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AIJA Rotterdam, 30 mars – 1er avril 2006

Les fortunes familiales


face aux infortunes professionnelles
“Anticipation de l’échec – comment protéger les biens des entrepreneurs
ainsi que les intérêts de leurs proches : régimes matrimoniaux, testaments
et pactes successoraux ”

Agnès PROTON
Avocat au Barreau de Grasse
3 rue de Bône
06400 Cannes
Tel + 33(0)4 93 99 27 72
Fax + 33(0)4 93 68 65 12
AgnesProton@AVOCATSnet.com
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1. INTRODUCTION

Peut-on concevoir d’exclure toute préparation patrimoniale préalablement au lancement d’une


aventure entrepreneuriale ? La réponse, négative, est évidente pour tous. De la cohérence
d’une telle préparation dépend la sécurité matérielle (et la sérénité intellectuelle !) de
l’entrepreneur et de sa famille. Celui-ci est fort de sa motivation et de sa conviction dans son
projet professionnel. Mais il se sent également fragilisé par la responsabilité encourue à
l’égard des siens si le « rêve américain » vire au « chemin de croix »….
Il faut alors préparer attentivement en amont la protection de ce patrimoine privé, fondement
de la sécurité familiale, tout en ménageant une assise financière susceptible de garantir les
prêteurs et d’attirer les investisseurs.
Les mécanismes du droit patrimonial de la famille permettront d’atteindre - ou à tout le moins
se rapprocher - de l’équilibre souhaité, et ce durant la vie de l’entrepreneur mais également à
son décès.

2. AU COURS DE LA VIE MARITALE DE L’ENTREPRENEUR :


Protections issues du droit des régimes matrimoniaux et d’autres dispositions légales

2.1 Quels sont les différents régimes matrimoniaux dans votre juridiction ?

Ils sont regroupés en trois grandes catégories : les régimes communautaires, séparatistes et la
participation aux acquêts. Il convient cependant de rappeler l’application préalable du régime
dit « primaire », qui imposera ses règles impératives quelque soit le régime matrimonial des
époux.

2.1.1 Le régime primaire

Les articles 214 à 226 du Code civil français regroupent un ensemble de règles fondamentales
applicables à tous les gens mariés. Ces règles sont d’ordre public et énoncent les principes
de base de leur situation patrimoniale, quel que soit par ailleurs le régime matrimonial des
époux.1 Ces règles forment le « régime primaire impératif»2. Elles instaurent :

¾ des mesures de coopération au titre desquelles figurent :

- l’obligation de contribuer aux charges du mariage en fonction des capacités respectives


des époux, ou conformément à leurs conventions matrimoniales,

- la protection du logement de la famille (C.civ. art. 215) : le consentement des deux époux
est requis pour tous les actes emportant disposition du logement familial ou des meubles
le garnissant (ex. vente; résiliation de bail);

1
Droit Patrimonial de la Famille, sous la direction de Michel GRIMALDI, éd. DALLOZ 2001, n°10 et suiv.
2
Sur le régime dit primaire, V. Précis Dalloz, Les régimes matrimoniaux, par F. TERRE & PH. SIMLER, 3ème
éd., 2001, n° 46 et suiv.; Rémy CABRILLAC, Les régimes matrimoniaux, Domat Montchrétien, 3ème éd. 2000 n°
46 et suiv.
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¾ des mesures d’autonomie patrimoniale et professionnelle, aux termes desquelles


chacun des époux :

- gère et dispose seul de ses biens personnels (C.civ. art. 225), autres que ceux pouvant
constituer des droits sur le logement familial,

- peut passer seul des contrats ayant pour objet l’entretien du ménage et l’éducation des
enfants; les dettes « ménagères » alors contractées engagent solidairement les deux époux,

- exerce librement sa profession, perçoit et dispose librement de ses gains et salaires « après
s’être acquitté des charges du mariage » (C.civ. art. 223).

2.1.2 Les régimes matrimoniaux

Pour s’en tenir à l’essentiel, trois types de régimes matrimoniaux s’offrent aux futurs époux
auxquels la loi laisse ici une grande liberté contractuelle (C. civ. art. 1387) :

- le régime de communauté (légale ou conventionnelle : C. civ. art. 1400 et suiv.)3

- le régime de la séparation de biens (C. civ. art. 1536 et suiv.)

- et le régime « hybride » de la participation aux acquêts (C. civ. art. 1569 et suiv.).4

Le contrat de mariage est établi par acte authentique avant la célébration de l’union. Il peut
également être conclu pendant le mariage pour permettre un changement de régime
matrimonial (mais il est alors soumis à l’homologation judiciaire, C. civ. 1397).
A défaut de contrat, les époux seront soumis au régime légal, qui est celui de la communauté
de biens réduite aux acquêts. Pour mémoire, ce dernier concerne en France plus de 80 % des
couples mariés.5

A - Le régime matrimonial légal : la communauté de biens réduite aux acquêts

Le patrimoine des époux est réparti entre trois masses de biens : les biens propres de chacun
des époux et les biens communs.

A cet égard, le législateur a édicté une présomption de communauté : « Tout bien, meuble ou
immeuble, est réputé acquêt de communauté si l’on ne prouve qu’il est propre à l’un des
époux par application d’une disposition de la loi » C.civ. 1402.

3
La communauté peut être plus ou moins large : elle peut n’être que réduite aux acquêts (régime légal depuis
1965) ou comprendre les meubles et les acquêts (régime légal avant 1965, prévu par C. civ. 1498 et suiv.) ou
encore être universelle et inclure tous les biens, présents et à venir (prévu par C. civ. 1526). Tous les
aménagements conventionnels sont ici possibles.
4
V. Les travaux du 84ème Congrès des notaires de France, La Baule, 1988, p. 28 n ° 6 et suiv.
5
V. R . CABRILLAC, Les régimes matrimoniaux, précité, n° 132 .
4/21

Sont ainsi réputés acquêts de communauté :

- les biens, meubles ou immeubles, acquis à titre onéreux pendant le mariage,

- les gains et salaires,

- les revenus de biens communs, dès leur perception, et les revenus de biens propres
s’ils sont économisés.

Sont réputés biens propres à chaque époux (C.civ. 1403 et suiv.) :

- les biens présents le jour du mariage ou acquis à titre gratuit (par donation ou
succession) pendant le mariage,

- les biens acquis au moyen de fonds propres ou par remploi de biens propres (cf.
mécanisme de la subrogation),

- les « accessoires » de biens propres, 6

- les parts indivises d’un bien dont l’un des époux était déjà co-indivisaire (C. civ.
1408),

- les biens ayant un caractère personnel 7 et tous les droits exclusivement attachés à la
personne. 8

Même s’il correspond aux souhaits de la majorité des couples en France, la communauté
présente un inconvénient qui est évidemment la contribution aux dettes… C’est cet aspect qui
incite les couples à se tourner alors vers un régime séparatiste, lequel leur permettra de limiter
les risques financiers liés à l’exploitation d’une entreprise par l’un d’entre eux.

B - La séparation de biens

Les époux peuvent choisir aux termes de leur contrat de mariage d’adopter le régime de la
séparation de biens. En ce cas, chacun d’entre eux conserve l’administration, la jouissance et
la libre disposition de ses biens personnels. Corrélativement, « chacun d’eux reste seul tenu
des dettes nées en sa personne, avant ou pendant le mariage… » (C. civ. 1536).

Il appartient à chacun des époux de prouver « qu’il a la propriété exclusive d’un bien ». A
défaut, celui-ci sera réputé appartenir indivisément pour moitié à chacun (C. civ. 1538).

6
Ainsi constitue un bien propre au titre d’accessoire le fonds de commerce acheté par le mari puis incorporé à un
autre fonds lui appartenant déjà en propre, de telle sorte qu’il n’existe qu’une seule exploitation commerciale :
cf. Cass. Civ. 1ère 2mai 1990, JCP N 1991, II, 161, obs. P. SIMLER. De même constitue un bien propre « par
accessoire » l’immeuble construit sur un terrain propre à l’un des époux (sauf à celui-ci à indemniser la
communauté, ou l’autre conjoint, si ceux-ci ont participé au financement de cette construction) : cf. Cass. Civ.
1ère 6juin 1990, Bull. I, n. 134, p. 96, JCP 91, II, 21652, note PILLEBOUT.
7
Ex. vêtements, souvenirs de famille, instruments de travail nécessaires à la profession de l’un ou l’autre époux.
8
Ex. actions en réparation d’un dommage corporel ou moral; les créances et pensions incessibles telles que
pensions alimentaires, pensions de retraite ou d’invalidité.
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Cette sorte d’absence de régime matrimonial que constitue la séparation de biens présente
l’avantage de la simplicité, tant dans son fonctionnement au cours du mariage que lors de sa
liquidation. Ce régime présente toutefois le grave défaut d’être source d’injustice pour le
conjoint qui n’a pas de revenus propres, ou encore pour le conjoint qui aide l’époux
propriétaire dans l’exercice de sa profession. 9 Il peut être opportun en ce cas de se tourner
vers une solution médiane :

C - La participation aux acquêts

Il est dommage que ce régime, qui propose une pertinente alternative aux deux précédents,
n’ait pas davantage la faveur des praticiens et des couples en France.

Pour schématiser, il lui est reproché principalement :

- par les particuliers, de fonctionner comme un régime séparatiste « lorsque tout va bien »
(pendant le mariage) puis comme un régime de communauté lorsque « tout va mal » (lors de
la dissolution …)

- par les praticiens, de présenter une relative complexité et technicité dans son fonctionnement
et sa liquidation.

Quoiqu’il en soit, le fait qu’il ait été adopté comme régime légal dans d’autres pays civilistes
(Suisse, Allemagne) prouve l’intérêt non négligeable que présente ce régime matrimonial,
lequel permet effectivement de corriger les inconvénients présentés par les deux régimes
précédents.

Ce régime, adopté là encore aux termes d’un contrat de mariage, laisse aux époux leur pleine
autonomie. Ils conservent, comme dans le régime séparatiste, la jouissance et la libre
dispositions de leurs biens personnels, sans distinction entre ceux qui lui appartenaient au jour
du mariage et ceux recueillis ou acquis pendant cette union. (C. civ. 1569).

La spécificité réside dans l’existence d’une « créance de participation » lorsque, du fait de


la participation de chacun des époux, à terme, le patrimoine de l’autre s’est accru : « A la
dissolution du régime, chacun des époux a le droit de participer pour moitié en valeur aux
acquêts nets constatés dans le patrimoine de l’autre, et mesurés par la double estimation du
patrimoine originaire et du patrimoine final » (C. civ. 1569, précité )

2.2 Dettes des époux : « qui paie quoi », en fonction des différents régimes matrimoniaux
autorisés dans votre juridiction ?

2.2.1 La règle impérative de solidarité des couples mariés

Le régime primaire, applicable aux époux quel que soit leur régime matrimonial, met à la
charge de ces derniers des charges et obligations liés au statut même du mariage 10. Parmi ces
règles d’ordre public figure celles applicables aux dettes dites ménagères.
9
V. Les travaux du 84ème Congrès des notaires de France, La Baule, 1988, p. 28 n ° 16 et 17.
10
V ci-dessus, § 2.1.1
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L’article 220 du Code civil pose le principe de la solidarité entre les époux pour toutes les
dettes ayant pour objet l’entretien du ménage (dépenses de nourriture, habillement, santé,
logement) ou l’éducation des enfants : le créancier dispose alors d’un droit de poursuite sur
l’ensemble des biens du couple. La solidarité est cependant exclue lorsque les dépenses
présentent un caractère manifestement excessif, eu égard « au train de vie du ménage, à
l’utilité ou l’inutilité de l’opération, à la bonne ou mauvaise foi du tiers contractant ». (cf
article 220 Cciv précité).

Le principe de solidarité est également écarté pour tous les achats à tempérament 11 et les
emprunts autres que ceux portant sur des sommes modestes, nécessaires aux besoins de la vie
courante.

Bien évidemment, la solidarité renaît lorsque les époux ont donné leur consentement à
l’emprunt ou à l’achat à tempérament.

2.2.2 Une obligation limitée selon le régime matrimonial

A - Sous le régime matrimonial légal de la communauté de biens réduite aux acquêts

Le principe général gouvernant le régime des dettes des époux mariés sous le régime de la
communauté de biens est celui de l’engagement général des biens communs : une dette née
de l’un au moins des époux peut engager tous les biens de la communauté, même en l’absence
de consentement du conjoint. 12

Le législateur a traité de manière particulière l’emprunt et le cautionnement contractés par les


époux communs en biens : l’article 1415 du Code civil dispose que « chacun des époux ne
peut engager que ses biens propres et ses revenus par un cautionnement ou un emprunt, à
moins que ceux-ci n’aient été contractés avec le consentement exprès de l’autre conjoint qui,
dans ce cas, n’engage pas ses biens propres ». Il résulte de ce texte que la communauté n’est
totalement engagée que par l’emprunt ou le cautionnement consenti par les deux époux.

En revanche, si un époux a agi seul sans le consentement du conjoint, les biens communs
ne sont pas engagés, mais l ‘époux emprunteur ou caution engage alors ses revenus, qu’il
s’agisse de ses gains et salaires ou des revenus de biens propres 13

Si le conjoint de l’époux emprunteur ou caution a donné son consentement sans


s’engager lui-même, l’ensemble des biens communs se trouve soumis au gage des créanciers,
mais ses gains et salaires sont protégés de leurs poursuites.

Lorsqu’un époux refuse de donner son consentement, son conjoint peut être autorisé
judiciairement à contracter seul un emprunt ou à se porte caution, si l’opération est conforme
à l’intérêt de la famille : seuls sont alors engagés les biens communs.

11
C’est à dire à terme ou à crédit.
12
S’agissant des dettes alimentaires des époux, l’on observera que le patrimoine commun est susceptible de
constituer dans son intégralité le gage des créanciers d’aliments. A ce titre, aucune distinction ne doit être faite
selon que les époux sont codébiteurs ou qu’un époux est personnellement débiteur. Ainsi, les biens communs
sont-ils engagés quelle que soit l’origine de la dette, y compris s’il s’agit d’aliments dus à un ex-conjoint ou à un
enfant d’une première union (légitime ou naturelle). Seuls les gains et salaires de l’époux qui n’est pas
personnellement débiteur demeurent insaisissables.
13
P. ex. les loyers d’un immeuble appartenant en propre à un époux pour lui avoir été donnée ou pour l’avoir
recueilli par succession.
7/21

Mais lorsqu’un époux est défaillant, hors d’état de manifester sa volonté, ses biens propres
peuvent également constituer le gage des créanciers, sur délivrance d’une autorisation
judiciaire.

Il convient cependant de distinguer ici l’obligation de la contribution à la dette. Le fait que


les créanciers puissent poursuivre l’un ou l’autre des membres du couple n’oblige pas un
époux à supporter à titre définitif une dette créée par son conjoint.

¾ Dette commune remboursée par des fonds propres :

L’article 1409 du Code civil pose le principe de l’engagement définitif de la communauté


pour toute dette née au cours de l’union d’époux mariés sous le régime légal. Si l’un des
époux a remboursé seul une dette commune au moyen de fonds qui lui sont propres 14 il
pourra faire jouer un droit à récompense. Lors de la dissolution du régime matrimonial (par
décès ou divorce) la communauté devra l’indemniser pour les sommes qu’il aura engagées à
titre personnel pour régler une dette commune.

¾ Passif propre remboursé par des fonds communs :

A l’inverse, si la communauté a contribué au remboursement d’un passif propre à l’un des


époux, elle pourra prétendre au versement d’une récompense : il peut en être ainsi, par
exemple, lorsque de époux remboursent au moyen de leurs gains et salaires (biens communs)
une dette contractée par l’un d’entre eux avant le mariage ou encore, une dette successorale.
La méthode de calcul de la récompense sera fonction du caractère nécessaire ou encore de
l’objet de la dépense engagée.

B - Les couples non mariés et les régimes séparatistes

¾ L’obligation à la dette :

Dans le cadre d’une séparation de biens ou d’une participation aux acquêts, chaque
époux est seul tenu des dettes qu’il contracte, sauf application du principe de solidarité des
dettes fiscales et ménagères. C’est la raison pour laquelle ces régimes sont en particulier
conseillés aux personnes exerçant une profession dite « à risques », comme les entrepreneurs,
qu’ils soient industriels, commerçants ou professionnels libéraux, tous susceptibles de générer
des dettes dans le cadre de leur activité. Ainsi le patrimoine de l’un des époux ne peut, sauf
agissements frauduleux, servir de gage aux créanciers de l’autre.

Les concubins signataires d’un pacte civil de solidarité (PACS) se doivent une aide
matérielle réciproque : ils sont de ce fait tenus solidairement, à l’égard des tiers, des dettes
contractées par l’un d’eux pour les besoins de la vie courante et pour les dépenses relatives au
logement commun. Le devoir d’assistance n’est pas clairement défini par les textes. En
l’absence de décisions judiciaires, il est difficile aujourd’hui d’en déterminer les contours
avec exactitude. En ce qui concerne le logement, il paraît raisonnable de penser que la
solidarité se limite aux seules dépenses d’entretien.

14
Comme lui appartenant antérieurement au mariage ou provenant de donation ou de succession, ou encore,
comme ayant été acquis au moyen d’un emploi ou d’un remploi de fonds propres au cours du mariage.
8/21

En l’absence de PACS, la solidarité n’existe pas entre les concubins, même pour les dettes
courantes ou les dettes dites de ménage : chacun est responsable des dettes qu’il génère, sauf
engagement conjoint, solidaire ou cautionnement du concubin. La solidarité peut également
naître indirectement lorsque le concubin collabore à l’activité professionnelle de son
compagnon et est assimilé à un gérant ou un associé de fait : une éventuelle procédure
collective pourrait alors être étendue à son patrimoine personnel.

¾ La contribution à la dette :

S’agissant de la contribution à la dette, dans les régimes séparatistes comme dans le cas
du concubinage ou du PACS, le remboursement de la dette incombe définitivement à celui
qui s’est engagé personnellement. Si l’un des époux ou partenaires a réglé une dette qui
incombait définitivement à son conjoint, il devient alors le créancier de celui-ci. Le calcul de
la créance entre les époux séparés de biens sera effectué, comme le prévoit le Code civil, de la
même manière que celui des récompenses propres au régime de communauté15.

En revanche, la loi ne prévoyant pas expressément l’application de cette règle aux concubins
et partenaires pacsés, ceux-ci devront prendre le soin d’organiser conventionnellement les
modalités de remboursement des dettes pouvant exister entre eux.

2.3 Comment choisir le meilleur régime en fonction de la planification successorale


(protection du conjoint survivant contre les autres héritiers) et de la protection du
conjoint survivant contre les créanciers de l’entreprise ?

Le choix du régime matrimonial doit être réalisé en fonction des souhaits de transmission
patrimoniale, de protection du conjoint survivant ou encore des besoins de protection du
patrimoine conjugal face aux créanciers des époux. A l’occasion de l’établissement du contrat
de mariage ou d’un changement de régime matrimonial, le Conseil16 des époux disposera des
supports législatifs et moyens juridiques nécessaires pour adapter leur statut matrimonial en
fonction de leur situation personnelle et patrimoniale. La prédominance du principe de
l’autonomie de la volonté et de la liberté contractuelle en cette matière permettra aux époux
de façonner, avec l’aide de leur Conseil, une solution « sur mesure » pour chacun.

2.4 Le conjoint reste-t-il responsable des dettes de l’entrepreneur lors de la liquidation


du régime pour d’autres causes que le décès (divorce par exemple) ?

Lors de la dissolution du régime les règles liquidatives s’appliquent uniformément, quelle que
soit le fait générateur à l’origine de la liquidation (divorce, séparation de corps, décès,
changement de régime matrimonial17).

15
Cf article 1543 Cciv qui renvoie à l’article 1479 lui même visant l’article 1469 a3 : la récompense ne « peut
être moindre que le profit subsistant, quand la valeur a servi à acquérir, à conserver ou à améliorer un bien qui
se retrouve, au jour de la liquidation de la communauté, dans le patrimoine emprunteur. Si le bien acquis,
conservé ou amélioré a été aliéné avant la liquidation, le profit est évalué au jour de l’aliénation ; si un nouveau
bien a été subrogé au bien aliéné, le profit est évalué sur ce nouveau bien ».
16
Notaire (rédaction du contrat de mariage) et avocat (dont l’intervention est nécessaire pour obtenir
l’homologation judiciaire du changement de régime matrimonial).
17
Les époux peuvent user de la faculté prévue par l’article 1397 du Code civil les autorisant à changer de
régime matrimonial. Attention toutefois : si celle-ci s’avère en réalité destinée à frauder les droits des
créanciers de l’un ou l’autre conjoint, elle ne sera pas opposable à ces derniers.
9/21

Dans le régime communautaire légale, chacun des époux peut être poursuivi pour la totalité
des dettes existantes, au jour de la dissolution, qui étaient entrées en communauté de son chef
(1482 Cciv).

Chacun des époux peut être poursuivis pour la moitié des dettes qui étaient entrées en
communauté du chef de son conjoint.18

Dans les régimes séparatistes aucune obligation ni contribution au passif ne subsistent


postérieurement à la liquidation, sous réserve de l’application « transversale » des règles de
solidarité prévue par le Régime primaire19.

2.5 Existe-t-il d’autres mécanismes légaux de protection du conjoint ou de ses biens dans
votre juridiction (issus du droit des contrats/des sociétés/des sûretés par exemple) ?

2.5.1 L’enrichissement sans cause

De manière générale, la jurisprudence admettra un droit à indemnité sur le fondement de


l’enrichissement sans cause 20 chaque fois que l’activité fournie par l’un des époux aura
procuré un enrichissement au patrimoine de l’autre, à condition toutefois que cette
activité dépasse la contribution normale aux charges du mariage. 21

Cette jurisprudence permet ainsi d’offrir une compensation à l’un des conjoints séparés de
biens lorsqu’il a collaboré à l’enrichissement de l’autre par une participation régulière à
l’activité professionnelle de ce dernier. 22

2.5.2 La protection du logement de la famille prévue par le Code civil (Régime Primaire)

L’article 215 a 3 du Code civil prévoit que « les époux ne peuvent, l’un sans l’autre,
disposer des droits par lesquels est assuré le logement de la famille, ni des meubles
meublants dont il est garni. Celui des deux qui n’a pas donné son consentement à l’acte peut
en demander l’annulation : l’action en nullité lui est ouverte dans l’année à partir du jour où
il a eu connaissance de l’acte, sans pouvoir jamais être intentée plus d’un an après que le
régime matrimonial s’est dissous. »

2.5.3 La protection du logement de la famille organisée par le Code de commerce

Les créanciers détiennent un droit de gage général sur l’ensemble du patrimoine de leur
débiteur (article 2092 Cciv). Pour mettre à l’abri une partie de son patrimoine, la technique
habituelle consiste à le cloisonner par des sociétés écrans : une Société Civile Immobilière
pour isoler le logement familial, ou une société commerciale pour isoler l’entreprise.

18
La loi du 23 décembre 1985 a cependant prévu un aménagement, cf 1483a2 « Après le partage et sauf le cas
de recel, il n’en est tenu que jusqu’à concurrence de son émolument, pourvu qu’il y ait eu inventaire, et à charge
de rendre compte tant du contenu de cet inventaire que de ce qui lui est échu par le partage, ainsi que du passif
commun déjà acquitté ».
19
Cf § 2.2.1 La règle impérative de solidarité des couples mariés
20
C’est sur le fondement des quasi-contrats (C. civ. 1371) que l’on pourra alors exercer l’action « de in rem
verso » pour solliciter une légitime indemnisation.
21
V. Cass. Civ. 1ère 9 janvier 1979 et Cass. Civ. 1ère 30 mai 1979, D. 1981 p. 241 note A. BRETON.
22
V. Droit Patrimonial de la Famille, précité, n° 1115 et suiv.
10/21

La déclaration d’insaisissabilité23 est une technique originale : le logement demeure dans le


patrimoine de l’entrepreneur, mais ne peut être saisi par les créanciers professionnels. Il est en
quelque sorte isolé dans une bulle à paroi variable : ces parois ne seront étanches que pour le
futur créancier professionnel.

Le bénéficiaire de la déclaration doit être une personne physique chef d’entreprise. C’est la
résidence principale de l’entrepreneur qui est seule visée. La déclaration fait l’objet d’un acte
notarié publié à la Conservation des Hypothèques.24

3. LES DETTES DE L’ ENTREPRENEUR AU DECES :


Aspects et influences du droit successoral

3.1 Quels sont les héritiers légaux ?

La loi reconnaît une vocation successorale à certains parents et au conjoint survivant. Elle leur
confère de véritables droits de succession, et, avec eux, la qualité d’héritiers. Elle accorde
aussi des droits à l’Etat, mais d’une nature particulière, et qui n’emportent pas la qualité
d’héritier : des droits, non pas de succession, mais sur les successions.25

Il est important de noter ici que la loi n° 2001-1135 du 3 décembre 2001 26 a modernisé
certaines dispositions successorales. C’est ainsi qu’elle a mis fin à la discrimination dont
étaient victimes les enfants adultérins, se conformant en cela aux prescriptions de la
jurisprudence européenne.

Elle a également bouleversé les droits du conjoint survivant, qui acquiert la qualité de
successible ainsi qu’un véritable droit à réserve en l’absence d’autres héritiers réservataires. 27
Sur ce point, la réforme répond enfin à l’attente des praticiens, de la doctrine et des citoyens.

Elle permet au droit interne français de s’aligner sur la tendance prédominante chez ses
voisins européens, où les droits du conjoint survivant étaient mieux reconnus et protégés. 28

Le classement des héritiers se fait d’abord par ordre, selon un rang de préférence : les héritiers
d’un ordre donné priment ceux d’un ordre subséquent (C.civ. nouv. art. 734). En l’absence de
conjoint survivant,29 ce classement comprend :

¾ le premier ordre, qui réunit tous les parents en ligne directe descendante,
¾ le second ordre, aussi appelé « ordre mixte », car il regroupe des parents dans la
ligne directe ascendante (les père et mère) et des parents dans la ligne collatérale
(les frères et sœur et leurs descendants),

23
Intégrée dans les articles L 562-1 à L 562-4 du code de commerce par la loi du 1er août 2003 dite Loi Dutreil
24
Cf « Conseils par des Notaires » septembre 2005 n° 341 p 7-8.
25
V. Michel GRIMALDI, Droit Civil - Successions, 6ème éd. JURISCLASSEUR Coll. Manuels 2001, n° 96.
26
Elle entrera en vigueur le 4 juin 2002 (cf art. 25 de la loi).
27
V. plus généralement sur cette réforme : F. SAUVAGE, La réforme du droit des successions enfin adoptée,
Aperçu rapide : JCP N 2001, n° 48, p. 1727.
28
V. sur ce point l’étude comparative effectuée par la deuxième commission des Travaux du 84ème Congrès des
notaires de France, La Baule, 1988, p. 161 et suiv. « La vocation héréditaire du conjoint survivant ».
29
V. C. civ. nouv. art. 734 et suiv. « Des droits des parents en l’absence de conjoint successible ». Les droits du
conjoint successible sont désormais régis par les nouveaux articles 756 et suivants et sont étudiés infra, n° 4.2
11/21

¾ le troisième ordre regroupe les ascendants ordinaires, soit tous les parents en ligne
directe ascendante,
¾ le quatrième ordre est celui des collatéraux ordinaires, soit les parents en ligne
collatérale autres que les frères et sœurs, notamment les oncles et tantes, les cousins et
cousines, jusqu’au 6ème degré inclus.

Parallèlement, le classement entre les héritiers d’un même ordre se fait par degré, 30 le plus
proche en degré excluant tous les autres. Ainsi par exemple dans le premier ordre, les enfants
excluront les petits-enfants. Cependant, dans un même ordre, les héritiers d’un même degré se
partagent la succession par parts égales, par tête.31

3.2 Existe-t-il des droits réservataires et en faveur de quels héritiers ?

Les héritiers réservataires sont les descendants du défunt, ses père et mère, et depuis 2001
récemment, son conjoint survivant.

3.2.1 La réserve des descendants et des ascendants

¾ La réserve profite d’abord aux enfants, s’il y en a, ou à leurs descendants venant par
représentation s’ils sont pré-décédé. L’article 913 du Code civil définit la part des
biens librement transmissible et qui constitue la quotité disponible. Celle-ci est donc :
- de moitié en présence d’un enfant (soit une réserve de moitié),
- d’un tiers en présence de deux enfants (soit une réserve des deux-tiers),
- d’un quart en présence de trois enfants et plus (soit une réserve corrélative des trois-
quarts).

¾ A défaut de descendants, la réserve bénéficie aux père et mère du défunt (914 C.


civ. ) et la quotité disponible sera alors :
- de moitié si le défunt laisse ses père et mère (soit une réserve globale de moitié)
- des trois quarts, s’il ne laisse que son père ou sa mère (soit une réserve corrélative
d’un quart). 32

3.2.2 Les droits du conjoint survivant : la réforme instaurée par la loi du 3


décembre 2001∗

La loi du n° 2001-1135 du 3 décembre 2001 accorde désormais ab intestat au conjoint


survivant des droit en pleine propriété. 33
30
On entend par degré chaque « génération » : C. civ. nouv. art. 741.
31
V. Michel GRIMALDI, Droit Civil - Successions, précité, n° 99 et suiv.
32
Plus généralement sur ces points V. Michel GRIMALDI, Droit Civil - Successions, précité, n° 279 et suiv.

entrée en vigueur le 1er juillet 2002
33
Sur les nouveaux droits du conjoint survivant, V. Les droits successoraux ab intestat du conjoint survivant :
une clarification nécessaire : JCP N 2001, n°47, p. 1687; Nathalie LEVILLAIN, Les nouveaux droits ab intestat
du conjoint survivant, JCP N 2002, n° 8-9, p. 353; Michel MATHIEU, La vocation légale du conjoint survivant
en présence d’enfants ou de descendants, JCP N 2002 n° 11, p. 431 ; FORGEARD-CRONE-GELOT, La
réforme des successions, Loi du 3 décembre 2001, Défrénois juin 2002 ; Evelyne PRIEUR, La place de la liberté
face aux nouveaux droits du conjoint survivant : JCP N 2003,n° 2, p. 56 ; Nathalie LEVILLAIN, Le droit viager
au logement du conjoint survivant : JCP N 2003, n° 3, p. 101 ; Alain BOITELLE, L’articulation des droits
légaux avec les droits conventionnels du conjoint survivant : JCP N 2003, n° 13, p. 528 ; Jacques COMBRET et
Jean-François PILLEBOUT, Donation entre époux et testament après la loi du 3 décembre 2001 : JCP N 2003,
12/21

Aujourd’hui, en l’absence d’enfants, de descendants ou des père et mère du défunt, le conjoint


survivant recueille la totalité de la succession.

Par dérogation, les frères et sœurs du défunt ont vocation à recueillir la moitié des « biens de
famille », c’est à dire des biens reçus par succession ou donation des parents prédécédés
du de cujus.

Lorsque le conjoint est appelé à la succession en concours avec les enfants descendants ou les
père et mère :

¾ l’époux décédé laisse des enfants ou descendants :

o en présence d’enfants tous issus des deux époux, le conjoint recueille à son
choix l’usufruit de la totalité des biens existants ou la propriété du quart des
biens ;
o en présence d’un ou plusieurs enfants qui ne sont pas issus des deux
époux, le conjoint n’a plus d’option en ce cas et recueille la pleine propriété
du quart des biens dépendant de la succession.

¾ A défaut d’enfants ou de descendants, si le défunt laisse ses père et mère :

o Le conjoint viendra à la succession pour la moitié des biens, l’autre moitié


étant dévolue pour un quart au père et un quart à la mère.

¾ Si l’un des parents est précédé, le conjoint recueille cette part, recevant alors les trois
quarts de la succession en pleine propriété.

Il est ici observé cependant que la quotité disponible entre époux reste dérogatoire au
droit commun et permet d’élargir, par voie testamentaire, la protection du conjoint
survivant, lequel pourra alors opter :

¾ en présence de descendants, soit pour la quotité disponible ordinaire, soit pour un


quart des biens en pleine propriété et trois quarts en usufruit, soit pour la totalité en
usufruit (article 1094-1 du Code Civil) 34;

¾ en présence des père et mère du défunt, les dispositions testamentaires pourront porter
non seulement comme les droits légaux sur la moitié des biens en présence des deux
parents ou les trois quarts lorsque l’un d’eux est décédé, mais en outre sur la nue
propriété de la réserve de ces ascendants (article 1094 du Code Civil).

Par ailleurs, pour assurer au conjoint survivant le maintien de son cadre de vie, la réforme de
2001 instaure au profit du conjoint survivant :

n° 25, p. 968 ; Jacques COMBRET et Jean-François PILLEBOUT, Le règlement des successions depuis la loi
du 3 décembre 2001 quelques conseils pratiques : JCP N 2003, n° 31-35, p. 1183 ; Bernard MONASSIER et
Paul-André SOREAU, Transmission d’entreprise et droits du conjoint survivant : un couple toujours
impossible : JCP N 2003, n° 38, p. 1337 ; Daniel GILLES, Les nouveaux droits ab intestat du conjoint
survivant à l’épreuve de la volonté du disposant : JCP N 2003, n° 47, p. 1693
34
Sur le sort du conjoint survivant avant la réforme, V. plus généralement Michel GRIMALDI, Droit Civil -
Successions, précité, n° 116 et suiv. (les droits de succession du conjoint), et n° 304 et suiv. (la quotité
disponible entre époux).
13/21

- 1/ un droit au logement temporaire : pendant une année, le conjoint survivant peut


revendiquer la jouissance gratuite du logement de la famille ainsi que du mobilier,
compris dans la succession, qui le garnit (article 760 al. 1er du Code Civil). Il s’agit
d’un droit d’ordre public qui ne peut donc être supprimé par la volonté du défunt.

Si le logement appartenait aux époux ou s’il dépend entièrement de la succession, le


conjoint en a la jouissance gratuite de plein droit.

Si l’habitation était assurée au moyen d’un bail, le conjoint dispose alors d’une
créance contre la succession pour le remboursement des loyers, pendant l’année, au fur
et à mesure de leur acquittement.

Dans ces cas, il supportera également cette créance dans la proportion de sa vocation
successorale.

- 2/ un droit viager au logement : le conjoint successible a jusqu’à son décès un droit


d’habitation sur le logement qu’il occupait effectivement, à l’époque du décès, à titre
d’habitation principale, lorsque le logement appartenait aux deux époux ou dépend
totalement de la succession. Il a également un droit d’usage sur le mobilier, compris
dans la succession, garnissant ce logement (article 764 al. 1er du Code Civil).

Si le logement faisait l’objet d’un bail, le conjoint bénéficie du droit d’usage sur le
mobilier seulement.

Ce droit viager au logement n’est pas d’ordre public : il s’exerce sauf volonté
contraire du défunt, qui doit être en ce cas exprimée par testament authentique.

Lorsque la situation du conjoint fait que le logement, grevé du droit d’habitation, n’est
plus adapté à ses besoins, le conjoint survivant peut alors le louer afin de dégager les
ressources nécessaires à de nouvelles conditions d’hébergement (article 764 al. 5 du
Code Civil).

- 3/ Enfin, la réforme prévoit que le conjoint peut bénéficier, au besoin cumulativement


avec les droits viagers d’habitation et d’usage, de l’attribution préférentielle de la
propriété du local, qui lui sert effectivement d’habitation, et du mobilier le
garnissant.

Cette attribution préférentielle du logement et du mobilier est désormais de droit pour


le conjoint (article 832 al. 10 du Code Civil).

- 4/ Désormais également, le conjoint peut revendiquer une pension, en lieu et place de


la créance d’aliments organisée antérieurement à la réforme de 2001.
14/21

3.3 Est-il possible d’instituer d’autres héritiers par testament, contrat successoral ou
autres ?

Il est également possible d’instituer des héritiers, ou encore de désavantager ou de favoriser


un héritier légal, ceci aux termes :
- d’un testament 35
- ou d’une institution contractuelle. 36

Toutefois, l’avantage ainsi consenti ne pourra excéder la quotité disponible, c’est à dire la
portion légale dont la libre disposition est autorisée en présence d’héritiers réservataires. 37

Pour mémoire, à ce jour en France les Contrats successoraux sont en principe illégaux, car ils
tombent sous le coup de la prohibition des pactes sur successions futures (C. civ. 1130
a2).38 A ce titre sont donc proscrits :
- les renonciations relatives à des successions non ouvertes,
- les conventions portant atteinte à la liberté testamentaire,
- les pactes de famille contenant une stipulation sur succession non ouverte,
- les ventes ou promesses de vente dont l’effectivité est liée au décès,
- les clauses de réversibilité d’usufruit, 39
- les clauses organisant la dévolution successorale future d’un droit issu d’un contrat, 40

35
Par ce biais, le testateur consent des legs qui ont un objet et un bénéficiaire. L’on distingue à cet égard :

- le legs universel (C. civ. 1003): le testateur laisse à un ou plusieurs bénéficiaires l’intégralité de son
patrimoine existant au décès;
- le legs à titre universel (C. civ. 1010) : le testateur ne lègue qu’une quote-part des biens existant au
décès (une moitié, un tiers…), ou encore tous ses immeubles, ou tout son mobilier;
- le legs à titre particulier (C. civ. 1014): c’est une catégorie résiduelle. Le legs particulier porte sur un
ou plusieurs biens déterminés (ex. un tableau, une somme d’argent), et plus généralement sur tout ou
partie des meubles autres que le mobilier (qui lui est inclus dans la catégorie des legs à titre universel,
ci-dessus).

Les legs ne peuvent être consentis que dans la limite de la quotité disponible. S’ils enfreignent les droits des
réservataires, ceux-ci pourront en demander la réduction au décès du testateur (C. civ. 920 et suiv.)
36
L’institution contractuelle est une donation ayant pour objet tout ou partie des biens que le donateur laissera
à son décès; c’est la raison pour laquelle on l’appelle également « donation de biens à venir ». Le législateur a
validé l’institution contractuelle, là encore pour des raisons pratiques, lorsqu’elle est stipulée dans un contrat de
mariage, en faveur d’un époux ou des deux (C. civ. 1081 et suiv.; C.civ. 1093). De même la jurisprudence valide
la donation de biens à venir entre époux faite durant le mariage sous forme testamentaire, en raison de sa
révocabilité. Il s’agit dans la plupart des cas de la « donation au dernier vivant », encore communément
dénommée « donation entre époux », par laquelle un époux consent à l’autre, par testament, une donation sur la
totalité de ses biens à venir, dans les limites de la quotité disponible. Avant l’entrée en vigueur de la réforme du
3 décembre 2001, cette institution présentait l’intérêt essentiel de permettre d’assurer la protection du conjoint
survivant. 36

37
V. C. civ. nouv. art. 721 :
« Les successions sont dévolues selon la loi lorsque le défunt n’a pas disposé de ses biens par des libéralités.
Elles peuvent être dévolues par les libéralités du défunt dans la mesure compatible avec la réserve héréditaire ».
38
V. la définition traditionnellement retenue en jurisprudence : « Le pacte sur succession future est celui dont
l’objet est d’attribuer, en dehors des cas limitativement prévus par la loi, un droit privatif sur tout ou partie
d’une succession non ouverte » : Cf Cass. Civ. 1ère, 10 janvier 1990, D. 1991, p. 372 note MAZERON. Plus
généralement sur la question V. Michel GRIMALDI, Droit Civil - Successions, précité, n° 339 et suiv.
39
à noter ici le libéralisme croissant de la jurisprudence : V. Droit Patrimonial de la Famille, précité, n° 1332 et
suiv.
40
ex. en matière de bail, ou de rente viagère, id. n° 1336 et suiv.
15/21

- les contrats ayant pour effet d’alourdir les obligations de la succession future par
rapport au patrimoine actuel. 41

Des exceptions viennent tempérer ce principe 42 ; elles trouvent leur légitimité soit dans la loi
elle-même, soit dans la jurisprudence43.
Observation est ici faite que la réforme successorale française en cours, ci-après
évoquée, prévoit d’aménager significativement cette prohibition en autorisant les
pactes successoraux.44

3.4 Quelles sont les responsabilités des héritiers face aux dettes privées ou
professionnelles du défunt ?

Les héritiers45 « contribuent au paiement des dettes et charges de la succession chacun dans
la proportion de ce qu’il y prend » (article 870 Cciv). Les héritiers sont responsables sur leur
patrimoine privé des dettes successorales, quelles que soient leur nature, et ce par « part
virile » c’est à dire au prorata de leurs droits héréditaires (article 873 Cciv).

3.5 Quelles sont les conséquences en termes de responsabilités pour l’héritier d’une
entreprise surendettée, dans le cadre ou en-dehors d’une procédure de faillite ?

L’héritier est subrogé dans les droits et actions du de cujus. Il bénéficie en conséquence de la
protection de la procédure collective, qu’elle soit en cours, ou à initier.

3.6 Quelles sont les possibilités pour les héritiers d’éviter ou de limiter ces
responsabilités ?

3.6.1 La renonciation

Les héritiers ont la possibilité de renoncer à la succession dans les formes prévues à l’article
784 du Code civil, lequel énonce :

41
ex. prêt dont le remboursement incomberait à la succession, id. n° 1340.
42
V. C. civ. nouv. art. 722, tel qu’issu de la loi du 3 décembre 2001 modernisant le droit des successions, sus-
visée : « Les conventions qui ont pour objet de créer des droits ou de renoncer à des droits sur tout ou partie
d’une succession non encore ouverte ou d’un bien en dépendant ne produisent effet que dans les cas où elles
sont autorisées par la loi ». Les contrats successoraux autorisés à ce jour par exception au principe sont :
- La donation-partage (C. civ. 1076 et suiv.)
- La « clause commerciale » (C. civ. 1390)
- Les clauses du contrat de société relatives à l’attribution mortis causa des droits sociaux
- Les stipulations contraires aux règles définissant les modalités du rapport
- Les substitutions fidéicommissaires
- Les institutions contractuelles (cf ci-dessus, note 21)
- La clause d’attribution ou d’acquisition de droits indivis (C. civ. 1873-13)
- La clause d accroissement.

44
Cf ci-après § 3.6.3 … Le projet de réforme du droit successoral français

45
Tous les héritiers, intestat ou ab intestat, sauf les légataires particuliers qui ne sont pas tenus au passif
successoral.
16/21

« La renonciation à succession ne se présume pas ; elle ne peut plus être faite qu’au greffe du
tribunal de grande instance, dans l’arrondissement duquel la succession s’est ouverte, sur un
registre particulier tenu à cet effet ».
En ce cas « l’héritier qui renonce est censé n’avoir jamais hérité » (785 Cciv)
C’est la prescription de droit commun qui s’applique ici (30 ans). La faculté de renoncer peut
toujours être exercée dans ce délai, sous réserve que l’ayant droit n’ait pas dans cet intervalle
pris « qualité d’héritier », c’est à dire agit comme ayant tacitement accepté cette succession.

3.6.2 L’acceptation sous bénéfice d’inventaire

Dans le doute quant à la composition des masses successorales active mais surtout passive, les
héritiers peuvent user de la faculté prévue par l’article 793 du Cciv et faire jouer le « bénéfice
d’inventaire ».
L’effet du bénéfice d’inventaire est de donner à l’héritier l’avantage :
1° de n’être tenu du paiement des dettes de la succession que jusqu’à concurrence de la valeur
des biens qu’il a recueillis, même de pouvoir se décharger du paiement des dettes en
abandonnant tous les biens de la succession aux créanciers et aux légataires ;
2° de ne pas confondre ses biens personnels avec ceux de la succession, et de conserver contre
elle le droit de réclamer le paiement de ses créances (802 Cciv).
L’héritier a trois mois pour faire inventaire à compter du jour de l’ouverture de la succession,
mais il conservera la possibilité de se porter héritier bénéficiaire et de faire inventaire au-delà
de ce délai, à condition qu’il n’ait pas par ailleurs « fait acte d’héritier » susceptible de
caractériser son acceptation tacite.

3.6.3 Les possibilités pour les héritiers d’éviter ou de limiter l’obligation au passif
successoral : Le projet de réforme du droit successoral français

Une très importante réforme successorale est actuellement l’objet d’un projet de loi du 29
juin 2005. En cours d’adoption par le Parlement, elle devrait entrer en vigueur en 2007 46.
Complément indispensable de la loi du 3 décembre 200147, ce projet propose une refonte
importante des successions et des libéralités. Il poursuit un triple objectif :
- Donner davantage de liberté pour organiser sa succession
- Faciliter la gestion du patrimoine successoral
- Accélérer et simplifier le règlement des successions

46
Cette réforme ambitieuse est réellement d’envergure,
Sur l’état d’avancement du processus législatif, voir le site officiel de l’Assemblée Nationale :
http://www.assemblee-nationale.fr/12/dossiers/successions_liberalites.asp

47
Cf § 3.2.2 : Les droits du conjoint survivant : la réforme instaurée par la loi du 3 décembre 2001
17/21

S’agissant plus particulièrement du droit successoral, le législateur souhaite sécuriser l’option


des héritiers, en facilitant leur identification, en réduisant le délai d’option et en diminuant les
risques d’acception tacite de la succession.
L’un des objectifs recherché ici est également de diminuer les risques liés à l’acceptation de la
succession en :
- simplifiant l’acception sous bénéfice d’inventaire,
- permettant à l’héritier d’être déchargé d’une dette qu’il avait de justes raisons d’ignorer,
- réduisant à l’actif successoral l’obligation pour les héritiers de payer le legs d’une somme
d’argent,
- protégeant les créanciers personnels des héritiers. 48

4. DROIT INTERNATIONAL PRIVE


Mariages et successions internationaux

4.1 Quel est le droit applicable au régime matrimonial et au sort des dettes nées au cours
du mariage ?

En l’absence de désignation explicite de la loi applicable le critère de rattachement le plus


communément admis en droit international et particulièrement en droit international privé
français est celui du premier domicile conjugal : la jurisprudence rappelle régulièrement la
persistance de ce critère.*
La convention de la Haye du 14 mars 1978 sur la loi applicable aux régimes matrimoniaux
qui a donné lieu en France au vote d’une loi d’adaptation le 28 octobre 1997 créant les articles
1397-2 à 1397-6 du Code civil retient également ce principe (convention de La Haye article
4-1).

4.2 Les époux peuvent-ils choisir le droit applicable à leur régime matrimonial ? 49

4.2.1 Le droit commun

C’est ici le principe de l’autonomie de la volonté qui prévaut. Le régime légal est fondé sur la
volonté des parties au jour du mariage, avec pour conséquence la fixité du rattachement
dans l’espace et dans le temps.

Dans l’espace tout d’abord : la loi de rattachement choisie expressément ou tacitement par les
époux régit l’ensemble de leurs relations patrimoniales, quel que soit le lieu de situation de
leurs biens. C’est cette loi qui régit donc la composition du patrimoine des époux, les
pouvoirs respectifs des époux quant à la gestion de leurs biens et la liquidation de leur régime,
incluant le sort des dettes.
48
Pour une présentation exhaustive de la réforme projetée, voir également l’exposé des motifs :
http://www.assemblee-nationale.fr/12/projets/pl2427.asp
49
Sur ce point voir Mariel REVILLARD, Droit International Privé et Pratique Notariale, Défrénois 5ème éd.
2001, n° 200 et suiv.
18/21

Permanence du rattachement dans le temps ensuite : sauf exception 50, la loi déterminant le
régime matrimonial est fixée une fois pour toutes au jour du mariage, nonobstant tout
changement de domicile ou de nationalité ultérieurs.

S’agissant de la mutabilité, c’est à dire de la possibilité de changer de régime matrimoniale, la


doctrine et la jurisprudence s’accordent à considérer qu’elle dépend de la loi qui régit le
régime initial. Les époux pourront donc modifier leur régime actuel si la loi régissant celui-ci
le leur permet, et aux conditions déterminées par cette dernière.

4.2.2 Le droit conventionnel

La ratification de la Convention de La Haye du 14 mars 1978, entrée en vigueur en France


le 1er septembre 1992 a consacré le principe de l’autonomie de la volonté en matière de choix
et de mutabilité du régime matrimonial en présence d’un élément d’extranéité.

4.3 Quelle est le droit applicable à la succession et au sort des dettes du défunt ?

Quatre éléments sont ici déterminants pour résoudre une situation successorale comportant un
élément d’extranéité (qui est le plus souvent la nationalité étrangère du défunt) :
- le lieu d’ouverture de la succession (soit : le domicile du défunt, C. civ. 110)
- la nationalité des successibles,
- la nature des biens,
- et la localisation de ces biens. 51

Au vu ces éléments, il sera alors possible de déterminer la règle de conflit de loi.

La règle de conflit en droit français est duale. Elle prévoit :

- que la succession « immobilière » est régie par la loi de situation des immeubles (c’est
la lex rei sitae),

- alors que la succession « mobilière » est régie par la loi du domicile du défunt (c’est
l’application de la règle mobilia sequuntur personam). 52

La loi successorale régit les successions testamentaires et ab intestat. Elle détermine les
successibles, les héritiers réservataires et le montant de la réserve, de même que la quotité
disponible ordinaire et la quotité disponible entre époux.

En raison du système scissionniste français, la réserve sera calculée séparément sur chacune
des masses soumises à une loi différente. La quotité établie par chaque loi s’appliquera alors à
la masse qu’elle régit, considérée comme un patrimoine distinct. 53

50
Pour les Réfugiés, cf article 12 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, qui
réserve les droits acquis par les réfugiés et découlant de leur statut personnel.
51
V. Droit Patrimonial de la Famille, précité, n°1421.
52
id. n°1417.
53
V. Mariel REVILLARD, Droit International Privé et Pratique Notariale, Défrénois 4ème éd. 2000, n° 385.
19/21

4.4 Le testateur peut-il choisir le droit applicable à sa succession ?

La professio juris n’est pas admise en droit successoral français.54 Le domaine accordé à la loi
d’autonomie en matière successorale reste extrêmement limité. 55

Cependant, la répartition d’un patrimoine dans différents pays pose des problèmes particuliers
que l’on peut et doit anticiper.
A titre préventif, il est toujours possible d’organiser sa succession en amont (estate
planning).56

Les limites posées étant bien entendu celle de la fraude à la loi successorale. Ainsi la
protection des réservataires sera malgré tout assurée si le défunt avait sciemment et
délibérément organiser sa succession dans le but exclusif de spolier ces héritiers de leur
réserve. 57

Il convient ici d’observer l’attachement persistant du droit français, interne et international, à


la notion de réserve héréditaire, qui n’est pas remis en cause par la réforme successorale en
cours, ci-dessus évoquée58.

ANNEXES :

54
C’est à dire la possibilité pour le défunt de désigner la loi applicable à sa succession. A noter toutefois que la
Convention de La Haye du 1er août 1989 sur la loi applicable aux successions internationales adopte le principe
de la professio juris, le testateur ayant la possibilité de choisir la loi de la nationalité ou de sa résidence habituelle
pour régir sa succession. Cette convention ouverte à la signature le 1er août 1989 a été signée par la Suisse,
l’Argentine, les Pays-Bas et le Luxembourg. A ce jour, elle n’a pas été ratifiée en FRANCE. V. Mariel
REVILLARD, précitée, n° 371 et suiv.
55
V. Mariel REVILLARD, précitée, n° 392.
56
id. n° 475 et suiv.
57
V. Cass. Civ. 1ère, 20 mars 1985, JCP N 1987, II, 178, note F. BOULANGER : affaire CARON.
58
Cf ci-dessus § 3.6.3 Les possibilités pour les héritiers d’éviter ou de limiter l’obligation au passif successoral :
Le projet de réforme du droit successoral français
20/21

TABLEAU COMPARATIF DES REGIMES MATRIMONIAUX 59

Régime Communauté de Séparation de Participation aux


biens biens acquêts

- Conforme aux - Autonomie sur le - Autonomie sur le


souhaits de la majorité plan actif et passif plan actif et passif
des époux
- Séparation ou - Evite toutes
Avantages - Evite toutes difficultés divorce plus facile difficultés lors des
lors des acquisitions acquisitions

- Permet d’assurer la - Permet d’assurer la


survie du conjoint survie du conjoint

- Risques financiers - Injustice pour le - Risques financiers


conjoint sans pour la ½ des
- Autonomie limitée ressources acquêts en cas de
personnelles dissolution
- Complexité de
liquidation - Pratiques souvent - Restriction à
irrégulières l’autonomie
- Problèmes en cas de (aliénation
Inconvénients séparation - Difficultés de frauduleuse)
liquidation en cas
- Obstacle au divorce de confusion des - Complexité de
biens et de liquidation
libéralités
- Problèmes en cas de
séparation

- Obstacle au divorce
- Salariés - Fortunes distinctes - Profession
indépendante
- Exploitation en - Profession
Situation des époux commun indépendante - Incertitude sur
l’activité future des
époux

59 Tiré des Travaux du 84ème Congrès des notaires de France, La Baule, 1988, p. 38.
NB. Un tel tableau, précédé de brèves explications, pourrait être remis aux futurs époux comme document
préparatoire à l’entretien relatif au choix du régime.
21/21

Bibliographie

ƒ BATTEUR ANNICK : DROIT DES PERSONNES ET DE LA FAMILLE, LGDJ, 2003

ƒ BENABENT ALAIN : DROIT CIVIL DE LA FAMILLE, LITEC, 2003

ƒ CORNU GERARD : DROIT CIVIL DE LA FAMILLE, DOMAT MONTCHRESTIEN, 2003

ƒ DALLOZ PRECIS DROIT CIVIL LES REGIMES MATRIMONIAUX par François TERRE
& Philippe SIMLER, 3ème éd. 2001

ƒ DALLOZ ACTION DROIT PATRIMONIAL DE LA FAMILLE (sous la direction de MICHEL


GRIMALDI), 2001

ƒ DEFRENOIS DROIT CIVIL LES REGIMES MATRIMONIAUX par Philippe MALAURIE


et Laurent AYNES, 2004

ƒ DEFRENOIS LIQUIDATIONS DE REGIMES MATRIMONIAUX ET DE SUCCESSIONS –


METHODES, EXERCICES ET CORRIGES par B.BEIGNIER, J.-M. do CARMO SILVA,
A. FOUQUET, 2ème éd. 2005

ƒ DOMAT MONTCHRESTIEN DROIT PRIVE DROIT CIVIL LES REGIMES


ème
MATRIMONIAUX par Rémy CABRILLAC, 3 éd. 2000

ƒ FORGEARD MARIE-CECILE – CRÔNE RICHARD – GELOT BERTRAND : LA


REFORME DES SUCCESSIONS, DEFRENOIS, 2002

ƒ GRIMALDI MICHEL : DROIT CIVIL SUCCESSIONS, LITEC, 2001

ƒ REVILLARD MARIEL : DROIT INTERNATIONAL PRIVE ET PRATIQUE NOTARIALE,


DEFRENOIS, 4EME ET 5EME ED 2000, 2001