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culture

d’Ha Long – ont nourri son travail et l’ont fait évo-


luer. «Mes voyages remettent à chaque fois tout en
question, bousculent les habitudes dans ma façon de
voir les choses et de concevoir les images. Il y a
désormais un avant et un après Vietnam, et l’exposi-
Vietnam tion est un moyen de rendre visible cette métamor-
phose du regard», reconnaît-il. Parce qu’il a voulu UN SI BEL ÉTÉ
aller retour donner aux visiteurs l’occasion de saisir par eux- D’où vient qu’Un si bel été,
mêmes différentes conceptions de l’image, ses pho- premier roman du poète
moureux de cette terre d’eau, Sébastien Laval tographies seront en vis à vis avec le travail de Dao Georges Bonnet, se dépose
A arpente le Vietnam dès qu’il le peut. Du 21 Hoa Nu, une photographe vietnamienne. invisiblement en nous comme
novembre au 30 décembre, il expose ses photogra- Plusieurs manifestations autour de l’exposition offrent une écriture filigranée sur
phies à la médiathèque de Poitiers. Les nombreux un aperçu de la culture vietnamienne à travers sa papier ?
portraits, mouvements et attitudes développés en trip- musique, ses contes, son cinéma et son histoire. Daniel De ce que le poète écrit ici avec
tyques, gestes de la vie quotidienne patiemment volés Roussel, correspondant de l’Humanité au Vietnam, un infime faisceau de lumière
au temps, reflètent le regard passionné qu’il pose sur présente le 22 novembre à la médiathèque son docu- sur une dérisoire et palpitante
ce pays. «Outre la beauté des paysages, le Vietnam mentaire Prisonniers au Hanoï-Hilton. L’orchestre matière mêlée d’ordinaire, de
m’attire parce que ses habitants entretiennent un Phong Lan se produit le 23 novembre à 18 h, pour un chair et de temps.
rapport au quotidien étonnant qui se traduit par une concert de musique traditionnelle vietnamienne. L’im- Et ce qu’il trame, en silence, par
sorte de fatalisme constant face aux événements de la meuble réalisé par Viet Linh est projeté au théâtre de transparence, dans 153 pages
vie», explique-t-il. En six ans d’allers et retours entre Poitiers, le 23 novembre. Anne Karen de Tournemire aux deux tiers blanches, c’est
la France et le Vietnam, des rencontres et la décou- partage un registre de contes du Vietnam, du Laos et du l’intersection du vivant et de
verte de nouveaux espaces – une grande partie des Cambodge sur l’ensemble du réseau de la médiathè- l’instant : la poésie saisie au vif
photos sont consacrées à un village flottant de la baie que, la seconde quinzaine de décembre. A.-G. T. de la vie, la présence au monde,

de l’enfance à l’aujourd’hui. La
plus extrême solitude s’énonce
Rocade, direction inconnue comme l’exact contraire de
l’inertie. Un si bel été tient en un
vec Rocade 1 , Raymond ses paysages, a perdu son huma- dresse. Il brosse l’existence de ces seul jour, plein de tous ceux qui
A Bozier ouvre le deuxième nité. Comme les chantiers navals anti-héros dans un roman à rebours l’ont précédé. On entre dans
volet de son triptyque intitulé «Pay- dans lesquels ils «squattent», les qui s’ouvre sur l’horreur d’un l’existence d’un certain B...,
sage avant l’oubli». Après Lieu- personnages du roman, vieux chô- drame familial et tente d’en trou- «affligé d’une douloureuse
dit2 , ce Rochelais s’attaque, cette meurs ou jeunes zonards, n’ont ver les mécanismes : tel un docu- boiterie de naissance». Mal
fois, à la face urbaine de la désola- d’autre expectative que de se lais- mentaire romancé, Rocade dessine marié, il est «homme secret à la
tion humaine : toujours en instau- ser éroder par un monde dur et sans des territoires qui imbriquent réa- parole rare». On le devine
rant un rapport étroit entre le lieu et pitié : Rocade raconte l’histoire lité et intimité. La désolation du presque muet pour mieux
l’homme, il dépeint dans ce livre la tragique de ces populations qui décor en ruine renvoie à la douleur regarder. «Un visage
vie d’hommes et de femmes dans n’ont pas de place dans une société des personnages, et Raymond d’ange disait sa mère.»
les friches industrielles d’une zone sourde à leur détresse, de gens qui Bozier utilise les mots à la hauteur Un cri, une mort le tirent de son
portuaire, qui rappellent tacitement n’ont plus «lieu» d’être, de ces pour laisser entendre le naufrage domaine et refuge, la prairie.
les espaces à l’abandon du port de paumés sans destin marchant «sur d’une civilisation. «Une bobine de fil noir a roulé
La Pallice. Avec un décor en les restes fracassés d’une époque Aline Chambras sous le buffet» et c’est
déconstruction pour ses personna- révolue». Avec violence et justesse, 1. Rocade, Raymond Bozier, Pauvert,
l’incondition humaine qui est ici
ges-clochards, il applique, là en- l’auteur décrit la misère, la soli- 2000, 285 p., 110 F. précisément dévidée.
core, sa théorie selon laquelle «les tude et la haine qui agitent ces 2. Lieu-dit, Raymond Bozier, Calman Dominique Truco
Levy, 1997, 156 p., 85 F.
lieux nous ressemblent», et met en exclus, perdus car privés de recon-
scène une société qui, en perdant naissance sociale mais aussi de ten- Flammarion, 153 p., 89 F.

L’Actualité Poitou-Charentes – N° 50 7
NOUVEAU THÉÂTRE DE MENSA SONORA
POITIERS ANNIVERSAIRE
Joao Luis Carrilho da Graça, BAROQUE
l’un des meilleurs architectes Né de la passion d’un homme
portugais, construira le pour la musique baroque,
nouveau théâtre-auditorium l’ensemble niortais Mensa
de Poitiers. En 2004, le public Sonora est devenu une
découvrira, dans ce bâtiment référence. Ancien professeur
situé rue de la Marne, un d’anglais, Jean Maillet a
théâtre de 700 places et un enseigné pendant plus de
auditorium de 1 100 places. vingt ans la langue de
Shakespeare, en menant
ORCHESTRE POITOU- parallèlement une intense
CHARENTES activité de violoniste amateur.
Le nouveau directeur En 1989, il quitte l’Education
artistique de l’Orchestre nationale pour se consacrer
Poitou-Charentes, Jean- exclusivement à sa passion et
François Heisser, joue du fonde l’ensemble Mensa
piano dans deux séries de Sonora qu’il dirige en tant que
concerts, en décembre et en premier violon.
janvier. Sous la direction de Constitué pour l’essentiel de
Marc Deneyer

Boris Garlitsky (violon solo), musiciens niortais, l’ensemble


l’OPC donne deux pièces de s’attache dès lors à
Beethoven, Concerto pour redécouvrir des pans entiers
piano n° 2 opus 19 et du répertoire, laissés dans
l’oubli. Des auteurs comme
Romance pour violon et
orchestre n° 2 opus 50, Frates
Sachiko Morita Johann Christoph Graupner,
Maurizio Cazzati ou Adam
d’Arvo Pärt et Souvenir de
’est la «tendance France» au s’installe, durant l’été 1998. Un an
Florence opus 70 de
Tchaïkovski. Du 5 au 10
C Japon qui a conduit Sachiko après, elle rejoint l’école d’art de
Jarzebski sont redécouverts,
ainsi que des œuvres
Morita à Poitiers. Elle a 18 ans Nantes tout en conservant de soli- méconnues de compositeurs
décembre, à Pouzauges,
quand elle découvre l’Europe. des attaches à Poitiers, où elle ex- majeurs comme l’Opus I de
Saint-Maixent, Chauvigny,
Aimant Cocteau, elle a la chance pose régulièrement ses œuvres. Vivaldi. Un travail qui
Loudun, Rochefort.
Sachiko Morita travaille avec de la nécessite des heures de
Tél. 05 49 55 91 10 de rencontrer un ami de l’artiste
recherche dans les
mais regrette de ne pas parler un paraffine, matériau qui «symbolise
bibliothèques pour retrouver
MESSAGERS DE LA mot de français. la fragilité et l’éphémère». Elle réus- les référents sonores des
TERRE De retour à Tokyo, elle achève un sit à fixer ses photographies (ciel, compositeurs des XVIIe et XVIIIe
Pour célébrer l’entrée dans le cycle à l’Université d’art de nuages, fleurs, eau…) sur une cou- siècles. «Les partitions de
troisième millénaire, Rur’Art a Musashino et décide de revenir en che de paraffine, de sorte qu’une musique baroque, explique
conçu une exposition qui France pour s’inscrire dans une lumière opalescente émane des ima- Jean Maillet, ne sont que des
confronte œuvres canevas musicaux. A nous
école d’art et, d’abord, apprendre ges. Dans sa matière même, la pho-
contemporaines et ensuite, avec nos instruments
la langue. La filière «français lan- tographie ainsi restituée paraît à la
représentations humaines d’époque, d’“ornementer” et
gue étrangère» de l’Université de fois d’une extrême densité et si fluide
empruntées aux trésors de de retrouver l’interprétation
l’archéologie mondiale. Poitiers est la première à lui répon- qu’elle semble prête à passer dans
juste de l’œuvre. On parle
Organisée par Monique Stupar dre. C’est donc à Poitiers qu’elle un autre état physique. J.-L. T. alors de re-création... et de
à l’espace d’art contemporain récréation, tant le plaisir de
du lycée agricole Xavier
Bernard, à Venours dans la
Georg Ettl à Saint-Savin jouer juste est fort.»
Salués par la critique,
Vienne, l’exposition est visible l’invitation du Centre interna- Il s’agit d’une œuvre éphémère, plusieurs CD de l’ensemble
jusqu’au 10 février. A tional d’art mural, Georg Ettl a
composé deux scènes pour l’ancien
dessinée au crayon.
Avec un trait épuré, Georg Ettl
ont été enregistrés en
première mondiale par Arion-
Pierre Vérany. Réalisé pour
réfectoire de l’abbaye de Saint-Savin raconte l’histoire de deux rois qu’un
les dix ans du groupe,
(où l’on restaure le Combat des rois). tiers pousse à se quereller. Le con-
Anniversaire baroque
flit entre rois se joue sur un mode témoigne du contraste des
symbolique, et ironique, dans la timbres de la musique de
partie supérieure du dessin, tandis cette époque.
qu’en dessous, les soldat forment Pionniers au départ, les
une frise plutôt joyeuse. Au fur musiciens de Mensa Sonora
et à mesure que la querelle royale ont su redonner à la musique
s’enfle, la troupe s’énerve, s’arme, baroque ses lettres de
noblesse. Prochaine étape ?
s’entretue. Finalement, les monar-
Un centre d’animation
ques (peut-être réconciliés) n’auront
culturelle sur la musique
plus qu’à contempler le carnage. baroque dans l’abbaye royale
de Celles-sur-Belle ? Jean
Jusqu’en décembre (05 49 48 66 22).
Maillet ne dit pas non.
CIAM

Voir aussi l’exposition du Frac


Limousin (Limoges) jusqu’en février. Cécile Jarry

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