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AIJA Bregenz, 10-12 juin 2004

La succession des entreprises familiales


Les aspects de droit de la famille et de droit patrimonial de la succession
des entreprises : régime matrimonial, testament et dernières volontés

Agnès PROTON
Avocat au Barreau de Grasse
3 rue de Bône
06400 Cannes
Tel + 33(0)4 93 99 27 72
Fax + 33(0)4 93 68 65 12
AgnesProton@AVOCATSnet.com

1
1 Introduction

Peut-on concevoir d’exclure toute préparation dans la succession d’une entreprise familiale ?
La réponse, négative, est évidente pour tous. La cohérence d’une telle préparation représente,
aux yeux des praticiens du droit et du chiffre, le gage de la pérennité de ces exploitations.
Celles-ci sont fortes de leur savoir-faire, qu’il faut transmettre… Mais elles sont également
fragilisées par le caractère intuitu personae des relations développées entre les partenaires ou
encore avec les clients.

Il faut alors préparer attentivement en amont la transmission de ce patrimoine professionnel.


Au titre de la prévention ainsi préconisée, il conviendra de prendre en compte les droits des
« successibles » pour mieux asseoir ceux du « successeur » après le décès du chef
d’entreprise. Préalablement, et pour compléter cette étude, il sera opportun de vérifier les
droits de son conjoint survivant tels qu’issus de la liquidation leur régime matrimonial.

2 L’influence de la liquidation du régime matrimonial et d’autres


prétentions du droit de la famille sur la succession de
l’entreprise ?
Lors de la dissolution du mariage par décès, le conjoint survivant peut se voir reconnaître une
créance plus ou moins conséquente, qui est fonction du régime matrimonial adopté par les
époux. Il faudra donc que cette créance soit impérativement prise en considération dans la
planification de la transmission de l’entreprise.

2.1 Quels sont les différents types de régimes matrimoniaux ?

Ils sont regroupés en trois grandes catégories : les régimes communautaires, séparatistes et la
participation aux acquêts. Il convient cependant de rappeler l’application préalable du régime
dit « primaire », qui imposera ses règles impératives quelque soit le régime matrimonial des
époux.

2.1.1 Le régime primaire

Les articles 214 à 226 du Code civil français regroupent un ensemble de règles fondamentales
applicables à tous les gens mariés. Ces règles sont d’ordre public et énoncent les principes
de base de leur situation patrimoniale, quel que soit par ailleurs le régime matrimonial des
époux.1 Ces règles forment le « régime primaire impératif»2. Elles instaurent :

¾ des mesures de coopération au titre desquelles figurent :


- l’obligation de contribuer aux charges du mariage en fonction des capacités respectives
des époux, ou conformément à leurs conventions matrimoniales,

1
Droit Patrimonial de la Famille, sous la direction de Michel GRIMALDI, éd. DALLOZ 2001, n°10 et suiv.
2
Sur le régime dit primaire, V. Précis Dalloz, Les régimes matrimoniaux, par F. TERRE & PH. SIMLER, 3ème
éd., 2001, n° 46 et suiv.; Rémy CABRILLAC, Les régimes matrimoniaux, Domat Montchrétien, 3ème éd. 2000 n°
46 et suiv.

2
- la protection du logement de la famille (C.civ. art. 215) : le consentement des deux époux
est requis pour tous les actes emportant disposition du logement familial ou des meubles
le garnissant (ex. vente; résiliation de bail);

¾ des mesures d’autonomie patrimoniale et professionnelle, aux termes desquelles


chacun des époux :
- gère et dispose seul de ses biens personnels (C.civ. art. 225), autres que ceux pouvant
constituer des droits sur le logement familial,
- peut passer seul des contrats ayant pour objet l’entretien du ménage et l’éducation des
enfants; les dettes « ménagères » alors contractées engagent solidairement les deux époux,
- exerce librement sa profession, perçoit et dispose librement de ses gains et salaires « après
s’être acquitté des charges du mariage » (C.civ. art. 223).

2.1.2 Les régimes matrimoniaux

Pour s’en tenir à l’essentiel, trois types de régimes matrimoniaux s’offrent aux futurs époux
auxquels la loi laisse ici une grande liberté contractuelle (C. civ. art. 1387) :

- le régime de communauté (légale ou conventionnelle : C. civ. art. 1400 et suiv.) 3


- le régime de la séparation de biens (C. civ. art. 1536 et suiv.)
- et le régime « hybride » de la participation aux acquêts (C. civ. art. 1569 et suiv.).4

Le contrat de mariage est établi par acte authentique avant la célébration de l’union. Il peut
également être conclu pendant le mariage pour permettre un changement de régime
matrimonial (mais il est alors soumis à l’homologation judiciaire, C. civ. 1397).

A défaut de contrat, les époux seront soumis au régime légal, qui est celui de la communauté
de biens réduite aux acquêts. Pour mémoire, ce dernier concerne en France plus de 80 % des
couples mariés.5

a) Le régime matrimonial légal : la communauté de biens réduite aux acquêts

Le patrimoine des époux est réparti entre trois masses de biens : les biens propres de chacun
des époux et les biens communs.

A cet égard, le législateur a édicté une présomption de communauté : « Tout bien, meuble ou
immeuble, est réputé acquêt de communauté si l’on ne prouve qu’il est propre à l’un des
époux par application d’une disposition de la loi » C.civ. 1402.

Sont ainsi réputés acquêts de communauté :


- les biens, meubles ou immeubles, acquis à titre onéreux pendant le mariage,
- les gains et salaires,

3
La communauté peut être plus ou moins large : elle peut n’être que réduite aux acquêts (régime légal depuis
1965) ou comprendre les meubles et les acquêts (régime légal avant 1965, prévu par C. civ. 1498 et suiv.) ou
encore être universelle et inclure tous les biens, présents et à venir (prévu par C. civ. 1526). Tous les
aménagements conventionnels sont ici possibles.
4
V. Les travaux du 84ème Congrès des notaires de France, La Baule, 1988, p. 28 n ° 6 et suiv.
5
V. R . CABRILLAC, Les régimes matrimoniaux, précité, n° 132 .

3
- les revenus de biens communs, dès leur perception, et les revenus de biens propres
s’ils sont économisés.

Sont réputés biens propres à chaque époux (C.civ. 1403 et suiv.) :


- les biens présents le jour du mariage ou acquis à titre gratuit (par donation ou
succession) pendant le mariage,
- les biens acquis au moyen de fonds propres ou par remploi de biens propres (cf.
mécanisme de la subrogation),
- les « accessoires » de biens propres, 6
- les parts indivises d’un bien dont l’un des époux était déjà co-indivisaire (C. civ.
1408),
- les biens ayant un caractère personnel 7 et tous les droits exclusivement attachés à la
personne. 8

Même s’il correspond aux souhaits de la majorité des couples en France, la communauté
présente un inconvénient qui est évidemment la contribution aux dettes… C’est cet aspect qui
incite les couples à se tourner alors vers un régime séparatiste, lequel leur permettra de limiter
les risques financiers liés à l’exploitation d’une entreprise par l’un d’entre eux.

b) La séparation de biens

Les époux peuvent choisir aux termes de leur contrat de mariage d’adopter le régime de la
séparation de biens. En ce cas, chacun d’entre eux conserve l’administration, la jouissance et
la libre disposition de ses biens personnels. Corrélativement, « chacun d’eux reste seul tenu
des dettes nées en sa personne, avant ou pendant le mariage… » (C. civ. 1536).

Il appartient à chacun des époux de prouver « qu’il a la propriété exclusive d’un bien ». A
défaut, celui-ci sera réputé appartenir indivisément pour moitié à chacun (C. civ. 1538).

Cette sorte d’absence de régime matrimonial que constitue la séparation de biens présente
l’avantage de la simplicité, tant dans son fonctionnement au cours du mariage que lors de sa
liquidation. Ce régime présente toutefois le grave défaut d’être source d’injustice pour le
conjoint qui n’a pas de revenus propres, ou encore pour le conjoint qui aide l’époux
propriétaire dans l’exercice de sa profession. 9 Il peut être opportun en ce cas de se tourner
vers une solution médiane :

c) La participation aux acquêts

Il est dommage que ce régime, qui propose une pertinente alternative aux deux précédents,
n’ait pas davantage la faveur des praticiens et des couples en France. Pour schématiser, il lui
est reproché principalement :

6
Ainsi constitue un bien propre au titre d’accessoire le fonds de commerce acheté par le mari puis incorporé à un
autre fonds lui appartenant déjà en propre, de telle sorte qu’il n’existe qu’une seule exploitation commerciale :
cf. Cass. Civ. 1ère 2mai 1990, JCP N 1991, II, 161, obs. P. SIMLER. De même constitue un bien propre « par
accessoire » l’immeuble construit sur un terrain propre à l’un des époux (sauf à celui-ci à indemniser la
communauté, ou l’autre conjoint, si ceux-ci ont participé au financement de cette construction) : cf. Cass. Civ.
1ère 6juin 1990, Bull. I, n. 134, p. 96, JCP 91, II, 21652, note PILLEBOUT.
7
Ex. vêtements, souvenirs de famille, instruments de travail nécessaires à la profession de l’un ou l’autre époux.
8
Ex. actions en réparation d’un dommage corporel ou moral; les créances et pensions incessibles telles que
pensions alimentaires, pensions de retraite ou d’invalidité.
9
V. Les travaux du 84ème Congrès des notaires de France, La Baule, 1988, p. 28 n ° 16 et 17.

4
- par les particuliers, de fonctionner comme un régime séparatiste « lorsque tout va bien »
(pendant le mariage) puis comme un régime de communauté lorsque « tout va mal » (lors de
la dissolution …)
- par les praticiens, de présenter une relative complexité et technicité dans son fonctionnement
et sa liquidation.

Quoiqu’il en soit, le fait qu’il ait été adopté comme régime légal dans d’autres pays civilistes
(Suisse, Allemagne) prouve l’intérêt non négligeable que présente ce régime matrimonial,
lequel permet effectivement de corriger les inconvénients présentés par les deux régimes
précédents.

Ce régime, adopté là encore aux termes d’un contrat de mariage, laisse aux époux leur pleine
autonomie. Ils conservent, comme dans le régime séparatiste, la jouissance et la libre
dispositions de leurs biens personnels, sans distinction entre ceux qui lui appartenaient au jour
du mariage et ceux recueillis ou acquis pendant cette union. (C. civ. 1569).

La spécificité réside dans l’existence d’une « créance de participation » lorsque, du fait de


la participation de chacun des époux, à terme, le patrimoine de l’autre s’est accru : « A la
dissolution du régime, chacun des époux a le droit de participer pour moitié en valeur aux
acquêts nets constatés dans le patrimoine de l’autre, et mesurés par la double estimation du
patrimoine originaire et du patrimoine final » (C. civ. 1569, précité )

2.2 Quels sont les droits de l’époux survivant dans la liquidation du


régime matrimonial ?

Dans les régimes communautaires, à la dissolution du mariage, les époux effectuent la


reprise de leurs biens propres et recueillent en principe la moitié de l’actif commun.
Corrélativement, ils contribuent pour moitié aux dettes de communauté.

Cependant, de nombreux aménagement peuvent être apportés à cette répartition grâce aux
stipulations que les époux sont libres de formaliser par contrat de mariage. On parlera alors
selon les cas « d’avantages matrimoniaux » ou de libéralités (C. civ. 1527). 10

Ainsi la clause dite de « prélèvement moyennant indemnité » permet dans tous les cas de
dissolution de la communauté de « prélever certains biens communs, à charge d’en tenir
compte à la communauté d’après la valeur qu’ils auront au jour du partage, s’il n’en a été
autrement convenu » (C. civ. 1511).

De même la clause dite « commerciale » car elle concerne le plus souvent un bien servant à
l’exercice d’une profession, tel qu’un fonds de commerce, permet au conjoint survivant
d’acquérir ou de se faire attribuer des biens personnels du pré-mourant (C. civ. 1390).

Ainsi encore, la clause dite de « préciput » permet au survivant des époux de « prélever sur
la communauté, avant tout partage, soit une certaine somme, soit certains biens en nature,
soit une certaine quantité d’une espèce déterminée de biens » (C. civ. 1515). 11

10
Attention cependant dans certaines hypothèses l’application de ces clauses peut être limitées en pratique pour
protéger les droits des héritiers réservataires (sur ces droits, cf infra n°4).

5
Des aménagements conventionnels permettent également de modifier et d’améliorer les droits
du conjoint survivant dans le régime séparatiste.

L’on a vu que la séparation de biens présentait l’avantage du « chacun pour soi » sur le plan
actif et passif. Ainsi le chef d’entreprise ne craint pas d’avoir à partager la valeur de son
entreprise en cas de divorce ou de décès du conjoint.

Néanmoins, la protection de l’époux dépourvu de revenus ou ayant travaillé bénévolement


dans l’entreprise de son conjoint nécessite des correctifs qui peuvent être aménagés en amont,
dans le contrat de mariage. Ainsi la séparation de biens peut être accompagnée de la création
simultanée dans la convention d’une « société d’acquêts » (qui fonctionnera comme une petite
communauté) dans laquelle les époux prévoiront d’inclure certains biens présents ou à venir
(le logement familial par exemple). 12

Concernant la participation aux acquêts, les époux peuvent également modifier les critères
légaux de calcul de la créance de participation. Ils peuvent alors prévoir une « clause de
participation inégale aux acquêts », ou encore exclure certains biens du calcul de la créance.

Ainsi, les époux peuvent convenir que les biens affectés à l’exercice de leur activité
professionnelle ne formeront pas des acquêts, ou convenir encore que les revenus de biens
propres resteront propres.

2.3 Existe-t-il d’autres créances découlant du droit de la famille ?

* L’enrichissement sans cause

De manière générale, la jurisprudence admettra un droit à indemnité sur le fondement de


l’enrichissement sans cause 13 chaque fois que l’activité fournie par l’un des époux aura
procuré un enrichissement au patrimoine de l’autre, à condition toutefois que cette
activité dépasse la contribution normale aux charges du mariage. 14

Cette jurisprudence permet ainsi d’offrir une compensation à l’un des conjoints séparés de
biens lorsqu’il a collaboré à l’enrichissement de l’autre par une participation régulière à
l’activité professionnelle de ce dernier. 15

* La pension du conjoint survivant et des ascendants ordinaires

Parallèlement, la créance alimentaire du conjoint survivant a été remplacée dans la loi du 3


décembre 2001 par une pension due par la succession au conjoint successible dans le besoin,

11
Il peut être également dérogé « au partage égal établi par la loi » : il faut alors que les époux prévoient une
« stipulation de parts inégales » (C. civ. 1520); les époux peuvent même convenir de l’attribution de la totalité
de la communauté au survivant d’entre eux (C. civ. 1524).
12
V. R . CABRILLAC, Les régimes matrimoniaux, précité, n° 367.
13
C’est sur le fondement des quasi-contrats (C. civ. 1371) que l’on pourra alors exercer l’action « de in rem
verso » pour solliciter une légitime indemnisation.
14
V. Cass. Civ. 1ère 9 janvier 1979 et Cass. Civ. 1ère 30 mai 1979, D. 1981 p. 241 note A. BRETON.
15
V. Droit Patrimonial de la Famille, précité, n° 1115 et suiv.

6
dans les conditions de délai et de prise en charge identiques à celles de la nouvelle créance
d’aliments aménagée par cette loi au profit des ascendants ordinaires.

Le délai pour réclamer cette pension est d’un an à partir du décès ; en cas d’indivision, ce
délai se prolonge jusqu’à l’achèvement du partage.

Cette pension est due par la succession ; elle est susceptible d’être diminuée ou supprimée
ultérieurement dans le cas où le créancier bénéficierait de ressources nouvelles (cf. nouvel
article 767 du Code Civil pour le conjoint survivant et article 758 pour la pension des
ascendants ordinaires).

* Les créances qui résultent du régime primaire

Il faut également rappeler les obligations alimentaires posées dans le cadre du régime
primaire :

- article 205 du Code Civil : « les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou
autres descendants qui sont dans le besoin » ;

- article 206 du Code Civil : « les gendres et belles-filles doivent également, et dans les
mêmes circonstances, des aliments à leur beau-père et belle-mère, mais cette
obligation cesse lorsque celui des époux qui produisait l’affinité et les enfants issus de
son union avec l’autre époux sont décédés ».16

3 Les héritiers
La loi reconnaît une vocation successorale à certains parents et au conjoint survivant. Elle leur
confère de véritables droits de succession, et, avec eux, la qualité d’héritiers. Elle accorde
aussi des droits à l’Etat, mais d’une nature particulière, et qui n’emportent pas la qualité
d’héritier : des droits, non pas de succession, mais sur les successions.17

Il est important de noter ici que la loi n° 2001-1135 du 3 décembre 200118 a modernisé
certaines dispositions successorales. C’est ainsi qu’elle a mis fin à la discrimination dont
étaient victimes les enfants adultérins, se conformant en cela aux prescriptions de la
jurisprudence européenne.

Elle a également bouleversé les droits du conjoint survivant, qui acquiert la qualité de
successible ainsi qu’un véritable droit à réserve en l’absence d’autres héritiers
réservataires. 19 Sur ce point, la réforme répond enfin à l’attente des praticiens, de la doctrine
et des citoyens. Elle permet au droit interne français de s’aligner sur la tendance prédominante

16
Les conditions, la durée et la portée de ces obligations sont précisées aux termes des articles 207 à 211 du
Code Civil.
17
V. Michel GRIMALDI, Droit Civil - Successions, 6ème éd. JURISCLASSEUR Coll. Manuels 2001, n° 96.
18
Elle entrera en vigueur le 4 juin 2002 (cf art. 25 de la loi).
19
V. plus généralement sur cette réforme : F. SAUVAGE, La réforme du droit des successions enfin adoptée,
Aperçu rapide : JCP N 2001, n° 48, p. 1727.

7
chez ses voisins européens, où les droits du conjoint survivant étaient mieux reconnus et
protégés. 20

3.1 Quels sont les héritiers légaux ?

Le classement des héritiers se fait d’abord par ordre, selon un rang de préférence : les
héritiers d’un ordre donné priment ceux d’un ordre subséquent (C.civ. nouv. art. 734). En
l’absence de conjoint survivant,21 ce classement comprend :

¾ le premier ordre, qui réunit tous les parents en ligne directe descendante,
¾ le second ordre, aussi appelé « ordre mixte », car il regroupe des parents dans la
ligne directe ascendante (les père et mère) et des parents dans la ligne collatérale
(les frères et sœur et leurs descendants),
¾ le troisième ordre regroupe les ascendants ordinaires, soit tous les parents en ligne
directe ascendante,
¾ le quatrième ordre est celui des collatéraux ordinaires, soit les parents en ligne
collatérale autres que les frères et sœurs, notamment les oncles et tantes, les cousins et
cousines, jusqu’au 6ème degré inclus.

Parallèlement, le classement entre les héritiers d’un même ordre se fait par degré, 22 le plus
proche en degré excluant tous les autres. Ainsi par exemple dans le premier ordre, les enfants
excluront les petits-enfants. Cependant, dans un même ordre, les héritiers d’un même degré se
partagent la succession par parts égales, par tête.23

3.2 Peut-on instituer des héritiers ?

Il est également possible d’instituer des héritiers, ou encore de désavantager ou de favoriser


un héritier légal, ceci aux termes :
- d’un testament 24
- ou d’une institution contractuelle. 25
Toutefois, l’avantage ainsi consenti ne pourra excéder la quotité disponible, c’est à dire la
portion légale dont la libre disposition est autorisée en présence d’héritiers réservataires. 26

20
V. sur ce point l’étude comparative effectuée par la deuxième commission des Travaux du 84ème Congrès des
notaires de France, La Baule, 1988, p. 161 et suiv. « La vocation héréditaire du conjoint survivant ».
21
V. C. civ. nouv. art. 734 et suiv. « Des droits des parents en l’absence de conjoint successible ». Les droits du
conjoint successible sont désormais régis par les nouveaux articles 756 et suivants et sont étudiés infra, n° 4.2
22
On entend par degré chaque « génération » : C. civ. nouv. art. 741.
23
V. Michel GRIMALDI, Droit Civil - Successions, précité, n° 99 et suiv.
24
V. infra n° 5 : Le testament.
25
Dans les limites autorisées par la loi et la jurisprudence, V. infra n° 6.1.6 : Les institutions contractuelles.
26
V. C. civ. nouv. art. 721 :
« Les successions sont dévolues selon la loi lorsque le défunt n’a pas disposé de ses biens par des libéralités.
Elles peuvent être dévolues par les libéralités du défunt dans la mesure compatible avec la réserve héréditaire ».

8
4 Les réserves successorales

Les héritiers réservataires sont les descendants du défunt, ses père et mère, et depuis très
récemment, son conjoint survivant.

4.1 La réserve des descendants et des ascendants

¾ La réserve profite d’abord aux enfants, s’il y en a, ou à leurs descendants venant par
représentation s’ils sont pré-décédé. L’article 913 du Code civil définit la part des
biens librement transmissible et qui constitue la quotité disponible. Celle-ci est donc :
- de moitié en présence d’un enfant (soit une réserve de moitié),
- d’un tiers en présence de deux enfants (soit une réserve des deux-tiers),
- d’un quart en présence de trois enfants et plus (soit une réserve corrélative des trois-
quarts).

¾ A défaut de descendants, la réserve bénéficie aux père et mère du défunt (914 C. civ. )
et la quotité disponible sera alors :
- de moitié si le défunt laisse ses père et mère (soit une réserve globale de moitié)
- des trois quarts, s’il ne laisse que son père ou sa mère (soit une réserve corrélative
d’un quart). 27

4.2 Les droits du conjoint survivant : la réforme instaurée par la loi du


3 décembre 2001∗

Jusqu’à la promulgation de la loi du n° 2001-1135 du 3 décembre 2001, le conjoint


survivant ne se voyait reconnaître sur la succession du prédécédé qu’un droit d’usufruit qui
était :
- d’un quart, si le défunt laissait un ou plusieurs enfants, légitimes ou naturels, issus ou
non du mariage,

- de moitié, si le défunt laissait des frères et sœurs, des descendants de frères et sœurs,
des ascendants ou des enfants naturels conçus pendant le mariage (adultérins donc).

Ab instestat, il n’avait vocation à recueillir des droits en pleine propriété que dans les
proportions et circonstances suivantes :

- la totalité des biens à défaut de descendants, frères et sœurs ou descendants d’eux, et


d’ascendants dans les deux lignes paternelle et maternelle (C. civ. anc. art. 767 ), le
conjoint ne primant alors que les seuls collatéraux ordinaires,

- la moitié des biens en l’absence de descendants, de frères et sœurs, mais en présence


d’ascendants dans une seule ligne (maternelle ou paternelle). La moitié restante de la
succession étant échue alors à la ligne représentée.

27
Plus généralement sur ces points V. Michel GRIMALDI, Droit Civil - Successions, précité, n° 279 et suiv.

entrée en vigueur le 1er juillet 2002

9
En cas de présence des père et mère du défunt, ou de descendants de celui-ci, les réserves
prévues au bénéfice de ces héritiers ne permettaient au conjoint de n’avoir vocation à
recueillir au mieux , intestat, que la quotité disponible.

La loi du 3 décembre 2001 accorde désormais ab intestat au conjoint survivant des droit en
pleine propriété. 28

Aujourd’hui, en l’absence d’enfants, de descendants ou des père et mère du défunt, le conjoint


survivant recueille la totalité de la succession.

Par dérogation, les frères et sœurs du défunt ont vocation à recueillir la moitié des « biens de
famille », c’est à dire des biens reçus par succession ou donation des parents prédécédés
du de cujus.

Lorsque le conjoint est appelé à la succession en concours avec les enfants descendants ou les
père et mère :

¾ l’époux décédé laisse des enfants ou descendants :

o en présence d’enfants tous issus des deux époux, le conjoint recueille à son
choix l’usufruit de la totalité des biens existants ou la propriété du quart des
biens ;
o en présence d’un ou plusieurs enfants qui ne sont pas issus des deux
époux, le conjoint n’a plus d’option en ce cas et recueille la pleine propriété
du quart des biens dépendant de la succession.

¾ A défaut d’enfants ou de descendants, si le défunt laisse ses père et mère :

o Le conjoint viendra à la succession pour la moitié des biens, l’autre moitié


étant dévolue pour un quart au père et un quart à la mère.

¾ Si l’un des parents est précédé, le conjoint recueille cette part, recevant alors les trois
quarts de la succession en pleine propriété.

Il est ici observé cependant que la quotité disponible entre époux reste dérogatoire au
droit commun et permet d’élargir, par voie testamentaire, la protection du conjoint
survivant, lequel pourra alors opter :
28
Sur les nouveaux droits du conjoint survivant, V. Les droits successoraux ab intestat du conjoint survivant :
une clarification nécessaire : JCP N 2001, n°47, p. 1687; Nathalie LEVILLAIN, Les nouveaux droits ab intestat
du conjoint survivant, JCP N 2002, n° 8-9, p. 353; Michel MATHIEU, La vocation légale du conjoint survivant
en présence d’enfants ou de descendants, JCP N 2002 n° 11, p. 431 ; FORGEARD-CRONE-GELOT, La
réforme des successions, Loi du 3 décembre 2001, Défrénois juin 2002 ; Evelyne PRIEUR, La place de la liberté
face aux nouveaux droits du conjoint survivant : JCP N 2003,n° 2, p. 56 ; Nathalie LEVILLAIN, Le droit viager
au logement du conjoint survivant : JCP N 2003, n° 3, p. 101 ; Alain BOITELLE, L’articulation des droits
légaux avec les droits conventionnels du conjoint survivant : JCP N 2003, n° 13, p. 528 ; Jacques COMBRET et
Jean-François PILLEBOUT, Donation entre époux et testament après la loi du 3 décembre 2001 : JCP N 2003,
n° 25, p. 968 ; Jacques COMBRET et Jean-François PILLEBOUT, Le règlement des successions depuis la loi
du 3 décembre 2001 quelques conseils pratiques : JCP N 2003, n° 31-35, p. 1183 ; Bernard MONASSIER et
Paul-André SOREAU, Transmission d’entreprise et droits du conjoint survivant : un couple toujours
impossible : JCP N 2003, n° 38, p. 1337 ; Daniel GILLES, Les nouveaux droits ab intestat du conjoint
survivant à l’épreuve de la volonté du disposant : JCP N 2003, n° 47, p. 1693

10
¾ en présence de descendants, soit pour la quotité disponible ordinaire, soit pour un
quart des biens en pleine propriété et trois quarts en usufruit, soit pour la totalité en
usufruit (article 1094-1 du Code Civil) 29;

¾ en présence des père et mère du défunt, les dispositions testamentaires pourront porter
non seulement comme les droits légaux sur la moitié des biens en présence des deux
parents ou les trois quarts lorsque l’un d’eux est décédé, mais en outre sur la nue
propriété de la réserve de ces ascendants (article 1094 du Code Civil).

Par ailleurs, pour assurer au conjoint survivant le maintien de son cadre de vie, la réforme de
2001 instaure au profit du conjoint survivant :

- 1/ un droit au logement temporaire : pendant une année, le conjoint survivant peut


revendiquer la jouissance gratuite du logement de la famille ainsi que du mobilier,
compris dans la succession, qui le garnit (article 760 al. 1er du Code Civil). Il s’agit
d’un droit d’ordre public qui ne peut donc être supprimé par la volonté du défunt.

Si le logement appartenait aux époux ou s’il dépend entièrement de la succession, le


conjoint en a la jouissance gratuite de plein droit.

Si l’habitation était assurée au moyen d’un bail, le conjoint dispose alors d’une
créance contre la succession pour le remboursement des loyers, pendant l’année, au fur
et à mesure de leur acquittement.

Dans ces cas, il supportera également cette créance dans la proportion de sa vocation
successorale.

- 2/ un droit viager au logement : le conjoint successible a jusqu’à son décès un droit


d’habitation sur le logement qu’il occupait effectivement, à l’époque du décès, à titre
d’habitation principale, lorsque le logement appartenait aux deux époux ou dépend
totalement de la succession. Il a également un droit d’usage sur le mobilier, compris
dans la succession, garnissant ce logement (article 764 al. 1er du Code Civil).

Si le logement faisait l’objet d’un bail, le conjoint bénéficie du droit d’usage sur le
mobilier seulement.

Ce droit viager au logement n’est pas d’ordre public : il s’exerce sauf volonté
contraire du défunt, qui doit être en ce cas exprimée par testament authentique.

Lorsque la situation du conjoint fait que le logement, grevé du droit d’habitation, n’est
plus adapté à ses besoins, le conjoint survivant peut alors le louer afin de dégager les
ressources nécessaires à de nouvelles conditions d’hébergement (article 764 al. 5 du
Code Civil).

29
Sur le sort du conjoint survivant avant la réforme, V. plus généralement Michel GRIMALDI, Droit Civil -
Successions, précité, n° 116 et suiv. (les droits de succession du conjoint), et n° 304 et suiv. (la quotité
disponible entre époux).

11
- 3/ Enfin, la réforme prévoit que le conjoint peut bénéficier, au besoin cumulativement
avec les droits viagers d’habitation et d’usage, de l’attribution préférentielle de la
propriété du local, qui lui sert effectivement d’habitation, et du mobilier le
garnissant.

Cette attribution préférentielle du logement et du mobilier est désormais de droit pour


le conjoint (article 832 al. 10 du Code Civil).

- 4/ Désormais également, le conjoint peut revendiquer une pension, en lieu et place de


la créance d’aliments organisée antérieurement à la réforme de 2001.

Cette pension a été ci-dessus évoquée30.

***

La situation du conjoint survivant a donc été revalorisée depuis 2001, à la fois en théorie par
l’amélioration de sa vocation légale et en pratique par les mesures prises pour sa protection.

5 Le testament
C’est un acte unilatéral, qui doit être écrit. 31
A ce titre, sont donc proscrits :
- les testaments conjonctifs (C.civ. 968)
- et les testaments verbaux (aussi dénommés « nuncupatifs »).32

5.1 Quelles sont les formes du testament ?

Le défunt a pu valablement tester en droit français s’il a respecté l’une des formes suivantes :

- le testament olographe : il doit être écrit, daté et signé de la main de son auteur (C.
civ. 970) ;
- le testament par acte public : il est reçu par deux notaires ou par un notaire assisté
de deux témoins (C. civ. 971), l’on parle en ce cas de « testament authentique » ;
- le testament mystique : rédigé par le testateur ou sous sa direction par un tiers, puis
présenté clos, cacheté et scellé à un notaire (C. civ. 976). Cette forme n’est guère
usitée en pratique ;
- le testament international : le testateur exprime ses dernières volontés dans un écrit
puis effectue une déclaration solennelle de reconnaissance devant deux témoins et une
personne habilitée à instrumenter. 33
30
§ 2.3 « Existe-t-il d’autres créances découlant du droit de la famille » page 6
31
Ceci découle implicitement de C. civ. 969 prévoyant qu’un testament pourra être olographe, ou fait par acte
public ou dans la forme mystique exclusivement. V. Droit patrimonial de la Famille, précité, n°2873 et suiv.
32
Il s’agit du cas où deux ou plusieurs personnes testeraient par et dans un seul et même acte, soit au profit d’un
tiers, soit à titre de disposition mutuelle.
33
C’est la loi n° 94-320 du 25 avril 1994 qui a ratifié en France la Convention de Washington du 26 octobre
1973 laquelle comporte, en annexe, une loi matérielle uniforme régissant la forme du testament international. V.
sur le point : Droit Patrimonial de la Famille, précité, n° 2913 et suiv. ; également : V. Mariel REVILLARD,
Droit International Privé et Pratique Notariale, Défrénois 4ème éd. 2000, n° 398 et 399.

12
5.2 Quel peut-être le contenu du testament et quelle est la liberté de
disposition du testateur au regard des réserves légales ?

¾ Le testament peut contenir tout d’abord des dispositions patrimoniales (C.


civ. 895). Par ce biais, le testateur consent des legs qui ont un objet et un
bénéficiaire. L’on distingue à cet égard :

- le legs universel (C. civ. 1003): le testateur laisse à un ou plusieurs bénéficiaires


l’intégralité de son patrimoine existant au décès;
- le legs à titre universel (C. civ. 1010) : le testateur ne lègue qu’une quote-part des
biens existant au décès (une moitié, un tiers…), ou encore tous ses immeubles, ou tout
son mobilier;
- le legs à titre particulier (C. civ. 1014): c’est une catégorie résiduelle. Le legs
particulier porte sur un ou plusieurs biens déterminés (ex. un tableau, une somme
d’argent), et plus généralement sur tout ou partie des meubles autres que le mobilier
(qui lui est inclus dans la catégorie des legs à titre universel, ci-dessus).

Les legs ne peuvent être consentis que dans la limite de la quotité disponible. S’ils
enfreignent les droits des réservataires, ceux-ci pourront en demander la réduction au décès
du testateur (C. civ. 920 et suiv.)

¾ Le testament peut également contenir des dispositions extra-patrimoniales 34


au titre desquelles figure notamment la désignation d’un exécuteur
testamentaire :

5.3 Quels sont les moyens de faire exécuter ses dernières volontés :
les exécuteurs testamentaires ?

L’exécuteur testamentaire est une personne que le testateur charge de veiller à l’exécution de
ses dernières volontés, patrimoniales ou extra-patrimoniales (C. civ. 1025).35

Ses pouvoirs sont plus ou moins étendus selon qu’il est investi de pouvoirs propres (lorsqu’il
a la saisine36) ou qu’il exerce seulement un contrôle sur la transmission successorale (lorsqu’il
ne l’a pas).
Le testateur peut s’il le souhaite étendre les pouvoirs de l’exécuteur testamentaire, bien qu’il
ne puisse prolonger la durée de la saisine (un an et un jour à compter du décès : C. civ. 1026).
Ainsi peut-il autoriser l’exécuteur testamentaire à payer les dettes de la succession ou à
vendre (ou faire vendre) les immeubles successoraux. 37.

De fait, la possibilité de désigner un exécuteur testamentaire n’est que rarement utilisée en


France. En pratique, la succession étant réglée par le notaire, c’est ce dernier qui s’assurera du
respect des dernières volontés du défunt.

34
ex. une reconnaissance d’enfant naturel (dans un testament authentique) ou les modalités de règlement des
funérailles.
35
V. id. n° 3377 et suiv.
36
V. C. civ. nouv. art. 724 : « Les héritiers désignés par la loi sont saisis de plein droit des biens, droits et
actions du défunt… ».
37
V. Droit Patrimonial de la Famille, précité, n° 1743 et suiv.

13
Toutefois, en cas de litige ou d’incertitudes, il sera toujours possible de faire désigner
judiciairement un administrateur provisoire de la succession 38.

6 Les Contrats successoraux


En FRANCE, de tels contrats sont en principe illégaux, car ils tombent sous le coup de la
prohibition des pactes sur successions futures (C. civ. 1130 a2).39 A ce titre sont donc
proscrits :
- les renonciations relatives à des successions non ouvertes,
- les conventions portant atteinte à la liberté testamentaire,
- les pactes de famille contenant une stipulation sur succession non ouverte,
- les ventes ou promesses de vente dont l’effectivité est liée au décès,
- les clauses de réversibilité d’usufruit, 40
- les clauses organisant la dévolution successorale future d’un droit issu d’un contrat, 41
- les contrats ayant pour effet d’alourdir les obligations de la succession future par
rapport au patrimoine actuel. 42

Des exceptions viennent tempérer ce principe 43 ; elles trouvent leur légitimité soit dans la loi
elle-même, soit dans la jurisprudence :

6.1 Quels sont les types de contrats successoraux autorisés ?

L’on retiendra ici :

6.1.1 La donation-partage (C. civ. 1076 et suiv.)

La loi a validé ce pacte qui organise un partage anticipé et définitif de tout ou partie de la
succession. De fait, malgré leur imputation sur la réserve des copartagés, les parts ne sont pas
rapportables : il s’agit bien d’une dévolution contractuelle de la succession, avant son
ouverture.

38
V. Michel GRIMALDI, Droit Civil - Successions, précité, n° 408-1 et suiv.
39
V. la définition traditionnellement retenue en jurisprudence : « Le pacte sur succession future est celui dont
l’objet est d’attribuer, en dehors des cas limitativement prévus par la loi, un droit privatif sur tout ou partie
d’une succession non ouverte » : Cf Cass. Civ. 1ère, 10 janvier 1990, D. 1991, p. 372 note MAZERON. Plus
généralement sur la question V. Michel GRIMALDI, Droit Civil - Successions, précité, n° 339 et suiv.
40
à noter ici le libéralisme croissant de la jurisprudence : V. Droit Patrimonial de la Famille, précité, n° 1332 et
suiv.
41
ex. en matière de bail, ou de rente viagère, id. n° 1336 et suiv.
42
ex. prêt dont le remboursement incomberait à la succession, id. n° 1340.
43
V. C. civ. nouv. art. 722, tel qu’issu de la loi du 3 décembre 2001 modernisant le droit des successions, sus-
visée : « Les conventions qui ont pour objet de créer des droits ou de renoncer à des droits sur tout ou partie
d’une succession non encore ouverte ou d’un bien en dépendant ne produisent effet que dans les cas où elles
sont autorisées par la loi ».

14
Cette consécration légale a été faite pour des raisons pratiques évidentes. La donation-partage
permet en effet d’organiser de manière consensuelle et rationnelle la transmission de son
patrimoine. A ce titre, il conviendra d’encourager fortement les chefs d’entreprise
familiales à user de la donation-partage pour anticiper les conséquences civiles et fiscales
liées à la transmission des exploitations.

Concrètement, il s’agit, comme la donation, d’un acte solennel, qui doit donc être dressé en la
forme authentique.

Elle a pour objet la disposition de biens appartenant à un ascendant, faite au profit de tout ou
partie de ses descendants ayant qualité d’héritiers. Il important de relever qu’aux termes d’une
loi du 5 janvier 1988, le législateur a permis d’inclure des tiers parmi les bénéficiaires,
mais uniquement lorsque le partage comprend une entreprise individuelle (ceci exclut
donc les entreprises exploitées en la forme sociale).

En ce cas, le tiers doit être alloti de tout ou partie de l’entreprise, ou plus exactement, de tout
ou partie des biens corporels ou incorporels affectés à son exploitation. Il ne peut recevoir
aucun autre bien.

Cette réforme favorise et encourage une organisation cohérente de la transmission des petites
entreprises familiales. En effet, celles-ci ne sont pas forcément destinées à être reprise par les
enfants de l’exploitant, et peuvent être ainsi dévolues à un parent plus éloigné ou à un étranger
présentant les compétences requises.

D’une manière générale, l’organisation prévue dans la donation-partage permet de protéger


les intérêts des réservataires, qui peuvent être allotis sur d’autres biens, tout en fixant
clairement le sort de l’entreprise afin de prévenir les litiges au décès de l’exploitant. Une telle
solution suppose cependant que l’entreprise ne soit pas le seul actif patrimonial significatif. 44

6.1.2 La « clause commerciale » (C. civ. 1390)

C’est la clause du contrat de mariage par laquelle le survivant des époux pourra s’il le
souhaite devenir propriétaire au décès de son conjoint, moyennant indemnité, de l’entreprise
commerciale, de l’exploitation agricole ou du local d’habitation qui constituait un bien
personnel à celui-ci. 45

6.1.3 Les clauses du contrat de société relatives à l’attribution mortis causa des droits
sociaux

Il s’agit des dispositions figurant dans les statuts concernant le sort de la société ou des parts
sociales en cas de décès de l’un des associés. L’on peut ainsi aménager :
- la possibilité de continuer la société avec les seuls associés survivants,
- la possibilité de continuer la société avec le conjoint survivant, les héritiers, ou
certains d’entre eux, ou avec la personne (héritier, légataire ou non) désignée par les
statuts,

44
V. plus généralement sur ce point, Droit Patrimonial de la Famille, précité, n°4200 et suiv.
45
V. supra n° 2.2

15
- la faculté de formuler des clauses d’agrément des héritiers ou des légataires de
l’associé prémourant,
- la faculté pour l’associé survivant de pouvoir reprendre tout ou partie de l’actif social
(ex. un fonds de commerce) à charge d’indemniser la succession du prémourant. 46

On le voit, ces clauses peuvent être utilisées pour planifier utilement en amont la succession
de l’entreprise familiale lorsqu’elle est exploitée sous une forme sociale.

6.1.4 Les stipulations contraires aux règles définissant les modalités du rapport

La loi prévoit qu’il est possible de déroger dans une donation aux règles fixant les modalités
du rapport (C. civ. 858 et 860).47 Il est ainsi possible de prévoir que l’exploitation
commerciale donnée à l’un des présomptifs héritiers ne sera rapportée par lui à la succession
de son auteur que pour une valeur forfaitaire pré-définie dans la donation. La donation peut
également être consentie avec dispense de rapport : elle est alors considérée comme
préciputaire. En ce cas, en l’absence d’héritier réservataire, le gratifié cumule la libéralité
avec sa vocation successorale ab intestat. En présence de réservataire, l’héritier gratifié pourra
conserver sa libéralité jusqu’à concurrence de la quotité disponible (C. civ. 844).

6.1.5 Les substitutions fidéicommissaires

Ce sont des dispositions par lesquelles l’auteur d’une libéralité grève le gratifié de l’obligation
de conserver toute sa vie les biens remis, pour les transmettre en mourant à une seconde
personne déjà appelée. Deux types de pactes fidéicommissaires ont été autorisés par la loi (C.
civ. 1048 et suiv.) :
- les parents peuvent grever au profit de leurs petit-enfants nés ou à naître la
gratification faite à leurs enfants,
- le testateur, s’il meurt sans enfant, peut également grever la gratification consentie à
ses frères et sœurs, au profit des enfants nés et à naître de ces derniers. 48

6.1.6 Les institutions contractuelles

L’institution contractuelle est une donation ayant pour objet tout ou partie des biens que le
donateur laissera à son décès; c’est la raison pour laquelle on l’appelle également « donation
de biens à venir ». 49 Le législateur a validé l’institution contractuelle, là encore pour des
raisons pratiques, lorsqu’elle est stipulée dans un contrat de mariage, en faveur d’un époux ou
des deux (C. civ. 1081 et suiv.; C.civ. 1093)

46
V. Droit Patrimonial de la Famille, précité, n° 1356 et suiv.
47
Le rapport des libéralités est une institution dont la finalité est d’assurer l’égalité entre les héritiers ab intestat,
en ce qu’il oblige un héritier à restituer à la succession aux fins de reconstitution de la masse héréditaire et de
partage, à proportion des droits de chacun des héritiers, toutes les libéralités qu’il a reçues du défunt en avance
sur sa part successorale. Le rapport est dû entre co-héritiers pour les biens reçus du défunt par donation simple
(et non par donation-partage). V. plus généralement, Droit Patrimonial de la Famille, précité, n° 2318 et suiv.
48
V. sur ce point : Droit patrimonial de la Famille, n° 3800 et suiv.
49
V. id. n° 1369 et suiv.

16
De même la jurisprudence valide la donation de biens à venir entre époux faite durant le
mariage sous forme testamentaire, en raison de sa révocabilité. Il s’agit dans la plupart des cas
de la « donation au dernier vivant », encore communément dénommée « donation entre
époux », par laquelle un époux consent à l’autre, par testament, une donation sur la totalité de
ses biens à venir, dans les limites de la quotité disponible. Avant l’entrée en vigueur de la
réforme du 3 décembre 2001, cette institution présentait l’intérêt essentiel de permettre
d’assurer la protection du conjoint survivant. 50

6.1.7 La clause d’attribution ou d’acquisition de droits indivis (C. civ. 1873-13)

Une convention d’indivision peut, comme le pacte social, comprendre une clause ouvrant au
profit des indivisaires survivants une faculté d’acquisition à tire onéreux de la part d’un
indivisaire prémourant. L’attribution peut être également prévue au profit du conjoint de
l’indivisaire pré-décédé, ou de l’un des ses héritiers désigné. Là encore, en raison de leur
utilité pratique, le législateur a autorisé ces clauses depuis 1976. 51

6.1.8 La clause d’accroissement

C’est la jurisprudence qui a validé cette clause dans certaines circonstances. Lors de l’achat en
commun d’un bien immobilier, les co-acquéreurs peuvent prévoir que le survivant d’entre eux
sera réputé propriétaire pour le tout. L’on parle alors de « pacte tontinier » ou encore de
« tontine ». Ainsi cette clause revêt une certaine utilité en cas de co-acquisition par des
concubins ou des époux séparés de biens. Elle permet en effet au survivant de rester dans les
lieux à titre de propriétaire, sans rien devoir à la succession du prémourant. 52

6.2 Quelle est la liberté du disposant au regard des réserves légales ?

En principe seules les libéralités consenties aux termes des pactes successoraux autorisés
seront limitées à la quotité disponible. Si elles enfreignent les droits des réservataires, ceux-ci
pourront en demander la réduction au décès du disposant (C. civ. 920 et suiv.; C. civ. 1077-
2). 53

6.3 Existe-t-il d’autres formes d’actes de dernières volontés ?

Il convient de mettre ici en exergue la pratique du testament-partage, encore appelé partage


testamentaire, par lequel l’ascendant fixe la répartition de ses biens entre ses descendants
pour après sa mort (C. civ. 1079). 54

50
V. plus généralement sur ce point les travaux du 84ème Congrès des notaires de France, La Baule, 1988, p. 74,
n° 83 et suiv.
51
V. Droit Patrimonial de la Famille, précité, n° 1382
52
V. id. n° 1385 et 1386.
53
Ne seraient donc pas concernées, entre autres, les clauses prévoyant le rachat de droits sociaux par les
associés survivants; de même n’y sont pas soumises la clause commerciale ou la clause d’accroissement. En
revanche, la donation-partage est soumise à l’action en réduction prévue spécifiquement par C. civ. 1077-2.
54
Comme tous les testaments, le partage testamentaire peut revêtir la forme authentique, olographe, mystique ou
international ; il doit respecter la prohibition des testaments conjonctifs.

17
Là encore, les dispositions doivent respecter les droits des éventuels réservataires sous peine
de réduction (C. civ. 1080).
A la différence de la donation-partage, cette variété du partage d’ascendant ne dessaisit pas le
disposant de ses biens ; il ne constitue donc pas un partage anticipé. En outre, comme tous les
testaments, il est révocable et modifiable à tout moment, alors que la donation-partage est
définitive. Enfin, le testament-partage est un acte unilatéral qui réalise un partage autoritaire,
alors que la donation partage, acte conventionnel, favorise un partage négocié. 55

La possibilité pour le testateur d’inclure des tiers dans son partage testamentaire découle de
l’application faite par analogie de la loi du 5 janvier 1988, précitée, ayant ouvert la donation-
partage à d’autres bénéficiaires que des descendants lorsque le partage d’ascendant comprend
une entreprise individuelle. 56

7 Droit international privé


Quatre éléments sont ici déterminants pour résoudre une situation successorale comportant un
élément d’extranéité (qui est le plus souvent la nationalité étrangère du défunt) :
- le lieu d’ouverture de la succession (soit : le domicile du défunt, C. civ. 110)
- la nationalité des successibles,
- la nature des biens,
- et la localisation de ces biens. 57

Au vu ces éléments, il sera alors possible de déterminer la règle de conflit de loi.

7.1 Quel est le droit applicable à la succession ?

La règle de conflit en droit français est duale. Elle prévoit :

- que la succession « immobilière » est régie par la loi de situation des immeubles (c’est
la lex rei sitae),

- alors que la succession « mobilière » est régie par la loi du domicile du défunt (c’est
l’application de la règle mobilia sequuntur personam). 58

La loi successorale régit les successions testamentaires et ab intestat. Elle détermine les
successibles, les héritiers réservataires et le montant de la réserve, de même que la quotité
disponible ordinaire et la quotité disponible entre époux.

En raison du système scissionniste français, la réserve sera calculée séparément sur chacune
des masses soumises à une loi différente. La quotité établie par chaque loi s’appliquera alors à
la masse qu’elle régit, considérée comme un patrimoine distinct. 59

55
V. Droit Patrimonial de la Famille, précité, n° 4200 et suiv.
56
id. n° 4225 et suiv. Sur la possibilité de faire jouer un droit d’attribution préférentielle sur l’entreprise
familiale au moment du partage lui-même, V. C. civ. 832 et suiv.
57
V. Droit Patrimonial de la Famille, précité, n°1421.
58
id. n°1417.

18
7.2 Le défunt peut-il choisir le droit applicable à sa succession ?

La professio juris n’est pas admise en droit français.60 Le domaine accordé à la loi
d’autonomie en matière successorale reste extrêmement limité. 61

Cependant, la répartition d’un patrimoine dans différents pays pose des problèmes particuliers
que l’on peut et doit anticiper.

A titre préventif, il est toujours possible d’organiser sa succession en amont (estate


planning).62

Les limites posées étant bien entendu celle de la fraude à la loi successorale. Ainsi la
protection des réservataires sera malgré tout assurée si le défunt avait sciemment et
délibérément organiser sa succession dans le but exclusif de spolier ces héritiers de leur
réserve. 63

7.3 Qu’en est-il lorsque les héritiers et le défunt sont domiciliés dans
différents pays ?

Cette dispersion n’aura pas d’incidence au regard des règles de conflits applicables. En
revanche, il n’en sera pas de même lorsque les héritiers sont de nationalité différente.

En effet, s’il y a plusieurs héritiers dont l’un au moins est français, une loi de 1819 prévoit
que le ou les héritiers français prélèveront sur les biens situés en France une portion égale à la
valeur des biens situés en pays étrangers dont ils seraient exclus, quelle que soit la cause de
cette exclusion. C’est ce qu’on appelle le « droit de prélèvement ». 64

Le maintien en vigueur de cette disposition ancienne témoigne de l’attachement persistant du


droit français, interne et international, à la notion de réserve héréditaire.

Il est certain que la planification des successions se trouverait simplifiée dans certains cas par
la suppression de cette contrainte. Mais nous entrons alors dans un vaste débat qui devra faire
l’objet d’un prochain séminaire…

** ** **

59
V. Mariel REVILLARD, Droit International Privé et Pratique Notariale, Défrénois 4ème éd. 2000, n° 385.
60
C’est à dire la possibilité pour le défunt de désigner la loi applicable à sa succession. A noter toutefois que la
Convention de La Haye du 1er août 1989 sur la loi applicable aux successions internationales adopte le principe
de la professio juris, le testateur ayant la possibilité de choisir la loi de la nationalité ou de sa résidence habituelle
pour régir sa succession. Cette convention ouverte à la signature le 1er août 1989 a été signée par la Suisse,
l’Argentine, les Pays-Bas et le Luxembourg. A ce jour, elle n’a pas été ratifiée en FRANCE. V. Mariel
REVILLARD, précitée, n° 371 et suiv.
61
V. Mariel REVILLARD, précitée, n° 392.
62
id. n° 475 et suiv.
63
V. Cass. Civ. 1ère, 20 mars 1985, JCP N 1987, II, 178, note F. BOULANGER : affaire CARON.
64
V. sur ce point : V. Mariel REVILLARD, précitée, n° 364 ; Droit Patrimonial de la Famille, précité, n° 1418
et suiv.; Jérôme CASEY, « La protection de la réserve héréditaire dans les successions internationales »,
Revue Juridique Personnes et Famille, n° 2, février 2001, p. 6.

19
ANNEXE :

Tableau comparatif des régimes matrimoniaux 65

Régime Communauté de biens Séparation de biens Participation aux


acquêts

- Conforme aux - Autonomie sur le - Autonomie sur le


souhaits de la majorité plan actif et passif plan actif et passif
des époux
- Séparation ou - Evite toutes
Avantages - Evite toutes difficultés divorce plus facile difficultés lors des
lors des acquisitions acquisitions

- Permet d’assurer la - Permet d’assurer la


survie du conjoint survie du conjoint

- Risques financiers - Injustice pour le - Risques financiers


conjoint sans pour la ½ des
- Autonomie limitée ressources acquêts en cas de
personnelles dissolution
- Complexité de
liquidation - Pratiques souvent - Restriction à
irrégulières l’autonomie
- Problèmes en cas de (aliénation
Inconvénients séparation - Difficultés de frauduleuse)
liquidation en cas
- Obstacle au divorce de confusion des - Complexité de
biens et de liquidation
libéralités
- Problèmes en cas de
séparation

- Obstacle au divorce
- Salariés - Fortunes distinctes - Profession
indépendante
- Exploitation en - Profession
Situation des époux commun indépendante - Incertitude sur
l’activité future des
époux

65
Tiré des Travaux du 84ème Congrès des notaires de France, La Baule, 1988, p. 38.
NB. Un tel tableau, précédé de brèves explications, pourrait être remis aux futurs époux comme document
préparatoire à l’entretien relatif au choix du régime.

20