De la vulgarité sportive

contemporaine :
de Juvénal et Pline à George
Orwell.

« Mens sana in corpore
sano[1] », disait Juvénal au
Ier et IIème siècles de
notre
ère.
On
doute
cependant
que
tous
les
sportifs et supporters aient
dans leur corps sain -s’il
n’est pas aviné à la bière
et dopé aux stéroïdes- un
esprit sain. Il s’agit alors
d’un
« corpus
sine

pectore[2] », un corps sans
cœur, selon Horace. Il faut
hélas déplorer que l’idéal
olympique des Grecs se soit
heurté, de tous temps, qu’il
s’agisse
de
l’antiquité
romaine, ou de notre XXIème
siècle,
à
la
vulgarité
sportive, entre cirques de
gladiateurs
et
stades
multipliés par les écrans
géants. De Juvénal et Pline
à
Georges
Orwell,
les
esprits sains de la pensée
fustigent l’abêtissement des
masses footballistiques et
le contrôle politique qui en
découle.

Il ne s’agit pas ici
de dénier à qui que ce soit
le plaisir de jouer sur un
stade autour d’une balle,
d’exercer sa force et son
habileté en des dizaines de
disciplines
olympiques, ni
d’écarter
la
capacité
socialisatrice
de
l’éducation
sportive
à
travers l’esprit d’équipe et
le fair-play, ni même de
mépriser qui s’adonne au
délassement qui consiste à
jouir
du
spectacle
de
sportifs experts ; mais de
pointer cette vulgarité qui
accompagne trop souvent le
sport.

Vulgarité de la foule
(car
vulgaire
vient
de
vulgus,
en
latin,
qui
signifie
le
commun
des
hommes, la foule) voisine
avec la vulgarité grossière
des
appétits
et
des
divertissements. Ce sont en
effet
des
phénomènes
de
masse qui environnent et
font l’essence du sport, que
l’on soit massé devant son
téléviseur
parmi
des
milliers
d’autres
aux
visions
et
émotions
semblables,
dans
une
désindividualisation
recherchée et dommageable,
un décervelage consenti, ou

exalté par l’unité de la « masse et puissance[3] ».que l’on soit massé dans les stades. régi par une force panique. si . vulgarité de la masse aux préoccupations semblables nivelées vers le bas et vulgarité grossières des instincts de triomphe et de revanche. sont susceptibles de glisser. À ce comptelà. propice aux manifestations incontrôlées et survoltées. que n’aurait désavouée ni le Hitler de Nuremberg (on pardonnera ici l’abusive reductio ad hitlerum) ni l’essayiste Elias Canetti.

mais aussi abondance de candidats aux étripements .craque le nécessaire vernis de civilisation. il y aurait non seulement pléthore de spectateurs satisfaits et surexcités par cette catharsis grandeur nature. au cours d’un combat rituel de rue entre factions aux couleurs locales et nationales. Gageons que s’il était permis de remettre à l’ordre du jour les sanglants combats de gladiateurs du cirque romain. vers l’exécution de quelques vaincus en victimes sacrificielles.

pour un surcroît de sesterces et de gloire . et. Souvenons-nous que bien des gladiateurs. adulés par le public. même affranchis. se jetaient encore sur leurs concurrents le fer à la main. gagnaient des sommes colossales. à quelques .mutuels sur l’arène. des médias et des Fédérations internationales sportives… Rituels en effet que ces spectacles toujours semblables. non loin de nos plus célèbres sportifs qui ne décrochent que pour s’acoquiner avec le monde de la publicité.

du moins en ce qui concerne le christianisme occidental. qui « marquera l’Histoire » n’ayons pas peur des hyperboles épiques des commentateurs sportifs et . en un grégarisme moutonnier. pour aller communier. dans une cérémonie qui remplace avec efficacité les cérémoniaux sacrés des religions. où l’individu se défait d’une individualité qu’il a d’ailleurs souvent bien peu. de retour d’un « grand match ». Et sans vergogne. en perte de vitesse.lilliputiennes variantes près.

alors qu’un autre semblable est destiné à le démoder.médiatiques. sans que l’histoire du monde -et c’est heureux. Révélateur -ô combien !. où. que dis-je.est ce phénomène des fan-zones. quelques mois. au moyen d’écrans géants sur des Champs de Mars démesurés. on remplace le spectacle du .en soit un instant bouleversée. quelques années plus tard. à l’effacer. participé en propre à un événement colossal.le spectateur aura la sensation d’avoir assisté. quelques matches.

Sans le moindre discernement. d’une équipe. Tout ceci à l’adresse des fans. par celui des dieux du stade. ces dépendants du fanatisme sportif. Quoique l’on connaisse par ailleurs des dangers du fanatisme politique et religieux[4]. les médias.dieu de la guerre. du spectacle de masse. il faut se consoler si le premier ne fait que simuler le second en une inoffensive explosion de suspense. d’un pays. de joie ou de déception. reflets démagogiques obligés de la masse de leurs .

que d’un compositeur comme Henri Dutilleux. relaient l’éloge funèbre bien plus d’un sportif. Monde bien loin de la vulgarité… Il est cependant tout à fait loisible d’apprécier en connaisseur les qualités .publics. bien plus d’un Cassius Clay. boxeur de crâne frappés de traumatismes cérébraux. se fût-il converti à un Islam anti-blanc sous le nom révélateur de Mohammed Ali. dont les pages symphoniques exaltent Baudelaire en son Tout un monde lointain.

quoique passablement monomaniaque. en un exaspérant et comique tic-tac. qu’il s’agisse de saut à la perche ou de rugby. se fait figure de dissident. lors d’une compétition de tennis ? Qui se livre à cette observation plutôt que de suivre le jeu. en suiveur passif et dans le sens vulgaire du courant de la foule. d’un côté sur l’autre du court. d’une équipe. d’individualiste pour le moins… Remarquons .d’un joueur. mais avons-nous observé le ridicule de centaines de têtes qui tournent.

ni des salaires astronomiques . ni du dopage qui transforme les concurrents en pompes à stéroïdes anabolisants. sociologie du public oblige… On ne dira rien ici de la corruption titanesque qui affecte le monde du football jusqu’au sommet de ses organisations internationales.cependant qu’il est rarissime que tels spectacles de balle et de raquette en socquettes blanches et polos Lacoste donnent lieu aux débordements grossiers du hooliganisme.

choquent moins que ceux des grands patrons de l’économie pourtant plus au service du développement des richesses de l’humanité. curieusement.des joueurs. ni de la vulgarité affichée de stars . qui. ni de la part de nos impôts indûment consacrés aux cirques des anti-dieux du stade alors que leur business ne devrait que se financer par lui-même et par ceux qui y consentent en payant leurs places de match et en achetant divers maillots criards et autres produits dérivés du panurgisme.

et des hommes qui . Pline le Jeune (au Ier et IIème siècles) ne trouvait aux spectacles du cirque « rien de nouveau. C’est ce qui redouble l’étonnement où je suis.du foot qui vont aux putes de luxe et crachent leur vocabulaire pour le moins réduit à la face empostillonée des médias. rien qu’il ne suffise d’avoir vu une seule fois. que tant de milliers d’hommes aient la puérile passion de revoir de temps en temps des chevaux qui courent. rien de varié.

on verrait dans le moment leur inclination et leurs vœux suivre cette même couleur. et abandonner les hommes et les chevaux qu’ils . Encore s’ils prenaient plaisir à la vitesse des chevaux ou à l’adresse des hommes. On ne regarde. on n’aime que cette couleur.conduisent des chariots. Si dans le milieu de la course et du combat. il y aurait quelque raison. on faisait passer la même couleur qui est de l’autre. Mais on ne s’attache aujourd’hui qu’à la couleur des habits de ceux qui combattent.

qu’ils appelaient par leurs noms. si froides et qui reviennent si souvent . je trouve un plaisir secret à n’être point sensible à ces bagatelles.connaissent de loin. un loisir que les . plus vil encore que ces casaques. je ne dis pas sur le petit peuple. et j’emploie volontiers aux belles lettres. je dis même sur de fort honnêtes gens. Quand je songe qu’ils ne se lassent point de revoir avec tant de goût et d’assiduité des choses si vaines. tant une vile casaque fait d’impression.

qu’importe que tel ou tel footeux soit Suédois. les légions. ou Allemand. « Panem et circenses[6] ».autres perdent dans de si frivoles amusements[5] ». Ainsi. Algériens. disait encore Juvénal. il soulève un enthousiasme de clocher et de cocarde pour le moins irrationnel. tous les . s’il combat le ballon au pied sous les couleurs de Madrid ou de la France. Il déplorait que sous l’empire d’Auguste l’on délaissât « faisceaux.

plutôt que de s’armer de courage et d’esprit d’entreprise pour dynamiser l’économie et défendre les libertés contre les exactions extrême gauchistes et islamistes. avec ces jeux du cirques footballistiques. Ainsi. l’on préfère aujourd’hui amuser un peuple. avec le pain Mac-Do et la bière. en ces enceintes de stade qui ont opportunément la forme d’une cuvette de Water-Closet. . pour languir « dans un honteux repos ». avec du pain et des jeux. qui a la même préférence.honneurs enfin ».

jonché de blessés. s’en chargent dans les tribunes. voire de morts… Le sport comme avatar du nationalisme pourrait . les centrevilles. ces derniers. chaises de terrasses à la tête. supporters et autres nationalistes.S’il ne manque plus en ces Colisées modernes que les gladiateurs qui s’entretuent pour leur bonheur et celui surexcité des spectateurs. hooligans. les rues avoisinantes. en se jetant toutes armes improvisées. laissant derrière eux un pavé ordurier. canettes de bières.

s’il ne recyclait l’autovalorisation imméritée de son coin de commune. nos députés et Présidents à trôner comme des Auguste au petit pied au-dessus de l’agitation convulsive des pieds des joueurs autour d’une enfantine boule de cuir et des trépignements convulsifs des pieds des spectateurs agglutinés sur leurs gradins ? Sinon se . la xénophobie la plus crasse. ersatz inoffensif des guerres. la haine instinctive de l’autre. de pays.être bon enfant. Que font nos maires.

par apparente proximité avec le peuple. des « prolétaires » : « les films.coller à la sueur collective par démagogie électoraliste. tant le concept est suspect d’extrême-droitisme. dans 1984. George Orwell. le jeu. parlait sans aménité. formaient tout leur horizon et comblaient leurs esprits. au nom du « Parti » gouvernemental. le football. Les garder sans contrôle . la bière et. Plus près de nous. surtout. par défense et orgueil d’une patrie qu’on ne défend plus beaucoup.

répandaient de fausses rumeurs. Certes. cela n’avait aucune importance. il y avait bien de la criminalité . bière. « mais comme cela se passait entre prolétaires. mais sans que .[7] » Foot. Quelques agents de la Police de la pensée circulaient constamment parmi eux. films et jeux vidéo font encore florès parmi les plus vulgaires d’entre nous .n’était pas difficile. notaient et éliminaient les quelques individus qui étaient susceptibles de devenir dangereux ».

Cela vaut toujours comme divertissement de diversion pour une classe politique qui espère naïvement que l’Euro de football détournera les esprits des lois en cours et des préoccupations antiterroristes et antiislamistes. la délinquance et la criminalité en marge des compétitions sportives. dont la médiatique police de la pensée n’est que médiocrement efficace. Hélas pour cette dernière. à .cela ne se confine à une classe résiduelle de prolétaires.

une incapacité de contrôle.peu près confinées au football d’ailleurs. à l’heure pourtant ou « l’Etat d’urgence » est censé protéger le citoyen. apparaissent plutôt comme une impéritie. Puisque la vulgarité sportive peut tout autant s’assaisonner d’alcool et d’hooliganisme. l’avertissement d’HenryPathé restait en 1934 incomplet : « Mais si le sport est l’ennemi tout . une incompétence scandaleuse à pacifier le territoire.

dans ce cas il incite à donner la suprématie à notre corps. veillons à sauvegarder les droits de l’esprit. de Juvénal à Georges Orwell. donc dans l’abrutissement .ensemble d’alcoolisme et du bellicisme. et risque de faire choir certains dans l’idolâtrie du muscle. veillons à garder le recul . il comporte luimême des dangers s’il est pratiqué avec excès . il n’y a qu’un pas de la suprématie du corps à celle de la guérilla et de la guerre. Que ce soit la lecture des Anciens ou des modernes.[8] » Hélas.

lire quelques pages de Montaigne ou de George Orwell sur un banc de touche. pour lequel nous savons toujours devoir garder la modestie des connaissances à toujours réactualiser et affiner.élevé de l’esprit. et qu’une caméra se penchera sur lui avec attendrissement. peut-être l’humanité ne sera-t-elle plus tout à fait à désespérer… . Le jour où l’on verra un emmailloté de foot de l’Euro ou du Mondial. plutôt que de se complaire dans la bassesse de la vulgarité.

Thierry Guinhut Une vie d'écriture et de photographie [1] Juvénal : Satires. [3] Elias Canetti : Masse et puissance. 1986. 1823. [4] Voir : Du fanatisme morb ide islamiste . Janet et Cotelle. t II. Œuvres. Tel. Garnier. sans date. [2] Horace : Epitre IV à Albius Tibulle. Gallimard. p 253. p 142. X 356.

À Calvisius. 1956. [6] Juvénal. 1934. il faut oublier le cours de philosophie » . IX. t III. p 379-381. [7] George Orwell : 1984. Roger Dacosta. p 80. Plaisirs. Claude Barbin.[5] Pline le Jeune : Lettres. p 82. chapitre VII. 6. X81. [8] Henry-Pathé : « « Pleine vie ou les plaisirs du sport ». p 128. 1700. « Pour cartonner en philosophie. ibidem. Club des Libraires de France.

malgré une bonne connaissance disciplinaire.Par Guillaume von der Weid. de même que les psychanalystes tentent de se guérir à travers la maladie de leurs patients et les alcooliques anonymes à travers le sevrage de leurs camarades. beaucoup de professeurs cherchent à comprendre le but de la philosophie en l’enseignant. et du coup. professeur de philosophie Le problème des candidats à l’épreuve de philosophie au baccalauréat. c’est l’enseignement de la philosophie. . Car.

de « thèmes communs ». « d’activités langagières ».peinent à transmettre la capacité de penser. comme d’ailleurs de parler anglais après sept ans de « langue vivante ». Difficulté à transmettre une capacité plutôt qu’un savoir On a ainsi des élèves qui suivent pendant un an des cours techniquement bons. mais qui sont incapables de faire eux-mêmes une dissertation. Et de même que la capacité de parler se rétracte à force de grammaires. la capacité à disserter est .

ceux qui ont déjà les compétences y gagnent l’excellence de l’adoubement tandis que ceux qui ne les ont pas. . de génération en génération. de reproduction d’un ordre social où.écrasée par des cours académiques qui inhibent au lieu d’émanciper. la culpabilité de la relégation. Pierre Bourdieu a montré que cette difficulté à transmettre une capacité plutôt qu’un savoir pouvait même être une fonction cachée de l’école.

Galimatias On voit ainsi les professeurs de philosophie multiplier des explications de méthode que .Or si la philosophie est la « discipline reine » du baccalauréat. et illustre mieux qu’aucune autre le décalage entre l’égalitarisme professé par l’école et sa pratique socialement discriminante. c’est précisément qu’elle est emblématique de compétences symboliques détachées de tout contenu concret (le programme de terminale tient en vingt mots).

de « problématisation ».les élèves sont incapables de décrypter. sur les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) et autres « Institut français d’éducation » pour transmettre des règles utilisables par un élève de 17 ans. J’en ai entendu. avec . ou même un prof de 40. Instituts universitaires deformation des maîtres (IUFM). des conseils de « méthodologie ». Et inutile de compter sur les écoles de professeurs.

des beaux quartiers. de campagne.leur « analyse des termes ». que de les engourdir en leur faisant croire qu’il faut être abstrait pour être clair. leur « plan dialectique » et autres notions « pédagogiques » prononcées sur un ton d’évidence réprobatrice ! Mais ce galimatias n’a jamais eu d’autre effet sur les milliers d’élèves que j’ai rencontrés en lycées techniques. complexe pour être intelligent. généraux. . et finalement hypocrite pour être bon. des bas quartiers.

il . D’où cette situation tragi-comique où pratiquement tous les élèves pensent qu’en conclusion. c’est penser ce que l’on a appris C’est une sorte de fatalité que j’essaye de déjouer en posant comme premier principe que.Aussi la philosophie en classe terminale est à l’image de ce qu’elle enseigne : elle pose plus de problèmes qu’elle n’en résout. il ne faut surtout pas prendre parti… Philosopher. pour cartonner en philosophie.

à pourquoi on veut nous l’apprendre. plus il risque de faire ce qu’il a toujours fait depuis le CP : réciter machinalement. l’angoisse . Car paradoxalement.faut oublier le cours de philosophie. A chaque début d’année. c’est penser à ce que l’on a appris. plus un sujet est proche de ce qu’a appris un élève en classe. à ce que ça vaut d’apprendre. Or philosopher. je vois naître sur les visages la perplexité. ce n’est pas restituer ce qu’on a appris.

Qu’est-ce qu’un problème ? Deux choses vraies et pourtant incompatibles. toute notre vie. Résoudre un problème Par exemple : je dois être à 8 heures dans la salle d’examen. c’est-à-dire que ce que nous faisons toute la journée. tous les jours. une « dissertation de philosophie ». C’est quoi. si ce n’est pas la récitation plus ou moins intelligente d’un cours ? Une dissertation n’est rien d’autre que la résolution d’un problème.même chez certains. mais il y a une .

mais c’est heureux : elle résout votre problème. vous devez résoudre un problème. Dès que vous vous levez le matin. Soit il y a des métros et j’arrive à l’heure. La solution est simple. soit il y a grève et je serai en retard. puis un autre : vous déplacer pour petit-déjeuner (contradiction : avoir faim/ être couché). Problème. puis un autre. on vous refuse une .grève de métro. certes. Niveau 2 : votre travail vous sort par les yeux.

de l’attachement et du deuil mais. de désir d’augmentation et de sa frustration. et rien de plus.augmentation. du travail (« Pourquoi travaillons-nous ?»). que résoudre un problème. de la . Eh bien. une dissertation philosophique n’est rien d’autre. niveau 3 : celui du besoin en général (ex. un problème général. qui n’est pas seulement celui du lit et du petit-déjeuner. un de vos proches meurt. : « Sommes-nous des animaux ? »). du travail et de la motivation.

prescrit un . Deux parties. etc. sa note. Inutile d’aller plus loin. tout en découle : la structure de la dissertation. pas trois Tout d’abord. sa langue. le développement le traite. comme un médecin pose un diagnostic. la conclusion le résout. la dissertation est structurée par son problème lui-même : l’introduction le pose.richesse (« L’argent fait-il le bonheur ? »). de la mort (« Peut-on dire que le passé n’est jamais mort ? »).

Plus précisément : l’introduction révèle les deux choses incompatibles contenues dans le sujet. comme nous avons vu en II)… » « Nous travaillons pour les raisons énoncées en II)… » Vous direz : mais alors. le développement les déploie l’une après l’autre (et comporte donc deux parties. nous sommes des animaux puisque. et la conclusion répond à la question posée par le sujet : « Oui.traitement et finalement guérit une pathologie. que fait-on en I) ? C’est très simple : le plus . pas trois).

avec des droits et une conscience morale. le plus apparent. le plus faux. l’avis le plus commun. ce qui est en vous. Par exemple : nous ne sommes pas des animaux. capables de raison et d’amour.simple. il sera facile de la contredire pour la dépasser en II). la première idée qui vient. de la télévision. nous sommes des humains. . celle de l’opinion. La première pensée n’étant jamais pensée. etc. engagés dans une histoire qui progresse.

les embryons…). par l’idée contraire que nos droits et nos valeurs ne sont qu’un habillage pour des intérêts dont on exclut dès lors ceux qui n’y adhèrent pas (les étrangers. . etc. les pauvres. notre morale que le déguisement de pulsions bestiales devenant plus cruelles à mesure que les normes sociales sont plus écrasantes. On m’objectera que ce n’est là que rhétorique.Donner « une » solution argumentée Mais on peut dépasser cette première idée. courante.

choisi. ironise Friedrich Schlegel. traînant l’écheveau de disputes millénaires.relativisme. démêlé. Régimes . De fait. Ce n’est pas rien. voire nihilisme d’une pensée gratuite qui pourrait soutenir tout et son contraire. personne n’est jamais d’accord et c’est pourquoi. « on ne saurait limiter le nombre des livres ». et doit être par conséquent éclairé. embrouillent plus qu’elles n’expliquent : tout est un problème. Mais c’est à nouveau m’opposer des catégories traditionnelles qui.

taux d’imposition. que chacun doit donc trancher pour soi-même. sens du travail. . droit aulogement. autant de problèmes humains. réchauffement climatique. Il ne s’agit nullement d’empiler les questions. euthanasie. mais de donner une solution argumentée qui. même fausse. ainsi que le fait par exemple ce papier. aura le mérite d’avoir exposé les enjeux en présence. guerre et paix. religion. école. éternels sujets de dispute.alimentaires.

Rien de « transcendantal ». d’idées transparentes. Si vous ne comprenez pas en quoi le problème posé par le . de phrases courtes.Une pensée qui accepte la contradiction Ensuite. Jargon sorbonicole. il faut parler avec une langue ordinaire faite de mots simples. toute idée qui n’a pas son exemple concret n’est qu’un vent tiède. Parlez simplement de problèmes qui sont ceux de votre vie réelle. De même. de « contingent » ou de « non thétique ».

bref : s’il n’est pas d’accord avec vous ou. Et pour finir. . votre mort.sujet vous concerne personnellement. pire. s’il pense qu’il faut faire trois parties. votre sexualité) vous n’avez pas compris le sujet. comment avoir un 20 sur 20 si votre correcteur ne sait pas luimême le but d’une dissertation de philosophie. ici et maintenant (votre boulimie.votre recher che de célébrité. ou que nous ne sommes pas des animaux.

le retourne. toujours à la recherche.si la notation n’est de toute façon qu’une loterie ? Chaque année depuis dix ans. encore moins de telle réponse. Et là. mais de la moindre lueur de pensée qui considère sérieusement le sujet. avec copies à l’appui. non de tel plan. j’assiste aux « commissions d’harmonisation » où sont décidés les critères de notation. s’y . de tel argument. sujet par sujet. je dois avouer que j’admire le travail de mes collègues : toujours bienveillants. de tel auteur.

tant mieux. puis trancher dans . en expose les différents aspects.installe. sait remettre en question une première idée dont le développement a révélé les limites. des éléments de cours. des distinctions conceptuelles. avec cohérence. Mais le « 20 » viendra récompenser une pensée qui accepte la contradiction d’un sujet pour en façonner les versants. et a finalement le courage de conclure sur une idée contraire. prend le risque d’exemples prosaïques et précis. S’il y a des auteurs.

    le vif. Ce qui implique non seulement de penser par soimême. Thoughts pop into consciousness. Why Do Our Minds Wander? Facebook Twitter Google+ Email June 17. Ideas or images are present when just a moment before they were . 20167:27 AM ET Commentary ALVA NOË Sometimes the mind wanders. mais contre une certaine école.

Typically. And similarly. The world captures our attention and compels our minds this way or that. One natural picture of the phenomenon goes something like this. the red car. it is . by what there is around us. What explains the fact that you think of a red car when there is a red car in front of you is.not. Scientists recently have been turning their attention to making sense of this. well. our thoughts and feelings are shaped by what we are doing.

we turn away from the world. plays us the way a person might play a piano.that loud noise that causes you to orient yourself to the commotion that is producing it. to let our minds play themselves. We are contemplative or detached. we might say. the mind is coupled to the world around it and the world. In such cases. even without going to sleep. We decouple ourselves from the environment and we are set free. But sometimes. We turn inward. in a way. . as it were.

DMN. The DMN is a network of neural systems whose activation seems to be suppressed by active engagement with the world around us. in contrast. The DMN is the brain running in neutral. it tends to return to baseline levels of activity) precisely when we detach ourselves from what's going on around us. is activated (or rather.This natural picture has gained some support from the discovery of the so-called Default Mode Network. One of the leading hypotheses to explain mind- .

using fMRI. (See this for a review of this literature. she found. For one thing. provides evidence that challenges certain aspects of this DMN account.wandering and the emergence of spontaneous thoughts is that this is the result of the operation of the brain's Default Mode Network.g.. that there are neural systems (e. working in the laboratory of Kalina Christoff. the .) A study published in April in the journal NeuroImage by Melissa Ellamil and her colleagues at the University of British Columbia.

or as much a matter of withdrawing from the world. But she also noticed that some of the areas in DMN activated — for example the hypocampus — are associated with memory and attention. This is intriguing.posterior insula) activated just prior to the occurrence of spontaneous thoughts that are outside of the DMN. as some scientists have been inclined to support. as it puts pressure on the idea that mind-wandering is quite so passive. Even spontaneous free thoughts arise out of .

the real interest — and the potential controversy — of Ellamil's work.memory and experience. it would seem. coupled to it. has to do with a methodological innovation she undertook to enable her to investigate the neural signatures of the arising of spontaneous thought. We are still very much engaged with the world. images just pop into mind. even when we are simply letting our minds wander. It turns out that it isn't easy to find out when thoughts. . Ordinary people. feelings. But to my mind.

as they say. are not very good at monitoring their own free and undirected mental processes.it is widely supposed. So how can a scientist gather information about what's going on in the mind of a subject so as to be able to look further at what neural events and processes are. recruited by those happenings? Ellamil's solution — and here she draws on what is called "neurophenomenology." which was first developed by the late Chilean neurobiologist Francisco .

is that we can use what the meditators say to determine when thoughts arise. who is also a coauthor on the present study — is to use highly skilled practitioners of Vipassana mindfulness meditation as subjects.Varela and his colleague. then. precisely the ability notice the coming and going of thoughts and feelings. on the basis of . the philosopher Evan Thompson. as well as what kinds of thoughts they are. The idea. or so it is claimed. This particular style of meditation cultivates.

The thought that a thought is arising is just another thought that arises. so to speak. At least not in the way that we . reliably tell us what is going on in their minds. to watch thought happen. is that we don't actually have any reason to believe that the Vipassana meditators do what they say — that is. we can try to figure out how the brain makes it all happen.this data. it seems to me. We can't get outside of thought. What makes these results tricky.

can stand back and describe what is going on in front us. Or can we? To do that. or think and feel this or that. But we have no such independent access. Does the Vipassana meditator have a more reliable and more accurate awareness of his or her own experience? Are they therefore reliable instruments for letting us . we would need to have some kind of access to what is going on in our internal landscape separately from our inclinations to say this or that.

I am quite prepared to think that Vipassana meditation is a . maybe distinct. The point is not that there's anything wrong with mindfulness practices of this sort. maybe not so distinct. The confidence of the meditators themselves does nothing to help us resolve it.in on the contents of their own consciousness minds? Or are they just having their own. consciousness experiences? How would we decide? This is an unresolved issue.

one entirely deserving of our interest and perhaps also our admiration. . But there is no reason to think that what such meditators do is better track independently existing real events in consciousness — and this is because we have no reason think that this picture of introspective self-awareness is even intelligible.beautiful and transformative practice.

Cette semaine. des intellectuels ou des artistes qui nous permettent de repenser nos manières de vivre ensemble au XXIe siècle.NATION ? – Contre la bienveillance. d'Yves Michaud [lundi 13 juin 2016 .19:00] Chaque semaine dans « Nation ? (Chroniques) ». elle présente Contre la bienveillance d'Yves Michaud. Maryse Emel présente des essais ou des œuvres. qui dénonce autant l'ineptie que la dangerosité .

« Prendre soin » des citoyens ou le leurre de la bonne conscience L’éthique du « care ». les rend interdépendants et appelle la mise en œuvre . qu’on traduit par « soin » ou « bienveillance » a été théorisée par l’américaine Carol Gilligan dans les années 1980.de cette éthique à la mode pour la souveraineté démocratique. Elle part du principe que la vulnérabilité des individus.

En écrivant Contre la bienveillance. Yves Michaud adopte un ton résolument à rebours de l’engouement actuel pour une éthique de la bienveillance. une telle éthique ne risquet-elle pas de les tenir à l’écart de l’exercice de leur souveraineté démocratique ? Yves Michaud débusque dans cette injonction à la bienveillance un moralisme qui n'a rien à voir avec la .d’une bienveillance collective. En victimisant les individus.

En cela son propos n’est pas sans rappeler les « expressions dévastatrices » de Hegel à propos de la morale . qui énonçait les règles strictes de l'appartenance à la communauté politique. la théorie du Care menace le contrat hérité des Lumières. dont il démasquait la bonne conscience égoïste et passive.loi républicaine. Mais en plus de faire sombrer les citoyens dans le moralisme. Yves Michaud promeut donc un retour à Rousseau et à tous ses prédécesseurs qui ont défendu la République .

Ainsi. qui ne font que . Il en appelle également à la Constitution française rédigée en 1793. Car il ne s'agit pas de s'en tenir à la simple Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. sans la réduire à la Terreur. Pour l’auteur. ce qui est en danger c'est d'abord le pouvoir souverain du peuple. et tous ces efforts pour une bonne conscience doivent être interprétés comme les symptômes de cette mise à mal de la souveraineté politique du peuple.contractuelle. la théorie du Care.

doit être repensé.prospérer impuissance. « Force nous est de redécouvrir que . source de multiples confusions. Le véritable sens du mot « intégration ». sur son Défendre la démocratie c’est d’abord s’engager Nulle bienveillance chez l'auteur qui reproche à l'Etat de ne pas avoir su trouver le juste discours pour défendre la démocratie ainsi que le Contrat qui fonde la souveraineté du peuple.

la démocratie n'est pas la Sécurité sociale et un numéro de passage au guichet pour se retrouver "intégré. Car qui dit contrat dit « engagement » de part et d'autre. certains répondent par un discours de repli identitaire. qui empêche de dissoudre l'intérêt général dans les intérêts particuliers. et ." » Si à l'échec de l’intégration. la seule vraie réponse est à chercher dans une revalorisation de la dimension contractuelle de la démocratie. et d'autres par la défense du culturalisme.

en passant par Hobbes. Locke. Revaloriser la théorie du contrat contre le déclin de l'autorité politique La théorie du Contrat se déploie dès la fin du XVIe siècle de Jean Bodin jusque Rousseau au XVIIIe siècle. L’intégration ne peut avoir lieu que s'il y a un réel serment de la part de celui qui y adhère. Spinoza. Si ces .rappelle ainsi au citoyen qu’il n'a pas que des droits mais aussi des devoirs.

Telle est la définition de la République qui vise à contenir les intérêts particuliers pour favoriser l’intérêt général. réglé lui aussi par des lois. elles ont en commun le concept de peuple souverain. Le pouvoir du peuple doit être encadré d'une part par le droit naturel qui vise à limiter l'arbitraire de la loi divine et d'autre part.théories ne sont pas toutes démocratiques. par le droit de résistance de l'individu. .

C'est
lorsque
l'autorité
devient morcelée, et qu'on
ne sait plus à qui obéir que
les théories du Contrat sont
apparues. La puissance et
l'autorité
de
la
souveraineté est aujourd'hui
remise
en
question
pour
plusieurs
raisons.
Tout
d'abord, parce que l'espace
public empiète de plus en
plus sur l'espace privé,
qu'il
y
a
comme
une
ingérence de l'Etat dans la
sphère privée des individus,
et en particulier dans la
vie économique et sociale.
Ensuite
on
assiste
au
déploiement de plus en plus

de
revendications
communautaires, qui plutôt
que
d'être
ethniques,
cherchent d'abord à servir
des
groupes
d'intérêts.
Enfin,
les
législations
supranationales limitent les
interventions
de
la
souveraineté nationale.

La
problématique
tolérance

de

la

Si certaines revendications
ne portent pas atteinte à la
communauté,
d'autres,
en
revanche, constituent une
menace plus préoccupante. La

religion appartient à cette
seconde
catégorie.
Cela
donna déjà lieu à deux types
de
réflexion
chez
les
philosophes
contractualistes, eux-mêmes
contemporains de conflits
religieux
:
soit
l'imposition d'une religion
d'Etat
(chez
Hobbes
par
exemple), soit le renvoi de
la religion à la conscience
individuelle avec un devoir
absolu
de
tolérance. Or
cette notion de tolérance
pose
à
nouveau
problème
aujourd'hui. Yves Michaud
souligne les limites qu’il y
a à poser la tolérance,

comme
une
vertu
exclusivement
morale,
et
nullement
politique.
Les
solutions de la démocratie
actuelle
à
l'égard
des
conflits
religieux
sont
insuffisantes
et
peuvent
avoir
un
effet
pervers.
Soit,
on
développe
une
identité substantielle et
personnelle, en négligeant,
les critiques que lui firent
déjà en leur temps Hobbes et
Hume, soit on s'engage dans
la défense de l'identité
nationale, au risque de nier
les évolutions concrètes et
constitutives de la nation
française.
On
songe
à

mais comme un impératif commandé et sanctionné par la loi. avec un devoir de tolérance. pensait abusivement que la nation sur le papier correspondait encore à la nation réelle. entendu non au sens de de bienveillance. Le juridique seul peut faire face aux affects déployés par les croyances et sortir les citoyens de .Nicolas Sarkozy qui en créant un Ministère de l’identité nationale. Les croyances religieuses doivent donc être renvoyées pour Yves Michaud à la liberté de conscience.

En revenir au Serment civique de la Révolution Française est la réponse nécessaire au désengagement des nouveaux arrivants. Les programmes des partis populistes que sont en France le Front national et le Front de gauche.leur passivité. Les méfaits du populisme. ont ceci . Il faudrait également développer l'éducation civique pour stimuler la conscience politique des futurs citoyens.

à l'inverse les jeunes touchés par le chômage.en commun qu'ils se bâtissent sur la déception vis à vis des partis installés. se concentrent sur le Nord et donnent beaucoup de leurs voix à ce même Parti. La non . Leur succès provient de nombreuses fractures insuffisamment prises en compte. La première d'entre elles est générationnelle et si la proportion de retraités aisés se concentre en Languedoc Roussillon ou sur la Côte d'Azur et vote pour beaucoup le Front National.

il y a celle entre « population de souche » et « population immigrée » . et entre ceux qui ont accès à la connaissance.satisfaction économique ou la peur expliquent l'irrationnel de ces fractures sans pour autant correspondre à un parti politique. . et ceux qui sont condamnés à l’ignorance. Parmi les autres fractures expliquant le succès des partis populistes de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. entre riches et pauvres.

Peut-être faut-il commencer par reconnaître que tout parti qui respecte la loi doit être représenté. impliquent alors qu'on envisage autrement la démocratie. largement insuffisantes. ne demeure qu'un discours socialiste vide à l'attention d'une clientèle variée. Les réponses aux montées du populisme. faisant usage du populisme comme d'un adversaire utile à la vacance de ses propos. d’où sa défense du scrutin . comme le soutient Michaud.Face à ces divisions.

Il faut donc faire l’effort de sortir de la rigidité partisane et développer ce que l'auteur appelle « des pactes de gouvernement » . avec la justice comme seule visée.proportionnel. il semble urgent de voir audelà du simple clivage gauche-droite. qui semble à l’heure actuelle totalement dépassé. rassemblant ponctuellement des familles politiques. En finir avec l’« idéalisme politique » . D'autre part.

Les organisations traditionnelles que sont les tribus. clans. explique Yves Michaud. ne s'accordent pas facilement avec les usages démocratiques. ethnies. Cet aveuglement est ce qu’on appelle l’« idéalisme politique ».Vouloir imposer partout la démocratie a surtout manifesté la négligence d'une réelle compréhension du poids de l'histoire dans la détermination des choix politiques. Il est plus que nécessaire de prendre appui sur le réel. et sortir de .

A ce titre.l'angélisme. en s'attachant aux travaux des historiens ainsi qu'aux analyses des diplomates. il pleurniche » Il faut donc lutter contre notre volonté d'aveuglement à l'égard du réel conclut Yves Michaud. La bienveillance morale n'est pas un choix politique. il faut revoir le droit d'ingérence et admettre que nous ne pouvons pas tout régler. « L’homme de notre temps ne pleure pas. parce qu'on .

et dans le même temps lui reprochant d'user de la force. On la voit s'exprimer dans tous les médias. . déplorant la misère et accusant le « système » tout en demandant au gouvernement de repousser les campements de fortune. Aux terroristes. elle cherche des causes atténuantes en les infantilisant : « L'homme de notre temps ne pleure pas. il pleurniche.croit que toutes les idées sont respectables. Cette bienveillance est d'abord compassionnelle.

» Hegel écrivait à propos de cette cette conscience pleurnicharde qu'elle se maintient dans une totale extériorité vis à vis de l'objet de sa plainte. il appelle le 115 pour qu'une équipe de maraudeur du SAMU social intervienne. Cette morale. il fait des dons défiscalisés. Il n'est pas généreux. Il ne fait pas preuve de sollicitude. et y trouve surtout une certaine jouissance.Il ne compte pas. elle la trouve en elle : c'est moral d'être comme je . il s'émeut.

et si elle le fait au nom de l'universel. ce n'est que pour mieux se mettre en valeur. ne serait donc pas uniquement inepte mais bel et bien dangereuse. En insistant sur la . L'injonction à la bienveillance qui en fait le nouveau ciment démocratique de la société. Si elle agit ce n'est que dans l'emportement de sa propre sensibilité.suis. On voit ainsi l'égoïsme profond de toute morale de la plainte. pourrait-elle écrire.

elle particularise le champ politique de l'intérêt commun. Nous avons donc tout intérêt à relire John Rawls pour penser l'équité des rétributions et . Mais le plus grave réside peut-être dans la substitution du soin à la justice.au risque de le faire disparaître... et le recours tout autant caricatural. à un moralisme kantien. Cela explique l'opposition caricaturale des théoriciens du soin à John Rawls.vulnérabilité. auteur de la Théorie de la justice.

car comme l’écrit Yves Michaud : « Le paradoxe de notre situation est que nous n'avons plus de capacité de rêve ni d'utopie car nous n'avons plus de vision.. .contributions. avec Peggy Sastre [lundi 28 décembre 2015 15:30] Chaque semaine « Nation ? (chronique) dans ».. C'est cette capacité de vision en se projetant à partir des faits qui est à retrouver.» NATION ? – Contre un certain féminisme.

des intellectuels ou des artistes qui nous permettent de repenser nos manières de vivre ensemble au XXIe siècle. Son .Maryse Emel présente des essais ou des œuvres. Cette semaine. elle s’entretient avec Peggy Sastre. Le titre du dernier livre de Peggy Sastre La domination masculine n’existe pas est un peu provocateur. et selon laquelle tous les féminismes ne se ressemblent pas. 2015). auteur de La domination masculine n’existe pas (Editions Anne Carrière.

style d’écriture aussi d’ailleurs. où elle prend appui sur des hypothèses scientifiques ou à Fausse Route. « Je veux surtout être comprise et m’adresser au plus de monde possible. Je pense par exemple à son livre. Un féminisme rationnel et factuel. où elle écrivait : . Je suis dans la filiation d’Elisabeth Badinter. pas forcément qu’aux femmes et féministes. XY. Cette opposition hommesfemmes est stérile. Elle refuse le ton protocolaire et académique.

en enfermant hommes et femmes dans deux camps opposés. Ce concept “attrape-tout”. » . Autre nom d’une altérité radicale.« Au bout du compte. ferme la porte à tout espoir de comprendre leur influence réciproque et de mesurer leur commune appartenance à l’humanité. il servirait à éviter de penser la complexité. on peut se demander si la notion simplificatrice et unificatrice de “domination masculine” n’est pas un concept obstacle. l’historicité et l’évolution du rapport des sexes.

Le mouvement féministe militant type “Chiennes de garde” est trop dans la doctrine. elle se .Je me suis rappelée ce passage après la publication de mon livre. Pour en revenir à ma démarche qui s’éloigne du ton universitaire. en France. la réactivité et pas assez en prise avec une réalité féminine forcément diverse. on peut donc envisager d'autres outils que la militance pour avancer. Aujourd'hui. les femmes ont obtenu leurs droits fondamentaux. le slogan. mais je peux à peu près parfaitement le faire mien.

Ceci explique mes propos parfois peu révérencieux.justifie non par un rejet de la science. mais je reproche aux chercheurs un ton trop élitiste. bien au contraire. mais c’est un choix. » Une démarche scientifique La formation de Peggy Sastre est scientifique et . un trop grand entre-soi. Il faut faire circuler les idées. Il faudrait qu’ils interviennent plus auprès de l’opinion.

« J’ai été élevée dans l'égalité entre hommes et femmes. Elle est aujourd’hui journaliste et mène un combat pour diversifier le féminisme. Nos parents avaient établi un système de répartition des tâches équitable entre eux. Ce n’est pas son premier livre. c’est parce que je suis lasse des discours vides et. . Il n’y avait aucune discrimination entre les enfants. Si j’ai choisi d’écrire sur la question du féminisme.philosophique. Elle a longtemps travaillé sur le rapport entre Nietzsche et Darwin.

forcément mouvante. Les féministes ont bien trop . avant n'importe quelle doctrine. des processus de “sélection” qui expliquent certains comportements. Cela devrait permettre de comprendre qu’il y a des différences entre les hommes et les femmes. c’est ainsi que je nomme mon féminisme qui tient compte des théories darwiniennes de l’évolution et qui fait passer la réalité. » « Les individus ne contrôlent pas tout. “Evo-féminisme”. Il y a des lois. contre-productifs.de fait.

différences et injustices.souvent tendance à confondre l’identité et l’égalité. La morale n’a pas sa place dans les théories évolutionnaires : elles décrivent et expliquent ce qui est. Si je m’appuie sur Darwin c’est . Il ne faut pas tout confondre. correspondra une adaptation masculine. mais ne disent rien sur ce qui doit être. Cela ne veut pas dire que c’est une loi indépassable. Mais à environnement difficile. La force masculine pousse les hommes à des activités belliqueuses mais aussi à protéger leur groupe.

» Pour un militant féminisme non « Ce que je pense c’est que le dogmatisme ne mène à rien. . Florence Montreynaud dont je lis le dernier livre n’argumente pas rigoureusement à mon sens. La méthode des “Chiennes de garde” ne me convient pas. et sortir de l’impasse trop métaphysiquement agressive du féminisme militant. Elle s’appuie sur des affirmations péremptoires.pour d’une part fonder scientifiquement mes propos.

des slogans et est souvent contradictoire : comment peut-on défendre les droits des femmes en refusant. Il y a certes quelques hommes qui ont de . La situation masculine n’est pas aussi agréable qu’on pourrait le croire. que les personnes prostituées ne soient plus soumises à un système législatif d'exception et obtiennent les mêmes droits que tous les travailleurs ? Qui plus est. l'ensemble est trop binaire. Il ne s’agit pas d’opposer les hommes et les femmes. exemple éloquent.

même si les . les détenus sont plus nombreux à être des hommes que des femmes. des recherches qui font aujourd'hui consensus auprès des spécialistes. Ce que j’écris provient d’une méthode factuelle et expérimentale. je m’inscris dans une démarche scientifique. par rapport aux femmes. Je fais référence à des travaux récents. mais il y a aussi plus d’hommes que de femmes qui souffrent de la misère. Bien sûr. les chômeurs. Les SDF. Je ne veux pas faire dans l’idéologique.hauts salaires.

et ce que l'on nomme la domination masculine n'est qu'un point de vue sur une histoire où le gros des conflits entre hommes et femmes a comme moteur et motif le sexe. Tout le monde était là. on vous oppresse”. dès le départ. Cessons de croire à une conspiration pénienne : les hommes ne sont pas arrivés avec leurs bateaux sur le continent des femmes en leur disant “maintenant. et où le gros des luttes de pouvoir tourne .résultats sur lesquels je tombe contrarient parfois mes convictions.

C’est . on retiendra que les hommes réagissent à des signaux émis par les femmes. Si on s’appuie sur les théories de l’évolution. » L’exemple sexuel du harcèlement « Prenons l'exemple du harcèlement sexuel. qui n’en ont pas toujours conscience. La loi à ce propos est récente. Elle se heurte néanmoins à la délimitation du champ de son application.autour de la sexualité et de la maîtrise du marché sexuel.

avant la quête de pouvoir. les mêmes intérêts sexuels. À partir de là le harcèlement est plus une stratégie parmi d'autres qu’une fin en soi. Il faut comprendre que l’essentiel des relations hommes-femmes est tributaire de ce rapport à la sexualité. en tendance. l’homme est en quête de quantité là où la femme recherche qualité et durabilité. Les hommes et les femmes n’ont pas. Pour résumer les choses. Les femmes peuvent ainsi aussi recourir .au besoin de copuler qu’obéit le harceleur.

affirmer que la domination masculine . mais à divers degrés de correction.à la technique du harcèlement. Les hommes et les femmes voient le monde à travers des lunettes sexuelles. » La domination n’existe pas masculine « À mon sens. mais selon d'autres modalités. Là encore il ne faut pas mêler la morale ou même ce qui nous semble aujourd'hui acceptable et légitime et les théories de l’évolution.

Tout organisme vivant évolue en fonction de son environnement. c’est donc. Si on fait un mauvais diagnostic d'une maladie. Mais il faut en comprendre les raisons. Bien sûr qu’il y a des inégalités ! Je ne le nie pas. pour agir sur elles. et le titre de mon livre l’exprime peu clairement.n’existe pas. les origines. pour ensuite la rectifier par des lois et des droits. affirmer qu’il faut accepter le point de départ posé par la théorie darwinienne. donc en . il sera impossible de bien la soigner.

Plus l'environnement sera rude. voire réactionnaires. on peut envisager une modification des organismes.agissant sur cet environnement. Le darwinisme laisse finalement une place à la liberté et au choix. il nous apprend que ce qui est aurait pu être autrement. et la survie précaire plus les individus développeront des stratégies que l'on estime aujourd'hui traditionnelles. puisque fondamentalement. que la vie n'est qu'un .

mélange de hasard nécessité. c'est de confondre cas et généralité. Certes. vu que tout est analysé par un prisme moral. « Le paradoxe du féminisme militant. J’ai retenu de mes lectures de Nietzsche une sorte de pessimisme distancié. » et de Sortir de la morale et de la pudibonderie. . rien n’est donné ou acquis facilement. et une méfiance certaine face à l'esprit de sérieux. son “pathos de la distance”.

si ce n'est borgne. Ironiser c’est se poser des questions. C’est cette ironie. ce retrait qui manque à ces féministes à la vision aussi dogmatique que réductrice.mais cela n’empêche pas une certaine ironie critique. » Pour conclure laissons la parole à Nietzsche : « Je crois que Socrate était profond. Son ironie correspondait à la nécessité où il était de se donner un air superficiel pour rester en relation avec les hommes » .

des intellectuels ou des artistes qui nous permettent de repenser nos manières de vivre ensemble au XXIe siècle. Le catcheur et la servante de Horacio Castellanos Moya.NATION ? – La violence au cœur du dépérissement de la nation [lundi 18 janvier 2016 15:00] Chaque semaine dans « Nation ? (chronique) ». Cette semaine. Maryse Emel présente des essais ou des œuvres. elle présente deux romans. et Vers .

chargés de surveiller. Comment dire la nation quand elle tombe en déliquescence. mais surtout d’éliminer toute contestation. l’État vivant dans la crainte permanente de sa propre disparition. Leur point commun : le retour du refoulé sexuel dans une nation qui s’effondre.l’abîmede Erich Kästner. . se délite au point que les citoyens ne sont nulle part en sûreté ? Le pouvoir lui-même se voit concentré en un lieu entouré de policiers.

La crainte est au cœur du pouvoir. Le harem d’Usbek dans les Lettres Persanes est à comprendre comme l’image du désir étouffé. où l’on ne tourne jamais le dos à personne de peur de prendre un coup mortel. ce qui fera dire à Roxane. « la liberté ou la mort ». Le despotisme c’est . à la fin du livre. la première des favorites.LesLettres persanes de Montesquieu mettaient déjà en scène cette dérive despotique du pouvoir. Cela aboutit à la mort du désir et à la perversité sexuelle.

Les égouts accueillent les rats et les tortionnaires qui y font disparaître tous les contestataires au régime salvadorien. La servante et le catcheur. La peste n’est pas bien loin dans cette ville qui évoque la Thèbes antique. jusque sa disparition. et en l’occurrence une pathologie sexuelle. Nous sommes dans les années soixante- .l’appropriation du corps de l’autre. C’est ce que l’on retrouve sans le livre d’ Horacio Castellanos Moya. Dans une telle négation du politique. la pathologie s’installe.

chargé de torturer les prisonniers dans les égouts du Palais noir. il exhale une . à la recherche de ses maîtres. et surtout la peur. Toute l’ambiance du roman noir pour raconter le mal. deux personnages : le Viking. Le décor est constitué par les arrestations arbitraires. et une servante. les viols. pourri de l’intérieur. María Elena. un ancien catcheur devenu flic. Au premier plan de l’histoire. les fusillades. les explosions. Lui est très malade.dix.

pour dissimuler les traces de cette décomposition intérieure. ayant peur de ne pas être reconnus par les leurs. Le mal est en lui et hors de lui. Sadique. Même les tortionnaires ne sont pas sûrs des lendemains. Il brille de sa gloire passée où il jouait au « gentil » sur le ring. Il cache au mieux sa mort annoncée. Il se méfie avec raison de ses collègues et de ses supérieurs.odeur nauséabonde. il recherche tous les plaisirs de la . mais finit par se terrer avec ses chewing-gums.

perversité pour combler sa gloire perdue. Elle. Lui est une sorte de Raskolnikov de Crime et châtiment de Dostoïevski : sans Dieu. voilà ce que nous propose Horacio Castellanos Moya. María Elena. pourrait-on dire pour le qualifier. court dans toute la ville. Elle occupe la lumière que le Viking redoute. tout est permis. Femme courageuse elle est l’envers de ce dernier. telle une Mère Courage. Le . les dangers de la rue. Elle marche seule. Un roman noir et sombre. affrontant. à découvert.

une sorte de Gavroche des barricades. Elle ne comprend pas ce qui se passe. elle a un fils. lui dira-telle. Joselito.Viking n’a en lui aucune morale. infirmière. en ce Dieu des Catholiques que sa fille lui reproche de suivre car c’est la religion des communistes. qui cherche une promotion à tout prix . la fille de la servante. Au second plan. croit en Dieu. demande aide à un Dieu muet. Elle. Il n’y a pas de père : ni pour Belka. ni . Belka. au contraire.

pour Joselito. la fille convoitée de la tenancière. à l’œil des médecins. surnommée la Grosse Rita. ou encore Marilù. grâce à des larges vêtements. pour reprendre l’analyse de . Les femmes restent et ne sont plus que des proies comme nous le fait comprendre Belka qui dissimule ses formes. les visages torturés et défigurés : la mort de tout respect à l’égard d’autrui. La vieillesse signifie pour les femmes humiliation et violence. Les hommes fuient. Le mal extrême c’est le viol.

plongée dans un monde d’où Dieu a disparu. Il n’y a plus ni bons ni mauvais. Les hôpitaux sont partout mais on ne soigne personne. laissant les hommes sans repères. Le vrai courage est celui de Maria Eléna. car la douleur infligée par des bourreaux est d’abord celle de l’inhumain. sans valeur. La mort envahit tout. Plus que des individus livrés à leurs pulsions violentes. quand la liberté disparaît et que .Lévinas. Comme le disait Roxane dans les Lettres persanes.

par son éditeur choqué de l’indécence des mœurs qu’il y trouve. Dans un autre genre. Vers l’abîme. surgit la cruauté et la mort. le roman d’Erich Kästner. après avoir été rétabli dans son intégralité par . et réédité seulement en 2016 aux éditions Anne Carrière dans sa version française.le despotisme s’installe. est censuré à sa publication en 1931. brûlé en 1933 dans les autodafés nazis.

des existences manquées. observe avec une certaine mélancolie désenchantée le monde dérisoire de ses contemporains. Le dérisoire se dit avec un humour froid et distancié. pris dans un quotidien aliénant. les dérives de l’homme des foules. un présent qui piétine et en fond. Jakob Fabian. le personnage principal. On y voit. à travers divers personnages des classes moyennes. la montée du nazisme. .l’éditeur allemand Atrium Verlag en 2013. qui ne prétend pas faire rire.

notaire de profession. un ancien . Un peu plus loin dans le récit. Elle peut le tromper à condition que ce dernier s’entretienne avec l’amant et donne son accord. a passé un étrange contrat avec son mari. une femme nymphomane.à la lorgnette du retournement des valeurs qui fondent la dignité humaine. C’est ainsi qu’Irène Moll. Défaillance du droit mais aussi perte de son essence : il se met au service de ce qu’il interdit. Le droit devient un passedroit pour autoriser l’adultère.

et un avocat est à la recherche du plaisir égoïste de la sexualité grâce à l’argent que lui rapportent les procès. L’amour est remplacé par le sexe. situation cocasse et absurde. La ville est « cette gigantesque ville de pierre [qui] n’a presque pas changé . Le droit se met au service du profit et non de l’équité. l’excès y remplace la mesure. Les femmes sont ramenées au statut d’objet de consommation et deviennent marchandises.juriste fait des affaires comme marchand de baignoires.

le centre. explique Fabian. L’est abrite le crime. Quant au naufrage. mais [que] ses habitants. le nord est le repaire de la misère. Un vieux savant préfère dormir dans la rue plutôt que de continuer à inventer des machines ingénieuses pour prendre la place de milliers de gens. eux. et l’ouest celui de la luxure. ont depuis longtemps transformée en un asile d’aliénés.d’aspect au fil du temps. « L’âge ne protège pas de . il est partout chez lui ». l’escroquerie.

dévore. Elle se vend. Corps . que ce soit celle de l’homme ou de la femme. nudité animale qui ouvre la porte à des actes inhumains et barbares. Nudité qui se prostitue. ce questionnement qui pousse l’homme trop sûr de lui dans ses retranchements. L’humour fait place ici à l’ironie.l’intelligence » dit encore Fabian . Cette nudité s’exhibe. La nudité des corps féminins occupe une place essentielle dans le roman. comme dans l’atelier du « baron ». lui-même mis au chômage et spolié des fruits de son travail.

livrant une vision prémonitoire de la violence à venir : « Pourquoi est-ce qu’ils font ça ? » dit une fillette. dans un univers technique qui absorbe et digère.nu. image inversée d’un monde en décomposition. battu. absorbant l’autre. Fabian fera un étrange rêve. ridés qui se ressourcent dans des actes cannibales. puis rejette. rarement caressé. « Il croisa un petit homme qui inscrivait des chiffres sur un blocnotes et se livrait à des . La violence c’est le « brasle-corps » des corps nus.

"J’achète les restes". condamné à cette liberté dont il ne veut pas. Sinistre passage qui annonce les camps de la mort. fut la réponse. Trente pfennigs par cadavre. Reste la nostalgie de l’enfance qu’il tentera . refuse toute responsabilité. "Qu’est-ce que vous faites ?" demanda Fabian. Fabian observe. Il ne s’engage pas. cinq de plus pour ceux qui n’ont pas beaucoup servi […] ». Il est libre mais tout lui échappe dans ce monde d’où les idéaux ont fui.calculs en remuant les lèvres.

. Fabian se perd dans les errances multiples qui le ramènent sans cesse à lui-même. Antihéros. négation de l’homme sans qualités en référence à Musil. Elle avance vers l’abîme. Elle est déshabillée mais ne le voit pas. Ils avancent dans la nuit et le brouillard. Le roi est nu…vieille histoire qui se rejoue autour de la nation. Sartre aurait parlé ici de « mauvaise foi ». C’est la marche des personnages du roman.vainement de sauver .

Maryse Emel présente des essais ou des œuvres. Tomei [lundi 21 décembre 2015 14:00] Chaque semaine dans « Nation ? (chronique) ». HansenLøve et C. elle s’entretient avec Laurence .C’est ce qui rapproche ces deux romans : la nuit sans fin. des intellectuels ou des artistes qui nous permettent de repenser nos manières de vivre ensemble au XXIe siècle. Cette semaine. avec L. NATION ? – La démocratie en chantier.

Novembre 2015). il faut la prendre ». « Charlie. diplômé 2013 de Sciences-Po Paris qui préférera en rester là. un avenir à réinventer » (Editions Ovadia. l’onde de choc. et s’occuper de ruches et d’abeilles dans le cadre de l’association Apis . Catfish Tomei.Hansen-Lᴓve et Catfish Tomei de leur dernier ouvrage. « Il ne faut pas attendre qu’on nous donne la parole. Une citoyenneté bousculée. malgré de brillants résultats. C’est ce que dit sans hésiter.

Il y a derrière cette volonté de suivre ses convictions et sa réflexion quelque chose de la générosité cartésienne. Le but de la générosité est de savoir user au mieux de sa liberté. une fidélité à l’engagement envers la raison.Sapiens. Dans une société gouvernée par l’ambition. . une liberté de la volonté gouvernée par la conscience de la nécessité du savoir et en même temps de nos limites. ce choix n’est pas insignifiant. enseignante de philosophie. Laurence Hansen-Lᴓve.

C’est au coeur de Paris qu’ils se sont rencontrés. rajoutera-t-elle avec un sourire triste mais combattif. L’onde de choc . Charlie. actuellement chargée de cours à IPESUP. l’onde de choc.ancienne maître de conférence à Sciences-po. s’entretient avec lui dans ce livre à deux voix. elle-même inquiète par le devenir de la République – mais pessimiste positive.

On attaquait le centre – si peu décentralisé – du pouvoir. par définition violent. est à comprendre comme les répercussions d’un choc. Symboliquement c’était très fort. dans un autre registre. le Grand Stade et aussi. nous réagissions à la mise à mort des journalistes de Charlie Hebdo. les fusillades. en s’attaquant à Paris. Aujourd’hui on pourrait ajouter le Bataclan. le premier tour des élections. Au moment de la rédaction du livre. Nous vivons . dit Catfish.« L’onde de choc.

c’est de rendre toute sa place à l’espace public de discussion. ce que l’on appelle la République. Un choc crée des vibrations. rajoute Laurence Hansen-Lᴓve.en plein cœur de la violence. Les réactions au choc ne doivent pas être seulement de l’ordre du sentiment » « La réponse. Cette montée de l’irrationnel attend une réponse. la chose publique en latin. Il est vrai que le latin est de plus en plus . des ondulations. res publica. Il faut se réapproprier la parole.

com. A force de confondre le privé et la public. dont elle est l’auteur-e. aux éditions Aux-concours. on en est arrivé à tout confondre…et surgit alors le vote irrationnel. La Démocratie. ces élus qui font la politique et ne pensent plus le politique. paru en 2015.tenu à l’écart de nos élèves. l’école. dont est responsable en grande partie la médiatisation de nos politiques. elle cite un texte de Claude Lefort qui montre les . » Dans un livre récent. pour user d’un euphémisme.

en vient à apparaître comme quelque chose de particulier au service des intérêts et des appétits de vulgaires ambitieux. quand le conflit entre les classes et les groupes s'exaspère et ne trouve plus sa résolution symbolique dans la sphère politique. quand le pouvoir paraît déchoir au plan du réel. bref se montre dans la société. ou des ravages d'une guerre. et . en conséquence d'une crise économique.conséquences de cet abandon du politique : « Quand l'insécurité des individus s'accroît.

d'un pouvoir incarnateur. d'un corps social soudé à sa tête. d'un État délivré de la division. » L’indignation ne suffit pas « Certes. Aristote définit l’indignation comme le premier sentiment de justice ».que du même coup celle-ci se fait voir comme morcelée. affirme Laurence HansenLᴓve . alors se développe le phantasme du peuple-un. la quête d'une identité substantielle.

mais on doit poser des repères à une jeunesse absorbée dans le web. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à se servir d’un ordinateur. Cela n’a rien à voir avec le moralisme. mais on a dépassé ce seuil ». et cela passe par l’école. rappelle Catfish Tomei. il ne faut toutefois pas négliger la morale : « s’il ne s’agit pas de prescrire le bien. Il . Pour Laurence Hansen-Lᴓve. il est indispensable de tracer les limites du mal.« Il y a eu le mouvement des Indignés.

La situation devient intenable. Les jeunes. Certains en arrivent même à noter leurs professeurs. sans même qu’on ait le temps de réfléchir. J’aime le Rousseau de l’Emile ou de l’Education. les familles comparent leurs cours avec ceux mis en ligne. Une des raisons est Internet. qui va mal. Comme lui je .faut en réfléchir le sens. celle qui passe par les auteurs. On vit dans un monde pressé où l’information défile. Plus largement c’est l’autorité. L’autorité des professeur-es est en crise.

tout cela c’est découvrir un plaisir qui n’est pas celui de l’immédiateté. se heurter à la contingence. Apprendre la lenteur. Elle est délimitation de ce qui impose respect.pense qu’il faudrait inclure le jardinage dans toutes les écoles maternelles et primaires. » Catfish Tomei rajoute qu’il organise des stages pédagogiques avec ses ruches : « les enfants sont . l’attente. différer ses désirs. La morale certes est rigoureuse mais cela ne signifie pas la rigidité.

Ils apprennent la patience. Dialoguer leur est cependant possible et ce livre est le .sensibles à ce monde vivant.Lᴓve et Catfish Tomei est exemplaire de ce que devrait être un débat démocratique. Ils n’ont pas la même histoire. Ils découvrent aussi la fragilité de la vie. et le respect pour celle-ci. Ils sont différents certes par l’âge et ont chacun leur analyse de la situation. » La concorde par le dialogue Le livre de Laurence Hansen.

Ce texte sur « les conseils » où s’exerce une libre parole en quête de concorde peut éclairer ses propos : « Parmi les caractéristiques de ces “conseils” figure naturellement la spontanéité de leur apparition.résultat non pas d’un renoncement à leurs convictions. Laurence Hansen Lᴓve évoque l’intérêt de lire Hannah Arendt pour approfondir. mais d’une concorde qui naît de leur respect mutuel. qui contredit évidemment et de manière flagrante le très théorique modèle de la .

préparée. une sorte d’utopie fantastique réalisée pendant un moment sitôt envolé. exécutée avec une exactitude presque scientifique par des révolutionnaires professionnels […] Des témoins de leur fonctionnement considéraient ces conseils comme une sorte de rêve romantique.révolution du XXe siècle – organisée d’avance. destiné à démontrer en quelque sorte les aspirations nostalgiques du peuple qui vraisemblablement n’est pas au courant des réalités de .

Ces réalistes. la liberté d’expression n’étant limitée que par les mots. Pour lui.la vie. eux. Laurence Hansen. s'orientent d'après le système du Parti […] » « Ce qu’il faut c’est prendre la parole. l’auteur de La part du colibri. ceux qui portent atteinte à l’humain ».Lᴓve évoque aussi Pierre Rahbi . rajoutera Catfish Tomei. c’est à chacun de faire sa part comme le colibri qui tente d’éteindre l’incendie en transportant sa goutte d’eau pour contribuer à l’extinction du feu. Il .

C’est cela le pessimisme positif par lequel se définit Laurence Hansen. même si on est dans le doute. un doute où on ne se noie pas. mais un doute proche de celui de Descartes. L’écologie n’est pas . faire à la mesure du vrai. Ne pas se taire. Changer nos mentalités pour changer l’ordre du monde Seul le dialogue permettra de changer nos manières de faire.s’agit pour elle de faire pareil. sans jamais se laisser aller au relativisme.Lᴓve.

les intérêts de l’industrie pétrolière et du capital financier ont beaucoup plus de poids que la volonté des . “l'échec lamentable des négociations sur le climat montre à quel point nous vivons aujourd’hui une société postdémocratique.pour Catfish Tomei un engagement partisan. Nous n’avons plus le choix. mais un parti-pris en faveur de la vérité de notre époque. comme l'écrit Naomi Klein : « Comme l’exprime avec éloquence le politologue vénézuélien Edgardo Lander. Partout dans le monde.

penser. le profit prend le pas sur la vie” » « Pour cela il faut changer nos habitudes ». Dans la société néolibérale mondiale. » « Il faut aussi sortir de cette foi dans le progrès. Une autre façon de faire parler. audelà des structures formelles qui ont montré leurs limites. un art urbain. foi qui a une résonnance .citoyens exprimée démocratiquement. pourquoi pas. rajoute Catfish Tomei : « je pense que le philosophe devrait investir la rue en pratiquant.

car « le progrès n’est pas donné. mais par les . Il est temps de prendre la parole et de contribuer à l’être de la démocratie.religieuse ». précise Laurence HansenLᴓve. » Pour un forum national : chacun actes est un vote civique de nos Tous les deux sont d’accord avec la proposition de Pierre Rahbi. non pas en appliquant un programme. Il s’agit de réinventer un avenir. il est à construire.

Il ne faut pas se lamenter mais chercher ensemble des solutions. Inventer une démocratie participative. C’est à cela que doit servir le « choc Charlie ».discours qui se rencontrent. inventer non pas une parole unique. où chacun exprime ses (dés)accords. mais conjuguer – comme les auteurs de ce livre – les efforts pour parvenir à des pistes. des chemins pour un renouveau de ce qui fait toute notre dignité : c’est cela que doit permettre la République . la prise de parole des citoyens.

NATION ? – Qui sont les boubours ? [lundi 04 avril 2016 14:00] Tweeter Chaque semaine dans « Nation ? (chronique) ». Maryse Emel présente des essais ou des œuvres. des intellectuels ou des artistes qui nous permettent de repenser nos manières de vivre ensemble au XXIe siècle. qui tente de définir une nouvelle tendance de la bourgeoise : après les . Cette semaine elle présente le livre de Nicolas Chemla.

bobos. et qu’on peut noter une quasi absence de l’intérêt pour une analyse de la situation sociale et politique en terme de lutte des classes – concept repoussoir qualifié d’idéologique . mais l'analyse reste superficielle et au fond peu éclairante. Il était une fois les bobos Alors que les rapports sociaux ne cessent de se tendre.la glose autour des « bobos » a pris son essor dans les années . serait venue l’heure du « boubour » .

On doit à David Brooks. pour reprendre le jargon communicationnel. l’expression de « Bourgeois Bohème » ou « bobo ». auteur de Bobos in Paradise – The new Upper Class and How They Got there. Nicolas . journaliste newyorkais.2000. Cette tendance associant la « contreculture sixties » au matérialisme des années 80. se portait bien dans sa dimension « rebelle attitude » au service d’un « caring capitalisme » associant profit et bienveillance.

une chance pour la mixité sociale. « l’antiestablishment est devenu le nouvel establishment. la jeunesse se perd dans des valeurs destructrices. Rien n’a changé dans le monde des affaires. Des Schooting schools à la radicalisation.Chemla rappelle qu’au départ on voyait chez les « bobos » qui s’installaient dans les quartiers défavorisés. La "rebelle attitude" un nouvel ordre esthétique et moral » . Ils n’ont rien changé dans les quartiers. Puis. la pauvreté est toujours là. Sur tous les .

le bobo est l’ennemi public numéro 1. diplômé d’HEC et spécialiste- .médias. Là encore on attend une explication : pourquoi parler d’utopie ? C’est alors qu’apparut le « boubour » Nicolas Chemla. Et Nicolas Chemla de souligner que ce qui est pratique avec l’insulte « bobo ». Dommage qu’il ne nous en livre aucune non plus. c’est qu’elle évacue les analyses en terme de classes sociales. L’utopie s’est transformée en dystopie ajoute l’auteur.

Le mot « anthropologie » figure dans le titre mais juste pour le ton. figure antinomique des bobos. celui de « boubours ». L’auteur est un « communicant ». ce livre n’a pas prétention scientifique. présente un nouveau concept.qui travaille comme il le dit en introduction. Ainsi travailla-t-il en 2002 à . préférant la bobo attitude au Front National. Il le dit lui-même. les « bourgeois-bourrins ».consultant du luxe. sur les « tendances ». le « décalage » ajoute-t-il.

Plus profondément. comme il l’écrit – notre rapport au monde. le langage instituait – c’est l’« intuition » de Nicolas Chemla. attribuant au mot un sens performatif. Pour le dire autrement.lancer le « métrosexuel » en équipe avec des « tendanceurs » de chez Havas. la puissance de la communication tient dans son invention d’une lecture du . Le succès fut foudroyant et on vit de plus en plus d’hommes acheter des produits de beauté. L’invention du concept créait le réel.

Cependant. juste « intuitive ». son approche ne sera ni scientifique.réel. « De la même façon qu’il n’y avait rien de scientifique dans le livre qui a donné naissance aux bobos. ni académique comme il l’écrit dans l’introduction. Et pourtant : ils n’étaient nulle part et du jour au lendemain ils sont partout. » Pourquoi un tel refus de l’analyse ? Est-ce aussi un effet de mode chez certains intellectuels ? Qu’est-ce qu’un boubour ? .

Ce parfum sera numéro 1 mondial avant d’être remplacé par « Invictus » du même Paco Rabanne. En 2015 Dior sort « Sauvage ».C’est d’abord un amateur viril et machiste du parfum « One Million » de Paco Rabanne. Les notions de solidarité. un parfum pour hommes prédateurs et déchainés. d’égalité. de respect y sont . La tendance s’accentue avec d’autres marques de luxe comme Chanel ou Dior bousculant leur image traditionnelle. une synthèse du mauvais goût boubour à lui seul.

chauvinisme assumé. l’affaire DSK. les boubours c’est la droite sarkoziste décomplexée et nullement complexe à comprendre. Pour Nicolas Chemla. machisme. On se croirait dans le romanLe bûcher des vanités de Tom Wolfe. Mais pas seulement. plus . c’est la figure du boubour de gauche. D’ailleurs à y regarder de près on trouve chez Wolf le portrait du boubour. force brute. précise Nicolas Chemla.renversées en leur contraire : ethnocentrisme. En 2012.

précisément dans Moi. Ainsi n’y aurait-il pas d’autre morale que celle de nos gènes. proche de . Il y dépeint un monde où le libre-arbitre est absent. La bêtise. entreprise de déconstruction des bons sentiments et de tout idéalisme. et les neurosciences. Charlotte Simons. proche des mouvements extrémistes adeptes de la croyance au pouvoir de l’hérédité et de la sélection naturelle de Darwin. remplacé par un déterminisme reliant de façon étonnante la sociobiologie.

Retour à la force brute avec l’acteur Matthias Schoenaerts (De rouille et d’oset Maryland) ou encore surenchère des réalisateurs dans La loi du marché. qui les conduit à dévaler la pente plus vite que le sujet qu’ils sont censés dénoncer… .« bestiale » remplace l’humour attaché au questionnement de nos certitudes. Le cinéma se voit frappé du même destin. L’humour boubour ne dépasse pas le stade scatologique de la rétention et régression anale.

du boubour gay… Le genre boubour dépasse le cadre des classes sociales pourrait-on dire. On crée des espaces communautaires qui enferment sur l’identique à soi. Et de faire le portrait de la femme boubour. Ainsi Airbnb. Les réseaux sociaux sur le web vous proposent de plus en plus de sélectionner ce qui vous intéresse au prix d’un savant calcul algorithmique.Personne n’est à l’abri de l’attrait pour le boubour et encore moins ceux que la tradition a toujours tenu à l’écart. un .

fournisseur de services sur le web. Le boubour se protège dans sa communauté. une logique d’appartenance à un groupe. propose de louer une partie de votre logement à un membre de la communauté. Une logique de l’enfermement… pour qui ? Sur quoi se fondent tous ces propos qui pour beaucoup d’entre eux relèvent d’abord de l’expérience de Nicolas Chemla et sur une logique de classification aussi. démarche plus exclusive que réellement inclusive. L’individu se dilue .

tout ceci n’est que l'esquisse d'une tendance propre à comprendre l’évolution de la société et du capitalisme. l’auteur l’a dit en introduction.dans un espace collectif qui semble lui retirer tout jugement. Une tendance est rectifiable et sert surtout au marketing et aux communicants pour ne pas rater leur cible. La manipulation est partout. puis le genre « boubour ». Une tendance est une généralisation qui introduit des « genres » : en l’occurrence le genre bobo. Bien sûr. . toute réflexion.

pour finir par le genre
« années 70 » qui porterait
en germe le libéralisme et
surtout
des
valeurs
non
encore contrôlées par la
loi, ce qui expliquerait par
exemple
l’existence
du
machisme dans ces années-là.
Bien sûr ce travail ne se
veut pas scientifique mais
il recourt à des arguments
d’autorité : l’histoire, les
propos
d’un
spécialiste
(Télérama par
exemple
ou
encore Les
Cahiers
du
Cinéma).
Nicolas Chemla ne tombe-t-il
pas dans ce piège qu’il
dénonce ? Se distinguer avec

humour
d’autres
groupes,
d’autres genres, n’est-ce
pas
s’enfermer
dans
un
genre, celui du communicant
qui voit plus loin mais sans
pour
autant
dépasser
sa
propre
vision?
C’est
à
partir de son expérience des
entreprises
du
luxe,
de
l’homosexualité
et
du
racisme qu’il installe cette
vision, sa vision du monde.
Non
effectivement
cet
ouvrage
n’est
pas
scientifique :
il
est
idéologique. Sa conclusion
est comme une feinte à
l’escrime :
« peut-être
qu’en effet on a tous un

côté boubour » . Feinte qui
évite
d’interroger
cette
idéologie. Étonnante cette
phrase de Nicolas Chemla en
conclusion : « Quand
le
monde devient trop complexe
à
appréhender,
quand
l’intelligence nous pousse à
considérer
l’impact
potentiellement négatif de
chacune de nos paroles, de
chacun de nos actes, la
tentation
est
grande
de
rejeter en bloc toute forme
de nuance et de complexité
et de se replier sur un
entre-soi
aveugle
et
puéril ».
Serait-ce
une
sorte de remord de ne pas

avoir
dépassé
les
évidences ? .
Dans
cette
topologie
du
« boubour » qu’il finit par
définir comme un programme
logiciel traçant les grandes
lignes de l’égoïsme humain,
il retrouve des idéologies
des années 70, comme la
sociobiologie. C’est peutêtre là qu’une démarche plus
scientifique
aurait
été
profitable. Les années 70
c’est la Nouvelle Droite
d’Alain de Benoist, Le Club
de
l’Horloge,
et
bien
d’autres
officines d’une
pensée qui est loin d’avoir
disparu, comme le montre

De même en va-t-il avec le mot « bobo ». Les bobos n’ont pas fait taire ces croyances. C’est non pas leur responsabilité : c’est surtout que ces vieux discours inégalitaires ne datent pas d’aujourd’hui.encore une fois l’exemple de la sociobiologie et les discours racistes qui la sous-tendent. Là encore il y a des travaux. Traiter du sujet avec humour est un travail difficile… trop vite . des recherches… Le « boubour » est un mot qui fait sourire. Sa caricature aussi.

mais qui rassurent face à un avenir incertain NATION ? – L’Epreuve du collectif. Maryse Emel présente des essais ou des œuvres. des intellectuels ou des artistes qui nous .abandonné par Nicolas Chemla. de Gilles Hanus [lundi 18 avril 2016 13:00] Tweeter Chaque semaine dans « Nation ? (chronique) ». Il demeure une absence : la raison de cet engouement pour des mots vides qui cachent des intérêts qui restent à élucider.

à la suite . Cette semaine elle présente L’Épreuve du collectif de Gilles Hanus : comment sortir de l’individualisme et de la solitude afin de construire une communauté pensante capable de s’ouvrir et accueillir l’étranger à soi? En quoi consiste la solitude de l’homme et cette souffrance qui lui est associée ? Telle est la question que pose d’emblée Gilles Hanus.permettent de repenser nos manières de vivre ensemble au XXIe siècle.

pour qui nous sommes tous des « monades » : « Les monades n’ont point de fenêtres. par lesquelles quelque chose y puisse entrer ou sortir » . car cela signifie que la solitude a . Ce point de vue – selon lequel la solitude est séparation – est tragique.des travaux d’Emmanuel Lévinas. Communément on tend à identifier la solitude à l’isolement. toujours selon Lévinas (cité par Gilles Hanus). faisant de la séparation avec autrui ce qui la constitue.

au sens où elle est notre être. est le résultat d’une décision de se séparer. L’isolement.manqué sa « tentative d’évasion ». . appartenant en propre à son être. la « solitude ontologique ». ce qui nous pousse à tenter l’évasion vers autrui. au contraire. inscrit le fait de la souffrance en chacun d’entre nous. L’isolement n’a rien à voir avec la souffrance. alors que la solitude ontologique est tout simplement donnée. En effet.

Partant ainsi des réflexions d’Emmanuel Lévinas sur la solitude. Gilles Hanus se livre à une lecture précise des œuvres de ce dernier afin de penser l’au-delà de la solitude et de la souffrance de l’exister. ne jamais céder à .puisqu’il relève d’un choix de la volonté. c’est le lire comme personne d’autre n’aurait pu le lire. Lire n’est pas un acte de pur divertissement et encore moins un travail de compilation ou d’érudition. À ce propos. l’auteur écrit : « Lire vraiment un texte.

afin de parvenir à une lecture de ce paradoxe qui nous constitue : « nous existons seuls. et pourtant nous n’existons pas par nous-mêmes » . un consensus qui n’est que la caricature de l’accord » . La réponse de Lévinas à ce paradoxe est qu’il y a trois voies pour dépasser la solitude : « l’habitation du monde par la jouissance des .la lecture convenue créant. à la façon du discours des sophistes. Il approche donc les divers textes philosophiques en les décomposant pour les décomposer.

enfin. il soutient que notre solitude ne résulte pas d’un abandon : nous ne sommes pas . et c’est le propos de l’ouvrage que de les examiner. la fécondité. l’éros. le féminin . il en est d’autres. Contre Heidegger. qu’est selon lui. c’est-àdire le rapport aux fils comme événement même de la temporalité » . Pour Gilles Hanus.nourritures qu’il nous fournit et en quoi il consiste premièrement pour nous . qui nous confronte à cet autre absolument autre.

ni la psychanalyse ne permettent de rendre compte de cette attente de notre « unicité ». Sans aucune détermination. nous ne nous forgeons ni dans la pure liberté de nos choix. même si Sartre . ni dans nos liens avec la parentèle : ni l’existentialisme sartrien. qui serait ici à l’œuvre. Il n’y a pas non plus de dialectique hégélienne. dans notre singularité – ou notre « unicité ».jetés au monde mais attendus et accueillis. terme plus proche de la pensée de Lévinas.

Le paradoxe de cette « unicité de l’élu » est qu’il est lié dans une situation de « rapport à »… Ces monades sans fenêtre que nous sommes sont dans la nécessité d’un « être ensemble ». S’il y a séparation. dans un sens que la suite du livre va préciser. elle est dans cette idée d’« élection ». Chaque fils du père est élu dans son « unicité ». écrivait Lévinas. Mais pour vivre bien il faut repenser l’intérêt commun comme .pressentait une certaine « élection » du sujet.

Gilles Hanus la qualifie d’« épreuve du collectif » : « Il y a épreuve du collectif parce que tout collectif est promesse d’un nous. mais aussi dans son empâtement.« relation » et non comme association. de parjurer » . dans son quantà-soi. Cela donne lieu à deux . dans sa formidable propension à faire corps. plus L’épreuve du collectif Cette situation instable qui nous oriente vers autrui. le lieu où cette promesse menace toujours de se dédire.

soit la fusion qui peut conduire à la terreur sartrienne énoncée dans le serment : « jurer. La thèse de . Le fondement de ces malentendus est la confusion du sujet et de l’individu. comme le montrent les écrits de Schopenhauer. Nous baignons dans des discours sur l’individualisme qui font écran à une véritable réflexion.formes d’échec : soit la séparation aristocratique du groupe. c’est dire en tant qu’individu commun : je réclame qu’on me tue si je fais sécession » .

Gilles Hanus est au contraire qu’il faut renouer avec une philosophie du sujet. un sujet en relation : « j’appellerai sujet cet être à la place duquel personne ne saurait exister. mais qui ne tient pourtant pas son existence de lui-même. Il . ou au sens du bourgeois qui prétend s’auto-engendrer… » . Le sujet est né et se distingue à ce titre de l’individu – qu’on l’entende au sens d’un être autonome (à l’image de la substance des Anciens) qui constituerait un atome social.

Pour cela. ce que fait cet ouvrage.s’agit pour faire collectif de passer du « je » au « nous ». sans se perdre dans l’impersonnel du « on ». Refus de l’aristocratisme schopenhauerien et du conformisme Qui est cet élu qui travaille à son « unicité » tout en se donnant pour tâche le vivre ensemble ? Citant le passage des Lois de Platon où la foule-masse est comparée à une grosse bête dangereuse à . il faut fuir les mots en « isme ».

Gilles Hanus remarque le fait que c’est une seule âme qui parvient. Et en effet. terreau de la tyrannie. à retrouver une solitude qui n’est pas isolement. Gilles Hanus veut montrer que l’« être-ensemble » ne saurait se définir comme ce conformisme. Socrate .laquelle le démagogue politique finit par s’adapter sans en mesurer les conséquences. en philosophant. En relisant l’allégorie de la caverne de Platon. Cette âme élue doit ensuite redescendre dialoguer dans la caverne.

Pour Schopenhauer en effet. il narre un court apologue. Cela est bien différent de ce que Gilles Hanus appelle l’« aristocratisme schopenhauerien ». Ainsi. qui devrait servir de métaphore : les porcs épics ne pouvant vivre trop près les uns des autres. au .dialogue même dans ses monologues. Il n’y a donc de parole que dans le questionnement initié par le dialogue. l’être-ensemble n’est qu’un pis-aller. car sa parole est « adressée à » une âme qu’elle cherche à réveiller.

l’effort capitaliste pour amasser le gain. ils inventent la politesse distanciée pour parvenir à une sorte d’être ensemble. L’homme accompli. Cependant le dialogue socratique aboutit bien souvent à une aporie. ajoute Gilles Hanus. chez Schopenhauer. le raisonnement n’aboutissant . s’enfermant dans une solitude qui se confond avec l’isolement. est celui qui se sépare radicalement.risque de se blesser. Ce culte de la volonté et de l’effort pour se démarquer n’est pas sans rappeler.

pas à un résultat mais à de nouvelles incertitudes. créer un livre qui ne soit pas un traité. le livre ayant interrompu l’effort dialogué de la parole socratique. toujours adressée à quelqu’un. voulait. Cet effort de Platon de ressaisir dans l’écriture la caractère dialogique de la parole. Cet échec se traduit alors dans le passage à la solitude radicale du Traité. peut être lu dans le projet de Sartre qui. devenu aveugle. avec Benny Lévy. mais qui soit au contraire capable de .

La lecture ne signifie donc pas l’isolement du lecteur.ressaisir « l’acte même de l’interlocution dans le livre » . ne peut se faire que dans le dialogue intime avec le livre dans le but d’en transmettre le sens à un public. chez l’individu. La solitude. toutefois. . relation qui justement distingue la solitude de l’isolement. lorsqu’elle se confond avec l’anonymat et l’abandon développe le sentiment. mais elle met « en relation » avec le public. La lecture.

on ne saisit plus la lumière-ouverture de sa solitude. L’échec des communautés économique et politique. Cependant une certaine . laquelle est « relation à ». La communauté est ce qui permet à l’individu de réaliser son humanité. pour Gilles Hanus.de ne pas vivre son « unicité ». du total contresens de Schopenhauer. ce qui est la preuve. On ne saisit plus que l’ombre portée par la lumière. La solitude révèle donc notre être comme étant « en relation ».

Faisant référence aux définitions des trois communautés selon Aristote – la famille. À force de faire corps avec le groupe – comme c’est le cas dans le cadre de la culture d’entreprise. et la communauté la plus haute. oxymore manifeste souligne Gilles Hanus – c’est le groupe qui fixe son unicité aux dépens de l’existant .qui se trouve ainsi dilué par la perte de son « unicité ». la Cité – Gilles . la société.conception de la communauté et le primat donné à la notion d’individu conduisent à l’échec.

Hanus montre que si la communauté économique est un remède à l’impuissance individuelle dans le cadre de la satisfaction des besoins. Le but premier de la communauté économique. très vite elle se renverse en une communauté inhabitable. qui est de rendre le monde habitable. disparaît. La communauté politique se heurte à la même difficulté. car l’indigence occupe très vite le devant de la scène. L’histoire de la philosophie permet de comprendre la nécessité de combiner les intérêts divergents de .

chacun,
ainsi
que
notre
animalité impulsive, par la
rationalité
d’une
institution,
l’État.
Ce
dernier,
conçu
à
son
fondement comme expression
de la raison, va cependant
lui aussi dégénérer. Très
vite
la
raison
devient
Raison
d’État,
la
bureaucratie s’installe, et
l’individu
disparaît
à
nouveau.
Ce
qui
pose
problème
dans
les
deux
communautés
c'est
le
sacrifice du sujet à la
communauté. Pour sortir de
cette situation intenable,
il faut repenser le sujet et

son rapport à la solitude.
Il s’agit de sortir de
l’illusion de l’ « intérêt
commun »
portée
par
la
notion d’ « individu ».
Force est de constater que
le « nous » politique n’est
plus, malgré le désir de
certains
de
le
faire
ressurgir. À défaut d’un
« nous » règne en maître un
« on » impersonnel qui ne
cherche que le consensus.
Pour
Spinoza
le
droit
naturel de chacun est limité
à sa propre puissance. Le
choix du politique découle
du sentiment de fragilité,
lié à cette puissance du

désir, qui est menace pour
l’ensemble des hommes. Le
désir de persévérer dans son
être va se transformer en
volonté de vivre ensemble
dans un État. Les individus
«
franchissent le pas de
peur de manquer de bon
sens » . C’est alors une
communauté du « on », du
consensus, qui est crée et
le « nous » n’est qu’une
invention du maître qui veut
régner.
Face à cette absence d’une
réelle
communauté
qui
formerait
un
« nous »,
surgissent deux tentations
d’en favoriser l’advenue :

« la violence qui soude en
opposant »
et
« l’émergence d’un projet
nouveau
ou
apparemment
nouveau
suscitant
l’adhésion ». C’est peutêtre
ce
qui
explique
certains actes de violence
aujourd’hui, ajoute Gilles
Hanus.
Pour
une
communauté
d’étrangers
L’auteur se penche alors sur
la
figure
biblique
d’Abraham,
pour
essayer
d’esquisser les traits d’une
possible
« communauté
d’étrangers ». Abraham est

Abraham. se sépare de l’universelle supercherie. celui qui se tient à l’écart avec sa tente dans le désert. refuse toute participation à l’universelle idolâtrie. Il risque la solitude au prix de la justice. Il participe au monde par cette distanciation.celui qui s’oppose. Il se sépare mais nullement dans un souci aristocratique. Mais sa tente est ouverte aux quatres vents : il est à l’écart mais il accueille. c’est « l’étranger résidant ». Il est .

et donc elle est forcément instable. La communauté est aussi celle qui se retrouve autour d’un . fragile comme la pensée.étranger au monde dans l’attente de la réalisation d’une promesse : l’habitation du monde par ses descendants. de pensées qui nous dérangent. l’accueil de pensées adverses. une habitation « par-delà tout mimétisme » . Le collectif c’est la rencontre. La « communauté des étrangers » est une communauté où chacun tente de vivre son unicité.

celui qui est dehors. La communauté pensante est communauté de sujets en relation qui travaillent leur « unicité » tout en accueillant l’étranger.texte. Maryse Emel présente des essais ou des œuvres. La communauté est ouverture à la parole NATION ? – Nuit Debout et la parole du peuple [lundi 25 avril 2016 13:00] Tweeter Chaque semaine dans « Nation ? (chronique) ». des intellectuels ou des artistes qui nous .

Cette semaine elle s'interroge sur la forme démocratique qui s'esquisse à Nuit Debout. La question est la suivante : comment se réapproprier de la parole publique ? « Ptàkh pìkha le illèm » : « ouvre ta bouche pour le muet » . à partir d'une relecture de Rousseau et du concept de « débat antagoniste » développé par Chantal Mouffe dansL'illusion du consensus.permettent de repenser nos manières de vivre ensemble au XXIe siècle.

Dans la « Seconde partie » du Discours sur l’Origine et les Fondements de l’Inégalité parmi les hommes. celui qui allait développer de plus en plus d’inégalités entre les citoyens. Rousseau écrit que le premier qui dit « Ceci est à moi » fut le véritable fondateur de la société civile. Le contrat de dupe. s’instituait par cette parole. ne fut-il pas aussi l’œuvre du riche qui savait parler ? Proposant un pacte d’association. La source du mal. la propriété. sans .

C’est cette même parole cependant qui sera garante du Contrat Social. ce qu’il faut faire. c’està-dire la parole de tous. Pas de démocratie sans exercice de la parole citoyenne. Une décision politique s’inscrit . Il y a de la politique parce qu’il y a la nécessité de délibérer sur ce qu’il faut faire.résistance aucune des autres. du fait même de sa démarche. Car la science ne permet pas de savoir. il instaurait un régime politique fondé sur son intérêt propre. et donc d’user de la parole.

et ne saurait attendre. Rousseau à l’institution de la volonté générale. reprend cette question de la parole du peuple. Une place usines plutôt que des . à sa façon. Aristote confiait cette tâche à la prudence de l’homme politique.dans le temps de l’histoire. qui ne se réduit pas à la somme des intérêts particuliers. Nuit debout. Ces deux exemples semblent s’appuyer sur une méfiance vis-à-vis du peuple.

Une place n’est pas un lieu neutre. Pour en rester à Rousseau. C’est ainsi que la Place de la République fut investie à Paris. On retrouve en . suite à la manifestation contre la loi Travail. Les manifestants ne voulaient pas en rester là. D’abord ce choix se substitue à celui des usines. cet événement lancé le 31 mars 2016. façon de dire que Nuit Debout ce n’est pas mai 68. la circularité de la place est symbolique de l’égalité.Cette puissance de la parole c’est ce que signifie d’abord Nuit Debout.

Aujourd’hui. arbre des origines. mère rassembleuse. autour duquel se réunissent les femmes et les hommes de la « société primitive ». dont le centre est occupé ici par le chêne. il exprime la volonté d’en finir avec les .effet dans le Second Discours la figure du cercle. On peut dégager deux sens possibles à ce choix. le chêne central est relayé par Julie. Premièrement. DansLa Nouvelle Héloïse. pour danser et chanter . Julie est remplacée par la statue de la République à Paris.

frontières politiques : entre les citoyens et les politiques (eux-nous). La place est en plein air – expression d’une transparence chère à . ne l’oublions pas. de danse. la place est aussi le lieu de la fête. la fête symbolise l’espace de chant. dans un élan où le vivre ensemble se déploie certes sur le mode de l’égalité. entre ceux qui décident et ceux qui votent. Ensuite. mais aussi sur un rythme militaire. Chez Rousseau. lieu de la farandole où tout le monde se tient par la main.

La parole se fait publique. lieu de la représentation. la Cité. car ici le peuple . de la médiation. Elle est donc la mise en scène d’un espace politique moral – mais pas moralisateur.Rousseau – à l’abri du mensonge et de la trahison. mais sans spectateurs. juste avec des acteurs. Il ne s’agit pas de mise en scène comme au théâtre. se met en scène. au sens de « polis ». Cet espace public qui se distingue de la sphère privée réintroduit le peuple au cœur du politique.

est réduit à une position de
spectateur, il est mis à
l’écart.
Ainsi
Rousseau
comparait-il la démocratie
représentative à une mise en
scène théâtrale, et y voyait
la
raison
de
tous
les
dérapages du politique. Il
insistait
alors
sur
la
nécessité de se méfier de
tout
ce
qui
sépare,
distingue, les « acteurs »
des
« spectateurs ».
« Souvenez-vous que les murs
des villes ne se forment que
du débris des maisons des
champs »,
écrit-il
dans
le Contrat Social .

Mise en question
représentation

de

la

Certains appellent ce refus
des frontières « l’utopie
Nuit Debout », qui ressemble
au projet de Rousseau. La
République
pensée
par
Rousseau
était
petite,
insulaire, à l’image de la
place. Mais la place de Nuit
debout est aussi ouverture,
c’est
une
sorte
de
constellation. Si certains
dansent et chantent, font
cuire des merguez, d’autres
organisent des discussions.
Il y a par exemple un groupe
qui rédige une Constitution,

non par naïveté, mais pour
débuter
avec
cette
réappropriation
de
la
citoyenneté.
Nuit Debout s’étend aussi en
dehors de la capitale et
tente
de
se
mélanger
socialement. Car le risque
toujours
présent
est
de
s’enfermer dans un entresoi. À Nuit Debout il y a
non seulement la volonté de
tisser
ensemble
les
problèmes
et
les
propositions de solutions,
mais aussi de ne pas se
replier sur ce que certains
ont qualifié de phénomène
« bobo ». C’est ainsi qu’on

a pu dire que le mouvement
était
social,
nullement
politique, manifestant chez
beaucoup de jeunes militants
la peur d’un déclassement
social.
Mais surtout les militants
de Nuit Debout ont évité
l’écueil
de
la
médiatisation, en ne nommant
pas
de
porteparole charismatique
ni
d'intermédiaire
pour
dialoguer avec les médias.
Il n'y a pas de leader car
ce n'est pas un mouvement
politique au sens partisan –
il exprime une contestation
sociale. Que le système des

mais elle refuse la confiscation de cette dernière par ceux qui excluent les autres au nom d’intérêts qui sont loin d’être communs. Car Nuit Debout cherche à rassembler. cela est d’ailleurs cohérent avec toute la symbolique précédemment dégagée.partis politiques soit rejeté. refuse la représentation qui efface la parole publique. Cela ne veut pas dire qu’elle refuse la discussion. En finir avec le modèle amiennemi de Carl Schmitt .

que s’attaque le mouvement. mais pas seulement. C’est à laploutocratie.Il ne faut pas confondre la politique et « le » politique. Cela explique le souci de reprendre la parole. cela naît d’un souci moral. Ce n’est pas parce que le mouvement Nuit Debout refuse le jeu des partis que sa démarche n’est pas fondamentalement politique. au pouvoir de l’argent. Ce qui est en jeu c’est la place de plus en plus envahissante des banques dans les décisions politiques des démocraties. Certes. .

précise le sens de ce qu’elle appelle un débat « agonistique ». sorti il y a peu. dans son livre L’Illusion du consensus. ce n’est pas parler comme l’« autre ». . que Carl Schmitt décrit comme figure « ami-ennemi ». Chantal Mouffe.Parler ensemble. Cela signifie qu’il faut en finir avec le couple ami-ennemi de Schmitt et remplacer l’hostilité par l’adversité. La vraie démocratie est agonistique et non antagonistique. Mais ce n’est pas non plus se figer dans un rapport d’hostilité.

Le débat doit fixer les règles pour que les adversaires. note Chantal Mouffe. c’est-à-dire les thèses opposées puissent se rencontrer en terrain neutre. . Débattre suppose au moins deux thèses opposées.en évacuant l’affectif. Mais à partir du moment où une seule puissance occupe le devant de la scène politique. on constate la montée en puissance des actes terroristes. ce n’en est pas la seule raison. Depuis la fin de la guerre froide. Certes. du monde divisé en deux camps.

Il suffit. La fragilité démocratique apparaît alors : les discours populistes s’emparent de ce trop plein d’affects. pour s’en convaincre.« l’absence d’un pluralisme effectif empêche les antagonismes de trouver des formes d’expression agonistiques. Une démocratie viable est une démocratie . transformés en de simples « gestionnaires de moyens ». c’est-à-dire légitimes » . L’affectif n’est plus aujourd’hui canalisé par la parole. d’entendre les politiques au pouvoir.

qui donne la parole. . Il écrit « L'expression "démocratie participative" est morte d'avoir abrité trop de significations différentes. sur France Culture. Échec de la participative démocratie Le politiste Loïc Blondiaux décryptait le 12 avril. Le succès des partis populistes est de pointer là où cela va mal : la confiscation de la parole. la notion de « démocratie participative » et ses corollaires dans le débat public .

» Le paradoxe de la démocratie participative c’est qu’elle a empêché l’existence de cette parole. Parler de "démocratie participative". Cette parole . soit d'innovations démocratiques. Et vous voyez bien que les participants à la "Nuit debout" ne l'utilisent pas.Aujourd'hui. même si l'on veut parler de participation. soit de démocratie contributive. je préfère parler soit d'initiatives citoyennes. finit par produire plus d'obscurité que de sens.

Certains y voient un discours élitiste. Nuit Debout c’est l’état d’urgence de la réflexion politique NATION ? – Un retour du « romantisme politique » ? [mercredi 11 mai 2016 11:00] Chaque semaine dans « Nation ? (Chronique) ». Maryse Emel présente des essais ou des œuvres. on retrouve ce droit de dire. à Paris et ailleurs. En ce moment.Erri de Luca la nomme « parole contraire ». Peu importe. Certains parlent d’utopie. des intellectuels ou .

Roques Le livre récent de Christian E. Cette semaine elle interroge le romantisme politique à la lumière du livre(Re)construire la communauté de Christian E. (Re)construire la communauté. Roques .des artistes qui nous permettent de repenser nos manières de vivre ensemble au XXIe siècle. a pour projet de présenter la réception du romantisme politique sous la République de Weimar par des philosophes et des penseurs politiques critiques de la .

le romantisme politique consiste en un discours en opposition à la philosophie des Lumières. Son but n'était pas de faire un travail sur la vérité des interprétations multiples qui en ont été faites.modernité. . L’enjeu est qu’au départ. qui met en question le pouvoir de la raison. et donc le pouvoir politique fondé sur l’exercice de la raison. mais plutôt de voir ce que ces diverses lectures ont pu ouvrir comme perspectives politiques.

le philosophe Johann Gottlieb Fichte et des écrivains comme Ludwig Tieck. Wilhelm Heinrich Wackenroder et Novalis.Genèse du romantisme politique Le premier romantisme allemand s’organisme autour du Cercle d’Iéna. dans sa . Friedrich Schlegel. qui rassemble le théoricien de la littérature. le philosophe allemand Rüdiger Safranski identifie le projet romantique. Reprenant la thématique de Max Weber à propos du désenchantement du monde.

en repoussant la raison dans ses confins. Ce désir .globalité. Autour de 1800. et les études philologiques d’un Görres ou d’un Schlegel cherchent les racines de la langue et la vérité de l’origine dans l’Orient et l’Inde antiques. le motif romantique s’inscrit dans plusieurs champs : la théologie protestante de Friedrich Schleiermacher définit ainsi la religion comme « le sens et le goût pour l’infini ». comme une tentative pour ré-enchanter le monde et redécouvrir le magique.

des origines perdues s’exprime non seulement à travers des voyages spirituels dans le lointain. poétiquement condensée. et qui confronte une Antiquité mythologiquement sublimée à la réalité profane de sa propre époque : «La vie cherches-tu. cherche-la. La Grèce de Friedrich Hölderlin illustre cette relation au passé. et jaillit et brille Pour toi un feu divin du tréfonds de la terre. . mais aussi dans la reconstitution d’un passé imaginaire.

. ô poète. Celle qui t’enleva. Ainsi dissolvait dans le vin les perles l’effronterie De la Reine .Et frissonnant de désir te Jettes-tu en bas dans les flammes de l’Etna. comme la puissance de la terre. mis à mort audacieux ! Et voudrais-je suivre dans le tréfonds. et qu’importe ! si seulement Tu ne l’avais pas. Sacrifiée dans la coupe écumante ! Pourtant es-tu sacré pour moi. ta richesse.

Si l’amour ne me retenait. Aussi le romantisme s’est-il éloigné de ses . Il prend racine à partir du concept de nation chez Fichte. ainsi que dans le populisme artificiel de Ernst Moritz Arndt et de Friedrich Jahn. de l’idée d’un « Etat organique » développée par Adam Müller.» Dans un second temps. ce héros. émerge le romantisme politique. transfigurée par la littérature de Heinrich von Kleist. Il se nourrit également de la haine à l'encontre de Napoléon et des Français.

T. Réceptions du romantisme : un concept polémique Qui sont les philosophes ou les théoriciens qui. Hoffmann. opposent le romantisme à ce qu’ils perçoivent comme des errements de la modernité? . . sous la République de Weimar.prémisses philosophiques. Roques distingue trois principales lectures du « romantisme politique ».A. Christian E. Cette prise de distance caractérisera également la littérature du romantisme tardif d’un Josef von Eichendorff et d’un E.

A . cherchant à donner sens au politique après la conflagration guerrière de 1914-1918. traditionnellement identifié à un discours conservateur. Le romantisme. de 1918 à 1925. a inspiré des projets communautaires d’inspiration à la fois socialistes et romantiques.La première. fait immédiatement suite à l’instauration de la République weimarienne : elle met en place un discours à la recherche d’une communauté nouvelle ainsi qu’une critique de l’individualisme libéral.

Le romantisme politique devient chez lui un discours droitier. C’est ce qui structure la pensée du philosophe et sociologue autrichien Othmar Spann tout au long des années 1920-1930. La seconde lecture du « romantisme politique ». de 1925 à1929. au contraire. est plus apaisée : elle tente d’établir le romantisme comme fondement de la « pensée allemande ». certaines voix comme celle du philosophe Carl Schmitt s’élèvent contre le romantisme. Il met en place .droite.

Il révèle ainsi à partir de ses travaux un nouveau rapport entre politique et savoir. il démontre dans sa thèse de 1925. Puis de la crise de 29 jusqu’à la veille de l’avènement du parti nazi. l’ampleur des troubles socio-économiques rend . comment le conservatisme est inhérent au romantisme.tout un travail philologique sur les auteurs romantiques. Quant au sociologue allemand Karl Manheim. ouvert sur la dimension irrationnelle de l’existence humaine.

face à l’imminence de la crise politique et l’urgence de la question du « que faire ? » . c’est en proposant d’adopter la démarche de « l’ennemi bolchévique ». Ainsi.qualifiée de léniniste par Christian Roques. à savoir sa méthode révolutionnaire d’enthousiasme pseudoreligieux. si l'ancien officier de la Wehrmacht Wilhem von Schramm affirme encore l’actualité du projet romantique.caduque le questionnement théorique sur la question de la modernité et de son dépassement. afin de retrouver .

Réactiver la polémique du romantisme au XXIe siècle ? Mais l’essentiel se situe peut-être après le moment de Weimar : en effet.l’esprit communautaire vécu dans les tranchées. ce sont les discours et les actions politiques produites pendant la République à partir de ces lectures des romantiques. qui donneront sens aux réflexions et . Le théologien protestant allemand Paul Tillich ouvre dans un même temps un dialogue avec les forces « socialistes » de tout bord.

à la lumière des . Il y expérimente. le « romantisme politique » est d’abord un concept polémique pour comprendre le réel présent : c’est une sorte d’instrument de mesure des idéologies politiques actuelles. Roques s’apparente au laboratoire d’une modernité en crise. l’ouvrage de Christian E. dès Weimar. des rencontres imprévues entre des penseurs au positionnement politique opposé.décisions politiques après Weimar. De fait. par des lectures croisées du « romantisme politique ». A ce titre.

Le philosophe brésilien Michael Lôwy. le romantisme se présente comme le correctif salutaire aux discours politiques « rationnels ». dans la mesure où ses aspirations transgressives font apparaître les limites de la rationalité.idéologies en passées d’Etats crise. en faisant . C’est en cela qu’on a pu y lire une opposition aux Lumières ou du moins une réflexion sur les limites du pouvoir de la raison. Dans le monde moderne. déclarait.

et qu’il perdurerait tant que cette bourgeoisie sera là.référence à Marx que le romantisme était d’abord une « vision du monde » en opposition à la bourgeoisie au nom d’un passé antérieur à la civilisation bourgeoise. comme une sorte de résumé du programme romantique » . « La nuit aux enchantements éclairée par la lune ». comme son contre-modèle indissociable : « On pourrait considérer le célèbre vers de Ludwig Tieck. . Die mondbeglanzte Zaubernacht.

dépassant les égoïsmes individuels pour adopter une conception globale.Finalement. il semble légitime de se demander si nous ne sommes pas à l’aube d’une nouvelle "situation . le travail de Christian Roques se justifie par sa conviction que le concept romantique n’aurait rien perdu de sa force polémique dans notre propre présent : « Au regard notamment du retour en force du discours écologique (voir éco-socialiste) qui repose fondamentalement sur un appel à une approche universaliste.

» . Présenté comme alternative au discours libéral en temps de crise.romantique". le romantisme politique réapparaît aujourd’hui avec des références politiques et philosophiques qui dépassent le cadre binaire des partis politiques. .