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La doctrine calvinienne de l’assurance de la foi :

Calvin se contredit-il ?
par Daniel Audette

INTRODUCTION

La doctrine calvinienne de l’assurance de la foi est faite de paradoxes, si bien que cer-

tains spécialistes de Calvin ont cru y déceler des contradictions. William Cunningham, par ex-

emple, y voit une contradiction flagrante : « Calvin never contradicted himself so plainly and

palpably as this1. » Il est vrai que Calvin, dans son exposé sur la certitude de la foi, fait

maintes affirmations qui paraissent se contredire les unes les autres. Citons quelques extraits

de l’Institution pour illustrer ce fait. Dans les passages suivants, Calvin décrit l’assurance in-

défectible du croyant :

En réalité, n’est vraiment croyant que celui qui, étant pleinement assuré que Dieu
est pour lui un Père propice et bienveillant, attend tout de sa bonté, celui qui, ap-
puyé sur les promesses de la volonté bonne de Dieu, attend sans inquiétude son sa-
lut, comme l’apôtre le souligne par ces paroles : « Si du moins nous retenons fer-
mement jusqu’à la fin, notre assurance première » (Hébreux 3.14).
Il n’y a, je le répète, aucun croyant sinon celui qui, assuré de son salut, ose insulter
hardiment le diable et la mort.
Voici la vérité qu’il [l’apôtre Paul] énonce partout : nous ne comprenons pas bien
la bonté de Dieu, mais ne nous devons pas en douter le moins du monde2.

Alors que dans ces autres passages, il dépeint la lutte acharnée que le croyant doit livrer

contre le doute et l’incrédulité :


1
William CUNNINGHAM, Reformers and the Theology of the Reformation, London, Banner of Truth Trust,
1967, p. 120. Dabney dit ceci : « The proof [that assurance of hope is not of the essence of saving faith] is so ob-
vious that Calvin is obliged to modify the assertions of which we have seen specimens, to include these cases,
until he has virtually retracted his doctrine. » ; Robert L. DABNEY, Lectures in Systematic Theology, Grand
Rapids, Baker Book House, 1985, p. 702. Paul Helm pose la question sans détour : « If Calvin defines faith in
terms of assurance, how can he allow for the possibility of faith without assurance? Is he flatly contradicting him-
self within a few pages? » ; Paul HELM, Calvin and the Calvinists, The Banner of Truth Trust, Edinburgh, 1982,
p. 25. Helm soulève la difficulté, mais son analyse révèle qu’il ne perçoit pas de contradictions chez Calvin.
2
Jean CALVIN, Institution de la religion chrétienne, Aix-en-Provence, Éditions Kerygma, 2009, livre 3, ch. 2,
par. 16.
2

L’incrédulité est tellement et si fortement enracinée dans les cœurs des hommes et
nous y sommes si enclins que, même après avoir confessé que Dieu est fidèle,
nous n’arrivons pas à en être vraiment persuadés sans un grand et difficile combat.
C’est surtout lorsque les tentations nous assaillent que le doute et les mises en
question mettent en évidence les faiblesses cachées3.
La foi est agitée par des doutes, des inquiétudes et des détresses qui troublent le
repos des âmes des croyants4.

Comment Calvin peut-il d’une part affirmer que la foi est pleine d’assurance et d’autre

part dire que celle-ci est agitée par des doutes ? Se contredit-il, comme certains le prétendent,

ou existe-t-il une manière de réconcilier les assertions de Calvin qui paraissent contradic-

toires5 ?

Calvin n’ignore pas que sa doctrine de la certitude peut laisser la fâcheuse impression de

n’être qu’une fabrique d’antilogies. C’est lui-même qui l’affirme : « Cette situation

[l’expérience du doute chez le croyant] ne s’accorde guère avec la certitude de foi dont nous

avons parlé6. » Mais aussitôt après avoir identifié ce semblant d’inconséquence, il exprime

3
Ibid., livre 3, chap. 2, par. 15.
4
Ibid., livre 3, chap. 2, par. 37.
5
Foudroyante et impitoyable est la critique de Cunningham de la doctrine de l’assurance de la foi enseignée par
Calvin et les autres réformateurs (Luther et Melanchthon). Il les accuse d’avoir fâcheusement élaboré leur
doctrine de l’assurance en réponse aux attaques des catholiques. Il vaut la peine de le citer, pour se faire une idée
juste de sa critique : « It is pretty evident that the papists, by taunting the Reformers with their want of certainty
on the three points to which we have referred, drove them into the assertion of extreme and untenable positions.
The Reformers claimed for their convictions and conclusions, on these questions, a kind and degree of certainty
which the nature of the subject did not admit of, and they fell into farther errors in endeavouring to set forth the
grounds or reasons of the certainty or assurance for which they contended. They contended that they had, or
might have, a perfect and absolute certainty in regard to all those matters,—a certainty resting not only upon
rational grounds and a human faith, as it was called, but upon supernatural grounds and a divine faith, such as
their popish opponents were accustomed to ascribe to the authority of the church, when it set forth any doctrine
and called upon men to believe it as revealed by God. And as a substitute for the authority of the church, the
popish ground for an absolute assurance and divine faith, the Reformers were accustomed to bring in the agency
of the Holy Spirit, as producing certainty or assurance; and they did this not unfrequently in a way that seemed to
be liable to the charge at least of confusion and irrelevancy. » ; CUNNINGHAM, op.cit., p. 115-116.
6
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 17.
3

sont désir de remédier à la situation : « Il faut donc éclaircir cela, si nous voulons sauvegarder

la vérité évoquée plus haut7. » Tâche à laquelle il s’attellera dans la suite son exposée.

En fait, les paradoxes inhérents à la doctrine de l’assurance de la foi, dans la théologie

de Calvin, s’articulent autour de quatre principes fondamentaux, et ces principes révèlent une

doctrine biblique de l’assurance qui correspond à la complexité de l’expérience spirituelle du

croyant8. En effet, en façonnant sa doctrine de l’assurance de la foi autour de ces principes,

Calvin est parvenu à élaborer une doctrine de l’assurance qui intègre à la fois des notions nor-

matives et descriptives de la foi. En d’autres mots, Calvin a su conjuguer l’idéal de la foi et

l’expérience de celle-ci.

Ce sont ces quatre principes fondamentaux que nous nous proposons d’étudier dans le

présent travail9. Notre objectif consiste à démontrer que la doctrine calvinienne de l’assurance

de la foi, lorsque envisagée sous l’angle de ces quatre principes, ne souffre nullement de con-

tradictions. Mais avant d’entrer dans le vif de notre sujet, il nous paraît nécessaire de nous

pencher d’abord sur la définition que Calvin donne de la foi. Car c’est à la lumière de cette dé-

finition qu’il nous sera possible d’analyser et de comprendre ces quatre principes fondamen-

taux.

7
Loc.cit. Selon Cunningham, « Calvin has not very fully solved the difficulty which he started. » ;
CUNNINGHAM, op.cit., p. 120.
8
Joel R. BEEKE, « Appropriating Salvation: The Spirit, Faith and Assurance, and Repentance », in David W.
HALL et Peter A. LILLBACK, sous dir., A Theological Guide to Calvin’s Institutes: essays and analysis, Phil-
lipsburg, P&R Publishing, coll. « The Calvin 500 Series », 2008, p. 277.
9
Nous avons emprunté ces quatre principes fondamentaux à Beeke. Voir BEEKE, op.cit., p. 275-295. Mais nous
avons modifié le dernier principe. Nous avons en effet préféré la doctrine de l’élection divine à son « Trinitarian
Framework ».
4

DÉFINITION CALVINIENNE DE LA FOI

La nature de la foi

Commençons d’abord par dire ce que la foi n’est pas pour Calvin. Selon lui, elle n’est

pas un simple savoir historique. En effet, il n’est pas suffisant pour le salut « de savoir quelque

chose de l’histoire de l’Évangile10 ». La foi ne consiste pas non plus à s’en remettre « sans

plus d’information à l’autorité et au jugement de l’Église11 ». Calvin explique : « Nous

n’obtenons pas, en effet, le salut parce que nous serions prêts à reconnaître pour vrai tout ce

que l’Église aura précisé.12 » Se trompent aussi ceux qui opèrent une distinction entre la foi

« formée » (ayant une forme) et la foi « informée » (sans forme), « the latter being a kind of

preliminary first stage of faith which must be completed by the infusion of the habit of love in

order for it to be effective in the process of justification13 ».

En quoi consiste alors la vraie foi ? Comment la définir ? Pour Calvin, la bonne

définition de la foi est la suivante :

La foi est une connaissance pleine et entière de la volonté bonne de Dieu à notre
égard ; fondée sur la promesse gratuite qui nous est faite en Jésus-Christ, elle illu-
mine notre intelligence et elle est scellée en notre cœur par le Saint-Esprit14.

Comme l’indique ce passage, la foi n’est pas une œuvre humaine, elle ne dépend donc

pas du vouloir ni de la force de l’homme. La foi, selon Calvin, « est le principal chef d’œuvre

10
Calvin, op.cit., livre 3, chap. 2, par. 1.
11
Ibid., livre 3, chap. 2, par. 3. Calvin critique ici la « foi implicite » imaginée par les théologiens de la Sorbonne.
12
Ibid., livre 3, chap. 2, par. 2.
13
Timothy GEORGE, Theology of the Reformers, Nashville, Broadman Press, 1988, p. 225. Ce sont les docteurs
de la Sorbonne qui ont établi cette distinction. Pitkin trouve que Calvin traite ce sujet sans grande clarté. Elle n’a
peut-être pas tort ! Voir Barbara PITKIN, What Pure Eyes Could See: Calvin’s Doctrine of Faith in Its Exegeti-
cal Context, Oxford, Oxford University Press, 1999, p. 137.
14
Calvin, op.cit., livre 3, chap. 2, par. 7. C’est cette définition de la foi que critique Cunningham. Selon ce
dernier, toutes les affirmations faites par Calvin à propos des faiblesses de la foi contredisent cette définition.
Voir CUNNINGHAM, op.cit., p. 120.
5

de l’Esprit15 », elle « ne peut provenir que de l’Esprit16 ». Il faut en effet que l’Esprit ouvre les

yeux de notre compréhension, pour que nous puissions accéder aux trésors du royaume des

cieux17.

La foi que le Saint-Esprit fait naître en nous est une connaissance. Mais en parlant de la

foi comme d’une connaissance, Calvin ne réduit-il pas le salut à un simple exercice

intellectuel18 ? Cela ne saurait être le cas, car l’obéissance de la foi « vient du cœur plutôt que

du cerveau et des convictions plutôt que de l’intelligence19 ». C’est pourquoi il peut affirmer

que « l’intelligence de la foi consiste plus en assurance qu’en compréhension20 ». Beeke clari-

fie cette notion : « Faith is not historical knowledge plus saving assent, but a saving and cer-

tain knowledge joined with a saving and assured trust21. »

La connaissance de la foi a Jésus-Christ pour objet. En fait, pour Calvin, la foi ressemble

à une série de cercles concentriques : « God’s existence, God’s power, God’s truthfulness,

God’s will ―toward us‖ as revealed in Scripture, and finally Christ. All these circles are im-

plied in faith, but only the last is properly understood as the object of faith22. » Toujours selon

Calvin, c’est l’Évangile qui nous fait connaître le Christ : « Pour connaître vraiment Jésus-

Christ, il faut le recevoir comme le Père le présente, c’est-à-dire revêtu de son Évangile. Jésus-

15
CALVIN, op.cit., livre 3, chap. 1, par. 4.
16
Loc.cit.
17
Voir Calvin, op.cit., livre 3, chap. 1, par. 4. La doctrine de l’illumination tient une place importante dans la
théologie de Calvin.
18
Timothy George pose la question. Voir GEORGE, op.cit., p. 225.
19
Calvin, op.cit., livre 3, chap. 2, par. 8.
20
Ibid., livre 3, chap. 2, par. 14. C’est Calvin qui souligne.
21
BEEKE, op.cit., p. 277.
22
Justin HOLCOMB, Calvin on Faith: Christ and His Gospel. Pour la référence, voir la bibliographie.
6

Christ était destiné à être le but de notre foi ; nous ne nous dirigeons vers lui que guidés par

l’Évangile23. »

La foi s’appuie sur les promesses de Dieu contenues dans l’Écriture. Et toutes « les

promesses sont ratifiées en Christ24 ». Calvin fait donc de la promesse gratuite de Dieu « le

véritable fondement de la foi25 ». Or cette promesse repose sur la nature même de Dieu, qui ne

peut mentir. C’est pour cette raison que « la foi est une connaissance pleine et entière de la vo-

lonté bonne de Dieu à notre égard ». Comme l’explique Beeke : « Since faith takes its charac-

ter from the promise on which it rests, it takes on the infallible stamp of God’s very Word.

Consequently, faith possesses assurance in its very nature. Assurance, certainty, and trust—

such is the essence of faith26 ».

L’essence de la foi : l’assurance

Calvin soutient que la foi implique plus qu’une certitude objective en la promesse de

Dieu ; elle contient également une assurance subjective. En d’autres termes, la foi ne doit pas

être réduite à un concept impersonnel ; elle est une certitude personnelle, toute intérieure :

23
Calvin, op.cit., livre 3, chap. 2, par. 6.
24
Ibid., livre 3, chap. 2, par. 32.
25
Ibid., livre 3, chap. 2, par. 29.
26
BEEKE, op.cit., p. 279. Shepherd précise que Calvin distingue la foi de l’assurance, sans pour autant les
dissocier : « While Calvin does not say that assurance is faith, neither will he allow faith to be divorced from
assurance; nor can assurance be regarded as related accidentally to faith: they are related as are heat and light to
the sun. » ; Victor A. SHEPHERD, The Nature and Function of Faith in the Theology of John Calvin, Macon,
Mercer University Press, 1983, p. 26. Cette affirmation de Shepherd ne contredit pas celle de Beeke. Car la foi est
toujours première, l’assurance seconde ; comme la lumière qui émane du soleil, l’assurance émane de la foi. Bien
évidemment, l’assurance ne peut exister sans la foi. Personne ne se querelle à ce propos. La question débattue est
de savoir si la foi peut exister sans l’assurance. Comme nous le verrons dans la suite de notre étude, il ne fait
aucun doute pour Calvin que la vraie foi est toujours accompagné d’un certain degré d’assurance.
7

C’est ici l’aspect principal de la foi : nous ne devons pas penser que les promesses
de miséricorde que nous offre le Seigneur sont vraies seulement hors de nous et
non pas en nous. Nous devons les faire nôtres en les recevant dans notre cœur27.

Calvin aligne sa définition de la foi sur celle de l’auteur de l’épître aux Hébreux (Calvin

croit que l’apôtre Paul est l’auteur de cette missive) : « la foi est l’assurance des choses qu’on

espère et une démonstration de celle qu’on ne voit pas28 ». C’est cette définition qui autorise

Calvin à dire que la foi est « une possession assurée et indéfectible des choses que Dieu nous a

promises29 ».

Comme nous sommes à même de le constater, l’assurance est une partie intégrante de la

foi dans la théologie de Calvin. Une foi sans assurance ne saurait être la foi biblique. Cette foi

faite d’assurance est aussi, pour Calvin, une certitude personnelle, et non un concept

impersonnel qui serait détaché de l’expérience spirituelle du croyant. Or c’est précisément ici

que certains spécialistes de Calvin ont trouvé de quoi l’accuser de contradictions : si la foi est

une certitude, et que cette certitude revêt une dimension subjective, comment Calvin peut-il en

même temps affirmer que cette foi est « agitée par des doutes, des inquiétudes et des dé-

tresses30 » ? Ce sont les quatre principes fondamentaux autour desquels s’articule la doctrine

calvinienne de l’assurance de la foi qui nous aideront à dénouer cette contradiction apparente.

Ce sont ces quatre principes qu’il nous faut examiner dès à présent.

27
CALVIN, op.cit., livre 3, chap. 2, par. 16.
28
Ibid., livre 3, chap. 2, par. 41.
29
Loc.cit. Voir Hébreux 11.1.
30
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 37.
8

COMPRENDRE LES ANTINOMIES : QUATRE PRINCIPES FONDAMENTAUX

La foi et l’expérience

Dans son commentaire du Catéchisme de Calvin, Hesselink reconnait que la pensée de

Calvin est teintée de réalisme : « Yet Calvin is enough of a realist to recognize that even the

most zealous Christian is plagued at times by moments of doubt31. » Bien entendu, comme la

plupart des spécialistes de Calvin, Hesselink est conscient que Calvin emploie des affirmations

fortes lorsqu’il définit la foi et l’assurance qui l’accompagne. Les propos suivants de Calvin

illustre ce fait : « Il n’y a, je le répète, aucun croyant sinon celui qui, assuré de son salut, ose

insulter hardiment le diable et la mort32. » Pourtant, Hesselink ne voit aucune contradiction

entre ces affirmations fortes et les passages où Calvin décrit les croyants qui sont aux prises

avec « des doutes, des inquiétudes et des détresses33 ». Car ces derniers passages décrivent

l’aspect existentiel de la foi ; ils dépeignent la réalité de l’expérience chrétienne, et non l’idéal

de la foi34. D’ailleurs, en ce qui a trait à la question de la certitude de la foi, Calvin est tout à

fait conscient qu’il navigue en eaux troubles et qu’il lui faut continuellement éviter les écueils

que sont une compréhension uniquement utopique de la foi et, à l’opposé, une définition de la

foi qui viderait entièrement cette dernière de toute espèce d’assurance. L’extrait suivant

prouve que Calvin comprend bien cette difficulté :

31
I. John HESSELINK, Calvin’s First Catechism, Louisville, Westminster John Knox Press, 1997, p. 103.
32
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 16.
33
Ibid., livre 3, ch. 2, par. 37. Voir aussi CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, les par. 15, 18, 22, 23 et 37. Voir
HESSELINK, op.cit., p. 103.
34
Beeke résume bien la position de Calvin : « Calvin distinguishes between the ―ought to‖ of faith and the ―is‖ of
faith in daily life » ; BEEKE, op.cit., p. 284. Paul Helm parvient à cette même conclusion. Selon lui, lorsque
Calvin définit la foi, cette définition (voir la définition de Calvin plus haut), « is not a definition in the sense of a
set of necessary and sufficient conditions for the presence of faith to any degree, but it is a definition of an ideal,
of what faith ought to be like, of what at its best it is » ; Paul HELM, John Calvin’s Ideas, Oxford, Oxford Uni-
versity Press, 2006, p. 262.
9

On objecte parfois que les croyants ont une tout autre expérience [que celle d’une
assurance indéfectible] : en reconnaissant la grâce de Dieu à leur égard, ils sont
non seulement inquiets et pleins de doutes (ce qui est fréquent chez eux), mais par-
fois aussi très secoués et terrifiés. Telle est la force des tentations qu’ils ont à en-
durer au risque d’être ébranlés ! Cette situation ne s’accorde guère avec la certi-
tude de foi dont nous avons parlé. Il faut donc éclaircir cela, si nous voulons sau-
vegarder la vérité évoquée plus haut [que la foi est « une connaissance pleine et
entière »]35.

Pour Calvin, dont la pensée est suffisamment nuancée pour le retenir d’adopter des

positions extrêmes, cette « sauvegarde » dont il parle n’est possible que si l’on refuse de

s’enfermer dans une fausse alternative : ou bien il y a parfaite assurance, ou bien il n’y a

aucune assurance36. D’après lui, ni l’Écriture ni l’expérience chrétienne ne nous force à choisir

entre l’une ou l’autre de ces deux options. Bien au contraire, il croit que l’assurance de la foi et

le doute, dans la Bible tout comme dans l’expérience chrétienne, coexistent chez le chrétien :

« En affirmant que la foi doit être ―sûre et certaine‖, nous ne prétendons pas qu’elle ne sera

pas l’objet de doute et que la paix qui l’accompagne ne sera pas troublée par des

inquiétudes37. »

Mais ce dernier point soulève une question : si l’assurance et le doute coexistent, à quoi

cela sert-il à Calvin d’exposer l’idéal de la foi ? À quoi bon parler d’un tel idéal si de toute

façon cet idéal est inatteignable ? Cette question appelle deux réponses.

Premièrement, comme nous l’avons mentionné plus haut (voir la section Définition

calvinienne de la foi), la foi est indissociable de son objet, qui est Jésus-Christ. Or la foi – qui,

35
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 17.
36
Cunningham accuse Calvin (et les autres réformateurs) d’exposer une position « extreme and exaggerated » ;
CUNNINGHAM, op.cit., p, 115. Cette critique nous paraît injuste, car elle néglige de considérer à sa juste valeur
l’intention bien réelle de Calvin de « sauvegarder la vérité évoquée ».
37
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 17. Dans ce même paragraphe, Calvin prend David comme exemple de foi,
pour démontrer que la Bible ne conçoit pas la vie de la foi comme une existence à l’abri du doute et des moments
d’incrédulité.
10

ne l’oublions pas, est le « principal chef d’œuvre de l’Esprit » – ne peut pas être moins

certaine que l’objet même de son attention. En d’autres mots, la foi que Dieu produit dans le

cœur du croyant n’est pas moins certaine que Jésus-Christ lui-même et son œuvre de

rédemption. La foi du croyant est en Christ, et il nous est impossible de dissocier la foi de ce

« en Christ ». Car la foi est elle aussi une œuvre de Dieu accomplie en Christ. Et puisque le

salut en Christ et la foi sont des œuvres de Dieu, nous pouvons avoir la certitude que Dieu les

fera triompher à jamais. Par contre, si Calvin avait défini la foi uniquement en des termes

expérientiels, c’est-à-dire sans référence aucune à l’idéal de la foi dont Christ est l’objet, il

aurait par la même occasion anéanti toute possibilité d’assurance chez le croyant.

Deuxièmement, l’idéal de la foi, dans la théologie de Calvin, sert en quelque sorte

d’échelle pour le croyant, afin que ce dernier puisse mesurer ses progrès dans la foi. Car la foi

n’est aucunement statique ; il est dans la nature même de la foi de progresser. Il en va de

même pour la certitude de la foi qui, en raison de son lien indissociable avec la foi, va elle

aussi toujours grandissant. Le croyant fait l’expérience de cette croissance :

En résumé, dès que la plus petite goutte de foi imaginable est mise dans notre âme,
nous commençons à contempler la face du Dieu qui nous est bon et favorable.
Certes, nous le contemplons de loin, mais d’un regard plein d’assurance et avec
confiance. Ensuite, nous progressons (régulièrement, comme il le faut) pas à pas,
nous approchant de plus près, afin d’y voir encore plus clair. De plus, le fait de
continuer rend notre connaissance de Dieu plus intime38.

Mais ce progrès et l’évaluation de ce progrès ne sont possibles que dans la mesure où le

croyant connait l’idéal qu’il doit viser. Paul Helm voit donc juste lorsqu’il fait l’affirmation

38
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 19.
11

suivante en ce qui a trait à l’utilité de la définition calvinienne de la foi39 : « Calvin’s

definition of faith is (…) a recommendation about how his readers ought habitually and

properly to think of faith40. » Apprendre à bien penser la foi est en effet le seul gage d’une

expérience authentique de la foi.

L’opposition chair-esprit

« La distinction entre la chair et l’esprit », selon l’expression de Calvin, est un autre

principe fondamental autour duquel celui-ci articule sa doctrine de l’assurance41. Parlant de

cette distinction, il dit ceci :

Le fidèle perçoit bien en lui cette distinction : il est à la fois plein de joie à cause
de sa connaissance de la bonté de Dieu et plein d’amertume à cause du sentiment
de sa détresse. Il s’appuie en même temps sur la promesse de l’Évangile et il
tremble à cause de la conscience qu’il a de sa culpabilité. Il saisit la vie avec joie et
il a horreur de la mort. Cette diversité provient de l’imperfection de la foi car,
durant la vie présente, nous n’atteindrons jamais le bonheur d’une foi parfaite
entièrement libérée de toute anxiété. Voilà d’où vient la lutte que suscite
l’inquiétude qui demeure encore en la chair et qui se dresse afin de renverser la
foi42.

Tout chrétien authentique est engagé dans ce combat. C’est la lutte dont parle l’apôtre

Paul : « Ainsi donc, moi-même, je suis par l’entendement esclave de la loi de Dieu, et je suis

par la chair esclave de la loi du péché. » (Rm 7.25) Les incroyants, bien entendu, ne savent

rien de cette lutte, « for they neither love God nor hate sin43 ».

39
Nous citons à nouveau cette définition : « La foi est une connaissance pleine et entière de la volonté bonne de
Dieu à notre égard ; fondée sur la promesse gratuite qui nous est faite en Jésus-Christ, elle illumine notre
intelligence et elle est scellée en notre cœur par le Saint-Esprit » ; Calvin, op.cit., livre 3, chap. 2, par. 7.
40
HELM, Calvin and the Calvinists, op.cit., p. 26.
41
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 18.
42
Loc.cit.
43
BEEKE, op.cit., p. 287.
12

Calvin ne craint donc pas de décrire l’expérience paradoxale du croyant ; il est tout à fait

conscient que le doute, en raison de la chair, coexiste avec la certitude de la foi. Il prend

cependant bien soin de dissocier sa doctrine de l’erreur des « demi-papistes », comme il les

nomme, qui « conjoignent la crainte et l’espérance au point que la première éteint la seconde

si elle est la plus forte, et vice-versa44 ». Leur erreur, semble-t-il, consistait à dire « que Jésus-

Christ est loin de nous et n’habite pas en nous45 », anéantissant de la sorte la certitude de la

foi. Mais notre assurance, pour Calvin, est une réalité immuable, car elle a pour fondement

notre union avec Christ : « Si nous espérons le salut de lui, ce n’est pas parce que nous le

voyons de loin, mais parce qu’il nous a unis à son corps et qu’il nous fait participants non

seulement de ses biens, mais aussi de lui-même46. »

Dans cette lutte acharnée entre la chair et l’esprit, le croyant ne peut compter que sur le

secours du Saint-Esprit pour persévérer dans l’assurance de son salut. Shepherd explique cette

notion :

And this is precisely what Calvin maintains: ―as assurance of this nature is a thing
that is above the capacity of the human mind, it is the part of the Holy Spirit to
confirm within what God promises in his Word.‖ In the same vein Calvin adds:
―The Spirit of God gives us such a testimony, that when he is our guide and teach-
er our spirit is made sure of the adoption of God; for our mind of itself, without the
preceding testimony of the Spirit, could not convey to us this assurance47.

Il ne faudrait cependant pas s’imaginer que Calvin expose l’opposition chair-esprit sans

faire déboucher cette discussion sur la praxis. Au contraire, il en retire un apport positif pour

44
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 24. On ne sait pas qui sont ces « demi-papistes » dont parle Calvin dans
cette section. On ne connaît pas non plus leur doctrine. Calvin, en tout cas, ne la présente pas avec clarté et
précision !
45
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 24.
46
Loc.cit.
47
SHEPHERD, op.cit., p. 25.
13

la sanctification du croyant. Selon lui, c’est le spectacle de notre grande misère qui nous incite

à nous amender, comme il l’explique, citant David pour exemple : « Il [David] se reproche sa

faiblesse et, par deux fois, il reconnaît qu’il a été sujet à beaucoup de tentations et de doutes.

Mais il déteste ses faiblesses, désire les corriger et s’efforce de le faire48. » En outre,

l’opposition chair-esprit contribue significativement à fortifier l’assurance du croyant.

L’explication de Beeke est éclairante :

This spirit/flesh tension keeps the believer from indulging in the flesh and from
yielding to despair ([Institutes] 3.2.17). The believer’s spirit will never utterly des-
pair; rather, faith grows on the very brink of despair. Strife strengthens faith. It
makes the believer live circumspectly, not despondently ([Institutes] 3.2.22-23)49.

En évoquant cette question de l’opposition chair-esprit, Calvin nous aide à comprendre

la dynamique de la foi, tout ce qui, entre autres, trouble la foi et s’acharne à la détruire. Si

l’assurance du croyant demeure imparfaite, c’est uniquement en raison de la chair qui

s’oppose continuellement à la domination de l’esprit. Mais la chair ne saurait triompher ni

conduire le croyant à un désespoir total et définitif. Elle peut lui faire perdre quelques

batailles, mais non la guerre. Et c’est en raison de notre union avec Christ que cette victoire

finale nous appartient déjà. Car puisque « Jésus-Christ habite en nous » et « est lié à nous par

un lien indissoluble », il ne permettra jamais que ce lien soit rompu50.

La semence de la foi versus la conscience de la foi

Comme nous l’avons vu jusqu’à présent, il existe dans la vie du croyant une tension

entre l’idéal de la foi et l’expérience chrétienne ainsi qu’une tension entre la chair et l’esprit.

48
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 17.
49
Voir BEEKE, op.cit., p. 287.
50
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 24.
14

D’ailleurs, ce sont ces tensions, ou ces paradoxes, qui ont poussé certaines personnes à accuser

Calvin de contradictions. Même si, comme nous le croyons, Calvin ne se contredit pas, il n’en

demeure pas moins qu’une difficulté surgit à ce stade-ci de la réflexion : comment le croyant

peut-il, malgré l’existence de toutes ces tensions, ne pas en être réduit à une foi fondée sur des

probabilités51 ? Cette difficulté n’est pas sans importance, car elle touche de plein fouet la

question de l’assurance de la foi et le sens qu’il faut accorder à cette notion. En effet, si le

croyant n’expérimente jamais parfaitement ce qu’est la foi et si, par voie de conséquence, il lui

est impossible de goûter dès ici-bas l’assurance parfaite de son salut, que reste-il alors de

l’assurance ? Une assurance imparfaite mérite-elle encore d’être nommée assurance ? Ne

vaut-il pas mieux, dans ce cas, abandonner tout simplement le vocabulaire de l’assurance et le

remplacer par celui de la probabilité ?

Cette difficulté, bien entendu, n’a pas échappée à l’attention de Calvin. Tout au

contraire, il en est tout à fait conscient et anticipe même les objections de ses détracteurs :

« On demandera : Si, dans le cœur du croyant, le doute est mélangé avec la certitude, ne doit-

on pas en conclure de nouveau que la foi n’a pas une connaissance sûre et claire de la volonté

de Dieu, mais que cette connaissance n’est qu’obscure et incertaine52 ? » Ce à quoi Calvin

répond catégoriquement : « Ma réponse est non53. » Car pour lui, « la foi n’est jamais

entièrement déracinée du cœur du croyant ; elle y demeure, même si elle est ébranlée et en

fâcheuse posture54 ». Comme il le dit ailleurs, « être ébranlé ne signifie pas succomber. En

effet, la fin du combat est toujours la victoire de la foi même si, assiégée, il semble qu’elle est

51
Beeke a identifié ce problème. Voir BEEKE, op.cit., p. 288.
52
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 18.
53
Loc.cit.
54
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 21.
15

en péril55 ». Cette vérité concernant le triomphe final de la foi concerne également la question

de l’assurance, comme en témoignent ces autres paroles de Calvin : « Mais nous affirmons

que, quelle que soit la difficulté à laquelle ils [les croyants] ont à faire face, ils n’abandonnent

ni ne perdent l’assurance certaine qu’ils trouvent dans la miséricorde de Dieu56 »

Calvin enseigne donc que la foi véritable, celle de « l’âme croyante », est celle qui

« surmonte finalement toutes les difficultés et [qui] ne supporte jamais que sa confiance en la

miséricorde de Dieu lui soit ôtée ou arrachée violemment57 ». C’est d’ailleurs cette conception

triomphante de la foi qui permet à Calvin de nommer assurance ce qui, à première vue, ne

semble guère être de l’assurance. En effet, bien que la certitude de la foi ne soit jamais parfaite

dans l’expérience du croyant, cette certitude n’en demeure pas moins une assurance au sens

propre du terme. Car l’assurance véritable, tout comme la vraie foi, ne s’évanouit pas dès que

surgit le doute ni ne cesse d’être ce qu’elle est dans son essence, à savoir l’assurance de la

foi58. C’est cette assurance qui offre au croyant, quand bien même ce dernier serait aux prises

avec les doutes les plus effroyables, la certitude que Dieu lui sera toujours favorable et qu’il le

délivrera ultimement de toutes ses détresses.

Dans son traitement du sujet, Shepherd a bien vu que la notion calvinienne de

l’assurance de la foi contient une notion de gradation : « Calvin does not pretend that all

believers have the same degree of certainty; indeed, certainty varies with the measure of faith

55
Ibid., livre 3, ch. 2, par. 18.
56
Ibid., livre 3, ch. 2, par. 17. Même là où Calvin semble faire des concessions sur ce point : « Je reconnais,
toutefois, que nous pouvons connaître des interruptions de la foi (…) », il conclut toujours en exaltant le triomphe
final de la foi : « (…) mais la foi n’en reste pas moins toujours orientée vers Dieu ». Voir CALVIN, op.cit., livre
3, ch. 2, par. 24.
57
Ibid., livre 3, ch. 2, par. 21.
58
« Wherever there is true faith there is always some assurance. » ; SHEPHERD, op.cit., p. 26.
16

granted to different persons59. » Cette « gradation de l’assurance » n’infirme pas la doctrine

calvinienne de l’assurance. Au contraire, elle confirme cette dernière. Car, pour Calvin, l’âme

croyante est celle dont les doutes « se transforment en une confiance plus assurée et plus

développée60 ». La véritable assurance se saisit des moments d’adversité et de doute et les

transforme en « pédagogues de la foi », accroissant de la sorte son propre degré de certitude.

La notion de l’assurance de la foi, dans la théologie de Calvin, est donc imbriquée dans

celle de la persévérance des saints. En effet, dès qu’une semence de foi est déposée dans le

cœur d’un homme, il est dès lors certain que rien ne saurait faire périr cette semence. Car Dieu

préserve tous ceux qu’il a élus et il leur donne de persévérer jusqu’à la fin. L’âme croyante

peut certes avoir ses moments de doutes, et parfois les doutes sont si terribles que tout lui

semble perdu. Pourtant le vrai croyant ne désespérera jamais totalement ; il sera toujours

conscient de la grâce de Dieu envers lui et assuré que le Père céleste le conduira à bon port61 :

« Hence we may know the nature of faith to be this, that conscience has from the Holy Spirit a

sure testimony of the goodwill of God towards it, so that, resting upon this, it does not hesitate

to invoke God as Father62. »

L’élection divine

Pour Calvin, l’élection divine n’est rien de moins que le fondement de l’assurance du

croyant. C’est pourquoi aussi il insiste tant sur la nécessité d’enseigner cette doctrine. À ceux

qui déprécient cette doctrine, Calvin répond ceci :

59
Loc.cit.
60
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 21.
61
Si Cunningham accuse Calvin de contradictions, c’est parce qu’il n’a pas su porter suffisamment attention à ce
lien entre l’assurance de la foi et la doctrine de la persévérance des saints.
62
John CALVIN, Comm. 1 Cor. 2:12, s.l.n.d., s.é., cité par SHEPHERD, op.cit., p. 24.
17

Ceux qui s’opposent à ce qu’on s’intéresse à cette doctrine ne font pas moins
d’injure aux hommes qu’à Dieu : sans elle, rien ne sera suffisant pour nous ap-
prendre la vraie humilité et nous ne sentirons pas assez, au fond du cœur, combien
nous sommes redevables à Dieu. En fait, Christ nous enseigne que nous ne trou-
vons nulle part ailleurs assurance ou confiance. Pour nous fortifier et nous délivrer
de la crainte dans tant de périls, d’embûches et d’assauts mortels, bref, pour nous
rendre triomphants, il nous assure que tout ce que le Père lui a donné en garde ne
périra pas (Jean 10.27-30)63.

Cette réponse du réformateur révèle d’emblée l’importance que revêt l’élection pour la

doctrine de la certitude de la foi. Nous allons donc, dans cette dernière section, considérer de

quelle façon l’élection fonde l’assurance du croyant. Encore une fois, il nous sera possible de

constater que la doctrine calvinienne de l’assurance ne se contredit nullement.

Pour Calvin, la vocation des élus est due à l’élection de grâce64. Autrement dit, les élus

sont ceux qui entendent l’appel du Père et qui viennent à lui : « Si nous souhaitons savoir qui

sont les personnes appelées et pourquoi elles le sont, la réponse est : celles que Dieu a

élues65. » Bien entendu, Calvin sait très bien que l’annonce de l’Évangile « [jaillit] de la

fontaine de l’élection66 ». Mais il tient néanmoins à préciser que cette annonce « n’est pas en

elle-même une démonstration irréfutable de l’élection, car cet appel s’adresse aussi aux

réprouvés67 ». Mais les réprouvés n’y répondent pas et en sont même incapables. Quant aux

élus, ils n’entendent pas seulement l’appel, ils y répondent à coup sûr.

63
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 21, par. 1.
64
Calvin utilise le mot « vocation » dans son acception religieuse et non dans le sens, plus usuel aujourd’hui,
d’une inclination pour une profession professionnelle, artistique ou caritative. On doit donc comprendre : « Appel
de Dieu touchant une personne, un peuple, afin qu’il vienne à lui ; mouvement intérieur par lequel on se sent
appelé par Dieu. » (Voir le Petit Robert, sous la rubrique « Vocation »). C’est nous qui soulignons.
65
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 24, par. 1.
66
Loc.cit.
67
Loc.cit.
18

Selon Calvin, la vocation des élus est composée de deux éléments : « la prédication de la

Parole et l’illumination du Saint-Esprit68. » C’est en effet par sa Parole que Dieu « donne (…)

un signe assez clair de sa bonté gratuite69 ». Mais encore une fois, Calvin précise que « ce

n’est pas pour le salut de tous », puisque les réprouvés « rejettent cette expression de l’amour

de Dieu70 ». Pour Calvin, donc, c’est « l’appel intérieur de l’Esprit [qui] est une confirmation

du salut71 ». L’un des textes-clés de Calvin est 1 Jean 3.24 : « Nous savons que nous sommes

ses enfants par l’Esprit qu’il nous a donné72. » Aussi, commentant Romains 8.16, Calvin fait

ressortir le lien indéfectible qui existe entre le témoignage de l’Esprit et l’assurance du

croyant : « Car l’Esprit, en nous attestant que nous sommes enfants de Dieu, met en même

temps en nos cœurs une assurance telle que nous osons invoquer Dieu comme Père73. »

L’Esprit, cependant, ne se rend pas témoignage à lui-même, mais il nous renvoie

invariablement à Christ. Beeke explique :

The Holy Spirit applies Christ and his benefits to the hearts and lifes of guilty,
elect sinners, assuring them that Christ belongs to them and they to him. The Holy
Spirit especially confirms within them the reliability of God’s promises in Christ74.

Il n’est pas étonnant que le Saint-Esprit nous renvoie continuellement à Christ, car, pour

Calvin, tout se passe en Christ : « nous sommes élus en Christ » ; il est « comme un miroir

68
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 24, par. 2.
69
Loc.cit.
70
Loc.cit. Beeke rappelle que Calvin « frequently asserted that only a minority (often he speaks of 20 percent)
receive the preached Word with saving faith » ; BEEKE, op.cit., p. 291.
71
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 24, par. 2.
72
Loc.cit.
73
Jean CALVIN, Commentaires bibliques : épître aux Romains, Aix-en-Provence, Éditions Kerygma, 1978, p.
189. Curieusement, Cunningham accuse les principaux réformateurs d’avoir substitué le Saint-Esprit à l’autorité
de l’Église comme fondement de l’assurance du croyant, « and they did this not infrequently in a way that
seemed to be liable to the charge at least of confusion and irrelevancy » ; CUNNINGHAM, op.cit., p. 116-117.
Cunningham, cependant, ne précise pas ce qu’il entend par cette accusation. Difficile de savoir s’il a vu juste !
74
BEEKE, op.cit., p. 293.
19

dans lequel il convient de contempler notre élection75 ». Cette façon de décrire Christ comme

le « miroir de notre élection » entraîne des conséquences importantes pour la doctrine de

l’assurance. En effet, comme le dit Niesel, « when Christ confronts us in His Word and we be-

come His own, then there is no longer for us any mysterious counsel of God which might be-

come the object of our brooding and the source of our uncertainty76. » Cela est vrai en raison

du fait que « Christ est celui auquel le Père a proposé d’incorporer ceux qu’il a voulu de toute

éternité être les siens (…) : nous avons ainsi, en communiquant avec Christ, un témoignage

sûr et certain que nous sommes écrits dans le livre de vie77 ». La certitude de notre élection se

trouve donc en Christ, et en lui seul78. Et cette certitude que nous avons en lui a, quant à elle,

son œuvre expiatoire pour fondement : « The expiating sacrifice of Christ on the cross is the

sole foundation for the peace and tranquility of the conscience before the judgment seat of

God and is the foundation of the confidence and assurance of the godly that God his their Fa-

ther79. »

Mais Calvin ne s’arrête pas là. Non seulement juge-t-il nécessaire de présenter Christ

comme le miroir de notre élection, mais il montre également de quelle manière Jésus-Christ,

par ses propres paroles, confirme notre élection et fonde notre assurance :

Tous ceux qu’il reçoit lui sont confiés et donnés en garde par le Père, pour qu’il les
conduise à la vie éternelle (Jean 6.37, 39).

Le Seigneur Jésus proclame que le Père a placé sous sa protection tous ceux qu’il
voulait être sauvés ([Jean] 17.6, 12).
75
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 24, par. 5.
76
Wilhelm NIESEL, The Theology of Calvin, Philadelphia, The Westminster Press, 1956, p. 163.
77
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 24, par. 5.
78
Calvin va jusqu’à dire que la certitude de notre élection n’est « pas même en Dieu le Père, si nous l’imaginons
simplement sans son Fils » ; CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 24, par. 5.
79
Randall C. ZACHMAN, The Assurance of Faith, Minneapolis, Fortress Press, 1993, p. 209. Son chapitre inti-
tulé The Foundation of Adoption in the Forgiveness of Sins (p. 204-223) est un exemple de clarté et de précision.
20

Il [Christ] déclare que nous sommes au nombre de ses brebis, si nous écoutons sa
voix ([Jean] 10.3, 16)80.

Si Calvin nous invite à contempler Jésus-Christ et à trouver en lui seul la certitude de

notre élection, c’est qu’il n’ignore pas le danger bien réel qui guette « le pauvre être qui

s’efforce de percer les secrets incompréhensibles de la sagesse divine et, pour connaître ce que

le jugement de Dieu a prévu pour lui, veut pénétrer les profondeurs de l’éternité81 ». Pour

Calvin, « faire ainsi, c’est se noyer dans un gouffre profond ! [Celui qui agit de la sorte] se fait

prendre dans des pièges dont il ne pourra jamais se débarrasser et il pénètre dans un abîme de

ténèbres dont il ne pourra jamais sortir82 ». Celui donc qui demande : « Comment savoir si je

suis bel et bien un élu ? », doit absolument éviter de « chercher là où il ne faut pas83 ».

Berkouwer résume bien ce point :

Christ alone ―is the mirror, in which we ought and in which without deception, we
may contemplate our election‖ (…). If the question concerns the hiddenness of
God’s will we shall have to remember that He has made it knowable to us by His
Word, and for that reason Calvin repeatedly indicates to us a way which we must
and can walk. Never will man be able to find out anything by himself in abstracto
as the result of his desire to penetrate into God’s secrecy. There is only one way to
view election without illusion or deceit (…). By walking the way of faith God’s
revelation in Christ is revealed84.

Pourtant, la question de l’élection en Christ ne va pas sans difficulté. En effet, nous

pouvons très bien savoir que la certitude de notre élection se trouve uniquement en Jésus-

Christ, lui, le miroir de notre élection, mais comment savoir si notre foi est authentique et

vient de Dieu ? Comment le chrétien acquière-t-il l’assurance d’avoir bel et bien goûté la grâce

80
Tous ces extraits se trouvent dans CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 24, par. 6. Dans ce même paragraphe, Calvin
cite aussi Jn 6.37, 39 ; 10.27-29 et Mt 22.14.
81
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 24, par. 4.
82
Loc.cit.
83
Loc.cit.
84
G. C. BERKOUWER, Studies in Dogmatics: Divine Election, Grand Rapids, Eerdmans, 1979, p. 106.
21

de Dieu ? Comment peut-il avoir la certitude de ne pas être au nombre des « réprouvés [qui]

sont parfois touchés d’un sentiment presque semblable à celui des élus, de sorte qu’à leur avis,

ils doivent être rangés parmi les croyants85 » ? Comment, en définitive, le croyant peut-il ne

pas se méprendre sur la nature réelle de sa foi ?

Cette question revêt un caractère pastoral indéniable, car elle se pose d’abord non pas

dans la tour d’ivoire du théologien, mais dans l’esprit du croyant qui aspire à plus de certitude.

Comment ce dernier peut-il donc acquérir la certitude de son élection ? Doit-il la rechercher

uniquement en Christ ou doit-il en même temps regarder ailleurs ? Berkouwer cerne très bien

cette problématique :

Are there specific signs and marks of election which are so clear that they can re-
move the last trace of doubt? Are they still other mirrors besides the one, Jesus-
Christ? (…) Does sanctification and the presence of good works provide a sign of
election so that one may legitimately infer from that sign the certainty of election?
Can good works form a ―basis‖ of certainty so that it is possible — syllogismus
practicus — to deduce a trustworthy conclusion from it86?

Mais si le croyant doit aussi chercher son assurance dans d’« autres miroirs » que Christ,

doit-on alors lui suggérer de mener un travail d’introspection, et ce afin qu’il découvre en lui

des signes de son adoption, comme, par exemple, les œuvres bonnes ? Calvin a-t-il ouvert

cette porte ?

85
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 11.
86
BERKOUWER, op.cit., p. 279. La question du syllogismus practicus a été longuement débattue dans les
milieux réformés. C’est un sujet complexe qui, de toutes évidences, ne peut être abordé dans le cadre du présent
travail. Nous renvoyons donc le lecteur à l’ouvrage de Berkouwer, qui y consacre un chapitre entier. Voir
BERKOUWER, op.cit. p. 278-306.
22

On pourrait être tenté de croire que Calvin rejette toute forme d’introspection87. En effet,

n’affirme-t-il pas que « nous ne trouverons pas la certitude de notre élection en nous », mais

uniquement en Christ, le « miroir dans lequel il convient de contempler notre élection88 » ? Et

que penser de cet extrait de Calvin tiré du par. 18, ch. 14, livre 3, où il déclare que « les saints,

pour fonder et établir leur salut sans regarder leurs œuvres, fixent leurs yeux sur la seule grâce

de Dieu89 » ? N’avons-nous pas là la preuve irréfragable que Calvin rejette l’introspection ?

Cela peut sembler être le cas, mais il n’en est rien. Calvin, en effet, invite les croyants « à

s’examiner, soigneusement et en toute humilité, de peur que ne s’insinue dans leur cœur une

apathie charnelle présomptueuse90 ».

Pour revenir au par. 18, ch. 14, livre 3, ce que Calvin y dénonce, c’est l’attitude de ceux

qui placent leur confiance dans les œuvres et qui voient en elles le fondement de leur salut.

Cela se voit clairement dans la phrase qui précède immédiatement celle que nous venons de

citer : « Lors du jugement de Dieu, nous ne pouvons ni nous appuyer sur nos œuvres, ni nous

en glorifier91 ». Zachman a donc vu juste lorsqu’il dit que, pour Calvin, « the beginning and

end of the foundation (fundamentum) of our assurance of salvation lie in the goodness of God,

especially in the free promise of righteousness, and not in the consideration of works92 ».

87
Niesel prétend que Calvin rejette le syllogismus practicus ; voir NIESEL, op.cit., p. 169-181. Berkouwer s’allie
à Barth pour renverser la position de Niesel ; voir BERKOUWER, op.cit., 287-290. Selon Berkouwer, « Niesel
does not take Calvin quite seriously at this point » (ibid., p. 288). La démonstration de Berkouwer est convain-
cante.
88
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 24, par. 5.
89
Ibid., livre 3, ch. 14, par. 18. Niesel cite ce passage pour « prouver » que Calvin rejette le syllogismus
practicus ; voir NIESEL, op.cit., p. 172.
90
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 2, par. 11.
91
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 14, par. 18.
92
ZACHMAN, op.cit., p. 211.
23

Si Calvin rejette nos œuvres bonnes en tant que fondement de notre assurance, il

n’interdit cependant pas de considérer ces œuvres comme signe de la grâce de Dieu en nous.

Et, à ce titre, nos œuvres peuvent non seulement fortifier et confirmer notre foi en la bonté de

Dieu, mais elles confirment également notre élection93, mais seulement après que la

conscience a été « fondée, établie et confirmée sur la grâce94 ». Calvin, d’ailleurs, termine ce

même paragraphe par des affirmations qui ne laissent planer aucun doute quant à sa conviction

que les œuvres bonnes jouent un rôle dans la certitude du salut :

En excluant la confiance dans les œuvres, nous voulons dire, avant tout, que le
croyant ne doit pas regarder aux mérites des œuvres, comme si celles-ci étaient un
refuge salutaire, mais doit se reposer entièrement sur la promesse gratuite de la
justice. Nous ne lui interdisons, certes, pas de se soutenir et de s’affermir par les
signes de la bénédiction de Dieu qu’il reçoit. Car les dons que Dieu nous a faits,
lorsque nous nous les rappelons, sont comme des rayons de lumière émanant de
son visage pour nous permettre de contempler la souveraine clarté de sa bonté. À
plus forte raison, les œuvres bonnes qu’il nous a données d’accomplir doivent-
elles servir à nous montrer que nous avons reçu l’Esprit d’adoption (Romains
8.15)95.

Nous avons vu, dans cette dernière section, que l’élection divine est également un des

principes autour desquels Calvin élabore sa doctrine de l’assurance du salut. Pour Calvin, en

effet, la doctrine de l’élection « n’est pas destinée à troubler ou à ébranler la foi, mais bien

plutôt à la confirmer davantage96 ». Car l’élection révèle le décret immuable de Dieu et fonde

ainsi la certitude de notre foi en nous attestant que Dieu réalisera certainement et parfaitement

le salut qu’il a promis d’accomplir en Jésus-Christ. La doctrine de l’élection, pour Calvin,

93
Loc.cit. Résumant la pensée de Calvin dans son exposition de 1 Jn 3.14, Berkouwer explique que, pour Calvin,
l’amour n’est pas le fondement de la certitude, mais seulement un signe et un moyen de fortifier la foi. Il précise
aussi que Calvin prend bien soin de ne pas confondre entre signe et fondement. Voir BERKOUWER, op.cit., 289.
94
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 14, par. 18.
95
Loc.cit.
96
CALVIN, op.cit., livre 3, ch. 24, par. 9.
24

revêt donc un caractère « pastoral », dans le but de conduire le troupeau de Dieu à un plus haut

degré de certitude.
25

CONCLUSION

Dans le présent travail, nous avons voulu démontrer que Calvin ne se contredit pas dans

sa doctrine de l’assurance de la foi. Nous avons vu qu’il articule sa doctrine de l’assurance

autour de quatre principes fondamentaux. Ces principes révèlent les tensions, ou les

paradoxes, qui font partie de l’expérience du croyant. Le croyant, en effet, ne vit pas sa foi

« dans les nuages », comme si la réalité de notre monde, avec son péché et sa misère, ne

l’entourait aucunement. Calvin est conscient que le chrétien habite encore ce corps de mort et

qu’il doit mener une lutte acharnée pour persévérer dans la foi. C’est pourquoi Calvin refuse

de parler de l’assurance de la foi uniquement en des termes absolus, car un tel langage

« écraserait » le croyant et le conduirait à coup sûr à un désespoir indescriptible.

Calvin privilégie plutôt une démarche « progressive », qui consiste à présenter au

croyant l’idéal de la foi et à lui montrer ensuite de quelle façon celui-ci peut croître dans sa foi

et acquérir progressivement l’assurance de son salut. Pour le dire d’une autre manière, Calvin

est tout à fait conscient que le croyant se trouve entre le déjà et le pas encore du royaume de

Dieu. Le croyant, d’une part, connaît et expérimente déjà la réalité de la foi et de l’assurance

qui l’accompagne et, d’autre part, il s’aperçoit qu’il n’a pas encore atteint la pleine

sanctification et qu’il lui reste encore du chemin à parcourir. Cette manière de présenter la

chose démontre le caractère très pastoral de l’enseignement de Calvin. Calvin, en effet, veut

conduire le troupeau vers Christ, et non l’en éloigner en lui imposant une doctrine de

l’assurance qui serait rigide et insupportable.


26

Comme nous l’avons vu, cette manière de présenter l’idéal de la foi et l’expérience de

celle-ci (le déjà et le pas encore) a valu à Calvin son lot de critiques. Certains, par exemple,

l’ont accusé de contradictions dans sa doctrine de l’assurance. Pourtant, comme nous l’avons

démontré, Calvin ne se contredit pas. Bien entendu, il est conscient que ses paroles peuvent

être mal interprétées et même portées à confusion. Pourtant, il croit ne pas se contredire. Mais

il est aussi persuadé que la doctrine de l’assurance de la foi ne saurait être réduite à une série

de formules théologiques utopiques qui ne prendraient jamais en considération l’expérience

actuelle du croyant. Et c’est pour cette raison qu’il adopte un langage paradoxal. Car seul ce

langage paradoxal lui permet de rendre compte des multiples tensions qui jalonnent

l’expérience quotidienne du croyant. Car la vie chrétienne, pour Calvin, est faite de paradoxes.

Il est donc tout à fait juste que la théologie chrétienne reflète ces mêmes paradoxes. Mais là où

certains ont vu de grossières contradictions, d’autres, comme nous, y ont vu l’expression d’une

intelligence géniale et d’un esprit sagace que seule la grâce de Dieu peut produire.
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