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Buchez, Philippe-Joseph-Benjamin (1796-1865).

Histoire parlementaire de la Révolution française, ou Journal des assemblées nationales depuis 1789 jusqu'en 1815 : contenant
la narration des événements... précédée d'une introduction sur l'histoire de France jusqu'à la convocation des États-Généraux. 1834.

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HISTOIRE PARLEMENTAIRE

DE LA

RÉVOLtJTtON FRANÇAISE,
oc

JOURNAL DES ASSEMBLÉESNATIONALES,


DEPUIS ~789 JUSQU'EN ~8~5.
PARIS.–IMPRIMERIE DE FEUX LOCQUIN,

rneNotre-Dame-des-Victoires,n"
HISTOIRE PARLEMENTAIRE

DE LA

REVOLUTION
FRANÇAISE,
ou
JOURNALDES ASSEMBLEESNATIONALES,
DEPUIS 1789 JUSQU'EN 18iS

CONTENANT
La Narration des événemens les Débats des Assemblées les Discussions des
de la Société des Jaco-
principales Sociétés populaires, et particulièrement
bins les procès-verbaux de lacommune de Paris; les Séaneesdu Tribunal
le Compte-rendu des principaux procès politiques le
révolutionnaire
Détail des budgets annuels le Tableau du mouvement moral extrait des
journaux de chaque époque, etc. précédée, d'une Introduction sur l'his-
toire de France )ua<pi'a la convocation des Etats-généraux,

PAR B.-J -B BUCHEZ ET P.-C ROUX.

,– TOME PREMIER. y

PARIS.
PAULIN,LÏBRAÏRE
PLACE DE Ï,A BOURSE, N" 3(.

MDCCCXXXIV.
Il HISTOIRE PARLEMENTAIRE
DE LA

RÉVÛLUTM]N FRANÇAÏSE.

INTRODUCTION.

HISTOIRE ABRÉ&ÉE DES FRANÇAIS.


o.

LArévolutionfrançaiseest la conséquencedernièreet la
plus
avancéede la civilisationmoderne, et la civilisationmoderneest
sortie tout entièrede l'Évangile.C'est un fait irrécusable,si l'on
consultel'histoire, et particulièrementcelle de notre
pays, en
y étudiant non pas seulementles évënemens, mais aussi les
idéesmotricesdecesévénemens.C'estencoreunfaitincontestable,
si l'on examineet si l'on compareà la doctrinede Jésus, tous les
principesque la révolutioninscrivitsur ses drapeauxet dansses
Codes; ces motsd'égalité et de fraternitéqu'elle mit en tête de
tousses actes, et aveclesquelsellejustifiatoutesses œuvres.
Lorsque,il y a quelquesannées,cette penséefut émisepour la
premièrefois, elle fit scandale;mais depuis elle s'est fait adop-
ter par beaucoup d'esprits, et le jour n'est
pas éloignepeut-
être, où elledeviendrapopulaire. Nousdevonscependantcompte
au public des motifsqui nousont déterminésà
poser, dès le dé-
but de cetteintroduction,et sans
préparationaucune,une opinion
T. 1.
2 HtSTOtRË
ABRÉGÉE

qui est
aui est de nature à choauer
de nature choquerdes
des habitudes
habitudes intellectuelles
mte!!ectue!îes urofon
profon-
démentétablies, et qui sont encorecellesdu plus grandnombre.
En politique, la valeur d'un fait résidetout entière dans sa
raison morale c'estlà qu'il faut tejuger. Eneffet,les circonstan-
ces au milieudesquellesil se produit sont presque toujoursde
telle nature, qu'il lui est impossiblede paraîtrepur de violence,
et, par suite, exemptde reprochesou de calomnies.
Aussi,est-ceun principeadmisdansles usagesles plusordinai-
res de la justice humaine, d'apprécier les actes principalement
par leur cause.
Or, jusqu'à ce jour, commentfut présentéenotre révolution?
Les,uns, c'est-à-direleplusgrand nombre, y montrentun acci-
dent qui produisitun peu de bien et beaucoupde mal, accident
dontoncherchel'originedansquelquespetitsévénemensoccasion-
nels, dansdes embarrasde finance, des maladressesdu pouvoir,
des insolencesde gentilshommes,des scandalesde famille, et,
moinsque celaencore, dansle mécontentementou l'ambitionde
quelquespersonnages.Et cen'est passeulementde nosjours que
dételles erreurs ontétéavancées,soutenueset propagées;cen'est
pas seulementdansnotre siècleque l'ona oséconsidérerun mou-
vementqui a bouleverselemonde, commeun accidentdont il faut
se consoler,en pensantque le crimefut pour les pères, et le bien
pour les enfans les écrivainsmodernesn'ont fait que répéter
une opinionqui eut cours au commencementde la révolution.
Certes, ce n'est pas en se fondantsur de semblablesmotifs,que
l'on peut établirledroit révolutionnaire,ouen imposerle devoir.
Cette misérableexplicationqui supposequ'il n'y a dansles évë-
nemenssociaux autre chose que des hasards et des passions',
cette ignoranceprofondedu but de l'humanité,fut, suivantnous,
la causede tous les malheursqui accompagnèrentla révolutMB,
commeelleest encoreaujourd'huicellede toutesles résistaHces
MSSfRÂN~AJii.
son nëmest le signe
qu'éprouvé partout le juste progrës dont
car, ce fut parce qu'ungrand nombredésacteursâece drameter-
riblé partageaientl'erreur vulgaire, que plusieurs n'y cherchè-
rent qu'une Occasion de fortunepersonnelle,et déshonorèrentde
nobleseffortspar d'affreux scandales.Et maintenant, en 18S5,
c'est parce que tesrois voientdans les tendancesrévolutionnaires
non pas un droit, maistul accident,maisun désordre, qu'au lieu
de fohdërleur pouvoir, et leur fortune sur l'utilité que tes ten-
dancespeuventproduire ils espèrent en comprimer l'essor et
poussentà la cslëre, dej ustesdemandes.
résul-
Quelqueshistoriensont présentéla révolutioncommele
tât des prédicationsdes dix-septièmeetdix-huitièmesiëdes.Mais
dudroit de cesdeux siècles,et c'est ce qu'ils
alorsil faIlàttJ)ist)Ëer
n'ont pas fait. (~uêlsenseignemënsen effet à tirés le pouvoirde
leurs ëcritst C'est qü'il fallait comprimerla pensée, et fërmêF
aux hommeslà sourcedé l'instruction.

D'autres écrivainsont invoquéle droit naturel. Mais, avantd'y


chercher un élémentde justincatioh, il eût fallu le jùstiner htt-
méme. N'est-il pas, en effet, surabondammentprouvé que ce
droitestimpropreafonderunesociétéiN'a-t.onpasrépétémam-
tes fois qu'au point de vue de nature,chacunest pârqùé dans son
intérêt privé, et que de là il peut repousser avec justice tout
devoir,social Aussi, ce n'est pas en sonnomquelarévolutiôK
elle-même,dont nousvoulonsfaire rhistoire, a conservésa puis-
sante unité, imposé ses terribles sacrifices, et exigé les grands
dévouemensqui l'ont sauvée.Au contraire, c'est au nom du
Gi-
droit naturel que tous ceux qui ne furent pas royalistes,les
rondinsentre autres, lui ont résisté.

Dans toutes ces raisons, il n'y a rien qui constitueune ré-


commande-
ponse universelle,rien qui puisse avoir valeur d'un
4 HISTOIRE ABRÉGÉE

mentirrécusablepourles rois commepour


pourlesnations.Il
lesnations.Hnous
noi faut
aujourd'huiune raison qui répondeà tous, hommeset peuples,
quelleque soit leur positionsociale;car, dansnotre révolution,
il y a autre chose que des ruines, il y a un commencement de
construction.S'il ne s'agissaitque d'un fait achevé, fini, eût-il
été encoremillefois plus calomnié.,si nousen cherchionsla rai-
son seulementpour l'honneurde l'humanité,pour l'honneur de
notre pays, on nous pardonneraitquelque négligence; maisil
s'agit d'un passé qui se continue,et qui produiranotre avenir.
Nous avonsdonc besoin, pour engager la discussion,d'un ter-
rain que chacun acceptera, pourvu qu'il soit né d'européen;
et c'est à cette fin que nous choisissonsle sol chrétienlui-
même.Les événemensde la révolution,dès qu'ils sont placéslà,
sontjustifiésaux yeux de tous, peupler rois"etprêtres; ils chan-
gent d'aspect; car on est obligé de voir dans ses axiomes des
lois depuis long-tempsenseignées,depuis long-tempspoursui-
vies, et quiapprochentde la réalisation.
Qu'on ne.dise pas que le peuplese livraau mouvementrévo-
lutionnairepour conquérir quelquesbiens matériels car on
pourrait prouverque quelquepart en Europe, il y a desserfset
des populationsesclavesmillefois plusheureusesque nos ouvriers
etnospaysanslibresde France: au moinsceux-làne souffrent-ils
jamaisni du froid, ni de la faim; au moinsceux-làn'ont jamais
senti le mal qui ronge nos salariés,Je mal d'untravail sanssécu-
rité d'une existenceincertainede son avenir; et aussi, ils meu-
rentchargésd'années,aprèsunevie exemptedemaladies.Non,les
Français, en se livrantà l'enthousiasme
révolutionnaire,ne regar-
dèrent que commeun but inférieur, et encorecommeune con-
quête dont jouiraientseulementleurs petits enfans, l'acquisition
de ce mieux-êtrephysique ils se dévouèrentà des
principes;
DES
DEsFRA~(,.Aj)S.
FRANÇAIS. S

ils se sacrifièrent, afin de faire un centre aux grandes idées d'e-

galité et de fraternité,promises aux jouissances des, générations


fntures.Est-11 un seul homme, assez haut ou assez bas placé dans
le monde, pour oser insulter à tous ces martyrs morts dansl'oeuvre
d'une si belle tâche!

Lorsqu'on se place sur le vrai terrain des causes de la révolu-


tion, sur celui que nous avons choisi, on voit comment une si
haute volonté est venue; on voit qu'il a fallu quatorze siècles d'une
activité toujours la même, pour faire cette 6ère nation, qui,
d'elle-même et sans chef, s'est mise un jour à penser et à agir
comme un seul homme. Alors l'idée révolutionnaire a une his-
toire qui est celle du monde, et où nous apprenons, en même

temps, pourquoi chaque peuple est à la place qu'il occupe, et


pourquoi notre nation est la première entre les nations moder-
nes. Alors on lit que. l'idée révolutionnaire a un droit antérieur
à tous les droits qui s'élèvent et luttent contre elle car toutes
les dynasties existantes aujourd'hui, toutes, sont sorties d'un
service qui lui a été rendu, et ont été sacrées à ce titre. Quelle
passion, quelle colère, quel préjugé ne restera confondu et muet
à ce spectacle

Ainsi, c'est pour donner au fait révolutionnaire sa véritable


valeur et toute son autorité, que nous avons passé sur les incon-
véniensd'avancer, danslecommencement d'un ouvrage qui est ré-
digé dans l'espérance d'une grande publicité, une idée qui est
rigoureusement vraie, sans doute, mais qui, par sa nouveauté,
pourra repousser quelques esprits, et nuire au succès de notre pu-
blication. Elle nous était d'ailleurs indispensable comme intro-
duction à l'esquisse de l'histoire des Français qui va suivre. Il
n'est plus permis aujourd'hui à personne, et à nous moins qu'à

d'autres, de dépouiller !es faits de !eur but.


g HtSTOtRE ABROGÉE BES FRANÇAIS.

1\.T~ __>1_1_7_ _·
Nousn'écrivonspas seulementpournos concitoyens de France;
maisnous rassemblonsles piècesd'un grand enseignementpour
tous les hommes,quelle que soit leur patrie; et, pourqu'eues
soientcomprises,nous nous servonsde la languecommune,la
seule qui soiten Europe; d'une languequi sera entendueaussi
bien du Polonaisque du serf russe, de l'Espagnolque del'Ir-
landais, de l'Italiepapaleque de l'Allemagnecatholique.ou pro-~
testante.
LIVRE PREMIER.

BE L'ETABMSSEMENT DE LA NATÏONAMTE
BtSTOtRE

FRANÇAISE.

CHAPITRE PREMIER.

IDÉE GÉNÉRALE DE LA NATIONALITE FRANÇAISE.

TouTES les fois qu'un nom national nouveau vient à paraître


dans l'histoire, H est certain que c~S une fonction nouvelle qui
commence. Dans, la grande société des peuples, chacun est, à
son tour et à sa place ouvrier de l'oeuvre de perfectionnement
dans la sue-
qui s'accomplit au profit de tous; chacun poursuit,
cession des temps, une part de ce travail de civilisation, dont le
bcnénce est toujours pour les enfans.
Dans l'humanité, ce sont les idées qui créent et gouvernent
les faits aussi peut-on suivre également bien l'histoire des
hommes, soit en étudiant la succession des idées, soit en obser-
vant la succession des faits. Or, chaque nation est une idée qui
s'est faite chair; et de même que les idées succèdent aux idées,
de même les nations succèdent aux.nations; et de même encor
de même
que toutes les idées tendent à un résultat unique,
toutes les nations travaillent à conquérir un but unique. L'œu-
vre est commune, les fonctions seules diffèrent.
Parce que jamais ouvrier jusqu'à ce jour n'a manqué à la tâche,
parce que t'œuvre progressive s'est poursuivie sars interrup-
tion, qu'on ne pense pas cependant que les hommes ne soient
pas maitres d'accepter ou de refuser une part d'efforts. Non. Les
nations ont la liberté da choix. Elles jouissent de la faculté du
libre arbitre aussi bien que les individus. L'histoire nous mon-
tre, en effet, qu'à ces époques de crise, qui commandent une
S tUSTOJRE
M L'ETABLISSEMENT
1i
'fonction,et par suite une nationaliténouvelle,il y a
beaucoup
d'appelés, et peu qui veuillent être élus. Aussi voyez-vous
alors paraître une multitudede nomsde peuplesdifférens.Parmi
tous ces noms, un seul reste, et vient se faire une
histoire; les
autres ou s'éteignent à jamais, ou descendentau titre de
quelque province obscure.Ce n'est pas parce que cette mu!ti-
tude est dévoréepar un plusfort; loin de là, car c'est, au con-
traire, bien souventle plus obscur et le plusfaible qui surnage
à tous les autres; mais aussi, c'est qu'il
s'agit de choisirentre
le dévouementet l'égoïsme.L'oeuvreprogressiveest une œu-
vre difficileet rude qui exige de longs et obstinés sacrifices.
Or, qui veut vivre seulementpour soi, n'y prendra jamais
part.
L'histoire de la national'française est la vérificationcom-
plète de tous les principes précédeus. Elle vint tenir la place
de l'empire romaind'Occident-quiétait infidèleà sa fonction.
Seule au milieu de plusieurs nations, elle comprit et saisit
l'œuvre à faire, l'œuvre de civilisation';elle se dévouaau Ca-
tholicisme et il se trouva mêmeun momentoù ellefut la seule
nation catholique.Pendant cinq siècles, le nom de Francs fut
celuid'une armée qui servaitde bras au christianisme.Dans les
Gaules, en Ita!ie, en Espagne, eu Angleterre, en Allemagne,
on ne connutpas sousun autre nom que sousceluide Français,
ces hommes courageuxqui luttèrent partout contre cette bar-
barie nomadequi allaitau pillagecommeà une chasse, contre
ces doctrines ariennes, impies, qui menaçaientle progrès de
mort, contre le mahométisme,leur enfant; qui partout tra-
vaiHèrectà construireune unité européennepar le seul moyen
qui puissel'établir et la faire durer parmi les hommes,par l'u-
nité des doctrines. Que sont devenusaujoud'hui ces Goths ces
Alains, ces Suèves, ces Vandales,ces Huns, ces Hérules, ces
Lombards, ces Bourguignons, etc., si nombreuxet si terri-
bles ? Leurs noms ont disparu, ou ne sont plus que des noms
de provinces.
L'existence d'une nationalité,commecelle d'un individu, se
DE Ï.A NATiO~'ALiTÎ! 9
FRANÇAME.

compose-de deux vies l'une tout extérieure, toute de rela-4'a


tion, qui manifeste une fonction parmi les peuples; l'autre in-
térieure, organique, par laquelle elle se met en étatd'accom-
plir sa tâche humanitaire et c'est aussi ce qu'il faut remarquer
dans l'histoire des Français. Car, tout le passé de l'Europe peut
être compris sous deux mots la France et l'Eglise. Les Fran-
çais frerit, dans le christianisme l'oeuvre temporelle tout en-
tière, comme l'Église fit l'oeuvre spirituelle.
L'organisation intérieure de la France correspondait exactement
aux exigences de la fonction extérieure. Pendant les cinq siècles
consacres à l'oeuvre purement militaire, l'organisation nationale
fut celle d'une armée toujours sur le pied de guerre. La hiérar-
chie sociale fut celle d'une armée. Le travail industriel', qui nour-
rissait ce grand corps, fut isolé. Il eut ses lois et son système à
part, bien que maintenu dans une position subordonnée. Quant
aux individus, ils purent pendant long-temps se placer pres-
que à leur volonté dans l'une ou l'autre de ces deux grandes~di-
visions. Le courage saisit la première; la faiblesse prit la se-
conde. Aussi, dans les premiers siècles de notre monarchie,
voit-on des hommes libres devenir bourgeois, ouvriers et co-
lons, et un grand nombre de ceux-ci devenir hommes libres.
Dans ces temps, la liberté n'était point comprise commeau-
jourd'hui elle ne- signiËait pas indépendance des individus,
car tout le monde alors était lié à une fonction;toutlemonde
travaillait, et l'on appelait hommes libres ceux seulement qui
ne payaient d'autre impôt que celui de leur sang et de leurs
bras; et le mot Franc, qui signifie, en langue celtique, liberté
ou courage, servit à désigner dans toute l'Europe les chré-
tiens hommes de guerre. Plus tard, les enfans héritèrent des
fruits del'option de leurs pères.
Au onzième siècle, la France modifia son organisation inté-
rieure. Elle commença simultanément deux nouvelles oeuvres
temporelles, sans cesser cependant de prendre une part et d'être
encore en tête, dans les grands dévouemens catholiques. Elle
commença l'œuvre scientifique, et, en même temps, l'œuvre d'ho-
i0 msTOtRE DE L'ETABUSSE~. DE LA NATÏONAUTË FRANÇ.

a<nogénéisatlonde toutesles
a<ï)0~ënëisat!onf]ftfmtfs ifs classesde
riassfs df f)tnvfn!!
citoyensfntr~
entre fit~s
eUes.f)~ ftitt
Ellefut
donc, dansla directiondes sciences,le premierpays d'université,
et dansla directiond'M~M<tfMM,eIle ut le premierpays où il n'y
eut plus de serf ni de nobles.Elle opéra cette dernière révolu-
tion par l'unité monarchique,et par l'unité de capitale. En sorte
que, lorsque la France eut achevél'évolution,qui se terminaen
89, il setrouva qu'elle avait fait de Paris sa commune,la capi-
tale intellectuellede l'Europe, et qu'elle-mêmeétait un corps,
ayant unevillepour tête et pour roi. Ainsi, laFrance, aprèsavoir
été pendant cinq siècles le monarquemilitairede l'Europe, se
trouvaplus tard son monarqueintellectuel.
Telles sont les généralités de l'histoire de France que nous
nousproposons,nonde développer, car l'espace nous manque,
maisde prouverpar l'esquissehistoriquequi va suivre. Il en ré-
sultera, commeconclusionévidente,que la révolutionfrançaise
estla En d'une période de notre œuvretemporelleet chrétienne,
et en même temps, commetoute chose humaine, le commence-*
mentd'une autre.
Nousavonsétëobligës, pour achevercette esquisse,de consulter
particulièrementles écrits originauxet lescommentaireshistori-
quesauxquelsils ont donnélieu. Le lecteurne s'étonneradoncpas
d'y rencontrerdeschosesquiluiserontpeut-êtreencoreinconnues.
Presque toutes les histoiresde France ont été écritesd'un point
de vue autre quecelui oitnousnous sommesplacés.Nousétions
obligésde nous appliquerparticulièrementaux faitsqu'elles ont
négligés.Nous avons donc été forcés de recourir aux sources.
Afindene point alongernotre narrationpardes annotationssans
Sn.nû~s citerons les ouvragesque nous avons principalement
coBSuItésc'est la Collectiondes Bénédictinsde Saint-Maur;le
Codede Théodose;les Cap~M~M'es desroisde ft'C[Kce;aCo~ec"
ttOM. des Ordonnancesdes rois de la troisièmerace; les Ori-
gines, par le comtedu Buat; l'Ntsfo~eo'ttt~Kede fe/aMt~enteMt
de la monarchiefrançaise, par l'abbé Dubos;I'~a< de la.CaM~e
ait czm~KMme siècle;le Tra:~ de la policede Delamare;les 7M~
<Mfesde Littletop l'L~c de; par Brussel le J!feMM~<'pour
DESG.UJMS
tHSTOÏREDES
HISTOIRE DANSm
G.UJMS DANS GîNQUtEME
m GîNQU~ME StECLE. H
St&CLE. H

(~ Framc~ les P~~tK~M France, par Bernard de la


pairs
Roche-Flavin; les Fanotto~ de la monarchie française, par, Gaur
tier de Sibert; i'Nt~otrede f~~e, par TabbéFIeury;IaT/MOt-te
des lois desFrançais, par mademoiselle Lalézardtère, etc.

CHAPITRE IL

B!ST(HRE DES GAULES DANS LE CINQUIÈME S!ÈCLE.

POURconnaîtrele véritableesprit des révolutionsqui oecupè-


pentle cinquièmeaède, il faut lés étudier à leur point dedépart
dans le siècle précèdent,C'est surtout par leur but moral, que
les révolutionsdes Gaulesse rattachentà l'histoirede l'humanité.
Dès le commencementdu quatrièmesiècle, le Christianisme
était devenu le centre de toute l'activité politiquede la société
romaine. Constantinl'avaitfait asseoiraveclui sur le trône, ~u
plutôt,le partichrétien avait conquisl'empire.
Ce grand empereur n'adopta pas seulementla doctrine nou-
velle, parcequ'elle lui donnait une nombreusepopulationpour
appui. Il voulutplus, et tout le prouve: il voulutrendre l'unité
de croyanceet de volontéà cette grande sociétéqui tombaiten
ruine depuis trois siècles, et qui en était arrivée à ce point de
dissolution,qu'elle ne pouvaitplus fournir un soldatpour la dé-
fendre, ni un empereur pour la gouverner. Aussi,:en même
temps qu'il fondait une capitale nouvelle et qu'il organisait
un nouveau système d'administration,il s'occupade créer un
Gentryde doctrines,de fonder uncatholicisme.C'estdans c.ebu~
que fut assenibleen 525, le concilede Nicëe. Ce fut.la première
fois que l'on vit des députésde toutesles Rationsréunis sansdis-
tinct~n de naissanceni de race~ pour représenter seulement
re-
i'mteUigence.C'estaussi le premier exempled'une assemblée
présentativetelle a peuprès que nous la concevonsaujourd'hut,
~près quatre moisdedé!ibératMn,ils mirentau jour ces actesfa-
JHSTOJRE DES GAULAS

meux, tondemens du Catholicisme, qui furent la première con-


stitutioù politique du Christianisme,'et qui étaient,
pour ce temps,
ce que. serait pour le nôtre une nouvelle sanction des devoirs
et
des droits de l'homme. Aussi, dès ce
moment, il n'y eut plus de
troubles sérieux dans l'empire, qui n'émanât d'une
hérésie car
il ne fut plus possible à personne de s'isoler des destinées com-
munes, sans blesser la loi religieuse.
Parmi les questions qui furent décidées au concile de
Nicée, il
en est une qui eut plus tard les suites
politiques les-plus graves.
Arius vint soutenir qu'il
n'y avait qu'une seule nature en Jésus-
Christ, ou, en d'autres termes, qu'il était seulement homme', et
non pas Dieu. Cette objection fondamentale était celle
par la-
quelle, depuis trois siècles, les payens avaient repoussé l'auto-
rité et la sévérité des doctrines nouvelles. Elle devait donc se
pré-
senter avec tout l'appareil de la science, le
jour où l'Évangile
était déclaré loi organique
de l'Empire. L'Arianisme fut examiné;,
discuté, condamné, frappé d'Anathème. H est facile d'apprécier
les motifs de l'excommunication qui fut lancée sur lui. Cette hé-
résie, en niant la divinité de Jésus, remettait en délibération et
en doute tous les dogmes
qui étaient consacrés auxyeux des peu-
ples, par le caractère divin de l'autorité dont ils émanaient; par
suite, elle ajournait les conséquences politiques et civilesdu Chris-
tianisme. Or, à ce moment, dans l'intérêt de la conservation so-
ciale, aussi bien que dans l'intérêt de l'amélioration des.mœurs
et des conditions civiles, il fallait
agir, et pour agir, il fallait
croire à l'infaillibilité des Évangiles. C'était
l'égoïsme qui avait
tué la société romaine; c'était le dévouement
qui devait la re-
construire or, pour se dévouer, il ne faut pas douter du but
même de ses efforts. Les Pères du concile de Nicëe condamnè-
rent donc avec raison l'Arianisme comme attentatoire au nouveau
principe social et le pouvoir impérial, imbu de la mêmeconvic-
tion, s'opposa par la force à son extension. Cependant il ne pé-
rit pas il se cacha sous une métaphysique obscure et difficile, et
par ce moyen il se soutint comme école. Il eut d'ailleurs, dès son
premier jour, pour partisans avoués ou secrets tous ceux qui
DANS tE CINQUIÈME SIECLE.

conservaientquetque
'tcfUe chose
chose de l'mcrédulitë)-tQ~~nno
df* rinfrRrhttitp ,1~ t.
payenne, ou de la
faussesciencedes'gnostiques,et ~ux-Ià étaient très-nombreux.
Aussi,on peut dire que dès ce momentle monderomainfut
par-
tagé par deuxdoctrines:la Catholiqueet l'Arienne.Dansla pre-
mière se trouvaient tous les hommes faisaient l'oeuvre
qui nou-
velle dansla secondeétaient ceux qui tenaient aux chosesan-
ciennes, et qui préféraientleurs intérêts propres à ceuxde l'hu-
manité.La plupart des Ariensétaientdes hommesdes hautesclas-
sës, soit parcequ'ils se sentaientmenacésdans leurs habitudes
et dansleursIntérêts, soitparcequ'ils
purent s'instruiredes subti~
lités del'Ariahismepar la lecture car la puissance
impérialene
pouvaitfaireplus contrecettehérésie,qued'en défendre!a prédi-
cation,publique.Au contraire le peuple resta catholique, c'est
un fait dont l'histoirede
ce tempsoffre de fréquentes preuves.
Toujourson trouveles Ariensparmi les puissanset lesriches, et
les Catholiquesparmiles pauvres.
D'ailleurs, diverses circonstancesfavorisèrentles propres de
!a?grandehérésie. AprèsConstantin,il y eut un empereurArien,
commeaprès Constance i! y eut un Julien l'apostat. 1/Arianisme
était un quasi-christianisme,une sorte de
prétendue doctrine
gouvernementale,qui se prêtait à tous les rôles c'était le
refuge
de tous les incrédules.I! était donctolérant
pour toutesles héré-
sieset tous les paganismes,intolérantavecla seule
croyanceca-
tholique.En effet, au quatrièmesiède et au commencementdu
cinquième l'histoire nous-lemontre mêlé, uni, tantôt au pa-
ganisme, tantôt au manichéisme,dans les mêmesintrigues et
dansle mêmebut: aussi, les
Catholiquesde cette époquedurent
appelerArienstous ceuxqui Ërent œuvred'égoïsme.
Ce n'est pas ici le lieu de racontercommentil contribua
à dé-
truire l'EmpireRomain.Ilestfaciledetomprendrecependant, que,
lorsque, dans un même pays, deuxcroyanceshostiles partagent
la population, l'ambitiondes hommesincrédules
spéculera"sur
les doctrines,a6n de s'enfaire un instrumentde fortune. C'est, en
effet, ce quiarriva, dans les luttesauxquellesdonnaientlieu les
succcessions,toujourssi douteuseset si embarrassées,au tronc
H!STO!RE MES~GAULES
d'ailleurspour les hommes
impérial.Le Catholicismen'était pas
ces dë
de peu de foi, une doctrinefa~e et commode.Dans temps
bien que pour
ferveur;elle était exigeantepour les grands, aussi
les simplesparticuliers.Quine connaîtla pénitencequ'elle imposa
au plus puissantdes Empereursaprès Constantin, à Théodose-
les suitesordi-
le-Grand, pourune colère de prince qui avait eu
aussi
naires à cette époque?L'Arianismeétait moinsrigoureux
convenait-ilà tousceux qui ne cherchaientdans la possessiondu
Par la mêmeraison, ce
pouvoir,qu'unejouissancepersonnelle.
furent les Ariensqui pactisèrentles premiersavecles Barbares.
La meilleurepreuveque nouspuissionsenoffrir; c'est que parmi
ces derniers,lorsdès invasions,il y avaitaumoinsautantd'Ariens
rencontretoujoursquel-
que de payens, et qu'aumilieud'eux, on
loisdeban-
quesnomsd'ÉvéquesAriens.II est vrai, aussi, queles
nissementqui,à diverstemps,furentprononcées contreles profes-
seurselles magistratsde cettedoctrine,jetèrentparmilespeupla-
des barbaresun grand nombredecesennemisde la foicatholique;
leur furent en-
ajoutonsque les premiers apôtres chrétiens qui
étaient des prêtres
voyés sous le règne de l'empereur Valons,
ariens.
Il y avaitalorsplusieurssiècles queles extrémitésde l'Empire
Romainétaientpresséespardesflotsdepeuplesbarbares,avidesd'y
tous les Empereurs, depuis
pénétrer. L'illustrationmilitairede
sur ces limites
Tibère, avait été fondéepar des succèsremportés
trois
toujours menacées.Sauf quelquesguerres civiles, depuis
les
cents ans il n'y avait eu que des guerres défensivessur
des
frontières. Le premier effet des disputes de Religion, ou
en le prétexte, fut d'affaiblirces lignes
intrigues qui prenaient
de ces points,
défensives, en détournantles armées de la garde
Ensuite, on pactisa
pour les employerà des guerresintérieures.
avecles Barbares. Ennn, il arriva dans le cinquièmesiècle,que
les ambitionsrivales,et les empereurseux-mêmes ne combatti-
rent plus, ainsi qu'autrefois, avecces arméesqui, bien que com-
en de soldatsétrangers, étaient Romainesce'
posées grande partie
le commandement ils
pendant par la discipline, les armes et
à cesbandesno-
soudoyèrentdes nationsbarbares, et Hvrèrent
MANS LE CtNQMÈME StÈCLEJ. 4§

madcs, le territoireà parcourir. Il seraittrop longd'entrer dans


le détail des intrigues et des circonstancesde toute nature qui
amenèrent,successivement sur le solde l'Empire Romain,tant de
peupladessauvages; il suf6t de rappeler que presque tous les
chefsdesenvahisseursavaientservi l'Empire à untitre quelcon-
que, et qu'ils étaienten généralAriens.Les historiens se sont
trop attachésà chercherdansdes évéhemens propres aux socié-
tés barbares, la causede la grande invasiondu cinquièmesiècle.
Il estévidentque le secretde cespuissansmouvemensrésidetout
entier dansles troublesintérieursde l'Empire.

La NationalitéFrançaisesortit du seinde cestroubles.Elle-fut


instituéeautantdansle but de protégerlespopulationsGaakfises,
que dansceluide défendreet de fortifierle Catholicisme.La H3F-'
ration suivanteva nous en offrirla preuve.

t)ansles premièresannéesdu cinquièmesiècle ~eshabitansdes


Gaulescommencèrentà sentir la nécessitéd'uncentre militaire,
indépendantet national.Cettepenséeleur fut évidemment inspi-
rée par les événemensqui se pressèrentà cette époque, et par
le peu de confianceque devaitleur inspirer un pouvoirimpérial,
constammentballottéentre des partis contraires.Onavaitappris
en~)0, qu'Alaric, roi des Goths, était entré en Italie, et qu'os
nel'avaitarrêté qu'en lui promettantle gouvernement des Gau-
les et de l'Espagne. En 406, une multitudede barbares, Alains,
Vandales,Suéves, Bourguignons,après avoirvaincules Francs,
passèrentle Rhin, et vinrentinonderle pays. Mayence,Worms,
Reims, Amiens, Arras, Tournai, Spire, Strasbourg, Langres,
Trèves, Toulouse, les provincesd'Aquitame,la premièrf Lyon-
naise,lesNarbonnaisésfurent saccagées,et l'ondisaitque ces.bar"
bares avaientété appeléspar le principal ministre, le favori dé
l'Empereurd'occident,Stilicon,un Vandalearien.C'étaitlui qui
avaitdégarni les frontières etson but, en introduisantles payens
dansl'empire,était dese faireunearméequi le portât sur letrône
à la placede son maître. Il leuravaitpromislà destructiondu Ca-
tholicisme, et il avait, en garantiede ces promesses,fait élever
HtSTMRE DES GAL'LHS

sonfilsdansle cultedesfauxdieux.En effet, Stilicon, convaincu


de ce crimefut assassiné.Enfin, en 410, on apprit que Rome
venaitd'être priseet détruitepar les Gothsariens..

Le retentissementdes discussionsqui agitaientles parties mé-


ridionalesde l'Empire, le dégoût des intrigues toujoursfatales,
qui en étaientl'occasionoula suite, avaient, sans doute, déjà de-
puis long-temps,détachélescontréescatholiquesdu nord. L'his-
toirefaitfoi de la tranquillitédes ÉglisesdesGaules.EIles~étaient
encore, dansla premièreferveurdu sentimentreligieux, tout oc-
cupées à l'œuvre d'une conversionqui n'était pas compléte-
mentachevée.Les Évêqùesdevaientêtre disposésà saisirta
pre-
mièreoccasiond'isolerleur troupeau du contactdes terres héré-
tiques.

Cettedispositionmoralesemanifestapar une suite d'événemens


sur lesquelslesthistoriensn'ont pas assezinsisté, et qui donnent
un caractèretout nouveauà l'origine dé la monarchiefrançaise.
D'abord,les troupesromaines,engarnisondansla Grande-Breta-
gne, cherchèrentun chef capablede chasserdes Gaulesles bar-
bares qui s'y étaientétablis. Aprèsplusieursessais, ellestrouvè-
rent un hommedu nom de Constantin,d'unenaissanceobscure,
sorti de race militaire. Ellesle revêtirentde la couronneimpé-
riale. Il semontradignede la fonctionà laquelleon l'avait appelé.
Il passa dansles Gaulesà la tête des soldats qui l'avaientélu.
Toutesles cités, et tous les corpsde légionnairesépars dans ce
vastepays,le reconnurent. se trouvaainsià la tête de forcesas-
sezpuissantespour combattrel'ennemide la civilisation. Il réussit
en effetà reconquérirle solsur les barbares, dont une
partie fut
rejetéeversles Pyrénées, et une autre fut reçue parmi les ri-
puaires desGaules,à prêterle sermentde l'office militaire,Enfin,
il rétablit les postes retranchésque les Romainsavaient sur
la
frontièredu Rhin.

Vers le~pêmetemps,plusieurscitésdes Gaules


commencèrent
à s'associer.Cetteconfédération,nommëetantôt
Armoricaine,et
DANS LE CtNQMËME S!ÈCLE. 47

tantôt, et le plus souvent, \B<t~Mf<!<f(i), comprenaitles deux


Aquitaines; la deuxième, la troisième, la quatrième Lyon-
naise, et unepartie de la deuxièmeBelgique,c'est-à-diretes pro-
vincesque nous nommonsaujourd'huil'Auvergne,le Berri, la
Bretagne, la Normandie, l'Ile-de-Françe,l'Artois, la Champa-
gne, etc. Ainsi d'après la noticed'Honorius,environquarante-'
neufcités s'engagèrentdans un pacted'union. D'ailleurs,l'insur-
rection netarda pas à devenircomplète.Les villesinsurgéesFor.
mèrent des congrèspour délibérer sur les intérêts comtauns;
elleslevèrentdes troupes; enfin, elles s'attribuèrent l'adminis-
tration de la justice, des impôtset de la guerre. Il paraît que,
dans ce changement,lesévëquesreçurent généralementle gou-
vernementdes affaires temporelles, et en disposèrent avec la
mêmeautoritéqu'ils portaientdéjà dans l'administrationspiri-
tuelle.Cettedernière circonstanceexplique comment,peu d'an-
néesaprès, la politiquedu pays situéentre la Meuseet la Loire
reçut une directionsi positivementcatholique.
La confédérationdes Bagaudesn'acquit son completdévelop-
pementet unepublicité entière que vers l'an 409. Elle se serra
et se fortifia aufur et à mesureque le besoinqui l'avait crééede-
vintplus pressant.Ainsi,lorsquel'éludes légions, ce Constantin
que les légendesgrecques appellent,tyran, ce Constantinqui avait
chasséles Barbares, eut dissipésa fortune dans des guerres en-
treprisesen Espagne, en Italie, et eut été vaincuet pris par une
armée impériale, les Bagaudesprésentèrent un faisceau assez
puissantpourque le général dela courdeRavennen'osât compro-
mettresonarméeen les attaquant.
Leur résistancen'était quejuste, et ce fut un bienfaitdansce
tempsd'anarchie.Elle signalaitun besoinde conservationauquel
l'empireromainne pouvaitplus.satisfaire.Bientôtles deux pro~

(1) LenomdeBagaudeest le nomgaulois;il signifieattroupement.


Lenomarmoriqueestlenomromain;c'étaitle titredu commandement
maritimedescôtesdet'Ocëan.Il fut ensuiteétenduà toutesles provin-
cesquisuccessivement,.et
par descausesdiversesfurentattachéesà ce
commandement. Leshistoriensont préféréle mot armoriqueà celuide
bagaude,parcequecelui-ciavaitété empioyë commetermed'injure.
T. 1. l
18 HISTOIRE DES GAULES

rincesgermaniquesessayèrentde prendre part à ce mouvement


d'indépendance,mais elles agirent avec moins de sagesseque
leurs aînées~et, au lieu, d'un congrès, ellesmirentà leur tête,
commeempereur, un noble Gaulois, Jovinus(1). Celui-ci~'ad-
joignit,commeauxiliaires,desFrancset d'autresbarbares.
La Cour de Ravenne, dans l'impuissancede rompre cette
et
grande associationformée de la républiquedes Armoriques
du nouvelempiredes bordsdu Rhin, livralesGaules aux Visi-
ainsi l'ïta-
goths pour y faire le servicemilitaire.Elle en délivra
lie en 412. Ceux-ciaccomplirenten partie leur mission.Ils réus-
sirentà détruire l'unionqui formaitl'empirede Jovinus,et le li-
vrèrent lui-mêmevivantaux Romains;ils entamèrent mêmela
premièreconfédérationdes Bagaudes, à laquelleils enlevèrentune
partie des Aquitaines.Ces victoiresfurent sans doute obtenues
difncilement,car bientôt les Romainspensèrent à recouriraux
négociationspour obtenir,la soumissiondes Bagaudes. En con-
séquence,ils firent passer les Visigothsen Espagne, et chargè-
rent, en 417, un Exupërantius,citoyendu diocèsede Poitiers,
de traiter avecles citésIndépendantesil réussiten partie. Ainsi,
il obtintdes citésd'Aquitaine,et delà secondeBelgique,qu'elles
renonçassentau pacte d'union, et qu'ellesreçussentles officiers
de l'Empereur.Maisles villesdes trois Lyonnaisesrésistèrentà
ses avances.Ainsi,vingt-deuxcités, Paris, Meaux.Auxerre,
Troyes, Chartres, Sens,, Rouen,Baycux, Avranches,Ëvreux,
Séez, Lisieux, Coutances, Tours, Le Mans, Rennes, Angers,
Nantes, Quimper, Vannes,et deux autres villesde Bretagnequi
n'existentplus, conservèrentleur indépendance.
Pour assurer la fidélitédes provincesramenéesà l'obéissance,
soit par les armesdes Visigoths,soit par lés négociationsd'Exu-
en
pérantius,Honoriuset Théodose,Empereurs,publièrent, 418,
un édit qui renfermeles dispositionssuivantes Il devaity avoir,
à
chaqueannée, depuisle 15août jusqu'au 15 septembre, Arles,
un concileou une assembléecivile,composéedes juges etdesau-
tresofnciers des septprovinces,ainsique des Ëvéqucset desno-

(t) Jovinus,vir Galliarum (Ores.,lib. 7,cap.ult.)


nobilissimus.
DANSt,EC!NQMÈMES!&CLE. i<J)

tables, c ëst-à-diredes députesde la propriété. L'assembléele-


vait être présidée par le préfet du prétoire. Une amendeconsi-
dérable était prononcéecontre ceux des élus qui manqueraient
de s'y rendre. Les sept provincesétaient la Viennoise,
ta pro-
vince des Alpes, la secondeNarbonnaise, la première Narbon.-
naise, la Novempopulanie,la secondeAquitaineet la première
Lyonnaise,c'est-à-diretout ce qu'on appelleaujourd'huile midi
de la France. Quantaux deuxGermanieset aux Betgiques,
ony
envoya un générât et une armée, et Exupérantiusfut nomme
préfet du prétoire àArles, capitale desseptprovincesdu midi.
Ces dispositions,qui scmbtaientfaites dans l'intérêt de
ga-
rantir la tranquillitéet l'indépendancedes Gaules, eussentréussi,
sans doute, à rattacher l'opinionpubliqueaux Romains,et à ra-
mener les Bagaudesà reconnaîtreles ofHciersde l'empereur;
mais, six ans après/on apprit que de nouveaux troubles s'éle-
vaient en Italie Honorius et Constance, Empereurs d'Oc-
cident, étaient morts, et l'on se battait de l'autre côtédes Alpes,
et jusqu'en Afrique, pour recueillir ou partager leur .succes-
sion. Peu de temps après, l'on sut que l'Empereur d'Orient
t'avait emporté, mais c'était en introduisantsur le vieuxsol ro-
main,une nouvellenation barbare, une ,bandedè Htms dont on
racontait avec frayeur les moeursféroces. En mêmetemps, à
Arles, Mtroupes romainesmassacrèrentlé préfet du prétoire.
Les Visigoths quï étaientréveSHsd'Espagne,et qui étaient ren-
trés dans tes provinces méridionales, recommencèrentféurs
courses; et vers le Nord, des Bourguignonset des Francs se
mettaientà piller deux cités gauloises, MeMet Trêves. Il était
donc évidentqu'il n'y avait plus rien à espérer de l'Empire, et
qu'il fallait chercherdes secoursseulementen soi-même.Il est
vrai qu'unearmée impériale, commandéepar Aétius, vint d'I-
talie forcerles Visigothsà rceonnaitret'Ëmpire, et à lui prêter le
Sermentmi!itairc,e!tepoussa, le long du Rhôneet de la Saône,
~HsqueversMetz, rejetant, dansleurs limites,quelquesbandesde
Francs et de Bourguignons; mais cette arméefut bientôtrap-
pelée, et alla se dissiperdans une guerre civile.Aussitoutes les
20 HISTOIRE DES GAULES

cités.desGaules,qui n'étaientpoint retenuespar la présence'des


Visigoths,essayèrentde sefaire indépendantes,et d'entrer dans
la confédérationdes Bagaudes.En 435, cette conspirationétait
flagrantepartout, et avaitmêmedéjà réussi dansla partie sep-
tentrionale, sousla conduited'un citoyennomméTibaton.
Elle fut arrêtée dansses progrès par le retour d'Aétius. La
guerre civileétait terminée, et il accouraitpour rétablir enfin
l'ordre, c'est-à-direla soumissiondans les Gaules. Il amenait
aveclui une armée de ces barbares,Huns, Alains-ou Scythes,
tant détestes.La ligue commandéepar Tibàton fut attaquée et
vaincue.Les Bourguignons,qui s'avançaientvers le Rhône,fu-
rent repoussés;les Visigothsfurent forcésà renouvelerleur ser-
ment. Vers 445, il ne restait plus à soumettreque les vingt-deux
villesde la puissanteunion armoricaine;mais, après tant de suc-
cès, achetéssans douteà grand prix d'hommes ,'Aétius se trouva
trop faible et craignitde se compromettreen tentantcette entre-
prise il laconfiaà un certainEocarix, roi debarbaresauxiliaires.
Celui-cifut arrêté danssa marche,dit la légende,par les prières
de saint Germain, EvoquedAuxerre'.D est probablequ'il recula
devantune expéditiondont cesaint envoyé sut lui montrer les
dangers, et qu'il accordaun armisticequi permit de négocier
les conditionsde la soumissiondes villes rebelles.En effet, ce
mêmesaint Germainse rendit à Ravenne, en 445 ou 447, pour
traiter avecla cour de la pacificationdes Bagaudes.
Quellespouvaientêtre les basessur lesquellessaint Germain
l'Auxerroisétait autoriséà traiter? Il est facilede le devinerd'a-
près ce qui s'était passéet d'après ce qui arrivabientôt.L'Union
devaitêtre persuadéedu dangerde se mettreà làdispositionde la
cour impériale:l'état affreux desparties des Gaulesrestées sous
son administration, constammentparcourues par des armées
mues seulementdans des intérêtsparticuliers, leur offrait un
exemplede ce qu'ellesdevaientcraindre.En outre, les Ëvéques,
qui avaientla principalepart dansle gouvernementdes villesas-
sociées, devaient éprouver une profonde horreur contre cet
usageimpérial de se servir indifféremmentde généraux et de
DANS
LECtNQHtÈME
SI&C~E. 21
soldats barbaresou .a'w.a.. 1·CCl_ _m__
ariens, et contrecette indifférencequi aban-
donnaità leurs violences,des populationschrétiennes.Les Ba-
gaudesdevaientdoncseulementse proposerde gagnerdu temps.
Eues étaient si peu disposéesà se soumettre, qu'elles chassèrent
un émissaired'Aétius; et, les troupes romainesayant réussià se
faire ouvrirles portes de Tours, d'Orléans et d'Angers, elles
armèrentpour reprendre ces villes, et défendirentavectenacité
tous les postesqui dépendaientde leur territoire, et que la tra-
hison ne leur avait pas enlevés.
C'est dans ce but d'indépendancequ'ellesdurent voir avec
plaisirrétablissementdes Francs, commandéspar Clodion,sur
les limitesseptentrionalesde la secondeBelgique,province qui
obéissaittout entière aux officiersd'Aétius. Cedut être à leurs
yeux unediversionfavorable,et une garantie pour leurspropres
frontièresde ce côté.Clodionétait parti du pays deTongres(1).
Aprèsavoir traverséla forêt Charbonnièrequi couvraitalorstout
le terrain si riche que nous appelonsla Flandre, il entra dans
Cambraid'abord, puis s'emparade Tournai, en chassantde ces
deux citésles officierset les soldatsimpériauxqui les occupaient.
Clodionétait un bàrbare; maisson expédition dut avoir un ca-
ractère d'humanitéinconnu dans ce temps. En effet, le terri-
toire de Tournaiétait occupédepuis long-tempspar un peuple
qui était enpartie d'origine franque,et quiy avaitreçu desterres
à titre debénéficemilitaire.Dans Cambrai, il existaitencore un
grand nombrede payensnonconvertis.ÏI est doncprobable que
le roi Franc avaitété appelépar uneconjurationdes citoyens, et
les nouveauxvenusapprirent de ceux-là à respecter lesÉvêques.
D'ailleurs,c'étaitun établissementstable qu'on voulaitfonder,et
l'on respectales mœursde ceuxdont onvoulaitse fairedesasso-
ciés ou des Bdèles le pays était en outre trop pauvre et trop peu
peuplépour qu'il pût être un but de pillage. Il est très-remar-
quableque Clodionentra en guerre avec Aétius dès le premier
jour; maisil fut en paix avecles Bagaudes; il arrêta même ses
la discussion
(<)Voyezàcetëgard de Pubos. (JK~.c~e~.Mon.
/Ta~c.,Uv.2.)
38 msf<MMDESGAULES
conquêteslà oh il rencontraleurs frontières.Il ne cherchaà s'é-
tendre que du côtéoù était le territoire appartenant aux Ro-
mains.Au-reste, ses conquêtesfurent peuétendues;ellesne dé-
passèrent pas la partie de la seconde Belgique, située entre
l'Aisneet la mer.Mérovée,qui succédaà Clodionen 448, imita
son exemple il ne dirigeases empiétemensque du côté despro-
vincesgermaniques.
A cette époque, le représentantdu pouvoirimpérialse trou-
vaitencoregouvernerdirectementpar ses officiersun grand tiers
des Gaules.Les deux autres tiers étaient au pouvoirde diverses
bandes militairesayant chacune,leurschefs propres, lesquelles
n'obéissaientaux ordresdulieutenantRomain, en quelquesorte,
que commefeudataires.Le pluspuissantétait le roi des Visigoths.
Deuxpartiesdétachéesde ce territoireétaienten insurrectionou-
verte c'étaientcelleoù s'était établi Clodion,et la Bagaudie.
Nous trouvonsune notice exacte de ces divisions, que Jor-
nandèsrapporte à l'occasionde la guerre contre les Huns (I).
En effet, ce fut le dernier soupir du pouvoirromain; ce fut la
dernière fois que son représentant exerça un grand pouvoir
dans tes Gaules. Aétius réunit alors, un moment, sous son
commandement,toutesles forces confédéréesde cette grande
province; ce fut à leur tête qu'il battit Attila, en 4M, dans les
plaines de Châlons.Le danger les avaitréunis, la victoire les
sépara. Ontrouvedansla noticeque lesRomainset les Visigoths
furent rejointspar les Francs, tesSarmates, les Armoricains,
les Lètës, les Bourguignons,les Saxons, les Ripuaires, les
Bréons, et quelquesautres nationsceltesou germaniques.
Les événemensqui se passèrent dans l'empire, après cette
grande victoire, le mirentà jamaishors d'état de menacerau-
cunedes indépendancespartiellesqui s'étaientconstituées.Dans
l'espacede dix ans, l'Italieest pilléepar Attila; Aétiusestassas-
siné par l'empereurmêmequ'il servait; et celui-ci,bientôt,périt
frappépar ses soldats.Maximes'emparede la couronne.Unparti

(<)Jomandès,~ere&Ge<;CM.
BANS M CtNQCt&ME S!ÈCLE.
en Italie; ils prennent Rome,
appelles Vandalesd'Afrique
et ta pillent; ils livrent Maxime au peuple, qui le met à mort.
aux
Alors les provinces des Gaules restées romaines, unies
leur préfet du prétoire. Celui-ciab-
YIsigoths, é lisent Empereur
succèdeà Ravenne. Ce fut lui qui
dique bientôt Majorienlui
la
nomma~Egidius,de lafamillelyonnaisedé Syagria, maître de
milicedans les Gaules.Ce nom est le dernier chaînonpar lequel
de
les evénemensde notre patrie-serattachentencoreà l'histoire
l'empire d'Occident.Le préfet du prétoirevécut pluslong-temps
maître l'avaitnommé:celui-cipérit assassinéen 461.
quele qui
est
Nous avonshâte d'abandonnercette histoire, où tout trouble,
désordre, accident; où nul fait n'est intelligible, parce qu'il
émaned'unesourcetoujourssecrète,la personnalitéet l'égoisme,
siècles,
Qu'onjuge par le dégoût qui nous saisitaprès quatorze
la des
au spectaclede ceshorreurs, quelledevaitêtre répugnance
Gaulespour le pouvoirimpérial!
C'est sousl'administrationd'~gidius que l'on vit paraître les
commencemens de ce but d'activité, qui, trente ans plus tard,
réunit toutle norddes Gaulessous un seulnom, celuidéterre des
ce de la mi.
Français. Doit-onl'attribuer à l'habiletéde maître
lice, ouàl'effet descirconstances?Il importepeu.Lorsqu'iIpritIe
aux Romainsétaient bien
gouvernement, les provincesMêles
réduites. Leur domaineétait une longuebande de territoire qui
et ve-
allaitdes Alpes aux Bouchesrdu-Rhône,suivaitcefleuve,
en corn.
nait, en traversantiaChampagne,s'élargiret se terminer
Le était
prenant unepartie des deuxBelgiques. pointleplusétroit
un d'un côtépar
placésurlesrivesduRhône c'était isthmepressé
les Bourguignons,de l'autre parles Yisigoths.Les Bourguignons
de la Suisse, le Doub~,la
occupaientdéjà l'Alsace, une partie
Haute-Saône,et Lyon. LesGothsétaientarrivéssur la
au con-
Loire, et faisaienteffortpour traverserle Rhône.Le Nord,
traire, était tranquille. Chilpéricavait succédé à Merovéedans
Tournai les RipuaiMSétaientpaisiblesdansleurs cantonnemens.
En conséquence,~Egidius,que nos chroniquesappellentGiMon,
&etransportadans le Kordet vintsolliciterl'alMapcedes Armori-
24 HISTOIRE BES GAULES.
1 1
ques. Il mit sansdoute en avantFmtérêtreligieux,et se St aider
des Ëvêques.En effet, on vit
cette confédérationqui, jusqu'àce
jour, n'avaitprif les armes quepour défendresesfoyers,fournir
dessoldatspourallercombattreauloin.C'est~queles
Bourguignons
et lesVisigoths,contrelesquelson leurdema'ndaitsecours, étaient
dés Ariens. Ces derniersétaientparticulièrementdétestés, parce
qu'on les accusaitde plusieurspersécutionssanglantesexercées
contreles Catholiques./Egidiusn'eut pas seulementlesecoursdes
Bagaudes il fut éluroi par les Francsde Tournaiqui chassèrent
Chitpéric.Alors, /EgidiusaIIacombattreles Goths à Arles, en
Auvergne, sur les bords de la Loire. Ce généra!, au reste,
s'occupa de conserver des provinces, moins pour la cour
de Ravenneque pour la foi catholique, dont il était lui-même
profondémentimbu.On nele voitpas même,depuis sonélection,
entretenir le moindrerapport avecles Empereurs. Un fait sem-
Nait devoirdérangerla bonneharmoniequ'il avaitréussià intro-
duiredansle Nord, ce fut le rappel de Chi!péricpar lesFrancs.
Il est probable que nos chroniqueursont rapporté inexacte-
ment les causesde ce retour, ou que nousles avons mal in-
terprétés. En effet, on voitChilpéricà la tête d'un corpsde trou-
pes dansune arméeque commandait~Egidius;bien plus, on dit
qu'iis régnèrent ensemble.Chilpéricreçoit un titre dans l'admi-
nistrationde la milice;enfinil resteallié des Armoriques.
~Egidiusfut tué dansun combat'aubord de la Loire. Après sa
mort, son fils Syagrius lui succédadans le gouvernementdont
Soissonsétait le centre; un comte Paulus' resta commandant
des troupes qu'on voulaitbien encore nommer romaines; la
confédération continua d'ailleurs à être très-unie. Ainsi, les
chroniquesnous montrent Chilpéricallié avecle comteFaut. Le
cheffran:;fut surtout occupécontreles Ripuaires, qui- habitaient
entre Rhin, Meuseet Moselle.Dès ce moment]les rapports
d'obéissance furent rompus avec les Italiens. En effet, la
cour impérialeaccordale titre de chef de la miliceà l'aînédes
rois des Bourguignons.Ceux-cien prontèrentpour s'emparerde
Lyon et de Vienne; les Visigothss'emparèrentd'Arles et du
LE C!)tÛU)ÈME
DANS SrECLE. 25
pied des Alpes, et de la, bientôti!s s'élancèrenten Italie pour y
fonder un empire ainsi le Nord fut séparé de l'Italie par des
royaumesariens.
Les chosesétaienten cet état, lorsqueClovissuccédaen 4~1
à Chilpéric.Ceroi chassaSyagrius,et s'empara de Soissons.Il
soumitles Francsdu pays de Tongres ou de Thuringe maisil
fut arrêté par les Bagaudes.Il assiégeaà diversesreprisesParis,
pendantdix ans, dit-on.C'est dans ces luttes que Genevièvede
Nanterrese sanctifiaparsondévouementreligieuxà la chosepu-
Ntque. Cette vierge, depuis long-tempsconsacréeau Seigneur,
était déjà aimée et respectéepour les servicesde même genre
rendus au tempsde la guerre contreAttila. Son exempleet ses
prédicationsdonnèrentauxParisiensle couragede résister à des
attaquesmoinsredoutablesen elles-mêmes,que par les ravages
qu'ellesoccasionnaient.Clovissentit alors la nécessitéde lier ses
intérêtsà ceuxdu Catholicisme.C'est sansdoutedans'ce butqu'il
.Si enleverlajeune Clotilde,laquelle,bienquede Bourgogne,prati-
quaitcependantla vraiefoi, et qu'il s'unit à elleen mariage. D'un
autrecôté, lesÉvoquesfaisaientleurs efforts pouramenerClovisà
se convertir.Ce fut un Romain,c'est-à-direun chrétien, qui lui
conseillason mariage; et ce fut un saint prêtre qui détermina
Glotildeà donnersa foi à un payen dansl'espérancede le chan-
ger. Enfin, en 496, le roi francse fit baptiserà Reims avectrois
mille deses fidèles.
Cet acte, depuis long-tempscommandépar les circonstances,
ne fut sansdouteautant ajournéque par la volontédes Évêques.
Ils exigeaientqu'il fûtautrechose qu'une vainecérémonie, et ils
refusèrent en conséquencede l'accorder à d'autres sentimens,
qu'à ceuxd'une foiréelleet éprouvée.L'Église,ettout le monde
alors, croyait aux sacremens,et c'eût été un sacrilégequede les
prodiguer à des intérêts seulementtemporels. En effet, il est
inexactde dire que Clovisne tarda tant que dans la craintede
mécontenterses Francs. Depuislong-tempsbeaucoupde Francs
s'étaientfaits chrétiens on trouvemême cette époqueun saint
de cette race. Ils étaienthabituésau respect pour les prêtres et
26 HISTOIRE DES GAULES DANS LE EtNQNÈME SIÈCLE.

les viergesdu Seigneur, et par l'exempled'~Egidius,et par celui


de Chilpéric,et enfinpar celuide Clovislui-même,qui très-sou-
vent consultaitquelquessaints personnagesqui suivaienthabi-
tuellementsonarmée.Clovis,d'ailleurs,faisaitbaptiserses enfans,
ce qui était promettreaux Francsdes rois chrétiens.Or, rien ne
nous apprendque quelqu'unde ses sujetslui ait demandécompte
de cet acte. L'histoire du vase sacré réclamé par l'évêque de
Reims,nousprouvequelleautoritéavait, parmicette peuplade, le
respectpour l'Église.En6h, l'immunitéaccordéeau territoirede
la cité des Rémois l'indépendancequi lui fut laissée,parcequ'il
était souslegouvernementd'un Archevêque,tandisqu'on conqué-
rait Soissons,parce que cettecitéétait administrée par uncomte;
mêmela conduitede Clovisaprès son baptême, tout montre que
sonaccessionau Christianismefut plus encoreunactede foi qu'un
acte politique.
En 497, un an après ce baptême, Clovisinvitales Armoriques
à s'allier aveclui, et, par l'inspirationdes Évêques,elleslerecon-
nurent pour administrateurde la chosemilitaire.Paris devintla
capitale dunouveauRoyaume.Les troupes romainesqui étaient
cantonnéesvers,laLoire et dans le Berri, nevoulantpas, disent
les chroniques,se donneraux Ariens, imitèrentles cités; ellesse
donnèrentaux Francs et auxArmoriques.Alors LANATioNAUTË
FRANÇAISE FUTCONSTITUÉE.
Nous croyonsqu'il résultede la narration qui vient de finir,
que l'établissementde!a MonarchieFrançaisene fut pas le résul-
tat d'une conquête;qu'ellefut appeléepar la nécessitétoute gau-
loisede fonder un centrede conservationnationale;en6n, que le
principe d'unionqui fit une sociétéK):ede tant d'élémenshétéro-
gènes, fut le principecatholique; en sorte que c'est avecraison
que la loi saliquedéclare quela nationalitéfrançaisea été insti-
tuée par Dieu, et que ce fut exactement vrai de dire que la
France avait été construitepar les Évêquesdes Gaules.Il nous
reste à savoirmaintenantsi l'établissementdont il s'agit apporta
quelquechangementdans l'organisationsocialeet dans l'état ei-
vil des Gaulois.
CHAPITRE III.

M L'ÉTAT SOCIAL DES GACLES ET DE LA FRANCE

AU CINQUIÈME SIÈCLE.

Nous avonsvu dansle chapitre précèdenten quoi consistece


que presquetousnoshistoriensse-sontobstinésà appelerla con-
quête des Francs. Ce fut une véritableaccessiond'un corps de
soldatsà la foi chrétienne,et, par suite, l'électionde leur chef au
commandementdes forcesmilitairescatholiques.
Danscette confédérationdont nous nous sommesappliquésà
décrire lesélémens,et que nousavonsappeléeFrance,pour don-
ner un nomnouveauà un but nouveaud'activité;dans cettecpn-
~dération, l'union des parties ne fut établie et ne fut maintenue
que par l'unitédes croyances.
L'accessiondes Francs, sauf le nom mêmede France, n'ap-
porta rien de neuf, ni dansl'organisationsociale,ni danslesnoms
même qui servaientà désigner les élémensdivers dont ellese
composait.Ellene fit que régulariser et 6xer le commandement
et la hiérarchie militaires. Pour s'assurer de ce fait, il suffit
d'examinerl'état dés Gaulesau commencement et à la fin ducin-
quièmesiècle. Les matériauxsont nombreux, et si clairs qu'ils
ne permettent ni discussion,ni doute ils se composent,d'une
part, du codeThéodosien~et de l'autre, des constitutionsdes
rois Francs, de la loi salique, du formulaire de Marculfe, etc.
Nous en avonsextraitle tableauqui va suivre.
Nous insistonssur toutes ces choses, moins pour combattre
des préjugés répandus, que dans l'intérêt de l'usage que nous
voulonsen faire; car c'est enellesque sontcontenusles principes
de toutesles révolutionsfutures de l'état socialen France.
Au commencementdu cinquième siècle, la population des
28 DE L'ÉTAT SOCIALDESGAULESET DE LA FRANCE
GatltfSPta)tf]!v)':RRpn
Gaulesétait diviséeen ftfnv
deux frratiftfQftaecM
grandes classes, ïoeTnn~mnc
les Ingénus,inge-
nui homines,et les Serfs, servi.Ceux-cien formaient,dit-on, les
deux tiers. Chacunede ces classesoffrait une multitudede sub-
divisionsdontnousallonsexaminerles principales.Commençons
par étudier l'ordre des Ingénus c'est à ceux-làque, dansnotre
langagemoderne, nousattribuerionsle titre de libres.
Lesingénussedivisaient en deuxclassessecondaires:les citoyens
et les militaires.
Nousdonnonsce dernier nomaux hommesqui avaientreçu à
titre de bénénce, et à charge d'un service militairedéterminé
suivantles lieux, une certaine portion de terrain, avecune fa-
millede serfs pour le cultiver,et une maison.C'estce qu'on ap-
pela plustard un manoir. Ceshommesétaient nommés, d'après
la nature de leur service, ~eHses., rt/M~Mcs.,ou limitanei,
lorsqu'ils étaient campés vers une frontière, comme.celledu
Rhin, par exemple;casati, payenses,lorsqu'ilsétaientnxés dans
l'intérieur. On les nommait, par comparaison,avecd'autres in-
génus, immunesou (1), lètes, parce qu'ils étaient exempts
d'impôts,et astreintsseulementau servicede guerre.
Cessoldatsripuairesétaient agglomérés vers les frontières, et
sur tousles points jugés impprtans à la défensedu territoire,
chargésde garder,tantôtun grand campfortifié,castrum;tantôt
un château, ca~MMt; tantôtmêmeune simpletour de défense
ou de signaux.Ainsi, en certainspointsilsétalentrëunisau nom-
bre de quelques milliers;ils formaientun corps d'habitations
considérable,et cultivaientun assez grandterritoire.En d'autres
lieux, ils n'étaient qu'unecentaine;en d'autres encore, qu'une
douzaine,et ils formaientde simplesbourgs, pagi, burgi.
Indépendammentde ces soldatsqui veillaientà la défensegé-
néraledu pays~il y en avaitd'autresqui, à desconditionssembla-
bles, faisaientle servicedanslescités.Il paraît qu'ilss'appelaient
plus particulièrementcasati.

(~)Voyez unelettre deThéodoric


auxcitoyensd'Arles.Collection
des
t. 6.
Bénédictins,rv, page VoyezencoreEumène,Panég.de Constance
Chlore,cap.2t.
AUCINQUIÈME SIÈCLE. 29
'<«
Cette milicese recrutât par succession.Le fils ainé avait le
droit d'hériter du bénéficede son père, pourvu qu'il présentât
les conditionsphysiquesrequises, et qu'il se fut engagepar le
sermentmilitairequi était exigibleà onzeans.Aussi,danslecode
Théodosien,on trouvecette expression,~trpescct~'eH~is,pour
désignercette race militaireparticulière.
La hiérarchiemilitaireétaitreprésentéedansces camps.Là où
ils avaientété~fondéspar des légionnaires la hiérarchie était
indiquéeparlestitres en usagechezles Romainslà, au contraire,
où ils avaienté~ëformésavecdes corps de,troupes recrutéeschez
lesBarbares, les nomsde dignitésbarbaresétaientconservés car
ily avaitdes LètesTeutons près de Chartres, desLètes Suèves
etBatavesprèsdeBayeux, desLètes Francs près de Rennes.
L'EmpereurDioclétienavait établides Francs Lètesdansle pays
de Trèves, dans le tta.inaut,le Gambrésis,etc.
Comment était-il pourvuauxvacancesdanslesgrades? Ilest pro-
bableque ce fut d'abord par nominationdu déléguéde l'Empe-
reur, puis ensuitepar succession.Il paraitau moinsqu'il en était
généralementainsi à la findu quatrièmesiècle.
Ce qui estbien remarquable,c'est que dans cette milicele ser-
ment ne liait pas seulementle soldataux devoirsde sa fonction,
mais encoreà la volontéde son chef immédiat c'est unfait con-
staté par un passagedé saint Augustin.(Serm.in ï~~MtPeKf.~
D'ailleurscestroupesétaientsoumisesaux ordresducommandant
envoyépar l'Empereur.
L'administrationde la justicedansces campsavait lieu suivant
le mode usitédans les armées.C'étaitune affairede discipline.
Voilàquelle était la premièreclassedes hommeslibres nous
disonsla première, car le plus mince rejeton de race militaire
qui, par une causequelconquesortaitde la milice, pour:devenir
habitantd'une cité, était de droit dans la classe descuriales.Il
avaitfalluentourerle servicede guerre de grandsavantages,afin
qu'il ne manquâtpoint, tant il était difficileet rude. Versle cin-
quièmesiècleles filsne voulaientdéjàplussuccéderà leurspères¡.
onne trouvaitpasde remplaçonsensortequeles rangsdesRipu:
50 DE L'ÉTAT SOCIAL DES GAULES ET DE LA FRANCE

res commençaientà se dépeupler. Il Mut y pourvoirpar une


loi qui rendit le serviceobligatoirepour les enfans.
Noustermineronscette esquissedela constitutionmilitaire,en
faisantremarquerqu'ilenrésultaitque la classeentièrequ'eue ré-
gissait,étaitattachéeau sol.Nousallonsvoirqu'ilen étaitde même
pour le reste de la population,sauf un petit nombred'exceptions
que nousferonsconnaître.
La secondeclassedes Ingénusétaitcelledes habitansdes cites.
B y avaitdans les Gaules,c'est-à-dire dansl'espacecomprisentre
les Alpes, les Pyrénées, la mer et le Rhin, centquinzecitésseu-
tement maisil ne faut pas entendrepar ce motce que nouscom-
prendrionsaujourd'huLUnecitéétaitunpetitdépartemeht.ayant
sa capitaleordinairementfortifiée, et ses bourgs.AinsiLutèce,
que l'on a nomméeplus tard, par contractionde PcM-MM, Paris,
était la capitaledes Parisiens; elle était !e chef-lieu d'un terri-
toire assezconsidérable,puisque la réunion de seshabitansput
s'appelerune armée.Non loin decette ville, à Saint-Maur,était
un campde soldatsCasati.
La populationdes citésétait diviséeen plusieursclasses les
sénateurs, les. curiales, les simplescitoyenset la plèbe. Les
deux premières étaient chargéesdes fonctionsmunicipales(i)
les Sénateursadministraientla justice criminellepar un tribunal
composédé cinq délégués, ~MïM~ue~tra~M. Les curialesavaient
sota de là répartitionet de la perceptionde l'impôt) ils en rë-

()) En établissantcettedivisiondu gouvernement municipalenSénat


et PH6uMe,il nous restequelques scrupulesdontnousdevonsfaire partà
noslecteurs.Cettedivisionnenousparaitpasabsolument incontestable,
bienqùe'leparaisse r essortir
a ssezclairementde plusieurspassages.Il
en
à pu, effet, a rriver que lesauteurs aientdonneindifféremment le nom
deSénatoudecuriedes divisionsd'unmêmecorps.Voicicependant,
quellessont nosraisonsprincipales pourla maintenir.Il y avaitdesfa-
ntitiessénatonàtes; la Curie,aucontraire,n'étaitforméequeparélection
descitoyens~uparinscription.Unéditde Majorien appellerassemblée
descuriates.Sénatinférieur.Unartictedu codeThéodosien, titre XH,
dit In criminalibus causis senatusstatutajamdudumquinquevira-
lis jadicii'formaservabitur.» Or,lesCuriales nejugeaientpointaucri-
minel ils n'avaientqueledroitd'arrêter.Laloi saliquedistinguetrois
etassfsdansles cités, et l'amendeprononcée pourgarantirlaviede la
premMre, estpluscM~idéraNe queceUememe imposée pourle meurtre
ACCtNQUtÈME
MËCLE. 51

pondaientsur leurs biens. Ils étaientchargés encorede la po-


licede la grandeetde la petite voirie;enfin,ilsremplissaienttoutes
les chargesde nosjuges de paix; ils avaientle droit de pronon-
cer dans les débats jusqu'à concurrencede la sommede cin-
quante sous, c'est-à-diredeux livreset demie Les cu-
riales accomplissaientces fonctionspar un conseilde dix mem-
bres qu'ils choisissaientdansleur.sein.
Les curiales; suivant l'expression d'un édit de Majorien~
étaient tes serfs de FEmpireet les entraillesde la cité, servi
`
yemuMMa~ ac visceractufafHm. Ainsi, tourmentésp ar descharges
de toute espèce, par des demandescontinuellesd'argent, de
vivres et d'hommes, auxquellesles cites ne pouvaientsuffn'e',
)et qui leur attiraient la haine de leurs concitoyens,et absor-
baient leur fortune personnelle, un grand nombre prirent le
parti de fuir, et d'aller se cacherdansl'obscuritéde !a ptèbede
quelquevilleétrangère, ou chezles Barbares, ou dans un camp
d'autres se donnaientleurs concitoyensen qualité de serfs co-
lons, H y èut des lois impérialesqui commandaient,sous des
peines sévères, que les curiales restassent attachés à leurs
charges, et qui ordonnaientde les saisir partout où on lestrou-
verait, a6n de les rendre à leurs devoirs.Ainsite citoyenétait
attaché au sol comme le, soldat, et il ne pouvaitpas même chan-
ger le lieude sonhabitation.

d'unFranc.Lesnoblesde cetteclassesontappelésconvivesdu Roi or,


ëetatiepëMêtre eutëndùde&eurtàleâ, eté.
~fz b~cale vaguédes
qu'il est uneraisonqui exptiquerait
Ajoutons
MpressioM pariesquëHea lesécrivainsdu cinquième
fiectedésignentla
Magistrature des cités: c'est la confusion que dut introduire dans les
Toutcequi n'étaitpaspopulaire
desBagaudes.
muuicipest'insurrection
dut être renversé. En effet, on trouve dans les historiens que les Ro-
mains rétablirent les Sénats dans les cités qu'its reprirent sur cette con-
fédération.Cependant,le titre de Curiale.était:reste dans les villes
conservé leur indépendance; il en est encore fait mention
qui avaient
Sousun.desnomspar lesquetson les désignaitsouvent,sousceluide
hdtaNes. Au temps deFrédégonde,onne trouve le titre de Sénat ou deSé-
qui traitèrentavecClovis;
nateur dansaucunepartieder Armoriques
tandis de Tours fait souvent mention de fa-
qu'au contraire, Grégoire
appartenantà quelquecité quiavaitété séparéede
ithillessénatoriales
là Bagaudia.
~2 DE L'ETAT SOCIAL DES GAULES ET DE LA FRANCE

On était sénateur par droit de naissance;on était curiàlepar


droit de fortune et l'on pouvaitêtre forcé d'entrer dansla curie
dès qu'on possédaitenvironvingt-cinqarpens de terre.
Après les curialesvenaientles simplescitoyens,qu'on dési-
gnaitordinairementpar le titre de possesseurs.
La plèbe se composaitde deux classesd'ingénus:la première
était celledescommerçans,marchands,colporteursou bateliers
qui, commeà Paris, par exemple, formaientune hanse; la se-
condeétait composéedes artisans, qui étaientdivisésen trente-
cinqcorps de métiers, dont on trouve la nomenclaturedans le
Codet/teoetosteK~ ayantleur présidentet leurs réglemensde cor-
poration.
Telle était l'organisationintérieurede la cité; leurs revenus
particuliers consistaienten des droits de consommation/des
octrois, ~oftorm.,et le produit des terres communales il paraît
aussi que le conseilcurialepouvaitimposerdes corvées.
Pour acheverde faireconnaîtrela conditiondes Ingénusde ce
temps, il [nousreste à parler duclergé. Lui seulétait libre dans
toute la forcé de l'expression,chacun dépendantseulementde
son supérieur dans la hiérarchie ecclésiastique.Ses membres
possédaientl'immunitépersonnelle;ils n'étaient attachésau sol
qu'autantqu'ils le voulaient.Chaquecité avaitson évëque, qui
était considérécommele premier et le plus noble citoyen de
chaque ville; il était en effet l'élu du sénat, des curiales-et du
clergé. Les évêquesavalentdroit de suspendreles jugemens ils
étaientles tuteurs des veuveset des orphelins c'étaient eux qui
tenaient les~tables d'affranchissement,-etc. ils étaient tout-
puissans,enfin, par le droit d'excommunicationcar celle-ciem-
portait la mort civile.
Il nous reste à parler de serfs. Ils étaient divisés en deux
classes il y avait les serfs proprement dits, qui appartenaient
comme des immeublesà leurs propriétaires, corps et biens;
pouvant être vendus, achetés, transportés commeune chose:
cette classe était très-peu nombreuse; c'était un bagage de
luxe qui ne se rencontraitguère que dans les familles sénatc-
"AUCINQOEMEStÈCLE. g~
Mâles.Il y avait uneautre classede serfs, très-nombreuse,trës-
uti!~ et particulièrementprotégée par lés lois, nousvoulons
parler des colons.Geux-ciétaientattachésa la terre qu'ils culti-
vaient~ils ne pouvaientêtre ni vendus, ni transportés;i!s ne
changeaientde propriétaire que lorsquele soi auquel ils étaient
liés, changeaitde mains. Usn'étaient tenus qu'à une redevance
fixe, 'après laquelletous les fruits .de leur travauteur apparte-
naient. ils pouvaientdoncacquérir un pécule,
vendre, acheter,
devenirpropriétaires, ennn payer leur affranchissement.
Leur
positionn'avaitrien ni de douloureux, ni d'humiliantils étaient
astreintsà unehabitation6xe,mais,ence!a,leur conditionn'était
pas plus fâcheuseque celle,de leurs maîtres. Aussivoyait-ondes
ïngénustenter d'entrer dansladasse des cotonS, et voyait-on
souventdesfemmes, mêmenobles, se marier à des colons car
l'Église distribuait a tous, serfs et citoyens, les mêmes sacrë-
menset la mêmeprotection.

Le sol cultivéétait diviséen trois grandesespècesdé


proprié-
tés. Il y avaitle domaineimpérial, qui était
tres-étendu, puis-
qu'il ébit primitivementcomposédu tiers du terrain cultivé; il y
avait donc les colons de Témpereur: c'étaient
les employésdu
fisc quipercevaientles fermages.H y avait ensuiteles terres des

bénéncesmilitairesdiyisëesén unemultitudede cantonsépars.H y


aYaitensuiteJesterresdescités, partagéesénpropriétésparticulif-
res à titré depar-
etenpropriétéscommunaIes.L'ËgHsepossédaIt
ticulier.Il y avaitaussudes colonssur ces diversesterres. Enfin,
il existait d'immenses étenduesde terrains vagueset couvertsde
forêts, particulièrementdans le nord delà Gaule.
Tel était, en abrégé, l'état dans lequel l'administrationro-
maineavait laissé les Gaules:
voyonsmaintenantquels change-
mensy introduisitla prétendueconquêtefranque, ou, en termes
plus vrais l'électiondeC!ovisà la royauté miHtairedu nord de
ce pays.
.Il fut déclare d'abord que les GRuIoM
contmueraieHtà être
gouvernéspar ia loi romaine.La loiSaiiqueetiaRipùaire furent
,1_

~t' V .t'"

T. r.
S
34 DE L'ÉTAT SOCIAL DES GAULES ET DE LA FRANCE

corrigéeset mises en rapport avec les exigenceset les moeurs


catholiques.
Tous les cantonnemensmilitairesqui firent allianceen même
tempsque tes Bagaudes,furent maintenus les bénéficesmilitaires
conservésaux soldatsqui lespossédaient,et ceux-ci, de quelque
originequ'ilsfussent, reçurent le nomde Francs on trouvedans
teshistoriensunemultitudede détailsquiétablissentcesfaits.Ainsi,
les légions-cantonhéesaubord de la Loire conservèrentencore
très-long-tempsleur discipline, leur armement, et jusqu'aux
nomspar lesquelson désignaitles officésmilitaires.
Le fameuxarticle de la loi des Francs, relatifà ta transmission
héréditairede la terre saliquede mateen mâle, est une traduG'
tion du règlementromainrelatifaux )'!pM<ï!rë~ et aux eamtî; te
motsatique est l'ëquivalèntde mititairé. Cet article suppQse
mêmeque Clovisacceptatoutestes coutumesromaines, quan!
la disciplinede ces campsde soldatscasaniers, car, on eût fait
mentiondelà moindremodificationde ce génre dans cette loi
qutva jusqu'à déterminerle rachatdes blessurescauséespar des
quadrupèdes.
Quantaux amendesdestinéesà garantir ta vie des hommes,
les différencesqu'ellesprésentent étaienten rapport exact avec
la valeur dé la fonctionexercéepar les individus.En cela, tes
Francsimitèrentencore les Romains.Ils évaluaientl'hommede
guerre à un plus haut prix que te plus grand nombre des
citoyens: ils n'exceptèrentquetes ecclésiastiques, tes sénateurs
et les hôtesdu roi. Nousverronstout à l'heure quels étaientces
derniers.
Clovis s'empara seulement du domaineimpérial, et même
dans tesguerres de ses premièresannées,il ne pillajamaisque ce
domaineouceluidessoldatsbénéficiairesquicombattaientcontre
lui. Aussices violences,qui nous paraissentsi terribtesaujour-
d'hui, n'étaient, à cette époque,aux yeuxde tous, que l'exercice
du droit de guerre. Tellené fut pas ta conduitedes Visigothset
des Bourguignons les premiersprirent le tiers des terres des
cites, les secondsen prirent la moitiéavecle tiersdès esclaves,
Ap COfQt~ME S!ÈCLE. 5~

Clovis nommades Comtesdanstes cités où les Romainsen


avaientconservé. Dans la Bagaudie,il laissateschosesdansl'é-
tat ou elles étaient, c'est-à-dire que tes magistraturesmilitaires
et municipales restèrentélectiveset à ta discrétiondes citoyens
il: n'auraitd'aUteurspu changer cet usage. Bien plus, quel-
ques villesfinirentpar reconquérirle droitd'élireleurs Comtes,
droit qu'ellesavaientperdu sousla.dominàtionromaine c'est ce
qui arrivaà Tours, par exemple.Dansbeaucoupd'autres points,
sans doute,il y eut des Grafionsou Comtesde' nommésmais, il
est remarquable qu'ils habitaientles cantons militaires, et lé
M~M~lui-mêmeparaît n'avoir été destiné qu'à juger les causes
dans lesquellesles possesseursde béné6ces de guerre étaient t
intéressesou acteurs. –
Lescitesde la Bagaudieétaientalliéesdu Roi.A cetitre, tous
leurs citoyensdevaientêtre ses hôtes,c'est-à-direjouir de garan-
ties particulières.Le Roilui-mêmen'était qu'un hôte lorsqu'ilve-
iait sur leur territoire. Il néseraitpas~lifnciledéciter
plus d'une
anecdotequi montre que cette coutumese maintintbien au-delà
delàviedeCIovis.

D'aprèsce tableaudes élémensdiversdontla combinaisoncon-


stituala nationalitéfrançaise, il est facilede conclurel'Kiéegéné-
rale de notre organisationsocialeprimitive. <
II y avaitdeux.sociétés, l'une militaire, l'autre civile. Elles
étaient subordonnées l'une à l'autre dansl'ordre de leur impor-
tance catholique.Vis-à-visdu nouveaubut d'activitéqu'il s'agis-
sait de _poursuivre,l'oeuvremilitaireétait la première, !'oeuvre
industriellela seconde.Ainsi,l'hommede guerre devaitêtre plus
estimé quel'hommepurementIndustriel.L'un devaitle sacrifice
de son sang,l'autre le tributde sontravail. Enimle chefmilitaire
devaitêtre le premiermagistratcivil.Cetteloi de subordination,
rigoureusementdéduitedu but d'activité nationale, ne fut pas
en vigueurdès le premierjour ellene fut mêmebien établieque
vers la fin déla premièrerace.
En dehorsde ces deuxsociétés,<stdansun état d'indépendance
36 DE L'ÉTAT SOCIAL MS G.'ULES Ë'I' DE LA FRANCE, ETC.

aussi grand qu d est possible a êtes hommes de 1 etabhr, était la


société spirituelle, l'Eglise, qui accomplissait la double fonction
démoralisation et d'enseignement.
Dans la société chargée de la fonction temporelle, le devoir
émanait du sol sur lequel on naissait. On venait au monde pro-
priétaire d'unefonction, et c'était à ce titreseul qu'onétait compte
pour quelque chose parmi les hommes. Ainsi'la Royauté elle-
même fut une fonction, qui émanait autant de la participation au
domaine dynastique quede, la participation au- sang royal., Là
royauté était un véritable bénéfice militaire, qu'on perdait par
incapacité, et qu'on ne pouvait quitter sans cesser en mêmetemps
d'être Franc et libre. Il est certain que jusqu'à Pepin, la, conser-
vat~on.dupouvoir suprême dans la même race, fut de semblable
origine que la stabilité du service militaire ou curiale dansles
mêmes familles. il y aurait à rechercher s'il n'y eut pas, en
outre, quelque motif superstitieux de tradition Celtique, tel qu'il
s'en est établi beaucoup qui, malgré. les efforts de l'Eglise, sont
parvenus jusqu'à nous.
Il faut dire que cette division de travail dans l'oeuvre tempo-
relle, fut le système le mieuxraisonné et le meilleur qui pût être
étaMi en vue de la fin a atteindre et aussi fut-il d'une admirable
fécondité. L'Eglise sentit avec un merveilleux instinct que, pour
l'extension du Christianisme, il suffisaitdé l'organisation romaine;
et, en effet, rien n'y fut changéque le but. Aussi, c'est en France
que Rome vint finir. L'histoire des deux premières races, qui
va'suivre, sera celle de la décadence du système romain, en même
temps que l'histoire'des révolutions par lesquelles Hfut transfor-
mé en une institution nouvelle et transitoire comme lui.
LIVRE DËUXŒME.

HISTOIRE-.DES FRANGÀtS SOCS LES,DEUX


.PREMÏÈRES.'RACES.'

CHAPITRE PREMIER.

CONSIMÊRATiONS GÉNÉRALES SUR LES RÉVOLUTIONS DU GOUYI'.R-


NEMEKT FRANÇAIS DU CINQUIEME A~DIXtÈME.SIÈCLE.

D'ApRfss ce que nous avonsdit ou exposedanste livre précè-


dent, deux principes doiventexpliquer la sociétéFrançaisedu
cinquièmeau dixièmesiècle.Le premier c'est quela Francefut
une arméecatholique; le second, c'est que l'organisationsociale,
tant militaire que civile, resta romaine, en sorte queles vrais
successeursdes Romainsfurentles Français.
11résultedu,premier que la royauté fut ungëneralat que sa
puissancelégislativeet judiciairene fut autre choseque lé pou-
voirde réglementerqui appartient,de nécessité,à celuiqui com-
mandeun corps de soldats; que les assembléesdites nationales,
les placita,ou plaids, furentprimitivementdesconseilsde guerre,
'ou l'on délibéraitet l'on décrétaiten mêmetemps,etdansia même
formé, des réglemensde discipline, des actespolitiqueset des
actesjudiciaires.
II en résulte quele pouvoird'élire appartintau chef d'une ma-
nière absolue jusqu'à ce point qu'il put en disposer comme
d'une propriété,, sans cependantque 1~capacitémilitairecessâtt
d'être,réiëment'principaldu droit de commandement.
Il en résulte,enfin, qu'il n'y eut de non-ë!igib!eet de non-ré-
ypcaHe,que (? qumerest jama's daa~use an'-ee des qB'cHec~
38 HISTOIRE DES FRANÇAIS

formée;savoir,le peuplemilitaire, et le gênerai:tout ce quin'é-


tait ni l'un ni l'autre étaità la nominationdu roi.
Lorsquel'on sort de ce point de vue, on cessede comprendre
les actesdesroisde la premièrerace, et la chute mêmede la dy-
nastie deClovis.
Alors, on traita de violencesatroces les exécutionsmilitaires,
parce qu'elles ne furent précédées d'aucuneautre formejudi-
ciaire quede celleusitéedans'une arméeen campagne.Or, onne
faisaitpasautrementdans les campsromains.Les Évoquesqui, à
cette époque,ne manquaientni de sévérité, ni de courage, ac-
ceptaientces nécessitésde l'organisationmilitaire; ils les déplo-
1.'
raient, sansles Marner.~
Alors,on ne conçoitpas ce lien de proteétionet de recomman-
dation qui unissaittous les ofnciersdu même corps, qui entait
la fortunedesenfarissur le méritedes pères, et faisait d'uncorps
d'armée unesorte de provincemilitaire car ilne faut pas publier
que chaque soldat avait ses chefs, là où il avaitsa résidenceet
sonbénence..
Alorsenfinon ne comprendpas le modedé successionde là
royautéFranque.C'étaitle roi actuellementenpossessiondupou-
voir,qui nommaitses successeurs. ÎI le faisait,eh leur donnàDt,
de
son vivant,le secondrang dansla hiérarchiedu commandement,
afinqu'aprèssamortilssetrouvassentnaturellementles premiers,
c'est-à-direen possessiondu pouvoirsouverain.Dansnotre lan-
gage actuel,' nous disonsqu'il associaitses'enfansà la royauté
pour la leur assurer. Lorsqueie roi laissaitunenfanten bas âge,
trop jeune pour être revêtu d'un grade militaire, il était obligé
dé confiersa fortune à venir à quelqu'unde ses frères ou de ses
oncles,déjà revêtud'un commandement, et de se contenterdé là
promesseque celui-cilui faisaitd'appelerunjoursonjeunepro-
tégé à partagerson pouvoir.D'autresfois,cedevoirétait lègueà
un simplegénéralprovincial, à un Duc; et c'està causedé cela
que nous voyonssur la 6n de la premièrerace, des Ducset des
Maireschoisirdes Rois. Sousce rapport, on peut diviserl'his-
toire de la premièreracé en deux périodes l'une, où la succes-
SOUS LES DEUX PREMIÈRES RACES. 39
,·_
sien fut assurée dans la famillede devis, par la transmission di-
recte du grade, faite par Je père à ses enfans, en les appelantau
partage pendantsavie l'autre, quidura un peu plusde soixante-
dix ans, oùce furentles Générauxqui transmirentla royauté,.A
l'occasionde cette dernière,onpeut demanderpourquoicesDucs,
ces Maires,persistèrentà choisirparmiles descendansde Çlovis.
C'estqu'ilfautreconnaîtrequecettefamilleavait unesortede légiti-
mité aux yeux du peupledescampset desvilles,légitimit&fondée
sur de grands servicesrendus.Lorsqu'apresplusd'un siècled'im-
bécillité,Sapopularitéfut complètementperdue, la royautéten-
dait à ne plus être héréditaire, ainsi que cela était depuislong-
temps dansl'EmpireRomain.Aussifallut-il, pourconstituerune
nouvellehérédité, et pour l'établir dans la famillede Pépin, que
l'autoritédu Pape intervînt, et quel'excbmmumcatioh fût lancée
contre ceux qui oseraientrompre le droit qui, de pépin, devait
être transmis,avecson sang,à tous ses descendais.
Les historiensont, en général,décritet jugécette époqueavec
des idéesde notre temps. Aussiont-ils mal compris, et fait en-
core plus malcomprendre, quelles étaientlescausesdé là solidité
de cette société. Aprèsles avoir lus, on à le droit de s'étonner
quë/taBt de désordres et tant d'anarchieaient produit de Si
grandeschoses,et mêmeque la Franceait vécu.C'est qu'ilsont
entre
pris lestempsqu'occupaientles disputesde commandement
frères, pour des guerres entre Royaumes; des "corps d'armées,
pour des peuplesdifféreils;c'est, enfin qu'ils n'ont jamais pu
concevoirun pouvoir autrementétabli quecelui de leur temps,
autrement fondé que sur un certam arrangement matériet.
Le principe dé conservationdé là société française était upë
croyance commune à tous,et supérieure à tout, là croyance
catholique.Il y avait pour l'armée un principe secondaire;
c'était la religion du sermentmilitaire, qui liait chaque subor-
donne au chef qui lui ëtàit immédiatementsupérieur. Ce lien
était d~illeurs complètementrevêtu de !a formecatholique. Le
sermentse prétait sur les chosessainteset H n'y avaitque le su-
périeur qui put délierles inférieursdeleurs devoirsréciproque,
mSfomE DES FRAKÇAJS

car ~'in'a~n,
!·9n
l'inférieurne a~
prêtait !e sermentque dans la supposition
celuienverslequelil se li~t, était lié que
lui-mêmeà un supérieur,
et celaqu'il s'agît d'un centenier, d'un
comte,d'un duc ou d'un
roi. Or, dansl'armée, quel était ie
supérieur t c'étaitle Roi. Nul
subordonnéne pouvait donc s'élever contre lui. Le
rol~n'avait
qu'un supérieur, c'était l'Église. Te!était le terme de cette hié-
rarchie toute morale. Le roi.donc, rie pouvaitquitter la cou-
ronne que par sa volonté, où par de l'assembléedes
le jugement
<*
Evoques.
La sociétécivileétaitsi
complètementséparéede !a société mi-
litaire, qu'el!ene lui prétait point de serment. Elle ne lui était
unie quepar la communautéde croyanceet par le devoirdu tri-
but. D'ailleurs l'arméeimitaitleshabitans
desvilles danstout ce
qui étaitreligieux, danstout ce qui était sacrement, danste
bap-
tême le mariage,etc.; ce qu'ellepossédaithors des bénéfices
notaires était soumisà !a.!oi civile de
l'héritage et de l'im-
pôt, etc. Les citésne commencèrentà être ramenéessousla do-
minationroyaleque sous la deuxièmerace. Sous la
première,
on trouve, au contraire,de très-nombreuses
preuvesdeleur indé~
pendance.Ainsi,Paris a été plusieursfoisle théâtred'événemens
qui montrentque le commandementmilitairede la cité n'était
pas en la possessiondu Roi, mais dans eeUedeseshabitans;on
vitdes citésse fairela guerre, etc.
La foi, qui servaitde sanctionet delientous les
devoirs,était
d'ailleursuniverselleet toute puissante, plus
développée.peut-
.etre chezles grands que chezles petits. Et ce n'était point seu-
lementune grossière superstition elle était éclairéeet
~conde.
Nousdëvonsjugerdes motifsqui
portèrent les Roisde nos pre-
mières races, et,les seigneursmilitaireset civils, à créer tant de
Couvenset d'Egides,par ceuxqui leur dictèrent
plusieursactes
ou l'humanité était seule intéressée. Ainsi,
parce queplusieurs
fois ils sacrinèrentà Dieu leurs revenus,
en supprimantlesjm-
pots quipesaientsurle pauvre, ou en affranchissantdesesclaves,
nous devonsdire qu'ils fondèrentdes
Couvenspour ouvrir des
asilesà !a science, et des
Églises pour cons'jtucr des centres
SOUS LES DEtJX PRE~tËRKS RACES. 41

d'enseignementet de population; au moinsnousne devons'pas


croireq~e ces penséesleur fussentabsolumentétrangères.Ennn,
grâce à là croyancereligieuse,lesEvoquesfurent appelésjusque.
dansles plaidsmilitaires;i!s purent intervenirdansta politique,
tantôt pourmettrenn ,à des discussionsde famille, et tantôtpour
déterminerdes invasionssur le territoire étranger.
C'est parces causes:quela France resta pendantquatresièclès
un centre militaire qui nt rayonnerlà conquêtesur toutesa cir-
et sur tous ses rayons le systèmequ'elle
conférence, qui porta
avait adoptéelle-même;ét Cesystèmeétait complètementromain,
c'est-à-diretel quel'avait fait l'empereurConstantin,ainsi que
nous rayônsyu. Aussiarriva-t-il quela Franceengendra en.Al-
lemagne1mEmpirequiprétenditimiterles usagesde la cour de
Ravenne.En effet, notre nationn'étenditpas seulementautour
d'elleune organisationmilitaireet civile~d'origineromaine elle
répandit aussi un esprit qui étaitrestë aussi romainque l'avait
permisle: Catholicisme.Ellepropageal'usagede la langueet de
la littératurelatine.Dansles arts, nousfûmespendantquatresiè-,
des imitateursdes artistes deRome chrétienne, et l'Europeles
imita avec nous. toutes nos églisesfurent bâtiesdansce qu'on
appelleaujourd'huilesiylc BIzahtin,c'est-à-diredans le premier
style chrétien.Lestyle catholique,proprement dit, ne fut créé
en France que dans le onzièmesiècle enfin nous reçûmesdes
.Romains,nos arts; nos sciences,nos armes,nos lois, et nous
(.
donnames.auxautres ce quenousavionsreçu.
Telleest l'Méegénéralede la sociétéfrançaisedu cinquièmeau
dixième siècle; tel est le germe des révolutionsde toute espèce
qui se préparèrent et s'achevèrentplus tard et c'est en liant
ainsicet avenir,du dixièmeaudix-huitièmesiècle,aux annéesqui
les ontprécédées, que l'on aperçoitclairement comment c'est en
France que se trouvele lien qui unit la civilisationmoderneà la
civilisationantique. Pour acheverl'objet spécialde;ce chapitre,
il nous'reste à donner les .différences
principalesqui signalèrent
le règnede la premièpeet de là seconderace.
Au point dé vuecatholique,l'avènementde la premièrerace
HISTOtRE DES FRANÇAtS
.ac.. z y_
répondit à la nécessitede combattrel'Arianisme,et elles'étei-
gnit presqueen mêmetempsque lui. La seconderacevint pour
combattrele Mahomëtisme.etpour mettre,fin
au paganismedtt
Nord. Si e!!eneparymtpas à opérer leur destruction, au moins
est-il vrai de dire qu'euebrisa leursforceset qu'elleleur créa des
ennemisqui furent plus tard suffisanspour les anéantir.
Au pointde vué:de!av!e Intérieure, la premièrerace différa
de la secondeen ce que, sous son règne,
l'organisationsociale,
bien qu'étenduesur une plusgrandesurface 'resta la méjntëque
nousl'avonsvueau cinquièmesiècle.Sous!a seconde, les
plaids
militairesfurent convertisen concilesgénéraux,où tes
Ëvéquës
venaientreprésenterleursdiocèses,et tes générauxleursarmées.
Ainsile droit de légiférerau civilfût réuni audroit de
réglemen-
ter pour lamilice. L'Eglise acquit,non pas une prépondérance
plus considëraMe,maisune mffuenceplusgrande. Ainsipres que
tous ces mtmdoM~MtC!, ces envoyésqui allaientdansles provin-
ces pourreformeret i'admihistration et lajustice, furëntdes mem-
bres du cierge les listes que nous possédonsen font foi. ÏItujt
fësuher de Jà quet'esprit chrétienpénétraptusprofôndëment,
nonpas les consciences maisles lois, tes habitudes, et 6t nattrè
lés devoirset lé sentimentdel'ëgaiitë;quélesdifférences
qui sépa-
raient le gouvernementdesvilles deceluides
campsfurent dimt-
huëes; etc.
Lesrévolutionsintérieuresrestèrent cependantencoreprmct-
patementmilitaires.Eh effet sousià dynastiede fepm, comme
sous cellede CtoVis,t'œuvrefrançaisefut surtout rextensionet
la défensedes doctrinesde rEgIise romaine.
Mais,dira-t-on;ractivitëmilitairedesFrançaispendantcesciNq
sièclesfut-elleutileet civilisatrice? Pour résoudre la question, il
SufStd'examiner les doctrinescontre HesqueUes eMës'exerça.
Nousavonsdéjà fait connaîtrel'Arianisme.I! nousreste à dire
quelquesmotsdesdeux autres ennemiscontrelesquelsnousver-
ronsles Françaislutter avecun acharnementqui leur vàtut.enSn
la victoire. Nous pouvonsreconnaîtreaujourd'huisi ce fut un
bonheurpour l'humanité, nouspouvonsvoirquelsfruits a portes
SOUS LES BEt!X PREM!ÈR)ËS RACES. ~3

le Mahomëtism&, là mêmeou son développement a été complète-


mentlibre; en Perse, en Arabie, à Marocet à Fez. Quantaux
Barbares du Nord, il suffitde posséderquelquesgénéralitéssûr
leur doctrine sociale, pour que l'on reconnaisseque leur dés-
tructionfut unhienfait. Toutes ces religionsdu Nord, quel que
fût leur nom, admettaientqu'il existai deux races d'hommes,
l'une venue du bien, l'autre du mal la premièred'origine di-
les
vine, ayantune âme immortelle la seconden'ayant, ainsi que
animaux, qu'une âme mortellecommeleurs corps, Lesprêtres
et les guerriersétaient de la première,c'étaient des: Dieuxmor-
tels les esclayes.etpresque toujoursles ennemis,etaiehtdelâsë-
conde.Aussi toutce qùivenaitdelanaissânceétaitjuste:lepou-
voir et le bien pour les uns; la misèreet le niai peurles autres.
Or, commeil y a toujourslutte entre le bienet te mat, de même
aux guerriers qu'appartenait
la guerreétait continuelle,(fêtait
combat.Pour avoirdroit aux.
particulièrementcette fonctiondu
armesà la main;ceM
récompenseseterheUes;ilsdevaientpérirles
qui mouraitenlâcne,autrementque parlé glaive, était pùmdâns
rautre~e.LasëvëntéducultérépondaitàIaferôcitédësdoetrines~
car c'était par des sâcriSceshumains qu'on attirait là protection
des Dieux.Plus le sangdela victimeétait précieux,plusle sacri-
Ëceavaitdepuissance.D'ailIeurs, rien qui ressemMàtàcequeda)~
là société romaineon appelaitarts, sciences, industrie. Leur
et re-
art, c'étaitce cultebarbare, et tous ces mystèressombres
doutablesdonton pourra lire le détau dans l'histoire desCottes,
leur science, c'était la magie leur industrie, ta guerre. C'est
commeun reste,cpmmeuneémanationde cesdoctrines,que nous
sont venuestoutes ces superstitionscontrelesquellest'Égtise n'a
cesséde lutter dansles premiers siècles,c'est-à-diretant qu'elle
a été éclairée ces croyancesauxsorciers, aux présages, aux ma-
giciens, etc.
LeMahométisme,né en 632, époque ou commencet'Hégire,t
étaitmoinsredoutablepour là civiHsationseulement,ileûtouvert
au progrèsune voie plus lente et plus difneileque cellequ'ont
tracéeles Français.A vrai dire, leCoraMestrËvangilederOrieat,
c

~4 ntSTOJRi.: DES FRA~ÇAtS

Evangilebienaffaibli, tout imbudes passionseharnetieset ambi-


tieusesde son auteur; cependant, en beaucoupde choses, c'est
une imitationdu Saint Livre. Le 'Mahomëtismeen effet est
filsde l'Arianisme.Parce que Anus avaitenseignéque Jésus n'é-
tait qu'un prophète,Mahometvint
dire qu'il était, lui, le dernier
prophète, et il fut cru des populationsoù FArianIsmeavait sé-
journe, et où il l'avaiten quelquesorte annoncé.
Le vicecapitalquirendit.le Mahomëtisme
anti-progressif,fut
d'avoir confondudans les mêmes mains les deux
pouvoirs, le
pouvoirspirituelet tejMuvbirtemporel, et par suite d'avoiréta-
bli enprincipeque ta justiceet ta raisonétaientlà où résidaitla
force. Chezles Chrétiens, au contraire, on enseignaitquela jus-
tice et ta raisonrésidaientlà où était le dévouement.Le Maho-
métismeprofessaitune doctrinesur ta Providence,telle,
qu'it en
résultaitque tes chosessocialesétaient gouvernées
par un iata-
lismeabsolu. Chez tes Chrétiens,au contraire, on
disaitqu'on
acquérait, par ta foi, la grâce,c'est-à-dire, ta IIbertë dechoisir
entré lé bien et temat. Aussiles destinéesdes deuxsocietësfu-
rent biendifférentes. Les Musulmansne purent avancerdans la
carrière de la civilisationque par là volontédu pouvoir; les
Chrétiens,au contraire, n'ontcesséde marcher, mêmemalgréle
pouvoir.
Or, de ces trois doctrinessocialesque ta nationalitéfrançaise
rencontra, etteënanëantitdeux, etellebattitet repoussat'autre.
L'Arianismeet le Paganismefurentconduitsà leur destruction
te Mahomëtisme fut chasséet vaincu.

CHAPITRE DEUXIÈME.

HISTOIRE DES FRANÇAIS SOUS LA PREMIÈRE RACE.

LAlignepolitiquedes rais françaisétaitécrite danscetteprière


qui-termiaeie promue de la loi saiique! < Vh'eChrist! il aime
SOUS LA PREMIÈRE RACE.

les Francs qu'il conservete royaume;qu'il remplisseses~ma-


gistrats des lumièresde sa grâce, qu'il protège l'armée; qu'il
nousdonnele méritede prouver notre foi qu'il nous accordeles
joies et la félicitede"la paix! que Nôtre-SeigneurJésus-Christ
nousaccorde'desrois pieux!car nous sommescettenationbrave,
et forte, quisecoua,~Iesa tête, le dur joug des Romains et qui,
après avoir reçu le baptême, orna somptueusementd'or et de
pierres précieusesles corps des saintsmartyrs que les Romains
avaientbrûles par te feu .massacreset mutitéspar le fer, et fait
déchirerpar tes bêtes.
Ctovis devenu,en 497,roi des forcescatholiques,des contrées
situéesentre la Meuseet la Loire, se hâta de prouverquetelle
était sa loi politique. Il marcha d'abord contre tes ariens, de
Bourgogne, et lessoumitau tribut. Hlaissa surleur territoireun
campde cinqmilleFrancs. Ensuite,dit GrégoiredeTours, il ditt
encoreune fos aux siens < î! m'est triste de voirces Goths
ariens,posséder une partie des Gaules.Allons, avec l'aide de.
Dieu, allons'vaincre,et soumettons-nous cette terre. Il attaqua
en.effet tes Visigoths, il ressaisit l'Auvergneet le Poitou, et
4!!
poussamême,sesarméesjusqu'au pied des Pyrénées. Maisces
conquêtesne furent pointsolides et son pouvoirresta incertain
etdisputë dans presquetoutestes provinces.En effet,it n'y avait
alors qu'un moyende ~'assurer une contrée
c'était d'y asseoir
Uncamp et d'y fonderun corps de Ëefs. Or, il n'y ~vaitpas
alors en France assezd'hommesde guerre pour fournir à de si
nombreusesgarnisons.Aussi ce'ne fut que plus tard que ta
Bourgognefut soumise, et les Visigothschassés.H né lui resta
pour le momentque les contréesouïe peupledes citésétaitassez
nombreuxpour pouvoirse garder iui-même.ïtparaiteneffetque,
de partout, les Catholiquesdes villesavaientappelé la domina-
tion de Ctovis,et l'on doit penser,qu'ils Srenttous leurs efforts
pour se conserversoussa protection.
Ce fut sans doute en grande partie parce qu'il manquait
d'hommesde guerre, que Clovisse dé6tdes roisde Cambrai,de
Cologne,et d'uncertain Cararicqui commandait,à cequ'i!parait,
? mSTOtRE DES FRANÇAtS

ducôtéde Verdun,etqu'ils'acquitpar sesnégociations l'obéissance


des Francsqui leur étaientsoumis.Lecorps le plusconsidérable
des feudatairesdont il conquit la possessionpar ce moyen, fut
celuides soldatsnommésplusparticulièrement Ripuaifes. II était
composéd'une populationmilitaire instituée par. les Romains
pour défendrela frontièredu Rhin. Il occupaitle triangleformé
par le cours de ce fleuve, et ceux de la Moselleet de la Meuse.
Ce vaste camp avai~été formé primitivementde troupesro-
maineset recruté d'hommesde toutesnations.Il s'était révoltéet
s'était donnédes rois indépendans,Iprs des grandesinvasionsdu
commencementdu siècle. II étaitdoncpar son origine, et ses ha-
bitudesmilitaires,tout forméà la disciplinede l'armée de Clovis;
il étaitde la mêmerace militairequecelle répanduedansle reste
des Gaules, dont ce roi avait été proclaméle chef. En s'unis-
sant auxFrançais,il reconquitsa famiUe.
Nousne nousarrêteronspas davantagesùr les actesde Clovis.
Eneffet, nousnenoussommespas proposéd'écrire une histoire,
maisdé tracer une esquissesuffisantepour prouverl'exactitude
de nos généralités. Il nous sufËt doncd'avoir montré Clovis
Sdèleà sa missioncatholique.Nousallonscontinueravecla même
brièvetél'examen des évënemensqui signalèrent te commande-
mentde ses fils.
SMceeMMKcte Clovis. A sa mort, le royaumefut partagé en-
tre ses quatre fils. Thierry eut le département,de l'Austrasieet
des Allemandsqui occupaientles bords du haut Rhin; il résidait
à Metz. Clodomireut pour résidence Orléans, ChildebertPa-
ris, et ClotaireSoissons. De ces quatreprinces, Thierry seul
avait commandéles armées. II avait conquisl'Auvergneet le
Quercypour soitpère, et combattucontre les Goths d'Italie.
L'histoire ne nous apprend pas que les autres aient joué le
moindre rôle militairependantla vie de Clovis.Ils étaient, en
effet, encorefort jeunesà sa mort:le plus âgéavaità peinedix-
sept ans. Cependantle partage existaet restasolide.Il est donc
très-probablequeThierry, quiétait l'aîné, et déjà père d'un fils
(m.eles chroniquesappellentbeau et utile, qui était fait aux af-
SOUS LA PREtHÈRE RACE. 47

fajres.etd'aiIleursHemanquait pas d'ambition,qui avait assezpeu


de bienveillancepourdes frères nësd'un autrelit et du sangde
Clotilde,lorsque lui-mêmen'était Sisque d'une Gancubme, il est
très-probable~disons-nous qu'il nefut empéchë"leréunir tout
le royaumesous sa main que par la prévoyancede son père.
Des généraux, sans doute, avaientété chargesde conserver:une
portiond'autoritéaux énfansqu'il chérissaitle plus,et, en outre,
leur mère y veilla.
Quoiqu'il ensoit, peine les jeunesprincesfurent-ilsarrives
à l'âge d'homme,qu'onles voit poursuivretes projets de leur
pere~soit isolement,soit en unissantleurs forces. La Bourgogne
fut définitivement conquiseaprès plusieurscampagnesdans l'une
desquelles Clodpmirfut tue, Les Visigoth~furent rejetês en Es"
pagne, et une arméefrançaisepassa mêmeles Pyrénées.
Thierry d'Austrasie fut celui des quatre frères, qui prit le
moinsde part à cettecommunautéd'expéditions aumoins le 6t-
il toujoursavec répugnanceet par nécessite.Cependant,ce fut en
ralliant à Çlotau'e qu'il conquitla Thuringe. Les motifsqu'H
donna a ses soldats pour les encouragerà cette expéditionsont
curieux à citer, parcequ'ils furent fondessur des griefs que les
provincesde France élevaienten communcontre le peuple de
Thunnge. < Souvenez-vous, leurdit-il, que ces gens ont'ëfë pour
vos pères les plus cruels et les plus perËdesennemis ils ont
égorge leurs otages ils ont saccageleurs terres ils ont tue et
tortureleurs ehfans et leurs femmes,etleurs~Ierges;ils ont li-
vre leur corpspour pâture aux chienset aux corbeau~.Aujour-
d'hui ils manquentà leur foi t eh bien nous avonsdroit. Avec
ji'aidede Dieu, allons.
Thierry ne voulutpointparticiperà la dernièreexpéditionqui
reduisttia plus grandepartie delà Bourgogneen provincefràn-
~se. Mais il pouvait donner pour motif, qu'il était allié par
tgS femmes à la famille royale de ce pays. Il avait d'ailleurs
quelque mécontentementcontre CMtdebèrtde Paris, l'un des
envahisseursdela Bourgogne,qui, pendantqu'il était occupéen
Thurmge,s'était rendu maître del'Auvergne.Il profita même du
'? It!STO!RE MES I~ANÇAM

tempspendantlequelcelui-ciguerroyait,pour remettreFAuver-
gne sousson commandement.Nousdironsquelquesmotsde cette
expédition,pâtée que, suivantnous, ellea été présentéesousun
jour faux, par les écrivainsmodernes.Ils ont eu le tort, Ici,
comme dans plusieurs àutrescirconstances, de ne consulter
qu'une seuledes chroniquesdu temps.
Thierry, dit-on,ne voulantpas aller en Bourgogne, et pressë
par les siens,qui regrettaientcette occasionde fortune,leur dit
Je vais vousconduiredansun pays où vous trouvereztout ce
que votre cupiditépeut désirer: » etil les conduisiten Auvergne,
et toutela contréefut ravagée.Tel est te fait qu'on a rapporte,
et qui peut servir à prouver que chacundes filsdu prince était
roi d'un royaumedifférent,et non commandantd'un corpsd'ar-
mée dans un même royaume.Voici/maintenant, tes faits qui
ont été négligés.Thierry avait délivréce pays de !a domination
des Visigoths.Dans certainslieux il avait établi des feudataires
pour le garder; dans d'autres il avaitreçu le sermentde ceux
qu'il avaitvaincus,Mecque plusieursfussentsouillésde !à lèpre
Arienne.En effet, quelquesannéesplus tard il,fallutfaire une
nouvelleguerre dans ce pays pour y éteindrel'Arianismequi
avait reprisles armes. Or tousces hommesmanquèrentà leurs
sermens, en sed.onnantàGhudebert. Les sénateursde la cité
d'Auvergne faillirent aussi leur foi Ils profitèrentde leur-in-
dépendancepour changerde maître. Thierry les punit cruelle-
ment, et il employale moyenbarbare usité dansces temps de
guerre, pour assurer la fidélitéde la province il en changeales
seigneurset les gardiens. Quelquesviolencesfurent commises
contreles églises;maisil y a des preuvesque leurs auteurs fu-
rent sévèrementpunis (I). –
On trouveà cetteépoqueplusieursactesd'une égaleviolence,
qui exprimentla jalousieque les frères avaientles uns pour îes
autres, et le désirque chacund'eux avait d'être seul roi. Mais
aussion en trouveplusieursoù se marqueune hauteet commune

(t)voyezDeM//wcK/~
S. 7K//fMf.
Mccf. desBëtiëdiet.
t. n, pag.466.
LA PREMt&RE
SOUS a,ez
aama RACE.
r,U.£lJU-,II:'a.t.a:t.n.a: 49

intelligence.Nuldouteque ceux-ci n'aient eu lieusousl'inspira-


tiondes Évêques;dansplusieurscirconstances,nousen trouvons
la preuvedans les chroniques.C'est souscetteinspirationquefat
entreprise l'invasiond'Italie, et la guerre contreles Ostrogoths
ariensqui l'occupaient.C'estde toute probabilité,par le même
conseil, qu'on envoyade l'autre côte des Alpes, à la solde
mêmedes Goths, dix milleBourguignonsariens dont on se dé-
barrassa de cette manière,et que plus tard enfin, les Francs
conduisirentunearméenombreused'Allemands,pourfaireunéta-
blissementehItalie. Ils y périrent autant par maladies que par
les armesde Narsès.
Ainsi, malgréla divisionde la successionde Clovis,la France
agit avecune grande unitédans le sens de son but catholique.
Cettedivisioncessaen558,alorsqueClotaire,par la mort de tous
sesfrères et deleurs enfansmâles,se trouvaseulroi des Français.
L'Empirecomprenaità cetteépoque,non-seulement toutle terri-
toire situé entre les Alpes, les Pyrénées,la meret Je Rhin; mais
encorela Thuringe, laSuisseet une partiede la Bavièreactuelle.
Lorsqu'onlit ledctaiMesguerresentre frères, il estune chose
qui secomprenddifficilementc'est comment, pourallerd'unepro-
vincequi leur étaitfeudataire,dans uneautre quileur était égale-
mentsoumise,ilspassaientavecleur arméesurunterritoire qui ne
leurappartenaitpas,etqui même,enne tenantcomptequedu nom
du roi qui l'avait en partage, eût dû leur être hostile.Ce faitse-
rait incompréhensibleaujourd'hui.Voici commentil s'explique.
Chaqueroi avait aveclui une petite légionde fidèlesqui l'ac-
compagnaitpartout. Les Romainsappelaientcette espècede sol-
dats mettes coHM:tt<eHses. C'était à l'aidede ce corps plus ou
moinsnombreux qu'il pouvait faire la guerre civile. Il nous
paraît à peu près certain qu'ils n'avaientle droit de faire sortir
les feudatairesde leurs provincesque dans le cas d'une guerre
nationale.Or, quel que fût le territoire qu'un roi traversât, il
rencontrait, sans doute, des campsde soldats ripuaires; mais
ceux-cile respectaientcommeundeleurschefs, lelaissaientpas-
ser, sans chercherle but de sa marche,assurésqu'il n'avait rien
T. t. 4
~0 !MSTOUŒDESFRANCA!S

à leur commanderqui ne fût national.H n'en fut plus ainsidans


les troublesquimarquèrentla successionde Clotaire.
&<ccesMOM (<e Clotaire. Ce princemourut en 361. Il laissa
encorequatre fils, dontle moinsâgé avaitvingt-cinqans, et qui
se partagèrent le commandement du royaume. Chérebert eut
Paris; Gontran, Orléanset la Bourgogne;CMperic, Soissons;
etSigebert,I'Austrasie.Chacuneut une part destributs del'Aqui-
taineet de la Provence,afin qu'ils fussenttous égalementinté-
ressésà les défendre.
Le tempsde cette successionfut, à la différencede celuiqui le
précéda,plus occupede guerrescivilesque de guerres sociales.
Il semblequ'au fur et à mesurequ'ons'éloignede Clovis,l'esprit
et l'intelligencedu nouveaubut socialallaients'amoindrissant,et
qu'en mêmetempsque l'énergiemilitairetrouvaitmoinsd'occa-
sionsde sedépenseren actesutiles, elles'employaità se détruire
elle-même.Il y eut quelquestentativesd'invasiondans l'Italie,
alorspossédéepar les Lombards,maiselles furent dépourvues
de vigueur, et ellesavortèrent.
Les deuxgrandesfiguresqui dominentla guerre civile,qui sé-
parales frèreset leurs fils, sontcellesde Brunehautet de Frédé-
gonde.Dansleurslutteset leurs haines,tout sembleégoïsme.I!y
avaitcependantencoreun autre élément; c'est que l'une, Bru-
nehaut,étaitétrangère,de sangvisigoth.arienned'éducation, chré-
tienneseulementpar mariage;l'autre était catholique,et denais-
sanceinférieure.Auspile parti de Frédégondel'emporta enfin.
Clotaire11,son Sis, se trouva, en 614, uniqueroi des Français,
par la mort de tous ses compétiteurs.
C'est dansles Chroniquesoù on lit l'histoirede ces troubles,
que l'onrencontre,pour lapremièrefois,le nomdeducet celuide
mairedu palais.Ceschefssecondaires,qui commandaientdirec-
tementle corps de iidèlesattachésà la personnedu roi, acquirent
en effet une grandeimportancedansune guerre entretenuepar
deux femmes, non-seulement pendantla vie de leurs maris, mais
encoresousle nomde leursenfans.Nousen avonsfait connaître
la raison.Il se trouva, lorsqu'ellefut terminée, qu'il y avait un
SOUS LA PREMIÈRE RACE. Si

mairedu palaisen Bourgogne,un autre en Autrasie, et un autre


enNeustrie.
ClotaireII mouruten 628.Il laissadeuxfils Dagobertet Ca-
ribert. Il avaitassociéle premierau commandement,en lui don-
nant la garde d'une frontièretoujoursmenacée,toujoursincer-
taine, cellede l'Austrasie.
Succession deCtofaire.– DagobertassociaCaribertaucomman-
dement.Il luidonnalegouvernementdelaProvenceetd'une partie
de l'Aquitaine,et, pour résidence, Toulouse.Mais il ne tarda
pas à setrouver seul roi par la mort de sonfrère.
Le règne de Dagobertne fut occupéque par quelquesactes de
conservation.LaFranceresta,d'ailleurs,immobiledans sesfron-
tières. Ce prince mourut en 658, laissantdeux fils, dont il avait
déjà associél'aînéau gouvernement,enlui donnantle commande-
mentde l'Austrasie.Il avaitrecommandéle secondpour le com-
mandementde Neustrieet de Bourgogne.
Successionde Dtt~o&ert. – Sigebert, son fils aine, qui était
déjà roi d'Austrasie;n'avait pas encoreatteintdix ans. Clovis,
sonsecondfils, fut élevé au gouvernementdu restede la France,
par les soinsd'~Èga,maire du palais, et de sa mère Nanthilde.
Pepin, mairedu palaisd'Austrasie,révéqMe Cunibert,et quetqùes
grands officiersde la cour de Metz, vinrentà Compiègnepour
faire le partage, et ils emportèrentaveceux la portion d'héritage
qui revenaità Sigebert,dans les trésors de son père, c'est-à-dire
dansles biensqui lui avaientappartenuen propre.
Ainsi,,dans toutela Francé, les maires du palais, qui pre-
naientaussi,avecraison, le titre deducs de Neustrieoud'Austra-
sie, puisqu'ils commandaientles deux grandes divisions de
l'arméefrançaisedistinguéespar ces noms;cesmairesse trouvè-
rent chargésdu commandementréel du pays. Dèsce jour, ils ne
cessèrentplus de gouvernerla fortunede la France.En effet,il
se trouvadeuxmotifspourquecetteinstitutionprimât la royauté.
D'abord, les rois n'étant plusforcésà l'activitépar l'incertitude
et l'agitationdu milieuoù ils vivaient;n'ayantplus dansles Gau-
les d'ennemisdu Catholicismeà combattre, et, par suites dé-
S3 H:STOIRH
DESt'RANÇAtS
s
pourvusde toutepassionsociale,
sociale.carcar on ne leur en avait
avaitnas
pas en-
seignéd'autre, lesrois se laissèrentalleraux appétits qui vivent
toujoursdans te cœur des hommes,parce qu'ils font partie de
leur chair; ilss'abandonnèrentaux voluptésde l'égoismeou au
simple désir du salut personnel, qui est une autre espèced'é-
goïsme.Dagobertendonnale premierl'exemple et, du moment
où les.ducsdu palais, où ces majors-générauxde l'arméefran-
çaise eurentà gouvernerdes rois enfans, ils ne leur permirent
pointd'acquérirl'intelligencedupouvoir.Nousallonsvoirla suc-
cessionde Dagobertoffrirles premiersexemplesde ce calcul.
JLesmairesconservèrentsurlesrois toutl'avantagedel'habileté,
parceque leur ambition avait un but, et, surtout,parce qu'us
étaientchoisisparmi les plus capables.Leur électionse faisaitde
la manièresuivante Les principaux officierset
magistratsde
l'armée, ainsi quelesÉvêques, étaientconsultés.Le roi nommait
d'après leur avis.Il dut doncdevenirtrès-facilede préparer une
élection,surtout sousun roi enfant.
Leschroniqueurscommencentalors à parler des successions
des maires, commeils parlaientde celledesrois et de celledes
Évêquesmétropolitains.Ainsi,ils nous~apprennentque Pepin et
~ga étantmorts, ils furent remplacéspar Grimoald,à Metz,et
par Erchinoald,à Paris. H en était ainsi en 636, lorsque Sige-
bert vintà mourir, et laissaun filsenfant.Le duc de son palais
fit raser ce jeune enfant, et le fit déporte:-en Angleterre.En sa
place, Grimoaldproclamaroi son propre n!s..Mais c'était un
essaitrop hardiet trop neuf, qui révolta l'opinion
publique.Ce
duc et le roi de sa créationfurent arrêtés, et ClovisH se trouva
unique roi de toute la France, avecdeux mairesdu palais.Le
traître Grimoaldavait été remplacépar un chef austrasien
qui
avaitnomUlfoald.
ClovisH mourut peu de temps après cette réunion, laissant
trois fils en bas âge, et la réputationd'un esprit faiMe.Les
chroniquescitent de lui plusieurs actes d'une compatissante
bonté. Bathilde, sa femme,reçut le titre de sainte.
&fee~:om ClovisIl. Il semblaitque la France allait se
SOUS~.1r..
IJIJU'"PREMIÈRE
LA.CJ.¡'¡'U.J..L:.IJ.I:.I RACE.
..U.lL'-a.J.:<. 55
t.n¿

~J. t~–– ~~Tf_)_i~t~ t*


séparer eu deux royaumes, celui de l'Austrasieet celui de
Neustrie, parcequ'ily avait deux maires, et que la Nécessitede
défendre une frontière plus menacée que toute autre avait
rendu nécessaire,sousle dernier règne, de maintenirà Metz un
second duc du palais, commeil avait été auparavantjugé utile
d'y placerun roi. En effet, contrel'usage suivijusqu'à ce jour,
les trois frères ne reçurentpoint un commandement:deuxseule-
ment reçurentte titre de roi, Clotaireen Neustrie,et Chitdéricen
Austrasie. Presque en même temps Ebroin succédaità Erchi-
noald, commemaireà Paris.
Cettetendancequi menaçaitde romprela nationalitéfrançaise,
fut énergiquementcombattuepar les Évêquesaussitôtqu'ils ~en
trouvèrentl'occasion.
Ellese présentaà la mort du jeune Clotairede Paris. Ebroïn
l'avait remplacé aussitôt, en appelant sur le trône son jeune
frère, Thierry, celui-làmême qui avaitété oublié dans le pre-
mier partage. Cependantles Françaisexcitéspar Saint-Léger,
évêqued'Autun, se révoltèrentcontrece choix et contreÉbroïn.
Ils accusèrentcelui-ciet lui imputèrent à crimedes actes qui
peut-être avaientété justes. Ils appelèrentà les gouvernerChil-
déric de Metz, et Ulfoald,son duc du palais.Quant à Thierry
et à Ëbroïn, ils furentraséset enfermésdans un monastère.
Maitcet arrangementne put durer. Saint-Léger, devenusus-
pect, fut chasséet enfermédans un couvent.Soit à causede
ce crime, soit par suite de ses habitudesvicieuses,le nouveau
Roi devintodieux aux peuplesde Neustrie: il périi~misérable-
ment, tué par un Franc qu'il avaitinsulté.Alorsle royaumefut
plongédS!nsle désordre, et ce fut de ce désordre mêmeque l'u-
nité cherchéesortit toute puissante.
D'abordles hommesde Neustrieet de Bourgognerappelèrent
au commandement royal cejeune Thierry qu'ils avaientchassé,il
n'y avaitque quelquesannées.Il prit pour mairele fils d'Erchi-
noald, un parent de Saint-Léger,nommé Leudèse. Maisil fut
bientôt forcé de l'abandonner, et de recevoir,pour son duc,
Ehroïn, qui avait profité des troubles pour s'échapper, pour
S4 HISTOIRE DES FRANÇAIS

rassembler et armer sesamis. D'un autre côté,Utfoa!d, maire


d'Austrasie,envoyachercherenAngleterrele filsdéportéde Sige-
bert, et le fit roi sousle nomde Dagobert.Ainsil'orient et l'oc-
cident de la France furent encore en apparencemaintenussé-
parés. Mais ces deux contrées étaient déjà depuis trop long*
temps membresd'un mêmecorps; ellestendaienttoujoursà se
réunir. C'est par la guerre que cette attractionse manifesta.Les
deux rois, lesdeux maires, vinrentmesurerleur fortunesur le
champde bataille, et remettre aux chancesdu combatleur droit
au souveraincommandement. Ttagobert de Metz y trouva la
mort. Le vieil Ulfoaldse trouvait remplacépar deux jeunes
dues, Martinet Pepin dit d'Hërista!,qui se targuèrentdu droit
de leur élection, et refusèrentde reconnaîtreEbroïn pour leur
maire. La guerre continuadonc. Ebroïn, fort de sa vieilleex-
périence, eût triomphé, sans' doute;déjàil avaitmis en déroute
ses nouveauxennemis,lorsqu'ilpérit, assassinépar un Franc
qu'il avaitprivé de sesbiens.
Alorsla chancetourna ellé fut pour le maired'Austrasie.
Thierry ne sut pasremplacersonmaire;sonchoixfutcontrariéou
ne tombaque sur des hommesviolenset incapables.Lors donc
que Pepin vinten appelerencoreune fois, selonsonexpression,
au jugementde Dieu, le représentantde Thierry fut vaincu, et
lui-mêmefut obligéde reconnaîtreson ancienennemipour !g
premier chef de ses Hdètes.Cette guerre de Pépin contre son
roi fut une chose grave, dont il faut,lire la narrationdans les
annalesde Metz.Il ne négligear?enafinqu'on lui donnâtle titre
de défenseurdu droit national,de protecteur de la religionet
des coutumes militaires. En effet, sous Thierry, toutes les
croyancesavaientété offensées ses ducs avaienttraité les peu-
ples, nonpas en frères, maiscommeun domaine, en établissant
des impôtsqui n'étaientpas dus.Ils avaientprofondémentblessé
les sentimens religieux: par l'ordre d'Ebroin, Saint-Léger,
Évêque, l'hommed'églisele plusrespectéen Neustrie, fut tor-
turé, mutilé, traité avec une cruautéqui rappelaitles anciens
martyrs. Enfinlescoutumesn'avaientpas mêmeété respectées
SOUS LA PREMIÈRE RACE.

les grades, les commandemenset les fiefs avaientété ôtés et


donnéspar caprice, sans respecter les règles du serment. H fut
donc facileà Pepin de se faire passer pour le restaurateurdes
ancienneslois.Il s'était, d'ailleurs,entouréde milleprécautions
il menaitaveclui un corps d'exilés; il avaitpour conseillersdés
ecclésiastiques. Ainsi, il réussit, et un de ses premiers soins,
fut d'assemblerun
après s'être fait reconnaître de Thierry,
concilepour y arrêter les moyensde réformerlesabus.
En 690,quatre ansaprès ces évënemens,Thierry mourut, seul
roi des Français. Il laissadeux fils, Cloviset Childebert.Mais
ses successeurs cessèrentd'être rois de fait leurs nomsne firent
que servir de prétexte à l'autorité des maires. Nous cesserons
donc de suivre la successiondes princes de la race de Glovis,
pour nous occuperde celle des maires.
Pépin, pour faire passer son pouvoiret son titre à ses enfans,
se servitdes moyensqui avaientété usitéspar les rois il associa
ses filsà son commandement,donnantcelui de Neustrie à Gri-
moald, et celui de Champagneà Drogo. Pendant ce temps, il
ne fit reconnaître qu'un seul roi. Cefut d'abord ClovisIII, puis
Ghildebertït, puis ensuitele filsde ce dernier, Dagobert Il,
car lâ dominationde Pepin consommapresquetrois viesde rois.
Il mourutsousle règnedu dernier, en 714.
Les arrangemensqu'il avaitfaits pour assurerdans sa famille
l'héritage du pouvoirfurent méconnusà sa mort. C'était un
usagenouveauqui n'avait pas l'appui du temps, et qu'il était,
à causede cela, difficilede réaliser. Pendant sa.vie, nul n'avait
pensé' à s'opposer à ses volontés.Il s'était, en effet, rendu
maîtrede l'opinion publique, autant par le respect qu'il por-
tait aux coutumes militaires, que par son zèlepour propager
le Christianismeen Frise, par les armeset par les missions.
Lorsqu'ilne fut plus présent, le sentimentdes vieuxusages se
réveilla, et l'ambition des principaux chefs-militairess'en fit
un moyen d'ailleurs Pepin ne laissa en mourant que desfils
jeunes encore Grimoald'et Drogo, ses aînés, n'existaient
con-
plus. Les Neustriensrefusèrent obéissance à sa race,
S6 HISTOIRE DES FRANÇAIS
.yna~

duitspar Rainfroy,leurmaire,ilsallèrentattaquersesfilsjusqu'en
Austrasie,et les assiéger dans Cologne. C'est à prix d'argent
quecetteviiïefutsauvée.
Il semblaitque la Providenceeût décidéquela Francepasse-
rait sousle gouvernementdes Pepins, et voulûtleur épargnerle
désavantaged'une guerre illégale et sans droit. La séparation
était à peinecommencéelorsquemourut Dagobert,dont le nom
servit de titre à Rainfroy..Le droit des deux mairesà élirele
roi était alorsle même.En effet, le duc d'Austrasie, Charles
Martel, et le duc de Neustrie, élurentchacun le leur,' et com-
battirent au mêmetitre. On sait que, danscette lutte, Charles
l'emporta; il chassaRainfroyde Neustrie.Son roi étant venu à
mourir, il retira de l'AquitaineChilpéric,i'étude Rainfroy, le
fit reconnaîtrepar lui, et assit, en 719, sur le trône, comme
maîtrede toute !a France,cet obscurrejetonde laracede Clovis.
Ainsiles Françaisse trouvèrentavoirà leur tête un duc élu en
Austrasie,et un roi proclaméen Neustrie.
Au milieudes désordres de cette guerre civile, la-Francefut
appelée à combattreau Nord et au Sud; au Nord, contre les
Saxons, qui venaientde conquérir la Thuringe; et au Midi',
contreles Sarrasins, qui s'étaient établisau pied des Pyrénées,
avaientpris Narbonne, Carcassonne, Nîmes, et s'épanchaient
dans l'Aquitaine.Charles, à la têtedes Austrasiens,courutcom-
battre sur !e Rhin,et Eudes, duc des Aquitains,joignantà ses
troupestoutescellesqui accoururentde Neustrie,marcha,en725,
contrelesSarrasins.
Leur arméefut anéantie, et tout ce qu'ils avaient conquisfut
recouvré avec une vitesse et un massacred'hommesdifficileà
croire. Ce fut le premier revers que les Musulmanseussent
éprouvé, et la premièrefois qu'ils reculèrent dans cette car-
rière de victoiresqu'ilspoursuivaientdepuisle fondde l'Arabie.
Aprèsces victoires, la guerre civile et les intriguespour la
possessiondu pouvoir recommencèrent,mais avec moins de
violence.Charles Martel était reconnu dans presque toute la
France;.ï! restait cependant, encore, Rainfroy,en possession
sous LAPREMIÈRE
RACE. S7

d'Angers le duc de Bourgogneet le duc Eudesqui prétendaient


à l'indépendance.Charlesse débarrassa facilementde son com-
pétiteur d'Angers, maisil n'en fut pas de mêmedesdeux autres
ducs.
Une nouvelle invasion des Sarrasins, en 752, vint pacifier
pour un moment la France. Eudeset Charlesréunirentleurs
forcesdans ce péril commun,elles Musulmansfurent encore
une fois vaincusentre Poitiers et Tours. Charles, après cette
victoire, rentra aussitôtdans l'oeuvrede ramener la France à
l'unité;il alla soumettre la Bourgogne,et, en 736, la mort de
Eudeslui livra l'Aquitaine.Il se trouvaitdonc maire et duc de
toute la France lorsquele roi dont le nomlui servaitde prétexte
vint à mourir. Il avait été élu en 722, sous le nomde Thierry,
pour successeurde Chilpéric.Charlesne le remplaçapoint.
Aiind'assurer le pouvoirà ses enfans, lorsqu'il fut arrivéaux
derniers moisde sa vie, il les associaau commandement en don-
nant à Carloman l'Austrasie, à Pepin la Neustrie; la Bourgogne,
la Provence,etc., et à Gripponle pays de Laon.Il mourut en
741. Carlomanet Pepin, qui étaient enfansdu même lit, d'un
communaccord dépossédèrentleur frère et appelèrentau trône
le dernier rejetonde la race de Clovis,Chilpéric.Ils occupèrent
les premièresannées de leur généralatà faire reconnaître leur
suprématieet à ramenerà l'obéissanceles ducsprovinciaux,qui
cherchaientà échapper aux obligationsde l'unité française.Ils
portèrent aussi la guerre en Allemagneavecune violencequi
les rendit vainqueurs. L'obéissancen'était pas encorerétablie
danstous leslieuxoù les chefsde l'armée françaiseavaientdroit
de commander,lorsque Carloman, fatigué d'un rôle aussidif-
ficileet d'unepositionaussi disputée, abandonnason comman-
dementà son frère, et alla en Italiese rangerparmiles cénobites
du montCassin. Pépin resta seul maire du palais sousun roi
imbéciUe.Il pensaà fonderune dynastie,et résolutde l'appuyer
sur la seule basesolideà cetteépoque. Il envoyadonc au pape
Zacharie,qui répondit < Quecelui-làsoit roi de nom, qui est
roi de fait. En conséquence, en 75~, dans une assemblée
S8 HISTOIRE
DESFRANÇAtS
réunieà
réunie,à Soissons.et
Soissons,et comnosée nrincina))~fh~fs
composéedes principaux chefs de l'armée
et des Évêques les plus inSuens,Chilpéricfut dépossédéet en.
voyédansun couvent, et Pepin fut élu, et sacré par Boniface,
archevêquede Mayence.Trois ans après, le pape Étienne, venu
à Paris pour demanderdu secourscontreles Lombards,le sacra
de nouveau, ainsi que ses filsCarl et Carloman,en prononçant
sur leurtête ces mots Que nul Metoucheà l'oint dit Seigneur.
Ainsila France, qui avait reçu son nouveaunom et sa première
race royalede la volontéde l'Église, reçut encorede ses mains
la secondedynastiede ses chefs.
En terminantcette esquissede l'histoirede la race de Clovis,
nousferonsremarquerqu'ony trouveune confirmationcomplète
des principesque nous avonsémis dans le chapitrepremierde
ce livre. Tous lesévénemensfurenttels qu'ilsdevaientse passer
dansune armée, non-seulementquant au modede successiondes
chefs, maisencorequantà leur inSuencerelative, qui dépendait
surtoutdeleurhabiletémilitaire,et des servicesqu'ilsapportèrent
à la chosepublique l'autoritédes mairesdu palaisn'eut pas une
autre source.
Nous possédonsun très-petit nombredes actes législatifsde
cetterace. Outrela loi salique, celledes Ripuaires, celledes Al-
lemands, des Bavarois,etc., il y eut diversdécretsportés, soit
dans ces assemblées,qu'onappelaitplacitaou plaids, soit dans
les conçues, soitdansles synodes.La collectionde StephanBa-
luzerapporte le texte de huit décretsde ce genre. Le premier,
signé de Childebert, a pour but l'abolitiondes restes de l'ido-
lâtrie. Le second, porté sous ClotaireF' a unbut plus gé-
néral. Au milieude plusieursdispositionsdestinéesà assurer
l'ordre civilet moral,on remarquecelle-ci siun juge condamne
quelqu'uncontrela loi, que l'abus soit, en l'absencedu roi, ré-
primépar l'Évoque(art. vt). La troisièmepièceest un rescrit
adressépar Gontranauxévêqueset jugesdu royaume.Il se plaint
d'abordde la fréquencedes actesréprouvéspar les canonset la
loi puisil ordonneque tout le peuplesoitréuni à l'églisele di-
manche que là, l'enseignementpastorallui soitdonné,tireeom-
sOus LA PREMIÈRE RACE. S9

.· _1-
mande aux Evêquesd appeler eux tout ce qu'ils connajssent
d'honnêteet de respectabledans te clergé, les seigneurs,les ju-
ges, afinque la bonneparolesoit répétéedanstoutesleschaires
que si les méchansne se corrigentpas, il les inviteà veillerà ce
qu'ils soient punis, soit canoniquëment, soit légalement.–La
quatrièmepièce est un pacte entre Childebert et Clotaire, qui
contientdiversesdispositionspénales contre lescrimesparticu-
liers. – La cinquièmepièceest un décret de Childebert,relatif
encoreà des crimes particuliers. Ici les peines sontinversesde
cellescontenuesdansla loisatique le Salique, ~!C!M..est taxéà
une amende plus considérableque le Romain. – La sixième
pièceest un décret du roi ClotaireIL Celui-ci, en.tre plusieurs
le
dispositions,cpnfirmele droit d'asylèaux Églises seulement
serf qui s'y retirerait serarenduou racheté.-La septièmepièce
est un édit du. même Clotaire, porté dans le concilede Paris
en 675. On peut y remarquer les dispositionssuivantes dans
les affairesoù un ecclésiastiqueest intéresse, le tribunaldoit être
ne
composédu juge publicet d'unélu de l'église nulaffranchi
del'E-
peut être attaqué sur sondroit à la libertéqu'en présence
contre
véque tous les impôts,census, injustementajoutés, et

lesquelsle peuple réclame, sont supprimés, etc. La huitième
pièceest un rescrit du roi Sigebert, dans lequelil se plaintque
l'Églisetiennedessynodes,sans qu'il ensoitInstruit.Il ne prétend
nullementattenterà la libertédes Ëvêques;maisil ordonnequ'on
luifasse connaîtrele lieu et le but des synodes,futurs,annqu'it
saches'ils ont lieu dans l'intérêt de l'Église oupourl'utilité de
son règne.
On voitparces exemplesque l'époquequenousvenbnsdepar-
courirne fut pas moinsoccupéede l'éducationdu peupleque de
l'extensionde l'Empire. Les décretset les édits dece genre du-
l'on s'occupait
rent être fort nombreux, car les assembléesoù
nécessairementde questionsde législationfurent extrêmement
citésen
fréquentes,Il y a près dé cinquanteconcilesou synodes
France sousla première race, sans compterles plaidsgénéraux
et particuliers.
60
V"~ HISTOIRE
~iOlUJtm.. jL)JtB
DES FRANÇAIS
tHAi~~AtS

L'unionde l'égliseaux magistraturesciviles dansles plaidset


partout, est un fait constantpendantcet espacede temps, et il
est faciled'entrouverla raison.L'obéissancene
pouvaitêtrecom-
mandéeque par la forceou par la foi. Or, la force des souve-
rains étaitfaibleet sans influence,partout où ellen'était paspré-
sente, et surtoutdanslescités.H n'y avaitdoncqueles comman-
demenssanctionnéspar l'églisequi pussentobtenirl'assentiment
unanimedes grands commedes petits.C'était, en quelquesorte,
les rois qui sanctionnaientpour t'armée, et les Évêquespour le
reste du peuple.
C'està ce pouvoirde la religionsur les espritsqu'il faut attri-
buer t'inNuencedes femmessur les hommesde la seconderace;
ellesfurent leurs prêtres domestiques.

r
CHAPITRE TROISIEME.

HISTOIRE DES FRANÇAIS SOUS LA RACE DE PEPIN.

LoRS~c'ON examineattentivementl'étatde la Franceà l'époque


du sacrede Pepin on voitqu'elle renfermaitet qu'ellemanifes-
tait déjà tousles germesdontle développementavait, deuxsiè-
cles auparavant, amenéla 6n de l'Empireromaind'Occident.Par-
toutles générauxjd'armée, les ducsprovinciaux,tes comtesdes
cantons,cherchaientà secréerune indépendance,et àrendreleur
titre héréditaire chacunse laissaitallerà son ambitionparticu-
lière, et s'habituaità sacrifierl'intérêt socialau.sienpropre. Les
guerres entreles mairesdu palais, au milieudesquellesexpirala
descendancede Clovis,rappellentparfaitementcesguerresentre
les chefsmilitairesdelacourde Ravenne, et cesdisputesarmées
qui signalaientchaquesuccessionimpériale.Il est donc juste de
dire que la foi catholiquesauvala nationalitéfrançaise car c'é-
tait parce qu'elleétaittoute puissantesur les esprits,que l'Église
put, par l'impositionde ses mains, lui donner un nouveausigne
,'SOCSLA.RACEDEPEPtN. 6{

visibleet durablede son unité, en lui donnantune nouvelledy-


nastiepour la représenter
Or, l'Égliseavait, à cette époque,plusque jamaisbesoind'un
centrepuissantde forcematérielle.Elle était menacéepar une
invasionaussiredoutablequ'aucunede cellesqui avaientsignalé
le cinquièmesiècle. Le Mahométisme,maître d'une partie de
l'Asie, de l'Egypte, de l'Espagne, venaitfaire des coursesjus-
qu'auxportesde Rome.En Italiemême, elleavaitun enneminon
moinsdangereux, le royaumedes Lombardsariens.Ellen'avait
qu'un seul soldat à appeler contre tant d'assaillans,c'était la
France. Serait-ildonc étonnantque les Évêqueset les Papes Za-
charie et Etienne aient placéPépin sur le trône, aient travaille
à reconstituerl'unité française, seulementdans l'espérancedes
servicesque le Catholicismedevait en effet retirer plus tard dé
leur bras? Quant à nous, nouscroyonsque l'électiond'une nou-
vellerace royale, l'excommunièation lancéecontreceux qui ose-
raient rompresa succession,et l'institutiondu sacre, rétablitout
exprèsà l'Imitationde ce qui se faisaitenJudée, et le titre, donné
au chefdes Français, d'avocatet de défenseur de l'église nous
croyonsque toutesces chosesfurentfaitesavecune intelligence
complèteet une prévisionentièredes conséquencesqui devaient
<enrésulter.
Pepin,en recevantl'action,réunit enlui ledouble~caractèrede
RoietdemembredeI'ËgIise.ÎIdevint,en quelquesorte, selonl'ex-
pressiondeMézerai, l'un desÉvéquesdu royaume.Il futeneffetdu
nombrëdëspersonnessacrées,et dontlemeurtreétaitfrappêd'ex-
'communication. Lepeupledutle considéreralors commeprince,
égalementdansl'Église et dansl'armée.11est probableque lui-
mêmeeut une pareilleconviction;au moinsla mit-ildans tous
sesactes,et, en cela,il fut imitépar ses successeurs: ce furent des
chefsdesoldatsqui agirenten Évéques.
Dèsce jourles rois prirentle titrede rois par la grâce de Dieu.
Voici quelques-unesdes inscriptionsqu'on trouve[à la tête des
capitulairésou des lettresde Charlemagne:Charles,par la grâce
de Dieu, ~roiet directeurdu royaumedes Francs, dévouédé-
68 HISTOIRE DES FRANÇAIS
Il~ 1
fenseurde la Sainte-Église,et défenseuruniverselduSiègeApos-
tolique.Et cetteautre: Charles,sérénissime,auguste, couronné
par Dieu, grand, pacifiqueet invincible,empereur,gouvernant
l'Empire des Romains, et par la miséricordede Dieu roi des
Francs et des Lombards,saluten Nôtre-Seigneur,etc.
L'histoirede la racede Pepinse divisenaturellementen quatre
périodes. La première d'accroissement,pleine de gloire et de
magnificence:elle commenceavec le règne de Pépin, en 7S2,
et finit en 814;elle dura donc soixante-deuxans. La seconde
est un tempsde transitionqui occupetout le règne de Louisdit
le Débonnaire.C'est là leterme où s'arrête la grandeur de la
deuxièmerace, et c'est là aussique commenceet se prépare sa
décadence, époquede passagecompriseentre 814 et 840~La
troisième période est celle de la décroissance; elle s'étend
depuis 840 jusqu'en 888, époque où pour la première fois
la successionde Pepin fut rompue, et où l'on vit monter sur
le trône et commanderroyalement, un hommenouveau, étran-
ger au, sangde Charlemagnë.La quatrièmepériode est encore
un temps de transition; elle s'étend depuis l'époque où Eudes
fut nomméroi de France,jusqu'à l'intronisationdéfinitivede la
troisièmerace, c'est-à-direjusqu'en 987: elle fut longue, mais
elle conclutà quelquechosede plus grand que l'avènement
aussi
d'une race royale, car ce fut au milieudes désordresqui signa-
lèrent sa durée, que se prépara la sociéténouvelledont Hugues
Capetfut le premierreprésentant. y
Dans l'esquissequi va suivre nous nous servironsde cette
division nous l'adoptonsde préférenceà celle que nous avons
employéedansle chapitreprécédent.Les méthodesd'exposition
doivent être modifiées,non-seulementen raison du sujet, mais
encoreen raisondu but. Or, l'histoiredes Carlovingiensest au-
trement compliquéed'événemensdynastiqueset législatifsque
celle dont nousnous sommesprécédemmentoccupés. Il faut
pour qu'elle soit claire, qu'elle soit ramenéeà uneclassification
très-simple. En outre, notre but n'est plus ici le même.Nous
voulionsmontrerparticulièrement,dansle chapitre précédent,
SOUS t<A RACE DE PEPtN. @5 1

commentse transmettaitte pouvoir. ici, au contratre, nous


nous proposonsprincipalementde faire voir commentl'organi-
sationsociale fut changée; et, comment de militaire et civile
Qu'eue était, elle devintuniquementcivile:il a doncfallurecourir
à un nouveausystèmede narration.
L–Nous ne nous arrêteronspas a décrireles ëvénemens mi-
litaires du règne de Pepin et de Charlemagne:tout le monde
sait quels furent leurs résultats.Les frontières de la France,
versle midi, furentétabliesen Espagne, sur le cours del'Ebre;
en Italie, aux portes de Naples versle nord et le levant, sur la
Vistule; enfermantdans leur lignela Prusse, la Bohême, !'Au-
triche, une partie'de la Hongrie, et la Dalmatie tout entière
en sorte que, pendantplusieurssièoles,on à pu dire que l'his-
toiredetousIesroyaumesdel'Europeavaitsoncommencementdans
ceIledesFrançais.Par cesconquêtes,lenomd'ÀUemagne, qmëtait
celui d'un étroit territoire situé sur le Haut-Rhinet le Haut-
Danube, fut étendusur le vaste sol que nous désignonsaujour-
d'hui par ce mot. Lenomd'Austrasie, Auster-Rike,fut importé
sur te Danube, et de nombreusesvillesfurent fondées. Enfin,
en l'an 800,Charlemagnefut salué,à Rome,du titre d'Empereur
d'Occident,ét sacrépar le Pape. Nouspassonssur lesdétailsde
cette grandeur, pour nous occuperà constaterl'état de la con-
stitutionsocialedes Français, et noter les changemensqui y
furent introduits.
Pépin, pour assurerla successionde la couronne, suivit en-
core l'usage de ses prédécesseurs,ï! associases deux filsa!nësà
son pouvoir, Charles et Carloman.Le dernier reçut la plus
grande partie de l'Empire, maissa mort ne tarda pas à donner
le commandemententierà Charles, qui fut appelé, plus tard, le
Grand. Charlemagnelui-mêmene sortit pointde l'anciennecou-
tume chef d'une population étendue sur un immenseterri-
toire, afin de le garder et de l'étendre encore, il plaça aux ex-
trémitésles plus menacées,sousle nom de rois, des lieutenans
dont la foi lui étaitassuréepar les liensdu sang. Il plaça Louis-
le-Débonnaireen Aquitaine,et Pepin en Italie; lui-même,afin
g~ HISTOIRE DESFRAKÇ.US
de surveillerl'Est, séjournaparticulièrementsur le Rhin,dans
âne maisonroyale,M~<t quidevintplustardiavilled'Aix-
c<tp!<aMeK,
la-Chapelle.En6n,en8i5, lorsqu'ilvoulutassurerla successionde
lacouronne,dansuneassembléegenéraletenueàAix-Ia-Chapelle, il
associaà l'Empire leroiLouis-le-Débonnaire, assuraau filsde
Pepin, au jeune Bernard, le titre de roi d'Italie, et recommanda
ses autresenfansau nouvel Empereur. Ainsi, il est évidentque
Charlemagne,pour maintenir l'unitéde l'Empire, et conserver
cependantl'usagede partagerle commandement entre les enfans,
pensa à constituer un système hiérarchique dans la famille
royale, en établissantqu'un seulserait Empereur, queplusieurs
pourraientêtre rois, maisque ce titre seraitseulementceluides
premierssujets et des premiersûdèlesde l'Empire.Charlemagne
mort, sa penséefut établiecommeloi nationale, dansune assem-
blée qui eut lieu en 817 la quatrièneannéedu règne de Louis-
ie-Débonnaire,qui se trouvaitalorsseul possesseurde la succes-
sion, soit par la mort du jeune Roi d'Italie, soit parce qu'il
n'avait pas obéià la recommandationde son père, en faveur de
ses autres frères. Il faut lire dans les chroniquesdu temps, et
dans le préambulemêmede la Chartequicontientcette loi, com-
bien solennellefut cette décision.Cefut sur la demandede l'as-
sembléegénérale des Évêques et des Chefs militaires, réunie
selonla coutumepour traiter desaffairesde l'Égliseet du royau-
me, afinquel'Unitéde l'Empireque Dieu luiavaitdonnéeà con-
serverne fut point rompuepar un partagehumain,qu'après trois
jours de jeûne et de prières, Louisdéclaral'unité de successioni
ordonnantqu'iln'y aurait à l'avenirqu'un Empereurdontles rois
seraientlesvassaux.En effet, il associaà l'empireLothaire, son
fils aîné; il revêtit Pepin et Louisdu titre deRois, donnant au
la
premier le commandementde l'Aquitaine,des Pyrénées, de
Marched'Espagne, etc.; et au second, le commandementde la
Bavière, de la Carinthie,de la Bohême,desAvareset desSlaves.
Il ordonna que la successionde ces souverainscontinueraitde
mâleen mâle, par ordre de primogéniture,à l'exclusion des
Bâtards.
!MHM LA RA~Ë &E t'Epia.

Nous ne pouvonsrapporter les détailsde cette charte en dix-


huit articles, où l'on vouluttout prévoir. Nous ne citerons
que
l'article relatif aux cas de déchéance < S'il arrivait
(que Dieu
détournece malheur~),s'il arrivaitqu'un de nos successeurs,
par
cet amour des chosesterrestres qui ést la source de toutes nos
fautes, se laissâtentraîner à des actes d'oppressionet de dureté
contreles égliseset les pauvres, ou s'abandonnâtaux
voluptés
de la tyrannieet à ses habitudescruelles, d'abord
que ses ndèlcs
l'avertissenttrois fois, en secret, selonle précepte
du Seigneur;
s'il résiste, qu'il soit cité par sonfrère devant son
frère, a6n
qu'il soit averti et corrigé par ses conseils;s'il méprise,ces avis
salutaires, alors qu'il soit décidéde lui par la communesentence
de tous, afin que celui qu'une admonitionfraternelle.n'a re-
pu
tirer de la mauvaisevoie soit réprimé par la puissance
impériale
et le jugementde tous. t
Cettecharte fut jurée par tous les fidèles, afin, dit le
préam-
bule, que ce qui avaitété fait par la volontéde tous, fut conservé
et renduinviolablepar le dévouementde tous.
Les premièresannéesdu règne de Louis-Ie-Débonnaire furent
victorieuses,et laissèrentl'intérieurde l'Empire,obéir, dans un
parfait repos, à la législationadministrativeétablie par Char-
lemagne.
En 827, Ansegive,abbé par la grâce de Dieu, c'est le titre
qu'il se donne, réunit en une seule collection, par l'ordre de
l'Empereur, les Capitulairesde Charles-le-Gràndet de son fils.
C'est donc ici, selonl'ordre rigoureux de l'histoire,
qu'il faut
rapporter l'examende l'état de la France pendantla plus grande
splendeurde la deuxièmerace; car, c'est ici le pointextrêmeon
ellecesse de s'accroître, et auquel commencesa décadence.
Nousavonsà rechercher,dans ce code, si l'organisation-sociale
a éprouvé quelque changement profond qui puisse la faire
considérercommeessentiellementdifférentede cellequi existait
sousles rois de la premièrerace, ou, en d'autres termes, subi
des changemensqui la mettenten dehors des considérations
gé-
nérales
.t.~ nous MTwM
que u~~f) avons'Muu<xi
établies<tH
au t~iitujteMcerneut
commencement(te de cece u\re.
livre.
T.f.
66 HISTOIRE DES FRANÇAIS

En jetant un premiercoup d'œilsur cet ensemblede lois, on


est assuré querien n'a été changéà la constitutionprimitivede
la nationalitéfrançaise.En effet, on ne trouverien qui ait le ca-
ractère de ces réglemensgénéraux où sont écrits les systèmes
de réorganisationsociale.En outre, on aperçoitles nomsd'ingé-
nus, d~ curiales, de possesseurs,de colons qu'on appelle aussi
lidi, de serfs, de loiromaineou Théodosienne,de casati, d
bénéficiairesqu'on appelleaussi vassali, de fidèles ou barons,
de ducs, de comtes, de centeniers, déjuges que dans les cités
on voitdésignessous le nom d'échevins, scabini.Ainsi, il est
constaté que ces nombreux Capitulairesne peuvent avoir eu
d'autre but que d'introduiredes dispositionsrelatives au réta-
blissementet à la soliditéde l'ordre administratif, ou à la con-
firmation des devoirs et des droits s'ils apportent quelques
modificationsà l'ancien régime, ellesne peuvent être que fort
légères.
Nous tenonsnote de ces considérations,afin que ceux qui
voudraientvérifiernotredire puissentacquérirunecertitudepar
un court examen, et ne soientpas obligésà une lectureaussiat-
tentivequecelle qui nousétait imposée.Le législateur, en effet,
s'adressaità desInstitutionstoutesfaites, et ne s'est pas occupé
à les décrire; pour nous, au contraire, c'est notre tâche.
Les cités étaientrestéesconstituées,ainsi que nous l'avonsvu
dans notre premier livre seulementelles n'avaient plus de
Sénat. Il est probableque cette institution, qui n'existait déjà
plus chezlesBagaudesdu cinquièmesiècle,avaitdisparupartout
dansles troublescivilsde la finde la première race. Le peuple
des citésétait encore divisé en plusieurs classes:les curiales,
les possesseurs, les hommesqui se livraient au négoce, à
la navigationou au transport des marchandises,et les ouvriers.
Les Évêques,et toute cité avaitle sien, avaientune grande part
dansleur administration;ils tenaientl'état.civil de l'époque; ils
suspendaientlesjugemens,et, souvent,revêtusdu titre d'envoyés
(missidotHttKCt),ils tenaientdes plaidset jugeaient au civil et
au criminel, militaireset bourgeois, etc. Chaquecité avait un
SOCS LARACEM MMN. 67
Comtequi représentait le Roi,
!'eprésentatt!e ou, en son
Roi. ou. sonabsence,nn
absence,un v;fa:Mfm
vicaireou
vicomte.Il tenaitce qu'on appelait un plaid, qui rendait la
jus-
tice, et faisaitdes règlemensc~police. Il ne pouvaitagir qu'as-
sisté de ses assessenrs,Scabini choisispar les citoyensCuriales,
ou possesseurs~par l'élection du peuple, et l'assentimentdu
comte(I). Ce représentantde l'Empereur ne
pouvaitinfirmerla
décisiondes échevins;il n'en était, à ce qu'il
paraît que l'exécu-
teur.
A l'occasiondes cités, nous devons
parler d'une classede fon-
dationsroyales, dont l'exemplefut donné sousla
premièrerace,
et qui devinrenttrès-nombreusessousla seconde.Nous voulons
parler des t-tMœ.Ellesfurenf~rigine d'uri grand nombrede vil-
lages et de villes, ainsi que leur nommêmel'indique.Le sys-
tèmed'admininistrationde ces villesque les
capitulairesd'insti-
tution nous font connaître complètement,a
été, plus tard, celui
d'autant de villeset villages.
Les M~eétaientles maisons
decampagnequ'habitaientlesRois,
c~ameœ (villesimpériales),ou lesfermesqu'ils possédaient
en propre (villeouvillages).Lesprincesde la
premièreet dela se-
conderace séjournaienteneffet, rarementdans les
cités, où iln'y
avaitd'autres palais que ceux construits
pour l'usagepublic, et
où, très-souventd'ailleurs,ils n'étaientpointlesmaîtres.L'histoire
delà décadeneede Clovisnousprésente en
effet~Iusieursdétails
d'où l'on doit inférer ce dernierfait: ils habitaientdonneurs
pro-
presdomaines.Aix-la-Chapelle futprimitivementune M~ c~a-
nea de Charlemagne.L'administrationétait ainsi
réglée ily avait
un Major, ~K/eu~ Maire,
qui gouvernaitlacommunaute; un juge
qui administraitla justice; des colonscultivateur, les ouvriers
divisésen plusieurs catégoriesou
corporationsparmi lesquelles
on n'oubliaitjamais celle des
distillateurs-liquoristes;il y avait
enfinun gynécéeou manufactured'étoffés,etc.
N'y a-t-il pas là,
en effet, selonla population, les élémens
complets d'une ville

(J) Baluze,pag.68,1.1; -~MM, t. i, pag.465,art.Xxn.M.


page66t,t.t;a!iacapitul.xï.
6~ HtSTOIRE
DKSfRAKÇArs
village. Elles
ou d'un ~illap'e. Eues durent devenir très-peuplées,parce que
leurs habitansétait exemptsdu servicemilitaireet du cens.
Les bénéficesmilitairessubsistent. Un grand nombrede ceux
qui existaientautrefois, avaientété convertisen bienspropres.
Dansplusieursinstructionsdonnéesaux missidominici,ontrouve
l'ordre de rechercherles bénéficesqui ont été retirés par fraude
du domainepublic, pour être convertisen propriétésparticuliè-
res. Plusieurs désordres s'étaient d'ailleurs introduitsdans le
régimeintérieurde ceux qui avaientconserveleur titre primitif.
Maisces irrégularitésavaientacquis la prescriptionde l'ancien-
neté en sorte que la loi les respectacommedes droits. Ainsi, il
n'en était plus commedans les pf~Jmierstemps, ou tout bénéfi-
ciaireétait possesseurd'un certainterritoire. Quelques-unspos-
sédaientplusieursmanoirs; quelquesautres, un seul d'autres,
seulementdes portionsde manoir.C'était,sansdoute, en grande
partie, la conséquencedeshasardsde l'héritage, que les soldats,
à l'exempledes roisleurschefs avaientappliquéà leurs domai-
nes.Il était résultédelà, que dans chaquebourg militaire,p<N~,
le pouvoiravait choisi pour chefs du corps, les plus riches,
ceuxqui possédaientle plus de manoirs,et qui, par suite, avaient
le plus d'innuenceparmi les casati.Ce titre même était devenu
presquehéréditairede fait, sansl'êtrede d: oit. Ces chefsimmé-
diats des bénéficiairesétaient appelés seigneurs, seniors. On
trouvedansles Capitulaires,des dispositionsassezprécises,pour
que l'ony puisseapercevoirles modifications qu'avaitsubiesl'or-
donnancemilitaire, en raisondes changemensdontnousvenons
de parler. Lorsque le ban était publié, tout hommequi parais-
saitpossesseurd'unbénéficecomplet, devaitmarcherà l'ennemi
avec des vivres pour toute la durée de la guerre, qui était au
moinsde quarantejours; et tout équipé, c'est-à-diremonté et
couvertd'un bouclier et accompagnéde la suite de serviteurs
qui lui étaientnécessaires.Il en étaitde mêmede ceux qui n'a-
vaient que cinq, quatre ou trois manoirs. Lorsqu'onpossédait
moinsque ce nombre, on se réunissaitpour fournirun homme.
C'étaitparmi les pauvres qu'on choisissaitles hommesde pied.
SOUS DEPEHN.
LARACE 69
Ceux-ciétaientarmés del'épëe, de l'arc, et portaientseulement
pour arme défensiveun bouclier.Pendantla route, et sansdoute
aussidansle camp, tes soldatsétaientsousla direction,et sousla
surveillancede leurs seigneurs(i). Enfin toute la troupe était
commandéepar le comte, le chef ducomté, coKMM<M~.
Indépendammentdu servicede l'armée, les bénéficiairesde-
vaientsubir chaque année, trois revues du comteou des missi
donMKMt. Dans le langagedu temps on disait qu'ils devaientse
rendre toutarmésaux plaidsgénérauxdu comté, qui avaientlieu
trois foispar an. C'ét&itle momentdes admonitions,desplaintes,
et des actes de justice-militaire,Dans les cités, les juges sié-
geaient au moinsune fois par semaine.
PouB<bonnaitre nettementcombienpesante était la charge du
servicede'guerre, il fautse rappelerqu'un manoirétait composé
de douze bonniers de terre (trente-sixarpens), d'une maison
d'habitation,et d'une famillede colonsfermiersqui étaientchar-
gés de la'culture.Il paraît qu'un bénéficecompletse composait
de six manoirs.
Les conquêtesde Charlemagnefirentune grandeconsommation
d'hommes, non pas. tant par suite des pertes faites sur les
champsde bataille, que par la nécessitéd'établir ungrand nom-
bre de garnisons.En effet, cesgarnisons,à cetteépoque consis-
taient dansl'établissementdescomtésde bénéficiaires,composés
d'uncertainnombrede bourgs.On avaitpuiséces soldatsdansla
vieilleFrance, et on enavaitpeupléla Marche,c'est-à-direla fron-
tière d'Espagne on en avaitsemél'Italie, la Saxe, et mêmeles
bords du Danube.Les Capitulairescontiennentune ordonnance
pour l'établissementd'un comté militaire en Saxe. Il arriva
qu'après avoirfournià tant de garnisons, la populationmilitaire
de France fut très-diminuée alors dansles pressansbesoins,
on appelaà marchermêmeles colons (lidi)des bénéSces.
Le moded'établissementdes garnisonsvaria. Ainsi, on voit
Charlemagne,assigner,enSaxe, à un Évêqueun certainnombre
(t) Cap.Lud.Pii.; anno822.RecueildesBénédictins
de Saint-~aur,
tome 6, page 433, j<rt. XV.
70 HISTOIRE DES FRANÇAIS

de cantons,non-seulement pour l'entretiende l'Église, maispour


l'entretiend'un corps de troupes destinéà la garder. Il fit la
mêmechosepour la défensede plusieursfrontières.
Indépendammentde ces troupes, les rois avaientaveceuxun
corps de capitaineset de soldatsattachésà leur personne, et vi-
vantde leurs largesses.C'étaitparmi ceux-làqu'on choisissaitles
commandansde province. C'était pour eux qu'était établie
l'écoledu Palais.Le titre de soldat, milescaballerus,ne pouvait
être acquisqu'après uncertainapprentissage,dontles conditions
rappellent, l'usage suivi par lesRomainsdans leurs'campsdes
frontières,et ce qu'onnommaplus tard Chevalerie.Ainsi,comme
chez les Romains, pour être reçu novice, tiro, il fallaitprê-
ter le serment militaire.Alorson avaitle droit de porte~e bau-
drier militaire.Cen'était qu'après avoir fait sespreuvesque l'on
pouvaitrecevoirle titre de HM~ou de chevalier, car c'est par ce
dernier mot que l'on a traduit celuide miles qui se trouvedans
les chroniqueslatinesdes onzièmeet douzièmesiècles.Au reste,
ainsi que les rois, les ducs et les comtes étaient accompagnés
d'un certainnombrede ces novicesd'armes.H en existait,en eP-
fet, égalementdans les bourgs aussiontrouveles motscrronei
~OH<~opposésà ceuxde casatit!fom~.§
On appelaitencorebénéfices,les terres de l'Église, et comme
il avaitété reconnuqu'elle avaitreçu en don, dans les tempsde
désordre,.des terres qui appartenaientau domainemilitaire,à
causede cela, il arrivaque quelquesÉgliseset plusieursCouvens
furent tenus de fournir un certainnombre d'hommesd'armes.
Autrement,l'Églisejouissaitd'une grandeindépendance,et d'une
grande richesse.Elle recevaitla dîme il est vrai qu'elle devait
en donnerun quart aux pauvres, et en consacrerun quart aux
fraismatérielsdu culte.
Ainsi, il y avait encoretrois classesd'hommeslibres les ha-
bitans des cités, qui avaientleurs lois et leur justiceà part, et
payaient le cens; les habitans des bourgs militairessoumisaa
servicede guerre; les hommesde l'Église, divisésen prêtres et
en clercsqui étaientrégis souverainementpar les Évêqueset les
SONS LA RACE DE PEPIN. 71

.1_L_I'l_£~
canons. Il y avait encore deux classesde serfs: les colonster-
miers ou ouvriersde l'Église,du roi, ou des autres domaines; et
les serfs de corps. Ceux-ciavaientdéjà acquis quelqueaméliora-
tiondansleurcondition.Carcen'étaitdéjàplus pourpersonneune
mésalliance,quele mariageavecun individude conditionservile.
L'ordre fut maintenudanscette vastemachinepar la régularité
desplaidsde tousles degrés.L'Empereurtenaitannuellementune
assembléegénérale,oùdevaientserendretouslesgrandsofficiers,
lesrois, lesducs,les comtes,lesprincipauxévêques,et sesmissido-
minici;en langueecclésiastique, c'était unvraiConcile.Danstoutes
lesdivisionsdu territoire, et sur tous les degrésde la hiérarchie
sociale,les mêmesplaids devaientse répéter, et là on publiaitles
décisionsprises dansl'assembléegénérale. On appelaitsynodes
les assemblées provincialesdu Clergé. Chaquedéputé de l'Empe"
reur, en d autres termes, chaque missusdomMMCMs se rendait
annuellementde l'assembléegénérale dans la divisionde terri-
toire soumiseà sa souverainejuridiction il y faisaitexécuterses
ordres, qu'on appelaitcapitulairesparce qu'ilsreprésentaientl'u-
nité nationale, et il revenaitensuiterapporter des extrémitésau
centre, les besoins.,les exigencesdu peuple. Il faut dire que ces
envoyésétaientle plus souventdes ecclésiastiques,et que lors-
qu'une missionétait confiéeà un laïc, onlui adjoignaittoujours
un hommed'Église.
Les hatitansdes citésne pouvaient,être jugés que par leurs
pairs, les échevins;ceux des villes, par lesjugespréposéspar le
roi ceux des bourgs militairespar leurs centeniers,leurs com-
tes les comtes,les ducs,ne pouvaientl'êtreque dans le plaid im-
périal, c'est-à-direpar leurs pairs.
Telétait,enabrëgé,danslespremièresannéesdu règnedeLouis-
le-Débonnaire,l'étatde l'Empirefrançais,Il nouseût été facilede
nous étendre davantage,et, certainement,en ajoutantdes détails
à cet exposé, nous l'eussionsrendu plus intéressant.Maisnous
noussommesrenfermésdansdeslimitesdéterminées.Nousavons
hâte d'arriver à l'histoirequi est le but spécial de cet ouvrage.
~ous devonscependantdire encorequelquesmots sur le carac"
HiSTOMt.DESFRANÇ.4JS
tère généra! de toute cette :égis!ation.
Autrement, nous ne laisse-
rions à nos lecteurs qu'une idée
incomplète de l'oeuvre du pou-
voir à cette époque. Ces
Capitulaires-nombreux, dont la collec-
tion forme plus d'un volume in-folio de notre
temps, et nous n'en
possédons pas la collection complète, ces capituhires sont, dans
la plus grande partie de leurs
dispositions, relatif à la police des
mœurs. Ii est évident que leurs auteurs travaillaient avec
pleine
conscience de leur œuvre, à l'éducation et à la moralisation des
masses. Il est évident que le pouvoir était alors en avant de la
société. Aussi le plus grand nom des
temps modernes parmi les
rois est, à juste titre, celui de Charlemagne.
IH. Pour rentrer de suite dans la narration des
événemens,
interrompue par cette longue et nécessaire déviation, ilnous suffit
de rappeler la charte dela divisionde
l'empire entre-Lothaire, Louis
et Pépin, que nous avons citée. C'est à la violation de cette charte
qu'ilfaut rapporter la décadence de l'Empire. Ce fut Louis-ie-Dë-
bonnaire lui-même qui rompit un pacte
qu'ilavaitjuré etfait jurer
à tous, à la face des autels, et avec toutes les circonstances
qui,
à cette époque, rendaient un contrat inviolable et
irrévocable.
Louis voulut mener les affaires de
l'Empire commeune affaire de
famille; il voulut régler des choses d'intérêt généra! avec les ·
idées qu'un bourgeois porte dansi'admmistratioudeson intérieur.
Un nouveau mariage lui donna un nouveau fils,
Charles, qu'il aima
comme les vieillards aimentJeur dernier enfant. Alors ii Htun nou-
veau partage de l'Empire, afin de lui donner un domaine. Toutes
les consciencesfurent révoltées de cet oubli des sermens et des de-
voirs. Ce fut un scandale inouï
pour les ecclésiastiques, tes offi-
ciers et pour tout le peuple qui était admis à
prêter serment. En
outre, on disait, et cela était vrai, que ce faible vieillard était con-
duit par sa jeune femme et par un favori. On
ajoutait qu'il était
indignement trompé par l'un et par l'autre, et que le dernier
prétendait jouer de nouveau le rôle des anciens,maires du palais.
L'Eglise fit dés représentations les fils y ajoutèrenties-teurs qu'ils
apportèrent à la tête d'une armée ou p/a~de toutte peupte.Le pape
GrëgoireIV lui-mêmeintervint il accourutde RomeenFrance. Ce
SOUS LA RACE CEi'EPIX, 75

fut en vainquelevieillardpersista.On saitcomn-cstHfut dépose


puis, commentil reprit de jiouv~aute pouvoir, et donnaà Char-
les une royauté. Plusieurs historiensont vu dans cesévénemens
une lutte de race. En vérité, il est impossibled'admettre cette
explication.Il est évidentqu'il s'y manifestaseulementla lutte
entre les intérêts généraux et un égoïsmede famille.Il est très-
remarquablequeles appuisde Louis,dans son entreprisecontre
l'unité nationale, furent les nouveaux sujets de l'Empire, les
peuplades d'Allemagne.II eut contre lui tout ce que l'Église `
offre de plusrespectableet de plusinstruit.Il les trouva, lorsqu'il
fut dans l'adversité, bienveillanset crédulesà ses promesses;in-
traitables, lorsqu'ilredevinttout puissant, même devantles me-
naceset la persécution.
Il est un fait qu'onsaisit aumilieudes désordresde cette cour,
et que nouscroyonsutile à noter, parce qu'il expliquela grande
influencedes princessesimpérialeset royalesdé ces temps. La
femmede l'Empereur était chargée de l'administrationdes reve-
nus du domaine impérial, c'est-à-diredu ministère que nousap-
pelonsaujourd'huiministèredesfinances.
Louis-Ie-Débonnairemourut en 840. Les germes de dissolu-
tionqu'il avait semésfructifièrentlargement.JI s'agissaitde sa-
voir si les rois seraientvassauxde l'Empire, c'est-à-dire si
l'unité de l'Empereur, serait conservée.Or, il y avaitun roi qui
ne pouvaitreconnaîtrel'Empereur: c'était Charles,dit le Chauve,
qui étaitalors en possessionde l'Aquitaine.Loin de là, à la mort
de son père, il se jeta sur les terres qui avaientété réservéesau
domainespécial de l'Empereur.M'entraen Neustrie, où il ne
trouvaque des résistancespartielles,des Évêques,desabbés, des
comtes, dont il chassafacilementlestroupespeunombreuses.Car
il ne faut pas oublier que ce pays, ainsi que l'Austrasie,était
celuiqui <*tait!e plusdégarni d'hommesd'armes,parce que c'é-
taientcesdeuxpaysqui en avaientle plusfournipour lesconquêtes
des règnes précédens. Charles débaucha Louis-le-Germanique
par la considérationdesonintérêtprivé, et lorsqueLothairevint,
accompagnédes légats du Pape, réclamerles droits que lui ac-
HJSTOJRE DESFRANÇAtS
cordaitla charte de 847,
847. il les
tes trouvatous
trouvatn~ deux
J~ ~<-réunis, et A
à la
tête d'une nombreusearmée.
Ça grand procès fut jugé à la ba-
taillede Fontenay, par ce qu'on
voulut;bienappelerplus tard le
Jugementde Dieu. Il donnagain de causeà Charleset à Louis,
et le principedela divisionde l'Empireyfut scellé dusangde plus
de quarante milleFrançais.
Leshistoriensmodernesse sont encore à voir dans cet
plu évé-
nementgravelefaitde nationalités enlutte,acquérant,pourrésuttat
de leurs efforts, leur
indépendanceréciproque.Or, il n'y a rien
de cela. D'abord, la vieille
Franceprit une très-faiblepart à ce
combat.Il fut soutenupar deshommes
presquetous venusd'au-
delà les Alpes,leRhin et la Loire. Deux
principesfurent misen
cause, deux principesque nous retrouvonsencore
présensdans
nos temps modernes,comme
partout celui du fédéralisme,et
celuide l'unité, ou, en d'autres
termes, celui qui commandede
sacrifierles intérêts générauxaux intérêts
particuliersdes pro-
vincesou des individus,et celui commandede
qui sacrifier les
intérêtsparticuliersaux intérêtsde tous.Lesrois Charleset Louis
représentaientle premier, et Lothairele second.
On pourra dire que si la scissionscellée
à Fontenayn'avaiteu
lieu, le progrès, qui fut le résultatdesévénemcnsqui l'ont
suivie,
n'aurait pas été accompli;car ceiui-ci,
ajouterait-on,fut la con-
séquenced'un changementprofondintroduitdans la sociétépar
suite mêmede cesévénemens.
L'emploid'un tel modede raison-
nementpropreà justifierle malpartout où il se
trouve, annonce-
rait une profondeignorancede la loi du
progrès; ce seraitpren-
dre ce qui luifait obstaclepourcetteloi
eUe-même;ceseraitdon-
ner son nom au principequ'ellecombat;ce serait
supposerque
le mallui est plus utileque le dévouementlui-même enémane
qui
directement.C'est doncune raisonabsurdesur laquellenousne
devonspasnousarrêter.
On rejette commepuérilesles nombreuses
plaintes qu'inspira
aux poètes de l'Église cette triste
guerre: elles étaientjustes
cependant.L'Ëgtise, ptacéeausommetde l'œùvrede civilisation,
voyaitde plus haut que lesprincestemporels.Elle n'avait qu'un
SOUS LA RACE DE PEPIN. 7S

t–––t- T~r~~it~
la France, et elle de
craignait le perdre. Et ne fut-ellepas,
appui,
eneffet, plus tard, et par une conséquenceforcéedesévénemens,
mise.à deux doigtsde sa ruine LesroisLouiset Lothairen'étaient
passi certainsdela bontéde leurcause.IlsconsultèrentlesEvêques
de leur parti, qui prononcèrent que la bataille devait être
considérée comme un jugement de Dieu, bien qu'aucunedes
formes usitées,dansie casoùon en appelaitàce jugement,n'eus-
sent été observées.Enfin, eux-mêmesse hâtèrent de promettre
que, malgré leur victoire, l'unité ne serait pas rompue,et c'est
ce qu'ils firent, 'en 842, par le fameux serment de Strasbourg,
prononcédevantleurs deux arméesréunies.
En 845, centvingtseigneursfrançaisdes trois partis partagè-
rentle royaume.L'Empereureut toutel'Italie et tout le territoire
qui, partant des Alpes, suit, d'un côté, le Rhin jusqu'à la mer
du Nord, et, de l'autre, suit le cours du Rhône et-celuide la
Meuse. Charles-Ie-Chauveeut tout le territoire au couchantde
cette ligne,et Louis toutel'Allemagne.
La réconciliationentre les frères ne fut pas solide, et ne fut
était dé-
pas exempte d'une sourde hostilité.Charles-le-Chauve
testé de ses sujets; aussi il y eut des conspirationsen faveur de
Louis-de-Germanie;mais ellesavortèrent.
Ainsi, en 847, dans un plaid général, à Mérsen-sur-Meuse,
oùles trois frères étaientprésens il fut pris diversesdispositions
afinde rendre la guerre civile Impossible, îl est dit dans l'annon-
ciationdu roi Charles « Que chaquehommelibre pourra choi-
sir le seigneurqu'il voudra, soit le roi, soitquelqueautre de ses
fidèles(art. il); qu'un vassaldu roi ne sera obligé de marcher
militairementque dans le cas d'invasion du royaume (art. Y)
enfin, il fut établiencoreque les enfansdes rois succéderaientà
leurs pères, et qu'ils ne seraientpoint troublés dans leur'droit
au partage(1).
Cependantla paixne tenaitencoreàrien. Unévénementsans im-
portaHCeraUumalefeudeIaguerrecivile.Lothairequitta l'empire,

de St-Maur,t. VH,pag.603à 695.


(().~~c~.des Bénédictins
~6 HJSTOnmDESFRANÇAIS
et seretira dansun monastère, pour s'y consacrerau servicede
Dieu, laissantson gouvernementen partage à ses enfans. Alors
toutesles ambitionséclatèrent,et, dèsce jourcommençaunesuite
de désordrescivilsqui ne cessèrentplus;~mesuited'événemens
sans intérêt philosophique, puisqu'ilsn'avaientd'autre raison que
celled'une ambitionpersonnelle.Depuiscette
époquel'Empirene
cessad'être divise et disputéjusqu'en 884, ou il fut, au moins
en apparence, réuni sousun seul nom de la descendancede Pe-
pin. Il suffitde présenter !e tableaudes nomsde rois qui se suc-
cédèrent, occupantsimultanémentquelquepoint du territoirede
l'Empire, pour donnerl'idéedu désordre.
En 856, Charles-le-Chauve possédaitla Neustrie et une por-
tion de l'Aquitaine; Louis-de-G ermanie la Bavièreet l'Allema-
gne Louis,l'Italie et !e titre d'Empereur;Lothaire,la Lorraine;
Charles, la Provence, et la Bourgogne, dont alors la Suissefai-
sait partie. Herispoës'était fait roi des Bretons.
En 868, Charles-le-Chauve possédaitla France occidentale,
la Bourgogneet la Lorraine; Louis, la Germanie, !a Bavièreet
l'Allemagne;Louis II était empereur en Italie.
En 875, CbarIes-Ie-Chauve
possédaitdeplus l'Italie avec le
titre d'Empereur; et Louis-le-Germanique; encorela Bavièreet
l'Allemagne.
En 876, Charles-le-Chauve possédaitle titre d'empereur, la
Neustrie, l'Aquitaine,la Bourgogneet la Provence; Carloman,
la Bavièreet l'Italie Louis II, partie de l'Austrasie; Charles,
l'Allemagne.
En 878, Louis-le-Bègue avaitsuccédéà Charles-le-Chauve son
père. II mourutla mêmeannée, laissantpour.lui succéderdeux
enfansmineurs,Louiset Carloman.Carlomanétaitroi deBavière;
Louis, d'Austrasie, et Charles, dit le Gros, d'Allemagne.En
879, Bosonest élu roi d'Arles.
En 882, Charles-le-Gros était empereur et roi de Germanie,
et Carlomanpossédaitla Neustrie, l'Aquitaineet la Bourgogne.
En 884, Charles III, dit le Gros, fut élu roi de France; car il
sous ~A RACE DE PEP!K, 77

ne restait plusde la descendancede (~haries-le-Lhauve qu'un en-


fant qurfut plus tard appeléChar!es-!e-Simp!e.
Ainsi, en moinsde 50 ans il y eut cinq révolutionsdynasti-
ques. Chacuned'ellesfut accompagnéed'une guerre civile.Qu'on
juge del'état de faiblesseet d'anarchieou la Francefut conduite.
Nousallonsen rapporterrapidem.entles principalesconséquences.
Tousles chefsmilitairesdu secondordre imitèrentleurs maî-
tres ils cherchèrentà convertir leurs commandemensen pro-
priétés. Dès Charles-le-Chauveon saisit le commencementde
plusieurs famillesqu'on trouve plus tard possédantdes gouver-
nemensà titres héréditaires..Ce sont, Robert, comtede la Mar-
che, entre Seine et Loire Thierry, comte de Hollande les
premiers des ducs de Gascogneet d'Anjou,etc. En 877, Charles-
le-Chauvelui-même,prenant alorsle titre d'Empereur,vint con-
vertir cette tendanceen droit, enautorisant, momentanémentil
est vrai, les fils à succéderà leurs pères dans leurs comtéset
nefs(i).
Pendant que l'intérieurdu pays était ainsisoumisaux chances
et aux ravagesde la guerre civile, et pendanLquetoutesles indi-
vidualitésse resserraientdans les limitesde leur intérêt propre
les frontièresétaientabandonnées, sauf une seule, celle,d'Allé-
magne, ou quelques victoiresillustrèrent encore nos armées.
Maispartout ailleurs, dès que l'ennemicessa de craindre, il dé-
vint assaillant.Au Midi, les Mahométansrecommencèrentleurs
coursesconquérantes,et, du Nord sortirentdesbandesde pirates
Normandsqui entrèrent par tousles fleuves, et poussèrentleurs
incursionsjusqu'au centre de la vieille France. C'étaient des
troupes de brigands pillards,qui s'augmentaient, en France
même, de tous ceux que les malheurs du temps avaientruinés
et réduits au désespoir.On a conservél'histoire d'un habitant
d'un bourg, qui s'enalla un jour joindreun de ces camps, et de-
vint, par soncourage, .l'unde leurs chefs. Les Normandspillè-
rent, et souventà plusieursfois, les villes de Hambourg, Bor-

'(l)e~ desBénédictins tomevit,page701,art. IX,X,X!.


de St-Maur,
78 HISTOIRE DES FRANÇAIS

deaux, Saintes, Nantes, Tours, Angers, Orléans, Beauvais,


Trèves Cologne,Aix-la-Chapelle,Amiens,Rouen,etc., lesen-
vironsde Paris, de Meaux, de Laôn,. de Reims, les provinces
de Frise, de Flandre, d'Artois, de Bretagne, etc. Usformaient
des camps à l'embouchuredes Neuves,d'où ils couraiéntà la
chassedes richesseset des hommes.En mêmetemps, les Sarra-
sins vinrentsaccager Arleset Barcelonne.Ils entrèrent dans le
Duchéde Bénévent, ravagèrenttaCalabre~, et mirentRomeau
pillage.Enfin, cette capitaledu Catholicismefut soumiseà payer
un tribut aux .Mahométans. Cesmaux parcouraientlé corps de la
France, et la siUonnaiehtde plaies.Cependantnul Prince ne se
détournaitdela poursuitede sesprojetsparticuhers.I! arrivadonc
que lesindividusfurent obligésde pourvoirchacunà sadéfense
personnelle.Ainsi, onse rachetaitdu pillageà prix d'argent, et
la France se hérissaitde châteaux-forts.Chaque village, chaque
forêt était [un camp retranche. C'était l'unique refuge des
hommesbraves, dans un temps où les chefsde l'État ne s'occu-
paient que passagèrementdusalut de tous.
De mêmeque la grandeaffairedes Roiset des chefs du pays
étaitlâ guerre civile, de mêmela grandeaffairedes peuplesétait
d'empêcherla ruine du pays. Aussifut-iltout simplequ'il se rat-
tachassentaupremiernomqui leur promettaitun appuimilitaire
efficace.Ce nom fut, pour la Neustrie,celui d'Eudes, ou Odo,
Comte de Paris. Il s'était distinguédans}esiège soutenu, à di-
versesreprises,par lesParisienscontreles Normands. Cesiégefut
le plus grand des faits d'armesde ce temps.Eudes s'y comporta
en hommedévouéet courageux;et Charles-le-Grosn'y vint que
pour montrer undescendantde Charlemagnequi n'osaitcombat-
tre, et quiachetaitla retraite d'unearméeennemie, non par Fé-
pée, maisavecde l'or et au prix du pillaged'une province car
les Normands,en s'éloignantde ces murs qui leur avaientété si
funestes, obtinrentde passer en Bourgogne.
ÏV.Ala mortdu faibleCharles, en 888,Eudesfut doncélu roi
parles Évêqueset sesfidèles,et sacréà Comptègnepar Walther,
ArchevêquedeSens.En mêmetemps, Arnoulmontaitsur le trône
SOUS LA RACE DE PEMN. 79

de Germanie et Zuentiboldse déclarait roi en Moravie,Rodol-


phe dans la Bourgogne~ransjurane;Bosonà Arles, Guy et Bé-
renger en Italie. Parmi tous ces chefsmilitaires,il n'y en avait
que deux de la descendancede Pépin, Arnoulet son fils Zuenti-
bold. Touscesnouveauxprinces reconnurentà Arnoulson droit
de suprématiehéréditaire;maisil ne fut que nominal.Cependant
ils prêtèrent serment, dit un chroniqueur.
Eudesavaitconquissa popularitéet la couronneen combattant
les Normands. Il était animécontreeux de toutesles passionsqui
pouvaientdonner une directionunique à ses'effortsmilitaires,de
la hainequ'on conservecontresonpremier ennemiet de l'intérêt
de sa popularité.Maisilne put être complètementfidèleà sa mis-
sion il en fut détournéle plus souventpar les insurrectionsdes
vassauxqui eussentdû lui obéir. Lajalousiede ses ancienspairs
alla lui chercherun antagonistedu sangde Charlemagne,le mal-
heureux Charles-le-Simplequ'on éleva sur le trône. Cen'était
pas seulementdansla vieilleFrance que le bien était amoindriou
empêchépar les contrariétés que lui suscitaientde toutes parts
les prétentionsà uneindépendanceque chacunréclamaitcomme
son droit; le sentimentdu devoirsocialn'était nulle part. On se
disputaiten Italieet en Allemagne,les armesà la main, et on al-
lait même, commeaux derniers tempsde l'Empire romain, jus-
qu'à appeler des Barbares à son secours.Ainsi l'Allerhagneet
J'Italie furent ouvertesaux incursionsdes Hongroispayens. Ce
seraitun triste tableau, maisunenarrationpleined'enseignement,
que l'expositiondétailléedes affreuxdésordresde cettefin de la
descendanceCarMennemaisles conditionsde cette introduction
ne nouspermettentpas de nousy arrêter. Nousnousbornerons
donc à exposer l'esquissedes noms qui marquent, les révolu-
tions qui survinrentdans la distributiondu pouvoirsuprême elle
sufnra pour donnerune idée du désordrequi se répétait sur tous
les degrésde la hiérarchie.
Nousavons dit qu'en 888 Eudes était roi en Neustrie et en
Aquitaine, Rodolphedans la Bourgognetransjurane.Arnoul,
Empereur et roi de Germanie; que Guy et Bérenger se dispu-
80 HiSTOiRH
J.)ESFRAK<;A)S
taient l'Italie que Zuentiboldse défendaiten illoravie ce fut lui
qui appela les Bulgares.En 893 il y avait deux rois de plus
CbarIës-le-Simple à Laon, et un certainLouisà,Arles.
En 898, Eudes laissala couronneà Charles-le-Simplë. Cepen-
dant son fils, nomméArnoul, fut proclaméen Aquitaine.Louis
régnait toujoursen Provence, Raouldans la Bourgognetransju-
rane, l'EmpereurArnoulen Germanie. Zuentiboldétait établien
Lorraine et Lamberten Italie.
En 900, Charles-le-Simple régnait en Neustrie; Louis, fils
d'Arnoul, en Germanie; Raoul en Bourgogne, Louis en Pro-
vence Lambertet BérengersedisputaientF Italieet le titre d'Em-
pereur.
En 9H, Charles-le-Simplëétait encore en France et Louisà
Arles. Mais, dans la Bourgogne transjurane,c'était RaouMI, en
Italie Bérenger et en AllemagneConrad, qui ne'tenaità la-race
de Pepin quepar sa femme.En 919, son beau-frèreHenry-l'Oi-
seleur, ducde Saxe, lui suécéda.
En 922, Charles-le-Simple avait un rival en France c'était
Robert, Comte de Paris, de la descendanced'Eudes. Il venait
d'être sacréà Reims.
En 923, Robert ayant été tué sur un champde bataille,Raoul,
son frère, et déjà Duc de Bourgogne,fut élu en sa place.Char-
les-le-Simplevivait encore. Henry-l'Oiseleurrégnaiten Allema-
gne, Raoul'Ildansla Bourgognetransjurane, Louisen Provence,
Bérangeravait pris le titre d'Empereur.En 926, Raoulde Trans-
jurane avaitchasséce Bërangcr, d'Italie, et venait d'être chassé
lui-mêmepar Huguesd'Arles, qui prit le titre de Roid'Italie.
En 936, Charies-Ie-SimpIe et son compëliteurRaoul étaient
morts. Hugues-le-Blanc,successeurde Robert dans les Comtés
de Paris et d'Orléans, prend le titre de Ducde France, et fait
montersur le trôneLouis-d'Outremer,de la racede Pepin.Othon-
le-Grandrégnait en Germanie,Hugueset Lothaire son fits en
Italie,'RaoulH dans la Transjurane.
En 954, Louis-d'Outremerétant mort, Huguesfit sacrer Lo-
thaire son filsen sa place. Othon-Ie-Grandrégnait en Germanie
sous LA RACE DE PEPm.

et enLorraine;n_ 01.1
Conradà Arleset 1
dansla Transjurane;Bëranger
enïtaïie.
En 986, HuguesCapet avait succèdeà Hugues-Ie-Blanc,et il
fit monterLouis-le-Fainéant sur le trôneque la mort de sonpère
laissaitvacant. En ce moment,Othon III régnait en Germanie;
Conradà Arleset en Transjurane.
LouisY fut le dernier descendantde la race de Pepin.
Hup'ues
Capetlui succéda, et commençala troisièmerace, en 987.
Nousavonsabrégébeaucoupcette chumëratiëndes noms
qui
furent revêtusde l'éclatde lacourohne.'Nousavionshâte de ter-
miner une nomenclatureaussi aride. Nousavons donc
négligé
ceux qui ne firent que passer.Mais, que l'on
penseque chaque
succession,à peu près, donnalieu à une guerre que nulle part
la possessiondu pouvoir ne fut tranquille soit qu'il fallût
combattrepour commanderl'obéissanceaux grands
vassaux
soit qu'il fallûtcombattrépourla conserver,
soitennnqu'ilfaHût
courir après quelquesbandesde pirates deterre.ou dé mer
de Normands,de Hongroisou de Sarrasins,
etTon comprendra
combienla sociétédut être profondémenttroublée. En effet
elle sortit de cette anarchie, entièrement changée, et commee
douéed'une destinée~nouvelle.
Il estcertaind'ailleursque les modincationsprofondesque nous
allonstrouver sousle règne de la troisièmerace,n'occupaienten-
corequela surfacedela sociétéà lafinduneuvièmesiècie.Il
paraît
qu'ellesne pénétrèrentdansles massesque pendantla durée du
dixième.Nouspossédonsplusieursacteslëgislatits', datés de 880
à 900, oùl'on trouvecités,tous les nomsindicatifsdes diverses
positionssocialesque nous avonsénuméréesau commencement
de ce chapitrer).
Les dernières années du dixième siècle furent moins agitées
que les premières, parce, que les nouveauxcentres de force
et de commandementcommençaientà se former. En outre,

(1)Voyeztomext delà Co~c~oT:


desBénédictins
deSt-Manr,
pages
309A3<2,passim.
T. 1.
6
SB HISTOIRE DES FRANÇAIS
1 n · wr_ _1- c_
la plus grande partiedes piratesNormandsfut açquise, en 9j2,
par l'Église, et convertieen vassauxdu royaumede France par
le don de la provincequ'onappela, de leur nom, Normandie.tl
ne sera pas inutilede nous occuperuninstantde ce'fait. Il donne
une idéede la manièrede procéderde l'Églisedansses conquê-
tes, et, en mêmetemps, de la manièredontlesfaiblesRoisde ce
tempsachetaientdes Rdèles.
S'il y avaiteu unitéet forcedans l'Empire, on eût été éteindre
lefoyerde la pirateriesur sonsolmême on eut extermine ou sou-
misles payensdu nord..Maislorsquechaquecontréeeut étéaban-
donnéeà elle même,on ne pensaplusqu'à leur fermer l'entrée
des fleuves,et à couperle cours des rivières car c'était la leurs
voies militaires, les seulesd'ailleurs par, lesquellesces' bandes
pouvaientse guider dans un pays inconnu, et emp'orterleurs
de butin, uniqueetgrossiermotifde cesexpéditionsbar-
bares. On essayade les arrêter par des fortifications on cons-
truisit'aussiplusieursponts~depierre. Mais, Paris seulsut résis-
ter parlé couragede ses prélats,t[e ses citoyenset desescomtes.
Lès autrespointsfortinésfurentenlevéspar la force, rendus par
là crainte,livréspar la trahison, oulaissèrentle passage.Ainsi,
Rouen fut pris Nantes, livrée par un comte français Bor-
deaux, par les Juifs, etc. Ohrecourutdoncà unautre moyende
défense.On livraaux chefs depirates, des territoires àJTentrëe
des fleuves, afin qu'ils les défendissenteux-mêmes.Une seule
condition leurétait imposée, la seule sans laquelle, dans ce
tempsde foi,il n'y avait pasde traité possible; c'était d'accep-
ter le Christianisme.Ainsi, on leur donnades terres en Frise, en
Bretagne, etc. L'établissement des Normandssur les bordsde la
Seinefut sansdouteun elfetdu mêmecalcul. 1.

Il est probableque Rollonlui-même;en entrant dansla Seine,


avaitl'intentionde former un établissementfixe. Les chroniques
racontentque Francoh,Archevêquede Rouen,voyantquela..ville
était hors d'état de se défendre, au lieu de quitterson siège, prit
le parti d'attendreles pirates,et queRollonreçut la villeà compô-
SÛUS ML RACE DE PËP!N. 8S

sitiôitt.Dëscëmoment on voItPranconjouer lerôle d'intermédiaire


entrelechefBarbaréd'uhepart,Charles-le-Chauve etRobertcomte
de Parisdel'autre.Néanmoins,lesNormandsentrèrentdanslesein
deta France, en suivantselonleur coutumete coursde la rivière.
MaisIls eurentde faiblessuccès, et éprouvèrentde nombreux
revers. Leursincursions, fâcheusespour le pays, furentstériles
pour eux, car, pas une foisils nese retirèrent avecleur butin.
Franconprofita,de cesévénemens,auprèsde Rollon,et sut s'em-
parer de sonesprit. Il étaitautorise,d'auteurs,à offrirau chefDa-
nois tout ce qui pouvaitflatter sa vanitébarbare pour femme,
6isla la fille de Charles-le-Chauve,et pour parrain, Robert,
le redoutableComtede Paris. En 912, sept ans aprèssa descente,
Rollonfut baptisépar Francôn et reçut le nomde Robert une
grandepartie de son arméesuivitl'exemplede son duc. Après
avoirprête te sermentdevassalité, il s'occupa tout de suite,de
convertir sa nationà des moeursmeilleures,en leurdonnantun
nouveaucode de lois, imité des coutumes françaises.
Là foi, en effet, n'avaitpas encoreperdu toutesa vigueurdans
le neuvièmesiècle; elles'était affaiblieseulement;elleavait pris
le caractèredu temps:elle s'était faiteégoïste.On oubliaitlés de-
voirs sociaux,pour né penser qu'à sonsalut personnel, et l'on
croyaitle gagnerpar des actesd'une dévot.ionminutieuse.Aussi
on voit encorede très-fréquentesdonationsaux Églises, et de
Dûmbreuxactes de cette piété,étroite, superstitieuse, indivi-
dueUe,que nous rencontronssi souventaujourd'hui.On croyait
ainsi pouvoirracheterdes crimes, ou se sauversoi-mêmeau mi-
lieu dunaufragegénéral.Il nousreste presqueun demi-volumede
diplômesdressés en faveurdes Églises.Cependant, grâce à ces
faiblesrestes de croyance, le clergé conserva,encoreuneassez
grande autorité. Ainsi, nous avonsles actes d'un Conciletenu à
Ârles-en879,qui décernéla couronnede Roià Boson et ceuxd'un
àutrede89t)qui la transmetà Louis,sonSis, pourle salutconmmM
proc!Mce~me~dMKat/é~,Iesquem avaient été, peu de temps
auparavant,saccagéesparles Sarrasins.L'Égliseseule, en effet,
<MMprenait encore les devoirssociaux imposéspar le Chtistia-
84 HtSTO!RE DESFRANÇAtS
nisme, et travaillaitau salutde tot~ Pour confirmercetteasser-
tion, il suffiraitde rappelerla conduitedu Clergédansles divers
siègesque Paris eut à soutenir contreles Normands;celle,de
Francon à Rouen. Maisnous possédonsdes actes qui parlent
plus haut, et prouventplus.queces dévoùmensparticuliers.Dans
un Synodetenu aux environsde Reimsen 881,les Évêquesadres-
sent auRoiune suppliquequi mériteraitd'être traduite pourl'en-
seignement de ceux de nos jours. Ils l'invitent à s'entourer
d'un conseilcomposéd'ecclésiastiqueset, de militaires, afin de
pourvoiraux besoins de tous. « Que ce pauvre peuple, disent-
ils, qui, depuistant d'années,souffredespillagesde toutessortes,
et supporte les exactionsdes Normands, soit en6n soulagé.
Enfin, Charles-le-Gros,dans un capitulaire,s'adresse auxËvé-
quespourveiller au salut public. Eneffet, il nous reste des tra-
ces positivesquiprouventquele clergé,danssessynodes,chercha
à fairetout ce que lesRoisnégligeaientdans l'intérêt gênerai.Ce
n'est pas à dire qu'il n'y eût des prêtres indignes; mais ilest re-
marquablequ'ils furent en nombre très-petit, moindre même
que dans des temps plusheureux. L'Église d'ailleurssavait,et
pouvaitpunir; c'étaitson peuple, et, d'après les lois, elle avait
droit absolude justicedanssonsein.Nous avonsquelquestextes
de jugemens rendus contre des membresdu Cierge. Nousne
comptonspoint, comme une faute reprochable, surtout dans
notre siècle, le fait de porter lesarmes.Il y eut des Évoques,
des Abbéset des moinesqui se distinguèrentdans cette guerre
de tous les jours contreles payens normands, hongrois pu sar-
rasins car bien souventes villes, abandonnéesou trahies ,par
leurs Comtes;furentdéfenduespar leur Clergé au moinsil sa-
vaitpérir avecelles.
Ainsi,lesderniersmots,lesderniersactespùblicsqui nous sont
restés du neuvièmesiècle, sont encoredes preuvesde l'activité
de-l'Église pour lë salut de la France. Dansles derniers faits
nousla retrouvonsencore~(ainsiqu'au cinquième, construisant
les provinces,agglomérantlespeuplades,qui furent appeléesde
ce nom.De mêmenousretrouvons,dansles derniersactesde la
SOUSLARACEDEl'EMS. 88

vie temporelle du dixième siècle, les signes de la loi militaire qui


présida à }a naissance, de la. nationalité française. C'estl'utilité
militaire qui_crëe les chefs et les rois; et la race de Pepin finit
comme elle avait commencé. C'est un ~duc,de France, un nou-
veau Maire, qui commence la nouvelle dynastie qui vient ta rem-
placer. l
LIVRE TROISIÈME.

HïStOmE DE LA FRANCE SOCSLA TROïSHÈMERACE~

CHAPITRE PREMIER.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES RÉVOLUTIONS DE LA SOCIÉTÉ

FRANÇAISE DU DIXIÈME AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE.

LA société sortit du dixième siècle, pourvue d'institutions et de


destinées toutes nouvelles. La Loi de ta Vassalitéhéréditaire avait
remplacé la Loi de la Vassalité par élection. La population se
trouvait partagée en plusieurs groupes qui commencèrent à vivre
séparément, et qui n'eurent plus, de français, que leur origine.
Chaque point du grand Empire de Charlemagne, bien que doué
d'une impulsion qui le poussait à un résultat commun, poursuivit
sa tendance avec les formes de son individualité particulière, et
devint une nation. L'Italie fut divisée en petites seigneuries féo-
dales l'Allemagne fut partagée en sept grandes seigneuries. Elle
maintint son unité, eh conservant un Empereur pour la repré-
senter. Mais celui-ci devint électif, et les électeurs furent les sept
grands Seigneurs féodaux, dont la réunion formait te plaidgénéral
de la nation Germanique. En France, le pouvoir royal devint hé-
réditaire, et le.royaume fut gouverne comme un grand fief. Ainsi,
le point de départ et le but furent les mêmes pour tous les peu-
ples mais chacun développa le germe déposé dans son sein, avec
ses facultés propres. Aussi chaque pays s'avança dans la voie du
progrès avec des vitesses inégales.
HtSTOtM! DE LÀ FRANCE, SOUS LA TROISIÈME RACE. 87

Dès ce jour, i! y eut un Droit public Européen. Dans les siècles


n'avait qu'à combattre.Elle n'avait
précédons, l'Armée Catholique
avec ses ennemis aucun principe commun et convenu, sur lequel
elle pût fonder un traite. Aussi la guerre ne fut jamais interrom-
pue que par des trêves. 'Nais dès l'instant ou il y eut plusieurs
un Droit
peuples vivant sous une même loi morale, il y eut aussi
des Gens, et la Diplomatie prit origine.
L'originalité de cette période de la Société Européenne seré-
nécbit dans toutes ses œuvres, L& Langage, les Arts, les Scien-
ces, revêtirent des formes jusqu'alors inconnues, et marchèrent à
des conséquences qui promettaient le monde'intellectuel nou-
veau, où nous vivons aujourd'hui. L'individualité des peuplades se
Arts et aux
reproduisit, dans lés variétés de langage. Quant aux
Sciences, ils cpnservèrent un caractère gênerai, comme l'origine
dontils émanaient. Ils ressortaient de la pensée Catholique ils
furent donc unitaires et universels, ams~qu'elleTétait elle-même.
's Jusqu'à ce jour, l'Architecture avait conservele Style Byzantin,
Elle en prit un nouveau elle inventa le Style qu'on a impropre-
ment appelé Gothique, et que nous nommerons Catholique, parce
un seul Goth, ni
qu'à l'époque de sa création il n'existait plus
un seul Arien, parce qu'il naquit précisément sur te sol créé par
le Catholicisme, c'est-à-dire dans l'Empire'fondé parles Francs.
On commença, au onzième siècle, à rebâtir toutes les Eglises et.
cela fut si général, quetous les historiens ont noté le fait, et que
de recon-
fort peud'ËglisesByzantines ont éçhappéà cettefureur
struction. Le Style Architectural suivit, dans les monumens desti-
nés aux usages particuliers, celui qu'on avait adopté dans les mo-
numens consacrés au Culte. Quantà laLithurgie, cette,autre par~
tic de l'Art ecclésiastique, et tout ce qui s'y rattache, elle resta
Romaine, ainsi que cela devait être.
LesSciences aussi commencèrent.yerstann du onzième.sièc!~ à
donner les premiers des modifications que l'introduction
du germeChrët:endevaity produireunsiècle ou deux plus tard;
car l'idée générale scientifique avait été changée par le Chnstia-
nisme. Il étabHssait, en effet, en principe que le monde était
? m~tumn
HISTOIRE Ht,
DE LA
LA fKA~UË
FRANCE
1 1
gouvernépar des forcesbrutes, doat l'hommepouvaitse rendre
le maître.Cet axiomechrétien résumetrès-bien.:~MrMMtMi;
à Deo!?M!M. Aux discussionspurementrelativesà l'interprétation
du DogmeChrétien,en cequ'ilrenfermaitde moral,et dontcha-
cune est signalée,dansl'histoirede l'Église,par-célled'unehéré-
sie; succédèrentles discussionsmétaphysiqueset l'étudemême
des spécialitésphysiques.
On reprit les sciencesau point où l'École d'Alexandrieles
avaitbissées. Mais, commele plus petit nombredes écrits de
cette Ecoleavaientété traduitsen latin, la seulelanguesavante
du moyenâge, il fallait, après avoirépuiséce qu'ils contenaient,
aller ~n chercherla suite dans les manuscritsgrecs. Or, cette
dernièrelangueétait complètementinconnue,éloignéed'ailleurs
du contactde la partie de l'Europe oùl'on s'occupaitde travaux
intellectuels.Onapprit que ceslivresprécieuxexistaient,traduits,
chez!es.Arabes, aveclesquelsla guerre avaitentretenude nom-
breuses communications bien qu'elles'ne fussent que celles à
qu'établissenttoujoursles prisonnierset les trêves, entre enne-
mis. On alla donc chercherles écrits 'grecschezles Maures, et
onles copiaeulatind'après des textesarabes (1)..

(!) H est une opinion, particulièrement en faveur aujourd'hui, et du


nombre de celles qui ont été émises dans te siècle dernier, dans le but
de prouver que le Christianisme n'avait jamais été qu'une doctrine rétro-
grade, complètement stérile dans les arts, les. sciences, etc. Dans cette
opinion, on attribue aux Arabes une grandeinfluencesnria civilisation
Européenne. Nous croyons que c'est une erreur, et nous sommes fonder
sur l'observation f!e la succession parfaitement graduée, et parfaitement
continue, du développement des arts, des, sciences et de l'industrie, dans
le Nord. Nous ne craignons même pas d'assurer'que notre Europe n'a
reçu des Musulmans rien au-delà de quelques observations de détail,
plus faciles à recueillir dans leur climat que dans le nôtre de quelques
procédés de calcul, quelques instrumens d'analyse chimique, etc., peu
importahs, dont la p]upart ne méritent même pas d'être cités, et qu'on
eût inventés infaiHiNement, s'ils n'eussent pas été déjà trouvés. On a
attribué aux Arabes l'invention de l'Algèbre; et cependant l'on possède
un traité du Grec Diophante sur l'Algèbre et ses applications. Ce savant
Astronome écrivait au quatrième siècle. On a dit aussi que les chiffres
étaient d'inventionArabe. Tout lemohdesaitmamtenant quenotre système
de numération est indien; mais ce que tout le~mondene sait pas, c'est que le
nom de chiffre ne vient pas del'arabe, mais du Mot grée, siphra, jt'f/M, par t<
SOUS LA TROIS)ÈME RACE.. 89

Le mouvement rationnel, qui commença à la fin du onzième siè-

cle, doit être suivi, et compris,. sous deux titres généraux celui

des discussions relatives à la méthode, et'cehu des travaux scien-

tifiquesproprement dits. Dansle premier, il faut ranger toutes


métaphysiques,toutes cellesqu'on a
les disputesthéologiques.et
confonduesplus tard souslenomvaguede scolastique,et oufurent
réunisen présenceles principesde Platonet ceux,d'Aristote.Elles
quelle moine PIanude qui proposâtes nouveauxsignesdésignaitlezéro.–Au
reste, notre originalité est assurée contretoute accusation de plagiat dela
part des Arabistes,dès que t'en compareles généralités désœuvrés produites
par les deuxcivilisations.–L'Architecture arabe est copiée; elle à deux
nôtre
styles l'un importé de l'Indoustah; l'autre imité du Byzantin.–La
est complètement originale. Pour, être certain de ce fait, il suffit d'ouvrir
les yeux. -La littérature arabe n'a reçu aucune empreinte de la lecture
du Coran; leurs poèmes, après l'Hégire, ressemblent à ceux qu'ils faisaient
quelques siècles auparavant .~nf<H' en est la preuve. Leur musique ne
reçutpointnonpiusiamoindre modi9catiou de, leur nouvelle doctrine re-
ligieuse. -Dans notreEurope,au contraire, lalangue fut changée; ilyeut
une littérature toute nouvelle voyez, en effet, les Romans eties nombreux
Poèmes du douzième siècle, qn'on commence aujourd'hui à remettre en
lumière. Enfin, quant à la musique, la gamme et l'harmonie n'ont-eHes
pas été inventées, l'une par un Pape et l'autre par des moines? L~Orgue
même, qu'on s'est plu si long-temps à faire venir d'Orient, n'est qu'un
perfectionnement d'un instrument usité chez les Romains, etc., etc.–
Examinerons-nous les sciences ? Dans les sciences naturelles le premier
ouvrage capital, est celui de Mesuë, au neuvième siècle c'est une
copie des Grecs; il ne diffère ni par le plan, ni par- la matière, de celui
de Pau! d'OEgi.ne, qui est du septième siècle. L'un et l'autre ne sont, à
vrai dire, que des recueils de recettes ou de curiosités. En Astronomie,
la série des inventeurs ne se compose-t-elle pas- de Ptotoméë, Copernic,
Ticho-Brahé, etc.? – Quant aux sciences métaphysiques politiques .la
comparaison n'est pas même possible. Tiendrons-nous compte de l'indus-
trie? il faut remarquer d'abord que, lorsqu'un pays est uniquement oc-
cupe à une foûction de dévouament, il est tout simple qu'il néglige ce
qni est relatif seulement aux commodités de la vie. En outre, dans. la
société Européenne, la lutte progressive fut incessante: dans les terres
musulmanes, an contraire, le repos, effet du despotisme, succédait im-
médiatement à la conquête. Il ne faudrait pas croire cependant que notre
moyen âge ait été totatement dépourvu de richesse~mdustrielles; il est
certain que le commun des hommes était mieux logé, mieux habillé,
mieux nourri, mieux armé que le peuple ne le fut et ne l'est encore en
Arabie; II ne faut pas prendre le luxe de quelques despotes .pour de'la
richesse nationale. D'ailleurs, ces maisons particulières si bien ornées,
ces meubles si curieux, ces vitraux peints, ces belles étoffes, ces grandes
Cathédrales de notre moyen âge, annoncent'une énergie productive que
nous trouvons à peine dans la société la plus riche dd Mahométisme,
dans celle de l'Indoustan, etc.
90 HISTOIREDE LA FRANCE
1- en effet
"~c"+.,ri"n"+
réellementàr t.,la,recherchede
.t"v", .1. t"
se rapportent la wVo.
meilleure
méthode, et accessoirementà cellede la nature de l'homme,
Sousle secondtitre, il faut ranger les études qu'on comprenait
alorssouslesnomsdephysiqueoude physiologie, cellede la méde-
cine, cellede la chimie, celledes mathématiqueset celle dél'as-
tronomie.Nousne nous proposonspas, danscet abrège, de nous
arrêter longuementsur les 'sciences.Cependantnousparlerons~
en passant, de quelquesuns de leurs principesgénéraux,afinde
rendre raison de certaines croyances superstitieusesdont nous
n'auronspas sans douteoccasionde direnous-mêmesunseul mot,
maisdont il est fréquemmentquestion dans les histoires/de ce
temps, plus étendueset plus complètesque la nôtre. Car cette
esquisseest un cadredestinéà donnerla loi des faits'quisont ail-
leurs plus longuementdécrits.Nousvoulonsparler de l'AlGinim~
et de l'Astrologie.
La chimiefut reprisedans l'état où elleavaitétélaisséeau trc~
sternesiècle,c'est-à-direà l'état expérimental oùl'avaientconduite
les élèvesd'Acibahet de Ben JochaÏ,ces deuxfameuxAtchimis~
tes dudeuxièmesiècle.C'étaitla Doctrine grecque des quatre
élémenssoumiseà l'expérience.Dece qu'onadmettaitquetoutes
chosesétaientforméespar une certaineharmoniedes quatrequa-'
lités élémentaires,on dut conclurequ'il était possible,en se ren-
dant maitre de ces élémens, de faire toutes choses, c'est-à-dire
de faire del'or, de faire de la santé, etc. De même, l'Astrono-
mie fut reprisedans l'état où l'Écoled'Alexandriel'avaitlaissée,
Or, flansla doctrineAristotélicienne,il était.établique l'élément
d'où résultaientles rapportsentre les quatre élémensterrestre~,
venait des astres. De plus, il était reconnu que toute partie du
mondeétaitfonctionde l'ensemble.Il fut donc tout naturel de
croirequ'ilyavait.concordance entre lesévénemenscélesteset les
événemensterrestres.Onpouvaitprévoiren Astronomie.Onçr~t
doncqu'onpouvaitdéduire, de cetteprévoyancedes phénomè"
nés célestes,laconnaissancede l'avenir dansles choseshumaines;;
delà, l'Astrologie.
Ainsi, ces superstitionsdu moyen âge qui nous surprennent
SOUS LA TROISIÈME RAC}!. ~1t
1 1- 1 T, '1~ '1 v
furent encoreun effetde la foi. Hrésultaitd'ailleursde ces espé-
rances une impulsion très-viveà l'étude, et il n'est pas douteux
que la recherche de toutes ces espérances'vaines n'ait été une
causepuissantedé découvertes.Enfin, nousy trouvonsla raison
de l'analogiequ'on remarque entre les travaux des'Arabes et
ceux du Nord.Ayantpuisé à la mêmesource, pris lemêmepoint
de départ, la Grèceet l'Ecoled'Alexandrie,est-ilétonnantqu'ils
se soientquelquefoisrencontres,au commencement, dansles mê-
mes conséquences?
Nousne poursuivronspas plus avant,l'examendescaractères
par lesquelsla deuxièmepériodetemporelledu Catholicisme,qui
commenceau onzièmesiècle, diffèrede la première.Cesgénéra~
li.téssuffisent.
En France, la nouvelletendancesocialeeut pour but et pour
résultat defonderl'unité nationalela plusparfaitequi eûtencore
existé, c'est-à-direde créer une populationhomogènede lan-
gage de sentimentet de volonté.Or, pour qu'il en fût ainsi, il
fallaitqu'il, n'yeut plus,enFrance,quedeshommeslibres, et que
toutescesappellationsquiindiquaienttant de classesdifférentes,
eussentdisparu pour faire placeàune seule. Il fallaitque lecoj'ps
social,qui, jusqu'àce jour, n'avait que des membres,acquîtune
tête qui fut semblableà lui.,c'est-à-direquela populationeût sa
Capitale, comme auparavantl'arméeavait eu sonRoi.
Cettegranderévolutions'opérapar le concoursde deuxpms"
sauces. L'uneétaittemporélle,pour nousservirdu langagede l'é-
poque l'autre spirituelle.La première étâtt l'intérêt privé de
toutes les dynastiesseigneurialesqui commençaient&vivre, et
particulièrementde celle des Rois l'autre était l'enseignement
que les niassesrecevaientde l'Ee,,Iisé.Carles Actesmêmes,qucle§
écrivainsdesderniers sièclesont blâmescommelesplus hostiles
à l'Indépendanceet à la majestédes couronnes,ces excommuni-
cationsquele gaint-Siégc lançaitsur les siens, aussibien que sur
les grands, pour des attentatsà la disciplinemorale, furent posi-
tivementceux qui servirentle pluspuissammentà l'éducationdu
grand nombre.
92 HtS'KHRE
DELAFRANCE
Decesdeuxforcesimpulsives,l'intérêtprivé et renseignement
chrétien, le premier agit en produisantdes circonstances,où la
tendance, qui venaitdu second,trouvait le moyen de se faire
place. En effet, les masses, de jour en jour, exigeaientplusde
dëyoûment'et de pureté de la part de ceuxquiles gouvernaient,
et venaientréclameravecplus d'énergiedans la sociétécivile,
une part de l'égalitéque leu~donnaît l'Eglise, et dont chaque
semainele Cultechrétienleur offraitle symbole.Ainsi,au mi-
lieu des troubles du dixièmesiècle, tous les bourgsmilitaires,
toutestes populations groupéesautourdesÉglises,et desabbayes,
sur les terres de leurs bénënces tousles habitansdes ~tMœsai-
sirent, autant-defois que ta force ne les en, empêchapas, les
usageset coutumesmunicipalesqui étaienten vigueur dans les
Cnés, et se les appliquèrent. Cettetendance ne cessade se ma-
nifester elle se continuaplus tard dans tesécrits aussibien que
dansles actes tes poèmesdu douzièmesiècle, et les fréquentes
révoltesde cette époqueen font foi.On sait, d'auteurs, où con-
clut ce moyenâge. La communedevintune
institution~générale,
et les serfs furent affranchis.Toutesces modificationsétaient
achevéesen 1317.Nousnousbornerons,en ce lieu,à mentionner
ces derniers faits; car nous devrons,dans le chapitresuivant“
y reveniret nousy arrêter.
Danscette période, l'individualitéfrançaisese caractérisadans
toutes sesœuvres.Danslessièclesantérieurs, elles'était étendue
sur l'Europe en sorte que son
originalitépersonnetteavait,pu
être considéréecommete résultatde la combinaisonde tantd'in-
tethgences,de races différentes.Mais,maintenant, agissant en
quelquesorte en elle-mêmeet sur ette-mére, isoléede tout con-
tact et de-touteinfluence,elle manifestasa capacitépropre il
estéyident'par.t'histoireque cefutcettede laréalisation.
L'acte de réalisera plusieursconditionsd'existence,sans lés-
quelles il est impossiblede le comprendre.D'abord, pour agir
avecfermetéet vjgueur,c'est-à-direavecles conditionsde toute
réalisationopéréepar une population,il fautcroirefermement
il n'y a point d'entreprisepossiblepour une nationsi ettcdoute
SOUS LA TRO!StÈME RACE. 95

de son but. Après for, ilHfaut


près la foi; faut encore
encoreposséder une autre
posséderune autre con-
con-
dition de l'activité il faut avoir raisonné sur les moyensd'arriver
à la Rn proposée, et les connaître; il faut, en un mot, avoir la
science de son but. Lorsqu'on possède tous ces élémens de certi-
tude, il néreste plus qu'à agir.
Or, en exposant ces conditions de la réalisation, nous avons
en d~ux mots reindu compte de l'esprit français dans le moyen
âge. La France fut par excellence la patrie de la foi catholique.
Pour s'en assurer, il suffit de comparer ses relations avecle Saint-
Siège, a celles de toutes les autres nations il suffit de se rappeler
-que les premiers cris du Protestantisme ne furent point poussés
dans son sein, mais à la circonférence du groupe des peuples ca-
tholiques, en Angleterre et en Bohême. La France fut particu-
lièrement le pays ou se développèrent les conséquencesscientifi-
ques du Dogme chrétien. Au milieu d'un grand nombre de
preuves de ce fait, nous n'en citerons que deux, parce qu'elles
se rapportent directement au. but de cet essai historique. L'une
est le langage, l'autre est l'université de Paris.
Le langage est l'exacte traduction du génie d'un peuple; ses
lois ou sa syntaxe sont la manifestationde la méthode logique
ou rationnelle de celui-ci~Or, on le sait, la langue française est
là plus nette, la plus précise, la plus scientifique de toutes les
langues modernes, la seule ou il n'y a. pas de phrase possible
sans une conclusion positive. Ainsi, ce fut un instrument qui ré-
pondit parfaitement au génie de réalisation qui animait la nation.
Cette concordance estunfait;.ma:s ilsëraitcepéadant difficilement
admis par les personnes peu versées dans les principes de la for-
mation des langues, si nous ne faisions suivre son énohciatioa
de quelques mots d'explication.
H y a deux manières dé concevoir la formation d'une tangue:
suivant l'une, elle est crééed'un seul coup et par un seul homme
c'est le mode appelé a- pnot't, et dont nous n'avons pas à nous °,
occuper. Suivant l'autre, ce n'est pas un homme, mais un peuple
qui travaille à exprimer des idées nouvelles un génie nouveau
avec les matériaux ou les mots, et malgré les syntaxes queie
â4 HISTOIRE DE LA FRANCE

passéluialéguées.Cefutlecasde 4 Nationfrançaise.Ilesttrès-
~t~c- i~~ii~~c <r'~ fut to ~~c rt~ l\r~t~Tt fran~*a!<i~ T!

remarquablequ'elleadoptapour l'ordre et la constructiondésdi-


versespartiesoù des diversélémensqui composentune phrase,
qu'elleadopta, disons-nous,laloid'ordre et de successionsuivie
dansles Évangiles.et dans le'plus grand nombre des Pères de
l'Église. Il arriva de là que sa langue et sa méthode furent par
suite essentiellementchrétiennes.Les motset les syntaxes qui
servirent de premiers matériaux étaient de diversesnatures
c'était du celtique,du tudesque,du grec et du latin, idiomestous
sortisde la mêmeorigine, mais profondémentmodifiéspar des
civilisationsbien différentes.La nouvellelanguepuisa chez tous
ce qui convintà son style sévère et précis dans les uns, elle
prit la nécessitédes articlescommeindicateursobligésdes rela-
tions d'idées; aux autres, elleprit leurs conjugaisonsquant à la
formede la phrase, elle la copia, ainsi que nous Pavonsdit,
dansl'Évangile.
Le premiermonumentque nouspossédions,je nedirai pas de
lalanguefrançaise,maisd'un patoisnouveauqui est latin dansla
constructionde sa phrase, et dont les mots rappellent plutôt
cette dernièrelangueque toute autre, est lesermentde Charles-
le-Chauveà Strasbourg, en présencede son frère Louis et des
deuxarméesréuniesauxbords du Rhin,au moisde mars842 (1).
Maislà on ne trouverien dece genre de méthodesur lequelnous
insistons;au contrairèon le rencontre, avec un caractère très-
prononcéet de la cornièreévidence,dansles Poèmeset les Or-
donnancesdu douzièmeet du treizièmesiècle.
Le génielogiciende.la Nationfrançaisene se révélapas seule-
mentdans la formationde sa langue; il se manifestaencorepar
sa tendance aux œuvresscientifiquesproprement dites. Ainsi,
elle créa les premièresinstitutionsconsacréesaux travauxde cet
ordre, en fondantl'Universitéde Paris. Jusqu'auonzièmesiècle,
les écolesétaientdispersées; elles faisaientpartie du peupleat-
taché aux ÉglisesCathédrales,et qui habitait les couvens.Celle

desBénédictins
(1-jCollection' pages35et36.
de St~Maur,
.!?..
SOCS LA TRO!S!ÈMË RACE. ?

dé Reimsparaît avoirété la plus célèbre maisau o'nzièmësiecÏé


les écolesdé Paris commencèrentà se distinguer au-dessusde
toutesles autres, autant par le nombre dé leurs élèvesque par
les matièresqui y étaientenseignées,et les questionsqui y étaient
débattues. En1150l'Université de Paris était constituéeavec
toutesses facultés celledes arts, où l'on enseignaitparticulière-
mentla logiqueet la métaphysique;cellede physique, ou l'on
traitait de la médecine,de la chimie,etc. celle dethéologie,où
l'on enseignaitaussi le droit canon. L'Universitéétait sous la
protectionimmédiatedu Saint-Siège et, elle s'honoraitdutitre
de Pille,aînée de l'Église. Sesécollersformaientune population
très-nombreuse,composéed'hommesde tous les pays et dé tous
les rangs, diviséeen nations représentéeschacune,dansle con-
seil-généralde la corporation, par un Doyenélu. Toutela disci-
plinede l'Universitéémanaitd'unRecteuret d'undiaconatformé
par élection. Cen'est pasici le lieude faire l'histoiredes diverses
révolutionsquesubit l'organisationprimitive, et des révolutions
plus importantesque subirentlés idéesil suffit'de rappeler que
ce corps devint,uneinstitution assez puissante sur l'opinion en
Europe, pour jouer un rôle importantdans les discussionsreli-
gieusesqui agitërentleMonde Catholiquedansle quinzième siècle.
En effet, ce n'était pas seulementun centred'instruction, mais
encoreune institutionde conservationdes doctrines, et un centré
de discussionset de travaux, auquel toute l'Europe venaitap-
porter son tribut de lumièreset d'érudition..Elle fut, pendantle
moyenâge, la capitalescientifiquedu MondeCatholique.
Ainsi, la France se trouva en positiond'être toujourslà nation
la plus avancéedansl'intelligencedubut catholique,et par suite
toujoursprête, la première,à agir. En effet,cefut ellequi donna
le signalde toutesles grandes actionsmilitaires qui furent Opé-
rées dansl'intérêt de ce but, et de toutesles modificationsso-
cialesqu'il contenait.Nousne citeronsen preuve,parmi plusieurs,
que quelquesfaits, maisqui sont capitauxdansl'histoiredé cette
période de là civilisationeuropéenne ce sont les croisades, et
l'extinctiondu schismedu quinzièmesiècle, à laquelleson Uni-
96 1. MSTOJRE
DELAFRANCE
versitétravaillala première;ce sontencorel'abolitiondu servage
et la révolutiondes communes.
La périodedont nousnousoccuponsse diviseen deuxépoques
nettement différenciées:c'est au quinzièmesiècle que la pre-
mière finit et que la secondecommence.Les caractèresqui les
distinguentsonttellementévidens, qu'ils ne permettentpas de
les confondre.
En effet, dansla première, la diplomatieest en grandepartie
gouvernéepar le Saint-Siège;la royauté est considéréecomme
de droit divin; les Papes s'attribuent le pouvoir de donner et
d'ôtér les couronnes,et ils le possédaienten effet, car ils; gou-
vernaientl'opiniond'une manièreabsolue.En outre, lessucces-
seursde saintPierre, disposantde la dune de toutesles Églises,
se trouvèrentles plus richessouverainsde l'Europe; par suite,
ils purenttoujourssolderles bras chargésd'exécuterleurs vo-
lontés,et, quant àtrouverune armée, il leursuffisaitde décréter
une croisadepour en avoir une nombreuseet brave. Le droit
d'instituerces pélerinagesmilitairesleur appartena~en effeten-
tièrement. Le caractèrede cette époquefut aussi tranchédans
les,productionsde l'intelligenceque dansla vie politique l'art.
fut celui quenous nommons Catholique;il enseignaitdescroyan-
ces qui devaientfructinerplustard. Lascience,commel'art, tra-
vaillaitsur desprincipesreçus, et en épuisaitles conséquences;
maiselle gardaitsesdécouvertescommeun avaregardeuntrésor,
car l'occasionqui en appelait l'applicationn'était pas encore
venue.
Dansla secondepériode,les Papes descendirentde la haute
dictature qu'ils avaientexercéesur les affairesde l'Europe i!s'
ne,furent plus que des Princesde l'Église,-livrés, commeles
seigneurstemporels,aux passionségoïstesou de famille.LePro-
testantismeétait venunier leur Infaillibilité,et leursvices don-
nèrent gain.de cause aux reformateurs. Les Rois prétendirent
que la couronneleur appartenaità titre de propriété héréditaire
et de famille; les Arts et les Sciencesdevinrent indépendansde
l'Église. Dansles premiers, on vit paraîtrele stylede la renais-
DU w~ijnmn
t~u (HfZU&MEAU
Atj ~ui~tmjtjs
QUINZIÈME SUS'i.N
SIÈCLE 97
Ht

sance; les secondesvulgarisèrentleurs découvertes,et l'on en


vit sortir lesapplicationsqu'on rapporte en générâtau quinzième
siècle, et dontil fut illustré, quoiqu'ellesfussentbien antérieures
à cette époque, telles que la'boussole et les verres grossissans,
qui datentdu treizième la poudre à canon, l'imprimerie, ta dé-
couvertedu Cap de Bonne-Espéranceet de l'Amérique,etc.
En France, les deux époquessont encoreplus tranchées
peut-
être, parce que leurs différencessont indiquées.par des faits
moinsgénéraux. La première époque vit s'opérer !a révolution
des communes,et disparaitrele servage dansta seconde,toutes
les individualitésseigneurialesfurent confisquéesau profit de
l'unité monarchique.Ennn les deux époques,furent séparéespar
un siècle de désordres effroyables, au milieu duquel naquit,
commeintérêt du pouvoirroyal, l'évidenteNécessitéde renverser
toutes tes.seigneuriesindépendantesqui occupaientle sol fran-
çais. Nous allonsparcourir rapidement l'histoire de ces deux
époquesdansles deux chapitressuivans.

CHAPITRE IL

JttSTOIRE DE FRANCE DU ONZIÈME AU QUINZIÈME SIÈCLE.

Au fur et à mesureque nous approchons des temps modernes,


les jëvénemens se pressent et se muhipHent, et cette complica-

tion rendplus nécessaire, àla clarté de notre exposition, l'emploi


des divisions. Nous partagerons donc la matière de ce chapitre
eu trois sections artiScieMes;car, i! n'en est point ici comme dans
quelques chapitres précédons., où le sujet présentait des succes-
sions de temps nettement différenciées. Dans cette période pre-
mière
re de
se ;atatrotsieme
troisième race,
race, toutes
toutes choses sont continues,
choses sont continues, si-
st-
T. t. 7
98 HISTOIRE DE FRANCE

~1. ~1.
multanécs et croissantes; tout au plus, peut-on apercevoir,
vers le quinzième siècle, l'occasion d'uné de ces divisions na-
turelles que nous avons si souvent rencontrées précédemment.
Dans une première section, nous nous occuperons de la consti-
tution de la monarchie capétienne, et, à cette occasion, nous nom-
merons ses premiers représentans; dans une seconde section,
nous nous occuperons de la révolution des communes et de l'a-
bolition du servage, et nous citerons les Rois dont les noms pré-
sidèrent particulièrement à ces grands 'changemens; enfin, dans
une troisième section, nous exposerons l'histoire de laf révolte
générale des feudataires de la couronne de France contre l'unité,
des seigneurs contre le Roi.

I. Hugues Capet,en montant sur le trône, apporta à la cou-


ronne; une force réelle. Il ajouta d'abord au domaine royal qui
était réduit à la possession de la ville de Laon, le duché de
France qui se' composait des comtés de Paris et d'Orléans. En
outre, il était l'élu des principaux seigneurs français et, en re-1-
cueillant leur serment de vassalité, il s'acquit le dévoûment et le
concours de toute la puissance militaire dont ils disposaient.
Ainsi, dès le'premier jour de son installation, le nouveau Roi se
trouva le représentant d'une puissance déjà redoutable.

En effet, conformément au capitulaire de Charles-le-Chauve,de


877, que nous avons cité, chaque commandant de cité, de bourg
oude province, avait converti son fief, sonbénénceousafonction
en propriété et l'avait transmis à titre depossession héréditaire.
Dans les cités oit il y avait des Comtes, le Comte s'était approprié
le gouvernement de la cité et les droits qui y étaient attachés, et
en avait fait un apanage~de famille. Dans les cités où il n'y avait
que des Evéques, ceux-ci avaient joué le rôle des Comtes; ils
avaient misl'évéché à la place de la famille. Quelquefois il arriva
que le Comte et l'Évêque se partagèrent la ville. Or, en quoi con-
sistaient les bénéSces de cette possession? Ils se composaient du
cens ou des tailles payés par les citoyens de l'avantage de
commander les bourgs,militaires qui étaient situés sur lé tern-
DU ONZIÈME AU QUINZIÈME SIÈCLE. 99

toirede la cité oules soldatsbénëSciairesqui habitaientdansson


propresein enfindudroit de tenirdes plaids de réglementeret
de rendre la justice c'étaitdoncunevéritablesouveraineté.Aussi
le désir de la conservercomme possessiondé famillefit-il que
plusieursÉvêquesvinrentà se marier, crimesque les foudresde
l'Égliseeurent mêmequelquepeineà réprimer. Les seigneursdes
bourgsmilitaires imitèrentleurs Comtes, les abbéset les curés
leurs Évéques en sorte que le commandement dessoldatsc<M<!t!,
et le gouvernementdes villagesélevés sur les terres des églises
et des abbayes, devinrentdes propriétés attachéesaùx familles,
aux églisesou aux abbayes. Ainsi,lorsqueHuguesmontasur le
trône, il se trouva que'la société était une,vastehiérarchiede
le
propriétaires, qui comprenait,en s'élargissant,depuis plus
de
grandjusqu'au plus petit, et réalisait un système complet
conservation,fondésur l'intérêt et la .suborclinationdes posses-
seurs de Refs. (
De ce que lesfiefsétaientdevenusdes propriétés, il en résulta
qu'ils purentêtre vendus et achetés, aliénésde toute manière,
des
partagés entre héritiers, qu'ils purent même appartenir à
femmes,ainsique l'on ena, quelquesexemplesIIenrésultaencore
que,la privationdu fief, quelqu'en fut le motif,lorsqu'elleavait
lieu comme tradition des usages suivissousles deux premières
races, fut une véritable conSscation.Ainsila terre qui, jusqu'à
ce jour, n'avait été qu'un apanage, tendait à devenir marchan-
dise, et le droitde'confiscationse trouvaétabli.
L'hérédité par ordre de primogénituren'était pas encoreen
et le
usage. Le possesseurdisposaitsouverainementde son fief,
transmettaitselonson bonplaisir. Ledroit d'aînesses'établitplus
de la loi adoptéedansla successionroyale.
tard', à -l'imitation
Ce fut, en effet, sousla race des Capet que fut fondéle prin-
en
cipe dél'héréditéde la couronne, non seulementde mâle mâle,
commedansles sièclesprécédons, maisencorepar ordre de pn-
avec le
mogéniture.Cet usage nouveau fut établi évidemment
sentiment de sa future utilité aux intérêts du pays. Oa voulue
~"0 HISTOIRE DE FRANCE

par-là mettre un terme aux guerres de succession qui avaient


ruiné la fortune de.la France et celle des
dynasties antérieures.
Pour la première fois, le sentiment de famille fut sacrifié au
sen-
timent public, et ce ne fut pas
cependant sans peine que cette
institution devintloi de FËtat. Hfallut
que Hugues Capet associât
à la couronne Robert son premier fils, et
que celui-ci à son tour
s'associât Henri, l'aîné de ses enfans.'Encore il arriva à
celui-ci
quela royautélui futdisputée, et quele partage luifutdemandéau
nom d'un de ses frères, tl est vrai
que ce fut sans succès, et que
ce fut aussi la dernière fois que l'on voulut
appliquer à la succes-
sion de la couronne les
usages admis pour l'hérédité des pro-
priétés particulières.
L'établissement du droit d'aînesse fut )a source de
grands
la
avantages pour France, et contribua puissamment à l'ëdmca-
tion de l'unité. Hugues
Capet, au reste, porta la même inteHi-
gence de conservation dans tous ses actes ainsi, torsqu'i!
adopta
Paris pour capitale, il n'est
pas douteux que ce fut par calcut:
En effet, cette cité avait alors une
grande importance, autant
par sa situation, comme position militaire, que par sanombreuse
et riche population. Commeposition
militaire, elle commandait
tout ie cours de la Seine etdela Marne, c'est-à-dire deux
grandes
voies de communication qui unissaient de vastes `
provinces; el'e
était le point central de tout le territoire de la vieille
France de
celui quiétaitsituéentre
iaMeuseetiaLoire.Sa popubtions'étaitac-
crue,nonpastantencorepariec6mmercequ'elleentretenaità:'aide
des rivières sur !esquelieselleétaitassise,queparleconcoursdetous
ceux qui étaient venus se
réfugier dans i'asyle imprenable qu'eHe
leur offrait pendant les troubles du dixième siècle. Il
fallait que
le nombre de ses citoyens fût considérable,
puisqu'ils suffirent à
former, presqu'à eux seuls, un corps d'armée assez
puissant.
pour repousser une invasion faite par Othon H, en 978, à la tête
de ses Allemands, et pour le forcer à une retraite
qui lui fut fatale.
Paris~ d'ailleurs, devait jouir d'une grande renommée et,
par
suite, d'une grande influence sur l'opinion du peuple des cites.
Elle avait noblement repoussé toutes les
attaques des ennemis du
DU ONZIÈME AU QUJNZtÈME SIÈCLE. j0i
-4V~

pays, depuis cette des Huns, au .cinquièmesiècle, jusqu'à celle


des Normands; elle avait conservé intactes toutes ses anciennes
immunités; enfin, e~eétait le théâtre et l'origine de la gloire de la
nouvelle famille royale. Aussi Hugues Capet ne la choisit pas
seulement comme le lieu de son séjour personnel; il en fit laca-~
pitaledu) royaume, en transmettant à ses enfans l'attachement
calcule.qu'il.lui portait. Ce fut même en partie pour avoir été
infidèle à. cette tradition de famille qu'arrivèrent les malheurs qui
signalèrent lé règne de Charles Vï dans le commencement du
quinzième siècle.

Hugues Capet mourut en 996, laissant Robert, son 6!s aîné,


Roi de France. Robert mourut en 105}, laissant'aussi Henri F'
son HIs auié, roide France. A Henri succéda Philippe F' en 4080,
et à Philippe, Louis-le-Gros, en 1108. A cette dernière époque,
les provinces qui appartenaient à la couronne se composaient de
l'île de France, d'une partie de la Picardie, du Soissonnais, du
Sénonnois, de l'Orléanais, dû Maine/du Berri, du Limousin,
du Forez et du Rëarn c'est-à-dire que le domaine
royal n'était
guère plus étendu qu'à la mort du chef de la troisième race.
Quantà l'étendue de la communauté féodale qui, sous le nom
de France, formait un seul État uni par les devoirs du vasselage,
il Comprenaittout ce qui est enfermé entre les Pyrénées,' la
Méditerranée, l'Océan-et les Alpes, jusqu'aux cours du Doubset
de la Meuse.

Ces princes, en _effet, et surtout les trois premiers, ne firent


pointde guerres considérables. Ils s'occupèrent presque unique-
ment d'affermir les lois de la vassalité, et d'apaiser les que-
relles qui armaient les grands feudataires les uns contre les
autres. L'Eglise se réunit aux Rois dans ce but. Aux Conciles de
Bourges et de Limoges, en 1031, les guerres privées furent dé-
fendues sous peine d'excommunication. Le règlement de cette
paciËcation qui fut connu sous le nom de. ~e ~:f~
fut arrêté en Concile, eu i04i. Aussi la France rentra dans les
votes de la prospérité, et se trouva assez riche et assez
peuplas
i02
~v.A..I."U" HISTOIRE DE FRANCE
.a;

pour fournir aux frais des grandesexpéditionsqui illustrèrent


le onzième sièdë.
Dans ces entreprises, ce fut l'esprit religieux qui eut le
pas sur l'esprit d'ambitionet d'activitémnitaire au moinsce
fut lui qui conduisitaux plus glorieuses et, aux plus impor-
tantes.
Dansla fin du derniersiècle,une craintesuperstitieuses'était
répandueen Europe.D'aprèsunefausseinterprétationd'un ver-
set du NouveauTestament, lequel pouvait indiquer l'achève-
mentde la fonctionromaine, on croyaitque le mondedevaitfinir
avec le siècle, au moment où s'accompliraitla millièmeannée
de l'Ere chrétienne. Cette convictionétait profonde, et s'était
emparéemêmedes intelligencessupérieures.Ainsi, nous pos-
sédons plusieurs Chartes portant institutionde Bénéficesau
profit de l'Église, qui commencentpar ces mots: «LaEn du
monde étant prochaine. Cette terreur, qui n'étaitautre chose
que le sentimentvaguequi précède les grandesrénovationsso-
ciales, inspira à tous les hommesdu siècle un redoublement.
de ferveur religieuse. Ce fut l'ôrigine des Pélerinages à la
Terre-Sainte.Les hommesde toutesles classesse jetèrent avec
passion dans cette voied'expiation; et l'habitude resta, lors
même que la cause n'existait plus. On continua .donc dans
le 'onzième siècle à chercher le rachat de ses péchés dans
le longet pieux voyageau tombeaude Jésus-Christ.Les Fran-
çais apprirent ainsi la route de l'Orient.
D'abord des Pélerins Normands vinrent établir une sta-
tion dans le midi de l'Italie. Selon le droit du temps cette
terre était à eux, car elleétait habitée par des Grecs schis-
matiques et par des Sarrasins.Ils firent leur premierétablis-
sement en Pouille en 1016,-sous le règne du Roi Robert,
Puis de là, chassantet soumettantGrecs'et Musulmans, ils
s'étendirentdans tout le midi de l'Italie, et conquirentmémp
la Sicile.
Sous le règnede PhilippeI", en 1095, dans un Conciletenu
à CIermonten Auvergne, présidé par le Pape Urbain II, et
DU ONZIÈME AU QUtNM&ME SIÈCLE. i05

composé de treize Archevêques et deux cent-cinqPrélats,un.Péle-


rin vintraconterlesmisèresdelaTerre-Saintec'était un chevalier
Picard, nommé Pierrel'Hermite.LaCroisadefut décrétéeauxcris,
DieuJe veut, Dtea;el volt!En un instant, deuxarméesfurentprê-
tes l'une composéede peuple, l'autre .de soldats.La première
n'ayant d'autre guide que l'enthousiasmereligieux de Pierre
l'Hermite, prit la route d'Allemagne,et périt ou fut dispersée
avantd'avoiratteint sonbut. La seconde, conduiteavecautant
deprudence.quedepiété, passa par l'Italie et, par Rome, réta-
blit le Pape sur le trônepontificalde Saint-Pierre, dont il avait
été chassé, s'embarqua en Pouille, et vint descendreen Syrie.
En 1099, elleétait maîtressede Jérusalem, elle en avaitfait ua
royaumequ'elle avaitdonnéà Godefroyde Bouillon.
La puissanceguerrière de la Nationn'était pas cependantdi-
rigée tout vers FOrIent. Elle suffisaitencore à d'autres
conquêtes.A ces guerres décidémentreligieuses,il fautajouter
les expéditionsqui prirent le mêmeprétexte.
D'abord, à diversesfois, les FrançaisaMèrentfaire des excur-
sions contreles Sarrasinsd'Espagne.Le besoind'activitémilitaire
s'é-
n'ayant plus, dans sa patrie, assezde champs de bataille,
pànchaitau-dehors, et la'France allait semerau Midides germes
de civilisationcatholique,semblablesà ceuxqu'elle avait répan-
dus dans le Nord.
En6n, en 1066, cinquantemille Français, conduitspar Guil'-
laumede Normandie,allèrentarracher l'Angleterreaux Saxons,
et la soumettreà leurs lois, a leur langage, et la rattacher
enfinaux destinéesde la civilisationmodernede l'Europe.
Tellesfurent les grandes actionsmilitaires ou se dépensal'é-
le étaient
nergiede la France du onzièmesiècle.Toutes, on voit,
encore conduites par la croyancecatholique,car nous tenons
comptésurtout de l'opiniondes masses.H nousimportepeu de
rechercher celle des chefs. Cependant H faut dire que, dans
l'expédition de Palestine, les seigneurs ne montrèrent pas
moins de ferveur que les soldats. Quant à celle d'Angleterre,
rien ne prouve que Guillaumefut seulement conduit par le
~04 HISTOIRE DE FRANCE

désirde
désir de se
se mettreen
mettre en nnsscssinn d'un h~r~ao-~
possessionrt'un fn.; lui
h.; t:
était pro-
héritagequi
mis, et qu'on lui avait rav~.Il est certainqu'il consultale Pape,
qu'il marchaavecsonconsentement, et en quelquesorte sous
sa bannière, contre une armée et un clergé
frappés d'ex-
communication.Les chroniquesnous apprennent qu'il
n'enga-
gea-le combat à Hastings-,qu'après avoircommuniéet avoir
missur sa poitrine, en guise d'amulette,le sermentde ndélité
que luiavaitjuré son adversaireSaxon.Ennn, GuiUaume,après
la victoire,poursuivitet déposséda le clergéSaxon, avecpresque
autant de colèreque les seigneurseux-mêmes.L'intérêtperson-
nel n'est pas si absolu, si emporté.Il préfèrerecouriràla séduc-
ion plutôtqu'à la violence.
II. Si l'histoirene racontaitque les détailsde ces
vigoureuses
entreprises,toutes sorties de la terre de France, on penserait,
à cettelecture,que les Roisde ce pays étaientdepuissansmonar-
ques, et l'on ne serait pas peu surprisd'apprendrequ'ils étaient
arrêtés par de petites seigneuriesqui n'occupaientque
quelques
lieues de territoire.Telle fut la destinée de Louis-le-Gros.Ce
Princene quitta point, en quelquesorte, le casqueet !a cuirasse.
Il agranditle domaine, qui relevaitdirectementde la couronne,
d'un grandnombredepetitsfiefs.Il resserrapuissammentlesliens
de la vassalité.Aussifut-il obligédesoutenirdesluttesacharnées,
surtout contreson puissantvassal,le Ducde Normandie.H eut
mêmeà repousserl'interventionétrangère.L'Empereur d'Alle-
magnemenaçaitd'apporter son jugementau milieude ces que-
relles domestiques,maisil reculadevantla craintedelà
puissante
armée qui l'attendaità !a frontière.Louis, en effet dansles cir-
constancesgraves appelaitlesmassesà la guerre. Les
bourgs,
les villages, les milicesdes villes et des cités marchaientcha-
cun sousla bannièrede leurs paroisses,et venaient
prendrepart à
la défensecommune.Ainsi,il setrouvaassez
puissantpourécra-
ser tous ses ennemis.
C'est avec raison qu'on a placé sousce Prince le commence-
ment de la révolutioncivitequi signalece siècleet lesuivant.En
~ffet, donnerau, peuple le droit des armes, lui confierla dé-
DU ONZt~MË
AN QOtNZIÈME
SIÈCLE. 105
fensedu MYS.
pays, C'était, t~s rrnvan~~
c'était, dans les croyances ~o
de ~û
ce ton~f. r~)~
temps, l'élever
en quelque sorte au rang de la noblesse.

Louis-le-Gros. mouruten H36, laissant Roi sonfils Louis VII,


le Pieux, qu'il avait,associé à la couronne et fait sacrer
quelques
années auparavant. Ce Prince, comme,ses
prédécesseurs, fut un
habile administrateur du système fëodaJ. H fut
cependant moins
souvent obtigé de recourir aux armes; aussi eut-il le
temps de
faire un de ces pèlerinages
guerriers en Terre-Sainte, en usage
dans ce temps. Il mourut èn H80, laissant sur le trône son 61s
Philippe-Auguste, qu'il avait faitsacrer Roi. Ce Prince trouva les
mêmes difncuttés et les mêmes
oppositions que Louis-le-Gros,
mais avec des circonstances qui lui
permirent un triomphe'plus
complet. H eut à combattre contre son vassal le Roi d'Angleterre,
contre l'Empereur d'Attemagne, à
Bouvines, et contrées Fla-
mands, tous conjurés contre le centre de suzeraineté
siégeant à
Paris, lequel faisait une seule puissance de tous les fiefs de France.
L'Empereur fut vaincu, et tes chroniqueurs remarquent que ta
victoire fut en partie due au
courage et à i'impëtuositë des mi-
lices .des communes. La Flandre fut
soumise, et ta Normandie,
l'Anjou, le Poitou et l'Auvergne, furent rattachés au domaine de la
couronne. Philippe mourut en 1225,
charge de gloire; aimé du
peuple de Paris surtout, après un long règne, qui avait com-
mencé par le fait d'armes qui terminait ordinairement ia carrière
militaire des guerriers de ce
temps, par une croisade en Pales-
tine. II laissa le trône à son fils Louis VIII. A cette
époque, le
nom français était partout il avait été s'illustrer
jusqu'à Cons-
tantinop!e, en donnant une couronne impériale à Baudouin, un
simple comte de Flandres, et en fondant dès seigneuries, des
baronies françaises sur le sol de la Grèce. La
langue française
elle-même devenait universelle; en général c'était celle de toute
la httératuré qui .n'était.pas
uniquement religieuse.
Louis VIII fut te premier Roi qui n'eût
point été couronné du
vivant de son père ainsi te droit de
primogéniture avait acquis
force de loi. Louis VIH fut sacré à Reims sans
obstacle il ne
106 HISTOIRE DE FRANCE

vécut que quelques années, et mourut en 1226, laissant un fils


mineur, qui fut plus tard saint Louis.
C'est un fait remarquable que cette première succession des
Rois de.la troisième race; de l'un à l'autre, la capacité et les
services rendus au pays sont en série croissante. Qu'on veuille
bien étudier les difficultés qu'ils avaient à vaincre, et l'on sera
étonne du haut degré de puissance qu'ils avaient acquis au mo-
ment où nous sommes parvenus, du respect qu'ils avaient conquis
à la légitimité de leur race: c'est qu'ils avaient fondé la grandeur
de leur dynastie sur un intérêt national; ils avaient uni leur for-
tune à celle des masses, en se faisant les représentant et les dé-
fenseurs de la révolution qui se faisait au profit du peuple. C'est
ici le Heu d'en dire les.premiers mots; plus tard nous n'aurons
plus qu'à en noter les conséquences. Nous nous occuperons
d'abord de ce que l'on a appelé la révolution des communes
lorsque nous arriverons à d'autres règnes, nous parlerons de
celle qui emporta l'abolition du servage.
Pour bien comprendre la révolution des communes, il faujt se
rappeler ce que nous avons dit de l'organisation, sous Charle-
magne, des cités, des .«<e~ des bourgs à bénéfices, ~<t<~etc.
C'est sur ce terrain que s'élevèrent toutes les créations nouvelles;
et si onne le connaît pas, on voit dans l'institution des communes
un fait sans précédent, un accident plutôt ,qu'un événement
historique~
Nous nous trouvons ici obligés d'entrer en opposition avec le
système adopté par la généralité des historiens modernes ils ont
eu le tort de négliger la narration de ces premiers temps de les
laisser ignorer au lecteur en sorte qu'on a cru que la commune
était uneinstitution aussi nouvelle que son nom même, et cepen-
dant, dans un grand nombre de villes, dans Paris même, la capi-
tale de la France, les franchises et les coutumes qui constituaient
la cité, sont antérieures au cinquième siècle, et n'avaient cessé de
subsister.
Nous trouvons l'origine de cette erreur dans la préface du on-
zième volume de la collection des Ordonnances des Rois d~
DU ONZIÈME AU QUINZIÈME SIÈCLE. 407

troisièmerace, c'est-à-direen tête du volumequi contientle plus


grand nombredes chartes de commun es que nous.possédions.
Cette préface renfermeen effet un systèmeentièrementanalogue
à celui qu'ont adopté les écrivainsde nos jours il est appuyé
desmêmesfaits. Maisl'auteur de cette préfaceécrivaiten 1769,
c'est-à-diresousle règne de.l'anciendroit de la monarchiefran-
çaise, et en vue mêmede la jurisprudenceadmiseà cetteépoque.
H devait doncne faire partir le droit des communesquedu jour
oit lé pouvoH-royal avait confirméleur institution par ordon-
nance car Il était reçu alors que la loi émanaitdu Roi. Ce ju-
risconsultereconnaît cependant qu'antérieurementaux chartes
an-
royalesd'institution, il existait des coutumes souventplus
ciennesque la monarchie.Or, à nos yeux, ce sont les coutumes
mêmesqui constituentle vrai droit; les chartes ne sont que la
reconnaissanceet la garantie d'un fait existant,et telle est, en
effet, la significationpositivedes formulesemployéesdansleur
rédaction.
L'erreur des historiensmodernesnousparait provenirsurtout
des'sentiméns qui agitaientl'époque où ils écrivaient. On était
dans le momentle plusvif de la lutte qui se termina par la révo-
lutionde juillet. Toutesles passionsde 1789s'étaient réveillées,
etavaientramenéjusqu'auxpréjugéshistoriquesde cette époque.
Pour irriter le tiers-état, on lui avait présenté les noblescomme
lessuccesseursdes conquéransFrancs.Animésdesmêmescolères,
les écrivainsde nosjours voulurentaussi prouverque les Francs
avalentconquisles Gaules.Or, puisqu'iLenétait ainsi, toutes les
libertés avaientdû être conësquéespar le vainqueur, aussibien
cellesdes villesque cellesdes individus.Alorsl'indépendancedes
communesétait,un fait toutmoderne, le résultatd'une insurrec-
tion analogueà cellequ'on demandait au peuple pour chasser
les Bourbons.
Cependant, nous l'avonsvu, l'histoirene nous montrerien de
semblable,mais, au contraire, une tendance lente, continue,
invincible,où les faitssont engendrésles unsdes autres, jusque
dans leurs plus petits détails. C'est un spectacleplein d'enssî-
i08 HISTOIRE DE FRANCE

rrnomnnt nn" An <, 1;fNn'~1 .m., .n.1.


gnement; car on y litqu'il n'existe pas de germe si petit, si pro.
fondement enfoui qu'il soit, qui ne devienne arbre un jour et ne
porte des fruits. Mais revenons à notre sujet.
La commune était un nom nouveau, un nom moderne
qui ex-
primait rétablissement, entre citoyens, d'une relation qui n'avait
existé jusqu'à ce jour qu'entre les hommes d'armes, !â relation
du serment et d'un vasselage réciproque
pour l'intérêt de la
chose publique. Nous avons dit que sous la première race les
hommes libres, c'est-à-dire ceux qui ne payaient d'autre
impôt
que celui des armes, étaient seuls soumis ou admis au serment.
Sous quelques-uns des derniers Princes de la seconde race, on
demanda quelquefois le serment même du peuple sujet au cens;
mais ce fut une exception, et jamais une coutumeétablie. L'ha-
bitant des villesétait considéré comme faisant partie du sol
qu'il
occupait, et par suite sujet au maître qui représentait la fonction
qui émanait de ce sol. L'admission des citoyens ou bourgeois au
serment, équlva!ait donc à une introduction dans la classe des
possesseurs de fiefs, c~est-à-dire dans la noblesse. Hest difficile,
dans l'esprit de notre siècle, de faire comprendre que ce privi-
lége nouveaufut !e dernier termede l'affranchissement possible et
concevable au douzième siècle; aujourd'hui que nous le plaçons,
non dans la possession d'un titre, mais dans la jouissance des
libertés positives, telles que le droit d'ëlire ses magistrats, de
s'administrer sans contrôle, de s'armer et de guerroyer pour
son propre compte, etc., libertés qu'un grand nombre de villes
possédaient déjà, et dont l'histoire nous offre mille exemples.
Cependant alors c'était une grande affaire, et c'était une con-
quêtetelle, devant l'opinion, que, dès ce jour, plusieurs nobles de
race se firent agréger parmi les bourgeois, et que ce fut aussi
un événement tout simple que des bourgeois devinssent acqué-
reurs de fiefs militaires. Tout,d'ailleurs, confirme que lenouveau
mot de Commune n'indiquait que l'agrégation d'une ville dans le
corps des adèies ou des feudataires. Ainsi, très-souvent, on voit
dans la charte d'institution, qu'on les libère des tailles, des cor-
vées, de toutes les charges enfin dont étaient exempts les pos-
DU ONZIÈME AU QUINZIÈME SIÈCLE. dC9
1 '1' 4'
sesseurs des bénénces militaires sous les deux premières races,
et les feudataires sous la troisième. Il est vrai que les nécessités
Snancières de l'État empêchèrent cette coutume de s'établir.
De tels honneurs et de tels avantages devaient être vivement
recherchés. Les Rois aussi saisissaient avec avidité l'occasion de
les reconnaître et de les accorder; car c'était un accroissement
qu'ils donnaient à leur puissance ils devaient préférer l'acqui-
sition d'un feudataire qui leur assurait le concours de
quelques
milliers de soldats, celui d'un seigneur qui ne leur en offrait
que quelques-uns. Les cités montrèrent presque autant d'em-
pressement que les villes. Ondistingue très-bien dans les chartes
ces deux élémens' de la révolution des communes. On
y désigne
toujours les cités et leurs citoyens par .leurs noms civitas et cives,
et les villes et leurs habitans, par ceux de MMcc,et de ft/~m ou
burgenses. Il en est de même de leurs magistrats chez les pre-
mières, on les appelle échevins; sc~:m, ou consuls dans le Midi
maires, m~yot'M,et jurés dans les secondes. Remarquons en
passant que c'est dans ces lettres d'institution que nous trouvons
la preuve que, dans les troubles du dixième siècle, -tous les
groupes de population avaient saisi l'occasion, lorsqu'ils n'avaient
pas été empêchés, de s'attribuer les priviléges des cités, car, il y
est également fait mention des coutumes des unes et des autres.
D'ailleurs plusieurs M~e étaient devenues de puissantes, villes;
voyez en effet les communes de Flandres. Partout où la com-
mune fut arrachée à un Comte ou à un
Évoque, on y envoyait
un préposé ou prévôt pour le remplacer;, car c'était sous ce
nom de magistrature purement civile que les Rois de la troisième
race avaient remplacé les reprësentans du pouvoir, qui, sous la
seconde, portaient le nom de Comtes.
Il serait trop long d'éaumérer tous les priviléges que com-
prenait le droit municipal. Il nous sufëra de rappeler ce
que nous en avonsdit plus haut car nul des avantages primitifs
n'avait été supprimé. En généra!, ils consistaient dans l'ad-
ministration de la justice, de la police, de la voirie et des
deniers publics par des magistrats élus. Un seul progrès
HO HISTOtRE DE FRANCE
.x a_
s'était opéré c'est que la distinction, en ~r"
possesseurscurialës
et en corps dé métiers, n'existait plus tous étaient citoyens
au même titre. Il ne tarda pas d'en être de même des serfs
côlonsqui habitaientle territoire des cités. Dans quelques-
unes iln'en existaitplus ils s'étaient fait libres en prenant les
armesdans les guerres du dixièmesiècle,et là où il en existait
encore, ils furentsuccessivement affranchispar desordonnances.
Nous possédons deux ordonnancesd'affranchissementde ce
genre,.l'une de LouisVII, et l'autre de Philippe-Auguste(1).
Danstous ces établissemens,les Princes de la descendance
de Hugues Capet vinrent en aide à un besoin d'améliora-
tion qui se manisfestaitde toutes parts. Ils furent imités,
en cela, par plusieurs des seigneurs dont ils étaient suze-
rains, car c'était'une tendance qui se manifestaitpar des ré-
voltes.,lorsqu'on refusaitde la reconnaître, et le pouvoirroyal,
qui l'avaitprise pour principe de son agrandissement,ne man-
quaitpas d'intervenir, autant que les usages du temps le'lui
permettaient, afin d'acquérir des sujets de plus. Au reste,
la populationdes villes n'était pas là seule qui fut agitéede
ces premierssymptômesde la passion de l'égalité. Tout le peu-
ple était travaillé du même esprit, mais ce n'était que dans
les grands centres, là où il formait masse, qu'il pouvaitsitôt
réclamerson droit de francMse.Cependantce fut à peine un
siècleaprès les évënemensdont nous venons de parler, que
la servitude fut abolie dans toutes les campagnesde France,
ainsi que nousle verronsplus tard.
Dans cette révolution,le ,Clergén'adopta point de système
généralde conduite.Mest vrai que la premièrecommune,cellede
Noyon,enH80, fut établiepar le conseilde son ÉvoqueBaudri,ï
et qu'elle servit de modèle à-toutes les autres, ainsi que le
montrentles parolesmêmesdes ordonnancesd'in stitution. Mais
ailleurs les hommes d'Église accueillirentce progrès avec le
sentimentde leur intérêt personnel.Quelquefoisils lui vinrenten

des Roisde pfance, t~Xt, pages214et2t&.


(i) Ordonnances
DUONZ!ËMË
AU QUtNZ:ËME
SIÈCLE. HI
aide. Le plus souvent ils s'y opposèrent. Ainsi déjà ils ne coin-
prenaient plus la religion d'affranchissement, dont ils étaient les
ministres, et ils pensaient plus à leurs intérêts temporels qu'à
leurs devoirs spirituels. Plus tard, le Clergé paya cher cette
inintelligence de ~Jonctions sociales.
Lé mouvementdont. nous venons de parler était en pleine
marche, lorsque saint Louis vint donner ses jE~~s~m~, sorte
de code analogue aux Capitulaires des Rois français, et qui ré-
sume assez exactement les progrès que la société avait faits dans
la justice en matière civile et en matière pénale. Il nous est im-
possible de donner une analyse de ce travail, qui ne se,compose
pas de moins 'de deux cent neuf chapitres, et qui est à la
portée de tous les jurisconsultes qu'il intéresse spécialement.
Nous en citerons seulement quelques dispositions qui se rap-
portent à l'état politique du pays. On voit qu'il y avait trois
justices celle qui avait lieu selon le droit canon, et qui était ap-
pliquée par les tribunaux ecclésiastiques de celle-là ressortissaient
tous les clercs qui étaient tonsurés, et les Croises. Eussent-ils
été coupables de meurtre, ils devaient y être renvoyés. Il y avait
ensuite celle des hommes coittMtme~ c'est-à-diredes hommes
des villes, qui était administrée par des Échevins ou dess
Juré~, sous la présidence des Prévôts ou des Maires. Pour les
crimes qui emportaient la peine de mort, il y avait appel à la
Cour du Roi. Enfin, il y avait la justice féodale. Tout homine
possédant fief, dans une seigneurie, tout Baron du Roi, dans le
domaine delà couronne, avait le droit, sur sa demande,d'être jugé
par ses Pairs. Le tribunal devait être composé de trois membres
au moins. On faisait les preuves par témoins, et non plus par le
combat. Dans les cas ou il s'agissait d'un débat entre des per-
sonnages appartenant à des ordres différons, il y avait encore
appel en Cour du Roi. Nous verrons plus tard comment était
composée cette Cour.
Où remarque encore dans ces EstaMtsMNMHs,
que les roturiers
peuvent acquérir les fiefs, mais qu'ils ne conservent le droit de
justice qui est y attaché, que par l'autorisation du Roi. Quant à leurs
M2 HISTOIRE DE FRANCE
-1 .1
fils, ils sont nobles de droit. On y lit que la femme n'ennoblit
pas son mari, ni ses enfans, mais que le mari ennoblit sa
femme. On voit que les femmes possédaient des fiefs et devaient
faire marcher leur contingent à l'Ost du Roi. C'était l'aîné
quii
succédait seul, et de droit, au fief de son
p~jp, dans le cas où
celui-ci ne l'avait point partage par testament"'La majorité était
fixée à vingt-un ans. Le crime de rébellion, comme celui de viol,
était puni de la confiscation dufief. On voit enfin queles hommes
coutumiersdevaient le service de guerre qui était de soixante
jours, sous peine de soixante sous d'amende. Les- possesseurs
de fiefs étaient sujets aux mêmes obligations.
C'est ici le lieu de noter comment l'usage des troupes perma-
nentes et soldées sortit de ce système de milices. Lorsque la
dùréedela guerre dépassait la duréedu service féodal, il était reçu
que ceux qui voulaient encore resterat'armée, et continuerleur
service militaire; étaient, dès cet instant, à la solde du Roi. Ainsi,
sur chaque ban appelé, il restait un certainjiombre d'hommes qui
s'attachaient plus particuiièrement au drapeau. Il arrivait de là
qu'après les longues guerres, les hommes coutumiers, sans bé-
néfices, ou qui avaient vécu particulièrement de la paie, et qui
aussi avaient soutenu la continuité de la lutte, et méritaient,
à ces deux titres, le nom de soldats, se trouvaient sans place
dans la société, obligés de recourir, pour vivre, au brigandage.
Ils donnaient origine à ces bandes de pillards, dont l'histoire de
cette époque nous entretient souvent, et qui étaient alors comme
la conséquence obligée des longues guerres. On ne pensa d'abord
qu'aux moyens de détruire par !efer cette matière à armées
permanentes; mais c'était toujours,une chose difEcite et ruineuse.
On dut donc croire que le meilleur moyen était de les main-
tenir sous la discipline de la solde. C'est ce que Philippe-Au-
guste .Ht le premier. Ses enfans marchèrent dans la même voie,
et nous verrons bientôt un de ses successeurs essayer de sub-
stituer entièrement le système des armées permanentes, à celui
des milices levées par ban.
Les Rois, d'ailleurs, avaient toujours eu un certain nombre de
DU ONZIÈME AU QtJ!NZtEMË SIÈCLE. 115

chevaliersqui f.rformaientautour
.r:n-~7'
d'eux une .r.,1,1,a_
véritable garde. Cèt n~~

usage existait sous Jes deuxpremières races, et il nousparaît


certain qu'il dut être conservésousla troisième. y
Quelques autres lois de saint Louis contiennentdes dis-
positions qui nous offrent le complémentde l'institution des
communes.Elles ordonnent année 1256, que les Mairesseront
élusen France tous lesansà la Saint-SimonSaint-Jude; que te
Maire,puceluiquitiendrasa place(c'étaient, àParis,lesÉchevins),
viendraen la Cour du Roi, àParis, daes l'Octave delà Saint-
Martind'hiver (1). Les représentansdes communesétaientdonc
admis annuellementau plaid du Roi, ainsi que les Barons, les
abbés et les Évêques, et, certainement,au mêmetitre. Ne doit-~
on pas considérer cet usagecommeun premier essai des Etats-
généraux?
Lesactions militaires de saint Louisternissent, aux yeux de
notre siècle,sagloire commeLégislateur.Ir n'eutque deuxp'uer-
res sérieuses,et ce furentdeuxCroisadesqui n'ont eu, peut-être,
d'autre utilitéque de dépenserl'énergieguerrière des Français,
et de conserverla paix dans.le seindé leur patrie. Ellesne fu-
rent pas, au reste, les seules expéditionsde ce règne. Hfaut y
ajouterl'invasionde l'Italie, conduite par Charlesd'Anjou, avec
le titre deLieutenant-Général de l'Empire, et qui débarrassa le
Pape d'un des plus cruelsennemisdu Saint Siège, en saumét-
tant le royaumede Naples.
Saint Louis mourut, en 1370, sousles remparts de Tunis. Il
laissa le royaume,~augmentéde quelquesseigneuries,à sonfils
Philippe111,qui fut surnomméle Hardi: celui-ci, après quinze
ans d'un règne pacifique, laissa, eni286,IetrôneàPhiiippe-
le-Bel, quatrièmedu nom. A ce dernier succédaLouisX, dit le
Hutih, son fils, qui régna à peine vingt mois, et mourut en
1516, laissant _!etrône à son frère Philippe-le-Long:ce fut le
premier prince des.Gapetsqui n'eut point d'enfansmâlespour
lui succéder.Les deux règnesde PhiUppe-le-BeI et de Lpuis-Ie-

desOrdonn.citées,t. ï, p. 82et 83.


(<)Collect.
~ynscues.W uvo V&_UV",UIt t. 4, 11~ Qy Ç4~ OÙ.

m T..t.
'a
-ti4 HISTOIRE DE FRANCE

Hutitt furent aussiagitésque celuide leur prédécesseuravait


été paisible.D'abord ce fut une querellede vasselagequi amena
une guerre avec l'Angleterre:un vaisseaude la Grande-Bre"
tàgne avaitété pillé.surles côtesde Normandie, et les marins
des deuxnationsavaientarmé, les unspour se venger,les autres
pour se défendre.Le Roi d'Angleterreréclama pour sessujets,
et en appelaà la Cour du roi de France Hnes'agissaitque d'un
confit assezordinaire dans ce temps; mais le Prince anglais,.
cité pour comparaitre,selon l'usage, fit défaut.On se crut sans
doute insulté, ou on en fit le semblant,et l'on ordonnaque les
terres de l'insolentvassalfussent mises sous le séquestre, En
~conséquence,une armée royale s'empara de la Guyenne. Le
prince dépossédé, trop faible pour résisteralors à,son puissant
seigneur suzerain, souleva contre son ambitionle Comteet lés
communesde Flandre, et l'Empereur d'Allemagne..Le dernier
se bornaà faire des menaces mais les Flamands prirent les
armes, et commencèrentune lutte qui n'était .pasencoretermi-
née à -lamort de PhilippeIV. La guerreavec le Roi anglais fut
moinslongue ellene tarda pas à se terminer par une trève;
mais aussile vassalconservason droit sur les terres des rives de
la Gironde.
Ce ne sont pointles guerres de PhilippÈ-Ie-BeI et de Louis X,
son fils, qui doiventnous occuper ce sont leurs établissemens
civils,et leurs tentativessur les privilégesde la noblesseet sur
ceux du clergé.
A leur mort, il se trouva que le servageavait été définitive-
ment'et légalementaboli, et que les parlemens étaient établis
commeCours permanentes de justice. Il importe peu, dans le
but de cette'introduction,de savoirsi ces grandsbienfaitsfurent
opéréspar une pur volontédu bien, ou par un calculintéressé
il est certainau moinsqu'ils annoncentdans le pouvoirune pro-
fonde intelligencede la tendance qui poussait le siècle, et une
parfaiteIndépendancedé ses préjugés.
Nous avons~racontédéjà commentle peuple des communes
avaitfait trrupUondans t'Ëtat, et s'y était fait une place. Avant
LU
DU ONZIÈME
[A:·417`ulPLG AU
HV SJ.ÈCLË.
~.Ii.£,I.LI.c.. ~i5
11V
QUÏN2ÏÈME
~l.IJ.J."LlJ..£.ilJJ.£i

Cetteépoque, on ne tenait compteque dé deux ordres dans la


nation, lé clergé, et les féudataires ou,les nobles.Eux seuls
étaientappelésaux conseilsde la Nationdans les plaidsroyaux.
Nousavonsvuque saintLouiscommençaà y introduirelesMaires,
les Prévôtset lésÉchevinsdescitésetdes communesce dernier
usagefut continuésoussessuccesseurs.Ainsiun troisièmeordre,
le tiers-état,se trouvait créé. Maisle servagesubsistaitnon-seu-
lementdans les manoirsqui relevaientdeshabitans des-cités,
maisdansceuxdu Roi, dans ceuxdeses feudataires, dansceux
mentede l'Église. Depuis long-tempscependant on réclamait
contrecette inégalité,Nous possédonsun poèmelatin qui fut
adressé par un moineau roi Robert, et qui là présente comme
une contradictionà la loi de Dieu.,Les écrits, les roman'sde l'ë-
poqué sont remplisde réSexionsqui exprimentune penséesem-
blableou analogue.*
Cependantl'Eglise, lorsqu'ils'agît des serfs, ne compritpas
mieux que l'Évangileétait une loi d'affranchissement,qu'elle ne
ne l'avaitcomprisquand il 's'agissaitdes communes elle s'était
immobiliséedans{esdoctrinesjuivesde l'ancienTestament elle
voyaitdoncdansle servageune nécessitesociale,qu'ellejustifiait
en le considérantcommeuneconséquencedu péchéoriginel.Telle
estlà théoriequiest exposéedanssaintThomas,le docteuret l'en-
cyclopédistedecetteépoque. On a dit cependantqu'en M67,le
pape AlexandreÏH avaitdécrété enConcileque l'esclavageétait
anti-chrétien.OrnousavonsrecherchédanslesActesdesConciles,
dansla Collectiond'Hardum,danscellede Labbeus, danslesAn-
nales ecclésiastiquesde Baronius(i), et dansson critique, dans
Fleury, etc., et il est resté prouvépour nous que cette assertion
était inexacte. Non-seulementrien de semblablen'a été décrété
par AlexandreÏH, mais encore par les papes ses successeurs,
jusqu'au momentoul'affranchissementdes serfs fut un fait réa-
lisé dans presque toute l'Europe catholique.Oc ne trouve sur
ïes'serfs d'autres' prescriptionsque celles déjà contenues-dans
– CpnciMagenet'aMaiLabbei.–
(j)HarduinicollectioConcilMrum.
ecdesisstMK
Annates BarMu.
`
H6 HISTOIRE DE FRANCE
1- s A-
le Codethéodosiende 435 savoir, queles Ju!fsne peuventavoir
d'esclavechrétien.Reconnaissonsdoncque l'Églisen'avait'plus
l'intelligenceentière del'Évangile.II le faut bien, puisquedepuis
plusieurs siècleson la trouvetoujoursrangée,en masse dans-le
parti qui s'opposeà la réalisationdes conséquencesdela doctrine
de Jésus.
Nousavonsvu queles colonsqui étaientattachésau territoire
des cités, étaient successivement affranchis.Uneordonnancede
Louis X, du 5 juillet 1515, décréta l'affranchissementde
tous ceux qui étaient échusen liens de servitude, et de diverses
conditions, attendu, dit-il dans les considérans, que chacun,
selonle droitde nature,doit naître Franc, et que nôtre Royaume
est dit et nommé le Royaumedes Francs, etc. Cette ordon-
nance fut confirméepar Philippe-Ie-Long,en 1518, dans son
grand conseil.11est vrai qu'on en avaitfait-un moyen forcéde
Nuance, et qu'onexigeaiten échangeune ~tmMtecomp<MtttOM.
Cette loi ne pouvaits'appliqueraux possessionsdes seigneurs
qui ne tenaient pas leurs nefs du Roi maison espéraitqu'ils
prendraient exemplede leur suzerain, et, en effet, cela fut.
Cet affranchissementcependant dut s'étendresur tous les do-
maines qui relevaientde la couronne.Or, à cetteépoque, les
provincesdu Roi que nous avonsénuméréespage 101, étaient
augmentéesdu Lyonnais,du comtéd'Angoulême,de la Marche,
de la Guyenne, d'une portion du Languedoc, du duchéde
Toulouse, duQuercy, etc.
En mêmetemps que cette révolutions'opérait, l'administra-
tion de la justice subissait une transformationcorrespondante.
L'ancien plaid se changeaiten un Parlementmoderne.L'expo-
sitiondes diversespériodesde cette modificationne nousparaît
rien moinsqu'oiseuse, car elleseule peut expliquerle caractère
de cesParlemensdu dix-septièmeet du dix-huitième.siècle,que
l'on voit figurer dans l'histoire, tantôt commedes Cours pure-
mentjudiciaires tantôtcommedes corpspolitiques,puiscomme
Chambresdes Pairs.
Nousavonsvu que, sous la première race, le plaid était une
DU ONZIEME
DU ONZIÈME AU
AU QUmZIÈME
QUINZIEME SIÈCLE.
SIECLE. M771
JtH

espècede conseilde guerre, composé des principauxet des


plus habilesofficiersde l'armée,auxquelss'adjoignaientquelques
Ecclésiastiques Evoques ou Abbés c'était un conseilcivilet
militaire, en mêmetempsqu'une Cour de justice. Indépendam-
ment, il y en avait ungênerai tous les ans au mois de mars
ou de mai, ou toute la nation se réunissaiten armes.C'était
l'époquechoisie pour !a publicationde toutes les délibérations
importantes, arrêtées dans le conseil particulier, soit qu'elles
concernassentla législation, la justice ou la guerre. Les accla-
mations par lesquellesla nationaccueillaitces publicationsne
doiventpas être considéréescommedesvotes,pasplusquelesvivat
d'une arméeou d'une population.Cesréunionsannuellesétaient
en mêmetemps une revue et une occasionde publicité.
Sous Charlemagne,le plaid subsista; maisle plaid impérial
fut unvrai Concile.Il fut régulièrementcomposéde tousles Evé-
ques ou Abbés, et de tous les commandansdeprovinces, Ducs
ou Comtes.Ce systèmefut mêmegénéralise.Ainsi, dans chaque
Archevêché, il dut y avoir un synodeannuel pour les affaires
du Clergé. Remarquons ici que l'ontrouve dans ces Conciles
et danscesSynodes,dèsle commencement del'Église,et par suite
bienavantles rois Francs, cetteréuniondes droits delégislation,
d'administrationet de justice, qui doit nous étonner, nous qui
sommeshabituésau règne de la divisiondes fonctions.Demême
que l'Archevêqueavait untribunal annuel, nousavonsvu que le
Comte avait son plaid qui rendait au peuple, placé sous son
commandement,les mêmesservicesque celui de l'Empereur à
tousles Français.
Sous les Rois de la troisièmerace, les plaidsqu'on appelait
placita, co~o~MM,etc., subsistèrent:même, ils éprouvèrentun
changementanalogueà celui du systèmeféodal. Ils continuè-
rent à être formés de membresdu Clergé et de chefs militai-
res. Mais, commetous les fiefs étaient devenus héréditaires,
ils durent se composer, d'unemanièreinvariable,des représen-
tans des principalesvassalitésde France, c'est-à-dire des Ducs
bërëditaipesde Bourgogne, de Normandie, des Comtes de
H8 BJSTOIRE DE FRANCE

Champagne, de Poitou, etc., et des Archevêques du royaume.


II en était ainsi, en effet, lorsqu'il s'agissait de questions relatives
à toute la communauté féodale qui s'appelait France il était in-
dispensable que le plaid ou parlement réunit le plus grand nombre
des hommes qui possédaient les grands fiefs du royaume, c'est-
à-dire ceux qui relevaient de la couronne sans appartenir au do-
maine royal proprement dit; et cela avait lieu. Aussi l'on trouve
que la réunionétait formée d'un nombre variabIed'Archevéques,
d'Évêques, d'Abbés et de Seigneurs (I). Ce ne fut qu'assez tard
qu'elle fut réduite à douze membres, dont six choisis dans le
clergé, et six parmi les feudataires. C'était dansles assembléesde
ce genre qu'étaient agitées les questions relatives à la: succession
à la couronne, ainsi que les questionspolitiques et judiciaires re-
latives à la communauté féodale.
Le Roi avait un fief particulier, celui qui était attaché à la
couronne. C'était à l'administration de ce fief qu'étaient consa-
crées les assemblées du plaid ordinaire du Roi celui-ci était
composé de membres du clergé et des principaux Barons du
domaine. Ils étaient d'abord désignés par leur rang dans la hié-
rarchie militaire ou ecclésiastique; plus tard, on y maintint at-
tachés comme conseillers habituels ceux dont l'habileté et la
science s'étaient fait distinguer.
Ainsi que le Roi, chaque grand feudataire du royaume avait
son plaid chaque seigneur même du domaine royal avait le sien
et aussi, pour ces derniers, ce service était devenuunecharge con-
sidérable, car les réunions étaient fréquentes et occupées de
mille sujets, de la police civile, militaire ou financière, des tra-
vaux publics, de la voirie, etc.

On appelait Pairs, dans chaque plaid, les membres qui le com-


posaient. En effet, ils avaient droi~à ce titre, puisqu'ils devaient
tous relever directement et sans intermédiaires du Seigneur qui
les présidait. Aussi le serment féodal comprenait, outre lapro-

(1)voyezcet égard le mémoire pourtes Pairs deFrance,qui contient


t
une collectiondes actes des ptaids sousles Rois de la troisièmeMG~.
DU ONZIÈME AUQUINZIÈME SIÈCLE. H9
n 1 1 fidélité
~1T.7 et de
~1'~
messe de la Edélité ml~taire, celui de la la franchise
dansIéconseU.
Enian, chaque année, aux fêtes de Pâques, et quelquefois plu-
sieurs fois l'an, le Roi de France tenait courplënière, ou.en
d'autres termes, plaid ou Parlement général. Tous les feudatai-
resdu royaume, à moins d'empêchemens graves, étaient tenus
de s'y trouver. Là, comme dans les anciens Champs-de-Mai, on
traitait des affaires générales de la communauté, et l'on rendait
}e&arrêts judiciaires ou administratifs qui l'intéressaient. Nous
avons vu que cette assemblée ne se composait d'abord que de
deux ordres, le clergé et la noblesse; nous avons vu aussi com-
ment saint Louis,, en y appelant les magistrats représentant les
communes, y introduisit le tiers-état. On trouve dansl'histoire de
la vie dePhilippe-le-Be!comment cette grande assemblée procédait
dans ses délibérations chaque ordre discutait et votait séparé-
ment. Ainsi, FassembléedeiSO~eut à traiter unedesquestionsles
plus graves qui pussent être mises en délibération à cette époque.
Il s'agissait de décider sur la justice d'une excommunicationlan-
cée par le Pape Boniface VIII contre le Roi aussi tous les dé-
tails de cette affaire nous ont été peu près transmis. Chaque
ordre adressa séparément sa réclamation au Pape il est donc
Ce fut
probable aussi que chaque ordre délibérait séparément..
cette même année 1502, que Phiiippe-ie-Be! établit des Parle-
mens sédentaires à Paris, à Toulouse, et à Rouen sous le nom
d'JÊ'c/M~tKf)-,chargés uniquement de fonctions judiciaires, pour
les arrêts des
prononcer sur lës appels qui seraient faits contre
magistrats établis dans le domaine de la couronne, tels que Pré-
vôts, Baillis, Sénéchaux, et pour connaître en première instance
des causes des Prélats et Barons. Il leur donna le droit de s'as-
sembler selon la nécessité des affaires; de délibérer et décider
hors la présence du Roi. Cette institution fut perfectionnée par
dés ordonnances successives. On pourrait juger de leur première
organisation par celle du Parlement de Toulouse, dont on pos-
sède le détai! il était composé dejdeux Présidons et de douze
Conseillers, dont six, du Clergé et six de la Noblesse; Plus tard,
i20 HISTOIRE M FRANCE

dansle Parlementde Paris, il y avaitdeux chambres, celledes


enquêteset celledes requêtes, l'une et l'autre composéesde plu-
sieursPrésidensetde plusieursConseillers,moitiénobles,moitié
clercs, tous nommespar le Roi. Philippe-Ie-Long,successeurde
enexclutles Évêques.
Louis-Ie-Hutin,
Cetteinstitutionne dispensaitpas le Roi de tenir des assises
extraordinaires, que l'on appela plus tard lits de justice; de
réunir encoreles Pairs duroyaume, ou ceuxdu domaineféodal
de la couronne, pour juger les faits graves de disciplineféo-
dale.
Nous croyonsque la narration précédentesuffira pour faire
apprécier nettementcommentse sont établis les droits de nos
anciensParlemens,et quelsils étaient.Nousn'avonsplusà ajou-
ter que quelquesmots pour donner l'intelligencede plusieurs
usagessecondaires,tels que le droit d'enregistrementqu'ils s'at-
tribuaient.
Les plaidsannuels,sousles deux premièresraces.étaient au-
tant un moyende publicitéqu'un moyend'ordre et de justice.
Pour maintenir tous ces ëlémens de la prospérité des États,
Charlemagnene pouvant,à causede l'étenduede l'Empire,réunir
tousses bénéficiaires,employale moyen des députés royaux,t
missidominici.Sousles Princesde la troisièmerace, on eut re-
cours à l'assembléegénérale annuelleou à la Cour plénière.
Lorsqueces réunionscessèrentd'avoirlieu, l'enregistrementau
Parlementfut usitécommemoyende publicité.
Enfin, les Pairsne perdirent pas le droit de s'assembleren
plaid ainsi, dansles questionsgraves, dansles lits de justice,
pa lesvit toujoursvenirprendresiègeavecle Roi.
Nous croyonsque du jour où lesParlemensfurentdevenussé-
dentaires,et, par suite, oùce titre fut établipour servir à dési-
gner une Cour de justice, le besoinde distinguer, par un nom
nouveau,cesautres Parlemens annuelsqui avaientlieuauxCours
plénièresdu Roi, fit introduireceluid'États-généraux.En effet,
il est certainque la réunionà laquelleon donnacenom sousPhi-
lippe-le-Bel eut lieuselonla formeprescritedansles ordonnan-
AU QMNZtEME
DUONZfËMË StËCLE. i2i

ces de saint Louis. Si l'histoiren'a cité que celle de 1502d'une


manièreparticulière, c'est à cause/sans doute, de l'importance
des matières dont elle s'occupa; car ces assembléesavaientdû
avoir lieu tousles ans depuis 1256,et toutle prouve.Noustrou-
vonsdanslesactesdecette époquemaintesconSrmationsdesE~<t-
blissemens de saint Louis, maintespreuves qu'ils étaient obser-
ves. Sans doute, en un demi-siècle,les assembléesdevaientavoir
subi quelquesmodifications;on devaits'être appliquéà les per-
fectionner,afin d'en faire le moyen le plus,exactde communica-
tion entre le Roi et ses sujets, et réciproquement.Maisnous ne
rencontronsdans l'histoire qu'une assembléequi représentece
que nous entendonsaujourd'huisous le nomd'Etats-gënéraux,
c'est-à-direpossédantles attributions et les pouvoirsque nous
M nousattendonsà trouversousce titre, qu'en i355, sousle Roi
Jean. Nousen parleronsbientôt.
On ne peut douter que des modificationsaussi graves à la
constitutionféodale nedussentsouleverde nombreuxméconten-
temens, surtout parmi ceux dont ellesattaquaientle plus direc-
tementles privilègesou les droits. Aussila noblesseprit-elleoc-
casion de l'excèsdes impôtsqu'avaientnécessitésles guerres de
Flandre et l'entretien de troupes soldées-assez nombreuses,
puisqu'ellesse composaientdéjà d'un corpsd'hommesd'armeset
d'un corps d'arbalétriers (i). Ces impôts, qu'on appelait <Mc!es
pour la guerre, avaient d'ailleursété étendus jusque sur ses
biens et sur ceuxdu Clergélui-même.Or, quelque faiblesqu'ils
fussent, commeils étaient inusités, ils n'irritaientpas moinsle
Tiers-Étatque les deux ordressupérieurs. Delà, des tentatives
de ligues, des plaintescontre les ministresdu Roi qui adminis-
traient les finances.Ce mécontentementalla croissant sousles
successeursde Pbilippe-Ie-Bel maisil ne porta fruit que plus
tard, lorsque l'avènementde la branche des Valoisen donna
l'occasion.. (~
En i51?, PhilippeV, ou le Long, succédaà sonfrère Louis-Ie-

et XXXV.
desOrdpM.cit~ t. j, p. 6a7.,art.XXXIV
(t) Cb~c~.
422 HISTOIRE DE FRANCE

Hutin, mort sansenfans mâles.Lui-mêmeeut pour successeur,


en 1322, sonfrère CharlesIV ou le Bel, car il ne laissapointnon
plus de filspour le remplacersur le trône. En4528,CharlesIV
mourut aussi sans enfansmâles, et en lui s'éteignit!a première
branchedes Capets..
Sousces Princes, les institutionsde Philippe-le-Belfurentper-
fectionnées.Ainsi des capitainesnomméspar le Roi furentéta-
blis pour commanderles corps des milices des communes.
Les représentansde l'Universitéfurent introduits dansles États
générauxen i5i7. Les comptesfurent régularisés;ils devinrent,
en ~319, l'attributiond'une Chambrespéciale.
IH. Le mécontentementde ceuxqui préféraientla conser-
vationde leurs privilégesà leur devoirsocial, n'attendaitqu'une
occasionpour éclater.Ellese présentaà la mort de Charles-le.
Bel. Il se trouvaitunequestionà décider il s'agissaitde savoir
si la successiondu trônerevenaità Philippe, Comte de Valois,
cousin-germaindu feu roi, ou à Edouard, Roi d'Angleterre,
son neveu par les femmes.Les États-Générauxdécidèrenten
faveur dtt Comtede Valois, qui fut sacré, à Reims, en 1529,
sousle nom de Philippe VI. Edouard lui-même,cité à venin
rendre hommagepour ses terres de Guyenne, vint saluer le
nouveauRoi; mais il n'avait pas renoncéà ses prétentions, et
ce fut lui que les mécontensallèrentchercher, afin de trouver,
au milieudes désordresd'une guerre de succession,les moyens
de ressaisirleurs priviléges. Il leur fallait, en effet, un appui
étrangerpour combattreles armesà la main contrel'organisa'-
tionsocialequi commençaità s'établir. Elleétait déjàassezpuis-
santepour ne pouvoirêtre impunémentattaquéepar desintérêts
particuliers on ne doit donc pas demanderpourquoion attendit t
que la questiondudroit de succession fûtdécidée;car ilfallaitbien
pour agir que le pouvoirqu'on devaitrenverser, et l'appui et les
prétextesdonton devaitse servir, se ttjDuvassent créés.
Ce fut en i336 que commençacette guerre qui devait, en
deux périodes successivesde revers, ruiner la France.Le rôle
infâmequ'y jouèrent un grand nombre de setgneurs français
DUONZI&ME ACQUINZIÈME St&CLE. 125

suffit pouren faire connaître l'origineet le but: c'était une


guerre contre les nouvellestendances de la civilisation.Aussi
faut-ilremarquer que les arméesroyalesfurent en grandepartie
composéesdes milicesdescommunes,et quela guerrefut terminée
par un mouvementgénéral du peuple, conduit par Jeanne
d'Arc.
Cette guerre est divisée naturellementen deux périodes,
qui sonfséparées.l'une de l'autre par un règne entier, celuide
CharlesY.
La premièrepériodeoccupales règnesde Philippe de Valois,
et celuide Jean I, son fils, qui lui succédaen d350.Nous n'es-
sayeronspoint ici d'entrerdanslesdétailsdes affreuxdésordres
qui en signalèrentla durée, Il suffitde citerles nomsde Crëcy
et de~Poitiers; il suffit de dire que Jean' se trouva prison-
nier de son rival, le roi d'Angleterre, et qu'enSncelui-citenait
garnisondans tout l'Artois, dansla Flandre française, la Nor-
mandie, le Poitou,la Gascogne,etc., pour rappeler l'état misé-
rable de la France.
Nousne devonspoint nonplus nousarrêter à la narrationdes
tentativesdiversesqui occupèrenttout le tempsde la captivitédu
Roi Jean.Pendantque la noblesseessayait,danssesdomaines,du
pouvoirabsolu, et poussaitles paysans à cette révoltequ'on a
nomméeJacquerie, Paris, dirigé par son prévôt Marcel, es-~
sayait de se mettre à la tête d'une confédérationdes cités. Le
Roi d'Angleterrene se fiaitque sur le succèsde ses armes et
sur le couragedes seigneursqui s'étaientdonnésà lui pour ac-
quérir le royaumede France.Au contraire, le Dauphinn'espé-
rait, pour le conserverson père et à lui-même, que sur les
communes.Il est vraiqu'il setrouva contrarié, danscette direc-
tion, par. les intrigues d'un autre prétendantà la couronne,
c'était le Roi de Navarre: aussi fut-il moinsheureux sous ce
rapport qu'il n'eut du l'espérer.
Aufur et à mesureque les,circonstancesde cette guerre de-
venaientplusgraves l'importancedes assembléesannuellesa!-
jait croissant.Ainsicelle de t5SS fit acted'Etats-Cfëneraux.L~
i34 HISTOIRE DE FRANCE

Roi Jeanvint lui demandersecoursd'argent et d'hommes.Elle


les accorda maiselleimposala conditionqui fut acceptée, que
la perceptionet l'administrationde l'impôt seraientcon6éeàses
élus, afin que la contributionfût consacréetout entière au ser-
vicede la guerre enfinelleétablitune commissionpermanente
composéede membresde chacundes trois ordres pour en sur-
veillerl'emploi.En i5S6, après la bataillede Poitiers, le Dau-
phin,qui setrouva,parlacaptivitédesonpère,régentduroyaume,
convoquaune nouvelleassemblée.Celle-cicommençapar nom-
mer une commission d'enquêtes,qui conclutà proposerle main-
tien des rëglemens faits par les Étatsdel'annéeprécédente,et qui
demandaque le régentdu royaumecomposâtsonconseilde quatre
Prélats,dedouzeseigneurs,et dedonzemembresdutiers.L'assem-
blée sanctionnaces conclusions,et refusade voter les subsidesà
d'autres conditions.Le Dauphinrepoussacesjustes mais dures
obligations, et rompit rassemblée.Il espérait, en s'adressantà
des assembléespartiellesdes provinceset desvilles, obtenir les
subsidesqui lui étaientnécessaires,et comptaitéchapperainsià
des demandesdontil ne voulaitpasreconnaîtrela justice, et que
ces réunionsne seraientpas en droit de lui proposer; maisil
fut refuséà Paris, où il se présenta d'abord, et dans quelques
autres bailliages: il fut donc obligé de réunir de nouveaules
Etats-Générauxde 15S6,et d'acceptertoutesleurs propositions.
Cependantellesne reçurentqu'un commencementd'exécution.
En 1557, les Etats furent convoqués à Paris, maisils ne purent
que commencerleur session:les troublesqui agitaientla ville
dispersèrentles députés. t
La :nationalorsétait dans les Etats-Généraux.Tous les mou-
vemenspartiels qui se faisaientsans eux, étaientdépourvusd'u-
nité, et tendaient à constituer un fédéralismeque repoussait
l'esprit français. Ce fut aussi avec les Etats-Générauxque le
Dauphinvainquitses ennemis il était d'ailleursle seul qui dis-
posâtdu droit de lesassembler.Il les convoquaen 1558, à Com-
piègne il leur accordatoutesleursdemandes:c'étaientcellesde
I3S5; et, en les exécutant, il reconquit la soumission des pro-
M ONZIÈME AU QNKZIÈME SIÈCLE. 125
1-
minceset des communesqui restaientà la couronne.Alorstout
te mondedut espérerquele paysallaitjouir d'un~steme de li-
berté et de droits encoreinconnusen Europe. Mais,dès 1559,
le Dauphinobtint desEtats la cassationde tous les arrêtés anté-
rieurs et, dès ce jour, les assembléesannuellescessèrentd'être
autre chose que des parlemensou des Cours plénières, selon
l'anciennecoutume.
Jean mourut en 1364, laissantla couronneau Dauphin, son
fils, qui fut appelé CharlesV ou le Sage. La guerre avecl'An-
glais, qui avait été interrompuepar le traité désavantageuxde
Bretigny, recommençasous ce Prince, et se terminapar le re-
couvrementde presquetoutesles provincesque le Roi Jean avait
perdues. Pendant ce règne, le pays fut moinsagité que sous
le règne précédent, mais non tranquille, car il renfermait en
lui lesmêmescausesde troubles, ces mêmesambitionsseigneu-
riales, qui avaient ouvert aux Anglaisles routesde la France.'
Charlesne cherchapointà les combattre, ou peut-êtrene le put-
il pas. Aussi,après sa mort, elles éclatèrent avec une violence
qui manquade perdre la nationalitéfrançaise.
En i380, CharlesV mourut, laissantle trône à un enfantmi-
neur, qui fut appelé CharlesVI. Le règne de ce Prince ne fut
qu'unelongueminorité. Enfant d'abord, puis en proie à une
aliénationmentalequi ne lui laissait'quequelquesinstanslucides;
Roi sans l'être, il devint' successivementl'instrumentet le pré-
texte des diverses~factionsaristocratiquesqui parvinrentà se sai-
sir de sa personne.On se disputait sa possessionou sa garde,
commeon se fût disputécelle même du pouvoirroyal, sile trône
fût venuà manquerde successeurslégitimes..La France ne fut
plus gouvernéedanssonintérêt, ni dansceluide la familleroyale
qui avait attachésa fortuneà la sienne, maisdansles6nsindivi-
duellesdes partisqui,par intrigueoupar ruse,s'emparaientde la
régence. D'abord, on se servit'dunom de Charles, enfant, pour
faire solderà la Franceles frais d'une entreprisesans but gêné*
rai, et toute personnelle.On chargea les communesd'impôts.
Elles protestèrentà la manièredu peuple, c'est-à-dire par l'ë-
126 mSTûmEDEFRANCE
mente.On Stttles déterminerà demanderpardon de leur juste
rébellion o~eur arrachaleurs chefs à Paris, on s'emparapar
ruse des principauxcitoyens, et on les mit à mort. Puis, on
ôtaàla capitaleles privilégesdontelleétait6ère,cesprivilégesqui
étaientplus anciensque la monarchiemême. La haine des no-
Mescontre les communesse manifestaitdans toute sa violence.
On insultales Parisiens, en leur faisantjouer une ignoblecome-
dîe. Onles fit venir, hommeset femmes,demanderpardon à ge-
noux, devantl'enfant Roi, qui, placé sur un trône, daigna leur
annoncerqu'il les excusait,et qu'illeqr permettaitde se rache-
ter. A Rouen, oh joua la comédied'une prise~l'assaut.CharlesV
entra par la brèchedans la~place,etc. EnEn, toutes cesinfamies
furent combléespar des exactionsodieuses et le prix du volfut
dissipépar cettenoblesseen d'ignobleset scandaleuses profusions.
Le Roi paya cher cesfautes qu'onfitcommettreà son enfance;et
plus tard, LouisXI lesfit cruellementexpierà la noblesse.
On dut sedemanderalors si le fruit d'efforts poursuivispen-
dant une si longuesuitede tempspar le peuple,et les Rois, de-
vait être dévorépar une Cour sansvertu et sans honneur. Ne
pouvant,par soi-même, renverser un pouvoir injuste, on dut
chercherun appui à ses libertés, à ses droits. A l'exempledu
pouvoir,chacunpensaità sonintérêtpropre. Le seigneur,comme
!a commune,n'agirent plus que pour leur propre conservation.
Alorsmillepartis s'acharnèrentà ruiner.la France.L'Anglaisvint
faire valoirsesprétentions il trouvale'pays hésitant entre deux
partis celuides Armagnacset celuides Bourguignons;il traita
avecle dernier. Enfin, en 1420,il se trouvaen FrancedeuxRé-
gens l'un était Henri d'Angleterre; l'autre, Charles, Dauphin
fie France. Henriavaitaveclui CharlesVI, le fou, et le Ducde
Bourgogne.Tousdeuxavaientles mêmesprétentionsà la cou-
ronne. Le premieravait été déclaré, par ordonnanceroyale,
héritier du trône; c'était son legs le secondl'était par droit
de naissance.Le premier avait été reçu à Paris,et accueillipar
la confédérationdes villesqu'on avait le plus maltraitéesdans
les jeunesannéesde ChartesVï te secondé~t réduit à la pos'
DUONZIÈME AUQUINZIÈME SIÈCLE. 121
sessiondela Champagne, de l'Orléanais, de la Touraine, du
Pûitou, du Berri, et dequelquesprovincesdu Midi.Il semblait
que la France allait être réunie à l'Angleterre sous un même
Grince.En effet, en i42â, à la mort de CharlesVÏ, les deux
Régens furent proclamés Rois: Charles VU à Poitiers; Henri
d'Angleterreà Paris.
Henri avaitla supérioritédes forces, maisCharlesVII avaitta
supérioritédes souvenirs.En effet, il était toujoursresté sépare
et ennemidecette cour infâme, qui était morte en quelquesorte
avecle dernier Roi; il était resté Ëdèleà la causenationale,et si
le sentimentpublic ne se tourna point vers lui, au moinsdut-il
cesserde lui êtrehostile.Enfin, un événementqui, dans ce siè-
cle, dut être regardécommemiraculeux,parce qu'il était inex-
plicable,lui rendit la ferveur populaire. Une femme, Jeanne
d'Arc, mue par la religionde la patrie; imbue, avecune foi pro-
fonde, de cet enseignementqui apprenaitau peupleà regarder la
France, et, la race de ses Rois comme les 61sâmesde l'Église,
entraînales masses, en fit une armée.Ce fut une guerre sainte,
une nouvelle0'oisade qu'elle conduisit tout céda devant cette
fureur religieuse.Jeanned'Arc fut prise, et périt parla maindes
Anglais,martyr de sa foi patriotique.Maisle fanatismede la na-
tionalitéétait rentré dans le cœur des Français, et, en 1451,il
ne restaitplusaux Anglais,sur le sol de l'ancienneFrance, que la
ville de Calais.Une telle suitede succès, après tant de revers,
parut aussimiraculeuseque l'avaitété leur origine.
Le Roi ordonna que l'on revît le procès de Jeanned'Arc et
l'oncassale jugementiniquequi l'avaitcondamnée en sorte que
le nom de la vierge françaiseouvritet fermacette époqueglo-
rieuse.
Le nomde cetteviergeestle seul qui soitsorti pur destroubles
dont nousvenonsde parler. Une effroyabledémoralisationavait
avililes hautesclassesdéla,société.Le principedu mal, l'égoïsme
avecSonsale vêtement de vanités, de profusionset de débauches,
et avecses affreuxserviteurs,le vol,l'assassinat, r empoisonne-
ment, radnttèpe, régnait au sommet.Commentl'être socialN'eût*
128 HISTOIRE DE FRANCE

il pas souffert,et ne se fut-il pas agité au intact de tant d'agens


destructeursqui le menaçaientde mort ? Tout ce qui ne fut pas
victimefutsouillé.
Ce mal fut pour la Franceune souffrancesansfruit, fatalpour
tout le monde.Ainsi,depuis saintLouis, les plaids annuelsten-
daient à se changer en assembléesparlementairessemblablesà
cellesd'Angleterre.Cette tendancefut rompue par le règne de
CharlesVI. Les réunionsen cour plénièrecessèrentd'avoir lieu
d'une manièrerégulière, et on ne convoquaplus les États-géné-
raux qu'à titre d'assembléeexceptionnelle,pour résoudre une
difficultéexceptionnelle.Ils se réunirent pour la dernière fois,
selonleur coutumerégulière, dansl'année jnêmequi vit monter
CharlesVI, mineur, sur le trône. Voyantun Roi enfant, pos-
sédé par une cour de seigneurspillards, ils ordonnèrentla sup-
pressiondes aides, et voulurentréduirela liste civileau revenu
des biensde la couronne.Leur résolutionfut accueillie,publiée;
maislorsqu'ilsse furent séparés, leurs ordonnancesfurentmises
à néant, et leur interventionfut pour toujours écartée ce fut
même une des causes des émeutespopulairesqui affaiblirent
les premières années de la minorité de CharlesVI, et dont il
triomphasi insolemmentavecl'aide desa noblesse.
Toutesles foisque l'histoirenous montre une grandeet géné-
rale démoralisation,on trouvetoujoursque soncaractèreest la
subalternisationdu devoirsocialà l'intérêt privé. Telfut aussile
cachet de l'époque dont nousvenonsde nous occuper. Maissi
l'on voulaiten indiquerla causepremière, il faudraitrecourir à
l'histoiremêmede l'Église. En effet, cette périodede décadence
de la France correspondà une période semblabledans l'Église
de Rome.Ce fut elle quidonna, la première, l'exemplede l'é-
goïsme.La papauté avait cessé d'être un devoir, une fonction
catholique;elle était devenueune fortune que les famillesambi-
tionnaientcommeun emploi fructueux. Il arriva de là que les
papes ne furent plus choisis que parmi des noblesde sang, et
qu'ilsportèrentsurletrôneapostoliquelespassionsdes familleset
des racesdontiIssortaient.Bientôt
onvitplusieursPapesse disputer
t)C QUINZIEME AO MX-SËPTIÈNE SJÈCLE. ~20

!a couronne,ainsiqu'on avaitvudes successeur~ derois.Ceschisme


,étai~en pleine vigueursous Charles V. Ainsi il arriva que ces
prétendus'successeursdes Apôtresdevinrent'serviteurs non-seu-
lementdes rois~,dontifsse disputaientta protection, mais même
desËvêques, dont ils sollicitaientl'approbation: ceux-ci a leur
tour dépendirentdes Seigneurs,etc.La disciplinede l'Ëglisefut
renversée,lepouvoirde l'excommunication fut éteint, et comme
parmi cesPapesnul n'avaitle droit pourlui, les uns et les autres
ne comptèrentque sur leur complaisancepour trouver desap-
puis. L'Universitéde Paris, quelquesordres de moinesmendians
et le clergé inférieurrésistèrentseuls à la démoralisationqui ré-
sulta du Schisme;l'Université,entre autres, sé distingua.parson
énergieà demanderun concilegénéral pour la réformationde
l'Égliseet duClergé.

CHAPITRE m.

NMTOJRE BE FRANCE DU QUINXtËHE AO DtX-SEPTt&ME S!ÈGLE.

L'msToiRE des deux siècles suivais est celle d'une hataiHe


entre lè fédéraHsme aristocratique et i'unité monarchique.
Aussi, quant à l'organisation sociale, toutes choses restèrent
dans ie provisoire; et, à !a 6n de cette époque, sou~Louis XtV,
nous trouverons que Funitë en France n'est quemoràte, n'ayant
d'autre représentant que l'absolu pouvoir du monarque, mais
d'ailleurs embarrassée des mille obstacles quelui opposaitia variété
des coutumes qui tenaient Uéu de Codes, divisée en provinces,
et par systèmes d'impôts et de privilèges, coupée par des lignes
de douanes, et présentant sur le sol qui lui appartenait, sous la
domination du mêmeesprit et de la même langue, toutes tes dif-
.p. férences qu'offre aujourd'hui t'Europe.
v,.I!
vjal 'H.}:'
'-I;u¡fVf,.I;
f
~SN!
1.4U, V..pG',

T<~ 9
~30 HISTOIRE DE FRANCE

Louis XI ouvre cette suite de rois qui travaillèrent à la ruine de


la noblesse et de sesprivilëges féodaux. Ala mort de Charles YII
son père, en 146d on avait conspire de donner la couronne à
son jeune frère, au mépris de son droit d'aînesse. I! escamotale
trône et dès ce jour il commença cette guerre acharnée, mêlée
de succès,et de revers, semée d'intrigues et de violences, qui ne
se termina qu'à sa mort, en 1483. Nous n'entrerions dans aucun
détail sur les àccidens de ce règne; quand même nous ne de-
narration.
vrions-pas saisir toutes tes occasions d'abréger notre
même
En effet, il n'eut qu'une seule signiHcation, et toujours la
à travers tous les ëvëncmens; il n'eut qu'un seul but, la destruc-
tion de la noblesse féodale.
.-?
Les Etats-généraux ne furent assemblés qu'une seule fpis~au
commencement de ce règne, en 1468, et pour répondre à une dif-
~culté que leur assentiment seul pouvait résoudre, difficulté ex-
cep~nelle, ainsi quenousI'a\T)ns annoncedans le chapitre pré-
cëdëm: c'était pour-résister aux exigences de la ligue que la
noblesse avait organisée centre le Roi, et pour empêcher le dé-
membrement du royaume, que celle-ci étaiLalors assez puissante
de la France.
pour exiger. Le vote dés Etats conserva l'intégrité

Louis XI laissa à Charles VIII, son fils, le royaume accru de


la Bourgogne et de la Provence, riche, paisible et obéissant.

Le jeune roi était mineur, âgé de moins de quatorze ans.


Pour assurer'la régence dans les mains auxquelles Lou~ XI l'a-
vait conËée~il fallut encore recourir aux États-gënéraux. L'his-
toire de cette assemblée nous a été conservée. Les États votèrent
non-seulement par ordres, mais par nations..11y avait six nations,
celles deParis~ de Normandie,,de Bourgogne, d'Aquitaine, de
Parmi les réclamations faites par
Languedoil et de Languedoc.
cette assemblée, nous remarquerons Jes suivantes on demanda
l'abolition de la vénalité des charges, l'inamovibilité des ofSces,
sauf le cas de forfaiture, et'la suppression des douanes inté-
rieures. On insista d'ailleurs sur les sujets habituels des reclama-
DU QUINZIÈME AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. 151

tiqnsde toutes les assemblées,sur la diminutiondes impôts, la


suppressiondes tailleset des gabelles enfin les États conËrmè-
rent le
..Ctestamentde LouisXI. 1
Le vote decette assemblée~ut souverain.Onavaitpris toutes
les précautionspour que leur décision ne pût être un acte de
complaisancepour aucunparti. On ava~ adresse ,auxbailtifset
aux sénéchauxla 'commission deréunirlesdéputésde !eur ressort.
En conséquence,ils avaientconvoquédes réunions dé, tous les
possesseurs3e bénéficesecclésiastiqueset seigneuriaux;en6n
dés députésdes villes, bourgs et'~Hages.Cette réuni~onavait ré-
digé son cahier, et en avaitchargédes députés:qu'eue avaité!us
pour représenterchacundes ordresdont elleétait composéeelle-
même. A Paris, on avait procédéainsi on convoquale prévôt
des marchands,les échevinsdetaville, tousses officiers,lès no-
tablésbourgeoisde chaquequartier, tousles principauxmaîtres
fourreurs, drapiers, orfèvres, etc., deux membres de chaque
communautéreligieuse,enËnt'Archévéque,'en qualitéde bour-
geois de Paris. Oninvitachacun, dans les églises et au prône,
à transmettre à cette assembléeses projets et ses plaintes,et,
sur ces matériaux, on rédigea le cahier de Paris, que quinze
députés furent chargésde porter auxÉtats.
t,h
Alorsla France, qui depuis plus d'un sièc}én'était occupée
qu'à user ses forcessur eîie-méme,vint prendresa parj, dans )â,
politiqueeuropéenne.Il ne sera pasinutile d'examinerqueLfut
le caractèregénéralde ceUe-ci,jusqu'au momentou Ie,sguerres
de la réformevinrenten changer te but.
,>
La révolutionqui avaiteu lieu en Franc~auprofit de la puis-
sancemonarchique,s'était opéréeégalementsousd'autresformes
dans ies autres parties du royaume dé Charlemagne. EnAHe-
magne,l'Empireétait devenuhéréditaire en Espagne,tes Chré-
tiens avaientconquis tout le sol, et un seul Roi gouvernaitce
vaste et riche territoire. Tous ces grands centrés avaientété
forméspar ta guerre.Lorsqu'eUef ut termmée, l'esprit d'agt'an"
,g- '> ¿. h -1~"f. ,-<l". a ,.¡,
r. <~,¡><
'tg2 mSTQtRE DE -FRANCE

dissementqui l'avait conduiterestait tout entier, et les peuples


eux-mêmesétaientdressésà une activitémilitairequiavaitbesoin
de s'épancher.Alorsles Princesconçurentl'idée de reconstruire
l'Empirede Gharlemagne;la monarchieuniversellefut le but de
tous les désirs et de tousles efforts de cette époque, et c&fût
cette ambitionquimit, les armes à la main aux trois principaux
monarquesde l'Europe. La France ne cessa donc ,decombattre.
soitpour
depuisCharles VHI,soit pour l'établir sousson nom,
l'empêchersousun:autre. Elle sortitvictorieusede ces guerres.,
car etie rompitlés projetsde sesadversaires,et conservasa per-
sonnalitésouveraine.SousCharlesy 111,ellecombattitenItalie,
sous Louis-XII,ellecombattiten Italieencore, et de plus contre
les anglais et les Impériauxen Picardie, et contreles Suissesen
Bourgogne;sousFrançoisI",ily ëutunchampde bataille déplus
sur les frontières~Espagne enfin, sousHenri ÏI, une trêvefut
signéeà Cateau-Cambresis,en d559, sousle nonide paix. C'est
pendantcet intervallede reposque commencèrentà paraître en
France les premierssymptômesd'une nouvellecrisecivileoù le
peuplé lui-mêmecontinuace que Louis XIavait commencé.
Les .quelques mots qui précèdent suffisentpour l'histoire
des quatre rois que nous venons de nommer. Lorsqu'on ne
veut en présenter que la généralité, et qu'on la dépouillede
tous ses accessoires dramatiques, il suffit de dire de plus
P'
que LouisXII montasur le trône en 1498,François en i5dS,
HenrHIend547.
Pendant la durée de cette guerre, les Etats-généraux ne
furent assemblésqu'une seule fois, en 1S58, pour combler le
déficitdu trésor. En~ffet, ilsne furent occupésque dé finances.
Leur compositiondifférade celle des Etats qui lés avaientpré-
cédés. Aulieu d'être formésde députésélus par des Etats pro-
vinciaux, et chargés des cahiersdedoléance rédigéspar cha-
cunedes nations, ils furent composéscommeceuxdu tempsde
saint Louis,du haut clergé, de la haute noblesse, des maires et
des échevinsreprésentantle tiers. Seulementon y ajoutaun qua-
trièmeordre qu'on nommaEtat de ta justice, et auquelon
DU QUINZIÈME AU NX-SEPTIÈME SIÈCLE. i55

appelâtespremier~présidonsde touslesparlemens,etlesgensdu
roit Ainsi, c'était encoreune réunionà la manièredes anciens
plaids,ouléroiconvoquaitquiilvoulait.
Henri 11nejouit pas de la paix que là générositédes Etats l'a-
vait mis"en positiond'acquérir parquelquesvictoires;il fut tué
la mêmeannée, dans un'tournois, laissantla. couronnea Fran-
çois II, sonfils aine, âge d'un peu plus de seize ans. Ainsiad-
vintune de cesminoritésqui avaientété sousla troisièmerace
aussi fatalesà ta France que les guerresde successionsous les
deux premières,endonnantcarrière à l'ambitiondelanoblesse, et
aux disputespour la régence. Cettefoistes élémensde troublés
étaientplus nombreuxque jamais. La réformeavaitpénétré en
France, et avaitfondéun parti religieux. LesProtestansformaient
dans!anationun peupleetunintérétàpart ilyavaitdoncuheforce
d'oppositiontoute préparée pour servir les projets desambitieux*
qui seraientvaincusa la Cour. Ajoutezque ta minoritécommen-
çait avecles précëdens les plus fâcheux. Les impôtsétaientex-
cessifs, et cependantinsuffisans;le commerceet, l'agriculture
étaientruinés; le crédit était anéanti les arméesqui avalentété
eri partie licenciéesà là paix, avaient jeté sur la place, et sanss
occupation, une massed'hommes de guerre, impatiens d'un
repos qui lescondamnaità la misère.
Cependantle gouvernement du jeune roi était entre les mains
du cardinal de Lorraineet du duc de Guise; quêtes dernières
victoiresdu règneprëcédentayaientillustré.Ils s'étalentadjointla
reine-mèré,Catherinede Médicis.Lesprincesdusang.pûurs'empa-
rer dupouvoir,conspirèrentd'enlever.Ieroietd'arréter les.Guises.
t)s appelèrentà eux les Protestansqui, depuisle règne de Fran-
çoisP' étaientl'objetdé poursuites~régulières, plus irritantes
qu'unepersécution franche et continue.Ils pensèrent mêmeà
l'appuiqu'ilspourraienttirer des Protestansd'Allemagne.Cette
conspirationmanqua; mais les chefsfurent épargnés, et tous
ceux qui y avalent trempéprirent'les armesdans les. provinces.
Ainsi le protestantismene devinten France un parti politique
qu'ens'alliant aux prétentionsde la noblesse,et parcequ'il !es
-?
454 1 B!STOIRE DEFRANCE
servit. Or~ en avançantcette opinion,nous,ne disons rien de
neuf: cefait fut tellementévidentquepas un Historienn'a man-
quédelenoter.
Le gouvernement,embarrasséau milieude ces troubles, in-
voquasa ressourceordinairedansles grandesdifficultés il réso-
lut d'assemblertes Etats-Généraux.Quelquesjours avant l'ou-
verture, FrançoisHvintà mourir,et laissale trône à Chartes
ÏX,
son frère, a-peineâgede dix ans.
La premièreséancedesEtats eut lieute 13 décembreIS60, a
Orléans.
La questionprincipalepour les partis,quiagitaientte pays,
était la désignationdu conseilde régence. Ce fut là moindre
pour~es Etats, et rien ne prouve mieux, selon nous, que tes
destinéesdu paysétaient étrangèresà toutes tes factionsqui pre-
naient prétexte de ses intérêts, aussibien qu'au triomphedu
protestantisme.En effet, cette assembléefut cetteque l'on con-
sidéra commela plus favorableaux Huguenots, et cependant,
sauf quelquesdiscoursindividuels, ellene manifesta, par ses
votes, d'autres opinionsquecellede l'intérêt généra!. Léclergé
demandaque les anciensusages fussentrétablis pour l'élection
desËvëques, c'est-à-direquêtes pasteurs reçussent teur titre
par la nominationdu peupleet du clergé, et parl'apprbbàtton
du roi il réclamacontrélà vénalitédes charges il sollicital'éta-
blissementd'écolesdans les bourgs et villages.La noblessede-
mandadesEtats-Provinciauxtousles cinqans, et des Etats-Gé-
néraux tous les dix ans; de nouveauxreglemenssur le service
de l'arriére ban la reformedé la justice rétablissement(î'ecbles
gratuites pour les'pauvres,d'hôpitauxet d'ateliersdé charité;a
Le Tiers-Etatdé-
suppressiondes fêtés qui nuisaientau travail.
mandades Etats-Générauxtous lés cinq ans, et un. décret,qui
en nxerait, dès ce jour, l'époqueet te lieu la reformede ta jus-
tice.;la Itbertëindéfiniedu commerce.11se plaignitdes vexations
que lés seigneursfaisaientéprouverauxhabitansdescampagnes:
Lestrois ordres s'accordèrentd'ailleursà demanderl'assetableê
d'un conçuenational,et se réunirentdansles mêmesprojets d~
AU DIX-SEPTIËNE SIÈCLE. -133
DU QUINZIÈME

réforme finanaère. Enfin, ils ac~ptèrent Catherine de Médicis


ï?~.< ~t. nf.~tmtofont <)thft'!nR rif M~dicis

commerégenteduroyaume.
Onavait propose aux Etats de résoudre rembarras financier
ou se trouvait la Cour. Ils répondirent que les corps doctoraux
ne avaient, donne aucune
des bailliages, leurs commettons, leur
autorisation sur ce sujet. On'leur annonça donc qu'une nouvelle
assemblée serait convoquée immédiatement, composée, non pa!'
De cette maniëre, en effet,.
bailliages, mais pargouvernemens.
on était certain d'avoir une réunion très-peu nombreuse, et. par
suiteplusfacileàmanier.
rien fait
Amsi, les. Etats de iS'60 se séparèrent sans avoir
la faction de 1~ régente dans
pour aucun parti, et nous mettons
ce nombre. LanoN~se ctje cierge seuls avaient agité quelques
sans qu elles eussent cou-
questions relatives à la réforme, mais
duitàaucuneconclusion..
la Cour fut
,Au mois d'août dS61, l'assemblée ,aHnoncée par
à
reunie. 'On isola les ordj-es: on avait convoqué le cierge
ordre ne se
Poissy, la noblesse et le tiers à'Pontoise chaque
consentit à toutes les
composait que de treize députes. Le clergé
mesures financières qu'on proposa, même à celles qui devaient
ordres votèrent pourJa to!é-
peser sur ses.biens; les deux autres
rance religieuse, maisiisrefusèrenttoutce qui eutatteintles grands
et accordèrent seulement
propriétaires qu'ils représentaient,
un impôt' sur les boissons qui ne devait charger que le peuple.
Cette assemblée de grands seigneurs ne pouvait avoir aucune in-
rien
Suence sur l'opinion publique; et, en effet, elle n'empêcha
etencouragealemal. y
La Régente qui craignait pour son pouvoir au miiieuçle deux
même temps tous deux,
partis armes, ne pouvant les satisfaire en
inclinait de l'un à l'autre..11 en résulta enfin une sanglante colli-
sion, car chacun sentait que le pouvoir sera<t à qui le prendrait.
D'ailleurs, soit d'un côté, soit de l'autre les soldats seuls étalont
catholiques ou protestans,les chefs n'étaient qu'ambitieux ou
mécontehs. Le parti des Huguenots ne fut positivement formé
qu'en iS73, après la Saint-Barthélémy.
456 HISTOIRE
DEFRANCE
Hn'entre point dansle pfa~de cette introductionde parler de
cette sanglanteexécution.Po~Fendonner uneidée exacte,et en
présenterl'histoiredépoui!iéé<Icssophismesde parti qui en ont
caché.lescauses. il nousfaudraitentrer dansde trop!ongs'défai!s.
II suffitde dire que; mettantde côte les motifs de,!a cour, le
sentimentqui poussale peupleà permettrecette terriMe~action,
était une cotère trop justifiée,oùil y
avait autre choseque du
fanatismereligieux. Cefut !a noblessequi fut frappée, cette
noblessequi depuissi long-tempstroublaitles destinéesdupays.
Colignylui-même, dont les écrivainsont porté si haut !e carac-
tère, était, des nobles,le plus indépendantet le plus ambitieux.
Hétait coupablede plus d'une atteinteà la nationalité entrean-
tres~il était accuséd'avoirnvré le Havreaux Anglaisen 1S62:
CharlesIX mouruten 4574, ia~satt te trône à Henri111son
frère, et la Frànee en proiea !a uerre civile.Ellefut suspendue
en 1576par l'ëdit de paciëcàtion.Le Roi accordaitle libreexer-
cicede !a Religionprétendue réformëe, et laissait aux chefsdu
parti huguenotla possessionde leurs villeset de plusieurspro-
vinces i! désavouait là Saint-Barthélémy,en indemnisaitles vic-
times, etc. Hse trouvaitdonc, par le fait, que les prétentions
nobiliairesavaienttriomphé ,car une partie de !a France était
diviséeen petits états possédésà titre de souverainetéset de con-
cessionslégitimes,par les chefsdes Huguenots;ét ii faut remar-
quer que parmi eux, il y avait.lé.parti des Po~ compose
de personnagesqui n'étaientpas seulementsans croyance, mais
sans symbolesreligieux,et quid'auteursne tachaientnullement
leur but personneld'indépendance..
L'unité françaisefut sauvée par l'insurrectiondu sentiment
religieuxquiétait resté, en immensemajorité,catboHque.Cefut
lui qui engendra, propageaet nourrit !a Ligue.Le formulaire
de cette associationqui fut appelée sainte, est l'acte que nous
croyons le plus propre a manifester son yéritaMeesprit. Ses
considéranssont ainsi conçus
< Aunom de ia très-sainteTrinité et de la communicationdu
Sacré CorpsdeJésus-Christ,avonspromiset juré sur les saints
DUa.: .I.J.LU.j.L.I ~o. "L.I~
QUINZIÈME AU MX-SEPTIÈME SIÈCLE. i57

Evangiles, sur nos vies, nos honneurset nosbiens, de suivreet


garder mviolablementles chosesici convenues,souspeined'être
à jamais.déclaresparjures, infâmes,et tenus pour gens indignes
de toute noblesseet honneurs.
Premièrement,étantconnude chacun,.les grandespratiques
et conjurationsfaitescontre l'honneur de Dieu,Ja sainte Eglise
catholique, et contre l'état et monarchie de ce royaume de
France, tant par ses sujetsque par les étrangers; étant connu
que les longues et continuellesguerres et. divisionsciviles ont
tant affaiblinos Rois, et les ont réduits à telle'nécessitequ'il
n'est pluspossibleque d'eux-mêmes ils fassent ce qui est conve-
nable et. expédientpour la conservationde notre.religion, .ou
qu'ils puissentaous maintenirsous leur protection en sûreté de
nos personnes, familleset biens,.auxquelsnous'avonsreçu tant
de pertes,et dommages. avonsestimeêtre très-nécessaire,etc.g
Après ce préambule, on promet obéissanceà la sainteEglise,
tolérance auxprétendus réformés, os promet encoreobéissance
au Roi et à ses successeurs,on jure d'observeret de faire ob-
server au prix de son sang et 'de sa fortune, les décrets des
Etats-Généraux.Eniin onorganisel'association(1).
Pendant que cet actese signait, Henri Hl., en 1576, assemblait
les Etats-Générauxà Blois,à la demandedes protesians,dit-on.
Us espéraientsans doute qu'ils y trouveraientassez d'amispour
faire convertir l'édit de- pacificationen loi de l'état; mais,
ilse trouva que les Etats étaient dans l'esprit de la Ligue. H
arriva'de là que le. Roi lui-même,apposasa signature à cette
grande association, et que l'édit de pacificationfut révoqué,
Ainsila guerre civilerecommença.
Nous ne nous.arrêterons,pas stir les circonstances, de,cette
guerre, où l'on vit une armée ëù'angèreintroduitepar le parti
delà noblesse,,cbasséeet détruite parles soldatsLigueurs.Nous
ne raconteronspoint non plus léshésitationsdu faibleHenriÏH,
qui, ne pouvant avoir d'autres sujets que des Ligueursou des
Hugueno.tg,ne,sut cependantrester franchementdans celui des
(t)~)StM)'cdctaL)guedupere Maimbourg,page629. v
43St
t< HISTOIRE DE FRANCE
JtMOiUJJtifjUJ&tHAlt~J!,

deux partis qu'il avait choisid'abord commele plus national.


Ses défiancesperpétuellesfirent quela Ligue ne se deËapas
moins de lui que la faction des princes; tout te pouvoirqu'i!
eût pu conserver,passaentre lesmainsdu Ducde Guise.On re-
marqua enfin qu'il n'avait point d'enfans mates; qu'aprèslui,
suivantla loi de succession,Henri, Roi de Navarre, l'un des
chefs Huguenots,était appelésur le trône. Delà, unerequête
où l'ô~demandaitdes garantiespourle présentet l'avenir;pour
le présent, la publicationdu concilede trente, Ïa confiscation
des biens (tes .Huguenots, l'établissementde l'inquisition,etc.;
pour t'avenir, le legs du trône au cardinal de Bourbon. Le
Roi essaya en vain d'intimider!e,Duc de Guiseet lesLigueurs
dans leur Capitale même.Paris se révolta, la cour fut obligée
de l'abandonner,et Henri ni, forced'accepterlès principales
dispositionscontenuesdansla requête. Le Ducdé Guise, 16chef
des Ligueurs, fut nomme Héutenant~génërà!du royaume, le
Cardinal de Bourbonfuc déclare héritier de la couronne,et les
Etats-Générauxfurent convoquesanndé prononcersurles autres
griefs et lesautres demandesde la Ligue.
L'ouverturedes États eut lieu à Bloisle 10 octobre't~. Le
clergé avait cent trente-quatredéputes, la noblessecent quatre-
vingts, et le liers-ëtat, quatre-vingt-onze.Toutesles passions dé
laLigue animaientcette assemblée;aussiapprouva-t-eMe complè-
tementles demandéscontenuesdansla requête dontnousavons
parle, et qu'onappelaitl'~t d'~MtOM. Le Rdi promit del'obser-
ver. On ? supplia ensuitede déclarerle'Roi de Navarreindigna
delà Couronne;Cefut à ce momentque les Etats furent inter-
rompuspar l'assassinatfameuxdu Ducet du Cardinaldé Guise,
et par l'arrestationdes plu~intrépides meneursde l'assemblée.
En effet, dès ce jour elle cessad'être libre. LesDéputésles plus
indëpendànset les plus ihHuehsse retirèrent, et les autresne
restèrentencore quelquetemps à Bloisque pour entendrel'apo-
logied'un meurtre commandé par le Roi:
La Liguerépondit à ce coup d'état par une insurrectiongë-,
aérale;l'Eglise, parl'excommunicatton, et Henrini se jeta Maints
DUQUINZIÈME AUNX-SEPTIÈME SIÈCLE. i39
!es brasdu Roi de Navarreet des Huguenots.Il périt peu de
les
tempsaprès, en 1S89,assassine' par, JacquesClément, sous
murs de Paris qu'il venaitassiéger.La guerre fut donc de nou-
veauseulemententre les Protestanset ta Ligue. ËnËn,.en i~4,
Jer.oide Navarre s'étant converti à là religion catholique,il fût
reçu a Paris commeroi, deFrance ci.commeHènri'ÎV.
~uelfruit .obtintla France de cette longuelutte? Elle~en rë~
eueilut unseul, la conservationde son unité, qui eut péri si le
protestantismel'eut emporté.Sansla résistance,quelui opposa
la Ligue, il eut:partagele pays en petites principautésmdépen-
.dantes, en cercles, ainsi que le fut l'ÀUemagne.Ceprojet é~it
celuides princesau.commencement de,la guerre et quandmême
on n'en posséderaitpas la preuvehistorique:dans les termes de
la conventionpar laquelle ils préludèrent à leur ihsurrécttbn,
on ne pourrait douter que le triomphedes Huguenotsn'eût eu
pour.résultat de fëderalisërla France, lorsquel'on considéré
quellespenséesils révélèrentencore,mêmeaprès rahjuràtïon de
'HenriÏV. Ses noblescompagnonsdemandèrentque les Gouvër-
nemensfussent rendus héréditaires, c'est-à-dire, en d'autres.
érmes, quete systèmeféodalfut rétàNi et n'ayantpu obtenir
cëtt&concession de là volontédu Èbi, ils conspirèrentpourla lut
arracher. Henri IV M sacriner les faiblesses dëTamitIë'aux
devo)i-sde*Ia'couronne dé France. H livra ces ~placablës en-
nemts de,i'umte a là justice, ~tlui abandonnamême Byron.nâ
de ses'plusbraves et dé ses_piusànoens compagnonsde fdrfunë.
Cet acte dé sévéritéassura .la trànqùmitëde son règne.
La noblesse, d'auteurs, avait beaucoupperdu au niiliëudëce~
trouNés.Dan&Iêsdouze-gouvérnémens dé Frànce.le droitdé jtî~
ticeavaitet~séparedu droitada)mistratifétmllitâirë~ Lésilieillf¡tè~
d~s Parlëmensn'étaient plus eomptesparmi là noblessed'épëë;
maisilsformaiëhtun corpsde noblesseparticulier,et céstribunau~
avaientété multipliésde manièreà suffu-eà tousles besoinsde M
justice.Enfin,te Rois'attribua seul le droit de donnerdeslettre~
~noblesse, et des peines furent portées contre cëu&~ui usSr-
peratent un titre qui ne leur appartiendrait pas par héritage.
~40. HISTOIPE DE FKANCE
n".
C'était évidemmentpréparer l'extinctionde la noblessepar l'ex-
tinct!on,desfamIHesnoMes,etc.'
Le règne de HenriIV fut consacrésurtout au rétablissement
de l'ordre dansles Ënances.Cette réforme difficilea iUustréle
ministèrede Sully.La France se trouvant enfinpaisibleà l'inté-
rieur, se préparait à prendre part aux affairesgénérâtesde l'Eu-
rope, lorsqueHenri IV mourut assassiné, le "14mai1610,lais-
sant pour lui succéderLouisXlll,son fils,
âgé de neufans Le
Parlementdonna la régence à Marie de Médicis, sa mëre,<et
ceIle-C:se laissa gouvernerpar le
'HorentinConcini, .qu'elle ho-
nora bientôtdu titre de maréchald'Ancré.Ce fut le
signald'une
nouvelleinsurrectionde la.noblesse.Lesplus
grandsSeigneursse
retirèrent de là cour dans leurs gouvernemens,et armèrentcon-
tre elle. Celle-cirecourutaux Etats-Généraux. Ils furent convo-
qués et ouvertsle 27' octobre1614. Le Clergéavaitcent quarante
députés; la noblesse,cent trente-deux~ le tiers, cent quatre-vingt-
deuxprësidësparMiron,leur orateur,prëvotdesmarchands.Les
deux premiers ordres demandèrentta
suppressionde ta; vénalité
des charges, la réforme des finances la publicationdu Concile
de Trente, te rétablissement deta religionromainedansîe Béarn,
et une défenseabsolueaux €ourSparlementaires
d~ prendrecon-
naissancede ce quiregardait la foi et l'Ëgtise. Le Tiers-Étatin-
sistasurl'inviolabilitédu pouvojrroyal, sursasupérioNtëà toutes
les oppositionsexistantes.Il ajoutad'ailleursaux demandesfaites
par les autresordres, cellesde l'industrieet du commerce,il. sol-
licita enBh.tarépressiondes excès de la noblesse. Le.Roi, qui
était déjàdéclarémajeur,leur promitque la vénalitédes charges
serait abolie, qu'une chambreseraitétabliepour fairejustice du
pillage,de 1~fortune publique,'qu'onsupprimeraitles pensions
non méritées,et il ajoutaque quant aux autres demander, il en
ferait un examenattentif, et ferait ses effortspour y satisfaire.
H est en effet très-remarquable,que les premièresannéesde ce
règne furent occupéesà !a réalisationde la plupart des projets
ré~gés par les États-Généraux.L'Assembléese sépara le
24
marsieiS.
DUQUINZ!ÈMEA!JD)X-&EPT!ÈMES!ÈCLH. ~4i

Ce ne fut qu'en iOiT.que Louis XN fit acte d'indépendance


en se, débarrassant de )ar.eme-mèree!/de.son favofi, temarëchat
d'Ancré. Ce ne tu.t'aussi qu'après cette époque qu'on le vit
travailler aux réforN~ promises ~uxËtats.
La gloire de ce règne est celle du Cardin!)! de Richelieu., Ce
grand ministre acheva ce queLo,uis Xï avait commeKcc.. Il Ht une
guerre acharnée à la noblesse, la dépouilla ds ses places, de su-
retë, et St raser ses châteaux.'H rendit le pouvoir aJ]sp!tj.'A l'ex-
térieur, la politique de la France fut occupée à -affaiblir lcs gran-
des puissances voisines,- FEspagne.et i'AutrIcHe. Et ce qui
prouve que le Cardinal frappait sur les Hugijenots, non parce
qu'Iis'étaient, protestans, mais parce qu'ils tendaient a rin-
dëpendance~seigneuriale, c'est qu'à l'extérieur, il était uni aux
Suédois; il faisait en communavec ces chefs de la Ligue protes-
'tante, la guerre à-Ia maison d'Autriche. Il se proposait ains~d'at-
faiblir une unité redoutaNe, et de contribuer a la foRdationd'un
fédéralisme quilivrerait rÂnemagneà!asuzeraineté,dela France.
Richelieu mourut avaRt LouisXHI ~mais i! lui légua ses princi-
pes, et laissa pour successeur,, aumimsière, le. Cardinal Maxa-
rin, qui sans hériter de son génie, en conserva an moins les
traditions.

` Lé ministère de Mazârin fut le lien qui unit le Y-ëg~e;de


Louis XIÎÎ àcelui de Louis XIV, son nls, qui commença ëa/1~45.
II rie fut trduNé qu'un instant sous !a minorité du jeune succes-
seur du 61s de fienr.) .IV, par ces émeutes sans caractère et sans
but, âuxquelles'on donna le nom de guerre d&la Fronde. Ce fut
le dernier soupir au pouvoir aristocratique expirant, un jeu sans
gravité, une mutinerie sans portée, et qui resta, sans autre résul-
tat que de donner au nouveau .Monarque"I* enseignementque ses
ancêtres avaient puisé dans,les terribles guerres du Bien public,
et de la, Ligue. Après Mazârin, qui mourut en i66i, vint
Louis XIVet ses ministres.. Ce Prince fut, des Rois., le plus ab-
solu et le plus libre de ses actes. Il reçut le pouvoir de tout faire,
mais U ne sut en user que dans t'intéi'ct d'une grandeur chevale-
0

~43 H!STOtRE DE FRANCE

resque'et yamteuse.ÏI prit au vrai ce mot qu'Uavaitprononcéen


parlementTËtà c'est moi.Il fut assei orgueilleuxpour croire
que l'humanitén'avait d'autre but qu'un hommt dansla nation,
Hne vit quelui-même,etse fit
adorateur c)tsonpropre egoisme:
il méconnutdonc lesobligationsque lui imposaitce haut pouvoir
qui lui avaitété légué.Il oublia le peuple, et immobilisatoutes
choses.Cependantla sociétéqu.'itavaitreçuepourla gouverner
et !a diriger en maître, avaitune organisationdont chaquedétail
niaitl'unité. Elle portaitl'empreintedes divisionsféodales, qui
l'avaientsi long-tempspossédée.Chaqueprovince, chaquedu-
ché, chaque.pays, lorsde sonagrégationau fief royal, avait?été
laissedansses coutumes,avecses douanesparticulières,sonsys-
tème d'impôts et de privilèges. L'administrationn'offrait rien
d'uniforme.C'était un assemblagesans unité, qu'on ne pouvait
saisir ni par la vue, ni par la pensée; aussi faisait-ellel'objet
d'une sorte de scienceobscure ou milleabus pouvaientvivréà
l'ombreet en pleinesécurité.Il y avaitvingt-septgénéralitésgou-
vernéespar desintendans, maiselles ne comprenaientpas tout
te pays.tl y avait, eneffet, ce qù'onappelaitdesprovinces,telles
quela Bretagne, le Languedoc, l'Auvergne,leRoussiMon, lePerche,
rÂlsàce, la Franche-Comté,l'Artois il yavaitles duchésdeLor-
raine et deBar, de Bourgogne,le paysdeBrcsse,Gex, Bugey,etc..
Decesdivisionsterritoriales, lesunesétaiêntrattachéesàunegéné-
ralité,lesautresenétaientindépendantes,maisellesétalentsoumi-
sesàdes systèmesd'impôtsdifférons, exemptes des contributions
auxquellestes autres étaient soumises;en sorte qu'ellesétaient
ceintesd'un&Iigne dedouariiers.L'Artois,par exemple,qui n'avait
pasplusde 90 lieuesdecirconférence,ne payaitni aides,ni tailles,
ni gabelles,ni droits dedouanes ainsi,il formaitune îleisoléedu
réstedeIaFrauce,par une surveillancequi empêchaitles limitro
phesde profiter du bënéëcede ses franchises.La Bretagneétait
francheet séparéecommeun Duchéétranger, par uneligne de
douane,etc. Onsera étonné,disaitle comtede Boulainvillers, s!
ron considéréqu'unepièced'étoffé,fabriquéeàVaIenciennes,ne
peatétre transportéeà Bayonne,sanspayer l'entrée en Picardie,
M QpnMIÈME AU D!X'-SEPT!&ME SIÈCLE. i4~

!a sortie en Poitou, à BordeauxIaCom'cMe.àl'entrée des


Landes~tffttfed'jLM' et a rayonnela coutume.
Engénéral.tputeslescontrëesqmàvaientétéréuniesaudpm~ine
royal depuis François~ étaient exemptesde l'impôt di~ des
cinqgrossesfermes,c'est-à-dire desdroits d'entrée et de sprtie,
de la fermedes tabacs, etc.
Lesystein~administratif Nedifférait pas moins que celui de
l'impôt il V avaitles pays~ï'Etatscomposes!e plus souvent des
m.. ordres. C~aientl'Artois, le Bearn,le Bellay, la Bigprre,
trp's f" g t
la Bourgogne,la Bretagne, le Cambrésis,le Charolos,le comité
deFpix eties Quatré-yallees,!eLabour, le Languedoc,Lille.,
)e façonnais,!a Nayarre, !e pays de Sou et le Tpûrnaisis.
Il seratt impossiblede donner une idée des yariëtës in6mes
gué prëseh~ienttoutescesdivisionsterritoriales, quant au drjpjt
administratifet judiciaire, quant aux attributionsdes magistrats
chargesde veillersur cesdroits.Yersla findu règnedeLouisXiy,
les intendansfurent chargésdedresserun'ëtat de la France. Ce
travail formespixantegros volumesin-folioqtii sontrestes ma-
nuscrits, encore est-il extrêjaementtncompÏët; et:cependantn
ne regarde queAstatistiqueproprementdite, et le systèmead-
ministratif.On peut en prendre une idée dansle résume'qu'en
o~'re Fpuvragede M. le comte de Boulainviliers(1). Rien ne
prouveramieuxquel était le désordre administratifde la France
quele peud'ordre qui règne dans;l'exposition-elle-même: on
voitque l'auteur a fait effort pour mettre delà netteté et delà
précisionla oh tout est contradictoireet vague comme sont les
coutumes traditionnelles.
Ainsi, en définitive,;et ce grand travail qui fut le fruit des
dernières annéesdu grand.Roi en offrela preuve, touteschoses
étaientrestéesdans le provisoire.La réformeétait instante, de-
mamiëe même.Ainsi, La Roçhelie avait obtenu, comme une
grâce, desortir de l'exceptionquila régissait.Hy avaità achever
sous le rapport matériel l'oeuvred'homogénéisationopérée au

(1)Étatdela France.3 voLm-8",Paris,t7M.


-M4 nJSTOtRE DE FRANCE NJ QC.iNMÈME AU DK-SEPT'tÈME SIÈCLE.
1 v v n wY .a w

moral.LouisXIVmanquaà cette tâche.Nouspouvonsdoncdire


qu'il fut seulementun prjnce égc~te, car il vécut uniquement.
pour consommerlesfruits du domaineque ses pères lui avaient
fait, et il ne s'occupapoint unseulinstantdu soindel'améliorer.
Cependantde nombreuxprojets avaientmisle pouvoiren de-
meure d'opérer la réforme.Depuislong-tempson avaitdemandé
l'établissementd'un systèmeuniformedansl'administration,dans
le droitcivil et commercial,dans la répartitionde l'impôt, etc.
Le comtede BoulainvHIers lui-même,qmécrivai~ousle Régent
présente une théorie complètesur lesHnances, et considérant
que lé,premierdevoir du souverainest de garder et ~l'accroîtra
la conservationde touset de chacun considérantqueTon a des
garantiescertainessur !a conservationde tous,seulementlorsque
le sort des pauvresest assuré,.i] .propose des moyens de multi-
plier le travail.et la production il lescherchedans un établisse-
ment,gênera! de crédit ayant son centre dansla capitale, et
rayonnantde ce point communvers toutes les divisionsterrito-
riales. Afinde prouverà quelpoint cette institutionétaitfacile~
ment réalisable, il en donnale règlementen projet. Les efforts
de BoulatinvHlers, commeceux des hommes qui avaientprécédé,
furent inutiles;pu les oublia: il fallut quele peuple lui-même
vînt, en 1789,pour les mettreà exécution;encôrenesont-ils.pas
à cetteheure tousaccomplis.
Pendant~ue la volontédé LouisXIV immobilisaitla,France
dans le provisoire,l'Europe aussi s'arrêtait~dans le droit des
gens provisoirequ'elles'était donnéen 1648, par'les traités de
Westphalie.Les souverainss'étaient déclarésseigneursféodaux,
maissans suzerain, des contréesqui,leur étaient soumises; la
légitimitédes races royalesétait établiecommedoctrinesociale,
et la balancedes Étatscommeprincipediplomatique.C'est~ns~
cette positionque la révolutionfrançaisetrouva l'Europe.

~tNDEt.'tNTRODUCTMN.
DES CAUSES IMMÉDIATES
DE LA

p
RÉYOUJTtOIN.

DIX-HUITIÈME
SIECLE. .1

Tocsles historienss'accordentà dire que tes dernièresannées


du règne de Louis XtVfurentune époquetrès-douloureusepour
!aFrance.
Nouslisonsdansle secondmémoirede Fénélônsur la guerre
de la successiond'Espagne < Pour moi, si je prenaisla liberté
de jugerde l'état de la Francepar les morceauxdù gouverne-
ment quej'entrevois sur cette frontière, je concluraisqu'onne
vit plus que par miracle que c'est une vieillemachinedélabrée
qui va encorede l'ancien branlequ'on lui a donne, et qui ache-
vera de se briser au premierchoc. Je seraistentéde croire que
notre plus grand mal est que personnene voit le fond de notre
état; que, c'est mêmeune espècede résolutionprise de ne vou-
loir pointle voir; qu'on n'oseraitenvisagerle bout de ses forces,
auquel ontouche que tout se réduit à fermer les yeux et à ou-
vrir la main pour prendre toujours, sans savoir si l'on trouvera
de quoiprendre; qu'il n'y a que le miracled'aujourd'huiqui ré-
ponde de celuiqui sera nécessairedemain, et qu'on ne voudra
voirle détailde nos maux, pour prendre un parti proportionné,
que quand il sera trop tard. Les peuples ne vivent plus en
hommes, et il n'est plus permis de compter sur leur patience,w
elle est mise à uneépreuve outrée. Les intendansfont,
tant~telle
rT.Ï.-r M
10
~46 DES CAUSES

les maraudeurs:i!s
malgréeux, presque autantde ravage que
-i ~< ~t~~t~~ ~Qfv~ ~<n~ ~RTnara~tf

enlèventjusqu'auxdépôtspublics. On ne peut plus faire le ser-


vicequ'en escroquantde touscôtés. C'est unevie de Bohême,,et
non pas de gens qujtgouvernent.II paraît une banquerouteuni-
versellede la nation. Nonobstantla violenceet la fraude, on est
souventcontraintd'abandonnercertainstravauxtrès-nécessaires,
dès qu'il faut une avance de deux cents pistoles (deuxmille
La nation
francs)pour les exécuterdans le plus pressantbesoin.
tombe dans l'opprobre; elle devientl'objet de la dérision pu-
blique.
9esl680, Colbertreprésentaitau Roiquela misèredes peuples
était à son comble;que les lettresécrites des provincespar les
Intendans, par les Receveurs,et mêmepar les Évêques, l'attes-
taientunanimement.
Les statistiques des généralités, dresséesen 1698par ordre
du Ducde Bourgogne,prouvèrent que la détresse publiques'é-
tait rapidementaccrue. Qu'onjuge de l'état du royaumesur ce-
lui de la généralitéde Paris, la plusconsidérablepar les revenus
qu'elle fournissaitau roi (1), et par son étendueparticulière.
Les électionsde Manteset d'Etampesavaientperdula moitiéde
leurs habitans; les autres, le tiers, ou tout au moinsle quart.
L'auteurdu mémoirequenousavonssousles yeux attribue cette
dépopulation«auxlogemensexcessifsdesgensde guerre età leurs
fréquens passages;à la retraite des Huguenots, et à celle des
gens de la campagne, qui se jetaient dans les villes franches;
aux levées destroupes, aux milices forcées et aux impositions
extraordinaires.»Ilremarque,enoutre,que «lamisèredespaysans
est telle, que les enfansdeviennentma'adifs,faibles, dé courte
vie, parce qu'ils manquentdes commoditésqui procurentune
bonnegénérationet éducation(2).'
Le pouvoir fortifié, sous le précédëntrègne, par
monarchique,

environ des impôts de ce


(l)Un peu plus de t4,000,00(t, le sixième
temps.
(2)Extraitdesmémoiresdresséspar lesintendaMdu royaume,par
du ducdeB<mrgwgae,
ordredu roiLouisXIV,à la soMicitatîon pe~39.
IMMÉDIATES DE LA REVOLUTION. 147

des afffNMmtfnnds
actescontinuelsdeconservation
<~fnn'M~'v')t!fm sf~Mf au ~fhnt~
sociale, an contre
dehors, fntttff
l'Autriche,l'Espagneet l'Angleterre, au dedans,contrele fédé-
ralismearistocratique,s'était égare dansles volésdel'égoismë,et
devaitnécessairementy périr, Leshommesde 1789appréciaient
de la manièresuivantele mouvementde ce pouvoir.
< H s'en fallut peu que les orages qui se formèrent dans le
sein de l'Etat, sousta minoritéde Louis XÏM, son inexpérience
lorsqu'il voulutrégner, les cabalesde sa cour, là timide impé-
ritiede son conseil, ne remissentla Francesousle jougaristo-
cratique. Cen'était partout qu~intrigueset factions les princes
du sangf, les gouverneursdes provinces, ceux des villes, lés
commandansdes troupes, regardaient leurs ofnces commeune
propriété patrimonialé;comblés dé grâces et d'honneurs, ils
mettaient,sanscesse un nouveauprix à leur fidélité équivoque;
sanscesse la cour était forcée de marchander leur soumission
apparente;_les trésors de l'Etat, prodiguésà leur insatiableava-
rice, ne suffisaientpluspour arrêter leur défection et le peuple,
Kvré à une multitudede tyrans, éprouvait sous une adminis-
tration sans vigueur toutes les horreurs de la plus désolante
anarchie.
Cesdésordresdisparurent devant le'génie de Richelieu.
Le chaosde la monarchiese débrouillasous sa mainredoutable
tous les pouvoirsfurent restitués au trône, et dès ce moment
la France se montra sur la scène politique avectoute la dignité
qui lui,appartient dans la balancedes états de l'JEurope.
Laissons les aristocratesse déchaîner contre la mémoire
de ce ministre intrépide, qui terrassaleur orgueil et vengeale
peuplede l'oppressiondes grands, Songeonsqu'en immolantde
grandesvictimesau repos de TËtat, il en devintle paciëcateur,
qu'il porta le premierles véritablesremèdesà la racinedumal,
et qu'il prépara de loin lés jours de la régénérationde la,France~
en abaissantles pouvoirsintermédiairesqui asservissaientla na-
tion depuisprès de neufsiècles.La marinelui doit sa renaissance;
Le commerce. fut appuyé,sousson ministèfe,sur les maximes
les-pluspropresà en favoriserles progrès ~lettres et les arts.
148 DESCAUSES
rien de,ce,quipeut rendreun vasteroyaumepuissantet glorieux,
n'échappa à soninfatigableactivité.
Louis XIVrecueillitles fruits des immensestravauxde Ri-
chelieu maisla nianiedes conquêtes, l'ostentation,l'ivresse du
pouvoirabsolu. attirèrentsur sesdernièresannéesdes revers
qui étonnèrentmêmeses ennemis.
t.C'éstici qu'ondoitregretterqu'aumilieude sesprospérités,
ce monarquen'ait pas entrevula gloiredontil eût pu se couvrir
en émancipantla nation, dont sesaugustesprédécesseursavaient
brisé les chaines. Le momentétait venu de renouvelerl'alliance
qui doit régner éternellemententre le trône et le peuple, et de
fonderune Constitution;de soumettreaux mêmescharges et de
faire participer auxmêmesavantages,tousles ordres de l'Etat.
Richelieuavait mis LouisXIV en état d'opérer cette révolution
glorieuse sans danger et sans trouble, mais le caractère pré-
somptueuxdu monarque. etc~).* H
En effet, aulieu depoursuivr~laréalisationde l'unitéfrançaise,
en faisantprogressivementdisparaître, à la suitede la féodalité,
desinstitutionsqui divisaientle peuple en classésrivales,desbar-
rières qui partageaientle sol en provinces, une administration,
enfin, contradictoireaux mœurset aux besoinsnouveaux,Louis
XIV travaillauniquementà la fortune de sa familleet à cellede
son gouvernement.Il necompritpas que le protestantismeavait
perdu tout caractèrepolitiquedans ses luttes avecRichelieu.Sa
révocationde l'édit de Nantes frappa des famillesinoffensives,
et non pas dés seigneursrebelles.A ce coup d'état d'autant
plus
odieuxqu'il était parfaitementinutile, sejoignirent les
dragon-
nadesdes Cévennes,expéditioncontre le vrai peuple, laquelle
vouaitaux antipathiesnationalesle règne des dévots.
Le pouvoirétait cependanten demeured'opérer
d'importantes
réarmes. Lès Etats-générauxde 1614avaientformellementde-
inandéla suppressiondes jurandeset maîtrises Sans quepar ci-
après, disent-ils;ellespuissentêtre rem~, ni aucunesautres de

(i)MsumÉdescahiersetc.parnnésociétéde gens de lettres; dis-


courspréliminaire,
page~~xij et suivantes.
IMMÉDtATES
DE LA RÉYOLCTIOK. 149
!MM!~(M( étapes, demamëreqie me~ë~.soteHt~tMeslibres
à !;os' jOftM~fCs~ef~ et ~K't~ne soit fait anctfKédit pour <eM!'
deKte~sMf<esarfMa~M~ pour t'aMOK de &;Mrs arts et.métiers, et
~!t~ ne payent MtKe~OHMeMtNMCMMe chosepour <eM~)'ec<'pttOK,
~emeMt~eboutiques -ou(Htfres~soit <HM? officiersdejustice, aux
M:<t~fes~ e~e.,et Kefassent,banques ni a!th'e~<tepeMse~)HMmepbttt'
(<ro!t'f<ecoM~'<t:neoMSMf!'e}KeKt.
Ce malMefut pas détruit. L'éditde 1673 t'aggrava au con-
traire, et l'étendit à tous les artisatts et marchandsqui n'étaient
pas en communauté.Cettemisérableaffairechargeaitl'industrie
et le commercede douzemillionspar an en frais de police, etc.,
et ne rapportait au roi que 400,000livres(1).
Les grandesopérationsde Colbert, emportéespar le système
généraldugouvernement,furent presque toutes ruineuses.En
1664, le dénombrementqu~ilfit faire des ôfnces, en porta le
nombreà quarante-cinqmillesept cent quatre-vingts;le capital
de ces offices allaità 419,630,842livres. Colberten supprima
plusieurs; maisil en recréa ensuite.En 1665, il réduisitl'intérêt
de l'argent au deniervingt, et presque aussitôtHfut obligéd'é-
tablir unecaissed'emprunt au denier dix-huit tui-méme, selon
Forbonnats,n'empruntajamaisaux financiersau-dessousde dix
pour cent.
Son tarif de 1667ruina le commereedes Hollandais,qui était
le nôtre, et vouluty suppléerpar des compagniesexclusivesqui
ne le firent-pas.Dela sortefurent presqueanéantissoixante-dix
minionsd'exportationscertaines,et réduitsdemoitié,lessoixante
millionsde marchandisesqueles Anglaistiraient de France (2).
Les compagniesqu'il fondapérirent avantsa mort, à l'exception
d'une seule}it créa une compagniede commercedu Nord, qui
s'éteignitpeu après une compagniedes Indes occidentales qui
succombaen 1674, et dontlé roi paya les dettes; une compagnie
du Sénégal, avecunegratificationde15livrespar tête de Nègre.

(t) Dela libertéducommerce


et del'industrie,parBigotde Ste-Croix.
*-ChezLacombe,t77&.
(2)Del'administration et dela réformedel'impôt,pag.M.
provinciale
450 < DES CAUSES

Celledes Indesorientales,dont l'intérêt fut un des motifs de


la fameuseguerre de Hollande/vendait, en 1684, en vertu de
sonprivilégeexclusif,la permissionde faire un commercequ'elle
ne pouvait plus continuer par elle-même.Elle prit sous la ré-
genceune nouvellevie liée au systèmedeLaw; elleluisurvécut;
maiselle nese soutintque par des secours continuels, et finit
par impuissance,en 1769, après avoir coûte à l'Etat plus de
quatre centsmillions(1).
Lessuccesseursde Colbertselaissèrentcomplètement entraîner
aux mauvaisesressources que ce grand ministre avaitété trop
souventcontraintde subir, mais contre lesquellesil n'avait pas
du moinscesséde lutter.Lesrenteset les officesà gagesse mul-
tiplièrent au pomtqu'en171~le trésor s'en trouvait obère. Un
fait décisif résume tristement la longuesuitedesdésastrespar
lesquels un pouvoirqui ne vivaitplus, depuisprès d'un siècle,
de l'accomplissement du devoirsocial, inclinaitchaquejour vers
sa ruine. La plaiedu discréditle. rongeaitsi profondémentparmi
ses pompesinsolenteset ses formes absolues, que Louis XIV,
dans sa vieillesse,eut un besoinpressant de huit millions, et fut
oblige de les acheterpar trente-deux millionsde rescriptions:
c'était emprunterà quatre centpour cent (2).
Ceprince mourut endetté de 2,471,000,000. Ses dernières 's
volontésfurent pour lessiens il avait légitimétous ses enfans
naturels; il léguate bénéncede la régenceà l'un d'entré eux, le
duc du Maine,hommed'une incapacitéreconnue.
Le parlementcassasontestament à la sollicitationet auprofit
du duc d'Orléans, qui se souvintalors de tout ce qu'il avait eu
à souffrirdes princes légitimés il ne pouvait d'ailleurstolérer
dansleur droit de succéderà la couronne,la suppositionodieuse
de l'extinctionde safamille il résoluten conséquenced'anéantir
les prérogativesqu'ils tenaientde leur père..
Les princesrésistèrentde toutesleursforcesà cette entreprise
du régent, et peu s'en fallut qu'une querelle domestiquen'a-

(<)Del'administration et delaréformedel'impôt,page34.
provinciale
(~ Introductionau Moniteur.
LA RÉVOLUTION. ISd
jBUtÉBIATES DE

menâtla révolution.Déjàdù vivantde LouisXIV, et dansun pur


–i. rt~nnt~)QTn.)!eYÏV ~finnsnnnnr

alliésavaient
esprit d'hostilitécontresa personne, les souverains
demandéde,traiter avec les-États-générauxdu royaume. Cette
mémoires
propositionfutfaite lorsde la paix d'Utrecht;plusieurs
attribués-àà ta malveillance anglaiseparurent, à ce sujet, et restè-
rent sansrésultat par des raisons meilleuressans doute que la
un intérêt
réponsetout-a-faitmsigninantedu gouvernement.Ici
particuliersoulevala même question le duc du Maineet ses co-
intéressë&,appuyéspar trente-neufgrands seigneurs, firent si-
du parlementune
gnIËer au procureur-généralet au greffier
de
protestationde nullitécontretout jugement cetteaffaire, pré-
textant qu'elleavait un caractèrenational, et qu'il fallait la dé-
férer aux États-généraux.Quelqueslettrés decachetdélivrèrent
d'abord le ducd'Orléansde cette tentative; mais elle fut renou-
vèléed'une manièrebeaucoupplus gravelorsqu'il rompit brus-
à
quementavecla politiquedéLouisXIV, et s'allia l'Angleterre,
à l'Empire et àla Hollande,qui faisaientla guerre à l'Espagne.
Les mécontemsaccréditèrentsur son comptedes projets d'usur-
les
pation les restesde l'anciennecour, la cour d'Espagne, jé-
suites, tous les dévots de Paris et des provinces, se liguèrent
contre le régent. Lafaction dirigée par Cellamare, ambassa-
deur d'Espagne, fut principalementinspiréepar le fameuxcar-
dinal Alberoni,premier ministrede PhilippeV. On prétendait
enleverte régent dans unepartie deplaisir, le transférer en Es-
Une fille et un
pagne, assemblerlesétats-généraux,etc., etc.
fut arrêté
copisterévélèrentce complot, et l'abbé Porto-Carrero
à Poitiers, aumomentoùil portaità Madridsoixantemémoires
sur les moyensd'opérer la révolution.
La sourceet les motifsde cette intriguemontrentce qui plus
tard paraîtra danstout son jour, deségoïsmesfroissésdéfendant
leuf positioncontreun pouvoirégoïste, et le menaçantdes états-
me-
généraux, à peu près comme des complicesen sous-ordre
nacent leur chef de le livrer à la loi. Nousdonnonsle manifeste
fabriquéen cette occasionau nomde PhiiippeV. On ne pouvait
pàsdissimulersousunempressément plus spécieuxpourle bonheur
~52 DES CAUSES

de la France, te
ie véritablebut de cefaetnm,la régenceduduc
tarégence d du
Maine,l'intérêtdes princesadultérins,celuidesjésuites,et, par-
dessus tout, celuidu signataire,qu'alarmaità justetitre uneligue
formidable.
a
MANIFESTE DU ROI CATHOLIQUE AUX ÉTATS-GËNERÀCX DU ROYAUME

DE FRANCE QU'IL VOULAIT CONVOQUER.

Don Philippe, par ta grâce de Dieu roi de CastiIIeet de


Léôn, etc. A nostrès-chers etbien-aimés tes trois ordres du
royaumede France, clergé, noblesse.et tiers-état, salut.
» Que~devons-nous penser du régent, qui, n'étantque déposi-
taire de l'autoritéroyale en France, ose s'en prévaloiret seli-
guer avecles anciensennemisde nos deuxcouronnes,sansavoir
consulténi la nationfrançaise, ni le parlement du royaume et
sans avoirmêmedonnéle tempsau conseilde régenced'examiner
la matièrepour en délibérermûrement?
Ha vu après là mort du roi très-chrétien, notre aïeul, avec
quelle tranquilliténoust'avons laissé prendre possessionde la
régencepour gouvernerle royaumede nos pèrespendantla mi-
nolritédu roi notre très-cher neveu, sanslui faire le moindre
obstacle, et que nous avons toujours(persévérédans le même
silence,parce que nous aurions mieux aimémille fois mourir
que de troublerle repos de la France, et d'inquiéterle reste de
l'Europe, quoiqueles lois fondamentalesdu royaumenous en
donnentl'administrationpréférabtement lui (i).
» Nousavonsdepuisentendules plaintesque faisaientde tous
côtés, contre songouvernement,sur la dispositiondes finances,
l'oppressiondés peupleset le méprisdes lois, dés remontrances
juridiques. Quoiquenousfussions vivementtouchésde ces dé-
sordres, nousen avonscru devoircacherte déplaisir.au fond de
notre coeur; et nousne sortirionspas aujourd'huide la modéra-
tion que nousnous étions prescrite, si le duc d'Orléansn'était
sorti lui-mêmede toutesles règtes de la justice et de la nature,
pour nousopprimer, nouset le roi notre très-cherneveu.

()) Onsait quePhilippeV étaitpetit-filsdeLouisXIV,et quele Ré.


gentn'étaitquesonneveu.
IMMÉDIATES DE LA RÉVOLUTION. IS3

Eneffet, commentpouvoirsouffrir plus long-tempsdes


traités oùl'honneur de ta Franceet les intérêtsdu roi sonpupille
sont sacrinés, quoique&its au nomde ce jeuneprince, dans Tu-
avoir répandu dans
nique vuede lui succéder, et surtout après
te public,des écrits infâmes.qui annoncentsa mort prochaine,
et qui tachent d'insinuer dansles esprits la forcedes renoncia-
tionsau-dessousdesloisfondamentales?
<Un procédési contraireà ce que touteslesloisdivineset hu-

mainesexigent d'un onde, d'un tuteur et d'un régent, aurait
seul exciter notre indignation,par l'intérêt quenousprenons,
tant au bien' de la nation française, qu'à la conservationdu roi
notre très-cherneveu.
» Maisun sujet qui noustouche,encorepluspersonnellement,
est l'alliancequ'il vientde signer avecl'Archiducet l'Angleterre,
unir en-
après avoirrejetél'offre que nous lui faisionsde nous
semble.
t An moins devait-il observer une exacte neutralité, s'il la
croyait nécessaireau bien:dela France mais, voulantfaire une
avecsonpropre
ligue; n'était-ilpas plus raisonnablede se liguer
sang, que de s'armer contre lui en faveurdes ennemisperpé-
tuels de notre maison?
Cette indignepréférencene déclare quetrop à tout l'univers
son opiniâtretédansle projet ambitieuxdont il est uniquement
occupé, dont il veut acheter le succèsaux dépens des droits les
plus sacrés.
< Cen'est pas ici le lieu de dire que, par cet.acharnement
dis-
aveugleà suivre des prétentionsqui ne lui avaientpoint été
dansles
putées, il comptepour rien de plongerles deuxnations
derniersmalheurs. Nousvoulonsseulementvous faire entendre
que la conduiteinjurieusedu ducd'Orléansnediminuerajamais
notre sincèreaffectionpour vous. v
Nous ne pouvonsoublier que nous avonsreçu !ejour dans
votre sein, qu vous nousavezassuréla couronneque nous por-
tonsau prix de votre sang; rien ne sera capabled'éteindredans
notre coeur,la tendresseque nous sentonspour notre très-cher
IS4 DES CAUSES

__·_ n. .1- _1. _1'1'1.Á.1. .11,


neveu, votreroi. Etslle duc d'Orléans nous réduit à la cruelle
nécessitéde défendrenosdroits par les armes contre ses atten-
tais, ce ne serajamaiscontrevous que nousles porterons, bien
persuadéque vousne lesprendrezjamaiscontre nous.
Ce ne sera au contraireque pour tirer le roi notre très-cher
neveude l'oppressionoù le régent le tient, avectous ses sujets,
par les plus grands abus qui se soient jamais faits de l'autorité
confiée.
Ce ne sera que pour procurerl'assembléedesétats-généraux
qui seulspeuventremédieraux maux présens et prévenirceux
dont on n'est que trop visiblementmenacé.Nous-vousexhortons
à secondernos justesintentionset à vousunir à nousdans une
vue si salutaireau repospublic.
Nous espéronstout de yotre zèlepourle roi votre maître, de
votreamitiépour nous, et de l'attachement'qu& vousavez à vos
Ibiset à votre patrie; et sur ce, nous prionsDieu qu'il vousait,
chers et bien-aimés,en sa sainteet dignegarde. D,
Donné au monastèreroyal de Saint-Laurent, le 6 desep-
temb!'ed7i8.
Signé PHJLIPPE.
Le duc d'OrléansrenvoyaCellamare, fit emprisonnerle duc
'et la duchesseduMaine,le duc de Richelieu,le comtede Laval-
Montmorency,et près de soixantegentilshommesqui étaient
entrés dansce complot.Ïl.déclara, en outrera guerre à l'Espà-
gne, et, avant de conclurela paix,il exigeade PhilippeV.l'exH
d'Alberoni.

Undanger bien plus sérieux, bien plusdifSciIeà éviter n'a-


vait pas-cesséd'effrayer la régence. Deux milliardsde dettes
avaientruiné le crédit plusieursannéesdes revenusordinaires
étaient escomptées:là voiedes emprunts, et celledes anticipa-
tions se trouvaientdoncentièrementimpraticables.La banque-
route allait fermerbrutalemènttouteslés issuesdu pouvoir, et
découvrirjusqu'au secret honteux de son existence,l'exploita-
tion et !a fraude. La bonnefortunedu régentlui permit de ça-
MMËBfATES NE LA RËVOMTMN. ISS

cher irement,l'iiiso
cher provisoirement
proniso» lvàbilitésousle
l'insolvabilité sous temanteaude
de la
manteau la liquida
liquida-
tion, goutte mondeconnaîtla banqueinstituéeparLaw, déclarée
banque royale en 4718.EHespéculasur la découvertede laLoui-
siane, du Mississipi, etc. et s'autorisade ce capitalimaginaire
pour l'émissiond'urinombreprodigieuxde billets, aveclesquels
on remboursaune partie de la dette.Le commercedu Senéga!,
la Compagniedes Indes, qui avaitabandonnéses privilèges-aux
négociantde Saint-Ma!o,les- fermes généralesdu royaumey fu-
rent successivementajoutés. De tels fondemens et l'espoir de
bénéficesimmenses,développèrentchezteshommesd'argent une
cupiditévraimentscandaleuse.Aumilieude cet agiotage, de ces
jeux de bourse, de cette frénésie de s'enrichirqui trahissaitla
profonde immoralitédes classessupérieures, commentplaindre
des usuriers qui se prirent au piègedé leur propre acidité, plu-
tôt qu'à celuide l'aventurierécossais?En 1719, la valeurchimé-
riquédes actions, excédaitde quatre-vingtsfois tout l'argent qui
pouvait circuler en France. Alorsles anciens Ënàncierset les
gros banquiersréunis, épuisèrentla banquerdyate, entirant sur
eue des sommesconsidérables;le crédit tonïba tout d'un coup
il resta de cette fantasmagorieune foule de spéculateursruinés,
quelquesgrosses fortunes provenant de l'agio, le rembourse-
nient partiei delà dette, avecun papier démonétisé,et la réduc-
tion a moitiéde rintërét dureste.
Le bouleversementqui en futia suite, et les tribulationsim-
médiatesdontle régentfut assaillipar le manque absolude res-
sources, le tentèrentde rejeter unfardeauauquel Hsuccombait.
Désespérantdu chaosdes finances, il voulut, dit-on, iivrerau!
EMs-Générauxla plaiedu pouvoir. Maisque lui importait, au
fond, quetasociétén'eûtpas de lendemain,pourvuqu'il réussît
à catGutersapropre affaire, maigre la confusion générale,la
peste de Provence, ta guerred'Espagne et les conspirationsin-
térieures? Il n'avaitd'ailleursà conduirele règnedu luxeet des
plaisirs, commeparle Voltaire, que jusqu'au 2 décembre1725,
époque où il mourut d'apoplexie,Il entretenaitencore!a peasée
de faire revivresur un ptus vasteplan, le systèmedeLaw, qu'i!
156 MS CAUSES

allaitrappelerde Venise. Quantà la convocationdes Etats, elle


ne donnanaissancequ'a un mémoiredu cardinalDubois.Nous
le consignonsicipour montrer à quellesmaximeset à quels di-
recteursla Franceétait alors en proie.
RAISONS DE DUBOJS POUR NE POINT CONVOQUER LES ÉTATS-

CENÉRAUX. (Moniteur.)

Ce n'est pas sans raisonque les'rois de France, dit dans


son mémoirel'abbé Dubois,sont parvenus à éviter les assem-
bléesconnuessousle nomd'~N~-CcKeraM.x. Un roi n'est rien
sans sujets; et quoiqu'unmonarqueen soit le chef, l'idée qu'il
tient d'euxtout ce qu'il est et tout ce qu'il possède, l'appareil
des députésdu peuple, la permissionde parler devantle roi, et
de lui présenterdes cahiersde doléances,OM< je ne MMquoi de
triste, qu'un grandroi doit toujours éloigner,de sa présence.
T Quellesourcede désespoirfutur pour votre altesse royale
qui peut un jour régner eu France (!a mort du jeune roi étant
dans l'ordre deschosespossibles),sièlle changeait,par unedé-
termination'pareille, la forme du plus puissant royaume du
monde, si elleassociaitdes sujets à la royauté, si elle établissait
en Francele régimede l'Angleterre!
» L'Espagne, ta France,le Pape, les Etatshéréditairesdela.
maison d'Autriche, tous les monarquesde l'Europe, excepté
ceux qui régnent en Angleterre, en Hongrié, en Pologne/et
quelquesautressouverains,ontconnules vicesrêsultansdupou-
voir partagé. Le Pape a lie les mainsà ses cardinaux,avec.les-
quelsse terminaientles opérationsde son gouvernement.L'Es-
pagnea abaisséses grands et perdu de vueses CoMex:le salut
de l'Etat a suivices opérations,puisquedans un empireoù deux
pouvoirsagissentdeconcert, on ne voit que troubleset dissen-
tions, tandis que la paix règne dans celui oitle pouvoirabsolu
peut soumettreles passionset les volontéstrop hardies qui s'é-
lèventchaquejour dansun gouvernement.
Quevotre altesse royaleréfléchisse, un momentsur ce qui se
passe en France quand le roi établit 'une loi ou crée des un-
JMMÉNATES
DELA&ÉYOLUTMK. 1~7
pats. La loi déjàdiscutéedans son conseilen émanede ta pléni-
tude de son autorité, il l'envoieà ses parlemenspour ta faire
connaître aux peuples.Quelleforce pourrait s'opposer alors à
l'exécutiondela volontédu roi? Les parlemens? Ils nepeuvent
faire que des remontrances: encore est,-ceune grâce qu'ils
doiventà votre altesseroyale;le feuroi, extrêmementjaloux de
son pouvoir,;leur ayant sévèrementdéfendu d'en faire; et si
toutesleurs remontrancesSnies, il ne plaît pas au roi de retirer
ou de modifierta !oi, ils doiventl'enregistrer si au contraire le,
parlement!a refuse encore, le monarque lui envoiedés ordres
ultérieurs.
Alors paraissent dehouvellesremontrancesqui sententlafac-
tion, les parlemensne manquentpas de faire entendre qu'ils re-
présententles peuples, qu'ils sont les soutiens de l'Etat, les
gardiensdes lois les défenseursde la patrie, avecbien d'autres
raisons de cette espèce:à quoi l'autorité répond par un ordre
d'enregistrer, ajoutant que les. officiers du parlement' ne
sont que des officiersdu roi et non les représehtans de la
France.
Petit a petit le feu s'allumeau parlement, les factionss'y
formentet s'agitent. Alorsil est dosage de tenir un lit de jus-
tice pour conduireau point qu'il faut MM.du parlement. S'ils
s'y soumettent, on est obéi; et c'est Mut ce que peutvouloirle
plus grandroi du monde: s'ils résistentencore, au retour dans
leurs chambres,ou bien on exile les plusmutinset les chefsdes
factions, ou bien on exileà Pontoisetoutle corps du parlement.
Alors on suscitecontrelui la noblesseoule cierge, ses.ennemis
naturels on fait chanterdes chansons';on fait courir des poé-
sies plaisanteset fugitives et l'opérationdontnous connaissons
bien aujourd'huila marcheet les résultats n'occasionneque des
émotionslégères qui n'ont aucungraveinconvénient,et le par-
lementn'en est pas moinsexilépour avoir été désobéissant.
Ott prend alors ~~MM~CQtMet~e~~Mtc'omtKentd'aHs ce
<-(M'pi!,
par ~tMMKe le besoinqu'ils ont de vivre dans la capitale
J'babitudedesplaisirs, l'usage deleurs maîtresses, leur com-
IS8 BES CAUSES
mandent impérieusementde revenir à lents foyers, à leurs
femmes entretenues, à leurs véritablesépouses on enregistre
doa~, on obéitet on revient.Voilàtoute ta mécanique de ces
circonstances il seraitbiendangereuxde la changer.

»Aprésent votrealtesseroyaleeonnaît-eUe des moyensplas ef-


ficacespour s'opposer aux entreprisesd~uneassembléevérita-
Nement nationalequi résisteraità ses,volontés?Le monarque
pourrait-ildire à la nationcommeau parlement, vous n'êtes pas
la nation? Pourrait-ildire aux représentansde ses sujets,vous
ne tes représentezpas? Unroi de Francepourrait-ilexilerla na-
tion pour se faire obéir, comme il exileses parlemens Pour-
rait-ilmêmetairela guerre a la France en cas de refus de nou-
veauximpôts? Le roi est assuréde ses troupescontre le parle-
ment le serait-ilcontre la France assemblée?Ou frapperaient
êpnc le soldat, l'ofSciër, le général, sans frapper contre leurs
compatriotes, leurs amis leurs parens ou leurs frères? ~V'<M-
~ton~amttMque~e(<e:'K!ef malheurdesrois, c~st de mepas~Mî!'
de foMMSNHce aveugledu soldat; que compromettrece~geBre
ji'aatoritë qui est la ;seuleressourcedes rois, c'est s~exposer
aux
:plns -grandsdangers. C'est là véritablementla partie honteuse
des monarquesqu'il ne faut pas montrer, mêmedansles plus
grands mauxde l'Etat.
» Voyezlà rage de la nationanglaisepresquetoujoursassem-
Hée en forme d'Etats-Générauxcontreses rois elle lès à dé-
vouésà la mort, banniset détrônés. L'Angleterreétait pourtant
Jadisla nationla pluscatholique,la plussuperstitieuseet la plus
soumise des nationsà ses monarques.Ah! monseigneur!que
votre bon esprit éloignedelàFrancele projetdangereuxde faice
des Français un peupleanglais.»

Ijoms ~Vsurpassasesmaîtres.11jugeaque le provisoiredont


~B~ccommodaitavantlui, dureraitan moinsautant quelui; il
<se'la!t'auplaisir, usantet abasant du pouvoirdans Puniquein-
~$t ~?-~?~?8. vie asschte <dNtM~Bq~eMs
!MMÉDIATES DE LA R~VOMJTMN. ?9

millionsà là France (i). La clandestinitédesaffairespermettait


de négligerle mal;devint, irrémédiable.Quel ne devait pas
être l'état du royaumeen 1759, puisqu'un contrôleur-général,
exposant à Louis-XVla situationde ses Snances, attt~MtçM'~
lui avait étépos~Me (<e <<tco~HK~re,lui signalaitun déficitdé
217,2i4,m IIy.sur les chargescertainesde d760 (2). L'édit de
subventionqu'ilproposa, frappait sur te luxe dès riches. Aussi
malgré l'énbrmitë des impôtsexistans, matgré la détresse du
peuple'quijusiiëait pleinement la nature decet ëdit,:il excita des
réclamationsviolentes,et l'onfut obligéde le retirer.
Le tableau dressé pour l'année 1764 prouva que depuisla
banqueroutedu regent~Iadettes'était augmentéed'un million(3).
Les-anticipationsmontaient,à cettemême époque,jau-delà de
quatre-vingtsmillions:elles furentdei52,591,567Mv.,en 1768.
Enfin, lorsque Terray prit les finances,en 1770, les anticipa-
tionsdépassaientcentcinquante-quatremillions.
Lès mémoiresde Terraysont l'oeuvred'un esprit solide, d'un
logicienimpitoyable.Il y décrit en quelqueslignes la positios
fatale du trésor; il passe en revue les moyens ordinaires,
prouve leur insufSsance,et fait précéder ses cônclusM~sde
ce résume përemptoire: vide de la recette;revenus,cornso~nMM
(('<M)(MM:e;c<eMese~t~tMes<<MpM!se. Ces conclusionsétaientlà
ruine de ceux qui avaientfourni auxfrais de la guerre: les in-
térêts de leur créancesur les fermes, les colonies,les pays d'é-
tat, etc., furent réduits à deuxet demipour cent. Il s'ensuivit
une crise commercialeen Europe, particulièrementdans les.
marchésde la Suède, de la Hollande, de l'Espagne; les popu-
lationsindustriellesde la France y succombèrent;et cependant,
un seul homme,cet abbé Terray, instrumentpassif dudestinque
le pouvoiravaitcréé par des infamiescontinuelles,reçut tout le
pbids des malédictionspubliques:il fut le bouc ëmissaifede la
banqueroute.

{i)tMrodnct!omaùM<mtteÙ!
des Comptes
~) C9&c«o7: readus,pa~e32.
(à) page M.
i60 DES CAUSES

Les avantagesmomentanésqu'en retira le gouvernement,


n'empêchèrentpas qu'à la mort de Louis XV, ,iln'y'eût un dë-
Ëcitde 25,526,657Mv.Tous cespalliatifsn'avaientd'ailleurssi sou-
ventet si long-tempséludéla difficultéqu'au prix de la rendre
formidable,lorsquelà monarchiey seraitdénnitivementacculée.
LouisXVI.avaitété nourride la préoccupationdes,reformes
et de leur imminence. Son avènementl'associait,à une soli-
darité désormaisinexorable et voicice qu'il lui fallait ou ré-
parer ou expier.
ToutétaitprovisoireenFrancedetempsImmémdKa!.Les impôts
demandésprimitivementpour des services~publics, avaient été
conserves,immobilisés,et cela, sans aucune justifiçationtirée
du devoirsocial.Les gabellesintroduitesen France par Philippe
de Valois, à l'occasionde la guerre que lui suscital'Angleterre,
furent confirméeslors dela captivitédu roi Jean, et lesétàts-gé-
néraux du royaumey ajoutèrentles aides et la taille. Ces sub-
sidesfurent votéspour un emploispécial,et pour un temps. La
capitationétabliepar déclarationdu 18 janvier 1695devaitdurer
pendantla guerre seulement.Là nature elle-mêmeet l'étàblisse-
tnent de ces impositions,eutraînantune gestion-provisoire, de-
vaientdonnerlieuau systèmeadministratifle plus vicieux,le plus
destitue de véritableorganisation.lien résulta que les finances
furent jetées enblocàdes traitans,dontil était impossiblede con-
trôler les actes et dès-lors, la France fut exploitée commele
domaineprivéd'un oisiflivréà desintendans.
Les remontrancesde la cour des aides de 1775 ne mirent
sousles yeux du nouveauroi qu'une partie des maux, et cepen-
dant, que cetteexpositionrenfermaitdegriefscontre le passé, et
de menacespour l'avenir!
Elle commencepar assurer < queles droitssont moinsoné-
reux par les sommesmêmesque le trésorroyal reçoitdu peuple,
queparlesfraisdelarégie, et lesgainsdes fermiers; qu'ils
privent l'Etat d'une multitude de citoyens employés, les uns à
fairela fraude, les autres à l'empêcher(p. 7) qu'ils ont l'in-
convénientd'employercontre la contrebande une sévérité qui
MMÉDtATES BELARÉVOLUTtON. 161
fait frémir,de sacrifierlavie des citoyensà unintérétde finances,
et dé faire.suMr~egenrede~aptivitédestinéeaux grands crimes,
et quelquefoisla mortà, desmalheureuxentrâmespar l'habitude
et l'éducation,qui neleur ont pas laisse d'autres moyenspour
subsister(p. 10); celui d'assujétirla classed'hommesla plus
nombreuse,et tousles citoyenssans protection, au despotisme
sans bornes et sans frein de la finance.(p. H), et de réduire
chaque hommedu peupleà souffrir journellement les caprices,là
hauteur,lesinsultes~même des suppôtsde la ferme (p. 10) celui
d'avoirun Codeimmense, d'être ~mescience occulte que per-
sonne, exceptéles financiers,n'a étudiée ni pu étudier, et qui
n'est recueillienullepart (p. 12). »'
Ces récriminationsattestent ensuite que le fermier est seul
juge danssa cause qu'un procès-verbalsigné par deuxcommis
intéresséspar un salaire proporti&nnëà l'amende encourue
suffitpour constaterla fraude; que le~plusvil espionnagea.ëtë
introduit dans chaquefamillede marchands; qu'ainsi <par la
foi accordéeaux procès-verbaux,le prixest continuellement mis
au parjure par les délations, c'est à la trahisondomestique
qu'on prometrécompense(p.52). D w
Le provisoireétaitaussi danslemoded'administrer Ies,pro-
Tinces,dansleurrapport entre elles, et dans celui qu'elles
avaientavecle chefde rËtat. Lorsque la souverainetémonar-
chique eùt progressivementétendu son domaine à toutes les
portions duterritoire, et queles limites de 1648 n'enfermèrent
plusqu'unmémesol,lepouvoir devaittendre relier dans la.
mêmeloi cette agrégation matérielle.Loin de. là, il conserva
soigneusementa chacunedes provincesla personnalitédont elles
êtaient.pourvuesavantIeurréunion.Lés distinctions, lespnvilëges,
lesfranchises,lesimmunités,amoindrirenttelienpolitique,comme
s'il eût Séchiaux.exigencesd'une capitulation.Le droitdeguerre
continuadoncà régir toutescesindividualités, et lésdouanesinté-
rieures enfurent l'applicationadministrative.Ainsi, auxdiffé-
rences qui morcelaientle royaumeen pays de coutumes en
pays de droit écrit, en paysd'états, etc. etc., le gouvernement
T.
T.jr. 41.
t62 DESCAUSES
ajoutacelledes frontièresqu'il fallutgarder par une armée de
commis.Le sentimentde sa propre conservationlui fit protéger
quelquetempsl'unité de croyance;maisil n'en déduisit que des
rapports privés entre les gouvernés,que des œuvresstérilesou
antisocialespourlui-même, ne comprenantpas quecette unité
avaitpérile jour où elleavait cessédeproduire ~esactessociaux.

C&vicegénëralduprovisoirelong-tempsinvétéré,secompliquait
d'une tellemultituded'abus, que nous ne pouvonsnous arrêter
lesdiscuter. La financeavaittout infecté.Nous lui ferons un
dernier reproche, celuid'avoirgrevéla justicede tant de droits,
qu'elleappartenaitexclusivementaux riches. Les tribunaux,ou-
vertsaux grands intérêts,fermesaux intérêts
peu considérables,
{'étaient par conséquent,à tout le peuple, pour qui le conseil
d'abandonner sa robe, lorsqu'onlui demanderaitsonmanteau,
devenaitun parti dictépar la prudence(1).
C'étaientlà cependantles moindresdifficultésque Louis XVI
avaitàcombattre II allait,au premierpas de ses
reformes, sou-
leverune poussièreassezépaissepour lui cacherte
chemin II
allait irriterlà minoritéêgoïstequivivaitdu désordre,
etque~nen
ne prédisposaità des sacrifiçes.
Voicimaintenantquels étaientses moyens.
Pendantle dix-septièmesiècle, lorsque le
pouvoir perdit le
senset la volontéde la tendancesociale, et qu'il
roinpit ainsiles
liensde la nationalitéfrançaise, le sentimentdu but
qui la cons-
tituait nemanqua md'éducateurs,ni de directeurs.
L'opinionpu-
bliquese séparapeuapeu de la royauté, lui retira sa foi, et la
donnaàdes hommesdontle génie sauvait l'unité, parce qu'ils
accomplissaient l'oeuvrede prévoyance.Tout-cequi n'avait point
d'avenir dansles mœurs,dans les Institutions,dans les sciences
même, fut attaqué, et en partie détruit par Molière il détrôna
les dévots; il poursuivitles marquisà outrance, ruinant en eux
la noblessehéréditaire,tandis quepar son jBoM~eoM ~K<t<MMïme
il empêchaitla bourgeoisiede faire fausseroute.

(1) De ta reforme de l'impôt, pages 244 et 245.


IMMËDIATES.M~~VCMTÏON. ~65

-tJn écrivain plusrévolutionnairepeut-être, le fabuliste La-


fontaine, popularisaiten mêmetemps, dans une foule de petits
chefs-d'oeuvre,les griefs des pauvres contre les riches, des
faiblescontreles forts, des petits contre les grands il.faisaitprë~
valoir tes principesde ta moralehors delaquelle~le gouvernement
s'était jeté. L'auteur du Te~a~Me ne doit pas être oublié au
premierrang de ceuxqui rendirentalorsd'éclatansservices.
La littératuredu dix-huitièmesiècle continua dignementde
tels précurseurs.Elle marchasous la .directionde quelqueses-
prits supérieursavecun ensembleet une activitéqui la rendirent
toute puissante.L'éducationdonnéepar le pouvoirfut progres-
sivementdiscréditée.Un caractère général de philosophieso-
ciale domina de plus en plus le mouvementdes idées, et le tra-
vailse divisa entre: deuxécoles, qui se pénétrèrentpar bien des
points maisdont l'une employaplus particulièrementla science
humaine à combattreles faits existans, tandis que l'autre s'en
servit pourfouiller et agacer dans les principeseux-mêmes,la
source defaits nouveaux,. Il est àjemarquer que ces deuxécoles
manifestèrent,dès leurorigine,lesentimentpassionnéde leurdif-
férence.L'hostilité.éclatadans lesgermes, elleen accompagnale
développementrespectifpendant toute sa durée, et .nousla re-
trouveronssur les ruinesdel'ennemicommun,déchamantla col-
lisiondes fortunesopposées, que.lesvainqueursavaientpoursui-
vies.Il noussufËrade nommerVoltaireet Rousseau, et de faire
connaîtrel'état des deux écolesà l'époque que nous décrivons.
Celle de Voltairecomposaitla sociétédes encyclopédistes,celle
de Rousseaula secte,des économistes.Le nom de secte lui fut
donné par.les élèvesde Voltaire,parmi lesquelles auteursde
la Co?r~po!ïf<~celittéraire, Grimmet Diderot,lui lancèrent
d'abord tant de sarcasmes.La premièrevulgarisatout ce que les
protestansavaientaccumuléd'objectionscontre le catholicisme
et la; souverainetémonarchique. Elle concentra sa verve pour
frapper le despotisme,et négligead'approfondirta causeintime
du mal. Aussi recruta-t-ette:de nombreuxadeptes, de chaudes
amitiés, des patronsinfatigablesdans la classe riche, et surtout
i~ MSCAOSËS
_1_ les traitans. vLa secondeavait
chez _1- .1.
indistinctement battu en
brècheles intérêtségoïstes, souslesquelsl'intérêtcommunavait
disparu; euetourmentaitsanscessete problèmede la conserva-
tionsociale, et possédaitdéjàd'importantessolutionssur la pro-
ductionet sur la distributiondes richesses.
Louis XVI pouvait donc s'entourer d'habiles conseillers;il
trouvaitla théoriedes réformesen état de répondreaux amélio-
rationsdont il,sesentirait la volonté.De plus, il lui fallaitfaire
hâte pour arriver en tempsutile. Acôté de leurs enseignemens,
les philosophesavaientplacéde sinistres prédictions.– t Nous
approchonsde l'état de crise et du siècle desrévolutions, écri-
vaitRousseauen4760.Je tiens pour impossibleque les grandes
monarchiesde l'Europe aientencorelong-tempsà durer; toutes
ontbrillé, et tout Etat qui brille est surdon déclin. J'ai, de
mon-opinion, des raisonsplusparticulièresquecette maxime, mais
il n'est pas à propos de les Ilire, et chacunne les voit quetrop.*»
Jean-Jacquestenaitce langagedans unlivrede moralereligieuse,
par lequel il prémunissaitl'âme de ses élèves, afin que la lutte
prochainen'étonnâtni leur scienceni leur devpûment.Voltaire
prédisaitaussi, maisà sa manière.Il voyaitl'm~e écrasée; il
était témoinque ses efforts de démolisseurallaient renverser
toutesles vieillesmurailles, et dans unelettreà Chauvelin,da-
tée du 2 avrild764, il disait, entre deux plaisanteries –4 Tout
ce queje vois, jette lès semencesd'une révolutionqui arrivera
immanquablement,et dontje n'auraipas le plaisird'être témoin.
Les Françaisarrivent trop tard à tout; mais enfinils arrivent.
La lumières'esttellementrépanduede procheen proche, qu'on
éclateraa la premièreoccasion et alorsce sera un beautapage.
Lesjeunes gens sontbienheureux; ils verrontbien des choses.? »
JLouisXVI commençapar subir l'inHuehcedes habitudesque
le pouvoir avait contractées.Il choisitpour ministre, pour tu-
teur en quelquesorte, le comtede Maurepas,homme
d'esprit,
littérateurde parades et de quolibets,disgraciéautrefoisà cause
d~unmauvaiscoupletcontrela Pompadour. A ce vieuxcourtisan
qui s'abusait des affaires, et qui témoignaitd'ailleursla plus
ÏMMÉMATES DE LA RÉVOUJTM! ~65

profondeindifférencepour ce qui arriverait après lui, il joignit


en sous-ordrel'économisteTurgot, que la voixpubliquelui dé-
signait.
'furgot fut précédé aux financespar une réputationd'homme
intègre, d'économistezélé, d'administrateurà systèmes; mais
par-dessustout il y a apporta l'autorité qu'il devaità sonad-
mirable'gestionde la provincede Limoges.Il travaillaimmédia-
tement à faire participer le royaume aux bienfaits locaux qui
avaientsignaléson intendancedu Limousin.Pendant qu'il dimi-
nuait le déficit, .'et que là sagesse de ses mesuresopérait des
remboursemens,même au-delàde ses prévisions, it soulageait
progressivementle peuple par des actes de vraie régénération:
il abolissaitles droitssur les Mes, et toutesles entravesqui gê-
naient la liberté indéfiniedu commercedes grains il suppri-
mait lesjurandeset les communautés. Cedernier édit.àladate
de février 1776, était conçudansunesprit d'affranchissement si
nettementavoué, qu'i! allait chercherle adroità une profondeur
que n'atteignit pasta déclarationde 179I .Nouslisons, en effet,
dansle préambule< Cependant Dieu, en donnant à l'homme
desbesoins, en lui rendant nécessaireh ressource du travail,
a fait, du droit de travailler, la propriété de tout homme: et
cettepropriétéest la première, la plus sacréeet la plus impres-
criptiblede toutes. Si le souveraindoit à tous les sujets de leur
assurerla jouissancepleineet entièrede leurs droits, il doit sur-
tout cette protection à cette classed'hommesqui) n'ayant de
propriétéquecellede Jeurtravailetde leur industrie;ontd'autant
plus le besoinet le droit d'employerdans toute leur étendueles
seules ressourcesqu'ils aient pour subsister, etc.))»
Le projet de supprimer les corvéesdans tout le royaume, et
unedémarchecapitaleen faveur de la liberté de la presse, sou-
levèrent contre lui le clergé, la noblesseet les parlemens.Tur-
got, convaincuque le pouvoirappartenaitau meilleuravis,, ou-
vrit la discussionà ses contradicteurs.H força la main aux ceu-
seurs pour un M. Richarddes'(Manières,qui voulaitpublier un
plan opposéaux siens.En ef i~itognt.aussi'~ec~erlui préparait
DES CAUSES

une polémique sur ~législation et le commerce des grain et


ses amis, permit l'impression
Turgot, malgré les instances de
d'un ouvrage auquel la fortuneetlesintrigues de son auteur
donneraient infailliblement de la célébrité. Il ne s'éloigna pas im-
punément de la route de ses prédécesseurs. Il laissa paraître,
sous ses auspices, un.Hvre sur les inconvéniens des droits féo-
daux. Ses adversaires lui en firent un crime, et se liguèrent
la finance, là cour et les
pour obtenir sa retraite. Le clergé,
dont l'égoïsme épuisait la
parlemens, les quatre grands corps
le réfor-
France, se défendirent alors de manière àprouver que
mateur avait mis la cognée aux racines du mal. Ce qui démontre
encore mieux que seul il savait l'avenir et qu'il était par consé-
du pouvoir, c'est la destinée de
quent l'ingénieur indispensable
ses projets, dont les uns furent exécutés par Necker, les ;autres
réalisés par la
proposés à rassemblée des notables, les autres
Constituante. Aujourd'hui même, la'.révolution française n'est
pas fermée, parce qu'on a maintenu à l'état de question les
nous avons cité.
principes qu'il posait dans le fameux édit que
Un mois avant,sa disgrâce, le roi disait « Il n'y a que M. Tur-
Il le sacrifia cependant aux
got et moi qui aimions le peuple.
ennemis du peuple.

Le comte de.Maurepas donna la place de Turgot à un ancien


intendant des colonies, à Clugny, administrateur borné, avare,
intraitable, qui mourut six mois après. Sa famille profita de son
ministère autant que s'il eût duré dix ans; il accrut le déficit (1),
et de son court passage aux finances, il ne resta qu'un souvenir
désastreux (2).
On revenait su~plés pas de Turgot: les jurandes et les com-
munautés furent rétablies sous une autre forme, à Paris, la même
année 1776, et,, dans les provinces, par un édit de 1777. Depuis
la chute de ce ministre, Necker aspirait ouvertement à le rem-
placer. Il s'agissait de l'associer à Clugny; il le fut à son succes-

des Comptesrendus, pagei72. ·


(l).CoHee<K)H
(2)introduction au Moniteur,page 42.
MMËDIATES DE LA RËVOLUTMN. i67

seur, Taboureaude Réaux; et, par la démissionde ce -dernier,


il devintdirecteur-généraldes financesle 2 juillet1777.
Avantde raconterson premier ministère, nous croyons utile
d'exposer à nos lecteurs quelques considérations biographiques
sur les commencemens de Necker, et le récit, de la principale in-

par laquelle il se mit volontairement au 'poste le plus pé-


trigue
rilleux de l'État.

Necker,fils d'un régent du collègede Genève, vint à Paris


pour y faire fortune. Il entra chezun banquier, et de commis
dans ses bureaux il devintsonassocie.Sa fortune, dans l'espace
de douzeà quinzeans, surpassacelle des plus fortes maisonsdé
banque elle fut généralementattribuée à des contrats, habilès
selon les uns, frauduleux selon les autres, avecla Compagnie
desIndes, à desspéculationssur les fondsanglaisau momentd~
la paix de 1763, dont il fut instruitd'avance(1).,

(1) /~yro(!KC~oA MM.Mo~cMr, page 46. Ces détails sont empruntësja


divers écrits publiés dans le temps pour et contre M. Necker, et réunis
en collection. MyecAf, t78t.– Ils nous paraissent appartenir à l'opposi-
tion des courtisans et à~elle des financiers. Les àntëcédens dé M. Néeker
y sont recherches et critiqués avec plus ou moins de mesuré. Nous ex-
trairons de l'nn de ces factums une note qui donne les Circonstances
sur lesquelles le Moniteur a formé,son jugement. Il y a, au reste là-des-
sus unanimité complète dans toutes les pièces eon~, et nulle réponse
dans les pièces ~p:<r.
>~
« On se souvient de l'état de langueur où la Compagnie des îndëS,
ressuscitéeeh <764 par les soins Ne M. Necker, était retombée par tes.s
mêmes soins en 1767. Elle avait toujours de grands besoins de fonas danS
le moment de ses expéditions pour l'Inde. Beaucoup de petits moyens
étaient déjà épuisés, lorsque M. Necker engagea ta Compagnie à faire
de.traites
charger ses piastresà Cadix, et aies payer par une circulation,
sur ses correspondans dans les autres principales villes commerçantes
à trois moM de date
de l'Europe. Lés banquiers de Cadix, tiraient donc
sur les banquiersdë Londres; ceux-ci, à réchéance dés traites de Ca-
sur les banquiers de Hambourg, ceux-ci sur lès
dix, se remboursaient
banquiers d'Amsterdam, et enfin les banquiers d'Amsterdam sur le cais-
sier général de Paris chaque opération donnant un délai dé trois mors,
Toilà une année écoulée. Le produit de. la' vente de l'Orient sert à
éteindreles dernières traites, et enfin les piastres se trouvent payées:
» On devine aisément que cette circulation ou banque était ruineuse
à demi pour cent
,pour la Compag&ie. En effet, quatre commissions
chacune, quatre courtages à un huitième, voilà deux et demipour
cent; ajoutez à cela la différence du change qui, sur dès sommes cbn-
sid~Nes, ne saurait être évaluée à moins de six ou sept pour cent l'an;'
168 MSCACSES
Un intrigant obscur, le marquis de Pezai, auteur de petits

vers, s'était emparé de la confiance de Louis XVI à l'aide de

voità donc neuf pour cent au N)hins que ce crédit en banque coûtait à ta
Compagnie. Ce n'était pas tout, ces circulations prouvent le défaut d'ai-
sance cetie-ci jeta du discrédit sur la Compagnie des Indes c'est pré-
cisément ce que M. Necker voulait; on va voir pourquoi L'année sui-
vante, il faut une nouvelle expédition de piastres; le montant de ta vente
est presque consommé par le paiement de celles de l'année précédente.
Que faire? On calcule, on consulte, on imagine mais rien ne vient. Il
faut avoir recours à M. Necker; c'est le sauveur de la Compagnie, l'ange
tutétaire du commerce des Indes. D'abord il ne voit ou: dit ne voir que
difficultés et'dangers; mais cédant enfin à son amour désintéressépour
la Compagnie, dont.il sent qu'il, sera tôt ou tard la victime: ~ez, dit-
il aux directeurs étonnés, soyez tranquilles, vous aurez des piastres,
c'M~ MO!qui vous /f~omc~. Peu s'en fallut qu'on ne lui érigeât une
statue. On attendit avec une inquiétude que la reconnaissance et l'ad-
miration pouvaient à peine contenir, que t'inspiré daignât expliquer ses
moyens. 11 déclara enfin que la Compagnie ne pouvait user ette-méme
de ia ressource de l'année précédente mais que, se dévouant pour elle,
il emploierait le crédit de sa maison à là ptace de celui de la Compa-
gnie, et qu'on fixerait le prix des piastres au même taux que les der-
nières c'est-à-dire environ dix pour cent au-dessus du'cours comp-
tant le marché fut rédigé d'après cette convention. t! est vrai que,
soit prudence, soit pudeur, M. Necker n'en lit pas faire l'enregistre-
ment sur le livre des délibérations mais, si je m'en soutiens encore,
il fut déposé sous trois,'cachets entre tes mains de M. Costard, secré-
taire de ta Compagnie des Indes,'et doit y être encore, si maitre Claude
(autrement appelé V aidée de Lessart ), 'qui, pour de bonnes raisons,
dispose encore de tout à la Compagnie, n'en a pas disposé autrement.
» Ce marché parut à la plupart des administrateurs, M. le Duc de Du- '?
ras, M. le Marquis de Castries, M. te Président Bresson, et te déjà féal
Valdec, un chef-d'œuvre de désintéi~ssement, peut-être même d'écono-
mie. Quoi qu'il en soit, il fut à peine signé et déposé, que M. Necker
proposa à la Compagnie nu petit projet de loterie. On se récria sur le
peu d'espoir de placer tes billets « Eh bien! ce sera encore moi qui
remplirai votre loterie; oui, Messieurs, le même homme qui vous four-
nira des piastres sans argent, vous donnera encore de l'argent pour vos
billets de loterie. » Quel être inestimable! «Hélas! ils ne. connaissaient
pas tout son mécite. tt s'était déjà assuré du placement de sa loterie à
Genève, et cet argent devait servir à lui payer ses piastres, et lui pro-
curer ainsi un bénéSce de dix pour cent sur dix ou douze millions sans
bourse délier. Voilà la première anecdote elle montre du moins de
l'adresse. Voici la seconde qui me parait montrer quelque chose de plus.
Après la ressource des piastres quin'étaitpasde nature à se répéter
souvent, il fallut imaginer d'autres moyens de faire des fonds aux'tndes,
et obtenir, s'il était possible, nn crédit plus long encore. M. Necker
savait bien que les Anglais avaient aux Indes plus de richesses qu'ils
n'en pouvaient apporter en Europe il imagina de persuader aux pro-
priétaires de ces richesses de fournir ta Compagnie des mandats paya-
UtM:ÉNATES DE LA REYOLUTtON. }69

quelques lettres anonymes sur le bonheur du peuple, M. de Sar-


tmes se fit le compère du marquis il Je nomma au roi parmi

blés par leurs correspondans aux Indes, de recevoir en échange des


traites des préposés de la Compagnie française, payables à un et deux
ans de date sur te caissier général à Paris. Pour réussir dans cette en-
treprise, il fallait être bien secondé en Angleterre. On verra si M. Necker
sut faire un bon choix, en prenant pour sésagens Bourdieu et
Chollet de Londres, les mêmes qui se, sont fait connaître si avantageu-
sement depuis dans leur procès contre M. de Guines les anglais fourni-
rent en effet pour plus de vingt millions de traites à ces conditions.
"Si, pour les séduire plus sûrement, M. Necker sfëtait contenté de
fixer le change au taux ruineux d'environ cinquante-quatre sous pour
.la roupie courante, qui intrinsèquement n'en vaut pas quarante s'il
n'avait fait que s'adjuger une commission exorbitante sur ses traites
même sur celles qui ne seraient pas payées on se bornerait à partager
l'admiration/pour ses talens, avec celle qu'inspire une grande Compa-
pagnie qui consent à fonder son commerce sur des moyens également
ruineux et précaires. Mais il y a bien autre chose à remarquer: les An-
glais se trouvent, comme on voit, porteurs d'une somme énorme de
traites sur la Compagnie de France-; les échéances approchent; la dé-
tresse de la Compagnie éclatait tous les jours par des emprunts à courts
termes, par de misérables loteries, et par tous ces heureux expédions
dans lesquels M. Necker. cherchait, le discrédit qu'il portait à Paris
même. A Londres, les fidèles Bourdieu et Chollet portaient l'alarme et
la défiance à leur comble chez les porteurs des traites. M. Necker se
servit de ces alarmes mêmes pour engager M: l'abbé Terray à assurer,
par les dispositions intérieures les plus précises, le paiement exact des
traites à leur échéance. Alors, MM. Bourdieu et Chollet, qui étaient
seuls dans la confidence avec ia maison Thëlussop, Necker, forcèrent
devoilespourredoubler les frayeurs, et pour acheter sous main les
traites sur la-Franee, sur lesquelles les propriétaires anglais, les amis
de MM. Bourdieu et Chollet, se croyaient trop heureux de ne faire
qu'un sacrifice de quinze a vingt pour cent. Ces honnêtes négocians
portèrent même la franchise jusqu'à avouer à leurs ainis qu'ils avaient
-vendu à.ce taux là le peu de ces lettres de change dont ils étaient eux-
mêmes propriétaires. L'on ne sait pas au juste sur combien de millions
ils ont pu faire valoir cette délicate industrie il paraît pourtant que la
somme a dû être très-considérable; car, après avoir épuisé leurs fonds
en achats réels, ils ont .encore pris de toutes mains des primes de
quinze et de vingt pour cent pour assurer le paiement des traites à
terme.
» Que ceux qui veulent connaître M. Necker approfondissent ces anec-
dotes ils y verront le véritable' caractère de l'homme, le vrai genre de
ses talens et de ses ressources; ils apprécieront ce désintéressement
dont il n'a jamais cessé de se targuer; ils entendront ce même homme
déclamer dans ses préambules contre les bénéfices licites et connus de
la finance, comme contraires aux bonnes mœurs et incompatibles avef;
ta vertu. Ah''comme il se joue de la crédulité française Quelle tnépri-
sante opinion Insuccès lui.ont donnée de nous'')
170 DESCAUSES
des élogesconvenussur son instructionet sur sa probité';et le
vieux Maurepas,instruit de la correspondance,accueillitavec
distinctionun hommerecommandepar sontitre de bel esprit.
Alorsse formait contre Turgot la coalitionà laquelle il fut
bientôt sacrifie.Déjà le premierministre, jaloux de l'ascendant
que les lumièreset les vertus donnaientau Contrôleur-général,
recevaitet provoquaitdes réclamationscontinuelles.M. de Sar-
tines, gêne dans son ministèrepar lessévéritésde l'économiste,
lui faisaitaussila guerre.
Ce fut au;;milieud'événemensdecegenrequë le marquisde
Pezai, admisauparavantdansle cerclelittérairede Necker,con
tracta aveclui des obligationspécuniaires,et le niit dansla con-
fidencede ses rapports avec le Roi. Le banquierprofitad'une
positionqui secondaitmerveilleusementses vues ambitieuses.
Depuisson éloge de Colbert, il avait traité diverses questions
iinancières,cellenotammentdu commercedes blés, danslaquelle
il attaquait,en styleambidextre;les idéesde Turgot,après avoir
feintde les partager,pour gagnersa bienveillance. Il était désor-
maisà portée de se procurer des renseignemensexactssur l'état
des finances il composades mémoirespleins de magninqucs
projetssur lesressourcesen puissanced'être. Pezailes présenta,
et dès-lorsle crédit de Necker remplaça rapidementcelui de
Turgot, et l'élevapar degré au ministère.
On s'accordeà reconnaîtrecommeun grand bienfaitla publi-
cité qu'il donnaà son Compfe-feMdM. Le premier, en effet, il ou-
vrit au grandjour la clandestinitédes finances,et rendit en cela
un service incontestable.Fidèles à la vérité historique, nous
ajouterons,pour l'intelligencede cettepériodeoù tant d'égoïstes
se disputèrentle pouvoir, que cette démarchede Neckerfut ou-
vertementimputéeà sa soifdes succèspopulaires.On lui appli-
quait cettephrase de son élogede Colbert: < II sera semblable
à ceshéros de théâtre, que dés battemensde mains excitentou
découragent.»
Sonsystèmeadministratifconsistaà substituerla voiedes em-
prunts aux surcharges des contributionsordinaires il essaya
MEDIATES
HLWt.iMATËS mDE LA R~YOtCTMN.
tmvj~uiluil. 174

mêmed'améliorerla perceptionet la .répartitionde l'impôt par


des suppressionsd'officeset par une plan d'administrationpro-
vinGiaIedont ses ennemis trouvèrent moyen de s'emparer, et
danslequelil décriait
qu'ilslivrèrentà l'impression.Ce mémoire,
confidentiellementla magistrature, en mêmetemps qu'il affec-
tait de lui prodiguer des hommages,dansplusieurs préambules
de lois publiquesde.finance,excitales parlemenscontrelui. De
leur côte, les financiersentamèrentune polémiquequi tendait
à présenter la controverseentre les emprunts et les impôts,
commeune querelled'intéressés,entre les banquiers et les trai-
in-
tans, On accusaNeckerde se dédommagerpar les bénéfices
calculablesdes négociationsd'emprunt, faitespar ses associésou
de ses appointe-
par ses correspondans,du sacrificeostentatoire
mens de ministre.On dressaun tableaucomparatifde la marche.
suiviepar .Lawet de celle que suivaitNecker (1). Les analogies

(i) TABLEAUCOMPARATtF
Dé ce qui se pa~ ~<-Mi71fi, 1717, 1718, 1719 et 1720, d'une
ce ~MM ~76, 1777, 1778, 1.779 et 1780, d'au-
<
les pièces originales imprimées A suite de
<re ~a~ vérifié d'après
l'histoire du ~~eme.

M.NECKER.
-M.LAW–
On lira dans l'histoire que
i.
1. On lit dans l'histoire du Sys-
M. Necker a épuisé toutes les res-
tème, avant qu'il ait eu lieu, que
l'on avait épuisé toutesles ressour- sources des emprunts, des loteries;
ces des emprunts, des loteries, des des rentes viagères. Édits de 1776,
rentes viagères. 1777,1778,1779,1780.
2. Que Law proposa ensuite son 2.'Que M. Necker a présente soit
d'éviter comme le moyen
système comme le moyen plan économique
de surcharger l'État par de nou- d'éviter la surcharge de l'État pat'
veaux impôts. de nouveaux impôts.
3. Que M. NecB.er a fait envisager
3. Que Law fit envisager la des-
la destruction des crédits interinë-
truct&n de tous les Crédits .particu-
diaires comme devant scrvïr à l'ac-
liers, commedevant produire l'aug-
de celui du Roi, qu'il croissement de celui du Roi, qu'il
mentation
a proposé d'y substituer.
proposa d'y substituer. de septembre
4. La déclaration
4. Une déclaration du Roi, qui'
ordonna que tous lés billets pour 1776, qui porte que tous les hre-
le service de l'État seraient rap- vets de pensions et antres seront

portés et vérifiés, procura,


au com- rapportés pour en faire la yëriSca-
172
172 DESCAUSES
DES CAUSES
sont décisives.Ces deux hommesavaient au fond les
mêmesidées
sur lès finances ils sentirent très-bien
que la méthode du crédit
avait des avantages immenses, et qu'elle était le lien de tous les
progrès à venir; mais l'un et l'autre manquèrent la question du
principe, et travaillèrent sans bases. A la suite de ces attaques,
Necker perdit ses amis au conseil; tous les
plans du directeur-
général y étaient repousses il en demanda l'entrée pour les dé-
fendre mais on ne voulut la lui accorder qu'à la condition
qu'il
abjurerait solennellement le calvinisme, et il se retira.
Deux impôts et un emprunt onéreux
signalèrent la courte ad-
ministration de M. Joly de Fleury. Ensuite l'un des intendans ré-
formés par Necker, M. d'Ormesson,
jeune homme intègre et

mencement de <7i6, le retard de tion, a fait pronter le Roi du re-


tous les paiemens tard de paiement qui en est résulté.
5. Arrêt du Conseil du2mai t7t6, a. L'arrêt du Conseil, du 22 sep-
qui permet à Law et compagnie tembre 1779, a permis à une Com-
d'établir une banque puNique sous
pagnie d'établir une banque publi-
le titre de Banque ~e'a/e.
que sous le titre de Caisse d'es-
compte. Item; arrêt du 7 mars
1779.
6. Un an après, la banque géné- 6. Les billets de la Caisse d'es-
rale fut réunie au trésor royal. Il
compte sont reçus dans toutes les
fut ordonné que ses billets seraient caisses du Roi, et offerts en
paie-
reçus en paiement. ment aux particuliers,
quoique cela
soit contraire à rétablissement.
7. Arrêt du Conseil-d'État du to 7. Un édit de novembre t778 or-
êeptembre i7)&, qui ordonne que donne que les
trésoriers-généraux
les traitans généraux d'affaires ex- et particuliers seront
supprimés, et
traordinaires, seront tenus de pré- tenus de présenter leurs comptes
senter et affirmer leurs comptes devant des commissaires.
devant des commissaires.
8. Arrêt du Cbnseil-d'Ëtat du 27 8. Arrêt du Conseil du 9 jan-
août <7t9, qui casse et.annule le vier t78Q, qui détruit la Ferme
gc-
bail de la ferme générale. -nérale.
9. Arrêt du Conseil du ~octobre 9. Édit d'avril t780 pour faire
1719, pour fairecesserles fonctions cesser les fonctions des receveurs
de receveurs-généraux de finances, généraux des financés, et ordon-
et ordonner. qu'il soit pourvu au ner qu'il serait pourvu au rembour-
remboursement de leurs offices ett sement de leurs offices, mais seu-
récépissés au porteur, aussitôt après lement après l'apurement et cor-
la liquidation de leurs quittances rection de leurs comptes; ce qui
de finances.
donne un délai de plus de quatre
ans.
!M;IÉDIATE§ &E 1A RÉVOUJTMN. <7S

laborieux, mais sans portée, gouvernaun instant les finances


qu'ilremitaiCalonne le 3 novembre1783.
Maurepasétait mort. La ReineMarie-Antoinetteexerçaitdé-
sormaissur l'esprit du Roi une influenceabsolue elle dirigea la
réactionde la haute noblessecontrôlesessaisde réformeet ceux
de ministrespopulaires par elle, toutle pouvoirappartint encore
une secondefoisà la Cour.

10. Les rescriptions sont conver- 10. On peut croire que les res-
tiesenbilletsde banque. criptions seront discréditées et
qu'on voudra les remplacer par des
billets de ta Caisse d'escompte.
11.Déctarationde février 1720, 11. Les préambules des nouveaux
avec préambules éloquens, tendant édits sont encore plus éloquens, et
à réprimer le luxe.' ont le même objet.
12. L'auteur du Système a été 12. -L'auteur du nouveau plan est
regardé pendant deux ans comme encore regardé comme un homme
un génie supérieur il se rendait d'esprit: il n'a pas hésité à garan-
hardiment garant de tous les évé- tir, le succès de ce-qu'il propose.
nemens ses opinions prévalaient Sans être du Conseil, il fait préva-
dans le Conseil, et ses opérations loir ses opinions ;'et ses opérations
excitaient l'enthousiasme du public. ont trouvé jusqu'à ce moment des
enthousiastes.
13. M.Law était étranger et ban- 13. M. Necker est étranger et
quier. banquier.
14. Il fut contrôleur-général. 14. II est directeur-général.
15. H bouleversa le royaume, 15. Il bouleverse tout, il ruine
ruina les particuliers, Refaire la les particuliers, il fera. etc.
banqueroute et se sauva.
16. M. de Maurepas était dans le 16. M. de Maurepas se trouve à
Conseil, mais trop jeune pour s'op- la tête du Conseil c'est aujourd'hui
poser à cette catastrophe. ( Hétait par son expérience et sa sagesse que
âgé de 18 ans.) ]e Roi et la nation peuvent être
préservés d'une pareille catastro-
phe. (Il est âgé dé 8-1 ans.)
17. Le Parlement, effrayé del'ë- 17. M. Neéker suit la même mar-
tablissement, rendit, le 12 août che que M. Law. Quelle serait l'ex-
17t8, un arrêt qui fit défense à cuse du Parlement et du Ministre,
tous étrangers, mêmenaturalisés, s'il en résultait le même effet? Un
de s'immiscer en aucune manière arrêt du Conseil a permis l'établis-
au maniement et à l'administration: sement de la Caisse d'escompte
des deniers royaux, sous les peines pour les lettres de change; mais
portées par les ordonnances. Cet peut-il exister un papier-monnaie
arrêt n'empêcha pas la catastrophe; sa]M la sanction da Parlement?
mais il prouva que te Parlement
l'avait prévue et il fut sa justifi-
catton.
174 DES CAUSES
1 -k._1_
Calonnes'étaitmis en grandefaveurpar sa conduitedansfaf-
faire La Chalotais nommé commissaire,il s'était fait l'instru-
ment des puissantesinimitiésque le magistratbreton avait sou-
levées.Sa réputationd'hommeindustrieux,la souplessede son
de
esprit, sa féconditéen expédiens, dont il avait donnétant
preuves, décidèrentde son élévationau contrôlegénéral,, Trois
mois après il obtint le caractère de ministre et prit place au
Conseil.
La Courfut serviepar Calonneau-delàmêmede ce qu'elle en
avait espéré.Les dettes desPrincesfurent liquidées on acquitta
jusqu'à des créancessimulées;on fit acheterRambouilletau Roi
et Saint-Cloudà la Reine.Les dons, les pensions,les gratifica-
tionspleuvaientsur les courtisans.
A Paris, laferme généralegagnaitun mur d'octroiet les bar-
rières tellesqu'ellesexistentaujourd'hui; pendant que chaque
caisse d'a-
jour on multipliaitles emprunts, on établissaitune
mortissementpour l'extinctionde la dette. Les domainesde la
Couronneengagés,échangés les préambulesdes édits enuésde
gigantesquespromesses la prospérité future de la France, ,qui
rembourseraittousses créanciers en moinsde vingtans tout
cela environnaitla royautéd'unemagnificence inaccoutumée;mais
aussi tout cela ne fit renaître un instant la circulation entre
le
l'empruntet l'usure, que pour la voiraussitôt étoufféeentre
discréditet l'agiotage.
Calonneétaitau bout de sesressources il avaitempruntéplus
de huit centsmillionsen quatre ans ce qui, joint aux cinq cents
trente millionsempruntéspar Necker, et aux trois centsmillions
la rente
deJolydeFleury, chargeait, en dix ans, le capitalde
d'un milliardsix centtrente millions.Il se trouva que le recours
aux palliatifset à l'habileté,ramenait,aprèsune courte intermit-
tence, la questionrévolutionnaire.Calonne,conduità sontour en
face des réformes, devaitêtre empêchéde tous les obstaclesque
ses prédécesseursavaient rencontrés, et de celui qu'il s'était
fait, en prônantl'efficacitéd'un systèmeauquelil était contraint
de renoncer.La positionétait forcée.II puisa dansles projets de
IMMÉDIATES DE LA R~VOtCTION. 17~

Turg'otetdeNecker, et prépara un travail sur l'établissement


d'assembléesprovinciales,sur l'impôt territoriàt proportionnel-
lementreparti, sur la taille, sur là cctrvée, sur la suppression
des douanesintérieures,etc, etc. et il fit convoquerles notables.
pourfortiSer ses mesures d'une ombre de sanction.Mais que
pouvait-ilse,promettredes privilégiésqu'jl réunissait? Afin de
leur imposerdessacrificesque la clameurpublique~les eût obligés
de subir, il aurait fallu que le privilégele plus onéreux, que la
royautés'exécutâtfranchementelle-même,et qu'au Heude men-
dier pour son compte, ellen'eût d'âme et depenséequepour la
nationentière. Ses motifsintéressés, et l'énorme déficit qu'ellee
était forcéed'avoueraux notables, leur fournissaientdes pré~
textesplausiblespour refuserleur appuià son agent.
Desreversadministratifslaissaientd'ailleurs sans excusetes
griefs particuliersimputésà Galonné.Il s'était fié à ses succès
du soinde les absoudre, et maintenantil enétait écrasé.Le sou-
venir deNëcker;son parti composéd'une foulede gensde lettres
et de femmesà la mode(1);l'écrit qu'il avaitpubliéen 1784,sous
le titre d'~erpM sur rttdtKMM~mtMm des ~Marnées;les nom-
breuxpamphletsdirigés contrel'immoralité,la légèreté, 'la pro-
fusi'on du ministre; les épigrammes,les coupletspar lesquels
ouatait accueillila nouvelle création d'offices de payeurs de!
rentes, et le rétablissementdela CompagniedesIndes; la refonte.
des louis, opérationqui seule déshonorait Galonné, et dont il
se défendsi maldans ses propresouvrages tousJeslibellesennn
auxquelsil avaitdonnélieu par le chojx de coopérateurséqui-
voques telle est rénumération imparfaite des élémensd'oppo-
sitionpersonnelleauxquelsles tristesrésultatsdesa gestionaban-
donnaientle contrôleur-général.

(1) « C'est une chose remarquable que l'enthousiasme des femmes les
plus distinguées par !e rang et par la beauté, pour un homme d'une
figure ignoble et éloigné de toute galanterie par l'austérité apparente
de ses mœurs.Onavu, quelques jours après son renvoi, la duchesse d~
Lauzun, de toutes les femmes la plus douce, et surtout la plus timide,
attaquer dans un jardin publie, un inconnu, qu'elle entendit mal parler
de Necker, et sortir de son caractère au point de lui dire des injures.»
7Mro~KcfMy: au ~Moni'i'eK~,page 47.
~76 DES'CAUSES
D'un autre côte, l'esprit publicavançaitavecune hardiesseet
une confiancequi présageaientles dernièresapproches de son
terme. La propagandephilosophiqueredoublait d'activité.Les
préjugesde la sociétémonarchiqueavaient été victorieusement
critiquésdans plusieurs drames fameux. Beaumarchais,déjà
célèbrepar ses Mémoires,que l'impopularitéde la magistrature
fitrechercheravecune véritablefrénésie, venaitde renouveler
pour le Mariage~e Ft~'o les mêmesincidens quiprécédèrentle
Tartufe. Cettepiècefit éclaterun symptômesocialbien capable
d'effrayer les moins attentifs.Rien n'égalala hainedes grands
rien n'égalal'empressementdu peuple. Le 'monologuedu cin-
quièmeacte, ce résumési spirituel de l'opiniongénéralefut le
texte principaldu conflitentreles hommesdu passéet ceuxde
l'avenir.
Le sentimentde l'indépendance,né de la littératurenationale,
et qui n'étaitau fond que la libertéde tous, réagissant contrele
despotismeou la liberté de quelques-uns, s'alimentait, en
outre, de tous les événemensextérieursqui ~muaient ses sym-
pathies. 11avaitpoursuivide ses vœuxenthousiasteset de ses sa-
crifices, la lutte des Amériquesanglaisescontre leur métropole~
Cette guerre mémorable,commencéeà l'occasionde l'acte du
timbre, votéau Parlementanglaisle 22 mars 1765, lequelassu-
jétissaitles contratsdes colonsà des taxes régléessur leur im-
portance, avaitfini, le 18 octobre1781,par la capitulationde
Cornwallisqui s'était rendu'prisonnieravecson armée. Là Hol-
lande, l'Espagne, le Gouvernementfrançais, avaient puissam-
ment contribué aux succèsdes Américains,plutôt afin d'hu-
milier l'Angleterreet d'abattre sa dominationsur mer, quedans
des vuesquelconquesd'émancipationau pro6t de ses colonies.
Qu'importe?La France y vit un exemple d'insurrection.La
classéintermédiairesurtout comprit instinctivementque c'était
son principe, le principedu tiers-étatquitriomphaitduprincipe
aristocratique.Les partisansdes États-généraux ceux, en parti-
culier, qui prévoyaientla prépondérancepolitiqueque la pro-
priété était à la veillede conquérirsur la noMesseet le clergé
IMMÉDIATES DE LA REVOLUTION. d77

s'associèrentd'avanceà sesvictoires, soiten aidant,soit en adop-


tant les faits analoguesqui se passaientau nouveau-monde.
Gatocneavait reçu te portefeuille deux Mois âpres que le
traite d'indépendancedes treize Etats-Unis de l'Amériqueeût
fermé, le 3 septembre1783, tes conférences-ouvertesà Paris
depuiste moisd'octobre1782. Le mouvementmoral que nous
avonsessayed'esquisser,menaçaitdéjà de tout éntramér au mo-
met)t Qutes notablesfurent convoques.L'ordonnancede convo-
cationest du 29 décembre1786, et l'ouverturede l'assembléeà
Versailles,du 22 février 1787.
La royauté, son ministre et les conseiUersextraordinaires
qu'éllëàppëtait.nvalisèrëhtd'ininteHigence et d'infériorité,ehpré-
sence des fatalités Incessantes,qui bientôt ne pardonneraient
plus. Ils n'allaient exa~linerque la surfacedés choses, que dès
accessoiresjugés, et cependantils ajoutèrentà !à pauvreté des
motifsqui les rassemblaient,cellede !essubordonnerà de vaines
cérémonies, à des disputes de préséance. Nous donneronsle
plan de la sa!!e, à la,séanceprésidéepar le Roi, parcequ'il n'est
pas indifférentde connaîtr&combieny prévalurentles traditions
monarchiques.Le procès-verbalparleainsi < Après !e discours
du Roi,monseigneurle gardè-des-sceauxs'estapprochédu tr~në,
en faisant trois, profondes inclinationsla première avant*dë
quitter sa p!ace;Ia secondeaprès avoir fait quelques pas, et!a
troisiênielorsqu'ila été sur le premierdegrédutrôné; puis il a
pris à genouxles ordresde sa Majesté(P. ë2 et 5~).. Voici-la
seule dérogationà l'idolâtrie, mentionnéedans un ~V.jS: de îa.
page 52. « Les Huissiers-Massiers,teRoi-d'Armës et les Hé-
ràuts-d'Armesauraient,dû êtreà genouxpendanttoute la séance,
maissa Majestéà trouvébon qu'ils se levassent quandelle a eu
finide parler. )) Noustrouvonségalementdans la séancede clô-
ture 4 ~V..B.Lé Roi a permisque les Huissiersde la Chancël-~
lërië, qui auraientdû être à ;gënoux pendant toute ta séance,
derrière monseigneurle Garde-dès-sceaux, se, tinssentdebout,
quand il a eu Ëni de parler, s (p. 519.)
L'archevêque
,1- y
de
a,a. Narbonnë
v. a,v i~.avuv.,uHau
protesta, uu nom.de ,UV son
,U.V.U..1 ovaa ordre,
mua v y
«~
T. 1.
178 DESCAUSES
contre la priorité de parole que lé premier président du parle-
ment de Paris avait usurpée. D'autres susceptibilités éclatèrent
dans les,bureaux, malgré les précautions oratoires de la déclara-
tion du roi, consacrée presque tout entière à les prévenir
ils ont satisfait à notre volonté, et pris la place que nous leur
avons expressément choisie et que nous avpns.commandé à nos
officiers des cérémonies de leur donner de notre part, comme
honorable et avantageuse, et parce que quelques-uns pourraient
n'être pas satisfaits à cause de leur dignité personnelle, ces places
n'étant pas celles qu'ils ont accoutumé de tenir aux États-géné-
raux, lits de justice. nous leur avons voulu déclarer, comme
nous faisons'par ces présentes, mus de la bonne volonté que
nous avons toujours eue pour les prélats et la noblesse de notre
royaume, et autres nos sujets, que notre intention n'a point été
d~ tenir une assemblée d'Etats. et que nous leur avons or-
donné cette séance, proche'de notre personne. comme très-
honorable, avantageuse et convenable à l'action, tant de l'ouver-
ture de ladite assemblée que de la continuation d'icelle, sans
qu'elle puisse préjudicier ni rien diminuer des honneurs et pré-
rogatives qui leur sont ordinairement attribués, et que nous en-
tendons etvoulons leur être conservés. (Procès-verbal, p. 92
ete3.)
On a du remarquer la phrase hiérarchique: les .e~ts et la
noblessede MO<fe ro~aMHtëjet ftM~'esnos siijets. L'initiative royale
préjugea toutefois dans le sens libéral une question agitée plus
tard avec violence; elle décida que les notables voteraient par
tête et non par ordre, et elle annonçales mêmes intentions pour
les assemblées provinciales, dont elle leur présentait le projet..
Aa reste, les plans du gouvernement adoptés, exagérés même
dans leur partie critique, furent rejetés ou renvoyés à un plus
ample informé, dans tout ce qu'ils proposaient pour remédier
aux abus. Il.ne faut en excepter que l'établissement des assem-
blées provinciales, lequel eut l'assentiment général, parce qu'il
ne compromettait 'que des intérêts absens, ceux des financiers.
Le déËcit scandalisa. Çalonne ayant avancé que le trésor n'avait
MMÉMATES DE f.A RÉVOLUTION. ~~&
"<'

pas été laissé par Nécker, aussi riche que ce dernier t'avait .pré-
tendu, le roi désira sur ce point le témoignagede Joly.deEleury.
Sa réponse, peu favorable sans doute aux assertions du ministre,
fut supprimée par lui; mais le garde-des-sceaux, Miromesmt,
en avait reçu une copie, et il la communiqua à Louis XVI. Le
contrôleur-général sortit vainqueur de cette querelle: il fit rem-
placer Miromesnil par' Chrétien-François de Lamoignôn,
président à mortier au parlement de Paris, et lui-même, après
un échec définitif devant les notables, céda la place, six jours
après, à Bouvard de, Fourqueux, conseiller d'État ordinaire.
Ces;changemenssurvinrent entre la séance du ~9 mars et cette
du 23 avril. Le 3 mai; Loménie de Brienne, archevêque de
Toulouse, l'un des notables convoqués, fut nomme chef du
conseil royal des finances. ïl~prononça, le .25 du même mois;
à la séance de clôture, un discours qui promettait une inca-
pacité de premier ordre à la tête des affaires. Ses conclusions,
.noyées-ça et là dans des fadeurs courtisanesques portaient en
substance que rien n'était décide, qu'on avait reçu d'excellens
conseils; quele gouvernementélaborerait de nouveau ses réfor-
mes, et ne les appliquerait qu'avec là plus scrupuleuse circon-
spection. Quantau déficit, qu'il estimait à cent quarante mil-
lions (I), il le comblait en espérances avec dés impositions qu'il
affectait de n~aldéfinir, les mêmes que la majorité des notables,
dont il faisait partie,, venaient de refuser à Galonné,'et
avec des rognures, qu'il est curieux de f~ter. Dans une phrase
qui trahissait maladroitement le secret de son origiife ministé-
rielle, le courtisan disait Déjà la reine a recherché elle-même,
et fait rechercher encore tous lesretranchemens dont sa maison
est susceptible; déjà les princes, frères du roi, se proposent de
remettre au trésor royal une partie des sommes qu'ils en reçoi-
vent; déjà le roi &ordonné. dé préparer toutes les économies,
que chaque partie peut supporter, La bouche, la vénerie, les
écuries, les postes les haras, les dons, les grâces. tout su-

()) Ce chjff''e<~t:inexact, voir le Comptere~d.K,ci-après,


,~8b
,io0 DES CAUSES

birà l'examen que !escirconstancesrendentnécessaire.<Hran-


geait naïvementdans ce stylebarbare, selon l'importancequ'ils
avaientses yeux, et malheureusementaux yeux de tous, le
personnelde là familleroyale,qui commençaitbien en effetpar
lareméetnnissaitparlerpi.
Nouscomplétonsl'histoirede cette époquepar l'insertiondes
piècessuivantes d° du discoursd'ouverturedu roi à rassembléeé
~es notables; 2" du premier discours de Câlbhne H ren-
fermele peu de bienqu'il a fait, et l'exposé.de toutes les ma-
tières soumises à là délibérationdes notables du compte-
rendu prépare par ses soins, discutéet revu par d'autres. Nous
~ronâ précédercettedernièrepiècede ce que les diversétats dé
Chancesoffrentd'intéressantdepuis 1758, notammentdes trié-
Ntbtresde Terray et du compte-réhdùde Necker.Ceux de nos
lecteursqui désireraientdes renseignemensantérieurs, les trou-
verohtdanslés recherchesde Forbohnats.

JDMCOM~dM~O!.
.MESSIEURS,
Je Vousai choisisdans les différonsordres, del'État, et je
vousai rassemblesautour de moi pour vous
fa5repart de mes
projets.
C'est ainsi qu'en ont useplusieursde mesprédécesseurs,et
Notammentle~nef de mabranche, dont le nomest reste cherà
~OuS les Français, et dont je me ferai gloire de suivre toujours
ïesexemples.
Les projets qui vousseront communiquésdé ma part sont
grands et importans d'une part, améliorertes revenusdé rË~at
et assurer leur libération entièrepar une répartitionplus égale
des impositions;de l'autre, libérerle commercedes diffëréntés
~tràvesqui en géHehtla circulation,et soulager, autantquelés
circonstancesmele permettent,la partie la plus indigentede mes
sujets.Tellessont, Messieurs,les vuesdont je mesuisoccupé,et
auxqueUesje me suis JSxéaprès le plus tnur examen.Comme
IMMEDIATES DE
iiMMEiUAiES BË LA
LA RëvOUJTMN.
R)EVOH]HON< 48t
iot

ellestendenttoutesau bien public, et connaissantlé.zèle pour


mon servicedont vousêtes tous animes, je n'a! pomt~raintde
/vpusconsultersur leur exécution;j'eatendraiet j'examinet'ai,at-
tentivementles observationsdont vous.les croirez susceptibles.
Je compteque vos avis conspirant tous au mêmebut, s'accop-
det'pntfacilefnent, et qu'aucunintérêt particulier ne s'~tevera
contre l'intërét général. f

DMeaM?'sd6tMOMSMM)'~ecoM!o~Mf-~eM~a~.
.I~ESStpURS,
<
Ce qui m'est ordonneen ce momentTm'honojfed'~ufa~t
ptus, que les vuesdont!e roi me charge de vousprésenter t'en-
semb!eettesmôti&luisqnt devenuesentièrementp.er~p.nneHes
par l'attentiontrès-suivieque S. M.adonnée a chacuned'eHes
avantdelesadopter..
t La seuleresotut~Qn de vousIe.scommuntque!et tesparoles
toutes paternellesque vousyenezd'entendre~le sa l)o~che,suf-
~sentSansdoute p6.ure~<ter en vous !ap}usjuste'cqn~ance;
mqisce quido.tty mettrete comble, ce qui doit y ajouterl'etno-
tion de la plusvivesensibilité,c'est d'apprendreavec queueap-
ptication,ave.cqueUeassiduité, avecqueUeconstancele r<us'est
livré au,t,ravaH!ongetpemb~equ'ont e~iged'abord re~atnea de
tous les §tatsqu~j'a;nni&spus ses.yepxpaur !utfair~ conna~,
sous tousles ppintsde vue, }a véritablesituationde ses SnattGes
ensuitela discussionde chacundes moyensque~e.lutat proposes
pour les ameMoreret y retabHrl'ordre.
Après avoir crée une marine et rendu le paviUon&Mçajs
respectabledanstoutesles mers aprèsavoir protègeet affectn}
la Ub,erted'une npuveMe nation,qui, dëmembreed'unppuissance
rivale, est devenuenotre alliée après.aYp~erNtmeupe gH~
honorablepar une paix solide, et s'être a~Bïtrëa toute 1'Surspg
digne d'en être le modérateur, le roi ne.s'~t pas Hvrëa uns~e-
rile inaction.S. M. ne s'est point dissimulée combientHui res-
tait a faire pour le bonheur de ses sujets, premierob~etde to~
ses soins, et véritableoccupationde son coeur.
483
.av~r DES
J.JJJ.t, CAUSES
'h-'i.UOD,(1

Assurerà ses peuplesdes relationsde commercetranquilles


etëtenduesau-dehors;
f Leur procurer au-dedanstous les avantages d'une bonne
administratioH,c'est ce que le roi s'est propose, c'estce qu'ii,n'a.
pascesséd'avôirenvue.
]) Déjà d'heureux effets ont prouve ta sagesse des mesures
prisesparS.M.
Déjàdes traités de commerceconcluspresqueau mêmein-
stant'avecla Houande,avecl'Angleterreet avecla Russie, ont
fait disparaîtredes principesexclusifs,aussicontrairesaux lois
socialesqu'à l'intérêt réciproque des nations, ont cimentéles
basesde !a tranquillitépublique, et ont fait voir l'Europe ce
que peut'l'espritpacifiqueet modèred'un princeaussi juste que
puissant, pour multiplier et fortiSerles précieuxliens de cette
concordèuniverselle si désirablepour l'humanitéentière.
Déjàaussi les affairesde l'intérieuront pris la directionqui
doit conduireà la prospéritéde l'Etat.
t La plus parfaiteËdëlitëà remplir tous les engagëihënsa
rendu au crédit le ressortqu'il ne peut avoir que par l'effet d'une
confianceméritée.
Des témoignages,de protection donnés au commerce,des
encouragemensaccordesaux manufactures,ont ranimé l'indus-
trie et produitpartout cetteutile effervescence dont les premiers
fruits enpromettentde plusabondanspour l'avenir..
< En6n, le peupléa reçu descommencemens de soulagement
qu'il n'était pas possiblede rendre ni plus prompts, ni plus
considérablesavant d'avoirrétabli l'ordre dans les financesde
l'État. y

C'est cet ordre qui est le principeet la conditionessentielle


de touteéconomie~ËUë c'est lui quiest la véritable source du
bonheurpublic. 3~
t Pour l'asseoirsur une base solide,et pourpouvoirbalancer
les recettesavecles dépenses,il fallaitnécessairementcommen-
cer par liquider le passé, par solder l'arriéré, par se remettre
au courantdanstoutesles parles.
IMMÉDIATES DE LA RÉYOMJTMK. 183

» C'était le seul moyen de sortir dela confusion des exercices


entremêlés'l'un dans l'autre, et de.pouvoir distinguer ce qui ap-
partient à chaque année, séparer l'accidentel de l'état ordinaire,
et voir clair dans la situation;
t Trois années ont été employées à ce. préliminaire indispen-
sable, et ces trois-années n'ont pas été perdues.
» Lorsqu'à la fin de 1785, te roi daigna me confier l'adminis-
tration de ses finances, elles étaient, on nel'aquetrop su, dans
l'état le plus critique.
»Toutes les caisses étaient vides, tous les effets publicsbaissés,
toute circulation interrompue l'alarme était générale, et là con-
fiance détruite.
:) En réalité, il y avait220 millions apayerpoùr.restantdes
dettes de la guerre,' plus de 80 millions d'autres dettes exigibles,
soit pour'l'arriéré des dépenses courantes, soit pour l'acquitte-
ment de plusieurs objets conclus ou décidés antérieurement;
176 millions d'anticipations sur l'année suivante 80 millions de
déficit dans la balance des revenus et dépensés ordinairés; le
paiement des rentes excessivement retardé le tout ensemble
faisant un videde plus de 600 millions: et il n'y avait ni argent
ni crédit.
» Le souvenir en est trop récent, pour qu'il soit besoin de
preuves et d'ailleurs j'ai mis sous les yeux du roi tous les états
justificatifs sa majesté les a vus et examinés ils sont restés en-
tresesmaihs..
t. Aujourd'hui l'argent est abondant le crédit est rétabli, les
effets publics sont remontés, leur négociation est fort active, et,
sans le trouble causé, par Jes effets de l'agiotage (fléau éphémère
que les mesures prises par sa majesté feront bientôt disparaître),
elle ne laisserait rien à désirer.
» La caisse d'escompte a repris toute la faveur qui lui est
due, et qui ne pourra que s'accroître par l'extension de son
utilité.
Les billets des fermes,, et tous les autres genres d'assigM-
tion sont en-plèine valeur.
484 DES CAUSES

Les dettesde ia guerresont acquittées, tout l'arriére est


soldé,toutesles dépensessont au courant.
Le paiementdes rentes n'éprouveplus te moindreretard;
il est enfinTamenéau jour mêmedés échéances; et 48 millions
d'extraordinaireont été emptoyésà cet utile rapprochement
qu'on n'avaitpas encorevu, et qu'on n'osait espérer.
]- Trente-deuxmillionsdu restant des reseriptions
suspendues
sous le dernier règne, ont ëtë remboursés avant leur terme;
et leur nom,, qui était un scandaleen miance, n'existe plus.
» Les remboursemensà époques, dont j'ai trouve le trésor
royal surchargé, s'effectuentà jour nommé et la liquidation
des dettes de l'Etat s'opère annuellement,ainsi que sa
majesté
l'a réglé par son édit de i784, constitutifdusaiutaire et iné-
branlableétablissementdela caissed'amortissement.
i.
EnSn, l'exactitudedes paiemensa produit une telle con-
Sance, et parelledes ressourcessi fécondes,que non-seulement
il a été obviéà tousles dangers que la positionde la 6n de 1785
faisait craindre; nôn-se~ementil a été satisfait à la masse
énorme d'engagemenset de dettes qurexistait alors; mais de
plus, il s'esttrouvé assezde moyenspour faire face à une inn-
nité de dépensesimprévueset indispensables,telles
que, d'une
e
part les sommesemployéesen préparatifsde précautionet au-
tres frais politiquesqu'ont exigésles affairesdelà HoUande;et,
d'autre part, les secours, les soulagemens,les indemnités
que
l'mtempériedés saisons et diverses calamitésont nécessitésen
1784ëH78o.
Dansle mêmetemps, sa majesté, convaincuepar
de grandes
et judicieusesconsidérations,qu'il était
égalementimportant et
économiqued'accélérerles travauxde Cherbourg, a fait quadru-
pler les fonds, qui d'abord avaient été destinésannueuémentà
cette immortelleopération, que sa majesté a consacrée
par-sa
présence, dans le voyagemémorableoù eue a goûtela juste sa-
tisfactionde recueillirles bénédictionset les acclamationsatten-
drissantesd'une nationqui sait si bienadorer ses rois quand e~
MMÉDIATES LL LA
M LAIaLYVLU~11V1Vn
-lUl'J..D.uJ~.J..D~
REVOLUTION. ~S5
se yoitaimée
fnëe Mar
par eux.
eux, quand elle voit
mMDf]fnf voit: les
~s ~pins
snins ff))'!)s nrptuipnt'
qu'ilsprennent
poursonbonheur.
:tLes Muestravaux du Havreet ceux de La RocheUeont été
suivisavec !a mêmeactivité;ceux de Dunkerque et de Dieppe
ontétédeterminésetentamés.
t Denouveauxcanauxont été ouvertsen plusieursprovinces,
et sa majestéa contribué leur entreprise..
» Ellea renduau départementdespuantset chausséesla totalité
des fonds destinésaux routes publiques, et. les'a a même aug-
mentes.
Eneasuppntneptusieursdroitsnnisiblesau commerce,et!e
gacriSceq~elte a bienvoulufaire de leur produit, en favorisant
rexportation de nos denrées, est devenueunenouvetlesourcede
richesses.
)) Samajestéa créé, soutenu,viviSéplusieursbranchesd'in-
dustrie, qui désormaisapprovisionnerontle royaume de grand
nombred'objets t qui se tiraient del'étranger..
Plusieursétablissemensdegrandeconséq~enceontétësecou-
ruset ont rectfdes marque signaléesd'une protectionvigilante;
tels, entreautres, ce!ui desforgesde'Mont-Cérns,le plus considé-
rable qui existe en ce genre, et celuidela pèche detabateine,.
qut prend naissancesous les auspices les plus favorables, en
même temps que toutesles, autrespèches du royaumesont en-
couragées prospèrentet préparent à la marineune pépinièrede
matetqts.-
Notrecommercedans riade prend aussi consistance;!anpu-
yelle compagniefait !es p!us grands efforts pour rqao~drs a
`'
l'objet de son etabHssement,et ellea dopNé!eseffetsde son
depuisquete Roi lui a permisde doublerses fonds.
!Ens'oecupantdetoutcequimtëresseIecommerçe,samatesté d
N'a.pasperdu de vue ce qui, dans ~n royaume agricole, p.eut
s'appeler la premièreet la plus importantede toutes les manu-
factures, la culturedes terres. L'assembléequ'eUèaétablie pour
correspondre~tant avec les intendans,des provinces, qu'avec
les sociétés d'agriculture, et les particuliers appliqués à cet
486 DES CAUSES

objet, a excitéla plusutile émulation,et réuniles renseignemens


~X 1~ ~1<~ ~1~ ~*vt. ftt fonn~ lac ~~TtS~I

les plus intéressans.ïl s'est formé des associationschampêtres


entre des propriétaires~des ecclésiastiques,des cultivateurs
éclairés, pour faire des expériences, et donner aux habitans
des campagnes la seule leçon qui les persuadé, celle de
l'exemple.
L'exploitationdes mines, trop long-tempsnégligée ~n
France, a fixéaussiles regards et l'attentionde sa majesté,qui
sait combiende ressourceson peut en tirer. Uneécolepublique
devenueintéressantepour la curiositémêmedes étrangers, des
professeurspleinsde zèle et de talens, des élèves animésdé la
plus vive ardeur, 'des.directeurs envoyésdans toutes les pro-
vincespour y fairedes recherchesutiles, ont déjà répandul'in-
struction dans tout le royaume, et l'ont portée jusqu'au fond
de ces dépôts de richessessouterrainesqu'onn'obtient que par
des effortsbien dirigés.
» L'opération sur les monnaiesd'or, en faisant.cesserla dis-
proportion qui existait entre le prix de ce premier métal et
celui de l'argent, a produit le triple avantaged'arrêter l'expor-
tationde nos louis, qui devenaitexcessive,d'eu rétablirla circu-
lation qui était presquenulle, et de procurer un bénéficecon-
sidérable à l'Etat, en mêmetemps qu'un juste profit auxparti-
culiers.
x Si j'ajoutequ'il s'élèvede toutesparts desmonumensdignes
d'Illustrerun règne, c'est qu'ils sont du genre de ceux qui réu-
nissantl'utilitépubliqueà la décorationdu royaume, ont droit à
la reconnaissancenationale. Tel est lecaractèredc tous ceux
dont sa majestém'a ordonnéde suivrel'entréprise.
» Les nouveauxquais qui vont embellir Marseille, favori-
serontle commerce,ainsique lapopulationde cette antiquecité.
La superbeopiacéqui s'érige ~Bordeaux sur les ruines
d'une inutile forteresse,.procurerales communicationsles plus
intéressantes, en même temps qu'un des plus beaux points de
vue de l'univers.
ALyon, ies travauxdestinésà faire sortir un quartier habi-
JMmsMATESM~ARÉVOMJTMN. 11 t87
table du sein d'un marais fétide, étaient nécessaires pour la sa-
lubrité de cette riche et grande ville.
A Nîmes, la restauration des arènes fera disparaître des
masures malsaines, qui déshonoraient ces magnifiques restes de
la grandeur des Romains.
A!x aura enfin, un palais de justice, digne de l'importance
de sa destination..
tDunkerque verra réparer ses longs malheurs par te réta-
blissement de ses écluses et de son port.
Dans!a capitale,'tes travaux .commencespour espacer les
anciennes halles, pour en construire de nouvelles plus com-
modes, pour en désobstruer les accès, et pour délivrer/les
Ponts des bâtimens difformes et caducs dontils étaient surchar-
ges, sont autant de bienfaits que sa majesté consacre à l'huma-
nité bien plus qu'à la gloire; et ce qui rend cësunportans
ouvrages encore plus précieux, c'est que leur exécution s'opère
et s'achèvera entièrement par dés moyens qui ne sont onéreux,
ni au trésor royal, ni,aux peuples des moyens qui ne dérangent
aucune destination, qui ne retardent aucun.paiemeat.
» En effet, Messieurs, au milieu de toutes ces entreprises
chaque département a reçu cequ'ila jugé nécessaire pour son
service chaque intendant a obtenu les secours qu'il a demandés
pour sa généralité chaque créancier de l'Etat a touché ce qu'il
avait droit deprétendre; aucun ne se plaint, aucune partie pre-
jaante ne se présente vainemeut, aucune n'est repoussée par
cette triste allégation de ~t .MtMM~OK/MchftMe des ~K<HMes,qui
fut si long-temps la formule des réponses de l'administration.
» Sa majesté a même faitsolder plusieurs Indemnités recon-
nues justes, mais renvoyées à des circonstances plus heureuses.
Elle a fait justice à tout le monde et elle a pu suivre les mouve-
mens de sa bienfaisance sans éprouver le regret d'aggraver les
charges de son peuple, sans qu'il y ait eu, directement ni indi-
rectement aucune sorte d'augmentation d'impôts, sans qu'aucuns
droits nouveaux aient été établis, même pour remplacer ceux
qui ont été supprimés.
188 DES CAUSES

< n~
Par ce -4.J:1An" "L'Io.n::
tableauraccourci .1,n.1.
des paiemenset des opérationsef-
fectuéesdepuis trois ans, d'après les décisionsdu roi qui eh font
preuve, vous pouvezjuger, messieurs,si les dépensesont été
'surveilléesavecattention,et s'il y a en del'ordre dans le régime
desfinances.Deseffetssalutairesne permettentpas de présumer
un principevicieux; et quelsque puissentêtre les vainspropos
des gens mal instruits, c'est toujourspar les grands résultats
qu'on doit apprécier l'économiedans une vaste administration.
f J'ai remisau roi desdétails exactset détaillésde tout ce qui
a été-donné acquis, échange, empruntéet anticipé, depuisque
sa majestéa daignéme charger de ses finances j'y ai joint tous
les renseignemens,tous les titresjustificatifsde l'autorisationet
de l'emploi.Sa majesté les a tous examinés,elleles a gardés,
elle est continuellementen état d'en vérifier par elle-même
tous les articles; et je ne crains pas que la malignité
la plus venimeusepuisse rien citer de réel qui ne s'y trouve
compris. ,<
Il ne m'est pas permis sans doute*de parler de moi dans
cette augusteassemblee, où il ne doit être questionque des plus
grands intérêtsde l'Etat. Mais ce quej'ai à dire sur l'économie
ne leur est point étranger et avantde développerce qui a con-
duit sa majesté aux résolutionsqu'elle veut. Messieurs, vous
communiquer, il n'est pas inutilede faire voir que leur nécessite
ne peut être regardée commesuite de relâchemen.tsur les
dépenses.
En général, l'économie d'un ministre des finances peut
exister sousdeuxformessi différentes, qu'onpourrait dire que
ce sontdeuxsortes d'économies.
L'une quifrappe tous les yeux par des dehors sévères,qui
s'annoncepar des refus éclatanset durementprononces, qm
affichela rigueur sur les moindresobjets, afmde décourager}a
fquie des demandeurs.C'est une apparenceimposantequi ne <~
prouve rien pour ta réalité, mais qui fait beaucoup"pourl'opi-
nion ellea le doubleavantaged'écarter l'importuneCupiditéet
de tranquilliserl'inquièteignorance.
mMJÊNÂTES DE LA RjÉVOUJTION. 189

t JLautre, qui tient au devoir plutôt qu'au caractère, peut


faire plus en se'montrantmoinsstricte et réservéepourtout ce
qui à quelqueimportance, elle n'affectepas l'austérité pour ce
quin'ën a aucune ellelaisseparler de ce qu'elleaccorde, et ne
parle pas de.ce qû'eîte épargne: parce qu'on !d voUaccessible
aux demandes, en ne veut pas croire qu'elle eh rejettela pluà
grandepartie; parcequ'elle tâche d'adoucirl'amertumedes re-
fus, onla juge incapablede refuser; parce qu'eue n'a pas l'utile
et commoderéputationd'inHëxibilité,on lui refusecelled'une
sage retenue; et souvent, tandisque par une applicationassidue
à tous les détails d'une itmhensë gestion, elle préserve les
Snancesdes abus lés plus funestes,et des impéritiesles plus
ruineuses, ëUësëmNëse calomnierelle-mêmepar unextérieur
de fadUté que Fenvie de nuire a bientôt transforme ënprb-
fusion.
t Maisqu'impoi'terapparencë, si ta rëautëest incontestable
Persuadera-t-dhque iestibëralitës sont devenuesexcessives,
Mrsqu'II-~stconstatepar le compteeffectifde l'annéedërmëre
que les ,pensionsquis'élevaientnotoirementà 28 millions, ne
montentplus qu'à environ26, et qu'ellescontinuerontnécessaire-
mentdedëcroîtrechaqueannëë par l'éxecution durëglementquesa
majestéa rendtl le 8 maii 785? Rëfusëra-t-onde reconnaîtreque,
dahs'un royaume commela France, la plus certaine, la plus
grande des économiesconsisteà ne pas fairede fausses opéra-
tions; qu'une seule mépriseen administration,uneSpéculation
erronée, un emprunt mal calculé, un mouvementrétrograde,
coûté iniihimentplus au trésor public, sans qu'onle sache, que
les dépensesostensiblesdont on parle le plus; et que le titre
d'administrateuréconomeest plutôt dû à celui dont on ne peut
citer aucuneopérationmanquée, qu'à celui qui ne s'attacherait
qu'a des épargnes souvent Illusoires, et toujoursplus avanta-
geusesau ministrequi s'en faitun mérite, qu'à l'Etat dont l'u-
tile splendeurest incompatibleavecune stérile parcimonie?
t Au surplus, les circonstancescommandent: j'aurais tout
perdu si j'avais pris l'attitudede la pénurie au momentque je
190 DESCAUSES
devais en dissimuler la réalité. Toutes mes ressources, lorsque
le roi m'a confié la conduite de ses finances, consistaient dans le
crédit tous mes efforts ont dû tendre à le rétablir. L'argent
manquait, parce qu'il ne circulait pas: il a fallu en répandre
pour l'attirer, en faire venir du dehors pour faire sortir celui
que la crainte tenait caché au-dedans, se donner l'extérieur de
l'abondance pour ne pas laisser apercevoir l'étendue 'des be-
soins. L'essentiel était alors de ramener la confiance égarée et
pour y parvenir il y avait beaucoupà réparer dans l'opinion. Il
fallait porter l'exactitude des paiemens au-delà même de l'exigi-
bilité pour qu'elle ne parût pas rester en-deçà. Il fallait rem-
bourser infiniment pour pouvoir recevoir encore plus; il fallait
abolir la terreur'de ces moyens sinistres, dont la seule appréhen-
sion serait une tache dans un règne que caractérisent la sagesse
et la Vertu il fallait enfin égaler aux yeux de l'étranger les na-
tions les plus fidèles à leurs engagemens, et donner à toute l'Eu-
rope une juste idée de la féconditéde nos ressources.
Le roi, à qui j'ai rendu compte de tout, a juge mes motifs,
et réglé en conséquencela marche que j'ai suivie. Sa majesté a
reconnu la nécessite de commencer par rappeler les forces et
ranimer la vigueur du corps politique, avant d'oser en sonderles
plaies invétérées, et surtout' avant de les découvrir; ce qui
n'est permis que quand on peut en même temps présenter le re-
mède curatif.
)* C'est le point où je suis enfin parvenu. Depuis un an, je
n'ai pas cessé de travailler à prendre une connaissance plus cer-
taine qu'on ne l'avait eue jusqu'à présent de la situation des
nuances, et de méditer profondément sur ce qu'elle, exige.
II semble qu'il soit bienfacile à un ministre des finances de'
former un compte exact des recettes et/dépenses ordinaires et
annuelles. On croirait qu'il doit le trouver.dans les états de si-
tuation qu'on lui remet à la fin de chaque année, et qu'il pré-
sente lui-même au Roi pour le réglement des fonds de l'année
suivante.
Mais ces états, quelque soin qu'on apporte à leur confection,t
MMÉDfATES DE }.A. RÉVOI,U'f'OK.
~9~
ae peuvent servir qu'a faire
apercevoir les rëssources~-xtraordi-
naires qu'on est dans le cas de se procurer dans l'année
pour Ja-
quelle ils sont faits; on ne peut en conclure rien de précis ni de
certain sur la situation ordinaire. Le nombre
prodigieux de par-
ties .hétérogènes et variables dont Us sont
com-posés, l'enchevê-
trement des différons exercices, la confusion
provenant des
prélevemens locauxsur des recouvremens plus ou moins
retardes
le rejet des valeurs et
assignations reportées d'une année sur
l'autre, la multitude inca!cu!aMe dés causes-imprévues
qui peu-
vent changer l'ordre: des dépenses et celui des
remboursemens-
'ennn le mélange presque inévitable de l'arriéré, du courant et
<tu futur, du fixe et de l'éventuel, de ce
qui n'est que le résultat
desyiremens, d'avec ce qui doit être compté pour effectif: toutes
ces causes réunies rendent extraordinairement difficile
de dis-
cerner ce qui appartient chaque année
pour former une bala nce
juste de l'état ordinaire et anauel.

Persuadé qu'il est de la plus


grande importance de s'en as-
surer, et qu'en instruire le roi sans aucune
dissimulation,~c'est
un devoir rigoureux de, ma place, en même
temps que c'est
servir, suivant ses principes, un monarque qui aime
la vérité,"je
n'ai rien négligé pour parvenir à mettre ses ye.ux un compte
sous
.~néra! de ses nuances, dont je pusse M.garantir et justifier
l'exactitude. J'y ai distingué soigneusement et
par colonnes les
revenus dans leur iatégritë, les préièvemens
qu'ils subissent
.avant d'arriver au trésor royal, et leur montant
net, tel qu'il s'y
verse effectivement pour chaque année.

j J'ai suivi Je même ordre


pour les dépenses: j'ai sépare tout
l'extraordinaire- dé celles qu'il faut regarder comme
annuenes
j'ai compris dans ceUes-ci les parties acquittées sur !es lieux et
je les ai-dassëes toutes par date, par assignat, et suivant les
épo-
ques auxquelles elles doivent se rapporter.
"Ces comptes dressés sous deux points de vue, l'un
pour
Fannëe 4787, l'autre pour une année ordinaire, présentent une
Mance
très-correcte desrecette~etdesdépensesannueues. Je les
/)QO DES-CAUSES
1Vw

ai renns jh roi, appuyésde soixante-troisétats particuliersqui


a bienvouluen
donnentledétailde touslesarticles,et S. M.,qui
ne refuse
faire une étude approfondieavec l'applicationquelle
à ce qui la mérite, est à présentplusinstruiteque qui que
jamais
situation
ce soit nepeut l'être dans son royaume,de la véritable
`
de ses finances.
ni
Les résultatsde cette connaissancen'ont pif lui paraître
douteux, ni satisfaisans.
le
Je doisl'avouer, et je n'ai eu gar<~d'en rien déguiser,
au roi l'ori-
déMt annuelest très-considérable.J'en ai'fait voir
gine, les progrès et les causes. de-
D Sonorigine est fort ancienne le déficitenFranceexiste
des siècles. 1~ système de Law, en bouleversantlesfortunes
puis
devait du moins rétablir le niveaudans lesnuances
particulières,
l'administration
del'État ce but a été manqué, et mêmesous
ne Fa point atteint. Ce
économiquedu cardinal de Fleury, on
et il est cons-
n'est pas l'opinioncommune,maisc'est la vérité
untravail fait au trésor royal sur les comptesde ce mi-
taterai-
subsisté.
nistère, que pendantsa durée le déficita toujours
sousle dernier règne.
Ses.progrès sont devenuseffrayans
fut appel à
Le déficitpassait74 niions, quand l'abbé Terray
40 il ~n
l'administrationdes tmances il était encorede quand
en ac-
sortit. Cependantparle. mémoirequ'il remit au roi 1774,
la mêmeannée,
compagné d'un état desrecetteset dépensespour
niais il
il n'avaitporté le déScitannuelqu'à 27,800,000livres;
mêmean-
est reconnue prouvépar le compte effectifde cette
livres.
née, qu'en réalité il était alors de 40,200,000
de
Cettedifférenceconfirmece que j'ai dit de la difficulté
formerune balanceexactedes recetteset des dépensesordinaires.
“ Lesfinancesétaient donc encore dans un grand dérange-
Elles.restèrentà peu
mentlorsque S. M. estmontéesur le trône.
au même état 1776, époque à laquellele déficitfut
près jusqu'en
'.detemps
estiméêtre de 37 millionspar celui même qui, peu
desfinances.
après, fut chargé de la direction le réta-
Entre cette époqueet celledu moisde mai 1781,
JM.tft;DIATE'!t)Et,A
MJMÉNATES REVOLUTION.
t)E LA RÉVOLUTION. 1~5
195

Missement de la marine et les besoins de la guerre firent em-


prunter 440mituous.
Hest évident que le produit de toutes les reformes, de toutes
les bonifications qui ont été faites dans cet IntervaUe,
quelque
évaluation qu'on puisse leur donner, n'a pu compenser, à beau-
coup près, l'augmentation dp dépense qui a résulte nécessaire-
ment de l'intérêt de ces emprunts, qu'il faut
toujours compter
sur le pied deneufàdix pour cent, soit.comme
viagers, sbit eu
égard aux remboursemens, etqui par conséquent s'est é!evéà
plus de 40 millions par an. Le déficit s'est donc :accru, et tes
comptes effectifs le prouvent.
ï! s'est accru encore depuis le mois,de mai i78i
jusqu'au
mois de novembre 1783 et l'on ne doit pas -s'en étonner,
puisque
les emprunts faits pendant cet espace montèrent à environ 450
mmions.

J'ai constate qu'à la fin de 1785, le déficit s'est trouvé être


db80mil!ions.
t 11y avait en outre d76 millions d'anticipationâ
quej'ai com-
pris dans ta massedes dettes, lorsque j'ai dit qu'à cette époque
elles s'élevaient à plus de 600 millions. H est prouvé par les états
remis au roi qu'elles montaient à 604, en sorte qu'en
y joignant
le déficit de 80 millions, je puis bien dire que le 'vide était de
684 miiiijpns-dansl'exercice de 1784.
< Je n'ai pu ni dû le faire porter entièrement sur celte seule
année; il a fallu en rejeter une partie sur les exercices suivans
et l'on sent combien ce rejet, jointaudéËcitannuet, a dû les
rendre pénibles; on voit combien les emprunts faits à !a fin des,
années 1785,1784 eti785, même en y
joignant celui fait par la
ville de Paris en décembre 1786, sont au-dessous de
ce que j'a-
vais à payer, et l'on ne doit pas s'étonner
que, pour y suppléer,.
il ait été inévitable de à d'autres ressources de crédit
r~ourir
moins directes, moins ostensibles, mais toutes
expressément ap-
prouvées par S. M., qui en a connu les motifs et l'emploi.
Mais il n'en résulta
résume pas mpins
moins que le
!e dë~cit
dé~cit annue}a pris de
d<i
T.:t.
T.:t, .t-;
194 DES CAUSES

nouveauxaccroissemens.Lescausesen sont trop publiquespour


que les effetsensoient mystérieux.
t Ces causes s'expliquenttoutespar une seuleobservation
le déficit était de 57 millionsà la fin de 1776, et depuis,cette
époquejusqu'à la finde 1786, il a été emprunté1,250millions.
Voussavez, Messieurs,combien-cesemprunts étaientné-
eessaires.Ils ont servià-nousformerunemarineformidable ils
Qntservi à soutenir glorieusementune guerre qui, d'après son
principeet son but, a été appelée'avecraison guerrenationale;
ils ont servià l'affranchissementdes mers; ils ont servi enfin à
procurer une paix solideet durable, qui doit donner le temps
de réparer tout le dérangementqu'unedépense aussi énormea
causédans les Ënànces.
Ce serait cependantprendre une idée fort exagéréedu dé-
ficit actuel,que de joindre, pour en mesurerl'étendue, l'intérêt
de cette masséd'emprunts, à ce qu'il était déjà antérieurement.
D'uncôté le revenudu roi se trouve,augmenté, tant par le pro-
duit des souspour livre imposésen 1781, que par les -bonifica-
tions considérablesobtenuesdernièrementaux renouvellemens
des baux des différentescompagniesde finance;d'un autre côté,
iî y a eupour 2SOmillionsau moinsde remboursemens,qui ont
diminuéproportionnellement les Intérêts, et suivantl'ordre réglé
tant pour ceux de cesremboursemensqui sontà époquesfixes,
que pour ceux que doit opérer la caissed'amortissement,il s'é-
teindra encore, pendantles dixannéesprochaines, un capitalde
plus de 400millions;après quoi le roi rentrera dans la libre
jouissancede plusde 60 millionsde revenu, absorbéprésente-
ment, tant par les remboursemensassignés,que par lesintérêts.
» Maisjusque-là,c'est-à-direjusqu'à la 6n de 1797, il est im-
possiblede laisserl'État dansle danger sans cesseimminentau-
quel expose un déficit tel que celui qui existe; impossiblede
continuerà recourir chaqueannéeà deajpatliatifset à des expé-
diens qur, en retardant la'crise, ne pourraient que la rendre
plus funeste; impossiblede faire aucun bien, de suivre aucun
plan d'économie,de procurefaux peuplesaucundes soulagemens
m~ÉMATES
DELA.RÉVOLUTION. j9S
que la bonté du roi leur destine, aussi long-tempsque ce dë~
ordresubsistera.
J'ai dû le dire, j'ai dû dévoilerau roi cettetriste vérité; elle
a fixétoute son.attention,et S. M. s'est vivementpénétrée de la
nécessited'employer les moyens les plus efficacespour y ap-
porter remède..
< Maisquelspeuventêtre ces moyens?
rot~oa~ëfMptttKfer, serait aggraver le mal et précipiter la
ruine de l'Ëtat..
» /tKpo~e)'p<MS,' serait accabler les peuples que le roi "veut
soulager. ~6.
» Anticiperencore, on ne l'a que trop fait, et la prudence
ex)gequ'on diminuechaqueannéela massedes anticipationsac
tuelles.
~coMomMe)', il le faut sans doute S. M. le veut; elle le
fait, ellele fera de plus en plus. Tous les retranchëmenspos-
sibles de dépenses,jusque dans sa propre maison, tous ceux
dontles différonsdépartemenssont susceptiblessans nuire aux
forcesde l'Etat, elleles a .résolus, et sesrésolutionssont tou-
jours suiviesd'effet; maisl'économieseule, quelquerigoureuse
qu'onla suppose, serait insuffisante,et ne peut être considérée
que commemoyenaccessoire.
Je n'ai garde de mettre au rang des ressoudes ce qui/en
détruisantle crédit, perdrait tout ce que l'immuableSdélitëdu
roi a ses engagemensne permet pas d'envisagercommepossible,
ce qui répugneraità son cœur autant qu'à sa justice.
» Que reste-t-ildonc pour comblerun vide effrayant, et faire
trouverlé niveaudésiré?
» Quercste-t-ilqui puisse suppléerà tout ce qui manque,et
procurer tout ce qu'il faudraitpour la restaurationdes finances?
» LESABUS..
»Oui, Messieurs,c'est dansles abus mêmeque se trouve'un
fondsde richessesquel'État a droit de réclamer, et qui doivent
servirà rétablir 1'ordre: C'est dans la proscriptiondes abus que
réside le seul moyende subvenirà tous les besoins.C'est du sein
tHO
K~ PESCAUSES
PESCAUSES
mêmedu désordre quedoitjaillir une sourceféconde,qui ferti-
liseratoutesles parties de la monarchie.

Lesabus ont pour défenseursl'intérêt, le crédit, la fortune


et d'antiques préjugés que te temps semble avoir respectés,
mais quepeut leur raineconfédérationcontrele bien publieet la
nécessitéde l'État?
» Le plus grand de tousles abusserait de n'attaquerque ceux
de moindreimportance,ceuxqui,intéressant que lesfaibles',
n'opposentqu'unefaiblerésistanceà leur réformation,maisdont
~ta réformatiohne peut produire une ressourcesalutaire.
Les abusqu'il s'agitaujourd'huid'anéantirpour le salutpu-
blic, ce sontles plus considérables,les plus protégés, ceux qui
ontles racineslesplusprofondeset tesbrancheslesplus étendues.
Têts sontles abusdontl'existencepèsesur la classeproduc-
tiveet laborieuse les abusdesprivilègespécuniaires,tes excep-
tions à ta toi commune,et tant d'exemptionsinjustes, qui ne
peuventaffranchir unepartie des contribuablesqu'en aggravant
le sort des autres.

e L'inégalitégénéraledansla répartitiondes subsides, et l'é-


normedisproportionqui se trouve entre les contributionsdes
différentesprovinces,et entreles chargesdes sujetsd'un même
souverain;
f La rigueur et l'arbitraire de la perceptionde-la taille; la
crainte, les gèneset presque le déshonneur imprimé au com-
mercedes premièresproductions;
t Lesbureauxde.traitesintérieures, et ces barrièresqui ren-
dent les diversesparties du royaume étrangères les Unesaux
autres;
s Les droits quidécouragentl'industrie,ceux dont le recou-
vrementexigedesfrais excessifset des préposés innombrables;
ceuxqui sembten~inviterà ta contrebande, et qui tous les ans
font SMr!Herdes miniersde citoyens;
IMMÉNATESDEjLARiËVOUJTION. 1'97
Le dépérissementdu domainede la couronne,et!e peu*d'uti!:té
queprodu~entsesfaiMesrestes;
» La dégradationdesforêts du roi, et les vicesde leur admi-
nistration;
Ennn tout ce qui altère les produits, tout ce qui affaiblit
les ressourcesdu crédit, tout ce qui rend les revenus insufH-
sans, et toutesles dépensessupërftuesqui les absorbent.
Si tant d'abus sujets d'une éternelle censure, ont résisté
jusqu'àprésent à l'opinionpubliquequi les a proscrits, et aux
efforts des administrateursqui ont tenté d'y remédier, c'est
qu oh a voulu
faire, ]~rdes opérationspartielles, ce qui nepou-
vait réussir que par une
opérationgénérale; c'est qu'on a cru
pouvoir réprimer le désordresans en extirper, le germe c'est
qu'on a entrepris de perfectionnerle régime de l'État, sansen
corrigertes discordances,sansle ramenerau principed'unifor-
mité, qui peut seul écarter toutes lesdifncultésde détail, et re-
vivifierle corps entier de la monarchie.
» Les vues que le roi veut vous
communiquertendenttoutes
à ce but ce,n'est ni un système, ni uneinventionnouvelle c'est
le. résume,et .pour ainsidire le ralliementdes projets d'utilité
puNique, conçusdepuis ~ong-tempspar les.hommesd'État les
plus habiles, souventprésentésen perspectiveparle gouverne-
ment Jui-meme,dont quelques-unsont été essayésen partie, et
qui tous semblentréunir les suffrages de la nation, mais dont
jusqu'à présent l'entière exécutionavait paru impraticablepar la
difncultéde concilier unefoule d'usageslocaux, de prétentions,
de privilègeset d'intérêtsopposésles uns auxautres.
Quand on considèrepar quelsaccrojssemenssuccessifs par
combien de réunions de contrées diversementgouvernées, le
royaumeest parvenu à sa consistanceactuelle, on ne doit pas
être étonnéde la disparitéde régimes,de!a multitudede formes
hétérogènes,,et.de l'incohérencede principesqui en~désunissent
toutesles parties.
Ce n'était pas au sein'de l'ignoranceet'dela confusiondont
le,voile a couvertle tempsdes premièresraces
J98 DESCAUSES
Ce*n'était point Jorsque les rois, malaffermis sur leurs
trônes, n'étaientoccupés qu'à repoussersans cessées usurpa-
tions des grandsvassaux;.
t Ce n'était pas au milieudes désordres et de l'anarchMdu
régime féodal,lorsqu'unefoulede petitstyrans, du fondde leurs
châteauxfortinés, exerçaientles brigandages. les plus révoltasse
bouleversaienttous les principes de la constitution, et interpo-
saient leurs prétentions chimériquesentre le souverain et ses
sujets;
t eiem'étaitpointiorsquela manie des croisades, échauffée
par le doubleenthousiasmede la religionet de la gloire, portait
dans un autre hémisphèreles forces, la bravoureet lesmalheurs
delaFrànce;
Ce,n'était point. lorsqu'un prince, qui obtint lé surnom
d'Auguste,recouvraitles principauxdémembrèmensde sa cou-
ronne, et en augmentaitla puissanceet l'éclat, ni lorsque la
sombrepolitiqued'un deses successeurs,en donnantde l'exten-
sion au gouvernementmunicipal.préparait les moyensde réunir
dansla main du souveraintousles ressortsde la force publique;
ni lorsquele monarquele plus avidede gloire et le plus valeur
reux deschevaliers, disputaitau souverainson rival la célébrité
qu'ils acquirenttous deux aux dépensde leurs peuples.
Cen'était pas dansces tempsorageux et sinistres, où le
fanatisme,déchirantle sein de l'Etat, le remplissaitde calamités
et d'horreurss ni lorsquece bon roi, si chéri des Français, con-
quérait son royaumeà la pointe de son épée, et avaità réparer
les longsdésordres, et les effetsdésastreux des guerres civiles;
» Cen'était pas lorsque toute l'énergied'un ministrehabile et
redoutése concentraitdans le doubledessein d'enchaîner l'am-
bitiond'une puissancedevenueformidableà l'Europe, et d'assu-
rer la tranquillité de la France par l'affermissementdu pouvoir
monarchique;
»Cen'étaitpasnonpiussousce règneéclatant,où les intentions
bienfaisantesd'ungrand monarquefurent trop souventinterrom-
pues par des guerresruineuses,où l'Etat s'appauvrissaitpar des
MMÉDIÀTES BE LA R~VOLtJTION.. 199

victoires,tandis que Je royaumese dépeuplaitpar 1 intolérance;


où le soind'imprimerà tout .un caractèrede grandeur, ne per-
mettait'pas toujours celui de procurer à l'Etat une solidepros-
périté
Cen'était pointenfinavant que la Monarchieeût étenduses
limitesjusqu'auxpoints naturellementdestinésà les fixer, avant
qu'ellefût parvenueà samaturité,et que le calme,,tant au-dehors
qu'au-dedans, fut affermi solidementpar la sage modérationde
son souverain;qu'il était possiblede songeraà réformerce qu~il
y a de vicieuxdans la constitution,et de travaillerà rendre le
régimegénéral plus uniforme.
Il était réservéà un roi jeune, vertueux et qui n'a d'autre
passionque de fairelebonheurdes sujetsdontil est .adoré,d'en-
treprendre après un mûr examen, et d'exécuter avec une vo-
lonté inébranlable,ce qu'aucunde ses prédécesseursne pouvait
faire; de mettredel'accordet de la liaisonentre toutesles parties
du corps politique, d'en perfectionnerl'organisation,et de po-
ser enfinles fondemensd'une prospéritéinaltérable.
y, C'est pour y parvenir que, s'arrêtant l'idéela plus simple
et la plus naturelle, celledel'unité de principes, qui est le voeu
de la justiceet la source du bonordre, il ena fait Fapplicatioa
auxobjetsles plus essentielsd&l'administrationdeson royaume,
et qu'il, s'est assuré par une longue méditationsur les consé-
quencesqui devaienten résulter, qu'il y trouverait te double
avantaged'augmenterses revenus et de soulagerses peuples.
) Cettevue généralea conduitsa majestéà s'occuperd'abord
des différentesformesd'administrer qui ont lieu dans les di~ë-
rentes provinces du royaume, ou il n'y a pas de convocation
d'Etats. Pour que la répartition des chargespubliquescessed'y
être inégale et arbitraire, elle a résolu-d'enconfierle soin nnx
propriétaireseux-mêmes,et ellea puisé dans les premiersprin-
cipesde là monarchie le plan uniformed'un ordregraduelde dé-
libérations,suivantlequell'émanationdu vœudes contribuables,
et leurs observationssur tout ce qui les intéressé, se transmet'
200 ï)E8CAt;SP.S-
traient desassembléesparoissialesà cellesde district,de cettes~'i
aux assembléesprovinciales et par elles jusqueau trône.
Sa majestés'est ensuiteattachée avec une attention toute
particulièreà établirle mêmeprinciped'uniformité, et l'égalité
proportionnelledansla répartitionde l'impôt territorial, qu'elle
a regardé commeëtàntla base et devantêtre la mesurede toutes
les autres contributions.Elle,a reconnu par !e compte qu'elle
S'estfait rendre de la manièredontse perçoiventaujourd'huiles
vingtièmes,qu'au'lieu d'être assis,'commeils devraient l'être,
sur l'universalitédes terres de son royaume, dans la juste pro-
portion de leurs valeurs et de leurs productions, ils souffraient
une infinité d'exceptionstoléréesplutôt que légitimes;que les
pays d'États s'en acquittaientpar des abonnemensdispropor-
tionnés que!e crédit et l'opulenceparvenaientà s'en exempter
en partie, tandis queles moins àisésen supportaienttoute la ri-
gueur que des vérificationstoujoursinquiétantes, souvent in-
te.rrompues,ettrès-incomplètesdans Fêtât actuel, ne pouvaient
donnerune règle certainede fixation enfinque les résultats de
cette impositiongénéraleau lieude procurer au gouvernement
la connaissanceessentiellementnécessaire des productionsdu
royaumeet'de la balancecomparativedes forces de chaquepro-
vince, ne servaientqu'à manifesterl'inégalitéchoquantede leurs
chargesrespectives,et ne présentaient pas, à beaucoupprès,
un produit égalà la valeur annoncéepar la dénominationmême
de cet impôt.
» Sa majestéa jugé quele moyende remédierà cesinconvé-
niens par la seuleapplicationdes règlesd'unejustice exactement
distributive, de ramenerl'impôtà son principefondamental,de
le porter à sa vraievaleur, en ne surchargeantpersonne, en ac-
cordant mêmedu soulagementau peuple, et de rendretout pri-
vilègeinapplicableau mode de sa perception,serait de substi-
tuer aux vingtièmesune subventiongénéralequi, s'étendant sur
toutela superficiedu royaume,éonsisterait dansune quotitépro-
portionnellede tousles produits, soit en nature pour ceux qui
en seraientsusceptibles,soiten argentpour les autres, et n'ad-
HtMÉDJATES
DEtjA REYOH;T!ON. 2011

mettrait aucune exception, même à L'égard de son domaine, ni


aucunes autres distinctions que celles résultant des différentes
quatitësdusQtetdetavarietédcsrécottes.
Les biens ecclésiastiques se trouvent nécessairement compris
dans cette répartition générale, qui, pour être juste, doit em"
brasser t'univcrsatitë des terres,-comme ta~'otection dont elle
est le prix. Mais pour que ces biens nesoient, point surcharges
en continuant de payer les décimes qui se lèvent pour la dette da
clergé, le roi, souverain protecteur des Églises de son royaume,
a résolu de pourvoir au remboursement de cette dette, en accor-
dant au .clergé;les autorisa~ons nécessaires pour s'en libérer.
Par une suite du même principe de justice, qui n'admet au-
cune exception.quart à {'imposition territoriale, S. M. a trouve
équitable que les premiers ordres de $oh État, qui sont en pôsses-
SiOhdé distinctions honorifiques, qu'étteentendteurconserver, et
dont elle veut mêmequ'ils'jouissent à l'aven!~ plus complètement,
fussent exempts de toute espèce de taxe personnellé, et consé-
quemment qu'ils ne payassent plus la capitadon, dont la nature
et la dénomination même semblent peu compatibles avec leur
état.

Sa majesté aurait voulu quête produit du tribut territoriat quii


doit remplacer les vingtièmes, la mît des a présent ea état de di-
minuer te fardeau de ta taitte autant qu'elle se te propose.
Elle sait combiencette imposition et l'arbitraire, de son recou-
vrement pèsent sur la partie la plus souffrante de ses sujets; et
s'il est de sa sagesse de suspendre rentier accomplissement de
ses vues bienfaisantes, jusqu'à ce qu'elle ait connûtes résultats
de la nouvelle forme de perception sur les terres, et que !es ad-
mmistrattons provinciales l'aient~éciairéesur tes moyensde recti-
fier ia répartition de la faute, ette veutdu moins en corriger pro-
et ne pas différer à faire jouir
visoirement les principaux vices,
sespeupKs d'un commencement de réduction sur ta massetotale
decetimpôt.
L'entière liberté du commerce des grains, assurée en fa~eup
de t'agriculture et de la propriété, .sous i~ ~)e résp~ & de d~"
202 1I)ES
~ÂUSES
rer aux demandesdes provinceslorsque quelques-unesd'entre
elles croiront nécessaired'interdire momentanémentl'exporta-
paternelledu roi pour
tion à l'étranger, ettSansque.la sollicitude
tout-cequi intéressela subsjstancede ses peuplescessede donner
à cet importantobjet, les soinsutiles et jamaisinquiétansd'une
w
surveillance inaper~e;
L'abolitionde la corvéeen nature, et la conversionde cette
trop dure exigenceen une prestationpécuniairerépartie avec
plus de justice, et employéede manièreque sa destinationsoit
inviolablement assurée;
L'affranchissementdela circulationintérieure, le reculement
des bureaux aux frontières, l'établissementd'un tarif uniforme
combinéavec les intérêts du commerce,la suppressionde plu-
sieursdroits nuisiblesà l'industrie, ou trop susceptiblesd'occa-
sionnerdes~vexations,et l'allégementdu fardeaude là gabelle,
dont je n'ai jamaisp<rlé sa majesté,sans queson ame ait été
sensiblementémue par le regr.et de n'en pouvoirdéchargeren-
tièrementses sujets, e
Ce sont, messieurs,autant d'opérationssalutairesqui entrent
dansle plan dontsa majestévous fera développerles détails, et
qui toutes concourentaux vues d'ordre et d'uniformitéqui en
sont la base.
» Aprèsavoirdonnésa principaleattention à cesgrands objets,
le Roi s'est occupé des moyensd'accélérerla libération de la
dette publique, libérationdéjà.assuréepar l'assignatinvariable
des sommesqui se versentchaqueannéedans la caissed'amor-
tissement, et par l'emploiperpétuel du fonds progressifrésul-
tant desintérêts combinésdes différentes.extinctions.
Sa majestéa considéré que ses domaines, dont une grande
portion's'est depuis long-temps-éclipséepar des engagemens,
des apanages, des concessionsde toute espèce,et dont1 faibles
restes, quoiquemieuxadministrésdepuisquelquesann~s, sup-
portent desfrais et chargesqui absorbentla moitiéde leurs pro-
duits, ne pouvaientjamais acquérir entre ses mainsune valeur
proportionnéeà celledes propriétés particulières qu'ils étaient
IMMÉDIATES DE LA REVOLUTION. 205
z05

et seraientperpétuellementattaquespar unefoulede demandes,


dontla b&ntédu souverain, le plus réservédansses libéralités,
a peineà se défendre, et qu'il était possibled'en tirer un parti
beaucoupplus avantageuxparla voie de l'inféodation,puisque
sans diminution'de revenu, et en conservant.la supérioritédi-
recte; qui est l'objet essentiellementinaliénable, leur produit
pourrait servirà l'ëxtmctioad'une partie des dettesconstituées
de l'Etat.
» Sa majestén'a pas jugé à propos d'user du même moyen
parrapportà ses forets elle s'en réserverentière,propriété, et
se propose d'en améliorer les produits par une administration
mieuxdirigée,.moins incommode pour lé public, et moins dis-
pendieuseque nel'est celledes maîtrises.
Vousverrez, Messieurs, en dernier résultat, l'innuëncede
ces différentesopërationspar rapport auxfinancesde samajesté';
vousaurez connaissancede quelquesdispositionsqui y sont plus
directementrelatives, et qui tendent, les unes à. boniSerles re-
cettes par des moyensqui ne seront pas onéreux, telle qu'une
perception plus exactedu droit de timbre les autres, à faire sur
les dépensestous les retranchèmenspossibles, et toutes à réta-
blir entre ellesl'équilibre sans lequel il ne peut y avoirni véri-
table économie,ni puissancesolide, ni tranquillitédurable.
t Les soinsque le roi a pris pour étendreles opérationsde la
caisse d'escompte,pour les rendre plus utilesau commerce et
poMraugmenteren mêmetemps la sûreté de ses engagemens
achèverontde vousfaire voir combiensa majestéest attentiveà
tout ce qui peut procurer quelqueavantageà ses sujets, com-
bien elleveillesur l'intérêt public.
Vous reconnaîtrezenfindans tout l'ensembledu plan sur
l'exécutionduquel S. M. veut vous consulter,qu'il est si utile
pour le bon ordre, si nécessairepour le redressementdes abus,
et si avantageuxpour le peuple, qu'il faudraiten désirer l'exé-
cution, quand la situation des financesne l'exigeraitpas impé-
rieusement.
234 DESCAUSES
Qui pourrait douter des dispositionsdans lesquellesvous
allezvouspénétrer de ces grands intérêts! Appeléspar le roi à
l'honorablefonctionde coopérerà sesvuesbienfaisantes,animes
du sentimentdu plus pur patriotismequi, dans tous les cœurs
français, se confondavecl'amourpour leur souverainet l'amour
de l'honneur, vous n'envisagerezdans l'examen que yous allez
faire,que le bien général de la nation, dont les regards sont
6xéssur vous.
Vousvoussouviendrezqu'ils'agit du sort de l'État, et que
des moyensordinairesne pourraientni lui procurer lé bien que
le-roiveut lui faire, ni le préserverdesmauxqu'il veutprévenir.
Les observationsquevousprésenterezà sa majesté, auront
pour but de seconderet de perfectionnerl'accomplissement de
ses intentions;'ellesseront, inspiréespar le zèle, et mêléesdes
expressionsde la reconnaissance duea unmonarquequin'adopte
de projets queceuxoùil voitle soulagementde sespeuples, qui
s'unitses, sujets, qui les consulte, qui ne se montreà eux que
commeleur père.
» Que d'autres rappellentcette maximede notre monarchie:
Si veutle fb~ si t~t~la loi; la maximede sa majestéest Si veut
<ej&0~r~tt~:t~Mt'eM~e?'ot.,]' e
!MMÉMATES
DE LA KHYOLCTtOX. 20~

'ÉTAT DES FINANCES,~7S8.

e
RE VENUS
ORDINAIRES
DUROI.
TOTAL. 250,00e;000iivres.

DÉPENSES ORNNAtRES DU tiOl.

iDëpensesdelaeour. 28,600,0~0
Dépenses mititaires. tog,o6o,ooo
5PeMid!]sroya!es. 9,800.000
~Administration. 3,t00~oo
5 Frais.pour la,justice.
~.aoo.ooo
6 Gages des o&eiers Je finances.
10,000,000
7 Ouvrages pubiiM. ~,000,000
8 Diverses dëpeHses 5,46o,ooo
S PecsibnparticuHere au roi dePojogae. t,5oo,ooo
10 Rentes .ettntërêts. ~5,4ao,ooo
M ASairesëtrangeres. ,18,000,000

Total des dépenses otdiNaires du roi. 25y,o8o,doo

Collection des comptes, extrait de l'état dre~e' par M. de


BoalogM.
t

206,'
206,' DES
DES
CAUSES
C AUSES ~MÉDIATES
DEÏ.A
LABÉYOUJTION.
ïMMËDIATES
DE RÉVOLUTION. 30~
1
TABLEAUQUISUIT LE
LËMËMOIItE
LUAU M;DESILHOUETTE,
CONSEIL
PAR
(C~pt~rendus,pa~~ë~7.)

MNUSEN~. L.
D~MSESËN~. Liv.s. d.
Fermesgeneralesuntes. no.ooo.ooo “
Rentesperpétû6l]esturlav.Ueaudenier4Q. 22,366,t85 «< a
~~g-M~c~M~o~
~~7~ ~°~' a.quatre pourcent.3,aoo,ooo «
Fermedesdroits rétablis. <.«t
a,7'5o,ooo~°~ .4,88o,95t
Ferme de SceauxetPoissy. 58o,ooo Y~géres. ~~t~S~ «
Fermedesimpositions Pa.emensetremboursemenssurIacafssedesamorUssemens 3o,t26,og6 «a
impositions.
municipales.
municipalcs. qoo.oooPaiemens
goo,ooo paiemens
et
etremboupsemensfaitsauau
trésor
trésar
1; surlesrentes
duPort-Louis,
Devoirs huissiers
deBretagne,
droits
nonaliénésdes rembout-semensiatts royal
chaneeUeries, sous
quatre pour deFhôpital.
iiv.desdroits i~,5oo "°~pourcent. ''Soo'ooo«
Fermedespostes,environ. 8,600,000 .-8~e/Q86 « <t
Lesrecettes
générâtes savoir
montent, CA~rge~ surles
a!g'neM receMp~ g~a'~ c</?i!~CH/<~e<,
.LesimjMsitionsà. 86,oo5~o i ~Ko <M'Mce.
L'ustensHe à. 9-4oo,t<Ho sur]e5taitiM.
Rentes
y,o!.4/;o !4.a95,tt4)tv.s.6d.~
Lepremier aveclesdeux souspourliv.dudixième,) Autres
vingtième 1 charges,quiconsistent
endeduction&,fraisderemise, < H1/ f
danstoutleroyaume. 25,'752,giitiv.ios.)~f!R grat)Hcations,
produisent intérêts,.remboursemens
d'avance,fraisdu ~4,019,8~ t~ b
Ledeuxième 4
47,000,ooci decomptes. g,y2/),~oliv. Bx
vingtième ai,3~o,f.)?61it.tos.~ vingtième,
épiées
PAYS D'ETAT desgages
Augmentation enty58 1,000,000«t
) ActioMBuriesfermes Unies. < «CIl
(DonM-ntuit. 5,000,000, 3,6oo,ooo
3,600,0.0.0
)C'!pitation 1600000!r Lharge~aurtesiermesuntes,
enpatementde~agesdofjicters,
'170,8:4 ,nd;.mnités,etc. ~4,467,~5 tiv~s.
Languedoc. ',g5~8~ Ala des I ndes. tod. ~5
~7' 7'~
ethnbi[[ement
( So)de desmilices. compagnie Q.ooo.oooIIy. »
377,632~ surlafermetés 8 -0
.Dongratuit. i,5oô,ooo Charges postes. i,oo3,i43
droits
Chargessurlafcrmedes retaMIs. 553,533 68
tCapitation. i,8oo,ooo( 70.
Cieta.ne.{G.Qs ordinaires. r ~'7S3'745Chargessuflesbois.
100,000 !,9og,8:7
5 ?'1
'Solde
et habilement
desmihces. ¡ surlespaysdétats,
charges remboursemens..
déductions, 7.35o.2t7 p
583,745)
Dongratuit. 800,000 102
t,46,go7,6iy
Capttation. 507,6~2 EYtraordtnaire
desguerres,
ycompris leslivres
pourle génie,
Solde
Bourgogne.~ ethabiitementdes
milices. 2<)t,6gtt,7og,g8g rartiUerie,etc. j6(~,oop,ooot
Abonhementdes postes. n,44o Marine. 52,ooo,ooo ff w
,fr
deBresse,
Capilution BugeyetGex. ()g,i66 Affaires
étrangères. a5,obo,oob K4
Don~rntutt. 700,000
) Troupes roietgendarmerie. 7,000,060 «e
delamaisondu
( M Maison
duroiet.famUte «<
~ovence.(~'pitation
p, 580,765
~79 royale. 17,000,600
des 48,76~ Pensions. -f. 8,000~00
g~j~ ,ni)iees;
Terres à
adjacentesBareelonnette 322,752¡' Dâtimens. 2,400,000 <(*<
(Dongratuit. 5,t6y Appointemens,
gagesdu,conseil
acquits-patens 3,g33,65S (c?
Bëarn. 108,000 is~.Sgt !,p47,4o9'<«
~Capitation.,
(Hoj'itanx. }
11,724 Fontset
Maréchaussées.
chaussées,turcieset levées. 4)437,]oo.K'<(
LaNavarre,caphation. t4,4oo Académies,
bibliothèqueroyale, «<
desplantes.
jardin 372.082
LeRoussiHot),capitation. t5g,47! Haras. 75,000«.<
Boisduroi.environ. 5,3oo,oooCourriers. 5oo,ooo ««
Revenuscasuels, environ. t,3oo,ooo'Vacations. a5o,ooo «t
CapitatioMdeiacour.etdclaviUedeParis. t,70o,oooDépenses deParis. !,oa3,285'< «
Don a,ooo,oooIntérêts frais
dechange auxbanquiers <<«
graunt.~ d'avances, delacour.. 10,000,000
del'UcMioorquc.
Revenus, t5o,ooo Dépenses ouimprévues.
extrabrdinaires 6.000,000 K«
446,84y,~j 10 4
a86,54 7,037 ~u<<M Autres ~(~aK~Mea'<~N'o~/M!~M.
extraordüaaires.
dépenses
AlacompagniedesIndes. ja,ooo,ooot
Lettres
dechange descolonies. t8,000,000 e57~°o.°oo ««
Expédition:
particulières 27,000,000}
'o 4
) 5o5.847.i4t
9Mt-
"–"
CAUSES INMB.UiAtKN
UKLARÉYOLUTtOK.
IMMÉDIATES
DELAREVULUTtOK. ZU~
209

ETAT
DES
FINANCES
POUR
L'ANNÉE
1764.
Cetétat,
sans
nom aétédressé
d'auteur, vers
lafinduministère
deM.Bertin, ouaucommencement
decelui
deM.Auverdy.
(Comptes
rendus,
page
50.)

REVENUS
EN4T~ DÉPENSES.
D
DÉDUCTIONS ARRERAGES
ETDETTESSANS INTÉRÊTS
i dont
les sont
iciparévaluation.
arrérages
Fermegénérale. t24,ooo,ooo !oo.ooo,oooExtraordinairedesg'jerre~, desrentes yia-
Postes. marineetcolonies. 7~,000,000 Arrérages
6,000,000 i,~8,3(~ gères 53,060,565
53,o6o,565
droits
yaUadc, réunis, cuirs,
etc. 6,000,000 5,oooooo AfTairesétraugèfes. 10,000,000 deguerre
Prisonniers et
Octrois dotamaison <tu autres
dettes
mu.)icipRux. qoo,ooo Troupes auxA))e-
MarchésdeSceauxetPoissy. 58o,oco roi 8,000,000mands. 20,000,000
Octrois deshôpitaux.. 228,000 Maison domestique etfi- et
arriérésautres
Cages ot)-
RecCUes ordinairement 88milHons; nances. del'étatduroi
}ets
générâtes, 27,000,000~ Jo,ooo<oo0
eniy6.j. 108,~00,5go 36,85t.t8o Pensionsetgrati(IcationSt')o,ooo,ooo.Intëretf,d'aYànces. 2,000,000
Premier vingtième. 25,000,000 ao.ooo.oooLigues suisses. 800,000
Ar)'cragës
depensioM.. · 92,000,000
Languedoc. 6,~0,896 S,658,a43Dépenses imprévues..~,000,000 Gue~e.nMrineetcotonies. 60,000,000
Bretagne 5,755,ooo 2,187,095 Total ~8,Soo,ooo~s"Seres. ~o.ooo.ooo
Hour~ogne. 3,0~9,000 2,8ip~t'.t –––'––––Maison duroietfinances. 60,000,000.
Bresse. Bugeyet Gex. 620,800 488M5 PRtSSCHLES)!RYioEn)!t.'ANNEECODRtNTt. ou
Anticipations
· re~nus
Provence 6~,470 Pourla compagnie des .e. 80,000,000
Terres r,4oo
adj.ce~es. ~o,.oo 29~92 Mes 8~0,000 ~°.?"'M
~o~.ooo 63,505 A elleencontrats. 2,5oo..oo~PP"'ner. ioo-,8oo.<o
~ouss.Houetpaysdet-oix.
A.tbanquierdefacour. 6,000,000 Total 467,660,565
B~,?, ,“. –-–––––
Man. '99.867 ~,83t Poursoldedu compte du
Ma)ches communes Orange. _'9.ooo
Deuxième ~p,-metpauted
de ~nitionnaire. ),5oo.ooo
vingtièmeParis !,535,ooo
Celui desprinoesetdesfermesgénérales. 3oo,ooo Total. t8,ooo.ooo
~––'
Gapitation deParis. ) 200ooo
DETTES
,-t
NONCOMPRIS
deta LES
LESCAPITAUXDES',RENTES
DES.MNTES TIAGÈRES.
Capitation cour. 5oo~oo
ors.· ·
Bois. ···· 5,800,000 ] 600n on – J cAriTAtn:
· 3,f00~000 1 600000 éAPI2AD3 lsoR CStimE
I-tCli
Bo.S
B: deLo..a)ne. ~.00,000 ~~000:00: -J
3o0,ooo haua.~r3.)remb.~em.Dt
L-ierge desfrontières,
Matfe,fet'mesparHcuI)é- Mécherra.
.res.etautres
revenus. t.oop.ooo = '–––Ti~––Uv. ~–––––I~
Dixième deretenue, dé-
part<esnonrec!amëes, Rentesconstituées
~tp. o/o.2,g8o,95 5g,6.o<),88o tSg.tSo~M
_~ets,etc. -),5oo,ooo h ;<t/ap. o/o.. 22,127,678
< 44-555,56o' 600,07~00
Don gratu.tetso'spour!!vre.ooo.ooo a3p.o/o.3.3ot,in 57.989,086 6,7,t5o,~5o
Total.5oQ,2Q4,j!~ .4 p.'o/o. 3,soo,ooo/.64.000,000, 70,400,000
éDéductions.
Il.tlOns. o o.
P-o/o' ]2.296,34o245.,9?6~oo 24p.,926.4oo
tQ~o558~
'194,0~>,844 Auporteur,àà 24r
portenr5p,o/o.'0/0'
5~p., 811,98.3~
96340 225,5~,o36
5,,936 225,542,o3Ô
26.o0
225,5'-
r.. i~,ao8.3.)g Paysd'états. 2.9~1,845 59836,845~ 59,836,845
repense. 1~.800.000 Avancesdes fermters. 5.23o,ooo n5,ooo,ooo; i!5,ooo,ooo
EMédetare~ttede. 23.56l,66t D'TTtSDRSDEPARTEM~.Mt.MSUFrO-.ANTCO~TIT
Ptusmansedavauce. 18.000.000 '/3à3,3&4,i/3a5p,o/o 9,360,000'234.ooo.ooo; ~ooo.ooo
D~Scit. ~).56t,66t 5,000,000 100,0~),000. iOO.000,000
ToTAI..t<)4.o55.844
't7~
/t~f .6,000,000 120,000,000 120.000,000
Uinees. 5,ooo,ooo 100,000,000 too.ooo,ooo
Autictpatronsa5p.o/~ ?4-,ooo,ooo 8o,ooo,ôoo 80,000,000
p3.468.5p8 ~904,457,807
2,t57,<i6,65t
desrentes
Arrérages viagères. 53.o6o.565
2;2!0.!7'~t6
T.t. ~i
SMO MO DES DES
CAMES
CAUSES
IMMÉNATE8
M LAMVOUJTMN. 2~
DE
PROJET
L'ABBËTERRAY.
· (Comptesrendus,
SSet89.)
pages
ÉTAT
DES
REVENUS
BUROI,
DESDÉDUCTIONS,
ETDES POUR
L'ANMEB
DËP~NSES 1775.
RECETTE;?.
B~tMON~, DÉPENSES.
~cau~e
PRODÙIT
d~ décharge. Guerre. 56,00~000
d.ignation..NET. Art.Uer.eetgëme..< ,00,000
1 J Marineet
l'~J compenpatiom. Attanes côtoies. ~6,4oo,ooo
ëtrangëres 6000000
Liv. /L)T.t, Lur. Maisonmilita.redurol.
Fermes S~ooo~oo
unies.<,
g<~nérales t52,000,0008t,55y,2oo5o,~2,8oo
« ~puvernentena
municipaMx. 680,060
Vittgtièmeetcapitation. ~85,~oo 4S5,4oo Vagabondset sans
gens aveu
Deuxdixièmesdescautionnemetis ;t6i,8ob c6oooo
:6i,8oo Pontsetchaussées,
turciesetports
maritimes. 45oo'ooô
Nouveaunsous
pourlivres. < t8,ooo,ooo « .18,000,000 MarechaussëM.
Recettes 35,ooô,ooo 2,5oo~oo
générales. 126,000,000 gt,ooo,ooo Liguessuisses.
Ferrie
despostes. 5,ooo,ooo 750,000
y,~t5,ooo 2,~t3,ooo itemboursement
desrescripHons.
Ferme S.ooo~ooo
deSceauxe~Poissy. 600,000i5p,ooo~5o,ooo Intérêts des<dites
rescriptions.
desc etdos
uirs d roits-réunis. 35ooo6o
Régie 7,85o,ooo 3,o5o,ooo ~,800,000 Intérêt
des augmentationsde~nanee,
ledixièmedéduit,t
Fermesdesoctrors, i~pQ~ooo
(Hacquin). i,oyg,ooo i,oyg,ooo Maison
duroi,ycompris celle
deMgr.lecomtedeProveBfee. 'i6,oo6,ooo
des
Régie dons.
gratuitset desdroitsrë- Caisse
desarrérages, leYersernent
desrentes
y compris MrlaCom-
serves. 5,700,000 t,3oo,ooo a,~00,000 pagnie desIndes,
etdeJaBretagne, lesintërêts
deso&ces
'< 3oOj,ooQ mée suppri-
RëgtedelaFIandt'emaritime. 5oo,ooo etlesreittes
sur Ies.GabeHe%
des(hypothèques, ~0,000000
Régie ycomprislesdroits Actions
etCompagniades Indes:
deBretagne. 5ooô'ooo
2,5oo,ooo 2,5oo,ooo Dëpehses de la
générales finance.
« 12~000
ooo
VingtièmesdeParis. 3,oqo,ooo 5,6oo,ooo Dépensesimprévueset
dePans~ seeN~tM. 4,ooo'ooo
Capitatipn t ~So.ooo !!f ~5o.ooo Pensjons.
« 6,5oo,ooo
Capitationdetacour. 5oo,ooo 5oo,ooo intérêts
etfrais
« de .Mmnëa. 3,oooooo
des
Çapitation e
arts tmétiers. ~5o,ooo ~5o,ooo
Dixième, etdébets
ça'pitation 2,5oo,ooo « a,5od,ooo '99'99o'~
Fermes parUculières. 5yo,ooo 5yo,ooo
Paysd'ëtatsetrecettM desdits
générales
pays. 23,68t,ooot5,54o,o*oo8,t~t,oop
desfroNtières.
etergé 5t~,6oo ~2~660~o,oôc
Ordrede Malte. .< g6,oop « g6,ooo
Dixième d'amortissement. ~,000,000'< 2,ooo,ooo
Boisduroi,ycompns ceuxdeLorraine..6,~00,000 a,ooo,ooo ~00,000
Revenus casueis. i,3oo,ooo i,3oo.opo «
'Vingtièmesdespriacesdusang.)3o,y~b i3o,yyo <t «
Nouveau marcd'or. $00,000 <' ~ôo,oo&
d'odces.
Evaluation 2,000,000 t 'a,ooo,ooo~
Droits
seigneuriaux. .t,5oo,ooo, ~5oo,pqo
Papier~ ~00,000 ? 7po,QQq
A~midon. 600,000 ? poo,ooa
':o5,ot6,oop
'43,263~.570
348.&'yg,~)7o
DE
MONTANTt.AMPÏNSE. tg~,0QQ,OBa
Excédant
derecette a rarrtëré,
à.employer principalementdela
mai&onduroi. 5,o*:6,ooo
2i2 HHS.CAUSES )MNÉD!ATES
DELAM~'OLCTMN. 21~

TABLEAU ETDE
DELARECETTE LADÉPENSE
POUR
L'ANNÉE
t774. (Comptes
rendus,
pageHO.)

RECETTE. DEPENSE.
DEPtMK
RESTE ADISPOSER SUR LES OMETS cr-APRÈS. ? ? 3. N"5. 1~0j N~~M. "v~~ *~ectiveMJ
M.deCatone
en plus.
*Liv.. Liv. Liv. Liv. "~Li~. I.M.
ï t,xtraordmatredesguerres 60,000,000 6o,ooo,ooo 60,000,000
Fermes générales. ~S~S~.ooo~l 3,4oo,ooo
2 Artinerieetgénie.10,000,000 -10,000,000 to,ooo,ono t
2 Nouveaux, sous pouriiv.etrégie desdif-
~3,000,000 5ManneetcoIônMS.
fércns droits surlepapier, etc.M,ooo.ooo)
t'a'nidon, 3o,ooo,ôoo 3o,ooo,obo 3o,ooo,ooo 3,000,000
XFerme, despostes. 5,ooo,ooo 5,t~9,a3~ ~An'aires étrangères. S,ooo,ooo 8.000,000 8,ooo,ooo Tt,5oo,oo
5,!8c;,ooo 5Maison
desfinances. 88,000,000 mUitairednroi. 8,000,000 8,o')o,ooo 8,noo,odo «.
/Recette générate .86.23t),5~.o g~.oco.onb
droits r éunis. 6Gouvernemens municipaux. 680,000 68o,ooo6~0,000
SHégiedes 4.800,000 3,2~4)45o 6,z4,ooo
€Régie desdroits-réservés. 2,yoo,ooo 2,65t,5oo '~65i,ooo ~Mendicité. 1,100,000 1,200,000 t,200.000
ies 8Ponts etchaussées, turcies
~Még'edes hypot!t&ques.y compris etports maritimes. ~,5ob.ooo<
droits deBretagne. 2,5oo,ooo 1,828,000 a,3oo;ooo 7,7~0,000 ~7,7~0,000 «
8 Régie deta'Ftandre maritime. 5oo,oooaoo,'ooo200,000 gMarëchaussëesettaitIon. 2,200,000
lo suisses. 750,000800,000800,060 «a
g Ferme deSceaux etPoissy' ~5o,ooo~56,y5o~56~ooo Ligues
)bFertMe desoctrois. n Remboursement desoffices
t.oyg.ooo !,0~9.600 t.o~g.ooo desparlements,'e~ia«'rets
n Fermes etrégies particulières. 5~o,ooo 230,000 5oo,ooo
deParis. desliquidations. (; 000,000 <(
t2Capitation y5o,ooo8!0,o2o 8:0,000 12Rembours. desrescriptions.
j3Vingtième (teParis. 5,boo,ooo 3;ooo,3oo 3,000,000 3,000,000 3,000,000 3,ooo,odo<<
13Intérêts desditesrescriptions
5,2oo,ooo 5,5oo,ooo -3,300,000«
t~Vingtiemedcsprincesdusaag. i44i7~)0 'j~~ooo Intérêtsdesaugmentations
t5Capitatioa delacour. *5oo,poo '~00,0006o<o,ooo 14
1,800,000 desnnances.dixiemedëdûit. 7,200~000« '< <;
Languedoc. !,89~366 'i,8(~.36~
15Remboursement d'avances
à
.Bretagne. 3,5oo,ooo 5,5S~,g65 5,58~,g65
.Hourgogne. 2it,258 2~1,238 larégie descuirs. « c 5,ooo,ooo
«cc « 5oo,ooo-<!
Provence. ~5~~o 680,72568o,~a5 t6~à].arëgiedeshypotMq
CD~n B
Terres adjacentes. 55o,oob6S2,aQi682,30t 17Maison duroi,ycompriscel-
383,088 lesdeProvenceetd'Artois. 32,000,000 52,000,000 32,ooo,oooe
'y''°~\Bresse,BugeyetGex. 4oo,ooo 385,088
18Caisse y com-
d'arrérages,
RoussiHouHtpaysdeFoix 2~0,000a<)o,563200,365
Béarnet Navarre. 100,00088,ogo 88,ogo prisleversementdesrentes
Principauté d'Orange etM.ar- sur)~compagnie<[eslndes
chescommunes. <f etla~etagne, etlesinté-
~j'Soo 4*'Soo
63o,ooo des~tËces
r~ts~ supprimes. ig,ooc,ooo t8,ooo,ooô 18.000,000 <;
f Gtergé desfrontières. 5oo,ooo 63o.0[9
18Ordrede Malte. 99,ooo i~g,6oo !/i9,6oo 20 t9 Actionsetcomp. desIndes.6,000,000 5,5oo,ooo 5,5oo,ooo«
a,000,009 Dépenses générâtesdelafi-
jg DIxictnëd'amortisssmettt. 2,000,000 2,000,000
20Domaines etboisduroi. 3,8oo,ooo 3,535.18~ 3,55o,ooo 'nance, y comprisl~sfrais
asNouveau marcd'or. 1,200,00055b,ôoo35o,ooo d'étabtissementdes
maisons
2aEvaluation desprinces. t/{,ooo,ooo t4)00o,ooo «.
d'of!I.ces.2~5oo,ooo i,3oo,ooo 2,600,000 1~,000,000
aSDroits féodaux et seigneuriaux. 2,5oo,ooo 21Dépenses imprévues,ycom-
2,5oo.ooo 2,000,000
prislesâpprovisionnemens. 7,000,000 8,ooo,ooo 8,000,000 ««
~oo,o3i,ooo ic)6,qnt,55'ao6,992,524 22Pensions. 6,5oo,ooo 6,50o,ooo 6,5oo,ooo 3,500,000
23Intérêts etfraisderemises. 8,000,000 8,ouo,ooo 8,000,000tf
M.l'.tbbc
Tcrr fait
)y.tvaltdresser
successivement
troistableaux
JiUerensde l a
recette
etd e-~a
dépense
l'annde
77/t. îacilitcr
l'ouc la dec
contlaaraison e¡ noas
tableaux, les r éunissons
icienun où
seul, 225,130,000 234,320,000
(nour
îcsf'v.tlnattons
des tablenux
trois sont entrois
cotonncsdistinctes. 22~20,000 12,~00.000
portées Recetteadéduire. 2oo,o3i,ooo
Letï"1estconformei'dnt des
précèdent etdes
revenus etilatervi
dcductipns deh~se~latuMedo ig6,go),5572o6,gg2,5'
entre
comparaison lesrecettes
etlesdépenses
detyy~etiyy~ ci-après.
placées Déndt. 25,009.000 27,818,~3' 27,2-~7,~6

C'estC!!
même n*tque M.deCaloaneapublia
amn°ndes pièces
jastiHeatites
desaréponse l'écrit
de Augmentation;du déficit
selon
lecompte des
M.Necker. effectives
tïnnouvel
examen ademême donnelien
aun*3~dans on
lequelremarque articles
de
plusîcnMdépenses lonne.
dépenses rapportéparM.deCa-
uublie'es
dans
lesprécédons
états.
Nous que
présumons cedernier
c'est état,plus etplus
exact complet, 12,400,000
que leministre
aarrête
définitivement~
pour debase
servir toutes
lesoperutiotts
del'année. de
(7V~~
Défiâtréel,selonM.deCatonne. /)0~t8,44~
~pe//<'('<f'mt~<t)m/<MW~M,MO.
1
2i4 M$ CAUSES
? LA RÉVOLUTION.
IMMEDIATES 2~

TABLEAUPAR
pRESSÉ LES
ORDRES
DE
i~'L~nntindnnn ¡n- 1- nwwte
v
TURGOT. l'année
(Pour 1775.)
(Collection
descomptes
rendus, 64et 6S.)
pages.~
RECETTE.
Liv. DÉPENSE.
îFermesgënëraIes. i52,ooo,ooo 1Maison Li.
3Sous civiledu celles
des-
roi,y compris princes.
pourlivre
réserves. 1,800,000 2Extraordinaire des S~~o'~to
3Premieretdeuxièmevingtièmes,
desfermiers-généraux. 3~i,3g6 3Ordinaire guerres 65,4oo'ooo
desiermiers-gënéraux. des guerres.
4 Capitatiott
personnelle j~,ooo ,0,020.5.6
SDroitdumarcd'or. 5o,ooo 45Artttlene
Ma~onmiittau-eduroi. 8,023,006
6ïntërêtsdesbiDets
desfermes. et génie.
162,000 -,o,M~oô
7Recette desfinances.:
générale 6 Maréchaussées. 2626325
!~o,t5z,5go 7Pensions du delaguerre, auTrésor
8 Ferme
despostes. département payées royal.~5i~qq3
~7,700,000 8
,8Anaires et SUIsses",
g FermedeSceauxetPoissy. 600,000 Affa!res étrangères
étrang~re's suisses.
ligues
lIgues it8ooi3o
Il,800,130
10Fermedesdroits
réserves. 9Marine
4'5oq,6oo 10Ponts etcolonies. 53,i9ijo53
li Fermedesoctrois etdeshôpitaux etchaussées.
municipaux 1,070,600 u Rentes 5,~6"oo
la Fermedesdevoirs
duPort-Louis. 02,000 12Rentes perpetueUes ~9770
l3Rugiedesdroits
réunis.< 8,too,ooo t5 viagères. ~502200~
delaFlandre desétatsduroi,indemnités,
Charges aumônes, taxa-
l~Régie maritime -6~0,000 gages,
]5 Régie
deshypothèques. tions,
etc. i't~333n
7,~53,3oï .i~ des b ois
d u
16Régiedesdomaines.< Charges
~,000,000 ï5Intérêts roi,tantenFrancequ'enLorraine. t,gg2'~66
desfonds d'avances,droits
deprésence,etautres
l~Ferme deplusieurs
narticulière domamesrëunis. io4,ooo tn-
l8Marcdor.t. térêts 26,go6'7Ii!'l
1,400;000 t6Frais etd'administration
àla
igPrincipauté
d'Orange. derégie chargedu roi. 1t5~85o~o8
ig,8oo i? Remiseset
2oImpositions
deParis. indemnités. 7;t833oa
5,<)tQ,n6 et des de
alCapitàtiondelacour. j8Gages,pensionsgrati6cations gens justice. ia~o~oyS
700,000 Pensions et traitemens à
22yingtième abonne. < tg particuliers
divers.
l~o aoGages t.t~M~
a3Boisduroi,tantenFrancequ'en du conseU. 4.490~
Ijo'trame. .5,3<M,Q72 at Pensions
des
2~MarchescommunesduPoitou. 22,000 ta princes du sang. '75j[oo<t
25Don de
Dépenses main-morte.
gratuit~du
cierge 5,000,000 23Prisonniers deschâteaux CjSj~~
a6Revenujs'casuels. ~.000,000 ip~aê
a4
~7Dixièmed'amortissement. 9,620,600 25Dépcnses-diverses n;55~at1
aSDixième quiseretiennent
etcapitation pardivers
trésoriers.i l,!63,7~6 Dépenses jmprévues.~ 6,oo~bM
26Paiementde l'arriéré
deladette < .jS,ooo,oè&
29OrdredeMalte. ~t~9)6oo
tb
exigible.
ayRemboursement deafondssurdiversdépartemens. t 20,a33~o8t
PAYSn'ETAM.
3o'Languedoc. < 8,827,886 LMdépenses semontent à. i/5.,65
3t Bretagne. 7,254,5g~ recettes à.
32Bourgogne ~gy,~
g,o6f,6o4 Les:)épensMexcèdent
lesrécëHes
de;
33Provence. t,gg6,4.25 3y,i5y,Sa6
3~.Terres de, Provence.
adjacentes t 027,1'
35Bresse,,
BugeyctG'ex.< 846,635
36RoùssiHonetpaysdeFoix.< :;5o6~78~
f Bëarn. -5~,57~
3~~Navarre.
37 67,6~ J47~86o
Anciens domaines
de
,Navl.lrre.. Navarre
Navarre ;(!478,860
5'],64S
7t,8~9 f.

577,287,637
2ru 'DES
DESCAUSES
C AUSES ]MM~D!ATES
DE!.ARÉYOLUTMX. 317

« RE~DU
COMPTE PA~CLUGNY.
descomptes
(Collection rendus,
pages
~73et~Y3)
ÉTAT
DESREVENUS
ETDES DÉPENSES
POUR
L'ANNÉE
i776.
REVENUS. DÉPENSES.
Liv. SoppMmt!njoate)',te
Fermes
"cnen]Gs ~Partiesconstitutivesdubai! 'Sz.ôoo.ooo) Ct)ïouae~amart.port
dubail. 3,635,000 et.c~nnn
'°°° Liv. Liv.
(Partiesindependante~du
prix
Recettes
génër.dcs desfinances. i~o,634,73ot/{o,634t75oMaisouduRoi. 3t.663,868
900.000
Désistes. Guerre,
Gucrre.t. I '32~,383 3,ooo,ooo
3,0o'o,ooo
7,700,000
DeSceauxatPoissy. 690,000 Afiairesëtrangères. g,55o,ooo
Desoetroismunicipaux. !,070,600 MarineetColonies. 5,ooOjO<M
3't85~3oo
Fermes. DesdevoirsduPort-Louis Sz.oooi6,to5,6oo Pontsetchaussees. 5,S!~o,ooo
Particulières
desdomaines. 10~,000 T~'ft~ fa~o/o. 3,78i,6)4':~r~
DesdroitsiHcstedubaDdcNoëh 5,000,000 DInt~ts. â{ àA0/0.
5~ 5,1,84,028
5~8 9~65,670
deBossuat.6,000,000 ~r
~oo'ooo t
réserves.
) Régie } àto/o. 4.,255,~86
desdroits rëuùis 7,o3o,8'!5 Rentes
deiaFlandremaritime. fi·
perdes. aà 4. 53,.54.5o3
Tt.c!~) 771,680 °5 13 51
desbypnt.héques 'S.646,5o5
ce/cc- â 1.&& 7,012,716
7,~000
'desdomaine.s. 5,3i8,ooo unetête.
Rentes
Rentes ?i~éres. Sbu)-
ur deux S~ ~,374.989
!,l,,3~4,gsg 0
6oo;ooo
6'
Marc d'or' 1,206,845 .°
1Sur t êtes 5
tête. 5 3904773~0/i-77ft'h'~f
droits
de remises
etautres
frais
re]au<s
Principautéd'Orange. t(),8oo Intérêts, prësenee~
Vingtième desbiens-foods abonnés auxprinces dusang. auxfermes etauxrégiesparticulières. ~,889,623
'!5<j.t
Ot'dredeMahe. Frais
derëgie parlerecouvrement
occasionnes desdeniers
i4g,6oo
dePur'is. et dans des
lechapitre
Impositions 'o52.'y6o royauxautres queceux compris
Capitationdelacour 8/io,o66 régies etfermesparticulières. t5,9o3,ot5~·
Boisdu roi. Non-va)eurssurunepartiedesrevenusduroi. 5,6a9.33o
~,c)o8,76a
Marchescommunes du Poitou. 32,000 Indemnités. ~,o83,ii6
Retenuscasuels~ /{,t6o,ooo Chargesde dISerens
états
du roi. io,7g!,QM
` Anciendixième établi
en1710. t,g27,7i7 Gagesdelamagistrature. 10,~79,~2
Dixièmed'amortissement. 3,~60,708 Gagesduconseii. ~o~~SS
Compagniedesindes. 85o,ooo [Supplément detraitementetap-
Languedoc. 8,79/3oo~ Traitemensparticu-) pointemsparticuiiers.000,000.o~ a
Bretagne. 7,088,016 culiers. Gratifications 720,000'.84o,ooo
Bo"gos"e 5,98a,~5 Subsistances 220,000..
¡
PAYSDETATS. Provence. a,o58,553 a3,6M,~4 -/Desprincesdusang.867,200~
TerresadjacentesdeProvence 697,656 DetaGuerre. 5,o3o~ooo\
BéarnetNavarre. DetaMarine. 25o,ooo,
487,2~1.
Roussillon et paysdeFoix 5i2)273. DeIaMaisonduroi.. 730,000
Dela Finance. 600,000
578,38!,069 °
DudëparttdeM.Bertin io,c(oo
Lesdépenses montant a ~oa,57~,65t Pensions. Des officiers
dufeuroi /~f-x':5,5oo,ooo
,9,746,533 CK
Lerevenu à PensioM. dePologne.595,.44
3~8,3Mt,o69
et con- 435,344
Desoificters
Partant,ledéficitestde. a~;t93,58a
Enajoutant fait la marineetà seiUersd'ëtatdu-
l'empruntpar rembourserparla
ditroi. ~{'aoo
Ënanee. t5,ooo,ooo DelàMagistrature. t,o38,8!5
Ledéficit totalsera
de. 3Q.iQ3.682 Dediverssurquelques
A'o<<Cetemprunt delamarine revenus duroi., 7;)5.i7~
n'étant
qu'une dépensepassagère,M. d eCa-
Jonnenecroit devoirle former!edéficit
annuet ilse contente Dépensesdélamain-morte. t,767,2~3
pas compter pour
audé<icitde':4,io5,582 tesarticles Dépensesdiverses. i9,76~27
d'ajouter livres,i3,ooo,ooopour dedépenses
extraordinaire. 10,000,000
tropbasetscion
portés cecatcu!, ledëficit.se
ttouveêtrede37,~g3,58~ livres. Dépense
Rembonrscmens. 2t,3;6,8'7
Paiemenssurl'arriëf'ë. 9,7j5~S~3_
~o?,5 13,ooo.ooo
7.~657
218
2~8 DES
CAUSES IMMÉDIATES
DELARÉVOLUTION. 219

DU RENDUPARM.NECKEREN~78i,
COMPTE
COMPARAISON
ET DU
COMPTE DELAMÊME
EFFECTIF SELON
ANNÉE', M.DECALONNE. reBdus,
(Comptes page185.),

RECETTES. DÉPENSES.
SUlYANT COMPTES SUIVANT
COMPM
S' le effectifs DIFFÉRENCE
DtffEMS. le effectifs D!P?ixENCE
DnrF~uatct
j. compterendu suivant en moins. enplus. compterendusuivant enplus enmoins.
~eMN . ecker.
M-JeCalonne. deM.Necter.M.aeCftIonne.
Liv. Lit. Liv. Lit Lïv. Liv. LIv. Uv.
1Recettesgënërates. tig,54o,oooio8,y63,oooto,7~opo e i Extraordinairedesguerres. 65,20o,ooo65,0~7,000K !93,o6o
a Fermes gënërafes. 40,427,000 43,5o6,ooo 4.921,000 « 2Maison militaire
duroi. 7,681,000 y,6g3,ooo12,000 «
5 Domaines d'occident. 4,!oo,ooo « 4,too,ooo« etgénie.
3 Artillerie g,200,000i2,8o5,ooo3,6o5,ooo f
4 Régie.gëNëra]e 8,go3,ooo 8,825,00078,000« 4Marine etËotoniés. ag,200,000 36,ooo,ooo6,800,000 *tn
5 Domaines etbois. 38,too,ooo ay,8~2,ooo 228,000.« 6Afr.é~rang.etliguessuisses. 8,525,oooi2,5a5,o0o/}.,ooo,ooo«
6PostesetMessageries. o,oi'ooo8,5~4'coo 468.ooo« y.M~son duroi,delàreine
7ImpositionsdeParis. 5j~5,ooo5,45o,ooo ag5,ooo« etdesdainesdeFrance. 26,700,006 ~y,3iy,ooo t,6iy,ooo «
Cet Salpêtres. 800,000~t2,,ooo88,000« 8 Maison deM.etM"~ d'Artois8,0~0,000 8,840,000 t!oo,ooo «
gDixiemed'amortissement. 1,182,000 'i,;8a,ooo <( gCaisse dès-arrérages.20,820,000 2p,3yo,oao'f ce ~5o,ooo
loRevenus casuels,ycompris les ]oPensions. 28,000,00026,078,000« t,g2ï,ood
')9~~
jurandes. 3,g28,obo 2,713,000 1,21~,000 « il Ponts etchaussées.t. 3,ooo,ooo 5,3io,ooo3to,ooo «
i3 Compagnie desIndes. ~,600,000 4,753,ooo \,t53,ooo.
PAYS D'ETATS.
ïi Bretagne. « 16Intérêts desanticipations. 5,5oo,ooo y,oit,oooi,5ti',ooo «
4,639,000 ~,644,000 5,ooo 22
ï2 Languedoc. i,532,ooo « Inter.deremp.de6omillions
1,853,000 5at,oo& «
13Bourgogne. des!otericsdeiy~etiy8o. 5,000,000 y,623,ooo~623,000
48,000 07,000 49<ooo 28Appointemens'et
]4Bresse,Bugey et
Gex. 458,ooo~68,000 traitement
to,o00
15Provence. parordonnan.particuHëres 66~,060 l,5y5,obo gn,ooo
Sy~.ooo625,000« 5t,CCO 3o des
16Terres~djacentes deProvence..~'iOOo 800,000« 5QtOoo Supplément aupaiement
d'Etats. gg5,ooo
offices
despays i,i83,oooigo,ooo
17Navar)?etBëarn 3a3,ooo326,000 « 5,000 33 duroi.
iSPaysdeFoix. 100,000ioo,ioo « « Bibliothèque 8~,000 y6,ooo « î?,ooo
Recettes
des du 34 Impnmehe royate. :oo,ooo g8,boo « a,o6o
!g finances Rous-
siMon.). 35Jardin-des-Plantes
etcabinet
338,ooo338,ooo« « d'histoirenatureDe. y2,ooo 110,00038~oo6 «
20Don du
gratuitclergé 5,4oo,ooo K 3,4oo,ooo «
ai Monnaiesduroyaume. 500,00063o,6oo 36mumicatioB[..dèParis,et
130,000 autres depotice..1,00,000i,~3~,oooSy.ooo «
22Ferme deSceaux etPoissy. 350,00053o,ooo20,000ci dépenses
23PartduRoidans lesbénéfices
des 38Maréchauss.de!'HedeFrance ig5,ooo177,000 2,ooo '<:
fermes. « 43Indemnit.etdëpens.diverses 1,~)2,000 i,6~o,ooo 228~000
1,200,000 1,200,000 au-delà
a~Augmentation surlesvingtièmes 4gDépenses imprévues
desrecettes
dumême genre; 3 ,oo6,oob 6,88t,ooo
g,g8i,ooo «
abonnés. 990,000990,000 « cc
a5Loterie Montant desvingt-septarticles
royale. 7,000~000 6,0~6,000 954)000 « setrouvent
26Extinctiondesrentes et qui conformes. 25,563,ooo25,86~000K cc
viagères
d'intër.de
capitaux rembourses. i,85o,ooo t.85o,000 « 285,t6'ï,o6o
a53,g54,ooo 31,718,000 a,5to,oc<o
ayContributionsdeParis pourles `
etc.. Din'érenceenmoinsàdéduire. 2,5:o,ooo
carrières,
garde,police, ap4,oôo <( ao4,0bo «
a8CapitationdeMalte 40,000 39,600 ~oo < LadiNëren.ceenplusenty8i,estde 2g,208,000
39AffinageetFiacres deprovince. 4o,ooo cc
12g,40o 89.400 Selon lecompterendu, larecette
estde.< 26~,t54)00&
3q Intérêts
d'effets
publics,
rentrés
etnonbrutës. ladépenseestde. a55,g5~,ooo
~00,000 « .390,000«
31Rentrésd'anciens
débetsetautres l'exeëaSat
delàrecette
estde. 10,200,000
recettésimprévues <t
« (, '«« « ..{-
Selon lescomptes effectifs,
tels~queM.deCalonne lesprésente,
264,)54,ooo la estde. 283,162,000
a36.833,ooo28,238,400~17.40~dépense
larecetteest
de. 236,833,ooo
Déductionfaite
deladifférence
enptus. 'Qtv~oo adonc undéficit
de.
LadiSerenceenmoins estde. Ily 46,23g,oo0
0
ty,3at,ooo LadiiTërencesuriarecetteestde. 27,321,000
surla dépense,elle
est de. 2g,2o8,ooo
DiSërencetotale. 56,52g,ooo
<

1
9<~ DES
IMMEDIATES
DELARÉVOLUTtOK.

TABLEAU
GÉNÉRAL
DESREVENUS,
CHARGES ETDÉPENSES L'ANNEE
POU~ 1787.

RECETTES. DÉPENSES.
MtODMTS.DEDUCTIONS.
NET.
delaguerre.
t Département i ~,000~000
Liv. LiT. Liv.
2 Marineet colonies. 54,t8o,ooo
tFermesgênëraIes.M~MMl~ 35~~5,8i8 3 et suisses.
2 Recettes desfinances. i~,6/!3,y6o
générâtes Atfaire~trangeres figues g.o~o.ooo
3~,o8o,ooou3,563,76o roi,
r delareine
oi et de tafamille
famtHe ·
3Régiegénérale. 5t,8oo,ooo
4')5ot,354 4 Maiso~RLt
Maiso~d royale.
royale. 35,g76,oo0
55,0~6 non
10,~98,6465
desdomaines
4 Régie etbois. 5o,ooo,ooo 39,32g,65o6 Pesions.ooo'.ooo
to,6yo,35o Ponts
etchaussées.
5Ferme despostes. 10,800,000 t5.4-70,000
a,g8o,<o6 7,8]Q,894. rentes à i'HoteI-de-Vitfe
de Pai!j. [51,~00,000
6 Fermedemessageries. pcrpëtuei)csetviagères
Qoo,ooo23j,o3a 668,968 ySDivcrsesrentcset indemnités
payées
7FcrmedeScenOxctPoissy 600,000-24o,4i635g,584 annuelles.
Intérêts danslespaysd'états 80~0~
SImpositiottsdePnrIs. g d'emprunt
4,2t0,58o iolnt<rctsdusadivers.compris 26"06ooo
~,967,000
3,56,6'0
g Marcd'or. l,83o.3oo 69,700 il
1'goo,ooo 1086818
loRevenuscasueis. /000,000!,8i6,6oo înt~rets~
gages,
a,t83,oo 12Rcmboursemens taxutionadcnnancesetfraisderëgic. 38~7i'
a faire,tantparlacaisse d'amortissement
tiRegiedespoudresctsaIpctrcs.600,000100.000500,000 que
Loteries par d'autres
0,600,000
2,6io,939 6,989,061)5 M.sscs. 5~9~,ooo
jj Paysd'état. a~,5oo,oooai,5':3,99~ Cagss'dueonseu,bureat)xdadmin)strauon, intendances 6626.000
2,9~6,io3 1 delamagistrature, etfr.<is
decompte
14Dixièmed'amorttstement.000,000 &= Gages épices tf~853 ooo
t~ooo,oooi5
j5Vingtièmesabonnés,etcapitations Travauxde charité. i,8oo,'ooo
de
FordredeMatte. 323.922 « 2 16Mendicité.
3a3,()22 '1,100,000
!6Affinage etfiacresde i~Dëetti~rge
nimposition, remises,non-valeurs, dé-
modérations.,
dePa~s et Lyon,
pensesvariables, passe-ports.
province. j29,3oo « ia9,3oo 18Franc-saiëetvins des
g.a87,ooo
desmonnaies.
tyBénéfice 535,tio « 535,no privUëgiës ~,)(jo~
18Fonds desvilles lesfortifications.. igHôpitauxetenfansirouves.
pour ~9,0~.7 K ~9,0~7 2tjl'~ets,aumônes. communautés etcxres desf rontières..
'~t'yooo
JQFonds àrecevoir
detamarinepour four- royales )~.5ooo
nitures
desforges
deiaChaussade 900,000 « 3t Entretien
des prisons etbaLimens du domaine.
900,000 22 ]'8~.000
ao.Don ducterge 3,oo,ooo Mémoire. « Mémoire. CLarges etdépenses de l'administration
deseauxetforets.
gratuit 5~t1000
21CréancesurlesEtats-Unis 23Haras.
d'Amérique. ~,100,000'< ~,ioo,obo gS~oo
22Débetdescomptables nonrécla-
partie aq.LoHegesetun)versHes. ~.25ooor
25Caissecivilede Corse.
mëe,etautresrecouvraucesparticu- 3bo,ooo
lières. 6.000,000 « 6,000~,00026AcadIeM' 100,000
a~Ecoiesvëtërinaires. i''onoo
474,o48.a39 237,982,343a8Département
236,065,896 des mines 200,000
29Académies,gens de lettresettravaux littéraires. SBo'ooo
5oBibliothèques,jardin duroi e tmëdailtes.
't' a5oooo
Slimprimerieroyale. oo'ooo~'
Cetableau
aétédressé
parles
o rdres
de M.d e
Calonne, aux
etprésentén en
otables
~787. SaDépenses de
(Co!)ectiondea rendus,
comptes 222et223.)
pages Paris.g85,~a'
33Prisonniers
parordre duroi. iQt'ooo
34Voyageset yac~ioM_ ~006
35ForgesdelaChaussade. T. 1,000,006
56Liquidation
deancienne compagnie des Iodes. y gcnoo~
5~AcquisitiondeLorient etdela, terre,du.Châfet; t,3o5~ooo
et
38Intérêtsfraisd'anticipations faites en*iyS6..
sur le revenu
de1787.
~5,664,8oo
39Dépensesdiverses. 7,5~,000
40Dépensesextraordinaires etimprévues 10,000 ooo
~i Intérêts
de l'emprunt à faire
e n1~87. i,ooo'ooo
Totat. 599, 5
.55.705
Recette àdéduire.
ct-contre
o~ga~Q
DéHc:t.25,087,556
222 DES CAUSES

Depuis Louis XV le pouvoir n'avait su que tâtonner, que


s embarrasserde contradictions,que s'épuiser~en des tentatives
é uivoquespresque aussitôtabandonnées.Treizeannéesd'oscil-
1 tions perpétùelles démontraient,jusqu'à l'évidence,que la
r )yauténe s'adossaitqu'à des points d'appui caducs ou incom-
p ets. Sespropresbesoinsétaientla causeprincipalepour laquenë
e !eagissait.Ellecontinuaitd'être à elle-mêmeson but, essayant
employer à titre de moyens, tantôt les grandscorps de l'État
fu résistaientparce qu'ils se regardaient, aussi commebut,
quelquefoisles tendancesrévolutionnairesde la nation qu'il
émit d'autant plusinepte de fléchirà des Intérêtsmonarchiques,
qi.'ellesétaientle grand intérêt et le vraibut.
Brienne prit la directiondu conseil, dans un momentoù il
fallaitserésoudre.La coteriequi le mitenavant, espéraittrouver
ai lui un secondcardinalde Richelieu.
Cette opinionprouve d'abord qu'elle ne comprenaitrien aux.
circonstances.Richelieuvainquitla noblesseà l'époque où elle
était unobstacleau développement social.Briennevenaitaffaiblir
s<s privilèges,et à la foisceuxdu Clergéet ceux du Parlement,
lorsqueles uns'etlesautres ne faisaientobstaclequ'à la royauté.
C est à cettedernièrequ'auraitdû s'attaqueravanttout un réfor-
mateur analogueà Richelieu carelle seule donnaitquelquecon-
sistanceà deségoïsmesinférieurs,ouvertementmépriséspar la
Ffance, et qui tomberaientle jour où disparaîtraitle principal
é~oïsme.
Cette opinionprouve ensuite qu'on se méprenaitcruellement
surr. la valeur personnellede l'archevêquede Toulouse. Cet
h mme,liétour à tour avecles encyclopédistes et avecles écono-
mistes, ami de Turgot, alors abbé et prieur de Sorbonne, et
plus tard son partisan s'empressanéanmoinsde rechercher
l'amitié deNecker. Il s'était égalementrapprochéde Calonne,
et c'était lui qui avait désigné les membres du Clergé pour
rassembléedes notables.La Reine avait eu pour précepteur à
Vienne, et conservaitauprès d'elle un abbé de Vermont, que
B ienne avaitenvoyé, et qui fondala hautefaveurde son patron
~11Y11Y11.L1H1P'D
MMËNATES DE
LJ·r' LA RÉVOLUTION. 225

dans les rapports intimes que sa charge entraînait. Tellefut la


~c ~ttnY't<: !nt!Ti~<~c mip Q~ ~'L~t*fvû
h ~nf~~t~t 'r~n~ ~t

sourcede la considérationdont l'archevêquejouissaitauprès de


Marie-Antoinette,et de celle que lui accordèrentNeckeret son
successeur.A la veillede le subir, LouisXVIécrivaità Calonne:
a – Je ne veuxni neckraille, ni prétraille, x tandis~uelaReine
disaitde lui, après sa nomination «Il ne faut pass'y tromper
c'est un premier ministre.s
Le pays attendait les notables,de retour dans lésprovinces,y
avaientapporté du mécontentement,de l'aigreur, et toutesles
suitesd'une discussionentaméesur des affairescapitales,et dans
laquellepersonnen'avaitosé conclure.On connaissaitle mal. Le
problème du déjMt résumait alors tousles problèmes.Chaque
classecomprenait sous ce mot ses plaintes particulières., et la
plaintedu peuplè, s'emparantausside cetteformule, y rapportait
ses longuessouffrances,et ta cherté croissantedu pain, premier
symptômede famine..
Le gouvernementse mit à l'oeuvrele d7 juin d787. H n'avait
à exécuterd'autres actes législatifsque ceux préparés par Ca-
lonne. H débuta par trois ordonnancesassezpopulaires, que le,
Parlementne pouvaitrefuser d'enregistrer, et il se flatta qu'un
coupd'état emporteraitl'enregistrementdes autres. La déclara-
tion du Roi pour la liberté du commercedes grains Fédit por-
tant créationd'assembléesprovinciales,et celuide la conversion
de la corvéeen une prestationen argent, furent
~~essivement
enregistras. Celui des assembléesprovincialesrencontra seul
quelqueopposition.
Le 6 août 1787, le Roi tint à Versaillesun lit de justice pour
y forcer la mainau Parlementau sujet de la subventionterrito-
riale et de l'impôt dutimbre.Les parlementairesne se laissèrent
nullementintimiderpar ce déploiementinusitéde pompesroyales
et de volontésabsolues.Le Premier présidentprotesta, au nom
du corps, contrecette forme illégale il critiquadans leur résul-
tat et dansleur principeles deux lois proposées, et déclaraque
l'intentiondes magistratsétait de ne pas obéir à des injonctions
désastreuses.La subventionterritorialen'ëtaitpas cependantune
224 DESCAUSES
mauvaiseloi quoiqu'elle ne fut pas à beaucoupprès aussi dé-
mocratiqueque la théoriede Linguetsur la loi territoriale,livre
très-répanduet très-estiméà cette époque: elle tournait néan-
moinsau soulagementde la classe pauvre, car ellefaisaitpeser
sur lesrichesdes chargesproportionnéesàleurs revenus.C'était
là, et le publicne l'ignoraitpas, le vrai motifde l'hostilité maiss
la loi du timbreuniversellement condamnée,et l'appelaux États-
générauxqui terminaitla protestationdu Parlement, rendirent
sa querellenationale.
On avait passé outre: séancetenante, les éditsavaientreçu,
par ordre et sousles yeux du Roi, le caractèrede là publication
et de l'enregistrement.Le Parlementfut exilé à Troyes.Le 17
du mêmemois,l'opinionpubliqueeut occasionde semanifester,
et cette première leçon donnée au pouvoir préluda virilement
auxcrises prochaines.Les deuxfrèresdu Roiavaientmissionde
présenter les ëdits':Monsieur(LouisXVIII) à la chambredes
Comptes et le Comted'Artois ( .CharlesX), à la Cour des
Aides. Le premier, connu par ses doctrines libérales et son
oppositionouvertecontre Calonne,traversaParis aux acclama-
tionsdu peuple,qui lui présenta des bouquetset jeta des fleurs
sur son passage. Le second, favoride la Reine, l'un des chefs
du parti de la Cour, et l'apologisteavouédu ministreen disgrâce,
fut assailli,dès la barrière de la Conférence,par un vif témoi-
gnagedu mécontentementgénéral.Au Palais, les interpellations
de la foule3'evinrentsi menaçantes,que sesgardes se en
m~nt
défense.Unhommeblessémit le combleau tumulte, et aux dan-
gers personnelsdu Comted'Artois.A son départ de la Courdes
Aides, l'émeute le poursuivitde ses huées et de ses clameurs
jusqu'au milieu duPont-Neuf,ou ellefut arrêtée par un cordon
de troupes.
L'enregistrementdes édits ne fut consentini par la Chambre
des Comptes,ni par la Cour desAides.Ellesdéplorèrentamère-
ment, dansleur réponseaux frères de LouisXVI la violenceà
laquelle on les contraignaitd'obéir, et proclamèrentl'urgence
des États-généraux.Vinrentensuitedes réquisitoireset des re-
IMMÉDIATES DE LA &ÉVOUJTMN. 225

montrances.Le Châteletse jeta aussidans la mêlée; il envoya


une députation pour implorerle rappel du Parlement, au nom
de sa profonde douleur et de la cotMfentattom MKtfe~e~e.Les
divers Parlemens du royaume payèrent de leur côté un large
tribut à l'esprit du corps: mais tout ce fracas n'était déjà plus
qu'un ~cident du drame populairequi avait fait explosionà la
premièreparoled'Ëtats-généraux.
La théoriede Dubois, rapportéeà la page 12de cettehistoire,
ne tarda pas à se vérifier. Les parlementaires,accoutumesaux
plaisirs de Paris, s'ennuyaientmortellementà Troyes. Vers"le
commencementdu mois de septembre, ils parurent disposésà
composeravecla Cour.Le garde-des-sceaux opérala négociation,
en substituantau timbre et à la subventionterritorialeune pro-
rogation second vingtième(i). Il est vrai que ce nouvel
édit était formuléde manièreà tenirlieu du premier, car il assu-
Jétissait à l'impôt tous les bienssansdistinction.Il n'en fut pas
moinsenregistréle 21 septembre1787 le Parlementse racheta
de l'exil à ce prix, et il donnapar cette conduite la juste me-
surede son patriotisme.
Les ministres poursuivaientleur système. Préméditant des
opérationsscabreuses,ils y marchaientobliquementpar les me-
sures les plus propres à leur amasser de la popularité. Ainsi
avaientparu, à de courts intervalles un réglementdu roi sur
quelquesdépenses de sa maison et celle de la reine; un arrêt
concernantles pensions.On publia à la mêmedate une ordon-
nancesur la formationd'un conseilde guerre, en vue de gagner
la coMËance des officiersde l'armée, et il fut, instituéunbureau
de consultationdes financeset du commerce,dans le but de ral-
lier à la courles principalesmaisonsindustrielles,et de faciliter
par là le succèsdes empruntsdont on ne pouvaitplus retarder
l'ouverture.
Alors un nouveaucoup d'État fut résolu l'édit portant créa-
tion d'empruntsgraduelset successifspendant cinq ans, fut ex-

(t) Lesecondvingtièmeavaitété publiéen lit de justice,le7 juit.


let
.w 17M..
.M.
.T. t. ?
DES CAUSES
z26
osé et motivéen Parlementdansune séanceroyale, du i9 no-
vembre1787. Le discoursdu roi et celui du garde-des-sceaux
énonçaient un parti pris de courber à l'autoritédes résistances
La questiondes Etats-générauxétait enveloppée
~[uelconques.
[ansle discoursdu Trône, de cette phrase diplomatique « Je
'ai pas eu besoind'être sollicitépour assemblerles notablesde
non royaume; je ne craindraijamaisde me trouverau milieude
es sujets. Un roi de France n'est jamais mieux que quand il
<*st entouréde leur amour et de leur fidélité; mais c'est à moi
:<ëulà juger de l'utilitéet dela nécessitede ces assemblées,et je
nesouffriraijamaisqu'on me demandeavecindiscrétionce qu'on
oit attendrede ma sagesseet de monamourpour mes peuples,
j [ont
les intérêts sont indissolublement liés avecles siens. La-
jnoignonl'aborda plus explicitement., Voicises prin~pes et ses
tionséquences:
< Au roi seul appartient la puissance souverainedans son
royaume;
II n'est comptablequ'à Dieuseulde l'exercice du pouvoir
uprême.
Le lien qui unit le roi et la nation est indissolublede sa
nature.
»Des intérêts et des devoirs réciproquesentre le roi et ses
sujets ne fontqu'assurer la perpétuité de cette union.
La nationa intérêt que lesdroits de son chefne souffrent
aucunealtération.
» Le roi est chef souverainde la nation, et ne fait qu'un avec
<Me.
»Enfin,le pouvoirlégislatifrésidedans la personne du sou-
erain, sans dépendanceet sanspartage.
» Tels sont, messieurs,les principesinvariablesde la monar"
hie française.Le roi ne les a point puisésdans uae source qui
puisseêtre suspecteà son Parlement; Sa Majestéles a trouvés
littéralementconsacrésdans votrearrêté du 20 mars 1-766,dont
j ne faisque répéter ici les paroles.
IMM)ËBÎATES DEt.AR~VO.HJTION. 227'
~1.a.1~u_
» Il résultede ces anciennesmaximes nationales, attestéesà
chaquepage de notre histoire, qu'au roi seulappartientle droit
de convoquerles Etats-généraux
Que lui seul doit juger si cette convocationest utileou né-
cessaire;
!) Qu'iln'a besoin d'aucun pouvoir extraordinairepourl'ad-
ministrationde son royaume; qu'un roi de France ne pourrait
trouverdans les représentans des trois ordres de l'État qu'un
conseilplus étendu, composedes membreschoisisd'une famille
dont il estle chef, et qu'il serait toujoursl'arbitre suprême de
leurs représentationset de leurs doléances.e
La suite de ce discours repousseénergiquement les remon-
trances parlementaires,et se terminepar le développementde
la loi qu'ils'agissaitd'enregistrer.On en fit lecture les opinions,
recueilliesdansla formeusitée, furent longuementmotivées.On
remarqua parmiceuxqui parlèrent avecplus de chaleur Robert,
Fréteau.SabattieretDuvald'Esprémenil, lequelinsista sur les
Etats-générauxen termessi pressans, qu'on crut un instant que
le roi allaiten prononcerla convocation.Les avisétaientdonnés
le premier président attendait l'ordre pour compterles voix,
lorsque le garde-des-sceauxse dirigea vers le trône, et tout à*
coup la séanceroyale fut transforméeen lit de justice, et l'enre-
gistrementprononcésansvote.
Le duc d'Orléansréclamacontrecetteillégalité, et, adressant
la parole au roi, il dit
« Sire, je supplievotre Majestéde permettre queje déposeà
ses pieds et dansle sein de la courla déclaration queje regarde
cet enregistrementcomme Illégal, et qu'il serait nécessaire,pour
la déchargedes personnesqui sontcenséesy av~jr délibéré, d'y
ajouter que c'est par l'exprèscommandementdu roi.
Le roi répondu:que l'enregistrementétaitlégal, puisqu'ilavait
entendu les avisde tous.Il ordonna ensuitela lectured'un édit
accordantl'état civilaux protéstans, et il se retira.
Avantde se sépa~r, le Parlementarrêta, ce qui suit
« La Cour, considérant l'illégalité c'ie ce
qui ~nt de se
Js8 DES CAUSER

asser à la
~«tûcoy Ï<t cû~Mf~ ftn r~t où i~e
séancedu roi, rm lesvoix
vm~ n'ont rt~R
n*~Ttt
pas fété réduites en
1 manièreprescrite par les ordonnances,de sorte que la déli-
ération n'a pas été complète, déclarequ'elle n'entendprendre
aucunepart à la transcriptionordonnéeêtre faitesur ses regis-
es, de l'édit portantétablissementd'empruntsgraduelset suc-
essifs pour les années 1788, 89, 90, 91 et 92; sur le plus, a
ontinué la délibérationau premierjour. g
Le duc d'Orléans,d'Esprémenilet Sabattier furent exilés le
1 ndemain.Bc 21 novembre,te roi mandaà Versaillesune dé-
tutation duParlement, avecordre de lui apporter la minute de
arrêté ci-dessus;il le détruisitdansleurs registres, efleûr dé-
j enditde le remplacer;il déclaraenmêmetempsqu'ilconvoque-
raitles États avant1792, que sa paroleétait sacrée.
Les ministresnégocièrentimmédiatementl'emprunt il ne'se
emplissait pas, et l'État périclitaitde plus en plus. La cour
stima cependantque Brienneet Lamoignonavaientbien mérité
t'elle l'un reçut pour récompensel'archevêchéde Sens et une
riche abbaye; l'autre, 200,000liv. pour marier sa fuie. Ils con-
tinuaientd'ailleurs à tenir tête aux arrêtés, aux députations,
aux remontrancesdes parlementaires,avec une InSexibintéet
*i nehauteur dont on leur savaitle meilleurgré. Ceux-ciaffec-
tuent toujours decombattrele despotismeministériel, souspré-
texte d'assurer la liberté publique;maisilsentretenaientà peine
ne popularité douteuse, que leur résistanceà l'établissement
es assembléesprovincialesavaitdéjà compromise,et que ruina
presqueentièrementleur délibérationridiculesur l'édit relatif
aux Protestais, mentionnéplushaut. A
L'esprit publicne participaità cesdémêlésqu'accessoirement;
SE)verveétait ailleurs. Lespublicistes,les philosophes,lesjuris-
consultes,remuaientjusquedansleursfondemensleurs sciences
respectives.On examinaitles chartes antiques des Systèmes
'histoire de France appropriésà la foi du moment, des thèses
a p-tm-tde contrat social, faisaientla matièrede toutes les 'con-
ersations,et du milieude cette fermentât~ intellectuelle,s'é-
1 vaituncri unanime, la demandedes États-généraux,
jmtÉNATES DTELA RÉVOLUTION. ~29
Le pouvoir, tout discréditéqu'il était, tout meurtri des chutes
qu'il avaitfaites à chaque essai de réforme, le pouvoir monar-
chique solidaire privé depuis près de centans de la confiance
commune, s'abusaau point de croire qu'il lui serait permis de
choisir entre les destinéesrévolutionnairesqui le dominaient,et
de ne réaliserque cellesdont il n'aurait pas personnellementà
souffrir, fit rechercherpar un comitéles améliorationsà intro-
duire dansles lois civileset dans les lois criminelles;il
prépara
une nouvelleorganisationde la justice qui le délivreraità jamais
des tracasseriesparlementaires,et il se proposasérieusementde
restituer la cour plénière ce rudimentprimitif des États-géné-
raux étant la seuleconcessionqu'il jugeât indispensable.Le lit
de justice où serait frappé ce coup d'état ultérieur, fut arrêted
pour le moisde mai.
Les ministres agirent en conséquence;ils expédièrent des
ordres pour que tous les militaireseussentà rejoindreleurs dra-
peaux dans le plus bref délai. Des ofBciers-génërauxet des
conseillers-d'étatpartirent pour les provincesavecdes paquets
cachetésqui renfermaientle sort de la France, et qu'ils devaient
ouvrir le mêmejour et à la mêmeheure. Uneimprimeriedressée
à Versaillestravaillaitjour et nuit, et le secret de l'état était
gardé par un déploiementconsidérablede la force armée.
D'Esprémenilparvint à découvrirle mystère, et il fit jurer
aux magistratset aux pairs du royaumede se refuserà tout pro-
jet qui émaneraitdes presses ministérielles.Deuxlettres-de-ca-
chet furent lancéesaussitôt:.1'unecontre lui, l'autre contre le
conseillerGoislard, qui, le 29 avril, avaitdénoncéau parlement
le piègeque le garde-des-sceauxlui avaittendu
par l'édit de pro-
rogationdu secondvingtième.Maintenanten effetque les con-
trôleursl'exécutaient,il étaitévidentque cetimpôtéquivalaità
peu
prèsàIasubYentionterrItonaIe.Ontentad'exëcuterlesdeuxIettres-
de-cachetdansla nuit du 4au 5 mai, et lelendemain
d'Esprémenil
et Goislard rendirent compte de ces tentativesaux chambres
assemblées.La foule assiégeaitle palais. La séance fut déclarée
permanentejusqu'au retour d'une députatiot) envoyéeà Vfp-
230 DES CAUSES

sailles.A onze heuresdu soir, les gardes-françaises,précédées


de sapeurset commandéespar Vincentd'Agoust, investirentla
grand'chambre à minuit, d'Agoustentra et lut l'ordresuivant
« J'ordonne au sieur d'Agoust,capitainede mes gardes-fran-
çaises, de se rendre au palaisà la tête de six compagnies,d'en
occuper toutesles avenues,et d'arrêter dansla grand' chambre
de monParlement, ou partout ailleurs, MM. Duvalet Goislard,
conseillers pour les remettreentre lesmainsdes officiersde la
prëvôtëdel'hôtel. n~Ke, Louis.
Toutela nuitse passaen vivesaltercations,en pourparlersinu-
tiles, et le lendemainà onzeheures, sur une dernièresommation
de -d'A,-oust,d'Esprémenilet Goislardse firent connaître, pro-
testèrent contrela violencedont ils étaientles victimes,et se li-
vrèrentd'eux-mêmesà l'agentde l'autorité.
Paris étaitencorepalpitantde ce scandale,lorsque, le 8 mai,
les Princes du sang, les Pairs, les Ministreset le Parlement,
convoqués,le Roi tint à Versaillesle fameuxlit de justicequi
devaittout consommer.Le moindredéfautde la révolutionpré-
méditée, c'était d'arriver un siècletrop tard. Il n'était plus temps
la troisièmegénérationde faire l'oeuvrede LouisXIV. Il fallait
sansdouteque le petit-fils remplîtJe devoir de l'aïeul; il fallait
qu'il introduisîtl'unitédans l'organisationconstitutionnellede la
France; mais il lui fallait par-dessustout remplir son propre
devoir. LouisXVIeût pris la tête des idées et la route de l'ave-
nir, s'il avaitcommencépar latransformationurgente, par celle
de la nature intimedu pouvoir.A cette conditionil aurait revêtu
la dictature révolutionnaire.Nous avonsracontéquatorzeannées
de son règne; certes elles nesont point un acheminementà cette
dictature.Voicià cette heure le dernier motde son gouverne-
mentsur les besoinsnouveaux;il est développédans les pièces
suivantesque nous reproduisonsen entier, et qui sont d°le dis-
coursdu Roi, à l'ouverturedu lit de justice tenu à Versailles,le
8 mai 1788 le discoursdu Garde-des-sceaux,pour annoncer
l'ordonnancedu Roi sur l'administrationde la justice; 5" le dis-
coursdu mêmepour annoncfri'éditportant suppressiondès tri"
ammiJmair,a
IMMEDIATES DE LA nnrvm~aavm.
um.es RÉVOLUTION. ~a
231

~o,_ ~l! a__ _1.7,t.a:


bunaux d'exception 4° le discoursdu mêmesur la déclaration
de l'ordonnancecriminelle;5° le discoursdu même sur l'édit
portant réductiond'officesdansle Parlementde Paris; 6° le dis-
cours du mêmesur l'édit portant rétablissementde la cour plé-
mère; 7*le discoursdu même, pour annoncerla déclarationdn
Roisur les vacances;8°le discoursdu Roià la findulit dejustice.

DISCOURS DU ROI L'OUVERTURE DU LIT DE JUSTICE TENU A

VERSAILLES, LE 8 MAI.

Il n'est point d'écart auquel monparlementde Paris ne se


soitlivré depuisune année.
» Non contentd'élever l'opiniondé chacunde ses membres
au niveau de ma volonté, il a osé faire entendrequ'un enregis-
trement auquel il ne pouvait être forcé, était nécessairepour
confirmerce que j'aurais déterminé, même sur la demandede
la nation.
» Les parlemens de provincese sont permis les mêmespré-
tentions, les mêmesentreprises.
11en résulte que des lois intéressanteset désirées ne sont
pasgénéralementexécutées que les meilleuresopérationslan-
guissent que le crédit s'altère que la justiceest interrompue
ou suspendue; qu'enfinla tranquillité publique pourrait être
ébranlée. <;
Je doisà mespeuples, je me dois à moi-même, je dois à
mes successeurs,d'arrêter de pareilsécarts.
J'aurais pu les réprimer; j'aime mieux en prévenir les
effets.
» J'ai été forcé de punir quelquesmagistrats;mais les actes
de rigueur répugnentà ma bonté, lors mêmequ'ils sont indis-
pensables.
» Je neveuxdonc point détruire mes parlemens, maisles ra-
menerà leur devoiret à leur institution.
23St DESCAUSES
Je veux convertirun momentde crise en uneépoquesatu-
taire pour mes sujets;
Commencerla réformationde l'ordre judiciairepar celle
des tribunaux, qui en doitêtre la base;
Procurer auxjusticiablesune justiceplusprompteet moins
dispendieuse
Confier de nouveau à la nation l'exercice de ses droits
légitimes,qui doiventtoujoursse concilieravecles talens.
Je veuxsurtout mettredans toutesles parties de la monar-
chie cette unitéde vues, cet ensemble, sanslesquelsun grand
royaumeest affaiblipar le nombremêmeet l'étenduede ses pro-
vinces.
L'ordre queje veux établirn'est pas nouveau le parlement
était unique, quandPhiiippe-te-Betle rendit sédentaireà Paris.
Il faut à un grand Etat un seul roi, une seuleloi, un seulenre-
gistrement
» Destribunauxd'unressortpeu étendu chargesdejuger le
plus grand nombredes procès;
Desparlemensauxquelsles plus importansseront réservés;
» Une Cour unique dépositairedes lois communesà tout le
royaume, et chargéede leur enregistrement;
Enfin, des Etats-Générauxassemblés,non une fois, mais
toutesles fois que lesbesoinsde l'Etat t'exigeront
» Telle est la restaurationque monamour pour mes sujets a
préparée et consacreaujourd'huipour leur bonheur.
t Monuniquebut sera toujoursde les rendre heureux.
» Mongarde des sceauxvavousfaire connaîtreplus en détail
mes intentions.

DISCOURS DE M. LE GARDE-DES-SCEAUXPOUR ANNONCER L'ORDON-

NANCE DU ROI SUR L'ADMINISTRATION DE LA JUSTICE.

« MESSIEURS,

t Avantd'exercer aujourd'huidanscette Courla plénitudede


sa puissance, le roi s'est fait représenter dans ses conseils les
ptuo salutairesordonnancesde sesprédécesseurs,
DE LA RËVOUJTMN.
IMMEDIATES 253
Sa majestéa reconnu d'abord, par la seuleinspectionde
leur enregistrement, que l'autorité souveraineavaitété obligée
de se déployer tout entière, pour ordonner aux parlemensde
vérifierla plupart des loisqui ont assuréla prospéritéde la na-
tion.
Cet examen a déterminésa majesté à faire publier en sa
présenceplusieurs nouveauxédits que sa sagessea conçus
pour le bien de ses peuples.
» Cen'est en effet, Messieurs,que danscetteforme absolue,
ou du très-exprès commandementdu roi, que sont inscrites
dans vosregistresles meilleureslois de cette monarchie.
» L'ordonnancede CharlesV, qui fixe la majoritédes rois à
quatorzeans, dei575;
L'ordonnancede CharlesVIII, sur le fait de justice, de
1495;
» L'ordonnancede Louis XII donnéeà Bloisen 1498;
L'édit de Françoisler, portant créationd'un lieutenant-cri-
mineldanschaquebailliageet sénéchaussée,de 1525;
» L'édit de création et l'édit d'ampliationdes présidiaux,
d'Henri II, en 15S1;
» L'ordonnanced'Orléans, de CharlesÏX, en 1360;
» L'édit de Roussillon,de 1565;
» L'ordonnancede la mêmeannée, sur l'abréviationdes pro-
cès
» L'édit de Charles ÏX, sur la juridictiondes juges-consuls,
delo65;
La déclarationsur l'ordonnancede Moulins,en 1566
L'ordonnancede Blois, en 1579
r
L'édit d'Henri III, portant établissementdes greffes,pour
les contratssujets à retraîts lignâgers, de 1586
» L'édit d'Henri IV, portant créationdes greffiers dvi!s et
criminels, en 1597
23~ DES CAUSES

L'ordonnancede Louis XIII, sur les plaintesdes Etats-Gé-


néraux, eni6i4;
» L'édit de LouisXïïl, sur le domaine,en 1619
t L'édit de LouisXIV, contreles duels, en 1651
» L'ordonnance civile deLouisXIV, en 1667;
» L'édit de LouisXIV, portant établissementdes greffes pour
la conservationdes hypothèques,en 1673;
» L'éditpour les épices,vacationset autresfrais de justice.
de la mêmeannée;
» Enfin l'édit de 1774, qui vous*arétablis dans vos fonc-
tions.
» Ces exemples, Messieurs, avertissent le roi du
digne
usage qu'il peut faire du pouvoir suprêmepour le bieu de la
nation.
» Sa majestédoit incontestablement la justiceà sespeuples.
» Mais jusqu'à présent cette grande protection a été trop
lenteet trop dispendieusedans sesEtats.
» Des plaintes universellesavertissentdepuis long-tempssa
majestéde plusieursabus importansen ce genre; et toutesles
provincesde son royaumelui demandentégalementd'y pour-
voir.
En matièrecriminelle, vouséprouvezsouvent,Messieurs,
que vosjugemensportent sur des délitscommisà centlieuesde
la capitale.
C'est de la mêmedistancequ'en matièrecivileles sujetsdu
roi sont obligésde venir sollicitervos arrêts; et ce n'est bien
souventqu'après plusieursannéesd'attente, qu'ilsparviennentà
les obtenir.
Des contestations,dont le plus grand nombreest de peu
d'importance, les asservissentà de longs et ruineux séjours
dansla capitale; et l'art inépuisablede la chicane applique en-
core à de légers intérêts les formeslentes des discussionsles
plus épineuseset lesplus compliquées.
» Cependantsa majesténe vousimputepointces lenteurs, et
elle se plaît à rendre aujourd'hui, Messieurs,un témoignage
IMMÉDIATES DE LA RÉVOLUTION. 25S
0- 1 _z~" r.:
soteimelde satisfactionà votre activité, à votre zèle, à vos lu-
mières.
» Quoiquecetinconvénientd'un trop longdélaisoit plus mar-
qué dans cette Cour, à causede l'immenseétenduede son res-
sort, sa majestén'ignorepas qu'Usefait encoretrop sentir dans
le ressort de ses autres parlemens.
» Pour y remédier, le roi s'est vu réduit à l'inévitablealter-
native, ou de multiplierses Cours souveraines,ou d'augmenter
les pouvoirsdes tribunauxdu secondordre.
» C'est ce dernier moyenque sa sagessea préféré.
» En conséquence,le roi se détermineà donnerune constitu-
tion nouvelle ses bailliages il les autorisetous à juger défini-
tivement les contestationsdont le fond n'excéderapas quatre
millelivres.
» En même temps, et au-dessus de ce premier ordre de
sa majestéchoisitdanslesvillesles plus considérables
bailliages,
de votreressort lestribunauxqui y sont établis, pour les élever
à une compétenceplus considérable;et sousla dénominationde
grands bailliages, ils déciderontsans appel les affaires crimi-
nelles, de même que les procès civils, lorsque la .valeur de
l'objet contesténes'élèverapas au-dessusde 20,000liv.
x Ainsisa majestévousréserve. Messieurs,en matièrecivile,
toutes les contestationsqui excéderontcette dernière attribu-
tion, et deplus toutesles causesqui de leur nature doiventres-
sortir à ses Cours; et en matière criminelle, vous connaîtrezt
commepar le passé,des causesdes privilégiés.
Par cet ordre qu'elleprescrit, sa majestévousnxeà vosvé-
ritablesfonctions.
» Elle conserveaux ecclésiastiques,aux gentilshommes,et à
tous ceuxde ses sujetsqui participentà leurs privilèges,le droit
de n'avoir que vousseuls pour juges suprêmesen matièrecri-
minelle.
» Elle vousattribueégalementen matièrecivile le jugement t
définitifdes grandesaffaires, pour lesquellessesCours ont ét~
;~6 DES CAUSES

principalementétablies, selonles termes du roi Henri II dans


Fëditde créationdes présidiaux.
» Le roi regardantcommeun
sageprincipede législationde
soumettreà deux jugemensdifféronsles questionsd'unecertaine
importance,assureà tous les sujets deux degrés de juridiction
pour les affairesde cetteespèce.
» Ainsi sa majestén'abolitaucun
tribunal, n'exerce aucune
contrainte, et elle se borne à rapprocher la justice des justi-
ciables, dans les mêmestribunaux qui la leur rendent
depuis
long-temps.
» Il en coûtera aux
peuples beaucoup moins de peine, de
temps et de dépensepour l'obtenir.
Quantaux jugemenscriminels,quoiquela vied'un hommesoit
aux yeux de sa majesté d'un
prix incomparablement plusgrand
les
que propriétésles plus importantes,de
sages considérations
ont pourtantdéterminéle roi à accorderle dernier
ressort aux
grands bailliages,en matière criminelle, en même ~mps qu'il
restreint, en matièrecivile, leur droit de juger sans appel, à la
sommede 20,000livres.
Sa majestém'ordonnede vousfaire connaîtreles motifs
qui
l'ont décidéeet rassuréedans cette
dispositionde sa loi.
D'abord, Messieurs,les grandesquestionsen matièrecivile
sont infinimentplus contentieuseset
plus embarrassantesque les
causescriminelles.Les artificesde la
plaidoirietiennentencore
à les compliquer;et commeil faut
plus de lumièreset de talent
pour les discuter, il faut aussiplus de pénétrationet de savoir
pour les résoudre.
Lesjurisconsultesque cesquestionssavantes
exigent,se trou-
ventrarementhors de l'enceintedes Cours.
Les procèscriminels,au contraire, dans
lesquelsil ne s'agit
que d'éclairciret de constaterles faits d'après les témoignages et
tes preuves,et d'en déterminerl'espèceet le rapport avecla loi,
sont beaucoupplus simplesde leur nature.
"Or, ce n'est pas tant, Messieurs,à l'importancedes raisons
qu'à la difficultéde lesjuger, que le tégislateurdoit avoirégard,
MiWÉD!ATES DE LA RÉVOLUTION. 23'

en assignantà la juridictiondes tribunaux son étendue et ses


limites.
» C'est d'après ce principeque nos rois ont accordéle droit de
juger sans appel, en matière criminelle, à plusieurs tribunaux
particuliers;tandisqu'ilsn'ontjamaisdonnéen matièrecivile,aux
jugesinférieurs,la prérogativedu dernier ressort que pour une
sommedéterminée.
» C'est encored'après ce principeque ces mêmes
juges infé-
rieurs sont déjà chargés, dansle royaume, de l'instructiondes
procès criminels, et c'est sur la foi de leurs lumièreset de leur
intégrité que les Cours prononcent, puisque c'est l'instruction
qui déterminele jugement.
» Ainsi,Messieurs,tout le ressort duparlementsera
conservé
maisil sera partagé en juridictionsnouvelles,qui rendrontl'ad-
ministrationde la justice plus facile, plus prompte et moinsdis-
pendieuse.
» Descommissairesdignesde la confiance
publiquevont par-
courir, par ordre du roi, toutes les provinces, pour marquer
les divisionsdes ressorts, écouter les représentationsdes
villes,
et tracer à la sagessede sa majesté la route qu'elle doit tenir
dans cette distribution.
» Dès que ce travailsera terminé, le roi distribueraconvena-
blément,et dansle nombrenécessaire,les tribunauxinférieurs,·
il réduiraau besoindu service,dans chaquesiège, te nombredes
officierssubalternesde la justice, et s'occuperaenfin,
pourla
réforme des prisons, d'une nouvelleadministration,qui aurait
été impraticablesansdistributiondesprocèscriminelsen un
plus
grand nombre de tribunaux.
< Tels sont, Messieurs,les rëgtemenspréliminaires doi-
qui
vent préparer et simplifier la réforme des lois criminelleset
civiles.
f L'érectiondes grands bailliagesfaciliteratoutes ces opéra-
tions importantes;et en acquittantune si grande dette de sa
justice, le roi aura la doublesatisfactionde suivrele mouvement
de soncoeuret d'exaucerle voeude ses peuples. »
238 DES CAUSES

DISCOUS DE M. LE GARDE-DES-SCEAUX, POUR ANNONCERL'ÉDIT

DU ROI, PORTANT SUPPRESSION DES TRIBUNAUX D'EXCEPTION.

t Messieurs,il existedansle royaumeun très-grandnombre


de tribunauxparticuliers,qui sont autant d'exceptionsà l'admi-
nistrationde la justiceordinaire.
» La plupart des juges qui les composentne sont pas même
tenusd'être gradués.
Tels sontles bureaux des finances avecla chambredu do-
maine et du trésor, les juridictionsdes traites, des greniers à
sel, des eauxet forêts, et les élections.
Chaqueespèce d'intérêt a, pourainsi dire, ses jugesparti-
culiersdansles étatsde sa majesté.
» Les sujetsdu roi se méprennentsouventsur la juridiction à
laquelleleurs diversescausesappartiennent, et ne saventà quel
tribunalils doiventdemanderjustice.
II résultede cette multitudede tribunauxdes procès conti-
nuelsde compétence.
» Tous ces officesde judicature, dont la nécessitédu service
doit seulefixer le nombre,sont égalementonéreuxaux peuples,
par les exemptionsdont les titulairesont droit de jouir, et au
roi lui-même, par la dépense annuellequ'ils imposentau do.
mainede sa majesté.
t Pour simplifier l'administration de la justice dans son
royaume,le roiveut,Messieurs,quel'unité des tribunauxréponde
désormaisà l'unité des lois.
» Sa majestésupprimedonc aujourd'huidans ses États tous
les tribunaux d'exception,comme corps de judicature, et elle
réunitcesjuridictionsparticulièresaux justicesordinaires.
t II suffit,sansdoute, Messieurs, d'énoncerce nouveaubien-
fait du roi, pour en manifesterl'utilité.
» Maisen retirantdes tribunauxd'exceptionla juridictioncon-
tentieusequi trouble le cours de la justice, la sagessede sa
IMMEDIATES DE LA RËVOUJTMN. 23~

majestéconserveet confirmela plénitudede leurs pouvoirsdans


la partie d'administrationrelativeà la policeet au bon ordre qui
leur est confiée, et que cesjuges ordinairesne pourraientni sur-
veiller, ni régler avecle même succès.
Le roi vamultiplier,Messieurs, le nombredes juges dansles
tribunauxinférieurs; sa majestése propose 'd'y admettre ceux
desofficierssupprimésqu'ellejugera dignesde sa conSance,de
sorte qu'ils auront tous, selonles intentionsdu roi, l'alternative
d'un remplacementou d'un remboursementsuccessif.

DISCOURS DE M. LE GARDE-DES-SCEAUX, POUR ANNONCER LA DÉ-

CLARATION DU ROI, RELATIVE A L'ORDONNANCE CRIMINELLE.

MESSIEURS,

» La nécessitéde réformer l'ordonnancecriminelleet le Code


pénal, est universellementreconnue.
x Toutela nationdemandeau roi çet acte importantde législa-
tion, et sa majesté a résoludans ses conseils,de se rendre au
vœu de ses peuples.
» Sa majesté a voulud'abord qu'on établîtdans l'ordonnance
criminelleune distinctionpréciseentre les abus qui tiennentà
l'ensemblede la législation, et les abus qui n'étant pas de même
inhërensà la loi, peuventen être détachésavantla'rédactiongé-
néralede la réforme.
» Le premier et le plus alarmant de ces abus particuliers,
celuiqui, sousune législationdéfectueuse,rendrait tousles au-
tres irréparables, c'est la dispositionde l'ordonnancequi enjoint
l'exécutiondesarrêts de mortdès qu'ils ont été p~noncés,
C'est pour prévenirde funesteserreurs, qui sont rares san~
doute, mais dont les fastesdes tribunauxne fournissentencore
que trop d'exemples, qu'en accordantaux grandsbailliagesle
dernier ressort en matièrecriminelle, le roi veutassurer à tous
les condamnésle tempsnécessairepour sollicitersa clémenceou
pour éclairersa justice.
340 DES CAUSES

< Dans cette vue, sa majesté ordonne, par la loi que vous
allezconnaître, un mois de sursëancepour l'exécutionde tous
les arrêts de mort.
< Cetteprécaution, commandéeparla circonstance,seraéga-
lement précieuseà conserveraprès là réformedes lois crimi-
nelles.
» Il estnotoire en effet, Messieurs, que, dans les États les
plus éclairésde l'Europe, tous les jugemensportantpeinede
mort sontsoumisà l'autorisationdu souverain.
C'est un usage d'autant plus digne de passeren loi dans la
monarchiefrançaise,que le droit de faire grâce étant le plus bel
attributde la royauté, cetteprérogativedeviendraitillusoire, si
les jugemensétaientexécutésavantque le princepût savoirqu'ils
ont été rendus.
f Mais en s'assurantainsi pour toujours un droit dontil ne
veut user qu'avecsagesse, le roi autorisenéanmoinsl'exécution
immédiatedes arrêts de mort, danslescasd'émeuteet de rébel-
lion, où la promptitudedes supplicespeut hâterle rétablissement
de l'ordre.
» En accordantà tous les condamnésun mois de surséance,
le roi a statuéque ce délai de l'exécutiondateraitdu jour où le
coupableauraitentendula lecturede sonjugement.
Cettedisposition,que Sa Majestéavait profondémentmé-
ditée dans ses conseils,a excitévosréclamations.
e Maisvousle savez, Messieurs,la consciencedes coupables,
les interrogatoiresqu'ils ontsubis,les preuves qu'on leur a op-
posées, leur passage de la prison communedans les cachots
immédiatementaprès leur condamnation,leur renvoidevantles
premiersjuges~ enfinje ne saisquellepublicitésoudaineque les
décisionsde la justice ont communémentdansl'enceintequi ras-
semble les malfaiteurs, ne leur laissentpresquejamais ignorer.
leur sort, dès qu'il est irrévocablementHxé.
» L'état habituel des chosesa doncici préparé d'avancela
dispositionde la loi.
Maisquand mêmece serait une innovation,si e}teest juste;
IMMÉDIATES DE LA RËVOLUTJQN. 244

et salutaire, la compassionqu'on lui oppose a-t-elle droit d'y


mettreobstacle?
) Ce n'est point à de telsmouvemensque le législateurdoit se
livrer.
» Sa compassionconsiste, d'une part, à diminuer la rigueur
des peinesautant que le maintiende l'ordre et de la sûreté pu-
blique lui permet de les modérer; de l'autre, à ménager aux
condamnéstous les moyenslégitimesd'éviterle supplice.
II est doncessentiel, Messieurs,d'établirun ordre nouveau,
où le jugement de l'accuselui soit révélé, afin qu'il puisse pro-
fiter et du délai qu'il a pour se défendre, et du conseilqu'il a
pours'éclairer.
» N'y eut-il, Messieurs, dans tout un siècle qu'un seulinno-
cent à qui cette significationanticipéepût conserverla vie, c'est
de celui-làque le législateurdoit s'occuper.
A la suitede ce règlement, la vigilancedu roi s'est portée
vers d'autres objetsnon moinsdignesde sa sagesse.
» Ainsisa majestéinterditla formuleadoptée dans la rédac-
tion de vos arrêts, pour condamnerà mort sur les cas résultans
t<M procès, sansarticulerles crimesque vouspunissezau nomde
la loi.
» La dignité mêmede vosjugemens exige l'énonciationex-
pressedesdélits.
» Queltribunalpourrait être jalouxde la prérogatived'infliger
des peinescapitalessansmotiverses arrêts?
» Le roi a donc pensé. Messieurs, que toute condamnation
solennellequi met la peine à la suite du délit, devaitmontrer le
dëlitacôtédelapeme.
Aprèsavoir déterminéla forme du jugementdescoupables,
le roi s'est occupédes dédommagemeusque vousdécernezaux
innoeens,lorsqu'ils ont subi, sur de faux indices, les rigueurs
d'une poursuitecriminelle.
» Sa majestéa vouluconnaîtrele genre de réparationsque la
loidevaitleuravoiracisurées.
T.
g42 DES CAUSES

Je doisle déclarerhautement, Messieurs,sa majestéa vu,


avecla plus grandesurprise, que la législationde son royaume
n'avaitencorerien statué en leur faveur; et que s'il nese trouvait
frais
pas au procèsune partie civilequi pût être condamnéeaux
de l'impressionet de l'affichede ces jugemens d'absolution,cette
faibleindemnitén'était pas mêmeaccordéeà l'innocence.
Le roi s'occupede ces réparationsqu'il regarde commeune
dettede sa justice.
Mais en attendant que sa majestépuisse atteindrece but y
d'une législationvraimentéquitable,qui, prévoyantla possibilité
de confondred'abordl'innocentavec le malfaiteur,ne se borne
point à punir, et se croit alors obligée à dédommager,elle veut
que ces jugemens d'absolutionsoient impriméset afRchésaux
dépensde son domaine.
» Les mêmesconsidérationsd'humanitéet de justicequi sug-
gèrentau roi ces précautionstutélairesen faveur de l'innocence,
déterminent sa majesté à lui épargner une hontequ'elle subit
quelquefoisdevantvous; et c'est dansce desseinque le roi vient
d'abolirl'usaged'interrogerlesaccuséssur la sellette.
» Cette formalitéfut admisedans les tribunaux, commeun
adoucissementd'humanitéenvers les prisonniersqui comparais-
saientautrefoischargésde fers devantleurs jugés.
» Mais,dans nos mœurs, la selletteest devenueune véritable
flétrissure.
< L'ordonnancede 1670y avaitassujétiles accuséscontreles-
quels il y aurait des conclusionsà peine afflictive;rusage y â
soumistous les accusés-contrelesquelsil y a des conclusionsà
peine infamante.
Cependantle ministèrepublicest leur partie et non pas leur
juge. Il ne doit doncpas avoir le droit de leur imprimer, avant
mêmeleurjugement, une espècede tache déshonorantepar le
seulénoncéde son opinion,qui n'obtientpas toujoursla sanction
de vosarrêts.
SIl'accuséest coupable, l'humanitédéfendde le trouver;
et s'il est innocent,la justicene permetpas de le Bétrir.
IMMÉDIATES DE LA RÉVOLUTION. 243
» Enfin, un dernier objet de réformepréparatoirea fixé l'at-
tentionde sa majesté
? C'estla questionpréalable.
» Sa majestéa considéré que la loi réprouvait elle-mêmece
cruel moyende découvrirta vérité, puisqu'ellefrappe de nullité
les aveuxque le patient ne ratifie pas, quand il a cesséde souf-
frir
» Que ces déclarations, arrachées par la violencede la dou-
leur, et soutenuesensuitepar la crainted'être remisà la torture,
pouvaientfairetomberles jugesdansles erreurs les plusfunestes;.
» Enfin, qu'ilsuffisaitquel'utilitéetla nécessitéde la question
préalablefussentcontestéespar tant de réclamations,pour que
le législateurdut essayerun autre moyend'obtenir des
coupables
la révélationde leurs complices.
Tellessont, Messieurs,les dispositionspar lesquellessa ma-
jesté commenceà procéder à la réformedes loiscriminelles.
Tousles tempssont propres sansdoute à prévenir le mal et
à faire le bien; et lorsquel'utilitéd'un changementdansla
légis-
lation est manifeste, et que l'exécutionen est possible,c'est un
bienfaitpublicqu'il ne faut jamais différer,x

DISCOURS DE M. LE GARDE-DES-SCEAUX POUR ANNONCER L'ÉDIT

DU ROI, PORTANT RÉDUCTION D'OFFICES DANS SA COUR DE

PARLEMENT DE PARIS.

MESSIEURS,

« Les principesqui formentla basede l'ordonnancedu roi sur


l'administrationde la justice, appellent les conséquencesque
vous allez voir développéesdans un nouvel édit de sa
majesté,
concernantla suppressionde plusieursofficesdans cette Cour.
Il y aura beaucoupmoins d'affairesà juger; il n'est donc
plus nécessaired'y entretenirle mêmenombrede juges.
Maisavantde prononcercette suppression, le roi a com-
mencépar s'assurer qu'elle n'aurait rien de contraire à la sage
et célèbre ordonnancede Louis Xt, du 21 octobre
H67, sur
l'inamovibilitédés offices.
~t DES CAUSES

La discussion de cette loi mémorable s'est faite dans le con-


seil du roi, et elle a pleinement rassuré la justice de S. M.
) Voici, Messieurs, les termes précis de cette ordonnance,
les juges
qui intéresse encore plus les justiciables que
< Comme depuis notre avènementà la couronne, plusieurs mM-
tations ont été faites en nos offices. nous statMOtM que désormais
KO!M n'en doMHerO)M par mort, ou par ré-
aucun, s'il n'est t'CtCMHt
»
Mgt:~tOH~oupa)'ff:t!:Mrept-M~Mem('Kt~M~ee.)
t C'est donc, Messieurs, à l'inconvénient de la mutation que
la loi de Louis XI a voulu remédier.
]<Quand il n'y a point de nuttttftomdans les offices, la disposi-
tion de l'ordonnance n'a donc plus d'application.
» Ainsi, nos rois ont renoncé à l'usage ancien et abusif de dé-
un autre.
pouiller un juge de son office, pour en revêtir
» Mais par la même raison qu'ils ont toujours pu multiplier
ces offices dans les tribunaux, ils n'ont jamais perdu le droit
inhérent, à la couronne, d'en réduire le nombre, dès que le bien
de l'État exigerait cette réduction.
II est en effet de toute évidence que c'est l'inamovibilité des
officiers, et non pas la perpétuité des offices dejudicature qu'a
établie l'ordonnance de Louis XI.
» Depuis cette époque, Messieurs, nos rois ont créé de nou-
veaux parlemens ils ont aboli des Cours entières qui n'existent
n'ont été que l'exercice
plus et ces créations et ces suppressions
naturel de l'autorité souveraine.
» Sa majesté reconnaît hautement que la destitution person-
nelle d'un juge, pour en substituer un autre, ou, ce qui serait la
même chose, M suppression d'un tribunal pour le remplacer par
un autre, exige une forfaiture préalablementjugée.
Voilà, Messieurs, la sauvegarde de la magistrature, ou
vous administrez la justice au nom
plutôt des peuples, auxquels
du Roi.
Maissa majesté a appris des ordonnances de son royaume
ainsi que des exemples de ses prédécesseurs, qu'une suppression
collective d'offices, qui n'est qu'une réforme nécessaire dans un
MMËDIATES DE LA RÉVOLUTION. 245

corpsde judicature, ne doit pas être confondueavecces destitu-


tions individuellesqui exigent un jugementpréalable, et qu'elle
appartient essentiellementà l'administrationgénéralede l'Etat.
t Aprèsavoirfait unlégitimeusagede sa puissaaGe,en rédui-
sant le nombredes juges aux besoinsdesjusticiables,le roi n'a
Négligedans cette suppressionaucunedes précautionsque pou-
vait lui suggérerla plus exacteet la plusimpartialejustice.
Sa majestéconserved'abord à ceux d'entre vous sur qui
tombe la suppressionqu'elle va ordonner, tous les honneursat-
tachésà vosoffices,hors du tribunal dont vouscesserezd'être
membres.
j<En supprimantles chargesdes magistratsqui ont été le plus
récemmentpourvusd'officesen cette Cour, le roi leur en rem-
bourse dès à présent la financeen devers comptàns.
» Les ordres sont donnés, les fondssont prêts, et ces rem-
boursemensn'essuierontaucundélai.
» Cette suppressions'opérerad'ailleurs~ans distinction,sans
exception, en suivantrigoureusementl'ordre du tableau.
« Les officesactuellementvacansseront comptés au nombre
de ceux que le roi supprime, et l'excédantde la suppression
porterasur lesdernierstitulairesreçus danscetteCour.
» Enfin, Messieurs,sa majestém'ordonnede déclareren son
nom, que, lorsqu'ily aura désormaisdes chargesvacantesdans
son parlement, elleles accorderade préférence ceux des ma-
gistrats dont elle supprimeles offices.
C'est une consolationque le roi se plaît à donnerà sonpar-
lement, que l'espérancede voir successivement revenirdans son
sein ceux de ses membres qui méritentses regrets, et que les
circonstancesobligentsa majestéd'en séparer,»

DISCOURS
DEM.LE GARDE-DES-SCEAUX
POUR
ANNONCER
t'EMT
DUROJ,PORTANT DELACOUR
RÉTABLISSEMENT PL~NtËRE.

Messieurs, avant mêmeque cetteCour fût composéed'unsi


grand nombre de magistrats, François I", Henri II Henri IV,
846 DESCAUSEE
et LouisXIIÏ, avaientsentile danger d'admettre!àjeune magis-
trature aux délibérationsde leurs parlemens sur les affaires
publiques.
» Ils avaientconsidéréqu'étant excluedu jugementdes causes
importantes,elledevaitbienmoinsencoreparticiper à la discus-
sionde cellesqui intéressaientl'Etat, où elle aurait dominépar
le nombre.
» Frappé des mêmesinconvéniens,le roi exécuteaujourd'hui
le projet que sesprédécesseursavaientconçu.
Sa majestén'admetde son parlementde Paris que la seule
grand'chambreà la Cour qu'ellerétablit, pour procéder â la vé-
rificationet publicationde seslois générales.
» Mais,jaloux de rendre cetteCouraussidignequ'il estpossible
de sa confianceet de cellede la nation, le Roi réunit cette por-
tion éminentede la magistratureaux Princesde son sang, aux
Pairs de son royaume, aux grands officiersde sa couronne, &
des Prélats, des Maréchauxde France, et autres personnages
qualifiés,des gouverneursde province, des chevaliersde 86s
ordres, un magistratde chacunde ses parlemens,des membres
choisis dans son conseil, deux magistrats de la Chambre des
compteset deux de la Cour des aidesde Paris.
C'est dans cette formeque le roi rétablit aujourd'hui çe tri-
bunal suprêmequi existaitautrefois,et qui, selonles expressions
mémorablesde'Philippe de Valoiset de Charles-le-Sage,était
<econsistoiredes féaux et des barons,la cotM'du ~OMtM~eet des
PaN's, le ParlementMttM~et la justicecapitaledela France, la
MM/eimagedela majestésouveraine,la sourceuniquede toute
justicedu royaume,et le prinçipalconseildesRois.
» Cette résolution,Messieurs,n'est pas nouvelledans les con-
seilsde sa majesté;vousn'avez pas oublié qu'elle vousfut an-
noncéedansla première de ses lois, au momentoù vousfûtes
rendusà vosfonctions.
Maisil fallaitque l'exécutiond'un si grand changementfût
sollicitéepar les circonstances.
» Les circonstancesl'exigenten effet.
ÏMM~NATES DE LA REVOLUTION. 3~7
:J
» Cen'est pas, Messieurs, que jusqu'à la convocationdes
Etats-générauxpromise par le Ro!, sa majéstése propose dé
rien ajouter aux impôtsqui ont déjà reçu leur sanctionlégale.
Et si par malheur, une guerre imprévueou d'autres néces-
sités urgentes de l'État, rendaient indispensablesde nouvelles!
perceptions,ce ne serait que provisoirementet jusqu'à l'assém-'
Mëe de la nation, que le roi demanderait à la Cour pténièred'en
vérifierles ëdits.
» Maisil y a d'autreslois que les lois bursales, des lois d'une
importancereconnue, dont la résistancedes parlemensa diver-
sementcontrariél'exécution,et qui exigentqu'une seuleet même
sanctionles mette en activitédans tout le royaume.
» Del'unité dé ce conseilsuprêmedoiventnécessairementré-
sulter, Messieurs, des avantagesinestimablespour une grande
monarchie.
Déjàlesdiversescoutumesqui régissentles différentespro-
vînmes,et mêmesouventlesdifférentesvillesde chaqueprovince,
ont fait un chaosde la législationfrançaise.
Il entre dans les vueslégislativesde sa majestéde simplifier
ces coutumesdiverses, et d'en réduire te nombre avectous les
ménagemensque méritent d'ancienneslois, lorsqu'ellessontliées
aux moeurslocales.
Maissi à cettediversitéde lois particulières,il fallaitajouter
encore, dans l'exécution des lois générales, de nouvellesdiffé-
rencescausées danschaque ressort, tantôt par lë refus, tantôt
par les clauses d& l'enregistrement, il n'y aurait plus ni unité
dans la législation,ni ensembledans la monarchie.
Aces considérations,qui seulesauraientrendu indispensable
!erëtâbtIssementdeIaCourpléHière,sejoignentencore,Messieurs,
desmotifsd'un grand poids.
n Leroi, sans doute, est loin de supposer que ses parlemens
puissentjamais oubliertout ce qu'ilsdoiventd'obéissanceet de
Mélité à l'autoritésouveraine.
«Maisenfin,Messieurs,sousl'empiredes lois, toutesles classes
de citoyensdoiventse reconnaître justiciablesd'un tribunal et
248 DES CAUSES

les parlemensn'auraienteu jusqu'à présent d'autre


~ne wnn~nmnna ra'n"nn.nr~! _J.2 ~~1_ _1' ·-

juge que le
roi seul, dans le cas mêmede forfaiture.
Ce n'es~qu'àIaCourpIénièrequesa majestépeutconfiercette
fonctionrigoureuse, dont l'exercicedoit évitera sa
bontél'usage
personnel de son autoritéconfrères magistratsqu'elle s'est vue
plusieursfoisdansla nécessitéd'employer.
» Pour rétaMircetteCoup,leroi n'a eu besoind'aucuneinnova-
tion il lui a suffide remonterau-delàde l'érectionde sesparle-
mens.
C'est dans les monumensde notre histoireque sa
majestéa
trouvéle modèlede cette grande institution.
» Eneffet, avantlacréationdes'Coursdansles
provinces,dont
la premièreépoqueest du quatorzièmesiècle, il n'existaitencore
que le parlementde Paris, quienregistrait les lois pour tout le
royaume.
» Ce premierparlementformaitalorsla Cour
plénièredansles
occasionsimportantes; et cette Cour plénière était composée
commele roi la composeaujourd'hui.
» Quantaux parlemensde province,dont.la créationsuccessive
est postérieureà cetteancienneformed'administration,ils doivent
être d'autant moinsétonnésde perdrele droit
d'enregistrement,
que nosrois leur ontinterditlaconnaissancede plusieursespèces
de causesattribuéessansréclamationau seulparlementde Paris.
Cependant,Messieurs,pour ne point se priver des connais-
sanceslocalesqui peuventavertir sa bontéou éclairersajustice,
le roi admet à sa Cour plénièreun magistratde chacun de ses
partemens.
Ainsi, quandles provincesde teurressortauront desintérêts
particuliersà discuter, ellesy trouveronttoujours un Ëdèie in
tcrprète de leurs réclamationset de leurs devoirs.
» Pour vous, Messieurs,vous serez tous appeléssuccessive-
ment, par ordre d'ancienneté,à cetteCourauguste.
Vousne subirez,pour devenirmembresdelà Cour plénière,
que les mêmesdélaisauxquelsvousêtessoumispour siégerà la
grand'chambre.
IMMEDIATESDE LA REVOLUTION. 249

» Rendusà vosfonctionsnaturelles,vousjouirezdésormaispai-
siblementde la considérationqueméritentvosservices.
Vousverrez l'Etat prospérer sousune administrationécono-
mique, tranquilleet modérée; vousbénirez le roi qui se mon-
trera entièrementoccupé à réparer~ de concertaveclà nation,
les maux passés, et à préparer Us biensà venir, qui, loind'avoir
vouluconcentrersonautoritédansunseulcorps,pourlarendrear-
bitraire, ne demanderajamais,soit à la nation, soità ce tribunal
patriotique, qu'un zèlesincère, desconseilséclairés, le respect
pour la justice, l'amour des peuples, un courageuxdévouement
au bien public, et qui enfinest aussidécidéà n'abuserjamaisde
sa puissance,qu'à la mainteniret à la faire respecter.

DiSCOURS DE M. LE GARDE-DES-SCEAUXPOUR ANNONCER LA DÉCLA-

RATION DU ROI, SUR LES VACANCES.

Messieurs, en vertu de!a nouvelleordonnancedu roi sur


l'administrationde la justice, la plupartdesprocèsactuellement
engagésdansles Cours souveraines,doivent être renvoyés et
distribuésaux tribunauxdu second ordre, pour y être jugés en
dernier ressort.
II vousserait presqueimpossible.Messieurs,d'appréciervous-
mêmes, dans la foule et la confusionde tant d'Intérêtsdivers,
cette exactevaleur' des objetscontestés,qui désormaisdoit être
la mesuredes différentesattributions.
»C'est auxparties intéresséesà convenirdeleursintentionsré-
ciproques, et à recourir en conséquenceau tribunalauquelil
appartientd'en décider.
» Cesdiscussionspréliminairesdemandentdu tempspour être
régléesentre les plaideurs, et pour leur éviter tous ces procès
de compétence,que le roi, dans le nouveauplanqu'il a conçu
relativementà l'administrationde !ajustice, a eu tant à cœur de
prévenir.
»Enfin,quandmêmeles déplacemensdes causes,et le
change-
ment des défenseurs, auraient exigémoinsde délais, et que la
distributiondesprocès', selonla valeur des objets.en litige eût
250 BESCAUSES
pu s'exécutersans retardement, la poursuite des procès n'en
serait pas moins inévitablement, interrompue, en attendantque
les tribunauxdu secondordre soient formés complètement,et
leurs districtsdéterminés.
»H doit y avoiren effetunaccordperpétuelet une correspon-
dance continueentre l'activitétes tribunauxinférieurs, et celle
des Cours souveraines.
Cette harmonie,Messieurs,sera incessamment et parfaitement
établie.
»Maispour donnerà touscestribunauxcetteconstitutiongra-
duelleet régulière d'où leur accord dépend, sa majestéa jugé
indispensablede suspendrel'exercicede vosfonctions.
Le roi trouved'autant moinsd'inconvénientà cetteInterrup-
tion dans l'action de ses Courssouveraines,qu'ellen'est qu'une
extensionde vosvacancesordinaires.
j'Sa majestévousrappellera,Messieurs,auxfonctionsqui vous
sont réservées, dès que les deux ordres de bailliagesqu'elle
institue serontformésdans votre ressort.»

DISCOURS DU ROI, A LA FIN DU LIT DE JUSTICE, TENU A VER-

SAILLES, LE 8 MAI 1788.

c Vousvenezd'entendremesvolontés.
» Plusellessont modérées,plus ellesserontfermementexécu-
tées ellestendent toutesau bonheurde messujets.
~Jecompte;surle zèlede ceux d'entrevousqui doiventdansle
momentcomposermaCour plémère les autres mériterontsans
doute par leur conduited'y être successivementappelés.
~Jevais faire nommerles premiers,et leur ordonnerde rester
à Versailles,et aux autres, de.se retirer.

Les diversédits promulguésdansce lit de justiceexaspérèrent


tous les parlemensdu royaume celuide Paris donnal'exemple
-de la lutte la plus opiniâtre celui de Rennesopposa une telle
fermeté, que le comte de Thiars, gouverneurde .la province,
voulantrecourir à la force, se vit menacéd'uneinsurrectiongé-
ÏMMËNATES DE LA RévOMJTMN. 831

nérate; celui de Grenoble fut exile.a main armée: le peuple


s'attroupa, attaqua les soldats, et de part et d'autre le sang fut
répandu; celuide Bordeauxse fit exilerà Libourne.
Parmi cette guerre, qui devaitnécessairementse terminer par
la défaite du pouvoir, rembarras des Snancesétait, au fond, sa
blessuremortelle. Le génie du premier ministreétait en outre
un moyensi précaire, qu'on l'accuse den'avoir jamaisconnula
différencedesbilletset des actionsde la eaissèd'escompte,dont
il ne concevaitni l'organisation,ni lejeu. Il imagina,pour écarter
la banqueroute, deux édits successifs,qui ruinèrentimmédiate-
ment le crédit, et déterminèrentenSnla retraite de leur auteur.
Le premier, à la date du 16 août 1788, légalisaitles atermoie-
menset suspensionsde paiemensqui depuis long-temps exci-
taient les murmures il autorisaitle paiementen papier des deux
cinquièmesde toutesles rentes, soit perpétuelles, soit viagères,
au-dessusde douzecentslivres; il retardait d'une annéetous les
reniboursemensen capitauxet primes résultantdes tirages faits
ou à faire des emprunts, autres que ceuxdespays d'États, ainsi
que les remboursemensdus pour acquisitionou échange; le se-
cond, à là date du.18 du mêmemois, était relatif à la caisse
d'escompte.Les billets de cette caisse étant la principaleres-
sourcedu trésor, on en fit un papier-monnaied'un cours forc~,
en suspendantleur remboursement, auquel là caissene pouvait
satisfaire, à causedes avancesconsidérablesqu'elle avait faites
au gouvernement.Voicila teneur de l'édit:

A~RÉT DU eONSEIL-D'ETAT BU RO!, DU 18 ÀOCT 1788, CONCER-

NANT LA CÏRCUJLATMN DES BOLETS DE LÀ CAISSE D'ESCOMPTE.

<Parcet arrêt, le roi a autoriséle caissiergénéraldelà caisse


d'escomptea payerjusqu'au I" janvier 1788, à ceuxdes por-
teùrs desbillets de la caissequi ne voudrontpas les laisserdans
la circulation, le montantdesditsbillets en bonseffets e! lettres
de changesur particuliers, enbonifiantl'escompte:
«Ordonnesa majestéque lesditsbillets dela caissed'escompte
continuerontd'avoir cours, et d'être donnéset reçuspour comp-
252
iZO.Z BESCAUSES
DES
tant, comme par le passe, dans toutesles caissesgénéraleset
particulières,à Paris seulemeut.
~Faitdéfenses,sa majestéà tousporteursde faire aucunepour-
suitejusqu'au ~janvier prochain, pour le paiementen espèces
desditsbillets. Fait pareillementdéfenseà tousnotairesouhuis-
siers de faire aucunsprotêts ou d'autres poursuitesjusqu'au
1erjanvier prochain,pour raison des lettresde changeou billets,
dontle paiementaura été réellementofferten billetsde la caisse
d'escompte: sa majestése réservant, et, à son conseil, la cou-
naissancede toutespoursuiteset contestationsconcernantl'exé-
cutiondu présent arrêt, et icellesinterdisant à toutesses cours
et autresjuges.
*.Mem.,en faveurde la caissed'escompte.
»Samajestéseproposantde donnerde nouvellesmarquesde sa
protectionà un établissementque l'exactitudeet l'utilitéde ses
serviceslui ont rendu recommandable;le roi interprétant en
tant que de besoinl'articleV de l'arrêt renduen iceluilei6 du
présent mois, a déclaréet déclare n'avoir entenducomprendre
dans les dispositionsdudit article, les intérêts du dépôt de
soixante-dixmillionsremis au. trésor royal par la caissed'es-
compte, en exécutionde l'arrêt du 18 février4787; ordonne
que lesdits intérêts continuerontd'être payés comme par le
passé, en deniers comptanspour la totalité, sans que, pour
quelqueprétexteque ce soit, aucunsbilletsdu trésor royalpuis-
sent entrer dans l'acquittementdesdits intérêts, non plus que
du capital, le casde la remisedudit dépôtarrrivant.
Cesdeux opérationsfurent l'origine de la crise affreuse que
la mauvaiserécoltedes blés compliquaitpar avancedes plus si-
nistresprésages.Le 25 aoûti788, de Briennefut renvoyé,.em-
portant pour près de huitt cent mille livres de pensions et de
bénéfices.Deux jours*après, Lamoighonremit les sceaux au
roi, et les parlemens,qui vaquaientdepuis cinq mois, rentrè-
rent aussitôten fonctions.
Le départ de ces deux ministresfit éclater à Paris la joie la
plus vive on demandaau lieutenantde policela permissionde
MM~DIATES DE LA RÉVOLUTION. â53

s'amuser,et la foute, réunieà la placeDauphine,promenadans


tesrues un mannequinvêtu d'une robe d'évêque, dont trois cin-
quièmesétaient de satin, et lesdeuxautresde papier, endérision
de l'édit du 16 août. II fut jugé et condamnéaufeu on arrêta
un ecclésiastiquequi passait; on le surnommal'abbé de Ver-
mont, et onle contraignitdeconfesserle mannequin,lequel fut
ensuitebrûlé en grande cérémonie.
Le lendemainle peuple voulut recommencer Dubois, com-
mandantdu guet, s'y opposa, et provoqua par une charge au
sabre et à la baïonnette, la plus furieuse émeutequ'on eût en-
core vue. A l'aspectdesmorts et des blessés, le peuple, quoique
sans armes, mit en fuite te guet; Je corps-de-gardedu Pont-
Neuffut forcé, les soldats dépouilléset leurs vêtemensbrûlés.
Onse répandit dansla ville, incendiantles corps-de-gardeisolés,
et, à la nuit, l'émeutese porta à la placede Grève,oùellefut ac-
cueilliepar les déchargesredoubléesdes troupes qu'on y avait
postées.Pendantla nuit, les cadavresfurentjetés à la Seine.Au
jour, le calmerégnait à Paris.
La retraite de Lamoignondonnalieuaux mêmesscènes on le
brûla commel'archevêque,après avoirordonnéqu'il seraitsursis
quarantejours à son exécution, par allusionà son ordonnance
sur la jurisprudence criminelle.Des brigands, dit-on, et des
hommessoudoyéspar les ennemispersonnelsdes ex-ministres,
se mêlèrentà la fouleet l'excitèrentà la vengeance.On partit de
la placeDauphinepour aller mettre le feu à leurs hôtels et à la
maisonde, Dubois.Les troupes accoururent, et la rue Saint-
Dominique, ainsique la rue Mestée, furent inondéesde sang.
Sur la dénonciationde ces assassinats, te parlementmandale
chef du guet, et le major qui comparuten son nom montrades
ordressupérieurs.Quantà Dubois,sa sûretépersonnellel'obligea
de quitter Paris.
Neckeravaitrepris les finances.U fit rapporter, par arrêt du
44 septembre, l'ordonnancedu 16 août, et s'occupasansrelâche
de la grande question des Etats-généraux.Le 8 août, le roi en
avaitRxéla convocationan 1~' mai 1789; une déclarationdu 23
2S4 DES CAUSES
__m_.rL~_ -1- 7> n nr '1
septembreen ordonnat'assembléepour le mois de janvier. Le
parlement prétendaitqu'ils devaientavoir lieu en la forme de
1614, et cettedemandelivraitdécidémentle motif honteuxde sa
conduite,laquellenous paraît exactementcaractériséedans cet
extrait d'un pamphletde l'époque.

CA.T~C!HSNEDESPARLEME!<S:4788.

D.Qu'étes-vousde votrenature?
JR.Noussommesdes of6ciersduroi, chargésde rendrejustice
à ses peuples.
D. Qu'aspirez-vous à devenir?
R. Les législateurs,et par conséquentles maîtresde l'État.
D. Commentpourriez-vousen devenirlesmaîtres?
R. Parce qu'ayantle pouvoirlégislatifet le pouvoirexécutif,
il n'y aura rien qui puissenousrésister.
D. Commentvousy prendrez-vouspour en venir là?
R. Nousauronsune conduitediverseavecle roi, le clergé, la
noblesseet le peuple.
D. Commentvousconduirez-vous d'abordavecle roi?
R. Noustâcheronsdelui ôterlaconSance de la nation, en nous
opposantà toutesses volontés, en persuadant aux peuples~que
noussommesleurs défenseurs, et que c'est pour le bien que
nousrefusonsd'enregistrerles impôts.
D. Le peupleneverra-t-ilpas quevousne vousêtesrefusésaux
impôts, que parcequ'il vousles auraitfallupayer vous-mêmes?
R.Non, parce que nous lui ferons prendre lé change, en
disant qu'il n'y a que la nationquipuisseconsentirles impôts,
et nousdemanderonsles États-Généraux.
D. Si, malheureusement pour vous, le roi vousprend au mot,
et que les Etats-Générauxsoientconvoqués,commentvous en
tirerez-vous?
7}.Nous chicaneronssur la forme, et nous demanderonsja
formede 1614..
D. Pourquoicela?
tMMENATES DE LA RBVOItUTION. 25S

.R. Parceque, seloncette forme, le tiers-étatsera représenté


par des gens de loi; ce qui nous donnerala prépondérance.
D. Maisles gensde loivoushaïssent?
R. S'ils nous haïssent, ils nous craignent, et nousles ferons
plier à nos volontés,etc., etc., etc.
La formeà suivrepour la composition des États-générauxfut
soumiseà une secondeassembléedes notables, réunie à Ver-
sailles le 5 de décembre. Malgréla censure, unefouled'ouvrages
plus ou moins démocratiques,plus ou moins inspirés du senti-
mentet de la sciencedes intérêts nouveaux, avaientprofondé-
mentcreusé cette matière.Le Mom~Mt'journal périodique at-
tribué à Condorcet,Brissot et Clavière, paraissait secrètement
dès! 788Antonnelle,depuis conventionnel,venait de publier
son Catéchisme du :at; les écrits de Mirabeau, de Target,
de Thouret et, de beaucoupd'autres, étaient dans toutes les
mains.Les assembléeslibres qui s'étaientdéjà tenuesdans plu<
sieurs provinces, réclamaient, par une foule d'adresses et de
supplications, le vote par tête, le doublementde la représenta-
tion du tiers-étatet la libertéillimitéedes élections.Les notables
seséparèrent,laissantindéciseslesquestionsauxquellesle gouver-
nementattachaitle plus d'importance.Ces questionsétaient
Faut-ilque le nombredes députés aux États-générauxsoit
le mêmepour tous les bailliagesindistinctement,ou ce nombre
doit-ilêtre différentselonl'étenduedé la population?
2" Faut-il que le nombredes députés du tiers-étatsoit égal à
celui des deux autres ordres réunis, ou ce nombre ne doit-H
composerque la troisièmepartie de l'assemblée?
Après le' rapport du ministredes finances,ce qui concernait
les députés fut ainsirésolu par arrêt du Conseil
« Les députés aux prochainsÉtats-générauxseront au moins
ait nombrede mille.
Ce nombresera formé, autantqu'il sera possible, en raison
Composéede la populationet des contributionsde chaque bail-
liage.
Le nombredes députés du tiers-étatsera égal à celuides
2S6 DESCAUSES
deux autresordres réunis, et cette proportion sera établie'par
les lettresde convocation.
I!étaitévident que les diversintérêtsparticuliersqui divisaient
la France, la royauté, la noblesse,'le clergé, forcés d'admettre
aux bénéficesde l'égoïsmel'intérêt colossaldu tiers-état, s'ar-
rangeaientde manièreà particularisercetintérêt autant quepos-
sible. Le systèmeélectoralfut conçudanscet esprit. Il est facile
de prévoir à la lecture des articles qui concernentl'électiondu
tiers-état dans le règlement général, qu'elle ne produirait
qu'une représentationétrangère aux besoins généraux, et que
par suite, ellene prendraitpas la révolutionà sonsommet.
Noustermineronscet aperçu des causes qui la préparèrent,
par la citationdu Mémoireprésentéau roi par les princes, mé-
moiredans lequel sont rejetéestoutesles vueslibéralesde l'as-
sembléedes notables, et par celledu règlementde convocation
des États-généraux.

MÉMOIRE PRÉSENTÉ AU ROI PAR MONSEIGNEUR COMTE D'ARTOIS,

M. LE PRINCE DE CONDÉ, M. LE DUC DE BOURBON, M. LE DUC

D'ENGHIEN ET M. J.E PRINCE DE CONTI.

< Lorsquevotre majestéa défenduauxnotablesde s'occuper


du mémoire
ç; que leur avaitremis M. le princede Conti, votre
majestëadéclaréauxprincesdesonsangque~quandilsvoudraient
lui dire ce qui peut être utileau biendé sonserviceet de l'Etat,
ils pouvaients'adresserà elle.
» Lecomted'Artois, le princede Condé, le duc de Bourbon,
le duc d'Enghienet le prince de Conticroientde leur devoirde
répondreà cetteinvitationdevotre majesté.
» C'est, en effet, aux princes de votre sang qui, par leur
rang, sontles premiersde vos sujets; par leur état, vosconseil-
lers nés; par leurs droits, intéressésà défendreles vôtres: c'est
à euxsurtout qu'il appartientde vousdirela vérité, et ils croient
vousdevoirégalementle comptede leurs senthaenset de leurs
pensées.
MHEDTATES DE LA RÉVOLUTION. 3~T

e Sire, t'E tat est en périt votre personne.est, respectée les


vertus du moaarque lui assurent les. hommages,de la. m~~
Mais, sire. une revoluttpn.se.préparedaps les principes~d.u.gou-
vernement elle estiamenéepar la fermentation des espnts. Des
msti.tutions répétées sacrées, et par lesquelles, cette, monarcMe
prospéré pendant tant destedes, sont converties en questions
problématiques, ou mêmedécriées commedesinjustices..
Les .écrits qui ont:paru; pendant l'assemNëe des notables
les mëmoirËSqui ont ëtër~n~s aux prmees,soussignës, les de-
mandes formëes par diYersespro\inces,yiHes ou corps ~l'objet
et~est~Ie de ;ces~demandeset ~de ces mémoires,tout annoncB,
tout prpuyeun système d'insubordination ratSOHnëe,et Ie,mepr)S
des lois de l'Etat. Tout auteur s'érige en législateur rëloquence
ou l'art d'écrire,,même dépourvu d~études, de connaissanceset
d'expériences, semblent des titres suffisans pour régler la con-
stitution des empires quiconque avance une proposition hardie,t
quiconque propose de changer les lois, est sûr d'avoir des lec-
.teursBtdessectateurs.
Tel est le malheureux progrès de cetteefferyescence, que
tes opimonsqui auraient paru, il va quelquetemps, les plus ré-
préhensibles, paraissent aujourd'hui raisonnables et justes~ et
ce dont s'indignent aujourd'hui les gens de bien, passera~ dans
quelque temps, peut-être pour régulier et légitime.. Qui peut
dire où s'arrêtera la témérité desopinions? Les droits du trôn~
on~tété mis en question les droits des deux ordres de l'Etat ,di-
vtsent les opimons bientôt les droits de la propriété seront atta-
ques, l'inégalité des fortunes sera présentée comme un objet de
réforme: déjà on a propose la suppression des droits féodaux,
comme l'abolition d'un système d'oppression, reste delà bar-
barie..
C'est de ces nouveaux systèmes, c'est du projet de changer
les droit~et les lois, qu'est sortie la prétention qu'opt annoncée
quelques corps du tiers-état d'obtenir, pour cet ordre, deux
suffrages aux Etats-Généraux, tandts que chacun des deux. pre-
ordres continuerait
ptiers ordres
miers co~tmueraità n'en
n'çn avoir
avoir qu'un seu!,
qu'un seul, 1
T. t. 17
3S8 DESCÂOSBS
Les princessoussignésne répéterontpas ce qu'ont expose
plusieursbureaux, l'injusticeet le danger d'uneinnovationdans
h compositiondesEtats-Généraux,ou dansla formede lescon-
voquer; là foulede prétentionsqui en résulteraient;la facilitée
1
si les voixétaientcomptéespar tête et sans distinctiond'ordres,0
de ëempromettre,par ta séductionde .quelquesmembresdn
tiers-état, !? intérêtsde cet ordre mieuxdéfendusdans ta een"
solutionactuelle~iadestructionde l'équilibresi sagementétabli
~ttr&les tro~sordres, et de leur indépendancerespective.
< ïl a été exposéà votre majesté combienil est importantde
conserverla seuleformede convocationdes Etats-Générauxqui
M4îcônstitutionne!Ie,ta formeconsacréeparteslois etiësusagës,
? distinctiondes ordres, le droit de délibérer séparemeat,
!'ëgaHtédes voix, ces'basesmàhéraNesde la monarchiefram-'
~Mse~' y
Qn n'a point dissimule votre majesté que changer ta
formedeslettrés de convocation pour le tiers-étatseul, et appe-
ler aux Etats-Générauxdeux députésde cet ordre, mêmeen né
Beurdonnantqu'unevoix, cômmeparle passé, serait unmo~en
ïaédiatet détourne d'accueillirta prétentiondu tiers-état, qcf}
avertipar ée premiersuccès,ne serait pas disposéà se contenter
<iï'<the
concessionsans objet et sansintérêtréel, tant quelé nûth*
brë des députés serait augmentésans que le nombredes su~
b
&agësfat changé.
Vôtremajestéa aussi purëeonhaitreque ta réunionde deux
députés pour former un suffrage, peut, par la diversité~6
leurs opinions opérerta caducitédé leurs voix, et que sitavoi~
caduque est réputée négative, suivantl'usage admis dans
tes différens corps, c'est augmenterles moyens de résistance
contreles demandesdu gouvernement.
t Ces principesont été développés, et' leur démonstration
~Semble portée au dernier degré d'évidence.
Hne reste aux princessoussignésqu~ày joindre rexprës~
siondes~entimensque leur inspireleur attachementà rËtatëtàâ
votre majesté.
IMMEDIATES DE LA REVOLUTION. 3~9

~I!s ne peuvent dissimuler l'effroi que leur inspirerait pour


FEtat le succès des prétentions du tiers-état, et tes funestes
conséquences de la révolution proposée dans Ja constitution des,
Etats:)ls y découvrent un triste avenir; ils y voient chaque roi
changeant suivant ses vues ou ses affections le droit de !a nation~
uaj-pi superstitieux, donnant au ctergë plusieurs suffrages; un:
rN gMerriep~ les prodiguant à la noblesse qui t'aura suivi dans
ies,combats; le tiers-état qm, dans ce mpment, aurait obtenu
une supériorité de suffrages, puni de ces succès par ces varia-
ttons chaque ordre, suivant le temps, oppresseur pu opprime
!a constitution corrompue ou. vacuiante la nation toujours dim-'
see, et des-Iors toujours faible et malheureuse.
j' Mais il est encore des matheurs plus instans.~ Dansun.
t'oyatume~ou, depuis si long-temps, il n'a pomtexiste de dissen-
qans civiies, pn ne prononce qu'avec regret te non) de scissto.p.
iLfaudraH pourtant s'attendre à cet événement, si les droits des.
deu~premiersordres ëprpuyatent quelque altëratipD; alors !'un~
de ces ordres, ou tous les
deux, peut-être, ppurraieBtt,mecQn~.
n~tre les Etats-Généraux, et refuser de conËrmer ~x-memes
leur dégradation, en comparaissant.at'assemHëe.
Qui peut douter du moins qu'on ne vit un; grand nombre.de,
gentH~shpminesattaquer Ja; iëgaIite.des.Ëtats-Generaux, faire
des protesMions, les, faire eRregtstrer dans- les parlemens,, les
signifier même à rassemblée des Etats? Dès-tors, aux. yeux
d'une partie de la nation, ce qui serait arrête dans cette assem-
Mée n'aurait~lus ia force d'un vœunational et quejte confiance,
n~'pMencIraieBtpa&daHsTesprîtdes peuptesdes protestations
tendraient à les dispenser du paiement des impôts con~ent)%
daps les États? Aitfsi cette assembléest désirée et si nécessaire
ne serait qu'une source dé troubles et de désordres. H'
Mais quand mêmevotre majesté n'éprouverait aucunobstacle
U'execution de ses volontés, son âme nobie, juste et sensIMe,
R0~s ss déterminer a sacriSer, à humitier cette hray~
~nUqueetrespectable noblesse, qui a versé tant de sang,pour !a
patrie et pour les rois, qui plaça Hugues Capet sur le; trône,.
S()0 DESCAUSES
le rendre à
qui arracha le sceptre de lamain des Anglais pour
Charles VU, et qui sut affermir la couronne sur la tête de l'au-
tenrdelabrahcherégnante.
t En parlantpourlanoblesse, les princes de votre sang par-
lent'i~our eux-mêmes ils ne peuvent oublier qu'ils fontpartie dn
être distingués
ccrpsdel~ noblesse, qu'ils n'en doivent point
l'a-
que leur premier titre est d'être gentilshommes: HenrHV
dit et ils aiment à répéter les expressions de ses nobles sen-
timens.
deux
.Quelëtiers~ëtat cesse donc d'attaquer les droits des
moins anciens que la monar-
premiers ordres; droits qui, non
chie, doivent être'aussi inaltérables que sa constitution; qû'ii se
borne à solliciter la diminution des impôts dont il peut être sur-
reconnaissant dans lé
chargé: alors les deux premiers ordres
troisième, des concitoyens qui leur sont chers pourront, par la
aux prérogatives qui
géRërositc de teurssentimens, renoncer
ont pour objet un intérêt pécuniaire, et consentir à supporter,
dans'ia plus parfaite égalité, les charges publiques.
't Lés Princes soussignés demandent à donner l'exemple de
tous les sacrifices qui pourront contribuer au bien del'État, et à
cimeater l'umon des ot'dres qui le composent.
Que le tiers-état prévoie quel pourrait être, eh dernière
la noblesse et lé
analyse, le résultat des droits du clergé et de
fruit 'de la confusiondes ordres.
Par une suite des lois générales qui régissent toutes les con-
stitunons politiques, il faudrait, que la monarchie française dé"
deux genres
générât en dëspotistr.J, ou devînt une démocratie
de}~révolutionopposés, maistous deux funestes.
Contre le despotisme, la nation a deux barrières les Ihté-'
rêts de voire majesté et ses principes et votre majesté peut être
àl'idée
assurée que dé véritables Français se refuseront-toujours
d'un gouvernement tnconciliable avec l'étendue de l'Etat, 1&
nombre de ses habitans, le caractère national, et les sentimens
innés qui de tout temps, ont attaché eux et leurs pères à l'idée
d'un souverain comme à l'idée d'un bienfaiteur.
~MÉDIATES DE Ij~ REVOLUTION. 361

t LeSprinees soussignés ne veulent pas porter plusioin ces ré-


0exioBS; ils n'ont parlé qu'avec regret des malheurs, dont l'État
est menacé; ils s'occuperont avec plus de satisfaction deses res-
sources,
j Votre majesté, s'élevant par ses vertus au-dessus des vues
ordinaires dé souverains jaloux et ambitieux de pouvoir, a fait
à ses sujets des concessions qu'ils ne demandaient pas elle les a
~appelésa l'exercice d'un droit dont ils avaient perdul'usage, et
presque le souvemr. Ce grand acte de j ustice Impose à la dation
de grandes obligations elle ne doit pas refuser de se livrer à un
roi qui s'est livre à elle. Les charges de l'État, sanctionnées
par la volontépublique, doivent être supportées avec mpms de
regret; la puissance royale plus réglée, et conséquemmem,plus
imppsante et plus paternelle, doit trouver de zélés défenseurs
dans les magistrats cuti, dans les temps difnciles, ont toujours-été
'tes appuisdu trône, et qui savent que les droits des rois ~t dé la
patrie sont réunis aux yeux des bons citoyens.
Il se montrera encore avec énergie, ce sentiment généreux
qui distingua toujours les Français, cet amourpour la personne
3e leur roi, ce sentiment qui, dans les monarchies, est un des
ressorts du gouvernement, et se confond avec !e patriotisme;
cette passion, cet enthousiasme qui parmi nous a produit tant
d'actions héroïques et sublimés, tant d'efforts et desacrifices que
n'auraiéhtpu exiger lësMs.. ~–'

Les Princes soussignés se plaisent à parler à vôtrë'majeste


!ë langage du sentiment il teur semblé
qu'ils n'en devraient ja-
'maisparlërunautrëaleur souverain.
Sire, tous vos sujets voient en vous un père mais il appar-
t'ent plus particulièrement~aux princes de votre sang defyons
donner ce titre vous en avez témoigne les scntimëns a chacun
d'eux, et la reconnaissance même leur inspirelesinstancesqu'ils
font auprès de leur majesté,

~'g~ s"e, écouter te vœude vos enfans.d.icEé par l'in-


térêt le plus tendre et ie pius.respec~eux, par !e désir.de .!a
DES CAUSES

'tranquillité publique et du maintien de ta puissance du roi le


~plusdigne d'être aimé et obéi, puisqu'il ne veut que le bonheur
dësëssujets..
CHARLES PHILIPPE, LOUIs-JOSEPH DE BOURBON,
Stan&

LomS-HENRI-JoSEPH DE BoURBON,LoNS-ÂNTOÎNE-HENm

DE BOCRBOK, DE BoURBOK;
LOUIS-FRANÇOJS-JOSEPH

DUROIPOURLA CONVOCATMN
'RÉSt.EMÉNT DESETATS-GËNÉRABX,
r: AVERSAtLlES,M27AOUTi789.
r-
Art. P'. Les lettres de convocation seront envoyées auXgou-
Semeurs des différentes provinces du royaume, pour les faire
.parvenir dans. l'étendue de leurs gouyernemens, aux baillis:<t
;sëhGchauxd'ëpëe, à qui elles seront adressées, ou à leurs lieu~-
tenans.
& :II. Dansia vue de faciliter et de simplifier les opérations qui
seront ordonnées parle présent règlement, il sera distingué deux
fasses de bailliages et de sénéchaussées,
n Dans la première classe seront compris tous les bailliages
~ct sénéchaussées auxquels sa majesté a jugé que des lettres de
.convocationdevaient être adressées, conformément à ce qui s'est
.pratiquéeBiGM.
Dans la .secondeclasse, seront compris ceux des bailliages et
sénéchaussées qui, n'ayant pas député directement en 4614, ont
été jugés par sa majesté devoir encore ne députer que secondai-
rement et conjointement avec les bailliages ou sénéchaussées de
la première classe et dans l'une et l'autre classe, l'on entendra
par bailliages et sénéchaussées tous les sièges auxquels la con-
naissance des cas royaux est attribuée.
IH. Les bailliages ou sénéchaussées de la première classe se-
ront désignés sous le titré de bailliages principaux ou de séné-
chaussées principales. Ceux de la seconde classe le seront sous
celui de bailliages OLrsénéchausséessecondaires.
ÏV.'tJes bailliages principaux- ou sénéchaussées principales,
formant la premièrè classe, auront un arrondissement dans
ntM~DIÀTESÎ)EïjÂR~VOUITK)N. ~6~

tequel les bailluages OHsénéchaussées secondaires, composant!a


secondéclasse, seront compris et reparus, soit à raison de leur
proximité des bailliages principaux ou des sénéchaussées prm-
gipales, soit à raison de leur démembrement de l'ancien ressort
desdits bailliages ou sénéchaussées.
-.V., Les bailliages ou. sénéchaussées de là seconde classe seront
désignes àla suite des bailliages et des sénéchaussées de la pré'
mi~re classe, dont ils formeront l'arrondissement, dans l'état
mentionne ci-après et qui.sera annexé au présent règlement.
~yi. En conséquence des dictinctionsetablipsparles article
p,réc6dens, les lettres de convocationseront adfessëes aux bailltset
sénëchaux des bailliages principaux et des sénéchaussées prmct.
pales, et lesdits baillis et sénëchaux principaux ou leurs tieute-
nans, en enverront des copies collationnées, ainsi quedu présent
règlement, aux bailliages et sënechaussées secondaires.
yjï..aussitôt après la réception des lettres de convocation,
les baUnset sénéchaux principaux, ou leurs lieutenans, les feront,
sur la réquisition du procureur du roi, publier à l'audience, et
enregistrer au greffe de leur siège; et ils feront remplir les
formes accoutumées, pour leur donner la plus grande publicité.
Vnt. Les officiers du siège pourront assister à la publication
qui se fera à l'audience, des lettres de convocation~ mais ils né
prendront aucune part tous les actes, jugemens et ordonnances
quele bailli ou le sénéchal, ou son lieutenant, ou en leur absÈnce
le premierofficier du siège, sera dans le cas dé faire et .dé rendre
pour l'exécution desditeslettres. Le procureur du roi aura ~eul !e
droit d'assister le bailli ou sénéchal~ou son lieutenant; et il sera
ténu, on râvocàt du roi en son absence, de faire toitttes!les réqu&
siti6n&ou diligences nécessaires pourprocurer <s~it~ exécution~
ÏX. Lesdits ttalîlis et sénéchaux principaux, ou leurs lieuM-
nsns, feront assigner, à la requête du procureur du roi, tes
évéques et les abbés, tous les chapitres, corps et commuhàHté~
ecclésiastiques rentes, réguliers et séculiers, des deux sexes, et
généralement tous les ecclésiastiques possédant bénéëce au corn?
manderie, et tous les nobi~ possédant 6e~ dans toute l'éteadM
2ë~ DESCAUSES
durcssdrt ordinairede lëurbaiUiàgeou sénéchaussée principate,
~l'effet de comparaîtrea l'assembléegénérale du baitliagèott
sénéchausséeprincipaJé, au jour qui sera indiquépar l'assigna-
tion, lequel jour né pourra être plus tard que le i6 mars
prochain.
X. En consëquence,il sera tenu dans chaque chapitre sécu-
lier d'hommes,iineassembléequi se sépareraeh deux parties
l'une desquelles,composéede chanoines, nommeraun députeà
raisonde dix chanoinesprésens et au-dessous;deuxau-dessus
de dixjusqu'avingt, etainsidesuite; et l'autre partie, composée
de tous les ecclésiastiquesengagésdansles ordres, attachéspar
quelquefonctionau servicedu chapitre, nommeraun députeà
raison de vingt desditsecclésiastiques'prësens,et au-dessous;
dëùxàu-dessusdevingtjusqu'àquarante,et ainsi'desuite.
XI. Tousles autres corps et communautésrentes, réguliers,
des deuxsexes, ainsiqueles chapitreset communautésde filles
ne pourront être représentesquepar un seul député ou procu-
séculierou régulier.
reur fondé, pris dansl'ordre ecclésiastique
Lesséminaires,coUegeset hôpitauxétant des étaMissemens
publics,a la conservationdesquelstousles ordres ont un égatin-
térêt, ne serontpointadmisà sefaire représenter.
XII. Tousles autres ecclésiastiques
pûssédant_béné6ce, et tous
les noblespossédantfief, seronttenus de se rendre en personne
à l'assemblée,oude sefaire représenterparun procureurfondé,
pnsdansleurordre.
Dàhsies cas ouquelques-unsdesdits ecclésiastiques ou nobles
n'auraientpoint été assignés, ou n'auraient point reçul'assigna-
tion quidoit Igqeêtre donnéeau principalmanoirde leurbéné-
6ceouiief, i)s pourrontnéanmoinsse rendreen personnea l'as-
semblée ou se faire représenterpar des procureursfondés,qui
justifierontdeleurstitres.,
XIIL Les assignationsqui serontdonnéesaux pairs de France
!e seront au chef-lieude leurs pairies, sansque la comparution
desdiEs'paii'sa!a suitedes ass'gnati~tspuisse, en aucuncasni
mMËDJATES DE LA KÉYOUjTMN. 26S

d'aucune manière, porter préjudice aux droits~et privilèges de


lëurspalries.
XÏV Les cures dès paroisses, bourgs et communautés des
campagnes, éloignes de plus de deux lieues de la ville ou se tien-
dra l'âssemblëe dû bailliage où sénéchaussée à laquelle ils au-
ront été assignes, ne pourront y comparaitre que par des procu-
dans
reurs pris dans l'ordre ecclésiastique, a nloins qu'ils n'aient
leurs cures un vicaire ou desservant résidant; en état de remplir
leurs fonctions lequel vicaire ou desservant ne pourra quitter la
d'.
paroisse pendant l'absence du cure.
XV. Dans chaque ville, tous les ecclésiastiques engages dans
les ordres et non possédant bénéfice, seront tenus de se réunir
chez le cure delà paroisse sur laquelle ils se trouveront habitues
ou domicilies; et là, de choisir des députés à raison d'un sur
deux au-dessus de
vingt ecclésiastiques présens et au-dessous
à
vingt jusqu'à quarante, et ainsi de suite, non comprisïe cure
raison
qui le droit de venir à l'assemblée générale appartient à
desonbenéËce.
XVI. Tous les autres ecclésiastiques engagésdans les ordres,
non résidans dans les villes, et tous les noblesnon possédant Nef,
ayant la n!blesse acquise et transmissible, âgés de vingt-cinq
ans, nés Français ou naturalisés, domiciliés dans le ressort du
bailliage, seront tenus, en vertu des publications et afSchesdcs
lettres de convocation, de se rendre en personne à l'assemblée
des trois Etats du bailliage ou sénéchaussée, sans pouvoir se
faire représenter par procureur.
XVII. 'Ceux des ecclésiastiques ou.des nobles qui posséderont
des bénëËces ou des Hefs situés dans plusieurs bailliages'ou sé-
Béchaussëes, pourront, se faire représenter à l'assemblée, de ces
trois:Etats de cbacun:deces bailliages ou sénéchaussées, par un
procureur fondé .pris dans leur ordre mais ils' ne pourront avoir
qu'un'suffrage dans.Ia même assemblée générale de bailliage ou
sénéchaussée, quel que soit le nombre des bénéfices ou ëefs
qu'ilsypossèdent.
XVIII. Les ecciésia'stiquesengagés dans les ordres, possédant
366 DES CAUSES

des fiefsnondépendansdes bénéfices, se rangerontdansl'ordree


ecclésiastique s'ils comparaissenten personne maiss'ils donnent
une procuration,ils seronttenusde la donnerà un noble, qui se
rangeradans l'ordre de la noblesse.
XIX. Les bailliset commandeursde l'ordre de Malteseront
comprisdans l'ordre ecclésiastique.
Les novicessans bénéficesserontcomprisdans l'ordre de la
noblesse;et les seryansqui n'ont point fait de voeu,dansFordr~
du tiers-état.
XX. Lesfemmespossédantdivisément,les Bileset les veuves,
ainsi que les mineursjouissantde la noblesse, pourvu que les-
ditps femmes,filles, veuves et mineurs possèdentdes Nefs,,
pourront se faire représenterpar des procureurspris dans l'or-
dre de la noblesse.
XXI. Tous les députés et procureurs fondés seront tenus
d'apporter tous les mémoireset instructionsqui leur auront été
remisparleurs commettans,et de les présenterlors de la rédac-
tion des cahiers, pour y avoirtel égard que de raison,.Lesdits
députéset procureurs fondésne pourront avoir, lors de ladite
rédaction, et dans toute autre délibération, que. leur suffrage
personne! maispour l'électiondes députésaux Etatw-Généraux,
les fondésde procurationdes ecclésiastiques possédantbénéfices,
et des nobles possédant fiefs, pourront, indépendammentd~
leur suffrage personnel, avoir deux voix, et ne pourront en
avoir davantage,quel que soit le nombrede leurs commetfaas,
XXII. Les bailliset sénéchauxprincipaux,ouleurs lieutenans,
feront, à la réquisitiondu procureur du roi, notifierles lettres
de convocation,ainsi quele présent règlement, par un huissier
royal, aux officiersmunicipauxdes villes,maires, consuls,syn<
dics, préposés, ouautres officiersdes paroisseset communautés
de campagnes,situésdans l'étenduede leur juridictionpourle~
cas royaux, avec sommationde faire publier lesditeslettres et
ledit règlementau prône des messesparoissiales;et a l'issuedes-
dites messes, à la porte de l'église, dans une assembléeconvo-
quée en la formeaccoutumée.
1- JMM~DÏATES DEtA RËYOLUTION. 267
XXHÏ. Les copiesdes lettresde convocationdu présentrègle-
ment, ainsi que la sentencedu bailli ou sénéchal, seront impri-
mées et notifiéessur papier nontimbré. Tousles procès-verbaux
et autres actes relatifs aux assembléeset aux élections, qu'ils
soient ou non danste casd'être signiëés, seront pareillementré-
diges sur. papier libre; le prix de chaqueexploit sera fixe à
douzesous..
û
XXIV. Huitaineau plus tard après la notification. et publica-
tion des lettres de convocation,tous tes habitans composantle
tiers-étatdes villes, ainsi que ceuxdes bourgs, paroisseset com-
munautésde campagnes,ayantun rôle sépared'impositions,se-
ront tenus de s'assemblerdans la forme ci-après prescrite, à
l'effet de rédiger le cahier de leursplainteset doléances,et de
nommerdes députés pour porter ledit cahier aux lieu et jour
qui leur auront été indiquésp~r l'acte de notificationet somma-
tion qu'ils auront reçu.
XXV. Les paroisses et communautés,les bourgs, ainsi que
les villesnon comprisesdansl'étatannexéau présentrèglement,
s'assemblerontdansle lieuordinairedes assemblées,et devantle
juge du lieu, ou en son absence, devanttout autre officierpu-
blic, à laquelle assembléeaurpntdroitd'assistertous les habi-
tans composantle tiers-état, nés Français ou naturalisés, âgés
de vingt-cinqans, domiciliéset comprisau rôle des impositions,
pour concourirà la rédactiondes cahierset à la nominationdes
députes.
XXVI.Dans les villesdénomméesen l'état annexé au pré-
.sent règlement, lès habitans s'assemblerontd'abord par corpo-
ration~à l'effet de quoi les officiersmunicipauxseronttenus de
jpaireavertir, sans ministèred'huissier, lessyndics ou autresof-
ficiersprincipauxde chacunédesditescorporations,pou qu'ils
aient à convoquerune assembléegénéralede tous les membres
;de leur corporation.
Les corporationsd'arts libéraux choisirontun député à rai-
son de cent individuset au-dessous,présensà l'assembléedeux
268 DES CAUSES

au-dessus de cent, trois au-dessus de deux cents et ainsi de


suite.
Les corporationsd'artsetmétiers, celles des négocians, arma~
tëurs, et généralement tous tes autres citoyens réunis par.I'e&er-
cice desmêmes fonctions, et formantdes assemblées ou des earps
autorisés, nommeront deux députés à raison de cent et au-des'
sous, quatre au-dessus de cent, six au-dessus de deux cents:, et
`
ainsidesuite.
En casdedifnculté sur l'exécution du présent article, les ofS-
ciersmumcipaux en décideront provisoirement, et leur décision
sera exécutée, nonobstant oppositionou appel.
XXVII.. Les hab~ans composant le tiers-état desdites yiUes,
qui ne se trouveront compris dans aucuns corps, communautés
pu corporations, s'assembleront à l'hôtel-de-ylUeau jour qui sera
indiqué par tes ofËciersmunicipaux, et il y sera élu des députés
dans la proportion de deux députés pour cent individus et au-
dessous, présens à ladite assemblée; quatre au-dessus de cent,
six au-dessus de deux cents, et toujours en augmentant ainsi
dans la même proportion.
XXVHL Les députés choisis dans ces différentes assemblées
particulières, formeront à rhôtel-de-ville, et sous la présidence
des officiers municipaux, rassemblée du tiers-état de la ville,
dans laquelle assemblée i!s rédigeront le cahier des plaintes et
doléances.de ladite ville, et nommerontdes députés pour le por-
ter aux lieu et jour qui leur auront été indiqués.
XXIX. Nulle autre ville que celle de Paris n'enverra de dépu-
tés particuliers aux Etats-Généraux, les grandes villesdevant en
être dédommagées, soit par le plus grand nombre de députés
accordesa leur bailliage ou sénéchaussée, à raison de la popula-
tion désditesvilles,soit parTmNuencequ'eUes serontdans lecàs
d'avoir sur le choixde ces députés.
XXX. Ceux des officiers municipaux qui ne seront pas dit
tiers-état, n'auront, dans l'assemblée qu'ils présideront, aucune
,voix, soit pour la rédaction dès cahiers, soit pour l'élection des
.députés; ils pourt'ont néanmoinsêtre éius; et il en sera usé de
m~ÉMATE!~ M LA .RÉVOUmON. 269:

~~c. ~~ttv ~11 '~ntr'~c <t~r& i~ntiti~ ft~ i


même à l'égard desjuges des lieux ou autres ofneiers publics q~t
des paroisses ou. communautés;da~s
présideront tes assemblées
lesquelles ns ne seront pas-domiciliés. .1
XXXÏ.Le~nombre~des députés~qui seront choisis. par. les: pa-
ro-tsseset communautés<lecampagne,.ppur.porter leurs, cahiers.,
sera de deux à raison de deux cents feux.eî.au-de~ous de, tr~s
au-dessus de deux cents feux, de quatre au-dessus, de tros cents
feux, et ainsi de suite. Les villes enverront le nombre;de. députés
êxé par n'etat~-enërat annexe au présentr~!ement; et à t~ard
~,toutes.GeHe&qurnes'ytrouyent,pascon~rises, le nombrede
~eHrsdéputés.seraSxëà quatre.
X.XXIL Les actes que le procureur du roi feranotiHer aux
fabrimens ou au-
ofëciers municipauxdes yilles et aux syndics,
cam-
tres ofËciefs.d.e bourgs, parosses et communautés, des
sommation de se conformer aux disposi-
pap'nes., contiendront
tions du.règlement et de l'ordonnance du baiili ou sënëchal, soit
nombre de dë-
ipour la forme de leurs assemblées, soit pour le
et communautés auront a envoyer, sui-
-putés que lesdites villes
est
-vantrëtat annexé au présent règlement, ou d'après ce qui
~portëparrartideprëcédent.<
XXXnLDans.Ies bailliages prmctpaMX ou sénéchaussées
des députés du tiers-
gHrincipales,auxquels doivent être envoyés
'etat des bailliages o~ sénéchaussées secondaires,les baillis ou
ssénechaux., ou leurs lieutenans en leur absence, seront tenus.de
une
tcom~oquer, avantle jour indiqué pour l'assemblée gënerale,
.assemblée préliminaire des députés du tiers-état des villes
de leur ressort, à l'effet, par
%t0urgs, paroisses et communautés
de nom-
lesdits députés, d'y réduire leurs cahiers,en un seul, et
mer le.quart d'entre eux pour porter ledit cahier l'assemblée
ou sénéchaussée, et pour
générale des trois Etats du bailliage
conc.ourir avec les députés des autres bailliages secondaires,
tant a la réduction en un seul de tous les cahiersdesditsbailltages
ou sénéchaussées, qu'à l'élection du nombre des députes aux
Etats-GénérauxËxëparIalettreduroi..
La.réduction au quart ci-dessus ordonnée dans lesdits Mu'a~i;
270 DES CAUSES

principauxet secondairesne s'opérerapas d'aprèsle nombredes


députes présens, mais d'après le nombrede ceuxqui auraient
dû se rendre à laditeassemblée,afin que FinSuenceque chaque
bailliagedoit avoir sur la rédactiondes cahierset réiectiondes
députésaux Etats-Généraux, à raisonde sa populationet d~
nombre en ne soit pas dimi-
des communautésqui dépendent,
nuée par l'absencede ceux des députésqui ne se seraientpas
rendusà rassemblée.~
XXXIV.'La réducttpnau quart des députésdes villeset com-
munautéspour réieetton des députés aux Etats-Généraux, or?
donnéepar sa majestédans les bailliagesprincipaux, auxquels
doiventse réunir !es députés d'autres bailliages secondaires,
ayant été déterminée par la réunion de deux motifs; l'an de
prévenir les assembléestrop nombreusesdans ces bailliages
principaux, l'autre de diminuer.lespeines et les fraisde voyagés
plus longset plusmultipliésd'un grand nombrede députés, et
ce derniermotifn'existantpas dans les bailliagesprincipauxqui
n~ohtpas de bailliagessecondaires, sa majesté a ordonnéque
dans lesdits bailliagesprincipauxn'ayant point de bailliagesse-
condaires,l'électiondes députés du tiers-étataux Etats-Géné-
raux sera faite immédiatementaprès la réunion des cahiers de
toutes les viHeset communautés en un seul, par tousles députés
dësdiiesviHëset communautés quis'y seront rendus; à moinsqnp
!ë nombredesdits députésn'excédâtceluide deuxcents, auquel
cas seulementlesdits députés seront tenusde se réduire audit
nombre de deuxcents pourl'élection des députés aux Etats-
Généraux.
XXXV.Les bailliset sénéchauxprincipauxauxquelssa ma-
jesté aura adresséses lettres de convocation,ou leurs HeutenaBS,
en feront remettredes copiescollationnées ainsi quedu régtg-
~nëht y annexe, aux lieutenans des bailliageset sénéchaussées
secondaires, compris dansl'arrondissement~6xëpar l'état att-
"hëxëau présentrèglement,pour être procédé partes !ieutenaas
desdits bailliageset sénéchausséessecondaires,tantà'renregis-
'tMMîéntet la publicationdesditeslettres deconvocation et dudit
IMMÉDIATES DE. tjA RÉVOLUTION. ~[

rëg!ëmenj! qu'à !a convocation des membres dti cierge, de !â-


nbNesse, par-devant te bailli ou sënéchatprincipat, ou sOh !ië~
tenant, et du tiers-état, par-devant eux.
XXXVï.Leslieutenans des bailliages et sénéchaussées secdn-i
Maires auxquë!s les lettres de convocationauront été adressëeS
par les baillis ou sénéchaux principaux, seront tenus de rendre
Me ordonnance conforme aux dispositions du présent régiemëht,
an y'rappe}ahtlëjoup6xé par l'ordonnance des bàiHis ousën~
cttaux principaux, pour la tenue de rassembiëe des trois EtaSï

X.XXyH. En consëquenee, tesdits ueutenans des baiUiages-c~


sënëchaussëes secondaires feront assig-ner les ëvéques, abbës,
ëhapitrës, corps et communautés ecclésiastiques rentes, regH~
liers et séculiers, des deux sexes, iës prieurs, les curés, îe8
conMnandëurs, et gënéraJement tous tes bëné6clers <ettous les
nobles possédant fiefs dansl'étendue desdits
baiitiàgëS ou së&'e~
chaTJsséëSseeondaires, à t'effet de se rendre à rassembiée
~hëN
ratëdës'trbis États du baîtHàgeou de là sénéchaussée principat~
aux jour et lieu'fixés par les baillis ou sénéchaux
prineipaux:
XXX~IÏÏ. Lesditsiieutenans des baiilia~-es(iu sénéchaussées
secondaires feront ë~aiemeht n6tiËër!es!ettrësdec6nvocati6H~
le réglëmEntet leuï' ordonnance aux viHes,;bourgs, paroisses ?
communautés situés dans l'étendue de leur juridiction. I.ësa~
Sétablëes de ces vHIeset communautés s'~tiendront dans i'orâre
et iâ forme porter âa présent règlement, et il se tiendra dëvasP
tes !iëutehaTnSdesditsbai!agesouséhécbat[sséeSsecondairës, ëtâu'
j&urpàrenxËxé, quinzaine au moins avant le jour déterniM&
puttr rassembiée générale des trois états du bailuage ba sënë~
chaussée principatë, une assemblée ppéuminaire de tous les dé
pntês des villes et communautés de !ear ressort, à l'effet dW
réduire tous leurs cahiers en Tmseul, et de nommer te quarS
d'entre eux pour porter ledit cahier à rassembiée des trois-€??
du bàNiag~ousënéchaussëeprincipate,conformément aux!etH-es
de convocation.
XXXIX. L'assemblée des trois États du bailliage ou dé là sên~
chaussée principale, sera composée des membres du c!érgé et ?
gy2 DES CAUSES

ceux de la noblesse qui s'y seront rendus, soit en, conséquence


des assignations qui leur auront été particulièrement données,
soit en vertu de la connaissance générale, acquise par les publi-
cations et affiches de lettres de convocation, et des différens
choisis pour assister à la-
députes du tiers-état qui auront été
d'teassemblee.
de
Danstes séances, l'ordre du clergé aura la droite, l'ordre
h noblesse occupera la gauche, et celui du tiers-état sera placé
en face. Entend sa majestéque la place que chacun prendra en
à dans
particulierdansson ordre, ne puisse tirer conséquence
aucun cas, ne doutant pas que tous ceux qui composeront ces
a
assemblées n'aient les égards et les défërences.que l'usage
consacrés pour les rangs, les dignités et l'âge.
XL. L'assemblée des trois ordres réunis sera présidée par le
bailli pu sénéchal, ou son lieutenant II y sera donné acte aux
et il sera donné défaut contre
comparans de leur comparution,
tes non eomparans; après quoi il sera passé à la réception du
serment que feront les membres de l'assemblée, de procéder
fidèlement à la rédaction du cahier gênerai et la nomination
des députés. Les ecclésiastiques et tes nobles se retireront ensuite
dans le lieu qui leur sera~indiqué pour tenir leur assemblée par-
ticulière.
XLL L'assemblée du clergé sera présidée par celui auquel
l'ordre de la hiérarchie défère la présidence; celle de la noblesse
et en son absence., par le
sera présidée par le bailli ou sénéchal,
cas l'assemblée qui se tiendra
président qu'elle aura élu auquel
pour cette élection sera présidée par leplus avancé enâge.L'as-
semblée du tiers-état sera présidée par le lieutenant du bailliage
ou de la sénéchaussée, et à son défaut, par celui qui doit le rem-
nommeront leurs secrétaires; !e
placer. Le clergé et la noblesse
secrétaire du tiers.
greffier du bailliage sera
XLII. S'il s'élève quelques difficultés sur la justification des
titres et qualités de quelques-uns de ceux qui se présenteront
du clergé ou dans celui de la no-
pour être admis dans l'ordre
le baillt
Messe les difûcu~ésseront décidées proviso'rement par
I
IMMEDIATES DE LA RÉVOLUTION. 375

ou sënëchal, et en son absence, par son lieutenant, assiste'de


quatre ecclésiastiquespour le clergé,et de quatre gentilshommes
pour la noblesse, sans que la décision qui interviendrapuisse
servir ouprëjudicjerdans aucunautre cas.
XLIII. Chaque ordre rédigera ses cahiers, et nommera ses
députes sëparëmeht, a moins qu'ils ne préfèrent <l'y procéder
<n commun, auquel cas le consentementdes trois ordres,
pris
séparément, sera nécessaire.
XLIV.Pour procéderà la rédactiondes cahiers, il sera nommé
des
commissahj~ui yvaqueront sans interruptionet sansdélai;
et aussitôt que-Mrtravail sera fini les cahiers de chaqueordre
seront définitivementarrêtés dansl'assembléede l'ordre.
XLV.Les cahiersserontdresséset rédigés avecle plusde pré-
cision et de clarté qu'il sera possible; et les pouvoirsdont les
députés seront munis, devront être généraux et suffisanspour
proposer, remontrer, aviser et consentir, ainsi qu'il est porté
aux lettresde convocation.
XLVI.Les électionsdes députés qui seront successivement
choisispour formerles assembléesgraduellesordonnées par le
présent règlement, seront faitesà haute voix; les députésaux
Etats-Générauxseront seulsélus par~Iàvoiedu scrutin.
XLVII.Pour parvenirà cettedernièreélection, il serad'abord
fait choixau scrutinde troismembresde l'assemblée,qui seront
chargésd'ouvrir lesbillets, d'en vérifierle nombre, de -compter
les voix, et de déclarerle choixde l'assemblée.
Les billets de ce premier scrutin seront déposéspar tous les c
députés successivementdans un vaseplacé sur une table au-de-
vantdu secrétairede l'assemblée,et la vérincationensera faite
par ledit secrétaire, assistédes troisplusanciensd'âge.
Les trois membresde l'assembléequi auront eu le plus de
voix serontlestrois scrutateurs.
Lesscrutateurs prendront place devantle bureau, au milieu
de la sallede l'assemblée,et ils déposerontd'abord dansle vase
{<cepréparé !eur M!et d'étection~ après quoi tous.les électeur~
T.
?~
1. 48
?
274 DESCAUSES
viendrontpareillement, l'un après l'autre, déposer ostensible-
ment leurs billetsdansleditvase.
Les électeursayantrepris leurs places, les scrutateursprocé-
derontd'abordauxcompteetrecensementdes billets;et si lenom-
bre s'entrouvaitsupérieurà celuides suffrages existans dans
l'assemblée,en comptantceux qui résultentdes procurations, il
serait, sur la déclarationdes scrutateurs,procédéà l'instantà un
nouveauscrutin, et les billetsdu premierscrutinseraientincon-
.tinentbrûlés.
Si le premier billetportaitplusieursnoms,il serait rejeté,sans
recommencerle scrutin il en serait usé de ~j~e dans le cas
où il se trouverait un ou plusieurs billets qui fussent en
blanc.
Le nombredesbilletsétant ainsi constaté,ils serontou-
verts, et les voix serontvérifiéespar lesdits scrutateursà
voixbasse.
La pluralité sera censée acquise par une seule voix au-
dessusde la moitiédes suffragesdel'assemblée.
Tous ceux qui auront obtenu cette pluralité seront décla-
rés élus.
Au défautde ladite pluralité, on ira une secondefoisau scru-
tin, dans la formequi vientd'être prescrite; et si le choix de
l'assembléen'est pasencoredéterminépar la pluralité, les scru-
tateurs déclarerontles deuxsujets qui auront réuni le plus de
voix, et ce seront ceux-làseulsqui pourront concourir à l'élec-
tion qui sera déterminéepar le troisièmetour de scrutin,en sorte
de
qu'il ne sera, dans aucun cas, nécessaire de recourir plus
trois fois au scrutin.
En cas d'égalité parfaite de suffrage entre les concur-
rens dans le troisième tour de scrutin, le plus anciend'âge
sera élu.
Tous les billets, ainsi que les notes des scrutateurs, se-
ront soigneusementbrûlés après chaque tour de scrutin.
aura de
Usera procédé au scrutin autant de fois qu'il y
députés à nommer.
JMCËNATES DE LA RËYOUJTION. 27~

XLVIII. Dans le casoù la même personneaurait été nommée


député aux États-Générauxpar plusd'un. bailliagedans l'ordre
du'clergé, de la noblesse ou du tiers-état,'elle sera obligée
d'opter. S'il arrive que le choix du bailliagetombesur une per-
sonneabsente,il sera sur-le-champprocédé,dansiamêmeforme,
à l'électiond'un suppléantpour remplacerledit député absent,
si, à raisonde l'optionou de quelque autre empêchement,Hne
pouvaitpointaccepterla députation.
XLIX. Toutesles électionsgraduellesdes députés,y compris
cellesdes députésaux Etats-Généraux,ainsi que la remise qui
leur sera faite, tant des cahiers
particuliersque du cahier géné-
ral, seront constatéespar des procès-verbauxqui contiendront
leurs pouvoirs.
L. Mandeet ordonnesa majestéà tous les bailliset sénéchaux,
et à l'officierprincipalde chacundesbailliageset sénéchaussées,
comprisdansl'état annexeau présent règlement, de procéderà
toutesles opérationset à tousles actes prescritspour parvenir à
la nominationdes députés, tant aux assembléesparticulières
qu'aux États-Généraux,selonl'ordre desditsbailliageset séné-
chaussées, tel qu'il se trouvefixé par ledit état, sansque lesdits
acteset opérations, ni en générald'aucunedes dispositionsfaites
par sa majesté, à l'occasionde la convocationdes Etats-Géné-
raux, ni d'aucunedes expressionsemployéesdansle présent ré-
glement, ou dansles sentenceset ordonnancesdes baillis et sé-
néchauxprincipaux, qui aurontfait passer les lettres de convo-
cationaux officiersdes bailliagesou sénéchausséessecondaires,
il puisseêtre induitni résulter en aucunautre casaucunchange-
mentou novationdansl'ordre accoutuméde,supériorité,infério-
rité ouégalitédesditsbailliages.
LL Sa majesté, voulantprévenir tout ce qui pourrait arrêter
ou retarder le cours des opérationsprescritespour la convoca-
tion des États-Généraux, ordonne que toutes les sentences
ordonnanceset décisionsqui interviendrontsur les citations les
assemblées,les élections,et généralementsur toutes les opéra-
tionsqui y serontrelatives,serontexécutéesparprovision,nonob-
276 DES CAUSES

stant toutes appellationset oppositionsen formejudiciaire, que


sa majestéa interdites, saufaux parties intéresséesà se pourvoir
mé-
pàrdevers elle, par voiede représentationset par simples
moires.
Fait et arrêté' parle roi, étant en son conseil, tenuà Versan-
lesle vingt-quatrejanvier mil sept cent quatre-vingt-neuf.
SignéLOUIS;
E< p<tM bas, LAURENT DE ViLLEDEUH,.

RÉGLEMENT DU 5 MAI 1789, FAIT PAR LE -ROI, CONCERNANT LES

SUPPLÉANS.

Le roi a été informéque danslesassembléesde plusieursbail-


liageset sénéchaussées,il a été nommédes suppléansautres que
ceuxdontla nominationétait autoriséepar l'article 48 du règle-
mentgénéral du 24 janvier dernier; sa majestéa remarqué en
mêmetemps que, dans quelques assemblées,ces nominations
ont été faites, tantôt par un seul ordre, tantôt par deux, quel-
quefoispar chacundes trois ordres; que, dansd'autres assem-
blées, un des ordres anomméun seulsuppléantpour les députés
de son ordre; qu'ailleurson en a nomméautant qu'ily avait de
députés; tandisque~dans beaucoupd'assemblées,les ordres se
sont exactementconformés aux dispositionsdu règlement, et
n'ont point nomméde suppléans.Sa majestéa encoreremarqué
la mêmevariétédansla missionqui a été donnéeaux suppléans
quelques-unsnedoiventremplacerles députes de leur ordre que
dans le cas de mort seulement;plusieurspeuvent le faire en cas
d'absence,de maladie, ou même d'empêchementquelconque
les uns ont des pouvoirsunis avecles députés qu'ils doiventsup-
pléer les autresont des pouvoirsséparés enfinplusieursassem-
bléesont suppliésa majestéde faire connaîtreses intentionsà cet
égard.
Sa majestéconsidérantque le peu d'uniformitéque l'on a suivi
dans ces différentesnominations,établirait nécessairementune
inégalitéde représentationet d'induenceentreles différensordres
IMMEDfATES DE LA RÉYOLUTtON. 277
etles différonsbailliages,et quela mutationcontinuellede
députés
dans chaqueordre,résultantde la facultéqu'auraientlessuppléans
d'être admis dans le cas de maladie, d'absence, ou mêmed'un
simpleempêchementd'un députe, pourrait d'un instantà l'autre
troubler l'harmoniedes délibérations,en retarder la marche, et
aurait l'inconvénientd'en faire varier sans cessel'objet et lesré-
sultats, sa majestéa résolude déterminerla seulecirconstance
danslaquelleles suppléanspourraientêtre admisà remplaceraux
Etats-Générauxles députésdeleur ordre et elleapenséqu'il était
en mêmetemps de sa justice de pourvoir, dans lamême éircon-
stance, au remplacementdes députésqui n'ont point de sup-
pléans enfin, que tousles bailliageset sénéchausséesjouissent
de l'avantaged'être également représentés.En conséquence,le
roi a ordonnéet ordonnece qui suit
Art. ï". Lessuppléansqui n'auront été nommés dans aucun
des trois ordres, pour remplacerles députés de leur ordre' aux
Etats-Généraux, en'cas de mort, de maladie d'absence, ou
mêmed'empêchementquelconque,ne pourront être admis en
qualitéde députés que dans le cas où lé député dont ils opt été
nomméssuppléans viendraità décéder.
II. En cas de mort d'un des députésauxquelsil n'aurait
pas
été nomméde suppléans, il sera procédé, sans délai, dans le
bailliagedont le députédécédé était l'undes représentans.àla
nominationd'un nouveau député, suivant la forme prescrite
par le règlement du 24 janvier dernier; à l'effet de quoii
tous les électeursde l'ordre auquelappartenait ledit député, et
qui avaitconcour immédiatement son élection, seront rappe-
lés et convoquéspour élire celuiqui devrale remplacer.
HISTOIREPARLEMENTAIRE
DE LA

REVO~~JTtO~ FRA~ÇAtSE.

ANNÉE 1789.

DES ÉTATS-GÉNÉRAUX.
CONVOCATION

AussiTÔTla publication des ordonnances pour la convocation


les esprits
des États-Généraux, une seule pensée saisit tous
toutes les espérances comme toutes les craintes étaient assignées
fût leur nature, reçurent
à~n jour fatal. Les intérêts, quelle que
se dé-
donc une direction 6xe, soit pour attaquer, soit pour
cote étaient les positions
fendfe; ils furent mis en présence. D'une
de la noblesse, des corpora-
acquises, les priviléges du clergé,
et de l'autre, le
tions, les franchises des provinces et des villes;
droit social, la tendance commune.
Car chaque privilège, tout passionné qu'il était pour sa propre
reconnût
conservation, était hostile à tous les autres, soit qu'il
ruine. Ainsi,
leur injustice, soit qu'il voulut s'accroître de leur
tous les élémens de résistance au mouvement qui commençait
suite frappés
étaient en guerre les uns contre les autres, et par
les tendances à là progression
d'impuissance; tandis que toutes
ne formaient qu'un corps et qu'une seule pensée.
au milieu
La royauté elle-même n'était qu'un intérêt privé
la le
des mille autres intérêts qui partageaient société, monarque
c'est-à-
était seul, sans autre appui que le droit diplomatique,
fief de France
dire son droit personnel à représenter le grand
celui qui lui
dans le système européen, n'ayant de pouvoir que
son trésor,
était assuré par une longue habitude d'obéissance, par
(1789) CONVOCATIONDES ÉTATS-GÉtERACX. 279

son armée, ses gens en un mot.On a vu quedepuislong-temps


déjà la royautéétait isoléeet formaitun intérêt à part il y avait
des sièclesqu'elle s'était séparée de la noblesseet du clergé, et
depuis le règne deLouisXÏYellene représentaitplusle peuple.
Aussi, depuis bien des années, elle n'acquérait des hommes,
même des soldats, qu'à prix d'argent; elle avaitdes serviteurs,
et non des amis. Lorsqu'elleen appela aux Etats-Généraux,per-
sonne ne se trompa sur son but. Au milieudes formulescourti-
sanesquesdont sont remplisles actes du temps, on voit percer
cettepensée, qu'en convoquantl'assembléede la nation,elle ne
cherchait qu'unmoyende se conservO!'elle-même, c'est-à-dire
de remplir son trésor, de grossir son armée et le nombrede ses
gens. Chacundonc dut compter seulementsur ses propres ef-
forts et eh effetchacun s'occupa uniquement de défendre sa
cause personnelle,le clergé, la noblesse, les corporations,aussi
bien que le peuple. Tout le monde d'ailleurs se sentaitfaible,
tant on avaitnettementla consciencequ'il n'y avaitpas un droit
ou un privilège qui ne dût rester seul contre tous, et ne fût une
proie offerteà l'aviditéde la,multitudedes intéressés.
Maisdanscette anarchied'égoïsmes,où étaitla place pourles
sentimensgénéreux? celleou l'on s'oubliaitSoi-même ann de dé-
fendre les autres, afin de travailler à l'intérêt commun? elle
n'existait nulle part; il n'y avait point d'institutionqui repré-
sentât ce but commun. Aussitous les noblescœurs, à défaut
d'un présent à défendre, travaillèrentpour une espéranceà ve-
nir, pour réaliser une théorie. Des livres, des doctrines, des
systèmes, furent l'intérêt qu'ils s'occupèrent à protéger, à ac-
croître, à fonder. De là une tendancecommunequi vint concen-
trer en un seul effort tout ce que la France renfermaitd'intelli-
gencesou de convictionshonnêteset pures, et ellesétaientnom-
breuses, pleines d'ardeur presquetoute la jeunesse leur était
dévouée. Or, pour elle, il s'agissaitd'effacerle passé, de faire
table rase, afin d'avoir placepour construire une nouvelle so-
ciété.Ils furentdonc unis tant que dura l'cëuvrede destruction;
ils ne se séparèreMtque lorsquevintcellede réorganisation., Les
280 (1789) CONVOCATION y

différencesse dessinèrentaussitôtquel'époquede réalisercom-


mença.Les diversitésde doctrinesengendrèrentles factionsqui
plus tard partagèrent les assembléeset la nation.
Quandmêmece parti patriote eût été le moinsnombreux, il
fût encorerestéle plus fort, uniquementparce qu'il était le seul
qui ne fit pas une œuvre personnelle.En effet, dès son premier
jour il devaitêtre offensif,et il le fut; il avait contre chaque
privilége qu'il attaquait l'assentimentde tous les privilégiés
qui n'appartenaientpas à la classequ'il poursuivait. Contrela
noblesse, il était aidé du roi, du clergé et de la magistrature;
contrele clergé, de la noMesse,de la magistratureet du roi, etc.
Enfin, derrière lui était le peuplequi, par pur egoïsme,ne pou-
vaitqu'êtredévouéau succèsd'uneguerre dontles fruits devaient
être recueillispar lui seul.
De mêmequ'il n'yavaitqu'un rôle pour les hommesde coeur,
il n'y avaitaussiqu'une placepour la sympathie,pour ce sen-
timentde charitéet de pitié que leshommesde la révolutionap-
pelaientsensibilité.Or, il ne pouvaits'adresserni à la' royauté,
ni auclergé ni à la noblesse,
L'ancien prestige attaché au pouvoirroyal avait été détruit
par Louis XV, et changé en un préjugé contraire.LouisXVÏ
recueillitce triste héritage, et commeon ne put l'accuser, on
chargeasafamille il fut seul épargné,maisnonpas laisséexempt
de ridicule.Il importepeu aujourd'huide savoirà quelpoint ces
accusationsétaientfondées;il est certain qu'on y croyait géné-
ralement.Maintsécritsdistribuéssousle manteauavaientrendu
publicsl'impuissancedu roi et de Monsieur(Louis XVIII), les
vices du comted'Artois et des princes; les enfansde la reine
étaient, disait-on,des fruits adultérinscommeLouis XIV (i).
Les hommesde cour ont plus tard argué ces'bruits de faux
maisalors c'étaienteux-mêmesqui les colportaient.On saitd'ail-

(1)Essaishistoriquessur la vie de Marie-Antoinette reine


d'Autriche,
de Frince.Londres,1789. Antoinetted'Autriche,ou dialogueentre
Catherinede Médiciset Frëdëgonde.– Journaldu Palais-Royal.Con-
fessionsgénéralesdesprincesdu sangroyal,auteursdela cabalearis
tocratifpM.– Confession généraledeS.A.S~reoissimeM.lecomted'At
`
DESETATS-GENERAUX..
1, 381
leurs quelles étaient les moeurs de la gent nobiliaire de Ver-
sailles les illustrations et les gentillesses du dix-huitième siècle
sont connues; leur histoire est restée la meilleure école de dé-
bauche et de dépravation, après celle des Césars romains. Or
alors ces hommes et ces femmes vivaient encore on les enten-
dait, ministres et duchesses, versifier des ordures, chanter
des couplets qu'oseraient à peine aujourd'hui répéter les bou-
ches les plus impures. Toute cette ignominie, conquise par les
courtisans, était attribuée à la noblesse tout entière; il suffisait
presque qu'un homme portât un habit de cour pour qu'il en fut
soupçonne. Aussi le rang, et, par une conséquence naturelle, la
qualité de noble n'était plus une recommandation; on estimait
l'homme d'après ses actions, et non plus d'après ses titres.
Le clergé était partagé en deux classes l'une riche, honorée,
puissante, composée presque uniquement de fils de grandes fa-
milles l'autre pauvre, laborieuse, et qu'on appelait, à cause
de cela, le bas clergé. L'Eglise avait donc une noblesse et un
peuple. On reprochait au h~thtclergé ses richesses;' on lui oppo-
sait la pauvreté des apôtres on lui demandait compte de ses de-
voirs on rendait enfin le corps entier solidaire des mauvaises
mœurs de ses membres. En effet, à quoi servaient tant de pré-
lats oisifs, et cette bande d'abbés coureurs de boudoirs, faiseurs
de petits vers et desaks contes? Un scandale tout nouveau venait
d'ailleurs de compromettre le clergé nous voulons-parler de
cette affaire du collier, dans laquelle on vit un cardinal de Rohap
traité en prisonnier d'État, amené et acquitté en cour du Par-
lement pour avoir voulu acheter la possession de la reine
de France par le don d'une parure de diamans de seize cent
mille francs.
Le peuple seul offrait des occasions de sympathie, car il avait
la probité du travail; il souffrait dans le plus grand nombre de

– Boudoirdemadamede Potignac. – Confession


tois, roi de Botany-Bay.
de madamede P* Majtadiedemadamede P* Vie de L.-P.-D.,
duc d'Orléans, traduit de l'anglais, Londres, 1789 etc. –H y en a au
moinsune centaine, et dans te nombreil en est do~t nous n'oserions
répéter es titres.
282 (1789) CONVOCATION

ses membres. Depuis long-temps d'ailleurs c'était lui qui tenait


surtout la plume, qui écrivait pour les romans, pour le théâtre,
pour la philosophie; et depuis long-temps il plaidait ainsi sa
cause. Aussi nul ne pouvait l'accuser, et toutes les âmes qui n'é-
taient point pourries d'ëgoisme inclinaient vers lui.
Le tableau que nous venons de présenter montre qu'il y avait
partout au fond-des coeurs désir de grands biens, ou crainte de
beaucoup perdre. De là une disposition à sacrifier tout ce qui
n'était pas soi, une volonté d'atteindre son but à tout prix; de là
une ménance universelle, qui fut l'occasion de ces terreurs su-
bites et sans objet apparent, qui firent le caractère des premiers
temps de la révolution; enfin une avidité, un empressement à
agir inconcevables.
Tout était donné et fatal dans ces conditions vivantes du mou-
vement révolutionnaire; la fatalité des choses vint encore aider
à leur développement. L'année 1788 .vait été afnigëe d'une sé-
cheresse extraordinaire qui avait tari les fontaines et les puits et
avait perdu les récoltes la disette é<hitmenaçante le crédit était
nul. En effet, toujours, lorsque le gouvernement vient déclarer
un déficit, le commerce du pays est frappéde mort. Les capitaux
se resserrent, et les manufacturesêt les échanges qu'ils alimentent,
languissent. C'est ce qui arriva en France. La caisse d'escompte
offrait au commerce une garantie aussi dtmtëuse que la fortune
du gouvernement lui-même. La solidité de son papier était établie
sur des probabilités; son avenir dépendait tout entier des mesures
financières qui seraient arrêtées par les États-Généraux. Or, en
face des Intérêts etdes passions hostiles qui présidaient à leur élec-
tion, qui pouvait être assuré de l'événement? Le papier de la caisse
d'escompte aurait pu obtenir encore quelque confiance en France;
cependant il perdit dès le premier jour on fut obligé de lui don-
ner un cours forcé; mais à l'étranger il ne pouvait être toujours
qu'une monnaie nulle. Ainsi, le moyen des échanges pour acheter
du blé était réduit au seul numéraire, car on ne pouvait déjà
plus payer en exportant des produits manufacturés. Les ateliers
étaient inactifs faute de capitaux. Toutes les circonstances con-
~°3
DES ÉTATS-GÉNÉRAUX.
1 ~l.
.coururent donc à accroître la disette, et ne pouvant plus
le
compter sur le commercerégulier pour approvisionner pays,
une prime
le gouvernementavait, le 25 novembrél788, accordé
janvier d789,
pour l'importationdes grains d'Amérique; leH
les et farinesvenant des ports d'Europe.Le 20 avril
pour grains
la prime fut doublée.Enfin,le 23 avril, on lançaune ordonnance
officiersde
contre les accapareurs, en prescrivantaux juges et
de tenir la main à ce que les propriétaires,fermiers, mar-
police
à
chandset autres dépositairesde grains, eussent garnir~ufn.
sammentles marchés.En même temps un hiver rude et long,
tel que de mémoirehistorique la France n'en avaitpas éprouve
au
un pareil, vint afftiger le-pays et réduire les pauvres déses-
thermomètrede Réaumurmar-
poir. Le 51 décembre1788,le
au-dessousde glace. Lagelée
quait à Paris 18 degréstrois quarts
dès le
avait commencéle 24 novembre,et la Seineétait prise
26. Cefroid ainsi que la disette, désolatout le pays, et imposa
aux classes pauvres une même impulsiondont nous
partout
verrons plus tard les effets.
Riend'ailleursne détournaitla France du sentimentde sa po-
sitionprésenté; elle était tranquillesur toutes ses frontières.
La Russie,sousle gouvernementde CatherineII, et l'Autriche
sous celuide Joseph II, faisaientla guerreà la Porte-Ottomane.
la Bal-
La Suède.alliée au sultan, occupaitla flotterusse dans
Finlande. La république de
tique, et une armée moscoviteen
d'une nouvelle constitution;
Polognepréludait à l'établissement
ta Prusse était occupéeà mainteniren possessionde la couronne
de Hollande, son alliéle. prince d'Orange.~Enfm,les-Pays-Bas
venaientde déclarer leur indépendance,et présentaientun,ali-
suze-
ment aux arméesde l'empereur d'Allemagne,leur ancien
rain.
tous ces
Ainsi dépourvude toute entrave, libre au milieu de
soutenupar la co-
égoismesqui mettaientleur intérêt à l'aider,
lère et les soùlèvemens
des massesaffanîees, l'esprit révolution-
nairepoursuivitet hâta sa marche.Profitantdu relâchementque
l'attente desËtats-Génërauxavaitintroduitdans l'administration,
284
Z~ (1789) CONVOCATION
etdudroitd'avisquci'ordonnancedeconvocationdonnaitàchacun,
il s'épanchaen brochures c'est là qu'ilfautl'étudier.Parmibeau-
coupde discussionset de sarcasmesqui avalentquelqueintérêtseu-
lementpour les contemporains,une pensées'y manifesteà chaque
page, penséeque résumecomplètementl'écrit de t'abbé Syéyès.
Nousavonstroisquest{o!isàfaire,ditrauteur:'ti''Qu'est-cequele
tièrs-ëtat? Tour: 2" Qu'a-t-ilétéjusqu'àprésent dans l'ordre po-
litique? RiEN.3" Quedemande-t-il?Af~eKM'~e~uee~osc. »
Syëyès ne se bornait pas à ces réponses. Ce n'était Jaquele
titre dèscbapitresdeson livre. « Letiers, disait-il, est une na-
tion complète;car quefaut-ilpour qu'une nationsubsisteet
pros-
père, des travauxparticulierset des fonctionspubliques. Tout
ce quin'est pas le tiers ne peutse regarder commeétantla nation.
Je sais qu'il est des individusen trop
grand nombre, que les in-
firmités, Fincapacité,une paresse incurable, ou le torrent des
mauvaisesmœurs, rendent étrangersaux travauxde la société.
L'exceptionet l'abus sont partoutà côte dela règle, et surtout
dans un vaste empire; mais au moins conviendra-t-on
que
moinsil y a de ces abus, mieuxl'Etat passe pour ordonné.Le
plusinal ordonnéde tousserait celuioù non-seulernentdes par-
ticuuers'isolës,mais une classe entière de citoyensmettrait sa
gloire à rester immobileau miiieu du mouvementgénéral; et
saurait consommer ta meilleurepart du produit; sansavoircon-
couru en rien'à le faire naître. Une telleclasse est assurément
étrangèreà la nation par sa fainéantise.L'ordre<nobte.n'est pas
moinsétrangerau milieude nous par ses prérogativescivileset
publiques, etc.
D'autresécrivainsspéculaientdéjà sur les devoirsde l'assem-
Mëe.Ainsil'avocat-général Servantdemandaitune déclarationdes
droits de l'hommeet du citoyen.Le duc d'Orléans publiaitl'in-
structionqu'il adressaità ses représentansaux bailliages;et cette
brochurefameuseportait pour titre ;jOe<tM)'attOK~ à prendrepour
lesassemblées (~ M~es. Il y présentaitle plan à suivre dans
la rédactiondes cahiers, et à cette occasionil donnait son opi-
nion sur toutes les questions qui pouvaientse présenter. Pour
DES.ÉTATS-GÉNÉRAEX 285
la faire connaître, il suffit d'en citer les deux phrases suivantes
« Que tous les priviléges qui divisent les. ordressoient révoqués,
–leTiers-étatestIanation.)' »
Nous avons sous les yeux une brochure ayant pour, titre:
ReMt~a!des pr~MM~'esoMeiKMe&s ~e la société pnblicole tenues
les 20, 24, 51 decen~t-e~788, et 2 ~a~Mr 1789. Cétait un de
ces clubs dont la mode importée d'Amérique était devenuegéné-
rale. Mais celui-ci avait pour but spécial d'éclairer les esprits, et
tle s'occuper d'affaires publiques dans le sens le.plus libéral. Nul
doute qu'une multitude de sociétés ne s'occupassent alors, ainsi
que celles-ci, de débattre les questions d'intérêt social.
Les prétentions de la noblesse et celles duclergé avaient échoué
contre la volonté du conseil du roi dans l'assemblée des nota-
bles mais le privilége n'était pas vaincu, et il vint essayer ses
forces sur la place publique, îl s'attaqua aux ordonnances de
convocation elles-mêmes. Les premières résistances éclatèrent
dans des provinces privilégiées', dans des pays d'Etats, en Fran-
`
che-Comté et en Bretagne.
En Franche-Comté, les États composés des trois ordres as-
semblés. à Besançon, selon l'ancienne coutume, délibérèrent sur
l'exécution de l'ordonnance du 24 janvier. La chambre du tiers
vota pour que, selon les dispositions de l'ordonnance, les dépu-
tés fussent élus par bailliages (il y en avait quatre dans la provin-
.ce), et que le tiers nommât autant de représentans que les deux
ordresréunis.
Les deux chambres~pëneures se partagèrent: les uns se

rangeant de l'avis du tiers;'les autres voulant que lesreprësen-


tans fussent élus par les États-Généraux de la province; toute
la haute noblesse et tout le haut clergé étaient dans cette opi-
nion. Ils espéraient par ce moyen obtenir la majorité pour les
hommes de leur caste. Les deux partis protestèrent contre les
prétentions de leurs adversaires. Le parlement se jeta dans la
querelle il appuya les exigences aristocratiques, et cassa la
protestation du tiers, par un acte du 27 janvier, quiaété con-
servé. H est précédé de conskiérans qui nous révèlent les sen-
286 (1789) cpNvocATMN
timens que ia discussionavau.mu t-uimcr,cLutjtn.t~m.t; ue
cela, nous croyonsnécessairede citer quelquesextraits
« Considérant, dit la-Cour, que la fermentationqui règne
dans le royaume, principalementdans les villes, est excitéepar
une multitude d'écrits capablesd'induire les peuplesen erreur;
que des opinionset des assertions audacieuses, hasardéespar
des particuliers sans caractèreet sans autorité, tendent à dé-
truire toute subordination, à élever des insurrections contre
l'autoritélégitime, à engendrerune guerre intestine, et à ébran-
ler, peut-êtremêmeà renverserla monarchie;
<Que la chambredu tiers-étata aspiré à une égalité de voix
et de suffragesaux deux autres chambresréunies, contrela cou-
tume invariablementsuivie.
» Qu'on voudraitanéantirl'immunitédes fiefs que cette im-
munitédansla provincen'est point un privilégepersonnel que
c'est un droit réel, attachéau fonds par des lois positives, et
par une possessionde plus de milleans
» Queles droitsles plussacrés;tousceuxde la propriété entre
les mains des citoyens;celuimêmede la successionau trône,
n'ont d'autre fondementqu'une possessionsemblable;
Que l'exemptionde l'impôta fait partie du prix danslesveu-
tes et dansles partagesdesfamilles,et en a augmentéla valeur.
qu'on ne pourrait exiger le sacrificed'une propriété si bien ca-
ractérisée, sans en accorderun dédommagement;
Que toutesinnovationssont dange~uses, parce que l'esprit
novateurne s'arrête pointdansson cM~; qu'un jour il frappe
d'un côte~et que le lendemain il renversed'un autre
» Quepar des plans et des systèmes d'uniformitéentre les
provinces,pour les impôts, on anéantiraitles droits, les privilé-
ges, et la constitutionparticulièredes provinces;
» Que<?Courne peutapprouverles prétentionsqui tendentà
confondretous les ordresdecitoyens,et à dépouillerles unssous
prétexte de soulagerles autres;
» Que ~inégalitédansla distributiondes biensest danslesdé-
crets de/<tProvidence,et dansla nature de l'ordre social;qu'une
DES ÉTATS-GÉNERAfX. 287

.Tt. .t, -!– '– ~1~ ~–


grande partie des classesdu tiers-étatne subsisteet ne subsis-
tera toujoursqu'au moyendesterres et des propriétésde la no-
blesse et duclergé.
Quele Tiers-étatdoitse défier du génie fiscal et Snancier,
qui veille toujours, qui ne perd jamaisrien, et qui ne fait des
promessestrompeusesque pour étendreson influenceet son em-
{
pire:arrête,etc. »
Le peuplede Besançonse soulevacontrecet arrêt. Les magis-
trats furent, à plusieurs reprises, insultés et attaqués dans les
rues.Ils furent assiégésjusque.dansle palais, et obligésde cher-
cher leur salutdansla fuite. Cependantun règlementdu roi, du
27 février,cassaledécretdu parlement,et donnaraison au tiers-
état. Les électionseurent lieu par bailliage, et conformémentà
l'ordonnancedu 24janvier.
En Bretagne, la résistances'était annoncéedès l'année pré-
cédente.Elleavaitcommencépar desprotestationsde la noblesse
contreles assembléesdesnotables,etcontrelesprojets qu'onleur
supposait.Aussi, lorsqu'elleéclata, elle descenditjusque sur la
placepublique. Le clergén'y prit d'ailleursaucunepart.
Le 30 décembrei 788,lesÉtatsde la provinceétant assemblés
à Rennes, selonl'usage, le tiers-état, suivantla pensée connue
du conseildu roi, demandaà être représentédans cetteassemblée
en nombre égal aux deux autresordres. Il proposait; en outre,
le vote par tête, et l'égale répartitiondes impositionsentre tous
les citoyens.Un journal royaliste(1) assure qu'il suivait en cela
lesinstructionsdeNecker.
Cette pétitionarrêta lestravaux de l'assemblée.Letiers refu-
sait de prendre part à aucune délibérationavant d'avoir,obtenu
une décisionconformeà sesdésirs. La"noblesses'y opposaitavec
énergie.Les discussionsallaientrapidementdégénéreren violen-
ces, lorsqu'un arrêt duconseildu roi intervint, et vintsuspendre
les séances jusqu'au 3 février suivant. Il ordonnait, en ou-
tre, que, dans l'intervalle,les députés du tiers-état se retire-
raientdans leursvilles, afin d'y recevoirde nouveauxpouvoirs.
i~ cahier,page49.
Introduction.
(1)L'amiduroi, par MONTJOIE.
288 (d789)
~»~ CONYOCATMN

Les gentilshommes,en recevantcommunicationde cet ordre,


avantde se séparer, signèrentune protestationdans laquelleils
déclarèrentdéshonoré et traître à la provincequiconquene se
dévoueraitpas au maintiendesprivilégesdu pays. Lesreprésen-
tans du tiers, au contraire, retournèrentà leurs commettans.
On s'assemblapar paroisses.Les réunionsfurent très-nombreu-
ses, surtout à Rennes, et très-animées.On s'y occupaitparticu-
lièrementde la protestationde la noblesse:,on lui reprochait de
remettre en problèmel'inégalerépartitiondes impôts, d'accuser
les députésdes communesd'avoir seulsmis obstacleà Ia~discus-
sion de cette inégalité, de tenter de soulevercontre teshabitans
des villesle peupleignorantdes campagnes, en lui distribuant
un faux exposéde ce qui s'était passéaux Etats, exposé qu'on
avait fait traduire en dialectebreton, et distribuerpar milliers
d'exemplairesdansles villages.Enfin, on cherchait les moyens
d'arrêter le succès d'une protestationque la noblessefaisait
colporterpour la conservationdes privilégesprovinciaux.
Cesréunionsétaientlégales, autoriséespar l'arrêt du roi. Ce-
pendantle parlementde Rennes, s'enfermantdans le droit cou-
tumierde la province, écartantune ordonnancequ'il n'avaitpas
enregistrée,vinttes arrêter; et il décrétalesmarguilliersdes pa-
roisses qui avaient permis qu'on s'assemblâtdans les édifices
dépendant de leur surveillance.On obéit à cette violence;mais
l'on courut réclamer à Versailles. Cependantil n'était encore
rien sortide toutescesréunions:seulementla jeunessede Rennes
avaitlancéunebrochureen réponseà cellede la castearistocra-
tique.
Toutesces contradictions avaientpoussélacolèrede la noblesse
à son dernierpériode.Le 26 janvier,un rassemblementprovoqué
et payé par elle, présidépar quatre gentilshommes,accru par
l'espéranced'obtenirune diminutiondans le prix du pain, se
formaau champ de ~fom~monM a Rennes de là il se répandit
dansla ville, attaquant,frappant, blessantles bourgeois, et sur-
tout les jeunesgens; puis il se rendit au palais. Les magistrats
étaientsur leurs sièges écoutèrentayeqb{enye~lance de"
DES ÉTATS-GÉNÉRAUX. 289

mandes de. ces hommes. Ils réclamaient la conservation de la


constitution e~ des priviléges de la province. Les victimes à leur
tour allèrent se plaindre; mais leurs réclamations furent repous-
sées. Le lendemain donc, les jeunes gens, n'ayant rien à espérer
delajust)ce,s'étaient armés et réunis pour se défendre si la
lutte recommençait. En effet une nouvelle provocation leur fut
adressée un pauvre ouvrier, attaqué et grièvement Messe par
des laquais de grands seigneurs, vint réclamer leur
appui dans
un café ouils s'étaient assemblés. Alors animée de la
pensée de
terminer d'un seul coup toutes ces violences, la jeunesse alla au
cloître des Cordeliers, où cinq ou
sixcents~ëntitshommes étaient
réunis et armés. Là il s'engagea un véritable combat, où il eut
y
de part et d'autre des tués et des blessés. Les deux
partis se
comportèrent avec courage ce fut un duel soutenu avec une
égale générosité de cœur. « Aussi, dit la relation, soit à jamais
déshonoré un Kératry, qui, de ses fenêtres-, à travers les
jalou-
sies, tirait sur les jeunes bourgeois! lâche qui un moment au-
paravant, s'était prosterné à leurs genoux pour obtenir qu'on lui
laissât la vie. i
Le commandant de la province intervint; la noblesse ca-
pitula le lendemain, et déclara. renoncer à la ~K~Mce: les
jeunes gens donnèrent leur parole de désarmer. La paix semblait
rétablie; mais le parlement instruisit, et dirigea ses poursuites
particultërementcontre les hommes du Tiers. L'ordre des avocats,
l'école de droit, la ville, réclamèrent auprès du garde-des-sceaux
contre cette injuste partialité. L'affaire fut évoquée au
parlement
de Bordeaux, où elle n'a jamais été suivie.
L'appui que le parlement prêtait à la noblesse aurait pu faire
dégénérer ces troubles en guerre civile; mais le soulèvement de
toute la jeunesse des villes de Bretagne à lanouvelle des événemens
des 26,27 et 28 janvier, donna lieu à un tel développement de force
de la part du Tiers-état, que la noblesse dut renoncer à la lutte et
sentir son impuissance. Neuf cents jeunes gens armés arrivèrent
de Nantes, et environ six cents des autres communes voisines.
Hfut évidentque ce rassemblement serait devenu une nombreuse
T. 19
390 (1789)
~<~t~ CONVOCATION

armée, si la nouvellede la fin destroubles n'eût empêchéle dé-


part des corpsqui se formaientdans toute la Bret&gne,jusqu'à
Brest.La nécessited'abréger, autant que lacrainte de fatiguer
l'attentionde nos lecteurs,nous empêched'entrer dansles détails
de ce mouvement,sur lequelnous possédonsde nombreuxren-
seignemens(i). Il suffitde noter qu'il eut pour résultatde mettre
sous les armeset d'associertout ce que le tiers-étatde Bretagne
possédaitde gens de cœur. Nous nousbornerons à citer trois
piècesqui sont bienpropres à montrerde quel enthousiasmeétait
saisiela jeunessedésoles.

PROTESTATION ET ARRÊTÉ DES JEUNES GENS DE LA VILLE DE NANTES,

DU 28 JANVIER 1789, AVANT LEUR DÉPART POUR RENNES.

t Frémissantd'horreur à la nouvellede l'assassinatcommisà


Rennes, à l'instigationde plusieursmembresde la noblesse con-
voquespar le cri général de la vengeanceet de l'indignation;
reconnaissantque les dispositionsbienfaisantesde notre auguste
roi pour affranchir ses fidèleset dévouéssujets de l'ordre du
tiers de l'esclavageoù ils gémissentdepuis tant de siècles, ne
trouvent d'obstaclesque dans cet ordredont l'égoïsmeforcenéne
~oitdans la misère et les larmes des malheureuxqu'un tribut
odieuxqu'ils voudraientétendrejusquesur les races futures;
D'après1<*sentimentde nos propresforces, et voûtantrom-
pre le dernier anneaude la chaînequi nouslie.
Avonsarrêté de partir en nombresnrnsantpouren imposer
auxvilsexécuteursdesfanatiquesaristocrates,et pour demander
à ceux qui doiventêtre les dispensateursde la justice, la répara-
tion du délit commisà Rennes.

(1) Journal de route. C'est l'histoire de l'expédition nantaise racon-


Pièces M~M-
tée par un des jeunes gens qui en faisaient partie.
.MM<M tant imprimées que manuscrites t~'K/t breton roturier de Rennes,
e7!~oye~œ am!M~'dtt du r«'
envoyéesà,son awi,député pr~7:< àAfar~,
Tiers,présent Paris,,3 33février
février 1789.
1789.précis
Prëçis
exact et historique des faits arrives à Rennes les 29 et 27 janvier <789,
et autres jours suivans. Un arrêt nt détruire cette brochure. Rennes,
lundi 26 janvier 1789, etc.
DESÉTATS-GÉNÉRAUX. 2M
1~ff~tv~n~~
t Protestons d'avance ~ ntf~ tniTC
contre ~~f~te~in!~~tut~t
tous arrêts qui pourront ~~t<f
nous
déclarerséditieux, lorsquenousn'avonsque desintentionspures
et inaltérables jurons tous, au nomde l'honneuret de la patrie,
qu'au cas qu'un tribunal injusteparvînt à s'emparer de nous.
jurons de faire ce que la nature, le courage et le désespoir ins-
pirent pour sa propre conservation.
Arrête à Nantes, dans la salle de l'hôtelde la Bourse, le
28 janvier1789. f
Signé, etc.

ARRÊTÉ DES JEUNES GENS DE LA VILLE D'ANGERS, DU 4 FEVRtER

1789..

« Nous, jeunes citoyensde la villed'Angers, informespar la


clameurpublique et la communicationqui vient de nous être
donnée des arrêtésde messieursles étudiansen droit et en mé-
decine, et de messieursles membresde la bazoche,des attentats
commisen Bretagnecontreles jeunescitoyens,par desmembres
de la noblesse, assemblésau sujet de la tenuedes États;
» Considérantque, dans le momentoù la liberté française
toucheà sa régénération, il n'est pas un véritablecitoyenqui ne
voieavecindignationl'aristocratiequequelquesnoblesvoudraient
établir;
Qu'une pareilleforme de gouvernement,qui suppose des
esclaves,ne peut être regardée que comme une violationmani-
festedes droitsles plus saintsde la nature, et qu'elle est surtout
essentiellementcontraireà l'ancienneet véritableconstitutionde
l'empire des Francs;
» Quec'est un devoirsacrépour tous ceux qui aiment encore
la patrie, de s'opposeravectoute l'énergiedont ils sont capables
à une innovationaussi désastreuseet aussiHétrissante
Qu'il est de la dermère importancepour la sûreté publique
et l'honneurde la nation, que de pareils excès soientà l'instant
réprimés:
» Avonsdélibéréet unanimementarrête qu'en qualitéd'hom-
mes et de citoyens, nous sommeset seronstoujoursprêts à voler
292 ('!789) co~ocATto~

au secoursde nosfrères injustementopprimés,sansnousécarter


du respectdû aux lois, et de la fidélitéque nous jurons à notre
prince;
Que, désirantuniquementrecouvrerdesdroits inaliénables
et imprescriptibles,nous ne formeronsde réclamationsque sur
des usurpationsintolérables,et nous nenous opposeronsqu'aux
l'État oseraient
prétentionsrévoltantesquequelquesmembresde
éievercontreles pouvoirsIncontestableset la légitimeautoritédee
la nation;
!t Adhéronstousaux arrêtésde messieurslesétudiansen droit
et en médecine, et de messieursles membresde la bazoche.
Nota. Quoique des lettres de Bretagne nous annoncentà
l'instantune suspensiondansles troubles, nous persistons dans
nos premièresrésolutions,et signons,etc.

ARRÊTÉ DES MÈRES, SOEURS, ÉPOUSES ET AMANTESDES JEUNES

CITOYENS D'ANGERS, DU 6 FÉVRIER i789.

< Nousmères, sœurs, épouseset amantesdesjeunescitoyens


de la ville d'Angers, assembléesextraordinairement,lecture
faitedes arrêtés de tousmessieursde la jeunesse.
Déclaronsque, si lestroublesrecommençaient,et encas de
départ, tous les ordres de citoyensse réunissantpour la cause
commune,nous nousjoindronsà la nation, dontles intérêtssont
les nôtres; nous réser\ant, la force n'étant pas notre partage, de
prendrepour nos fonctionset notre genre d'utilité le soin des
bagages, provisionsde bouche, préparatifsde départs, et tous
les soins, consolationset servicesqui dépendrontde nous;
» Protestons quenotre intentionà toutesn'est point de nous
écarter du respect et de l'obéissanceque nous.devonsau roi,
mais que nous périronsplutôt que d'abandonnernos amans,nos
époux, nos fils et nos frères, préférant la gloire de partager
leurs dangersà la sécuritéd'unehonteuseinaction, etc. »
Le mauvaissuccèsdes essaisde résistancetentés en Franche-
Comtéet en Bretagne,découragèrent,les privilégiés.Aussipar-
tout ailleursces essaisfurentsi faibles, qu'à peineon les remari
DESËTATS-GÉNÉKAUX. 295
nrëcedento, la noblesse avait
dant l'année précédente,
quà. Cependant a\'ait noué
noue les
premiers fils d'une confédération entre les provinces de Dauphinë
de Bretagne et de Bëarn, dans le but de résister à l'esprit nova-
teur (-1) mais elle resta sans résultat. Les premières manifesta-
tions du sentiment populaire avaient suffi pour écarter les obs-
tacles.
En Provence, tes classes supérieures étaientdisposées a tenter
la lutte mais les circonstances étaient si graves, les masses.
étaient si profondément ëniues, que les privilégiés ~tssent eu
tout à craindre d'une opposition déclarée attx prétentions du
Tiers-état. Aussi !a résistances'arrêta dès .ses premiers pas. D'a-
bord ce fut le parlement qui voulut rompre les assemblées du
Tiers, qui ne pouvaient pas encore, il est vrai, être considérées
comme légales car l'ordonnance particulière de convocation des
colléges électoraux pour ce pays n'était point publiée. On lui
obéit avec peine, et ses membres furent insultés et poursuivis
dans les rues; ensuite l'opposition se manifesta dans les États de
!a province, assemblés à Aix, selon l'usage. La majorité de )a
noblesse rédigea une protestation contre le résultat du conseil-du
roi; elle en proposa la signature aux États. Cette démarche
n'eut d'autre conséquence 'que de populariser !e nom de Mira-
beau, qui était accouru de Paris pour paraître dans cette assem-
blée. Il n'était encore connu que par les persécutions qu'il avait
subies, par'son emprisonnement à la Bastille, par quelques bro-
chures, et par ses liaisons avec le duc d'Orléans. Ici il acquit une
réputation de parti. < Je ne comprends pas, dit-il, en quel sens
cette protestation pourrait être utile, convenable ou légitime.
Utile! elle ne portera pas le gouvernement à réfracter le ré-
glement de convocation que l'opinion publique a conquis; elle
n'empêchera pas les communes de France de se présenter aux
Etats-Généraux dans la proportion qui leur est accordée.
» Convenable! pourquoi protesteriez-vous contre le vœu. du
monarque, contre le vœu de la nation? On vous parle des œrps
de noblesse qui ont protesté; mais que ne vous parle-t-ORdes

(f) L'amidu roi, introduction, pas'' 47.


294 (1789) CONVOCATION
tffnNfpnts
trois cents TWtittnnK
pétitions fqui
t)n ont
f)t)tinvrtrtnf
invoqué letf r'My)fm<~nt
~nntfp )~
règlement contre lequel
on voudrait que nous réclamassions? On vous parle du mémoire
des princes! et moi, pour ne pas faire injure au sang de l'iuustre
délégué de la nation, je vous observerai que la pluralité des
princes (ceuxde la branche d'Orléans), et surtout Monsieur,
frère du roi lui-même, ont ouvertement professé d'autres prin-
cipes.
Enfin, la protestation ne saurait être légitime. Comment
douter roi ne soit le convocateur naturel, le président né-
qu~le
cessaire, le législateur provisoire des États-Généraux?. L'éter-
nelle raison veut que l'assemblée nationa)e puisse s'organiser
régulièrement; mais elle ne saurait s'organiser avant de s'assem-
bler il faut donc que quelqu'un l'assemble et la compose
provisoirement.
» S~ousquel prétexte sollicite-t-on de vous cette étrange décla-
ration ? C'est, dit-on, parce qu'il résulte du rapport de M. Née-.
ker que le gouvernement veut faire opiner par tête, et non par
ordre, et que ce changement dans la constitution entraînerait
le bouleversement de la monarchie.
j) D'abord, le règlement de convocation ne dit pas un mot de
ce qui vous donne tant d'émoi. Ensuite, Necker y est textuel-
lement contraire. Enfin, siles États-Généraux ordonnent que l'on
opine par tête, il faudra bien que nous nous y soumettions.
< Est-ce de bonne foi que nous prétendons donner des ordres
à nos députés aux États-Généraux ? Toute partie, toutesubdivi-
sion du royaume est-elle autre chose que sujette ? et la M:H,'e?'<K-
neté repose-t-elle ailleurs que dans la collection des représentans
de la nation présidée par le roi ? depuis quand une nation ne peut-
elle bouleverser sa constitution? etc. »
Ce discours ne changea point les dispositions de la noblesse.
Elle persista; mais il fut imprimé, et répandu à profusion, en
France, et surtout dans la province, et mis en parallèle avec la
protestation des privilégiés, ou on lisait cette singulière phrase,
que les .s'y~t'mesno't'eai! <citdfMfMf
tut )'e)n;o'S('n<eKt
f~ prtKCt~M
f~esrangs et des propriétés, à
dela H!0)Mt'e/tMjc:e'ft~H' fc<jfnHt'e
DES ÉTATS-GÉNÉRAUX. 295

de~M'c la dignité de la noblesse. Ce discours acquit à son auteur


l'affection du Tiers-état. Mirabeau fit plus il se mêla dans ses
assemblées et sollicita les suffrages. Eneffet, il fut assuré d'être
élu en même temps à Marseille et à Aix. Il opta pour cette der-
nière dëputation. Mirabeau était devenu une puissance en Pro-
vence. On avait de la reconnaissance pour un homme d'une
haute naissance, et d'un plus haut talent, qui renonçait sa caste,
et qui prenait hardiment le parti du Tiers, se mêlait à lui,
comme s'il y fût né. Onlui attribuait de mauvaises mœurs; mais
ceux qui l'attaquaient avaient-ils bien le droit de lui jeter la
pierre ? était-il même aussi coupable qu'eux ?
L'enthousiasme qui accompagna les promenades de Mirabeau
en Provence, et son influence dans les troubles que causa la di-
sette dans ce pays, donnent la juste mesure et du, sentiment
révolutionnaire et de la profonde méfiance contre les hautes
classes qui aimaient la bourgeoisie. H était accompagné dans ses
courses par une bande d'une centaine déjeunes gens armes, qui
lui offrirent de le suivre jusqu'6 la porte des Etats-Généraux.
A son entrée à Marseille, on tira le canon, et l'on sonna toutes
les cloches.
La bourgeoisie, d'ailleurs, se remuait pour la moindre circon-
stance, Ainsi, à Aix, une assemblée tumultueuse se réunit à l'oc-
casion d'une petite brochure de l'opposition qu'on attribuait à un
président du parlement. On alla chercher le bourreau, et on le
força de brûler l'écrit injurieux en place publique. Ailleurs, la
présence de l'un des opposans provoquait une émeute. Ainsi, l'é-
vêque de Sisteron, qui s'était distingué sous ce rapport aux
États, fut poursuivi par des rassemblemens depuis Aix jusqu'à
la petite ville de Manosque, où il fut comme assiégé par un sou-
lèvement de paysans. Mirabeau dissipa cet attroupement, et
sauva le malheureux aristocrate.
La politique ne fut pas la seule cause des désordres de la Pro*
vence c'était surtout. la faimqui ameutait et poussait le peuple. A
Toulon, à Marseille, à Aix, elle provoqua des rassemblemens
qu'on ne put dissiper que paria force, li y eut du ~angrépandu.
396 (1789) c~vocATtox
A Aups, le consul ou maire périt victime dans une insurrection
causée par la disette. En même temps la misère multipliait les
vols et les assassinats sur les grands chemins. Des bandes de
paysans affamés parcouraient les campagnes, insultant et me-
naçant.de l'incendie les fermes et les châteaux, et demandant du
pain.
Comment les partis interprétaient-ils ces mouvemens ? L'aris-
tocratie prétendait qu'ils étaient les symptômes d'une
grande
conspiration contre elle, que la disette n'était qu'un pre<ea;<e.
( C'est à cette occasion que i'~lM: dit Roi avance que Mirabeau
n'était que l'agent de l'ambition de d'Orléans. ) Le haut
clergé
les attribuait aux sollicitations des calvinistes. Le Tiers-état les
croyait excités par la noblesse. Mirabeau leur enseigna à tous le
vrai moyen d'y mettre un terme. Dans la
grande émeute de Tou-
lon, il obtint une diminution d'un sou sur le pain et le cahne
succéda aussitôt à l'agitation. Alors le parlement nomma des com-
missaires qui furent chargés de parcourir les différentes villes
pour empêcher les accaparemens, pour prendre connaissance
des dépôts de blé et de farine, et contraindre ceux à
qui ils ap-
partenaient à venir vendre dans les marchés ce qui était né-
cessaire pour la consommatiou journalière. Comment Mirabeau
n'eût-il pas été admiré lui qui avait trouvé si vite le secret qui
était un problème pour tous, et le remède du mal ? Cependant
les préventions restèrent; seulement elles prirent:d'autres,
pré-
textes. =
Dans le reste de la France, la malveillance des hautes classes
borna ses manifestations à quelques brochures et à des démar-
ches pour recuenlir des signatures en protestation contre les me-
sures du gouvernement. Ces manœuvres furent si multipliées,
que le ministère en fut alarmé. Un arrêt du Conseil du roi, du
2S février, vint défendre ces intrigues, et déclarer mus tous leurs
résultats. La noblesse n'avait l'occasion d'éclater publiquement,
ainsi que nous venons de le voir, que dans les provinces d'États.
Aussi, dans les autres !ieux, ce fut seulement dans les assemblées
~œtoi-aics q'f'die put se n.t'nttct-. A'ns!, presque [ta~out, te
t)ES ÉTATS-GÉNÉRAUX. 297

Tiers-état. recueillit de puissans motifs d'irrl,iatiou et de défiance.


Dans le seul Dauphiné, les trois ordres se réunirent, et élurent
en commun tous leurs députes.
Les assemblées électorales ne furent pas convoquées toutes, le
même jour, pour toute la France. Le réglement du 24 janvier
supposait que chaque bailliage serait réuni par des lettres spé-
ciales. En effet, cela était nécessaire: les anciennes divisions,
ainsi que les usages administratifs, propres à
chaque province,
offraient une telle irrégularité, qu'il était impossible d'asseoir
une mesure générale et uniforme. La première lettre de convo-
cation est du 7 février. Elle est adressée à la province d'Alsace
et la dernière, adressée au pays des Quatre-VaDées, est du3 mai.
Celles qui regardaient Paris sont des 28 mars et 13 avril. Aussi
fut-on obligé de proroger l'ouverture des États-Généraux, qui
avait été fixée au 27 avril .jusqu'au 4 mai suivant.

Nous croyonsutile de donner à nos lecteurs le texte des divers


réglemens relatifs aux élections de Paris. Ils pourront y prendre
une idée de ce qui se passait dans le reste de la France.

LETTRE DU ROI POUR LA CONVOCATION DES ÉTATS-GÉNÉRAUX A

VERSAILLES LE 27 AVRIL 1789.

De par le roi,

Notre amë et féal, nous avons besoin du concours de nos


fidèles sujets pour nous aider à surmonter toutes les difCeultés
ou nous nous trouvons relativement à l'état de nos finances, et
pour établir, suivant nos vœux, un ordre constant et invariable
dans toutes les parties du gouvernement qui intéressent le bon-
heur de nos sujets et la prospérité de notre royaume. Ces grands
motifs nous ont déterminé à convoquer l'assemblée des Etats de
toutes les provinces de notre obéissance, tant pour nous conseil-
ler et nous -assister dans toutes les choses qui seront mises sous
ses yeux, que~pour nous faire connaître les souhaits et les do-
iéancps de nos peuples; de manière que, par une mutuelle
298 (1789) coxvocATMN
confiance et par un amour réciproque entre le souverain et ses
sujets, il soit apporté le plus promptement possible un remède
efficaceaux maux de l'Etat, et que les abus de tout genre soient
réformés, et prévenus par de bons et solides moyens qui as-
surent la félicité publique, et qui nous rendent à nous particu-
lièrement le calme et la tranquillité dont nous sommes privés de-
puis si long-temps. <
A ces causes, nous vous avertissons et signifions que notre vo-
lonté est de commencer à tenir les États libres et généraux de
notre royaume, au lundi 27 avril prochain, en notre ville de
Versailles, où nous entendons et désirons que se trouvent au-
cuns des plus notables personnages de chaque province, bail-
liage et sénéchaussée. Et pour cet effet, vous mandons et très-
expressément enjoignons qu'incontinent là présente reçue, vous
ayez à convoquer et assembler en notre ville de Paris, dans le
plus bref temps que faire se pourra, pour conférer et pour
communiquer ensemble, tant des remontrances, plaintes et do-
léances, que des moyens et avis qu'ils auront à proposer'en l'as-
semblée générale de nosdits Etats et ce fait, élire, choisir et
nommer des députés de chaque ordre, tous personnages dignes
de cette grandemarque de confiance, par leur intégrité et par le
bon esprit dont ils seront animés lesquelles convocations et
élections seront faites dans Its formes prescrites pour tout le
royaume, par le réglement du 24 janvier, annexé aux présentes
lettres; et seront, lesdits députés, munis d'instructions et pou-
voirs généraux, etsuffisans.pour proposer, remontrer, aviser
et consentir tout ce qui peut concerner les besoins de l'Etat, la
réforme des abus, ~l'établissement d'un ordre fixe et durable
dans toutes les parties de l'administration, la prospérité générale
de notre royaume, et le bien de tous et de chacun de nos sujets ¡
les assurant que de notre part ils trouveront toute bonne volonté
et affection pour maintenir et faire exécuter tout ce qui aura été
concerté entre nous; et lesdits États, soit relativement aux im-
pôts qu'ils auront consentis, soit pour l'établissement d'une règle
constante dans toutes les parties de l'administration et de l'ordre
DES ETATS-GEKERAttX. 299

"'II" "1 r_ _1_1

public, leur promettant de demander et d'écouter favorablement


leurs avis sur tout ce qui peut intéresser le bien de nos peuples,
et de pourvoir sur les doléances et propositions qu'ils auront
faites, de telle manière que notre royaume et tous nos sujets en
particulier ressentent pour toujours les effets salutaires qu'ils
doivent se promettre d'une telle et si noble assemblée.
Donne à Versailles le ? mars 1789.
Signé Louis.

RÈGLEMENT FAIT PAR LE ROI POUR L'EXÉCUTION DE SES LETTRES

DE CONVOCATION AUX ÉTATS-GÉNÉRAUX, DANS SA BONNE VILLE

DE. ET DANS LA PRÉVÔTÉ ET VICONTÉ DE PARIS, DU


PARIS,

28 MARS 1789.

Le roi voulant conserver aux citoyens de sa bonne ville de


Paris le droit dont ils ont toujours joui de députer directement
aux Etats-Généraux, s'est fait rendre compte des difficultés
des contes-
éprouvées lors des précédentes convocations, et-que
tations entre le prévôt de Paris et les prévôts des marchands et
ëchevins 'viennent de renouveler; sa majesté a reconnu que les
ofnciers municipaux à la juridiction du Châtelet avaient égale-
ment prétendu au droit de réunir les bourgeois et habitans. Les
titres invoquéspar le corps de.ville, s'il eût été question d'une
assemblée de commune, auraient mérité d'être favorablement
accueillis; mais les principes adoptés par sa majesté pour la con-
vocation actuelle des Etats-Généraux ne sont point applicables à
une assemblée de ce genre. Ces principes établissent une propor-
tion fixe pour le nombre respectif des députés des différens or-
dres, et ne permettent pas qu'une assemblée composée indis-
tinctement de membres du clergé, de la noblesse et du tiers-
état, puisse nommer des députés qui, dans leur qualité de
Etats-
représentans de la commune, ne seraient admissibles aux
Généraux que dans l'ordre du Tiers.
Sa majesté n'aurait donc pu attribuer au corps de ville le droit
de députer aux États-Généraux, qu'autant que les trois ordres
auraient, la faculté de se séparer mais c'eût été détruire son ca-
500 (1789) CONVOCATION
ractèredistinctifde commune,et supposertrois intérêts,
lorsque
sousun pareil rapport il n'en doit exister qu'un seul.
H serait résulté d'ailleursde ces dispositions,queles officiers
municipauxauraientexercéun pouvoir et une autorité que la
loi n'accordequ'aux bailliset sénéchaux.Enfin, sa
majestén'au-
rait pu, sans exciter de justes réclamations,fixer à l'hôtel-de-
villela rédactiondes cahiersdu tiers-étatet de l'électionde ses
députés aux États-Généraux tandisque les mêmesopérations
seraientfaitesà la prévôté pour l'ordre du clergé et pour celui
dela noblesse, puisque de cette manièreles trois ordres de la
villedu royaume où il se trouve le plus de connaissanceset de
lumières auraient seuls été privés de l'avantagede
pouvoir se
réunir, pour conférerensemble,se communiquerleurs cahiers,
s'éclairer réciproquement,et concertertousles moyens
capables
de préparer les délibérationsimportantesqui seront soumises
aux Etats-Généraux.
Ainsi, l'intérêt des habitansde tous les ordres, et celuidu
tiers-étaten particulier, exigentque sa majestédonneau
prévôt
de Paris le droit de faire procéder en sa présence, tant à la ré-
dactiondes cahiersqu'à l'électiondes députés des trois États de
la ville deParis. Et commela capitaledu
royaumea fait dans
tousles États-Généraux,'àcausede son excellenceet de sa
pré-.
éminence, un corps à part, sa majestéa voulu que l'assemblée
généralede la villeet faubourgsfût séparéede t'assembléegéné-
rale de la préyôtéet vicomté.
Mais en modifiantpour cette grande circonstanceseulement
les droitsdont ont joui les prévôts des marchandset échevins,
sa majestéleur conserveralaprérogativede recevoird'elle directe-
mentdes lettresde convocation,de convoquertout le
tiers-état,
et de.présider au choix des électeurs qui se rendront à ladite
prévôté.Elle y ajoutera, en faveurd'une administrationdirigée
avecautantde zèleque de sagesse, la facultéde transmettreim-
médiatementaux États-Générauxtout ce qui peut intéresser
plus particulièrementles propriétés, les privilèges et les droits
de la cité. Elle ordonneraen conséquenceque les
députés de la
DES ÉTATS-GÉNÉRAUX. 501

ville de Paris, élus à la prévôté, se rendront, sur l'invitatiojt


des prévôts des marchands et échevins., à l'hôtel-de-ville, pour
y concourir, avec le corps,municipal, à la rédaction d'un cahier
particulier,- qu'ils seront charges de porter directement aux
Etats-Généraux.
Le roi ne doute pas queles. officiers municipaux de sa bonne
villede Paris ne considèrent cette disposition particulière comme
une marque .de l'attention que sa majesté ne cessera jamais
d'apporter a la conservation de leurs droits, et que, pleins de
confiance dans sa bienveillance et dans sa protection, ils ne se
montrent animés des mêmes sentimens et du même zèle qu'ils
ont constamment témoignes pour l'intérêt public, l'avantage de
leurs concitoyens et le bien du service du roi.
En conséquence, sa majesté a ordonné et ordonne ce qui
suit
ARTICLE fREMtER.

Il sera incessamment envoyé au gouverneur de Paris des let-


tres de convocation particulières, auxquelles seront annexés le
présent règlement et celui du 24 janvier dernier, pour les faire
parvenir au prévôt de Paris ou au lieutenant civil, et aux pré-
vôts des marchands et échevins de ladite ville.

n.
Le prévôt de Paris ou le lieutenant civil sera tenu de convoquer,
conformément à ce qui est prescrit par le règlement du 24 jan-
vier dernier, et dans les formes ordinaires du Châtelet, tous
ceux des trois Etats de la prévôté et vicomté hors des murs,
sans y comprendre les habitans de la ville et faubourgs de Paris,
ni même les possédans bénéSces ou fiefs situés dans l'enceinte
des murs.
Hï.

Il sera également tenu de convoquer, dans la forme qui sera


approuvée par sa majesté, et à un jour différent de celui qui
aura été indiqué pour l'assemblée de la prévôté et vicomté hors
des murs, tous les habitans des deux premiers ordres~
302 (1789)J CONVOCATION
ÏV
IV.
Les prévôtsdes marchandset échevinsseronttenusde convo-
quertout !e tiers-étatdela villeet faubourgs,et defaire procéder
au choixde troiscents députes/qui se rendront à l'assemblée
généraledes habitansde la villede Paris au lieu et au jour in-
diquéspar le prévôt de Paris ou le lieutenantcivil, pour con-
courirà la rédactiondu cahieret à l'électiondesdéputéschargés
de représenteraux États-Générauxle tiers-étatde laditevilleet
faubourgs.
V.
Dansl'assembléede la prévôté et vicomtéhors des murs, il
sera procédé à l'élection de douze députés, savoir trois de
l'ordre du clergé, trois de l'ordre de la noblesse.,et six du tiers-
état.
VI.
Les contributionsde la villede Paris, sa population, l'indus-
trie et le commercede ses habitans, leurs relationsnécessaires
avec toutes les provincesdu royaume, devant lui assurer un
nombrede députationsproportionnéà son importance,à sa ri-
chesseet aux ressourcesqu'offrent en tout genre ses établisse-
mens, il sera procédédans l'assembléegénérale de ladite ville,
à l'électionde quarantedéputés, dont dix du clergé, dix de la
noblesse,et vingt du tiers-état.
VII.
Attendu l'impossibilitéde réunir dans une seule assemblée
chacundes ordres qui habitentla villeet les faubourgsde Paris,
le prévôt de Paris ou le lieutenantcivil, et les prévôts des mar-
chandset échevins,remettrontincessammentà sa majesté,pour
être approuvépar elle, un projet de distributionde différentes
assembléespréliminairesdans lesquellesil sera choisi six cents
représentansdes trois ordres, savoir sous l'autoritédu prévôt
de Paris ou du lieutenantcivil, cent cinquante de l'ordre du
clergé, et cent cinquantede l'ordre de la noblesse,et sous l'au-
torité des prévôts des marchandset échevins, trois cents du
tiers-état.
DESËTATS-GÉNERACX. 305

VIII.
S Ordonne sa majesté que le prévôt de Paris et, les prévôts des
marchands et ëchevins se rapprochent, autant qu'il sera possible,
.des dispositions du règlement du 24 janvier dernier, et qu'ils
soient tenus de procéder aux assemblées préliminaires, de ma-
nière que l'élection des députés aux États-Généraux soit faite au
plus tard le 24 avril prochain.
IX.
Les représentans dé chaque ordre qui auront été choisis dans
les assemblées préliminaires, seront tenus de se rendre au jour
et au lieu qui auront été indiqués par le prévôt de Paris ou le
lieutenant civil, pour son assemblée générale de la ville et fau-
bourgs de Paris, et d'y procéder, séparément bu en commun,
à la rédaction de leurs cahiers et à l'élection des députés de la
vIN~de Paris aux Etats-Généraux.
X.
Immédiatement après cette élection, dont il sera donné connais-
sance aux prévôts des marchands et échevins, ils seront tenus de
convoquer l'assemblée du corps municipal, et d'y inviter les qua-
rante députés de la ville de Paris.
1)
XI.
Dans cette assemblée, il sera procédé à la rédaction du cahier
particulier de l'hôtel-de-ville, qui sera ensuite remis aux qua-
rante députés, pour le porter aux États-Généraux.
XII.
N'entend sa majesté nuire ni préjudicier à autres et plus grands
droits du corps municipal, lesquels auront leur plein et entier
effet pour tout autre cas et en toute autre circonstance; les pré-
vôts des marchands et échevins demeurant autorisés à les faire
valoir pour l'avenir, même à l'occasion d'autres convocations aux
États-Généraux du royaume.

Fait et arrêté par le roi, étant en son Conseil, tenu à Versailles,


le 28 mars 4789.
St~MeLoMS.
304 (1789) CONVOCATION

RÈGLEMENTFAITPARLE ROI,EN EXECUTION


DECELUIDU28 MARS
DERNIER,CONCERNANT
LACONVOCATION
DESTROISÉTATSDELA
VILLEDEPARIS,DU15 AVRIL1789.

Le prévôt de Paris et le lieutenant civil, ainsi que les prévôts


des marchands et échevins, ayant présente au roi, en exécution
du réglement du 28 mars dernier, des projets de distribution de
différentes assemblées préliminaires, tant pour l'ordre du clergé
et pour celui de la noblesse, que pour l'ordre du tiers, sa ma-
jesté a reconnu que, malgré les soins qui ont été donnés à la di-
vision exacte des différens quartiers de Paris, entre lesquels les
premières assemblées de la noblesse et du tiers-état doivent être
partagées, il était impossible d'acquérir avec certitude la connais-
sance du nombre des personnes qui composeront chacune de ces
assemblées, et qu'ainsi, en assignant le nombre fixe
derat!
sentans que chaque assemblée aurait ù choisir, on s'exposerait à
une, répartition très-inégale sa majesté a donc pensé qu'il était
plus convenable de proportionner le nombre des représentans à
celui des personnes qui seraient convoquées, et que, s'il résultait
de cette disposition une obligation de renoncer à une proportion
égale pour le nombre respectif des représentans des trois ordres
à l'assemblée de la prévôté, proportion qui n'a existé dans aucun
bailliage, cet inconvénient serait compensé par l'accroissement
du nombre de ceux qui concourraient à l'élection des députés
aux États-Généraux, accroissement qui paraît également désiré
dans les trois ordres. Le roi a vu avec satisfaction toutes les pré-
cautions prises par le prévôt de Paris et le lieutenant civil, et
par les prévôts des marchands et échevins, pour établir l'ordre
dans une opération aussi nouvelle et aussi étendue; et sa majesté
espère que les citoyens de sa bonne ville de Paris, apportant
dans cette circonstance un esprit sage et de bonnes intentions,
faciliteront et accéléreront la dernière des dispositions destinées
à préparer l'ouverture des Etats-généraux, et que leur conduite
sera l'augure de cet esprit de conciliation qu'il est si intéressant
de voir régner dans une assemblée dont les délibérations doivent
DES ~TATS-GÉKÉRAUX. < 305

assurer le bonheurde !a nation la prospëritë de l'État et ta


gloireduroi.
ART.I'
Le reglemen~du34janvierdérniersera exécuteseionsafôrme
et teneur, pour la convocationdé t'ordre du clergé dans !'mté=-
rieur des mursde la viHede Paris; en conséquence,tous les
curés de Paris tiendront, dans te!ieuqu'ils croirontte pluscon-
venable,le mardi~i avri!, !'assemMée de tousles ecctësiastiques
engagésdans !es ordres, nés Françaisou naturalisés, âgés de
vingt-cinqans, et domiciKéssur tours paroisses, qui népossè-
dent point de bénëËcesdansl'enceintedes murs. Cette assemblée
procédera à. là uommationd'un secrétaireet au choix,de ses
représentaus, à raison d'un sur vingt présens; deux au-dessus
de vingt jusqu'à quarante,etainside suite, noncompristé curé,
à qui le droit dé se reudreà i'assemNëe des troisEtats dé la ville
de Paris appartientà raison de sonbénéfice.
.D.
Leschapitressëcutiers d'hommestiendront au plus tard le
même jour 2i avril, l'assembiée ordonnéepar l'article 40 du
t'églëmentdù24Janvter, et procéderontau chpixdeleursre-
présentànsdanste nombredéterminéaudit article. Tous lés au-
tres corps et communautés ecclésiastiquesmentionnésen t'ar-
ticlexi duditrëgtement, ferontchoix, au plustard lemêmejour,
de!eursfondésde pouvoirs.
nL~
Les procès-verbauxde nominationdes représéntanschoisis
danslés paroissesainsi queles actescapitulairësdés chapitres
et des corps et communautés ecclésiastiques, seront remis lé
mêmejour au prë'vôtdeParis, et par lui déposés au greffe du
Châtctet, aprèsqu'ils aurontservi à l'appel qui sera fait idaas
!'assemb!eëdestroisEtats.
''lY-?.
L'assëmbtëegénérale de rordre de !a. noblesse se tiendra le
lundi 2&avri! eUeseradiviséeeh vingtparties, suivantles quar-
tiers, donttes timites, ainsique!é!ieu de t'àssembMe,seront dé"
T. t.. ~o
306 (1789) conyocATioN

termines par l'étatqui.sera annexéà l'ordonnancedu prévôt de


Paris ou lieutenantcivil.
V.
A chacunedes assembléesassisteraun magistratdu Châtelet,t
qui aura son suffrage, s'il a -tanoblesseacquiseet tfansmissible.
Ë[èsque l'assembléesera formée elle se choisira un président;
eUepourra aussinommerun secrétaire, à moinsqu'elle ne pré-
fère de se servir, pourla rédactiond~sonproces-verbàl,du mi-
nistère dugreffier, dont le magistratdu Châteletsera assisté.
".VI.
Tousles noblespossédantfiefsdansl'enceintedesmurs seront
assignespour comparaître,ou en personnes, oupar leursfondés
de pouvoirs,à cellede cesassembléespartiellesque présiderale
prévôt de Paris, assisté du lieutenantcivil et du procureur
du roi.
~IL
Tousles noblesayantla noblesseacquiseou transmissible,nés
Françaisou naturalisés,âgésde vingt-cinqans, justifiantde leur
domidie à Paris (s'ils sont requis de lefaire), par Ia~quittance
oul'avertissementde leur capitation,aurontledroitd'étreadmis
dans rassembléedéterminéepour le quartier danslequel ils ré-
sident actuellement;et nulne pourra s'y faire représenter par
procureur.
-vni.
S'il s'élèvequelquedifncultéà raisonde la qualité de noble,
rassemblée nommeraquatre gentilshommes pour, avecle prési-
dent qu'elle se sera choisi,assisterle magistratdu Châtelet, qui
remplacerale lieutenantcivil. La décisionqui interviendrasera
exécutéepar provision,sans pouvoirservir ni préjudicier dans
aucunautre cas.
ÏX.
En se présentant pour entrer dansl'assemblée, chacun re-
mettra la personnepréposéeà cet effet, un carré de papier
contenantsonnom,sa qualité, le nom de la rue dans laquelleil
â son domicileactuel. Ces papiers seront remis au greffier,
·
DES]ÊTATS-&]ÉN~RAt!X. 307
réunis par lui, et servirontà.faire l'appel à haute voix de tous
les membresde l'assemblée.
– "'X.
La nombredes prësens détermmeracelui des reprësentans
à nommer et quandle nombre aura été constate, on procédera
au choix,desreprësentansdans la proportion'd'un sur dix; de
deuxau-dessusde dix, jusqu'à vingt, et ainsidesuite. Ils seront
choisisparmi les membresde l'assembléeou parmi Ceuxqui, à
raisonde leur domicileactuel, dans le quartier, auraient eu le
droit de s'y trouver.
.XL-
Le procès-verbalde l'assemblëecontiendrales noms, qualifës
et demeuresdes reprësentans~qui auront été choisis;il sera signé
par le président, le magistratdu Châteletet le secrétaireou gref-
fier et remisau prévôt dePans, et par lui dëposeau~grefFe dit
Châtelet, quandil aura servià faire l'appeld~s reprësentans de
la aoblessede Paris à rassembléedestrois États. v

~M-
L'assembléedu tiers-étatde la villede Paris setiendralemardi
24 avril. Elle sera diviséeen soixante arrondissemensou quar-
tiers, dcatles limites,ainsi que le lieu de l'assem~ seront elë-
termines par l'état qui aéra annexeau mandementdes prévôts &
des marchandset ëchevins. Les habitaas, composantle tiers-
état, nés Français ou naturalises, :âgés de vmgt-cinqans, et
domicilies,auront droit d'assistera l'assembléedé~mmëe par
le quartier dans lequelils résidentactuellement,en remplissant
les conditionssuivantes; et nul 'ne~pourras'y faire
représenter
par procureur..
/.xui.
Pour être admisdans l'assembléede son quartier, il faudra
pouvoirjustiHerd'un titre d'office, dégrades dans' unefaculté, J
d'une commissionou emploi de lettres de maîtrise, ou ennn de
sa quittanceou avertissementde capitation, montantau moinsà
~sonttne de six livres en principal.
3<M
'C.Iu'" ~789)
\J COHVOCAT!ON

XIV.

Avantd'entrer dans ladite assemblée,chacunsera tenu de re-


mettre celui qui auraété préposeà cet effet, un carre de pa-
pier, sur lequelil aura écrit, ou fait écrire lisiblement,son nom,
sa qualité, sonétat ou sa~profession,et le nomde la rue ou il,a
son domicileactuel.Il recevraen échangele billet qui lui servira
pdurl'électiondontilseraci-aprèsparlé.
'XV.
Tousles carrésde papier serontréunispar centaines,et remis
au fur et à mesureau greffier. Ils servirontà faire l'appelà haute
voix de toutesles personnesprésentesrassemblées, ainsique de
leurs qualités,état et profession..
XVI.
Chaqueassembléesera tenueet présidée par un des officiers
ducorps municipal,anciensouactuels,et délèguesexpressément
à cet effet parle mandement des prévôtsdesmarchandset éche-
yins.Chaque officier sera accompagnéd'un greffier ou secré-
taire, qui fera les fonctionsde secrétairede l'assemblée.
xvn.
L'assembléecommenceraleditjour 21 avril, sept heures.du
matin, et ony sera admisjusqu'à neuf heuresprécises,que les
portes seront fermées.Dès qu'il y aura cent personnesréunies,
le président, assistéde quatrenotablesbourgeois,domiciliésde-
puis'plusieursannées dansle quartier, et qu'il aura invitésà cet
effet, seferareprésenter les titres ou la quittancedécapitation
de ceux qu~heleur seront pas connus et la décisionqui inter-
viendrasera exécutéepar provision sanspouvoirservir ni pré-
judiciérenautrecas.
'YVIH.
Lorsquela \'érificationci-dessusprescriteaura été achevée,et
que les portes auront été fermées, il sera procédé à haute voix
à l'appel de tous lesmembresde l'assembléepar leurs noms,
qualité, état et profession.On compterale nombredes assistans,
et il servira à déterminerle nombredes représentansqui sera
choisidans taditcassemMéc.Ce nombre'serad'un sur eentpré-
?8 ÉTATS-CENTRAUX. 509
-t-.––L.t.. t.. t. <
sens, de deuxau-dessusae cent, de troisau-dessusdé deuxcents,
etainsidesuite.
XIX-
Quand.le nombredes reprësentansà ë;[ire auraëtë détermine,
leprésidebUefera connaître, et annoncera que le choixdoit
être iait parmi les personnes présentes, ou parmi celles'qui,. à
raison de leur domicileactuel dans le quartier, auraient eu té
droitdesetrouveràl'assemblée.
y XX-'
chacun écrira sûr le billet quilui aura été remisen entrant
dansl'a~Ë~Mee, autant denomsqd'Hdoit être choiside repré-
sentans~~grefjSer fera rappelde tous les prësensà hautevoix.
Celuiqui aura été appelé se présenteraau président, et lui re-
mettra sonbillet; et quand tous tes billetsauront été.recueillis,
le prësidenten fera faire lecture à haute yoix.~Tous)es noms
comprisdanslesbilletsseront écrits aussitôtqu'ils serontprocla-
mes, et ceuxquiaurontréunile.plusde suffragesëlus-
'XXï.\
Le procès-verbalderassembléecontiendrales noms, qualités,
état et professiondes représentansqui auront ëtë choisis.Il sera
signepar le présidentet' legreffier et remisdans le jour aux
prévôtsdes marchandset échevins.
~XXIt.
Toustesreprësenfansdutiers-ëtat de la villede Paris se ren-
dront ài'assemMëedu corpsmunicipalqui sera convoquéepour
le mercredi22avril. Les procès-verbauxfaits dans lëssoixan~
divisionsservirontà en faire l'appela11y seraformé uneliste de
tousiesditsreprësentans,laqueUesera arrêtée et signéedansta
formeusitée à t'Hôtët-dé-Viue, et l'expéditionen sera remiseaux
représentansqui ta déposerontdans lejour au greffedu Cbâtetet
pour servir à l'appeldesdits représentansa l'assembtéedes trois
États.
'XX.m.
Quoiquel'assemNëedes trois États de la viUedeParis, compo-
sée d'un grand Hombredè reprësentansqui auront obtenu la
310 (1789) CONVOCATION
confiancede leur ordre, donnel'assuranceque les cahiersy se-
ront rédiges avec le soin qu'on doit attendrede la réuniondes
talens, des lumièreset du zèle, Itl seralibre néanmoinsà.tous
ceux qui voudraientprésenter des observationsou instructions,
de les déposerau Chateletou à l'Hôtel-de-Ville, dansle lieu pré-.
pare pour les recevoir, et i!s serontremis aux commissaires
chargésde la rédactiondes cahiers.
XXIV.
L'assembléedes trois États de la ville de Paris se tiendrale
jeudi 3S avril, à huit heuresdu matin, dans Ia'j'ormeportée au
règlementdu 24 janvier dernier, et il y sera procëd~j)~ diffé-
rentes opérationsprescritespar ledit règlement.
.XXV.
L'universitéde Paris ayantjoui long-tempsde la prérogative
d'envoyer des députes aux États-Généraux, aura le droit de
nommerdes représentansqui iront directementà l'assembléedes
troisEtat~elavHtetle Paris: Permeten conséquencesa .majesté
aux quatre facultés quicomposentladiteuniversité,~de s'assem-
bler dansla formeaccoutumée,et de choisirquatrede ses mem-
bres undu clergé, un de la noblesseet deux du tiers-état, qui
se rangerontà l'assembléegénéraledans leur ordre respectif, et
concourrontà la rédactiondescahierset à l'électiondes députés
aux Etats-Généraux, sans préjudiceindividueldès membresde
laditeuniversitéd'assisterà la premièreassembléede leur ordre.
'.XXVI. J
'Entend sa majestéque la placequechacunprendra en parti-
culier dans les assembléesné puisse tirer à conséquencedans
aucuncas, ne doutantpasqueceuxqui les composerontn'aientles
égards et les déférencesque l'usagea consacréspourles rangs,`
les dignitéset l'âge.
XXVIL
Le, règlementdu 24janvieret celuidu 28 marsdernierseront
a exécutésdanstoutesles dispositionsauxquellesil n'est pasdérogé
ou
par le présent rëgtement,qui sera adresséau prévôt.dèParis
au lieutenant-civileet aux prévôtsdes.marchandset ëGhevtnsde
DES ËTATS-G~N~RACX. 3M

Paris pour être


tre enregistre
enremstresur-le-champ aux greffes du
sur-le-champauxgreffes Çhatëlet
daChâtëtet
et de l'Hôtel-de-ViUe, et être exécutesuivantsa formeet teneur.
du roi sa majestéy étant, tenu
Fait et arrêteau conseil-d'é'tat
à Versailles,le treizeavrilmil sept cent quatre-vingt-neuf.
S~MeLAURENTDE'VtHEDEUtL..

Après ces ordonnances, vinrentles arrêtesdes magistratsde


la~ille qui déterminaientles lieuxd'assemblées;l'annoncequ'un
tronc serait :déposëdans ta grande salle de l'Hotel-de-Villepour
recevoirles mémpires, observationset projets queles citoyens
estimeraient.utiles et nécessairesà êtreinsères dans les cahiers
enfinles réglemensde policepou~prévenirles dasgers et.incôn-
vëhiens qui pourraient résulter de l'afaùenee des citoyensaux
assembléesdes districts.-

L'opimondutiers-ëtat, Menqu'ënergiquement révolutionnaire,


n'avait ëte irritée àParis par aucunediscussiondirecte aveclès
deuxautres ordres. Eneffet, ils disparaissaientdanssonimmense
population et leurprésenceétait unecaused'Irritationmoinspar
eHe-mêmequeparrimportancequelacouravaitvoulului donner, et
parle refus qn'eUeavait faitd'admettreplus qu'uneseule classede
<? dëputésàParis. Maisle spectacledeYersaillesoffensaitles regards,
etj.on s'ëtalt échaufféa toutesles nouvellesvenuesdes provinces.
Œ)ËIa donc dansses districts avecla fermevolontéde faire en
sortequ'ils fussentle moyend'un affranchissementdéfinitif.
Le peuple, d'ailleurs, n'était pas moinsému que dans quel-
quesautres partiesdu royaume, par le ressentiment des souf-
frances que lui causaitla rareté du grain. Hl'attribuait à desac-
caparemensdont il désignaitles auteurs, qui'tousappartenaient,
suivantlui a là casteprivilégiée.Il avait, pour croireà cetteex-
pliçationde la disette, toutes tes raisons~ui peuventrendreune
choseprobableMx yeux des hommes.Aumoisdé mars, les bou-
langersde Paris avaientadresséune pétitionau ministreNecker,
puis déposé uneplainte an parlement, danslaquelle ils dénon~'
Caientunesociétéde spéculateurs sur le monopoledu blé et des
farines. Dansce mémoiredu d9 février, rédigé par le sieur
312
~<Ut~
(i789)'.coNvocAT!ON
~U~YUtjA~JtUn

J. Ruttedge.tacommunautëdesboutahgersdeParisexposaItcom-
me~tIëssieurs Leteuet compagnie, adjudicatairesdes moulinsde
Corbeii,avaient,sousdiversprétextes,faithausserle prix desfa-
rines commentles boulangersavaientchercheà sefournirail-
leurs à meilleurmarché comment ayant trouvetoutes les hatlës
circonvoismesvidëesparlessieursLeieu, ils s'étaientvus à la
mercide !a compagniedeCorbeit; et comment ils avaientété
oMigësd'ençhérirIepain,etc. Cette requête fut repousséepar
la courdejustice. Plus tard,' nousverrons sortir dece commen
cementfaiNe et obscur de graves désordres et des accusations
plusgravesencore.
Les Parisiensse pressèrent doncdansleurs districts, animés
non-seulementde la passion del'égalité', mais pénètres de la
penséeque le salut du peuplene pouvaitêtre assure que par le
peuple.
Les é!ectionsde la banlieuecommencèrentle 18 avrit;cë!!esde
Paris le 21.. L'agitation de Ja capitale présentaitun spectacle
étonnant, disent les écrivainscontemporains~Quandon voyait
l'activitédes Parisiens, onse croyaitdans un autre siècieet dans
un autre monde.La populationtout entièreétait sur pied, et
remplissaitles rues et les places on se communiquaitdes anëc-
dotes, desbrochures, des recommandations on faisaitdes~c-
tions au Palais-RoyaLPe nombreusespatrouilléstraversatBit*
cetfëfoule les rëgimensdes gardes-françaises et des gardes-suis-
ses étaient sous les armes.La halleétait environnéede soldats.
Onavait distribuédescartouchesauxtroupes; etl'artiuerie des
régmienssuissesétait consignéeet à sespiècesdansles casernes.
En contemplantcet appareil dëguerre, et ce concours d'habi-
tans quittantleursfoyerspour;se précipiterdanstes églises, on
eût dit qu'undanger imminentmenaçaitParis.
JMaispour acheverle.tableau, il fautpénétrer dansie sein de
l'une des réunions électorales.Voicit'analyse du procès-verbal
de rassembléedudistrictdes Petits-Augustins.
Trois:çentdix-huit membres du tiers-étatse trouvèrentréunis
à neuf heures du matin dans l'église des Petits-Augustins.
DES ÉTATS-GÉNERAtJX. 3t5

M. Pochet, ancien ëchevin, préposé par le. bureau municipal


pour présider l'assembléedu district, fit faire lecture deslettres
du roi, des réglemenset des ordonnancespour la convocation.
Cette lecture faite, on réclamale droit de nommerun prési-
dent qui put recevoirlibrementles .suffrages,ainsi que des se-
crétaireset desscrutateursqui reçussentleur missiond'une pleine
et entièreliberté.On protesta contre l'illégalitédesformesde'la w
convocation,en ce que, d'une part, la commune avait.étë désunie
etque,del'autre, unepartie majéuredes citoyensavaitété exclue
parcequeleur contributionaupaiementde la capitationnes'ele-
vaitpàsautauxd'aprèslequel on avait étaNi la qualité de ci-
toyen, et le droit de voter à rassembléenationale.
Aussitôt, ëtsans attendre la réponsede M. Pochet, tous les
membresde l'assembléedéposèrentsuccessivementleurs vœux
dansle scrutinptacé au milieude t'église. M.Hermantde Cléry
fut élu présidenta la pluralité de165 voixcontred27 qui avaient
été donnéesà M. d'Ârcet del'académiedes sciences, et M.Scor-
brih, avocat, fut .unanimementet par acclamationnommé se-
crétaire.
M.Pochét, cependant,qui avait envoyéà rHôteI-de-VilIe pour
informerle bureau de la résistanceet de la réclamationde l'as-
semblée reçut en réponsele consentementdes magistratsmuni-
cipaux, pour laisser à l'assemblée lé choix de son président.
M.Pochëtfit part de cette réponse auxcitoyenset, en consé-
quence, M. Hermantfut aussitôtinstallé aufauteuil.
11s'était présenté,pendantqu'on procédait au scrutin/une
dëputationenvoyéepar la noblessedu district dès Petits-Pères;
elleétait composéedé M. Vergennes,maître des requêtes, etde
M. de la Motte.Onl'avait fait attendre jusqu'à l'achèvementdu
scrutin. Dèsque M.Hermantde C;!ery eut été installéprésident,
il nommaquatre commissairespour l'alier recevoir.
La dëputationétantintroduite, M. de Vergennesexprima le
yœùde la noblessede s'unir avec le tiers-ëtat, sous la qualité
debourgeôisde Paris, et annonça les protestationsque la no-
blesseavait faitesdans le
di~J~des Petits-Pères~contrel'iHë-
3i4 (1789) CONYOCATMN
galitede en cequi +..(.J.
touchait7.7.
,Ñq,);¿ ln 1n ~ri.ft'ltnnn"f"I." ;W'!o"
la convocation, la désunionde la com-
mune. Il témoignaensuite le regret particulierde la députation
sur ce qu'étant commisepour visiter tous les districtsdu tiers-
état de Paris, ellen'avait'paseule tempsderédigeret de laisser
une copie des objets de sa mission.M.de Ver~ennes finit par
promettre d'envoyerIncessamment à l'assemblée,en la personne
de M.le président, une copie, tant de l'acte de députation que
des articlesdu cahier de la noblessequi y étaient relatifs.
T~adéputationretirée, on nommales commissairespour la ré-
daëtiondes cahiers, ensuiteles scrutateurspourrecevoirlessuf-
frages des votans.Lès électeursnommés,on reçut leur serment
dé remplir, en leur âme et conscience,lesfonctiohsqui leur
étaient confiées,et, pour pouvoirs,on leur remitle cahier ap-
prouvépar l'assemblée.
Toutes ces opérationsfurent fréquemmentinterrompuespar
des députationssoit delà noblesse,soit dutiers-état, en sorte
que la séancefut fort longue;elle ne finit-queverssix heuresdu
lendemainmatin.
Nous croirions manquer a la juste curiositéde nos lecteurs,
en nous bornant à cette seule analysedes séancesdes districts
que nousavonsempruntéeà un journal du temps. Les procès-
verbauxdes séancesdece genre sont des pièces fort rares au-
jourd'hui~aussinou~necraindronspas que l'on nousreprocha
de multipliertescitations. Nouschoisissonsparmiquatre de Ces
procès-verbauxque nous avons sous les yeux, celuide Saint-
Etienne-dû-Mont,qui nous paraît le plus complet,pour en ex-
traire autant de passagesque les proportions de cette histoire
nous le permettront
<L'an -!789,le mardi 21 avril, avantmidi, l'assembléepar-
tielledu tiers-état, convoquéeen la formedu règlementdans la
paroissede Saint-Etienne-du-Mont, après avoirentendul'appel
de tous les membres .qui la composent,montantà 476délibérans,
et la lecturedes réglemens,lettresdu rot, etc. considérantque
l'intenttonduroimanifestéeparleréglementmeme est de convoquer
rassemMéeë6t'edesËtats-Géné~N~ que,pourformeruneassem-
DES ~TÀ'rs-GËNERAtJX., SIS

Mée~e, il faut Nécessairement que la convocationsoit Mt-e,


que les délibérationssoient 6&f~,qu~eles électionssoient libres;
quele premiercaractèrede cette liberté est quel'assembléequi
délibèresoit présidée, les voixrecueillies et la délibératictnré-
considérantque
digée par des personneschoisieslibrement.
le roi, en ordonnantque les assembléesdu tiers seraient prési-
dées par un ofËcierde l'Hôtel-de-'Ville,a_voulupourvoir aux
seulsmoyenspossiblesde formerlesditesassemblées maisqu'il
a si sou-
n'a pas entendunuire, ni prëjadicierà la liberté qu'u
vent annoncévouloirfaire régnerdansles délibérations. cpn-
sidérantque ce droit d'être présidéespar une personnevolontai-
rementchoisie est accordéaux assembléespartiellesde la no-
blesse, et qu'il ne peut exister aucune distinctionde liberté ou
d'esclavageentrelanoblésseetletiers-état.
<:L'assembléea unanimementinterpellé M..Sarrazin, prési-
dent-commisen.vertu du réglement; de déclarer's'ilentendait.
conserversa place de président envertu du,titre quila lui trans-
la
férait, ou s'il entendaitremettre le choix d'un président à
a
pluralitédes suffrages et monditsieur Sarrazins'étant levé,
déclarequ'il était l'homme dû roi, et qu'il ne pouvait abdiquer
ce titre sur quoi l'assembléea u-nanimement arrêté d'élire un
et les
présidentet un secrétairela pluralité des suffrages, que
Et aussi-
suffragesseraientrecueillispar les trois doyens d'âge.
tôt les scrutins ayant été reçus, rassembléset balancés en la
forme ci-dessus, le plusgrand nombrea désignépour président
M. Delà Vigne, avocatau parlement, et pour secrétaireM. du
Veyrier, aussiavocatau parlement.
< Ces nominationsfaites, l'assemblées'est occupéedes opé-
rations qui lui étaient conBées, soit par les termes exprès, soit

par l'esprit du règlement. Et poury parvenir, il à été una-
nimementarrêté qu'on ne procéderaità la nominationdes élec-
teursqu'ils'agItd'envoyeràrHôtel-de-ViMe.qu'aprèsavoirfopmé,
rédigé et arrêté les cahiers; dont il est indispensablede les
charger, pour qu'ils puissenteux-mêmesles remettre, et impo-
ser l'obligatibn;de s'y conformeraux députés qui seront choisis
~6 ~<u~ f-tUUATIUM
(1789) GONVOCATMN
dans t'assembléegénéralede
l'HôteMe-ViUeetqu'ausurpluson
ne quitterait point Je lieu de rassemblée, sansavoir
rédigéses
cahierset choisiles députes;
Et aSnd'obtenir une rédaction
plus prompteet mieux en-
tendue des cahiers, il a étéunanimementarrête
qu'onformerait
six bureaux, dontles présidonsseraient
nommespar le président
deFassemMée,et nommeraienteux-mêmestrois adjointspour
les seconder. Et ces six bureauxformés se
sont de suiteoc-
cupésde leur mission.Y
Pendantce travail, l'assemHée reçutdiversesdéputàtionsdes
autres districts, entre autresde la noblesse,
qui luiportaltlevœu
de-recouvrerle droit de commune, sans distinctiond'ordre ni
de condition.Ette-mémenommades
députesaux cmquante-neMf
districtsdu tiers et auxchambresde la
noMesse,dont elle avait
reçu les députes.
Cependanflesbureauxayant achevéleur travail, vinrent lire
leur projet-decahier, qui fut voté
aprèsdétibération.
Cecahier est diviseen huit chapitres.Le
premier est une pro-
t~statio~contre la forme de convocation,
contrel'oubli, soit de
commune,soit de nation; le~seconda pour titre CA~e et <
stitutionK~o~; Je troisièmetraite des impôts et Shances le
quatrième, de la Justice, le cinquièmedu
dergë on demande!a
résidencedes prélats, on proscrit le cumul
desbënënees,on rë-
dame pour les cures et vicaires le sixième
s'occupede l'éduca-
tion le septième, du commerce et le huitième,de la
réorgani-
sation delà communede Paris.
Aprèsavoir votéce cahier, on nomma des scrutateurs,et l'on
procédaalanominationdesëtecteurs.
'Mais,-attendu que !e nombredes dé!ibérans a
qui composé
l'assemMéen'indiquait,suivantlerégiement, que le nombre'de
cmq électeursà élire, et néanmoinsque par les
députationsdes
différensdistricts, il a
été notoire quela plupart de ces assem-
blées n'étaient pas assez nombreuses pour fournir chacunecinq
électeurs a J'HÔtet-de-ViUe, et compléterainsi te nombre de
trois centsélecteurs, Sxé par
lerégtement pour la totalitédu
DES ÉTATS-GÉNÉRAUX. Si?

tiers-étatde Pans, l'assemblée,à l'exemptede plusieurs autres,


districts, aarrétéqu'eUeëlirait d'abordles cinqélecteursque le.
nombrede ses membreset le régleméntindiquent, et ensuite
cinq autres électeurssuppléàns,qui n'auront entrée et voix den-
bérativeà l'assembléede l'Hô.tel-de-VUle que dans le cas ou us
seraient nécessaire~pour compléter le nombre de trois cents
électeurs et que, dans.ce cas, cescinqsuppléànsauront préfé-
rence entre eux et entreles autres suppléànsdes autres districts,
enproportiondeleuràge.'
Ensuitesuivent les nomsdes cinq électeurset des cinq sup-
pléàns. Le district, en leur remettant les cahiers, les autorise
< a choisir, dansleur âme et conscience,les personnes
jugerontles ~luà
qu'ilsjugerontles plus ei
expertes,les
1.1p~rtes.,
les,,pjusférineset
plus fermes et les 1 ver-
!es p.as
pius
tueuses, pourêtre les vingtdéputes du ttërs-ëtat de la vi!)ede
Paris aux Etats-Gënëraux,'etàfaire,~aMstoM:es CM'co?MfaNc&
tout ce que leur zè!e, leurs lumières.et leur prudence pourront
leur suggérer.
Et enmêmetemps, atarmëcpar quelquesbruits, sansdoute
malfondes. l'assembléea unanimement arrêté qu'elietiendra
sans désemparerjusqu'au momentoù elle apprendra la manière e
dontses électeursaurontété reçus,a i'Hôtel-de-Ville.t
Le procès-verbalfut closle 22 avril 1789, a cinq heures un
quart de relevée.

Telleest l'esquissede presquetoutes les séancesdes assemblées.


Elles furent à peu près égalementpaistMes.Le pouvoir en futt
pour ses préparatifscontrel'émeute.Quelquetumultesansimpor-
tances'élevaseulementdansle district deSaint-Eustacheet dans
celuide Culture-Sainte-Catherine, et dans tous déux~également
par la fautedes présidons.Le troublefut t~ni!)~ l'instant où
les coupablesquittèrentle fauteuil.
Lesélectionsterminées,les districtscontinuèrentà se réunir.
Desséanceseurent Heuchaquejour, à des héures,Hxes~ personne
ne pensa tnéméà s'y opposer. Il fallait,disait-on, surveillerles
électeursqu'on avaitnommés; et, suivantces derniers, 1achose
.318 (i789}~ CONVOCATION

publiqueétait intéresséeà ce qu'ilspussentà tout selon


"14.1~rnH\ rit~ ;"+6"nee6n n nn rnl'C< r",eennt ~n +n;
` instant,
!e.besoin,prendre l'avis de leurs commettans.
Lesélecteurs-s'assemblèrent, le 26, dans.la grande salle de
l'Archevêché.Lestroisordress'y trouvèrentréunis,et lorsquele
lieutenantcivileut vérifieles pouvoirs.,les deux premiersse re-
tirèrent chacun dans une salleparticulière. Le tiers-état, resté.
seul, annonçaqu'il allaitfaire choix d'un président et d'ua se-
cr~tairej,et- il nommapar acclamationle lieutenant civil pour
président; mais ce magistratdéclaraquequelqueBatte qu'il fut
de cette élection,il ne_pouvaitla regarder que commeun second
titre ajoutéà celui que lui donnait sa charge il ajouta que si
l'assembléeentendaitqu'il ne putprésiderqu'en vertu del'élec-
tion'il allaitse retirer, et il se retira en'effet lorsqu'elleeut dé-
cidé qu'ellene voulaitayoir que des officiersde son choix.
On procéda donc au choix des officiers.Target fut nommé
président, Camusvice-président,Bàilly secrétaire, et Guillotin
vice-secrétaire.
La premièrequestionmiseen délibérationfut desavoir si l'on
ferait sortir de l'assembléetous les nobles qui pouvaients'y
trouver. Ondécida qu'ils seTretireraient.
On demandaensuites'il ne serait pas convenablede faire une
réductionsur le nombre des représentansdu Tiers, qui dépas-
sait dé beaucoupceluide trois cents, fixé par le règlement.On
décidaque l'on n'avait pas le droit de casser les décisionsdes
districts.
La troisièmequestionproposéefut de savoir si l'on devaitse
réunir au clergé et à la noblessepour là rédaction des cahiers.
On arrêta unanimementque la réunionn'aurait pas lieu.
Enfinon nommatrente-sixcommissairespour la rédactiondes
cahiers. )jtt
C'estainsi que fut consuméetoute<ia journée du 26. Il fut
évidentdès ce jour que les électeursde Parisn'auraient terminé
leurs travauxquelong-tempsaprès le jourfixé pour l'ouverture
des Etats. Eneffetil _enfut ainsi et dès cet instant, pour ne pas
revenirsur un sujet qui deviendrade moinsen moinsimportant
DES ~TATS-G~N~RAUX. 349

dès que nous seronsen présencede l'assembléenationale, nous


ajouteronsqueles opérationsélectoralesnefurent terminéesque
le 49mai suivant:Aleur dernière séanceles électeurs~dans te
but de surveiUerleurs députer aux États, et afind'être prêts à
répo.ndreà leurs demandes,décidèrentqu'ils continueraientà se
réunir ils ajournèrentleur prochaineséanceau 7 juin. Ainsiun
pouvoir communal,forme par élection, se trouvanaturellement
établi, composéde l'assembléedes électeurs, qu'on n'appela
plus bientôtque.lesjeprësentansdelàcommune,etdes bureaux
et citoyensdés soixantedistricts de Paris.
Le calmeet là dignité dutiers-étatdans l'exercicede droits si
nouveauxpour lui, étonnal'oppositionaristocratique.Cependant
plus de vingt-cinqmilleindividusy prirentpart. La noblesse ne
fournit que neuf cents électeursprimaires. IL semblaitqu'elle
le vit avecpeine; < ilest vrai, dit I~lnMdMff)~qu'à l'exception
des districts des faubourgs,la plus grande partie de ces assem-
blées s&trQuva~o't&M!K coMtpfMee.Onn'y vît guère que l'élitedu
Tiers c est unevéritéqui est attestéepar'tousles procès-verbaux.
On y reRContrait:en majoritédes membresdes trois académies,
des avocats,des notaires, de riches negocians,des artistes, des
artisansqui, par leur fortune, ne pouvaientêtre déplacés nulle
part.
Mais,ajoute-t-il,,quand on reportait ses regardsdu seinde
ces assembléessur le reste du peuplequi remplissaitles rues,
les carrefours,les marchés, les ateliers, et se livrait avec pa-
tience aux péniblestravauxde tous les jours,'on ne pouvaitse
défendred'un sentimentdouloureux.On se disait quel que soit
le nouvelbrdr~dechoses qui se prépare, le pauvre qui n'ose
approcherde ces assemblées,sera toujourspauvre,il sera tou-
jours dans la serviledépendancedes riches; le sort de la plus
nombreuseet delà plus intéressanteportiondu royaumeestou-
Miëe. Qui peut nousdiresi le despotismede !a bourgeoisiene
succéderapas à la prétenduearistocratiedesnobles?
Lesélectionsde Paris; ne se terminèrentpas cependantSans
troubles.Il est vrai que personne ne pensa à les rattacherau
320 (1789) CONVOCATION
V\.n1~n. t.. n__
mouvementpolitiquequi animaitla capitale. Cependant; peut-
être ne furent-iisqu'unretentissementdans lé peuple de l'émo-
tion.qui remuaitla bourgeoisie.
Dansle districtdu faubourgSaint-Ântoine, il se trouvaitbeau-
coupde petits artisans. Il s'opéra une sorte de,scissionnon pré-
méditéeentré ceux-ciet les notables duquartier, parmilesquels
marquait M. Réveillon, fabricantde papierspeints. Lorsqu'on
fut arrivé à !a rédactionducahier, chacunproposason articleet
discourut pourdéfendresa motion.Les hommesdu mondeécou-
tèrent, non sans impatience,les haranguesdiffuses des Jhommés
moinsbien élevés qu'eux, et écartèrent quelquefois,avec des
manièresqui n'étaientrien moinsquepolies, des avis qui étaient
sans doutesouventdéplacés.Cette hauteur et quelquesexpres-
sionsduresirritèrent la partie pauvrede l'assemblée.Sa colère
s'attachaà l'hommele plusremarquableà ses yeux, au fabricant
Réveillon.Ellé éclata hors de l'assemblée,le 27, par des me-
naces et enfin, Ie28; par une émeutedont la violence~accrut
de tousles élémensde troublesque Paris possédait.Lesmtvriers
souffraientde' l'inactivitédes travaux, de la baisse de salaires
qui en avaitété !a suite, enfin durenchérissementdu pain. D'un
autre côté on apprenait que l'ouverture des Etats-Généraux
était prorogéeau mai, et l'on supposaitqu'onpréludait, par
cettemesure, commepar une sorte d'essai pour tâter l'opinion
publique, a une prorogationindéënie.Le 27 donc, il n'y eut
qu'un attroupementqui se promenadansle faubourgetdans les
environsde l'Hôtel-de-ViHe. La coursefut terminéepar un simu-
lacre de jugementqui condamnait, au nom du tiers-état. Ré-
veillonà être pendu en effigie: et,on allaen effet pendre un,
mannequinsur la placede Grève.Le.28, une bandeplus consi-
dérable, composée d'hommes,de femmeset d'enfans, attaquala
maisonde Réveillonet s'en.empara. Ellefut saccagée,ainsi que
deux maisonsvoisines,dont l'une appartenaità M. Henriot.On
6t marcherles troupesqui, après une résistanceassezvive, ex-
citée par la violencemêmede Ja mesure, dissipèrentcet attrou-
pement.H y eut, dit-on, beaucoupde sang répandu environ
DES ÉTATS-G~RÂUX. 321

deux cents morts et trois cents blessés du côté du peuple; douze


morts et quatre-vingts blessés parmi les soldats.
Toutes les opinions furent unanimes pour blàmer tes assail-
!aus, et chacun en chercha l'origine dans des causes conformes à
ses sentimens. L'opposition prétendit y trouver une preuve de la
conspiration tramée contre la monarchie par les Orléanistes. On
voulait, disait-elle, exciter les Parisiens a prendre les armes.
Le tiers-état y vit un effet des vengeances dont le menaçait la
noblesse. Le plus grand nombre prétendit que l'attroupement
avait été excité par la cour, qui voulait avoir un prétexte pour
appeler des troupes à Paris. M. Réveillon, qui avait été secacher
à la Bastille, où il se tint enfermé pendant un mois, prétendit
que le rassemblement avait été dirigé contre lui par un ennemi
personnel, un pauvre abbé. Ce malheureux fut arrêté. En consé-
quence, on s'accordait detous côtés à dire que cette bande de pau-
vres gens était conduite par des hommes déguisés en femmes, par
deshommesbienmis. Onavait, ajoutait-on, trouvé de l'argent dans
les poches de ces hommes, dont les vëtemens et la maigreur an-
nonçaient une profonde misère. Aureste, ce qui étonna le plus,
c'est que rien ne fut volé. Réveillon lui-même, dans un mémoire
justificatif adressé à ses concitoyens, en convint. II ne perdit
que ce qui pouvait être brisé ou brûlé. Mais quelle était l'opinion
des combattans eux-mêmessur leur propre conduite? On ne peut la
savoir que par les mots qu'ils laissèrent échapper ils donnaient à
leurs morts et à leurs blessés le~titre de Défenseurs clela patrie..
Nouscitons ces faits pour montrer a quel point était parvenu
le sentiment de méfiance qui partageait les diverses classes qui
allaient se trouver en présence aux Etats-Généraux. Mais il faut
nous bâter d'arriver à ce moment important de notre histoire.
Nous nous bornerons donc a ces détails, qui ouvrent clairement
la suite des événeméns qui exercèrent le plus d'inHuence sur les
destinées de la nation, parce qu'ils se développèrent dans la ca-
pitale. Il nous serait impossible d'ailleurs, à moins d'un volume
encore, d'exposer toutes les circonstances par lesquelles l'esprit
se ijm[tHt,Nmn
MU stt
public manifestait dans
uaus les j-)tuvun;c:< ce
ttjo provinces serait ~tMtigui
~c &t,fM~ changer un
mf

T. t.
5~ {KHi CONYOCATMX
L.ONYUL.AiiU-~
(1789)
~WO~j

livre d'histoire en un recueil d'anecdotes. Il nous suffit d'avoir


noté les faits les plus importans, et d'ajouter que sous des pro-
portions moindres, le caractère des événemens futle même.
L'analyse des cahiers des députés aux Etats-Généraux, qui
va suivre, achèvera de faire connaître l'état de l'opinion pu-
blique, les progrès et les besoins de l'époque. Ces cahiers offrent
en effet l'exacte mesure de l'esprit et dé l'éducation nationale. Ils
expriment, dans une proportion exactement conforme à la réa-
lité, les diverses prétentions des divers ordres; ils accusent tous
les vices,et tous les abus de l'organisation sociale existante ils
assignent à chacun sa véritable place dans l'égoïsme ou le dévoû-
ment en un mot, c'est le préambulenécessaire de la révolution
française, où se trouve la raison des résistances qu'elle devait
éprouver, et la justification de toutes ses colères.

RÉSUME
DESCAHIERS
DUCLERGÉ.

Après avoir insisté sur la nécessité de maintenir en France la


religion catholique comme religion de l'État, et sur celle de ga-
rantir la solennité du culte public, le clergé demande qu'on s'oc-
cupe activement d'arrêter la publicationdes livres anti-religieux,
des écrits immoraux, et surtout de ces gravures obscènes qui ta-
pissent les rues, de ces peintures lascives qui corrompent le coeur
par les yeux. Son opinion se partage sur la question de la liberté
de la presse: cependant, le plus petit nombre seulement des
cahiers demandele maintiende la censure. Les autres proposent
diverses mesures propres seulement à réprimer ses excès contre
la religion, les moeurs et les personnes.
Le clergé reconnaît le relâchement de la discipline ecclésias-
tique il ne met pas en doute que l'exemple de ses mauvaises
mœurs n'ait été une des plus grandes causes de l'affaiblissement
du sentiment religieux. ÎI gémit sur les scandales de tous' les
jours, qui déshonorent le ministère ecclésiastique. Une réforme
est donc instante. A cet effet il propose le rétablissement des
conciles nationaux et des synodes provinciaux, l'abolition de la
pluralité des bénéfices, l'obligation de la résidence; il demande
DESETATS-G~NEKACX. S25
enfin que les dignités de l'Église ne soient plus exclusivement
données à la noblesse, et que la vertu et le mérite soient con-
sultésavantlanaissancet€tc.

Les cahiers insistent ensuite sur la conservation des préroga-


tives du clergé. Quelques-uns s'élèvent contre une proposition
qui avait été exprimée dans plusieurs assemblées; on faisait're-
marquer qu'il y avait dans l'Eglise une noblesse et un peuple.
En conséquence disait-on, les dignitaires de l'Eglise doivent
siéger parmi les. nobles; et les pauvres prêtres resteront dans
leur caste, le tiers-état. D'ailleurs, on s'accorde pour demander
une nouvelle démarcation des paroisses, l'augmentation du re-
venu des curés, la suppression de ce qu'on appelle casuel; enHn
plusieurs votent pour qu'on restitue aux pasteurs les dimes et
novales.

Les cahiers demandent la conservation de la plupart des com-


munautés religieuses; mais Ils insistent sur la nécessité d'y réta-
blir la discipline et spuvenfles mœurs. Quelques-uns proposent
des moyens pour les utiliser. Quelques autres veulent que dans
les riches communautés il soit établi des hôpitaux pour les pau-
vres malades. Quelques autres votent pour qu'il soit défendu aux
couvensde recevoir des dots à l'avenir enfin il en est un qui,
prévoyant le* cas ou l'on supprimerait ces communautés, supplie
pour que le sort des religieux soit assuré.

Quant à l'éducation, le clergé demande « qu'il soit pourvu à la


conservation des moeurs de la jeunesse et de tous les citoyens
en interdisant tout ce qui tend directement à les corrompre, et
spécialement les livres impies et obscènes, l'exposition si com-
mune aujourd'hui des statues, peintures, gravures indécentes,
et ces spectacles corrupteurs dont la capitale est remplie, qu'on
colporte jusque dans les campagnes,- et qui portent la contagion
dans la classe même du peuple qui en était autrefois préservée
en réprimant, de la manière la plus sévère, la licence effrénée
de ces prostituées infâmes dont le nombre croit tous les jours, et
qui, ne rougissant pas d'associer l'enfance elle-même à leurs
524 (1789) CONYOCATMK

honteuses sollicitations, insultent à toutes les heures et dans


toutesles rues, à la pudeur publique. D
Ensuite les cahiers demandent, sous diverses formes, qu'il
soit fait un plan d'éducationnationale; que l'éducationpublique
ne soit plus conduited'après des principes arbitraires, et que
tous les instituteurssoienttenusde se conformerà un plan uni-
forme approuvépar lesEtats-Généraux – que pour mettretous
lesmagistratset gens en placedansle cas d'acquérirleslumières
nécessairesà leurs fonctions,il soitformé un pland'étudesnatio-
nales;–que !a classedes maîtresd'écolessoit perfectionnée,en-
couragée, améliorée; que leurs placesne soientdonnéesqu'au
concourset avec.l'approbationdes curés; qu'il soit formé des
pépinièresde ces hommessi nécessaires;–qu'il soit établi et
fondédanstoutesles paroisses, en proportion de leur étendue,
des écolesgratuites, maisdistincteset séparéespour l'un et l'au-
tre sexe; que pour élever gratuitementles enfans pauvres
tant des villesque des campagnes,qui montrentd'heureusesdis-
positions, il soit établi des pensions ou de petits séminaires,
etc. enfinla majoritédescahiersvote pour que l'éducationsoit
conëéeau clergé.
L'opinionde l'ordre dontnousnous occupons,n'offreplus la
mêmeunanimitélorsqu'ils'agit de l'organisationdesÉtats-Géné-
raux elleest unanimeseulementpour demanderque cetteinsti-
tution soit à l'avenirun des élémensindispensablesdu pou