Vous êtes sur la page 1sur 30

8 PAGES SPÉCIALES ATTENTAT DE NICE

8 PAGES SP É CIALES ATTENTAT DE NICE
8 PAGES SP É CIALES ATTENTAT DE NICE

LE QUOTIDIEN DE L'ÉCONOMIE // LUNDI 18 JUILLET 2016 // LESECHOS.FR

VIVRE AVEC LA MENACE l L’exécutif sous le feu des critiques après l’attentat de Nice
VIVRE AVEC LA MENACE
l
L’exécutif sous le feu des critiques après l’attentat de Nice l La crainte d’une « diaspora » terroriste grandit
l
Un nouveau coup pour l’économie française l Comment Israël lutte au quotidien contre le terrorisme.
// LIRE PAGES 2 À 8, L’ÉDITORIAL DE NIC OLAS BARRÉ ET LA CHRONI QUE DE DOMIN IQUE MOÏSI PAGE 10
Boris Horvat/AFP
LA CHRONI QUE DE DOMIN IQUE MOÏSI PAGE 10 Boris Horvat/AFP L’ ES SE NTIE L

L’ ES SE NTIE L

ÉTATS -UNIS : LE TEST DE L A CONVENTION RÉPUBLICAINE

Toujours en ordre dispers é der- rière Donald Trump, les républi- cains doivent trouver, à Cleve- land, une forme d’unité. // P. 9

LES STAR S DU WEB À L’ASSAUT DU PETIT ÉCRAN

Les deux youtubeurs fran ç ais Norman et Cyprien seront sur TF1 à la rentr é e. Devenus des mar- ques à part entière, ces jeunes stars du Web sont aussi très cour- tisées par les annonceurs. // P. 20

COUP DE FROID SUR LES INTRODUCTIONS EN BOUR SE

La crise chinoise et le Brexit ont refroidi les candidats à la cotation en Europe. Sur l’année, les levées de fonds pourraient être deux fois plus faibles qu’en 2015. // P. 26

ISSN015 3.4 83 1 NUM É RO 222 35 1 08 e ANN É E
ISSN015 3.4 83 1
NUM É RO 222 35
1 08 e ANN É E
30 PAGES

Antill es-R é uni on 3,20 €. Guy ane -S t M artin 4,20 €. Belgiq ue 2,80 €. Es pagne 3,50 €. Gr an de -Br et ag ne 2 £ 80. Gr èc e 3,20 €. It ali e 3,50 € Lu xe mb ourg 3 €. Maroc 25 DH. Suisse 4,80 FS. Tu nisi e 3,40 TND. Zo ne CF A 2.500 CFA.

Le grand ménage du président turc après le coup d’Etat raté

TURQUIE Erdogan a fait arrêter 3.000 militaires et presque autant de juges. Il accuse son ennemi juré, Fethullah Gülen, réfugié aux Etats-Unis, d’avoir voulu le renverser.

Ozan Kose/AFP
Ozan Kose/AFP

Les forces armées turques vont être durement purgées par l’exécutif.

La tentative de putsch contre le président Recep Tayyip Erdogan, dans la nuit de vendredi à samedi, s’est soldée par un échec. Le chaos, dont une frange de militaires est à l’origine, n’a duré que quelques heures. Le temps de permettre au chef de l’Etat de reprendre les commandes pour ne plus les lâcher. C’est un vaste coup de filet qu’il a lancé au sein de l’armée où 3.000 soldats sont arr ê t é s, parmi lesquels le principal conseiller militaire du président. Quelque 2.700 juges ont également été interpellés, soit un tiers des effec- tifs. Recep Tayyip Erdogan soupçonne son ancien allié, Fethullah Gülen, d’avoir fomenté depuis les Etats-Unis ce coup de force, ce que nie l’intéressé. Les relations entre Ankara et Washington se sont tendues. // PAGE 14

Finance :pour Barclays, leBrexit ne remet pas en question le leadership de la City

INTERVIEW Quelques semaines après le vote des Britanniquesenfaveur du Brexit, le directeurgéné- ral de Barclays,Jes Staley, était la semaine dernière à Paris pour réaffirmer sa volonté d’accompagner ses grands clients français. Selon lui, la présence de gérants puissants à Londres doit lui permettre de

conserver son statut de premier centre financier européen. « Le Royaume-Uni défendra son indus- trie financière, il y aura des évolutions réglementai- res auxquelles nous devrons nous adapter, mais les banques en ont l’habitude ! » explique-t-il dans un entretien aux « Echos ». // PAGE 23

dans un entretien aux « Echos » . // PAGE 23 Dix ans de d é
dans un entretien aux « Echos » . // PAGE 23 Dix ans de d é

Dix ans de déficit commercial pour l’automobile française

CONSTRUCTEURS AUTOMOBILES

La balance commerciale automo- bile est à nouveau dans le rouge depuis le début 2016, et s’achemine vers une dixième année d’affilée de déficit. L’an passé,lesecteur amême enregistr é un d é ficit record de 7,7 milliards d’euros. Son dernier solde positif – 3,8 milliards d’euros – remonte à 2006… Dans la foulée de leurs accords de comp é titivit é signés en 2013, Renault et PSA ont pourtant augmenté ou stabilisé leur production dans l’Hexagone. Cela n’a pas suffi, car parallèlement, la France fait venir de plus en plus de

véhicules de l’étranger. L’origine de ces voitures ? L’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni. Mais aussi et sur- tout des pays à bas coût, où les cons- tructeurs français se sont dévelop- pés ces dernières années. L’Espagne concentre 20 % des importations françaises, avec des modèles phares comme le C4 Picasso, les SUV Renault Kadjar et Captur ou la nou- velle Mégane. Les pays de l’Est mon- tent en puissance, que ce soit avec la Roumanie (modèles de Dacia), la Slovaquie (la nouvelle C3 y sera pro- duite) ou la Slov é nie (Renault-

Daimler). // PAGES 16-17

Sipa

AFP

02 // ÉVÉNEMENT

SPÉCIAL ATTENTAT DE NICE

L’exécutif peine à trouver la riposte après le carnage de Nice

l Le Parlement va prolonger cette semaine l’état d’urgence et la réserve

op érationnelle va être mobilisée pour épauler des forces de sécurité épuisées.

l L’attentat au camion, jeudi soir,afait au moins 84 morts.

Stephane Dupont

@DupontEchoscamion, jeudi soir,afait au moins 84 morts. Stephane Dupont « Rien ne se passe jamais comme

« Rien ne se passe jamais comme prévu »,acoutume de dire François Hollande. Le terribleattentat de Nice lui donne sur ce point raison. Cette semaine, qui devait être marquée par l’adoptiondéfinitiveduprojet de loi El Khomri à l’Assembléeetpar les suites de la guerre fratricide entre Manuel Valls et Emmanuel Macron, avant la tr ê ve estivale, sera pour l’essentiel consacrée à l’hommage aux victimes du camion fou de la Promenade des Anglais et à la mobi- lisation contre le terrorisme. Ce lundi, à midi, une minute de silence sera observée dans toute la France. Et mercredi, le Parlement sera appeléà voter une nouvelle pro- longation de l’état d’urgence, à l’effi- cacité très contestée et… dont le chef de l’Etat avait annoncé la levée lors de sa traditionnelle interview télévi- sée du 14 Juillet. Soit quelques heu- res à peine avant le massacre de Nice, qui a fait 84 morts, dont 10 enfants et adolescents, et des cen- taines de blessés. Ce bilan pourrait s’alourdir : dimanche, le pronostic vital de 18 personnes hospitalisées était encore engagé. Après ce troisième attentat de masse en dix-huit mois sur le sol national, l’exécutif peine quelque peu à trouver la riposte. Pas de grande manifestation, comme le

11 janvier 2015, ou de r é union du

Congrès à Versailles, comme le

16 novembre . Le chef de l’Etat s’est

content é , samedi, d’appeler à « l’unité, la cohésion et la cohérence » du pays « autour des valeurs qui sont les siennes » , lors d’un Conseil de sécurité et de défense à l’Elysée. « Il y aura de nouveaux attentats. C’est dif- ficile à dire mais d’autres vies seront fauchées, a prévenu dimanche, dans le « JDD », le Premier ministre. Le terrorisme fait partie de notre quoti- dien pour longtemps. »

Mode opératoire différent

La situation est, il est vrai, un peudif- férente de celles qui prévalaient en janvier et novembre 2015. L’attentat de Nice est l’œ uvre d’un homme seul, inconnu des services de rensei- gnement, n’ayant ni s é journ é en Syrie ni fr é quent é activement la mouvance djihadiste, et qui s’est, semble-t-il, « radicalisé très rapide- ment », selon le ministre de l’Inté- rieur, Bernard Cazeneuve. La tuerie a été revendiquée samedi matin par l’Etat islamique, mais elle se rappro- che plus, dans son mode opératoire, de l’assassinat des deux policiers à Magnanville le mois dernier que des attaques coordonnées de l’an passé dans la capitale. Si l’é motion est grande dans le pays et la ville de Nice, meurtrie, la vie arepris son cours. La Promenade des Anglais sera totalement rou-

verte ce lundi. De nombreux Fran- çais partent en vacances. Très peude

manifestations culturelles ont été annulées. Seule grande nouveauté,François Hollande adécidé « de faireappel à la réserve opérationnelle », composée d’anciens gendarmes et militaires mais aussi de civils volontaires (lire page 5). Bernard Cazeneuve a

Le gouvernement se refuse à un nouveau tour de vis sécuritaire comme le réclame avec insistance l’opposition.

Loin de l’union nationale, la droite ne s’est pas privée de critiquer la politique de l’exécutif.

appelé, samedi, « tous les Français patriotes qui le souhaitent » à rejoin- dre cette force d’appoint. Elle doit permettre d’é pauler les forces de sécurité et les militaires, à bout de souffle après de longs mois d’enga-

gement sur le terrain. Et le dispositif Sentinelle, qui devait être ramené à

7.000

hommes, sera maintenu à

10.000

soldats. Mais pas de nouveau

tour de vis sécuritaire en vue. Le gou- vernement fait valoir depuis ven- dredi que plusieurs lois antiterroris- tes ont été votées ces deux dernières ann é es et que les moyens des armées, de la police et du renseigne- ment ont déjà été renforcés. Une position violemment criti- quéepar l’opposition. « Si nous som- mes en guerre, tirons-en les consé- quences »,a exhorté dimancheAlain Jupp é dans « Le Parisien. Loin de l’union nationale réclamée par le chef de l’Etat, la droite ne s’est pas privée, depuis vendredi, de critiquer la politique de sécurité de l’exécutif. Les mesures annoncées sont « un signe d’impuissance et d’aveugle- ment », a fustigé le président de la commission d’enquête parlemen- taire sur les attentats de 2015, Geor- ges Fenech, des Républicains. Alain Juppé est allé jusqu’à affirmer que « si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu ». Cette surenchère est probablement liée à la primaire.

Présidentielle lancée

Très offensif dimanche soir sur TF1, Nicolas Sarkozy a affirmé que « tout ce qui aurait dû être fait depuis dix- huit mois ne l’a pas été. » Un bureau politique extraordinaire des Répu- blicains est convoqué ce lundi. His- toire de maintenir le gouvernement

sous pression et de ne pas laisser le

terrain libre à Marine Le Pen, qui a

« Ilvayavoir une demande de la société de renforcer l’arsenal sécuritaire »

Propos recueillis par

Leïla de Comarm ond

@leiladecocuritaire » Propos recueillis par Le ï la de Comarm ond Ce nouvel attentat va-t-il changer

Ce nouvel attentat va-t-il changer la perception de la menace terroriste ? Cet attentat va marquer profondé- ment l’opinion. D’abord, son bilan est très lourd, du même niveau que celui du Bataclan. Il est intervenu le jour de la Fête nationale, mais aussi juste après la fin de l’Euro. Au moment où collectivement, on poussait un « ouf » de soulagement car il n’y a pas eu d’attaque terro- riste alors que les fan-zones inquié- taient beaucoup les Fran ç ais. Le drame de Nice nous rappelle tous à la dure réalité de la vulnérabilité de notre pays. D’où un effet de stupeur. En outre, l’attentat s’est pass é en province, Paris n’est donc pas la seule cible et qu’y a-t-il de plus mélangé qu’une foulequi va assister à un feu d’artifice ? Le 13 novembre, c’est la jeunesse qui était visée, là, ce sont des familles. Cela signifie que tout le monde peut se retrouver dans le viseur et qu’on est loin d’en avoir fini avec la violence terroriste. Tout cela va profondément marquer les esprits. Avec l’idée que vous avez des centaines, voire des milliers, d’individus plus ou moins radicali- sés qui peuvent passer à l’acte près de chez eux et donc… de chez vous.

Comment va réagir la société française ? Il est un peu tôt pour le dire. Quand François Hollande avait déclaré la

INTERVIEW J É RÔME FOURQUET Directeur du d é partement opinion publique à l’Ifop

INTERVIEW JÉRÔME FOURQUET

Directeur du département opinion publique à l’Ifop

INTERVIEW J É RÔME FOURQUET Directeur du d é partement opinion publique à l’Ifop

France en guerre, en novembre, une majorité de Français pensait comme lui. A l’é poque, il avait rip ost é e n d é c r é t a n t l ’ é tat d’urgence, avec des bombarde- ments en Syrie, un d é ploiement

« En frappant

des familles, c’est tout le monde qui a été frapp é. »

« On est à un moment

charnière et dans un registre complètement hors normes. »

renforcé de militaires et, même s’il n’est pas allé au bout, la déchéance de nationalit é , contre laquelle il était initialement.Ill’avait justifié en expliquant vouloir prendre des mesures à la hauteur de l’effroi, de

l’horreur qu’il avait vus dans les yeux des Français. Après l’assassi- nat des deux policiers à Magnan- ville,ManuelValls afermé la porte à une nouvelle loi antiterroriste et à une escalade dans la réponse sécu- ritaire, tout en appelant la société

française à se préparer à d’autres

attentats et, hélas, d’autres victimes innocentes. Mais la pression est en train de monter.

L’exécutif va-t-il devoir annoncer un renforcement

sécuritaire ? Après ce qui s’est passé à Nice, cela va être très difficile de rester sur le registre uniquement de la nécessité de serrer les rangs. Ilyacela, bien sûr. Mais fatalement, il va y avoir une demande de la société d’adap- ter l’arsenal sécuritaire. Il yaquel- ques jours, 60 % des Fran ç ais se déclaraient prêts à renoncer à cer- tains principes et valeurs pour cela. On est à un moment charnière et

dans un registre complètement hors normes. « A la guerre comme à la guerre, s’il faut prendre des mesu- res exceptionnelles prenons-les » , pensent bon nombre de citoyens. Il ne faut pas, en outre, minorer l’impact que peut avoir sur l’opinion l’image d’un président de la Répu- blique en manque d’autorité, avec

« La position de Manuel Valls – “serrons les rangs et les dents– n’est plus tenable. »

l’é pisode Macron. L’exé cutif doit reprendre la main et pour cela, il doit montrer qu’il agit. La position de Manuel Valls – serrons les rangs et les dents–n’est plus tenable. Je ne dis pas que les Français demandent un pouvoir autoritaire, l’instaura- tion de l’état de siège, mais je vous renvoie au débat sur l’internement préventif des fichés S. Il vayavoir une pression très forte non pas pour une remise en cause de la liberté de la presse ou de circula- tion, mais pour que l’arsenal pénal des peinessoit alourdiouledisposi- tif de surveillance renforcé.

Cela va-t-il fragmenter ou au contraire renforcer la cohé- sion de la société française ? Il y a à la fois le risque que les ten- sions s’exacerbent et un mouve- ment de renforcement de l’unit é nationale. Les deux effets peuvent

Lundi 18 juillet 2016 Les Echos

Les deux effets peuvent Lundi 18 juillet 2016 Les Echos Vendredi matin, le corps de certaines

Vendredi matin, le corps de certaines victimes se trouvaient encore sur « autour des valeurs qui sont les siennes ». Photo Luca Bruno/AP/Sipa

demandé la démission du ministre de l’Intérieur et dénoncé les « caren- ces gravissimes de l’Etat dans sa mis- sion première, la protection de nos compatriotes ». La campagne prési- dentielle est lancée et tous les coups semblent permis. Dans le « JDD », Manuel Valls adénoncé une « dérive démagogique » et s’en est pris à « cer- tains politiques irresponsables » qui « disent que cet attentat était é vita-

se produire en même temps mais pas sur les mêmes personnes. De la même manière que le 13 novembre. Jeudi soir, ce ne sont pas les journa- listes, les juifs, la police qui étaient vis é s… En frappant des familles, c’est tout le monde qui a été frappé. D’autant que ce 14 Juillet est arrivé quelques jours après le parcours des Bleus qui a conduit beaucoup de gens à communier dansunsenti- ment national partagé. Le 14 Juillet peut souder encore davantage les Fran ç ais, d’origine immigr é e ou pas. Le 13 novembre, déjà, ilyaeu un fort sentiment d’unité nationale. Je vous renvoie aux propos du chanteur engagé de Zebda, Magyd Cherfi devenu « solennellement français ». Mais en même temps, on peut être très inquiet car il yades risques de confrontation commu- nautaire. Voyezles inquiétudes qu’a exprimées Patrick Calvar, le patron de la Direction générale de la sécu- rité intérieure (D GSI).Al’Assem- blée nationale le 24 mai dernier, il évoquait le risque d’« une confron- tation entre l’ultra droite et le monde musulman ». Après les événements à Ajaccio, les Français avaient été interrogés sur le saccage de la salle de prière. 58 % des personnes inter- rogées affirmaient le condamner, 32 % le comprendre sans l’approu- ver et 10 % l’approuver. Nous som- mes à un moment charnière. n

a

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur lesechos.fr/

ble », tout en demandant l’arrêt des

« polémiques inutiles ».Car ce nouvel

attentat, au-delà du nombredevicti- mes, est un rude coup port é à la France et à son économie. L’indus- trie touristique, qui ne s’é tait pas encore relev é e des attaques du 13 novembre, est ébranlée en pleine haute saison. Et la reprise, toujours fragile, encaisse un nouveau choc après le Brexit du mois dernier. n

« Si nous sommes en guerre, tirons-en les conséquences. Il faut passer à la vitesse
«
Si nous sommes
en guerre, tirons-en
les conséquences.
Il faut passer
à la vitesse
supérieure. »
ALAIN JUPPÉ
Les Républicains
AFP
supérieure. » ALAIN JUPPÉ Les Républicains AFP « La r é ponse ne peut pas être

« La réponse

ne peut pas être la “trumpisationdes esprits. »

MANUEL VALLS

Premier ministre

Les Echos Lundi 18 juillet 2016

ÉVÉNEMENT // 03

AFP

3

La droite passe à l’offensive, le FN tente de récolter la mise

Avec 2017 en toile de fond, la droite a critiqué l’exécutif et appeléà« passer à la vitesse sup érieure ». Le FN les a renvoyés dos à dos.

Isabelle Ficek

» . Le FN les a renvoy é s dos à dos. Isabelle Ficek @IsabelleFicek «

@IsabelleFicek

« Sursaut », « impuissance », « inef- ficacité ». Voilà les mots qui ont fusé au lendemain du drame de Nice dans les rangs de l’opposition. Car dès vendredi matin, une partie de la droite est montée au créneau pour critiquer l’action de l’exécutif. Avec en toile de fond la campagne de la primaire de novembre, qui pousse à la course entre les candidats de la droite, et la campagne pr é siden- tielle, dont chacun pressent que la s é curit é sera l’un des thèmes majeurs. Et c’est sans compter sur un FN en embuscade, qui a obtenu après les attentats de novembre un niveau sans précédent au premier tour des élections régionales et une Marine Le Pen que tous les sonda- ges donnent déjà qualifiée pour le second tour. « Il faut un sursaut, je le demande au gouvernement »,atonné Chris- tian Estrosi, président de la région Provence-Alpes-C ô te d’Azur et ancien maire de Nice. Fran ç ois Fillon a demandé un « changement d’échelle dans notre riposte ». Mais c’est d’Alain Juppé, d’ordinaire plus prudent, qu’est venu le coup de grâce, le candidat à la primaire lâchant que « si tous les moyens

avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu ». Une déclaration qui a pro- voqué l’ire de l’exécutif. Et si le maire de Bordeaux, dans un entretien au « Parisien » dimanche, se défend de vouloir pol é miquer et reconna î t, manière de rétropédaler,que « le ris- que zéro n’existera jamais », il tacle l’exécutif – « le fatalisme n’est pas une politique » –etestime « qu’il faut pas- ser à la vitesse supérieure ». L’occa- sion pour lui de rappeler les proposi- tions qu’il a faites en début d’année (déploiement de la réserve opéra- tionnelle, meilleur maillage du ren- seignement, création d’une police pénitentiaire, etc.) « Il est obligé de faire face à la situation sondagière », glisse un député LR qui pressentque le débat de la primaire à droite « va

pressentque le d é bat de la primaire à droite « va Nicolas Sarkozy a estim

Nicolas Sarkozy a estimé qu’« une autre politique [était]

possible ». Photo F. Florin/AFP

politique [ é tait] possible » . Photo F. Florin/AFP le lieu de l’attentat. Samedi, Fran

le lieu de l’attentat. Samedi, François Hollandeaappelé à « l’unité, la cohésion et la cohérence » du pays

devenir de plus en plus sécuro-sécuri- taire. Le message sur le n é cessaire vivre-ensemble, qui est le bon, risque d’avoir de plus en plus de mal à passer auprès des militants LR ».

Lieux de culte

Dimanche soir, le pr é sident du parti, Nicolas Sarkozy, est lui aussi pass é à l’offensive sur TF1. S’il a

lancé « j’ai été chef de l’Etat, je sais quelerisque zéro n’existepas,jamais je ne dirai que j’aurais pu empêcher ceci ou cela, respectons les victimes » – une pierre dans le jardin d’Alain Juppé –, il a affirmé que « tout ce qui aurait d û ê tre fait depuis dix-huit mois ne l’a pas été ». « Nous sommes en guerre, une guerre totale, ça sera eux ou nous », a-t-il martelé, ajou- tant qu’ «une autre politique est pos- sible » et estimant que l’appel du gouvernement à rejoindre la r é serve op é rationnelle ne va pas

« résoudre le terrorisme ». Nicolas Sarkozy a notamment appelé à ce que « l’ensemble des per- sonnes fichées S fassent l’objet d’une

La réponse du FN, paraît moins dispersée avec une seule voix, celle de Marine Le Pen, et un discours martial.

analyse pr é cise » , pour

« tout étranger ayant des liens avec

des activités terroristes » et que les fichésS « qui présententunrisque de radicalisation soient mis sous brace- let é lectronique » . De m ê me, il a demandé la fermeture de tout lieu de culte ayant un lien avec le sala- fisme. Et puis il souhaite que la France reprenne langue avec la Russie et a r é pondu « oui » à la

question de savoir s’il fallait interve- nir au sol en Syrie. Bref, ilavoulu donner l’image d’une grande

« détermination »,face à un exécutif

qu’il juge faible. Il faut dire que la réponse du FN, qui n’a jamais été en responsabilité, para î t moins dispers é e avec une seule voix, celledeMarineLePen, et un discours martial et simple. Samedi, lors d’une conférence de presse, elle a dénoncé les « carences gravissimes de l’Etat » et, comme à son habitude, renvoy é dos à dos droite et gauche. « La gauche perd, mais la droite ne gagne pas forcément avec ses rodo- montades qui n’ont pas que des rai- sons sécuritaires, redoute un poids lourd des R é publicains. Le FN a l’avantage d’avoir un discours très radical. Les tensions inhérentes à ce type d’attentat sont extrê mement inquiétantes. Tout cela est dangereux

pour l’avenir. » La veille de l’attentat, un candidat à la primaire pointait

« un climat très volatil. On ne sait

absolument pas ce qui va se passer. Cela rebat les cartes ». C’est encore plus vrai aujourd’hui. n

expulser

» . C’est encore plus vrai aujourd’hui. n expulser « Une telle crise doit nous amener

« Une telle crise doit nous amener à dire :

Hollande, Valls, Cazeneuve, Sarkozy et consorts, plus jamais eux. »

MARINE LE PEN Pré sidente du FN

Les mesures prises et celles qui restent à prendre

Des outils juridiques qui n’ont cessé de s’étoffer après chaque attentat

D epuis les tueries de Toulouse et de Montauban, en 2012, trois grandes lois sont venues renforcer un arsenal

juridique antiterroriste déjà riche de 26 tex- tes votés depuis 1986, l’année de l’attentat de la rue de Rennes, à Paris. La première tombe le 13 novembre 2014 : à un an jour pour jour du massacre du Bataclan, le gouvernement Valls promulgue la loi contre l’apologie du djihadisme, qui commence à prospérer sur les réseaux sociaux. L’exécutif change de braquet le 12 janvier 2015. Quelques jours après la tuerie de « Charlie Hebdo » et la prise d’otages meur- trière de l’Hyper Cacher de la porte de Vin- cennes, 10.000 militaires sont mobilisés pour patrouiller sur les points classés « sen- sibles » du territoire (gares, bâtiments publics, médias, etc.) dans le cadre de l’opé- ration Sentinelle. Ils arrivent en renfort des effectifs de police et de gendarmerie déjà affectés à la surveillance des écoles et lieux de culte juifs. Quelque 2.680 emplois supplé- mentaires sur trois ans sont par ailleurs promis, dont 1.100 affectés au renseigne- ment, 950 à la justice et 250 à la défense. Un effort budgétaire de 425 millions d’euros, en faveur de la police et de la gendarmerie où les heures supplémentaires s’accumulent, est décidé. Manuel Valls annonce un renfor- cement de la surveillance des réseaux de communication pour déjouer les projets d’attentats. La proposition de loi sur le ren- seignement, à laquelle s’attelait depuis l’été 2014 Jean-Jacques Urvoas, alors député (PS), en sera le support.

Trois lois antiterrroristes

Le 24 juillet 2015, la loi sur le renseignement est promulguée, soutenue par une très large majorité de parlementaires de gauche et encore plus de droite. Elle donne au rensei- gnement les coudées franches pour agir. L’interception d’échanges sur les réseaux de téléphonie mobile et Internet ne nécessitent plus qu’une « autorisation administrative ». Les associations de défense des droits de l’homme et une partie de la gauche s’insurge- ront contre cette réforme. Elles lui reprochent notamment de donner un rôle marginal à la nouvelle Commission nationale de contrôles des techniques de renseignement (CNTR). Leurs critiques passeront vite au second plan avec la découverte d’un nouveau projet

d’attentat, au printemps 2015, contre une église de Villejuif (Val-de-Marne). La tuerie du Bataclan et les fusillades commises alentour, le 13 novembre 2015, feront encore passer d’un nouveau cran la lutte antiterroriste. L’état d’urgence est déclaré et le contrôle aux frontières rétabli, mobilisant 8.000 gendarmes, policiers et douaniers. Devant le Congrès, François Hol- lande annonce la création de 5.000 nouveaux postes dans la police et la gendarmerie, de 2.500 autres dans la justice et le recrutement de 1.000 douaniers supplémentaires, le tout « d’ici à deux ans ». Dans le même temps, Michel Sapin engage la lutte contre le finan- cement du terrorisme. Il impose notamment aux banques de signaler à Tracfin tout dépôt ou retrait d’espèces de plus 10.000 euros. La troisième et dernière grande loi antiter- roriste du gouvernement Valls est en vigueur depuis le mois dernier. Mise en place fin 2015, elle donne des pouvoirs accrus aux autorités de police (fouilles, perquisitions, assignations à résidence) et ce, hors état d’urgence… état d’urgence que le président de la République a décidé de proroger. — J. C.

Ce que le gouvernement peut encore décider pour réduire la menace terroriste

A u-delà des décisions de samedi

dernier, comme l’appel à la réserve

opérationnelle (lire page 5), prises

lors du Conseil restreint de défense et de sécurité nationale, quelles mesures le gou- vernement pourrait-il prendre pour réduire la menace terroriste ? Le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015, dont il est accusé de faire peu de cas par l’opposition, ne ménage certes pas ses critiques à son égard, parlant d’une « politique publique qui se construisait au fil de l’eau, au gré de rustines législatives successives ». Mais il n’est pas non plus avare de propositions. D’abord, intensifier la guerre du renseigne- ment en poursuivant les recrutements « au- delà des engagements pris jusqu’en 2018 », c’est-à-dire au-delà des 1.100 postes qui avaient été annoncés l’an dernier. Le rapport, s’il ne chiffre pas les besoins, suggère de recourir à des « experts contractuels » pour diversifier les profils. Le renseignement en milieu pénitentiaire, désormais permis par la réforme de la procédure pénale, en est encore aux balbutiements. Afin de le rendre « pleine-

ment opérationnel », la mission demande d’accélérer les recrutements (2.500 postes à pourvoir en 2016). Enfin, pour enterrer la guerre des polices sur le terrain du renseigne- ment, la création d’une direction unique, issue de la fusion des activités du SCRT de la Police nationale et de celles de la SDAO de la Gendarmerie nationale, est prônée.

Que faire des fichésS?

Les facultés d’intervention et de riposte des forces de l’ordre gagneraient aussi à être revues. Elles « doivent être mieux entraînées au tir », considère Yves Trotignon, ancien analyste du service antiterroriste de la DGSE. Un point de vue partagé par la commission qui recommande d’« augmenter le nombre de cartouches tirées chaque année » dans les stands d’entraînement. Un autre moyen d’améliorer l’efficacité des agents sur le théâtre d’une opération serait de disposer des fusils d’assaut à l’intérieur des véhicules, et non pas dans leur coffre comme actuelle- ment. C’est ce que suggère Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat de police Synergie Officiers. « Il faut aussi que la justice soutienne l’ouverture du feu des policiers », ajoute-t-il. Enfin, comme à chaque nouveau drame terroriste, le débat ouvert par la droite sur le suivi des 11.500 personnes fichées S, liste à laquelle émargent les djihadistes apprentis ou patentés, va être relancé. Nicolas Sarkozy est partisan d’une assignation à domicile « avec bracelet électronique » de tous les indivi- dus rangés dans cette catégorie. Eric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes, prône la création de « centres de rétention » pour les personnes radicalisées. Le gouvernement risque donc à nouveau de devoir répondre à leurs interpellations. D’autant que la com- mission parlementaire recommande elle- même d’« augmenter les capacités d’accueil du parc carcéral ». Certains experts, ce week-end, ont défendu la thèse d’une mise en détention des terroris- tes dans des prisons militaires. Une solution qui, selon eux, permettrait à la fois d’éviter la contamination d’autres détenus à la cause djihadiste, et de mettre un terme ipso facto au débat entre la création de centres de détention spécifiques et l’aménagement de quartiers réservés au sein des prisons surchargées. — J. C.

é serv é s au sein des prisons surcharg é es. — J. C. Des enqu

Des enquêteurs, samedi, au domicile de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, l’auteur de l’attentat de Nice. L’enquête a déjà permis d’établir le caractère prémédité d’une tuerie qu’aucun service de renseignement n’a vue venir. Luca Bruno/AP/Sipa

04 // ÉVÉNEMENT

3 SPÉCIAL ATTENTAT DE NICE

Lundi 18 juillet 2016 Les Echos

La crainte d’une « diaspora » terroriste grandit avec les revers militaires de l’EI

l

L’EI cherche à compenser les territoires perdus en Syrie et en Irak en exportant la terreur hors des frontières du « califat ».

l

Le profil des terroristes, qui n’ont pas forcément fait leurs classes sur le terrain, évolue aussi.

Virginie Robert

yala tension entre les combattants

Prouver sa globalité

vrobert@lesechos.fr

é trangers, consid é r é s comme les

Qu’il s’agisse de combattants rodés en Syrie, d’islamistes embrigadés et radicalisés localement en Occident ou de r é ponses individuelles à l’appel du chef de l’Etat islamique (EI ou Daech) Abou Bakr Al Baghdadi, qui a demandé de « tuer des m é cré ants, chez eux avec leur famille », il apparaît clairement aux yeux des experts que le djihadisme islamique va de plus en plus s’exporter hors du territoire du « califat » . Le d é placement de la campagne de terreur, qui frappe quotidiennement en Syrie et en Irak, s’explique notamment parune organisation Etat islamique de plus en pluscontrainte sur sonterritoire et dont les revenus s’amenuisent. Le directeur du FBI, James Comey a attir é l’attention, la semaine dernière, sur l’émergence d’une nouvelle « diaspora terro-

mieux trait é s, et les combattants locaux. Il y a aussi le fait que les salai- res baissent et qu’il est aisé, notam- ment en Syrie, de faire défection vers un autregroupe islamiste »,explique Columb Strack, analyste senior chez IHS. Selon le directeur de la CIA, John Brennan, il reste environ « de 18.000 à 22.000 » combattants de l’EI en Irak et Syrie. Sur le terrain, l a situatio n é v o lue « d u conflit militaire classique vers ce qui ressemble davantage à une situation d’insurrection, avec des attaques symboliques sur des infrastructures et des personnes », estime Columb Strack. Les pertes récentes ont été plus fortesenIrak, l’EI se recentrant sur la protection de son territoire dans le nord de la Syrie, vital pour les échanges et pour la protection de Raqqa, sa capitale.

riste » , avec des combattants qui vont se disperser au fur et à mesure des défaitesenIrak et en Syrieetqui sont susceptibles de frapper n’importe où. L’EI sera « prêt à tout pour démontrer qu’il garde sa vita- lité, et cela prendra probablement la forme de plus d’attaques asymétri- ques, de plus d’efforts terroristes », a-t-il prévenu. Selon le cabinet IHS, l’EI a perdu 12 % de son territoire en 2016 sous le coup des frappes alliées. A cheval sur la Syrie et l’Irak, le terrain occupé par le « califat » s’est réduit de 12.800 km 2 , pour s’é tablir à 78.000 km 2 . Les ressources dimi- nuent également : de 80 millions de dollars mensuels vers la mi-2015, les revenus seraient tombés à 56 mil- lions en mars 2016. Elles auraient depuis encore baiss é de 35 %, estimeIHS, le bombardement systé- matique des convois de camions de pétrole de l’EI a porté ses fruits. A la perte de territoire s’ajoutent les d é fections de plus en plus nom- breuses depuis janvier 2016. « Elles s’expliquent par plusieurs raisons. Il

Parce que le système du « califat » est en déliquescence, il a de plus en plus besoin de prouver sa globalité. En d é pla ç ant les attaques vers la Libye, le Sinaï, le Yémen, l’Arabie saoudite, l’Europe et les Etats-Unis (Orlando). « Ils ne font plus venir les combattants étrangers, c’est trop dan- gereux. Ils préfèrent insister sur le message,les radicaliser et lesfaireagir où ils sont localisés », relève Columb Strack. Certains ont des liens avérés avec les groupes terroristes islamis- tes, comme Larossi Abballa, l’assas- sin d’un policier et de son épouse à Magnanville. Il avait été condamné en 2013 pour avoir participé à une filière djihadiste vers le Pakistan. En revanche, l’auteur du massacre de Nice était inconnu des services de renseignements. Et si l’EI s’est attri- bué ce carnage, le ministre de l’Inté- rieur évoque, lui, un tueur qui s’est radicalisé rapidement. Il va donc fal- loir maintenant qualifier la relation de Mohamed Lahouaiej Bouhlel avecles mouvementsradicaux pour déterminer s’il a agi sur ordre ou de son propre chef. n

é terminer s’il a agi sur ordre ou de son propre chef. n x SERVICE TRÉSORERIE

x

SERVICE TRÉSORERIE EXPRESS

Re cevez le paiement de vos fac tures clients en 48H

Nous vous prop osons un outil de ce ssion de vos fac tu re s

Nous vous prop osons un outil de ce ssion de vos fac tu re s e n attente de paiement . Cette s olution, est access ible en ligne po ur to utes le s e ntreprises ayant un besoin de financement po nc tu el ou ré cu rrent .

En savo ir plus sur http://solutions .lese cho s.fr/tre sorerie -express

Un service re commandé par Le s Echos Solutions

Un service re commandé par Le s Echos Solutions L’ombre de l’Etat islamique derrière un tueur

L’ombre de l’Etat islamique derrière un tueur aux motivations troubles

L’EI a revendiqué l’attentat samedi. Mohamed Lahouaiej- Bouhlel se serait « radicalisé très rapidement ».

Derek Perrotte

« radicalis é très rapidement » . Derek Perrotte @DerekPerrotte Fou, ou fou de dieu ?Seul

@DerekPerrotte

Fou, ou fou de dieu ?Seul ou avecdes complices ? Franc tireur ou mis- sionné ?Depuis trois jours, l’enquête s’attache à retracer les parcours, motivations et modus operandi de l’auteur de l’attentat, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien de trente et un ans, arrivé en France en 2005ettitulaired’une cartedeséjour. Les enquêtes de terrain, les gardes à vue de sept de ses proches et la saisie de téléphones et ordinateurs com- mencent à lever un bout de voile sur

et ordinateurs com- mencent à lever un bout de voile sur Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Photo : Shutterstock/Sipa

Mohamed Lahouaiej-Bouhlel.

Photo : Shutterstock/Sipa

ce père en instance de divorce, jus- qu’ici inconnu des services de rensei- gnement et décrit par son entourage comme non « religieux » , « dra- gueur », fan de musculation, de salsa et porté sur la bouteille. Se dessine le portrait d’un homme intégré mais souffrant depuis l’adolescence de troubles psychotiques et de crises de violence, ces dernières lui ayant valu un divorce et une condamnation en mars dernier à six mois de prison avec sursis. Ce chauffeur routier de profession se serait « radicalisé très rapidement », selon Bernard Caze- neuve, ministre de l’Intérieur. Ce qui expliquerait son absence des radars de l’antiterrorisme. L’Etat islamique (EI) a revendiqué, samedi, l’attaque, menéepar un « soldat » agissant « en r é ponse » à ses « appels » . Mais

Vive polémique sur la responsabilité de l’Etat et des élus municipaux niçois

La ville a la deuxième plus importante police munici- pale de France et l’un des plus importants réseaux de caméras.

L’attentat aurait-il pu être évité dans une ville, chef-lieu des Alpes-Mari- times, où la politique de sécurité est au premier rang des pr é occupa- tions des élus depuis des lustres ? Un territoirequi compte 390 agents de police municipaux et 160 agents de sécurité et de vie publique, ce qui place Nice au deuxième rang der- rière Marseille. Faut-il incriminer l’Etat, en charge de la sécurité sur le territoire ? La polémique a fait rage tout le week-end. « Si tous les moyens avaient été pris », l’attentat niçois « n’aurait pas eu lieu » a mar- telé,dès vendredi, Alain Juppé,bien

loin de l’espritdu11janvier. « Les ser- vices de l’Etat et la ville de Nice avaient pr é par é ensemble ce 14 Juillet, comme ils avaient préparé le carnaval ou l’Euro »,arépliqué Manuel Valls avant d’ajouter : « Si Christian Estrosi, ancien maire de Nice, avait le moindre doute, il pou- vait demander l’annulation du feu d’artifice. Il yaune différence entrela dignit é d’Anne Hidalgo après les attentats et l’attitude de Christian Estrosi. »

1.257 caméras

Outre sa police armée, Nice dispose de 1.257 caméras, pour lesquelles Christian Estrosi avait é tudi é ces dernières semaines, avec le géant japonais NEC, la possibilité d’utili- ser un logiciel de reconnaissance faciale. Un sujet sur lequel il avait

envoyé un courrier au président de la République le… 13 juillet. « L’Etat n’a pas souhaité répondre favorable- ment à ma demande relative à l’expérimentation de la reconnais- sance faciale. Or, force est de consta- ter que face à des foules telles que pendant l’Euro 2016, il ne faut se pri- ver d’aucun moyen de protéger effi- cacement nos concitoyens » , affir- mait-il avant de demander que les polices municipales puissent faire des contrôles d’identité et disposer des mêmes armes que les policiers nationaux. Sur le terrain, é taient pr é sents au moment de l’attaque 64 agents municipaux, 42 policiers nationaux et 20 militaires. Mais cela n’a pas empêché le camion de franchir les barrages en passant sur le trottoir et de foncer sur la foule. — Service région

l’enquête n’apas encore établi de lien direct avec l’organisation ou de trace d’allégeance. L’analyse des ordina- teurs et des téléphones saisis permet- tra peut- ê tre d’en savoir plus sur d’éventuels liens avec la mouvance djihadiste, dont la région niçoise est un des terreaux. « La revendication […], la radicalisation rapide du tueur viennent confirmer le caractère isla- miste de cette attaque. Daechfournit à des […] déséquilibrésunkit idéologique donnant sens à leurs actes. […] C’est sans doute le cas de l’attentat de Nice », a indiqué Manuel Valls dimanche.

Caractère prémédit é

L’enquête a déjà permis d’établir le caractère pr é m é dit é de la tuerie. Après avoir réservé le camion dès le 4 juillet, puis être allé le récupérer le 11, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a repéré les lieux les 12 et 13 juillet. Il aurait, en outre, selon des sources policières citées par le « JDD », vidé son compte en banque et vendu sa voiture. Détail glaçant, il a envoyé peu avant l’attaque à sa famille une photo de lui souriant au milieu de la foule célébrant le 14 Juillet. L’enquête se concentre sur la recherchedepro- bables complices. Elle a révélé que le tueur aenvoyé peuavant l’attentat un SMS « se félicitant de s’êtreprocuré un pistolet 7.65 et évoquant la fourniture d’autres armes ». Il s’est aussi pris en photo au volantducamion, « entrele 11 et le 14 juillet », et a envoyée celle-ci par SMS. Les inspecteurs cherchent à identifier les destinataires. Un homme et un couple d’Albanais, dont l’homme de trente-huit ans est soupçonné d’avoir fourni le pistolet utilisé par le tueur, ont été placés en garde à vuedimanche.Quatreautres hommes étaient encore en garde à vue dimanche soir, dont au moins un, de vingt-deux ans, est soupçonné d’aide logistique. L’ex- é pouse de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a, elle, été remise en liberté. n

Les Echos Lundi 18 juillet 2016

ÉVÉNEMENT // 05

3

Les Echos Lundi 18 juillet 2016 É V É NEMENT // 05 3 Le ministre de

Le ministre de la Défense a précisé que les militaires mobilisés sur le territoire national dans le cadre de l’op ération Sentinelle seraient une fois de plus portés au niveau maximum

de 10.000 hommes. Photo Remy Gabalda/AFP

La réserve opérationnelle va être davantage sollicitée

Le gouvernement entend mobiliser les réservistes pour aider la police et la gendarmerie à sécuriser les événements de l’été.

Anne Bauer

é curiser les é v é nements de l’ é t é . Anne Bauer @annebauerbrux

@annebauerbrux

Dès vendredi, le chef de l’Etat Fran- ç ois Hollandeafait « appel à la réserve opérationnelle » pour ren- forcer l’action de surveillance du territoire. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve a fait de même samedi soir, en invitant « tous les Français patriotes qui le souhaitent » à rejoindre la r é serve op é ration- nelle de la police et de la gendarme- rie nationale. En précisant que les préfets peuvent dès à présentpuiser davantage dans cette réserve, qui repr é senterait 9.000 volontaires

garde fastidieuses et mal rémuné- rées, qui les éloignent de leurs pro- ches jusqu’à 24 semaines par an. Comme l’ont souligné les députés Olivier Audibert-Troin et Christo- phe Léonard dans un récentrapport sur Sentinelle, le rythme de 10.000 hommes déployés sur le territoire national est intenable et ne fonc- tionne que grâce à une diminution des périodes d’entraînement inte- rarmées, ce qui met à terme en dan- ger le savoir-faire de l’armée fran- ç aise. « L’op é ration Sentinelle constitue une menace sur la capacité du pays à terme de se protéger »,cons- tatent-ils. Et de rappeler que per- sonne ne peut, à ce jour, évaluer la pertinence du déploiement des mili- taires, à cette nuance près que 10.000 soldats déployés sur le terri- toire coûtent900 millions d’euros de moins que si le gouvernement devait payer10.000 policierssupplé- mentaires. Au minimum, les deux députés appellent à mettre sur pied un centre interministériel op éra- tionnel entre police et armée, pour que les forces apprennent à s’entraî- ner et travailler ensemble. — A. B.

dans la gendarmerie et 3.000 dans la police. « L’objectif est de fairemon- ter en puissance la capacit é maxi- male de cette ressource dans les tout prochains jours »,aajouté le minis- tre. Il souhaite trouver 12.000 hom- mes chez les gendarmes. Pour quoi faire ? Place Beauvau, on évoque le besoin d’aider la police à sécuriser cet été les festivals, bals du 15 août, et tout autre événement de l’été… De son c ô t é , le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a pré- cisé que les militaires mobilisés sur le territoire national danslecadre de l’opération Sentinelle seraient une fois de plus portés au niveau maxi- mum de 10.000 hommes. Le minis- tre espérait relâcher quelque peu la pression sur l’armée de terre après l’Euro de foot, mais la tuerie de Nice l’oblige à y renoncer jusqu’à fin août.

Multiples obstacles

Au total, en France, les « forces de l’ordre » mobilisent environ 100.000 hommes pour assurer la sécurité des Français (53.000 poli- ciers, 36.000 gendarmes et 10.000 militaires). Un effort sans relâche depuis les attentats du 13 novembre, aussi la situation devient extrêmement critique, sur- tout en cette période de vacances. D’où l’appel aux réservistes. Problème : depuis la profession- nalisation des armées,laréserve est tombée en désuétude et n’a souvent d’opérationnelle que le nom. Selon un tout récent rapport du Sénat, il y

Les chiffre s clefs

28.000

RÉSERVISTES Sont volontaires dans l’armé e, dont 15.850 pour l’armé e de Terre.

23

JOUR S En moyenne sont fournis par an par les ré servistes de la gendarmerie nationale.

aurait en France 54.374 réservistes, dont 28.000 dans l’armée et 25.000 dans la gendarmerie. C’est la réserve dite de « niveau un » : celle des volontaires. L’autre réserve dite de « niveau 2 » compterait plus de 127.000 hommes et regroupe les militaires qui ont quitté le service depuis moins de cinq ans. Cette réserve des « retraités » n’est pour l’heure pas concernéepar l’appel du gouvernement.

Jean-Yves Le Drian esp érait relâcher la pression sur l’armée de terre après l’Euro de foot, mais la tuerie de Nice l’oblige à y renoncer jusqu’à fin août.

Pour devenir réserviste à la gen-

darmerie, il vaut avoir entre 17 et

30 ans, ne pas avoir de casier judi-

ciaire, être en bonne santé, et effec- tuer une formation militaire de quinze jours minimum. Et surtout travailler soit à son compte, soit pour une entreprise pr ê te à vous libérer trente jours par an pour ser- vir l’Etat. Dans l’armée, Jean-YvesLeDrian veut porter la réserve (terre, air et mer) de 28.000 à 40.000 hommes, mais les obstacles sont multiples. Depuis la fin de la conscription, le lien entre l’armée et la nation s’est distendu, et dans beaucoup de

régions, il n’y a plus de casernes. En outre, la réserve a été longtemps la variable d’ajustement budgétaire de la d é fense. De 77 millions d’euros, le budget devait passer à

100 millions cetteannéepour finan-

cer les journ é es des r é servistes, mais dès le deuxième trimestre, il n’y avait plus un sou en caisse. S’ajoute un parcours administratif compliqué et décourageant, sans parler de la difficulté à concilier son engagement avec sa carrière pro- fessionnelle. La r é serve « op é ra- tionnelle » est donc encore très loin de ressembler à une garde natio- nale. n

La « fatigue » de la police et de l’armée

La mobilisation des policiers et de l’armée par le gouvernement devient intenable.

L’ é tat d’urgence dure depuis novembre dernier mais la mobili- sation des forces de police et de l’arm é e ne s’est guère relâch é e depuis les attentats de « Charlie » en janvier 2015. Nul besoin de surenchère politique pour décrire l’effort demand é aux policiers et aux militaires. Il suffit de rappeler, dans le désordre, les événements de juin : inondations de la Seine et de la Marne, grèves à la SNCF, manifestations contre la loi tra- vail avec les d é bordements des « casseurs » , tensions au sein du camp de migrants de Calais, assassinat d’un couple de poli- ciers, gestion de la s é curit é de l’Euro de football et maintenant du Tour de France…Personne ne peut nier la surcharge des mis- sions. C é line Berthon, secr é taire générale du Syndicat des commis- saire s , p a rle d e plu s d e 1.500 manifestations sur le terri-

toire national en avril, mai et juin pour la seule loi travail ! Le tableau dans l’arm é e n’est guère plus tranquille : 34.000 mili- taires sont engagés en opérations, dont 10.000 sur le sol français pour garderles lieuxsensiblesavecl’opé- ration Sentinelle, 3.500 au Sahel dansl’opération Barkhane pour lut- ter contre les groupes armés terro- ristes, 3.000 pour surveiller en per- manence l’espace a é rien et maritime, sans compter la partici-

« L’opération Sentinelle constitue une menace sur la capacité du pays à terme de se protéger. »

OLIVIER AUDIBERT-TROIN ET CHRISTOPHE LÉONARD D éputé s, dans un ré cent rapport sur Sentinelle

pation à la coalition internationale qui lutte contre l’Etat islamique en

Irak et en Syrie. Depuis le 1 er janvier,

fran ç aise a effectu é

1.534 vols au-dessus de ces pays et détruit quelque 651 objectifs. Jean- Yves Le Drian évoque une « mobili- sation exceptionnelle » au sein de 25 opérations extérieures différen- tes. Le gouvernement a, certes, mis un terme à la déflation des effectifs, mais le temps de former les nouvel- les recrues, l’armée de terre ne sera pas renforc é e avant l’é t é 2017 au mieux. Or, la tuerie de Nice inter- vient au moment où le ministère de la Défense espérait donner un peu de congés à ses hommes en France, et se concentrer sur l’opération de reconquête de Mossoul en Irak, qui sera discutée au sein de la coalition internationale cette semaine à Washington.

l’arm é e

Rythme intenable

Tandis que les syndicats de policiers parlent de burn-out, nombre d’engagés de la Grande Muette ne disent rien, mais quittent vite le ser- vice, us é s par des op é rations de

François Hollande veut rallier l’Europeaux enjeux de sécurité

La protection des frontières et des citoyens est l’un des rares points qui fait consensus actuellement. Le chef de l’Etat veut en profiter.

Catherine Chatignoux

Le chef de l’Etat veut en profiter. Catherine Chatignoux @chatignoux Fran ç ois Hollande voulait donner

@chatignoux

François Hollande voulait donner une impulsion à l’Europe, après la décision des Britanniques de quitter l’Union. Paradoxalement, l’attentat tragique perpétréà Nice le jourdela fête nationale française donne au chef de l’Etat des cartes supplémen- taires pour concrétiser son projet. Il s’est rarement montré aussi déter- miné dans sa politique européenne. Il veut rassembler les Vingt-Sept « et pasaminima », souligne-t-on dans son entourage. La s é curit é des citoyens et de l’Union européenne est probablement aujourd’hui la valeur la mieux partagée de Paris à Varsovie, sans oublier Berlin. C’est l’un des axes de travail sur lesquels il entend bien capitaliser et que vont

évoquer, ce lundi, les ministres des Affaires é trangères. La France assume aujourd’hui seule avec le Royaume-Uni l’essentiel de l’effort militaire en Europe. Au Mali ses troupes se battent contre Al Qaida au Sahel et en Syrie, contre Daech, son aviation représente la princi- pale force aérienne après les Etats- Unis, et elle yamême déployé des forcesausol. Le dialogue avecl’Alle- magne progresse rapidement et la chancelière Angela Merkel n’hésite plus à déclarer qu’elle souhaite par- ticiper davantage à la défense euro- péenne. Le budget allemand de la Défense doit se rapprocher de celui de ses grands alliés. « Le pourcen- tage du produit intérieur brut consa- cré par l’Allemagne à la défense, qui est d’environ 1,2 % devra converger vers celui des Etats-Unis qui s’élève à 3,4 % du PIB », a-t-elle indiqué fin juin. Dans le Livre blanc publié mer- credi dernier à Berlin, la ministre de la Défense, Ursula von der Leyen, propose la mutualisation de moyens militaires ou de program- mes d’armement avec la France, et

même un « quartier général euro- péen », ce que Londres a toujours refusé. « La sortie du Royaume-Uni peut être l’occasion de dire à nos par- tenaires que si l’Europe veut se proté- ger, il faut que chacun prenne ses res- ponsabilit é s » , explique un

Angela Merkel n’hésite plus à déclarer qu’elle souhaite participer davantage à la défense europ éenne.

conseiller de l’Elys é e. Lors de sa conférence de presse du 14 juillet, le chef de l’Etat s’est fait plus précis :

« Ce que je vais demander à nos par- tenaires, c’est que nous puissions dégager un budget ou des dépenses suppl é mentaires de l’Europe sur cette question. » L’été de François Hollande sera ponctué de visites à plusieurs de ses voisins, Portugal, Irlande, dans un

premier temps, puis Pologne et Hongrie. En point d’orgue, fin août, une rencontre à trois avec Angela MerkeletMatteo Renzi,réplique de leur r é union au lendemain du Brexit. L’objectif du chef de l’Etat, c’est d’arriver au sommet européen de Bratislava, à la mi- septembre, avec des propositions concrètes et un calendrier qui ne donnent pas l’impression d’un simple accord de façade. Mais il faut pour cela désa- morcer un bonnombre de tensions, qui ont attisé la mésentente et les rancœurs entre les dirigeants euro- péens ces derniers mois.

Les Etats se renvoient la balle des responsabilités

La gestion des réfugiésaprofondé- ment divis é l’est et l’ouest de l’Europe, dont les Etats se renvoient la balle des responsabilit é s. La question des travailleurs détachés venus de l’Est pour la pluparta élec- trisé les débats politiques à l’Ouest. Il faut aussi, assurel’Elysée, clarifier le r ô le futur de la Commission, jugée à tort ou à raison par de très

Commission, jug é e à tort ou à raison par de très Fin ao û t,

Fin août, une rencontre à trois sera organisée avec Angela Merkel et Matteo Renzi, réplique de leur réunion au lendemain du

Brexit. Photo Mehmet Kaman/Anadolu Agency/AFP

nombreux leaders européens, res- ponsable de l’euroscepticisme montant des peuples europ é ens. Cela aussi fait consensus. Bruxelles se verra certainement conseiller de ne pas faire de zèle et de se canton- ner aux seuls domaines où les Etats sont moins efficaces tout seuls. Une fois le terrain d é min é , les Vingt-Sept seront mieux disposés, espère l’Elysée, pour s’engager plus hardiment sur une poignée de prio- rités:la sécurité avec le renforce-

ment des frontières extérieures de l’Union, seul garant de la sauve- garde de l’espace Schengen et la politique de d é fense ; la jeunesse sans qui l’Europe de demain n’exis- tera pas, et la croissance avec l’amplification de la politique d’investissement matérialiséepar le plan Juncker,ainsi que la consolida- tion de la zone euro. Mais ce dernier point est encore loin de faire l’unani- mité et nécessitera encore de lon- gues discussions avec Berlin. n

06 // FRANCE

3SPÉCIAL ATTENTAT DE NICE

Lundi 18 juillet 2016 Les Echos

Un nouveau chocpour le tourisme français fragilisé depuis 2015

l

La question de la sécurité est centrale pour la destination France.

l

L’Euro 2016 avait permis de relancer une fréquentation étrangère en berne.

Christo phe Palierse

par le coup d’Etat qui vient d’échouer.

cpalierse@lesechos.fr Avec Hubert Vialatte

S’ajoutant aux deux attaques terroristes de 2015 à Paris, la tuerie

Correspondant à Montpellier

Outre la qualité de son accueil et de ses hébergements, sa capacitéà rece- voir des touristes chinois toujours plus nombreux, ou la parité de l’euro par rapport aux devises étrangères, la filière touristique franç aise est désormais confrontée à une ques- tion autrement plus sensible : vue de l’é tranger, la France est-elle aujourd’hui une destination sûre ? Une question que les touristes fran- çais se posent eux-mêmes depuis 2011 à propos de la Tunisie ou de l’Egypte, et, plus récemment, de la Turquie–interrogation renforcée

survenue jeudi soir à Nice – deuxième pôle d’attraction touris- tique tricolore –, pourrait en effet peser durablement sur la fréquen- tation é trangère de l’Hexagone, alors que celle-ci commençait tout juste à se redresser grâce à l’Euro 2016. Au lendemain de la finale, le gouvernement se f é licitait d’ailleurs d’une organisation glo- balement r é ussie… Une impres- sion aujourd’hui effacée d’autant que, comme le soulignait vendredi Mark Watkins, le pr é sident du cabinet de conseil en hôtellerie et tourisme Coach Omnium, « la presse é trangère relaie en boucle

l’information ». Il s’attendait déjà à « un effondrement de la demande », ajoutant : « Toute la France du tou- risme va être impactée. »

Un enjeu crucial pour la croissance, alors que le secteur pèse 7%du PIB.

Acestade, la chute delafréquen- tation étrangère à la suitedes atten- tats de 2015asurtout affecté Paris, comme en témoignent les statisti- ques sur l’activité hôtelière du cabi- net MKG, qui fait état d’un recul de 7,5 points du taux d’occupation de ses é tablissements au premier

Lepilier économique dela Côte d’Azur frappé de plein fouet

Les hôtels ont décidé d’accepter les annulations sans frais. Deux navires de croisière américains ont renoncé à leur escale.

Christiane Navas

Correspondante à Nice

Nice figurait, selon le site Trivago, dans le « top 10 » des destinations privilégiées par les Français pour ce pont de la mi-juillet. Les touris- tes étrangers étaient aussi au ren- dez-vousaprès un Euro 2016 réussi.

Et la C ô te d’Azur avait b é n é fici é d’un report de clientèle face à des pays d’Afrique du Nord confrontés au terrorisme. Si l’heure est au

recueillement, l’inqui é tude des

professionnels est palpable, sachant que les mois de juin à sep- tembre représentent plus de 45 % des arriv é es et 60 % des nuit é es annuelles. Avec un chiffred’affairesde10mil- liards d’euros et 75.000 emplois, le tourisme est l’un des piliers économi- ques de la Côte d’Azur. La capacité hôtelière, avec 653 établissements, d é passe 29.000 chambres, dont près de la moitié sont classées en quatre et cinq étoiles. Plusieurs de ces hôtels de luxe sont concentrés

sur la Promenade des Anglais comme le Palais de la Méditerranée ou le Negresco où ont été donnés les premiers soins. Les Anglaisetles Ita- liens, suivis des Allemands et des Américains, viennent en tête d’une clientèle internationale qui repré-

sente 48 % des séjours et 51 % des nuit é es. Vendredi, d é cision a é t é prise d’accepter toutes les annula- tions à venir pour la période allant jusqu’au 31 juillet sans facturer de frais au client. La totalité de la Pro- menade des Anglais sera rouverte à compter de ce lundi.

Plagistes inquiets

« Le retour à la normale sur les plages de Nice demandera un certain temps », reconnaît René Colomban, président des plagistes. Malgré le déploiement des forces de police, seulement un quart environ des matelas ont trouv é preneurs ce

week-end. « J’aime beaucoup Nice, mais j’aurai du mal à y séjourner à nouveau », regrettait un des témoins du carnage. « Les annulations sont essentiellement liées à l’annulation du concert de Rihanna. Quelques clients ont également souhaité nous quitter,il est encore trop tôt pour dresser un bilan », relativise Denis Cippolini, président du Syndicat des hôteliers de Nice-Côte d’Azur,qui dément cer- taines d é clarations faisant é tat d’annulations en masse. Mais faire venir et revenir les tou- ristes, surtout asiatiques et nord- américains, avec un plan Vigipirate porté au niveau « alerteattentat » ne sera pas simple, cet été et dans les mois à venir.Signal inquiétant, deux bateaux de croisière américains ont annul é l’escale pr é vue les 15 et 16 juillet dans la rade de Villefran- che-sur-Mer,qui accueille pour Nice les gros navires. n

La vente de l’aérop ort rep ortée

La date limite de dép ôt des offres de rachat de l’aéroport de Nice-Côte d’Azur, qui était fixée à lundi, est reportée d’une semaine, a déclaré à Reuters une porte-parole du ministère de l’Economie. Ce troisième tour doit permettre à l’Etat de choisir, en août, entre les cinq offres déposées le 4 juillet.

AprèsleBataclan,Paris toujours convalescent

L’Euro 2016 a donné de l’oxygène au tourisme dans la capitale. L’activité hôtelière reste toutefois globalement en panne.

Un peu plus de huit mois après

l’attaque terroriste visant le Bata- clan, le tourisme à Paris est tout juste convalescent, sachant qu’il a bénéficié, ces dernières semaines, d’un Euro 2016 de football bien- venu. Au dire des hôteliers, l’inci- dence de la compétition n’a toute- fois pas é t é d é terminante en termes de taux d’occupation, alors que certains bars ou restaurants ont bien fonctionné, tout comme les boutiques de souvenirs. Tout en pointant la concurrence des

plates-formes d’h é bergement collaboratif » , les h ô teliers

«

d é plorent surtout un manque criant de touristes,ycompris pour les palaces, très dépendants des clientèles internationales. Selon Claudio Ceccherelli, le directeur général du Park Hyatt

Paris-Vendô