ce dispositif a déjà été expérimenté dans différents pays, d’autres études sont en cours. Elles ont
montré que les bénéficiaires n’avaient pas réduit leur
temps d’activités, que l’entrepreneuriat avait augmenté, que la durée de scolarisation s’était allongée et que
les coûts de santé avaient diminué. En Inde, il a redonné vie aux villages pauvres, les joueurs de cartes, financés jusque-là par l’aide sociale, ont déserté les tables
des cafés et se sont mis à acheter des semences, des
vaches, des machines à coudre, ils se sont lancés dans
diverses entreprises.
Cet article est loin d’avoir fait le tour de la question. Il propose néanmoins une vision positive du
21e siècle, accordant de la place à chaque être humain,
ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Mais pour parvenir à cela, il faut une réelle volonté politique, dont je
doute pour l’instant, car il est certain qu’il sera plus
difficile de gouverner des citoyens rendus plus indépendants grâce au revenu de base, et qui plus est, auront
du temps pour réfléchir et se cultiver.

Suzy Antoine
(1) Je vous conseille de vous reporter au rapport
présenté par le Mouvement Français pour un Revenu de
Base (MFRB) à Europe Écologie Les Verts en février 2014
ainsi qu’au site http://revenudebase.info .

Retour sur la COP 21

LE DOUBLE JEU DES MULTINATIONALES
L'équipe de Cash Investigation (France 2) a déjà mené des enquêtes poussées sur des sujet sensibles : paradis fiscaux, foot business, travailleurs détachés, industrie du tabac, etc. Dans sa dernière émission, ladite équipe,
animée par Elise Lucet, s'intéresse à trois entreprises françaises - Engie, Total et Lafarge – qui se présentaient à
la COP 21 comme écoresponsables. En effet, en décembre dernier, pendant la COP 21, alors que les chefs d'État
du monde entier étaient réunis à Paris pour parler du climat, certaines multinationales faisaient leur show. Côté
pile, un discours du style « Plus écolo que moi, tu meurs » ; mais côté face, ce que révèle l'émission : des pratiques polluantes totalement incompatibles avec les objectifs définis au Sommet de Paris. C'est cette réalité bien
sombre que nous a montrée ce numéro de Cash Investigation, intitulé « Climat : le grand bluff des multinationales » (1). Nous revenons sur quelques grands moments de ce travail d'investigation.

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Engie (ex-GDF Suez) table sur le charbon.
Nous partons d'abord pour Hazelwood, à
150 kilomètres de Melbourne, en Australie. Engie (exGDF Suez) y exploite les centrales à charbon les plus
polluantes du monde. Chez Engie, en 2009, la part
d'électricité produite à partir du charbon ne représentait que 11 %. Elle est passée à 20 % en 2014, alors que
la part d'éolien ne représente que 2 %. Le charbon
d'une mine à ciel ouvert est acheminé par tapis roulant
vers trois centrales électriques vétustes.
En février 2014, un feu de forêt déclenche un
incendie de la mine : le charbon brûle sur le front de
taille pendant 6 semaines, émettant des quantités
énormes de CO2, de gaz toxiques et de particules fines.
Beaucoup de gens du voisinage subissent des atteintes
pulmonaires plus ou moins graves. 7 000 pompiers sont
mobilisés pour éteindre l'incendie, pour un coût estimé
à 18 millions de dollars australiens, que l'entreprise
refuse de rembourser. Un rapport parlementaire

montre qu'il n'y a pas eu d'anticipation des risques
d'incendie, par exemple par un arrosage systématique
en prévision d'une vague de chaleur. En fait, il y a eu
conflit entre la sécurité et la rentabilité.

Engie est détenue à environ 33 % par l'État français. L'entreprise a un chiffre d’affaire de 76 milliards
d’euros par an, grâce notamment à ses 26 centrales à
charbon encore en activité. Suite à l'incendie et aux protestations des Australiens, la direction parisienne envi-

sage de céder l'activité charbon, mais c'est la fermeture
pure et simple qui s'impose.
Lafarge fait du bénéfice avec les droits à
polluer
Au cours de son enquête, le journaliste JeanBaptiste Renaud se rend compte que Lafarge a reçu en
2014 plus de 184 000 tonnes de quota de CO2 pour la cimenterie de Frangey (Yonne), qui a fermé en 2013. En effet, depuis une dizaine d'années, l'Europe a mis en place
une sorte de « permis de polluer ». Selon le principe pollueur-payeur, chaque entreprise se voit accorder chaque
année un quota de CO2 et doit payer pour les quantités
qui dépassent le quota.

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Le travail d'investigation montre que, suite à un
intense lobbying, les quotas attribués aux grandes entreprises par l'Europe dépassent largement les émissions.
Pire : les entreprises ont le droit de revendre les surplus si
généreusement attribués. Ainsi, pour Lafarge, les quotas
en excédent représentent 485 millions d'euros pour la période 2008-2014. On est donc passé du pollueur-payeur au
pollueur payé… Et le comble, c'est que Lafarge vient de
supprimer 250 emplois en France en évoquant l'argument
des contraintes environnementales trop fortes !…

Total se vautre dans les sables bitumineux
Dans sa dernière étape, Cash Investigation se rend
au Canada, dans une exploitation de sables bitumineux.
C'est le pétrole le plus sale du monde : pour l'extraire, il
faut remuer 2 tonnes de sable par baril de pétrole (159 l)
et utiliser beaucoup d'énergie en émettant des quantités
astronomiques de CO2. Total vient d'investir 12 milliards
de dollars dans cette exploitation de Fort McMurray, dans
le nord de l'Alberta. Il n'est d'ailleurs pas sûr que Total ait
fait une bonne affaire : au moment de son investissement,
le pétrole était à 100 $ le baril, il oscille aujourd'hui autour
de 40-45 $. Or le pétrole des sables bitumineux est cher à
produire.
Pour acheminer le pétrole jusque vers l'Atlantique,
un gigantesque oléoduc de 4 400 km est prévu. Il devrait
passer sous le fleuve Saint-Laurent et traverser d'immenses territoires avec les risques de pollution inhérents à

ce genre d'ouvrage. Une carte dressée par des ONG
montre qu'il y a eu, au Canada, 252 fuites d'oléoducs entre
2008 et 2015.

Total exploite un autre site en Alberta, juste à côté
d'un village indien de 400 habitants. L'eau n'est plus potable et les poissons qui servaient de nourriture de base ne
sont plus comestibles. Alors Total « soutient » la communauté locale et… achète le silence des habitants en donnant au chef indigène un salaire de 640 000 $ par an, soit
trois fois plus que ce que reçoit le Premier ministre du Canada.
Engie, Lafarge et Total sont trois fleurons industriels français. Devant les caméras, leurs dirigeants encensent la COP21 et s’engagent à respecter ses objectifs alors
que, hors champ, le business continue « as usual », sans se
soucier le moins du monde de l'avenir de la planète. Dans
le débat qui a suivi l'émission, avec Nicolas Hulot et
Ségolène Royal, certaines incohérences ont été soulignées,
comme le fait que la France a interdit l'exploitation des gaz
et pétroles de schistes… mais pas leur importation. Nicolas
Hulot a rappelé que si nous voulons rester en dessous des
2°C d'augmentation moyenne des températures, « il faut
renoncer volontairement à exploiter 80 % des réserves que
nous avons sous les pieds ». Au-delà des 2°C, on ne maitrisera plus les phénomènes et on risque de sombrer « dans
un monde chaotique ». On voit bien que les entreprises
charbonnières, pétrolières et gazières ne vont pas renoncer aussi facilement à 80 % de leurs actifs : il faudra pour
les y contraindre du courage politique et une forte mobilisation citoyenne.

Gérard Mamet

(1) Cash Investigation - Climat : le grand bluff des multinationales, diffusée le mardi 24 mai sur France 2, à 20 h 55.

Science et écologie

TSUNAMI PRÉVISIBLE, NOUVEAUX OGM
ET FAIBLES DOSES RADIOACTIVES
La science pour éclairer les choix de l'écologie politique.
La réflexion politique pour développer la critique de la science.

1. Le tsunami de Fukushima, un scénario qui
se répète

majeure et nous savons que des séismes très violents
s'y sont produits au Moyen-Age.

Après la catastrophe de 2011, nous avons souvent
entendu dire que l'ampleur de la catastrophe était imprévisible et que l'homme ne pouvait pas s'attendre à une
telle colère de la nature. Or les archéologues japonais
savaient que des cataclysmes d'une intensité comparable
avaient déjà au lieu par le passé. Ce sont les textes légués
par l'histoire et l'étude des sédiments qui permettent de
reconstituer cette histoire des tremblements de terre et
des tsunamis. Le dernier épisode d'un tel cataclysme
s'était produit en juillet 869 : la mer s'était alors engouffrée à 3 km à l'intérieur des terres. Sur 3 000 ans, on a
trouvé les traces de 3 tsunamis, soit un cataclysme aussi
violent que celui de Fukushima tous les 800 à 1100 ans.
(La Recherche n° 511, mai 2016, pp. 51-54).

2. Nouveaux OGM : « Le débat est manipulé. »

Commentaire : La première question qui se pose

Commentaire : Le débat paraît mal engagé au

est celle de la mémoire des désastres, qui se perd à peu
près de la même façon d'ailleurs que pour les éruptions
volcaniques : avec le temps, l'idée du danger s'estompe
progressivement. Autre difficulté : l'étude des catastrophes anciennes a pu être jugée comme une science
mineure qui n'intéressait ni les médias, ni les responsables politiques. Pourtant, peu avant la catastrophe de
2011, des chercheurs japonais avaient établi la carte des
zones noyées par le tsunami de 869, qui s'est avérée quasiment identique à celle du tsunami de 2011. La France
est concernée par le même type de problème :
Fessenheim est situé en Alsace sur une zone sismique

sein du HCB. Certains membres scientifiques, comme
Yves Bertheau, en ont démissionné devant le manque
de transparence et 7 associations, dont FNE et la Confédération paysanne, ont quitté la table de la consultation publique pour les mêmes raisons. Encore une fois,
on ne peut que déplorer l'influence des lobbyistes de
l'agrochimie, qui œuvrent dans l'ombre pour obtenir
un assouplissement de la législation sur les OGM. Les
risques sont les mêmes pour les anciens et les nouveaux OGM : possibilités de contamination des semences paysannes, risques sur la santé et la biodiversité, etc. Les tergiversations du HCB pourraient aussi

Depuis quelques années, les chercheurs en OGM
font appel à de nouvelles techniques, les NPBT (1),
pour obtenir ce que certains appellent « nouveaux
OGM » ou « OGM cachés ». Pour les OGM classiques,
le gène exogène est inséré dans l'organisme cible à
l'aide d'une bactérie, d'une micro-injection ou d'un
bombardement de particules. Les techniques nouvelles conduisent aussi, par d'autres techniques, à un
organisme dont le matériel génétique a été modifié
artificiellement. Le Haut Conseil des Biotechnologies
(HCB) devrait se prononcer en juillet sur le statut de
ces nouvelles plantes. (Pour la Science n° 464, juin
2016, pp. 16-19)

19

s'expliquer par des pressions américaines sur la Commission européenne à cause du TAFTA. Et la question de fond
reste bien sûr : « Quelle agriculture voulons-nous ? »

3. Tchernobyl. L'impact des rayonnements à
faible dose
Les deux grosses catastrophes nucléaires de
Tchernobyl et de Fukushima ont conduit à des rejets importants d'éléments radioactifs, en particulier le
césium 137 et le strontium 90. Les études portent sur les
effets des faibles doses. Le césium 137 induit des modifications biologiques sans que l'on puisse dire s'il s'agit d'une
adaptation de l'organisme ou si ce sont les signes précurseurs de pathologies tardives. Le strontium 90 est un élément soluble qui intègre progressivement les chaînes alimentaires. Chez l'homme, il s'accumule dans les zones de
croissance osseuse, où il remplace le calcium. Il pourrait
augmenter la fréquence des leucémies et diminuer la réponse immunitaire. (La Recherche n° 511, mai 2016,
pp. 62-67)

20

Commentaire : La radioactivité provoque des
dommages à l'ADN avec comme conséquences les
risques accrus de cancers et de malformations congénitales. Chez l'homme, les effets sur l'ADN persistent
chez les descendants non irradiés. Se pose donc la
question de la transmission des effets biologiques au
cours des générations. Pour les écosystèmes, la persistance de substances radioactives dans l'environnement pendant des dizaines d'années reste un sujet
d'inquiétude. Dernier sujet de préoccupation, l'effet
cocktail, qui est la possibilité d'interaction de plusieurs
substances. Une substance peu dangereuse seule peut
avoir un effet décuplé par la présence d'autres molécules. Or dans les sites contaminés, les organismes
sont toujours exposés à plusieurs polluants, chimiques
et radioactifs.

Gérard Mamet

(1) NPBT : New Plants Breeding Techniques - en
français : Nouvelles techniques de modifications génétiques. Pour fabriquer un OGM « classique », on coupe
un filament d'ADN et on y introduit un gène étranger.
Avec les NPBT, on modifie directement l'ADN pour obtenir un résultat semblable. Les industriels de l'agroalimentaire en profitent pour essayer d'obtenir des
normes et des restrictions beaucoup moins contraignantes que celles des OGM « classiques ».

Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
(33, Avenue Carnot 25000 Besançon)
Directeur de publication : Gérard Roy
Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet,
Gérard Roy, Suzy Antoine, Françoise Touzot
CPPAP: 0518 P 11003
Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine
Imprimé sur papier recyclé
Par les soins d’Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
ISSN 1169-1190

Être cycliste à Besançon

MON PARCOURS DU COMBATTANT
Depuis que j’ai emménagé à Besançon, je circule
beaucoup à pied et à bicyclette dans la ville et, de
temps à autre, je prends les transports en commun. Ma
voiture dort dans le garage : je ne l’en sors que pour me
rendre à la campagne, inaccessible autrement.
Quand j’ai acheté mon vélo, je n’imaginais pas
tous les dangers auxquels j’allais être confrontée en
circulant dans une grande ville. Pendant quelques semaines, j’ai eu « la trouille au ventre », le temps de
m’habituer au parcours, de développer des stratégies
et de m’imposer sur la route. Il m’avait été rapporté
que le maire, Jean-Louis Fousseret, ne voulait absolument pas investir dans de nouvelles pistes cyclables,
que le budget consacré aux modes de déplacements
doux avait été tout bonnement supprimé, et qu’il ne
fallait donc pas s’attendre à une amélioration de la sécurité des cyclistes. Il paraîtrait même qu’en ce mois de
juin, le maire irait jusqu'à missionner ses avocats à propos de ce qu'il est obligatoire ou pas de faire en matière d'aménagements cyclables - loi LAURE contraignante (1) - et qu’il demanderait un débat en municipalité sur la politique cyclable.
D'où l'idée de vous faire partager mon trajet
quotidien, entre mon domicile et mon lieu de travail (le
siège d'EÉLV-FC), parcours de « tous les dangers » qui
ne dépasse pourtant pas 2 kilomètres (2).

Depuis, je reste au milieu de la route, ce qui gêne les
voitures qui ne peuvent pas me dépasser. Mais parfois,
elles me doublent en me faisant une queue de poisson,
me forçant à ralentir précipitamment pour ne pas tomber.
Cette belle descente se termine par un stop, avant
d’arriver dans la rue Midol, très étroite ; des voitures
sont garées d’un côté
(attention aux portières qui s’ouvrent
lors de mon passage !), puis deux trottoirs, très étroits aussi,
la bordent de part et
d’autre. Il faut donc
que je reste sur la
chaussée, pour ne pas
disputer la place
déjà restreinte aux piétons. Mon objectif est d’arriver la
première aux feux car, pour une fois, le vélo est prioritaire et peut tourner à droite, même si c’est au rouge, en
respectant bien entendu les voitures qui arrivent sur ma
gauche. Sinon, je dois sagement rester derrière la file de
véhicules car je n’ai pas la place suffisante pour les doubler.

Vive les descentes !
Je pars du quartier de Monjoux, situé sur les
hauteurs de la ville : mon trajet aller va donc surtout
être en descente. Mais ce qui pourrait être un rêve se
transforme très vite en cauchemar. En effet, près du
collège Stendhal, les voitures sont garées en épis. Pour
en sortir, les conducteurs doivent reculer avant de voir
s’il vient quelqu’un. Si un cycliste se serre un peu trop
sur le bord de la route, il est accroché par la voiture qui
recule. C’est ce qui a failli m’arriver.

T'as voulu voir la rue de Vesoul...
Donc, aux feux, je tourne à droite et j’arrive dans la
rue de Vesoul, un des points noirs de Besançon : c’est par
là qu’entrent tous les véhicules de l’axe Vesoul-Besançon.
C’est une rue étroite et très encombrée, souvent bouchée, heureusement ponctuée de feux tricolores qui
permettent aux piétons (et aux cyclistes) de traverser la
chaussée. J’ai 200 mètres à rouler sur la chaussée, mais
je dois anticiper largement à l’avance pour indiquer que

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je tourne à gauche, sur la voie réservée aux bus. En plus, la
chaussée est dégradée à cet endroit et mon vélo cahote
dans les trous alors que je ne tiens le guidon que d’une
seule main, mon bras gauche restant obstinément tendu
pour bien indiquer ma direction.

Aux feux (où le vélo a une priorité, mais ce n’est
pas gagné, car je dois arriver devant tout le monde
pour en bénéficier), je tourne à droite, avenue Carnot.
D’autres dangers me guettent alors, avec tous les véhicules qui veulent entrer au Rectorat et me coupent la
route, ou ceux qui oublient de mettre leur clignotant
pour tourner à droite, rue Klein. Enfin, aux feux, place
Flore, je respire. Je suis pratiquement arrivée et j’en
profite pour rouler sur le trottoir (!) pour éviter le dernier feu tricolore. Il ne me reste plus qu’à ouvrir la
porte du local et à entreposer mon vélo dans le couloir : à l’extérieur, il ne resterait pas longtemps à sa
place, à moins de l’attacher solidement avec une
chaîne à un poteau non moins solide... mais qui
n’existe pas ! (3)

Allez, on rentre !

Ouf ! J’y suis ! J’emprunte donc l’avenue de la Paix,
sur une voie uniquement réservée aux bus : je me demande pourquoi les cyclistes ne sont pas concernés par
cette autorisation.

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Je passe devant la gare, où tout est bien sécurisé. Il
y a des feux, des passages piétons, de grands trottoirs,
enfin, de l’espace pour tout le monde, mais pas de piste
cyclable.

Je continue donc sur l’avenue du Maréchal Foch,
jusqu’au rond-point qui me permet de prendre un petit
bout de la rue de Belfort, que vient croiser la rue Isenbart.
Évidemment, il y a toujours des voitures qui veulent sortir
de là et qui forcent le passage en s’avançant beaucoup,
quitte à percuter le vélo qui arrive ou à empêcher les piétons de traverser sur le passage qui leur est réservé.

Le voyage retour emprunte le même parcours
mais sur des voies différentes. Là, je suis en montée
constante et je choisis de rouler sur les voies du tram,
ce qui pose le problème des rails, dans lesquels mes
roues de bicyclette ne doivent absolument pas s’engager, sous peine de vol plané. (Sinon, c’est une voie
royale de circulation, les trams ne s’y engageant que
toutes les 12 minutes.) Un autre danger vient du piéton qui a les écouteurs sur les oreilles, qui ne regarde
pas et traverse n’importe où, sans prévenir et sans
entendre ma petite sonnette d’avertissement. Et toujours le souci constant de devoir vérifier qu’aucune
voiture ne vient couper la voie du tram, pour se rendre
soit à la station-service, soit à la gare.

Avenue de la Paix et rue de Vesoul, je dispose
même d’une piste cyclable, qui hélas, s’arrête brutalement et sans indication dans la montée, avant les feux
tricolores où je dois tourner à gauche…

Ça monte et je ne tiens le guidon que d’une main, avec
des voitures sur trois files… C’est là que je dois m’imposer en obligeant les véhicules à respecter ma lenteur et
à me laisser tourner à gauche. Puis, je retrouve la rue
Midol et l’avenue du Commandant Marceau, cette foisci en montée, ce qui fait rugir les moteurs des voitures
obligées de rester derrière moi si elles ne peuvent pas
me doubler.
Enfin, je parviens chez moi en prenant à contresens (je l’avoue) la petite rue qui m’amène à la maison.
Chaque fois, je ne peux m’empêcher de penser que j’ai
eu de la chance qu’il ne me soit rien arrivé… Et je songe
alors à mes deux séjours récents à Copenhague et Amsterdam, où le vélo est roi (4), avec des pistes cyclables
aménagées partout et des parkings réservés… Mais
nous sommes là dans une autre conception de la ville,
une autre façon de vivre également.

(1) La Loi sur l'air et l'utilisation rationnelle de
l'énergie, du 30 décembre 1996, est couramment appelée
Nouvelle loi sur l'Air, LAURE ou encore loi Lepage. Il s'agit
d'une loi cadre (n°96-1236) française. Trois plans d’état
ont été mis en place à cette fin, dont celui des déplacements urbains, obligatoire dans les agglomérations de
plus de 100 000 habitants.
(2) Je suggère qu’on le donne à lire au maire.
(3) Il y a en moyenne 5 vols de vélos par jour à
Besançon.
(4) C’est même, là, l’excès inverse : les cyclistes
foncent sur les pistes aménagées et j’ai eu maintes fois
l’impression d’être leur cible privilégiée en tant que piéton.

Suzy Antoine

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Chasse au bisphénol

ALERTE À LA BOUILLOIRE !
J’écoute distraitement une émission médicale sur
RTL lorsque, subitement, une phrase me met la puce à
l’oreille : « Les bouilloires électriques en plastique diffusent
du bisphénol A lorsqu’elles se mettent à chauffer. »
Mais c’est que j’utilise depuis des années ! Vite, je
pianote sur mon ordi, à la recherche d’informations. Et ce
que je lis n’est pas fait pour me rassurer. Plusieurs articles
de Gérard Mamet sur les perturbateurs endocriniens, publiés dans La Feuille Verte, m’ont avertie des dangers de
cette molécule. Aussi, je ne ferai qu’un bref rappel.

Qu’est ce que le bisphénol A, ou encore BPA ?

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À la fois composé plastique
et
hormone
de
synthèse
(œstrogène), le BPA se retrouve
principalement dans le polycarbonate (un plastique). Cette molécule
peut se détacher des plastiques et
migrer à faibles doses dans les liquides contenus dans les biberons
(d'où on l’a finalement virée)… et votre bouilloire !
En fidèle lecteur de La Feuille Verte, vous savez que
le bisphénol A est un perturbateur endocrinien, c’est-àdire l’une des nombreuses molécules qui peuvent s’interposer dans le fonctionnement normal du système hormonal. Les hormones, ce sont les messagers chimiques qui
permettent à nos cellules de communiquer entre elles à
distance pour contrôler l’ensemble de leurs fonctions. Le
BPA va mimer l’effet des hormones sexuelles.
Les effets de cette molécule observés en laboratoire
sur des animaux sont plutôt inquiétants. On parle de
troubles du comportement et de la reproduction, de lien
avec certains cancers, avec le diabète, l’obésité, les maladies cardio-vasculaires.

Le bisphénol A est partout.

Dans la chaleur de notre foyer, la chasse au bisphénol est très compliquée. Rien n’est fait pour aider le consommateur à choisir, car on ne trouve pas toujours des

indications sur la sorte de plastique qu'on a en main.
Une liste exhaustive des produits qui peuvent en contenir est presque impossible à établir :
-biberons, canettes et boîtes de conserve, divers
contenants alimentaires,
- vaisselle et couverts en plastique,
- certains adhésifs, joints et mastics,
- casques et lunettes de sport,
- CD et DVD,
- divers matériels informatiques et électroniques,
- certains amalgames dentaires, équipements
médicaux, verres de lunettes et lentilles de contact,
- certains équipements automobiles,
- et aussi certains tickets de caisse... Et le BPA, ça
passe à travers la peau…

Mais revenons à ma bouilloire...
Ainsi la bouilloire électrique, cette humble compagne de mes tisanes nocturnes, est elle aussi susceptible de contenir du bisphénol A qui, sous l’action de la
chaleur, pourrait migrer de manière indésirable dans
mes décoctions?
Des tests sur 22 bouilloires, dont 15 en plastique
et 7 apparemment en métal, ont été faits en Suisse.
Avant l’analyse, chaque objet a été préparé selon les
spécifications du fabricant : jusqu’à 4 rinçages en jetant
l’eau, avant de prendre en considération le contenu
pour analyse.

Commençons par les bouilloires en plastique. Après test, certaines contiennent passablement
du BPA, d’autres presque pas.
Et on constate que respecter
les consignes du fabriquant, à
savoir rincer la bouilloire plusieurs fois avant de l’utiliser,
est important. Parce que le
plastique, quand il est neuf, a
une certaine quantité de bisphénol A à sa surface. Avec les rinçages, cette quantité
diminue, ce qui fait que pour certaines bouilloires, on
arrive ensuite à des quantités qui ne sont plus détectables. Pour d’autres bouilloires, par contre, on constate
qu’il y a persistance dans l’eau bouillie d’une quantité
non négligeable de bisphénol A. Les vieilles bouilloires

ont tendance à en produire plus. Cela peut venir du fait
qu’avec le temps, le plastique commence à se fissurer,
que dès lors la surface exposée devient plus grande,
que l’on peut extraire du bisphénol A qui est à l’intérieur du plastique. Ou alors le polymère lui-même commence un peu à se dégrader et comme le bisphénol A
est un constituant de ce plastique, il commence à être
libéré dans l’eau et avec le vieillissement, ce phénomène s’accélère.

Pour les bouilloires apparemment en métal,
certaines peuvent produire une
eau plus ou moins riche en bisphénol A. Il faut savoir que ces
bouilloires métalliques ont quelquefois un couvercle en plastique, et que dès le moment où
l’eau bout dans la bouilloire, elle
va se condenser sur le couvercle, puis retomber dans l’eau que l’on va boire. Et cela
peut apporter du bisphénol A bien que toute l’enveloppe
de la bouilloire soit en métal. De même, certaines bouilloires, en inox, ont un revêtement en résine époxy
(vernis souple appliqué par chauffage à l’intérieur des
boîtes de conserve) ; d’autres possèdent une jauge (qui
permet de voir la limite de l’eau depuis l’extérieur) en
plastique : presque tout le bénéfice de l’inox est fichu !
D’autres encore sont équipées d’un filtre plastique dans
le bec verseur (mais on peut l'enlever).

Mais alors, quelle solution ?
Il est possible de trouver des bouilloires en verre
ou en inox, mais il est indispensable de lire la notice du
fabriquant qui indique s’il n’y a pas présence de BPA.
Généralement, quand il n’y a pas d’indication, c’est qu’il
y a du BPA. J’en ai fait l’expérience chez Darty, à
Besançon, où j’ai obligé le vendeur à chercher l’information pour chaque bouilloire qui me donnait l’impression
d’être sans BPA. En fait, seule l’une d’entre elles était
sans BPA et le fabriquant l’avait indiqué en énormes
lettres sur le carton de présentation. Méfiez-vous également des appellations sans BPA pas chères sur Internet,
car il y a toujours un élément en plastique quelque part.
Il faut donc accepter d’y mettre un certain prix ;
environ 80 € au moins. J’ai opté pour la bouilloire Ottoni,
une marque italienne, entièrement en inox, y compris le
couvercle et le filtre, et il n’y a pas de revêtement époxy
à l’intérieur. En plus, je la trouve très jolie.
Alors débarrassez-vous vite de votre bouilloire
toxique.

Suzy Antoine

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EÉLV vend son siège parisien

LA CHOCOLATERIE, C'EST FINI
EÉLV vend son siège national, devenu trop grand et
trop cher. Voici un message de Jean Desessard, gérant de
la SCI « Un toit pour les Verts ».
« Certains d’entre
vous ont participé à l’acquisition du siège, situé au
247, rue du Faubourg-SaintMartin, Paris Xe.
La vente de ce local
est prévue dans les trois
prochains mois et, pour des
raisons comptables, nous
souhaitons procéder, le plus
rapidement possible, au remboursement des souscriptions
(les fameuses briques) (1) à leur valeur nominale.

Pour faciliter la démarche, nous vous remercions
de bien vouloir vous adresser à Najat Le Bleguet, EÉLV,
247 rue du Faubourg-Saint-Martin, 75010 Paris,
ou par mail à :
najat.lebleguet@eelv.fr

Amitiés écologistes. »

(1) Une brique vaut 20 €.

Du Moyen-Orient à la Franche-Comté

LA PALESTINE À BESANÇON
Au moment où la France essaie de relancer pour la énième fois un processus de paix moribond, la question
palestinienne a été très présente ce printemps à Besançon : projection de films, conférence, action militante pour
boycotter les produits israéliens issus des colonies et visite de femmes palestiniennes dans le cadre d'un jumelage
avec Besançon.

Deux films qui en disent long sur la situation
Du 20 au 28 mai, deux films israéliens ont été projetés à plusieurs reprises au Petit Kursaal dans le cadre de
l'action culturelle « Les 2 scènes ». Il s'agit du dernier film
d'Amos Gitaï, Le dernier jour d'Yitzhak Rabin, et de celui de
Tamara Erde, This is my Land. Dans un climat politique
israélien contaminé par les religieux, le nationalisme et le
racisme anti-arabe, les deux cinéastes interrogent l'histoire
et essaient de réveiller les consciences.

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Dans son film, Amos Gitaï mêle les images d'archives et la fiction pour rappeler dans le détail le contexte
qui a permis l'assassinat de Rabin, ancien général devenu
pacifiste. Le 4 novembre 1995, le Premier ministre israélien est abattu par un jeune extrémiste juif. Cette disparition tragique va mettre
un terme au processus
de paix d'Oslo. Quelques
mois plus tard, la droite
nationaliste,
conduite
par Netanyahou et opposée à tout compromis
avec les Palestiniens, va
remporter les élections.
Le film montre les failles
du dispositif de sécurité
mais surtout, il reconstitue l'atmosphère de haine qui empoisonnait la vie politique de l'époque, avec les discours
des rabbins fanatiques comparant Rabin à Hitler et appelant à le tuer. Plus de 20 ans plus tard, Netanyahou est toujours au pouvoir, avec comme ministre de la Défense un
politicien d'extrême droite et raciste, Avigdor Liberman.
Qu'en est-il aujourd'hui des rêves de paix ? Tamara
Erde va voir du côté des manuels d'histoire et de la manière dont la discipline est enseignée aux enfants israéliens
et palestiniens. Le fossé est énorme entre ceux qui expliquent la « nakba », la catastrophe, l'exode ou l'expulsion
de 750 000 Palestiniens en 1948, et ceux qui professent
que c'est... la Bible qui fait office de titre de propriété !… Il
y a bien la tentative courageuse d'enseignants de rassembler des enfants des deux communautés dans des classes

bilingues, arabe-hébreu, où les deux versions de l'histoire sont envisagées. Mais tentative quelque peu utopique et désespérée dans le contexte actuel…

La conférence
Bôle-Richard

pessimiste

de

Michel

Originaire
de
Franche-Comté,
Michel
Bôle-Richard a été correspondant du journal Le Monde
en Israël et en Afrique du Sud. C'est la comparaison
entre la situation en Afrique du Sud avant l'arrivée au
pouvoir de Mandela et celle d'aujourd'hui en Palestine
qui lui a inspiré le titre du livre qu'il a publié en 2013 :
Israël, le nouvel apartheid (1). Il était à Besançon pour
donner une conférence, salle Proudhon, le 6 juin, à
l'invitation de Palestine-Amitié (2).
Devant environ 70 personnes, le journaliste, qui
connaît bien le Moyen-Orient, revient d'abord brièvement sur l'histoire de la région. À partir des années 20,
des juifs d'Europe centrale subissant les pogroms émigrent dans la Palestine mandataire. Puis c'est Hitler et
la Shoah, et en 1947 les Nations Unies qui décident la
création de l'État d'Israël. Le partage n'est pas équitable : la partie israélienne reçoit 57 % des territoires
pour seulement 7 % de la population. Les Arabes refusent la partition et c'est, en 1948, la première guerre
israélo-arabe, perdue par les Arabes, qui va permettre
l'accaparement de nouveaux territoires et l'expulsion
des Palestiniens.

Puis c'est la Guerre des 6 jours en 1967 et celle
du Kippour en 1973. Depuis, les Palestiniens assistent,
impuissants, à une politique de grignotage de leurs
terres par la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Le morcellement extrême des territoires palestiniens rend aujourd'hui la création d'un État palestinien impossible. Michel Bôle-Richard explique que le
gouvernement israélien, sous l'emprise des religieux et
des colons, est de plus en plus à droite et la société
israélienne de plus en plus raciste.

L'opération BDS a été lancée en 2005 par des ONG palestiniennes pour que la Communauté internationale
fasse pression sur le gouvernement israélien. BDS est
une forme d'action non violente qui a comme objectifs :
- la fin de l'occupation et de la colonisation, pour
permettre la création d’un Etat palestinien
- la reconnaissance des droits fondamentaux des
Palestiniens d'Israël,
- le droit au retour des réfugiés palestiniens conformément à la résolution 194 de l'ONU.

Le conférencier est pessimiste : pour lui, Israël
ne veut pas la paix. Pourtant, « le conflit israélopalestinien est la matrice du conflit du Moyen-Orient »,
dit-il. Israël ne lâchera ni Jérusalem-Est, ni la Vallée du
Jourdain et continue la politique du fait accompli. On
en revient donc à l'idée d'un État unitaire binational, où
tous les citoyens seraient égaux. Pour l'instant, Netanyahou entend poursuivre la politique de colonisation
en concédant ici ou là quelques « bantoustans » (3)
vaguement autonomes, réservés aux Palestiniens, dans
une passivité déconcertante et irresponsable de la
Communauté internationale.

Des Palestiniennes qui aspirent à une vie
normale

BDS : Boycott-Désinvestissement-Sanctions

Une quinzaine de militants d'un collectif d'associations (4) se sont retrouvés, le 18 juin, devant le magasin Carrefour de Chalezeule pour inciter les consommateurs à boycotter les produits issus des colonies
israéliennes dans les territoires palestiniens. Ce sont,
par exemple, les dattes Medjoul, les fruits et légumes
de marque Jaffa, Mehadrim, Hadiklaïm, Jordan River,
etc. Comme beaucoup d'autres grandes surfaces, Carrefour commercialise des marchandises produites non
pas en Israël, mais dans des colonies. Or cette pratique
est illégale du point de vue du droit international et elle
spolie les Palestiniens de leurs ressources : terre et eau.
Souvent les marchandises en question sont frauduleusement estampillées « Produit en Israël ».
L'information par le collectif a été plutôt bien
accueillie par les clients.

La ville de Besançon est jumelée avec le camp
palestinien d'Aqabat Jaber. Des coopérations ont été
mises en place pour aider à l'adduction d'eau et au développement de l'assainissement. Mais d'habitude, ce
sont des hommes ou des jeunes qui font le voyage en
Franche-Comté. Pour la première fois, fin mai, ce sont
sept femmes qui ont pu découvrir notre région. Ces
Palestiniennes sont très impliquées dans le « Women
Center » pour en faire un véritable moteur du développement de la vie sociale du camp. Les actions qu'elles
soutiennent sont nombreuses et variées : organisation
de vacances pour les enfants, ateliers d'apprentissage,
amélioration de l'hygiène, de la nutrition et de la santé
physique et mentale de la population, microcrédit, etc.
Au cours du voyage, l'an dernier, de militants
bisontins à Aqabat Jaber, le groupe de femmes avait fait
part de son dernier projet : l'installation d'une cuisine
pour la cantine scolaire, afin de pouvoir servir des repas
équilibrés aux 1 500 élèves du camp, cinq jours par semaine. Présentes à Besançon, les Palestiniennes ont
donc pu ainsi observer le fonctionnement d'une cantine
scolaire bisontine et elles aimeraient pouvoir bientôt
servir à leurs enfants le même type de repas avec entrée, plat principal et dessert.

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Pendant quelques jours ces femmes ont pu échapper aux difficiles conditions de la vie du camp et de l'occupation. Elles ont savouré avec plaisir les visites d'écoles et
de bibliothèques, les rencontres avec les associations, la
découverte de la vallée et de la source de la Loue, du musée Courbet, d'une ferme à Étalans. Les échanges, particulièrement riches, ont été facilités par les traductions d'une
étudiante palestinienne et d'un Syrien de Besançon. On
comprend que ces femmes aient envie d'en finir avec l'enfermement et, au fond, de pouvoir mener une vie
« normale » comme tous les citoyens des pays démocratiques.

Gérard Mamet

(1) Michel Bôle-Richard, Israël, le nouvel apartheid, Les Liens qui libèrent, 2013.
(2) Palestine-Amitié est une association de Besançon qui organise la solidarité concrète avec les Palestiniens : vente d'objets artisanaux, de dattes et
d'huile de Palestine, parrainage d'oliviers à replanter,
etc. Elle organise aussi, en petits groupes, des voyages
en Palestine et permet ainsi à des Francs-Comtois de se
rendre compte très objectivement des conditions de vie
et de la détresse de la population palestinienne. Elle
participe aussi à l'action BDS et à la défense des droits
des Palestiniens.
(3) Bantoustan : dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, nom donné aux petits territoires réservés aux
noirs, séparés les uns des autres et disposant d'une
autonomie toute relative.
(4) Le collectif d'associations comprend notamment la LDH, le CCFD, Palestine-Amitié, le Mouvement
de la Paix et le MRAP. Et naturellement EÉLV.

« Ils ont des chapeaux ronds... »

JOURNÉES D’ÉTÉ
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Ce serait dommage de ne pas commencer les JDE
(ou Journées d’Eté) d’EÉLV sans un petit air de biniou, entraînant les participants dans un andro. En effet, c’est en
Bretagne, au Palais des Congrès de Lorient plus précisément, que vont se dérouler nos JDE, les 25, 26 et 27

août prochains, juste après le Festival interceltique.
À l’heure actuelle, le programme n’est pas encore
diffusé sur le site : http://jde.eelv.fr/

Cependant, un point d’étape vient d’être fait
concernant la construction de ce programme, qui sera
digne d’intérêt, ponctué de temps forts et riche en
rencontres.
Notez bien les dates dans vos agendas et pensez
à vous concerter pour covoiturer, ou prendre des billets de train à l’avance pour bénéficier de tarifs avantageux. Au plaisir de vous y retrouver...

Suzy Antoine

Au-delà des idéologies réductrices

LES CHIFFRES DE L'ASILE EN 2015 EN FRANCE
ET EN EUROPE

L’OFPRA a publié le 8 juin 2016 son rapport d’activité 2015 : en le croisant avec les données d'Eurostat
et de la CIMADE, on obtient un portrait de la situation
de l'asile en France et en Europe au plus près de la
réalité.
L'Europe a dû faire face en 2015 à une arrivée de
1 255 600 primodemandeurs d’asile enregistrés, soit
plus du double de l'année précédente (626 000). Pour
sa part, la France n'en a assumé qu'une proportion limitée de 6 %, qui a représenté au niveau national une
augmentation de 20 % (70 570) par rapport au chiffre
de 2014 (58 845). Le Royaume-Uni quant lui n'en a assumé que 3,1 % (38 370) soit une augmentation de
19 % au niveau national selon Eurostat.

Quelques données
Cet organisme précise que dans le même temps,
« plus d'un tiers des demandeurs ont introduit une demande d'asile en Allemagne (avec 441 800 primodemandeurs, soit 35 % de l'ensemble des primodemandeurs d'asile dans les États membres de l’UE), suivie de
la Hongrie (174 400, soit 14 %), de la Suède (156 100,
soit 12 %), de l'Autriche (85 500, soit 7 %), de l'Italie (83
200, soit 7 %). »
« Par rapport à 2014, le nombre de primodemandeurs d’asile en 2015 a le plus augmenté en Finlande (+ 822 %), devant la Hongrie (+ 323 %), l'Autriche
(+ 233 %), la Belgique (+ 178 %),l'Espagne (+ 167 %) et
l'Allemagne (+ 155 %). »
« En proportion de la population de chaque État
membre, le nombre le plus élevé de primodemandeurs
en 2015 a été enregistré en Hongrie (17 699 primodemandeurs d’asile par million d’habitants), devant la
Suède (16 016),l 'Autriche (9 970), la Finlande (5 876) et
l'Allemagne (5 441). »

Provenance des demandes
Concernant la nationalité des demandeurs en
France, la CIMADE indique une évolution : « Alors que
depuis plusieurs années, la République démocratique du
Congo, le Bangladesh et le Kosovo rivalisaient pour être
la première nationalité de demande, l’année 2015
marque un tournant puisque c’est le Soudan qui arrive en
tête, suivi du Kosovo et de la Syrie. » Ensuite viennent
Haïti et le Bangladesh. Au niveau de l'Union européenne,
les 5 premières provenances sont la Syrie, l'Afghanistan,
l'Irak, le Kosovo puis l'Albanie.
Pour l'OFPRA « l’accroissement de ces demandes,
entamé en 2014, s'est ainsi amplifié. En outre, l'Irak, au
24e rang des pays de provenance des demandeurs en
2014, arrive au 9e rang. De même, l’Afghanistan, antérieurement au 31e rang, se hisse au 10e rang en 2015. À
l’inverse, la Russie est passée du 4e rang au 12e rang. Il
s’agit là d’une évolution fondamentale de la demande,
dans la mesure où elle reflète l’actualité du besoin de
protection dans le monde : alors que la France connaissait depuis une décennie une demande d’asile empreinte
de logiques diverses, les conflits internationaux durables
ont poussé à l’exil un nombre considérable de personnes
en besoin manifeste de protection. »

Quel taux d’accord à l’OFPRA en 2015 ?
La CIMADE résume : «Plus de 80 000 décisions ont
été prises (61 176 décisions adultes) et le nombre de décisions d'accord de l'OFPRA est 14 119 (contre 8 738 en
2014), soit un taux d'accord de 23 % (16,8 % en 2014,
12,8 % en 2013). Le délai d'instruction a été de 216 jours
(contre 204 en 2014 et 206 en 2013). » Si on prend en
compte les décisions de la CNDA (recours présentés à la
Cour nationale du Droit d'Asile), le taux d’accord global
monte à 31 %.

29

« Le taux d'accord est quasi de 100 % pour la Syrie
et pour l'Irak, qui représentent les deux premières nationalités d'accord. Le Soudan arrive troisième, puis la Chine (31
%) et la Guinée (25 %). À l’inverse, la RDC, la Russie, le Bangladesh, le Kosovo, le Pakistan et Haïti sont les principales
nationalités de rejet.»
L'Île-de-France et Rhône-Alpes représentent 41 %
des demandes et la régionalisation de l'accueil a concentré
les demandes dans les préfectures de région, ce qui, par
exemple en Franche-Comté, fait que les demande sont
enregistrées essentiellement à Besançon, soit 995 demandes pour le Doubs pour 220 accords.

Une lecture éclairée de cette profusion de
chiffres est nécessaire pour voir ce qui se passe ailleurs
et de tenter d'éviter des Brexit nationalistes en cascade, qui jouent sur les peurs plus que sur les faits et
leurs solutions. Ces replis trop partagés vont encore
peser à l'avenir sur d'autres échéances et le silence
n'arrangera rien. La sortie du Royaume-Uni nous permettra-t-elle de réfléchir enfin à une autre vision de
l'Europe ?

Thierry Lebeaupin

À Besançon, des créations de places d'hébergement
pour les « relocalisés » venant de Calais ou d'autres pays
européens ont lieu et la disparition de l'abri de nuit de la
maternité Saint-Jacques est prévue pour la fin 2016 quand
toutes les familles qui y sont encore assignées à résidence
auront été expulsées. Ainsi les Kosovars et les Albanais
bénéficient-ils de « mesures d' éloignement » expéditives
pour faire place à d'éventuels Syriens ou Soudanais. Ce
traitement froid de dossiers, en silence, loin de la réalité
de personnes en danger réel, est générateur d'une violence dans toute la société.

30
De la Franche-Comté à Wallis et Futuna

PETITE CHRONIQUE WALLISIENNE (8)
Récifs coralliens, trésors vivants
On ne le sait pas forcément, mais la France abrite le
deuxième plus grand territoire corallien du monde, derrière l'Australie avec sa Grande Barrière de corail, ce qui
pourrait en faire un acteur majeur pour la conservation
des récifs coralliens, que l'on sait gravement menacés par
le réchauffement des océans et par la pollution.
Les associations de protection des récifs se sont
réjouies le 17 mars dernier lorsque, dans le cadre de la loi
Biodiversité, les députés ont voté un amendement interdisant le dragage des récifs coralliens dans les territoires
français. Il s'agit d'une pratique méconnue du grand public,
mais les industriels l'utilisent toujours, notamment à titre
de remblais dans les projets de développement côtier. Catastrophique évidemment pour ces organismes vivants, qui
ont besoin de centaines d'années pour se construire et
devenir des nurseries et garde-manger précieux pour les
poissons des océans.

À Wallis-et-Futuna, c'est plutôt la pêche à la dynamite
qui a endommagé les coraux jusqu'à une époque récente
- une pratique qui n'a peut-être d'ailleurs pas totalement
disparu.

Marche arrière toute !
Hélas, le 12 mai dernier, le Sénat a torpillé cette
avancée, mais aussi d'autres comme l'interdiction des
pesticides tueurs d'abeilles, les néonicotinoïdes. La loi
sur la biodiversité a été complètement remaniée et les
coraux n'ont pas échappé à ce détricotage. L’amendement adopté par l’Assemblée nationale le 17 mars est
supprimé avec l’assentiment de plusieurs sénateurs
d’Outre-mer, apparentés PS ou LR. Impossible de connaître le vote de chacun des sénateurs, notamment
celui de Wallis-et-Futuna, le vote des amendements
ayant eu lieu à main levée.

Drôle de calcul économique, qui ne regarde que le
court terme ! Les coraux sont plus générateurs de richesse quand ils sont vivants : ils abritent et nourrissent
les poissons et donc des millions de pêcheurs, protègent
les côtes des cyclones et des tsunamis, attirent les touristes.

Rien n'est perdu, mais...
Après deux lectures à l'Assemblée nationale et au
Sénat, la loi Biodiversité a fait l'objet d’une commission
mixte paritaire. Si tout va bien, l’Assemblée nationale
aura le dernier mot. La loi Biodiversité sera donc réexaminée et votée en juillet prochain.

Mais pourquoi vouloir exploiter le corail ? Pour
des raisons économiques : il ne faut pas contraindre le
développement des îles tropicales françaises, voilà le
discours entendu au Sénat. Les entreprises ont besoin
de draguer les ports, elles ont besoin de matériaux : le
corail majestueux dans les fonds marins, multicolore,
sert de vulgaire remblai, de matériaux de construction.
C’est simple et pas cher.

On verra alors jusqu'où s'engage la majorité actuelle en faveur de la biodiversité et si elle tient bon sur
le sort des récifs coralliens.
En attendant, on peut toujours soutenir l'action
de l'association Coral Guardian, qui nous propose de
participer à la restauration d'un récif corallien en adoptant une bouture de corail (www.coralguardian.org).

31
Françoise Touzot

En Guadeloupe, lors de l'agrandissement du Port
de Pointe-à-Pitre, sept millions de mètres cubes de
coraux ont été réduits à néant. Un projet en Martinique
a été entravé par les associations écolos ; après trois
ans de bataille juridique, elles ont obtenu que les constructeurs se fournissent dans les carrières et non dans
le récif corallien pour le remblai.

Encore du foot !
Trouvée dans une libraire allemande, une affiche qu’un certain nombre de
gens (bien plus que ce qu’en disent les médias) aimeraient voir partout dans
cette période de foot envahissant…
Pour les non-germanistes, cela veut dire : « Zone sans football ».

Gérard Roy

Coups de cœur

À LIRE ET À ÉCOUTER CET ÉTÉ
Musique
Denez, Ul liorzh vurzhudus (Le jardin enchanté), Coop Breizh.

32

Sur la route
de Lorient (lieu des
Journées
d'Été,
cette année), pourquoi ne pas écouter
ce disque qui vient
nous rappeler que le
destin des musiques
traditionnelles est
d'être continuellement réinventées.
Denez inscrit sa musique et ses textes dans la tradition, celle
du chant à écouter (gwerz), des danses et des marches, celle
des histoires extraordinaires et des légendes, mais il laisse
son âme vagabonder vers d'autres horizons sonores et musicaux pour donner à son chant, à sa voix profonde, les couleurs du monde. Les pieds en Bretagne, le regard au-delà
des océans. (MB)

Pascal Bournet, Turlough O'Carolan, L'Autre
distribution.
Il y a quelques années, un orchestre
baroque (Le Concert
de l'Hostel Dieu) et
un groupe de musique
irlandaise
(Garlic
Bread)
s'étaient retrouvés
pour jouer ensemble
Turloug
O'Carolan
(1670-1738),
harpiste irlandais itinérant, auteur de plus
de deux cents mélodies. Le disque soulignait le caractère à
la fois classique et profondément irlandais de sa musique.
Pascal Bournet, dans ses transcriptions pour guitare, fait
résolument le choix de faire sonner sa musique du côté baroque, principalement dans les pièces à deux guitares (avec
son frère), sans pour autant lui ôter une dimension irlandaise, celle des ciels incertains - vous savez, ces rayons de
soleil qui éclairent la brume et le crachin jusque dans les

pubs - dans les pièces pour une seule guitare. Et
comme toujours avec les excellents guitaristes (comme
Soïg Sibéril ou Jean-Félix Lalanne et bien d’autres), on
finit par se demander combien ils ont de mains et de
doigts pour nous offrir un jeu si limpide et si varié (1).
(MB)

Yves Jamait, Je me souviens… Wagram.
Bon, d'accord, il est né à Dijon ! Mais il n'est pas
l'auteur de la loi Notre. Il écrit tout simplement des
chansons sensibles. Le titre de l'album dit bien l'atmosphère du disque : un regard sur le passé, entre
nostalgie
et
interrogation
sur ce qui finit,
avec une formidable énergie
pour chanter
ce qui demeure.
Les
textes
sont
ciselés,
empreints par
moment d'une douce poésie, les musiques tantôt chatoyantes, tantôt plus intérieures, et la voix toujours un
peu rocailleuse, comme pour se défendre d'une envie
de douceur et de tendresse qui court tout au long de
l'album. (MB)

Littérature
Marc Augé, La Sacrée Semaine qui changea
la face du monde, Éd. Odile Jacob
1er avril 2018, jour
de Pâques. Devant la foule
fervente et joyeuse rassemblée Place Saint-Pierre, le
Pape François prononce
trois mots qui vont déclencher un tsunami mondial :
« Dio non existe », Dieu
n'existe pas ! Quelle
mouche a piqué le SaintPère ? Quelles vont être les
conséquences planétaires
de cet étrange aveu ? S'ensuit une folle semaine où
l'on découvre un complot mondial contre les religions,

et pour la raison et la fraternité humaine. Et à l'issue de
cette joyeuse et utopique semaine, le monde ne sera
plus le même..
Anthropologue et auteur d'une quarantaine
d'ouvrages qui font autorité, Marc Augé s'amuse dans
ce court roman (72 pages) à imaginer un monde débarrassé des religions, mais pleinement humain et fraternel. Un monde où « bientôt l'homme musulman, chrétien, juif ou bouddhiste paraîtrait aussi lointain que
celui de Neandertal ». (FT)

Sorj Chalandon, Retour à Killibergs, J'ai lu.
J'éprouve une certaine méfiance à l'égard de
journalistes qui se font romanciers. La crainte, peu fondée en réalité, d'une écriture qui ne tiendrait pas le fil
des pages. Voilà pourquoi sans doute j'ai retardé le
moment de lire Sorj Chalandon, longtemps à Libération,
aujourd'hui au Canard enchaîné (2). J'ai un peu cédé à
cause du titre, pour être passé dans cette petite ville de
la côte nord-ouest de
l’Irlande, dans le Donegal.
C'est de l'Irlande du Nord
et de ses blessures que
l'auteur nous parle à travers un homme de l'IRA
« retourné »
par
des
agents des services secrets
britannique et qui connaît
par avance le prix de sa
trahison, même après la fin
des hostilités. Au cœur du
roman, la violence se tapit et explose, la violence subie
par les catholiques, celle de l'armée britannique, de ses
prisons, celle de l'IRA, tout aussi aveugle. « J'attends
toujours ce lambeau de clarté. J'ai froid de mon pays,
mal de ma terre », dit le narrateur. Et l'auteur de nous
conter une terre à jamais marquée par les larmes et le
sang (3). (MB)

Imre Kertész, Journal de Galère, Actes Sud.
Il aura fallu la mort de ce
prix Nobel hongrois pour que
j'ouvre un de ces livres. C'est dire
si on passe à côté de beaucoup
d'ouvrages. Journal de galère a
été écrit entre 1961 et 1991. De
manière irrégulière, l'auteur note
pensées, observations, interrogations. Mais il revient sans cesse et
toujours à Auschwitz et à sa
marque indélébile. « Je dois veiller à rester en vie et il apparaît

que ce sera désormais ma tâche la plus difficile », écrit-il.
Mais qu'est-ce que vivre après l'effroi, qu'est-ce que
vivre quand succèdent à celui-ci les fers d'un régime totalitaire ? « Le désarroi physique et transcendantal de
l'homme. Tout indique que la vie est un état qui sans être
faux n'est pas taillé à la mesure de l'homme. » Vivre est
pour Imre Kertész une lancinante question. La chute du
mur de Berlin ne lui inspire guère de commentaires, sinon celui-ci qui signe la forme de sa désespérance : « La
Hongrie s'est libérée du bolchevisme mais pas d'ellemême. » Une phrase qui résonne étrangement au sein
d'une Europe spectatrice de la dérive nationaliste et
autoritaire d'Orban. Le livre d'un siècle d'orages qu'il faut
lire avant d'autres tempêtes. (MB)

Jim Harrison, En route vers l'Ouest, 10/18.
Chers auteurs, ne mourez pas tous en même
temps, au risque de m'abîmer dans les profondeurs de
mon ignorance ! Je ne sais si Jim Harrison, décédé en
mars, est l'un des plus grands écrivains américains, mais
j'ai découvert à travers les trois nouvelles qui composent
ce livre une Amérique étrange, singulière, assez éloignée
de Trump ou de Clinton. Ses personnages ne sont pas des
héros, mais des décalés dans un
monde qu'ils ne comprennent
pas, qu'ils ne cherchent pas à
comprendre : Chien Brun à des
milliers de kilomètres de son
Michigan, perdu dans une Californie qui enfle et qui bâfre
sans limite ; Joe qui, à la suite
d'un accident, a perdu tous ses
repères, ce qui semble le
rendre inapte à la vie sociale, à
moins que ce ne soit la vie sociale qui soit inapte à l'accueillir ; cet auteur à succès de biographies à défaut
d'une œuvre et qui erre en lui-même faute d'inspiration.
Écrites à la première personne, ces nouvelles s'autorisent
ainsi un langage du quotidien sans fioritures, direct et
percutant. (MB)

Jean-Paul Didierlaurent, Le liseur du 6 h 27,
Folio.
Guylain, qui travaille sur la Chose (une machine à
détruire les livres), aime faire la lecture aux voyageurs du
RER. Sa vie le met aux prises avec un poisson rouge, un
gardien qui écrit des alexandrins, un Italien qui a perdu
ses jambes mais pas son art de la cuisine, une clé USB
dont il cherche la propriétaire, une maison de retraite...
Guylain gère au mieux des situations cocasses, incongrues, qui semblent sous la plume de l'auteur tellement
naturelles. Un livre sans prétention, sinon celle d'offrir

33

un plaisir de lire une histoire
qui plonge dans le quotidien
pour en tirer des vies insoupçonnées. (MB)

Essai
André Gorz, Le fil rouge de l'écologie, Éditions
EHESS.
EÉLV va paraît-il se recentrer sur ses fondamentaux.
Il existe plusieurs manières de se saisir cette assertion. La
première consiste à se demander si lesdits fondamentaux
étaient perdus à force de ne parler que du PS. La deuxième
renvoie à l'idée de réaffirmer la ligne du Parti, l’orthodoxie
en dehors de laquelle il n'est point de salut pour les militants. La troisième peut être une invitation au travail de la
pensée.

34

Ce petit opuscule (4), qui
donne à lire trois entretiens
d'André Gorz (de 1990 pour le
premier, des années 2000
pour les deux suivants), est
une occasion de réflexion.
« J'attends, en effet, des
écrits des autres qu'ils me
fassent comprendre, rendent
la réalité pensable et m'amènent ou même m'obligent à
me remettre en question... »,
nous dit-il. Nous voilà conduits
à un tour d'horizon de ses inspirations, de ses thèmes les
plus importants : le rapport à une nature « nécessairement
travaillée », la restriction les droits de la raison économique par sa subordination à des buts écologiques et sociaux, le dépassement d'une société de travail (ce qui conduit Gorz à poser la question du revenu en prenant en
compte la nécessité d'une production qu'il faut bien assurer, qu'elle soit de biens ou de services, et pas seulement
la possibilité de concilier le travail et le reste des activités

sociales). On retrouve chez lui à la fois cette forme de
radicalité qui le conduit à dénoncer les modèles
d'adaptation - quand il rappelle que « le capitalisme
peut miser sur le développement de l'écobusiness, les
dégâts environnementaux d'un côté, le recyclage et la
réparation de l'autre » (5) - et le souci d'avancer :
« Nous avons besoin de médiations, d'objectifs intermédiaires, qui illustrent que l'on peut et comment on
peut vivre mieux avec moins de travail salarié, de capital, de consommation et de crédit. »
C'est peut-être ça, se recentrer sur les fondamentaux… (MB)

Michel Boutanquoi (MB)
et Françoise Touzot (FT)

1) Avec des arrangements plus contemporains,
on écoutera entre autres le groupe Orion, sur différents albums, rendre à ces mélodies apparemment
simples leur puissance évocatrice.
(2) Volatile qu'on aime bien quand il cancane
dans sa mare sur les ministres, le président, le PS, mais
bizarrement beaucoup moins quand il s'agit des écolos
et de leurs petites histoires en coulisses…
(3) Du même auteur, signalons La Légende de
nos pères (Gallimard), superbe interrogation sur ce
que l'on veut ou ne veut pas savoir, ce que l'on croit ou
ne croit pas savoir de nos pères, ce qui se transmet ou
non, ce qui s’accepte ou non en héritage.
(4) Il fait partie de la collection Audiographie des
Éditions EHESS, qui donne accès à la transcription de
documents oraux (conférences, entretiens…) de penseurs de notre temps. Je signale entre autres la passionnante rencontre entre Castoriadis et Ricœur, Dialogue sur l'histoire et l'imaginaire social, qui a eu lieu
en 1985 au cours d'une émission de France Culture.
(5) La récente décision du Sybert, qui anticipe
une obligation, illustre cet enjeu. Le tri va être étendu à
tous les emballages, dont les films plastiques. Qu'ils
soient recyclés plutôt que d'être incinérés, l'avantage
est évident. Mais une véritable politique écologique ne
serait-elle pas de réduire les emballages, de mettre en
évidence la responsabilité des industriels et de la
grande distribution ?

UN MOIS, ÉMOIS ET MOI
devant la justice ivoirienne, son mari Laurent avait été
choisi par Dieu pour diriger la Côte d'Ivoire. Ben si c'est
vrai, il a vraiment un goût de chiotte, Dieu.

de foot, que « personne ne comprendrait (2) que les
trains ou les avions […] puissent empêcher le bon déroulement […] du déplacement des spectateurs ». Les autres,
qu'est-ce qu'on s'en tape !

Hosanna ! Les conseillers en com' de Sarkozy lui

Questions. Pogba a-t-il fait un bras d'honneur ?

ont fait placer dans un discours des gens dont il n'avait
sans doute jamais entendu parler : Watteau, Géricault,
Bossuet, etc. Classe, non ? Dommage qu'il n'ait pu se
priver de sa touche perso : « Balzac, ça pulse !» Un nouveau critique littéraire nous est né !

Zlatan a-t-il le melon ? Benzema accuse-t-il à juste titre
Deschamps de racisme ? La sextape montre-t-elle vraiment que Valbuena n'était pas « avec sa femme » ?
Pourquoi l'entraîneur allemand se gratte-t-il les génitoires pendant les matchs de son équipe ? Merci aux
journaleux qui nous occupent l'esprit avec de si existentielles interrogations.

Onction. Selon Simone Gbagbo, de nouveau

Bizarres. Ils se disent opposés aux J.O. à Paris en
2024, mais – si j'en crois Le Monde – ils sont conquis par
la présentation des engagements pour valoriser lesdits
J.O. auprès des Parisiens et leur faire avaler la pilule
financière. Les écolos m'étonneront toujours.

Truc de ouf. À ce propos, je ne voudrais pas
être méchant, mais des responsables d'EÉLV en PACA
qui estiment que « c'est au loup de s'adapter à la présence du pastoralisme » (1), ou une sénatrice du même
parti qui appelle « vêtement pudique » le voile islamique, excusez-moi, mais ça m'ôte toute envie de rigoler.

Manipulation. Dans un entretien au quotidien
La Croix, à la mi-mai, le pape, s'exprimant sur l'affaire de
pédophilie au diocèse de Lyon, estime que le cardinal
Barbarin « a bien pris les choses en main ». Mais il ne
précise pas les choses de qui…
Panneaux. À gauche (hélas !) comme à droite
(normal !), on
pleure à chaudes
larmes le gourou
du mobilier urbain, J.-C. Decaux.
Où qu'on aille, en
France ou ailleurs
(il en a posé dans
55 pays !), on se
cogne aux étrons
dont il a allègrement salopé villes
et villages. Beau
symbole (ainsi le qualifie Valls) d'un pays chaque jour
plus agressivement moche.

Transports. À propos des grèves à Air France et
à la SNCF, Hollande déclare, quelques jours avant l'Euro

Tous les dessins
sont publiés
avec l’aimable
autorisation de
Charlie Hebdo

35
Question. Et Guy Carlier - qui fut assez drôle il y a
bien longtemps, avant de se prendre au sérieux -, qui
consacre un bouquin au pauvre footeux sextapé, est-il un
gros con ?

Élégance. Parlant de Denis Baupin, dont elle fit
son bras droit au début des années 90, Dominque
Voynet confie que « ce n'était pas le militant Pataugas,
tarte aux poireaux et dentelles ». Ben, encore heureux :
Pataugas et dentelles, quelle faute de goût !

Menaces. Des députés allemands d'origine
turque ayant voté pour la reconnaissance du génocide
arménien, le sultan Erdogan dénonce leur « sang [qui]
devrait être analysé par un laboratoire ». De ce satrape,
on peut tout craindre, y compris que, de ce « sang impur », il cherche à abreuver ses sillons.

Canons. En 2015, la France a battu son record en
vendant pour près de 17 milliards d'euros d'armement –
surtout à l'Arabie saoudite, au Qatar et à l'Égypte, pays
éminemment démocratiques. Beeeeerk... - Mais ce secteur devrait créer 40 000 emplois supplémentaires d'ici à
2018... - Ah ! ben, si c'est pour la bonne cause, alors...

Jeep. Les consommateurs chinois se ruent littérale-

Révolution. La secrétaire d'État Barbara Pompili

ment sur les SUV, ces 4 x 4 urbains sans lesquels le beauf
moyen ne peut plus affronter la jungle des villes : leurs
ventes ont connu un bond de plus de 50 % en 2015 ! Reviens, Mao, ils sont devenus fous ! (3)

juge « tellement riche » le projet de loi sur la biodiversité ! Dans son enthousiasme, elle cite comme mesure
l'interdiction des « Coton-tige » à base de plastique
non biodégradable... Je me moque ?...Mais non, je ne
me moque pas…

Baptême. Après France Télécom devenu Orange, les
NMPP changés en Presstalis, l'UAP en Axa, PPR en Kering,
Spanghero en La Lauragaise, après les diverses transformations en Thalès, Vivendi, Veolia et aujourd'hui Enedis (le
nouveau nom d'ERDF), j'ai décidé de suivre moi aussi cette
mode du changement de nom. J'hésite encore entre Apollon, Tarzan et Bob l'Éponge.

Hécatombe. Waechter, Bennahmias, Wehrling, Durand, Cosse, Lemaire, et j'en oublie sans aucun doute (4) :
diriger Les Verts-EÉLV, ça use.

Crampons. Ce n'est évidemment pas ça qui me le
rendra sympathique (5), mais quand je lis ce titre (Le
Monde du 9 juin) : « Le football, un sport qui hérisse le
Front national », je ne peux que déplorer la passion des
autres partis pour la baballe.

Minable. Dans une conversation téléphonique inter-

36

ceptée par les enquêteurs, l'un des terroristes du Bataclan,
alors parti faire le djihad en Syrie, expliquait à sa mère :
« Allah m'a fermé beaucoup de portes, comme l'armée de
terre, la police » (il avait raté le concours d'entrée dans la
première et été recalé à la seconde). Même Allah avait remarqué qu'il était vraiment trop con !

Abruti. Un autre de sa bande racontait à un ami
resté en France : « On vit avec fierté, tu vois, tu vis avec
tes frères, tu vis pas avec des kouffars (6) qui croivent
qu'ils descendent du singe. » Ce serait effectivement insulter le singe que d'imaginer un pareil débile dans sa descendance.

Casseroles. Les Républicains (ce nom, j'arrive
pas à m'y faire) investissent, pour être candidat à sa
réélection aux législatives, le multi-mis en examen Patrick Balkany. On parie combien qu'il sera réélu ? Le
« peuple » n'aime pas les ripoux mais vote allègrement
pour eux... À l’heure où La Feuille Verte est bouclée,
Balkani renonce !

Hobby. 17 % d'accidents de chasse en plus pour
la saison 2015-2016 par rapport à la saison précédente, soit 146 (dont 10 mortels) au lieu de 122. Honnêtement, on n'en serait que très moyennement chagriné s'il n'y avait que des chasseurs (7) parmi les victimes...

Fatigue. Lundi matin, 27 juin : purée, quel réveil ! Le oui à Notre-Dame-des-Landes l'emporte nettement. La droite est en tête en Espagne et Podemos
derrière des socialistes dont le degré de déliquescence
vaut largement celui des nôtres. Et pour couronner le
tout, victoire des footeux français : on va encore nous
emmerder quinze jours avec les Bleus ! Y a des jours où
on préférerait ne pas se réveiller.

Citation. Particulièrement « en phase » avec
l'actualité : « Les mots des salauds arment les bras des
imbéciles. » (Charles Dantzig)

Gérard Roy

Gallinacés. L'association L214, qui a révélé en mai
les ignobles conditions sanitaires à l'intérieur du GAEC
Perrat, avait déjà publié en juin 2013 des images de cet
élevage de poules pondeuses ; mais elle avait dû en cesser la diffusion, la justice y voyant une « violation de la vie
privée ». Les poules sont très pointilleuses quant au respect de leur intimité.

Évidence. Au Bangladesh, pays théoriquement
laïque, une cinquantaine de personnes (intellectuels, hindous, blogueurs, humanitaires, homosexuels, etc.) ont été
assassinées en un an et demi par des militants islamistes.
Rappelons encore une fois que tuer au nom d'Allah n'a
rien à voir avec l'islam, comme, d'une façon générale, tuer
au nom d'un dieu n'a rien à voir avec la religion...

(1) C'est vrai, quoi ! Est-il con, ce loup !
(2) Ah ! si, moi, je le comprendrais fort bien. Ça me
ferait même plutôt marrer...
(3) Bon, on n'a pas de leçons à leur donner : le SUV,
c'est ce qui se vend le plus en Europe...
(4) Sans compter les élus...
(5) D'autant que je ne suis pas dupe de ses peu reluisantes motivations.
(6) Kouffar(s) : mécréants, incroyants, infidèles (pluriel
de kâfir).
(7) Ils sont quand même largement majoritaires. Ouf !

37

Actions Roundup
La première opération de ce genre a vu le jour à
Montbéliard, le 30 avril 2016. Depuis, ces opérations se sont multipliées. Ici à Audincourt.
Dans la Feuille Verte de mai, nous expliquions que
Ségolène Royal avait émis le vœu que ce pesticide
soit interdit en magasin depuis janvier 2016. Dont
acte !

Ici dans un supermarché
d’Exincourt.

Les militants vident juste les
rayons en laissant des affichettes indiquant la nocivité du
Roundup. Les chariots sont ensuite laissés dans le magasin.

33, Avenue Carnot / 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / http://franchecomte.eelv.fr/

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