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LA CONJUGAISON DE L’ALLEMAND

Dominus Carnufex

31 janvier 2016

LA CONJUGAISON DE L’ALLEMAND Dominus Carnufex 31 janvier 2016

Table des matières

1 Introduction

5

2 Généralités

7

2.1 Étendue du sujet

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7

2.2 Catégorisons un peu

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2.2.1 Verbes faibles et verbes forts .

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2.2.2 La question des préverbes

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3 Modes impersonnels

 

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3.1 Infinitif présent

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3.2 Participe présent

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3.3 Participe passé

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3.4 Infinitif étendu et gérondif

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4 Radical du présent

 

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4.1 Indicatif présent

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4.2 Konjunktiv I présent

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4.3 Impératif présent

 

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5 Radical du prétérit

 

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5.1 Indicatif prétérit

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5.2 Konjunktiv II présent

 

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6 Les catégories de verbes forts

 

23

6.1 Première catégorisation

 

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6.1.1 Groupe 1

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6.1.2 Groupe 2 .

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6.1.3 Groupes 3 et 4

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6.1.4 Groupe 5

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6.1.5 Groupe 6

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6.1.6 Groupe 7

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6.1.7 Les autres verbes

 

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6.2 Seconde catégorisation

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6.2.1 La voyelle radicale est -a-

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6.2.2 La voyelle radicale est -au-

 

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6.2.3 La voyelle radicale est -e-

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6.2.4 La voyelle radicale est -ei-

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6.2.5 La voyelle radicale est -i-

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6.2.6 La voyelle radicale est -ie-

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6.2.7 La voyelle radicale est -o- ou -u- .

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6.2.8 La voyelle radicale est une voyelle avec Umlaut (ä, ö, ü)

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6.3 Constructions faibles

 

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Table des matières

7 Formes syntaxiques

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7.1 Le perfectif

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7.2 Le futur

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Le passif

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7.4 Formes surcomposées

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8 Conclusion

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1 Introduction

On dit souvent de l’allemand que c’est une langue à la grammaire difficile, parce qu’elle possède des déclinaisons. C’est oublier que la conjugaison des verbes, elle, est nettement plus simple que celle du français. Et c’est ce que je vais vous montrer dans ce cours.

J’y traite de manière exhaustive de la morphologie verbale de l’allemand, c’est-à-dire que je vais vous expliquer dans le détail comment conjuguer n’importe quel verbe à n’importe quel temps et n’importe quel mode. En revanche, je ne ferai que survoler la question de l’utilisation de ces temps et modes : comme tout pan de la syntaxe d’une langue, les limites des différentes catégo- ries sont assez floues et il est malaisé d’en faire une étude complète.

Ce cours s’adresse essentiellement à des gens qui ont déjà une certaine connaissance de l’alle- mand et voudraient la renforcer. Non pas en raison de la complexité de son contenu, mais parce qu’il serait contre-productif pour un débutant total d’ingurgiter toute la morphologie verbale d’un coup sans maîtriser d’autres aspects de la langue. Si toutefois un néophyte venait à s’y inté- resser quand même, par exemple par simple curiosité, je me dois de le mettre en garde sur deux obstacles possibles à la compréhension.

En premier lieu, je considère la prononciation de l’allemand comme acquise : elle joue un rôle mineur mais bien réel dans la conjugaison de certains temps, mais je ne reviendrai pas dessus. En second lieu, afin de ne pas surcharger mon explication, je donne rarement une traduction des verbes employés : je vous invite à vous reporter à un dictionnaire qui vous donnera une meilleure idée du sens de ces mots qu’une vague correspondance mot à mot entre les deux langues.

Alors, germaniste patenté ou simple curieux, ruez-vous sur la suite de ce cours !

[[i]] | Prérequis

| Connaissance du vocabulaire usuel de la conjugaison (temps, mode, voix…).

| Savoir prononcer l’allemand.

| Savoir qu’il existe plusieurs formes d’allemand parlé, en fonction de la région. | | Objectifs

| Enseigner l’intégralité de la morphologie verbale de l’allemand, y compris les formes rares, an- ciennes ou régionales.

| Faire prendre conscience des structures sous-jacentes à la conjugaison de l’allemand. | | As- pects non traités

| L’utilisation des différentes formes présentées.

| Le sens des verbes utilisés. | | Démarche

| Le cours est organisé suivant la logique interne de la morphologie verbale allemande, et non

selon une démarche d’apprentissage progressif. Il est également très exhaustif. En conséquence, il n’est pas adapté à un premier apprentissage de la langue.

2 Généralités

2.1 Étendue du sujet

Le verbe allemand peut se conjuguer à deux voix (actif, passif), six modes, dont quatre modes personnels (indicatif, impératif, Konjunktiv I, Konjunktiv II 1 ) et deux modes impersonnels (infinitif, participe), six temps (présent, parfait 2 , prétérit, plus-que-parfait, futur, futur antérieur 3 ) et six personnes.

Cela peut paraître énorme, mais cela est en réalité grandement simplifié par deux phénomènes.

D’une part, toutes les combinaisons de temps et modes n’existent pas. En particulier, le prétérit et le plus-que-parfait n’existent qu’à l’indicatif. Par ailleurs, certaines combinaisons existent en théorie mais ne sont jamais utilisées dans la pratique : dans la vie réelle, seul le présent de l’impératif est utilisé, bien que trois autres temps soient en principe possibles.

D’autre part, l’allemand fait un usage massif de formes syntaxiques. Une forme syntaxique est l’association d’un auxiliaire conjugué à une forme personnelle et du verbe portant le sens à une forme impersonnelle 4 . Par exemple, le passif tout entier est formé par l’auxiliaire werden à la forme correspondante de l’actif, suivi du participe passé du verbe : Die Katze frisst die Maus. « Le chat mange la souris. » devient Die Maus wird von der Katze gefressen. « La souris est mangée par le chat. ».

En tout et pour tout, à l’actif, seuls le présent de tous les modes, le prétérit de l’indicatif et le participe passé ont des formes morphologiques (le contraire d’une forme syntaxique).

Quant aux personnes, ce sont les même six qu’en français. Gardez cependant à l’esprit que la forme de politesse s’exprime au moyen du pronom Sie, qui entraîne un verbe conjugué à la troi- sième personne du pluriel : il y a une différence nette entre ihr sagt « vous (tutoyé) dites » et Sie sagen « vous (vouvoyé) dites ».

2.2 Catégorisons un peu

2.2.1 Verbes faibles et verbes forts

Il s’agit sans conteste de la principale démarcation parmi les verbes allemands, connue de tous les germanistes et primordiale dans la conjugaison du prétérit, du Konjunktiv II et du participe passé.

1. Dans les manuels français, on rencontre souvent les termes de « subjonctif I » et « subjonctif II », mais je

trouve qu’ils induisent une confusion quant à l’usage de ces deux modes, qui est assez éloigné de celui du subjonctif français.

2. Notez que l’on parle beaucoup plus couramment de participe passé et d’infinitif passé que de participe parfait

ou d’infinitif parfait.

3. On rencontre aussi les noms « futur I » et « futur II » d’après l’usage allemand.

4. La définition que je donne est celle valable pour l’allemand : en linguistique générale, ce terme a un sens plus

vaste.

2 Généralités

Mais à quoi correspond-elle au juste ?

Pas à une question d’irrégularité : il existe des verbes irréguliers parmi les verbes faibles. Il ne s’agit pas non plus de savoir si le radical subit des changements au cours de la conjugaison : un certain nombre de verbes faibles changent de radical et quelques verbes forts n’en changent pas du tout (comme mahlen « moudre »).

En vérité, la seule chose qui permet de distinguer à coup sûr à quelle catégorie appartient un verbe donné, c’est son participe passé : celui des verbes forts se termine en -en (comme geschlafen) et celui des verbes faibles se termine en -t (comme gelernt).

Il faut cependant garder à l’esprit que ces deux catégories ne sont pas totalement imperméables, et que les verbes forts peu usités ont tendance à devenir faibles. On rencontre ce phénomène à plusieurs étapes de développement.

Certains verbes sont forts mais ont adopté la conjugaison faible dans une partie de leur para- digme : c’est le cas, par exemple de mahlen « moudre », qui au XVIIe siècle encore faisait er mählt à l’indicatif présent et er muhl au prétérit, mais ne connaît désormais plus que les formes faibles er mahlt et er mahlte, ne restant fort qu’en raison de son participe passé gemahlen.

D’autres au contraire sont faibles mais ont parfois un prétérit fort, comme stecken, qui dans son sens intransitif de « être coincé » admet le prétérit fort er stak 5 . D’autres verbes encore sont forts dans certaines de leurs significations et faibles dans les autres : par exemple, quellen est fort au sens intransitif de « sourdre » et faible au sens transitif de « tremper, faire tremper » 6 .

Enfin, certains verbes possèdent deux paradigmes, l’un faible et l’autre fort, le choix de l’un ou l’autre dépendant du locuteur : schnauben « haleter » est très généralement faible, mais on ren- contre encore les formes fortes dans la langue soutenue ou dans certaines régions.

Parmi les verbes faibles, on trouve également deux catégories remarquables. Tout d’abord, les verbes dits « prétérit-présent 7 », car bien qu’ils soient faibles, leur présent de l’indicatif se com- porte comme un prétérit de verbe fort au singulier. Ensuite, les verbes dits « mixtes » sont les autres verbes faibles dont le radical change au prétérit et au participe passé, à la manière de la plu- part des verbes forts. Si la première catégorie a vraiment un sens, la seconde n’est mentionnée que pour mémoire, et ce parce qu’elle est souvent utilisée dans les manuels français.

2.2.2 La question des préverbes

Il existe en allemand des familles entières de verbes, composées d’un verbe simple et d’un cer- tain nombre de verbes à préverbe : tous se conjuguent globalement pareil, et leurs sens sont gé- néralement liés. Par exemple, à côté du verbe brennen « brûler », on trouve les verbes anbrennen « enflammer » et verbrennen « consumer », ainsi que d’autres encore qu’il serait trop long de lis- ter. On ne traite généralement pas ces verbes à part, car à quelques détails près que nous verrons en temps utile, ils se conjuguent exactement comme le verbe simple.

Il faut cependant noter que ce n’est pas systématiquement le cas. D’une part, il arrive, bien que ce soit très rare, que le verbe simple adopte une conjugaison différente de celle de ses composés :

5. Il s’agit généralement de verbes faibles ayant adopté des formes fortes par analogie avec un autre verbe.

6. Certains considèrent qu’il y a en vérité deux verbes homonymes, l’un faible et l’autre fort. C’était généralement

le cas en allemand médiéval, avant que l’évolution phonétique ne fusionne les deux formes.

7. On trouve (trop) souvent le terme abusif de « verbes de modalité » ou « verbes modaux ». En effet, bien que

les deux catégories se recoupent largement, wissen est un prétérit-présent sans être un modal, et lassen est bien un

modal mais est un verbe fort.

2.2

Catégorisons un peu

erlöschen, auslöschen et compagnie sont forts, mais löschen est faible ; de même, fehlen et verfehlen sont faibles, alors que befehlen, empfehlen et leurs propres composés sont forts 8 .

D’autre part, certains verbes composés n’ont pas de verbe simple correspondant : par exemple, on a le verbe gewinnen « gagner », mais *winnen (qui correspond à l’anglais win) a disparu depuis au moins le milieu du Moyen-Âge.

Il existe cependant deux grandes catégories de préverbes, qui ne se comportent pas pareil. On les appelle les préverbes séparables et les préverbes inséparables. La seconde contient pour l’essen-

tiel les préverbes ge-, miss-, zer-, be-, er-, ent-, emp- et ver- 9 .

La première contient un nombre invraisemblable de préverbes différents, dont certains que vous ne rencontrerez sans doute jamais de toute votre vie, comme entzwei- : parmi les plus courants,

on trouve ab-, an-, auf-, aus-, bei, ein-, nach-, vor-, weg-, wieder- et zu-.

Enfin, les préverbes um-, unter- et über- peuvent appartenir aux deux catégories. Le seul moyen totalement efficace de savoir si un préverbe est séparable ou non est de se reporter à la pronon- ciation (que vous pouvez trouver dans tout bon dictionnaire unilingue) : lorsque l’accent tombe sur le préverbe, il est séparable.

Je vous expliquerai le moment venu comment chacun se comporte.

8. Cette irrégularité précise s’explique par une différence d’origine : fehlen est un emprunt ancien au français

« faillir », tandis que befehlen et empfehlen sont construits sur un verbe purement germanique aujourd’hui disparu.

9. On les retient usuellement au moyen du mantra « J’ai mis Cerbère en Enfer. ».

3 Modes impersonnels

Dans la suite de ce cours, et jusqu’au chapitre spécifique aux constructions syntaxiques, on n’abor- dera plus que les constructions morphologiques, donnant lieu à des formes simples. Et on com- mence par les modes impersonnels, qui n’ont logiquement qu’une seule forme par verbe.

3.1 Infinitif présent

Il est indispensable de commencer par là, car c’est lui qui détermine le radical principal du verbe. L’infinitif est marqué par une désinence (ou terminaison) -(e)n.

[[a]] | Retenez bien cette notation ! Elle signifie que la désinence est généralement -en, mais qu’elle est -n dans certaines situations spécifiques. Et elle a cela de bien que, si elle prend la forme -n à l’infinitif, alors elle prendra aussi la forme -n à tous les autres endroits de la conjugaison où je la mentionnerai !

Et quelles sont donc ces situations, alors ? Il n’en existe à la vérité que quatre.

— Les verbes dont le radical se termine en -er- ou en -el- présentent une conjugaison assez irrégulière, et ont notamment un infinitif respectivement en -ern (comme dans zittern) et en -eln (comme dans lächeln).

— Les verbes dont le radical se termine en /i/ long, écrit -ie-, ont également un infinitif en -n, par exemple knien.

— Le verbe tun est le seul de sa catégorie et a du mal à choisir son camp : il utilise la forme -n dans certains cas et la forme -en dans d’autres.

— Quelques verbes ont un infinitif apparemment en -en, mais le -e- fait en réalité partie du radical et ne disparaît jamais, par exemple atmen ou rechnen. Cette dernière catégorie est mal définie et correspond à des verbes dont les formes seraient imprononçables (du point de vue d’un germanophone natif !) si l’on venait à supprimer le -e-. En cas de doute, vérifiez dans un dictionnaire.

[[a]] | Le verbe et auxiliaire sein « être » est totalement irrégulier : bien que son infinitif soit en -n, il utilise la désinence -en dans les rares cas où il suit la conjugaison régulière.

3.2 Participe présent

Profitez bien, car c’est le cas le plus simple de toute la conjugaison allemande ! On forme le par- ticipe présent en remplaçant la désinence -(e)n de l’infinitif présent par une désinence -(e)nd. Même le verbe sein est régulier ici ! Mais comme le monde ne saurait être parfait, le verbe tun, lui, arbore le participe tuend, pour ne rien faire comme tout le monde.

3

Modes impersonnels

3.3 Participe passé

On arrive enfin dans le vif du sujet. Le participe passé est marqué par trois phénomènes distincts et indépendants.

En premier lieu, il porte une désinence. Celle-ci est -en pour les verbes forts et -t pour les verbes faibles : comme on l’a vu, c’est même cela qui les définit. Il faut cependant prendre garde à quelques détails.

Tout d’abord, le participe passé de tun est getan, sans le -e-, donc 1 . Ensuite, les verbes schreien et speien peuvent avoir deux participes passés différents, respectivement geschrieen ou geschrien et gespieen ou gespien : les deux formes sont équivalentes, même si certains considèrent la forme courte comme plus orale que la forme longue.

Enfin, les verbes faibles dont le radical se termine par un -t- ou un -d- intercalent un -e- entre celui-ci et la désinence, pour des raisons de prononciation : on a ainsi gebildet et non *gebildt.

En second lieu, il porte généralement aussi un préfixe ge-. Celui-ci a quelques particularités d’em- ploi. Il est absent des verbes ayant un préverbe inséparable (comme versagen, qui donne versagt), ainsi que des verbes simples dont la syllabe initiale n’est pas accentuée : integrieren donne integriert, interviewen donne interviewt, trompeten donne trompetet (avec le -e- intercalaire dû à son radical).

En outre, il s’intercale entre un préverbe séparable et son radical ; ainsi, ausbilden donne ausge- bildet et anbieten donne angeboten. Dans le cas relativement rare où le verbe possède à la fois un préverbe séparable et un inséparable, c’est le rejet de ge- par le préverbe inséparable qui l’em-

porte : dazuverdienen donne dazuverdient.

Enfin, lorsque werden est employé non comme verbe mais comme auxiliaire, son participe passé prend la forme worden au lieu de geworden.

En troisième lieu, le participe passé peut subir un changement de radical, et cela est très souvent le cas dans les verbes forts. Pour en savoir plus sur ceux-ci, je vous invite à vous rendre à la section consacrée aux différentes catégories de verbes forts en fonction de leurs changements de radical. Parmi les verbes faibles, on distingue deux catégories (que nous avons déjà rencontrées) de verbes dont le radical change.

Les verbes dits mixtes regroupent les verbes suivants : brennen, bringen, denken, kennen, nennen, rennen, senden et wenden. Tous ces verbes voient leur voyelle de radical se muer en -a- au participe passé (gekannt, genannt, etc.). En outre, les deux derniers n’intercalent pas de -e- malgré leur radical en dentale (gesandt et gewandt), et le radical de bringen et denken est plus fortement modifié que celui des autres (gebracht et gedacht).

[[i]] | Notez que senden et wenden ont aussi un participe passé parfaitement régulier (gesendet et gewendet) : dans la plupart des cas, les deux formes peuvent se rencontrer, même si la forme ir- régulière est plus courante, mais dans quelques usages, seule la forme régulière est autorisée. | | Pour senden, c’est lorsqu’il est utilisé dans un sens technique, comme dans le vocabulaire de la radiophonie. Pour wenden, c’est dans le sens de « faire tourner un objet actuellement en mou- vement » (par exemple, un véhicule) et dans celui de « retourner de manière à montrer l’autre côté » (en particulier, « tourner une page » ou « retourner le blé »).

Il est en outre un verbe qui devrait appartenir aux verbes dits mixtes d’après la définition de ceux- ci, mais qui n’y est jamais inclus, sans doute parce qu’il n’est quasiment plus utilisé en allemand contemporain : le verbe dünken fait gedeucht au participe passé.

1. Quand je vous dis qu’il a le cul entre deux chaises. ˆˆ

3.4

Infinitif étendu et gérondif

La deuxième catégorie est celle des verbes prétérit-présent : elle est composée de dürfen, können, mögen, müssen, sollen, wissen et wollen. Le changement de radical consiste à abandonner l’Umlaut lorsque cela est possible (gedurft, gesollt), sauf pour wissen qui fait gewusst. En outre, mögen subit la même transformation de -g- en -ch- que bringen plus haut, et donne gemocht.

[[a]] | Les verbes modaux (y compris lassen), lorsqu’ils sont placés en fin de phrase derrière l’infi- nitif qui les accompagne, remplacent le participe passé par un infinitif. Par exemple, on dira Ich

habe seinen Tod gewollt. « J’ai voulu sa mort. », mais Ich habe ihn erschrecken wollen. « J’ai voulu lui

faire peur. ».

3.4 Infinitif étendu et gérondif

Dans certaines structures de phrase, il arrive qu’un infinitif ou un participe présent soit précédé de la préposition zu : il ne s’agit pas à proprement parler d’une forme spécifique de conjugaison, mais certains l’incluent dans les tableaux, en raison d’un phénomène un peu particulier.

En effet, les verbes qui intercalent le ge- du participe passé entre leur préverbe et leur radical y intercalent aussi la préposition zu, formant un seul mot : on dira ainsi Ich bin froh dich zu sehen. « Je suis content de te voir. » mais Ich bin froh dich mitzunehmen. « Je suis content de t’emmener. ».

4 Radical du présent

Le présent de trois modes se construit sur le radical du présent, qui la plupart du temps est le même que celui de l’infinitif : il s’agit de l’indicatif, du Konjunktiv I et de l’impératif.

[[i]] | C’est dans les trois temps de cette section, ainsi que dans les deux de la section suivante, que la différence entre préverbes séparables et inséparables devient nettement visible. En effet, si le verbe est doté d’un préverbe séparable et se trouve conjugué à l’un de ces cinq temps, le préverbe vit sa propre vie et va se placer en toute fin de phrase : avec le verbe stattfinden, on fait la phrase Es findet am 5. Mai statt. « Cela a lieu le 5 mai. ». | | Attention cependant ! Lorsque le verbe conjugué est dans une subordonnée, et se trouve ainsi relégué en fin de phrase, son préverbe revient se coller à lui : Ich will, dass es am 5. Mai stattfindet. « Je veux que cela ait lieu le 5 mai. ».

4.1 Indicatif présent

Dans sa forme régulière, le présent se construit à l’aide du radical de l’infinitif, suivi des dési- nences suivantes, que l’on appelle « désinences du présent » ou plus rarement « désinences primaires ». Dans la deuxième ligne, on trouvera un exemple de conjugaison régulière à partir du verbe sagen « dire ».

-> P1 | P2 | P3 | P4 | P5 | P6 –|–|–|–|–|– -e | -st | -t | -(e)n 1 | -t | -(e)n ich sage | du sagst | er sagt |

wir sagen | ihr sagt | sie sagen<-

Par ailleurs, il présente évidemment quelques irrégularités plus ou moins visibles. Et pour com- mencer, comme dans le cas du participe passé, lorsque le radical se termine en -t- ou en -d-, on intercale un -e- euphonique (c’est-à-dire pour faciliter la prononciation) entre celui-ci et les désinences -t, et cette fois, cela s’applique aussi à senden et wenden 2 : bilden donne er bildet.

Pour les mêmes raisons d’euphonie, le -s- de la deuxième personne du singulier saute après un -s-, un -z- ou un -ß- : rasen donne du rast, tanzen donne du tanzt et beißen donne du beißt.

Toujours dans un même souci d’euphonie, les verbes dont le radical se termine en -el- ou en -er- peuvent réagir de trois manières face à la désinence -e de première personne du présent. Soit faire sauter le -e- de leur propre radical (siedeln donnant ich siedle), soit conserver la forme pleine (ich siedele), soit faire sauter la désinence (ich siedel).

Cette dernière forme est rare et invariablement familière. En revanche, si c’est souvent la pre- mière forme qui est jugée la plus correcte, ce n’est pas toujours le cas (ich erinnere mieux que ich erinnre, par exemple) sans que l’on puisse déterminer de règle précise. Cela s’acquiert à l’usage.

On terminera sur l’euphonie avec le cas des verbes dont le radical se termine en -e- ou en -ie-, et qui fusionnent leur -e- avec celui de première personne : knien et atmen donnent ich knie et ich

atme.

1. Ici, le verbe tun adopte les formes courtes : wir tun et sie tun.

2. En revanche, le verbe fort laden et ses dérivés utilisent la forme lädt à la troisième personne du singulier, tout

en ayant ladet à la deuxième personne du pluriel.

4

Radical du présent

Ensuite, un certain nombre de verbes forts dont la voyelle radicale est toujours (à deux exceptions près) un -e-, voient cette voyelle radicale se changer en -i- bref ou -ie- long aux deuxième et troisième personnes du singulier : voyez la section sur les catégories de verbes forts pour une liste de ces verbes. Par exemple, bergen donne ich berge mais du birgst. Notez que cela se cumule avec les règles euphoniques déjà énoncées : lesen donne ich lese et du liest.

Il existe également quelques verbes forts, listés eux aussi dans la section idoine, dont la voyelle radicale -a- se change en -ä- à ces mêmes deux personnes : blasen donne er bläst.

Par ailleurs, comme cela a déjà été dit, les verbes prétérit-présent sont réguliers au pluriel, mais conjuguent leur singulier comme un prétérit de verbe fort. D’une part, les désinences sont celles du prétérit (-, -st, -), d’autre part le radical subit presque systématiquement un changement de voyelle, sans aucune logique interne. Ainsi, dürfen donne ich darf mais müssen donne ich muss, sollen donne ich soll mais wollen donne ich will. En revanche, können et mögen sont d’accord pour faire ich kann et ich mag, tandis que wissen est tout seul avec son ich weiß.

Enfin, quelques verbes ont leurs irrégularités personnelles, que l’on ne peut ranger dans aucune catégorie. Haben offre les formes du hast et er hat, tandis que werden a de son côté du wirst et er wird. Quant à sein, il est totalement irrégulier et nécessite un tableau à lui tout seul.

-> ich | du | er | wir | ihr | sie –|–|–|–|–|– bin | bist | ist | sind | seid | sind<-

4.2 Konjunktiv I présent

Historiquement, le présent de ce mode se construisait au moyen d’un suffixe -e- suivi des dési- nences du prétérit. Cependant, avec les évolutions phonétiques, cela ne suffit plus à décrire toutes les situations. Il convient désormais mieux de dire que le Konjunktiv I est construit sur le radical du présent au moyen des désinences suivantes (avec exemple tiré de sagen, puis de lesen, pour mieux voir les différences avec l’indicatif).

-> P1 | P2 | P3 | P4 | P5 | P6 –|–|–|–|–|– -e | -est | -e | -(e)n 3 | -et | -(e)n ich sage | du sagest | er sage

| wir sagen | ihr saget | sie sagen ich lese | du lesest | er lese | wir lesen | ihr leset | sie lesen<-

Les irrégularités sont moins nombreuses qu’à l’indicatif. En effet, les deux premières règles eu- phoniques sont toujours valables en théorie, mais ne se rencontrent pas. Les deux autres restent valables, et sont étendues à toutes les formes dont le -e- ne peut pas disparaître. La troisième option des verbes en -el-/-er- n’est cependant plus possible. On aura ainsi du kniest de knien, du

atmest de atmen, et du siedlest ou bien du siedelest de siedeln, mais pas *du siedelst.

Les autres irrégularités sont toutes absentes, seul le verbe sein ayant une forme sei plutôt que *seie aux première et troisième personnes du singulier.

4.3 Impératif présent

L’impératif présent ne possède que deux formes propres, les deux deuxièmes personnes. Le sin- gulier se construit sur le radical de l’infinitif, éventuellement suivi d’un -e, et le pluriel est quant à lui suivi d’un -t : sagen donne sag ! ou sage ! et sagt !.

La plupart des irrégularités de l’indicatif se retrouvent ici. Tout d’abord, toutes les règles eupho- niques restent en vigueur, même si celle concernant le -s- ne peut pas se produire. On a ainsi

3. Là, en revanche, le verbe tun adopte les formes longues : wir tuen et sie tuen.

4.3

Impératif présent

bilden qui fait bildet ! au pluriel, knien qui fait knie ! au singulier, et siedeln qui fait au choix siedle !, siedele ! ou siedel ! au singulier aussi.

Ensuite, les verbes qui voient leur voyelle radicale changer pour un -i- ou un -ie- à la deuxième personne du singulier de l’indicatif 4 conservent ce changement de voyelle à l’impératif. Enfin, si sein fait bien sei ! au singulier, il fait en revanche seid ! au pluriel.

[[q]] | Mais quand donc faut-il mettre un -e ou non au singulier ?

Dans la plupart des cas, en Allemagne, les deux formes sont équivalentes, même si la forme courte est parfois ressentie comme plus orale que la forme longue ; en Autriche, la forme longue est carrément considérée comme vieillie. Il y a cependant quelques cas, outre ceux déjà mentionnés, où le choix n’est pas laissé au hasard.

Dans les verbes à radical en -t- ou en -d-, la forme longue est presque obligatoire : on dit très rarement red !, préférant de loin rede ! (de reden). Dans ceux à radical en -el- ou en -er-, la forme courte est également rarissime, et on préfère généralement la forme sans -e- radical à la forme complète : siedle ! est meilleur que siedele !, lui même nettement meilleur que siedel !. Enfin, les verbes qui opèrent une modification de leur voyelle radicale ne connaissent pas la forme longue :

pour lesen, on dira systématiquement lies !.

Pour les autres personnes (à l’exception de la première personne du singulier, où l’impératif n’au- rait aucun sens), on utilise le Konjunktiv I immédiatement suivi du pronom sujet : à côté de sag ! et sagt !, on a sage er !, sagen wir ! et sagen Sie !. Notez que cette construction est rarissime à la troi- sième personne du singulier, et qu’à la troisième du pluriel, elle ne s’emploie guère que pour la forme de politesse. Notez également que tun décide encore une fois de faire son malin et fait tun

wir ! et tun Sie !.

4. Cela ne concerne bien sûr pas werden et wollen, qui obéissent à une autre logique (ce dernier n’a tout simplement

pas d’impératif).

5 Radical du prétérit

Il ne nous reste plus que deux temps simples à voir, le prétérit de l’indicatif et le Konjunktiv II, et cela tombe bien, car ils sont fortement liés.

5.1 Indicatif prétérit

Accrochez-vous bien, parce que c’est le deuxième gros morceau de la conjugaison allemande. La construction de ce temps est en deux parties. Tout d’abord, il dispose de ses désinences propres, que l’on a déjà rencontrées et que l’on appelle « désinences du prétérit » ou plus rarement « dé- sinences secondaires ». Elles sont listées dans ce tableau, avec toujours l’exemple de sagen.

-> P1 | P2 | P3 | P4 | P5 | P6 –|–|–|–|–|– - | -st | - | -(e)n 1 | -t | -(e)n ich sagte | du sagtest | er sagte |

wir sagten | ihr sagtet | sie sagten<-

Ensuite, on oppose deux constructions : la première est appelée la construction faible, parce qu’on la rencontre majoritairement dans les verbes faibles, et la seconde est appelée la construction forte, selon la même logique. Notez bien cependant que cette répartition n’est pas systématique, comme on le verra.

La construction faible consiste à intercaler le suffixe -te- entre le radical généralement non mo- difié et les désinences. La construction forte, au contraire, n’utilise pas de suffixe, mais modifie systématiquement le radical : on se reportera à la section idoine pour voir comment les verbes forts modifient leur radical.

J’insiste sur le fait que cette séparation ne recouvre pas exactement la séparation entre verbes faibles et verbes forts. Par exemple, schallen est un verbe faible, ainsi que l’indique son participe passé geschallt, mais son prétérit suit la construction forte et donne ich scholl 2 . De même stecken et son participe passé gesteckt ont pour prétérit ich stak, du moins dans son sens intransitif.

À l’opposé, mahlen est un verbe fort qui fait gemahlen au participe passé, mais ich mahlte au prété- rit ; backen est indubitablement fort d’après gebacken, mais à côté de son prétérit fort ich buk, on rencontre bien plus souvent la construction faible ich backte.

De leur côté, salzen et spalten peuvent être au choix forts ou faibles, présentant respectivement les participes gesaltzen et gespalten (surtout au sens figuré) ou gesalzt et gespaltet, mais leur prétérit est systématiquement faible : ich salzte et ich spaltete.

Le prétérit tend à combiner les irrégularités du présent et celles du participe passé. Procédons avec méthode et prenons donc les choses dans l’ordre.

Commençons pas les règles d’euphonie. Le -e- intercalaire entre un -t- ou -d- et un -t- peut apparaître non seulement à la deuxième personne du pluriel de verbes forts (reiten donne ihr rittet)

1. Pour tun, le radical du prétérit étant tat-, c’est naturellement les formes longues qu’il adopte : wir taten et sie

taten.

2. D’ailleurs, son dérivé erschallen est fort et a pour participe passé erschollen.

5

Radical du prétérit

mais également devant le suffixe -te- de la construction faible (bilden donne ich bildete).

La fusion du -s- de deuxième personne du singulier ne peut se rencontrer que dans les verbes forts, et elle n’est pas systématique : blasen donne du bliest mais aussi du bliesest. De mon expérience, j’ai l’impression que la première forme est plus courante, mais je ne saurais l’affirmer totalement.

En revanche, le cas des radicaux en -ie- ou en -e- ne se présente pas, faute de désinence qui commence par un -e- inamovible, pas plus que celui des radicaux en -el- ou -er- : ceux-ci utilisant systématiquement la construction faible, ils ne sont jamais suivis directement d’un -e- (siedeln

donne ich siedelte).

Par ailleurs, les verbes faibles qui changent de radical au participe passé changent aussi de radical au prétérit. La bonne nouvelle, c’est que le radical du prétérit est strictement identique à celui du participe passé. Ainsi, brennen qui faisait gebrannt fait aussi ich brannte, senden fait aussi bien ich

sandte que ich sendete, dürfen et son gedurft font ich durfte, tandis que dünken faut bien es deuchte,

ainsi qu’on l’attendait d’après gedeucht.

Il faut également ajouter un petit nouveau, qui est le verbe haben : sa consonne finale est assimilée à l’initiale du suffixe, et son prétérit prend donc la forme ich hatte plutôt que ich *habte.

Enfin, si werden se conjugue normalement sur un radical wurde-, il faut noter qu’une construction ancienne du singulier a perduré jusqu’à une date récente, avec un radical ward-. Ainsi, on peut encore rencontrer chez certains auteurs du milieu du XXe siècle la forme er ward : attention à ne pas la confondre avec er war, prétérit du verbe sein !

5.2 Konjunktiv II présent

Ce mode-ci est très simple à conjuguer une fois que l’on sait conjuguer le prétérit. En effet, trois cas se présentent.

Pour les verbes dont le prétérit suit la construction faible sans modification de radical, le présent du Konjunktiv II est en tout point identique au prétérit. Au moins, c’est simple.

Pour les verbes de construction faible mais à changement de radical, la situation est moins nette. Du côté des prétérit-présent, wollen et sollen ne changent rien à leurs formes de prétérit. Les autres, en revanche, ajoutent un Umlaut sur la voyelle radicale : wissen fait ich wusste au prétérit et ich wüsste

au Konjunktiv II, mögen fait ich möchte d’après ich mochte, etc.

Les autres verbes de construction faible mais à changement de radical adoptent en théorie aussi le système de l’Umlaut. Cependant, cela est masqué pour deux raisons. Tout d’abord, ich deuchte (de dünken) ne peut pas prendre d’Umlaut et reste donc inchangé. Ensuite, là où l’on attendrait des formes en -änn-, elles sont en réalité orthographiées -enn- : brennen fait ich brannte au prétérit, on attendrait donc ich *brännte, mais cela s’écrit en fait ich brennte.

Si bien que la différence entre les formes courtes ich sendte et ich wendte d’une part, et les formes longues ich sendete et ich wendete d’autre part, devient tellement ténue que les formes courtes ne sont en réalité jamais utilisées. Au final, l’Umlaut n’est visible que pour bringen, denken et haben,

qui font respectivement ich brächte, ich dächte et ich hätte.

Pour les verbes à construction forte, la voyelle radicale prend également un Umlaut lorsque la pho- nétique le permet, et on y adjoint les désinences du Konjunktiv I (cf. supra). Par exemple, lesen fait ich las au prétérit, et donc ich läse au Konjunktiv II. Cela s’applique à tous les verbes de construction

5.2

Konjunktiv II présent

forte, y compris les verbes faibles : schallen fait comme on l’a vu ich scholl au prétérit, et devient

donc ich schölle.

[[a]] | La règle d’euphonie liée aux radicaux en -e- et en -ie- s’applique bizarrement ici. Elle fonc- tionne normalement pour werden qui de ich wurde fait bien ich würde. En revanche, après un -ie-, le -e- n’est pas fusionné aux deuxièmes personnes : schreien fait au prétérit ich schrie, ce qui donne

logiquement ich schrie, er schrie et wir/sie schrien, mais plus étonnamment du schrieest et ihr schrieet.

Certains verbes forts n’ont cependant pas la voyelle attendue. Par exemple, gewinnen fait ich ge- wann, mais ich gewönne, helfen fait ich half mais ich hülfe. Cela vient du fait que l’allemand médiéval avait en fait deux radicaux du prétérit : un pour le singulier et l’autre pour le pluriel, comme c’est le cas de la forme irrégulière de werden. Une seule des deux formes a été conservée par l’allemand moderne, mais le Konjunktiv II était construit sur le radical du pluriel uniquement, et cela ressort dans quelques verbes.

Je vous invite dès lors à passer à la section suivante où tous ces verbes seront listés.

6 Les catégories de verbes forts

Il existe une longue liste de verbes forts, que l’on trouve sous une forme plus ou moins complète

sur Internet ou dans les manuels, et qu’il est coutume d’apprendre dans l’ordre alphabétique. Cette méthode est évidemment fastidieuse et ne permet pas de mettre en lumière les similitudes qui peuvent exister dans les paradigmes. C’est pourquoi je vous propose à présent une liste aussi complète que possible de tous les verbes forts, rangés par catégories de flexion.

Il est d’usage de donner pour un verbe fort son infinitif, la troisième personne du singulier du

présent de l’indicatif, la troisième personne du singulier du prétérit de l’indicatif et le participe passé : avec ces quatre formes, on a normalement l’ensemble des radicaux nécessaires à la conju-

gaison. Il est également d’usage de ne donner que les formes sans préverbe, sauf dans les cas où cette dernière n’existe pas ou plus. Je procéderai ici de même.

Je vous propose cependant deux manières d’aborder cette liste. Dans une première section, j’or- ganiserai les verbes en catégories « intelligentes », qui reposent sur des critères linguistiques et historiques, sont moins nombreuses mais plus adaptables. Dans la deuxième section, j’organi- serai les verbes selon un plan strictement opératif, générant ainsi une classification comportant beaucoup plus de catégories, mais aucune exception. À vous de choisir le mode de fonctionnement qui vous sied le mieux.

Une troisième section sera consacrée à des considérations qui transcendent le mode de catégorisa- tion, en l’occurrence les verbes qui disposent de conjugaisons (partiellement) faibles en parallèle

à leur conjugaison forte.

6.1 Première catégorisation

6.1.1 Groupe 1

Ce groupe contient tous les verbes forts dont la voyelle de radical est la diphtongue -ei-. Elle reste identique au présent, et se mue en un /i/, qui peut être long (écrit -ie-) ou bref (écrit -i-), au prétérit et au participe passé. La seule exception est heißen qui fait hieß au prétérit et geheißen au participe passé.

Si la consonne qui suit immédiatement le -ei- du radical est sourde (p, t, k, f/v, ss/ß, sch, ch, z), alors le /i/ de prétérit et de participe sera bref, si cette consonne est sonore (tous les autres cas) ou s’il n’y a pas de consonne, alors ce /i/ sera long : les seules exceptions sont leiden qui fait er litt et

gelitten et schneiden qui fait er schnitt et geschnitten. Ainsi, pfeifen donne gepfiffen, bleichen donne er blich, meiden donne gemieden et schreien donne er schrie.

[[a]] | J’attire votre attention sur un point très important de la conjugaison des verbes forts :

lorsque la longueur de la voyelle radicale change, il faut adapter l’orthographe en consé- quence ! | | Lorsque la voyelle radicale est suivie d’une consonne simple (c’est-à-dire qu’il n’y

a qu’un seul son, par opposition à des verbes comme melken ou halten où la voyelle radicale est

6

Les catégories de verbes forts

suivie de deux sons consonantiques) celle-ci est susceptible de s’orthographier différemment selon la longueur de ladite voyelle radicale. | | Ainsi, lorsque la voyelle radicale est longue à l’infinitif et devient brève, les changements orthographiques suivants se produisent : p > pp, t/d > tt, k > ck, l > ll, m > mm, n > nn, f > , ß > ss. Et vice-versa lorsque la voyelle brève devient longue (mais tt devient toujours t, et tz devient ß). Par exemple, bitten donne gebeten, backen donne ich buk,

beißen donne ich biss, sitzen donne ich saß.

On trouve dans cette catégorie les verbes suivants : befleißen, beißen, bleiben, bleichen, gedeihen,

gleichen, gleiten, greifen, heißen, kneifen, kneipen, leiden, leihen, meiden, pfeifen, preisen, reiben, reißen, reiten, scheiden, scheinen, scheißen, schleichen, schleifen, schleißen, schmeißen, schneiden, schreiben, schreien, schreiten, schweigen, speien, spleißen, steigen, streichen, streiten, treiben, weichen, weisen, zei- hen.

Le verbe reihen, dans son sens très spécifique lié à la couture, est généralement conjugué selon ce modèle. Le verbe schneien est habituellement faible, mais peut-être fort dans le Sud de l’Alle- magne, en Autriche et en Suisse ; de même, le verbe speisen peut avoir un participe passé fort en Suisse et kreischen reste fort dans certains dialectes. Les verbes kneipen et spleißen ne s’utilisent guère que dans le Nord de l’Allemagne.

6.1.2 Groupe 2

Ce deuxième groupe contient tous les verbes dont la voyelle radicale est -ie-, à l’exception de liegen qui suit un autre modèle. Si le radical du présent est identique, celui du prétérit et celui du participe passé ont un -o-, lequel peut être bref ou long selon la même répartition que dans le premier groupe. Les deux exceptions sont bieten qui fait er bot et geboten, d’une part, sieden qui fait er sott et gesotten, d’autre part. On a ainsi fließen qui fait geflossen, riechen qui fait es roch, wiegen qui fait er wog et verlieren qui fait verloren.

Il y a trois formes un peu particulières à noter. Tout d’abord, jusque dans le courant du XVIIIe ou du XIXe siècle selon les cas, les verbes de cette catégorie avaient un présent en -eu- : par exemple, au XVIIe siècle, on ne disait pas er fliegt mais er fleuget. Ce changement de radical a totalement disparu, c’est pourquoi je n’en ai pas parlé, sauf pour bieten : on trouve encore à l’occasion, dans une langue extrêmement soutenue ou en poésie, les formes du beutst et er beut.

Ensuite, le verbe ziehen fait