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La fiancée du Vautour-Blanc / par A. de Lamothe Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de

La fiancée du Vautour-Blanc / par A. de Lamothe

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Lamothe, Alexandre de (1823-1897). La fiancée du Vautour-Blanc / par A. de Lamothe. 1885. 1/

Lamothe, Alexandre de (1823-1897). La fiancée du Vautour-Blanc / par A. de Lamothe. 1885.

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RELIURE SERREE

Absence de marges

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intérieures

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TOUT OU

PARTIEF

DU DOCUMENT REPRODUIT

Couvertures supérieure et inférieur partiellement illisibles

Début d'une séfie de doct en couleur

LA

FI AN CEE

DU

VAUTOUR

BLANC

ALEX. DE

PAR

LAMOTHE

PARIS

UBRAtRtE BLÉRtOT

HENRI

85,

GAUTIER,

SUCCESSEUR

QUAI

DES

GRANDS-ACGUSTMS, 65

-<

LIBRAIRIE DE BLEMOT ET GAUTÏ~;

vol. in-i2.

6aMene.iTot.in-M.

DE LAMOTHE

Histoire d'un Denier

d'or. t

tvot.in-t2.

DE

tvo!.in-i2.

NAVERY

tvo!.in-!2.

La Chambre ne 7.

Le Serment du Corsaire.

Les Mirages d'or.

ivot.in-12.

ZÉNÀtDE

FLEURIOT

Sonst<!Joujf.ivo!.in-i2.

Désertion,

La Maison de famiBe.iTot.In-12.

m-12.

ÉTIENNE

MARCEL

ivo!.in-i2.

AIMÉ

GIRON

Un Mariage diMtci!e

Un Isolé. trot.

Sans Cour. 4

t.~albret.

Les ~eg[!sMes.

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CLAtRE DE

CHANDENEUX

lTot.in.i2.

2

vol. in-l2.

DU

CAMPFRANC

V~ OSCAR DE

POLI

MARYAN

i

beUe.2vo!.in-i8.

JEAN LOYSEAU

PasMechmt.2vot.in.t2.

Trop

in-t2.

LACHÈZE

ANATOLE POSSON

La Fianeëe de la Mort. 2 vol.

ï<acienne.iTot.in-i2.

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MARtE

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M'" de Charmeilles.

PanvreLady.ivot.mt2.

DE

BEUGNY

D'HAGERUE

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'FIANCÉE DU.VAUTOUR-BLANW

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L'E!jx!rdeionguevie,tvo!.in-i2Z

Lory.ivot.m-~

L3ë~MolfS,i

Les

volume

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ivo).in-i 2.

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Moine,

l'écritoire.ivot.

d'école, ivo).in-i2

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Drames de la misère,

Canada,

Pâtira,

LeTrésordel'abbaye,ivoIin-f2

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Le

Pardon du

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Chevaliers de

le maître

Zacharie

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Les

Parias de Paris,

Héritiers

de

Judas,

etC'e,ivot.in-i2.

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vol. in-12

Le Juif Ephraïm,

Parasol

La Route de l'abfme, 1 vol. in-12

LoCIoîtreRouge,ivo).in-i2.

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vol. m-i2.

de paille,

ivo).m-i2

1 vol.

etProverbes,

Pontcadiec,! vol. in-<2

vol. m-i2

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La Fille

au coupeur

Comédies, Drames

Le

Marquis

jurée,

de

La Fci

L'Accusé, <voLin-i?.

L'Aboyeuse,

i

La Péruvienne,

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La

Fille

sauvage,

vol.

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LeGouiîre.ivo!.in-i2.

Poëmes populaires,

1

vol.

Le

Château

ivo!.in-i2.

des Abymes,

vol. in-i2.3

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L'Eniantmaudit,ivot.in-i2.

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Petits,

La Demoiselle du

Madame de Robur, vol. m-12

Paveur,! voi.

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L's Procès

Divorcés,

La Boite

Victimes,ivot.in-12.

de

la

1 vol.

Reine,

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vol.

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Paris.

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Les

Les Robinsons de

Le

Le

Le Moulin des

Martyre d'un père,

Serment

du

de

vol.

Corsaire,

trépassés,

vol.

1 vol.

plomb,

1 vol. in-12

LeNauiragedeLianor,ivo).in-i2.3e

La

Le

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Femme d'après saint

Magistrat,

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Jérôme.

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Erreur fatale, 1

de

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Les Drames

Les

Mirages

La Chambre

La Main

l'Argent,

Plume,

in-i2.

vol.

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Ivo).

In-12

1 vol. !n-~2

d'or,

N" 7,

malheureuse,

i

vol.

1~

Les Le

Val-Perdu,

Crimes de

LAFIANCEE 2~

DU(J

VAUTOUR-BLANC

PAR

A. DE LAMOTHE

PARIS

DLËfUOT ET GAUTIER, LIBRAIRES ÉDITEURS

Se, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, S5

1885

(Tous droits rMer~s. )

LA

FIANCEE DU VAUTOUR BLANC

CHAPITRE I"

Le cabinet du capitaine d'Artagnan.

En i'a.i de grâce 1666, le capitaine d'Artagnan n'était plus le maigre

et famélique cadet de Gascogne arrivé Paris sans une pistole dans

sa poche, sur un mauvais bidet roux et fourbu, une longue rapière au côté et, pour tout avoir, une lettre de recommandationdans son pourpoint. La fortune lui avait souri.

f

;'??

simple mousquetaire du cardinal, il avait passé dans les mpUS-

De

quetaires du roi,

avait obtenu une lieutenance, puis le grade de

de comte.

y

capitaine d'une compagnie avec le titi

&?

~x

Mais s'il avait, grâce à son courage, à son intelligence, à un duel

demeuré célèbre, à des faits d'armes plus honorables, au hasard un

peu, et beaucoup à la protection, gagné titres ainsi qu'honne~ et fortune, il n'était pas sans avoir payé sa dette aux années.

i~

'S

ES!

1

~M~

Si

Sa.taille si svelte s'était courbée sous la pesante main du temps,

$ sa moustache toujours aussi Oèrement troussée avait passé du noir

~au~gris, et, chose plus grave, d'autant plus pénible pour lui qu'elle

6ta.tt !e résultat des folies d'une jeunesse extravagante aggravées par

S !ës excès gastronomiques d'un &ge plus mûr, M. le comte d'Arta-

rouges souffrait de la goutte beaucoup plus souvent qu'il ne l'aurait

-gnan, capitaine

des mousquetaires

de Sa Majesté très chré-

~désiré.

Sans doute le roi qui l'aimait beaucoup le lui témoignait de la ~manière ta plus flatteuse en l'appelant mon cher d'Artagnan,familia-

~rité' peu habituelle chez Louis XIV; sans doute il jouissait surtout

.F.ttepuis l'arrestation faite par lui dans la cour du Louvre du sur-

M& intendantFouquet, d'une faveur marquée auprès du jeune et brillant jS~onarque, avait l'honneur de caracoler en somptueux costume, man-

gtSteau brodé et panache au vent à la portière de son carrosse, de l'ac- ~Sc~mpagner dans ses expéditions, de commander son escorte de

jouer avec lui au pha-

M~raon, de faire ouvrir devant Sa Majesté les flots pressés des courti-

d'avoir sa cour, de jouir de l'intimité des Cofbèrt et des Lou-

cj&usquetaires tous gentilshommes, de

Turënne, des Condé et des

~Ssa.ns,

des

Duquesne, mais tous ces

~~8'~etages si appréciés, si éttviés, si poursuivis inutilement par tant

~~Mres, ne le consolaient ni de la perte de sa jeuttesso,Mt de~eeUe de

~smte

MS~~

caractère s'en ressentait. Lui, jadis si fou des plaisirs et des

~S~

~ventures, si entreprenant, si joyeux compagnon n'avait plus de

<

~~aiet~

acees; de plus en plus sérieux H tcMrnait Mf morose

ses amis d'aatreMs, j~lus Sévèrepouf ses subor-

que par

!§% sans atScher l'orgueti d'un parvenu, il devenait de jour eh jour

!~Soioins

expansif pou

~~Bés'<

~&AA~~ passé oti l'aimait plus qu'on ne le craignait, a~ temps

~~prësenton

le cratgnait-plusqa~

1'aitiM.H

Cependant dans ce ccetiT qui serefroidiBS~ habitaient eneore de

ne

généreux sentiments qui ne demandaient qu'une occasion pour se montrer au dehors. Un matin que pris par un )éger accès de sa maladie, il travaillait seul dans son cabinet, un huissier entra qui lui prézenta une lettre ajoutant que celui qui en é~sut porteur demandait la faveur d'u~e audience.

Le comte fort occupé et un peu souffrant prit !a lettre avec une sorte d'impatience, en déchira t'enveloppe, haussa les épaules avec mau- vaise humeur et dit brusquement

Mordiou 1 qu'ilattende. Puia t'ordonnance ne se retirant pas Qu'attende, rêpéta.t-i); cape de il reprit son travail.

assez vite. diou! C'est bien le moins, et

Je suis aux ordres de M. le comte d'Artagnan~ fit la personne

& laquelle le mousquetaire rapportacette réponse.

Cependant le comte avait posé de nouveau sa plume et, ouMant

de.lire la lettre, en considérait avec une joie empreinte d'une teinte

de mélancolie la

amis

signature, où l'un de ses meilleurs et plus vieux

avait sabré plutôt que tracé d'une grosse écriture le no!R de

~Fère.

Pauvre et cherAtbos, brave comme son épée, }'sme la plus no~ë! qu'ait jamais renfermée une poitrine d'homme, cœur loyal et gène-

reux, pourquoi nous as-tu quitté pour t'ensevelir dans ton château de Li Fere? le monde n'était pas digne de toi et tu le dédaignes, mur-

murait-il.

Un moment il demeura absorbé dans ses pensées, puis tout à coup, ëomme s'il se réveiHait subitement, il ouvrit la lettre et lut ces quetques Hgnes

« Cher ami,

Pouvez-vous,je ne dis pas voûtez-vous, rendre u~a grarud~ tr~s v

grand service à votre vieax camarade ? Accordez à mon neveu M. !e

vicomte du Terme-Rouge,votre puissante protection pour la réussite do la faveur qu'il sollicite; quelque insensée qu'elle vous paraisse, il

la mérite et s'en montrera digne, je m'en porte garant pour lui. Je

ne m'explique pas davantage, il vous donnera les motifs de sa réso- lution, vous les apprécierez et l'approuverez, j'en suis certain.

« Tout à vous de coeur et merci d'avance.

« Le reclus de La Fère,

« LA FÈRE.

»

SangDiou, si c'est possible c'est fait, si c'est impossible ça se fera, s'écria le capitaine 3t, prenant sur sa table de travail une son- nette, il l'agita vivement. "Le planton de service accourut. Fais entrer le gentilhomme qui a apporté cette lettre, commanda

le capitaine d'Artagnan, qui retroussa ses moustaches.

Une minute plus tard le visiteur entra. C'était un grand et beau jeune homme portant avec une rare élégance le costume de sous-lieutenant de la maison du roi, habit brun parements rouges, chausses et bas écarlates, chapeau à trois cornes semblable pour la forme à celui des gardes françaises, mais à retroussis bordés d'un galon d'or signe distinotif de la livrée royale et Fépéë à poignée ciselée, attachée à la ceinture par une écharpe à

t nœuds pendants sur le côté, manchettes et cravate de dentelles. Monsieur le comte, fit-il, en se découvrant avec une respec- tueuse aisance et en avançant de quelques pas, je suis confus vrai-

ment de la liberté que j'ai prise, du dérangement que je vous caus"P

et vous prie humblement de m'en excuser. Le neveu du duc de La Fère, le meilleur de mes amis, n'a pas besoin d'excuse pour se présenter chez moi, répondit M. d'Artagnan !es yeux pleins d'un aimable sourire, et si j'ai quelque chose à vous reprocher, vicomte, c'est de ne pas être venu plus tôt.

Votre bonté me confond, monsieur le somte, mais jamais je n'aurais osé vous troubler dans vos occupations, si une affaire aussi sérieuse que celle pour laquelle j'ose vous solliciter.

Un brevet de lieutenant sans doute, reprit le capitaine, toujours souriant, les jeunes gens sont pressés d'ordinaire et peut-être ne

faites vous pas exception à la règle, mon jeune ami. Voyons d'abord

quels sont vos états de service 2?

A seize ans, je suis

qualité d'aspirant à

bord

entré dans la marine de Sa Majesté en

de la flûte l'A~oHoM, commandée

par

M. de Saint Cyr; enseigne un an plus tard et passé sur le Triomphant de quarante-six canons, je pris part à plusieurs expéditions sous les

ordres du duc de Beaufort jusqu'au jour où je reçus une blessure au bombardement de Tunis, place forte des Etats barbaresques obligé par des circonstances particulières de quitter ma carrière, j'entrai après quelques mois, grâce à la protection de mon oncle, le due de La Fère, dans la maison du roi où, depuis,j'ai obtenu le brevet de

sous-lieutenantdans la quatrième compagnie.

Pendant que le jeune homme parlait, le capitaine renversé sur son fauteuil étudiait sa physionomie froide en apparence, mais pleine de

distinction et retrouvait sur son visage des traits d'une ressemblance

singulière avec ceux du duo de La Fère.

C'est bien cela, disait-il, mêmes lignes régulières, bouche fine accusant une indomptable fermeté, large front s'encadrant dans

une perruque blonde de la couleur des cheveux de mon ami.

œil

bleu, regard profond et perçant avec des clartés subites; oui c'est

lui, c'est bien lui quand il était jeune, même taille, mêmes mains

fines et nerveuses, même assurance dans le maintien, il me semble le voir, ce cher Athos.

1

Trois campagnes, deux citations à l'ordre du jour, cinq combats sur mer, trois blessures, voici, monsieur le comte, quels sont mes états de service, continua le lieutenant; je sais que c'est peu de chose pour un soldat et moins que rien aux yeux du capitaine d'Artagnan.

Mordiou, monsieur, de plus vieux que vous s'en contenteraient, reprit celui-ci, mais si les services sont brillants, l'avancement a été non moins brillant et, sous-lieutenant dans un corps d'élite comme la maison du foi, & votre Age, car vous avez à peine.?

Vingt ans, monsieur le comte.

Vingt ans, pas plus? Eh bien

jeune homme, je ne vois pas trop

à quel nouveau grade vous pouvez raisonnablement aspirer présen-

tement.

J'ai été récompensé fort au ~età de mes mérites, monsieur, je ie reconnais, aussi n'est-ce pas de l'avancement que je sollicite, mais

tout !e contraire. Tout !e contraire Tout le contraire! serait-ce la singulière

–La d'être cassé que vous réclameriez? settle faveur que je sollicite, c'est .qu'il me soit permis de

ittvëur

remettce mon brevet, fit le lieutenant en baissant la tête.

Le Capitaine fit un bond de surprise.

Mordiou! vous, le neveu de mon brave ami, à vingt ans quitter i6 service. q'jatM) vous ay-M devant vous un brillant avenir; vous, un

gëntMhoînme, briser votre êpée, quand nous sommes en guerre avec

~spàg&ë et l'Aa~eterfe, q.aa.nd le roi notrs maitre fait appel à ~a S noblesse pour aller verser son sang sur les champs de bataille, mor- ~<îiMl! moBSiettr, si e'ast uBe~cessité absolue, je vous plains, car un

AeSp~m de cette nature pourrait être appelé d'un autre nom, d'un

i;

Mmq~ejen'~seprotioncer.

Mais que je prononcerai, moi, monsieur le comte, une lâcheté,

des lâchetés, interrompit ie solliciteur en se redressant

infère

dt t~&ute sahauteur; pMe, la voix tremblante, mais le regard chargé

J d'éclairs. Toutefois, rassurez-vous,

monsieur,, mon oncle, le brave

paï'mt tes braves, n'aura pas à r~a~'ir de son protégé, ni vous, mon.

eiwur, ~M cMteours prêté au neveu de votre ami; si je quitte l'armée,

&ëa~st

quitter a.MtM;si j< donne ma démission,

pas paur

ce

'n'est Ms boar fuir un ennemi auquel j'ai voué une haine impla-

cable, c'est pour aller le chercher au bout du monde, le poursuivre,

guerre à outrance, sans

relâche comme sans merci, courir sus à ses navires, massacrer ses équipages, brûler ses vitles, détruire son commerce, me venger.

explosion de rage, cette métamorphose subite de

l'attitude de son visiteur, ce fut au tour du capitaine de se sentir troublé et ce fut presque timidement qu'il reprit Je n'ai jamais douté de votre courage, monsieur, vous êtes de trop bonne race pour qu'un pareil soupçon puisse peser sur vous,

lui faire tout le

Devant cette

mal possible, lui

faire une

accorder mon concours qui probablement est

mais avant de vous

bien'moins efScace que vous ne pensez, j'avais besoin d'explications

d'après ce que vous venez de me dire, je crois comprendre que votre intention serait d'armer en course ou tout au moins de prendre part

à quelques-unès de ces expéditions audacieuses tentées

braves corsaires de Saint-Mato, n'est-ce pas cela? Pas encore, monsieur, je ne suis ni assez riche pour armer un

navire, ni assez connu pour qu'aucun armateur ose m'en confier un, et, d'ailleurs,eusse-je des lettres de marque, mon but ne pourrait pas être atteint par ce moyen. Tous tes ennemis de la France sont mes ennemis, mais parmi ces ennemis, il en est un que j'ai choisi de préféMiMe, un auquel je veux m'attacher d'une manière exception- nelle, les Espagnols.

monsieur; soit dans les

rangs de l'armée, soit à bord d'un navire du roi, vous pourriez les

combattre.

par nos

-Nous sommes en guerre avec eux,

U~e paix,

um trêve pourrmt être signée, monsieur le comte.

Quand ils seront vaincus.

Qu'ils soient vaincus, cela ne me suffit pas, je veux être libre

de les combattre encore et toujours, jusqu'à ce que j'aie vengé l'ioëulte que M'&fatte un des leurs, jusqu'à ce que j'aie reconquis le trésor qo'i!~ .m'ont làchementvolé.

vous ne pouvez cependant pas, jeune homme, à

Cape de diou

vous seul tirer l'épée contre une nation; provoquez celui qui vous a offensé, tuez-le si vous pouvez, battez-vous successivement si cela vous plaît contre deux, quatre, dix hidalgos, mais ne vous attaquez

pas à. vingt-cinq millions d'hommes. J'ai assisté, j'ai même pris part

à quelques duels célèbres dans ma jeunesse, j'en suis sorti avec quelques estafilades, mais, sangdiou, jamais l'idée ne m'a pris do charger à moi seul un régiment, ni même une compagnie. Aussi n'est-ce pas seul que je compte me mesurer avec eux. Avec qui donc? Avec les flibustiers, répondit froidement le lieutenant. Vous voulez vous faire recevoir frère de la Cote, vous, monsieur le vicomte du Terme-Rouge?

J'y suis résolu.

Mais on ne devient pas frère de la Côte ainsi d'emblée, le savez-vous?

Je le sais.

H faut avoir servi trois années comme engagé.

Je m'engagerai.

Et pour être engagé, il est nécessaire d'être vendu aux enchères sur la place publique, vendu comme esclave, moisienr le vicomte du Terme-Rouge,vendu au plus offrant comme on vend un cheval, devenir la propriété d'un brutal sans éducation qui a sur vous droit de vie et de mort, souffrir de la faim, de la soif, se laisser charger comme on ne charge pas une misérable bête de somme, souffrir les injures les plus atroces, recevoir sms murmurer les coups de poings, de pied, de bâton, manger les restes des chiens,

votre oncle, votre p~re le savent-ils,

y consentent-Hs? Mordiou! c'est insensé, mon jeune ami, insensé nu

avez-vous refléchi à tout cela;

delà du possible. Mon parti est pris, monsieur le comte, je connais toutes les misères que j'aurai à endurer, je les connais d'autant mieux qu'un

de mes parents, un descendant du captai de Buch, devenu depuis,

sous le nom du Léopard, la terreur des Espagnolsde Saint-Domingue et l'un des plus célèbres boucaniers, ne m'a rien laissé ignorer, rien

donc ne m'arrêtera. S'il en est ainsi, monsieur, je n'ai plus d'objections à vous

faire! Que Dieu vous protège et que la chance vous favorise. J'obtien- drai pour vous, puisque vous le voulez et que mon vieux camarade

me le demande avec instance, votre radiation des cadres de la com-

pagnie de M. de La Roche-Aymond; je le déplore, car il y a en

vous l'étoffe d'un vaillant officier, mais je n'ai pas le droit de vous de-

raisons particulières si puissantes qui vous forcent à

mander les

prendre un parti aussi désespéré et je respecte vos secrets.

Mes secrets ne peuvent pas en être pour un protecteur aussi

confiant que vous, monsieur le comte, et sije ne vous lésai pasoonSés,

la seule raison est que je craignais d'abuser de vos instants en vous racontant une histoire qui M saurait probablement vous intéresser. C'est ce qui vous trompe, mon cher protégé, car je serais au contraire fort curieux de connaître les véritables motifs qui ont pu vous porter à prendre un parti aussi désespéré que celui de quitter une brillante position dans l'armée pour embrasser une carrière

pleine de périls et de misères.

Dans ce cas mon devoir est d'obéir à vos désirs, seulement mon histoire étant un peu longue pourrait vous fatiguer, aussi permettez- moi de vous supplier de m'arrêter dès que mon récit cessera de vous paraître digne d'une plus longue attention.

Prenez un siège, vicomte, là, auprès de moi, et commencez. Je

prends d'avance l'engagement que vous me demandez, à vous de

tenir le vôtre.

Le jeune lieutenant obéit et s'asseyant près du bureau du capi-

taine, commença ainsi t

Je ne vous parierai pas, monsieur,de mes premières années, <;lles

n'offrent rien de saillant, rien qui intéresse mon projet actuel. Mon

elle

père possédait une belle fortune, mais nous étions douze enfants

passa & l'aM, deuxde~es ft'er~s embrassèrent l'état ecciésiastique, trois autres moururentjeunes, trois de mes sœurs entrèrent au cou-

vent, une fit un riche mariage avec un armateur de Bordeaux; nous démontâmes trois garçons n'ayant d'autre fortune que notre épée et tuas les trois nous entrâmes dans la marine. Notre père, ancien capitaine de vaisseau, y avait non seulement conservé d'excellentes re}atMt!S, mais comptait un frère, le chevalier de La Morelie, qui, ayant Épousé une riche espagnole dont il avait fait ia connaissance à Saint-Domingue,commandait un vaisseau da la Compagnie Qcei-

deataie.

Ce

fut sur

ce

navire, fort de vingt et

un canons de fonte

et

répété un des meilleurs voiliers de la Compagnie, que je fis mon

apprantissage de la vie de marin et plusieurs grands voyages tant aa Sénéga! qu'aux grandes et aux petites Antilles, et en par-

~tMersapMtdeSa.int-Pomingue, ville

très importante et capi-

tale da I'i!e, Nous y demeurions souvent des mois entiers, mon oncle

y ayant étabti temporairement sa fami!}e, comme y étant en sûreté

plus grande qu'en a.~ouM autre de ces i!es on le retenaient tea a~e~itésdeseReo&HBandemeBt.

La famille de votre oncle était-eUe nombreuse? interrompitle

~pitNneenregapdaat en-dessausienarrateur,

Deux eafan.ts seulement et leur mère;raînê, Alphonse, moins Ag6'q<M moi de deux ans, ne servait pas encore dans la marine

à

cause de la faiblesse <i'NM coBStit(tt.Mn qui r~amait les pj~s grands

taena~ements; la seconde, ma cousine J~éonore, ravissante enfant de

:~tmfans seutement lorsque )~ la vis pour

prem.ierefois et qui,

aujourd'hui plus belle encore, a atteint sa seizième année.

la pelle cou-

sine est pour quelque chose, peut être pour beaucoup dans votre e&Mp d~ tête. Vaus ~bes jejane, mon ami, je l'ai été aussi et quoique

y!6ux je me 6ou:viea& de~e qu'est un c<~ur ardent & vingt ans, mo

"<- Je cfaie ëotat~ocep

~Mapcendre,jeune homme

<Mt! 06 m&a t~atpsj'aies <6i~B a-veNtOMS aussi et nous avons plus

d'une fois dég&!né pour de beaux yeux; prenez-y garde, mon pauvre vicomte, prenez-y garde, feu qui brute trop fort s'éteint vite, et de

par le monde, depuis sa création, il n'a jamais manqué

de

belles

cousines.

Sur quoi M. d'Artagnan sourit de l'air d'un homme qui en sait long sur cette matière et recourba d'un air conquérant ses longues moustaches cirées sans se souvenir que leur couleur n'était plus la même qu'au bon temps des sérénades dans la rue des Blancs-Man- teaux ou des duels à quatre dans le Pré-aux-Çtercs. La maison qu'habitait ma tante, poursuivit le vicomte, celle où

avec mon cousin et ma cousine je passais plusieurs semaines chaque

année, appartenait à l'un de ses plus proches parents, frère de son père, du nom de Ronce de Valdemar, marquis de la Cinco Fuentes,

comte de VaUe-AïMha, chevalier de trente-six ordres, noble comme le

sont tous les hidalgos, rempli d'orgueil, de ruse,

d'avidité,

mais

ruine par le jeu et venu à Saint-Domingue pour refaire sa fortune.

Celle de ma tante au contraire était fort belle, son cousin Je savait

et n'ignorait pas que réunie à celle de mon oncle et transmise en

entier à mon cousin

Alphonse, elle relèverait singulièrement l'état de

11 maison des Valdemar s'il parvenait à l'accaparer,

Lui aussi avait plusieurs enfants, fils ou filles

des fils il

ne s'en

occupa qua fort peu, mais tendit tous ses filets, déploya toutes les

ressources de son esprit, pour s'emparer de ma tante et par elle de mon oncle afni d'arriver à faire épouser sa fille aînée Pepita par

mon cousin Alphonse.

Mon oncle résista d'abord, mais assiégé par sa femme beaucoup

plus espagnole que française de coeur, ayant lui-même épousé une femme de cette nation, il finit par céder et les 6ancai!Ies de mon cousin avec Pépita furent solennellement célébrées dans l'église de Saint-Domingue. Parvenu au but si ardemment poursuivi, si heureusement atteint,

le marquis de las Fuentes eut le tort de s'endormir dans une trom-

pjuse sécurité et d'afficher wis-à-vis de mon oncle des airs de pro- tection qui indisposèrent beaucoup ce dernier. Les rapports entre eux devinrent même si froids qu'un an plus tard mon oncle fit passer sa famille à la petite Me de la Tortue où il l'établit, et ne conserva plus que peu de relations avec le marquis, sans cependant rompre entièrement avec lui. La mort de