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GEJ6 C67

De l'immortalité de l'âme humaine

1. L'aubergiste dit : « Il est vrai que Ta bouche divine m'a appris quantité de choses, et
pourtant, lorsque j'y songe, j'aurais encore bien des questions essentielles. L'une d'entre elles
me paraît de la plus grande importance pour la vie, et, si Tu y consentais, J’aimerais fort avoir
Ta réponse à cela. »
2. Je dis : « Quelle est donc ta question ? »
3. L'aubergiste dit : « Voici, Seigneur et Maître : l'homme sait bien, du moins par la
doctrine, que son âme - dont il lui est d'ailleurs difficile de se faire une idée claire - est
immortelle : mais, si fermement qu'il y croie, il se mêle toujours à cela le cruel sentiment de la
mort complète qui l'attend et de sa disparition d'entre les vivants et les êtres conscients.
4. Même avec la meilleure volonté, on ne parvient jamais à se familiariser
suffisamment avec la pensée de ce qu'on sera dans la tombe et au-delà pour que le cœur en
éprouve une quelconque félicité ; au contraire, il se reprend sans cesse à frémir à cette pensée,
parce qu'on a beau faire, on ne trouve nulle part de quoi éclairer cette question pourtant si
essentielle.
5. Et c'est bien parce que cette pensée de la mort et du tombeau est la plus cruelle pour
l'homme, et parce rien ne l'éclaire suffisamment là-dessus, qu'il ne faut pas en vouloir aux
hommes si beaucoup d'entre eux se jettent dans tous les vertiges du monde afin d'étouffer en
eux cette noire pensée. C'est pourquoi il serait vraiment des plus nécessaire que Tu nous
éclaires Toi-même, ô Seigneur, sur cette question essentielle de l'existence ! Car à quoi bon
les plus sages doctrines, si l'homme n'a pas au fond de lui-même la conscience parfaitement
claire que son âme lui survivra ?!
6. Dans la mesure de mes moyens, je suis encore l'un de ceux qui suivent le plus
fidèlement les préceptes de Moïse, et je me suis entretenu plus souvent et plus volontiers que
quiconque des choses de l'esprit avec les meilleurs sages de toutes les nations, mais, en fin de
compte, aucun n'a jamais rien pu dire de plus que moi-même sur ce point délicat. Les
Romains disent, et avec eux les Grecs : "C'est bien là le fatidique voile d'Isis, que nul mortel
n'a jamais pu lever !" Oui, c'est bien dit, et il y a là sans doute une grande vérité ; mais hélas,
elle ne nous sert à rien ! Car le mort ne sent, n'entend ni ne voit plus rien, et nous aussi, qui
rongeons encore cette vie comme les vers rongent un morceau de bois pourrissant, nous ne
voyons, n'entendons ni ne sentons plus rien du trépassé que son cadavre puant, qui, dans peu
d'années, ne sera plus que poussière et cendre. Aussi, Seigneur et Maître, Toi qui es la Vie
même selon Ta doctrine, je T'en supplie instamment, éclaire-moi, ou plutôt, éclaire-nous tous
sur cette question, en sorte que nous ne puissions plus douter. Car, en vérité, je préférerais ne
pas vivre une année de plus avec cette sombre pensée de la mort, de la tombe et du néant ! »
7. Je dis : « Oui, Mon cher ami, ta question est fort bien posée, et ce qui y paraît est un
besoin humain de premier ordre ; mais te répondre de telle manière que tu perçoives en toi
avec une parfaite clarté la vie éternelle de ton âme, c'est là chose bien difficile ! Car si Je suis
venu en ce monde, c'est précisément afin que les hommes acquièrent la pleine conscience de
la vie éternelle en vivant et ouvrant selon Ma doctrine ! Mais si un homme ne connaît pas Ma
doctrine, ou si, la connaissant, il ne s'y conforme pas, il ne peut prendre conscience en lui-
même de cette vie, parce que Moi seul suis le chemin et la porte qui y mènent.
8. Tu vois des fleurs sur un arbre ; mais, pendant la floraison, que vois-tu des fruits à
venir ? Ce n'est que lorsque les fleurs sont tombées que l'on voit poindre les fruits minuscules.
Mais il faut bien que la graine pousse dans le fruit avec son germe de vie : où est donc celui-ci
dans la minuscule ébauche du fruit ?! On croirait qu'il n'y a là qu'une chose indifférenciée. La
capacité y est bien, mais il s'en faut de beaucoup que tu puisses la distinguer des autres parties
inertes, où ne mûrit pas le germe de vie. Mais quand le fruit aura atteint sa pleine maturité,
alors, tu y trouveras la graine sans la moindre difficulté.
9. Vois-tu, c'est presque de la même manière que l'homme prend pleinement et
clairement conscience de la vie de son âme ! Tant que l'homme n'a pas cette conscience, l'âme
n'est pas encore assez mûre dans son corps pour se distinguer de la chair. Elle est encore par
trop et trop étroitement liée à la chair, et ne peut donc elle-même sentir et percevoir grand-
chose d'autre que le destin de son corps, et même les meilleures explications ne pourront
donner à l'âme encore immature la pleine conscience intérieure de sa vie.
10. Mais lorsqu'une âme agit selon Ma doctrine et qu'elle atteint par là la nécessaire
maturité dont J'ai parlé, elle n'a plus besoin d'autre preuve. As-tu donc besoin que l'on te
prouve que tu existes matériellement dans ton corps ? Assurément non, et tu rirais au nez de
celui qui entreprendrait de te prouver qu'en ce moment même, tu vis dans ton corps et peux te
mouvoir et agir de mille manières !. Et si tu étais plongé dans un profond sommeil, à quoi
servirait-il que quelqu'un te démontrât, fût-ce de la manière la plus pertinente, que tu es
encore en vie, puisque tu ne serais pas en mesure de l'entendre ?!
11. Vois-tu, les animaux aussi ont une âme qui doit nécessairement être elle aussi
d'essence spirituelle, donc indestructible, sans quoi ils ne pourraient faire mouvoir leurs
membres ! Mais va expliquer à un animal ce qu'est son âme, et qu'il ne vit que par elle !
Comprendrait-il ce que tu lui dirais ? Assurément aussi peu que si tu parlais à une pierre !
Pourquoi donc l'animal ne comprend-il pas ces choses, et pourquoi n'a-t-il pas de mots pour
faire part aux autres créatures de ce qu'il éprouve ?
12. C'est parce que l'âme des animaux est encore trop profondément enfouie dans leur
chair, et qu'elle n'éprouve pour ainsi dire rien d'autre que les besoins de leur corps ! Lorsqu'on
veut dresser un animal à accomplir une tâche simple, cela demande beaucoup d'efforts, parce
qu'il faut éveiller suffisamment l'âme enfouie dans la chair pour que l'animal comprenne ce
qu'on attend de lui.
13. Croirais-tu que l'âme de certains hommes n'est pas tellement au-dessus de celle des
animaux, et qu'il arrive même que ceux-ci les surpassent visiblement ? Vouloir, par la parole,
amener de telles âmes à prendre conscience, dès ce monde, de la vie qui est en elles, serait
vraiment peine perdue ! Il suffit que de tels hommes croient aveuglément que leur âme
survivra à la mort de leur corps, et qu'ils doivent s'attendre dans l'au-delà soit à une
récompense, soit à une punition, afin que, du moins, ils se plient à un ordre légal, comme le
bœuf accepte le joug. Mais tout le reste devra attendre que leur vie change d'état.
14. Un animal ne peut être amené à l'intelligence pratique de sa tâche que par une
discipline douloureuse - et de même un homme ordinaire de ce monde, dont l'âme n'aspire
qu'à la satisfaction des besoins de son corps, mais que rien, si ce n'est la parole, ne distingue
considérablement d'une âme animale. »

GEJ6 C68
Pourquoi les hommes redoutent la mort
1. (Le Seigneur : ) « Pourquoi des hommes tels que tu l'étais jusqu'à présent n'ont pu
parvenir à une conscience certaine de la survie de l'âme après la mort du corps. Je viens de te
le montrer et tu l'as sans doute compris ; mais la crainte de la mort du corps ne réside pas tant
dans cette incertitude de la survie de l'âme que dans l'amour du monde et de soi-même. Ces
deux sortes d'amour font que l'âme se confond toujours plus avec sa chair, et par là fait sans
cesse davantage sien le sentiment de la mort et de la fin des choses, ce qui l'entraîne
nécessairement dans toutes sortes de craintes et d'angoisses.
2. Vois-tu, les premiers ancêtres des hommes de cette terre non seulement ne
redoutaient pas la mort du corps, mais souvent même y aspiraient, afin d'être délivrés d'un
corps devenu vieux et fragile ! Parce que leur mode de vie était agréable à Dieu, ils avaient
par moments des visions clairvoyantes de l'au-delà, et cela leur avait donné une conscience
claire et authentique de la vie de l'âme après la mort du corps.
3. Mais aujourd'hui, la foi en Dieu a presque entièrement disparu chez les hommes !
D'où leur viendrait donc cette claire conscience de ce qu'est la vie de l'âme après la mort du
corps ?!
4. Je te le dis, quand le doute sur le fondement même de toute vie est quasi universel,
il ne faut pas s'étonner que les hommes doutent si fort de la survie de leur âme.
5. Si tu vas chez les Sadducéens, tu les trouveras d'abord extrêmement matériels,
aimant par-dessus tout le monde et eux-mêmes, ensuite ne croyant pas du tout en Dieu, enfin
niant totalement l'immortalité de l'âme humaine et traitant d'insensé quiconque croit à
l'immortalité de l'âme - qui ne peut être selon eux que le produit de la folle imagination d'un
faible d'esprit - et veut la leur démontrer par de vains discours.
6. Regarde aussi les vrais cyniques, disciples du philosophe grec Diogène ils vont
jusqu'à haïr l'existence, et ils maudissent la force, quelle qu'elle soit, qui leur a donné vie sans
leur consentement. Il est vrai qu'ils sont tempérants et de fort bonnes mœurs, qu'ils méprisent
tout luxe et jusqu'aux plus petites commodités de l'existence. Mais la mort est pour eux le plus
grand des bienfaits, et après elle, ils n'espèrent aucune vie, mais le parfait néant, suprêmement
désirable.
7. A l'inverse, aujourd'hui encore, tu trouveras en Inde des hommes qui fraient avec les
âmes des morts tout comme avec des vivants et s'entretiennent avec elles de mille choses
secrètes. Eux non plus n'ont pas la moindre crainte de la mort du corps - au contraire, le jour
où un homme meurt est chez eux un vrai jour de fête, et la venue au monde d'un enfant est un
jour de deuil.
8. Les hommes sont donc extrêmement divers sur cette question qui t'inquiète ! Ce
qu'un peuple redoute le plus, un autre, pour les raisons les plus diverses, n'en a pas la moindre
crainte. Mais ce sont les Juifs qui redoutent le plus la mort, et la raison en est leur trop grand
amour du monde et des plaisirs des sens. Tout homme qui, comme les Juifs, en prend un si
grand soin ne peut manquer, à la longue, d'être privé de toute lumière supérieure ; car rien ne
fait autant de mal à la vraie lumière vivante de la foi que la luxure, la lubricité sous toutes ses
formes et la véritable prostitution de la chair que les Juifs pratiquent depuis longtemps d'une
manière pire encore que les plus ignorants des païens. Ce péché étouffe littéralement l'âme
dans la fange de la chair, et tue jusqu'à la chair elle-même. Et s'il en est ainsi, où une telle âme
irait-elle chercher la lumineuse conscience de sa vie ?!
9. Tu es un homme qui M'est désormais fort agréable, et, en temps utile, Je rendrai à
ton âme la conscience de sa vie ; mais, dans tes jeunes années, tu t'es fort adonné, toi aussi,
aux plaisirs de la chair, et c'est là la principale raison pour laquelle, malgré toutes tes
interrogations et tes recherches, tu n'as toujours pas trouvé une vérité parfaite et indubitable !
Mais la vie plus chaste que tu mènes à présent te conduira bientôt à plus de clarté intérieure, et
tu ne poseras plus la question que tu poses aujourd'hui. - M'as-tu bien compris ? »
10. L'aubergiste dit : « Oh, je T'ai fort bien compris, et je dis maintenant avec les
Romains : HINC ERGO ILLAE LACRIMAE[De là ces larmes] ! Oui, oui, Seigneur, Toi qui
sais tout, mes péchés de jeunesse ont fait perdre à mon âme beaucoup de sa force de vie, et
c'est maintenant, avec l'âge, que cette perte se fait sentir. Mais comment y remédier, ne serait-
ce qu'un peu ? »
11. Je dis : « Tant qu'un homme vit sur cette terre et a en lui une vraie volonté, tout est
encore possible, comme David en fut très clairement le vivant exemple ; lui aussi, au temps
que vous savez, a beaucoup péché par la chair. Mais, le moment venu, il prit courage et, par
amour pour Dieu, ne pécha plus et devint un homme selon Son cœur. Car en vérité, Je te le
dis, il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui reconnaît ses péchés, les abhorre et, pris
d'un vrai repentir, fait une juste pénitence, s'amende pleinement et ne pèche plus, que pour
quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont jamais eu à faire pénitence. De même, chez les hommes,
une chose perdue que l'on a le bonheur de retrouver ne procure-t-elle pas davantage de joie, si
insignifiante que soit sa valeur, que toutes les richesses que l'on n'avait jamais perdues ? Il en
va de même pour Dieu, et, en vérité, si ce n'était le cas, Je n'aurais jamais été ton hôte dans
cette auberge !
12. Il est certes bien vrai que tes péchés de jeunesse ont causé bien du tort à ta chair, et
par elle à ton âme ; mais, puisque tu l'as reconnu et t'es tout à fait détourné du péché, Je suis
venu dans ta maison, afin de te guérir pleinement de tous tes maux.
13. Et quand J'entre dans une maison, c'est aussi le pardon de tous les péchés, la
lumière et la vie éternelle elle-même qui y entrent. C'est pourquoi Je puis te dire que le salut
est venu sur toi et sur ta maison, et la suite t'en instruira plus encore que Moi-même à présent ;
car Je ne t'ai donné que l'enseignement et la promesse, mais ce n'est que dans son
accomplissement que tu apercevras en toi la plénitude de la vérité. »