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1,50 EURO. PREMIÈRE ÉDITION N O 9826

JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

WWW.LIBERATION.FR

Fédéralisme L’Europecongelée A la veille du sommet qui devait entériner une véritable union économique et
Fédéralisme
L’Europecongelée
A la veille du sommet
qui devait entériner
une véritable union
économique et
monétaire, la France
et l’Allemagne
reculent.
PAGES 2­5
AFP. NASA EARTH
et l’Allemagne reculent. PAGES 2­5 AFP. NASA EARTH Mariage pour tous: manifestons-nous! Un groupe

Mariage pour tous:

manifestons-nous!

Un groupe d’intellectuels, d’écrivains, de politiques et

d’associatifs appelle à manifester dimanche

en faveur du mariage pour tous: «Il est grand temps de nous faire entendre. Dans quelle société voulons-nous vivre? Nos adversaires aime- raient conserver un ordre an- cien, fondé sur l’inégalité. Si

l’Etat démocratique doit re- noncer à instituer la hiérar-

chie des sexes, au nom de quelle valeur pour-

rait-il instituer celle des sexualités ? La démocratie doit se donner pour objectif d’approfondir ses idéaux. Il faut avancer vers l’égalité, mais aussi vers la liberté…»

PAGES 18­19

APPEL
APPEL
mais aussi vers la liberté…» PAGES 18­19 APPEL Shankar, mort d’une star du sitar De Delhi

Shankar, mort d’une star du sitar

De Delhi à Paris, de Londres à Woodstock, le musicien indien a cotoyé les plus grands avant d’être sacré rockstar à son tour. Il est mort mardi à 92 ans.

PAGE 22

L

PHOTO, PEINTURE, ARCHITECTURE… NOTRE SÉLECTION BEAUX LIVRES

8 PAGES CENTRALES

2 EVENEMENT

ÉDITORIAL

Par VINCENT GIRET

Courte vue

François Hollande et Angela Merkel viennent de

jouer un très mauvais tour

à l’Union européenne. Le

couple franco-allemand, pour une fois d’accord,

a décidé hier d’enterrer

un débat stratégique sur l’avenir de l’Europe. Un débat reporté, confisqué ou plutôt interdit. Les Vingt-Sept avaient pris l’engagement qu’avant

la fin de l’année une

«feuille de route»

politique serait adoptée :

elle devait préciser les grandes étapes d’une «intégration solidaire»

– pour reprendre une

expression sibylline chère au président Hollande. Quelle solidarité

financière, quelle capacité budgétaire commune, quel contrôle démocratique ?

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

démocratique ? LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 Paris et Berlin enterrent la feuille de route qui
démocratique ? LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 Paris et Berlin enterrent la feuille de route qui

Paris et Berlin enterrent la feuille de route qui devait renforcer les liens entre les pays de l’UE, alors que s’ouvre aujourd’hui un nouveau sommet à Bruxelles.

Lefédéralisme aux

calendes grecques

Par JEAN QUATREMER (à Bruxelles) et NATHALIE DUBOIS

L es Etats renouent avec leurs vieux démons : puisque les

marchés financiers se sont cal- més, tenus en respect par la

Banque centrale européenne (BCE), pourquoi se lancer dans une fédéralisa- tion de la zone euro, politiquement dangereuse? C’est l’analyse sur laquelle se sont retrouvés Berlin et Paris: ils ont

L’ESSENTIEL

LE CONTEXTE

Merkel et Hollande ont renvoyé le débat sur l’Union économique et monétaire après juin 2014.

L’ENJEU

Le projet fédéral européen subit un sérieux coup d’arrêt

la pérennité de l’euro. Le premier pas a été le lancement des négociations sur l’union bancaire qui devraient aboutir ces jours-ci: il s’agit de confier à la BCE la surveillance des 6000 banques euro- péennes. Une autorité européenne, ap- puyée sur un fonds permettant de reca- pitaliser les banques, doit être chargée de gérer les crises. Avec, à terme, une garantie commune des dépôts bancai- res. Dans l’élan, les Vingt-Sept avaient demandé à Van Rompuy de préparer une «feuille de route» listant les autres éta- pes à franchir.

LES PROPOSITIONS SUR LA TABLE DU SOMMET Les Vingt-Sept ont deux textes sur la table: un «projet détaillé» de 55 pages, soumis le 28 novembre par la Commis- sion. Et un document de 18 pages, daté du 5 décembre, rédigé sous l’autorité du président du Conseil européen, et inti- tulé «Vers une véritable union écono- mique et monétaire». Les deux textes se complètent, le second n’abordant que très prudemment les questions qui fâchent, comme la mutualisation d’une partie des dettes nationales. L’idée cen- trale de ces documents est de créer d’ici à 2018 un budget de la zone euro qui permettrait de faire face à des coups durs touchant certains pays ou toute la zone euro. Dans l’esprit des Français, ce budget pourrait être un outil contracyclique,

prenant, par exemple, en charge une partie de l’assurance-chômage des pays en récession. La Commission va plus loin en proposant qu’il puisse être ali- menté par des emprunts européens. Les deux documents veulent enfin dé- mocratiser fortement les institutions, afin que le Parlement européen puisse contrôler la Commission et l’Euro- groupe qui verront leurs pouvoirs sur les budgets nationaux renforcés.

POURQUOI ÇA COINCE ? Si le gouvernement allemand accepte un contrôle centralisé des budgets na- tionaux et une réforme démocratisant le fonctionnement de l’Europe, via une réforme des traités, il a refusé d’accroî- tre sa solidarité financière avant les lé- gislatives de septembre 2013. «Nous ne voulons pas d’une discussion sur quelque forme que ce soit de mutualisation des dettes, pas plus que sur la capacité budgé- taire» de la zone euro, expliquait hier Michael Link, secrétaire d’Etat alle- mand aux Affaires étrangères. Pour la France, développer la solidarité européenne est le seul moyen de faire accepter à l’opinion un contrôle ren- forcé de Bruxelles sur sa politique éco- nomique. Paris reste échaudé par le souvenir du référendum de 2005. Les deux capitales sont donc tombées d’accord pour repousser à des jours meilleurs l’approfondissement de la zone euro. Seule l’union bancaire de- vrait rapidement voir le jour.

COMMENT RÉACTIVER LE DÉBAT ? Sur le mode de la plaisanterie, certains, à la Commission et au Conseil euro- péen, disaient hier compter sur la capa- cité de nuisance de Silvio Berlusconi pour montrer aux Etats que la crise est loin d’être terminée. Et Barroso a solen- nellement promis devant le Parlement européen qu’il ferait tout pour que le débat fédéral soit bien au centre de la campagne électorale de juin 2014.

Il

ne s’agissait pas de tout

donc décidé d’enterrer la «feuille de

trancher, ni de s’engager dans une fuite en avant

route» vers «une véritable union éco- nomique et monétaire» qu’ils avaient

irresponsable, mais de mettre en mouvement toutes les institutions de l’Union et, surtout,

pourtant commandée à Herman Van Rompuy, le président du Conseil euro- péen, en juin, au plus fort de la crise. Le document devait être adopté au som-

d’ouvrir un grand débat

met qui s’ouvre aujourd’hui à Bruxelles.

à ciel ouvert. Pour au

moins deux raisons : la survie de la zone est à ce prix, les Vingt-Sept n’ont évité la catastrophe qu’en décidant, à chacun des sommets dits «de la dernière chance», un pas supplémentaire en matière de solidarité financière entre Etats membres ; mais cette navigation à la godille – et c’est la seconde raison– s’est faite sous la contrainte des marchés, sans vision politique et, surtout, dans le dos des opinions publiques. En désaccord sur les contours d’un nouveau

fédéralisme européen, Français et Allemands ont préféré la politique de l’autruche : Angela Merkel entre dans une période électorale et ne veut plus prendre le moindre risque ; et François Hollande ne redoute rien de plus que de raviver de vieilles blessures dans sa majorité. Fermez le ban. Mais cette petite politique repose sur des postulats hasardeux, comme si la crise était définitivement derrière nous et que les peuples pouvaient se contenter d’une austérité à courte vue.

Or dans le projet de conclusions, que Libération s’est procuré, le débat sur le futur de l’Union est purement et sim- plement renvoyé au lendemain des élections européennes de juin 2014. Et «le détricotage n’est pas terminé», craint-on à Bruxelles, où personne ne s’attendait à un tel enterrement de pre- mière classe. Le président de la Com- mission, José Manuel Durão Barroso, a lancé hier un cri d’alarme devant le Parlement : «Ne perdons pas le sens de l’urgence. La situation reste fragile. Le laxisme n’est pas une option !»

POURQUOI UN SAUT FÉDÉRAL S’IMPOSAIT ? La crise de la zone euro a montré qu’une monnaie unique ne pouvait fonctionner avec des politiques budgétaires dispara- tes et un manque de solidarité. En clair, sans un «Etat européen» capable de contraindre les entités fédérées à res- pecter la discipline commune et de les aider financièrement en cas de difficul- tés passagères. En juin, les Etats ont en- fin admis que leur zone monétaire de- vait gagner en intégration politique pour définitivement rassurer les marchés sur

REPÈRES
REPÈRES

w 6 mai 2012 Election de François Hollande.

w 29 juin Les Vingt­Sept adoptent un «pacte de croissance» de 120 milliards d’euros. L’Union européenne fait un premier pas vers l’union bancaire et commande une feuille de route.

w 18­19 octobre Rapport intermédiaire du président du Con­ seil européen, Herman Van Rompuy, qui évoque un budget de la zone euro.

w 23 novembre Echec du sommet des Vingt­Sept à Bruxelles sur l’adoption du budget 2014­2020 de l’Union.

LE PACTE BUDGÉTAIRE

En mars, tous les pays de l’Union (sauf le Royaume­Uni et la Répu­

blique tchèque) ont signé ce pacte qui grave dans le marbre l’inter­ diction des déficits publics et renforce le contrôle des budgets

nationaux par Bruxelles. Ce traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) a déjà été ratifié par quatorze Etats (dont

dix de la zone euro). Le texte entrera en vigueur dès son adoption

dans douze pays de l’euro. L’Irlande sera bientôt le onzième.

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

3

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 • 3 Tiraillés sur l’équilibre entre rigueur et solidarité, Hollande et

Tiraillés sur l’équilibre entre rigueur et solidarité, Hollande et Merkel mettent à mal le couple qui sert de moteur à l’Union.

France-Allemagne, l’axe a du mal

L e couple franco-allemand, hégé- monique du temps de Nicolas Sarkozy, a disparu du devant de la

scène depuis l’élection de François Hol- lande. En cinq sommets européens, jamais le nouveau président de la Répu- blique française et la chancelière alle- mande, Angela Merkel, n’ont donné le «la» par une lettre commune à leurs pairs, comme les deux pays en avaient pris l’habitude ces dernières années. Censé mener l’Europe de l’avant, le moteur accumule les ratés. «Personne ne songe bien sûr au divorce, relativise Thomas Klau, analyste au think tank European Council on Foreign Relations. Le couple n’est pas dans une phase de crise ouverte, comme Kohl et Mitterrand ont pu l’être à l’époque de la réunification allemande. Mais il traverse une phase de suspicion, d’interrogations et de plaintes à tout bout de champ.»

«Le couple traverse une phase

en 2005 par le projet de Constitution européenne, freine des quatre fers. Quant à la perspective d’une mutuali- sation des dettes des pays de la zone euro, «faisons-le le plus vite possible», dit la France; jamais ou en tout dernier ressort, se récrie l’Allemagne. Avec cet

attelage à hue et à dia, l’Europe peut- elle aller ailleurs que dans le fossé ? Plus productif. A Paris, on ne s’affole pas outre mesure. «On a vécu bien pire! sourit un conseiller du ministre de l’Economie, Pierre Moscovici. Certes, des désaccords s’expriment. L’important, c’est que les deux pays ne diffèrent pas sur la nécessité de renforcer l’Union économi- que et monétaire.» Sous l’écume de leurs divergences, la France et l’Allemagne convergeraient donc sur un socle qui s’édifie, pas à pas. Comme le font re- marquer Thomas Klau et la politologue allemande Ulrike Guérot, dans un ré- cent essai sur l’après-Mer- kozie, le couple franco-alle-

mand est toujours plus productif quand il n’est pas du même bord politique.

de suspicion, d’interrogations et de plaintes à tout bout de champ.»

 

Thomas Klau du think tank European Council on Foreign Relations

Côté français, Hollande n’a pas fait que choisir un Pre-

premier, ce serait un outil à mettre au

Hollande et Merkel,

Loin de forger une dynamique, l’axe Paris-Berlin est devenu illisible, situa- tion fort gênante quand l’Union euro- péenne se trouve précisément à une étape charnière, entre survie ou déclin. Lorsque François Hollande déclare, lundi à Oslo, que «la crise de l’euro est derrière nous», Merkel répond qu’il est trop tôt pour «lever l’alerte». Et quand la chancelière allemande s’alarme pu- bliquement du décrochage de l’écono- mie française, le chef de l’Etat demande à l’Allemagne de balayer devant sa porte: «S’il y a des pays qui doivent faire des efforts de compétitivité, il y en a d’autres qui doivent réduire leurs excé- dents commerciaux et soutenir la de- mande intérieure.» Déchirement. Sur deux thèmes ma- jeurs pour l’avenir de l’Europe, Paris et Berlin sont en désaccord complet. Con- cernant la réforme des institutions, An-

mier ministre germano- phone : il a endossé le traité d’union budgétaire et lancé son pacte de com- pétitivité. Au grand soulagement de Berlin, qui a lâché du lest sur le besoin de croissance. Depuis trois ans, sous la pression de l’incendie dévorant la zone euro, Angela Merkel a déjà beaucoup dérogé à l’orthodoxie de la pensée alle- mande classique, acceptant la création de deux fonds de sauvetage pour les pays en perdition, et ne contestant pas l’évolution de la Banque centrale euro- péenne en pompier de la crise. «Paris et Berlin ont même fini par conver- ger sur le besoin d’un budget propre à la zone euro», souligne-t-on à Bercy. C’est un début, mais Hollande et Merkel ne le voient pas sous le même jour. Pour le

service de la solidarité et de l’Europe sociale; pour la seconde, c’est une ca- rotte à réserver aux bons élèves qui fe-

le 18 octobre à Bruxelles.

PHOTO CHRISTIAN

gela Merkel voulait à tout prix qu’un nouveau traité soit négocié à partir du

ront des réformes structurelles confor- mes aux attentes de Bruxelles. Les

HARTMANN.

second semestre 2013, tandis que Fran-

esprits n’étaient donc pas mûrs pour

REUTERS

çois Hollande, encore traumatisé par le

projeter l’Europe trop loin.

déchirement provoqué dans son camp

N.D.

L’UNION BANCAIRE

Il s’agit de confier à la Banque centrale européenne la supervision des 6000 banques de la zone euro. Une autorité de résolution de crises serait également créée: c’est elle qui déciderait de restructurer les banques. Un fonds européen de résolution permettrait de les recapitaliser et, à terme, les dépôts des particuliers seraient garantis par la zone euro.

«Avançons d’abord sur ce qui est important. Pour moi, ce sont des choses comme le coût du travail, le pourcentage des dépenses de recherche, celui des dépenses publiques et aussi l’efficacité des administrations.»

Angela Merkel mardi, à huis clos face à des élus CDU

«Les conceptions françaises et allemandes ne sont pas les mêmes en matière de solidarité financière et de contrainte budgétaire, même si on a commencé à se rapprocher. Ça devrait être mûr en juin 2013.»

Un conseiller de l’Elysée hier, à Paris

4 EVENEMENT

Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne:

«Une Europe fédérale avec l’accord des citoyens»

V ice-présidente de la Commission

européenne et commissaire à la Jus-

vieille dette ou l’émission d’euro-obligations. Le chemin est tracé: il faut aller bien plus loin que ce qui a été fait jusqu’à présent. Vers une fédération? Pierre Werner, l’ancien Premier ministre luxembourgeois qui fut chargé, en 1970, d’élaborer le premier projet d’une Union éco- nomique et monétaire, prévoyait déjà, à côté d’une banque centrale indépendante, un gouvernement économique européen, doté d’un ministre des Finances contrôlé par le Parlement européen. Il savait qu’une mon- naie sans Etat ne pouvait fonctionner, ce que vient de démontrer la crise. C’est

pour cela qu’il faut aller plus loin

et créer un Etat fédéral européen avec l’accord des citoyens européens. Il fau- dra bien préparer ce saut. Jus-

qu’ici, les dirigeants européens élaboraient des traités à huis clos, puis ils annonçaient leur décision aux peuples – priés d’être d’ac- cord. Il faut inverser la démarche, c’est-à-dire commencer par une

discussion publique sur ce que l’on veut faire ensemble avant de négocier les traités. Puis, une fois la décision prise, la faire entériner par les peuples avec une question claire. C’est cela la démocratie. Déjà, les cho- ses ont commencé à changer. Les prochaines élections européennes de juin 2014 seront primordiales, car les diverses grandes fa- milles politiques – le PPE [Parti populaire européen, centre droit, ndlr], le PSE [Parti so- cialiste européen], les libéraux, les Verts, etc.– présenteront chacune un candidat pour la présidence de la Commission européenne. Celui qui sera arrivé en tête sera automati-

quement nommé par les 27 chefs d’Etat et de gouvernement, comme ils s’y sont engagés. Pour la première fois, ces élections auront donc une véritable dimension transeuro- péenne et ne seront pas, comme trop souvent jusqu’ici, une juxtaposition de scrutins domi- nés par des enjeux nationaux, voire locaux. Le débat fédéral sera-t-il à l’ordre du jour lors de ces élections? Bien sûr. D’abord parce qu’une partie des élus de 2014 siégeront avec des représentants des Parlements nationaux, des institutions com- munautaires et des gouvernements au sein de la Convention, qui sera chargée de modifier les traités. Le principe de cette Convention devrait être discuté par le Conseil européen dès [aujourd’hui], même si elle ne commen- cera à travailler qu’après les euro- péennes. Comme au sein du Parle- ment européen, on devra y définir la nature de la future fédération et la façon de la construire. Les européennes de 2014 seront donc de véritables constituantes? Le Parlement sera effectivement une sorte d’assemblée constituante, car la campagne devra se faire sur ce que sera l’Union du futur, les prérogatives qui lui se- ront déléguées, celles qui resteront aux Etats ou qui leur seront restituées. A quoi ressemblerait cette Europe fédérale? Il y a quelques semaines, la chancelière alle- mande, Angela Merkel, a affirmé très claire- ment –et à raison– que la Commission de- vrait devenir le gouvernement de l’Union et que le Parlement européen devrait voir ses pouvoirs de nomination et de contrôle renfor- cés. Il faudra décider du mode d’élection du

tice, aux Droits de l’homme et à la Ci-

toyenneté, la Luxembourgeoise Viviane Re- ding, 61 ans, du Parti chrétien social, est connue pour son fervent engagement euro- péen autant que pour son franc-parler. La feuille de route pour une «Union économi- que et monétaire véritable et approfondie», proposée il y a quinze jours, par la Commis-

sion, vise-t-elle à créer une fédération de la zone euro? C’est un projet sur l’union économique et monétaire, et non pas sur une fé-

dération européenne. Ce blueprint,

comme on dit dans notre jargon, évoque tout ce qui est lié à notre monnaie, et uniquement cela. Il ne porte pas, par exem- ple, sur la défense ou la justice. La crise de la zone euro a montré qu’on ne pouvait avoir une politique monétaire fédérale, dix-sept politiques économiques et budgétaires souve- raines et aucune solidarité financière entre les Etats membres. Notre feuille de route propose donc, dans un premier temps, de faire tout ce qui peut être fait sans se lancer dans une ré- forme des traités européens. Ainsi, on peut déjà, non seulement renforcer un peu la ges- tion commune de nos budgets nationaux, mais créer une «capacité budgétaire» propre à la zone euro pour pouvoir aider les pays en difficultés à mener à bien des réformes struc- turelles –qui peuvent avoir, dans un premier temps, un effet récessif. Mais, pour aller plus loin, il faudra réformer les traités. Nous indi- quons ce qu’il est souhaitable de faire, comme la création d’un vrai budget de la zone euro, d’un fonds d’amortissement de la

INTERVIEW

AFP
AFP

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

président de ce gouvernement européen: le sera-t-il par le Parlement ou directement par les citoyens? La France est l’un des rares pays à élire au suffrage universel un président de la République doté de véritables pouvoirs. Mais, à mon avis, le chef du gouvernement européen devrait être élu par le Parlement européen, qui représente tous les citoyens de l’UE. De même, les commissaires devront être choisis parmi des élus. En ce qui con- cerne le pouvoir législatif, il faudra mettre en place un système à deux Chambres –comme dans toute fédération – avec, d’un côté, la Chambre des citoyens et, de l’autre, celle des Etats qui serait, peu ou prou, à l’image de la chambre des Länder allemande. La réforme des traités sera-t-elle adoptée par référendum? Une fois défini le projet, viendra le moment pour les citoyens de décider s’ils veulent ou non faire partie de cette Europe politique in- tégrée. Je ne sais pas ce que diront les Fran- çais, mais je sais que les Luxembourgeois di- ront oui.A mon avis, il faut une décision claire de chaque Etat, avec un oui ou un non qui en- gage. Et il faudra bien l’expliquer pour que les citoyens votent en connaissance de cause. N’est-ce pas hasardeux de lancer un tel pro- jet à un moment où les citoyens doutent de l’Europe ? Ils doutent parce qu’on ne leur a jamais expli- qué correctement ce qu’est le projet euro- péen. J’organise des débats partout en Europe –j’ai déjà fait ça à Cadix, à Graz, à Berlin et je serai à Marseille en novembre 2013. Il ap- paraît clairement que les citoyens ne veulent pas d’une Europe au rabais. Ou nous irons vers plus d’Europe, ou le projet européen ris- que de se détricoter. Nous devons nous-mê- mes bien comprendre où nous voulons aller pour que les citoyens fassent leur choix. Il ne peut y avoir aucun saut fédéral sans leur ac- cord. Les sondages montrent qu’une grande majorité d’entre eux se sent «européen». Mais quand on leur demande ce que cela veut dire, ils ne savent pas trop et répondent par un «heu»… Je voudrais que plus personne ou presque ne réponde par ce «heu»…

Recueilli par JEAN QUATREMER et MARC SEMO (à Bruxelles)

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

EVENEMENT 5

Réunis la semaine dernière, l’ex-président de la Commission et l’ancien chancelier ont déploré le manque d’ambition de l’UE.

Delors et Schmidt, les doyens veulent plus de moyens

Retransmission, devant le Conseil européen, de la cérémonie de remise du Nobel de la paix à l’Europe, lundi à

Bruxelles. PHOTO G.GOBET.AFP

I ls sont nés à une époque où l’Europe était un champ de batailles. Maintenant qu’ils

ne briguent plus rien, après avoir consacré une partie de leur vie active à unifier le conti- nent, ils n’ont pas de mots assez durs pour condamner les «égo- ïsmes nationaux» qui pourraient bien défaire ce qu’ils ont tenté de mettre sur pieds. La semaine dernière, ils étaient réunis dans

une salle du Parlement euro- péen, par la chaîne allemande ARD et l’Institut Goethe, pour un débat exceptionnel. L’Alle- mand Helmut Schmidt, 94 ans, qui fut tour à tour ministre de la Défense, ministre de l’Econo- mie et, enfin, chancelier à l’époque de la guerre froide, fume cigarette sur cigarette dans son fauteuil roulant, vi- sage sombre et fermé. Face à lui, le Français Jacques Delors, 87 ans, qui fut ministre de l’Economie puis président em-

blématique de la Commission européenne à Bruxelles, aurait presque l’air espiègle. «Si l’on poursuit les politiques actuelles, je n’exclus pas la possi- bilité de voir l’Union européenne éclater», prévient Schmidt. «L’Union est en danger, non seu- lement à cause de la crise mais aussi à cause de la mondialisa- tion. L’esprit européen a disparu.

guerre. C’est avec beaucoup d’ef- forts que nous avons pu construire l’Europe d’aujourd’hui. Ils pen- sent que c’est normal, mais ça ne l’est pas!» Jacques Delors con- cède un «vice de fabrication» :

«Les dirigeants européens ne se sont pas assez préoccupés de la convergence des politiques écono- mique. Il fallait une construction économique progressive et cela n’a pas été fait, ce sont

les peuples qui le paient aujourd’hui.» Et Schmidt d’assé- ner : «Quand je re- garde les dirigeants

actuels, je me de- mande qui, parmi eux, est digne de compter parmi les héritiers de Jean Monnet et Robert Schuman! Qui veut continuer à construire l’Europe à part Jean-Claude Tri- chet et Mario Draghi ?» Delors, plus conciliant : «Ce vice de construction peut être réparé…» Schmidt: «Mais ce qui manque

«Je n’exclus pas la possibilité de voir l’Union européenne éclater.»

Helmut Schmidt la semaine dernière

On assiste au retour d’un natio- nalisme rampant, à un égoïsme à courte vue, à un manque de vi- sion. La paix que les pères fonda- teurs de l’Europe ont obtenue, c’est une valeur incroyable!» en- chaîne Delors. Schmidt de renchérir. «Aucun dirigeant actuel n’a connu la

aux gouvernements, c’est la vo- lonté d’agir !» Comment sortir de la crise? A ces mots, Helmut Schmidt ha- rangue le public: «Que la moitié des jeunes du continent soit tou- chée par le chômage, c’est un scandale ! Du jamais vu dans l’histoire, même pendant la Grande Dépression ! Il faut avant tout des mesures créatrices d’em- plois !» Le Français : «Il faut changer le traité budgétaire euro- péen car, en l’état, il apparaît es- sentiellement punitif. Or, il faut d’abord donner de l’espoir.» L’Allemand hoche la tête: «Moi, je suis sceptique sur la modifica- tion du traité. Les gouvernements n’ont pas fait leur travail, c’est tout. Il faut que le Parlement se rebelle !» Un putsch ? Après deux heures de débat, même le sage Delors n’était plus hostile à l’idée.

Envoyée spéciale à Bruxelles ALEXANDRA SCHWARTZBROD

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6 MONDE

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

A Alep, des habitants font la queue pour acheter du pain, dimanche. PHOTO NARCISO CONTRERAS.
A Alep, des
habitants font la
queue pour acheter
du pain, dimanche.
PHOTO NARCISO
CONTRERAS. AP

Syrie:larébellionprenddugalon

Le groupe des pays hostiles au régime de Bachar Al-Assad, Etats-Unis en tête, a reconnu hier la Coalition nationale de l’opposition comme «représentante légitime».

Par LORRAINE MILLOT Correspondante àWashington

très juridique de ces questions. Ils avaient be- soin de temps pour clarifier des questions de droit et s’assurer aussi qu’ils n’allaient pas sou- tenir des gens d’Al-Qaeda», précise-t-il.

LISTE NOIRE. Finement calibrée, la «recon-

naissance» américaine, pas plus que la fran- çaise, ne permet encore à l’opposition de s’emparer des ambassades ou des avoirs sy- riens à l’étranger. Et, avant de franchir l’étape de la reconnaissance, Barack Obama a tenu à placer sur la liste noire des

«organisations terroristes» une des

composantes de l’opposition sy- rienne, le Front Al-Nosra, considéré par les Américains comme émanation de la branche irakienne d’Al-Qaeda. Les Etats-Unis restent très inquiets de voir des groupes jihadistes prendre pied en Syrie à la faveur du renverse- ment du régime. «La désignation d’Al-Nosra comme organisation terroriste avant la recon- naissance de l’opposition montre bien quelles sont les priorités d’Obama, relève Andrew Ta- bler, analyste au Washington Institute for Near East Policy. C’est un problème aussi pour la relation d’Obama avec l’opposition syrienne.»

L’ opposition est maintenant reconnue «représentante légitime» du peuple syrien… mais pas jugée tout à fait prête encore à se voir livrer des ar-

mes. Réuni hier au Maroc, le groupe des

«Amis de la Syrie», qui rassemble pays occi- dentaux, arabes et méditerranéens hostiles au régime de Bachar Al-Assad, a fait un pas symbolique de plus en reconnais-

sant la Coalition nationale de l’op-

position syrienne. La France avait été la première à franchir ce pas en novembre, suivie de la Turquie et de la Grande-Bretagne. Les Etats-Unis, qui estimaient alors ne «pas être prêts» à faire de même, ont finalement rejoint leurs alliés quelques semaines après, permettant cette reconnaissance groupée à la conférence de Marrakech. «Nous avons poussé les Américains à cette re- connaissance», relate un diplomate français, tout en rappelant que la France était aussi «fière d’avoir été la première», ouvrant la marche. «Les Américains ont une approche

ANALYSE

Le principal terroriste en Syrie n’est pas Al- Nosra mais plutôt le régime de Bachar al-As- sad, s’indignent en substance nombre d’op- posants syriens, modérés y compris, relevant un autre risque: que la stigmatisation d’Al- Nosra permette à ce dernier de rallier les combattants les plus excédés par ces tergi- versations américaines et occidentales. La mise au ban d’Al-Nosra «n’est pas une sage décision», souligne ainsi Radwan Ziadeh, op- posant syrien basé à Washington, rappelant que ce groupe ne mène pas d’actions terro- ristes «en dehors de la Syrie». Les petits pas diplomatiques des Etats-Unis et de leurs alliés occidentaux masquent mal le «manque d’action» de la communauté in- ternationale, dénonce cet opposant: «Nous en sommes à près de 50000 morts, les combat- tants sont aux portes de Damas et la commu- nauté internationale nous dit encore qu’il faut… une solution politique. On est encore très loin de ce dont les Syriens ont besoin sur le terrain !» Les partisans d’une intervention occidentale en Syrie espéraient qu’Obama aurait les mains «plus libres» après sa réélection. Plus d’un mois après celle-ci, ils ne désespèrent

pas totalement encore d’une «évolution pro- gressive» de la position américaine, mais re- doutent que les Etats-Unis ne fassent jamais que «trop peu, trop tard». «Je ne crois pas que l’élection retenait vraiment Obama d’intervenir en Syrie. Le fond de la question est qu’il ne veut pas vraiment s’impliquer en Syrie», observe l’analyste Andrew Tabler.

CONTRÔLE AÉRIEN. «La vraie question aujourd’hui est celle du contrôle aérien par l’ar- mée syrienne, précise un diplomate européen. On se demande si on ne pourrait pas donner à l’opposition du matériel qui les protège des bombardements aériens. Les Américains disent “niet” aux MANPADS [lance-missiles sol-air portables, ndlr] ; on réfléchit si on ne pourrait pas aider les opposants avec des systèmes plus petits, en réduisant le risque qu’ils tombent en- suite entre de mauvaises mains. Mais ce n’est pas simple.» L’autre espoir toujours cultivé à Washington est que la Russie finisse par réaliser que Bachar al-Assad n’en a plus pour longtemps et revienne à des positions plus constructives pour sauver ce qui peut l’être encore de la Syrie.

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

MONDE 7

Les combattants de la deuxième ville du pays se défient de l’opposition en exil, accusée de ne pas leur fournir l’argent et les armes promis.

A Alep, le scepticisme aux avant-postes

REPÈRES TURQUIE Alep 100 km SYRIE Méditerranée Mer LIBANLLIBANIBAN Damas IRAK ISRAËLIISRAËLSRAËL Point de
REPÈRES
TURQUIE
Alep
100 km
SYRIE
Méditerranée Mer
LIBANLLIBANIBAN
Damas
IRAK
ISRAËLIISRAËLSRAËL
Point de
contrôle
JORDANIE
CISJ

100

millions de dollars, soit 76,4 millions d’euros, c’est le montant de l’aide que l’Arabie Saoudite a promis hier à l’opposition syrienne, via son ministre des Affaires étrangères.

LE FRONT

AL­NOSRA

Ce groupe de jihadistes, qui n’agirait qu’en Syrie, est accusé par les Etats­ Unis d’être lié à la bran­ che irakienne d’Al­ Qaeda. On ne sait que très peu de chose sur Al­Nosra car ses mem­ bres ne s’expriment jamais.

LE LIBAN VISÉ, AQRAB ENDEUILLÉ

w Entre 125 et 150 person­ nes ont été tuées ou bles­ sées mardi dans le quartier alaouite d’Aqrab (province de Hama), selon l’Office syrien des droits de l’homme, basé à Londres. w Damas a émis hier un mandats d’arrêt contre l’ancien Premier ministre libanais Saad Hariri et un député libanais, accusés d’envoyer des armes à la rébellion en Syrie.

L e MIG vient de rater l’hôpital Az-Zouzor. Mais sa bombe a frappé

de plein fouet un immeuble proche, le réduisant à l’état de squelette. Pas la moindre ambulance, ni un seul ca- mion de pompiers. Personne pour organiser les secours, simplement des miliciens qui tirent en l’air pour disperser la foule. Ce n’est pas la pre- mière fois que les avions du régime s’attaquent aux hôpi- taux d’Alep. Le 21 novembre, c’est l’hôpital Al-Shifa qui avait été en partie anéanti. Cette fois encore, il faudra attendre environ une heure pour qu’un camion-grue, puis un bulldozer, suivi par un troisième engin, com- mencent à fouiller les ruines, rapportant bientôt les corps broyés de deux petits en- fants. Ces maigres et tardifs se- cours, c’est le conseil de la sécurité révolutionnaire de la ville qui les envoie. Orga- nisme civilo-militaire, en fait surtout militaire, éma- nant de l’Armée syrienne li- bre (ASL), il s’est établi dans un bâtiment décati, à l’image de bien des immeu- bles des quartiers populaires de la deuxième ville sy- rienne. Après plus de quatre mois de combat, la ville d’environ 1,6 million d’habi- tants a plongé dans le chaos. Pas d’électricité ni de télé- phone. Pas d’école ni de transports publics, une es- sence de plus en plus chère. Toutes les boutiques sont fermées, à l’exception de quelques boulangeries à la merci d’un raid aérien. Les ordures s’amoncellent, comme une lave grise et nauséabonde. «Marchés». «La priorité, c’est la sécurité. Maintenant que nous contrôlons entre 70% et 75% de la ville, nous devons venir aussi en aide à la popu- lation. C’est nous qui faisons rouvrir les boulangeries, les pharmacies, les marchés qui sont fermés et, à présent, les écoles», insiste Abou Hamdou, un lieutenant dé- serteur de l’Armée de l’air, qui se présente comme ad- joint du chef du Conseil de la sécurité révolutionnaire. Dans son bureau, qu’il par- tage avec un autre responsa- ble, Abou Hassan, c’est un défilé incessant d’habitants venus leur demander de si- gner des autorisations. Dépendent de ce conseil quatre commissions, cha-

cune comprenant des militaires et des civils : af- faires religieuses, justice,

san. Si le vol n’est pas grave, s’il a été motivé par la faim, nous relâchons le voleur.» Pourquoi ne

pas confier certaines ta- ches à des membres de la Coalition na-

tionale de l’opposition ? «Parce qu’ils ne connaissent rien de nos problèmes. Ils ne savent rien des besoins de la population», répond Abou

«La Coalition nationale de l’opposition ne connaît rien de nos problèmes.»

Abou Hamdou du conseil de la sécurité

révolutionnaire d’Alep

armée et application de la charia. «Chaque pillage, cha- que violence fait l’objet d’une enquête, affirme Abou Has-

Hamdou. A entendre les deux hommes, on ne perçoit aucune volonté de céder le pouvoir à qui que ce soit. Geôles. «L’opposition à l’étranger nous a promis des armes et de l’argent. Mais nous les attendons encore», déplore Abou Hamdou. Les partis d’opposition sont «les bienvenus à la condition qu’ils viennent ici pour aider les gens». Le conseil de la sécurité ré- volutionnaire d’Alep gère

aussi les geôles de la ville, qui comptent, selon les deux hommes, un millier de pri- sonniers, dont 80% de sha- biha, des voyous organisés en milices par le régime de Bachar al-Assad. La nuit, précise un journa- liste de la ville, des hommes en cagoule du conseil procè- dent à des arrestations dans des voitures sans immatri- culation.

Envoyé spécial à Alep JEAN-PIERRE PERRIN

procè- dent à des arrestations dans des voitures sans immatri- culation. Envoyé spécial à Alep JEAN-PIERRE

8 MONDEXPRESSO

VU DE STOCKHOLM

Par ANNE­FRANÇOISE HIVERT

Quand la Suède défend le snus, c’est pas du chiqué

I l fallait que l’affaire soit

sérieuse pour que la mi-

nistre suédoise du Com-

merce, Ewa Björling, menace de déclencher une «guerre totale» contre Bruxelles. En cause : la nouvelle directive européenne antitabac, qui provoque l’indignation des amateurs de snus, cette pou- dre de tabac humide que les Suédois se collent sous la

lèvre supérieure depuis deux cents ans. Non seule- ment Bruxelles prévoit d’en maintenir l’interdiction en Europe, mais la Commission européenne souhaiterait en plus en réglementer la composition.

Lors de son adhésion à l’UE en 1994, la Suède avait négo- cié une dérogation, lui per- mettant de continuer à con- sommer la poudre de tabac, interdite dans le reste de l’Europe deux ans plus tôt. Depuis, Stockholm n’a cessé de faire pression sur Bruxel- les pour que le snus soit léga- lisé. Mais sans résultat. Pire, la nouvelle directive euro- péenne prévoit de s’attaquer à sa consommation, en inter- disant notamment les arô- mes, souvent ajoutés au ta- bac séché pour en atténuer l’amertume. Finies les doset- tes à la réglisse, la bergamote ou au citron.

Le géant Swedish Match, qui contrôle plus de 80% du marché, assure que cette nouvelle régulation entraîne- rait la disparition d’un tiers de ses produits. D’où le tollé

en Suède, où 11% des plus de 16 ans en consomment quo- tidiennement et 5% occa- sionnellement.

Preuve de la gravité de la si- tuation, deux ministres ont été dépêchées à Bruxelles pour y rencontrer le nouveau commissaire européen à la Santé, le Maltais Tonio Borg. Coïncidence ? C’est après une plainte déposée par Swedish Match que son pré- décesseur et compatriote, John Dalli, a été forcé de dé- missionner, le 16 octobre. Le groupe l’accusait d’avoir tenté d’obtenir des avanta- ges financiers en échange de son soutien à la levée de l’in- terdiction contre le snus. Les lobbyistes antitabac dénon- cent un coup monté.

A Stockholm, la ministre du

Commerce, Ewa Björling, vante les mérites du snus, «moins dangereux que d’autres tabacs oraux qui cir- culent librement sur le marché intérieur européen». Les ex- perts, cependant, sont par- tagés : en 2010, une étude a montré que sa consomma- tion augmentait les risques de dépendance au tabac. Mais la Suède reste inflexi- ble : si la nouvelle directive européenne confirme l’in- terdiction en Europe, pas question que Bruxelles vienne se mêler de la com- position du produit. Seuls les Suédois décideront s’ils veulent continuer à sucer du tabac à la menthe ou au chocolat.

à sucer du tabac à la menthe ou au chocolat. • BOSNIE Le Tribunal pénal international

BOSNIE Le Tribunal pénal international pour l’ex-You- goslavie a déclaré hier le général serbe de Bosnie Zdravko Tolimir coupable de génocide pour son rôle dans

le

massacre de Srebrenica

et

l’a condamné à la réclu-

sion à perpétuité. PHOTO AP

CÔTE­D’IVOIRE La Cour pé- nale internationale a con- firmé hier sa compétence pour juger l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, détenu à La Haye et soup- çonné de crimes contre l’humanité.

ESCLAVAGE Le nombre de jeunes filles de moins de 18 ans victimes du trafic

d’êtres humains entre 2007

et 2010 a augmenté de façon

«inquiétante» par rapport à

la

période 2003-2006, selon

le

Bureau des Nations unies

contre la drogue et le crime (ONUDC).

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

et le crime (ONUDC). LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 Au centre de contrôle de Pyongyang, hier,

Au centre de contrôle de Pyongyang, hier, lors du décollage de la fusée Unha­3. PHOTO AP

Avec«Voielactée»,laCorée

duNordtoucheauciel

MISSILE En réussissant son tir, Pyongyang a démontré de nouvelles capacités balistiques. Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni hier.

L a Corée du Nord a pris tout le monde de court en réussissant pour la

première fois hier matin à envoyer une fusée dans l’es-

pace. Unha-3 («Voie Lac-

tée») a décollé à 9h49 (1h49

à Paris) du pas de tir de Ton-

gchang-ri (ouest du pays, à une cinquantaine de kilomè- tres de la Chine). Puis les étages du lanceur se sont dé- tachés, les deux premiers s’abîmant au large des côtes coréennes et le troisième à

l’est des Philippines, respec-

tant le plan de vol communi- qué à l’Organisation mari- time internationale. «La séparation s’est très bien déroulée, le vol dans l’atmos-

phère a duré plus de douze mi- nutes. Ce tir n’a rien à voir avec le lancement raté d’avril», note un expert mi- litaire à Séoul. Le comman- dement nord-américain de

la défense aérienne (Norad)

a confirmé le succès de la

mission d’hier en précisant que le «missile avait déployé un objet qui semble avoir été

placé en orbite». La communauté internatio-

nale est convaincue que ce

tir cache un essai de missile de type Taepodong-2 (d’une portée d’au moins 6700 ki-

Corée du Nord 1 000 km RUS Pékin Sohae JAPON Océan CHINE Pacifique Trajectoire TAIWAN
Corée du Nord
1 000 km
RUS
Pékin
Sohae
JAPON
Océan
CHINE
Pacifique
Trajectoire
TAIWAN
du missile
Manille
PHILIPPINES

lomètres), que le régime nord-coréen tentait de met- tre au point depuis 2006. A trois reprises, Pyongyang a essayé de lancer une fusée. Ce lancement enfreint les ré- solutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité de l’ONU, exhortant Pyongyang à ne procéder à «aucun nouvel es- sai nucléaire ou tir recourant à la technologie des missiles ba- listiques».

Sanctions. Le Conseil de sé-

curité s’est donc réuni hier en urgence pour décider des mesures à adopter. Le Japon, les Etats-Unis et la Corée du Sud pourraient demander aux Nations unies un renfor- cement des sanctions au ni- veau de celles frappant l’Iran. Mais il y a de fortes chances que la Chine, l’indé-

fectible allié de la Corée du Nord, qui a mollement con- damné le tir, s’oppose à un tel scénario. «Peu importe ce que les autres disent, nous continuerons à exercer notre droit légitime à lancer des satellites», a fait savoir hier un porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères. Quelques heures plus tôt, l’agence d’Etat nord-co- réenne KCNA avait salué les «scientifiques et les techni- ciens (qui) ont brillamment obéi aux commandements de Kim Jong-un pour lancer un

successifs, Séoul a dû repor- ter sine die le lancement de son propre lanceur, KSLV-I. Le tir perturbe également la campagne des législatives ja- ponaises de dimanche, tout comme elle embarrasse les Etats-Unis, qui vont devoir imaginer une autre stratégie face à l’émergence d’une Co- rée du Nord plus menaçante et dotée de nouvelles capaci- tés balistiques.

«Souveraineté». «C’est un

beau succès pour Kim Jong-un, qui a cessé hier d’être une marionnette pour devenir un vrai leader. La pro- pagande ne devrait

pas manquer de le dire, analyse Ha- jime Izumi, spé- cialiste japonais de la péninsule

coréenne à l’uni- versité de Shizuoka. Le ré- gime va tout faire maintenant pour réaffirmer sa souverai- neté et son indépendance.» Pyongyang pourrait accélé- rer le développement d’un missile longue portée dépas- sant les 8 000 kilomètres. Sans que les sanctions inter- nationales ne l’empêchent de poursuivre ses projets.

De notre correspondant au Japon ARNAUD VAULERIN

«Kim Jong-un a cessé hier d’être une marionnette pour devenir un vrai leader.»

HajimeIzumi universitaire japonais

satellite scientifique et techno- logique en 2012, l’année célé- brant le 100 e anniversaire de la naissance du Président Kim Il- sung». Le régime a surpris tout le monde car lundi, il annonçait un report de quel- ques jours, justifié par des difficultés techniques. La Corée du Sud subit ainsi un affront en pleine campa- gne présidentielle. Le 29 no- vembre, et après deux échecs

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

MONDEXPRESSO 9

696

C’est le nombre de demandes de mariages

déposées pour le 12/12/12 cette année à Hongkong. L’engouement était encore plus grand pour le 11/11/11 et

le 10/10/10, dates

auxquelles Hongkong avait célébré respectivement 1002 et 859 unions.

«Je pense que la norme en Russie doit devenir une famille à trois enfants.»

Vladimir Poutine

président russe, hier, dans

le

cadre de son adresse

à

la nation, à propos de

la

crise démographique

que connaît son pays

L’HISTOIRE

L’UKRAINE SE SPÉCIALISE DANS LE SPORT DE CHAMBRE

Journée très agitée, hier, au Parlement ukrainien.

A l’extérieur, quatre militan­

tes du mouvement Femen

ont enjambé la clôture de

la Verkhovna Rada avant

de se dévêtir pour protes­ ter, seins nus et en petite culotte par zéro degré, con­ tre la corruption des dépu­ tés. Les féministes ont été rapidement interpellées par des vigiles. Ces der­ niers n’ont pas eu le temps de chômer, car, peu après, une bagarre entre députés de l’opposition a éclaté à l’intérieur de l’hémicycle. Les parlementaires du mouvement d’extrême droite Svoboda ont chassé deux de leurs membres, un père et son fils, auxquels ils reprochent d’avoir fait

défection pour rejoindre les forces progouverne­ mentales au Parlement. Ces deux incidents sont intervenus le jour où

le Parlement ukrainien

devait se prononcer sur la reconduction au poste de Premier ministre de Mykola Azarov, un bureaucrate, fidèle du président, Viktor Ianoukovitch, qui a démis­ sionné début décembre avec son gouvernement. Azarov justifie sa décision par son élection comme député aux législatives du 28 octobre, remportées par sa formation, le Parti des régions.

L’obstinationcoupable

delajusticeturque

DROITS DE L’HOMME Trois fois acquittée en quatorze ans, la sociologue Pinar Selek subit une nouveau procès.

est un cas d’école il- lustrant jusqu’à la ca- ricature les dérives de

l’appareil judiciaire turc. Ac- cusée il y a quatorze ans d’avoir posé une bombe qui n’existait pas – l’explosion était due à une fuite de gaz–,

par trois fois acquittée, la so- ciologue turque Pinar Selek,

41 ans, est jugée une qua-

trième fois. Réfugiée à Stras-

bourg, elle n’assistera pas à la première audience du procès

qui s’ouvre aujourd’hui de-

vant cette 12 e chambre d’Is-

tanbul qui avait prononcé ses deux derniers acquittements, en 2008 et 2011. Elle risque jusqu’à trente-six ans de pri- son. La cour avait profité de l’absence pour maladie du magistrat chargé du dossier pour juger recevable, le

22 novembre, l’arrêt rendu

en cassation invalidant l’ac- quittement de l’intellec- tuelle. Le calvaire judiciaire de Pinar Selek a commencé en

juillet 1998, peu après une explosion au bazar des épi- ces, haut lieu touristique

d’Istanbul, qui fait 7 morts. Abdulmecit Öztürk, un jeune militant du PKK, la guérilla indépendantiste kurde, est arrêté et, sous la torture, af- firme avoir préparé la bombe avec Pinar Selek. Un nom apparemment soufflé par ses tortionnaires. Fille d’un cé- lèbre avocat des droits de l’homme et petite-fille d’un des fondateurs du Parti com- muniste turc, Pinar Selek était dans le collimateur des autorités pour ses engage- ments et une thèse sur le mi- litantisme kurde. Elle est aussitôt arrêtée, ta- bassée, inculpée. Le jeune

militant kurde revient peu après sur ses aveux. Les ex- pertises montrent que l’ex- plosion n’était pas due à une bombe. Il n’y a donc aucune

C’

preuve contre elle. D’où ces acquittements en série. Mais à chaque fois, les hautes autorités judiciaires feront appel et casseront les ver- dicts d’acquittement. Le cas de Pinar Selek est emblématique de la régres- sion des libertés en Turquie, sept ans après le début des négociations d’adhésion à l’Union européenne. Quel- que 80 journalistes sont aujourd’hui derrière les bar- reaux, sous le coup d’une loi

antiterroriste ju- gée liberticide par les Européens. Mais il y a aussi un évident achar- nement à l’en- contre de Pinar

Selek. «J’incarne tout ce que hait l’Etat et comme, en outre, je suis turque

suis

et

AP
AP

je

vue comme une traîtresse», expli- que volontiers la sociologue qui, de son propre aveu, vit un cau- chemar depuis quatorze ans: «Je me sens comme le Joseph K. du Procès de Kafka.»

MARC SEMO

non

pas

kurde,

Joseph K. du Procès de Kafka.» MARC SEMO non pas kurde, LES GENS RAVALOMANANA JETTE L’ÉPONGE
LES GENS
LES GENS

RAVALOMANANA

JETTE L’ÉPONGE

À MADAGASCAR

L’ancien président de Madagascar, Marc Ravalomanana, en exil en Afrique du Sud, ne sera finalement pas candi­ dat à l’élection présidentielle prévue l’an prochain. Sa décision est une manière indirecte de forcer son rival Andry Rajoelina, l’actuel président non­élu, qui l’avait ren­ versé en 2009, à faire de même. Madagascar, l’un des pays les plus pauvres d’Afrique, traverse depuis une crise politique et économique. L’annonce faite par Ravaloma­ nana intervient après une médiation des chefs d’Etat de la communauté d’Afrique australe, qui avaient préconisé samedi qu’aucun des deux rivaux ne dispute l’élection présidentielle, annoncée pour mai 2013. En août, Rajoe­ lina avait proposé de ne pas se présenter si Ravaloma­ nana, qui est resté populaire dans son pays, n’était pas candidat. Hier soir, il n’avait pas encore réagi à l’annonce

de son rival. PHOTO REUTERS

son pays, n’était pas candidat. Hier soir, il n’avait pas encore réagi à l’annonce de son

10 FRANCE

Leshabitants

deSaint-Agrève

ontlebaby-blues

Alors que la ministre de la Santé, Marisol Touraine, présente aujourd’hui un plan de lutte contre les déserts médicaux, la plus haute commune d’Ardèche n’a pas fait le deuil de sa maternité, fermée en 2008.

Par CATHERINE COROLLER Envoyée spéciale à Saint­Agrève Photos ALEXA BRUNET. TRANSIT

«J’ ai accouché en hiver, les deux fois dans une tempête de neige. Si j’avais dû aller ailleurs, j’y serais pas arrivée.

On est à 1 000 mètres d’altitude. Sou- vent, les routes sont abominables.» Ma- rie habite à Saint-Agrève, commune la plus haute du département de l’Ardè- che, près de la frontière avec la Haute- Loire. En 2003 et 2005, elle a mis au monde ses deux enfants à la maternité

de l’hôpital de Moze, en plein cœur du bourg. En 2008, ce service a fermé ses portes, faute d’un nombre d’accou- chements suffisant. Au risque de créer un désert médical dans ce départe- ment symbole d’une situation contre laquelle la ministre des Affaires socia- les et de la Santé, Marisol Touraine,

doit présenter un plan aujourd’hui (lire ci-contre). «Les derniers

temps, on faisait 300 accou-

chements par an», pointe pourtant le D r Louis Herdt, l’un des trois médecins généralistes de Saint- Agrève. Depuis, les futures mères doi- vent se rendre à Annonay, au Puy, ou à Saint-Etienne, à plus d’une heure de trajet. Anne-Marie aussi a accouché à Saint-Agrève: «C’était un 6 janvier, les routes n’étaient pas ouvertes, je n’étais pas transportable.» Sa fille est à son tour enceinte: «C’est pour fin janvier. Elle va à Privas. On verra.» En ce mardi, il fait très beau et très froid à Saint-Agrève. Malgré la neige, les routes sont à peu près dégagées. Mais lorsque souffle la burle, ce vent ardéchois qui balaie la neige et forme des congères, la circulation est consi- dérablement ralentie, voire impossi- ble. L’Agence régionale de santé (ARS) de Rhône-Alpes a bien imaginé un dis- positif permettant d’acheminer les

parturientes et leur enfant vers la val- lée. «Il faudrait que le Samu monte en 4 X 4 avec une couveuse. Les pompiers viendraient de leur côté en hélicoptère. La maman descendrait avec le Samu. Et le bébé repartirait en couveuse dans l’hé- lico», résume Patrick Ledieu, le direc- teur de l’hôpital. Sauf que ce scénario idéal est contredit par la réalité: «J’ai le souvenir d’un accouchement un ven- dredi soir vers 16 heures, poursuit Pa- trick Ledieu. Le Samu n’a pas pu mon- ter. Et on a attendu l’hélico trois heures.»

«MOUROIR». Quatre ans après la fer- meture de la maternité, les habitants de Saint-Agrève n’en ont pas fait le deuil. «Ça créait du va-et-vient. Les

gens venaient voir les mamans à l’hôpi- tal. Ils achetaient des gâteaux», rappelle une boulangère. Anne-Marie tient un magasin de laine et mercerie. Son commerce aussi a souffert de la dispa- rition de la maternité. «Mais il y a en- core un service d’échographie

à l’hôpital, et les femmes

viennent toujours acheter de la laine et des catalogues», relativise-t-

elle. Dès 2004, le département de chi- rurgie avait été fermé. Anne-Marie se souvient qu’elle y a été opérée, enfant, de l’appendicite. Mais les habitants ne se plaignent pas spontanément de sa disparition, comme si le symbole était moins fort que pour la maternité. Le D r Herdt, lui, est amer : «Il y a vingt, vingt-cinq ans, l’hôpital marchait bien. On faisait les urgences du pays : les ac- couchements, la chirurgie viscérale, la traumatologie. L’été, ça n’arrêtait pas. […] Sans la maternité et la chirurgie, l’hôpital décline. Il va se transformer en mouroir.» Comme beaucoup de petits établisse- ments situés en zone rurale, l’hôpital de Moze est effectivement adossé à une maison de retraite médicalisée de 80 lits. Mais ce qui préoccupe les habi-

REPORTAGE

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

les habi- REPORTAGE LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 tants de Saint-Agrève, comme le maire PRG de
les habi- REPORTAGE LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 tants de Saint-Agrève, comme le maire PRG de
les habi- REPORTAGE LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 tants de Saint-Agrève, comme le maire PRG de

tants de Saint-Agrève, comme le maire PRG de la commune, Maurice Weiss, c’est sa pérennité en tant qu’em- ployeur –avec sa centaine de salariés, c’est l’un des deux plus gros du sec- teur. «Sa fermeture aurait un effet sur la

d’échographie et de coloscopie en forte croissance, un autre de «consul- tations non programmées» qui permet une prise en charge et un dispatching des urgences et surtout un service de

soins de suite et de réadaptation (SSR) de 25 lits. Des patients

opérés ou soignés dans d’autres établissements y viennent en convales-

cence. Pour Patrick Le- dieu, la survie de l’hôpital de Moze passe par une augmentation des capacités d’accueil en SSR. «Il faut qu’on arrive au seuil fa- tidique de 60 lits», explique-t-il. Mais cela suppose le feu vert de l’ARS.

«Si l’hôpital ferme, cela n’incitera pas les jeunes médecins libéraux à venir s’installer dans le coin.»

MauriceWeiss maire de Saint­Agrève

démographie médicale», prévient l’élu. Aujourd’hui les praticiens de Saint- Agrève y font des vacations. «Si l’hôpi- tal ferme, cela n’incitera pas les jeunes médecins libéraux à venir s’installer dans le coin.» L’autre préoccupation du maire, c’est de préserver l’offre de soin de cet établissement. Aujourd’hui, l’hôpital de Moze re- groupe plusieurs services dont ceux

GROUPEMENT. Le 27 novembre, Oli- vier Dussopt, député PS de l’Ardèche, a interpellé Marisol Touraine sur la si- tuation de l’hôpital de Moze. Le parle- mentaire a rappelé que celui-ci avait

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 conclu, en 2008, avec la maison de re- pos des Genêts,
LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 conclu, en 2008, avec la maison de re- pos des Genêts,
LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 conclu, en 2008, avec la maison de re- pos des Genêts,

conclu, en 2008, avec la maison de re- pos des Genêts, située sur la commune voisine du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), un groupement de coo- pération sanitaire, ce qui a permis aux deux entités de procéder à des mutua- lisations et d’alléger leurs coûts. Mari- sol Touraine a appelé «les deux établis- sements concernés à poursuivre leur travail de partenariat, ajoutant qu’une

fois le projet médical finalisé, les ARS [d’Auvergne et de Rhône-Alpes, ndlr] se saisiront de ce dossier afin d’étudier les faisabilités d’accompagnement, per- mettant le maintien d’une offre de soins de proximité.» Une réponse prudente, bien loin de l’«engagement» répété de François Hollande selon lequel «aucun Français ne doit se trouver à plus de trente minutes de soins d’urgence».

L’hôpital de Moze, à Saint­Agrève, mardi. Les habitants craignent sa fermeture, alors que plusieurs services ont déjà été supprimés.

REPÈRES Saint-Agrève ISÈRE HAUTE- LOIRE Privas DRÔME ARDÈCHE 25 km LOZÈRE
REPÈRES
Saint-Agrève
ISÈRE
HAUTE-
LOIRE
Privas
DRÔME
ARDÈCHE
25 km
LOZÈRE

3,1

millions de Français vivent dans un désert médical, en ce qui concerne les généralistes. Cela repré­ sente 5% de la population, selon la revue Que choisir.

«Je prends l’engagement, que j’avais déjà énoncé:

aucun Français ne doit se trouver à plus de trente minutes de soins d’urgence.»

François Hollande le mois dernier

LA DENSITÉ

MÉDICALE

C’est la région Provence­ Alpes­Côte d’Azur, la mieux dotée avec une den­ sité médicale de

370 médecins pour

100000 habitants. Même dans cette région, sur

124 bassins de vie, 60 ont

une faible densité de géné­ ralistes. Et 47 bassins de vie ne comptent aucun ophtalmologiste. C’est la Picardie qui a la plus mau­ vaise répartition.

FRANCE 11

Jean-François Corty, de Médecins du monde, explique l’action de son ONG en France:

«Les déserts sont révélateurs de la précarité»

C’ est ce matin, sur les terres

de Ségolène Royal et en sa

sents. Ils vont là où le chômage et la grande précarité sont importan- tes. Il y a aussi tous les travailleurs pauvres qui relèvent du monde agricole. Tous ces gens vivent dans des territoires où les déserts médi- caux surgissent. Or la précarité de leur situation financière ne leur permet pas d’y faire face. D’où votre projet d’unemission près de Clermont-Ferrand? Oui, à Saint-Eloy-les- Mines (Puy-de-Dôme), une ville de près de 4 000 habitants, située entre Montluçon et Clermont-Ferrand. Mé- decins du monde va ouvrir en janvier un centre. Pourquoi là? Il s’agit d’un ancien bassin minier en difficulté, avec un chômage im- portant, de nombreuses personnes âgées et des agriculteurs en situa- tion financière difficile. Dans cette région, la densité est de 0,86 mé- decin généraliste pour 1000 habi- tants contre 1,14 pour le Puy-de- Dôme et 1,07 pour l’Auvergne. Une étude montre des failles sanitaires, avec une population qui renonce à des soins et à certaines consulta- tions de spécialistes à cause du coût des transports. Nous allons créer des équipes mobiles, et faciliter les liens entre la médecine et l’hôpital. Dans son plan, le gouvernement ne touche pas à la liberté d’installation du médecin. Faut-il le regretter? C’est une question compliquée. Contraindre un médecin à s’instal- ler dans un endroit déserté peut être tentant, mais cela peut avoir des effets contre-productifs. D’autant que l’on observe un déca- lage croissant entre les revendica- tions des jeunes praticiens, et ce dont souffrent les populations fra- giles. Comment y remédier? Il faut innover, développer des tra- vaux d’équipe, faciliter d’autres ty- pes de rémunération. On espère re- trouver tout cela dans le plan de la ministre.

Recueilli par ÉRIC FAVEREAU

compagnie, que la ministre

de la Santé, Marisol Touraine, va annoncer son plan de lutte contre les déserts médicaux, ces territoires où rechignent à s’installer les pro- fessionnels de santé. Un plan en 12 points. «Il sera global, car en la

matière il n’y a pas de recette mira- cle», a répété, depuis quelques jours la minis- tre qui a déjà dévoilé une des mesures pha- res : «La création de

200 médecins territo- riaux, avec un revenu mi-

nimum qui leur serait as- suré de 4 600 euros par mois.» Jean-François Corty, directeur des missions France de Médecins du monde, explique pourquoi son ONG lance une mission sur les déserts médicaux en France. Médecins dumonde se penchant sur les désertsmédicaux en France… La situation est-elle si grave que cela? Elle est révélatrice d’une question plus vaste, qui est celle de l’accès aux soins et de la précarité. Là est l’enjeu majeur pour des personnes qui vivent en zone rurale, mais aussi en ville. Les déserts médi- caux, c’est l’inégalité dans l’es- pace. C’est-à-dire? Dans nos missions d’observation, on constate qu’à côté des migrants apparaissent des travailleurs pau- vres qui retardent leur prise de soins. En plus, 4 millions de per- sonnes n’ont pas de mutuelle. Et toute une partie de la population a droit à des aides pour bénéficier de complémentaires, mais ne le sait pas. Tous ces gens viennent nous voir dans nos centres. Mais quid des déserts médicaux et de la mauvaise répartition des pro- fessionnels de santé sur le territoire? Tout se rejoint. Il y a de plus en plus de gens, – des jeunes en particu- lier –, qui fuient les centres villes car trop chers : ils vont s’installer dans des endroits plus isolés, où les services de santé sont moins pré-

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Égypte Une deuxième révolution ? Chaque jeudi en kiosque www.politis.fr
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12 FRANCEXPRESSO

L’HISTOIRE

UN PÈRE ET SES DEUX FILS: TROIS SUSPECTS POUR UN ASSASSINAT

Un père âgé de 53 ans et ses deux fils d’une vingtaine d’années ont été interpellés hier à Marseille dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de l’avocate Raymonde Tal­ bot, retrouvée poignardée le 30 novembre dans le cen­ tre­ville. L’un des trois hommes, qui habitent la cité tranquille de La Maurelette (XV e arrondissement), faisait partie de ses clients. «On a quelques suspicions à leur encontre, il faut maintenant déterminer si ces suspicions deviendront des charges plus importantes […]. On n’est pas sûr qu’on ait affaire au coupable», a souligné le pro­ cureur de la République, Jacques Dallest. L’avocate de 66 ans avait été retrouvée par son associé dans son cabinet de la rue Saint­Ferréol, près du Vieux­Port. Une information judiciaire a été ouverte lundi pour «homicide volontaire en concomitance avec le crime de vol avec arme».

CORRUPTION Le premier adjoint (UMP) à la mairie d’Antibes chargé de l’urba- nisme, Jean-Pierre Gonza- lez, a été mis en examen hier pour «corruption passive» dans le cadre d’aquisitions immobilières, a indiqué le procureur de Grasse.

CAMÉRAS Le ministre de l’intérieur , Manuel Valls, a affirmé hier à des commer- çants de la Défense qu’équi- per les policiers de caméras accrochées à la boutonnière des uniformes pour filmer les interventions est un moyen de les rapprocher des gens.

15

postiers, dont Olivier Besancenot, jugés en appel à Ver­ sailles pour «séquestration» de cadres de la Poste lors d’une occupation musclée des locaux de l’entreprise à Nanterre, en mai 2010, contestent et réclament la relaxe. «L’action qu’on nous reproche n’a pas été commise, il n’y a pas eu séquestration», a déclaré Besancenot. En cas de condamnation, ils risquent des sanctions en interne.

cas de condamnation, ils risquent des sanctions en interne. NOTRE­DAME­DES­LANDES: LA JUSTICE ORDONNE L’EXPULSION

NOTRE­DAME­DES­LANDES: LA JUSTICE ORDONNE L’EXPULSION DES MILITANTS

L’Etat a marqué un point de plus hier, face aux opposants au projet d’aéroport à Notre­Dame­des­Landes (Loire­At­ lantique). Le tribunal de grande instance de Saint­Nazaire a en effet ordonné l’expulsion «de tous les occupants sans droit ni titre» du site de la Châtaigneraie, la clairière du bocage nantais où des dizaines de militants ont bâti illé­ galement des cabanes en bois, afin d’empêcher le début des travaux. Une vingtaine d’entre eux s’y sont même domiciliés, espérant ainsi retarder l’intervention des for­ ces de l’ordre. Une démarche inutile, selon la préfecture:

«Ces décisions disent l’Etat de droit. Les occupants n’ont plus de protection juridique.» Ces derniers, qui annoncent des «recours», pourraient très vite se retrouver face aux gardes mobiles. Hier déjà, des heurts ont opposé «zadis­ tes» et forces de l’ordre sur le site du futur aéroport. La préfecture parle d’un «guet­apens […] d’individus casqués et armés», les militants de «provocations» policières. S.Mo. PHOTO REUTERS Lire notre récit sur Libération.fr.

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

G

À CHAUD RÉTICENT, HOLLANDE LAISSE LE CHOIX AUX PARLEMENTAIRES

Mariage pour tous: la PMA en question

Sur le vote de l’autorisation de la pro- création médicale assistée (PMA) pour les couples homosexuels dans le cadre de la loi sur le mariage pour tous, François Hollande renvoie la balle aux parlementaires. «Le texte tel qu’il a été préparé prévoit le mariage et l’adoption, il n’intègre pas la PMA. Cette question-là sera sûrement débat- tue au Parlement, qui en décidera sou-

verainement», a déclaré hier soir le chef de l’Etat, à Bruxelles. Non sans cacher sa propre réticence: «Si j’avais été favorable [à cette mesure], je l’aurais intégrée dans le projet de loi.» Favora- ble sur le fond à l’autorisation de la PMA, Christiane Taubira, la garde des Sceaux penche, elle, pour faire les choses en deux temps: d’abord le ma- riage avec la modification du code ci-

vil d’abord, puis la PMA qui serait inscrite dans une future loi de bioé- thique. Face à la levée de boucliers de la droite, intégrer la PMa serait, pour la garde des Sceaux, une erreur stra- tégique. Reste aux députés socialistes à se prononcer. L’opportunité de dé- poser cet amendement PMA sera dé- battue mardi ou mercredi en réunion

de groupe. L.A. et L.Br.

Leniveautropprimaire

despetitsFrançais

ÉDUCATION Une enquête réalisée sur des élèves de CM1 montre que leurs capacités de lecture et de compréhension d’un texte déclinent.

E ncore une mauvaise

note pour l’école fran-

çaise. Selon une étude

internationale publiée mardi, les élèves de CM1 ont un ni- veau de lecture inférieur à la moyenne européenne, en baisse depuis dix ans. En plus, interrogés sur un texte, ils sont les plus nombreux à laisser des questions sans ré- ponse, particulièrement lorsqu’elles doivent être lon- gues, signe d’un inquiétant manque de confiance, voire d’un blocage à l’écrit. La troisième enquête PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study), me- née tous les cinq ans sur des élèves à la fin de leur qua- trième année de scolarité obligatoire, s’est déroulée dans 54 pays en mai 2011. Avec un score de 520 points, les petits Français se situent au-dessus de la moyenne in- ternationale (500 points). Mais si l’on compare avec des pays ayant le même ni- veau de développement – ceux de l’Union Euro- péenne et de l’OCDE (l’Or- ganisation pour la coopéra- tion et le développement en Europe)–, la moyenne fran- çaise est bien inférieure, très loin derrière les quatre du peloton de tête : Hongkong (571 points), la Russie (568), la Finlande (568) et Singa- pour (567). A l’aise. En dix ans, en- tre 2001 et 2011, le niveau de lecture des jeunes Français a en plus légèrement baissé –l’enseignement privé s’en tirant toutefois mieux que le public. Mais le plus grave est ailleurs: c’est dans les com- pétences les plus complexes – consistant à «interpréter» ou à «apprécier» un texte –

à «interpréter» ou à «apprécier» un texte – L’enquête est menée sur des élèves à la

L’enquête est menée sur des élèves à la fin de leur

quatrième année de scolarité. PHOTO CHARLES PLATIAU. REUTERS

que les élèves de CM1 sont les plus faibles et où leurs per- formances ont décliné ces dernières années. Les Fran- çais sont plus à l’aise dans les

mations ou à faire des dé- ductions. «Plus la réponse attendue doit être élaborée,

plus le score des élèves français diminue: 53% de réussite aux questions à répon-

ses construites brè- ves (un mot ou un groupe de mots), et 20% aux questions où on attend un pe- tit paragraphe»,

souligne la note de la DEPP (direction de l’évaluation, de la prospec- tive et de la performance) du ministère de l’Education.

«Plus la réponse attendue doit être élaborée, plus le score des élèves français diminue.»

Une note du ministère de l’Education

QCM (questions à choix mul- tiples) ou dans les exercices simples de lecture, deman- dant à «prélever» des infor-

La DEPP rappelle l’une de ses études récentes montrant la hausse du nombre d’élèves en difficulté à l’écrit depuis une dizaine d’années: «Près d’un élève sur cinq est aujourd’hui concerné en début de sixième, et la dégradation concerne plus particulièrement les élèves les plus en diffi- culté.» Dans l’enquête PIRLS, les petits Français sont ainsi surreprésentés dans le groupe le plus faible et sous-représentés dans le plus fort. Rédiger. Comme lors des deux études précédentes, craignant de se tromper ou fâchés avec l’écrit, les Fran- çais se distinguent des autres Européens par le nombre im- portant de réponses qu’ils laissent en blanc dès qu’il s’agit de rédiger. Ils sont aussi plus nombreux, avec les Belges, à ne pas terminer les épreuves –sept fois plus que les Finlandais, les Néerlan- dais ou les Irlandais du Nord. Réalisée en 2011, la dernière enquête PIRLS a porté sur des élèves qui ont suivi les nouveaux programmes in- troduits en 2008 et qui sont passés à la semaine des qua- tre jours –deux réformes de l’ère Sarkozy. Mais cela n’a pas permis d’inverser la ten- dance, ce qui était pourtant le but affiché. Cela n’a pas échappé à Vincent Peillon qui, dans un communiqué, a fustigé «l’échec des politiques menées depuis 2007». Le mi- nistre de l’Education en a profité pour vanter le bien- fondé de sa Refondation de l’école, avec la priorité don- née au primaire et la réforme de la notation pour «redon- ner confiance aux élèves».

VÉRONIQUE SOULÉ

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

CONFIDENTIEL

CLAUDE

SÉRILLON

AU SEUIL

DE L’ELYSÉE

L’arrivée du journaliste Claude Sérillon à l’Elysée est imminente. «Ce n’est plus qu’une question de jours. Tout le monde est d’accord, on attend juste l’officialisation du président de la République», indique une source élyséenne. Selon nos informations, et comme l’indiquait Libéra­ tion mi­novembre, l’ex­pré­ sentateur du 20 heures d’Antenne 2, et intime de François Hollande, ne vien­ dra pas prendre la tête de la direction de la communi­ cation de l’Elysée. Ni même travailler sur les questions audiovisuelles, piste qui a été un moment évoquée. Sérillon devrait s’occuper de l’image du Président et nourrir la réflexion sur sa stratégie de communica­ tion, au côté de Claudine Rippert et Christian Gravel.

LES GENS
LES GENS

JEAN­FRANÇOIS COPÉ MISE SUR LA TRÊVE DE NOËL

Après le dialogue de sourds, la joute écrite. Le président proclamé de l’UMP, qui entend le rester au moins jusqu’au prin­ temps 2014, publie aujourd’hui dans le Figaro une tribune peu suscepti­ ble de plaire à son oppo­ sant François Fillon. Lequel avait hier dans les colonnes du même quotidien appelé à l’organisation d’élections rapides au nom de l’«hon­ neur» de l’UMP, dénonçant le «calendrier élargi et dila­ toire» prôné par Jean­Fran­ çois Copé. «L’heure n’est plus à ergoter sur des his­ toires de vote ou de revote», riposte aujourd’hui ce dernier, appelant à «mettre fin à ce concours Lépine ridicule qui déses­ père [les] militants». Et de jouer l’offensé grand sei­ gneur qui, s’il ne peut «plus accepter d’être caricaturé en diviseur», du moins «forme le vœu que la trêve de Noël apaise les esprits». Pas si sûr. PHOTO AFP

de Noël apaise les esprits». Pas si sûr. PHOTO AFP TRAMWAY JEAN­MARC AYRAULT SE RASSURE AU

TRAMWAY JEAN­MARC AYRAULT SE RASSURE AU MAROC

Un tramway ultramoderne pour une ligne de 31 kilomètres construit en trente mois par une entreprise française: Jean­Marc Ayrault n’avait que des raisons de sourire hier à Casablanca, où il a assisté à l’inauguration de la ligne A par le roi du Maroc, Moham­ med VI. Les deux dirigeants ont embarqué dans la cabine de pilotage de l’une des 37 rames fabriquées par Alstom pour relier deux stations le long de l’avenue Hassan II, où des milliers de personnes s’étaient massées. «Quand je viens ici, au Maroc, cela me permet de relativiser nos problèmes, a déclaré Ayrault. Les Marocains voient en la France un atout, une force, une grande puissance. Chaque fois que je me déplace, c’est cette force et cette fierté que je ressens. Et cela me donne encore plus de courage pour faire ce que je dois faire pour la France», a­t­il ajouté avant un séminaire gouvernemen­

tal à Rabat, aujourd’hui. L.Br. PHOTO AZZOUZ BOUKALLOUCH. AFP

Votedesétrangers:

l’exécutifsurla réserve

CONSTITUTION Pressé d’agir par le PS, le gouvernement estime que des «voix manquent à l’appel».

A toute petite cadence. Au lendemain de la demande des députés

PS d’ouvrir le débat parle- mentaire sur le droit de vote des étrangers aux élections locales, le gouvernement est resté plus que prudent. A l’is- sue du Conseil des ministres, sa porte-parole, Najat Val- laud-Belkacem n’a pu hier, «ni infirmer ni confirmer» la préparation d’un projet de loi sur l’engagement de campa- gne numéro 50 de François Hollande. Toutefois, «la mo- bilisation actuelle du groupe pour convaincre les voix qui manquent à l’appel est la bien- venue», a-t-elle souligné. Un manque, car la gauche ne dispose pas d’une majorité des trois cinquièmes au Par- lement, seuil nécessaire pour modifier la Constitution.

Référendum. Et puisque

Hollande se refuse à convo- quer un référendum sur le sujet, le PS doit débaucher des élus de droite. D’où la «lettre à tous les parlementai- res» d’Harlem Désir, publiée hier dans Libération, dans la- quelle le premier secrétaire du PS y défend «une arme […]

contre le repli identitaire». «Je ne peux qu’inciter les députés à poursuivre ce travail», a re- pris Vallaud-Belkacem. Sauf que les élus socialistes de- mandent désormais un texte au gouvernement pour «ouvrir le débat». Timide, l’exécutif préfère temporiser. «Il est normal que le gouvernement prenne plus de 24 heures pour décider de quand et comment il va pro- céder», veut croire un res-

groupe est chaud bouillant», rapporte un parlementaire. «On sait que c’est difficile, mais on a envie de croiser le fer», poursuit le député de Paris, Jean-Christophe Cam- badélis, initiateur d’une pé- tition qui aurait recueilli, se- lon lui, 75 000 signatures. Dépôt. Remontée à bloc, une partie de l’aile gauche du PS réclame le dépôt rapide d’un projet de loi afin de permettre à la réforme d’être mise en œuvre

aux municipales de mars 2014.

En revanche, les

chevènementis-

tes ne veulent pas

de ce change- ment : «Le but, c’est l’inté- gration», a défendu hier Chevènement. L’ancien mi- nistre est favorable à des «naturalisations» en guise de symbole d’«intégration». Des alliés qui font défaut. Pas de quoi inquiéter le PS pour un vote à l’Assemblée : «Ils sont quatre à être contre, ré- pond un député. On aura les écologistes et les communistes avec nous.»

LILIAN ALEMAGNA

«On sait que c’est difficile, mais on a envie de croiser le fer.»

Jean­Christophe Cambadélis PS

ponsable socialiste de l’As- semblée. Hier, néanmoins, Alain Vidalies, ministre des Relations avec le Parlement, s’est montré très réservé :

«Le jour où on aura l’assu- rance que la majorité des trois cinquièmes existe, ce texte sera inscrit de manière priori- taire.» Soit une position identique à celle exprimée mi-novembre par Hollande. Mais, derrière, la base socia- liste pousse ses chefs. «Le

FRANCEXPRESSO 13

VU DE MARSEILLE

Par OLIVIER BERTRAND

Jean-Noël Guérini privé de son immunité par le bureau du Sénat

J ean-Noël Guérini risque

de découvrir sous peu les

affres de la garde à vue.

Le bureau du Sénat a levé hier une partie de l’immu- nité parlementaire du prési- dent socialiste du conseil général des Bouches-du- Rhône, afin de permettre au juge marseillais Charles Du- chaine de l’entendre sous contrainte. Sur les trois dos- siers distincts qu’instruit le magistrat dans l’environne- ment du département, celui pour lequel il demande la mainlevée du parlementaire semble particulièrement in- quiétant. Dans sa demande au Sénat, le juge, qui bénéfi- cie depuis peu d’une protec- tion policière comme le révé- lait hier la Provence, évoque le «caractère mafieux de l’or- ganisation mise à jour».

Ce pan de l’instruction s’in- téresse aux liens directs exis- tant entre le milieu mar- seillais et les marchés publics du département et de ses sa- tellites, dans tous les secteurs ou presque relevant de la compétence du conseil géné- ral: constructions des collè- ges, gendarmeries, casernes de pompiers; constructions et autorisations de maisons de retraite; sécurité des bâti- ments de la collectivité; ges- tion de certains ports (Libé- ration du 22 octobre), etc.

Alexandre Guérini, le frère du président du conseil gé- néral –et cadre, comme son

aîné, du Parti socialiste jus- qu’à sa mise en examen –, avait placé des hommes de confiance et des fonction- naires très souples à la tête des services et structures associées à l’assemblée dé- partementale. Ils accordaient des marchés à des entrepri- ses ou des architectes que leur présentait Alexandre Guérini et qui faisaient en- suite travailler des entrepri- ses contrôlées par le milieu. Celles-ci surfacturaient, avant de blanchir l’argent à l’étranger.

Parmi les membres notoires du milieu marseillais intro- duits par Alexandre Guérini, se trouve Bernard Barresi, qui était au moment des faits en cavale, condamné par con- tumace pour braquage –af- faire pour laquelle il a été ac- quitté depuis. Barresi était parfois présent sur les chan- tiers sous un faux nom. Les entreprises qu’il contrôlait en sous-main faisaient dans la sécurité, la maîtrise d’œuvre ou le BTP. Celles proches de Michel Campanella, autre fi- gure du milieu, faisaient no- tamment dans la dépollution. Les deux hommes ont été mis en examen la semaine der- nière pour «association de malfaiteurs en vue de la com- mission du délit de trafic d’in- fluence», «blanchiment», et «faux et usage de faux». La première qualification me- nace (de nouveau) Jean-Noël Guérini.

«Je trouve cela assez minable […]. Tout cela pour ne pas payer d’impôt, pour ne pas en payer assez. […] Payer un impôt, c’est un acte de solidarité, c’est un acte patriotique.»

Jean­Marc Ayrault commentant hier sur France 2, l’exil fiscal de Gérard Depardieu

ATTAQUE Le député (UMP) Bruno Le Maire a estimé que François Hollande n’était «pas l’homme du moment», vu les «situations graves» que traverse le pays. Invité hier de Questions d’info LCP- France Info-le Monde-AFP, l’ancien ministre l’a décrit comme «un président qui, au lieu de nous présenter une vi- sion, un cap de long terme, soit pour la France soit pour l’Eu- rope, s’en tient à des petites mesurettes de circonstance».

CONTRE­ATTAQUE En ré- ponse à Le Maire, François Rebsamen, président du groupe PS au Sénat, s’est ins- crit en faux. «François Hol- lande est mieux que l’homme du moment, il est l’homme de la situation pour redresser la France, rétablir l’équilibre des comptes publics, retrouver la voie de la croissance et de l’emploi et redonner espoir et confiance à notre pays», a-t-il jugé, critiquant «l’incurie du gouvernement précédent».

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REPÈRES

ECONOMIE ECONOMIE

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

13 DÉCEMBRE 2012 LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 RIO TINTO ALCAN Le leader mondial de la

RIO TINTO ALCAN

Le leader mondial de la production d’aluminium est une filiale de Rio Tinto, groupe minier multinatio­ nal anglo­australien. Il est né du rachat de Pechiney par Alcan en 2003, lui­ même racheté par Rio Tinto en 2007.

Les deux principaux sites français de Rio Tinto Alcan (production d’aluminium) sont à Dunkerque (Nord) et Saint­Jean­de­Maurienne (Savoie), ce site abritant un centre de recherches et développement.

«Il ne faut pas chercher à chaque fois une solution artificielle [la nationalisation] qui réglerait tout comme un coup de baguette magique.»

Jean­Marc Ayrault hier

60,5

C’est, en milliards de dol­ lars, le chiffre d’affaires de Rio Tinto en 2011, pour un bénéfice de 5,8 milliards.

Arnaud Montebourg à à Saint­Jean­de­Maurienne, en mars, au moment de la mise en vente du site par Rio Tinto. PHOTO JEFF PACHOUD.AFP

Rio Tinto:

unnouveau

fleuronàsauver

Battu sur le front de l’acier, Arnaud Montebourg est passé à une autre bataille: sauver l’aluminium français via un plan de reprise de plusieurs sites, dont Saint-Jean- de-Maurienne.

Par YANN PHILIPPIN

d’un ex-fleuron industriel tricolore, passé entre les mains d’une multinatio- nale obsédée par les profits.

Fondé en 1893, le site de Saint-Jean-de- Maurienne est issu du champion fran- çais de l’aluminium Pechiney, racheté et pillé en 2003 par le canadien Alcan, lui-même croqué en 2007 par le

géant minier anglo-australien

Rio Tinto. Lequel a vendu le plus gros de l’ex-empire Pechiney. Avant de décréter, début 2012, la cession ou la fermeture de la moitié de ses usines d’aluminium, coupables de cracher moins de cash que ses mines.

A près l’acier de Florange,

l’aluminium de Saint-Jean-

de-Maurienne. Selon

le Monde d’hier, le ministre

du Redressement productif, Arnaud Montebourg, aurait menacé le

groupe Rio Tinto de nationaliser

l’usine savoyarde (et ses 600 sa- lariés) pour peser dans la négociation en cours sur la cession du site. Alors même que cette piste avait été rejetée par Jean-Marc Ayrault dans le dossier Florange. Montebourg et Ayrault ont tous deux démenti les informations du Monde. «La situation n’est pas compara- ble à celle de Florange, où il y avait un vrai conflit entre l’Etat et Mittal. Avec Rio Tinto, le jeu est ouvert», assure un pro- che des négociations. L’enjeu est crucial pour Montebourg, en quête d’un succès après le désaveu cinglant qu’il a subi sur Florange. Mais surtout pour l’industrie française, qui risque de perdre une fi- lière stratégique. Sur le fond, le parallèle entre Saint- Jean-de-Maurienne et Florange est frappant. Dans les deux cas, il s’agit de sauver de la fermeture une usine issue

RÉCIT

PRÉTEXTE. A Saint-Jean-de-Mau- rienne, le groupe a pris pour prétexte l’expiration, en 2014, du contrat qui lui assure un approvisionnement électrique à bas coût (le courant pèse 40% des charges de l’usine). EDF a pourtant fait une nouvelle offre jugée «très compéti- tive» par Rio Tinto, mais «insuffisante» pour atteindre ses objectifs de rentabi- lité. Le groupe a donc mis en vente le site dès le mois de mars. Avant de con- firmer, en octobre, que l’usine fermerait s’il n’y avait pas de repreneur d’ici la fin de l’année. Un choc terrible pour les

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

13 DÉCEMBRE 2012 LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 syndicats et les élus locaux, persuadés depuis le

syndicats et les élus locaux, persuadés depuis le départ que Rio Tinto veut li- quider le site pour réduire sa production et faire remonter les cours de l’alumi- nium. «La question est désormais de sa- voir si ce sera une vraie reprise. Les grands groupes ont l’art de trouver des repreneurs qui sont en fait des mandataires chargés d’organiser la fermeture», indique le sé- nateur UMP de Savoie Jean-Pierre Vial, en pointe dans le combat. En octobre, Arnaud Montebourg annon- çait que le Fonds stratégique d’investis- sement (FSI) était impliqué dans le sau- vetage de Saint-Jean-de-Maurienne et de l’usine de Castelsarrasin (Tarn-et- Garonne), elle aussi menacée. De sour- ces proches du dossier, deux projets de reprise sont examinés à Bercy : l’un émane d’un producteur d’aluminium allemand, le second est porté par deux anciens cadres de Pechiney, soutenus par des fonds d’investissements. Mais Montebourg veut aller encore plus loin. Selon nos informations, le ministre étudie un plan de reprise plus large, destiné à préserver la filière française de l’aluminium. Et qui inclurait, en plus de l’usine savoyarde, les principaux sites tricolores de Rio Tinto, c’est-à-dire

Dans le cas d’ArcelorMittal, la nationalisation était «l’outil le plus adapté», selon une étude.

Florange: note utile contre Matignon

T rop compliqué, trop cher, trop

risqué: tels étaient les arguments

–Matignon considérant qu’une natio- nalisation ne peut être utilisée que pour un groupe dans son ensemble, voire une filière entière – Catherine Bergeal ré- pond au contraire que la démarche «peut ne concerner qu’un bien ou un éta- blissement». Sur le volet financier, enfin, le coût pour les finances publiques serait infé- rieur aux chiffres distillés par l’entou- rage de Jean-Marc Ayrault. Intitulée «projet Séraphin» et datée du 28 no- vembre, une note réalisée par le Fonds stratégique d’investissement concluait ainsi que «410 millions d’euros d’argent public auraient au maximum été mobili-

de Matignon pour repousser le

projet de nationalisation du site Arce- lorMittal de Florange, en Moselle. «Une loi de nationalisation, c’est long, il y a des risques de contentieux, Mittal ne se serait pas laissé faire», disait ainsi l’entourage de Jean-Marc Ayrault, le 4 décembre, pour mieux vendre sa propre solution (l’abandon des hauts fourneaux) contre le projet de nationalisation du ministre

du Redressement productif, Arnaud Montebourg. Et d’avancer également, à l’époque, le coût exorbitant d’une

telle opération: 1 milliard d’euros, dont 600 millions à la charge de

l’Etat. Tableau. Or, selon le Canard Enchaîné et le Monde, l’option nationalisation n’était pas si dispendieuse ni acrobatique juridiquement que Matignon

le prétend. Une note signée par la responsable des affaires juridi- ques de Bercy, Catherine Bergeal, et dé- voilée par les deux titres dresse un tout autre tableau de l’opération. Considé- rant la nationalisation comme «l’outil le plus adapté», la juriste estime ainsi que l’argument de la «sauvegarde de l’emploi» peut être invoqué et «serait très vraisemblablement suffisant pour que le Conseil constitutionnel ne conteste pas ce que le législateur décide de consi- dérer comme étant d’intérêt général». Pas d’obstacle, non plus, au plan européen, «le risque d’assimilation de la nationali- sation à une aide d’Etat parai[ssant] fai- ble». Quant à la question du périmètre

Le coût d’une telle opération pour les finances publiques serait inférieur aux chiffres distillés par l’entourage d’Ayrault, selon le Fonds stratégique d’investissement.

sés», contre les 600 millions avancés par Matignon. Fonds propres. Car si le financement total aurait bien été de 1,1 milliard sur la période 2013-2015, seuls 630 millions auraient du être avancés en fonds pro- pres, le reste (470 millions) pouvant être financé par endettement. Et sur les 630 millions, 220 auraient été ap- portés par les repreneurs (Serin, Du- ferco et Severstal). Restait donc un peu plus de 400 millions d’argent public à débourser, que l’Etat aurait pu récupé- rer, à terme, en privatisant ensuite sa participation.

LUC PEILLON

l’usine de Dunkerque et le labo de re- cherche de Saint-Jean-de-Maurienne, où a été inventée la technologie qui équipe 75% des usines d’aluminium dans le monde. «L’un de ces sites, ou les deux, pourrait faire partie de l’accord, et être repris dans un second temps», expli- que une source informée. «A nous peut- être d’imaginer une reconstitution d’un groupe économique de l’aluminium fran- çais», c’est-à-dire un petit Pechiney, avait lancé Montebourg en juillet.

«CASSE». Sur le terrain, les acteurs sont unanimes: c’est l’ensemble de la filière qui est menacée par Rio Tinto. «Le site de Dunkerque risque d’avoir le même pro- blème que celui de Saint-Jean-de-Mau- rienne, car son contrat d’électricité arrive à échéance en 2017», s’inquiète Eric Massat, délégué CFDT de l’usine sa- voyarde. «Rio Tinto est en train de se dé- sengager de l’Europe. Malgré leurs pro- messes, ils vont aussi fermer Dunkerque», assure un ancien cadre de Pechiney. Seul problème : Rio Tinto ne veut pas vendre l’usine nordiste, plus moderne. Mais des proches du dossier pensent qu’une ouverture est possible. Le blo- cage viendrait principalement de la

branche canadienne du groupe (l’ex- Alcan), qui verrait d’un mauvais œil la reconstitution, même partielle, d’un concurrent puissant en France. L’urgence reste toutefois de sauver le site de Saint-Jean-de-Maurienne. Ce qui nécessitera un nouveau contrat avec EDF, mais aussi une coûteuse remise à niveau des installations. «Rio Tinto a or- ganisé la casse du site en gelant les inves- tissements depuis des années», dénonce un ancien cadre de l’usine. Résultat :

moins de 100 cuves sur 120 sont aujour- d’hui en fonctionnement. Malgré cela, le site a dégagé 600 millions d’euros de profit opérationnel ces dix dernières an- nées. «Nous sommes compétitifs, car nous sommes spécialisés dans les fils d’aluminium, un créneau à haute valeur ajoutée et en croissance», explique Phi- lippe Martin, de la CGC. L’usine est plé- biscitée par ses clients, les fabricants français de câbles. A tel point que leur syndicat professionnel, le Sycabel, s’est inquiété, le 12 octobre, des «menaces» qui pèsent sur Saint-Jean-de-Mau- rienne. Et d’expliquer que sa fermeture provoquerait une «hausse» des prix, aucun site européen n’étant en mesure de le «remplacer à court terme».

ECONOMIE

ECONOMIE

15 15

CARNET naissanCe Évènement spécial à l'UNESCO : Caroline et Renaud BARBARAS Louis, Filipe et Ysé
CARNET
naissanCe
Évènement spécial à
l'UNESCO :
Caroline et Renaud BARBARAS
Louis, Filipe et Ysé
ont la joie d'annoncer la
naissance de
Thadée
le 3 décembre 2012
L'Héritage du
"Printemps Silencieux"
de Rachel Carson à l'occasion
du 50e anniversaire de sa
publication
UNESCO 125, avenue de
Suffren, Paris 7e
14 décembre 2012, salle IV,
71 rue Félix Thomas
44000, Nantes.
DéCès
Paris
Victor, son fils
Véronique et Charles
RŒDERER, ses parents
Ségolène, sa sœur,
et sa fille Alix
Elisabeth HOUEL ,
sa compagne, et sa fille Eloïse
Les familles RŒDERER et
THEIS,
9h30 16h
entrée libre et gratuite
(interprétation simultanée en
français et anglais)
Quel est l'impact des
pesticides et des pollutions
chimiques sur notre
environnement et
sur l'océan ?
Les femmes ont-elles un rôle
spécifique à jouer dans les
domaines liés à
l'environnement ?
Quel chemin faut-il tracer
pour un développement
durable ?
ont la très grande douleur de
vous faire part de la mort de
Grégoire RŒDERER
Administrateur, Directeur de
l'Accueil et de la
Sécurité du Sénat
Le 10 décembre 2012, dans sa
54ème année.
Présentations et débats avec le
public en présence de
représentants d'ONG, de
scientifiques, de chercheurs et
d'étudiants.
Programme & Inscription
en ligne :
http://www.unesco.org/new
/fr/natural-sciences/ioc-
Les obsèques auront lieu à
oceans/about-us/special-
Paris en l'église du
Val de Grâce
Le vendredi 14 décembre 2012
à 10h30.
events/the-legacy-of-rachel-
carsons-silent-spring/
Ni fleurs, ni couronnes,
dons éventuels à la fondation
ARCAD
Cet avis tient lieu de
faire-part et de
remerciements.
Le Car net
ConférenCes
Vous Vous organisez organisez
Ecole Pratique des Hautes
Études en Psychopathologies
EPhEP
Conférence du
un un colloque, colloque,
un un séminaire, séminaire,
une une conférence… conférence…
Dr. Daniel ZAGURY,
Contactez-nous Contactez-nous
Psychiatre des hôpitaux,
expert auprès de la Cour
d'Appel de Paris.
Usage et mésusage du
transfert : à propos de quelques
affaires judiciaires.
Réser vations et insertions
la veille de 9h à 11h
pour une parution le lendemain
Président de séance :
M. M.PEYROT,
ancien chroniqueur
judiciaire au journal
Le Monde
Discutant : Me C. de Seze,
avocat, membre du Conseil de
l'Ordre au Barreau de Paris
Tarifs 2012 : 16,30 € TTC la ligne
Forfait 10 lignes 153 € TTC
pour une parution
(15,30 € TTC la ligne supplémentaire)
Abonnés et associations : -10%
Tél. 01 40 10 52 45
Fax. 01 40 10 52 35
Le jeudi 20 décembre 2012
de 21 h à 22 h 30
Centre Sèvres,
Vous pouvez nous faire parvenir
vos textes par e.mail :
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35 bis rue de Sèvres,
75006 Paris
Entrée : 20 €
Renseignements et
La reproduc tion
de nos petites annonces
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inscription sur place ou au
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carnet-libe@amaurymedias.fr

3ème

16 ECONOMIEXPRESSO

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

ECONOMI EXPRESSO LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 Les 3 plus fortes CAP GEMINI FRANCE TELECOM MICHELIN
ECONOMI EXPRESSO LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 Les 3 plus fortes CAP GEMINI FRANCE TELECOM MICHELIN
ECONOMI EXPRESSO LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 Les 3 plus fortes CAP GEMINI FRANCE TELECOM MICHELIN

Les 3 plus fortes

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 Les 3 plus fortes CAP GEMINI FRANCE TELECOM MICHELIN LaGrècereprend

CAP GEMINI

FRANCE TELECOM

MICHELIN

2012 Les 3 plus fortes CAP GEMINI FRANCE TELECOM MICHELIN LaGrècereprend sadetteenmain CRISE Athènes a clos

LaGrècereprend

sadetteenmain

CRISE Athènes a clos hier le rachat de ses propres

obligations, bradées par des investisseurs privés.

propres obligations, bradées par des investisseurs privés. Bourse d’Athènes, hier. La dette de la Grèce frôle

Bourse d’Athènes, hier. La dette de la Grèce frôle les 180% du PIB. PHOTO JOHN KOLESIDIS. REUTERS

C’ est un énième mon- tage financier censé remettre la Grèce sur

la voie du redressement de ses finances publiques. Hier soir, l’opération de rachat d’une partie de sa dette par l’Etat hellène semblait avoir été un succès. Sur le papier, tout a fonctionné… Ou pres- que. Le 27 novembre, les mi- nistres des Finances de la zone euro avaient décidé de diminuer la dette grecque. L’objectif était simple : ré- duire l’endettement du pays qui frôle les 180% du PIB, tout en visant un taux de 124% à l’horizon 2020.

«Sans accroc». Outre un

prolongement des délais de remboursement et une ré- duction des taux d’intérêt, les partenaires européens et le Fonds monétaire interna- tional (FMI) avaient alors de- mandé à Athènes de mettre en place l’opération de rachat d’une partie de sa dette déte- nue par des investisseurs pri- vés grecs et étrangers. C’est donc une première phase de cette mécanique financière, mise en musique

le 3 décembre, qui prend fin. Au total, Athènes est en me- sure de racheter une partie de sa propre dette. Depuis hier, les banques et autres investisseurs sont disposés à céder des obligations publi- ques grecques, dont la valeur faciale s’élève à 31,9 milliards d’euros, pour «seulement» 11,29 milliards. Petit souci :

ce montant dépasse de 1,29 milliard le scénario con- cocté le 27 novembre par l’Eurogroupe et le FMI et calé à 10 milliards d’euros. Les ministres des Finances de la zone euro devraient donner leur réponse ce matin. «On peut considérer que l’opé- ration de rachat de dette s’est déroulée sans accroc. Pour autant, elle ne permet pas d’assurer, comme le prétendent ses promoteurs, que le pays est sur la voie de sortie de crise. Le PIB de la Grèce est toujours en chute libre, les salaires s’effon- drent, et la demande est en pleine dépression… A terme, il faudra se résoudre à tirer un trait sur une plus grosse partie de la dette», estime Jésus Castillo chez Natixis. Et

d’ajouter: «Ce montage per- met de réduire la dette de 20 milliards, ce qui correspond à une baisse de la dette publi- que de 10%. Mais il reste en- core 330 milliards d’euros de dette, soit 160% du PIB.» De l’évaluation par les ministres des Finances de la zone euro de cette opération de rachat de dette dépend le versement de 34,4 milliards d’euros de prêts gelés depuis juin. «Ridicule». Pour l’écono- miste Kostas Vergopoulos, «ce rachat frôle le ridicule et le bénéfice en sera très limité. De plus, seul le secteur privé est mis à contribution alors que la Banque centrale européenne détient elle aussi dans ses comptes pour près de 50 mil- liards d’euros de dette grecque. Mais, arc-boutée sur ses sta- tuts rigides, elle refuse de venir en aide à la Grèce en bradant, comme le secteur privé, une partie de cette dette». En at- tendant, les taux obligataires des pays de la zone euro ju- gés fragiles ont profité du succès de l’opération. Comme un air de déjà-vu.

VITTORIO DE FILIPPIS

«Je rappelle au gouvernement qu’il est indispensable de mettre en œuvre d’ici la mi-2013 des décisions majeures sur l’impôt sur la fortune, y compris sur l’immobilier et, aussi difficile que cela puisse l’être, sur les voitures.»

Le président russe Vladimir Poutine hier, promettant plus d’équité économique

9,1%

C’est le taux de participa­ tion des salariés des très petites entreprises au

premier scrutin syndical organisé dans les entrepri­ ses employant moins de

11 personnes. Les envelop­

pes de vote peuvent être renvoyées jusqu’au

17 décembre. Les résultats

seront connus le 21.

LES GENS
LES GENS

LOÏC LE MEUR REVEND LEWEB

Reconverti dans l’organisa­ tion de conférences sur les nouvelles technologies aux tickets d’entrée assez éle­ vés, le «serial entrepre­ neur» français Loïc Le Meur vient de revendre la majo­ rité de son événement LeWeb à Reed Midem, filiale française du leader mondial des salons profes­ sionnel Reed Exhibitions. Le montant de la transac­ tion n’a pas été révélé. Créé il y a huit ans, LeWeb vient de rassembler 3500 personnes à Paris et existe à Londres depuis 2011, et a accueilli des têtes d’affiche presti­ gieuses –Eric Schmidt (Google), Jack Dorsey

(Twitter)… PHOTO REUTERS

Schmidt (Google), Jack Dorsey (Twitter)… PHOTO REUTERS +0,01 % / 3 646,66 PTS 2 089 029

+0,01 % / 3 646,66 PTS

2 089 029 564€ -12,71%Dorsey (Twitter)… PHOTO REUTERS +0,01 % / 3 646,66 PTS Les 3 plus basses VEOLIA ENVIRON.

Les 3 plus basses

VEOLIA ENVIRON.

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564€ -12,71% Les 3 plus basses VEOLIA ENVIRON. EDF L OREAL 13 252,85 +0,03 % 3

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3 plus basses VEOLIA ENVIRON. EDF L OREAL 13 252,85 +0,03 % 3 018,69 -0,12 %

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9 581,46 +0,59 %

DÉCRYPTAGE

Par CHRISTOPHE ALIX

Le gouvernement lance le contrat de génération

E ngagement phare de

François Hollande, le

contrat de génération

des binômes jeune-se-

pour encourager l’em-

bauche des premiers et ga-

rantir l’emploi des seconds.

Il a été adopté hier en Conseil

des ministres avant un exa-

men prévu pour la mi-janvier

au Parlement.

nior

crée

Réservé aux PME

Seules les entreprises de

moins de 300 salariés auront

droit à une aide financière.

Celles de moins de 50 seront

directement éligibles, celles entre 50 et 300 devront au préalable avoir conclu un ac-

cord collectif (ou être cou-

vertes par un accord de branche). La prime, de 4 000 euros par an pendant

trois ans maximum, sera

versée pour l’embauche en

CDI d’un jeune de moins

de 26 ans (moins de 30 ans si handicapé) en même temps qu’est maintenu en poste un salarié de plus

de 57 ans (55 ans si handi-

capé ou nouvelle embauche).

Le gouvernement espère 500 000 embauches de

jeunes sur cinq ans. Les plus grandes entreprises ne rece- vront aucune aide mais ris- queront une pénalité si elles ne négocient pas, avant le 30 septembre, des accords en lieu et place des accords se-

niors en vigueur de- puis 2010. Si le Medef est prudent sur l’objectif de 500 000 embauches, la CGPME en espère un très rapide «regain d’activité».

Un dispositif coûteux

Après un premier investisse- ment, de l’ordre de 180 mil- lions pour l’Etat en 2013, le dispositif va progressive- ment monter en puissance pour atteindre un coût an- nuel «de l’ordre de 900 mil- lions» d’euros en 2016, selon le ministre du Travail, Mi- chel Sapin. Son coût sera in- tégré dans le financement global du pacte de compéti- tivité (20 milliards de crédit d’impôt), sans que l’on en sache plus sur les modali- tés de financement. Le dispositif devrait connaître une application dans les petites entreprises dès le 1 er janvier.

ÉPARGNE Le taux du Livret A

pourrait baisser pour la pre- mière fois depuis 2009 afin de l’ajuster au rythme de l’inflation. Le gouvernement

a annoncé ne pas encore avoir tranché.

PRIX

du reportage

AUDIO

PLANCHE À BILLETS La ban- que centrale américaine va intensifier en 2013 sa créa- tion monétaire de 45 mil- liards de dollars supplémen-

taires par mois pour soutenir la reprise outre-Atlantique.

taires par mois pour soutenir la reprise outre-Atlantique. Envoyez votre reportage avant le 10 janvier 2013
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Longueur d'ondes, 10 e festival de la radio et de l'écoute, du 7 au 10 février 2013, Brest e festival de la radio et de l'écoute, du 7 au 10 février 2013, Brest

L

Spécial images

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 Hua Rong, un jeune gradé de l’armée des Song. ÉDITIONS
LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012
Hua Rong,
un jeune
gradé
de l’armée
des Song.
ÉDITIONS FEI
COLLECTIF
Au bord de l’eau
Traduit du chinois par Nicolas
Henry & Si Mo. Editions Fei,
coffret de 30 volumes, 79€.

P ar la bande dessinée, quand elle était enfant, Xu Ge Fei avait découvert en Chine les classiques français les Trois Mousquetaires et Notre-Dame

de Paris. Devenue éditrice à Paris, elle nous initie à un classique chinois, Au bord de l’eau, en usant du même format:

les petits fascicules de lianhuanhua, la bande dessinée traditionnelle. En

30

volumes de 13×9cm, une gravure lé-

gendée par page, le tout rangé dans un

coffret bleu, voici les hauts faits en noir et blanc de lascars valeureux, et pas toujours vertueux. Rassemblée en roman au XIV e siècle par Shi Nai-an, plus ou moins définitive- ment fixée au XVII e par l’éditeur Jin Sheng-tan, l’épopée a été publiée dans

la

Pléiade par Jacques Dars, puis en Fo-

lio: «Un western sur des rebelles des pa-

ludes devient ici de la grande littérature»,

a

histoire de la littérature chinoise.

36

œuvré à l’édition BD parue à l’ori- gine à Pékin en 1981. Vers la fin, on assiste à des combats d’envergure, des charges de cavaliers la lance en avant, et à des batailles navales qui justifient le titre, Au bord de l’eau. Au début, il faut se préparer aux ren- contres successives, un héros à la fois,

illustrateurs et 16 adaptateurs ont

écrit Jacques Pimpaneau dans son

qui laisse la place à un autre, qui doit

s’enfuir à son tour, et chemine solitaire. Ils sont fils de famille ou brigands, tous hors-la-loi pour avoir défié l’injustice

et

poings, du sabre et du bâton, cham- pions d’arts martiaux, ils pillent sans scrupules mais pactisent volontiers :

la morgue des puissants. Jouant des

«Depuis toujours, les braves reconnais- sent les braves.»

CLAIRE DEVARRIEUX

Boîte à brigands

Roman chinois en BD

II L Images

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

Le chemin d’une dame

Un père et son fils écrivent depuis les tranchées à leur «très aimée» Denise

S ur la guerre de 1914-1918,

on a déjà lu de solides

ouvrages d’histoire, des

romans fameux, vu des ar-

chives filmées ou des fic-

tions inspirées. Le livre de Thierry Secretan, consacré lui aussi à cette période, est cependant singulier, et ce, dès son intitulé : 1914-1918, le temps de nous aimer. Qui est «nous» ? Une triade de prénoms, Victor, Robert et Denise, respecti- vement arrière-grand-père, grand- père et grand-mère de l’auteur. Le roman est d’abord familial quand, au début de ce siècle, Thierry Secretan découvre dans le grenier d’une maison de campagne moult «archives de guerres» ser- rées dans des cartons et des boîtes à chaussures. Plus de 1 000 lettres écrites entre juillet 1914 et juillet 1918 par Victor et Robert, mais aussi des cartes postales illus- trées et des centaines de photogra- phies. L’archiviste improvisé con-

çoit que cette correspondance intime mérite de devenir publique. Car ce courrier est un courrier du cœur, mais d’un genre plus qu’iné- dit. Mobilisés et envoyés au front, Robert et Victor adressent leur amour à la même femme, Denise, qui est à la fois l’épouse du premier et, partant, la belle-fille du second. On dirait du Courteline (que Victor et Robert fréquentaient), mais du Courteline saisi par un superbe es- prit fouriériste. Loin de concevoir jalousie, rivalité ou embarras, les deux hommes et la femme vont mutualiser leur amour et inventer une version fort peu bourgeoise du ménage à trois. Une version anar- chisante sur laquelle souffle le vent de leur liberté augmentée parce que conjuguée. Ange. Les réponses de Denise à ses deux amoureux ont disparu, Victor et Robert les brûlant dès qu’ils les recevaient par crainte qu’elles ne tombent dans des mains impures

(les «boches») ou indiscrètes (les poilus). Mais, à lire les envois de Victor et Robert, on devine dans l’absence de Denise une présence formidable. Thierry Secretan nous informe que sa grand-mère fut, pendant la guerre, infirmière au ly- cée Louis-le-Grand transformé en hôpital militaire, et que, premier accessit de violon au conservatoire,

(Victor) ou «petite femme très aimée» (Robert). Ou encore, le 28 mars 1916, de Robert, au retour d’une permission: «Le froid renforcé au cafard m’a empêché de dormir et

j’ai passé sur ma claie une bien sale nuit. Ma peau se rappelait la douceur de ton lit et elle pleurait.» Cet envoi illustre un détail de pre- mier ordre : ces gars-là écrivent comme ils respirent

dans un style de haute littérature. Victor et Robert sont deux instruits qui citent Edgar Poe,

Verlaine ou les anti- ques. Le père, haut fonctionnaire, a fait carrière dans les colonies, du Tonkin à Tahiti où il connut Gauguin. Le fils, qui bourlingua avec son père, a obtenu une licence de droit et de lettres et fut secrétaire du musée de Cluny. Des grands bourgeois? Plutôt une élite républicaine et laïque. En fili-

«Nous nous sommes embrassés avec Robert, peut-être en nous

disant “Denise”; dans tous les cas en le pensant, et nous allâmes

nous coucher.»

elle soulageait en musique la peine des blessés. Un ange à leur chevet. De toute façon, on ne peut imaginer que ce soit une idiote ou une vilaine qui ait pu inspirer une telle fusion d’amour et des mots aussi tendres. Ce n’est pas à n’importe qui qu’on peut écrire «ma très aimée petite»

grane de leurs belles lettres, Victor et Robert racontent une autre his- toire de la III e République, à gauche toute, née avec la Commune de Pa-

ris où, en 1871, Victor fit le coup de feu contre les Versaillais. Corbeau. En 1914, quand les deux hommes sont mobilisés, Victor

a 62 ans et Robert, 26. Sur la photo-

graphie qui fixe cet instant, Victor

le vieux porte fier avec sa barbe à la

Jaurès et Robert le jeune exhibe une beauté de métis, peau mate et ti- gnasse corbeau. On lit qu’entre eux, et par ricochet avec Denise, les générations ne sont pas un fossé. Ce qui les rapproche, c’est un pacte tout de confiance réciproque et à peine dite. Le 5 août 1914, Robert écrit à son fils: «Mon petit, mon cher petit, à l’heure où je t’écris ce matin, l’heure grave a sonné. En principe et par-dessus tout, il reste entendu que si tu pars, je pars. Nous partons en- semble et nous restons ensemble. Je t’embrasse de tout mon cœur, compte

Voyage

ensemble. Je t’embrasse de tout mon cœur, compte Voyage Shahn, Marion Post Wolcott, et d’autres, partir

Shahn, Marion Post Wolcott, et d’autres, partir à la rencontre de fermiers crevant de faim et vivant sans rien, parfois dehors, sous des tentes. Résultat: plus de 270000 pho­ tographies, dévoilant non seulement l’envers du décor, mais aussi la puissance d’un mé­ dium, sa capacité à enregistrer le réel sans tomber dans une esthétique pathétique. Le titre éloquent de ce livre, The Bitter Years­ les Années amères, reprend celui de l’exposition organisée par le gourou de la photo, Edward Steichen, en 1962 au Museum of Modern Art (MoMA) de New York. Elle est aujourd’hui présentée en perma­ nence au Château d’Eau de Dudelange, nouveau haut lieu culturel du Centre natio­ nal de l’audiovisuel du Luxembourg. En com­ plément utile, le DVD de Philippe Séclier, Un voyage américain (éditions Independen­ cia), où le photographe français, en roue libre sur les traces du Suisse Robert Frank, aide à comprendre combien le racisme, la tension sociale, le chômage, plombent en­ core l’Amérique du XXI e siècle.

BRIGITTE OLLIER

en­ core l’Amérique du XXI e siècle. BRIGITTE OLLIER FRANÇOISE POOS UGO BAZZOTTI Le Palais du
en­ core l’Amérique du XXI e siècle. BRIGITTE OLLIER FRANÇOISE POOS UGO BAZZOTTI Le Palais du

FRANÇOISE POOS

UGO BAZZOTTI Le Palais du Te, Mantoue Traduit

ANTOINE PASCAL Trains, la grande aventure des chemins de fer

(sous la direction de)

The Bitter Years­ Les Années amères. La Grande Dépression vue par Edward Steichen au travers des photographies de la Farm Security

de l’italien par Jérôme Nicolas. Seuil, 271pp., 60€.

Editions Ouest­ France, 128pp., 30€.

Bâti au XVI e siècle sur une île de la périphé­ rie de Mantoue, en Italie, le palais du Te, villa pour «l’honnête oisiveté» de Frédéric II Gon­ zague, est une merveille du maniérisme, qui fascina les élites. En témoigne un sonnet de Shakespeare. Une sobre architecture, qui ins­ pirera Palladio, sert d’écrin aux fresques de Giulio Romano, disciple préféré de Raphaël influencé par Michel­Ange. La chambre des géants, recouverte de peintures narrant leur révolte contre Jupiter, montre, comme disait Vasari, des personnages «si inconcevable­ ment laids et grotesques que l’on s’étonne qu’un homme ait pu concevoir de telles phy­ sionomies». D’autres peintures chantent l’amour, Ovide, les travaux, les jours… le tout magnifiquement restitué par les photos.

MARC SEMO

De la première ligne ferroviaire française re­ liant les mines de charbon de Saint­Etienne au port fluvial d’Andrézieux (Loire), jusqu’au TGV et ses 380km/h, ce livre objet est un voyage entre escarbilles et high­tech. Agré­ menté de dépliants touristiques, étiquettes de bagages, réclames, cartes de réduction ou d’une plaque émaillée, il retrace l’histoire du rail, de ses «gueules noires», de ses micheli­ nes et Picasso. Tout ce qu’il faut savoir sur les cheminots qui trimballaient la «viande» (les voyageurs) en faisant «cracher les caténaires» (toute la puissance) sans «enculer un heur­ toir» (freiner trop tard et taper le butoir) pour ne pas se faire coincer par le «fromage blanc» (chef de gare). No è pericoloso sporgersi.

GÉRARD THOMAS

Administration Thames & Hudson, 288pp., 50€.

En couverture, un cueilleur de coton, photo­ graphié en 1940, en Arizona, par Dorothea Lange, et qui a biné pendant dix heures pour un dollar. Nous avons grandi avec eux, ce sont nos amis américains, devant et derrière l’objectif, ceux qui sont au bout du rouleau et ceux qui témoignent de leur extrême misère auprès de la Farm Security Adminis­ tration, un organisme créé en 1937 dans l’élan du New Deal du président Roosevelt. C’est probablement la plus historique des missions photographiques qui vit une assem­ blée de photographes, Lange donc, mais aussi Walker Evans, Carl Mydans, Ben

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

Images L III

Robert, «Kikite» et Victor début 1918, lors d’une rare permission prise en même temps par les deux hommes.

PHOTO NADAR.COLL

THIERRY SECRETAN

temps par les deux hommes. PHOTO NADAR.COLL THIERRY SECRETAN THIERRY SECRETAN Le Temps de nous aimer.

THIERRY SECRETAN Le Temps de nous aimer. Robert, Denise et Victor:

courriers de guerre 1914­1918

La Martinière, 332pp., 35€.

sur moi, je compte sur toi. Ton papa.» De fait, ils ne se quitteront prati- quement pas pendant quatre an- nées de front commun, tous deux dans l’artillerie. Aussi fidèle l’un à l’autre qu’ils le sont à Denise. Le chaos de la guerre favorise une belle confusion des sentiments qui embrouille les identités, les rôles et même les genres. C’est une valse à trois où les surnoms battent la ca- dence: Denise est «Kikite», Victor est «le padre», Robert «la No-

notte» ou «le fieux», tournure pa- toisante pour dire fils. On frôle les Lettres à Lou d’Apollinaire, où l’être est tellement aimé que son genre flotte et varie. Ainsi de cette mis- sive du 16 août 1916 où Victor confie à Denise: «Nous nous sommes em- brassés avec Robert, peut-être en nous disant “Denise” ; dans tous les cas en le pensant, et nous allâmes nous coucher.» Ces trois-là rêvaient d’avenir, de vivre autrement. Robert, le

8 août 1916: «Nous irons, sans linge raide sur nous, et seulement habillés de toile souple, dans des endroits pleins de soleil et de mer bleue, et nous nous coucherons sur des gran- des pierres tièdes. Oh chérie, je t’aime déjà tant! Il me semble que là, tous les trois, je t’aimerais plus en- core.» Ce paradis est envoyé du front, autant dire des enfers. Boucherie. Quand ils évoquent les tranchées, dans la limite de la cen- sure militaire, Victor et Robert

trouvent d’autres mots, concis et pudiques. Pas moins évocateurs pour autant. A partir de 1916, il est fait état des officiers qui «ont l’air de commis habillés en mousquetai- res», de leurs «cervelles d’oiseaux», leur crétinerie, mais aussi des pre- miers déserteurs et des tribunaux militaires de campagne, car Robert, licencié en droit, fut désigné comme avocat pour des cas d’in- soumission où le «coupable» risque au mieux trois ans de travaux for-

cés. Quand la guerre s’éternise dans la boucherie, les descriptions se mettent à chuchoter comme si elles reculaient devant l’horreur.

13 janvier 1917: «Quand la pluie s’en

mêle, c’est une horreur spéciale,

un enfer gelé, froid, où les damnés se meuvent dans des océans de boue in- fecte. Quand même nous allons bien.» Ou cette phrase acerbe du

3 mai 1917, après le carnage du

Chemin des Dames : «Il fait beau, mais cette beauté éclaire des ruines et des meurtres.» Victor, Robert et Denise ont sur- vécu. Thierry Secretan referme le livre en nous informant de leur destin qui ne fut pas toujours celui

qu’ils avaient espéré. Mais leur cor- respondance est d’une telle puis- sance romanesque qu’elle permet d’imaginer qu’une lettre de Denise

a été retrouvée. Celle où elle disait

à Victor et Robert: «Mes petits ché- ris, je vous aime.»

GÉRARD LEFORT

Architecture

ché- ris, je vous aime.» GÉRARD LEFORT Architecture Construire l’image. Le Corbusier et la photographie sous

Construire l’image. Le Corbusier et la photographie sous la

dir. de NathalieHerschdorfer et Lada Umstätter, préface de Norman Foster. Textuel, 256pp. 45€.

«Je passe la journée à prendre des photos Brave objectif, quel œil surnuméraire précieux», écrit en 1911 Le Cor­ busier, pisté dans ce passionnant livre en 400 documents, de ses propres clichés aux cadrages plus poétiques des photographes Lucien Hervé et René Burri. Promotionnels, documentaires, artistiques, monumentaux, intimes, livresques ou extraits de films, ces regards font voyager dans les bâtiments, l’imaginaire, et la théorie de cet architecte pour qui le monde était un immense chantier. Avec sa silhouette iconique, lunettes, nœud pap, costumes, ce metteur en scène de son œuvre n’est­il pas le premier architecte à s’être construit une image internationale?

ANNE­MARIE FÈVRE

Peinture

une image internationale? ANNE­MARIE FÈVRE Peinture ou de ses résidus, grandes jolies femmes à divan et

ou de ses résidus, grandes jolies femmes à divan et à chien­chien, grands écrivains. Il le fait aussi bien qu’il écrit, sans appuyer, avec un réalisme légèrement fauve et une sévé­ rité que la tendresse, l’admiration ou la cu­ riosité retiennent. Vivant entre deux mon­ des, Jacques­Emile Blanche peint comme hier ceux de son aujourd’hui, parallèlement à la photo menaçant un savoir­faire, qu’il maintient. A raison. Peignant Paul Valéry, il écrit qu’il ne tenta qu’une fois de rendre «l’expression du grand penseur» : «Un jour, durant une séance singulièrement vive, (il) s’abîma dans la méditation. Environ un quart d’heure il se tut, je pus enfin fixer sur la toile son regard, en général si mobile.» La psychologie soutient la forme qui révèle ce qui, plus que tout, détermine ce grand témoin para­proustien: l’intimité drapée, l’élégance, finalement la sympathie. Le livre n’explore pas la vie et l’œuvre d’un homme qui recherchait le temps perdu, mais qui, pour toujours, avec une légèreté pleine de justesse, l’a fixé.

Ph.L.

avec une légèreté pleine de justesse, l’a fixé. Ph.L. PASCAL BONAFOUX indiscrétion, femmes à la toilette

PASCAL BONAFOUX indiscrétion, femmes à la toilette

JANE ROBERTS

Jacques­Emile

Blanche

Editions Gourcuff Gradenigo, 215pp., 39€.

Seuil, 168pp., 39€.

La première reproduc­ tion est une femme nue peinte en 1895 par l’Autrichien Anton Felser. Elle se regarde dans un miroir, les yeux mi­clos. Son corps apparaît à travers un trou de serrure géant. La légende rappelle une phrase de Degas:

«Je veux regarder par le trou de la serrure.» Voyeurisme et désir sont l’une des sources de l’art que Bonafoux explore et dont il suit le cours vers l’aval, à travers les époques et sans chronologie. Il le fait dans la peau du modèle, du dernier bas qu’il perd à l’ultime parure qu’il revêt, en passant par le bain et le séchage: indiscrétion, avec lettre minus­ cule de discrétion, est une revue artistique d’intimités. Sa richesse tient aux toiles qui font le parcours, souvent peu connues.

En 1919, Jacques­Emile Blanche fait le portrait de Paul Claudel. Comme le peintre est également écrivain, il note: «Claudel est un rocher, une île, une machine effrayante, un fonctionnaire, un dictionnaire, une redingote, un colon, il doit avoir des traits, je n’en garde nul souvenir.» Sa toile, si: un féroce massif brun à mousta­ che, qui regarde vers le ciel comme si Dieu existait –et grondait. L’intérêt de cette mo­ nographie illustrée de l’Américaine Jane Ro­ berts est autant dans les légendes, très pré­ cises et souvent drôles, qui accompagnent les œuvres de Jacques­Emile Blanche en ci­ tant ses commentaires, que dans le texte lui­ même. Né en 1861, mort en 1942, Blanche est un grand artiste mineur et total. Il tire le por­ trait de la haute société de la Belle Epoque

PHILIPPE LANÇON

IV L Images

Frédéric Pajak,Walter ego Le philosophe Benjamin dans la noirceur de «Manifeste incertain 1»

Benjamin dans la noirceur de «Manifeste incertain 1» FRÉDÉRIC PAJAK Manifeste Incertain 1 Editions Noir sur

FRÉDÉRIC PAJAK Manifeste Incertain 1

Editions Noir sur Blanc,

187pp., 23€.

«T oujours seul, sans femme, sans ami. Un an de solitude, de

misère» : pour le jeune Fré- déric Pajak, l’arrivée à Pa- ris et l’installation dans un petit appartement de Pi- galle ne marquent pas le

début d’une fulgurante as- cension. Il devra long- temps encore endurer des années de dénuement et de doutes, arc-bouté sur des projets de livres mêlant textes et dessins que jour-

naux et éditeurs refusent et que lui-même détruit régulièrement. C’est son album sur Nietzsche et Pavese, l’Immense Solitude, paru au PUF en 1999, qui lui vaut enfin la reconnaissance. Pour- tant, au fil des recueils (Humour, J’entends des voix…), le lecteur devenu incondition- nel a pu constater, parfois avec angoisse, à quel point la «misère» fondatrice de Pa-

jak lui collait à la peau, comme s’il ne pouvait se défaire d’un sentiment d’irré- médiable traduit sur la page par la noir- ceur des idées et de l’encre à dessin.

Galaxie d’érudition. Manifeste incertain 1

est le premier volume d’une série que l’auteur entend décliner sur neuf paru- tions. Walter Benjamin en est le person- nage principal et Benjamin aura, lui aussi, toujours été seul. Il flotte dans une im- mense galaxie d’érudition, romancier sans roman, philosophe sans système, individu sans attaches. «Comment Benjamin se défi- nit-il lui-même lorsqu’il rédige ses curricu-

Littérature

lum vitae ? Il en donne six versions, et chacune évoque une vie différente.» Pajak porte son attention sur les séjours de l’auteur de Sens unique en Méditerra- née, à Capri et surtout à Ibiza où il réside d’abord en 1925, puis, fuyant l’Al- lemagne nazie, en 1933. Cette année-là, il écrit un texte bref et décisif, «Ex- périence et pauvreté», où il s’adresse à l’homme nu «qui crie tel un nouveau-né dans les couches sales de

cette époque». Flâneur. Privé de biblio- thèque, passant d’une location à l’autre, de plus en plus démuni financièrement, Benjamin erre jusqu’en 1940 entre la France, l’Espagne, le Danemark et l’Italie. L’esthète, le dilettante, le flâneur est pris de vitesse par l’histoire. «Pourquoi je ne reconnais personne, pourquoi je confonds les gens?» s’interrogeait-il en 1924. Pajak est

lui aussi happé par l’étrange confusion des visages et des paysages qui se fixe ici sous la forme d’un éternel présent douloureux. Il cite Beckett : «Admettre qu’être un ar- tiste, c’est échouer comme nul autre n’ose échouer…» Benjamin se suicide en 1940 à Portbou, en Catalogne. Pajak, lui, se tient au bord du vide, tenaillé par des questions sans réponse: «Qu’allait-il donc arriver ces prochains jours, et demain, et plus tard, dans ces terribles années qui s’avan- çaient?» D’autres échecs, d’autres livres, beaux et incertains.

DIDIER PÉRON

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

DIDIER PÉRON LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 MICHÈLE POLAK et ALAIN DUGRAND Des livres à la
DIDIER PÉRON LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 MICHÈLE POLAK et ALAIN DUGRAND Des livres à la

MICHÈLE POLAK et ALAIN DUGRAND Des livres à la découverte du monde. De Marco Polo à la croisière jaune

Hoëbeke, 280pp., 50€.

Sans les récits des voya­ geurs en Orient, Shakespeare aurait­il ima­ giné le Marchand de Venise ou la Tempête ? Sans ceux de marins portugais, Christophe Colomb aurait­il songé à aller chercher les Indes regorgeant de richesses? Depuis le XVI e siècle, les équipées aventurières, profitant de l’essor de l’imprimerie –en 1500, les imprimeurs européens produisent 40000 éditions différentes et courent après ce genre d’histoires–, ont donné lieu à des relations qui ont nourri des espaces de rêve et d’utopie, enfiévré les esprits, et attisé les désirs de jeunes gens ambitieux qui sont par­ tis courir le monde et ont écrit à leur tour. On se souvient des récits de Jean Chardin, le diamantaire des princes, de René Caillié

qui découvrit Tombouctou, au péril de sa vie, du missionnaire David Livingstone, perdu dans l’Afrique des Grands Lacs, de l’épous­ touflant Richard Francis Burton, le premier à entrer à Harar et qui traduisait en passant le Kamasutra et les Mille et une nuits. Mais il en existe bien d’autres, aujourd’hui oubliés. D’où cet ouvrage qui rassemble 90 fragments des plus beaux récits d’exploration composés entre le XV e et le XX e siècle. Ainsi, qui se souvient de Félix Garnier qui remonta en pirogue le cours du Mékong ou de l’Irlandais George Barrington, véritable gibier de potence, déporté en Australie où il devint chef de police? Chaque texte est accompa­ gné des reproductions de lumineuses illus­ trations, gravures, dessins de ces époques. «Des forêts sombres de Tartarie aux veines translucides des filons roses des mines du royaume de Golconde, des lagunes boueu­ ses de Saint­Domingue aux berges de l’Oré­ noque luxuriant, telle est notre invitation à la rencontre de tous les ailleurs», écrit Alain Dugrand, dans la préface.

JEAN­PIERRE PERRIN

écrit Alain Dugrand, dans la préface. JEAN­PIERRE PERRIN CERVANTÈS par ALEXEÏEFF L'Ingénieux Hidalgo Don

CERVANTÈS par ALEXEÏEFF L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche

Syrtes, 280pp., 50€.

Le noir va bien à Don Quichotte, surtout sous le trait d’Alexandre Alexeïeff, célèbre illustra­ teur d’Anna Karénine ou du Docteur Jivago. Ses gravures, dont la production fut inter­ rompue pendant la guerre d’Espagne, sont restées soixante­dix ans en sommeil, victimes de l'oubli, puis du temps, qui fit des ravages sur les plaques de cuivre. Après leur restaura­ tion, le travail d’Alexeïeff est enfin édité dans un très beau livre, en regard d’extraits du ro­ man de Cervantès choisis par Jean Canavag­ gio. L'interprétation d’Alexeïeff est puissante, souvent tragique, toujours tendre, parfois burlesque. Le regard d'un artiste russe du XX e siècle, imprégné des tragédies de son époque, sur l’indémodable mythe du XVII e .

PASCALE NIVELLE

sur l’indémodable mythe du XVII e . PASCALE NIVELLE FRANÇOIS RIVIÈRE Agatha Christie, la romance du

FRANÇOIS RIVIÈRE Agatha Christie, la romance du crime

La Martinière, 214pp., 32€.

La vie de la romancière fut souvent aussi intré­ pide que celles de ses héros. Quand Agatha prend le train, c’est l’Orient­Express, et lors­ qu’elle vogue sur le Nil, il y a un meurtre à la clé. La documentation photographique accompagnant le récit de François Rivière en est comme la cream de la cream, tant elle semble nous parler avec le fameux accent pomme de terre brûlante dans la bouche. Agatha Christie est Miss Marple ou, ce qui revient au même, Dame Margaret Ruther­ ford, la meilleure interprète du personnage à l’écran. Du genre, en plein Blitz, à pester contre les voyous nazis qui ont fait tomber le plafond dans sa tasse de thé. Reprenons: le Un horizontal des mots croisés du Times, c’est bien «lovely»?

G.L.

FRÉDÉRIC PAJAK.EDITIONS NOIR SUR BLANC

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

Images L V

«Le Prince» hérité Une nouvelle édition riche en illustrations et documents sur l’univers de Machiavel, ses sources d’inspiration, sa postérité

de Machiavel, ses sources d’inspiration, sa postérité L e Prince est un coup de fouet violent

L e Prince est un coup de fouet violent et perpétuel. Il pro- voque une «joyeuse cavalcade» en

vingt-six brefs chapitres :

galop sec et léger de ce qui est, dans un monde où les gens vivent de ce qu’ils croient, de ce qu’ils rêvent.

Machiavel «ne s’occupe que de la stricte vérité, écrit Giono, c’est à ce titre qu’il est un écri- vain moderne». Tombe. Patrick Boucheron écrit, dans sa présentation précise et informée des for- tunes et prospérités de l’œuvre, qu’il «faudrait pou- voir le suivre, de ce pas – car tout est ici affaire de rythme. Ne pas alourdir la lecture de précautions inutiles, et se lais- ser emporter par l’allure artiste, faite d’écarts et

d’embardées. Inu- tile pourtant de se voiler la difficulté:

le texte de Ma- chiavel est aussi exigeant qu’en- traînant».

C’est le sens de cette édition : restituer le rythme et l’allure du texte, grâce à la traduction claire et

naturelle de Jacqueline Ris- set, d’abord publiée chez Ac- tes Sud ; puis l’encadrer de reproductions d’œuvres et de documents, qui permet- tent non seulement de voir et sentir dans quel monde na- quit, vécut et écrivit Machia- vel, tout ce qui l’inspira, mais aussi quelle est, de la

peinture à la bande dessinée, de la tombe florentine réali- sée en 1787 par Spinazzi à un portrait de Gramsci qui l’étudia, sa complexe posté- rité. Chaque reproduction est accompagnée d’un texte qui est une histoire jetée sur l’œuvre. Ainsi, les phrases de Machiavel circu- lent dans le sou- terrain du monde et sous nos yeux comme à la lueur des flambeaux et des armes. Un document da- tant de 1924 rap- pelle qu’en Italie,

MACHIAVEL
MACHIAVEL

Le Prince

Illustrations choisies et commentées par Antonella Fenech Kroke. Nouveau Monde, 224pp., 49€.

trois présidents du Conseil ont préfacé le Prince :

le fasciste Musso- lini, le socialiste Craxi, et le ber- lusconiste Ber-

lusconi, chacun tirant la dense couverture machiavélique à lui : l’un pour justifier un pouvoir fort,

de l’Inde au bord du Gange, il est fasciné par le «mélange et le frôlement des nudités su­ perbes» comme par l’intensité du sentiment religieux qui étouffe «toute pensée char­ nelle». Les ruines de Persépolis, ces «colon­ nes monolithes étonnamment sveltes et har­ dies qui devaient supporter jadis les plafonds de cèdre de prodigieux palais», inspirent des compositions presque mystiques. Entre ses photos, ses récits de voyages et ses romans, le chassé­croisé de l’inspiration est constant. C’est particulièrement évident pour «Istam­ boul», la ville qu’il chérissait entre toutes. A l’époque, elle comptait un demi­million d’ha­ bitants à peine. On y voit des yali, maisons de bois au bord du Bosphore, des jardins, des parcs, la foule bigarrée du pont de Ga­ lata sur la Corne d’or alors encore en bois. Il montre le peuple des ruelles et des bazars, les défilés du sultan, les cimetières qui re­ couvrent les collines d’Eyoub avec «leurs pierres tombales comme des espèces de bor­ nes coiffées de turban ou de fleurs qui de loin prennent vaguement l’aspect humain».

M.S.

l’autre pour dénoncer la dé- rive totalitaire communiste. Quant au troisième, c’est un pastiche du Prince qu’il pré- faça avant d’être élu, débu- tant sa carrière sous le sceau du cynisme et de la farce. Vertu. Le chapitre 15, pivot du texte, est illustré par une mosaïque de Sienne repré- sentant la Prudence, le por- trait de Paul III et de ses si- nistres fils par Titien, la première carte aérienne d’une ville faite par Léonard de Vinci. C’est ici que Ma- chiavel écrit: «Car un homme qui veut dans tous les domai- nes faire profession d’homme bon, il faudra qu’il aille à sa ruine parmi beaucoup d’hom- mes qui ne sont pas bons.» La vertu, chez lui, est une gre- nade armée qu’il faut savoir manipuler.

Benedetto Varchi, par Titien. KUNSTHISTORISCHES MUSEUM, VIENNE

Publié de manière posthume en 1532, le Prince est l’œuvre d’un diplomate qui a tout vu – jusqu’à son propre échec. Pour lui, la fin ne justifie jamais les moyens, puisque jamais on ne la connaît. Le lire, selon Boucheron,

«consiste donc toujours en ceci : une mise à l’épreuve de l’indétermination politique.» Le livre donne à voir la ferti- lité esthétique, technique et déclamatoire de cette in- détermination.

PHILIPPE LANÇON

8 DÉC. 2012 → 31 MARS 2013
8 DÉC. 2012 → 31 MARS 2013
PHILIPPE LANÇON 8 DÉC. 2012 → 31 MARS 2013 Pierre Loti photographe sous la direction d’Alain

Pierre Loti

photographe

sous la direction d’Alain Quella­Villéger et Bruno Vercier. Bleu Autour, 370pp., 38€.

On connaît le roman­ cier d’Aziyadé. Les édi­ tions Bleu Autour avaient déjà rendu justice au dessinateur en publiant ses croquis et aquarelles de voyage. Maintenant, elles s’oc­ cupent du photographe, peut­être l’une des facettes les plus intrigantes de cet artiste prolifique. Marin et grand voyageur, de la Terre sainte à l’Inde, l’Indochine, la Perse, Pierre Loti a accumulé entre 1894 et 1907 un millier de clichés dont plus de la moitié fi­ gure dans cet ouvrage. Il n’est pas un génie dans la composition de l’image, mais ces pla­ ques témoignent de l’évanescence des cho­ ses. Aujourd’hui envahies par la ville, les mu­ railles de Jérusalem se dressent somptueuses sur la pierraille des collines où paissent des ânes. A Bénarès, la ville sainte

VI L Images

Entre chien et loup La drôle de quête du Finlandais Pentti Sammallahti sur tout le spectre du blanc au noir

Pentti Sammallahti sur tout le spectre du blanc au noir PENTTI SAMMALLAHTI Ici au loin Textes

PENTTI SAMMALLAHTI Ici au loin

Textes de Finn Thrane et Kristoffer Albrecht. Actes Sud, 256 pp., 53€.

que Sammallahti s’est construit,

maîtrisant l’art du tirage jusqu’à la perfection. Quand il photographie une grenouille ou un chien, l’im- pression est si forte qu’on entend le coassement ou l’aboiement. Mais il n’est pas un homme-grenouille, non, même s’il a la ma-

nie bizarre d’appâter les chiens avec des sardines. Le chien est l’animal qu’il a le plus photogra- phié, il paraît qu’il y en a

partout, surtout en Grèce, et en Russie, «leur paradis». L’Est est l’une de ses destinations préférées, des Tsiganes hongrois, si proches de la famille Josef Kou- delka, aux paysans roumains sur le seuil de leur maison au toit découpé. Mais chaque pays visité ne change

H eureusement, le succès n’a pas changé Pentti Sammallahti, qui ne cherche pas la respec- tabilité. La France, et

l’Institut finlandais qui l’accueillit pour sa première exposition pari- sienne en 1996, lui ont porté chance. Le revoici dans la capitale française pour son vernissage à la

galerie Camera Obscura (1): il rit et

se tient la tête à deux mains à cha-

que question, c’est une vieille habi- tude.

Le titre de son nouveau livre, Ici au

loin, ça veut dire quoi? C’est extrait d’un poème japonais, mais non, il

ne connaît pas l’auteur, ça date du

XV e siècle, peut-être, c’est trop

bête, il a oublié la référence chez lui.

Ça peut attendre ?

Manie. Exit le poète inconnu, et bienvenue à la lumière du Grand Nord, à la source de l’œuvre de Sammallahti, né en 1950 à Helsinki. «Un Finlandais adore quand il pleut,

pas son savoir-faire : au Japon comme au Maroc, il a toujours cet entêtement à attendre que quelque chose advienne ou que quelqu’un s’approche. Sosies. Curieusement, l’une de ses séries réalisées à Tallinn, en Estonie, échappe à cette règle, et il s’en étonne encore. «C’était comme une plaisanterie, like a machine, tac tac tac, j’appuyais sur le déclic, et j’ai dû prendre cent photos en vingt minutes. C’était le 29 novembre 1981, à la sortie des bureaux, et chacun avait hâte de rentrer chez lui.» Cent photos? Gros soupir. «Mais je n’en ai retenu que dix-huit.» Evidemment, ça ne lui ressemble pas, mais la série, titrée Andante, est un bijou qui surprend des passants aller et venir devant un fond en tôle (en fait, des toilettes). Il y a un type avec un drôle de marteau, des gens en manteaux et les sosies de Dupond et Dupont. Ici au loin est son vingt-deuxième livre, le deuxième publié par les éditions Actes Sud, qui lui a consa- cré un Photo Poche (numéro 103). Est-il content ? «Il a fallu faire des compromis, répond-il, mais chaque chose est un entraînement pour conti- nuer.» Prochaine étape? Retourner à la maison et trouver le nom du poète.

BRIGITTE OLLIER

(1) 268 boulevard Raspail, 75014. Rens.: 01 45 45 67 08. Jusqu’au 19 janvier (fermé du 23 décembre au 2 janvier).

Pentti Sammallahti a la manie bizarre d’appâter les chiens, l’animal qu’il a le plus photographié, avec des sardines.

quand il grêle et quand il fait si noir qu’on dirait la nuit.» C’est ce qu’il avait confié à la première rencontre, et il en reparle aujourd’hui, comme si on avait pu oublier. C’est juste- ment dans cette quête constante du blanc au noir, spectre si généreux,

Photo

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

si généreux, Photo LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 La série Andante, réalisée «comme une plaisanterie»

La série Andante, réalisée «comme une plaisanterie» en 1981, à Tallinn (Estonie).

«comme une plaisanterie» en 1981, à Tallinn (Estonie). YUSUF SEVINCLI IRÈNE KUNG La Ville invisible Good
«comme une plaisanterie» en 1981, à Tallinn (Estonie). YUSUF SEVINCLI IRÈNE KUNG La Ville invisible Good
«comme une plaisanterie» en 1981, à Tallinn (Estonie). YUSUF SEVINCLI IRÈNE KUNG La Ville invisible Good

YUSUF SEVINCLI

IRÈNE KUNG La Ville invisible

Good Dog

Filigranes éditions, 80 pp., 30 €.

Textes de Francine Prose et Ludovico Pratesi. Editions Xavier Barral, 112 pp., 39 €.

Une fille marche dans la nuit noire, en escar­ pins. Elle est peut­être l’héroïne de Good Dog, le premier livre de Yusuf Sevincli, empli d’une fureur qui ré­ conforte. Comme si ce jeune photographe turc, né en 1980 à Zonguldak, sortait les en­ trailles de la terre et livrait, pêle­mêle, la fo­ lie de l’amour et l’impuissance des hommes, sans se soucier du désordre provoqué. On a parfois l’impression que ses images sont zé­ brées de rage, et qu’il s’est enfermé dans son propre cadre pour échapper à l’aveugle­ ment. «Je photographie mon présent et ceux qui le partagent», note simplement Yusuf Sevincli, juste avant d’affronter deux chiens hurlant, crocs dehors, prêts à le mordre jus­ qu’au sang.

B.O.

C’est le monde à l’envers. Une série de monuments con­ nus et qui paraissent inconnus, comme s’ils avaient été recréés par une puissance cos­ mique. Voici la Ville invisible, un hommage singulier à l’écrivain Italo Calvino, et le talent monstre d’Irène Kung, alchimiste suisse ins­ tallée en Italie, qui change l’échelle et brise les perspectives, allegro presto. Où sommes­nous? A Paris, aux pieds de la tour Eiffel, fusée galactique; en Egypte, à Gizeh, face à la pyramide de Saqqarah, gâ­ teau de fête parsemé de sucre glace; puis aux Etats­Unis à New York, sur le Brooklyn Bridge, toile d’araignée délicate aux pattes ombrées. La joie de l’imaginaire.

B.O.

aux pattes ombrées. La joie de l’imaginaire. B.O. DANIEL NAUDÉ Animal Farm Textes (en anglais) de

DANIEL NAUDÉ

Animal Farm

Textes (en anglais) de Daniel Naudé et Martin Barnes. Prestel (distribution InterArt), 148pp., 46€.

Patience d’ange, allure d’explorateur et œil de lynx, Daniel Naudé, 28 ans, est le chouchou de la photographie sud­africaine. S’avançant sur les traces de Samuel Daniell, peintre britannique de l’époque des Lumiè­ res, ce jeune photographe à la démarche sin­ gulière a choisi de réconcilier les animaux et les hommes. Une entreprise moins absurde qu’il n’y paraît, tant Daniel Naudé, dépassant la parabole, cloue les clichés, offrant à ses modèles l’aube d’un nouveau monde. Ni deux ni quatre pattes, mais une stature ma­ jestueuse pour ceux qu’il a élus, chien sau­ vage, âne, autruche, ou mouton dans les bras de sa nounou.

B.O.

âne, autruche, ou mouton dans les bras de sa nounou. B.O. SYLVIE AUBENAS et QUENTIN BAJAC

SYLVIE AUBENAS et QUENTIN BAJAC Brassaï, le flâneur nocturne

Gallimard, 300pp., 65€.

Hommage à Brassaï (1899­1984), le plus bohème des immigrés hongrois, amoureux du désordre et d’un Paris des années 30 100% nature. Un Paris riche de 800 bordels et de 1300 vespasiennes, où s’encanaillent à leur tour Sylvie Aubenas et Quentin Bajac, plongeant dans la chambre noire de ce réel fascinant. Hanté par le cortège des voyous (ah, le Grand Albert!) et des belles de jour (oh Kiki!), des pavés satinés et des éclairs de magnésium, du Luxembourg au canal de l’Ourcq, le Paris du photographe Brassaï est fabuleux, qui ressuscite Pablo Picasso et Jacques Prévert, nos amis d’enfance. Et le peuple de la nuit, forçats des Halles, clochards.

B.O.

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012 PHOTOS PENTI SAMMALLAHTI. GALERIE CAMERA OBSCURA Critique MARSHALL MCLUHAN La

PHOTOS PENTI SAMMALLAHTI. GALERIE CAMERA OBSCURA

2012 PHOTOS PENTI SAMMALLAHTI. GALERIE CAMERA OBSCURA Critique MARSHALL MCLUHAN La Mariée mécanique: folklore

Critique

PHOTOS PENTI SAMMALLAHTI. GALERIE CAMERA OBSCURA Critique MARSHALL MCLUHAN La Mariée mécanique: folklore de

MARSHALL MCLUHAN La Mariée mécanique:

folklore de l’homme

industriel Traduit de l’anglais par Emilie Notéris. Ere, 172pp., 30€.

C’est le premier livre (1951) de McLuhan, pour la première fois traduit en français. Il est riche d’illustrations et d’un outil critique lucide et à l’humour mordant. L’approche se veut celle du cri­ tique littéraire, prenant modèle sur le marin de Poe qui survit en étudiant le tourbillon et en faisant corps avec lui. Plus que le slogan, le milieu, pour lui, affecte l’inconscient. Les chapitres analysent une image et son imaginaire (pub, article, BD) et les re­ gardent à contre­pied. «Là où des symboles visuels ont été employés dans le but de paralyser l’esprit critique, ils sont ici utilisés comme moyen de stimu­ lation.» Ce livre vise ainsi le mélange de sexe et de technologie. McLuhan y saisit tôt les dérives de la société de consommation et s’interroge : «L’indi­ vidu a­t­il encore un rôle à jouer dans un monde collectif fait de personnalités porte­voix?»

FRÉDÉRIQUE ROUSSEL

Images L VII

Ravissements travestis Dans les groupes de musique, les compagnies de danse ou de théâtre… Les multiples expressions transgenres analysées et magnifiées par Chantal Aubry

L es figures du tra- vesti accompa- gnent l’art, et plus particulièrement la danse. La Femme et

le Travesti est peuplé de ces créatures étranges, de ces corps étrangers qui nous re- gardent, interrogatifs ou pro- vocateurs. Des acteurs tradi-

tionnels onnagata japonais au moderne Kazuo Ohno, des garçons travestis de Shakes- peare aux personnages de cabaret de Pina Bausch, on plonge avec ravissement dans le livre de Chantal Aubry. Son point de vue est

clair et guide la lecture: par- tir à la rencontre des femmes cachées. «La question du tra- vesti féminin, écrit-elle, dé- passe le cadre de la représen- tation théâtrale. Il est la part d’ombre, le versant invisible du travesti masculin. Chassée de l’espace public, la femme, dès l’origine, ne dispose que d’un moyen pour s’y introduire : se travestir en garçon. Dans le monde bien réel de l’enferme- ment féminin, le travestisse- ment est vécu comme une stratégie de libération.» Après une incursion dans l’histoire, l’auteur détaille le chemin du travesti contraint au travesti émancipateur en passant par la révolution des années 70. On retrouve aux Etats-Unis des figures inou- bliables de la culture gay un- derground : le groupe psy- chédélique des Cockettes, des drag-queens et des dan- seurs de voguing. En France, ce sont les Mirabelles et les Gazolines qui, dans la foulée du MLF et du FHAR, ouvri- ront le débat sur le «troi- sième sexe», le transgenre, à la base du travail de créateurs tels Mark Tompkins, Fran-

la base du travail de créateurs tels Mark Tompkins, Fran- CHANTAL AUBRY La Femme et le

CHANTAL AUBRY La Femme et le Travesti

Rouergue, 192pp., 39,90€.

AUBRY La Femme et le Travesti Rouergue, 192pp., 39,90€. Claude Cahun, écrivain et photographe. GÉRARD BLOT.RMN

Claude Cahun, écrivain et photographe. GÉRARD BLOT.RMN

çois Chaignaud, Cécilia Ben- golea ou Alain Buffard. Très complet, l’ouvrage de Chantal Aubry est un trans- port amoureux et un regard vif sur la société. On peut

passer des heures devant une seule image, Iggy Pop en femme fatale par exemple. La riche iconographie ne fait qu’embellir le propos.

MARIE-CHRISTINE VERNAY

Emmanuelle Pireyre Féerie générale Éditions de l’Olivier
Emmanuelle
Pireyre
Féerie
générale
Éditions de l’Olivier

JACQUES TARDI.CASTERMAN

JACQUES ROUXEL

VIII L Images

Comment ça s’écrit Jacques Tardi, son père et sa guerre Par MATHIEU LINDON
Comment ça s’écrit
Jacques Tardi,
son père et sa guerre
Par MATHIEU LINDON
Jacques Tardi, son père et sa guerre Par MATHIEU LINDON «P apa, et ton évasion ?»

«P apa, et ton évasion ?» Le fils ne cesse de poser cette question. Jacques Tardi, né en 1946, a des- siné et écrit Moi René

Tardi prisonnier de guerre au Stalag IIB à partir des souvenirs que son père aujourd’hui disparu a fini par rédiger. Cette fois-ci, ce n’est donc pas à la guerre de 1914-1918 que s’intéresse Tardi, mais à celle de 1939-1945, durant laquelle son père a passé cinq ans dans un camp de prisonniers en Poméranie. L’album est une sorte de biographie docu-

mentaire. Il montre l’impréparation de l’armée française, symbolisée par sa DCA dont la devise semble être «l’inefficacité avant tout», et la vie des prisonniers, mais raconte aussi le lien entre le futur dessina- teur et son père, à ja- mais marqué par ces années. De ce point de vue, Moi René Tardi… fait penser à Maus d’Art Spiegelman. Seulement, René Tardi

n’était pas juif et le Stalag IIB pas un camp d’extermi- nation. Plus que l’horreur, c’est l’ennui et l’humiliation. L’album n’en raconte pas moins comment les Allemands, si prompts à combattre les poux des prisonniers, ont pu se laisser «infecter par une autrement plus dangereuse vermine». L’aspect biographique et même auto- biographique est cependant premier. Le dessinateur est dessiné dans l’album, en enfant qui interroge ou interrompt son père quand celui-ci n’en finit pas de raconter son histoire. Et cette évasion qui ne viendra jamais est au cœur de

leur malentendu : pour l’enfant, elle seule serait intéressante ; pour le père et le dessinateur adulte, la vie quoti- dienne du camp est passionnante. «C’était l’une des difficultés du projet :

réussir à mettre en scène et en images, de façon intéressante pour le lecteur, un quo- tidien incroyablement morne et dépri- mant», explique Jacques Tardi dans un entretien réalisé pour le dossier de presse. Il dit également, évoquant la composi- tion de son album (trois grandes images par page) et la couleur absente (à part dans les premières pages et sur les drapeaux nazis et français) : «C’est aussi un format qui per- met de mieux faire res- sortir l’horizon sur le- quel se trouve le point de fuite. Dans le contexte du décor du stalag, c’était une option inté- ressante. […]. Il fallait incarner davantage la déprime de cette his- toire, obtenir le même

effet qu’une photo triste. Les couleurs classiques étaient donc

exclues aussi. Ce qui s’est finalement imposé, c’est une gamme chromatique assez discrète : un peu de rouge dans les pages du début – c’est le rouge d’un rideau de scène, l’idée d’un spectacle qui s’ouvre sur la déroute de l’armée française–, et pour le reste du li- vre une palette volontairement restreinte de trois niveaux de gris.» L’album, où on apprendra à la fois pour- quoi Tardi est prénommé Jacques et comment les Polonais valent mieux que certains libraires, n’est que le premier volume de la biographie de son père resté prisonnier de ces années-là après qu’elles se furent écoulées.

TARDI
TARDI

Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag IIB

Casterman, 192pp., 25€.

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

Capitaine Shadok

Dessins et projets de Jacques Rouxel, père des saucisses en melon et oiseaux en fil de fer

père des saucisses en melon et oiseaux en fil de fer THIERRY DEJEAN et MARCELLE PONTI­

THIERRY DEJEAN et MARCELLE PONTI­ ROUXEL Jacques Rouxel, les Shadoks, une vie de

création Chêne, 320pp.,19,90€.

un autre jour par exemple rien du tout, ça lui faisait un joli costume rayé.» Les oiseaux en fil de fer de l’autre planète sont stupides et méchants :

les Shadoks. Ils ne se repro- duisent pas comme des la- pins car, leurs jambes étant très longues, les œufs qu’ils pondent se brisent au sol: ils ont trouvé malin de pondre des œufs en fer, mais ils ne s’ouvrent pas, pas du tout, et, à l’intérieur, le bébé Sha- dok se casse, lui. C’est une caverne d’Ali Baba que Thierry Dejean a décou- verte rue du Faubourg- Saint-Antoine, dans le studio où Jacques Rouxel, décédé en 2004, conçut et réalisa ses nombreux travaux gra- phiques, et, avant tout, la série des Shadoks que l’ORTF commença à diffuser en épi- sodes de deux minutes –avec la voix de Claude Piéplu– le 29 avril 1968, à 20 h 30. On

B on, ils pompaient, ils pompaient… mais quoi? Il n’est pas donné à tout le monde de répon-

dre intelligemment. Il faut avoir en tête, pour saisir le sens métaphysique d’un tel pompage, quelques cosmo- gonies présocratiques, où le moins et le plus s’attirent plus ou moins, et où des ato- mes fous dévient inopiné- ment de leur trajectoire. Là, au début de Tout, il n’y a pas de Verbe, mais deux pla- nètes. L’une est plate, mais elle penche tantôt à droite du ciel, tantôt à gauche. C’est agaçant, ga bu zo meu ! L’autre n’a pas de forme, ou plutôt elle change de forme et brinquebale: ses habitants ont soit des pieds en bas, et vivent sur elle, soit des pieds en haut, et vivent sous elle. Ça fait équilibre, mais c’est pas la joie. On comprend que tous veuillent quitter leur habitat primordial et rejoin- dre la Terre, peut-être plus stable. Seulement rivalité et injustice existent déjà. Œufs. Les petits êtres en forme de saucisse qui peu- plent la première planète, les Gibis, sont intelligents et portent un chapeau melon qui leur permet de commu- niquer très vite entre eux. Dieu, qui n’existait pas en- core, leur a accordé des faci- lités : «Quand un Gibi man- geait des fleurs, ça lui faisait un petit ensemble à fleurs. Quand un Gibi mangeait un jour par exemple des carottes,

sait le hourvari que suscita cette série mythique, qui est aux comic strips ce qu’Al- fred Jarry ou Raymond Que- neau sont à la littérature, et qui fait l’objet, aujourd’hui, d’interprétations ontolo- giques et politiques, existen- tielles, scientifiques et pata- physiques Trou. Jacques Rouxel,les Sha- doks, une vie de création livre les dessins préparatoires, les story boards, les scénarios, les projets de recherches, et, évidemment, les vicissitudes du voyage infini des Shadoks et des Gibis vers un monde «qui avait l’air de mieux mar- cher». Direction Terre, donc! Les Gibis ont construit une fusée qui fonctionne grâce à un combustible superpuis- sant, le Cosmogol 999, ex- trait on ne sait d’où, car sur leur planète, si on creuse un trou, on tombe de l’autre côté. Les Shadoks ont plus de mal à construire un engin interplanétaire, et, de toute façon ils n’ont pas de carbu- rant. Heureusement, le pro- fesseur Shadoko invente une cosmopompe d’une «puis- sance incroyable de 3 millions de shadok-vapeur», capable de pomper le Cosmogol des Gibis, qui n’est nulle part. Aussi les drôles d’oiseaux pompaient-ils, «ils pom- paient le matin… ils pompaient l’après-midi… ils pompaient le soir. Et quand ils ne pompaient pas, ils rêvaient qu’ils pom- paient, ce qui revenait exacte- ment au même».

ROBERT MAGGIORI

quand ils ne pompaient pas, ils rêvaient qu’ils pom- paient, ce qui revenait exacte- ment au

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

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Mariage pour tous:

le 16 décembre, manifestons-nous!

LIBÉRATION JEUDI 13 DÉCEMBRE 2012

Par UN GROUPE D’INTELLECTUELS, ÉCRIVAINS, POLITIQUES, ASSOCIATIFS…

L es opposants à l’ouverture du mariage et de la filiation aux couples de même sexe exi- gent l’ouverture… d’un dé- bat. Certes, on en discute déjà depuis plus de quinze ans en France, et

onze autres pays ont déjà franchi le pas depuis 2001. Réjouissons-nous toute- fois: hier encore, ces mêmes opposants

La démocratie doit se donner pour objectif d’approfondir ses idéaux. Avancer vers l’égalité et la liberté, c’est offrir à chacune et à chacun plus de choix pour composer sa vie.

évitaient le sujet, beaucoup préférant débattre d’identité nationale ou d’islam. Reste qu’en fait de discussion, aujourd’hui, on entend surtout les ad- versaires de l’égalité des droits. Comme

à l’époque du pacs, ils ressortent leurs antiennes sur les «fondements anthro-

pologiques de la culture», qu’ils veulent croire intangibles – au mépris de tout savoir anthropologique. Et de présenter le mariage et la famille comme des «institutions naturelles» –sans crain-

dre la contradiction logique.

Pire : on entend plus d’invectives que

d’arguments : polygamie, zoophilie, inceste et pédophilie, consumérisme et marchandisation, indifférenciation et

discrimination, violence et même terro- risme, voici notre société menacée des

dix plaies d’Egypte. Et, une fois encore,

une partie de la communauté nationale

est mise à l’index. Pourtant, il nous est

interdit de dénoncer l’homophobie: on nous taxerait d’intolérance, en criant au chantage… Or, que ces attaques nous visent personnellement, ou pas, elles nous sont insupportables. Il est grand temps de nous faire enten- dre. Dans quelle société voulons-nous vivre? Nos adversaires aimeraient con-

server un ordre ancien, fondé sur l’iné-

galité. Si l’Etat démocratique doit re- noncer à instituer la hiérarchie des sexes, au nom de quelle valeur pour- rait-il instituer celle des sexualités? Au contraire, la démocratie doit se donner pour objectif d’approfondir ses idéaux. Il faut avancer vers l’égalité, mais aussi vers la liberté. Il s’agit en effet d’offrir à chacune et à chacun plus de choix pour

LES PREMIERS SIGNATAIRES

Christine Bard Historienne, université d’Angers Daniel Borrillo Juriste, Paris­

Ouest­Nanterre Laurent Cantet Cinéaste

Patrick Chamoiseau Ecrivain

Daniel Defert Sociologue, fondateur

d’Aides Virginie Despentes Ecrivaine Elsa Dorlin Philosophe, Paris­VIII Didier Eribon Philosophe, université d’Amiens Annie Ernaux Ecrivaine Eric Fassin Sociologue, Paris­VIII Françoise Gaspard Sociologue Bertrand Guillarme Philosophe Paris­VIII Serge Hefez Psychiatre Pierre Lascoumes Politiste, CNRS Sandra Laugier Philosophe, Paris­I Frédéric Lebaron Sociologue, université d’Amiens Danièle Lochak Juriste, Paris­Ouest­ Nanterre Noël Mamère Maire de Bègles Caroline Mécary Avocate

composer son mode de vie. Ouvrir à toutes et à tous le mariage, l’adoption, sans oublier la procréation médicale- ment assistée, c’est faire pénétrer l’exi- gence démocratique dans le droit pour interroger les normes sexuelles. Quels que soient notre sexualité et notre genre, nous irons faire entendre nos valeurs en nous manifestant le 16 décembre.

Janine Mossuz­Lavau Politiste, Cevipof–Sciences­Po Ruwen Ogien Philosophe, CNRS Emmanuel Pierrat Avocat et écrivain Evelyne Pisier Politiste, Paris–I Sabine Prokhoris Psychanalyste Mathieu Riboulet Ecrivain Olivia Rosenthal Ecrivaine Gisèle Sapiro Sociologue, EHESS Lilian Thuram Président de la fondation Education contre le racisme Louis­Georges Tin Fondateur de la Journée mondiale contre l’homophobie Michel Tort Psychanalyste Enzo Traverso Politiste, université d’Amiens Eleni Varikas Philosophe, Paris–VIII