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Bulletin d’information

20 MAI 2010
Syndicat national des journalistes CGT (La Nouvelle République )

CONDAMNÉS POUR AVOIR DIT LA VÉRITÉ SUR FACEBOOK

Deux journalistes sanctionnés


pour s’être librement exprimés
Ils ont osé, dans des messages personnels on peut se demander comment. Et voilà pourquoi
échangés sur facebook, écrire l’évidence, ils ont été convoqués, le 30 avril, à un entretien
que seule la direction refuse de voir : préalable à une sanction pouvant aller jusqu’au
licenciement pour cet acte qui ne se voulait pas
la polyvalence débridée nuit gravement
public et que la direction juge déloyal et
à la qualité de l’information. attentatoire aux intérêts de l’entreprise, donc
Pour s’être ainsi soucié du produit dépassant les limites de la liberté d’expression2.
de leur travail, deux confrères niortais
Placés au rang d’accusés, ils ont subi les
écopent d’un blâme et d’un avertissement. foudres des directeurs des relations sociales et de
Inacceptable et révoltant. la rédaction. Leur volonté d’expliquer qu’ils
avaient réagi avant tout pour défendre une réelle

J eudi 15 avril, 9 h 24. Un photographe de image de leur métier, une qualité de travail à
Niort commente, sur son profil facebook, un laquelle ils croient encore, une véritable
diaporama concernant le Printemps de conviction que les spécificités des différentes
Bourges, qu'il vient de découvrir sur le site fonctions de journalistes, si elles sont balayées, le
internet de le NR et lance un « coup de gueule ». seront au détriment de la qualité de nos écrits et
Il regrette vivement, sans remettre en cause les de nos images, cette sincérité teintée d’amertume
compétences de la consœur rédactrice, qu’un tel n’a pas été entendue. Leurs regrets que leur colère
événement ne soit plus désormais couvert par un spontanée se soit exprimée sous cette forme, sur
reporter-photographe, alors que le Printemps a ce support n’ont pas été pris en compte.
fait, durant des années, les belles heures de la NR, La direction ne retient que le fait qu’ils aient
notamment grâce à la qualité des images publiées. tenu des propos dénigrant l’entreprise, qu’ils aient
Un peu plus loin dans la conversation, un failli à leur obligation de loyauté qui les oblige à
secrétaire de rédaction niortais évoque toutes les ne pas nuire à la réputation du journal. De quoi
contraintes liées à la polyvalence et la crainte expliquer, à ses yeux, l’obligation de sanctionner
qu’elle ne se traduise par une qualité de travail nos confrères : blâme pour l’un, avertissement
détériorée et une réelle dévalorisation des métiers pour l’autre. Le fait d’être convoqués à ce pénible
de journalistes en particulier. procès ne suffisait pas. Il fallait condamner.

Voilà en résumé, l’esprit des propos échangés Ces sanctions semblent avoir valeur
par nos deux confrères sur facebook1. Voilà la d’exemple dans l’esprit de nos dirigeants. Elles
conversation que la direction est allée dénicher, doivent aussi servir de leçon pour ceux qui

2
1 L'article 3, § b) de notre convention collective nationale,
Entre leurs interventions, celles d’autres confrères non salariés de paragraphe que les organisations syndicales de journalistes ont
la NR, dont certains commentaires, nettement plus sévères que toujours contesté – réclamant, en vain, qu’il ne soit pas étendu –,
ceux de nos collègues, mettent en cause explicitement la famille stipule : « Les organisations contractantes rappellent le droit pour
Saint-Cricq, mais qui ne sauraient être imputables aux deux “mis les journalistes d'avoir leur liberté d'opinion, l'expression publique
en examen”. de cette opinion ne devant en aucun cas porter atteinte aux intérêts
de l'entreprise de presse dans laquelle ils travaillent. »
penseraient que le dialogue social est encore une soient parfois consentantes ne change rien au fond
réalité dans cette ex-société anonyme à partition du problème) de la politique “managériale” et de
ouvrière. Aujourd’hui, seule une voix compte, la vision étroitement comptable de la stratégie de
celle de la direction. Aujourd’hui, quels que l’entreprise.
soient le lieu ou le support, il n’est plus Nous aurions pu exprimer, et nous
acceptable d’émettre la moindre critique sur la continuerons évidemment à le faire, la plupart de
politique qu’elle mène. Nous voilà prévenus. ces commentaires – sous une forme un peu
Ces deux sanctions paraissent d’autant plus édulcorée, sans doute, par souci de convenances
incompréhensibles et inacceptables qu’elles un brin hypocrites que n’ont pas à respecter des
interviennent au moment où la NR se lance dans internautes échangeant leurs réflexions, « coups
une politique multimédia, seul axe affirmé de de gueule » et sentiments personnels.
véritable développement aujourd’hui. Les
premières semaines de formation dans le Loir-et- Nous demandons à la direction :
Cher, accompagnées d’une vive incitation pour  qu’elle respecte la liberté d’opinion
les journalistes à s’inscrire sur les réseaux et d’expression des journalistes, les
facebook et twitter, témoignent que ce support, termes de l’article L. 1121-1 du
synonyme dans ce cadre d’une facile liberté Code du travail (« Nul ne peut
d’expression, voire d’un accès à certaines sources apporter aux droits des personnes et
d’information, est, aux yeux de nos dirigeants, un aux libertés individuelles et
outil qu’il convient même de privilégier dans collectives de restrictions qui ne
l’exercice de notre métier de journaliste. A peine seraient pas justifiées par la nature
contradictoire ! de la tâche à accomplir ni
Pour autant, son utilisation ne peut que servir proportionnées au but recherché. »)
le journal, en aucun cas lui nuire. C’est ce et la jurisprudence y afférente
qu’indique clairement la direction à travers les (« Sauf abus, le salarié jouit, dans
deux sanctions, sévères, inadmissibles même, l’entreprise et en dehors de celle-ci,
qu’elle inflige à nos deux confrères. de sa liberté d’expression, à laquelle
seules des restrictions justifiées par la
La seule question que devrait se poser la
nature de la tâche à accomplir et
direction est selon nous très éloignée : qu’est-ce
proportionnelles au but recherché
qui est nuisible aux intérêts de l’entreprise ? Que
peuvent être apportées » ; arrêt de la
des journalistes soient soucieux de la qualité de
chambre sociale de la Cour de
leur travail et des conditions de son exercice au
cassation du 22 juin 2004) ;
point de consacrer une partie de leur temps dit
libre à les analyser et à les critiquer (avec quelque  qu’elle annule les sanctions de nos
pertinence, osons l’affirmer) ? Ou que des deux confrères ;
dirigeants soient déconnectés des réalités du
terrain au point de ne pas entendre et constater  qu’elle ouvre immédiatement les
que, effectivement, on va dans le mur en faisant négociations, que nous réclamons
faire n’importe quoi à n’importe qui dans depuis plusieurs mois, portant sur :
n’importe quelles conditions, en niant les l’organisation du travail ; la mise en
compétences et la qualification spécifiques des œuvre concertée d’une polyvalence
uns et des autres et en proposant aux lecteurs une respectueuse des savoir-faire et de la
information évidemment dégradée ? charge et du temps de travail de
chacun ; la reconnaissance des
Le contenu des propos échangés par nos qualifications supérieures qu’elle
confrères s’inscrit pleinement dans l’analyse que exige, et sa concrétisation dans la
notre section syndicale fait, depuis longtemps grille de classification et dans la
déjà, des dérives de l’entreprise. Non seulement rémunération des journalistes.
nous sommes solidaires des deux journalistes
incriminés, mais nous partageons l’essentiel du
contenu de leurs messages, à quelques réserves
près – en particulier la mise en cause de
collègues, eux aussi victimes (que ces victimes Notre adresse : dscgt.journalistes@nrco.fr