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KARLLAsKE

Le

uler
nOir
François Genoud

Il

s'appelle François Gene"d. 11 .sc .itGyr, heh'éUquo. Il 0.1,
entre au Lrœ, !>t'ln(luicr, Et il 0"" thlNe AUX convictiOIl' oa1.ies qu 'ila
I o flichées des son joune âge. intégrant m~mp. l e5 scr."iCf'.... spéci aux
llu RClch o. 1940.
Agent li lt-éraire, fntAçols 0 moud ctllltrôlo OO llUis 19i>O la IlU l li.
caLion des œu\'res pos th UIMS des plus impo rtants dlrigcan,s nazis:
mtler. 80 1'1111,00, Goebbels. Banq uior, il j ouo un l'ÔI clé dans la
guerlll d'Aljé ric et. la circuh t ion des ronds OI)parLonanLau F..N,
croo la Banq ue commerciltl~ arabe, fait dispullÎt re lu ~ tréso' do
guerre. de la résistance al~éric nll c . Agent ~1écial , il esi un leJais
de filières d'é\'asion. fi nance J... défense d'Adolf Eichl1limn ct .:ellè de
Klaus Rarbif'i. De 1970 à 1975,Ies pl us radicè.ux des leaders
p;.!les'iniem ont recours à lui, notamment Il ic.h I~ m ircz Sanc hez.
dil Carlos.
,
Cr Il'est pa; scu lomcn les fi ls d'unfl ''1(' singJIii>re que Karllaskc a
l)8liemmc llt d~noués au prix d'une tnqu6t.e ninutieusfl el. tC13ce.
c'est la U1l1l0 sombre de no~rc histoire comnunro:.
M.rt La• ., n en 1959, e Ljourn alj~c UMrol-ion . Il est l':aulcur
de lrùs tHlilbreuses èlHluültS n Su i~, ll ot3mment su r los d rcu ilS
buncaires LLilisés par les mJieux POlilÎ(IUe5 rrança.is.

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LE BANQUIER
NOIR

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KARL LASKE

LE BANQUIER
NOIR
FRANÇOIS GENOUD

ÉDITIONS DU SEUIL
27, rue Jacob. Paris VI e

....... «Ipieo ou ~iono dmi_ a .llilldon coIie<1I.R 1996. <SI illicile el consIituo """ """"....2 ...r~ lOMionaI6o 1* . ~ i.... L.... intftd.i.ll< PlI quelque ~ QUe ce ooiI. . ....... du <le la l'r(~n/lt .... . IIeou>\!JIe. I. IIe<1 .... i..CE UVRE EST rom PAR HERvt HAMON A Michèle et d Antonio Sco/ari ISBN 2-02-0 12329-0 • C ~VRIE. de j'tuaeUtOll <le ICI OyoNs caIISC. J».. u. 1buLc rqftoenIltion 011 reprodIocIion Inotsnole ou I*\iello r.....nid. . le conotnl . wmONS DU SEUIL Le 0xIe do ..._ eoœ ..

François Genoud cultivait lui-même sa légende. j'ai désiré le re ncontrer à nouveau. le banqu ier Genoud est présent. j'essence de la grande folie du lUe Reich. Si c'est un homme. quand j'ai été de nouveau un homme libre. comment il occupait son temps en dehors de la polymérisation et de la conscience indo-gennanique. ÉditÎons nOt . et surtout. Mes prédécesseurs les avaient déjà posées. à Ouchy. • • « On le voit partout. Je n' ignorais pas que de nombreux journalistes m 'avaient précédé. semblait méfiant mais très sûr de lui. quartier qui longe le lac Léman. }) Malgré son deux. et Michel l afon. mystérieuses. pour celles-ci. comme le suggère Jacques Vergès. du même coup. Jacques Vergès. dans le lit également. il sent le soufre. dans le salon de l'hôtel Beau Rivage de Lausanne. il eût été facile. entre de ux êtres appartenant à deux. d'eOlrouvrir les coffTes d 'un service de renseignement et de fournir quelques extraits de sa biographie. et si je pouvais expliquer à fond la natu re de ce regard échangé comme à travers la vitre d ' un aquarium. il est sur le toit et dans la cave en même temps. celte réflex ion de Me Jacques Vergès résume bien la vie de François Genoud. il a les ailes du d iable. Chaque fo is qu' il y a un complot quelque part dans le monde. Paris. 1990. ct c 'est lui qu i fa it monter la mayonnaise I . soixante-quinze ans. François Genoud. 9 . Habitué à ce genre d'exercice. Mes questions év idemment n'étaient pas nouvelles. S'il avait été la victime d' une diaboli sation. Primo Levi. Car son regard ne fut pas celu i d 'un homme à un aUire homme. L'œil droit légèrement fermé. Ses réponses aussi devaient être identiques: ambiguës. s' il avait été un tant soit peu une cible ou un bouc émissaire pour des forces politiques. mondes d ifférents. non pas pour me venger. J'étais envoyé par un hebdomadaire pour l' interviewer.Avant-propos Je me suis demandé cc qui pouvait bien sc passer à l' intérieur de cet homme . j' au rais expliqué.ième degré. Or la 1. Le Salalld hmlineux. mais pour satisfaire ma curiosité de l'espèce humaine. comme Fantômas. J'ai rencontré l' ancien banquier pou r la premi ère fois le 15 janvier 1990. Elllretien al'l'C Jean-Louis Remilleux.

LE BANQUIER NOIR AVANT·PROPOS chronique offi cielle est restée très sommaire el secrète. Ses efforts avaient été constants: éditer les propos de table de Hit ler dès 1952. a cessé d'être actif sur ce plan. François Genoud. ont été réunis et photocopiés en 1971 par un centre d 'information bruxellois pro-israélien. « François Genoud est un pone-drapeau. preuve que personne ne lenait vraiment à ce que ces dossiers soient .. Quel sympathisant de Hitler pouvait en dire autant ? C'est lui aussi qui avait pri s soin de la défense d 'Adolf Eichm ann ou de Kl aus Barbie au moment de leurs procès. atteint par l'âge. expliquait-il à ses proches. Le TeSlOment politique de Hitle. maladie assez courante chez les personnes âgées. me laissant une impression de malaise el d 'incrédulité. Plus que tel chef de parti nostalgique. Son arcade sourcilière saignait.ffrait d 'ostéoporose. 3 1 aoQt 1994. Ainsi s'acheva le deuxième entretien. et sans doute J'un de ceux qui avaient ouvenemenl fail le pJus pou r la renaissance du national-socialisme dans le monde. écouter François Genoud consistait à plonger dans un autre monde. à un journaliste italien éberlué 2. Parallèlement. voOté sur cette chaise. et je le suivis. François Genoud fut hospitalisé. diffusés dans les pays du monde entier. Et il se mit à lire mon article. cette propagande a perdu son sens. il n'en a rien été : son rôle est passé inaperçu ou presque. et par la suite leur texte intégral . Il sou. li avait perdu l'équilibre sur le verglas. sans oublier les premiers extraits des journaux de Goebbels en 1976. ou tel propriétaire de journal. . pas un banquier ». Di fficile exercice.. TI me fit quelques commentaires critiques. Mais il insista. le même Françoi s Genoud était devenu le banquier du FLN algérien. elle l'emporta. Encore une fois. François Genoud n 'était pas décidé à me rencontrer. Quand je revins à Lausanne un mois plus tard. pui s un finan cier adulé dans les mili eux palestiniens les plus radicaux. Une ambulance était arrivée. François Genoud. Des ouvrages tradu its dans presque toutes les langues. Quand il évoquait avec commisération le sort des famill es spoliées par la guerre. D'ailleurs. li venait de se casser le bras. et me suggéra quelques corrections de dates el de noms propres. qui « avaient tout perdu » . déclara par exemple Bassam Abou Sharif. pour tenter d'obtenir un nouvel en tretien. On ne contestera pas ici le formidabl e potentiel de propagande qu' aurait pu contenir. chef des infonnati ons géné- 10 Il 2. il parlait de celles des chefs nazis. en 1960. Il l'ignorait encore mais il venait de se casser la hanche cl l'autre bras. en tout et pour tout. même s'il continue d 'avoir une importante activité éditoriale.. fil peu après son entrée dans le hall . miS au Jour. s'amusa d 'une formule. mais il se réta~ lit. mai s François Genoud est l'homme qui a fait plus que nous tous réunis pour la cause palestinienne ». Je l'attendais depuis dix minutes. L' hiver était au plus fort : neige et verglas recouvraient la ville. Je lui proposai de lui faire lire mon article à paraître et j'emportai ainsi sa décision. il y a vingt ans. l'un des leaders du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). . Il voulait absolument lire l'article que j'avais préparé. Quelques rares articles de presse. le 7 février 1990. la révélation de l'influence d ' un banquier nazi dans les cercles palestiniens. très embarrassé. li se fit conduire dans un des salons. Entretien d'Albeno Marientoni avec l'auteur. quand j'aperç us deux portiers de l'hôtel Beau Rivage s'élancer sous la neige avec une chaise roulante. tournant les pages avec difficulté de sa main plâtrée. au moment où les accords de paix israélo-palestiniens sont devenus une réalité.« Je ne suis pas d'accord avec ses idées. Év idemment. Et. François Genoud passait pour J'un des derniers représen- tants de 1'« internati onale noire ». m'expliquait Roger de Diesbach. la conversation n 'avait plus lieu d'être et je lui recommandai de s'occuper sans plus attendre des premiers soins. li avait perdu quelques centimètres. fort sommaires. interrompu périodiquement par la douleur de sa hanche.

et que je ne cherchais pas à revoir l'histoire des idéologies. . qui parfois tenait en quelques lettres. Un avocat socialiste lausannoi s raccrocha brutalement le combiné de son téléphone après que j'eus expliqué la rai son de mon appel. me confirmait un ancien agent du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (S DECE) qui l'avait connu dans les années soixante. obtenu de François Genoud des entretiens «check-i n » . 3. Tournant et retournant ces questions. mon maître! » s'exclama-t-il en levant les deux bras en l'air. ils le savaient. A ma connaissance. à quelques exceptions près. » « Comme Hitler. Ailleurs. on n'avait guère enquêté sur le financier suisse. De part et d'autre. de manière à vérifier un document ou un témoignage. Les clefs me sont venues natu rellement. « Je ne participerai pas à cette entreprise ». Cette réaction me convenait : il n'était pas question pour moi de soumettre ce manuscrit à son approbation. Une phase s'est achevée. en remontant Je fil de sa vie. une autre est en cours. répondit Genoud plutôl sèchement au téléphone. Ses amis et ses proches allaient adopter. comme d' autres confrères l'avaient fait avant moil. LI se croit chargé d ' une mi ssion : c'est la cont inuat ion de la guerre par tous les moyens. je l'interrogeai sur sa présence à certaines parties de chasse dans les environs de Tanger. y compris bancaires. L' admettre eOt été enterrer l'enquête. qui. m'expliqua un spécialiste du Moyen-Orient. pas du chasseur. au coup par coup. m' interrogeant sur ses nombreux secrets. Je suis du côté du gibier. allait envahir ce livre. François Gcnoud avait mélangé les causes et les engagements. la même li gne de conduite. de ma pan. ou moins six projets. comme disent certains confrères. et à recuei llir une confirm ation ou un démenti . L'amalgame. Certains témoins réagirent vivement à mon projet. » Or la guerre de François Genoud a commencé en Palestine en 1936.« Ce n'est pas un homme d'argent : c'est un fanatique ». la Seconde Guerre mondiaJe n'est pas teoninée. leur semblait-il. « Pour François Genoud. En 1993. les militants. c'est-à-dire de gauche et d'exLrême droite. du côté des« chasseurs de nazis ». contrairement au Reichsmarschall [Goring). EUe s'est poursuivie dès lors contre vents et marées. aux côtés du mufti de Jérusalem. serait inévitable. qui combattait l'arrivée des juifs d' Europe. L. agacés par l'analyse des connivences. Un ancien ministre algérien m' accusa de préparer un livre sioni ste. 12 K . je préparais un projet de livre sur Franço is Genoud. II s'insurgea : « Je n'ai jamais été pour la chasse. J'ai cependant.LE BANQUIER NOIR AVANT-PROPOS rrues au Journal de Genève. quand je lui annonçai quelques mois plus tard mon intention. J'expliquais à lous que je voulais comprendre un personnage et ses motivations. étaient méfiants. La priorité de Simon Wiesenthal ou de Serge Klarsfeld ayant toujours été la recherche des criminels.

pour n'être plus qu ' un petit-bourgeois insignifiant. Hcnnann Rauschning. . lui serre la main et lui dit trois mots. Pour ma part. Hitler s'approche du jeune Suisse. » • 1. Paris. je me souviens qu ' il éveilla en moi des émotions contradictoires.1 Les Suisses du Reich Françoi s Genoud n'a que dix-sept ans quand il fait la connaissance d 'Adolf Hitler à Bonn. il n'était question que de ses yeux profonds el bleus. En campagne de relations publiques. Or ses yeux ne sont ni profond s ni bleus 2. f . « C 'était l'émerveillement. 12 juillet 199 1."» U ne lui en faut pas plus pour tomber à la renverse. ») Hennann Rauschning. le grand tribun disparaissait. Niller m'a flil. mais c 'était la première fois que je pénétrais dans son intimité. Entretien avec l'auteur. parmi les membres du parti et les sympathisants.. 2. .] Quelle impression Hitler produit-il ? C 'est la question qu 'on pose à tous ceux qui l'ont approché. mai s à celte époque. C 'était un homme d'une grande éducation . « Quelques mOlS sympathiques. il est hébergé par des ami s de ses parents. se souvient François Genoud : "C'est votre génération qui fera l'Europe. 15 . dirigeant nazi du gouvernement de Dantzig. [ . Tout le monde le sait fort bien aujourd ' hui . le futur chancelier du Reich est J' invité d'un soir. nota-t-il.. Librai rie Somogy.. 1939.. U cédait toujours le pas 1. au mois d 'août 1932: « J'avais déjà rencontré Hitler en public. en 1932. Hitler avait un charme extraordinaire. propriétaires d 'une fabrique de papiers peints. rencontre Hitler à la même é poque..] Hitler n'a vraiment rien qui puisse attirer.. Dans ce cadre. viennoise .

les diri geants fronti stes demandent même à l'ambassade du Reich de finance r leur journal NatÎonale Front par l'achat de 3000 exemplaires quotidiens 6. A l'est les pro-aUemands nationaux-socialistes sont pui ssants. A Genève. chose facile dans l'atmosphère politique du canton vaudois. Le fII <Reich el ta Suisse. le 9 novem bre 1932. Daniel Bourgeois. Foin d 'esprit germanique chez François Genoud: d 'ailJeurs. D'origine française. Volontiers indiscipliné. de Savoie et de Corrèze par ses parents arrivés à Lausanne en 1870. car il est plutôt francophile./bid. contre la promesse de prendre en compte les désirs a1lemWlds.). Arborée. disputent la rue à la gauche avec presque au tan t de vigueur qu'en France. le haut du pavé est tenu par une organi sation cousine du Front nati onal: l' Union nationale. J'une de ses grand-mères est ang laise et s' appelle Colinwood. Les Lausannois s'y pressent par milliers J. pui s à Lausanne. 1974. bourgeoise. Et il souhaite voir son fils lui succéder. on le dit même un peu hostile à l'Allemagne et vivant sur le so uvenir de la Première Guerre mondiale. tel qu'on se le représente comm unément. faisant treize morts et soixante-cinq blessés. De tous les mouvements d 'ex trême droite. HistoÎre de 16 Lausann~. où le groupe local compte assez vite cinq cents sympathi sants dont trois cents membres act ifs 4 . la ville ne laisse pas dev iner la guerre sociale qui la secoue. 5. Chaq ue canton paraît attiré par le fascisme qui borde ses frontières. 17 . François Genoud suit avec engouement la montée en pui ssance du parti nazi. De leur côté. n'est pas banquier. li est devenu un inconditionnel de l'Allemagne. 2041 000 repas sont servis à la population ouvrière. La Baconni ~re. En 1936. cela représente une subvention de 300 marks par jour. qui viendront dès 1940 renforcer le pouvoir collaborationniste en France. ou futurs pétainistes. Accoudée au lac Léman. 6. il s'imaginait à l'opposé de 1'« esprit allemand ». Franz Burri reçoit 200 marks par mois pour ses « infonnations» 5. Boudry. sa presse et les d iscours de ses dirigeants en font une fonnation poljrique qui « s'apparente nettement au national-socialisme allemand ». la municipalité de Lausanne construit une infrastructure de loisirs. François Genoud n'est plus le même. le Front national est l'un de ceux qui retiennent le plus l'attention des Allemands. A 10 pfennigs l'un. fondée en juin A son retour d ' Allemagne. Payol. il se découvre le goOt de l'ordre. Fortement inspirée par les projets du Front populaire fran çais. son père lui a organisé ce long séjour studieux dans la fabrique de ses amis de Bonn. A Genève. Lausanne a déjà des allures de station balnéaire. bapti sée « Bellerive-Plage ». Jean-Charles Biaudet (éd. 4.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU REICH Depui s un an. La diversité linguistique et culturelle suisse impose un éclatement quasi géographique de l'extrême droite. Car François Genoud père. Comme son père. Lausanne. Sûrs de la bienvei llance allemande à leur égard . mais également les maurrass iens. Les rapports reçus par le ministère allemand des Affaires étrangères à son sujet concluent invariablem ent que ses directives. les organisations d 'extrême droite s uisses • 3. à l'ouest et au sud ce sont les fascistes pro-italiens. En 1933. le Parti socialiste ravit la municipali té au Bloc national. Ce parti est né en 1933 en Suisse alémanique. contrairement à bien des légendes. et va rapidement s'engager dans un groupe d'inspiration nationale-socialiste. Plusieurs de ses dirigeants ont la chance de recevoir secrètement des subsides allemands: le Dr Hans Oehler se voit allouer 800 francs par mois de frai s de déplacements. le cycle des manifestations et contre-manifestation s provoque l' intervention de l'école de recrues de Lausan ne contre le défil é antifasc iste. François Genoud choisit le Front national. mais lui aussi propriétaire d'une papeterie fondée à Lausanne en 1911 . Un Office du chômage est aussitôt créé. Après une première année d ' internat à Fribourg-en-Brisgau. Ce voyage d'études est un paradoxe. « Lau sa:nne est rouge ! » se lamentent les milieux bourgeois.

originaire des régions alémaniques. Selon une notice des archives fédérales sui sses. Une « querelle de chemises» oppose même le Front national à l'Union nationale de Georges Oltramare qui a choisi l' unifonne . ». La « colonne » de l' Union nati onale de Georges OItramare compte sept cents personnes. Les frontistes défi leront 8. ma is plu s tardi vement. Le 1er juin. des échauffourées éclatent fréqu emment à l' issue de ces défilés qui voient pro-aIJemands et pro-italiens au coude à coude. elle se signala avant tout à l'attcntion de la population par sa participation aux bagarres poli tiques de cette éIXXIue . L'une des premi ères revendications des « Jeunesses nalional es» est le port de l'unifonne dans les rues. L'Union nationale est accusée d'avoir opté pour une chemise grise identique « sans en avoir demandé l'autorisation » au chef du Front. A dix-hu it ans. Le premier parti qu'il fonde. cortège qui avait été interdit. l'espace politique de l'extrême droite à Genève lai sse peu de place au Front national . rapporte l'historien Roger Joseph dans son livre L'U" ion nationale. inspirée par un rapport de police.).LE BANQUIER NOiR LES SUISSES DU REICH 1932 par Georges Oltramare. il sera aussi très inspiré par Mu ssolini. Pas une force politique ne semble à l'abri de cet engouement vestimentaire. Les ultras sont en fin de cortège. est à l'image de ses journaux: antisémite avant tout 7. La tribune d'invités qu'il réunit le 25 décembre 1936 au Victoria Hall de Genève complète le tableau de ses sympathies: Léon Degrelle. il a publié Les Myst ères de Genève el les Juifs. il participe à la création des Jeunesses du Front national à Lausanne et Genève. il s'est illustré assez vite par la rédaction de virulents pamphlets antisémites. la tenue d'apparat leur est refusée par le pouvoir socialiste genevois. « Pendant que les jeunes socialistes défilaient sans ennuis avec l' unifonne marron . A celte occasion. Ain si occupé. 19 .1'auteur. Roger Joseph. 7.. Dans sa rubrique « Sans laisser de trace». La Baconn i èr~ . Ohramare a publi é ses premiers articles dans le quotidien La Suisse en 191 8. Oltramare aime par-dessus tout s'en prcndre aux commerçants juifs de Genève. Concerne uniquement la période 1934.) lui ont valu le surnom dc Géo. l'organisation du cortège fronti ste est très méticuleuse. Mélange suisse ou question de proximüé. Journaliste. L'affrontement le plu s retentissant oppose le Front national à la po li ce lors du défil é du 1er juin 1935 8. mai s celui-ci fi gure parmi ses premières références. Charles Maurras et Louis Darquier dit de Pellepoix. 9.1944. A leur grand mécontentement. O. Avec d'autres camarades. L'Union nationale. En 1923. les mouvements nationalistes prennent effectivement part à la commémoration du « Port Noir ». Tell e que l'annonce le journal La Suisse. Le Front national a lui au ssi battu le rappel de ses troupes qui manifestent avec une di scipline quasi militaire. l'Ordre politique national . Genoud n'a pas encore fait la connaissance d 'Oltramare. il est « appréhendé à Genève alors qu'il parti cipai t à une bagarre qui s'était produite lors d ' un cortège organi sé pur le Front national . Genoud fut poursuivi pour outrage et rébellion aux gendannes 9». Note des arch ives fédérales transmise 1!. Ibid. accompagné d' une centaine de sympathisants en rang par quatre. 1975. qui restera durant plusieurs décennies la personnalité emblématique de l'extrême droite suisse. Baudry. et lancé le premier numéro du journal qui le rendra cé lèbre: Le Pilori. où ses initiales (G. et plus spécialement « aux grands juifs rapaces ». qu'il ira visiter en grande pompe au palais de Veni se à Rome. li eu de débarquement en 18 14 des forces suisses confédérées. 18 « La section de Genève du Front nat ion al ne COllsli tuant pas une force électorale. 1932-1939. . Franço is Genoud fail parti e des douze manifestants interpellés ce jour-l à. se souvient Franço is Genoud. Le Tout-Genève politique et militaire se presse au défilé qui réunit près de douze mille personnes. Depuis le mois de févri er 1935.

« donL quelques-uns pleuraient de rage de voir leur drapeau déchiré ». » Guido Pozzi. En Sui sse alémani que. François Genoud. «se passent les drapeaux et réussissent à en faire disparaître trois pendant qu ' une bataille se livre autour du quatrième n » . J' ai été arrêté avec d ' autres. U ne revoit pas Hitler. • 20 14. est gri èvement blessé à l'œil dans les locaux de la Sûreté. Sans ménagement. Le conseiller communiste Nicole. la nouvelle bannière qui sera portée roulée jusqu'au monument nationa] . p. Le premi er à être interrogé a été passé à tabac par les policiers. La presse s'alarme effectivement de l'attitude des poLiciers. sous les cris de : « A bas Nicole! » (le conseiller communiste). 5. 1. 5 juin 1935.reforment un cortège. discours du chef de la garde du drapeau. les gendarmes ont été poursu ivis pour violences 12. je n'ai pas été poursuiv i pour rébellion. Les festi vités du Front national sont interdites. ils vont vers les drapeaux. Les fronti stes.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU RE ICH « dan s l'ordre sui vant: avant-garde et tambour. Celui-c i est déroulé dans une atmosphère tendue. Contrairement à ce qu'affinnent les archives fédérales. discours des chefs des délégations confédérées. les nationaux-soc iali stes sont en pleine rad icalisation: en févr ier J 935. 10. Lo Suim. Le Grand Conseil de Genève est interpellé par plusieurs partis lu i reprochant les violences policières. Alors que la po lice demande la dispersion. chef du «groupe régional suisse du Parti nat ional-sociali ste allemand ». son visage émit en sang. Dans le canton de Zurich. « Nous sommes alors parus de notre côté. Interdite aussi l'inaugurati on du drapeau à croix blanche. En 1935. est libéré après quelques heures de garde à vue. mais c'est une nouvelle foi s l'enthousiasme. le Front national procédera ~ l' inauguration de sa nouvelle bannière: chant. Toute la presse a protesté. La Suisse. La Suisse. raconte François Genoud. lui . » Les gendarmes qui entourent les fronti stes dès la fin de la manifestalion officielle en ont décidé autrement. Wilhelm Gustloff. tout en notant que les (rontistes arrêtés étaient en possession de matraques et de po ings am éricains. drapeau d ' une section confédérée. Entretien avec J'lIuteur. 13. groupe des sympathisants . arrière-garde. se défend en arguant du fait que les fron listes étaient venus en renfort de Lausanne et de Suisse alémanique 13. sections genevoises. Le Conseil fédéral réplique sans tarder en interdisant la direction centrale et les directions régionales du Parti nat ional-socialiste en Su isse. Après cela nous n 'avo ns même pas été interrogés. Légalement dési12. membres du directoire cantonal. de Lau sanne. ordonne par exemple aux cinq mille nazis suisses la prestation du sennent d '« obéissance absolue à Adolf Hitler et aux chefs par lui désignés 14 ». el la bagarre a eu lieu. François Genoud venait. Par contre. rejoindre le local de la rue Verdaine qui n 'était pas loin . La première charge de police se solde par plus ieurs arrestations. selon le reporter du journal La Suisse. on fenne égalemen t les bureaux de l' Association féminine nationale-sociali ste et l' Association des étudiants allemands.. et « Les soviets au poteau! ». 1er j uin 10. les papeti ers. membre du Front nationa l. Mais les manifestants ils sont cent cinquante à peine . discours du chef cantonal. Gustloff sera assassiné le 4 fév rier 1936 à Davos . 1J. le groupe se met en marche au son du tambour. La bousculade commence. [. serment du banneret. 1935. détachement des jeunes frontistes. La police nous a une seconde fo is barré le passage. ] Après la cérémonie. p. Franço is Genoud retoume en Allemagne. II janvier 1993. chez les amis de son père à Bonn. 2 juin 1935. détachement des camarades confédérés. 21 . Trop tard : les gendannes genevois se fraient un chemin parmi la foul e. il est vrai.. Puis une première bagarre. chant et départ de la colonne 10. Les manifestants font cercle pour empêcher la saisie des bannières. p. chef du département Justice et Police du canton de Genève.

François Genoud passe soixante-sept jours à l'école des recrues. A mon retour. la Suisse n'a pas d 'hommes qualifiés qui pourraient parer l'attaque des juifs t8. Les Protocoles des sages de Sion :faux et usagel d'unfaux. membres du comité d 'organisation. d 'éminents représentants du mouvement sioniste présents au congrès de Bâle viennent témoigner au procès: notamment Nahoum Sokolov et Max Bohenheimer. p. Die Tagebücher des Dok/or Josepll Goebbels. les gens de droite. son processus et son but fina l. note Hitler dans Mein Kampf. qu i ne s'attendaie nl pas à une telle contre-attaque. 22 • 17. Theodor Herzl. la communauté nationale n 'étaient plus divisés 15. Le tex te est pour l'essentiel le plagiat du Dialogue aux enfers entre Machial'et et Montesquieu publié par Maurice Joly en 1864. Berg Inte rnational. Les frontistes. Afin de prouver l'imposture du document. ce partisan de J'ordre n'apprécie pas la soldatesque. et. des professions libérales. Hitler met aussi tôt en place les fondements de sa dictature. mais aussi de la presse. 321. les juifs sont écartés de la fonction publique. que ses diffuseurs ont eu l'idée de l'attribuer au fondateur du sionisme. rue Dessauer. il déclenche rapidement une vive réaction de la communaulé juive. « J'aime bien la discipline mais je n 'aime pas être en bas ». demandem de l'aide et des fonds à Alfred Rosenberg. l'essent iel est qu'elles montrent avec une exactitude effrayante la nature et l'activité du peuple juif. cela est complètement indifférent. 23 .5. On présente la copie des minutes du congrès sioni ste.là. l'âge du service militaire. après moult éditions. ParadoxaJement. maJheureusement. » Des experts sont nommés : Je Dr Arthur Baumgarten de la faculté de Bâle pour les plaignants. Présenté comme un programme secret de domination du monde par " internationale juive. » Q uand le Front nalional entreprend sa d iffus ion dans le canton de Berne. tout le monde était au travail. du moins en Suisse. U en sort sans grade. de la radio et du cinéma. op. » Une source allemande confinne la présence de Genoud en Allemagne celte année. Peter-Ferdinand K och. « De que lles têtes juives sont sorties ces révélations. le futur ministre du Reich pour les territoires occupés de l' Est et l'un des « découvreurs» des Protocoles au parti nazi. le pasteur MUnchmeyer La même année. Voir Pierre-André Thguieff. des universités. Fileta. «En 1932. le congrès du parti nazi à Nuremberg proc lame la «séparation biologique » entre juifs et aryens. l'usine était agrandie. Mais nous vivions une atmosphère fo nnidable. du théâtre. En 1935. 1992. n aurait d 'ai lleurs an iré l'attenti on de l' ambassade de Suisse à Berlin pour des raisons administratives 16. Incorporé dans l' infan terie. la moitié des us ines ne travail lait pas. un procès littéraÎre mobilise les sympathisants du Front national. est un grand classique de la propagande nazie t7 • C'est en 19 17 seulement. U aurait été quelques semaines en stage dans une banque berlinoise. 16. 12 juillet 1991. Le tl/ eReich el la Suisse. la Bank fur Landwirtschaft (Banque agricole).. 18. « Tout ce théâtre juif à Berne est directement d irigé contre l'Allemagne nationale-socialiste. Le peuple. S 'appuyant sur une loi contre la « littérature de bas étage» (Schundliteratur J. Sans dou[C est-il trop marqué par ses idées de rébel lion contre un pouvoir qu' il juge communiste et maçonnique. ce pamphlet antisémite. Le propriétaire n'étaü pas nationalsocialiste. réd igé par des 1. 1988.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU REICH gné chancelier par le président du Reich en janvier 1933. Cité par Daniel Bourgeois. 50 % des ouvriers étaient au chômage. A son retour. se souvient François Genoud. Dès le mois d 'avril 1933. et de présenter les Protocoles comme un doc umen t authentique rés ult ant du congrès sionisle de Bâle en 1897. écrit l' un des fro ntistes à Rosenberg en novembre 1934. éléments de la poüce tsariste dans les années 1897. Entretien avec I·auteur. résumera-t-il plus tard. il a vingt ans. deux plaintes sont déposées par des insti tutions juives dès 1934. Le mouvement de François Genoud a en effe t introdu it en Suisse Les Protocoles des sages de Sioll. cit .1898. Le national-sociali sme avait réuni les gens de gauche.

Bauverd el Genoud dessinent leur parcours au crayon. » Bauverd lui promet une « vie dure » et le met au défi de « risquer sa peau ». En 1936. A vrai dire. ainsi que son «expert » ès Protocoles. Alexandrie et enfin l 'halie. Quell e autre issue. Une enquête est ordon née et une perqui sition effectuée au domicile du chef de district du Front national pour le canton de Berne: Boris Toedtli La police découvre chez lui de quoi ouvrir un tou t au tre procès. de marque tchèque: une « Aéro ». François Genoud part découvrir l'Orient. Toedtli est inculpé en vertu de la loi sUÎsse sur l'espionnage. après« dix ans de bourrage de crâne à l'école officielle. et enfin l'Lran. il quille Erfurt et va s' installer à Francfort au mini stère de la Propagande. chrétien panarabiste et sympathisant fronli ste. puis Le Caire. Le 21 juin 1935. Le pasteur meurt pendant le procès mai s iJ est aussitôt remplacé par le lieutenantcolonel Fleischauer. sur une guimbarde. et l'lnde jusqu'à Calcutta. propose Bauverd. ils traverseront l' Europe centrale jusqu'à Bucarest. va leu r rédiger quelques lettres d'introduction qui leur seront fort utiles à Bagdad et Jérusalem.LE BANQUIER NOI R LES SUlSSES DU REICH d'Oldenbourg pour les frontistes. En revanche. dont il d6pendait dÎrectement . qui transmet ces informations à la Gestapo. et l'écrivain suisse Carl Albert Loosli. place de la Riponne à Lausanne. avec l'appui d'un réseau d'aclivi stes du Front. c'est bien le diable si nous ne découvrons pas un "filon" en chemin. 8auverd cannait personnellement Oltramare. Wùliam de Neville. ou qui se rendent à la synagogue! Le réseau Toedtli dispose également d'un compte bancaire approvi sionné par la « Fraternité panaryenne» que dirige Fleischauer à Erfurt. Une plainte de Loosli donne alors une dimension inattendue au «procès des Protocoles ». Enfin. frontiste lui aussi. en compagnie d'un ami lausannois. Bauverd a été candidat en 1934 sur les listes de la Ligue Justice et Police.es: ils verront Bagdad. Il a égalem ent soutcnu la campagne pour le plébi scit e vi sant à l'interdiction de la francmaçonnerie en Suisse.. C'est sur ce chemin du retour que Genoud et 8auverd découvriront ce« filon » qu'ils espèrent : le nationalisme arabe. puis la Turquie. Ils peignent en lettres capitales Je nom de leur expédition sur le capol el les portières de la 24 • 25 . son idée est piochée dans les magazines de l 'époque: la mythique « Croisière jaune Citroën » a conduit des dizaines de véhicules jusqu'en Chine en 1932. dit ~ i1. Muheddin Daouk. Le retour se fera par d'autres roul. le fondateur des magasins Migros la grande surface aujourd'hui omniprésente en Suisse -. un tiers expert désigné par le tribunal. Ensemble. Un jeune Syrien habitant Lausanne. . Sur un atlas. est l'un des rédacteurs du Pilori. même si Jean Bauverd. directeur du Welrdienst (Service mondial). L'officier lui a même indiqué la manière de prendre en photo discrèlement les personnes qui assistent au procès de Berne. « Disparaissons au fin fond de l'A sie. Jérusalem . l'Afghanistan. le lieutenant-colonel a chapeauté les accusés fronti stes tout au long du procès. Les documents saisis ne méritcnt pas de longues explications: Toedtli faît du renseignement. a déjà plus d'expérience. Fleischauer ne réapparaitra pas en Suisse après son inculpation. légèrement plus âgé. lis ont 1'0us deux fréquenté le Collège classique. dont l'une des têtes d'affiche n'est autre que Gotlib Lut weiler. organe de propagande antisémite du Parti national-sociali ste allemand . La police suisse découvre qu'en fail d'« expert ». il s partagent les mêmes convicli ons politiques. Le voyage s'appellera r « expédition Suisse-Asie ». L'écrivain a constaté qu'il est l'objet d' une sUlVeillance di scrète. Partant de Lausanne. laïque et obligatoire »? Il décide son camarade. ils sont déjà partis pour de grandes randonnées en montagne. Son oncle. Damas. final ement repoussée par 515000 voix contre 233000. U passe au crible le passé et les activités des personnalités suisses que lui signale Fleischauer. Jean Bauverd. Leur «guimbarde» est une deux cylindres cinq chevaux.

1938. 26 • 20. En guise de financements. Kerkouk.I est suisse. commence à se venger de la perfide Albion par les moyens les plus divers 20. Berne est sur leur chemin. Perrault. l'auto roule sans effort sur les splendides routes macadamisées qui. Pressés de quitter l'Europe. Kerkouk compte plusieurs stations. l'un vers Tripoli. il s découvrent des pistes plus habituées aux sabots du bétail qu'aux roues de voi ture. «Les foml alilés de douane sont tenninées. 21. Genoud et Bauverd sont présentés au futur shah d' iran. Un soir. qui traversent mille kilomètres de désert. de Fribourg-en-Brisgau. il s'appelle Hunziker. vont récupérer leur richesse pétrolière. eu égard à la réputation de son père. Rav i de trouver deux compatriotes égarés sur une terre si lointaine. A Téhéran. Us vont passer plus d'un mois en Iran. le gisement ne doit redevenir irakien qu'après quatre-v ingt-dix ans d'exploitation. d'immenses flammes font rougeoyer le ciel du désert. ils 19. il les invite et leur fait visiter son domaine. Et anivent bientôt au désert. ils doivent se munir de planches pour passer les rivières sans pont et les marécages. Jean Bauverd. protégés par un poste de garde 10us les vingl kilomèlres. le directeur de la compagnie pétrolière remarque leur immatriculation helvétique el se met aussitôt à leur chasse. Rapidement. Hs traversent les routes sinueuses d 'Anatolie. bien des années plus tard. François Genoud contemple l'un des premiers gisements d'or noir de la région et songe avec son camarade Bauverd que « les requins ont bien combiné leur affaire» : en effet. les deux voyageurs dînent avec l'un des ministres du shah. « Une rupture accidentelle est toujours poss ible. En Thrquie. Enlretien de François Genoud avec l'auteur. et passent volontiers la nuit dans des fennes. L'expédition Suisse-Asie se poursuit. Aux abords des puits. ils chargent leur voiture avec application et partenlle lendemain. raconte Jean Bauverd. un peu partout dans le monde arabe. ils rencontrent un autre Suisse. Ibid. ils travailleront avec les hauts responsables nationalistes qui.» Sans doute Bauverd et Genoud songeront-ils à la citadelle de Kerkouk quand. 27 . lis quittent la Suisse. justement irrité par la politique anglai se en Palestine. Neuchâtel. qui dispose de meurtrières et de tourelles blindées. C'est ici. qu'a été fondée l'Irak Petroleum Company. Kerkouk est le point de départ de deux pipe-lines. monarque fort «qui faisait trembler ses ministres 21». Voyant passer leur voiture. par une clause néocoloniale classique. l'autre vers HaYfa. Ils se font naturellement éconduire. et prend certains jours des allures de véritable aventure. ils ont recueilli quelques chèques. Partout des croix gammées sur des drapeaux rouge sang! Des bras qui se lèvent à gauche. et l'inlérêt du journal La Suisse pour leur périple. Ce dernier est l'hôte du Palais depuis qu'il s'esllié d 'amitié avec le jeune Pahlavi dans un collège aristocrat ique suisse. Le 12 mai 1936. cn 1920. en des saluts joyeux et convaincus! Des heil! intenninables et des fanfares! Toutes ces démonstrations d 'enthousiasme juvénile dans un cadre printanier admirable. 1·' septembre 1994 . L'un et l'autre ont déjà un sens inné de la provocation ct une pincée de mégalomanie. ils font le plus de route possible et lutlent déjà pour ne pas s'endonnir au volant. Malgré son lourd bagage. composé d ' immenses réservoirs. qui leur fait une pâle impression. Le monde arabe. I. Victor Attinger. Ils ne trouvent pas toujours d 'hôlel. Sur la route de Kaboul. essentiellement anglais. réunissant des capitaux occidentaux.» La « Croisière jaune» des deux Suisses n' est pas de tout repos.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU REICH voiture. nous mènent à la frontière tchèque par Stuttgart et Nuremberg 19. mais repartent galvanisés. Genoud et Bauverd visitent ces instalJations conçues pour mettre l'or noir à l'abri : le complelte pétroli fè re est un fortin . ExpMiliofl Suiss/!·Asi/!. Nous roulons sur le sol gennanique. à droite. Us s'arrêtent devant le Palais fédé ral et décident d' aller faire signer leur « livre d 'or » au président de la confédération.

Ibid. du Hedjaz . Peu de choses nous permcllent de confirmer cette hypothèse. Roger Faligot et Rémi Kauffer. « Je suis arrivé le jour du premier coup d 'État nationaliste dans un pays arabe ». «N'ayant. 22. Fritz G robba. Ainsi l'annoncent les papi llons que des avions répandent par milliers sur la cité. Fayard. vient en effet de prendre le pouvoir. Fawzy demandera une assistance finan cière. Passé Delhi . Ils se retrouvent à Bagdad où la situation politique est plus qu'agi tée. » La politique reprend le dessus. ciro 28 du Reich : 30000 en \933. condamnés à mort par l' Angleterre. Expiditio/l Suisse·Asit. Avant que s'ébauche l'idée de la « solution finale". Bernard Lewis. Jean l3auverd. Les ém igrants juifs arrivent donc en Palestine en grand nombre avec l'assentiment Il s représentent alors 30 % de la popu lat ion de Pal estine. Ils s'échappent à cent à l'heure. à l'ambassadeur d 'A ll emagne à Bagdad.42000 en \934. Jean Bauverd le devance sur le chemin du retour. . justement. 23. 25. » Leur souci de réserve diplomatique dans la région s'accompagne des atermoiements de la politique du Reich vis-à-vis des juifs. U Cro. Sur le déploiement de la diplomatie allemande au MoyenOrient depu is le débul du siècle el les IIclivirés des« Lawrence du Kaiser». entre deux étapes. le général Béchir Sidky. Paris. la politique des Allemands est assez bien résumée par la formul e de Bi smarck: «Toute la question orientale ne vaut pas les os d'un seul grenadier de Poméranie 25. Pl us loin. Bauverd appuie sur l 'accélérateur. Ce qui n'exclut ni leur soif de rencontres. «Un gouvernement nationaliste remplace J'ancienne équipe de voleurs. il tombe gravement malade dans la voiture. ils doivent se défendre comre des loups qui couren t après la voiture. Françoi s Genoud est presque à l'agonie.. François Genoud doit passer plusieurs semaines à l'hôpital . Hélas. 24. de leur point de vue. Des balles percent la capote de leur cinq-chevaux.mnt el fa CroL'f gommlt. Paris. 1987. «chef suprême de l'armée révolutionnaire» palestinienne. Des troupes défilent aux acclamations enthousiastes d ' une foule surexcitée 23. Us atteignent la ville en pleine nuit.s. Il nous annonce pour la fin de 1937 le soulèvement géné ral des Arabes de PaJestine. Nous avons la chance d 'y rencontrer tous les grands chefs palestiniens. Albin Michel. 1990. « Bagdad se révèle à nous le centre du nationalisme arabe. et d 'ailleurs encore!" Au mois de décembre 1936. Similes el Antisémites. rappone Jean Bauverd. " émigration des juifs alJemands est considérée comme l'un des moyens de régler le« problème juif ». « Fawzy Bey nous racome quelques épisodes de la lutte qu'il mène contre l'''oppresseur parjure". Son camarade le conduit dans une clinique suisse qui diagnostique immédiatement une fièvre typhoïde aggravée d'appendicite aiguë. Françoi s Genoud le rejoindra par bateau une fois rétabli. tan t qu'ils garderont l'espoir de rester en bons tennes avec la Grande-Bretagne. et éventuellement m ilita ire. • 29 . François Genoud les éloigne tant bien que mal à coups de hache dans l'air. op. poursuit Jean Bauverd. Certains observateurs ont d'ailleurs souvent suggéré que l'expédition « Suisse-Asie» avait pu être la «couvenure » d'une tournée plus politique au Moyen-Orient. La jeunesse des deux protagonistes nous pousserait plutôt à l'écar- ter tota lement. appuyés par leurs frères de Transjordanie. ni leur volonté évidente de lisser des liens avec des nationali stes au gré de leur voyage. ce 28 octobre 1936. Pressé de reprendre la route. les diplomates allemands sont alors bien loin de partager l'enthous iasme des deux visiteurs sui sses 24 • Comme le relève Bernard Lewis. Des liens qu'i ls mettront à profit dans les années à venir. Mais Us l'ont fait à la lumière de la longue carrière des deux amis.LE BANQUIER NOIR LES SUtSSES DU REICH sont attaqués par des bandits. Le chef d'état-major de l'armée. valets de j'Angleterre. voire d ' une mission de renseignement.6 \ 000 en \935. se souvient François Genoud 22. " François Genoud et Jean Bauverd sont reçus par Fawzy El Kaukji . aucune chance de se réaliser. Jean Bauverd choisit de parcourir d'une traite les sept cents kilomètres qui les séparent de Calcutta.

el des press ions qu 'il a exercées sur les autorÎlés allemandes pour que soit préférée la déportation des juifs en Pologne à leur immigration en Palestine. Thomas Yoselorr. 1965: et aussi: Maurice Pearlman. qu'ils ont dynamité des ponts. qui préconise la création de deux États séparés. Mais la ville les « déçoit profondément » et même les « écœure ». Chaque fois que nous avons eu affaire à lui . ou un profond choix idéologique en s'alliant à Hitler? François Genoud y voit. The Story of Hadj Amin el Husseini. ils peuvent passer sans plus d 'encombre. « La P~ estin e est en pleine effervescence. Parmi diverses biographies du mufti. Colombin University Press. mais pl us anCÎenne: Jose ph Schechtman. le mufti a dirigé la révolte arabe déclenchée quelques mois plus tôt.LE BANQUIER Nom LES SUISSES DU REICIi l'idée d'un État juif ne constituait pas un vrai problème pour les Allemands». l' un juif et l'autre arabe 26. Ils ne sont plus très loin de Jérusalem. Ce drapeau a « une signification désagréable» pour les deux voyageurs: « Il nous promet des enn uis immédiats.« TI ne vaut pas la peine de s'arrêter aux quartiers modernes.les légions de volontaires arabes de la Waffen SS. François Genoud et Jean Bauverd quittent Bagdad pour se rendre à Jéru salem. 1947. Les troi s biographies qui lui onl déjà été consacrées en témoi gnent. ou simplement que des inconnus ont attaq ué des automobili stes. 28. désobligeant ou vil. Et il sou lignera souvent l'influence du chef palestinien sur son engagement pro-arabe 28. ]0 octobre 1991. The Mufti of Jerusalem. » L' arrivée des Suisses a-t-elle été signalée par des «espions» de Bagdad? Reste qu'une fouille complète de la voiture est aussitôt entreprise. 1988. Genoud et Bauverd arrivent à Naplouse à un moment critique: on tire dans les rues. Cet engagement semble effectivement corroboré par les nombreux documents et textes du mufti publiés aprèsguerre qui témoi gnent de son rôle dans la levée des volontaires arabes dans la Waffen SS. Les nouveaux immigrés y promènent partout leur morgue. président de la commission royale britannique chargée d'examiner le problème de la Palestine. Voir notamment C Hebdo liblr~ (Alger). malgré sa volonté de réhabilitation: Philip MaltaT. Les deux Su isses ne s'arrêtent pas. leurs gros havanes et leurs diamants. car l'Anglais est notre ennemi numéro un. un raUiement idéologique. « II n'est pas étonnant que l'An gleterre entretienne dan s cette ville une année d'espions! On dev ine partout l'œil et l'oreille de l'Intelligence Service ». à moins qu'ils n'a ient assass iné quelques personnes dans un village ou un autre J ~) 26. Pour toute cette période. ils aperçoivent le drapeau anglais. Les soldats anglais quadriIJent les artères. accompagné de la levée de plusieurs divisions armées. on préférera la plus récente. }) A Jérusalem. les cheveux crépus et les narines du quatrième su ffi sent à l'identifier ». 30 27. Le mufti lui -même est un personnage historique controversé. La diplomatie allemande va cependant évoluer à la lecture du rapport de Lord Peel. Chef du Haut Com ité arabe pour la Palestine. Cette rencontre. est le deuxième événement politique majeur dans la vie de François Genoud. pour sa part. Après avoir rencontré les leaders palestiniens en exi l. note Bauverd peu avant de quitter Bagdad. University of Texas Press. rappelle Bernard Lewi s. note Jean Bauverd. Victor Gollancz. Arrivés à la frontière de la Palestine. 1985. EI-Husseini a-t. La fouill e terminée. Son engagement résolu aux côtés de Hitler en 1941. sera au cœur de ces débats historiques. on se reportera à la riche élude de Francis R. Mufti of Jerllsalem. il s'est montré grossier. Nîcosia. Genoud et Bauverd sont reçus par le grand mufLi. Trois sont de jeunes foncti onnaires britanniques longs et secs. The Mufti and the Fuehrer. triomphe du veau d'or et de l'horrible. pour les dévaliser. Hadj Amine el-Husseini. Il n'est de jour où le monde n'apprenne que des terrori stes ont fait dérailler un train bourré de soldats anglais. à figure poupine et fadasse. Plus critique. The Tllird Reich and the Palestine Question. 31 . « Quatre inspecteurs se mettent de la partie.il fait un choix tactique. le 25 avril 1936 TI. anti-anglais. après celle de Hitler. Il reverra de nombreuses foi s le mufti tout au long du siècle.

il hurle à la fou le: « Voici votre roi ! » A quoi la foule répond : « Dieu sauve le roi! » . On y brOie des livres re lig ieux juifs. avaient été mufti avant lui . li rejoint la cour du roi Fayçal à Dam as. nom arabe du mur des Lamentations. Paris. Un an durant. lin pt!uplf'. Il est devenu « pro-anglais » pour peu de temps. le futur muft i est condamné à dix ans de prison par contumace. roi de Syrie. où il ne reste pas un an. avec la charge de superv iser les écoles et les tribunaux is lamiques. EI-Husseini lance un appel à la révolte et. les Anglais le retrouvent par hasard.» Le mufti a pris contact avec le consul allemand à Jérusalem dès l'arrivée au pouvoir de Hi tler en 1933. 33 .LE BANQUIER NOIR Le mufti est d'emblée une figure plus politique que religieuse. Amine se d istingue peu à l'université islamique al-Azhar au Caire. au versant est de la mosquée al-Aqsa. Là. Plus ieurs juifs sont tués et de nombreux autres blessés. il endosse l' unifonne de Fayçal. mais l' importance des terres appartenant à la famille el-Husseini lu i confère une grande influence. semble+il. A la mort de son demi-frère. 1" « Arab Club ». le mu fti Kamil . Mustapha. « Le bilan de ces journées de violence aveugle est extrêmement lourd.mir et sur les bords de la mer Noire par « loyauté pour l' islam contre les arm ées chrétiennes» anglaises. Un document du mini stre des Affaires étrangères. 1984. le mufti a mené la campagne « AI Buraq ». un enfant j ui f est tué pour une balle qui a roulé dans un mauvais carré de tomates. Amine dev ient le président de l'un des rares groupes palestiniens d 'a lors. ses émissaires vont relancer Fritz Grobba. deux mille personnes se réunissent sous les fenêtres du mufti . En janvier 1937.. si ce n'est le fait que son grand-père. Neuf voix seulemen t se portent sur son nom . Le 23 août. Les Palf'stinit!ns. Déjà. Amine est finalement propulsé mufti par les autorités ang laises. Le Sycomore. la diplomatie allemande s'cst innéchie. note Xavier Baron : 133 juifs tués et 339 blessés. puis reste caché par une tribu bédouine. fran çaises el russes . Le 17 août. Au milieu de centaines de fu sils bédouins. à l'occasion d ' une visite de Sir Herbert Samuel. qu i s 'est allié avec les Anglais pour bouter l' armée ottomane hors de Palestine. pour qu 'une aide matérielle el financière soit accordée aux mouvements palestiniens. Son rôle dans les émeutes d'août 1929 est aujou rd'h ui encore l' objet de débats hi storiques . 116 Arabes 0 0l été lués. Xavier Baron. Tenu pou r responsable des affrontements. une manifestation tourne à l'émeute à Jérusalem à l'occasion des fêtes de Nabi Mussa. Rien. montre qu'on ne voil aucunement d'un bon œil l'instaurati on d'un État juif ou «à dominante jui ve ». Après avoir fait le Hadj (pèlerinage à La Mecque et à Médine) avec sa mère en 19 13. brandiss an t un portrait de Fayçal. décrétant le li eu «sacré » pour les musulmans Cl interdit pour la prière des juifs. qui constitueT'dit « une pos ition de force protégée par le droit inter29. Ia stalure d 'Amine a donc déjà grandi: sa fami lle et ses proches 32 LES SUISSES DU REIC H panarabistes espèrent le voir reprendre le flambeau religieult. au moment où de nouveaux troubles entre Arabes et jui fs viennent de faire près de cinquanle morts de part et d 'autre. Le rassemblement tourne encore à l'émeute. ambassadeur allemand à Bagdad. Hadj Am ine el. tout en étant employé par l' admi nistration militaire de Jérusalem. et son demi-frère. Amine suit les cours de l'académie militaire d'Istanbul. Le 4 avril 1920. ne le prédisposait à occuper des fonctions reli· gieuses. En février 19 17. principalement par des Arabes . von Neurath. voit son pouvoir grandir en 1922. Panarabe dans l'âme. en 192 1. Les affrontements débutent ct se répandent. Kamil. surtout par les force s britanniques 29. lorsq ue les Anglais le nomment président du Haut Comité musu lman..Husseini . La fonction religieuse n 'est nullement héréditaire. Enrôlé dans l'armée turque en 19 14 (la Palestine fait alors partie de l' Empire ottoman). avant de servir comme officier à Iz. Mais le collège électoraJ de deux cents notabilités musulmanes lui refuse encore cet honneur. Il se destine déjà plus certainement à la vie politique. Je haut-commissaire britannique est contraint d 'annoncer sa grâce. le mufti . La ville s'embrase .

En févrie r 1937.. Friedrich Eisenegger. emprunlent J'escalier. et leurs membres « reçoivent l'ordre» d'adhére r à l'Union nationale . 35 . cette rencontre marque le premier jour de son «engagement pour le nationalisme arabe 30. trahit la chrétienté pour Israël! » écrit-il. Découverte. "Vous qui êtes francophones. Le 25 décembre. où ces propos SOn! rappon6s dans des tennes voisins. «Le grand mufti parlait très bien le fr. spécialiste de la «question juive » . Le grand mufti est un homme d ' une cinquantaine d 'années. l'une des choses les plus importantes. Un dirigeant du Front national. et qui avez ces sentiments à l'égard du nationalisme arabe. [) a un type assez COnt mun chez les Arabes du Levant : cheveux blond-châtain. compte tenu de ses rencontres avec l'état-major pal estini en un mois plus tôt. celte démarche provoque un scandale qui aboutit à la déconfiture des frontistes en Suisse romande. 32.» François Genoud est frappé et surpris de ce conseil venant d'un « homme qui avait ces responsabilités en Palestine» : « n pensait au Maghreb . au cours de l'été 1936. Ce qui est vraisemblable. Bernard Lewis. Concl usion de Jean Bauverd : « De tout ce que nous venons d 'apprendre. 34 A Lausanne. 1"' septembre 1994 . Les sections romandes du Front national sont dissoutes. pou r faire triompher la juste cause de leur race. rencontre d 'ailleurs Hadj Amine el·Husseini en septembre 1937. » Pour François Genoud. Hadj Amine el-Husseini les attend.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU RE ICH national et serait à la juiverie mondiale ce que le Vali can est au catholicisme ou Moscou au Komintern 30 ». cil. a une nouvelle foi s témoigné de son allégeance au Reich et demandé au ministère allemand de la Propagande que J'on veuille bien lui débloquer des fonds. le mufti se montre bref. » Jean Bauverd est le fils d'un pasteur. Au deuxième étage. les dirigeants d u Front national alémanique cèdent d'ailleurs officiellement leur territoire francophone à l'Union nationale de Georges Oltramare. et elle leur est adressée après les festivités par Je baron de Coubertin à litre gracieux . ils sont rentrés chez eux à Lausanne. se rappelle Jean Bauverd. c'est au Maghreb que vous pourrez être efficaces". quand le Front nat ional perd la totalité de ses dix sièges aux municipales de Zurich. et ses mots en témoignent: « L'Angleterre. une fois de plus. lis entrent dans un grand vestibule. el plus particulièrement pour l'indépendance du Maghreb 13 ». voi r lIussi dans L'Htbdo libéré. 30 oclobre 1991. Entretien avec J'auteur. il s prennent le bateau pour l'halie. Selon le récit de Jean Bau verd. contre la politique néfaste et indéfendable du "foyer juif'. Le mufti siège à la permanence du Haut Comité arabe. yeux bleus. il nous en impose dès le premier instant par la noblesse fière de son maintien et de ses gestes. Un regard brillant de ruse el d'intelligence anime son visage. mais son secrétaire est plus loquace et converse deux heures durant avec les Suisses de la situation politique en Palestine. Sénritts 1'/ Antisénri/ts. L'Hebdo libtrl. Leur périple est récompensé par une médaille des jeux Olympiques de Berlin . En Égyple. » François Genoud affirme qu'il était « porteur de messages de combattants palestiniens basés en lIak 31 » destinés au mufti. Une page est tournée en 1938. François Genoud est déjà assu rément moins soucieux de la chréti enté . où des hommes armés montent la garde. Vêtu du COSlume des prêtres (grande robe noire à ceinture blanche et turban blan).. Échange de politesses à n'en plus finir.lllçais. 30 octobre 1991. Voir L'lItbdo libéré. Otto 33. op. se souvient François Genoud. nous a-t-il dit. 31. les fronlistes ont eu bien des soucis. c'est qu'en Palestine les Arabes chrétiens combattent en parfait accord avec leurs frères musulmans. Un guide y introduit Genoud et Bauverd. n m'a ouvert les yeux 32. La médaille est symbolique. Adolf Eichmann. « [) nous accueille très aimablement.

. Dès 1937. voyage. y voi t une conséquence directe de l'Anschluss. « Le danger encouru par la Su isse d 'être entraînée dans une dynamique volksdetllsch. était éga· lement la boîte aux leures des agents allemands (Abwehr) En 1939. François Gcnoud ouvre un milk· bar. } U cède ses parts du bar L' Oasis. avenue du Tribunal· Fédéral à Lausanne.. Financé par des journaux. Le père de François Genoud est catholique. Vill amont OÙ la famille Daouk installera son magasin de produits orientaux. Entretien avec l'auteur. Pierre Cailler. servi ces spéc iaux de l'Axe. l 'ambassadeur d'Allemagne en Suisse. Selon leurs infonn at ions. les nazis sui sses se cassent fin alement les den ts. et aussi du leader irakien Rachid Ali el· Gaylani. Naturellement fréquenté par ses amis politiques. Entretien avec l'auteur. » Ici. Les archi ves fédérales notent que le bar L'Oasis « devin t bientôt un repaire des membres du Mouvement national suisse 37 » . 35. l'attaché militaire de France à Berne le signale comme se li vrant à une intense propagande antifrançaise en Suisse. mais il a laissé son épouse libre d'inculquer les principes calvinistes à ses quatre enfants. n a éré présenté par un certain Fonjallaz au recruteur Gutmann. L' Oasis est toujours mentionnée. Les chemins de Bauverd et de Genoud se séparent duran l quelques années. il reviendra en Palestine à deux. près de la fronti ère suisse. Durant cette période.or 36 37. mais auss i avec Muheddin Daouk . Gurman n. ayant appartenu à la Garde de fer roumaine. OUlre les trois associés déjà cités. li est en effet déjà au service de l'Abwehr. il y fera la connaissance du leader druze Antoun Saade. el s'essaie au journali sme. écrÎl·il. en 1940. 37 . su isses. 28 aoCi t 1993. reprises avant·guerre . Si l'on en croi t les résistants. où la papeterie Genoud-SA propose ses papiers pe ints pour maisons bourgeo ises. François Genoud aurait représenté en Grèce le groupe éditorial genevois d 'Albert Skira et Pierre Cai ller. Jean Bauverd est l'enfant d'une famille patricienne lausannoise. septembre 1994. La Sui sse n ' a guère envie d 'être englou ti e par l' Europe nationale·socialiste en fonnation. brefs séjours au Moyen. Le JII ~ Reich el fa Su isse. op. burgmeister de TIengen. Note dtte des archives rédéral es. semi·clandes· tine. L' Oasis a souvent été soupçonnée de servir de plaque tournante ou de boîte aux. Françoi s Genoud est déjà un agent allemand : «En 1940. Citt par Daniel Bou rgeois.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU RE ICH Kôcher. cll . [ . A la Reine de Saba. Ils sont austères et foncièrement puritain s: ils ne boivent pas d'alcool ct ne fument pas. vient s'ajouter une réfugiée. . qu 'il connaît personnellement depuis plusieurs annéesl. François Genoud fa it deux.· mêmes trop rigori stes. éditeur d 'art et de littérature. loin s 'en faut. au cours duquel il aurait participé au tournage de film s sur les richesses culturelles du pays. 36. Le nom du milk-bar laisse rêveur: son gérant l'a bapLi sé L'Oasis! A celte occasion. L'établi ssement n 'est pas mal fam é. il est certain que Genoud agit comme agent allemand. La rue Étraz coupe la rue 34. François Genoud a renoué avec Jean Bauverd. Jean Bauverd poursu it ses études de droit. Dans les notes établies après·guerre par d 'anciens résistants. Mystérieux. signera de nombreux. Dès celte époque. Ses propriéta ires sont d'ailleurs eux. François Genoud quille à nouveau la Suisse pour la Grèce.'i. pour les amener à rejeter les groupes fronti stes "à l'écoute de l 'étranger" 34. du poste (AbwehrstelJe) de Sruugart. l'acti vité de François Genoud a pri s un nouveau cap à compter de la créa· ti on du bar. lettres aux. Son père est pasteur et consacre ses jou rnées à des œuvres sociales pour in fi mles.Orient 36. L'avenue fonne un angle avec la rue Élfaz. fut l'épouvantail avec lequel on a mobilisé le sentiment patriotique de beaucoup de Sui sses. catalogues rai sonnés et publiera après·guerre les poèmes posthumes de Guillaume Apollinaire. Il n'a pas la « patente alcool ».. Films qu'il ne nous a pas été pos· sible de retrouver.

le 17 octobre 1933 . Il est transféré à Berne le 1er révrier. Sa correspondance révèle par ai lleurs qu ' il reçoit des instructions de Koni g et de Wilhelm Gutmann . et incarcéré une semaine plus tard à la prison du Bois-Merrnct de Lausanne. En 1936. René est le fils d ' un prétendanl. René Fonjallaz a fait mille surprises-parties. En mai 1939. 1932· 1939. exclu de l'année en 1925. l'Éthiopie. cil. Mais le donjuanisme n 'empêche pas la politique: René Fonjall az est lui auss i un activi ste. La surveillance est é largie à son réseau. empli des récits de leurs aventures: L'Amour en Suisse romande. il s'est mis en quête de nouvelles affaires el celles-ci J'ont conduit bon gré mal gré à l'Allemagne 40. Dans le livre C Union nationale consacré à son mouvement. en 1937. l 'hi storien Roger Joseph légende ainsi deux photographies du leader d'extrême droite : « Georges Oltramare : le don Juan » et « Un beau garçon. le colonel est finalement arrêté gare de Schaffhouse. Oltr. dont il est le «chef fédéral ». en possession de l'auteur. Konig. séduisant el volage »39. et c'est aussi le meilleur ami de Georges Oltramare. un nutre des stocks d 'armes. surveillent de près le colonel. Oltramare lu i a ravi la vedene. L'Union nationale. op. Le 25 janvier 1940. mentionné comme l'agent traitant de François Genoud à l'Abwehr. la police fédérale el le contreespionnage. 41 . voire le «chef suprême ». Son courrier est lu et ses déplacements suivis avec attention. Claude Cantin. Le CO/DI/el jascistt suisst. » Or René Fonjallaz est pourtant bien connu en Suisse. Après s'être lui aussi investi dans le référendum antimaçonnique. l'Italie. Dès le mois d'octobre 1939. Mais les ardeurs collaboratrices d'Arthur Fonjallaz n 'en sont pas calmées pour autant. le colonel Arthur Fonjallaz. Toutes ses affaires ont fini en ruines: un jour des masques à gaz. en Suisse alémanique. l'Iran. 39. 38 39 . « Fonjallaz ne se tient pas tranquille. et qu'il leur fait parvenir des renseignements politiques et militaires. Le colonel essaie de se refaire en (X)lüique.. et sa Fédéralion fasciste n 'obtiendra guère plus de succès que ses frères ennemis fron· tistes. ibid. alors qu' il est reçu en audience par Mussolini . le colonel vieiUissant offre donc ses services de lecteur el traducteur au ministère de l'Information et de la Propagande allemand! Et pour cela.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU RE ICH en Sui sse (pas de détail s sur René Fonjallaz) 38. compte tenu de 1'« esprit ant i-allemand » rencontré à la Fédération fasc iste. le conseiller fédéral Pilet-Golaz 41 • [( ne se trompait pas. Lausanne. En 1930. 40. s'cst longtemps rêvé duce d ' Helvétie. Au cOnlrai re des Lausannois Genoud et Bauverd. Avec Oltramare. est allé chercher fortune à l'étranger : la Turquie. Son activ ité de rense ignement implique un réseau d ' informateurs et de correspondants qu'il utilise comme intennédiaires. Wilhelm Gutmann . U porte une valise et une serviette contenant des documents confidentiels. ayant eu vent de ses ofrres de « traductions » . les Su isses on lla surprise d'identifier Arthur Fonjallaz entrant au domicile d 'un agent allemand. Une perquisition de son domicile pennet au contre·espionnage de ficeler son dossier. Et c'est à Rome. L'ambassade allemande à Berne est consultée et fait la fine bouche. son père. déclarai t déjà. des « rai sceaux » sont créés un peu partout en Suisse. Le 20 novembre 1939. quand il ne s'agit pas de lever des mercenaires pour un prince sans le sou. Dans Die Nation (Zurich). qu'il proc lame la naissance de la Fédération fasciste sui sse. A son instigation. nous l'épingle· rans dans une affaire d 'espionnage». Artlrur FOI/jal/m. fondateur de la Fédération fasciste suisse. il est parti faire la guerre d'Espagne el a servi d 'i nterprète dans les rangs de la légion allemande Condor. Le colonel. Les autorités suisses l'ont pressenti assez tôt. Pierre-Marcel Favre. Son fils Gaston dirige ceux du canton de Vaud . Roger Joseph. A Genève.unare et Fonjallaz ont écrit en sembl e un livre grivois. il passe par le bourgmestre de Tiengen. Le colonel 38. rédigées par 1-I1Iben Hatain. à un double titre : c'est le fils du colonel Arthur Fonjallaz. NOies élablies par l'Union internationale de la résistance el de la déponation (t URD). cité pat Claude CanlÎni. Arborant chemi se et cravate noires. « Géo» culti ve à J'envi son image de dandy li bertin. 1983.

Claude Cantini. qui fait partie de l' « environnement » de ces personnages. Un volet de l' affaire FonjalJaz reste obscur. lui auraient demandé d'entreprendre des démarches pour créer en Suisse des fabriques d'armes et de munitions pour mitrailleuses. Arthur Fonjallaz est tradu it devant la Cour pénale fédérale. n' ignore ri en de l' affaire. dont son fil s René. Note citée des archives fédérales. avec les services allemands. En 1943. lui aussi. NOIe citée des archives fédérales. et au plus haut niveau. 41 . sen les Allemands auprès d'Ouo Abetz. cil. Anhur Fonjall az soutient avoir agi en tenant informé le colonel-brigadier Roger Masson. et prétend n' avoir pas prévenu les autorités « pour ne pas ébruiter ses intentions» et «écarter les juifs ». avoir collaboré au SR de l'élalmajor de l'année 45 • 42. op. Mais ces aveux laissent de côté l'essentiel : l'espionnage. en 1945. « Franço is Genoud fut soupçonné de se li vrer à un service d'espionnage en fave ur de l'Allemagne. li a aussi engagé un détecti ve pour certaines surveillances délicates. L'intérêt des Allemands étant de mettre leurs fabr iques à . Le 28 février 194 1. le mai re de 1iengen.'abri d'éventuels bombardements alliés. où il co ntacte par t. Rendez-vous est fixé à Utm avec Gutmann. rencontrés à BadenBaden. chef du service de renseignement de l' état-major de l'armée (EMA) sui sse.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU REICH n'avoue que ses tentatives de coUaboration commerciale avec l'Allemagne: des industriels de Stuttgart. mais ces derni ers ne donnèrent aucun résultat positi f 42 ». Fin juin 1941 . 45. Gutmann lui procure sans diffi culté les autorisations nécessaires. En 1968. ex lrême droite). pour tentative de trahison. Fonjallaz lui explique son projet de gagner Pari s comme son compère Oltramare qui. Il est également question de la fabrication de nouveaux fusils et pistolets-m itmi lJeurs. a tout fait pour empêcher que l'on hi sse le drapeau blanc à Tiengen. René Fonjallaz quitte la Suisse après un passage au consulat allemand de Genève. comme celles du siège de l'agence britannique Exchange TeJegraph de Zurich ou des bureaux de la Nouvelle Société helvétique. el ce « dans l' intérêt de l'Allemagne ». Quatre de ses coïnculpés sont égale- ment condam nés. Arthur Fonja ll az aurait remis dès 1939 des rappons circonstanciés sur ses déplacements et ses contacts au colonel Masson. devenu run des Irois vice-prés idenl s du Pani national-démocrate (NPO. il se rend à Fribourg-enBrisgau. Anhur FOlljallaz. Un contrôle postal de même qu'un contrôle téléphonique avaient été ordonnés. Le Cofoneffascisre suÎsu. Les témoignages font également état de l'attitude du bourgmestre qui . Slern. La presse ouest-allemande reparlera du maire de Tiengen. Il reconnaît avoir négocié des achats de wagons-citernes et de bateaux pneumatiques. Ces réseaux du colonel Masson feront justement scandale après-guerre pour leur collaboration régulière. Dans un mémoire non versé au dossier. Wilhelm GUlmann. essentiellement au détriment de la France. notamment de René Fonjallaz et Wilhelm Gutmann. c'est-à-di re en pleine enquête FonjaIlaz. Les archives féd érales notent d' ai lleurs qu '«en avri l 1940 ». Avec six autres coïnculpés. 44. 40 43. mais René FonjalJaz est acquitté pour insuffisance de preuves 43. François Genoud. l'ambassadeur du Reich. Fonjallaz rejo int Pari s occupé. 28 avril 1968.éléphone Wilhelm Gutmann . Le magazine Stern révèle sa participation à la « Nuit de Crislal» en novembre 1938 44 • Gutmann élaÎl membre du PanÎ national-soc ialiste depuis 1932. est candidat aux élections dans le Bade-Wurtemberg. pour avoir été « l'âme d'une organisation d'espionnage avec ses ramifications tendues vers la recherche ». il est condamné à trois ans de prison. fid èle à ses convictions. François Genoud reconnaÎl:ra. Le II mai 1941. de serv ice de renseignement politique et de service de renseignement milüaire. Or le colonel Fonjallaz a rémunéré ses infonnateurs.

JOl/rna/ de Genll'e. où il ira travailler au ministère de la Propagande. interdit le 19 novembre 1940. qui le présente rapidement à Duo Abetz. ail il a rendez·vous avec le Dr Reiche. op.ôt en voiture à Paris 47. cil. 43 . 189/1. Il lui a fallu demander un congé mili· taire. op. Abetz est certain que le Suisse n'aura pas d'ambitions politiques en France. Après être aJ]é à Milan el à Florence. rédacteur de L'Action IIaliollale. car la Suisse est en période de mobilisation. Jean Bauverd quittera également la Suisse pour Francfort. leader fasciste devenu germanophile: c'est l'agent d'influence rêvé. OItramare est invité à Radio Berlin o~ il parle de Léon Degrelle. 48. Outre Oltramare. le groupe reprend ses activités. 50. le SD se charge d'« ex filtrer » d'autres Suisses. puis se rend en voiture à Paris que les Allemands quadrilJent depuis trois jours déjà. à Vienne. et il passe la frontière ita· lienne le 3 1 mai 1940. n qui lle Berlin dans le sillage de l'année aUe· mande. pendant que ses deux leaders rejoignent J'Allemagne et Fondent. très introduit dans les milieux d 'extrême droite. Le 8 novembre 1940. si tout se passe comme il l'espère. est lui aussi chaperonné par le Dr Reiche qui lu i annonce qu'un poste d'altaché au service de presse de l'ambassade allemande l'attend à Paris. C'est le moins que l'on pui sse dire. OItramare se rend à Gênes. 42 47. Dans la capitale allemande. il demande lui aussi un congé militaire. Ce congé sera visé par les plus hautes autorités fédérales. Paul Bonny. li passe la frontière à pied le 26 septembre 1940. le Dr Schloumann. De plus. chef de la section VI du SD de Stuttgart. et son remplaçant. Georges Oltramare. lu i. Après son déjeu· ner avec Abetz. Comme le Mouvement natlonaJ suisse dirigé par le Dr Walter Michel. et la France est envahie. Clandestinement. se présente à la Komman- dant ur de Gex qui le transporte aussit. Elles auraient fait de même pour une trentaine de Suisses appe· lés ultérieurement à occuper des fonctions en Allemagne. l ' lntemati ona l Presse Agen· tur. le Yolksbund est en liaison directe avec le SS· Hauptamt à Berlin par l'intennédiaire du vice·consul d'AI· lemagne Ashton et du Dr Grobl 48• L' historien Daniel Bourgeois souli gne de son côté « le dynamisme dont fera montre le SD de Stuttgart dans sa politique envers les rescapés de la débâcle du Front nati onal 49 ».LE BANQUIER NOIR LES SUlSSES DU REICH Au printemps 1940. dépendant du ministère de la Propagande. Des sources allemandes assurent qu'à cette époque François Genoud aurait lui aussi été recruté par le SD pour des missions secrètes 50. La Belgique vient de capi tuler devant J'année allemande. Daniel Bourgeois . un ami d'Oltramare. AC/e d'accusation dressl contre Georges Ol/ru- mare. Agent du SD (Service de sûreté) à Genève. D'autres personnalités sympathisantes de l'A llemagne quittent la Suisse. Journaliste. francophone. un orga· ni sme officiellement à vocation culturelle connu sous le nom de « Bureau Peter ». à minuit pour plus de discrétion. Abetz n'ignore pas que. créent l' Alemannischer Arbeitslcreis. Ce congé lui est accordé. non sans arrière-pensées politiques. responsable des missions spéciales au consulat allemand. Bauverd aura bientôt pour mission de fonder Radio MOnle·Carlo. le lieute· nant Klaus Hugel . fUlur ambassadeur d'Allemagne à Paris. qui ne lui sera accordé qu 'à la fin de l'année 194 1. Die Tagebiicher des Oak/or Joseph GOl'bbels. prend l'avion pour la Belgique. il est pris en charge par un fonctionnaire des Affaires étrangères. Oltramare·Diodatti quitte Gênes et file à Berlin. Paul Bonny e/ Reni Fonjo//(lz. Mjni sl ~re public fédéral. Le Bureau de sécurité du Reich (RSHA) s' intéresse de près aux nationaux·socialistes suisses. 49. le SD soutient d'autres fronthtes bien connus. 18 janvier 1946. Le lIt eRtich et la Suisse. 46. cit. Peler-Ferdinand Koch. Oltramare s'installe dans un hôtel particulier réquisitionné par l'ambassade d 'AlIemagne. le Yolksbund de Franz Burri et Ernst Leonhardt est dissous. L'arrivée d'Oitramare est providen· tielle. a pris la poudre d'escampeue par l' [taJie. les troupes aJ]emandes feront bientôt leur entrée à Paris. C. En attendant. Le 8 juin. Ibid. le Dr Reiche lui délivre un passeport allemand au nom de Karl Diodatti 46. Le capitaine SS Ernst Peler. 2. Derrière ce paravent.

LE BANQUIER NOIR La Suisse pourtant est neutre. Daniel Bourgeois. IV-VI : /939·/945. chef d 'état-major de l' année suisse. . d' autres priorités. Boudry. si chacun le veut. t. Des forces considérables peuvent nous attaquer d ' un moment à l'autre. grâce aux fortifi cations alpines. L'onde de choc du discours du général Guisan se fait rapidement sentir jusqu' à Berlin . 44 LES SUISSES DU RE ICB François Genoud prend part quelques semaines à la« mob ». ces « archives» montrent les contacts entre les états-majors français el suisse. réunit ses officiers supérieurs sur la prairie du Rütli « n s'agit de l'existence même de la Suisse. Mais ces <~ preuves» resteront dans les tiroirs des dignitaires du Reich qui ont. el Edgar Bonjour. il est pressé de paniciper aux événements que l'Allemagne réserve à l'Europe. Dans la petite ville. Sa neutralité inquiète même l'Allemagne nazie. pui s il bénéficie lui aussi d ' un congé milil aire. La « mob » (mobil isation) sui sse a été déclarée. La Baconnière. el notamment l'étude d' un dispositif de défense commune en cas d'attaque allemande contournant la ligne Maginot par le plateau suisse. op.. leur lance-t-il gravement. le général Guisan. croyez non seulement en notre bon droit . afin de s'opposer au défait isme qui tarauderait ses compatri otes. » L'état-major met en application ('« ordre numéro 12 ». Histoire de la neutralillsuisse. 400000 Sui sses sont sous les drapeaux. une div ision bl indée allemande s'est emparée de La Charitésur-Loire. Le 17 juin. 1970. semble-t-il . l'année doit rester prête. Comme ses amis frontisles. D'autant qu' une découverte faite par le renseignement aUemand pèse déjà sur les relations gennano-suisses. [.] N'écoutez pas ceux qui sont mal renseignés ou malintentionnés. S I.. cit . rése rvé aux Suisses à l'étranger. mais à notre force et. un train resté en gare passionne les services spéciaux nazis: les mil itaires français y ont abandonné de nombreux documents. dit « du rédu it alpin » : une défense réduite aux frontières mais puissante à l'intérieur. à l'efficacité de notre résistanceS]. Les fuites ne se font pas attendre dans la presse nationale-socialiste allemande. Rome et Berlin protestent de concert . Or. où l'on feint de ne pas comprendre les raisons de « cette étonnante manifestation ». Le 25 juillet 1940. Le 1/1" Reich et /a Suisse. .

Hadj Amine el-Husseini a pris ses quartiers dans une villa à l'ouest de la ville. Hitler s 'exclame que l'on ne boira jamais de café dans son quartier général Le chancelier en vient rapidement à sa politique arabe. Dès le 17. la réponse allemande n'est positive que sur le principe. El-Gaylani a destitué le régent el constitué un gouvernement pro-allemand. lui dit-on. el ce combat inclut le combat contre le prétendu foye r national juif en Palesti ne..« au moment où il venait d'arriver ». » Le 20 novembre 1941. 46 47 . parce que les juifs veulent y établir leur gouvernement cen tral pour leurs propres intentions malsaines. Genoud ne cache pas qu'il a revu le mufti . après douze jours passés à Rome. Une foi s encore. » Devant Hitler. Compte re ndu de la renconlre Hîtler-el -Husse îni ~tabli pa r le mufti luimême: figure in extenso dans les annexes de Joseph Schechlman. Hadj Amine el-Husseini s'enfuit à Rome le 27 octobre. ci. qu ' il appelle de ses vœux depui s quelques années par messagers interposés. « Quand il levait des divisions pour luuer contre le communisme 1. el-Husse ini avait trouvé refuge à Bagdad et constitué un comité panarabe secret. Son arrivée à Berlin est J'aboutissement de plusieurs années de négoc iations et d'opérations manquées. LI est arrivé dans la nu it du 6 novembre 194 1. réunissanlles chefs nationalistes de plusieurs pays arabes. Le J er avril 1941. et pour entreprendre une dévastatrice et ruineuse expansion aux dépens des gouvernements du monde et des autres peuples). où il est rejoint deux semaines plus tard par el-Gaylani. The Mufti and tIre Fu(!hrer. Puis à Berlin. The Car and rhl' Mice. op. Voir Leonard Moslcy. Hadj Amine el-Husse ini est reçu par von Ribbentrop. Plutôt mal. les Britanniques ont envoyé leurs troupes. Le 29 mai 1941. les troupes britanniques font leur entrée par le sud et l'est. Rachid Ali el-Gaylani est revenu au pouvoir sous la press ion du groupe de colonels dits du Carré d'or et de quelques hommes de l'Abwehr. 3. Les petits pas proallemands de Reza Pahlavi (le shah s'opposa au ravitaillement de l' URSS à travers son terri toire) provoquent la même réaction des Alliés : en septembre 1941 . li demande la reconnaissance par le Reich de l'indépendance des nations arabes. qui onL fait du mufti le plus sOr allié du Reich dans le monde arabe. comme le suggèrent certains observateurs. Justement. et s' il a joué un rôle dans son arrivée à Berlin.. Londres. Une telle reconnaissance est prématurée. François Oenoud est à Berlin. le mufti manifeste 1'« amitié arabe » et son désir de collaboration.. le 16 septembre. Entretien avec l'auteur. Reza Pahlavi cède le trône à son fil s Mohammed . déclare-t-i1 au mufti . comme le rapporte le traducteur de l'entretien 2 : il se met en colère quand on lui suggère qu'une tasse de café doit être offerte au mufti pour respecter la coutume. Hitler lui-même l'accueille. pour des raisons statégiques. Recherché. déçus de n 'avoir obtenu qu 'une aide allemande réduite. les Soviétiques par le nord. 19. Hitler exp)jque au mufti qu'il « conduit une grande lutte pour ouvrir le chemin du nord du Caucase » . 2.MISSIONS SECRIrrEs 2 Missions secrètes est venu spéc ialement pour voir le mufti. t . Après avoir quitté la Palestine. comme il l'avait fail devant Ribbentrop quelques jours plus tôt. On ignore s'il y 1. el-Gaylani et le mufti sont contraints de s'enfuir pour Téhéran. septembre 1994. qu'il ne peut prendre le risque de renforcer la Rés istance française par une déclaration sur la François Genoud retrouve le mufti de Jérusalem à Berlin en 1941. Le 28. L'émergence du panarabi sme l'intéresse dans la mesure où il s'inscrit dans «son combat » : « Je combats les juifs sans relâche.58.

Mais il promet que. avant la guerre. 49 . dit « Büro des Grossmufti ». En 1941. voire tendancieux . Le passé de Paul Dickopf. Plusieurs subdivisions sont créées. ministre de l'intérieur de Prusse et conseWer à l'aviation. de son côté. Entretien avec l'auteur. a en effet élé l'attaché de presse successif des deux diri geants depuis le milieu des années trente. Deux 6. ils se seraient connus à Berün en 1935 5. mais c'est l'unique existant. Hans Rechcnberg. Son rôle dans les services spéciaux nazis pendant la guerre vient à être connu à la fi n de l'année 1974. a toujours déclaré l'avoir connu aprèsguerre. permet de comprendre un peu quelle fut sa vie. de la Police criminelle fédérale (B undeskriminalam t. offi cier SS passé au service des Américains après-g uerre. 48 Rares sont les témoignages sur l' activité de Genoud durant la guerre. est ouvert à Berlin . Tout en affirmanl qu ' i! n'a « rien à dire là-dessus ».» Ain si la rumeur qu i veut que François Genoud aurait approché l'entourage de Hermann Goring. De source allemande. Entretien aveç l'auteu r. à l'occasion d' une campagne de l' Église de Scie ntologie contre Interpol. Elle lance de véritables enquêtes sur Interpol et ses dirigeants. le président d'Interpol. focalise l'attention des scientologues. consacrées aux ém issi ons de radio en langue arabe.LE BANQUIER NO IR MISSIONS SECRÈTES Syrie. Lafayette Ron Hubbard . L' un de ses plus proches amis. l'ex-président d'Jnterpol . Ces fond s ont été versés à la Deutsche Reichsbank dès l'arri vée du mufti. Sa bi ographie de 1940 à 1945 prend alors une importance que lui seul avait mesurée. aux unités musulmanes en Afrique du Nord el en Russie. Pete r· Ferdinand Koc h. Le trésor de guerre du mufti de Jérusalem est en effet transféré dans la capitale du Reich. Hans Rechenberg apparaît dans tous les organigrammes offi ciels du Reich. Après-guerre. op . Dickopf deviendra l' un des dirigeants. On ne connaît pas précisément la date de sa rencontre avec François Genoud. cil. à travers son complice Hans Rechenberg. La secte riposte ainsi aux poursuites engagées par l' institution policière contre son fondateur. Son récit est forcé· menl partiel. quand ses armées auronl gagné le sud du Caucase. Un bureau. il le suit quand le ReichsmarschaU est nommé responsable des plans de quatre ans. des états de service irréprochables. à la créaLÎon enfin d' une « légion arabe ». s. BKA). Nous élions comme les deux doigts d'une main. n veut obtenir avanl tout la «destruction complète du pouvoir judéo-bolchevique ». d ira François Genoud. mini stre de l'Économi e et président de la Reichsbank. rejoint-eUe peut-être la réalité. 4. puis le prés ident. Dickopf est J' un des contacts de François Genoud au siège des services de renseignement militaires allemands pour les pays occupés à Stuttgart. Il s'agit de l' argent destiné aux achals d'armes et à l'organisati on matérielle de la révolte palestinienne. Nous avons tout faÎt cnsemble 6 . au renseignement. Franço is Genoud est assez proche du bureau du mufti pour suivre de très près le chapitre le plus secret de sa venue: l'arrivée de ses fond s à Berlin. Collaborateur de Hermann Goring quand celui-ci est ministre sans portefeuiJie en 1933. en rédigeant à l'avance des notices complètes à l' intention des services américain s en 1944. Seul celui de Paul Dickopf. Il est membre du NSDAP depuis 1929. François Genoud . el en particulier sa seconde épouse Emmy. de 1968 à 1972. Paul Dickopf est encore un lieutenant S5 sans histoires : trente et un ans. François Genoud reconnaît que Hermann Goring et Walter Funk ont « joué un rôle non pas dans le transfert mais dans la gestion » de ces fond s palestiniens 4. puis. quand ce service éta it dirigé par Reinhard Heydrich puis Emsi Kaltenbrunner. Die Tagebücher des DoklOr Joseph Goebbels. puis du ministère allemand de l'intérieur en 1949. « C'était plus qu ' un frère. l ot septembre 1994. s'auardant sur son fonclionnement pendant la guerre. 1S janvier 1990. Puis il passe au service de Walter Funk. l' heure de la libération des Arabes sera arri vée.

le directeur de I"Abteilung m de Stuttgart Idépartement espion~ n<lge el contre· espionnage de l' Abwehr] m ' a fait remarquer l'arrivée d ' un Sui sse à Fribourg ~e n-Bri sga u . Paul Dickopf assurait avoir vécu clandestinement en Belgique. rnpporte Dickopf. et on m'avait dit qu'il était connu comme une personne honnête et fiabl e. sans toutefoi s tOlalement l' éc laircir 8. Zusammellgestellt von Helmut Prante. et nOtamment sur certains adversaires. Helmut Prante. qui juge les informations trop imprécises. et ils le sont restés jusque dans les années soixante-dix. avaient pourtant l'un el l' autre certaines missions de lutte antiterroriste. caché et protégé par François Genoud. Le BKA. Le professe ur Annand Me rgen a bien voulu nous uansmettre l'intégralité de ce document de 100 pages. Paul Dickopf garde l'impression d ' une « pe rsonne à l'esprit vif ». pour cause d 'aminazisme. Paul Dickopf. et «qui avait dé passé depui s longtemps le stade de l'admira[ion juvé nile pour les dictatures ). Genoud rechigne à se livrer à un véritable travail de renseignement contre son propre pays. « exclusivement fondées sur Lausanne ». De sa C'est en 194 1 que Françoi s Genoud rencontre pour la première fois Paul Dickopf. assemblant et analysant les notices biographiques que celui-ci avait lui -même rédigées à différentes époques de sa vie 7. notamment « dans le domaine de l' édition ». pui s Interpol.) L'homme. Helmut Prame. 50 9. quand elles ne sont pas déjà connues. qui se présente sous le nom de François Genoud.j'avais obtenu des renseignements sur Genoud. Annand Mergen. nazi fervent. Dickopf en prend bonne note et Iransmet au dé partement du contre-espionnage étranger. Die BKA Story. Pa/Il Dickopf . le criminologue luxembourgeois Armand Mergen. 8. Un consc ie ncieux fonctionnaire du BKA. Di ckopf lui demande s ' il est poss ible pour lui de s'informer sans mettre en danger sa personne sur l'atmosphère qui règne dans les cerc les alliés en Suisse. selon un message radiophonique du département al lemand à Berne. cil. rapporte Paul Dickopf. Suivre l'itinéraire de Paul Dickopf nous permet pourtant de mie ux saisir celui de François Genoud. in J leimui Prame.LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECR~ dates significatives: l'officier allemand affirmait avoir déserté en août 1942. qui . revoit Paul Dickapf el lui offre néanmoins « ses constatations ». que Dickopf a présidé. L'offi cier évoque ce premier contact dans un compte rendu qu' il a rédigé à l'attention d'Allen Dulles en 1944. Herbig. «Entre-temps. Puisque la totalité des collaborateurs étaient absents. malgré les hautes responsabilités occupées par Dickopf au sein de l'État ouest-aUemand et l'influence de Ge noud sur les organisati ons pro-palestiniennes qui avaient choisi le terrorisme.• op. Après un long entretien. c'est moi-même qui me sui s rendu à cel entretien qui devait être déterminant pour les décisions que j'ai pu prendre plus tard 9. Si l'on en croit l'officier IIllemand. François Genoud év ite de répond re par l' affirmative. 1976-1977. Selon Dickopf. 51 . Car les deux hommes sont deve nus de vrais ami s dans les bureaux de l'Abwehr e n 1941.. a écrit en 1977 un mémoire exhaustif sur le parcours de son ancien président . Cette version des fait s he urte évidemment le sens commun . oder Die Griindungsgeschichte des Bundeskriminalamœs Versu ch einer ubensbeschreibllllg allfg nmd von Selbstu ugnissen Briefen und Beric/uen (eine uitgeschichtliche Swdie}. 7. 1987. Extraits du curriculum rédigé par Paul Dickopf le 23 novembre 1949. ont expédié au rayon des légendes l 'hi stoire de la « fuite ) de Paul Dickopf. Helmut Prante e t l 'historien du BKA. semblait avoir appartenu au Front national auparavant et dont on devait leste r la volonté de coUaboration. déclare être venu en Allemagne pour nouer des relations profess ionnelles et commerciales. mai s qu 'en même temps il était constamment sous surveillance de la Sûreté de Lausanne. puis s'être réfugié en Suisse. Entre-temps . non publié. conservé aux Bundesarchiv de Coblence (non communiqué). « En revenant d'un de mes voyages. mai s il n'était porté di sparu par les services allemands qu'en octobre 1944. Mais il revient quelques semaines plus tard.

Ce c ursus fort spéciali sé. son auitude. les sections d'assaut du NS DAP. il re pre nd ses élU des de droit à Francfort. Associer un nazi convai ncu à un tel projet de désertion n'était pourtant guère concevable .. Le 4 octobre 1940. la police administrative. Après avoir été volontaire pui s offi cier stagiaire dans la Wehmlacht. une affaire semble conclue. Les années de formation de Paul Dickopf sont éloquentes.LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECRÈTES famille. 10.: Pour renforcer encore sa position auprès des militaires stationnés en Belgique ». promu au rang de ministre. à la d irection régionnle Ve ra Fulda de Francfort. 52 53 . la brigade de protection 5S de Francfort.ocia listes convaincus . el oblenu la destitution lIu di recteur de la Spielbank après une enquête conduile avec Ics nut. avec la mention « bien ». IMd. à la su ite d'une compétition sporti ve (numéro 186 11 08). Otto lIeli wig. il ne fai sait que se préparer ainsi un solide ami . Dickopf lui fait obtenir un dom icile en Allemagne e t un permis de séjour.. Ibid. Ce n 'est qu' après plus ieurs échecs qu ' il c hoisit d'entreprendre des études de droit. Dickopf voulait devenir garde fore stier. Par un jeu d'équivalence qui en dit lung sur les enseignements reçus. e t des nationaux. Né e n 19 10. pour év iter les coups durs. François Genoud obtient les visas pour al ler et venir d 'A llemagne en Suisse. la « Sipo-SD » voit le I l . il entre à l'école du Führer ct la police de sécurité (S D) de Berlin-Charlollenburg.. on ne parlait que dans les mei lleurs termes. puisqu'il se classe généralement « deux ième ». Pau l Dickopf fait son entrée au poste d 'assistant dans la police criminelle e n j uin 1937. Il est certai n qu'e n contrepartie François Genoud s'est engagé à remplir quelques missions pour le renseignement m ilitaire a Uemand. Paul Dickopf va su ivre de nombre ux cyc les de formatio n pour devenir commissa ire de police. A l'époque. Le 1er juillet 1939. de la Gestapo (police secrète d'État) et de la Kripo (police criminelle). ce qui n'était pas le cas pour Genoud 10.membres du NSDA P oU de l' un de 'cs satellites. Paul Dickopf devie nt commissaire de police criminelle. Paul Dickopf le suit sans élalS d 'fime. mais on lui re prochaü une trop grande amitié pou r les Français. Après la fu sion. sous le nom de Sipo. il se met au travail avec passion. Paul Dickopf intègre le Haut Command" mcnl des forces années allemandes (OKW). il obtient la médaille de bronze de la SA. son comportement et ses connai ssances en ront un dirigeant SS par excellence Il. . les lèves sont naturelleme nt de purs aryens. et des documents lui permettant de passer par la Belgique occupée . jour sur le papier dès 1937: l'étatisation du service de sécurité (50) du parti est annoncée. 12. fi ls d 'instituteur. Pau l Dickopf est confirmé de uxième de sa promotion . Oi ckopf affirmera après-guerre qu 'ayant déjà sa fuite à l'esprit . On lui doit d 'avoir mode rnisé le serv ice de l' identification.» Entre les deux hommes. La liste des services qui l'em plo ie nt successivement lémoigne déjà de la fus ion de la police el de la 55 : la Gestapo de Francfort. En 1933 . évalue runsi léS compéte nces de Pau l Dickopf : « Se s traits de caractè re. il devient membre actif de l'Association des étudiants nati onaux-socialistes (il le restera jusqu'en 1937). enfi n les services du SD. I'Abteilung lU (e~ p ionnage e t contre-espionnage) des services de l'Abwehr. Nommé directe ur de la police c rim inelle du Land de nude n.e 12 octobre 1938.orités fina ncières 12. Pendant près d' un an et demi . il est immatriculé d'office dans lu SS sous le numéro 337259 SO au grade d 'Unterstunnflihre r li~ UI C nanl. les services de police politique du parti nazi ont déjà englouti l'institution policière. l. Le ReichsfUhrer SS Himmler. écri t-il. eSlle «chef de la po lice all ema nde» depuis le 9 juin 1936. le chef de brigade SS qui dirige l'école. lhid.. En 1934. » A Berlin-Charlottenburg. Grâce aux interventions de Oickopf.

D' un autre côté. et qu ' aucune force en Allemagne ne pou vait empêcher la Wehnnacht d'attirer dans son propre service les agents de police 14. Paul Dickopf a toujours affirm é aux Américains avoir voulu quitter l'orbÎle du SD. qui avait eu en son sein quelques opposants au parti nazi. 14. {( De nombreux offi ciers de l'Abwehr avaient trop collaboré uvec les agences du RSHA pour s'apercevoir qu ' il s s'étaient peu à peu imbibés de l' idéal et des valeurs de ces dernières. le service de fon ctionnaires d irigé par Canaris se mua en OKW-Amt . il est même nommé « expert en police criminelle du contre-espionnage milüaire ". il était un parti san farouche du renforcement de la surveill ance pol icière. 13. comme Eri ch von Stroheim dans La Grande Illusion de Jean Renoir. le biographe de Wilhelm Canaris. Selon Heinz Ha hne.gestapistes. Surveillance des zones interdites. Canaris.II Geheime Feldpolizei contrôlée par l' Abwehr III prêta souvent main-forte aux groupes du RS HA dans leurs {( sélections» dans les camps. Die 8KA Srory. cil. « L'Abwehr l i possédait déjà des instruments de contrôle puissants qui lui pennetlaient de surveiller les acti vités des mi litaires et des civils ». depuis le mois de mars 1939. Dickopf devaÎt bien sûr se dédouaner de ses liens . Armand Mcrgen.LE BANQUIER NO IR MISSIONS SECRÈTES Dans un premier temps. qui partait du pnnClpe 54 55 . petit et mince. Balland. en sa qualité de Gauleiter de Berlin. l'exécution masNive des juifs. Pour prendre cette mesure. Sa mi:. les deux pu issances s'étaient de plus en plus rapprochées avec des noms légèrement modifiés et des compétences accrues. la police criminelle et le SD en un bureau de sécuri té du Reich (RS HA) sous l'autori té de Heydri ch. Le département Jll de l' Abwehr. Son credo n'était pas celu i d'un opposant au nazisme. Il devait voir que ses fon cti onnaires étaient mi s en balance avec les gens du RSHA .. 1981. lutte contre l'espionnage. U expliqua aussi que ses supérieurs « le couvraient contre les tentatives réitérées du SD de le récupérer sous ses ordres ». De nombreux protocoles de colJaboration entre les différents services policiers existaient. Paris. Lequel all ait devenir une super-adm inistration de police étatique. De l'extérieur. La ~'éri/able histoire du chef de. de veiller à ce que les juifs de la capitale portent le badge qui les disti nguait tics autres et qu ' ils soient bien regroupés dans la partie est de III vi lle. op. était dirigé depuis Berlin par le lieutenant-colonel Franz-Eccard von Bentivegni. qui comptait près de 5000 hommes. surveill ance de la presse. écrit Heinz Ha hne. Bentivegni préconisai t « une plus grande expansion du contre-espionnage allemand ». Paul Dickopf est donc uo enfant du SD parti chez les frères ennemi s du renseignement mil itaire. U était en relation trop étroite avec le RSHA. JJ proposa notamment un offi ce des vi sas contrôlé par le Reichsführer SS et la création de zones frontalières interdites. les deux organisations semblaient si proches que bientôt l'Abwehr apparu t comme un prolongement de la Gestapo.et de sa fonnat ion . Recruté par Canaris alors qu ' il dirigeait la section renseignement du 12e district militaire. Ausland-Abwehr. Heinz Hôhne. Ancien officier de la garde impériale. les mains de Heydrich étaient liées.sion consiste à recueillir des infonnalions sur les organisations policières et les services de renseignement étrangers 13. explique Heinz Hohne. « Depuis le début de la guerre. « Benti » portait encore le monocle. quand ils ne se livraient pas eux aussi à des chasses aux juifs. Himmler avait réuni la Gestapo. de l'armement. Pour que son scénario de fuite soit créd ible aux yeux des Alliés.f rensei8nements militaires du /1/" Reich. Av:tnt même le début de la "solution finale". et faire croire qu'il était fidèle au renseignement milüaire. I. Le 27 septembre 1939. Le 18 octobre 1939. il s'occupe à ce titre des liaisons entre la police criminelle et le commandement militaire . le colonel Bentivegni put considérer comme relevant normalement du contre-espionnage que de demander à CJoebbels. » Tenu de s'expliquer sur ces engagements passés. Bentivegni ne réussit jamais à vraiment gagner la confiance de l'amiral .

Helmut Prnnte. ] relève llu'en mars 194 1 Genoud aurait fait des offres audit office pour lu i dénoncer des trafics de devises q ui se dérou laient entre l'A Ilcmagne et la Suisse. il se rend alors « très souvent en Allemngne. Bentivegni obtint l'accord de Canaris. En li a lie. «Une note de la police financière allemande à Fribourg-en· Brisgau [. 9).• curriculum rédigt par Dickopf le 23 novembre 1949. noIe prudemment Pau l Dickopf. Et cela me donna une vision globale de la structure et des méthodes de travail des services de police allemands qui s'occupaient des questions étrangères 16. L' nion de la résistance (UIRD) note de son côté que François (1enoud aurait tenté d'introduire des capitaux suisses dans une ve rrerie de l' Isère. un message des services spéciaux allemands en Suisse arrive au siège du contre-espionnage: François Genoud aurait été interrogé plusieurs foi s par les Renseignemems généraux suisses. c'est avec un ancien camarade de collège domicilié à Mil«n qu'il se serait associé. je l'ai défendu auprès de mes supérieurs el j'ai remis un rapport dans lequel je disais que les expériences faites avec Genoud pl aidaient en sa faveur et qu ' il ne semblait pas qu'il ait collaboré avec les RG suisses. 1?lbid. 19. ni avec une autre organisation étrangère 17. J' ai profité du calme qui a suivi pour le présenter.LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECrŒTES que tout juif était un espion .. Ibid. Ibid. lequel est « fortement soupçonné dc sc livrer à un trafic illicite de marchandises el de devises » . par la suite. aucun autre reproche ne put être faitrà Gcnoud. François Genoud do it s'expliquer. François licnoud aurait été associé à un Suisse du Front nati onal pour fi( lraiter les affaires de la maison Inovcx d'Amsterdam ». et pour faciliter cncore ses déplacements.. « Bien que je ne sois pas sO r de la véracité des affirmations de Genoud. 1S. fronli ère bâloise]9. je veuille obtenir des éclaircissements. » L'affaire est classée. d 'autant plus qu'i l cessa de voyager en Suisse.é au directeur du département III de r Abwehr (vraisemblablement le chef de groupe de Stuttgart et non Bentivegni). 57 . 56 18. il s' intéresse au trafic de devises. Simultanément.. François Genoud est donc presque intégré au M!rv ice dont dépend Dickopf. Des act ivités en somm e plutôt commer- Fin 194 1. Dickopf IUÎ fait rencontrer le commisRuire de police criminelle Griese. 1. que des « informations générales» quant aux dégâts causés par les bombes. plus précisément par un officier dénommé Olivet.le bureau de l'Abwehrstelle V n'eut plus aucune objeclion il la poursuite de son séjour en Allemagne et dans les terriloires occupés par l'AUemagne. donlle pseudonyme était "docteur Wagner". le moral des troupes et l' atmosphère qu i règne en Allemagne. à la première occasion. cit . en Holl ande et en Belgique ». une fois encore. » « Comme. op. En Hollande. 16. fi se défend d'avoir co ll aboré avec les services de son pays. qui leur sera « utile par la suite pour des affaires de permi s de séjour et de laissez·passer ». Note cîtt!e des archives fédérnles (voir Ch3p. au directeur du groupe Abwehr U1 uinsi qu 'à mon camamde le capitaine Waaser. écrit-il dans une notice biographique. » Selon la notice suisse.I faut remarquer que j 'avais pour la première foi s un droit de re~ard sur l' organi sati on des polices criminelles dans différents États allemands. Les acti vités professionnelles de François Genoud à cette ~ poque restent très mystérieuses. même si celui-ci le donna à contrecœur IS. Selon les archives fédérales liui sses. » Paul Dickopf explicite lui-même son champ d ' intervention à l'Abwehr : « Mes acti vités dans le département de l'Abwehr de Stuttgart me mirent en contact avec un domaine d 'investigation qui m'était jusque-là inconnu . n. l . Tl sout ient n 'avoi r donné.» Présent. pour des raisons de sécurité personnelle. et que. Pouf Dickopf . Aussitôt rappelé par les Allemands .. en qui j'avais aussi la plus grande onfiance 18.

quelques jours après l'entrée des troupes allemandes en France. Dès le mois de juin 1940. L'émission est préparée par René Fonjallaz. qui a quitté la Suisse dès 1940. Dickopf propose à François Genoud un voyage de quatre jours en Belgique. 15 janvier 1990. a été provoquée par les quatre internationales: l'internationale de la finance. il y a lieu! Cette émission n'est pas pour vous. Paris. pour servi ces rendus. Offi· ciellement attaché à l'ambassade d'Allemagne. J'internationale juive. dè s son arrivée à Paris au moi s de juillet. voir supra. baissez vos postes. et bénéficiant d ' importants subsides allemands. 1977. du Seuil. chap. Bientôt installé dans Jes bureaux de L ' Humanité. Oltramare lance l'émission « La course des sept jours» (qui s' intitulera par la suite « Au rythme du temps)) sur Radio Paris. qu ' il franchit à un endroit appelé La Cure. Hongrie et Belgique 20». La présentation qui est faite quotidiennement est éloquente : « Attentistes. Pascal Ory. il anime l'émission « Voici l'Europe ». dont il lit parfoi s les lettres de soutien à l'antenne. Acte d'accusa/ion dressé contre Georges Dlframare. NOie de l' Union intem:ltionale de la résistance el de la déponation. 22. us Collaborateurs. Paul Bonny. li est arrêté à Bâle. explique François Genoud. 21. » Le 1er mai 1942. qui lui a été spécialement commandée par l'ambassade d'Allemagne. L'échec est cuisant 23. notent les archives fédérales. jusqu'à sa fermeture en mai 1941. Genoud a touj ours prétendu que ces services consistaient en traducti ons qu ' il aurait faites lors de ses séjours dans celte ville. 58 59 . préparée par Paul Bonny. le journal d' inspiration nationale-socialiste vend jusqu'à 210000 exemplaires. » du « grand quotidien d'infonnation au service du peuple français» lancé par J'ambassade allemande: La France au travail.LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECRIrrES ciales et fin ancières. 1. / 940-/945. Les résistants précisent que François Genoud. Celui·ci l'accompagne notamment à la fronti ère du Jura. 24. Oltramare touche 40000 francs par mois et mène grand train . Oltramare devient directeur de La France au travail courant octobre. puis perd des milliers. » En février 1942. Note dtte des archives fédérales. « voyage en Allemagne. Tchécoslovaquie. 1. lance+il . juifs et francs maçons. voire des dizaines de milliers. installée dans les locaux des services français de radiodiffusion. pour éviter les fomlalités des postes douaniers. le Suisse prend le train. S'étant promptement mis au service de l'occupant. Au mois d 'aoOt. l'internationale maçonnique et l'internationale des soviets. Paul Bonny el RenI FonjaJ{az. ils tien· nent les avant-postes de la propagande allemande à Paris. Ses compatriotes et amis sont tous là: Georges Oltramare. il prend le micro de Radio Paris. d' un commissaire de police Griese de Mannheim. Oltramare crée l'émission « Un neutre vous parle ». René Fonjallaz. de lecteurs tous les mois. Ministère public fédéral. Genoud finit par reconnaître qu ' il avait obtenu un permis de séjour et de circuler non seulemen t en Allemagne mai s dans les pays occupés. François Genoud se déplace fréquemm ent avec Paul Dickopf. C'est par lui que je sui s allé en Belgique 21. pour examen de situation. « Au cours de son interrogatoire. Succombant à J'envie d'aller à Paris. Sous le pseudonyme de Charles Dieudonné. et' ceci sur demande de ce fonctionnaire de police 22. muni d'un Ausweis. « La guerre. 23. sous l'autorité de l'ambassade d'Allemagne puis directement du ministère de la Propagande. » Les Genevois L'été 1942 approchant. li en fait une tribune de la collaboration destinée aux Suisses. chap. éd. il est propulsé rédacteur en chef 20. « Dickopf était tout le temps en mou· vement. Entretien avec l'au teur. qui sont liguées contre l 'Ordre nouveau et dont les neutres eux-mêmes connaissent les maléfices 24. voir supra. et « La Tribune de chaque soir ». Tandis que Jean Bauverd prend part à la fondation de Radio Monte-Carlo (RMC) à la demande du ministère de la Propa~ gande. François Genoud est signalé comme « suspect » par le Bulletin vert du ministère public féd éral.

A l'automne. le colonel von Bentivegni. el son suppléant. Franço is Genoud J'épousera moins d ' un an plus tard. connu sous le nom de « service Dieudonné ». c'en serait fait de nous tous. lors du voyage de retour en Belgiq ue. Outre celles déjà ci tées. el de disparaître là~bas. L'Office des chemins de fer du Reich à Paris se signale effectivement par une activité assez éloignée du monde ferroviaire: actions de propagande. de brochures. 27. le travail des Suisses n'en souffre pas. Paul Dickopf . la format ion pour cette activité aurait li eu à Paris [ . qui servait de couverture aux services secrets. Oltramare anime l'émi ssion « Les juifs contre la France ». Pendant l'été 1942. « Celle guerre est juive. Helmu t Prante. Streibel. Oltramare prépare à sa manière les grandes rafles qui frapperont les juifs quelques mois plus tard dans les rues de Paris. Paul Dickopf est convoqué au bureau central de l'Abwehr à Berlin . M.. n quitte Paris au 60 61 25. 15 janvier 1990. D'un au tre côté. préparée avec le concours de l'Union françai se pour la défen se de la race. Son directeur. note Dickopf. Liliane Moru de la Cote a tout juste vingt ans et rentre à Bruxelles en compagnie de ses parents. Cette façon de disparaître sur le territoire occupé français me semblait le meiIJeur moyen d'auirer l'attention du SD sur une mauvaise pi ste et d'éviter des représailles à ma famill e 27 . Comme d 'autres supplétifs de la propagande allemande. cil" citant le curriculu m rtdigé par Paul Dickopf le 23 novembre 1949. Helmut Prame. tandis que le sous-directeur doit purger deux ans de prison avant d'être expulsé. mais aussi le «service des slogans ». diFfusions de tracts. « n m'offrait un poste indépendant en Sujsse. le reçoit. Lemberger. . Il a fait un stage à Paris dans un bureau similaire pour en apprendre Je Fonctionnement 26 ». favais expliqué à Genoud en toute franchi se qu'à cause de ma position dans les services de sécurité [SDJ . qu'au conrraire je souhai tais sais ir une telle occasion.» Et Oltramare d 'espérer que « la grande masse des hommes » soil « délivrée du parasite juif ». afin de sonder les conditions d'un éventuel séjour en Suisse. cit" cu rriculum de Dic kopf du 23 novembre 1949. je semis sans doute amené un jour à quitter J'Allemagne. s'exclame-t-il. que Françoi s Genoud rencontre sa future épouse. le directeur est échangé contre un Suisse détenu en Allemagne. Tous les hommes de bonne volonté doivent s' unir contre l'ennemi commun.LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECRËrES qui ont lu Le Pilori avant-guerre reconnaissent sans mal l'antisémitisme obsessionnel d'Oltramare. Cependant. En septembre 1942. le priant de contacter l'officier des renseignements généraux avec lequel il était en contact. « Paul Dickopf était destiné à diriger en Suisse le bureau de chemin de fer allemand.Bruxelles. «J'ai finalement décidé d'aller à Paris. » Selon François Genoud. tant il sait anticiper les désirs allemands.. 26. n en a vingt-six .» Paul Dickopf aurait alors alerté François Genoud . C'est dans le Pari s. Entretien avec l'auteu r. Théoriquement soumis à la censure aIJemande. ] J'ai donc suivi cet ordre en pensant qu'ainsi je quitterais la sphère d'influence de la police de séc urité [SD]. le capi taine Bofinger. M. explique Paul Dickopf. rapporte Paul Dickopf à AUen Dulles. . assise dans son compartiment.. Si le juif tri omphait. Le bureau de Zurich attire d'ailleurs l'attention des autorités suisses en 1943.. Le comm issariat des Affaires juives lui a commandé l'émission « Les juifs contre la France » pour « contrer l'action des juifs dans les différents domaines cu lturels et scientifiques ». Ce « service » regroupe les émissions dirigées par l'ancien leader suisse. le chef de la Propagandastaffel à Paris. » L'heure de la « désertion » de Diekopf approche. sont arrêtés le 28 mai. en avril 1943. op. et recrutements divers et variés. crée pour Georges Oltramare un service spécial au sein de la radio.. op. POIII Dickopf . c'était l'occasion rêvée de créer une relation personnelle avec le service de rense ignement des forces alliées 25. Je lui ai également fail comprendre que je ne serais pas opposé à collaborer avec les RG suisses. Le directeur de l'espi onnage (Abteilung Il1). « Entre-temps.

. quand une première demande d 'arrestation des deux officiers lui parvient. cit. Die OKA SlOry. qui va ébranler l'Abwehr et menacer jusqu'à l'état-major de Canaris. Qui sait ce que Schmidhuber n'ira pas raconter une fois entre les mains de la Gestapo? De plus. Dans son mémoire sur Dickopf. De retour en France.fOl/pÇOT! . débute une autre affaire. Prante prend la liberté d'évoquer longuement le dossier et sa chronologie. Convoqués par les douaniers. le bureau des enquêtes douanières de Prague est informé qu' une importante quantité de dollars doit se négocier. sans toutefois le rapprocher explicitement de l'affai re Dickopf. Alai n Moreau.. L'état-major de J'Abwehr n'est info rmé de l'enquête en cours qu 'au mois de septembre 1942. Helmut . 1969. en poste au bureau de l'Abwehr de Munich. Schmidhuber est en effet dans la confidence des complots du renseignement militaire en 1939. L' inquiélude est vive panni les proches de Canaris. les deux compères tentent d'abord de fa ire croire que l'argent saisi. Dans sa description des services de renseignement militaires ullemands. Paul Di ckopf fi gure toujours au grade de lieutenant. op. De multiples sources s'accordent à démentir la thèse de la désertion de l'officier SS. qui appartient à l'Abwehr. Paris.. notent enfi n avec justesse que le choix des territoires occupés par l'Allemagne était pour un fugitif le pire qui puisse être fait JO. date à laquelJe un avis de recherche est formellement établi . Puis il s accusent Je trafiquant : celui-ci jouit d'un compte dans une banque sui sse. elle ne le sera. It' . et connaît bien l'implication de l'amiral dans les tractations qui les ont précédés. voyage fréquemment en Helvétie et pourrait bien être lui aussi un agent britannique. 30. Les douaniers qui ont pris positi on sur les lieux interpellent un trafiquant pragois. Interpol . retourne une derni ère fois à Stuugart où il se procure des papiers et des canes d'identité vierges et conseille à sa femme de tout préparer pour quitter Hatten. en 1945. Dans la liste des états de service des SS dont dispose Simon Wiesenthal. Fin mai 1942. Annand Mergen. Heinz Hôhne montre combien une offensive de la Gestapo sur le terrain de la conuplion a des chances d'aboutir : « De nombreuses sections de l'Abwehr étaient devenues une 62 63 Au cours de ce mois d'aoOt 1942. était destiné à débaucher une Tchèque proche des services spéciaux britanniques. Mai s leur diversion a seulement pour effet de provoquer la déposition exhausti ve du trafiquant qui riposte en affirmant que les deux offi ciers se livrent à un important trafic de marchandises. comme Alain Greilsamer. porteur de 10 000 dollars et de plusieurs enveloppes remplies de pierres précieuses. choisi par Paul Dickopf pour « déserter ».çj aurait été en 1942 «en miss ion secrète en SUi sse 29 ». Plusieurs orriciers du siège mun ichois de l'Abwehr sont mi s en cause par la Gestapo dans des opérations de détournements de fonds et de trafic de devises.fi~8~ dl/ . le trafic semble bien avoir d'importantes ramifications. il aurait di sparu définitivement et séjourné jusqu'en 1943 chez des connaissances à Bruxelles.. 28. pendant la Pentecôte. la revue Militar Ver/ag des DDR 28 indique que celui. rappelJ ons-le. 1986. sa ville de naissance. que le 23 octobre 1944. &litions mili taires de la RDA. dans les deux gares de la ville. 29. Son salaire continuera d'être versé à sa femme jusqu'au 31 janvier 1944. Dans une courte biographie de Paul Dickopf. D'autres auteurs. deux officiers de l'Abwehr. En août 1942. Deux noms figurent sur les enveloppes: Schmidhuber et Ichrath . Respecti vement major el capitaine. il convient d'opposer des constatations très simples. membre des services de sécurité. Aillin Grcilsamer. rés idente en Suisse. A cette version des faits. de peintures el de pierres précieuses.LE BANQUIER NOIR MISS IONS SECRtrEs bout de trois semaines. soit deux longues années plus tard . la disparition de Paul Dickopf n'est pas officiellement signaJée.

Dit: 8KA Story. 33.. Ses aveux conduiront quelq ues mois plus tard à l'arrestation de Johannes von Dohnanyi au quartier généraJ de l'Abwehr et provoqueront la destituti on du chef du département Z de l'Abwehr. op. cit. en relation avec la division finan cière. Heinz Hôhne. Canaris. D'autres auteurs s' interrogent sur ces 3 1. des séjours à l'étranger et de l'argent de l'Abwehr en général . explique Jean De Launai s dans La Belgique à l'heure allemande. « Une concurrence. cil. qui rémunèrent parfois leurs rabatteurs en laissant un train « di sparaître » dans la nature . Canaris n'était pas homme à sévir contre les éléments corrompus de sa propre organisation. op. Paul Dickopf évoque lui au ss i ce dossier.. Le service de contrôle. ou vers des pays occupés par les Allemands. l'un des plus proches coll aborateurs de Canaris. des trains entiers passent el repassent la frontière en contrebande. le matériel était si conséquent que le Reichsführer SS pou vait entreprendre une nouvelle atlaque contre le service ex térieur de l'Abwehr 32• » La Belgique sera également témoi n de ces règ lements de comptes.. Paul Dickop! . des lettres de crédit. » Après la tentative de fuite de Schm idhuber et d ' Ichrath. Helm ul Pranle. li s'agissait d'un délit puni de la peine de mort. parfums.. et à le convenir en or Do Pourtant. qui éclata pourtant au moment de sa « fuite» : « Ce n'est que par hasard que le serv ice intérieur de l'Abwehr cul vent de l'affaire de Munich. extrai t du curric utum de Dic kopf du 23 novembre 1949. bureaux du plan de quatre ans. les deux officiers sont transférés à la prison du RSHA . mit au jour des écritures extrêmement élevées sur des comptes de devises. . » Tapis. cil. de la Luftwaffe. La conséquence ne se fait pas attendre: le major Schm idhuber parle et compromet naturellement ses supérieurs. Fin novembre 1942. Elle provoque ainsi ce qu'eUe cherchait par tous les moyens à éviter: la Gestapo est saisie de l'enquête.• op. de la Kriegsmarine. tenu pour "un crime économique contre la guerre"J4 ». qui n'hésitait pas à se faire envoyer par av ion spéciaJ des frai ses espagnoles d'Aranjuez. op.LE BANQUIER NOIR MISS IONS SECRÈTES sorte de libre-service . « sans des relalions illégales. La corruption s'est aussi installée dans l'adm injstration d 'occupati on. II expliqua par ailleurs à un juge militaire que la plupart des choses qui se passaient à son département lui échappaient 31.. 34. Paul Diclwpf. le colonel Hans Osier. el plus encore de le changer en or. Helmut Prame. 64 32. il était pratiquement impossible de sortir de r argent d ' Allemagne. une enquête du RSHA condu it à la destitution de plusieurs offi ciers alJemands pour « trafic de devises ». de " organi sation Todt et même de la SS (bureau Essex). Paul Dickopf note qu ' il a réussi à transférer son patrimoine en Belgique. Et lorsqu'on poursuivit l'investigation. Déjà en 1942. En septembre 1942. favorisait ses ami s en leur offrant des cadeaux sur les fonds de l' Abwehr [NdA : l'un d 'eux reçut un pot à tabac avec un diamant incrusté ayant appartenu à Napoléon] et il répugnait à soutenir ses trésoriers quand ils protestaient contre les frai s de voyage des officiers supérieurs de l' Abwehr. Carlaris. Les histoires d 'argent et les complots politiques ne manquent pas. Fin 1943. inimaginable. incroyable. il s' avéra qu e de très hauts offic iers et leurs hommes de confiance avaient justement dépensé un nombre incroyable de devises pour leurs propres besoins. l'équipe de Canaris persuade les autorités militaires que l'affaire relève peut-être de la trahison. munis des laissez-passer et des ordres de mouvement dûment signés par des officiers allemands. comme le relève son biographe Helmut Prante. Dans un de ses mémoires rédigés à l'attention des services alliés. Cil. 65 . Il étouffa personnellement plus d ' un scandale et ferma trop souvent les yeux sur les officiers basés à l'étrange r ou au quarti er général fai sant un usage imm odéré des allocations de voyage. tissus. Arm and Me rgen.. s'était établie entre les bureaux d 'achat allemands. maroquinerie . où les cliques et les cabales le disputaient à la corruption et au népolisme.

( Il n'avait pas de tante ni d'oncle fortunés. TJ de vait trafique r des bijoux. Ibid. dont on a déjà vu le rôle anlbigu dans l'affaire Fonjallaz. en tout cas . Le père de Dickopf s 'occupait seule me nt de surveilJe r l'é pargne du grand-père Goettfried. il propose au capitaine de leur ame ner le courrier. L'officie r accepte sans se mUier. à des tenninus de trams. op. Pe ter-Ferdinand Koch. et il a travaillé de plus en plus pour de mysté rie uses personnes privées. Quand Dickopf s 'est rendu compte que l'Allemagne nazie était en chute libre. Côté \uisse. les cachettes aménagées dans les plafonds. dans les trains qui vi enne nt de France. elje m 'aperçois qu ' il s sonl maigres et démunis. 1Contrairement à l' image qu 'il a vou lu donner plus tard. Comme le rapporte Allen Dulles. Note eitée des archives fédérales. 36. dans ses Mémoires: « Un groupe d 'officiers du re nseignement travaillait principalement avec les Allemands. exp lique François Genoud. 40. Ses re ndez-vous avec François Ge noud ont lieu en pleine nu it. commerçant sur les marchés. 39. 11 s 'agit des services du colonel Masson. Alors. l'officier des renseignements généraux repéré par l'Abwehr.» Mais les contacts de François Genoud avec les services spéciaux de son pays sont diversifiés. Le Sui sse assure mê me 35. Di ckopf ne s'était pas brouillé avec le régime nazi. explique-t-il . Dans un pre mie r temps. quand il s encourageaient nationalistes et fronti stes à e ntretenir des contacts avec l'Al1emagne. Et ce trafic a dO lui procurer un certain nombre de bie ns personnels 36. à Bruxelles. /bicl. Alors. « Se lon les dires d ' un transfuge. il s'est mis à garder pour lui une partie des sommes qu ' il devait me ttre de côlé pour d ' autres. 37. il a notamment mainte nu le contact avec le capitaine Olivet. je décide de leur faire parvenir des produits de premi ère nécessi té. /hid.. « Je vais voir les parents du capitaine. qui n'ava it que de faibl es revenus 3S• l . LI est hébergé par"'la famille Van Cluyssen. il fail valoir « des services rendus au SR de l'état-major des années 40 ».» Entre la France e l la Be lgique. a su assurer ses arrières.» avoir eu à l'époque « la Gestapo sur le dos» à cau se de la fIC fuire » de son ami 38_ François Genoud. à l'occasion d ' un de ses déplacements. Il appre nd incidemme nt qu e les pare nts du capi taine habi te nt e n Be lgique. 1. C'est comme cela que je me suis mis le capitaine Olivet de mon côté J9. e t ses bea uxparents n'avaient pas d'argent. Puis son activité s 'est déplacée..Ies services de contre-espiOimage l'arrêtent e t l' interrogent à Berne. En Belgique. Au d ire de François Genoud. alors chef d'antenne de l'OSS à Be rne.. le marc hé no ir bat son plein. li a plutôt interrompu ses contacts à la demande du régim e. En janvie r 1943. » Pe ter Koch croit pouvoir affirmer que Paul Dickopf s'est re ndu coupable d ' un certain nombre de détourneme nts de fon ds. « Je leur ramenais les marchandises qui leur manquaient. Le futur prés ide nt du BKA n 'éta it donc rien de plus qu'un trafiquant. Singuliè re me nt.LE BANQUIER NOiR MISSIONS SECRtTEs transferts de fonds: « D'où Dickopf tenait-il une fortune personnelle?» interroge le journaliste allemand Pete r Koch. cit. EnTretien avec l'outeur.clon les archives fédérales suisses. François Genoud observe. Die TaRt'hQcher des Dolaor Jost'ph Got'hbels. Dickopf collectait des devises elles déposait à l'étranger pour le compte de bureaux officiels nazis. François Genoud semble avoir (( pris en main » l'officier. Paul Dickopf habite ~ Iand estine m en t : . Son ac ti vilé n 'éta it pas celle d ' un J ames Bond nazi. . des devises e t des reichsmarks. remplies de marchandi ses. mais consistait plutôt dans la négociation d'affaires noires. r empart des Moines.5 janvier 1990. 38. le capitaine ne manquait Jamai s de prendre contact avec lui quand il le savait de retour de voyage. 66 67 . médusé. C'est ai nsi que s 'explique la fonune de Dickopf 31.

A Paris. pas un seul n'a consenti à salir ses mains avides au contact du marteau ou de la pioche. Les Suisses n' ont pas faibli. le fe r el le bois. Jean Hérold-Paquis Uoumaliste de Radio Paris qui fut Waffen SS d'honneur]. directeur de l' Union française pour la défense de la race]. qui tous deux faisaient leurs rapports au général Guisan. qui ont fait leurs preuves. doriotiste]. ministre plénipotentiaire du Reich à Paris. Georges Oltramare est à l'honneur à l'auberge de l'Écu de France. Darquier de Pellepoix. note Au pi/ori dans son compte rendu . Oltramare. « pour sonder 69 . délivré du maçon et du juif ». » Dans ces texles. 41. Paris. explique Paul Bonny. dans l'intérêt exclusif d ï sraël. lutte poursuivie par la plume et la parole. qui n'ont hélas rien d'original à l'époque. Alain Laubreaux. «Tout ce que Paris compte d'antijuifs solides. Ce qui se passait entre Masson et Waibel. ancien compagnon de Drumont].LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECR~ et un autre avec les Alliés. Les Su isses coll aborateurs sont donc devenus la coq ueluche du TOU l-Paris anti sémite. Le samedi 29 mai 1943. les juifs étaient plus d'un million en France. et Son Excellence Schleier. Allen Dulles. ex·directeur de La FraI/ce au travail. Henry Coston.. 1970. les professeurs Labroue et Montandon ("ethnologue" neuchâtelois. Le journal parisien Au pilori a invité ses proches à célébrer le vingtième anniversaire du « vigoureux pamphlet antij uif que notre collaborateur Georges Oltramare a fondé le 26 mai 1923 » : Le Pilori. cette propagande n'est pas un simple flot de haine . dont c'est le jour de gloire. Sur les instances de Dickopf. On remarquait de nombreuses personnalités de l' Université et de la presse. » Hélas. 68 Franço is Genoud a désorm ais un «déserteur » sur les bras. préparée et provoquée. Ralf SoupauJt. se lève et retrace « la lutte implacable menée cn Suisse par OItrarnare contre le judaïsme. Et pas n'importe quels proches: le commissai re général aux questi ons juives. Depui s plusieurs mois. chef du service de renseignement de Himmler. l'ignom inie le dispute à la bêtise: « Le juif exècre le travail manuel.» Au cours du déjeuner. les juifs sont emportés par trains entiers vers les camps d 'extenninalion. Paul Bonny expliq ue dans Le Pilori que capit alisme el bolchev isme sont des « chaînes ) . et Max Waibel et ses adjoints les plus proches conféraient avec nous. Le Li vre de Poche. 1'heure est aux remerciements devant le travail accompli par Oltramare et ses amis. Pierre Ducrocq. pas un seul s'est jamais courbé sur le sol qui produit le pain. Ohramare et Bonny se sont rendus à un congrès d'une dizaine de jours consacré au « problème juif »... us S~crns cf une reddition. notamment MM. Le 3 j uin. Le colonel Roger Masson était en contact avec Walter SchcUcnberg. jusqu'à ce jou r je ne le sais pas 41. ainsi que les deux fidèles compagnons d'armes de Georges Ohramare. Avez-vous jamais vu une juive épouser un ouvrier ? Avant cette guerre qu' ils ont si passionnément voulue. Darquier dit de Pellepoix. par les poings aussi ». collaborateur du Pilori. » Jean Drauh [directeur d'Ail pilori. le « professeur » Labroue.. il se rend à Stuttgart. Jean Lestandi. Pierre Costantini [directeur de L'Appe/]. ne peut s'empêcher de temliner la réun ion en appelant de ses vœux « un vrai socialisme. nolfe haut commissaire aux affaires juives. Henri Lèbre [directeur du Cri du peuple. « Les unes et les autres sont aux mains de juifs. juives. était là pour rendre hommage au vaillant polémiste et se groupait autour de M. Les unes elles autres Ont été forgées par des juifs. Darquier dit de Pellepoix évoque « les souve nirs de combat qui l'un issent depuis de longues années à Georges Oltramare» et résume oK toutes les raisons que la France garde d'espérer en sa race ». Jean Marquès-Rivi ère. organ isé par le mini stère de la Propagande à Eppenheim. pas un seu l ne travaillait la terre. Pau l Bonny et notre ami René Fonjallaz. Un moi s plus tôt. Leur virulence n'y est sans doute pas pou r rien.

44. jusqu' à la fronti ère suisse. Entret Îen avec l'auteur. pendant que moi je passais la Frontière à pied. cil. Dans les bureaux de l'Abwehr. II janvier 1993. « De nombreux éléments nou s montrent que Dickopf ne s'est caché ni à Paris. nme Armand Mergen. Sur le point de partir en vacances. Devant de si maigres précau· tions.LE BANQUIER NO IR le terrain ». Palll Dickopf· . 46. à l'adresse de François Genoud . et de là jusqu'à Morez. « Qu ' il se cache en attendant ». De Morez. Genoud a été interrogé par des agents de la Gestapo de Stuttgart à mon sujet. » 42. » « Genoud a pris le tTain pour Paris. op. mais que l'on pensait que je séjournais encore dans le sud de la France. comme il en avait l 'habitude. Ces inscriptions universitaires sont con test«s: des journalistes onl fait sans succès la recherche sur les li vres d ' inscri ption: vOÎr HllOgSt: Post . Annand Mergen.C'est impossible ». Et le fait que Paul DickopF ait gardé ses « papiers officiels» au lieu de les détruire. puisque c 'est le pays où l'Abwehr m voulait l'envoyer avant sa « désertion ». Quelques jours plus tard. » Le départ pour la Suisse est donc décidé. Genoud s'était servi pour son séjour. Quand Genoud m'a fail part de ce fait. C'est donc dans la nuit du 16 au 17 juillet 1943 que nous sommes entrés sur le sol sui sse 44. A Lausanne. ni à Bruxelles. cit. 45. Di ckopf se précipite donc là où pour rien au monde il ne voulait aUer quelques mois aupara· vant. en passanl par Les Jacobeys et d'autres détours. . début juillet. De Paris jusqu'à Dole. François Genoud cache Paul Dîckopf chez lui. Paul Dickopf est également hébergé par Daouk Muheddin. 5011 comportement est donc loin de correspond re à celui d 'un fuyard ou. je vais voir le capitaine Olivet pour l'avertir ». Stupeur du capitaine qui s'ex· clame: « Oh! là là! U faut qu'il reparte immédiatement . Paul Dickopf . le capitaine jette I"éponge et se dit qu'il réglera l'affaire à son retour quinze jours plus tard . l'Abwehr ou le 50 n'avaient qu'à tcndre la main pour le débusquer. répond François Genoud 45. U fait état d'une inscription à l'Institut criminologique de Lausanne 46. 71 . cit. Par interm ittence.] Mai s. . raconte Paul Dickopf. message qui m'a révélé que la Gestapo et le SD ne s'occupaient pas encore de ma disparition. la nuit près de Mons. Hel mut Prame. 70 MISSIONS SECR~ On relève l'utilisation par François Genoud de faux papiers. François Genoud a fait venir son épouse. pour prendre le train une fo is à Valenciennes. les deux amis attendent que la lune se lève pour qu'elle éclaire leur chemin. achetés au marché noir. nous avons pu nous rendre sans aucun problème. rapporte Paul Dickopf. 19 février 1977. tandis que j'avais gardé mes papiers officiels que j'avais sous différents noms pour éviter les contrôles. raconte François Genoud. j'ai envisagé réeUement une fuite vers la Suisse. Mais il est tout de même paradoxal . à six kilomètres au sud de La Cure. ce qui nouS a fait prendre la décision de partir le plus vite possible 42. sous le nom d'André Jung. Le « réfugié» allemand obtient une autorisation de séjour sous le nom de DonaIdson et des faux papiers hollandais. 43. nous nous sommes rendus à pied. de papiers qu'il avait achetés au marché noir à Bruxelles... puis ils grimpent la montagne et rejoignent la Suisse. Arri vés de nuit au passage. « Le Dr Wagner lui a dit que l'on était très inquiet de ma disparition. où. Dickopf s' inscrit tranquillement à l'université de Lausanne pour parfaire ses connaissances linguistiques. Pour une raison inconnue. pour ses déplacements en Belgique. pis. avec un faux passepon luxembourgeois. . « Le lendemain. Dit' BKA SlOry. d'un transfu ge. comme il aurait dO le faire s' il était recherché pour désertion. le 29 octobre 1943.. conclu t· il. il demande et obtient une seconde fois l'asi le politique. soudainement la situation s'est retournée par le fait que le Dr Wagner s'est rendu à Bru xe ll es et a commencé à me chercher. l'ami syrien de Genoud et Bauverd. Genoud rencontre le Dr Wagner. comme auparavant. Helmut Prante. LI semble que le SO ait toujours su où il était el pourquoi 43.• op. op. Genoud avait un passage qu'i l empruntait toujours. Sous sa fausse identité. [.

et reste un des pied-à-terre favoris de son chef. qu'inspire le réci t du « réfugié » aux autorités suisses. 48. En plus de ses deux fau sses idenLités utilisées en Suisse (Oonaldson ct Jung). et le viceconsul . Peter Oorr. «Une demande d'arrestat ion a été émi se à l'encontre de la personne ci-dessous. JI va bientôt devenir un agent triple. op. les pseudonymes de Di ckopf sont nombreux: Peter Dickmann . Di~ BKA StQry. Paul Dickopf a rencontré à plu sieurs reprises le Dr Fritz Albert. près de Berne. tous frais payés pendant plus d ' un an. le consul général. Parvient-il à convaincre les autorités de leur bonne foi? Ou plutôt de l' intérêt de leur collaboration ? On ne sait. Les faux papiers qu'ils saisissent dans l'appartement suffisent à les convaincre. 73 . Pau l Dickopf est arrêté. et d'autres encore .. Son rapport du 30 novembre 1944 traite précisément de « l'évolution historique. le général Guisan. Hans Meissner. Son hôte. Paul DickQpf. à Worb. 72 . Coïncidence? C'est donc le 23 octobre 1944 seulement. Peler-Ferdinand Koch. responsable de l'Abwehr (bureau V . Pauf DickQpf. organi sation. Le Zum Lowen n'est pas une adresse anodine. est également interpellé et interrogé. « Avec certitude. Elles évoquent le cas de Heinz Felfe.» Di ckopf obtient le statut de réfu gié pO!i(jque sous son vrai nom. et s'y tenir. Preuve des doutes 47.. au moment où Dickopf se déc ide à co llaborer avec les Suisses et les Améri cain s. déclarée disparue 49. répartition du travail et méthodes de travail . le dom icile de Gcnoud. mais sc rnvélern êlre un es pion de l'Est. à Lausanne. Le compte rendu est complété par « dix aperçus de l'organisation des services. et les fonctions qu'il a occupées avant sa « fuite » . Le 8 août 1944. où il va occuper la chambre 7. François Genoud. à cette date. cit . Et coOter quatre mois de prison préventive aux deux ami s. Sur sa carte du fichier central SS fi gure. ne craint pas d ' impliquer les officiers suisses qu'il a mi s dans la confidence . explique Armand Mergen 48. cit. ell es résultats du service de renseignement à l'étranger ». Di~ TQ1!~biich~r d~s DQktQr JQs~ph GQ~bbds. une communi cation du bureau du SO à Karlsruhe au bureau principal du personnel de la SS à Berlin . . L' AIJemagne nazie y dispose d' un consulat.LE BANQUIER NO IR MISSIONS SECRÈTES les services allemands occupent d'ailleurs le terrain. Schweiz Organ isation) en Suisse ». Peter Schemlerhonn . op. Hans Daufeldt. n assure avoir voulu quitter l' Allemagne par antinazisme. Paul Dickopf rédige alors plusieurs rapports circonstanciés sur les services allemands. des plans de répartition des affaires et des fichiers 50 ». lu i. ainsi que de cenaincs affaires de devises. .. qu ' un avis de recherche est officiellement établi par la police allemande. HelmuT ~ranl e. Aux enquêteurs de la Sûreté. François Genoud... collecte des infonnations et leur exploitation. mais la procédure du tribunal militaire est suspendue à la minovembre. lui. n'aurait pas cessé d'être un agent allemand. 49. le 15 décembre 1944. rue des Alpes. li est alors « pris en main ~ par les services suisses qui le font emménager à sa demande à l'hôtel Zum LOwen. Helmut Prante. sa.le capitaine Olivet notamment. faisant éllll du dossier de Pau l Olekopf au Berlm Document Cenler de Berlin.. L'instruction va durer quatre mois. les deux hommes vont donner la même version des faits. étroitement tenu par le SO. Les inspecteurs cro ient bel et bien tenir un espion allemand. est le représentanl du SD pour la Suisse entière. Armand Mergen.. Des sources allemandes assurent que François Genoud n'a pas cessé d'être en relat ion avec les représentants du SD en Suisse 47 • Dickopf. la Sûreté suisse envoie ses voitures 2 bis. L'homme aux dix identités est transféré à Berne et gardé à vue. telles la morphine ct l'insuline. QP. Heinz Felfe intégrera les serv ices spéciaux ouest·allemands après-guerre. op. . Paul Dickopf a avoué sa véritable identité. rappon 1/44 du 30 novem bre 1944. est membre du SO. cit. puisque l' hôtel a longtemps été occupé par l'état-major des années. La communauté allemande compte six cents personnes. leur travail en commun. chargé par le RS HA du ravitaillement en médicaments rares. cit.

Blum. Helm ut Prante. et ceci par le vice-consul allemand à Berne. et justement ceux auxquels on a fa il allusion à propos des événements du 20 juillet. Enfin. 53. dirigée par Allen Dulles. à l' heure de l'offensive militaire alliée. 74 75 .54. semble avoir été le contact attitré de Paul Dickopf.. Lausanne. quand la Suisse devait décider ce qui allait advenir dans son État des nationaux allemands. Oster. qui avaient conservé pour eux de grandes quantités de matières grasses. Pierre-Marcel Favre. sigtlt par Paul C. r. le propre chef du SD. cit . Paul Dickopf . Dulles a réussi à se tenir infonné des préparatifs du complot de juillet 1944. note Paul C. J Monsieur Paul Dickopf s'est fait beaucoup d 'amis panni les fonctionnaires de police suisses et ses relations ont été d ' une grande valeur pour moi.. TI est en contact direct avec l'équipe de l'OSS à Berne. 52. « Fin 1944.. Allen Dulles est arrivé en novembre 1942 à Berne en qualité de chargé de mi ssion au consulat améri cain .. M. Sa coll aboralion a été de grande valeur pour moi. document du consutat améri cain à Rcme daté du 6 septembre 1945.• op. de conserves. de café.« Son travail d 'agent de renseignement séduit au point que le lieutenant SS devient en quelques semaines un expert policier très demandé 52. cit. il a rapatrié les archives et fichiers qu'il avait constitués et cachés sur les services de police allemands. écrit-il dans l' un de ses rapports. Hansen. Non sans arri ère-pensées. Paul Blum a reçu 1'originaJ de la synthèse de Dickopf sur les services allemands dès sa rédaction fin novembre 1944. on l'imagine. 55. les Suisses comme les América ins ont d'autres préoccupations. « La poli ce fédérale lui donne mand at sur mandat.1945 « des plans pour éviter des destructions d ' industries vit ales dans les territoires allemands proches de la frontière nord de la Suisse ». Il y dirige en réalité le poste de l'OSS. Blum.. Helmut Prantc. » Ces rapports sont accueilli s avec délectation par la poJjce suisse. par des officiers en service spécial 51. 1990. il a été en mesure de travailler pour moi sans concession . La Mi ssion américaine de Berne. d'huile. op. Ibid. Schellenberg s 'est souvent servi des mêmes connexions que Canaris. cit. Contre-enquête. Et l'officier allemand peut à bien des égards leur être util e. Hans Bernd Gives ius. « Ses hommes étaient également assis dans les antichambres de Dulles. Les espions allemands se pressent eux aussi autour de la Mission 'Iméricaine. pour les services américains. Paul C. Sa connaissance complète des organisation s allemandes et des personnalités était précieuse. qui n' a pas tous les jours des transfuges aussi bavards. de farine. 54. de sucre. l' un des collaborateurs de Dulles. Mais. s'est rapidement intéressée à l' agent allemand que les Suisses ont capturé.• op. Paul Dickopf n 'épargne guère Canaris et ses collaborateurs: « Certains officiers. lesquelles étaient acheminées par le biais de commandes exceptionnelles provenant des pays occupés. notent Pasca l Auchlin et Frank Garbely. et il a montré dans ce travail !la discrétion et son tact 55.LE BANQ UIER NOIR MISSIONS SECRSrEs Au passage. un homme de l'Abwehr.• curriculum de Paul Dickopf du 23 novembre 1949.. essayait de quitter le navire. Berne est une oreille tendue vers l'All emagne. Dickopf était dans de nombreux cas mon négociateur . Heinz Hôhne. étaient personnellement en mauvai se positi on : Canaris. Comme le note Heinz Hôhne. )} St. » Dans les notices biographiques qu ' il a rédigées par la suite. connai sseurs des milieux policiers suisses.mprès des autorités suisses. Pascal Auchli n et Frank Garbely. il affi nne avoir préparé «( la confi scation des documents de la poli ce criminelle du Sud Baden 53 ». Paul Dickopf est pratiquement un collaborateur régulier ». Walter SChellenberg. Paul Dickapf . Dans ces temps confus qui suivaient la capitulation allemande. Paul Dickopf assure avoir mi s au point cet hiver 1944. Canaris. » La collaboration de Paul Dickopf avec les services spéc iaux américains est entrée dans une phase active.. Grâce à des contacts sur place. Blum dans un certificat rédigé après-guerre.

Eder.Meissner. Au moment où Dulles négociait avec le général Karl Wolff la reddition de l'armée aIJemande en Italie. L'affaire Dîckopf restera avant tout un remarquable exemple de ce que les serv ices spéciaux appellent une « légende ». Wolfram. West » de l'A usland Abwehr (bureau V) 57 ! Paul Dickopf n 'a pas cessé de trava ille r pour les services spéc iaux al lemands puisqu' il organ ise la fuile de leurs responsables.Von MUhlen.• op. Entretien de François Genoud avec I·auteur. Hans Meissne r est consul général d 'Allemagne à Lausanne. 31 du rappon Prame). el de te nte r une reconversion. confectionnée pour tromper les serv ices adverses. Comme l'a expliqué son biographe Pierre Assouline..il rompu tout contact avec les services allemands? Pas le moins du monde.. Mais Monsieur Paul restait très discre t et silencieux. . un autre personnage de la guerre secrète en Suisse ss . . Avec " Monsie ur Pa ul".Dônhoff. n'est autre que Fritz Albert. Un document annule à lu i seul la légende de la « désertion » et les efforts de Dickopf pour faire c roire aux services améri cains et sui sses qu ' il est un opposant au nazisme. les Be rnhards faisaient des randonnées. . Manina. le groupe « 1. op. men t capital (p. voire organiser des transferts de fonds pour Vichy en Suisse.» Le propriétaire de l'hôtel trouve étrange qu' iJ quiue régu lièremem sa chambre la nuit venue. bie ntôt re mplacé par Paul Morand. e t e n paniculie r Alle n Dulles. s 'interroge Armand Mergen. La« légende» inventée par Dickopf. Sonnenhohl. de nouvea u libre de ses mouvements. (malgré ces fonctions. Chiasso.. Jean J ard in est bri èveme nt chargé d 'affaires après la mort soudaine de l' ambassade ur Bard. lui a pcnn is de réagir à son arrestation et d 'entrer officielle ment e n contact avec les Su isses et les Amé ricains.LE BANQUIER NOiR MISSIONS SECRËTES Paul Oi ckopf a-t. le chef de la Schweiz Organi sation . 77 . S6. Ancien chef de cabinet de Laval. Les innombrables objections à sa «désen ion en Suisse» déjà sou levées par tant d 'auteurs sont donc confinnées. 76 François Ge noud. On le soupçonne d 'être venu pré parer le repli de Laval e n Suisse. el de ses « ami s» amé ri cains dès la fin de l'année 1944 . Helmut Pranle a consigné da ns son rapport une notice manuscrite de la main de Paul Oickopf faisant état de « transports» de personnalités allemandes. U ne parl ait jamais de lui-même S6. déplacements préparés el e xécutés par lui fin mai et fi n j uin 1945. quand ce n'est pas le transfe n de la fortune de Laval. il ne lui restait pas d'autre cho ix que d'ingurgiter la légende. propriétai re de l' hôtel Zurn Lowen. li faÎ t alors la connaissance de Jean Jardin. Geiler. Jean Jardin est év idemme nt chargé d 'approcher les Américains. . Anmmd Mergen. « Paul Oickopf s'est re ndu plusie urs fois dans le Tessin. H. Mais les deux propositions sont inconciliables. Paul Diclropf. Elle indique les _lr:IIlSpons» SUÎvants : . nommé premie r conse il1e r à l'ambassade de France à Be rne e n nove mbre 1943 . on va le voir. « li e ntretenait d 'excellentes relations avec la fa mille Bemhards. Pien. te 30 juin 1945. membre du 50 . de deux choses l' une : soit il a «déserté ». cil. le 26 mal t 94S. Die 8KA SIOry. MandelSI3dt el sa femme..Dr Alben. Or.. note Arm and Mergen. 12 juillet 1991. Hans von Pescatore est un fonctionnaire de l'ambassade d' Allemagne à Berne (il intégre ra a près-guerre les réseaux Gelhen e t le BNO) ! Le Dr Al bert . il dev ie ndra après-guerre « di recteur de la protection de la Constitution » en RFA). le 27 mai 1945. . on ne sait toujours pas aux ordres de qui ». Chi:lSSO. avec l'aide de Genoud. Chiasso. Cette liste de tr:lnspon est un docu. Le Reich disparaissant. Helmut Prame.. soit il continue à travailler pour l' Allemagne. e t rendaient visite à ses ami s syriens (notamment Oaouk Muheddin). le 19 mai 1945. assure ne plus avoir e ntendu parler de Paul Oickopf. pour le compte S7. conduit le 30 juin à Ma rti na (Tess in). von Pescatore. Neumann. Qui trouve-l-on dans cette liste de noms? Me issner e t von Pescatore conduits le 26 juin à Chi asso (Tessin). cil. SB.

Jean Jardin va devenir pour quelques années un fonnidabl e rabatteu. Des experts indiquent même que. L'éditeur a contacté Jean Jardin en juin 1944. En septembre 1944. dans les années cinquante. le bras droil de Laval ménage en revanche tous ses contacts avec les personnalités de la Résistance présentes en Suisse. 12 j uillct 1991. Un/! Émil1ence grise. qui va lui offrir une reconversion des plus agréables : c'est Constant' Bourquin.. 79 .r pour l' éditeur genevois. une revue anglaise prétendait que les autorités alliées perdaient patience ct qu'elles exerçaient une rude pression sur le conseil fédéral rdin que celu i-ci levât le secret des banques el découvrît les coupables 6J. Genoud et Jardin ne cesseront de se rendre des services tout au long de leurs carrières secrètes.. par ailleurs associé de François Genoud dans quelques soc iétés d' édition .. Pour l'éditeur. Constant Bourquin voudrait contourner la loi françai se qui prévoit l'entrée dans le domaine public cinquante ans après la mort de l' auteur. jusque dans le con sulat fran çais. 78 Selon des associations de résistants 62 . Des hommes de l'ombre. Mais Jean Jardin a fai Lla connaissance d'un éd. « A l'Enseigne du Cheval Ailé 60». 59. Tout dernièrement. Jean Jardin (J904-1976J. en juin 1943. Journal de Genèl'/!. aucune mesure contraignante n'a été prise en Suisse pour mettre un tenne aux relations financières avec l'Allemagne. La Suisse est alors pratiquement devenue l'unique source de devi ses de l'AlIemagne 64 • Walter Punk. « Les journaux de Moscou accusent les banques suisses d' avoir accueilli des fond s très importants que les chefs nazis auraient mis à J'abri dans notre pays ou de les avoir réexpédiés dans la République argentine. 63. Balland. Comme l'explique l'hi storien Marc Perrenoud . en recopiant le système de signatures multiples utilisé par les Allemands pour leurs dépôts bancaires. a affinné. Marc Perrenoud. ÉtLldes et Sources '". Pierre Assouline. Pas bien grands tous les deux. Paris. Les communications réelles qu'il a pu établir avec l'ambassade américaine restent cependant encore inconnues. Genoud mettra à profit l'expérience accumulée à la fin de la guerre. contre trente ans selon la loi suisse.iteur genevois. et sa nouvelle maison . pendant que Laval et Pétain se replient sur Sigmaringen. Les deux hommes se ressemblent. 1986. Jean Jardin abandonne très courtoi sement l'ambassade aux représentants de la France libre. La Suisse est une terre d'asile pour les fond s spéc iaux. 60. lout au long de l'année 1944. » On s'en doute. Ses fon ctions à l'ambassade auront donc duré neuf moi s tout au plus 59. comme le note le Journal de Genève du 23 janvier 1945. Pierre Assou line noIe que François Oenoud deviendra avec Benoist-Méchin l'un des relais de Jean Jardin dans les pays arabes.LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECRÈTES de Vichy. 23 janvier 1945 64. en l'absence de Paul Morand. Banque et Diplomatie suisse à la fin de la Seconde Ouerre mondiale. François Genoud aurait participé à certaines opérations financières pour le compte des servi ces allemands. Le prétexte est un projet d 'édi lion du Grand Meaulnes par les éditions du «Mi lieu du Monde». Une fois libéré de ses obligations diplomatiques. Berne. Bourquin aim erait qu'on le dispense de droits d 'auteur. Archives fédérall!s suisses . 61. et sans perspective d'occuper de sitôt de hautes fonctions admini stratives (il a été secrétaire général de la SNCF avant-guerre). Fin politique. « Les chefs nazis ont-ils déposé des fonds en Suisse?» interroge le quoüdien. 1988. en ce qui COncerne les sphères d' influence de Jean Jardin. C'est le cas du comité d'experts de J' fURO. Peu bavards. la rencontre avec Jardin est une aubaine. La réciproque est vraie. Entretien avec l'au Leur. Bourquin conduit un jour François Genoud chez Jean Jardin 6L. la forte press ion alliée n'est pas dénuée de fondements. Ibid. 62. le président de la Reichsbank. La presse américaine s'cst fait e l'écho de ces bruits.

LE BANQU IER NO IR

MISSIONS SECRÈTES

« ne pouvoir se passer de la Suisse pour l' échange de l'or
contre des devises ne serait-ce que deux mois 6S » . L'or de la
Reichsbank transféré en Suisse représente 63 % des importations de marchandises en provenance d'Allemagne!
Cet or comprend l'or pillé par la SS en Europe, el notamment
sur les déportés à leur arrivée dans les camps de concentration.
L'essentiel du trésor nazi n'est pas caché dans d 'hypothétiques
malles lâchées dans des lacs ou ensevelies dans les montagnes,
mais sur des comptes bancaires suisses ouverts en toute légalité.
Sous la pression diplomatique alliée, le 9 février 1945, une
enquête sur les avoirs étrangers en Su isse est finalem ent ordonnée. Quelques jours plus tard, un rapport est présenté sur la
« politique alliée à l' égard des biens réputés pill és ». JI reconnaît que tout n 'a pas été fa il pou r éviter que la Suisse ne
devienne un refuge pour les richesses de l'Axe.
Le 16 février 1945 , les autorités suisses apprennent que les
retrait s d 'avoirs allemands ont atteint une telle ampleur depuis
plusieurs mois que la Su isse n'aura bientôt plus la possibilité
de bloquer les capitau x allemands si elle veut sauvegarder ses
propres avoirs en Allemagne. II ne restera plus rien! La Suisse
décide aussitôt de bloquer les avoirs allemands 66. EUe interdit
aussi le commerce avec les bi llets de banque étrangers. « Nous
ne voulons pas que du butin de guerre puisse être m is chez
nous en üeu sOr », commente le responsable des Affaires étrangères, Walter Stucki, le 9 mars 67.
Les délégués économiques alliés sont reçus par les Sui sses.
Ils avert issent officiellement la Confédération que « les diri geants des pays ennemis et leurs hommes de confiance, en raison de la défai te imminente qui les auend, se préparent à trans-

férer en Suisse des valeurs qu' ils veulent meure en sOreté 68 ».
L'essentiel de ce transfert est pourtant déjà réalisé_ Dès l'automne 1944, pour se prémunir contre des mesures de blocage
déjà évoquées par l'Association des banqu iers, le consulat allemand de Zurich a planifié le camouflage des fonds.
Un plan d'envergure aurait été mis sur pied troi s mois plus
lôt, les 10 el Il août 1944, au Grand Hôtel de la Maison-Rouge,
place KJ éber à Strasbourg. par des responsables allemands
chargés de définir les modalités de la dissimu lation de leurs
fonds dans la perspecti ve de la défaite. Simon Wiesenthal en a
eu la révélation en 1946, alors qu ' il travaillait dans les bureaux
de l'OSS à Linz. Un volumineux doss ier bleu, saisi sur un prisonni er all emand, le colonel Keitel, au camp d 'i nlernement
d 'Ebensee. près de Bad lschl. lui est confi é. Le dossier contient
notamment les minutes de la réunion de la Maiso n·Rougè:
Sim on Wiesenthal le tran smet à sa hiérarchie sans pouvoi t
l'ex pl oiter 69 . Le procès-verba l d ' interrogatoire par le CIC
(Counter Intelligence Corps) d 'un commissaire de police al~a­
cie n, Manfred Uhrig, agent allemand baptisé « UZ~ 13 »,
confirme la tenue de cette mystérieuse conférence organisée
par le général 55 Ernst Kaltenbrunner, chef du RSHA 10.
Durant l'après-midi du 10 aoOt, Kaltenbrunncr aurait multiplié
les rencontres à quatre ou ci nq interlocuteurs. Près de quatrevingts visiteurs sont accueillis à l'hôtel réquisitionné, qui est
entouré par une véritable armada fonnée de Feldgendannes et
de SS . Pour l'essentiel, les« invités ~ appartiennent aux réseaux
élrangers de la 5S : un Obersturmbah nführe r du bureau IV, des
agents eXléri eurs du SO, « com mi s voyageurs des ténè bres»
~c l o n l'expression de Victor Alexandrov, « spéc ialistes de la
manipulation des notables ou des banquiers influents, du Liechlenstein à l'Argentine ». Hélas, la transcription très romancée du
contenu des interrogatoires par Victor Alexandrov ne permet

65. Werner Rin gs, L'Or des IIazis. La Suisse . lm relais discret. Lausanne.
PayOl. 1985.
66. En 1946. les biens allemands bloqués s'élèvent à 1022 millions de francs
suisses. Pour comparaison, les avo irs suisses bloqués au,; États-Unis en 194 1
s'élevaient li. 6 381 millions de francs suisses (in Marc Pernnoud, Banque et
Diplomatie sliisSt â la fin. de la Secondt> Guerre mOlldia/e, op. cit.).
67. La Gazelle de LAI/sanne. 10 mars 1945.

80

68. Paris Mondial. 20 février 1945.
69. Simon Wiesenth:lI. Les assassins son./ parmi IIOIIS, Paris. Stock. 1967.
70. ViclOr Ale;o.:androv. La Mafia des 55. Paris, Stock. 1978.

81

LE BANQUIER NOIR

MISSIONS SECRIITES

pas de savoi r si ces révélations ont été exploitées par les services américains. Arrêté à Strasbourg le 29 décembre 1944,
interrogé par le capitaine Alexander du CIC et le commandant
Ambrosi de la SOreté müitaire (devenu commissaire divisionnaire à Marseille et à Nice), Uhrig aurait révélé les détails du
« plan Jeanne» mis en place par lui pour résister à l'avancée
alliée par des sabotages, des parachutages et des maquis. Après
ces révélations s ignées, Uhrig aurait été renvoyé en Suisse à la
mi-février 1945, pour y reprendre contact avec le SD, au selVice
des Américains cette foi s. Pris en charge par la Gestapo à
Keeuzlingen, il reprend ses fonction s à Constance et informe le
CIC tout en fai sant son travail. Il organise en particuljer de
nombreux transports de hauts responsables nazis en direction
de Bregenz. En mai 1945, il attend en vain plusieurs jours le
contact avec son agent traitant américain, puis il disparaît sans
laisser de trace.
Les Alliés ont constitué des listes noires des sociétés suisses
ayant entretenu des contacts avec l'Axe. Certaines listes font
apparaître un certain nombre d'entreprises créées dans la tourmente de la défaite, et vraisemblablement dans le cadre des
dispositions de camoufl age. Des chiffres souvent cités, émanant
du département américain des Finances, font état, en 1946, de
214 sociétés créées en Suisse, 98 en Argentine, 112 en Espagne,
58 au Portugal et 35 en Thrquie. Plusieurs d'entre eUes seront
effectivement repérées par les selVices spéciaux occidentaux
après-guerre.

ceu" de famili ers et de proches du mufti, Franço is Genoud
essaie de libérer les fonds que le chef palestinien avait confiés à
la Deulsche Reichsbank dès son arrivée à Berlin. LI échoue.
L'histoire de ce trésor égaré dans la défaite prendra valeur de
symbole pour l'entourage d 'el-Husseini après-guerre.
La collaboration du chef palestinien s'achève. Qu oiqu'il
s'en défende par la su ite, il aura été un fonnidabl e auxiliaire
de propagande pour l'AUemagne nazie, particulièrement utile
au moment des batailles de " Est, dans les territoires de culture
musulmane. Dès 1942, le mufti a organisé les premiers recrutements pour ses légions germano-arabes. Pour l'essenti el,
il s'agi ssait d' étudiants o u d'ancien s pri sonniers de guerre
envoyés sur le fron t de l' Est. Plus imposants furent les contingents régionau". En juin 1943, el-Husseini passa en revue les
soldats de la 13 e division des Waffen 55 bosniaques musulmans, créée quelques mois plus tôt. Fin 1943. la division
comptait 20000 hommes. De relour dans ses casemements,le
2 1 janvier 1944, le mufti galvanisa ses 55: « Votre division est
un e"emple pour les musulmans de tous les pays. lança-t-iJ. Le
monde islamique et la grande Allemagne onl de nombreu"
intérêts communs. Le Reich combat les mêmes ennemis qui
volent les pays des mu sulmans, et suppriment leur foi en
Asie, Afrique et Europe.» L'Allemagne nati onale-socialiste
«combat la juiverie mondiale », conformément aux préceptes
du Coran selon le mufti 71.
Le pouvoir natjonal -sociaJiste a réussi à engager d'autres
forces musulmanes dans les Waffen 55, Des bataillons azerba'ldjanais sont constitués, au moment de l'arrivée des forces
allemandes dans le nord du Caucase. Pui s le Thrkestan fournit
des volontaires. Différents muftis, en relation avec el-Husseini,
encadrent ces bataiUons. On peut également citer les divisions
nlbanaise et croate. L'engagement de ces légions dans les
Balkans est cependant un fi asco militaire. Le 2 novembre 1944,

En ces derniers jours de la guerre, Franço is Genoud a
retrouvé Jean Bauverd à plusieurs reprises pour venir en aide
au mufti de Jérusalem. EI-Husseini a été contraint de se réfugier
à Bad Gastein en Autriche. C'est le Gauleiter de Salzbourg,
Gustav Scheel, ancien chef de l'Assoc iation des étudiants du
Reich, qui l'accuei lle. Selon certains témoignages, y compris

82

7 1. Discours cité par Joseph Schechtman, Th" Muftj and the Fu!!hr"r. op. cit.

83

LE BANQUIER NOiR

le mufti annonce la création d'une légion arabe destinée à agir
e n Palestine, mais les opérations de sabotage organi sées sur
place sont également des échecs.
Tout e n guerroyant à côté de ses e mbryons de di visions
arabes • el-Husseini a auss i collaboré acti vement à la politique
de déportation des j uifs. Le 13 mai 1943, il écrit au ministre
hongrois des Affaires é trangères pour s'opposer au départ de
4500 juifs dont 4 000 e nfants en Palestine. Le 28 juin, c'est le
ministre roumain des Affaires étrangères qui reçoit une mi ssive
du mufti concernant 1 800 e nfants e t 200 adultes. Le mê me
jour, il écrit de nouveau au mi nistre hongroi s des Affaires
étrangères pour que celui-c i refuse le certificat d 'émigrati on
en Palestine à 900 e nfant s j uifs e t une ce ntaine d 'adultes.
Hadj Amine suggère dans celte lettre d 'envoyer les enfants en
Pologne oi) ils pourront être « sous surveillance active ». Le
mufti avai t pourtant vi sité les camps.
Alors qu ' il est à Bad Oastein, le 4 avril 1945, un mois à
peine avant la capitulation, le mufti obtient des Affaires é trangères du Reich un accord fin ancier surprenant. qui accrédite
la thèse d'une disparilion de ses fonds. Les Affaires étrangères
meHent à sa disposition « des fonds desti nés au combat pour la
libérati on contre l'e nnemi commun » . Un compte est ouvert
pour le mufti par Je Reich, mettant à sa diS(X)sirion 50000 rcichsmarks par mois 72.
Le mufti prend l' av ion pour Be rne, le 7 mai. Espère-t-il
pouvoir y retirer ces fonds? Les autorités suisses vont le refoule r e t le re mettre aux Français. Il se ra assigné à rés idence à
Fontainebleau, mais il s 'e nfu ira e ncore. TI ne reverra Genoud
qu 'au milieu des années cinquante.

72. Ci t ~ pa r Schechtm nn : l'accord a été publié dans son intégral ité par Drew
Pearson dlUIS le New Yor k Dai/y M irror, 15 se ptembre 1947.

3

La fuite par Zurich

« Une grande catastrophe pour nous 10us » : François Genoud
résume ainsi la fin de la guerre 1. Le 8 maj 1945, jour de la capitulation allemande, le Sui sse se range résolument du côté des
vaincus. « C' est un jour de deuil pour moi , a-t-il coutume
de dire, la fin de lout... » 1.1 est à Oenève où il atte nd l'éditi on
spéciale de la presse. « Le 1er maj , il y avait déjà e u l'annonce
de la mort de Hitler » , nOlc-t-il avec un accent de tri stesse 2.
Depuis Je début du mois, Lausanne est saisie par le froid. La
presse locale s' alanne des désastres causés par le gel dans les
campagnes. Partant de la place de la Riponne, un défilé sociali ste a néanmoins parcouru les rues, distribuant du muguet,
célébrant le 1er mai et la victoire. Ce même jour, un comité
local s 'est créé pour venir en aide aux rapatriés des camps de
concentration.
A propos du 8 mai 1945, François Ge noud rappelle qu ' à
cette date « le gouve rneme nt français a auss i massacré les
Al gérie ns à Sétif » . En « manifestant naïveme nt » , pour la
« prétendue libération de l' Europe » , ils « reçoivent une leçon
exemplaire qui le ur fait compre ndre que la liberté du monde
n'a rien à voir avec la liberté des Algéri ens) », Les malhe urs
(jes Al gériens lui sont probabl eme nt e ncore é trangers. Mais
celle date de viendra pour Oe noud une façon d ' identifi er un
moment charnière de sa vie. Le national-social isme est mori1. Dan s un entret ien au Monde, par Mic he l Kajm an, 23 jnnvi er 1990

'2. Enrre tien avec l' auteur, 12 j uillel 199 1.
3. 1..' Hebdo libéré, voir sI/pra.

85

Au moment où les nazis suisses paient peu ou prou leur oll aboration avec J'Allemagne. parfois intégrés dans la Wehnnacht. où l'ami de son père Wilhelm Gurmann . fort compromis dans la manipulation des sympathisants de l' Allemagne. En janvier 1944. bat fini . Aux dernières heures des hostilités. li tente de se suicider en avalant une capsule de cyanure. a commis l'imprudence de confimler le 21 septembre 1945 au Chicago Daily François Genoud a au moins la chance d'être libre comme l'air. Franz Burri est arrêté en Autriche par les Américains. Les dés jetés. des traîtres. au mois de septembre. Jean Bauverd. De Sigmaringen. » Il se trompe. René Fonjallaz préfère se replier vers Tiengen. mais le nationali sme arabe. Nous languirons jusqu'à un non-l ieu 4. t'il . va lui assurer protection. La Suisse d' après-guerre s'en souvient. Daniel Bourgeois. 7. cil. 18 janvier 1946. lui.1 traverse le lac Léman. Après un passage à Baden-Baden ct Fribourg-enBrisgau . il en réchappe. Libéré sous contrôle judiciaire. maire de la ville. est encore en fuite. « Je n'ai pas l'impression que nous serons jugés. 6. Journal dl' Genh·e. » D'autres nazis sui sses tombent dans les filets aJliés. le major Ernst Leonhardt trouve la mort en Allemagne Jars d 'un bombardement américain 6. Le 11/<Reich l'l ia Suisse. Il réuss it à gagner Damas. 1. Himmler avait déclaré à Konigsberg que. lui. Bonny continue d'ai lleurs d'être empl oyé par l' ambassade à de menus travaux littéraires: censure des émissions du poste Radio France de Sigmaringen. 86 S. lbid. rejoint l'Italie. en poursuivant Jes survivants des 755 volontaires helvètes engagés dans les Waffen SS. ils pensait leur tour venu d'avoir des héros. Bauverd est livré aux autorités suisses à Bâle en 1946. du moins l'espère-t-il. le 31 avril. l'un des chefs des serv ices spéciaux suisses est mis en cause à son tour. li participe également à J'émission « La voix du Reich » que diffu se Radio Stuttgart. Car la guerre n'était pas finie pour ceux qui voulaient en sentir la fièvre sans en courir les risques. mais pour se voir transférer aux États-Unis. 1932-1939. écrit Oltramare à l'un de ses camarades de détention. un plat dont il fallait « préparer l'absorption par le Grand Reich 7 ». comme de nombreux fuyards du meReich. il choisit de s'enfuir peu avant Sli condamnation. va bientôt surgir dans l' histoire. comme il n'y aurait aucun fondement juridique à une peine plus forte. rédaction d'un bulletin d'information et censure des journaux fTançai s paraissant en Allemagne. la Suisse était « un État cmlanique à traiter comme la Hollande ou la Norvège ». ils rejoignent le gouvernement de Vichy. 87 . Georges Oltramare est détenu depuis peu à Lausanne à la prison du Bois-Mennet. op. ses miliciens et le personnel de l'ambassade d'Allemagne à Sigmaringen. Les trois amis ont quitté Paris pour l'Allemagne au moi s d'août 1944. Miraculeusement. l'Allemagne avait évoqué à plusieurs reprises la perspective d ' une annexion de la Suisse. Le colonel Roger Masson. en revanche. pour la Germanische Leitstelle. Ohramare est arrêté à Kreuzlingen. chef du SR de l'EMA. Il ne sera capturé par les Américains qu'à la fin de l'année 1945. la division Brandebourg et l'unité SS de chasseurs alpins qui les avait accueillis. passe en France. La plupart de ses amis suisses sont souvent en difficulté. Us se résolurent même à faire des prisonniers 5. Ces messieurs se sont largement payés sur la bête avec ces quelque cinq moi s de préventive et. alors qu ' il entre en Suisse. des suspects. dira-t-il plus tard. Paul Bonny et René Fonjallaz également. « J' ignorais que la Suisse venait d'entrer en guerre. L' Union nationole. Gutmann qui tente par la force d'empêcher qu'on hi sse un drapeau blanc à la fenêtre de sa mame. [J rejoint alors ses compagnons d'infortune à la prison du Bois-Mennet.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH bond. Ceux-là avaient des réserves de vaillance. le corn4. ils cherchent une solution bâlarde. op. Roger Joseph.

On sait à présent qu' un tel projet n'ajamais existé. Elle concl ura au non-lieu quelques mois plus tard. en revanche. . par leur métier el leurs relations privées. En cet après-guerre. ou un hameçon pour le seul colonel Masson. En revanche. comme l'explique l 'hi storien Daniel Bourgeois. n obtient un certificat de Paul Blum. LI se réinstalle à l' hôtel Züm Lüwen en avril 1946 et poursuit sa collaborati on avec les services spéciaux suisses. cir . sonl considérées comme des gens fi ables et qui pour leur majorité appartenaient aux anciennes couches dirigeantes. Dickopf fi gure encore sur des listes d'offi ciers nazis recherchés par les AUiés. L' « affaire Masson » débute. Dickopf doit revenir en Suisse. ainsi qu 'avec des personnes qui . Helmut Prame. Plusieurs auteurs estiment que Walter Schellenberg. 89 . Dans les notes qu' il rédige à l'attent ion des Américains. Dickopf propose de structurer un réseau de renseignement à l' Est. désigné sous le chiffre « 07 » : « Comme je vous l'ai déjà f(lit savoir oralement et par écrit. une enquête administrative est ouverte par le juge fédéral Couchepin. 10 mars 1946. du consulut américain à Berne. 88 10. Celui-ci n'en reste pas moins en relation avec Schellenbcrg. l' un des plus proches collaborateurs d' Allen Dulles 10. le chef du SD a laissé croire au patron du SR suisse qu ' il avait réussi à faire abandonner un projet d' in vasion de la Suisse à l'étude en janvier-mars 1943. Rosel Strasse. L'hypothèse est retenue par tous. Les hi storiens s'interrogent encore sur leur coll aboral'ion. tout en expédiant des renseignements [lU X Américains. mes propres relations dans la zone Est se limitent 1942. chap. Dickopf espère déjà réintégrer les services polic iers. lui . remplit les questionnaires. 9. sous la signature chi ffrée 96 10. C 'est la carte que Dickopf essaie de jouer. rapporte Dickopf. basé à J' Est. mais mettra un terme à la carrière du colonel. Plus vraisemblablement.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH News ses contacts avec Walter Schellenberg.• el La Gazellt de Lt. un ancien agent allemand projette sa reconversion en Allemagne occupée: Paul Dickopf. 07 travaille principal ement dans la zone russe avec d'anciens offi ciers allemands. Deux députés demandent et obtiennent l'ouverture d'une information. En Allemagne. Ainsi espèrent-il s y déployer des réseaux al lemands. dès se soumet aux fonnalités d'entrée en Allemagne. Et qu ' il n'était peut-être qu ' un piège destiné à fai re tomber les informateurs sui sses. Dès le mois de juin 1945 . la zone d 'occupation soviétique préoccupe déjà au plus haut point les Américains. La villa héberge d'autres Allemands en attente de reconversion. et demande des certificats de bonne conduite aux Américains. notamment par les Bri tanniques 9. Bien pl us : il témoigne en sa faveu r au procès de Nuremberg et fait en sorte de l'accueillir en Sui sse dès sa sortie de prison. Ibid .lIIsanllt. des expropri és et anciens propriétaires fonciers. il 6voq ue le travail entrepris par l'un de ses collaborateurs.. Mais les portes ne se rouvrent pas si vite aux anciens officiers de la Gestapo. via une boîte postale de Hambourg. op. Le 23 octobre. comme il l'ind iquai t dans ses rapports dès 1944. 19 févrie r 1977. La tâche est délicate compte tenu de ses états de service.• voir SlIpro. Haagst Pasr. Palll Dickopf . et à deux de ses proches collaborateu rs « Senner 2 » et «( 3 ». le chef du SO. Mettant à profit sa connaissance des milieux policiers. il 8. où il est logé un temps par les Américains dans une villa réqu isitionnée. a obtenu du SR suisse le démantèlement du réseau sov iétique Rado à Genève en 1943. I! se rend six mois à Wiesbaden. et aussi une lettre de Gero von Gaevernitz. D' autres ont attribué au colonel Masson le pseudonyme « Senner 1 » utili sé par le SD pour camoufler ses contacts à l'état-major suisse. Le colonel Masson . Son rupport nO2/46 est consacré à « l'organi sation d' un serv ice de renseignement anticommuniste». 2. Son pseudonyme est Kalnorer. affirmera avoir encore « plusieurs secrets au service de son pays 8 ». Masson se défendit en arguant qu ' il avait utili sé Schellenberg pour déjouer les menaces d' invasion de la Suisse par l'Allemagne.

• 90 91 .I ll n ~ les archives pri vées d'anciens membres de la OGER t. est à ce s ujet fort s ignificati L Alors qu'il s sont encore à Sigmaringen. note François Genoud. et demande un séjour à Berlin. services spéciaux américains. l'un des chefs du RSHA. » « En ce qu i concerne le choix de futurs coll aborateurs». et 1950 pour retrouver une fo ncrion of(j cielle au mini stère de l' Intérie ur fédéral. tantôt improv isés. En cel après-guerre.unéri cai ne I4 . CI Mme Bonny reçoivent Ja visite d 'un agent allemand qui prépare les réseaux de fuü e. li leur faut s implement une brève fonnalion et des instructions précises pour débuter leur travail 12. ibid. est accom- I l. 13. et mettra des équipes entières. « li dev rait être possible de trouver le domicile de l' un ou l'autre de mes anciens collaborateurs et d 'entrer en contact avec eux. expose Dickopf. cs réseaux sont d ivers ifiés. et Allen Dulles. En/relien avec l'auteur. Oi ckopf croi t savoir que les Ru sses continuent à employer un grand nombre de poli ciers all emands. Paul Bonny. » Oickopf devra unendre 1947 pour retourner en Allemagne..» Mais François Genoud a gardé sa facu lté de d rculer en Europe: il s'est mis au service des réseaux de fui te des nazis. Oickopf espère activer sa réinsertion professionnelle allemande. mil itaires et policiers 13. « Il faut des agents expérimentés à Berlin .LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH à des contacts avec deux anc iens officiers de police dont la fi abilité est certaine et qui œuvrent avec succès pour renfo rcer leurs contacts avec les services généraux Il. « 07 envisage d 'accroître Je nombre de ces person nes» et Dickopf souhaite « prospecter au sein de la police allemande dans la zone Est ». installé à Wiesbaden. parfo is l'fêts à fonctionner quand ils s'appuient sur les serv ices spéd" ux existams. à Wiesbaden.:omllle un membre du réseau Gehlen. mais j'ai refusé. et dans deux ou trois villes de la zone Est. au service de J' OSS puis de la CIA . » Sous prétexte d 'ouvrir « une brèche dans le système communi ste allemand ». les anciens du renseignement nazi sont nombreux à trouver. 12. Paul Oickopf m'u proposé d 'aller voi r Blum à J'ambassade américaine de Berne de sa part. accompagnée d 'un témo ignage sur la valeur de sa « collaboration ». Barbara. Les propositions de Paul Oickopf aux Américains ne semblent pas liées aux balbut iements des services de Reinh ard Gehlen. I l janvier 1993. Je n'ai pu retOurner en Allemagne qu'après le départ de J'administration . un terrain d'entente avec le. li n 'hés ite pas à demander directement une « intercession américaine auprès du ministre Geiler )). d'autres militaires ct t'pions réussissent la même reconversion. le 2 1 j anvier 1945. avec leurs archi ves. reçoivent leurs in formations par la poste et par des « coursiers» qui voyagent à l'Ouest via Berlin. En . bon gré mal gré. li demande également une intervention personnelle auprès du QG américain. Bien qu'il apparaisse f. « 07 s'est déclaré d 'accord pour que les in fonn ations qu i concernaient la zone Est !loient mises à la disposit ion des autorités s ui sses. A l'Est. Je vois ici des possibilités extraordinaires qu'il serait dommage de ne pas exploiter. « J'étais interdit d'entrée sur le territoire allemand par les A m ~ ri ca i ns après-guerre. pour sa « réintégration dans les services de poli ce criminelle allemands ». François Genoud semble H'êl rc lenu à J'écart de ces stratégies complexes. Le témoignage de l' épouse d'un camarade d 'Oltramare. 1<1. alias Baron. » Dickopf et 07. Les personnes qui seraient desti nées à cette acti vité ex istent. Rappor1I1/46. M. d u 30 septembre 1946. Pau l Dickopf met ses compétences et ses réseaux l U service des Suisses. Y compris 07. cile ibid. qui à la même époque fait del'l propos itions simil ai res. lIcodant. car ces personnes pourraient être en mesure d 'obtenir des renseignements politiques. Cilé par Helmut Prame. Ibid.

LE BANQUIER NOIR

LA FUITE PAR ZU R1 C~1

pagné d'un militant suisse, Raoul Cevey. Barbara lfavaille sous
les ordres du Dr Moro qui dirigeait à Tübingen, non loin de
Stuttgart , une école de sabotage destinée à form er les «réfu·
giés» pétainistes en Allemagne. Les agents du Dr Moro sont
par la sui te envoyés en France pour collecter des renseigne·
ment s politiques et militaires, et le cas échéan t réali ser des
actes de sabotage. « Barbara exprim a le dés ir de trouver en
Suisse des gens prêts à favori ser ou à assister des Français
cherchant à rejoindre leur pays, témoigna Mme Bonny. li
s'agirait, pour les personnes qui prêteraient leur assistance en
Suisse. de remettre auxdits Français de l'argent ou des titres de
rationnement, ou encore de récepti onner leur correspondance
pour la transmettre ensuite en Allemagne 15, » Les Bonny s'exécutent et donnent plusieurs noms d'anciens membres de
l' Union nationale, que Barbara note aussitôt. Mme Bonny est
chargée de se rendre en Suisse « pour sonder les poss ibilités de
passage ». Après plusieurs entretiens préparal'Oires, elle reçoit
la veille de son départ la visite du Dr Moro, qui lui remet un
passeport muni des visas nécessaires pour quitter l'Allemagne.
Sa miss ion s'achève un mois plus tard, le 26 mars 1945, à
Bregenz, sur la rive autrichienne du lac de Constance, où
l'attendent Paul Bonny et le Dr Moro. On a peu de détails sur
les résultats qu'elle a obtenus. On sait seulement qu 'une des
« boîtes aux lettres » pressentie à Genève refu sa de faire ce
qu'on attendait d 'elle. On la priait en effet de transmettre le
courrier qu'elle all ait recevoir à la fabr ique de cartonnage
Hugelshofer, à Rheineck. Elle détruisit les trois leures et envoya
promener un des messagers. Pour ljmité qu'il soit, ce témoi·
gnage donne néanmoin s une idée juste des problèmes posés
aux réseaux: nazis ct pétainistes en celte fin de guerre : il leur
faut des boîtes aux lettres. des courri ers, des sympathi sants
pouvant discrètement fournir le gîte et le couvert, et d 'autres,

experts en passages de front ière. [J leur faut constituer une
Mructure clandestine class ique.
Les filières utili sées sont donc multiples. Vers le sud, toutes
convergent néanmoins comme dans un entonnoi r vers la ville
de Memmingen, en Bavière. Deux itinéraires en repartent. Le
princ ipal traverse l'Autriche par Inn sbruck et entre en Italie
par le col du Brenner ; le second fuit vers Lindau, sur le lac de
Constance, et prend deux directions: Bregenz, en Autri che.
et la rive suisse du lac. Ayant déjà engagé sa recherche des
criminels de guerre, Simon WiesemhaJ , agent de J'OSS, met un
ttrand soin à analyser et reconstituer ces réseaux, pour en suivre
mélhodiquementla trace et les itinéraires 16. La voie principale
est la fili ère italienne, dite« B-B », pour Brême·Bari, rempla·
eée ensuite par ses variantes Brême·Rome. Brême. Gênes 17.
Parmi les sept structu.res clandestines qui ont été répertori ées, celle ct 'Odessa (Organisation der SS Angehori gen organi sation des membres de la SS) est souvent présen tée
comme la plus performante. Des relais d 'accueil. composés
d 'équipes de trois à cinq personnes, sont opérationnels tous les
cinquante kilomètres. Les réseaux se distinguent par les fuyards
qu'ils prennent en charge: hauts dignitaires ou membres de la
Wehrmacht parfois opposés jusque dans J'exil à ceux du 50.
Sur les bords du lac de Constance, les villes de Lindau et
de Bregenz sont les passages obligés de la « filière suisse ».
1\ Lindau, un agent des services spéciaux français - OGER - a
monté une société d ' irnport.export pour attirer et surveiller les
~scaux de fuite. « Les nazis m'avaient à la bonne, explique+i1 à
L'Aurore le 30 juillet 1974. J'étais serviable. utile. Avec ma voilure puissante, une Audi. achetée avec mes gains de trafiquant,je
jouais au passeur. J'étais logé au cœur même de leurs réseaux .)Io
L'agent frança is est peu à peu présenté à tous les prota·

IS. Ministère public fédérnl, Acte d'accusatiOrl l/I'tssé contre GtOrges Ollramare, Pau/Bollny et René Fonjallat, 30 j uin 1947, p.4I-42.

92

16. Simon Wiesc nth al ouv re le Centre de documen13tion juive 110 Linz en 1947.
17. Simon Wiescnlhal, US assassins S01ll parmi flOUS. op. d t.; réédité avec
,!'nmples correctifs sous le titre Jwstice n'esl pus vengeance, Paris. Robert Laffont,

1989.

93

LE BANQUIER NOIR

LA MTE PAR ZURICH

gonistes de la fuite par un ancien des Jeunesses hitlériennes
devenu trafiquant à Lindau , Stenger. L'Allemand le conduit en
particulier à Zuri ch, au 39, Kreuzslrasse, où deux frères ont
installé leurs bureaux. Les frères OietheLm , All emands, tous
deux membres du SO, ont reçu l'ordre fin 1943 du chef de la
Gestapo Heinri ch Müller de créer des réseaux de survie en
Suisse. Il s demandent le statut de réfugié, et, selon leurs amis,
exigent 50000 fran cs suisses pour faciliter les fonnalités. Avec
les fond s du SO, ils créent une société d'achat-vente de brevets,
Oxydas. Celte fil ière s'appelle Die Spin"e, « l'Araignée ». Les
Oiethelm trient avec soin les fu yards qu ' ils prennent en charge.
Ceu x qui sont jugés « peu sOrs» ne partiront pas vers d 'autreS
latitudes grâce à « l' Araignée » .
« Je leur ai dit un jour: "'liens, un de mes amis m'a parlé de
Genoud", raconte l'agent de la OGER. Ds ont levé les bras au
ciel, et m'ont prévenu: "N'aUez pas mettre les mains là-dedans:'
François Genoud était, selon eux, en relation avec des milieux
affairistes 18. »
L'espion français, qui « ne s'occupait pas de recherche
d 'argent », juge cependant que le rôle du Suisse n 'était pas crucial dans les réseaux de fuite: « François Genoud a hébergé des
personnages secondaires qui passaient par la Sui sse. C'était un
"slatique". En outre, il était dépositaire de fonds de certaines
personnalités 19. »
Après sa reconversion journalistique, l'ex-espion s'est rendu
cé lèbre en se spéc ialisant sur les serv ices spéciaux des pays de
l'Est: son nom est Pierre de Villemarest 20. Entre autres organi sateurs des réseaux de fuite, de VilJemarest rencontre Franz
Roestel, officiell ement ingénieur dans une finn e all emande,
la Badenia. « Peu à peu, je percc son mystère, raconte-t-il à

L'Aurore. Grand voyageur, Roestel avait travaillé comme ingénieur en Afrique du Sud , à la Consolidated Oiamond M ines,
pui s en Afghanistan . Il en a gardé un passeport afghan . Au
début de la guerre, il est capitaine de la Wehnnacht à SaintQuentin , en occupation. Puis, à la recherche de jeunes offic iers
d 'é lite, Bonnann recrute Roeslel pour les services de sécurité
du Reich. Roestel fai t une carrière foudroyante. fi dev ient avec
Walter Rauff, actuell ement au Chili, un des lieutenants de
Bonnann, chargés de préparer l'évasion hors du Reich anéanti
des dignitaires nazis, des techniciens, du matériel, des capitaux.
Que vient faire à Lindau ce Roestel avec lequel je feins de
fratern iser ? Jusqu 'en 1948, il émit le numéro 4 ou le numéro 5
dans la vaste organisation nazie d'après-guerre. Mais. les uns
après les autres, les grands patrons ont décroché pour se fi xer
définitivement en Amérique du Sud. Par le jeu naturel de la
hiérarchie secrète, Roestel était arrivé à la deuxième place 21. »
L'espionnage loujours : de ViUemarest se baigne avec
Roestel dans le lac de Constance pendant qu 'une de ses amies
fouille méticuleusement les bagages de l'agent allemand. Simon
Wiesenthal met lui aussi à jour le rôle joué par Roeslel, Hauplsturnlführer SS. Mais il est plus long à percer le pseudonyme
sous lequel agit l'officier : Haddad Saïd, nom fi gurant sur son
passeport syrien. R OCS1CI voyage en Syrie. puis revient en
AJlemagne pour recruter des conseillers all emands avant de
di sparaître en Amérique du Sud. L' implication de l'ambassade
de Syrie à Berne dans la fuite des nazis est d 'ailleurs étroitement liée à sa recherche d ' instructeurs allemands 22, Après
ILl nnissance d ' Israël en 1948, par soif de revanche, la Syrie
CI l' Égypte s'ouvriront un peu plus aux soldats perdus du
rut Reich,
« François Genoud étaÎl très important pour nous, expliqua
l'ancien adjoint de Himmler, le général SS Karl Wolff. Nous
étions très limités dans nos déplacements. n pouvait bouger

18. Entretien avec l'auteur, 3 septembre 1993.
19. Ibid.
20. Pierre de Villemarest a évoqué cet épisQde de l'après-guerre dans plusieurs
rev ues et ouvrages, notammen t Le Coup d'êwt de Markus Wolf, Paris. Stock,
1991, p. [33- 135.

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21. L'Aurore, 30 juillet 1974, p. 2.
22. Entretien de Pierre de Vi tlemarest avec l'auteur. 16 septembre 1993.

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LE BANQUIER NO IR

W\ FUITE PAR ZURICH

librement et nous servait d ' homme de liaison 23.» Ce témoignage n'est pas négligeable. Le général Wolff a été le chef de
bureau du Reichsführer 55, Heinrich Himmler, dès 1933, puis
il a été chargé en 1939 des relations entre le bureau de Hitler et
celui du mini stre de l'Intérieur, avant d 'être nommé à la tête de
la Gestapo en Italie en 1943. Dès le début de J'année 1945,00
s'en souvient, Wolff a négocié avec Allen Dulles la reddition
des forces allemandes du fron t sud, avec de mystérieux intermédiaires, parmi lesquels fi gure, se lon certains chercheurs,
Paul Oickopf. Cene capi tulation négociée lui permet d'échapper pendant de longues années à des poursuites concernant son
rôle dans la déportation des juifs ital iens et dans les massacres
du camp de Treblinka , qui firent 300000 morts 24.
Le rôle de François Genoud dans les filières est donc établi ,
et corroboré par d 'aulres témoignages. Le Sui sse lui-même
l'évoq ue, et, quand il le fait , il reconnaît s'être employé ~( à
venir en aide aux prisonni ers allemands » ... Dans la préface
du Testament politique de Hiller, parue avec son autorisation,
on peut lire:« François Genoud , à ("époque, s'efforçai t avec le
professeur Niehans, de Vevey, de venir en aide à des soldats
et officiers allemands détenus dans les prisons françaises lS.»
Étonnante rencontre tout de même que ce ll e de François
Genoud avec le professeur Paul Niehans. Champion de la
thérapie cellu laire, et de l'injection de cellules vivantes à ses
patients, le professeur a notamment traité Pie XII , Konrad
Adenauer et le duc de Wmdsor... Il a ouven " une des premières
cliniques de remise en forme sui sses, l'un de ces établ issements
qui attirent lant les célébrités mondiales près du lac Léman.
L'un de ses collaborateurs, le docteur Walter Michel, fut le
chef à Genève de "Union nationale d'Oltramare puis l' un des

dirigeants du Mouvement national suisse (NUS) créé en 1940
à l'initi ative du 50 26 . Le Dr Walter Mi chel resta en relat ion
constante avec le consulat général d 'Allemagne et prit de nombreuses initiati ves en concertation avec la SS-Hauptamt. Le
docteur fut condamné à trois ans de prison après la guerre"D.
Selon certains témoignages. des collègues des docteurs Niehàns et Mi chel, spécialisés dans la chi rurgie faciale, ont eux
aussi rendu des services aux fu yards ... en leur modifiant le
visage, et en leur offranl non pas une cure de jouvence, mais
une nouvelle identité.
Bien des années après la mise en sommeil de ces filières de
fuit e. en 1964, un journali ste du National Zeilllng de Bâle,
Serge Flicgers. inlerrogea un homme infiltré dans ces réseaux
de fuite, ct le fit parler de « l'Araignée » , et de l' homme qui
avait finan cé l'organisation .. . Celle-ci, apprenail-on, a ti ssé ses
fils avant la chute du rueReich, en transportant de l'argent sur
des comptes secrets en Suisse. « L' homme qui gérait et gère
aujourd ' hui ces patrimo ines naz is est un ressortissant sui sse
el habite à Lausanne, indiquait l' infomlateur de Aiegers, "Monsieur X ". Son appartement ressemble à un musée à la gloire de
HiLler, Aux murs, des drapeaux avec des croix gammées et des
portrait s de Hitler grandeur nature. Ce banquier nazi voyage
sanS difficulté dans l' Europe entière pour des in vestissements
CI des virements 28. » De nombreux témoignages l'attestent.
François Genoud ava it effecti vement à cette époque rempli
~on appartement de ses souven irs de l'Allemagne nazie. Il a
d'ailleurs confirmé avoir reçu la visite de Serge Fliegers 29 •
C'est dans la fu ite et la défa ite que Genoud apprend vraiment à con naÎt"fe de nombreux hauts responsables nazis. Outre
le général Wolff ou le colonel Olto Skorzeny, ancien chef des
opérations spéciales du RSHA , la plupart font figure de chefs

23. Entretien acco~ l Frank Garbely. Profil. 30 décembre 1985.
24. Le gt'!néral Wolff n·est arrêté qu·en 1949 par les autorilt'!s d·occupalion brilanniques. et condamnt l quatre ans de prison. la Rt'!publique ft'!dérale. qui rotIVTe
son dossier en 1962. le rondamnern à quinze ans de prison en 1964. 11 serJ Ii~ré
six ans plus tard po ur raisons médicales. Mais il décède en t986 en Davière.
25. H itler's Iwlifisches Tesraml'n/, Hambourg. Albrechl Knaus Verlag, 1981.

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26. Oaniel Bou rgeois. iL fI1CReich et fa Suisse. op. cit.
21. Journal de Genève, t8 janvier 1946.
28. Nazional Zeimng, Serge Fliegers. 7 novembre 1964.
29. Entretien avec l'auteur. 18 décembre 1991.

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Ainsi. à rédiger les premi ers articles sur le sujet dans le journal zurichois Neues Leben. Paris. 98 34. on avait arraché oux juifs près de 100000 kilos de pièces d'or ». ancien colonel de la Luft waffe et pilote le plus décoré. Laffon!. Hitler et Goebbels quant au crime de l'incendie du Reichstag ». ancien général parachutiste. L'aide apportée par François Genaud aux chefs nazis aprèsguerre fait naître en tout cas une vraie mythologie autour de son personnage. el ils lancèrent. procureur substitut américain au tribunal de Nuremberg. son témoi gnage est accablant : « Pendant l'été 1942. objets précieux CI monnaies. Ilélas pour Walter Funk. Ouvrages d'Edouard Calle. d 'un commun accord. puis procureur principal au procès de la Wilhelmstrasse. mais . que Genoud aidera à s'évader de son lieu de résidence surveillée. puis d<: poné au cam p d'Onmienburg. Stock. de Hermann Ramcke. les vols d 'œuvres d 'art. cimenté par l'existence de la revue Der Weg. mais en indiquant qu'Arthur Axmann est son ami. Heinrich Schnitzler. couronnes d 'or et aurifications. selon " expression de Robert Kempner. « La clef d'or. rapporte l'hi storien Edouard Calic. Pour sa défense. qui a affirmé q ue « Genaud était J' une des rares personnes à pouvoir entrer dans les bureaux de Hitler sans s'annoncer 32 ». mais uvec qui ?» s' interrogea Robert Kempner. 1985. tout y est : la « solution finale » .. Paris. le premier chef de la Gestapo. Simon Wiesenthal non plu s. 31. C'est le cas de Han s~ U1ri c h Rudel. depuis 1913. « Tout de suite après la guerre. que ses propos ne sont pas malintentionnés. le procès de Nuremberg est aussi celui du pillage organ isé par les SS et leur «section économique » . Personne n'a trouvé celle clef d 'or qui a permis à de très nombreux nazis de prendre 10 fuile juste après la défaite. rJpportéeà I·auteur. HI AG. et reprod uits avec son lICeord. personnage incontournable de la Communauté d'aide réciproque des anciens membres de la SS combattante (HIAG 30). ancien chef des Jeunesses hitlériennes. 32. Ce pillage ne concerne pas que l'aryanisation .xmann avec Alberto Marientoni. « l'un des à-côtés les plus répugnants de l'cxtenninatian des j uifs : cette collecte organisée des bridges. Diels avait été le maître d 'œuvre des premiers camps de concentration. Himmler e/ son Empire. en 1950. 1"' septembre 1994. A la tête de la Gestapo. François Genoud dément luimême cette légende. entré au directoire en 1935. montres. une légende véhiculée jusque par les anciennes personnalités du régime. C 'est le cas d 'Arthur Axmann. Edouard Calic fut pendant la guerre correspondant de I?resse à Berlin. l'extermination des juifs el autres massacres réalisés au nom du national-sociali. Fonctionnaire de la Reichsbank. 99 . Walter Funk. Que celle clef d 'or ait ouvert en passant quelques coffres su isses n'est pas exclu 34. auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la Gestapo 3l. « Genoud a dû prendre des contacts durant la guerre. inexacts 13. Walter Funk demande à l'un de ses viceprésidents de venir à la barre : Emil Puhl dépose le 15 mai 1946. Propos recueillis par Roger de Oiesbaeh à Locarno. Conversation d'Arthur A. 33. la légende de l' innocence de Goring. Le directeur de la Reichsbank et ministre de l'Économie est entendu le 7 mai 1946. Heydrich. Hilfsgemeinschafllluf Gegenseitigkeit der ehemaligen Angehôrigen der Waffen 55. Genoud s'est lié avec Rudolf Diels. Emil Puhl en devient vice-président en févrie r 1939. le 13 d<:cembre 1985. Rien qu'en Galicie (Pologne). Walter Funk. 1975. El pourtant. bijoux. il est aussi. qui depuis Buenos Aires anime un groupe important. président de la Reichsbank et 30. Les quarante-cinq tomes d 'aveux des dignitaires nozi s sont bien rarement la cible des écrivains révisionnistes. Correspondance d 'Edouard Calie li Jean-Claude Bührer. et les bureaux d ' achats nazis.. Rudolf Diels poussa notamment l'un de ses collaborateurs. vous ne l'avez pas trouvée. vers l'Amérique du Sud. Entretien avec l'auteur. Mais auss i plus tard.sme. » Le procès des criminels de guerre qui s'ouvre le 20 novembre 1945 au palais de justice de Nuremberg voit la comparution du grand argentier de Hitler.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH de réseaux.

Ln Suisse. Funk affirnle q u'elles proviennent de saisies dans les te rritoires occupés de l'Est. « Je me refusai à en discuter par téléphone. Pui s nous vîmes d '!Iutres articles ponant le tampon "Auschwitz". des remises furent effectuées de te mps à autre. « Un des premiers faits qui nous '1l\'ot soupçonner l'origine de ces objets fut qu ' un paquet portait l'inlicription "Lu bUn". bien que Meimer fû t en civil. Les « livraisons» (1a première livraison e ut Ilfu le 26 août 1942) sont effectuées par un convoi de camions dirigé par un 5S du nom de Melmer. » Le tri auque l Thorns et son service doivent se livrer ne laisse l'lus place au doute: « Les q uantités de dents e n or s 'accrurent t. sur les victimes des camps de concentration et sur d 'autres personnes. » La responsabilité de Funk ne fa it guère de doute: comme PuhJ . après une ou deux lI\'rnisons. rapporte Albert Thoms. rapporte Emil Puhl. Je passai avec lui les accords nécessaires au transfen et. il vint me voir el me déclara que les 55 tenaient prêts que lques bijoux qu ' ils désiraient donner en garde à la Reichsbank. Puhl charge des fonctionnaires de Ja caisse et des coffres de la réception des vaJeurs. puis réexpédiées à la Reichsbank sous fomle d 'or fin 36. lis témoignent eux aussi à Nuremberg. de la section 4conom ique des 55. relève Werner Rings. sais is par les 55 sur les juifs.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH mini stre de l'Économie. » Emil Puhl poursuit: « Panni les objets déposés par les 55 se trouvaient en grande quantité bijoux. « Lors de la première li vrai100. 100 36. X UI. S5 en uniforme étaient de garde. U nous cst arrivé de recevoir e n une seule foi s douze kilos de perles. la plupart des gens de la Hauplkasse et presque tout le "'illide dans mon bureau étaie nt au courant des livrai sons des SS. Sur ce. un o u dtu). or dentaire et autres objets en or. à partir d 'aoOt 1942. à dater de ce jour. et.Ie tribuna l condamna Emil Puhl à cinq OIlS de réclusion le 14 av ril 1949. jusqu'aux derniers jours. J'« or fin» de 1:1 Reichsbank contre des devi ses.. lors du procès de la Wilhelmstrasse.! qu'il ava it lui aussi pris pan à « la réalisalion d'une punie du plan d 'ensemble ».» Interrogé par Puhl sur l'origine de ces valeurs. Nous savions 1t11J ~ que c 'était l'emplacement d ' un camp de concenlration.. Texle officitf du prods dts grands criminels de gutrrt. Jugeur. il visitait régulièrement les caves de la banque. 35. Chargés de manipuler sacs et paquets. Le jour même. dans L'Or des nazis. En particulier Albert Thorns. Le 6 avril 1945 encore.unsidérablement. lui téléphone. note Thoms dans son témoignage. Nous l'appnmes du fait même que les 55 cherchaient à tirer des espèces de ces objets et. 1//1 rt lais discret. dont on a toutes raisons de penser q u' il s'agis""II d ' un s imple nom de code. chef de la section économique des SS.!. Werner Rings. général 5S. » Ces valeurs viennent c réditer un compte ouvert au nom de • Max He iliger ». ft Berne avait une confi ance presque sans limites en Emil Puhl :. montres. Funk me donna pour instruction de prendre les dispositions nécessaires en accord avec Pohl. qui se souvient d'avoir reçu des mains de Puhlle téléphone du BrigadefLihrer Frank. ciro lO I . le procès de Nuremberg et celui de la Wilhc lmstrasse ne sont pas sans accuse r le système banca ire Imisse . e t pendant les a nnées suivantes. que les dents e n or étaient fondues par l' hôte l de la Monnaie de l"russe. Tribunal militaire international de Nuremberg. » On apprendra en 1949. comme d'lIillcurs les autres objets de valeurs et matières précieuses. montures de lunenes. plusieurs fonctionnaires sont mis dans la confidence e t tenus de garder un «secret absolu» sur ces «opérations spéciales » . C'étai t début 1943. obtinrent le concours du personne l de la Reichsbank. avec J'assentiment et l'approbation de Funk. La banque su isse joua déjà son rôle de blanchisseur lI 'argcnt sale en achetant. eut un e ntretien avec moi . L'Or des nazis. op. q ui était c hargé du côté économique de l'adm in istrat ion des camps de concentrat ion 15. Oswald Pohl. Funk me dit qu'il avait passé un accord avec le ReichsfLihrer Himmler selon lequel la Reichsbank prendrait en garde pour les 55 de l'or et des bijoux. Dans leurs Il''1pccts financi ers.

la haute administration vichyssoise. et est chargé. t 978. Loin des altitudes « révi sionnistes» souvent répandues chez les anciens nazis. La guerre venue. 37. li dépeint l'atmosphère du lieu et l'ambiance des samed is upr s·midi mondains qui s'y déroulaient. op. En 195 1. Pascal Jardin. René Belin (ex·minjstre 39. ex-vice·président du Conseil de Paris). Jean Jardin. Le 13 avril 1945. LI lu i rend de nombreuses visites à la pri son de Spandau. Petcr·Ferdinand Koch. Dans Le Nai" jaune. 38. ils sont pani s plus loin : en Argentine. pu is il a été fa it pri sonnier par les Français en Algérie alors qu'il essayait de regagner l'Espagne./bid. Collaborateur de Hennann Gôring dès 1933. fils de Jean 39. les collaborateurs les plus recherchés ne se sont pas attardés sur les rives du lac Léman.lpparlement lausannois pour s' instal ler quarante ki lomètres plus loin. et lui fera rencontrer Walter Funk dès sa san ie de Spandau en 1957. Une Eminence griu. A Nuremberg. Panni ces docu· ments fi gurent les derniers propos de table de Hitler. Quand ils ne sont pas en Espagne. Encore indés irable en France. un manuscrit que Bonnann aurait confié à Funk pour qu ' il le mette à l'abri. cil. de récupérer des archives cachées par Funk dans les dernières heures de la guerre. qui s'est glissé à côt. En revanche. se sent chez elle dans le salon de La Mandragore. s'est engagé dans l'A frika Korps de Rommel . la Banque national e suisse en fil l'acqui silion contre un crédit sur un compte à la DeulSche Reichsbank de Zurich 31. 103 . op. La Mandragore. 12 juillet 199 1. Hans Rechenberg est conseiller de la défense au tribunal de Nuremberg. Rechenberg. derrière lui. à La Tour-le· Peilz. sur les bancs de la défense. 40. un ex·offi cier allemand assiste consterné à la confrontation entre Puhl et Funk. Or François Genoud fréquente. Il a été détenu par les Américains jusqu'à la fin de la guerre. Bien sOr. et Pi erre Assouline cn a achevé la description 40. Entretien avec rauteur. Que Rechenberg et Genoud fi gurenl dans l'entourage de Walter Funk est cepen· dant hautement significatif. Car le ministre. ministre de l'Économie et président de la Reichsbank. par sa fon ction à la Reichsbank. où il est condamné à la récl usion à perpétuité. Pascal Jardin . Rechenberg aurait déclaré qu'« on n'a pas mis assez de juifs dans les chambres à gaz 38 ». 41. il ne parle pas de tout cela au procès de Nuremberg. Jardin a quitté son l. J'amiral Henri Bl éhaut (ex-ministre des Colonies). Le personnage affi che un antiséntitisme viscéral. Georges Bonnet (ex·ministre des Affaires étrangères). Julliard. II s'appelle Hans Rechenberg. Et ses deux anciens patrons sont aujourd 'hui sur les bancs des accusés. puis de Waller Funk. qui était capitaine des parachuti stes. qui vient de ruiner tous les espoirs de relaxe du présideOl de la Reichsbank . Son fid?:le collaborateur Hans Rechenberg devient son curateur. Q u'on en juge: René Gillouin (ancien consei ller de Pétain. cit. Hans Rechenberg donnera une copie de ce docum ent à François Genoud. l'ancien chef de cabinet de Laval.é des avocats. Rechenberg a success ivement travaillé pour les deux plus grands rabatteurs du pan i nazi dans les milieux économiques. 102 Tout en s'activant au service des officiers nazis. Pierre Assou! ine. Naturellement .8 millions de francs su isses arrivèrent de Constance dans le dépôt bernois de la Reichsbank . dans une superbe demeure. Du Moulin de Labarthète (ex·chef de cabinet de Pétain). u Nain jpune. lui aussi. a bien sOr visé les nombreuses di sposi tions prises pour camoufler des fonds nazis avant la fin de la guerre: il a lui·même caché la « clef d'or ».LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH 132 lingots et des pièces d'or pour une valeur de 15. François Oenoud fait ses débuts dan s l'édition. Pnris. c'est l'ami de François Genoud . entre autres choses. connus sous le nom de Testament politique de Hitler. dans le sillage de onstan! Bourquin et de Jean Jardin. qui ne coun plus grands risques. Die Tugebiichu des DoklOr Joseph GMbbels. épisodiquement ces assemb lées qui réunissent la fine neur du pétainisme exilé 4L.

. d iscuter avec les ph il osophes Emmanue l n erl el Raymond Abellio. Pierre Assouline. depuis 1944. restent pourtant dan s l'ombre. sa femme. que Jean Jardin a gardé en main certains fonds secrets de Laval s'en trouve nature llement confortée. Alfred Fabre-Luce. On retrouve partout sa « patte» dans deux catégories d 'ouvrages : les cl assiques et les mémo rialistes de l 'Occupation 43. Steic. Léon Degrelle. L' hypothèse. op. émise à la Libération. à boire le thé. voir et entendre notre chienne Minnie m 'accomfM1tlller quand je jouais de l' harmonica. à certains terrorismes.. fail tomber la « nu it de l'inte lli gence » sur la France: « Le flam beau de la liberté est tombé des mains de ses habituels champions. Georges Hilaire (ex-secrétaire aux Be aux-Arts). C'est à nous qu ' il appartient de droit de le ramasser. « barons de fraîche date portant le nom d'une marque de chocolat praliné. tous fort compromis dans la collaboration et parfois présents sur la liste noire d u Com ité national des écrivains : Bertrand de Jouvenel. leurs onze enfants fai saient coule r nolfe barque à force de s urc h arge44. la reine d'Espagne y goûtait parfois avec les danles chenues de sa suite. cit. et gérant de puis Ge nève les fonds du Vatican ». La Libération a. objectera -t-on. Ulle Éminence grise. les affaires de Jean Jardin en Suisse pourraient être plus mauvaises. note-t-il dans l'éditorial d ' un de ses catalogues.. CÎt. La banque Wonns. 104 44. le droit d' as ile 42 . Nos ho mmes d ' État ont manqué de roideur. comme d'habitude. peUl braver le monde impunément q uand elle défend les principes qui sont à la base de notre civilisation. François G enoud y pousse.LE BANQUIER NO IR LA FUITE PAR ZUR IC H du Travail). derrière les plus importants projets de la maison. faute de grandes idées et du courage que seules elles peuvent animer. selo n Bourquin . raconte Pierre Assouline. Constant Bourquin est ici sur son territoire de chasse. Son nom n'est nulle part. condamné à mort par contumace à la Libération). Son train de vie en témoigne. mais son influence est bien présente. la banque Pictet de Genève partic ipent à ses opérations. se souvient Puscal Jardin. faire de la gymnastique avec Paul Morand. JJ crée des sociétés (Thbopiast. « anciens Alle mands devenus soudain Paraguayens avec des sociétés tangéroises lIytull des bureaux administratifs à Lausanne » . Tou t en se faisa nt l'apôtre d ' une « littérature dégagée ~>. que l rôle plus noble un petit pays comme la Suisse pourrait-il assumer? Nous l'avons trop ignoré. par exemple.. « nouveaux espions ~) . François Genoud et Jean J ardin n 'appara issent lIucunement. parmi lesquels fig ure. mai s aussi Pau l Morand..» « Le véritable directeur littéraire du Cheval Ailé n 'est autre que Jean Jardin. « des collaborateurs pâlots qui /'Iorlaient de prison ». » Car Jean Jardin sait aussi attirer vers le Cheval Ailé de vrais intellectuels. Le Nainjallne. e t no us avons trop souvent cédé. )~ Sans compter « tous les itinérants » . Pe ndant que Jean Jardin conduit les intellectuels pétainistes vers les éditions du Cheval Ailé. imprescriptible. ou de vraies vedettes comme Sucha Guitry et Pierre Fresnay. 1947. op. A ussi bien.. 105 . J' Union de banques suisses. 43. le leader rexiste belge réfugié e n Espagne. Le fl ambeau de la liberté ramassé par Constant Bourquin ne le conduit pas à afficher ses am itiés jusq ue dans ses catalog ues. L'u n comme l'autre. qui rédigea son anthologie de la Nouvelle Europe. Plusie urs de ces anciens minisrres rédigeront leu rs Mémoires aux éditions « A l' Enseig ne du Cheval Ai lé». Pierre Fresnay et Yvonne Printemps ve naient y répéle r des pièces de Jean Anoui lh ou de Marcel Achard.. dans le luxueux almanach du Cheval A i lé publié par l'éditeur en 1947 . La Suisse. Charles Rochat (ex-secrétaire général des A ffaires étrangères. partout. « creuset d 'une nouvelle race ». Pascal Jardin. Jean J ardin conv ie un vrai gouverneme nt en ex il. incapable de se mesurer avec q uiconque dès qu'il s'agit de puissance maté rielle. le comte de Paris. et rencontre toujours des appuis financ iers importants. « On venait des quatre coins de l'Europe pour goûter le pâté de lapin de ma mère. des artistes et écrivains. Transaco). à certaines pressio ns. Jean Jardin. . Almanach dll Chel'al Ai/l. qui présente un à un to us les 42.

Comment la correspondance de Bonnann tombe-t-elle entre les mains de François Genoud ? A l'en croire. 7 mars 1995. délégué au ministère de la Culture. l'un des hommes de confian ce de Bormann. à Genève 46. un médecin italien prév ient le service de santé britannique de Merano. outre la correspondance privée de Bormann. s'y trouvent des carnets intimes. Notre premier enfant est né début 1948. «Nous étions associés. Bornlann a chargé le Gaul ei ter du Tyrol.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH auteurs de la maison. Après plusieurs rendez-vous. haut lieu de villégiature des dignitaires du Reich. el les témoignagcs qu'il a recuelllis sur ce point ne semblent pas SUjets à cautIOn. le plus simplement du monde : un éwteur italien. Franz Hofer. Entretien avec J'auteur. 48. il a compris que son interlocuteur véritable n'est pas un éd iteur. Élisabeth Peeters. de trouver un endroit sûr pour ses proches. 46. lequel ne serait pas mort mais simplement réfugié à Tanger ». en possession des documents. nous avons vécu quelques moi s là-bas. Au mois d'octobre. Gerda Bonnann meurt d'un cance r de l' intestin quelques mois plus tard. il contient J'intégralité des di scours de table de Hitler. qui l' hospitalise rapidement.uisque son au teu r affinne avoir retrouvé el rencon tré Bormann à une date à lIquelle tous les enquêteurs el historiens s'accordent à le donner pou r mort. Entretien avec l'auteu r.« M. notammcnt dans le débat sur la survie de Bonnann. le 22 mars 1946. tout de suite après la guerre en Belgique. François Genoud 47 . En 1947. Un livre contestable à bien des égards. le secrétaire personnel et dauphin d 'Adolf Hitler. I 45. puisque. J 'étais domicilié à Tanger.l:ndant reconstitué l'itinéraire de ~rdll Do~ann. 1974. L'ensemble est très ri che. explique François Genoud. 12 jumel 1991. 12 juillet 1991. Celui-ci nTrive avec un détachement SS. aurait contacté le Cheval Ai lé. . fait meure les archives dans deux camions. qui aurait coûté dans les 15000 dollars . Michel et Martine.ièm~ Rl'ich. Nous avons créé une société. Au début de son enquête. U> Quat. Dans un premi er temps. et ses propres IITchives politiques. Gerda Bormann a fu i en emportant avec elle les archives que lui envoyait régulièrement son mari à Berchtesgaden. nous pouvions attaquer faciJement le marché français 4S• » François Genoud s'est remarié en 1946. Bonnann sera d' aiHeurs le héros fantomat ique de plusieurs ouvrages consacrés à la «chasse aux nazi s ». n a épousé une jeune femme d'origine flamande. Sa femme et sa sœur ~o nl prises en charge à Berchtcsgaden par le Dr Helmut von Hummel. Nous avons divorcé chacun de norre côté. le t OUI conservé dans le coffre-fort de j'un des abris antiaériens. Paris. explique 47. Mais c'est un coup de foudre que rien n'arrête. « C'est tombé entre mes mains car j'étais intéressé par les lextes allemands». Belrond. note par exe mple Le Monde du 2 juillet 1952. pui s à Tanger. car on ne sait pas encore si le dauphin de Hitler a trouvé la mort dans le bunker ou s' il a réussi à s 'enfuir. Ladislas Farngo a ccP. François Genoud fait sa première trouvaille d'éditeur : il négoc ie une premi ère partie des archives de Martin Bormann. ça ne gagne rien autrement. mais un haut fonctionnaire italien . « Nous étions tous deux mariés. alerté par l'état de santé critique de Mme Bonnann. Elle est déjà mariée et mère d'une petite fiUe de troi s an s. petite ville des environs. à l'hôpital de Merano. L'édition. Le périple des archives de Bonnann est à lui seul un mys1ère non élucidé. » François Genoud et Élisabeth Peeters auront trois enfants: Françoise. rencontrée chez des amis communs. y compris ceux qui croyaien t à sa fuite en Amérique latine. Entretien av« l'auteur. François Genoud se refuse à donner l'identité du 4( vendeur ». L'annonce de la publication de ces documents fera sensation en 1951. De Belgique. Genoud entend défendre les droits moraux de Martin Bonnann. 106 107 . et condu it Gerda Bonnann dans un petit village des Dolomites: Selva. Outre sa correspondance privée et la sténotyp ie des discours de Ulble de Hitler. situé dans le Val Gardena 48 . Ladislas Farago. seul e la correspondance de Bormann lui aurait été offerte. La version originale des propos de table de Hitler ne lui sera proposée qu 'après le premier achat.

Mais les responsabilités de von Hummel au sein de la mission Linz laissent rêveur.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH Des prêtres s'occupent alors de sa progéniture. Wilma Schaub. assure avoir emporlé la pell icu le hors d'AJlemagne . Dans les environs de Bolw. la sœur d ' Eva Braun. Le rôle de certaines congrégat ions religieuses dans la protec tion de nazis de haut rang et de leurs familles n'est pl us à démontrer 49. C'est Helmut von Hummel : « Ma chère dame. Quatre caisses sont emporIl!es. ou si son conlenu a lé dispersé par ses gardiens. elle reçoit un coup dt 1 léphone dans sa mai son de Kitzbühl. toutes deux auteurs de nombreuses prises de vue. DcrSpit'gel. ~v~ue de l'~glise des ~Ierins Ma ria del1 ' Anima et recteur du collège pontifical allemand. un personnage aurait pu répondre à ces questions: le Dr Helmut von Hu mmel.. 108 109 . Aussitôt le film annoncé. seul fils de sang des Bormann . l'égérie du cinéma nalional-socialiste. Martin Adolf. affirme Wilma Schaub. déposent plainte et réclamen t leurs droits sur le film. qui tient le rôle central.. Des orticiers américains qui en ont fait un long métrage intitulé Les vieux temps vont-ils revenir ? assurent avoir trouvé la pellicule dans les décombres de Berchtesgaden. et Wilma Schaub. celui des jeux Olympiques ulnsi que Tiefland (La plaine). 5 1.» Les film s. qui emmène plusieurs de ses rilms avec elle. D'importants tableaux ont été découverts et négociés npr~s-guerre dans la région 52. auriez-voys quelque chose d'important à la maison que nous devrions emporter avec nous? Nous déménageons pour Bol zano so . qui a filmé les réunions du NSDAP depuis 1923.1\ col1t:ction Œ!ring. ou après? Avec l'asse ntiment de Gerda Bonnann. von Hummel a fort bien pu y convoyer d' autres œuvres. dans un bunker en dehors de lu ville sl. où elles onl ét~ retrouvées par les Aillés. parfois intimes el fami li ales. 1953. c'est Alois Iludal. une caravane de c:lunions s'arrête devant sa maison. Très tard dans la nuü . étai t par ailleurs le responsab le administratif du servi ce de «récupératjon » des œuvres d'art de l'Europe occupée. chargé de la fuite de Gerda. Grete Fegelein. A Rome. Chargé d'un véritable «convoi Bonnann » partant de Berchtesgaden. « Lors de ce tran sport. Mais qui a volé. sera r~cupérte à Berchtesgaden dans les sous-sols InllChevés du bunker. les archives Oonnann seraient donc tombées cntre les mains des autori tés 49. ou contre son gré? A coup sûr. et des photos.s ont curie usement.» Le convoi von Hummel est passé également chez Leni Ricfenslahl . c estlc père Franz Pobitzer ... devient le tuteur de huil des enfants adoptés. dans le convoi de Gerda Bonnann! Son témoignage est préci s. elle. \/on Hummel n'a-t-il pas pu également prendre en charge dcs œuvres d'art volées? Les camions ont embarqué une partie des «œuvres» d' Adolf Hitler. avec von Hummel. Arrivant sans encombre dans les Dolomites. fait disparaître ou vend u les archi ves de Martin Bonnann? Ont-elles disparu lors de leur transport à Merano. est également pris en charge par des hommes d'Église : le père Bruno Klingenmayer et le père Franz Wimmer. l'épouse du Gruppenführer SS Julius Schaub. 52. Le 23 avril 1945. 1". les brouillons des discours de Hitler d~pu i s 1923. ' 50. après J'exhumation de films 16 mm provenant des archi ves personnelles de plusieurs familiers de Hitler. On reparlera du convoi von Hummel en 1953. l'un des « aides de camp» de Hitler. 11 Rome le CO ll vent franciscain de la Via Sicilia.no. dit-il. L'essentiel des auvres volées avaient ~t~ entrepostes dans les gal e ~ies minières du Salzberg e n Autriche. rfpond Wilma Schaub. contenant des films. L'abbé Theodor Schmitt. il y avait aussi ces discours de table de Hitler It llcment contestés qui ont été transportés d'Obersalzberg avec d'aulres caisses vers Bolzano. bien sOr. Si l'on en croit le récit de François Genoud. Ibid. qui réapparaîtront effectivement tlur le marché cinématograph ique après-guerre_ On ignore si la cachelle de von Hummel à Bolzano a été découverte par les Alliés après-guerre. Les pr~tres franciscain. nO24. sous les ordres de Martin Bonnann. aumônier militaire. une place paniculière dans les filières de fUite.

l'origine des documents reste donc incertaine. Paris. en 1954. Mais François Genoud était suffisamment impliqué dans les réseaux de fuit e pour connaître leur existence et tenter lu i aussi de les négoc ier. La découverte. par un contrat en bonne el due forme. 12 j uillet 1991. Comme Lausanne ou Buenos Aires.'54. 1984. L'artt e il na. 53. Rodolfo Siviero. pui s en Palestine où sa sœur est infi nnière.le. n s' agissait d'ordres de banque à banque. rapporte un homme d 'affaires tangéro is. . Il assure «ne pas se souvenir des noms" de ees sociflfs (e ntretien avec l'auteur. Marc Lambert. lui. » On estime que les quatre miUe sociétés anonymes tangéroises gèrent des capitaux cent fois supérieurs à ceux qu'elles déclarent sa. lui donne l'autorisation de publier. 110 " Jean Bauverd. de même qu'en Belgique. en vers ion anglaise. L' hypothèse que les archives aienl été négociées par les fu yards auprès des foncti onnaires italiens n'est pas à exclure. Paris. Gerda Borm ann décédée. qui . 57. 59. Tout en négociant la correspondance de Bormann. en est peut-être une confirmation. fréquente Tanger. François Genoud confirme avoir eu « plusieurs sociétés à Tanger ». François Genoud . . bien des années plus tard. France-Empire 1986 et Rodolfo Siviero. François Genoud recherche ses héritiers pour acquérir les droits d'auteur. a trouvé un poste à Radio Damas S6• Mais on le voit en Irak où un nouveau putsch mil itaire vient d'avoir lieu.ismo. Entretien avec l'auteur. Paris et Buenos Aires. III ."?i te allemande. Un curieux texte. Salvador Azagury. à Domin ique Pons. « Il y avait une psychose. 1967.ul Richel Heuru . Après·guerre. note François Genoud S4. Tange.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZU RICIi italiennes. Cet or venait. on en achetait en Suisse ou à Londres. Jean Bauverd sera chargé de l'ouverture de bureaux de presse islamiques à Rome. 7 mars 199. Selon le K6lner Rund. Il reprend quelques unnées plus tard une carrière d'avocat à Munich.» François Gcnoud se refusant à dévoiler l'identité du haut fonctionnaire avec lequel il a négocié. et intègre brièvement le bureau de presse du gouvernement. la correspondance ne sera éditée qu'une seule fois.'58. Exposées en J 984 au musée des Offices à FJorence dans le cadre de l'exposit. Entre tien avec l'auteur. employée par le CICR. Theodor Schm itz.'5). Et on ne voit pas quelle leçon politique peUl en tirer un lecteur sympathi sant du nazisme. 1990. . « On a vu arriver des quantités énormes de lingots et de litres venant de Suisse après la guerre »). « La correspondance nous montre la psychologie d 'un couple antichrétien.ion L'Opera rilrovala (L'œuvre retrouvée). qui arpente désonnais le monde arabe. Tanger accueille bien des fu yards du Reich et autres rescapés des fascismes. Un Jleintre nommé Hitler. Son rôle est soulîgn~ par l' un des meilleurs historiens de l'extrême d. François Genoud contacte leur tuteur. Tanger ferme la Méditerranée et regarde l'océan Atl antique : la vi lle internationale est à la confluence de touS les trafics.'56. <d 'ai été très lié avec le tuteur ». Cantini. qui faisaient partie des archi ves Bormann. ont fin alement été données à la Prov ince de Toscane comme l'ensemble de la collection Siviero Sl. Ibid. Kurt Tauber. dans son monumental Btyond EagJt and SI'Qltlka. 55. en possess ion de cinq millions de doUars·or. On importait aussi de J'or. à la même époque. où il a domicilié plusieurs sociétés.59. 1"' septembre t994. mais il dit ne jamais y avoir « pris racine 57 ». "physiquement" à Tanger.r. d'un lot de vingt aquare lles de Hitler dans la colJection pri vée du ministre italien chargé de la récupération des œuvres d 'art vo lées. Il gagne enfin Le Caire en 1949. La Thble ronde. Qui veille chaque jour à ce qu ' il n'y ait pas une goutte de ce poison chrétien dans l'éducalÎon de leurs e nfa n ts~. Wesleyan University Press.les aquarelles. qui plonge dans la vie pri vée de Bomlann. Très curieusement . lui . explique François Genoud. Dominique Pons. von Hummel est arrêté près de Salzbourg. ses enfants étant mineurs.

cil. après avoir « local isé la plaque tournante de ses activ ités à Tanger ». François Genoud et Jean Bauverd » . lui étanl là pour repérer les anciens nazis » . s'est instaUé à l'rtnger au début des années cinquanle. 66. L'Hrbdo lib/ré. Roger Faligot et R~mi Kauffer. 1975.Yves Rio M. Dossier 8 comme Barbou:II. . nos chemins à Shamir et à moi se seraient croisés. cit. ~cision apponée Il l'auteur par Rémi Kauffe r : Paul-Yves Rio. Fréqu ente les mêmes lieux el quelques-uns des personnages que François Genoud côtoie: c'esl ytzhak Sham ir. il fréquente l'un des banquiers de la place. op.. un entretien avec l'auteur. au point d 'être cité dans l'affaire de la première tentative d 'enlèvemenl du leader marocain 66. «A en croire certains témoignages. Beyond Eagle and SI'astika.» Mais Tanger est surtout la ville 011 François Genoud entre une nouvelle fois en contact avec le nationalisme arabe. L' I/ebdo lib/ri. futur Premier ministre israélien. Kôlnu RUlldschau 15 juin 1956. aujou rd ' hu i décédé. Jean Bauverd fonde. opère à Tanger sous le paravent d 'activités commerciales et fin ancières les plus d iverses. op. puis instructeur nlelio auprès de la légion arabe des Wafre n SS. 63. monte alors « des opérations d ' import-export » avec des nazis brilann iques. un anci en du Pani popu laire fran çais (PPF. à la création de plusieurs organisations « eurafricaines » . mais prenant soin de fabriquer des pièces plu s lourdes que les vraies. doriotiste) réfug ié à Tanger. sous les auspi ces du Calalan Antonio 61.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH schau Gournal de Cologne). pour le démenti. note François Genoud 61. que François Genoud créera officiellement à Lausanne 63. Surprenante relation : les F. Selon cenains témoins. notamment « des affaires avec les MaroseUi ou Ladis las Rosenwald » ou encore Tanger de tableaux de collecti on. aujourd ' hUÎ éta bli ~ Gen~ve. il aurait participé au rranspon vers Llurdenl ». Un grand espion se trouve alors à Tanger. élaient devenus des spéc ialistes de la fonderie des pièces. « J'ai connu Genoud dans le cadre de l'association.Dans. « Dégoûté de cet "Occident".« c'est ainsi qu'il entra en relation avec Olto Skorzeny. u Croissant 1'1 la Croix gammée. ou les Italiens. Ils fabr iquaient de vra ies fau sses pièces. dans Les Riches Heures de Tanger. 30 mal 1956.Yves Rio. Paul-Yves Rio. 65. Runge. 62. DUpow. 11 2 11 3 60. Patrice Chairoff. l'un des hommes de confiance du leader nationaliste Quo Strasser. n'étant pas explicitement cité Sut ce point. Il organisera en octobre 1957 un congrts gennano-arabe réunissant vingl-Cinq groupes et associations. démentÎra rapidement ces allégations: voir KlJfnu Rlmdschau. et. Kun . explique-t-il . cit. exp liqua Paul. qui vendait des médailles de collection ta. » De nombreux amis l'y incitent. tOUt cn soulignant que de nombreuses peTSOflne. Dominique Pons. Voi r Kun Tnuber. [J a « apporté son souti en » à des nationalistes mllrocains. Paul.lbe (Deutsch arabische Oessellschaft). dans la zone internationale.S. installé dans la J'one espagnole de Tanger. qui sera le chef du Mossad pour l'Europe. sont les correspondants des Rothschild à Tanger. pour le compte d 'anciens responsables nationaux-socialistes 60. son Centre eurafricain d'études et de réalisations (Ceder) en 1956. Roger Faligot et Rémi Kaurfer. l'effigie d ' Hercule. ' . Alain F. copiant les fam eux souverai ns de la banque d 'Angleterre qui fai saienl prime sur le marché. spécialisé dans les opérations sur l'or : « D'aulres. Son avocal. a démenti aVOIr fréquenté François Genoud. il participe avec Otto-Karl Düpow. Le Croissant et la Croix sammie. 67 . à Tanger justement. phalangiste. 68. fondées pour inspirer un national-socialisme eurafricain 6. Selon Rio. Alain P. Shamir aurait « marqué» le Suisse. dirige la seclion allemande du Ceder. Fidèle à ses premiers engagements. a témoigné des premiers balbutiements de l'Association des amis du monde arabe li bre. évoque la personnalité du banquier. Liardent fournira plus tard des armes au FLN algérien. vice-président de l'Association gennano-ar. L'espion israélien. Paris. op. comme F. 64. voir sI/pra. pour nouer des contacts avec les révo lutionnaires 62. raltrapant sur le poids de l'or ce qu'i ls perdaient sur son aUlhenticité 61 . Alai n Moreau. je m'installe très vite au Maroc.s utilisaient des pseudonymes li J'époque. à Tanger. Liardent . notamment à Abdel Khaled Torrès. voi r sI/pra. ancien agent de l' Abwehr. Se lon " enquête de Roger Faligot et Rémi Kauffer 68. Rio s'introduira dans l'enl o ur~lge de Mehdi Ben Barka.

f'iscine. n organise le rapt de Miklos Horthy et l'assaut du Burberg pour faire plier l'amiral-régent hongrois. qu'il a connu à l'université de Vienne. mais il est bientôt remi s en détention à Dannstadt. contre-espionnage américllin). 70. II récuse six avocats allemands et choisit un colone l américain. La plus grande surprise viendra du témoignage en sa faveur d'un orficier anglais: le lieutenant-colonel Forest Yeo-Thomas. Sur la recommandation de son ami Kaltenbrunner.LE BANQU rER NOIR LA AlITE PAR ZURICH avec la banque Parientc. TI se Ue avec l'attaché de presse de la légation espagnole à Tanger. Ses bonnes intenti ons sont évidentes: il donne une interview filmée. tillas « Lapin Blanc ». il offre ses services pour lutter contre les Russes. il prend la direction des commandos partis sur des planeurs li bérer Mussolini au Gran Sasso. du. J'Autrichien est finalement acquitté par le tribunal militaire américain. A force de projeter enlè- vcments (notamment celui de Tito) el attentats. pour des crimes de guerre commis à Plostina. malgré ses contacts multiples avec les services spéciaux occidentaux après-guerre. du Seuil. il se rend au QG américain d' Annahcrg et offre la reddition de ses trois cents hommes dispersés dUlls la région. dans l'attente de son procès devant la cour de dénazification. Antonio Sanchez de L1anussi. Skorzeny anticipe les souhaits américains. Skorzeny finit III guerre en photos sur des affi chettes d' appel à témoins.! des commandos de lfitler. Infield. comme l'avaient baptisé les Alliés. Adhérant lfès tôt au parti nazi autrichien. où il a reçu un éclat d'obus qui l'a renvoyé à l'arrière pour longtemps. il reste une des rares figures de l'internationale noire. Skor::eny. le gibier ne manque pas pour d'éventuels chasseurs de nazis.. U. en particulier une demande d'extradition de la Tchécos lovaquie. ses commandos se livrent à des opérations de la dernière chance derrière les lignes américaines. El. Mais plu sieurs procéd ures sont ouvertes à l' encontre de Skorleny. Paris. il est vrai. A Tanger. où ses geôliers lui font partager la cellule de son vieil ami Kaltenbrunner. avec le grade de commandant. il est recruté par le 5 D en avril 1943 et devient un soldat des opérations spéciales. Robert Oust. pour défenseur. Conduit à Salzbourg. notamment sur le front russe. Skorzeny s'est d'abord cherché un destin militaire dans les Waffe n SS. Après le succès de cene acLÎon d'éclat. Le 18 août 1947. Paris. Ed. il est pris en main par le cIe (Counter Intelligence Corps. qui l'informe sur les exilés du Reich. Le Grillon. fi est transféré à Wiesbaden. A J'heure du débarquement anglo-américain. L'« homme le plus dangereux d'Europe ». 1984. puis à Nuremberg le JO septembre 1945. comme Skorleny. s'est apparemment reconverti dans les affaires.. En mai 1945 pourtant. Témoignage du colonel Michel Garder. vêtus de l'uniforme anglais 70. D'emblée. et devienl major. du RSHA. Skorzeny foi l comprendre à tous qu'il a été « retourné» par les Américains. fondé par le Li banais Selim Frey boulevard Antée. De L1anu ssi est mari é à la fill e d ' un leader des Blackshirts (chemises noires) britanniques 69 . la joue gauche balafrée par un combat d'escrime. Les Américains le laissent en liberté surveillée. U dirige des commandos chargés de décapiter les réseaux d'appui à la résistance au Danemark. in Roger Faligol el Pascal Krop. 114 115 . patron du RSHA. il s'enfuit. Pygmahon. . li est certain qu'clle a bénéficié de J'assentiment américain et de la bien- 69. Le 27 juillet 1948./bid. fi s' illustre dans la répression du complot du 20 juillet 1944. qui assure à la barre qu ' il a endossé l'u niforme ennemi pour des opérations spéciales . Ce soutien britannique inesl>éré a sans doute d'obscures anière-pensées. 7 1. 1985. et mame une conférence de presse sous l' œil bienveillant des nu torités américaines. section sabotage. Là encore. Des responsables des services fran çais revendiqueront plus tard celte évasion au nom de l'intérêt du service 7]. Le 27 juillet. Glenn B. Skorzeny est prom u chef du bureau VI-S. est fréquenté par une des dernières gloires militaires de l'Allemagne nazie: Otto Skorzeny.

n a racheté les droits à la maison "'éd ition américaine Doubleday qui a récupéré les ori ginaux. pui s Salzbourg. il a rejoint Hennann LaUlerbacher. les archi ves de Goebbels n'ont pas été évacuées par les Allemands dans leur fuil e. n'u pas hésité une seconde.. Entretien d 'Otto Skorzeny ayec Alberto Marienloni. Tout indique. contribuera lui auss i à la légende du banquier de Hilier. qui dépendait directement de Hitler 14 » . Le Journal du Dr Goebbels. Cont ra irement aux archives de Bonnann . C'est à Berlin. qui fréquente François Genoud à Tanger. O':'lUues furent détru its. ' . Skorzeny affinna ainsi à Madrid en 1973 que « François Genoud était un homme important du renseignement.. 117 . Infie ld. li peut ainsi rejoindre facilement Tanger . Inficld n'apporte guère d'éléments d ' information à ce sujet. «Lorsque les Russes occupèrent Berlin en 1945. Il poursui vra rétroaclivement tous les éd iteurs qui n'ont pas ~ongé à s'acquitter des droits. En avril 1949. • . de Die Abendzeilllng cette foi s. Selon les services américains. qui publient eux aussi un cliché.. Le premier à être édité est l'œuvre du plus prolixe d 'entre eux : Goebbels. les Russes appliquèrent une méthode discutable. yoir aussi l'entretien accordé par Ouo Skor7. on le dit en Syrie. dans la présentation fortement critique qui cn est fai te. rapporté à l'auteur Je 31 aoOt 1994. d 'autres encore laissés par terre. Devenu en 1955 dépositaire des droits d ' auteu r pour l'œuvre intégrale de Joseph Goebbels. A l'Enseigne du Chcyal Ailé. " len qu'il porte la mention « texte inté:gral ». E. Revenu à Munich sous l' identité de Rolf Steinbauer. indique la préface de l'éd ition du Cheval Ai lé. Rtinhard Gthltn Paris Fay~d 1973. récupéré par l'organisation GehJen. rejoignant les réseaux de fugitifs nazis. dans les locaux du mini stère de la Propagande. 116 75 . dans Paris-Presse l'Intrans. Dès lors. puis stockées dans la banlieue de Berlin avant d 'être rapatriées peu à peu à Moscou. Skorzeny part pour Dü sseld orf.» L'ouverture des archives russes en 1990 a monué que les Sov iétiques avaient agi avec Les années d 'après-guerre voient déjà surgir les manuscrits des anciens dirigeants nazis.eny à François Brigneau. que les soldats soviétiques ont iJ ~co u ve rt des extraits d u journal tenu par le ministre. sur la Wilhelmplatz. Bien qu Il lUI altnbue un rô le crucial dans les réseaux d 'éyasion et de transfert de fonds.13 . H. en plus. Otto Skorzcny. Ces texles sont mis dans des caisses.:olllpose que d'extraits des carnets intimes réd igés par Goebbels r n 1925 et 1926 et de fragments de son journal des années 19421')43. emporlées avec l'essentiel des archi ves. Tous. cil. y compri s le Cheval Ailé de son ami Bourquin. On ignore alors que les Soviétiques onl. on le voit en Argentine. au 3 1 Bl umenstrasse. GriJlé à Munich. Certains dossiers furent envoyés en URSS.. Le 13 février 1950.. Constant Bourquin 72. En juin 1949. à l'abandon. Ie document ne se I. conservé l'intégralité du journal sous ronne de microfiches de verre qu'avai t réguli èrement fait établir Goebbels. qui se retournera cont. Ancien leader des Jeunesses hitlériennes . consistant à expédier dans leur pays les classeurs qui meublaient les bureaux nazi s après avoir jeté sur le pavé les documents qu' ils contenaient 75. Skl!fZtny. en revanche. op. Fréquemment.. 1948. Lauterbacher est devenu "homme de liaison de Gehlen en Égypte 12. "un des protagonistes des réseaux de fuite. que François Genoud n'a pas été tenu au courant dc cc projet de publication. geanl. le quotidien Ce soir public une photo de Skorzeny prise avenue des Champs-É lysées à Paris. il est une foi s encore repéré par des journalistes . Devant une telle exclusivité éditoriale.G1e~n B. Paris. 74.. L'édition française du Journal du Dr Goebbels paraj't en 1948 aux éditions du Cheval Ailé. ils Irnilèrent les archives officielJes allemandes avec plus de vigueur que de discriminalion. Cookridgc. Skorzeny apparaît fu gacement. 9 ayril 1959.re Doubleday. et s'envole pour l'Espagne 73. chef des commandos dt Hitler.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH veill ance de Gehl en install é dans ses bureaux munichois. L'Espion du site/t. texte in/tgrnl.

nous avons foi en sa sagesse. l' intégralité monumentale du journal du Or Goebbels. L'état-major de Hiller 77 Peter-Ferdinand Koch.. note le ChevaJ Ailé dans sa préface. d'avances de droits d 'auteur consenties par la maison d'édition du parti nazi . De minces cercles de métaJ passaient dans les trous perforés des feuill ets. chez Atlantis Verlag. François Genoud édite les premiers souvenirs de Léon Degrelle. La Campagne de Russie. Die Tagtbücher de! Dobor Jo!tph Goebbtls. mouvement d'inspiration tout à la fois fasciste et nalienale-sociaJiste. qui par un déclic se trouvaient reliés dans des dossiers de couleur saumon 16. puis à Zurich. 1949. François Genoud n' imagine pas encore que l'œuvre entière. A I·Enseigne du Cheval Ailé. ces pages avaient été réunies par les anneaux métalliques d 'usage COUï. cit. on espère comme à l'Ouest que l'ouvrage de Goebbel s titré Wie KOllnte ('S Geschehen ? (Com ment cela pouvait-il se passer ?) se vendra comme des petits pains: 400000 exemplaires sont imprimés 77. Louis Lochner. 78: Uon Degrelle. 118 11 9 . Roben Crausaz. certifie l'authenti cité des journaux. L'ensemble est confié à l'université de Stanford par l'entrem ise de l'ex-prés ident des États-Vnis Herbert Hoover. « A l'origine. En 1948. utilisée seulement par les hauts fonctionnaires». Hitler a plus confiance en son armée qu 'en Degrelle. Diffusion du Livre. s'il n'a pas entre les mains quelque documenl écrit par un personnage illustre siégeant au ministère de la Propagande. Vn ancien correspondant de l'agence Associated Press à Berlin .LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURI CH plus de discernement: l'intégralité du Journal du Dr Goebbels s'y trouvait conservée. . qui paraît début 1948 au x P. par la nature du papier. En 1949. L' univers ité de Stanford chois it les éditions Doubleday pour publier l'ouvrage. Les extraits couv rent une période plus longue que dans l'édition amérit'nine: 1933. de son engagement dans le WaUonische Bataillon 373. 1949. panni une masse de vieux papiers. dit-on . Degrelle.mt dans les bureaux. aux éditions Robert rnusaz de Lausanne 78. Le découvreur est un haut responsable du parti communi ste est-aJJemand (SE D) : Max Fechner. et enfin aux éditions du Cheval Ailé. Dietz. n entreprend égalemen t de les classer. le brouillon d 'un discours prononcé par Goebbels à la radio le 3 octobre 1944. Les sept mille feuillets du joumaJ de Goebbels qui composent l'édition américaine ont été découverts dans la cour du ministère de la Propagande. qui a connu Goebbels. li est frappant de voir que. constitué par les rexistes au sein de J'année aJlemande. est éditée en Allemagne orienmle.1945. avait-il lancé en 1942. tombera dans son escarcelle trente ans plus tard . nous sommes devenus des Germains très conscients. retrouvée '' l' EsI cette foi s. soldats du Führer. CI La Cohue de /940. en langue allemande. ex-attaché militaire de l'ambassade américaine. dans la zone d 'occupation sov iétique. 1941-1 944 . nous nous abandonnons à son génie. « Nous. L'éditeur. le brocanteur se demande. par un brocanteur qui fai sait les poubelles des ministères. William Hem li ch. des listes de vêtements offerts à une vente de charité. 76.lals-Unis. une autre partie du joumaJ de Goebbels. li contacte l'administration américaine et reçoit la visite de l'un de ses employés. /hid. William Hemlich et Frank Mason. Léon Degrelle. op. est naturellement li é au SEO. qui espérait que le pouvoir lui serail donné par la grâce de Hitler el de ses armées d 'occupation .» U demanda une « place» pour la Belgique « dans le Reich germanique 1». « d ' une qualité rare. des relevés de sommes dues au fisc.. /941 -1944. la même année. Lausanne. attiré. et. La Co/me de /940. qui lui achète aussitôt les feuillets ainsi qu ' une masse de documents divers et variés: un brouillon de message à Goring pour ses cinquante ans. au Cheval Ailé. restera fru stré.» En feuiJletant ces pages. avec raison. La Campagne de Russie. se souv ient de sa guerre du côté allemand. Ils ont été ramassés. ancien chef el fondate ur du Rex. ne tardent pas à se rendre compte qu'ils ont des archives original es entre les mains.

et de combattre sur le front russe. « Mon expulsion théorique eUllieu le 2 1 août 1946. l'entrée des troupes wallonnes dans les Warfen SS. Après-guelTe. Pour faire la preuve de son «allégeance )Jo à Hitler. je me sui s jeté dans ma petite Volkswagen dans Berlin presque encerclé pour rafler un stock de papiers dïdentité d 'ouvriers éLIan gers. Léon Degrelle se rend dans sa première «cachette ». André Moyen. L'av ion s'est bien abîmé aux abords de San Sebastian . Mais son avion s'écrase. 10 se ptembre 1993. Arri vé là. Souffrant de fractures multiples. avec cinq comptlgnons. et de sa femme. Pl acé sous la garde de militaires espagnols. t'ntretiens avec Jean·Michel Charlier Paris. Entretie n avec l' auteur. Les circonstances de la renconlre de Léon Degrelle avec François Genoud sont encore inconnues. Lion Degrelle persisle el signe. il J'ASse en Norvège. où . cit. somme assez considérable alors. puis se replie sur Lübeck. Échappan t par miracle aux nombreux tirs de DCA qu i repèrent l'avion. alors que s'annonce le débarquement allié. L'assassinat de son frère. Jean Picollec.5. Mais c'est un faux Degrelle qui fut conduit à la fron tière portugaise. Ce sera la seule victoire de Léon Degrelle. mais guère plus. fi alTache au Reichsführer SS.. L'agent. .. espéran t rejoindre l'Espagne. avec quelques combats qui lui feront dire qu ïl a «sau vé l' armée all emande» à Tcherkassy. en Italie.}) Son unité combat près de Berlin. Grâce à eux.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH en parle pourtant comme du «seul vrai Belge utilisable » . 198. et qui semble confirmé par les histori ens: « Le 20 av ril 1945. la très attaquée duchesse de Pastrana. et aussi. U on Degre/(e persiste el signe. En mai 1943.. Degrelle réussi t à rejoindre San Sebastian. \2 \ . 8 1. où s'est retranché un dernier quarteron de SS cU:cidé à en découdre. a pu v~ rifi e r sur place à l'époque les circonstances de la fuit e de Degrelle auprès de ses correspondants espagnols. Degrelle a donc choisi de s'engager dans l'armée allemande. Entretien avec l'a uteur. Franco en personne avait glissé dans le passeport vingt-c inq mille pesetas. il évitera quelque temps l'ex tradition exigée par les Alliés. ses premiers livres de souvenirs trouvent un espace d'expression en Sui sse alors qu ' ils sont tout bonnement interdits en Belgique et en France peu après leur sortie. on comprend pourquoi. Degrelle rev ient en Belgique avec l'u niforme all emand qu ' il ne qui uera plus. ' \20 82. puis Kiel. Il s'enfuit par la fcnêu e. en Argentine. ministre de l'Intérieur. 7 mars 199. qui lu i vaudron t les poursuües des autorités bel ges après-guelTe: il réclame en parti culier l'exécution d 'une centaine d 'otages . rapporta Léon Degrelle. mais il n'est pas suivi sur ce point 8t . ambassadeur d'Espagne. IkgrclJe réussit à gagner Copenhague. il est reçu par Heinri ch Himmler. en Angleterre. 80. propose d'ailleurs à sa hiérarchie d'abattre Degrelle. en Espagne. 3700 de nos garçons ont échappé après mai 1945 aux griffes de la police belge ll>. guidé par un ancien de la div ision Azul. en Hollande. }) Avec de fau x papiers polonais au nom de Juan Sanchiz. bi en qu'une légende tenace veuille que le Suisse ai l aidé DegreUe à s'enfuir en Espagne au moment de la déconfi ture des armées allemandes 79. le conduit à de plus grandes compromissions encore. dans la voiture du comte de MayaJde. maire de Madrid. en juillet 1944. Elle a lieu fi n 1945.5. Sa fu ite au printemps 1945 s'est dérou lée selon un scénario que le chef rexiste a lui -même raconté. Pendant ce temps-là. Degrelle embarq ue nuitamment. il est conduit à t'hôpital de San Sebastian. Les Alli és débarquent avant que Degrelle ne se hisse vraiment au pouvoir. ou de sa «germanilé}). grâce à d 'opportunes « raisons lUlilaires ». Il décolle avec de l'essence pour 2 150 kil omètres. Fuyant l'avance alliée. Les droits sont revendus par le Cheval Ailé en Allemagne. rapporte Degrelle. » 79. je fi lais vers le premier de mes refuges 82. sur un avion Heinkel « abandonné avec son équipage par le mini stre Speer ». Degrelle finit par s'échapper de j' hôpital où on le tenait reclus. ancien responsable d'un détachement de résistance. mais bénéficiant de très haules compli cités . aux États-Unis. op. Un agent du deuxième bureau belge. « Se doutant de ma pauvreté.

ses disparitions troublantes. qui partage encore sa vie entre Damas et Bagdad . il y a tellement de monde que l'on se croirait chez le médecin ». raconte-t-i1. ses exploits. tandis qu'à Fontainebleau l'un de ses hommes avait endossé sa tenue traditionnelle el son turban pour tromper la sUJVeilJance. Après de nouvelles batailles. Ils m'assiégèrent mais n'osèrent pas violer l'enceinte. arrive au mois de février. Hadj Am ine el-Husseini s'est évaporé de Fontainebleau où il était en résidence surveillée. les Anglais voulaient m'arrêter parce que je ne consen1Itis pas à accepter la déclaration Balfour. Ibid. Degrelle se cache d'abord dans « un bled de la Sierra Morena ». syrienne et libanaise. avec Hitler. où il ne dispose que d' un vieux téléphone pour faire ses « premières opérations ». où il est accuei lli par le Haut Comité arabe : Hu ssein Khalidi. Mais son alliance avec les Frères musulmans lui vaut I"hostilité de l'Égypte. Un autre affi nna que des comptes avaient été ouvens par un homme de confi ance dans une banque suisse. J'ai fourni notamment un toit à cinquante ménages d'une base américaine 83. Il cst encore le plus grand chef palestinien. irakienne. Sources privées. R6cil de Jean Bauverd. ses fu ites audacieuses et ses pérégrinations de pays en pays onl ceint sa personnali lé d 'une auréole de gloire et de mystère ». transjordanienne. déjà avant 1945. avec un passepon syrien. Jamal el-Husseini. Emil Ghouri et son cousin. rappone une envoyée spéciale du Figaro. le mufti a pris ses quartiers avenue Méhémet-Ali. dans une mai son jaune d'aspect modeste. et supervise en jAnvier 1948 le début des engagements militaires des 2 {)()() premiers soldats palestiniens et de 6000 volontaires arabes recrulés cn Syrie. En mai 1946. et il oriente la Ligue arabe dans son rejet des propositions britanniques de partition de la Palestine. Il répond avec une prudence toute diplomalique : ~ Je n'ai pas cherché d'alliance avec Hitler.. Un de ses proches rapporta qu'il avait fui avec des valises remplies de Livres sterling. note Jean Bauverd dans un récit de voyage 84. 83. » Les rumeurs sur la fonun e qu ' il aurait constituée avantguerre n'ont cessé de courir en Belgique.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH Malgré sa clandestinité. vêtu d'un costume classique et frruchement rasé. Hadj Amine est encore interrogé sur sa« collaboration . et l'engagement des armées ~gy pti c nn e. Dès le mois de décembre 1947. le 15 mai 1948. le chef du Rex n'est pas du tout décidé à vivre cloîtré. De refuge en Pendant que Genoud s'active entre Tanger et la Suisse. le mufti organise la grève générale en Palestine. Méconnaissable. officiellement acceptées par les Nations uDles en novembre 1947. retrouve le mufii de Jérusalem au Caire en 1950. chef militaire de la révolte de 1936-1939. « Sa IU lle homérique. Fàwzy el-Kaukji . le mufti a pris l'avion à Orly. Plusieurs offensives israéli ennes vont success ivement les repousser durant plusieurs mois. et trouvera la mon lors des combats. des rumeurs faisaient état d'un plan de fuite du mufti au Moyen-Orient. Ahmad Hil mi Pacha. mais il y a un proverbe arabe qui dit : les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Le 20 juin. où Jean Bauverd vient le retrouver avec émotion. La proclamation de l'État d'Israël. Puis je suis devenu constructeur. « Dans la salle d'ancnte. Mai s celles-ci prennent forme assez vite : « J'ai contribué à mOnler près du Guadalquivir une industrie métallurgique. Le mu fti et le Haut Comité 3mbe constituent un gouvernement palestinien à Gaza. où Hadj Amine est accueilli en héros cn septembre 1948. Hadj Amine est arrivé au Caire le 29 mai. Jean Bauverd . le 28 mai. et de projets de kidnapping d ' un gro upe de rés istance juive. Dès le mois de février. Depuis 1937. provoque J'cntrée en guerre des États arabes. la défaite arabe est définitive le 7 janvier 1949. premiers éléments de l'Armée de libération arabe. 84. le mufti est officiellement l' hôle du palais du roi Farouk. 122 123 . Revenu au Caire. J'ai réussi d'excellentes opérations sur du coton d'Australie. Je dus me réfu gier dans ma mosquée de Jérusalem pour leur échapper. territoire sous contrôle égyptien.

Comme le souligne lui ·même Bnuverd. En premier lieu. lui a donné des facilités de circulation. Jean Bauverd voit Youssef Rouissi. Parmi ses rendez-vous politiques. J Hiller s' occupait de son pays et moi du mien. • Dès les premiers jours de son règne. l'émir Abdelkrim. femmes et enfants» du quartier juif de Jérusalem. Abdullah Tall a élé nommé par le gouvernement d'Amman au poste d 'attaché miJitaire à Londres. Je me suis faiL le pionn ier de la révolution soc iale en Égypte. Récit de Jean Bau verd. Seulement . » Abderrahmane Azzam M'entend à merveille avec Jean Bauverd . Sa sœur.. IIcquiesce Abderrahmane Azzam. qui résidait à Damas. François Genoud el Jean Bauverd sc retrouvent encore.. « li faut un relour à l'unité et à la grandeur passée de notre nation ». Mon champ d 'acti vité n 'était pas l' Europe. It ou iss i a été condamné à mort par les autori tés françaises ». ] Pour combattre le communisme. . chef du gouvernement pour toute la Palestine. fondé à Gaza. alias John Bagot. en France celte fois. qui souligne qu'i l « n' ad hère pas aux . voir sI/pra. dit-il. 86. Jean Bauverd fail la connaissance de l'un des plus illustres réfugiés du Caire. et le cas échéant d 'accorder protection allx cheCs cn fuit e. arriveront au Caire 86. « au lendemain de l'occupation de Tunis par les Alliés. qui a combattu sous les ordres de Glubb Pacha. qui lui on t confirmé « la magnanimité de TaU ». Abderrahmane Azzam . lors de la guerre de 1948.. Hitler ne voulait pas des juifs chez lui et nous n 'en voulions pas en Palestine 85 ••• » uud. plus ieurs leaders d'Afrique du Nord française. il fau t lui imposer une doctrine supérieure.. Bauverd. Bauverd a rencontré des responsabl es du CICR. « quand la population musulmane pleurait deux cent cinquante victimes massacrées à Deir Yassin par un commando sioniste ». Hilmi eSll'ancien directeur de la Banque arabe de Jérusalem. le héros de la guerre du Rif. ' • 124 Au mois de janvier 195 1. 125 . et gouverneur militaire de la vieille ville de Jérusalem.Jées communistes ». pour une évasion improvisée. Après lui. Bauverd rencontre aussi plusieurs personnalités de l'entoumge du mufti « D'autres Palestiniens ou Transjordaniens se trouvent à ses côtés ». Dans la capitale égyptienne. nous nous efforçon s de le neutraliser. qui dirige. « Les États-Uni s arabes doivent-ils se tourner vers Mos~ou 1 » interroge Azzam. il est le trésorier du Haut Comité arabe depuis 1934. il s'est fait le défenseur de l' Unité arabe. De surcroît. « Notre religion ne le permet pas. Le colonel a refusé et s'est rendu au Caire. qui « laissa sortir mille cinq cents vieillards. envoyée en Palestine par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Jean Bau verd est également reçu par le secrétaire général de la Ligue arabe. Un temps gouverneur militaire de la Palestine arabe. explique le Suisse. depuis Damas. ancien colonel de la Légion arabe. » Au Caire. les bureaux du Maghreb dans les diverses c':lpitales du Moyen-Orient. a été témoin de la guerre de 1948. Ahmad Hilmi Pacha. tnlerview d u mufti de Jérusalem pur Dominique Auclères Le Figaro 24 juin 1952.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURI CH refu ge. note+il. Le danger marxiste ne nous échappe pas.. je n'eus finalement plus d'autre choix que de me rendre en All emagne. membres influents des groupements nationalistes de Thnisie. U s'est efforcé en toutes circonstances d 'aider les mouvements d'indépendance déclenchés dans les pays frères. Le général de parachutistes Hermann Rarncke. qui lui tient un di scours assez prémonitoire des questions d 'alliances que se poseront les pays arabes dix ans plus 85. [. Rouissi raconte à Bauvc rd sa jeunesse dans « les geôles françaises » et ses «combats CI pérégrinations européennes». [ . « Pour compléter l'œuvre de lutte comre le bolchevisme. Bauverd rencontre également Abdul1ah Tru l. il faut se pénétrer de la mystique de la renaissance arabe ». d'Algérie ct du Maroc. explique Jean Bauverd.

1994. « Nous devons nous désolidariser de l'intervention de Ramcke. François Genoud n 'a donc pas cessé d 'apporter « aide et assistance » aux prisonn iers all emands. et. François Genoud convainc le général de s'échapper. Le début des années cinquante est justement marqué par la montée en pu issance des assoc iations d 'anciens combattants en All emagne. ct J'avais un ami qui était envoyé par le Comité international de la Croix-Rouge (C1CR).. la « Ligue des combattants allemands» est fond ée. » Ramcke embarrasse j usqu' à ses voisins par sa virulence. En juin 195 1. 126 trad itions antidémocratiques de son ancêtre weimarien. noie Patrick Moreau. 127 &1. 91. s' indigne-t-il.» Dans ces organisations. Pmrick Moreau. Dès le 9 mars. « La ~ hnbil i t ati o n des 5S est une condition indi spensable à la contribut ion allemande à la défen se occidentale ». lance-t-il . sc souvient François Genoud 87. contre l'avis de Jean Bauverd qui a informé la Croix-Rouge de sa visite 88. ] D 'une tout autre importance est la rondalion en août 1952.» Présent à la tribune. Grâce à Genoud. qui a été l' une des principales organ isations d 'anciens combattants en Allemagne entre 19 19 et 1933. Les Hhi/itrs du fII ~ Reich. Die Weil. . Il est accueill i le 28 juin par le président Konrad Adenauer. Doily Mail. 1 Regardez les bombardements de Dresde. par 220 "communautés SS d'aides ~~ i onales" (70000 adhérents).. Les deux amis reSlerOIlI en froid quelque temps pour ce dtsnccord. « En 195 1. du Seuil. le général reçoit la garantie du gouvernement allemand qu'une libération prochaine pourrait interveni r s' il se constitu ait prisonni er. Je l'ai accompagné. Hans Rechenberg.umballante (HIAG SS) 90. EllIrelien avec l'auteur. el il est bientôt acclamé par ses frères d 'annes à son retour à 5chleswig. lOaoOt ]951. qui va sc baptiser« Association des soldats allemands »39. ] Ils ne sont pas lIlon s pour un parti ou un système mais pour l'Allemagne 92. 27 octobre 1952.. se réorganise en se réclamant 87. . dure peu de temps.52. et nous ne sav ions pas ce qu' il al lait dire.. Hiroshima et Nagasaki .» La crainte d 'éven- dtH 90. Fin octobre 1952. .. 89 . qui ouvre ce meeting. pour chacun d 'cntre nous. à laquelle le CI eR est involontairement associé. le Casque d 'acier. 2 janvier 19. proclame flol:tmmentl'un d 'eux 91. après sept ans de détention en France. est détenu dans une auberge près des bords de Seine. les anciens SS revendiquent pension de retraite et reconnaissance de leur statut de sold at. Nous devons dire que ce sont les soi-di sant Alliés qui sont des criminels de guerre et qu i doivent être conduits devan t des tribunaux. L'évasion. d'une organ isation centrale: la ( 'onununauté d ' aide réc iproque des anciens membres de la 5S I. le 26 juin.. Paris. déclare le général Gille lors d 'une conférence de presse. 1)2. le 23 janvier.» Les reporters présents remarquent que Rarncke s'empourpre 11 la tribune: « C 'est un honneur pour nous . f. [ . Combill. est panni eux. Jean Bauverd est cet ami mystérieux qui le conduit. Les poursuites engagées à son encontre donnent lieu à un procès du 20 au 23 mars. à l'auberge où Ramcke est assigné à résidence.LA FUITE PAR ZURICH LE BANQUIER NOIR engagé dans les armées de Rommel. 88. qui a servi sous ses ordres en Afrique du Nord. pu is la « Li gue des anciens membres de la Wehrmacht ayant droit de pension » (BVW). d 'avoir son nom sur la liste noire de nos ennemis. « On a trop parlé de criminels de guerre. Le général 5S Hennann Gille. Le général Ramcke occupe une place importante dans cette mouvance. ex ige la li bération de tous les pri sonniers de guerre allemands: f( 250 000 S5 onl été tués pendant la guerre [ . c'est comme cela que j'ai fait la connaissance de Rarncke ». six mille anciens SS sont réunis à Berlin . Ramcke bénéfi cie comme promis d ' une libération antic ipée. la destruction de nos vi lles sans défense par l'aviation alliée.. l2juil1e1 1991. Ram ckc accepte le march6. mais c'était notre inv ité. les autorités d 'occupation. Hennann Ramcke a endossé son viei l unifonne de général. Ramcke dev ient l ' un des derniers nazis à prendre la fuite.

Éd. ces pensées du Führer sur les événements du siècle. Henry Picker. Pour le sympathi s:lIl1 inconditionne l comme pour l'édite ur. avec marche aux flambeaux . Françoi s Genoud s' imagine victime d'une escroquerie. 4 Les héritiers de Hi tler Courant 195 1. Imprimé à 12000 exemplaires par les éditions Athentium Verlag. égrenées au fH des jours. bri ~)t . e l de le lui envoyer au plus vite. in Léon Poliakov (éd. Les deux hommes vont se disputer l'exclusivité tics conversatio ns de Hitle r pendant quatre ans. 28 aoQt 1993. 1994. dans un journal itulie n.lit ce document depuis plusie urs années. 2. « Le jou r mê me . 129 . Franço is Genoud entend jouer son premier bras de fe r édito rial 1. SOIlI un e vrai e mine d 'o r. Le Su isse IIl1end. j e li s q ue le document vient de sortir en Allemagne » . pour lui demander d 'acheter l'o uvrage. e t c hants nazi s à toutes les tables 93.). puisque le rassemblement continue. biè re à volonté. du Seuil. 1945·1993. Tht! Times. Cité par Klaus von Mü nchhausen. relatant la vie du Führer « dans to ute sa vérité 2 » . cxplique-l-iI 1• Sur le coup. ll téléphone immédiatement à Paul Dickopf. lIisloirt! de /'amistmilisme. Il ne sa it pas e ncore qu ' il s' agit d ' une version diffé re nte de ceUe qu'il vi ent d'achete r : l'œuvre de l'un des sténographes du Führe r. Car Picker a lui ullss i la prétention d 'avoir entre les mains « un scoop de portée mo ndi ale ». mais qui a de vancé François Geno ud d 'une année dans ses projets de publication. 4ui a retrouvé une place au mini stère de l' Intérieur ouest:llIemand . François Genoud achète à Milan la deuxième partie des archives de Martin Bormann : les discours de table de Hitler pris e n nOle par son secrétariat personnel. q ui a gardé pardevers lui une partie du décryptage des discours de table. 31 octobre 1952. Paris.LE BANQUIER NOIR tuelles mesures de rétorsion des autorités d'occupation est de courte durée. « Le miroir 93. Elltretiell avec l'auteur à Lausanne.

explique+il dans la préface de la version qu ' il publie en 1952. appelé à préparer une exposition de peinture dans le cadre de la mission Linz. Heinrich Heim ~ . S'il a vraiment obten u la version de Bonnann. Corréa. Ibid. ajoutant parfois des noIes prises lorsque aucun sténographe ne se trouvait près de Hitler. [Js prenaient des notes sténo· graphiques. François Ocnoud contre-attaque alors par un coup de bluff. personnages plutôt modestes el qui ne durent qu'à cette fonction temporaire le privilège d'être constamment présents à des repas. et tergiverse. journa· !I\tes ébahis des eXlraits photocopiés de la correspondance de Martin Bormann. Un troisième sténographe pre· 3. fonctionnaire déloyal. et il s'érait procuré dix mois du transcripteur habituel.« La fonnule admise par Hitler fut celle d' un transcripteur qui lui resterait invisible. Corn· mercialement. ~ Le texte était ensuite relu . 13 1 . et lui demande une analyse des documents et un arbitrage. Junker. En juin 1951. Peter-Ferdinand Koch. et leur laisse ses coordonnées 6. a fait des copies inau· tori sées~ . accuse+il d'emblée 4 . cit. Aammanon. il signale qu'ils peuvent consulter les originaux de ces lettres chez lui à Lausanne. p. li y en eut troi s en tout. U convoque la presse allemande au café Le Flore et présente aux. qui annonce assez rapidement la nouvelle. il lui faut d'abord s'assurer complètement les droits sur l'œuvre. 5. Selon François Genoud. Paris. Outre les blancs évidents de la version Plcker (Genoud affirme qu 'elle représente un cinquième de la propre version). Le 22 septembre 1951. 6. puis aussitôt après il s dictaient leur minute à une dactylographe de Bonnann 5. 4. Picker avait en effet remplacé plusieurs mois Heinrich Heim. 32-33. Ce sont des fon ctionnaires sous les ordres de Bonnann que J'on chargea de ce travail. discrète· ment installé dans un coin. Mais son rival Picker a déjà vendu son texte à un éditeur français. cette première édition des propos de table a ~lla l ement le défaut d' avoir été réécrite à la troisième personne par son sténographe. le Dr Mau. Libres Propos sur fa guerre et la paix. que François Genoud a préféré intituler Libres Propos sur la guerre et la paIX. Picker est là. « vivan t quelque part ~. qui le reçoit à Bad Godesberg. fondu dans la masse des personnes présen tes. Der SpieRe!. Der Spiegel laisse même entendre que Martin Bonnann. on semble dorénavant prendre plus au sérieux le manuscrit des propos de table. Picker aurait « mis la main ~ sur des passages transcrits par Heim à la Maison brune. li ullcndra pourtant encore un peu. Chez Flammarion. François Genoud rencontre l'éditeur de Picker. Le résultat ne se fait pas attendre dans la presse. le centre du parti nazi à Munich. pourrait être intéressé matériellement à ces projets de publication. précise encore le Suisse. 3 d~ce mbrt: 1952. S'il veut s'opposer efficacement à la tentative du sténographe. Die Tagebiicher des Doktor Jostph GMbhels. « Picker. Le Suisse laisse exploser sa colère Cl leur annonce sa décision de les poursuivre en justice. François Genoud a donc entre les mains le document le plus complet. nllil des notes le soir. à des récept ions et à des conversations où rien d 'autre ne les aurait fait admettre. l'existence de deux versions est un frein.LE BANQUIER NO IR L ES HBm1ERS DE HITLER en France. qui va s'opposer bec et ongles au projet de Flammarion J. François Genoud n'a pas grand mal à délégitimer le sténographe. il rencontre Henri Aamrnarion pour luj proposer sa version. M. François Genoud alene le directeur de l' Institut d'histoire contemporaine de Munich. 130 Mais Aammarion tout de même vaciUe. « Picker n'avail que quatre mois complets. et le plus riche sur le plan historique. le directeur d'Athenaum. La lutte entre les deux versions n'en est cependant qu'à ses balbutiements. 1952. op. A tous. Adolf Hitler. corrigé et enfin remi s à Bormann qui le corrigeait à son tour.

. Mais l'héritage littéraire de Hitler n'cst pas sans poser des problèmes juridiques d'une autre nature. perIOOnc n'a songé à cette question parmi les juristes qui ont eu à d6lini r les principes des dispositions antinazies. Après plusieurs visites. dit. Entretien avec l'au teur. Un accord avec Paula Hitler est suffisant à François Genoud . le maréchal Goring. Munich (éd. Vraisemblablement. Paula Hitler. crtains jurisles ont pourtan t évoqué l'éventualité d ' une confiscation des droits d'auteur pour les œuv res publiées ou In~dil es qui se trouveraient dans l'héritage des anciens respon". la sœur de Hitler. Après la défaite. ou feint de le croire. et . laissant deux enfants. Un montant qui donne une petite idée de ce que l' maréchal a pu placer sur des comptes étrangers.). Theodor Schmitz. prenant la !luite des di sposition s alli ées. justement les droits d 'aute ur. raconte-t-iJ . En 195 1 déjà.ER François Genoud est en effet déjà porteur d'un conlrat avec le tuteur des enfants de Martin Bonnann. La «succession )t de Hermann 06ring comprend aussi les comptes en banque ouve rts à son nom: dix millions de reichsmarks sous séquestre dans diverses banques allemandes. l'ampleur du patrimoine placé sous séquestre par les AlUés. Mais la discussion tourne court puisque. 8. Marlis Steiner.on. pres de Berchtesgaden. les Alliés ont levé le séquestre qui frappe ses bijoux personnels d ' une vale ur de 1500000 marks. qui a pris par la suite le nom de Hiller. son demi-frère. le nom que son frère portait dans la clandestinité . Leo et EIJriege Raubal . Institut d ' hislOire contemporaine. en échange de la gestion de l'œuvre. qu'il a rendues très amicales.LE BANQUIER NOIR LES HI::RITIERS DE Hm. réduits à 500000 marks par la rtfonne monétaire.et qui veut dire : le loup. Mais il n'a pas encore conclu d' accord défmitif avec les héritie rs de HitJer. car e Ue espère rentrer en rossession du château médiéval de Gcring à Veldenslein. u'ès loin. les lois de transition lèvent les nlcsures bloquant les richesses des anciens nazis. va lui donner cet accord. Il lu i promet 60 % des droits. 133 . 7. contenait une petite lacune. La législation mise en place par les Alliés a en effet dépossédé les dignitaires nazis de leurs richesses matériell es. expliqua François Genoud lors d'un colloque. elle lui rédige dans un premier te mps une procuration. » Prançois Genoud croit donc tenir une faill e dans la législation . connue sous le nom d'Emmy Sonnemann. Emmy Goring. qui entre en vigueur le 5 mai 1955. elle a repris son nom 7. 1991. qui est morte en 1949. La loi mililalre 52. il est donc intouchable. el sa de mi-sœur Ange la Hitler. Wil'$sensclioflifreihei/ "/Id ihre rechllichtn Scho/lktn. 1978. été l'amant de sa mère 9. ve uve Raubal . elle se fai sa it appel er Wolf. Fayard. 1:5 janvier 1990. Je m'aperçois que dans votre état de droit il n'y a que ce modeste droil qui ail été respecté pour les déshérités 8. Ein ColioquÎum. A Konigsee où elle réside. qui d 'un point de vue économique a amené l'expropriation des nationaux-sociaListes et de leurs héritiers. Hitler. Un château que le Dr Hermann Epenstein offrit 1\ son fill eul. 132 9. la seconde femme du Rcichsmarschall . dénazification. en 1939! Le médecin avait. Oldenbourg Verlag. Paula Hitler Il songé elle aussi aux comptes bancaires de son grand frère. aussi n'est-il pas saisissable. n'en reste pas là. remet en effet à ha disposition des héritiers les richesses e t les revenus dont III charge avait e ntre-temps été le plus souvent confi ée à des administrateurs légaux. Paris. près de Nuremberg. se réservant les 40 % restants. « Paula avait changé de nom quand Hitler était arrivé au pouvoir.bics nazis. « La législation de dénazi fi cation. Ni même celui encore dissimulé sur des comples banaires étrangers. Mais il faut remarquer que les droits d'auteur afférents n'atteindraient pas.. » Les autres héritiers de Hitler sont Aloïs l-litler. cafetie r de son métier. n'allend pas ceUe date pour tenter de récupérer une partie de son patrimoine. L' ancienne actrice. comme il l'ex plique dans un propos teinté d ' admiration. Ce droit est essentiellement un droit moral qui ne peut être subrogé.. François Genoud semble avoir convaincu ceue « femme simp le ) .

« Par mes accord s avec les héritiers. Le miroir brisé. . et Ici qu'i l existait dans les archives de celu i-ci. Elles ont donné lieu à la publi cation en Allemagne d ' un ouvrage incompl et. Le M onde. d'origine sui sse. 24 % des Allemands ont gardé une bonne opinion de Hitler 14 • Le procès tant annoncé entre Genoud et Picker dé bute au tribun al de Düsseldorf. « recueilli s SUI l'ordre de Martin Bormann ». en plus des droits d 'auteur. Un cJéw il ne doit pas échapper. entre le 5 juillet 1941 et le 12 mars 1942. La raison en est simple: François Genoud l'nlraduit. annoté de la main de Bonnann. li s'agit de l'exemplaire original en première frappe. il se déclare le représentant des héritiers de Hitler qui.. Cité par Klaus von Münchhausen. qui tenait son audi toire sous le charme de sa parole. sont restées entre les mains de J'un des trois transcripteurs. L'édition françai se de la version Genoud paraît « avant toute autre ». » François Genoud évoque brièvement la querelle qui l'oppose en Allemagne à la version Picker : « Quelques-unes des pelures de ce lexte.. L'édition est annoncée comme « l'édition origiIIIlle de l'ouvrage ». Jusqu 'à nujourd 'hui . 28 aoQl 1993. Le livre de Picker '1'cst assez bien vendu. M. Flammarion. Henry Picker.f Propos SUT III Rller. I!lla poix. 134 l. Un travail de plus d 'un an. la version «complète» des discours de table n 'a Jamais été éditée Cil Allemagne. c it~. enjoué. truffé d'erreurs et de défonnations volontaires.LE BANQUIER NOIR Les Alliés am localisé et bloqué 17 millions de reichsmarks SUI le compte d'Adolf HitJer dans une banque berlinoise JO. Genoud. ce qui pour un texte original écrit en allemand est pl utôt rare. je rassurais les éditcurs». "par un heureux hasard". Mais finalement les deux camps choisissent d 'attendre la conclus ion du litige en AJlemagne. note-t-il. Ce fai sant. 2 juillet 1952.. paraissent en 1952. cil. ouvre les hostilités en présentant un docu13. op .. qui lui aussi aurait été convié à h. le 23 septembre 1952. hl propriété morale du livre. où l'ordre chronologique du texte a même été altéré 12. François Genoud prétend que III cause en est le différend juridique qui l'a opposé:). l'avocat de Genoud . Le M onde signale ~gn l e m ent qu'un « nouveau personnage» s'est manifesté: . » François Genoud verrouille habilement l'édition des Libres Propos. Journal de Gel/he... il s'assure des droits de traducteur et. Il . Adolf Hîller.» François Genoud annonce déjà la parution du deuxième vol ume. Il Y a mieux: la « vers ion française Jo) est signée par François Genoud qui assure avoir traduit lui-même J'imégralité de l'ouvrage. » JO. « C'est un document de mille quarante-cinq pages dacty lographiées dont nous entreprenons la publication.. y compris avant celle en Inngue allemande. Bien qu'hébergé par Flammarion. et qui en tout cas se déclare le représentant de~ héritiers de Bonnann. François Genoud présente le premier tome qui rassemble les propos tenus par Hitler dans son Q. 12. Dans un «avertissement » de plusieurs pages. Corréa et Flammarion se préparent un moment llU combat. Les Libres Propos sur la guerre et la paix d 'Adolf Hitler. dont on se demande comment il a trouvé Je temps de le réaliser. explique-t-il" . Kurt Runge. lUbie du Führer. mais on verra que la réali té est plus complexe. 14. . il ne peut taire son adm iration pour Adolf Hitler: «C'étai t un causeur brillant. car il n'es! pas encore sOr de ses droits d 'au teur. IS seplcmbre 19S5. G. annonce-t-il. art. François Genoud réussit à convaincre ses éd iteurs.ES HI1RITIERS DE HITLER Le Monde du 2 juillet 1952 rend compte du conflît qui oppose ~soml a i s les éditions Flammarion et Corréa sous le titre « La publication en France des Propos familiers de Hitl er donne naissance à un procès de propriété littéraire ». Emrelien avec ]'auleur. ont leur mol à dire dans l'affaire 1). 135 . Ses familiers J'écoutai ent avec dévotion. eslime-t-il . couvrant la période du 21 mars 1942 au 30 novembre 1944. En France.. Libre. Selon l'institut de sondage Aliensbach. De plus. Il publie Hitler dans l' une des meilleures maisons d 'édition parisicnnes.

Me Runge présente. répond Me Borsbach. de )-(jtler -. et en tant que tels soumis au secret professionnel: ils n' auraient jamais dû Livrer leurs notes au public. rédigé le 25 avril 1945. l'avocat de Henry Picker. que. Der SpÎt'gtl. ~ Ces documents sont donc nuls sur le plan du droit civil. seule Paula HitJer peut être l'héritière légale. rétorque Me Borsbac h. et que l'État nationallodaliste perdura encore trois semaines jusqu'à la capitulation "Ignée par l'amiral Oonitz. Car. et ceUe de son testament politique. doit . Hitl er ne pouvai t pas dés igner le Parti et l'État nati onal·socialiste comme héritiers puisqu'ils n'existaient plus de jaclo. que le Conse il interallié. le Führer n'a guère songé à sa sœur cadette. Car si l'on parle d 'h6rirage. la procuration de Pau la Hitler qui transfère la gestion des droits d 'auteur à François Genoud. revendiqués par la Bavière.itler. à en croire Me Runge. s uggère nlors qu ' il ne s'est passé que trente secondes entre celte signalure de renonciation et le testament pri vé. il faut peut-être d'abord voir les testaments. daté du 29 avril et attesté par trois témoins: Bornlann. Paula Hitler. Ibid. Autanl dire un véritable trésor. » A quelq ues heures de sa défail e. la compétence du tribunal est vite dépassée. ~ i le testament de Hitler est final ement jugé non valable. à ce moment-là. on appliquerait strictement le droit civil et Paula Hitler pourrait nlors hériter non seulement des droits d 'auteur des propos de table. mais aussi de ceux de Mein Kampj. La panie la plus intéressante du procès commence ici. l'occasion de répéter une dernière foi s son message. L'avocat de Henry Pic ker. 3 d~cembre 1952. soc ialiste survécut j usqu'en octobre 1945. Le fait que Bormann ail été le supérieur des sténographes. si hériticr il y a. de la co llection d ' art privée de Hi tler. à propos de H. 136 137 . faire déjà pencher la balance en faveur de la version Genoud. Franço is Genoud ne manquerait pas d'exploiter lui aussi. dès l'audience suivante.pardon. il eSI possible de parler de secret professionnel et d 'obligation de discrétion. le Parti national15. On ne voil pas comment. qui marque quelque épuisement. estime-t-iJ . Dans celle batai lle. à Linz. A ce rythme. Oui. qui s'est fait transmettre par le minislère américain de la Défense à Washington la copie du testament privé de Hitler. En guise de contre·auaque. Ce procès a tout lieu d'inqu iéter d'autres prolagonistes. puisqu ' il vient de renoncer à ses fon ctions de chef de la Wehrmacht. li fai t donc rédiger un contrat en bon ne et due t rme avec Paula H. et que. légalement. M' Runge. auaque alors le testament de Hitler quant à sa form e: il est tapé à la machine. l'éditeur a son point fort: l'accord des héritiers virtuels. le présiden t du tribunal capitule pour la JOurnée 16. Hitler ne pouvai t faire hériter un cadavre 15. C 'esll ' idée de J'avocat de Henry Picker. Goebbels el le chef d 'état·major von Bellow. ministrateur de la succession de Martin Bormann. pui s la R~publique fédérale lui ont succédé. Ceux·ci en outre élaient fon cti onnaires. « Le leslament du Führer . habile avocat . Or que dit le testament privé de HÎller ? «Ce que je possède appartient. des terrains qu'il possédait à Mun ich et de la valise pleine de documents et de souvenirs actuellement en possess ion de l'État bavarois. Pou r cela. Me Borsbach répljque alors que.itler. il a recours aux se rvices 16.LES Hl1RmERs DE HITLER LE BANQUIER NOIR ment au tribunal : l'autorisation de publication signée par l'ad. corrige l'avocat. De guerre lasse et d'incompréhension. et pourquoi pas de ses fameux comptes bancaires. ce qui suffit en droit civil allemand à le rendre nuL On s'est servi d'un testament de la Wehrmacht. mais Hitler n'est plus membre de la Wehrmacht . à supposer que Ces choses ai ent de la valeur. ce ne peut être François Genoud mais bien plutôl la République r~d é rale. relance Mc Runge. au parti. n'était qu 'un bluff. L'avocat de François Genoud a bien du mal à contrer celte es((x:ade.

Son testament est donc applicable à la Jettre : Hitler a choisi pour héritiers le NSDAP. Qu ' il ait été ou non tapé à la machine sur du papier de la Wehnnacht. décédée en 1949. nO2. Les droits sont partagés à 60/40 entre Paula Hitler el François Ge noud. qui n'est pas dénué d 'ambitions financi ères. Début 1953. auquel vont s 'ajouter les autres contrats signés avec les héritiers d'aulres sommités nazies. qui a quitté le pays sur son yacht à destination de Capri .LE BANQUIER NOI R LES I·IOOTIERS DE HITLER d ' un autre avocat. maison dont le but serait de publie r le patrimoine littéraire nazi. Ils ont précisé que M. qui n'est autre que l'avocat de Rudolf Hess.» 17. Aloïs HilJe r. pui s l'État de Donitz. Us ont cenes l'un après l'autre cessé d'exister: la cour préfère ne pas s 'engager dans un débat diffici le concernant les hériti ers de l' État de Donilz. le contrat de Genoud et Paula Hi Lie r. Le gouverneur militaire du Caire. 139 . Soumis au droit suisse. dans le respect strict et sans réserve de l'esprit national-soc ialiste. Me Alfred Seidl. qu ' il ait été rédigé avant ou après le testament po litique. En contrepartie de quoi. dessine sans doute les contours d ' un projet éditorial. Le document. La cour estime recevable le « testament privé)} de Hitler. 3. Le Comité des officiers libres diri gé par Gamal Abdel Nasser a renversé le roi Farouk. veuve Raubal. Angela Hitler. Entretien avec j'auteur. abolit peu à peu les fondements institutionnel s de la monarchie. 2. op. décédée sans hériti ers. Die T(JSehiicherdes Doklor Joseph Goebbels. car ils ne pouvaient plus rien tenter contre moi 19. François Genoud s'engage à tenir Paula Hitler informée des« négociations. Un proje t de réhabilitation du nationalsocialisme. pas le moindre droit. Peter-Ferdinand Koch. le général M ohammed Néguib. b) AngeHka Raubal . Genoud selon lequel les droits exclusifs des propos de table lui étaient confiés sur toules les éditions. n va devenir le comptable de l' implication égyptienne dans la guerre secrète t8. placé à la tête du Comité. on t glissé une petite phrase dans leur décision. la 4 e c hambre civiJe du tribunal de Düsseldorf chois it de débouler François Genoud de sa plainte contre Athenaum et la version Picker. née Raubal. dresse la üste des légataires d 'Adolf Hitle r : « J. qui a laissé trois enfants : a) Leo Rauba l. c) Elfriede Hochegger. Les deux héritiers exi staient au moment du dépôt du testament. C'était important. petit personnage levantin imprégné d ' une admiration aveugle pour le futur RaIs. 138 Le 23 juillet 1952. Des enquête urs allemands assurent que François Ge noud aurait notamment promi s aux successeurs des dignitaires nazis de fonder une maison d'édition avec les bénéfices obtenus par la commercialisation des œuvres . Ce contrat intègre aussi les droits d ' auteur liés à l'éventuelle reproduction ou publicalÎon des aquarelJes de Hitler. peu importe : Adolf Hitler émit responsable de ses actes au regard du droit civil et du droit pénal. Un tel projet n'a cependant jama is vu le jour. 28 aoOt 1993. Heim e t M. daté du 20 novembre 1952. Pic ker n'avaient pour leur pan. les regard s se tou rnent vers l'Égypte nationaliste. Lancer le débat sur le terraÎn du testament du Führer a donc été une contre-attaque judicieuse pour la maison d 'édüion allemande. AI-Dib est un ugent expérimenté des services spéciaux égyptiens. ex-ministre d'État en Bavi ère. Celui-ci est donc valable. cit. Mais une c hose est certaine: les héritiers naturels ne peuvent ê tre considérés comme les héritiers de l' État de Dônitz l8• L'échec pourHUit n'est pas total aux yeux de François Genoud : « Les juges. procès et contrats» tous les six moi s minimum 17. Der Spiegel. qui avaient une secrète sympathie pour moi. 1953. 19. » Le contrat certifie égaIement « J'accord déjà pri s en 1951 avec M. Paula Hitle r. L'un des officiers libres. pour tous les tirages et pour tous les pays du monde ». le major Fathi al-Dib. va accompagner durant vingt ans les pérégrinati ons de François Genoud dans le monde arabe.

leur d isai t-on. Kh ider a créé l'Organisation spéciale (OS). évadés et restés dans la région. est « purement technique » et n'a rien à voir avec les tactiques employées le 23 juillet. Membre du comité directeur du Parti populaire algérien (PPA) avant-guerre. « A la ve ille de la levée de son immunité parlementaire » . Mais parmi les conseillers allemands se trouvent également des so ldats perclus de l'Afrika Korps de Rommel qui mordit la pouss ière en 1944. » Hocine Ail Ahmed ne tarde pas à le rejoindre. des conseille rs allemands servanl à l'état-major ou à l'entraînement des troupes sont repérés dans l'entourage t. 8 juillet 1992. François Genoud. dès le moi s d'août 1952. Ben Bell aKhider . croit pouvoir affirmer qu'Otto 140 141 20.. il a dévoilé des listes interminables de matériel livré aux nati onalistes algériens. rue Abdelkhalek-Sarouat.up de la poste d'Oran en 1949. Contrairement à Ben Bella. animateur de la section tunisienne. c'est Brahim 'lob:tI. Tobal s'est mis au service des Allemands durant l'occupation de la Thnisie. ' lU 'ils ont participé au coup de force contre Farouk. Paris.1cs officiers libres. et une révolution "en préparation" à laquelle on ne croyait guère nu Caire_ "Faites la révo lution d' abord. Très tôt. mai s point d'argent . de tout le Maghreb. L' Harmattan. est déjà le principal chef de l'OS. entre autres destinations. D'origine paysanne. C'est Khider l'intègre qui avai t raisonlt.Ait Ahmed. iJ di sparaît et s' installe en Égypte 21.LE BANQUIER NOIR LES HËRIT1ERS DE HITl. Cookridge. raconte François Genoud qui classe Khider panni « les vrais révol uti onnaires )). et le véritable organisateur du hold-up d'Oran. EUe trouve évidemment son origine dans les réseaux de fuite qui uvu ient.. après la découverte de l'OS et sa condamnat ion par contumace. don t les bureaux se trouvent au 32. le major reçoit de Nasser la mission de « soutenir la libération des nations arabes encore colonisées 20 ». "» Rue Abdelkhalek-Sarouat. Il prépare avec Aït Ahmed le hold. « Le triumvirat cairote. Dans ses Mémoires. et dev ient le chef de l'OS avan t d'être arrêté t n 1950. le MTLD. Newsweek affirme. . notamment celle de Cassino. L'Hebdo libéré. C'est pourtant lu i qui . Fin 1952. Il ne s'est engagé en politique qu'après 1945. l'aide vie ndra ensuite. après l'interdiction de ce parti. li chaperonne les représen tants des mouvements nationalistes. au sein du PPA-MTLD. attristée. qui assume des fon clions d'altaché de presse pour l'ensemble du bureau. contraignant le porte-parole du QG de l'armée égyptienne à un démenti peu eutégorique: la mission allemande. An Ahmed n'a que vingt-cinq ans. Ahmed Ben Bella a été appelé sous les drapeaux en 1943. il a participé à de nombreuses batailles. Il associe bien souvent Genoud à ses opérations spécia les. recevait de la jeune république égYPj lien ne des enco uragements. Fathi al-Dib. depuis deux ans. et de s'évader. Leur position était loin d'être fllcile. qui s 'est évadé le 16 mars de la prison de Blida. dont les que· relies intestines étaient la fabl e. Issu d'une famille maraboutique kabyle. n est arrivé le 5 juin 1951. Des officiers allemands prisonniers des Britanniques. les pays arabes. note Yves Courrière. le Mouvement pour le tri omphe des libertés démocrat iques (MTLD). 1986.ER du Maghreb. (~co mposée d' un nombre restreint de conseillers servant auprès de l'année ». le biographe de Reinhard Gehlen. 21. li a quarante ans. « contrairement aux consignes de la direction du parti qui lui d it de se laisser arrêter. La présence de ces officiers n'est donc pas contestée. LI est impliqué dans le lége ndaire hold-up de la posle d'Oran pour avoir prêté sa voiture au groupe. la structure clandestine du MTLD. D'autres démobitisés. Élu député d'Alger sur ses li stes en 1946. La délégation extéri eure du MTLD au Caire s'étoffe encore en 1952 avec l'arri vée d'Ahmed Ben Bell a. des bonnes paroles. Abdel Nasser et la Rll'ollIIion algérienne. car ils représentaient un parti. Adjudant dans les tirailJeurs algériens. au Caire. Simple conse iller muniripai. il a rejoint. Mohammed Khider est le premier chef algérien sur place. . il devient responsab le de l'Organ isation spéciale pour l'Oranie.

Rtillhard Gd/tll. des conseillers peu importants. collaboration» . chef de la Gestapo d'U lm. La liste est longue 26. Un ancien agent américain au Caire. En 22. SIlIiS oublier le général Oskar Dirlewanger. La recherche reste à faire. Arrivt en mm 19. devant la débâcle des armées arabes lors du premier conR it avec Israël en 1948. Les officiers 'aypliens ne cachent pas leur désir de renforcer leur armée coQIe que coOte. secondé par le Panzergeneral Oskar Munzel 24• Une équipe spécialiste des torpilles téléguidées est à pi ed d 'œuvre. Selon Copeland ... puis directeur des usines Skoda en Tchécoslovaquie. 'lui va vendre des armes au FLN et être la cible des sclv ices spéciaux français. A titre d'exemple. Leopold G1eim.5 1. si tou tefois l'é. Heinrich Sellmann . Des officiers et criminels de guerre recherchés s'ajouteront à celle liste.is. 24. le général Fallmbacher n'aurait reçu qu 'une solde de 50 livres égyptiennes par moi s contre 500 que pou vaient toucher certains conseillers anglais ou américains. cil. chef de la sanglante 16e divi sion de Waffen SS . pui s chef du bureau VI-D2 au RSHA. Mais c'est sur le plan économique qu'Égyptiens et Allemands uffinnent vouloir tirer les plus grands bénéfices de leur collabortuion. qui complète les maigres émoluments offerts par les Égyptiens 22. 3 av ri l 1963. et peu rémunérés. en avril 1965 (CDJC). Des chefs de section du RSHA ne sont pas en reste. La présence allemande est telle qu 'elle donne lieu à des soirées de la bi re hebdomadaires. {IU~S. sur cette quest ion de [a . lui aussi du bureau V!. Mais rares sont les chercheurs à s ·ttre penchés. Th~ Gam~s of tht NatiOIlS. le gt ntral Fahmbacher restera au Caire jusqu'à l'ttt 19. de la Gestapo parisienne. un ami de François Genoud.. cheFde la Gestapo de Galicie. Cookridge. Notamment Wilhelm Beissner. Erich Altun. Et loin d'Srre close. Wilhelm Voss rejoint Albert Speer au mini stère de l'Armement. pui s commandant des 25e et 86e régiments d'artillerie en France.. Un général entraine les troupes parachutistes d'Almez3.LE BANQUIER NO IR LES H~R111ERS DE liiTLER Skorzeny lui-même sert pendant un an de conseiller au colonel Nasser. 26. On consul tera néanmoins d'anciennes notes de synthèse rt!digées par I· IURD. 23. L' Espioll du siècle. Weidenfeld and Nicolson. et ses expens rtsistants. op. techniciens compris » . qui vont durant plus ieurs années converger vers Le Caire. notamment à la brasserie Ullion du Caire. arrive en 1954 pour conseiller les services spéciaux. » Selon les infonnations recueillies par djfférents correspondants au Caire. ex-directeur de l'arsenal des armes allemandes à Berlin.'hcf de la Gestapo de Düsseldorf. Le général Fahrnbacher reconnaît de son côté avoir recruté personnellement soixante-sept conseillers pour les forces terrestres et quatre pour la marine 2'5. E . 27. à la demande du patron du BND. Let tre du gt nt ral Wilhelm Fahmbac hcr publite dans le Frank!/lr/t r Aflgt>mtÎne ZeilUlIg. assure de son côté que le séjour de Skorzeny fut d' autant plus bref qu ' il ne constitue pas une publicité très avantageuse dans la presse intematjonale. Ex-direcleur du trust Aciéries nationales Hennann-Goring avant-guerre. 142 143 1969. le général d 'artillerie Wilhelm Fahm bacher. Wilhelm Voss occupe en effet une positjon importante au bureau égyptien de planification économique. Plusieurs capitaines de vaisseau sont détachés à la secti on navale d 'Alexandrie. «et le général Néguib vi ent de déclarer qu 'il ferait son possible pour en accroître le nombre.58. et risdes services tgypticns avec les cri· IU llicl ~ naz. coordonne officiellement 1'« intervention » des militaires allemands en Égypte. u Populaire de Paris. Ou encore Ernst Sringer. où il gère une Ir'Cntaine de dossiers industriels et commerciaux 27. « L'effectif de ces Allemands est aujourd 'hui évalué à cinq cents homm es. 2. Miles Copeland. 16 septembre 1953. Mlles Copeland. chef de la ticstapo à Varsovie. dans Le Figaro du 13 août 1952. Le lieutenant-colonel SS Joachim Daemling. ancien !.11. ancien chef de la section VI-C U (section arabe du SD-extérieur) du RSHA..5. Le temps néanmoins pour « J'homme le plus dangereux d' Europe'" d 'installer une centaine de conseillers allemands 23. t e major SS Seipel. 1952 marque donc réellement le début de l'arrivée des inslrucleurs allemands. estime de son côté Dominique Auclèrcs.gypte ouvre un jour ses llI" hives sur ce poin t.

Les conseillers allemands donnent naissance à des « plans de cinq ans )) (sic). Après avoir fui à l' Est. les miss iles eJ·Safir.. la banque centrale des Lander. li serait arrivé au Caire en 1951. 7 mars 1995. les Lutch . » Le général Néguib évoque les espoirs mis sur le « plan de cinq ans» de la région d'Assouan en cours d'élaboration. C'est d'ailleurs « pour des affaires » que François Genoud fait sa connaissance durant l'année 1952. J 'en fa is journellement l'expérience en observant les officiers et experts allemands de mon année. La présentation des fusées égyptiennes lors du défilé militaire du 23 juillet 1962. A la tête de « H.lpportée par Le Figaro du 9 avril 1953 et Le Papillaire de Paris du 17 septem bre 1953. el aurait par la suite recruté des proches. Werner Naumann est devenu un homme d' affaires respectable. François Genoud nffirme al ors elre tou- . pour le seconder. et el-Kahir. Celte vraie lune de miel a des arrière-pensées militaires. Voss CI Deneger. le général Fahmbacher a connu Wilhelm Voss quand celui-ci travaillait au ministère de l'Armement. susceptible d'offrir « de grandes possibiütés» à l'Allemagne. Entretien avec l'aUleur.avants a1lemands ayant contribué à ce programme. Leur effi cience. S. Lutch » ct de « Combinel ». Voss n'en élait pas moins membre de la SS. responsable de la Chambre de commerce gennano-égyptienne <lU Caire. le général Néguib confesse son « penchant » pour les Allemands: « Je vous prie de me croire quand je vous di s que je n'ai jamais cessé d'admirer les Allemands. Naumann fait pani c des Allemands qui ont If uvé des vertus à l' Égypte. leurs dons extraordinaires en tant que sc ientifiques et tec hniciens. quand il dirigeait les usines d'annement Skoda. Werner Naumann. dès le lendemain. On leur reproche d'avoir infiltré le Parti libéral allemand: c'est l'affaire . qu'il fréquenta au mini stère de l'Armement du temps d'Albert Speer. 144 145 29.1 a vécu les derniers moments du Reich dans le bunker et a connu le bonheur d'être nommé par Hitler successeur de Goebbels au ministère de la Propagande peu avant son suicide. accusés de complot lors d' une conférence de presse du Forei gn Office à L. 1. Sept anciens responsables nazis sont arrêtés et. Bientôt veuve. grand ami li. conduits à la prison de Werl. 580 km de portée. Léa Van Dievot choi sit J'ancien secrétaire d ' État de Goebbels pour directeur de sa . dès six heures du malin. A quoi le Mossad ripostera quelques mois plus tard par l'élimination de plusieurs ". leur loyauté sont uniques. Le 15 janvier 1953. U renoue avec un couple gennano-belge qu'il avait connu dans l'entourage d' Otto Abetz à Paris. quelques moi s avant l'opéralIon britannique 29. soutiennent par exemple le projet de fond er une banque réunissant des fond s allemands ct égyptiens avec Albert Buhler. Dans une interview accordée à un journal allemand 28. [1 a d'ailleurs accueilli Wilhelm 28. ne sont pllS des inconnus dans la galaxie nati onale-soc ialiste. La publicité est douteuse pour les Égyptiens: ingénieur.Van Dievol. et très proche de Paul Zimmennann. prouveront que les conseillers allemands ont effectivement mis en place une politique industrielle tournée vers la production d'annement afin d'anner l' Égypte contre Israël.ondres. qui a été un . }oIIl S en relation avec la compagne de Werner Nnumann. Nau-Nau )~. Fortschrill Ile pro~sl: interview r. le contre-espionnage britannique organise une rafle spectacuJaire dans les milieux néo-nazis. le Dr Voss fait sa première réapparition publique à la tête d'une délégal'ion égyptienne venue à Bonn protester contre la signature d'un accord gennano-israélien.LE BANQUIER NOtR LES H~RITIERS DE HITLER octobre 1952. à Düsseldorf el Hambourg. Je vice-présidenl de la Lander Bank. notamment d'anciens administrateurs du plan de quatre ans de Hermann Gôring. Les «conjurés » .. avant le putsch des officiers libres. Lequel Wilhelm Voss a mis au point les modalités de production des fusées V 1 el V2. Le « cerveau » présumé. Et ils ont déjà de grandes anlbitions financières.IoOCiété. fut secrétaire d' Etat sous Goebbels. il est de retour à Düsse ldorf en 1949.. Ancien directeur des arsenaux. d' une ponée de 280 km.

ancien chef des étudiants du Reich et Gauleiter de Salzbourg. le Dr Heinrich Hasehnayer. Kun l'auber. A telle enseigne qu'il représente parfois ces groupes économiques lors d'affaires importantes. Il défend les industriels nazis. le colonel d'aviation Hans-Ulrich Rudel. note Le Populaire du 6 septembre 1953. Deux cents hommes sont suffisants pour prendre le contrôle d'un Land. devenu Société par actions pour le fer et J'acier. Le second compl oteur. ancien comm issaire du Reich en Azerbardjan et collaborateur d'Albert Speer. Duo Abetz. Middel hauve. Également sous écrou. Farben jugé à Nuremberg en 1947. membre de la section économ ique de Ja S5. op. cit. lui aurait expliqué Achenbach 30. Les intentions politiques du groupe Naumann sont claires. fait partie du groupe Naumann. Le Dr Achenbach a aussi créé à Essen un bureau qui se consacre excl usivement à l'amnisti e générale des « prétendus criminels de guerre ». Gustav Adolf Scheel. Werner Naumann a consuhé diverses personnaJités nati onalistes. le Suisse Jean Bauverd! Ce qui n'a rien d'étonnant compte tenu des fonctions passées de Bauverd au ministère de la Propagande. Heinz Siepen. En 1970. vice-présid ent du Parti libéral allemand. Beyond &81e and Svas/ika. Les Britanniques ont également arrêté le Dr Scharping. beau-frère de Scharping. mais aussi les ex-Gauleiter Florian et Werner Besi. Le propre rédacteur du programme du Parti li béral. « On peut dire qu ' il ne s'est guère plaidé en Allemagne de grand procès de dénazi fication sans qu'Achenbach y paraisse en qualité de défenseur ». D'autres personnalités nazies ont fait leur emrée au Pani libéral: Diewerge. Après-guerre. avec le Dr Werner Best. puis celui des accusés au procès de la Wilhelmstrasse. Peu après l'arrestation des sept.. il représente à Cologne une fabriqu e de produits de beauté fran çais. nommé ministre des Affaires culturelles dans le testament de Hitler. G. Beate Klarsfeld. El parmi eux . Achenbach luj ~même a poussé Werner Naumann à meUre en pratique un véritable plan d'infiltration du Purti libéral. de médecine générale. est devenu copropriétaire des ac iéries PunktaJ il Solingen.mERS DE HITLER Voss lors de sa tournée pro-égyptienne en Allemagne en octobre. mais aussi Hans Schwarz von Bergk. Lui non plus n'est pas "M S passé: c'est l'ancien conseiller politique de l'ambassadeur d'Allemagne à Paris. Werner Naumann a commis ]'inlprudence d'accueillir chez lui J' un des chefs déclarés des nazis en exil. Bien que le coup de filet soit parfois accueilli avec scepticisme. exdirecteur du journal Dos Reich.. il a ouven un cabinet de consultation . « Rouge baiser ». ancien de la section radio du ministère de la Propagande. s'est reconverti à la Fédération du fer et de l'acier de Düsseldorf. puis dans les affaires avec les pays arabes. PauJ Zimmermann. ex-Gaul eiter de Hambourg. el y compris à l' Est. Auteur d'ouvrages sur Ja «science des races » . J' un de ses amis hambourgeois.. c'est l'avocat Ernst Achenbach. U aurait tenté de négocier au nom des bailleurs de fonds de la Ruhr le rachat du journal Die Weil. el Karl Kaufmann . . J'enquête britannique prouve que le groupe Naumann est effectivement parvenu à infiltrer l'entourage de M. apprenant la nomination prochaine d'Achenbach au poste de représentant allemand à la commis- 146 147 JO.LE BANQUIER NOiR LES HËR. sert de conseil pu is de confident à l'industriel Otto Stinnes. Naumann est en contact avec les officiers de la « Bruderschaft ». Hans Fritsche. l'une des personnalités arrêtées. Kreizleiter du parti nazi. Pour soutenir financièrement le joumaJ Nation Ellropa et en fa ire une soc iété par actions. avec Pranke-Griekch. il s'est beaucoup dépensé dans l'organisation de la défense au procès de Nuremberg. ancien du ministère de la Propagande. rapporte Kurt Thuber. el Alfred Six. LI est l' un des avocats du groupe 1.. Obergruppenführer 5S. un personnage clef du réseau Naumann se présente à la prison de Werl pour rencontter les dtleDus. Il est aussi l'avocat du groupe Thyssen. ex-commissaire du Reich au Danemark. est plus modestement devenu interne à l 'hôpital de Hambourg. Ancien commental'eur de la radio nazie.

.» Par leurs affaires. li a obtenu le marché de la construction d'une voie de chemin de fer reliant l' Égypte el le Soudan. Devant les dénégations publiques d 'Achenbach sur la mise en pratique de cet ordre. et ce en moins d ' un moi s. Paris. A preuve. un rédacteur suisse de la Neue ZlIrcher Zeitung avait repéré la carcasse d 'u n mètre quatre-vingt-d ix d 'Ouo Skorlcny ». 0 110 Skorzeny! A Madrid. suggèrent que l'affaire «Nau-Nau ) diss imule un volet économ ique. Tou s les membres du groupe Naumann sont en effet peu ou prou engagés dans des négociations financières et commerciales au Moyen-Orient et notamment en Égypte. la déportation de 2000 juifs vers l'Est en représailles à la mort de deux officiers allemands. Certains observateurs. que les rafles et déportations visées ont bien été organisées. et des aciéries du prince de Hesse. note William Manchester dans Les Armes de Krupp 34. Werner Naumann a également obten u un marché de chemin de fer monorail au Congo belge. en février 1943. nOUlmment l'achat de tracteurs Diese l. Mais il a surtout joué un rôle moteur dans l'application des mesures antijuives en France.. IJ a assisté à Montoire à la rencontre Hitler-Pétain. il annonce. Les Armes de Kfllpp. note en outre le FranJ. 27 janvier 1953. PartOIll où ils seront. Be:lle Kl arsfeld. 148 33. Elle s'aperçoit qu 'Achenbach a fait plus que seconder Abctz. Son représentant à Madrid est un certain Stcinbergcr. Feldmühle. Skorzeny représente les intérêts de nombreuses finne s allemandes: 0110 Wolff. ~~ l'homme le plus dangereux d'Europe» semble s'être rangé. Les Égyptiens et leurs conseillers allemands lui onl confié plus ieurs mi ss ions commerciales en All emagne. « En regardant les photographies prises pendant la réunion entre Alfred Krupp el ses représentants argentins. 34.furter Rundschau. Avec l'industriel s uédois proche de Goring Axe Wenner Gren . Journal de Centve. Un général américain dira de lui qu ' il était « l'expert en déportation à l'ambassade allemande à Paris ».. prédécesseur de Walter Funk à la Rcichsbank et au ministère de l' Économie. dont les directions se sont engagées à corps perdu dans le national-social isme. C'est ln ni ~ce de Hjalmar Schacht. Ces marchandages sont fort contrariaOls pour les Anglais. compagnie du fe r et de l'acier autrichien. La CtlZel/t de LaI/sa mIt. eUe entreprend rapidement des recherches. li a rencontré la comtesse Use (Lüthje) von Finkenstein qu ' il épousera en 1954. le Journal Epoca fera paraître une photo de Peron avec les repré~c nt a nt s de Krupp. 32. un télégramme que découvre Beate Klarsfeld. La RFA est contrainte de retirer son postulant 31. Édition spéciale. et notamment La Gazette de Lausanne. Et l' ex-épouse d 'un aClÎonnaire de la fi nne Otto Wolff. Naumann. Signé par Achenbach. 1912. se souvient de son rôle à l'ambassade d'AUemagne. Déterminée à ce qu'un ex-diplomate nazi ne représente pas la RFA . Paul Zimmennann a rumené avec lui une trentaine de cad res égyptiens à répartir pour des périodes de formation dans des entrepri ses rhénowcstphaliennes:D. LI s'est 31. Oulre Lucht. En 1954. 1970. Werner Naum ann eSllui aussi très actif à traver~ la firme Lucbt. 2 février 1953. li a mis au point le contrôle allemand sur la presse et la rad io. pour c inq mi Uions de doll ars. Skorzeny est aussi l'agent de la finne Vôcst. de son vrai nom . 149 . On n'a qu' à se renseigner sur les finn es où travaiUent les personnes citées. Paul Zimmennann revenait effectivement d 'Égypte où il avail passé le moi s de mai 1952. pour le compte d'une firme de Dnsseldorf. A Madrid. documents à l' appui . Klôckner AG. William Manchester. Robert Larfont.. Messerschm itt (il connaît personnellement Willy Messerschm iu) et Krupp. « 11 est certain que les fonds soutenant J'acti vité de ces groupes vie nnent de l' industrie lourde de la Ruhr et du Rhin . Paris. Beate Klarsfeld prouve. . Zinunermann et Siepen sont en effet tous liés aux Konzern. Presque un mariage d' affaires . et ce qu i se cache derrière.LE BANQUIER NO IR LES li~RmERS DE HITLER sion de la CEE à Bruxelles. Il vient de conclure une vente de matériel ferroviaire nllemand à l'Espagne. explique La Gazelle de Lausanne:n.

Mezziani M es~ Moud cst fort honoré. 11 leur explique comment le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) s'est strucLUré miliwircment . Ces paro les avaient eu un e ffet foudroyant et avaient provoqué des remous dans l'assemblée. algériens et marocains dans les locaux de la Ligue arabe au Ca ire. Selon le journal rhénan Provinz ]6. LL POPlllaire de Paris.. Fathi al-Dib n'en croit pas ses oreilles.lus (Ulciens des années 1925 . pas plus que sa fidé lité constante à leur endroi t. F:uhi al -Dib. mai s des annes pour combattre. qu'un éditeur ulh:mand .. puis le colonel Nasser 36• Le soutien que lui accorderont les officiers égyptiens ne se d mentira pas.. Lui-même se présente \'umme le responsable du mouvement à l'étranger. se souv ient Fathi al-Dib. s'apprête à publier. le Dr Schacht ouvre précisément sa nouvelle banque à Düsseldorf: « Schacht and Co ». Loin de ces considéralions économiques. oC( Wort und Werk ». par le ton détenniné de ce jeune Algérien. note Charles-Henri hvrod. 3 j uillel 1953. Le jour de l'opération contre le groupe Naumann. point essentiel. Partant de celle conviction el fid èles à leur engagement. » 3.ER rendu en Égypte en févri er 1952 et au Congo belge au mois de juillet. AI-Dib avenit immédiatement Zakania Mehiedine."1 IInnes. ils ne demandaient pas d 'argent. le chef des serv ices llpéciaux. lIfres)7. Il était plus compliqué de savoir ce qu'allaient faire les . le 3 avril 1954. Ieure aux journaux déjà publiés en 1948. Mohammed Khider est là. cit. • Les Égyptiens lui fai saient confi ance. Puissant ct Miséricordieux ». Mezziani Messaoud. Et ces quelques mois pennellent déjà à la presse de li vrer certaines conclusions : « Le groupe Naumann éraitla pierre angulaire d'un axe nazi-arabe». al-Dib demande aussitôt à Mohümmed Khider de faire les présentations. « Au nom de Dieu. Enfin. ils ava ient déc idé de li bérer leur peuple. Un jeune Algérien. 1. Abdel Nasser et la Révollltion algérienne. C'est évidemment déri soire. en septembre 1954. à une réunion des représentants des mouvements tun isiens. op. « [J s'exprimait au nom de tous les jeunes Algériens qui refusai ent les parti s politiques qui n'avaient jamais rien apporté. pour mettre en pralique les projets ferroviaires de Werner Naumann.'i. 150 En Allemagne de l'Ouest. la création des six secteurs (Wilayas). un nouveau manuscrit de Joseph tlocbbels cst apparu sur le marché. ainsi qu'Ollo Slinnes. » Le l':r novembre 1 9~4. [ .. il a justement bien des choses à dire aux deux responsables égyptiens. de même qu 'un Comité de libéralion du Maghreb arabe. Deux ministres de Rhénanie-Westphalie sont présents.LE BANQUIER NOIR LES HËRlTIERS DE Hm. dont 500 déjà fornl és. ]7.. prend la parole en français. un bureau de li aison entre les trois délégations est officiellement créé. Ou encore: 4( le centre moteu r des intrigues anli-anglaises au Caire ». patron du Konzem du même nom. le major Fathi al-Dib et son adjoint Ezzat Soliman assistent . dont la rédaction est anlé.. Genoud apprend son existence par la presse. il leur dunne les effectifs: 2 363 Moudjahidin. Son vrai nom est Ahmed Ben Bella.. François Genoud y trouvera bientôt sa place. Em retien avec l'aUleur. considérant que la lutte armée était le seul moyen pour obten ir la li bération et chasser le colon isateur français. note Le Populaire lS. Le MTLD ne dispose que de 368 fusils. Werner Naumann ct son groupe restent incarcérés jusqu' au mois de juillet 1953. ] mon bonheur était à son comble . fi s'agit des journaux dt jeunesse de l'ancien ministre de la Propagande. Mohammed Hùudiaf coordonne l'action intérieure. 2 novembre 1990. Avec plusieurs camarades. qui dataient pour les l. 15 1 . On ignore III provenance exacte du document. l'insurrection est déclenchée n Algérie. 30 à 40 carInuches par arme.. Accompagné d'Ezzat Soliman.

3 juillet 19. Le MTLD ne dispose que de 368 rusils. point essentiel. le Dr Schacht ouvre précisément sa nouvelle banque à Düsseldorf: « Schac ht and Co ». note Charles. par le ton déte nniné de ce jeune Algé rien. les annes. il leur donne les effectifs : 2 363 Moudjahid in. Mohammed Boudiaf coordonne l'action intérieure. Werner Naumann e t son groupe reste nt incarcérés jusqu'au mois de juillet 1953. Fathi al· Dib. « n s'exprimait au nom de tous les jeunes Al gérien s qui refu sa ient les parti s politiques qui n'avaient jamais rien apporté. un bureau de liaison emre les trois délégations est officiellement créé. Enfin . Le jour de l'opération comre le groupe Naumann . se souvie m Fathi al-Dib. de mê me qu'un Comi té de li bération du Maghreb arabe. [ . dont 500 déjà fornlés. . pour mettre en pratique les projets ferroviaires de Werner Naumann. . Mohammed Khider est là. Ces paroles avaient eu un effet foudroyant e t avaient provoqué des re mou s dans l'assemblée. la création des s ix secte urs (Wilayas). en septembre 1954. Puissant et Miséri cordi eux ».53. I. Abdel NllJser et {u Rdvollltion algdriemœ. 37. 151 . qui dataie nt pour les plus anciens des années 1925 . On ignore lu provenance exacte du document. « Au nom de Dieu. patron du Konzern du même nom. un nouveau manuscrit de Joseph Goebbels est apparu sur le marché. Partant de cette conviction et fid èles à le ur engagement. Et ces quelques mois pennenent déjà à la presse de Ij vrer certaines conclusions: « Le groupe Naumann était la pierre angulaire d'un axe nazi-arabe ». dont la rédaction est antérieure aux journaux déjà publiés en 1948. Son vrai nom est Ahmed Ben Bella.Henri hlVrod. 2 novembre 1990. Accompagné d'Ezzat Soliman.5. qu ' un éditeur ullemand . Entretien avec l'auteur. Mezziani MeslIoud est fort honoré. Le soutien que lui accorderont les officiers égyptiens ne se démentira pas . Un je une Algérien. à une réunion des représentants des mouvements tuni siens. op. Lui-même se présente comme le responsable du mouvement à l'étranger. ils ne demandaient pas d 'argent.LE BANQUIER NOIR LES HéRm ERS DE HITLER rendu en Égypte en fév rier 1952 et au Congo belge au moi s de juillet.athi al-Dib n'en croit pas ses oreilles. .] mon bonheur était à son comble . note Le Populaire JS • Ou e ncore: « le centre mote ur des imrigues anti-anglaises au Caire ». 150 En AlJ emagne de l'Ouest.. mais des annes pour combattre. François Genoud y trouve ra bientôt sa place. Il leur explique comment le Mouvement pour le Iriomphe des libertés démocratiques (MTLD) s 'est structuré militairement. u Poplliaire de Paris. pas plus que sa fidélité constante à leur endroit. le 3 avril 1954. le major Fathi al-Dib e t son adjoint Ezzat Soliman assistent. C'est év idemment déri soire. prend la parole e n français. Deux ministres de Rhénanie-Westphalie sont présents. 30 à 40 carlouches par arme. Genoud apprend son ex islence par la presse. " Les Égypti ens lui fai saient confiance. cir. le chef des services l'ipéciaux. AI-Dib IIvertÏl immédiatement Zakania Mehiedine. considé rant que la lutte année é tait le seul moye n pour obtenir la libération et chasser le colonisaleur fran çais. Mezziani Messaoud. ain si qu'Ouo Stinnes. puis le colonel Nasser 36.. s'apprête à publier. Selon le joumaJ rhé nan Provi"z 36. al-Dib de mande aussitôt à Mohammed Khide r de raire les présentations. « Won und We rk ». II était plus compliqué de savoir ce qu'allaient faire les outres 37. » Le 1er novembre 19~4 . Avec plusieurs camarades.. Loin de ces cons idé rations éco nomiques. l'insurrection est déclenchée cn Algé rie. » 3. il s avai ent déc idé de libérer leur peuple. algériens e t marocains dans les locaux de la Ligue arabe au Caire. il a justement bien des choses à dire aux dtux responsables égyptiens. fi s'agit des journaux lie jeunesse de l'ancien ministre de la Propagande.

est à l'ori- som morts quand survient le litige : la mère de Goebbels. HiJdegarde affirme de son côté que Hans Goebbels lui offrit le contenu du précieux canon. et François Genoud va pouvoir revivre une nouvelle affaire de propriété Ulléraire.il de Cologne pour s'opposer à toute publication et n'hésile pas à se présenter comme le « représentant des hé ritiers» de Goebbels et l'éditeur unique des œuvres du ministre de la Propagande. Belle promesse. La maison d'édition catholique « Wort und Werk » choisie par Hildegarde Meyer-Bendel ne va pas se laisser intimide r. L'établi ssement est te nu par des religieuses : sœur Hildegarde est l'une d 'elles. s'insurge François Genoud 39. et même un roman sous forme de journal intime. Or lïnfinnière elle-même a successivement affinné avoi r reçu les documents des mains de la mère de Goebbels.LE BANQUIER NOIR LES HÉRITIERS DE HrrLER Zeitung. ni contrat de cession de droits. Sur place. Le mari de la directrice apporte lu i aussi son témoignage. aurait objecté l'oncle. Selon des témoignages émanant de l'e ntourage de Goebbels. préci se son avocat Kurt Runge 40• Le litige qui s'annonce va durer plus de dix ans. Il s 'cst renseigné sur la maison d 'édition ( \Vort und Werk »: elle appanient à l' Église. des mains des proches du ministre. en revanche. Hans le 13 aoOt 1947 et Conrad le Il juin 1949. et unique défenseur des famiJi es « spoliées » . Peu avant la fin de la guerre. ces « archi ves» de je unesse sont évacuées à l'est du Rhin et e ntreposées dans la clinique Hol ste rhauser appartenant à une compagnie d'assurances dirigée par Hans Goebbels. il écril au vicariat généfl. Hans Goebbels serait arrivé à la clinique fort nerveux. Le 24 janvier 1955. François Genoud se pose aussitôt e n protecteur de l'héritage moral du national-socialisme. Franço is Genoud se décide à agir. Eh bien. « Elle vou lait éditer ces textes fraudu }eusement ». Au moment des bombardements alliés. Il n'est pourtant e ncore e n possession d'aucun docu ment offici el. des dissertations. Selesta. Prançois Genoud est en pourparler avec la famill e de Joseph gine de la publication. l'infirmière aurait « trouvé les papiers ». Entretien avec l'auteur. une pièce de théâtre intitulée Heinrich Kiimpfert. des nouvelles. citant un entretien avee François Genoud. cédant à ln panique. son diplôme de doctorat. pui s de celles de son frè re Hans. car Hildegarde Meyer-Bendel n'apportera jamais la pre uve qu'elle a effectivement reçu les papiers de Joseph Goebbel s en toute légalité. Le fonds est volumineux. Kô/nu Rllm/schall. pui squ'il conti ent . Joseph Goebbels avait laissé ces documents à la garde de sa mè re. aurait concl u Hans Goebbels. Selon les différents commentai res de François Genoud à ce sujet. 8 juillet 1993. Selon d'autres témoins. outre des lettres d ' amour à une étudiante fribourgeoise. si elle a été formulée. et aurail ordonné la destruction des documents. en lui cédant tous les droits d ' utilisation éditoriale. 39. forcém ent suje t il caulion. EUe va soutenir Jes procédures. Le périple des journaux de jeunesse de Goebbels vaut celui des propos de table de Hiller. «( Mais tout ceci estlrès précieux ». la mère Maria Katharina voulut récupérer le carton de docume nts laissés à la clinique. Très vite. ou les aurait « volés chez les parents de Goebbels 38 ». 152 153 . (de ne veux plu s rien avoir à faire avec toul ça. L'affaire n 'est pas facile. frère du mini stre de la Propagande. prenez-les ». 40. « Celte je une femme prétendait avoir les droits ». Maria Katharina. la mè re de Goebbels fit tout simp lement cadeau de ces vie ux papiers à l' infirmière. deux vieux cahiers d'écolier. bien qu'il n'ait aucun document e n sa possession. On ne le saura jamais. Et celle fois la gagner peut-être. Fribourg. des éléments d ' un journal. les de ux frères du ministre de la Propagande sont e ux aussi morts après-guerre. Après son mariage. Hildegarde Meyer-Bendel . elle trouva le carton mais découvrit qu 'il manquait J'essentiel de son contenu. car plusieurs des protagonistes 38. au domicile familial de Reith. Mais Hil degarde est lu nièce de la directrice de la clinique. Dépêche BRRI . 1S janvier 1990. est décédée le 8 août 1953. une infinnière. I S juin 1956.

Celle-ci prend sa plume pour écrire à la veuve de Conrad : « Seul un étranger est à même de faire quelque chose avec l'héritage littéraire de Joseph. 41 .. op. nullement dans le besoin. Elle aurait oblenu la jouissance de trois comptes bancaires ouverts avant 1945. Die Tageblicher des Oak/or Joseph GoefJ. dont la sœur de Joseph. n'est pas la dernière. la plus fortunée. Et lui a offert de lui rétrocéder 50 % des revenus après publication. Mais on ne compte plus les veuves qui se voient attribuer des pensions de retraite devant les cours des Liillder.Klink. 155 . parce que l'on fait trop de difficuh"és aux Allemands ». qui vil du champagne fan1ilial. s'est vu allouer une allocation d' indi gence de 80 marks par mois. Les familles et hériti ers des di gnitaires nazis ont repris espoir en ce débu t d'année 1955. à cond ition que ces biens et liqu idités ne fassent l'objet d'aucune revendication d'ici au 31 décembre. il lu i a proposé un contrat de cess ion des droits liuéraires de Joseph Goebbels. sur le lac berlinois de Wannsee. la Reichsfraulein fü hrerin. les biens appartenant à des nazis non revendiqués par les chambres de mise en accusation des Lânder seront alors « libérés ». p. Mais les autorités ont découvert l'existence d'un compte bancaire ouvert sur J'ordre de Joseph Goebbels par un ancien maire d'arrondissement berlinois. édheur de la SS. la ville de Berlin s'est rendue propriétai re de la villa de Joseph Goebbels sur l'île de Schwanenwerder. Maria Kimmich. et presque convaincu. près de Bielefeld. pour qu'il y dépose sous son nom un million de reichsmarks. Uen avait donné 60 % à Paula Hitler. Cité par Peler· Ferd inand Koch. Maria Kimmich. 1955 est donc l'année de l'offensive des veuves.LE BANQUIER NOIR LES HÉRITIERS DE HITLER Goebbe ls. aimerait bien hériter. Ainsi l'épouse de l'Oberfùhrer SS Harold-Emil Thmer obtient une pension de veuve de directeur de cabinet. cil. Gertrud Scholz. r Par j ugement du 23 novembre 1954. En juillet 1955. sont encore administrés par un curateur officiel: Me Kurt Leyke. Fort de son expérience avec Paula Hitler. bels. 3 aoOI 1955. Les grandes dames du nationaJ-socialisme fi 'ont apparemment pas de souci à se fai re. La loi mililaire 52 devrai t remettre à leur disposition Je patrimoine confi squé. Selma IIcydrich. la veuve du chef du RSHA. Les femmes des détenus de Spandau ne sont pas en reste: Marguerite Speer a récupéré sa viBa de Heidelberg. Use Hess. el Journal de Genb'e. la chambre de mise en accusation de Berlin·Ouest condamne Gunther d'Alquem. Magda Himmler. écrit-elle le 17 janvier 1955 41 • François Genoud n'a pas eu grand-peine à sédu ire Maria Kimmich. la sœ ur de Goebbels. A Bethel. valeur de sa propri été de Berlin Wannsee. Louise Funk. réclame le remboursement de 7 millions de marks. 11 a rencontré. • verser une « amende expiatoire » de 60000 marks après avoi r jugé que l'essentiel de sa fortune avait jusqu 'à présent échappé uux recherches. la femme du médecin de Hitler. Les juges sont parfois déterminés à prolonger j'effort de confi scation des biens ayant appartenu aux leaders nationaux'tOCialistes. du tribunal du Schleswig· Holslein. Offre toute théorique puisque les biens de Goebbels. une pension de veuve de général de 1000 marks par mois. o obtenu en 1951. née Henckel. malgré ses propriétés dans le Palatinat. Après avoir convaincu les familiers de Goebbels. grade administratif qu'il avait obtenu en persécutant les jui fs de Belgrade. Somme rapportée à 50000 deutsche marks. Le Land étant seul compétent en matière de dénazification. 154 42. Emmy Gëring. a ouvert un magasin à Wuppertal. 33. François Genoud va donc contacter l' avocat berlinois. Brigitte Frank ont égale· ment saisi les avocats de leurs époux de procédures similaires. Hanni MoreH. LA Na/ion belge. t 5 se plembre t 955. Anneliese von Ribbentrop. exploite de son côté une fabrique de sodas avec un ancien SS 42. surnommé le « boucher de Prague ». comme ceux d 'autres hauts responsables nazis. la veuve du Reichsführer 5S. Winlder. chef du protectorat allemand en Tchécoslovaquie.

Sans succès. op. François Genoud se recommande aussi de Pierre Cailler. Certains y ont vu un stratagème pour impressionne r le curateur. le Dr Alfred Seidl. Mon rôle est plus grand que le rôle habituel d ' un éditeur parce que je dois m'impliquer pour que les droits des héritiers du Dr Goebbe ls soient reconnus. bien réfléch i à la manière d 'aborder le juriste. au service de son ami Genoud. op. transmet à François Genoud « tous les droits d'auteu r pour l'exploitation de la totalité de l'héritage littéraire du défunt. Ce combat n'est pas faci le. U l'invite à contacter Hans Flachsner. avocat d'Albert Speer à Nuremberg. je di sposerais du même délai après leur découverte. « Je promets de publier les différentes œuvres du Dr Goebbels dans un délai de quatre ans. François Genoud ne tarde pas à faire son offre à l'admi nistrateur des biens de Goebbels. le curateur de Walter Funk. le Dr Kurt Leyke. Auss i est-il tenté par les propos itions du tandem GenoudRechenberg. 157 . ou la boite postale 2424.ion « Wort und Werk» contre 5 000 deutsche marks. En contrepartie. Mais je ne suis pas obligé de publier ces éditi ons originales en langue allemande. Wolfgnngstrnsse 34. et . ce qui évidemment est loin d'être encore le cas 43.LES H~RrnER S DE HITLER LE BANQUIER NOIR L'affaire Goebbels marque le début du véritable engagement de Hans Rechenberg. ou chez Hans Rechenberg A Bad Tôlz. L'ancien attaché de presse de Goring entre le premier en contact avec l'administrateur des biens de Joseph Goebbels. li dispose aussi de deux adresses et d'une boîte postale à Francfort 45. pour leq uel il a travaillé avant-guerre. /bid. il est possible que je publie d'abord des traductions si la situation pol itique et financière l'exige. Le 23 aoû t 1955. François Genoud s 'engage à assumer les frais occasionnés par les éventuels procès en propriété liné44. Elle a aussi vendu le testament de Goebbels aux archives fédéra les pour 350 deu tsche marks. Rechenberg offre à l'avocat le moyen d'obœnir des renseignements s ur lui. 43. Peter-Ferdinand Koch. Kurt Leyke envisage de livrer lui -même la batai lle juridique contre « Wort und Werk ». Cité par Peter-Ferdinand Koch. écrit-il à Kurt Leyke le 23 mai 1955. Hauptbahnhof 6. L'infinnière a cédé le précieux canon de souvenirs dejeunesse à la mai son d'édit. un autre à Villars-sur-Ollon. Mais Leyke s'interroge sur la personnalité de Genoud. je dois le finance r et je dois prendre en charge tous les frais qu'il occas ionne 46. sans restriction aucune» . Kurt Leyke. qu i lu i assure que le Suisse est un éditeur reconnu . puisque l 'héritage de Goebbels est en principe entre ses mains. Comme ill 'a fait auprès de Paula Hitler. Elles attestent plutôt de l'i ntense activité du Suisse 44 • Un jour. Genoud avait eu recours à un autre défenseur de Nuremberg. c'est-à-dire en incluant les œuvres non publiées. 156 45. la semaine suivante il est à l' hôtel Belfast à Paris. cil . L'avocat est informé des tentalives d 'édition de Hildegarde Meyer-Bendel. Un temps. où il use d'une boite postale 131 S. il est à Lausanne. Sa correspondance avec Kurt Leyke témoigne de ses nombreuses domici liations. « agissant en qua lité de curateur ». l'associé d 'Albert Skira. naturellement . Lors du procès des propos de table de Hitler.» Trois moi s plus tard. Dil' TagebGcher des Dok/Or Joseph Goelr bels. qu i lui assurent qu'ils prendront tous les frais de procédure à leu r charge en cas de cess ion par le curateur de Goebbels des droits d ' uti lisation de l' héritage littéraire. François Genoud s'engage à rétrocéder 50 % des revenus pouvant provenir de ces publications. Pour les œuvres qui ne sont pas à notre di sposition. cil. 46. il s'en offusque lui aussi. Genoud et Rechenberg ont . semble-t-il . le contrat est signé. Il écrit à l'administration berlinoise chargée de la récupération des biens du NSDAP pour qu 'elle l'aide à finance ~ un procès qui ri sque de coOter 10000 deutsche marks. François Genoud parcourt alors l'Europe dans tous les sens. Pour mieux séduire Kurt Leyke. Die Togebiicher des Doktor Joseph Goebbels.

30 mai 1956. cil. 49. » Deux mois s'écoulent avant qu'un contrat additionnel soit signé entre François Genoud et Kurt Leyke: « La succession transfère le droit de propri été dont elle di spose des œuvres publiées et non publiées du Dr Goebbels. ni aucun manuscrit. notamment celui du KiJ/ner RUlldschau. correspondances privées. KiJ/ller Slodlon::eiger . précise le document daté des 21 et 3 1 octobre 1955. Genoud. « mai s de se Contenter d 'attaquer la maison d'édition suisse [Atlantis1 ou de faire appel à leur responsabilité. n'est en possession des hériti ers ou de François Genoud. L' infirrnière est condamnée à restiluer les documents qui se trouvent en possession de l'éditeur « Wort und Werk » et des archives fédérales. le 29 mai . explique Kurt Leyke à François Genoud dès le 5 juin 1956. date à laquelle François Genoud triomphe une nouvelle et dernière fois contre )'infinnière. Les différentes instances allemandes vont être sollicitées. y compris ses notes. « li est raisonnable de ne pas attaquer la maison d'édition Doubleday ». II doit démentir avoir participé au transfert de tableaux ayant appartenu à des dignitaires nazis vers Tanger. » Ces accords avec le curateur de Goebbel s seront la pièce maîtresse de l'argumentaire juridique employé par François Genoud dans les procès engagés pour la propriété littéraire des œuvres de Goebbel s. notamment « A l'Enseigne du Cheval Ailé ». le procès contre l'infïrnlière Hildegarde Meyer-Bendel va lui donner l'occasion de tester ses atouts auprès des juges. en étant très prudents. 30 mai 1956 el 15 juin 1956. 158 159 l . jusqu'en 1964.» Mme Meyer-Bende! « ne pouvait donc céder ses droits à la maison d'édition "Wort und Werk" 48 ». La prétendue donation que Mme Meyer-Bendel soutenait avoir reçue du frère du ministre de la Propagande n'avait pas de signification légale. Correspondance citée par Peter-Ferdinand Koch. K6111er Rllndschau. Genoud. « Au momeOl de la conclusion du contrat. Dès le jugement prononcé. Genoud accepte également. François 48. Dès le mois de février 1956. op.LE BANQUIER NOIR LES HtRm ERs DE! HITLER raire. La remise des documents est remplacée par le fait que la succession représentée par le Dr Leyke. qui rend son arrêt troi s mois plus tard . Les œuvres existen t. li le fait. L' infinnière ne l'entend pas de celte oreille el fait appel de ce jugement. droit qui peut être exercé à l'encontre du ou des possesseurs respectifs. qui se retourne lui aussi contre Doubleday. se félicite l'avocat de François Genoud. Oenoud gagne son procès. cède à M. Il s' indigne que l'on suggère qu'il a « profité» de ses relations avec les familles de Hitler el de Bormann. le contrat est signé alors qu'aucune œuvre. revendus à des maisons d'édition sui sses. quels qu "ils soient. en tant qu'acquéreur de ceux-ci. ce que M. Ou qu 'il pourrait tirer un quelconque bénéfice personnel de ce procès contre Hildegarde MeyerBendel qui lui a déjà COÛté 85 000 deutsche marks 49. la success ion ne comporte aucun manuscrit ou œuvre po lycopiée ou publiée du défun t. et accroît la pression sur la mai son d'édition arné- L'affaire est jugée le 28 février par le tribunal de Cologne 47. Die Tagl'blÏcher des D o/:lor Joseph Goebbels. intitulé: « Joseph Goebbels aurait souri ».» Genoud attaque également le Cheval Ailé. 50. François Genoud et Kurt Leyke entreprennent de recouvrer les droit s sur les œuvres déjà publiées aux États-Unis et en Suisse. bien sÛ r: outre les lettres de jeunesse découvertes par Meyer-Bendel. Genoud a toutefois le désagrément de voir paraître les premiers articles au vinaigre sur sa carrière.à M. le Suisse n'ignore pas que Doubleday a publié des extraits du journal de Goebbel s aux États-Unis. en qualité de propriétaire de ces documents. Le 28 février 1956. le droit de revendiquer les documenls. Kurt Runge. La success ion tran sfère déjà la propriété de ces docum ents qui lui appartiennent à M. assure-t-il.so. Genoud pour que celui-ci utilise et exerce ses droits d 'auteur pendant la durée du contraI. « La cour a répondu en totalité à notre plainte. stipule le COnlrat. 47. En revanche. en concertation avec Bourquin.

LE BANQUIER NOIR

LES HÉRITIERS DE HITLER

ri caine SI. Début juin, Kurt Leyke a déjà reçu la visite de deux
avocats de Doubleday qui ne s'inquiètent pas de l'éventualité
d ' une procédure. D' autant qu'une loi américaine est ven ue,
après la pubLicatjon de Doubleday, réglementer l'éd ition de ces
textes, en prévoyant la confiscation des droits d 'auteur au bénéfi ce de l'administrateur des biens de l'ennemi.
Doubleday réitère les argumen ts util isés lors du procès des
propos de table de Hitler: Goebbels avail dicté le journal pendant ses heures de travail, sur du papier de l'État, à un secrétaire du ministère, rémunéré par l' État; ces documents ne peuvent donc être la propriété de ses héritiers, exposent les avocats
de l'éditeur. Mais, con tre toute attente, Doubleday s'incline.
François Genoud obtient satisfacti on. Les éditions Doubleday lui signent un chèque de 15000 dollars de droi ts d 'auteur
en septembre 1956, et, de son côté, il accepte de retirer ses
plaintes contre les maisons d 'édition qui leur avaient racheté
les droits (entre autres le Cheval Ai lé). Certaines ~ource s assurent que les relat ions américaines de Paul DicJ<,opf serai ent
intervenues pour appuyer Gcnoud dans ses négoc iations avec
Doubleday. Le Suisse sort donc victorieux de sa bataiU e pour
les droits d 'auteur de Goebbels. Après deux ans de tractations
et de procès, les juges lui ont donné raison, et il a encaissé ses
premiers droits. Sa carrière d'agent littéraire de Goebbels ne
fai t que commencer.

ter 1\ l'enlèvement. rJ n'ose pas prévenir Nasser en pleine nuit
La tour de contrôle d'Oran a donné l'ordre à J'appareil de se
poser en tennes crus: « Vous avez cinq sa lopards à bord, il
nous les faut; ordre du ministère de la Défense nationaleS!.»
Pui s la lour de contrôle de Mai son-Blanche a pri s le relais:
41; Vcnez vous poser à Alger. Au nom du gouvernement françllb. JI nous fau t les felJouzes.» Des « Mi stral » ont décolJé
uvec ordre de tirer sur le moteur droit en cas de fuite. Mais
l'avion s'est posé sur la base militaire de Maison-Blanche, sans
que les passagers aient seu lement pri s conscience du détournement : ils se croyaient arrivés à Thnis. Dans l'apparei l, plongé
dans l'obscurité, des hommes annés de mitraillettes ont surgi.
Ahmed Ben Bell a, Mohammed Khider, Hoc ine AÏ{ Ahm ed ,
Mohammed Boudiaf et Mostefa Lacheraf en sont extrai ts,
menottes aux poignets.
Cinq jours auparavant , Fathi al-Dib avait eu le désagrément
d 'apprendre que le navire qu' il avait affrété pour convoyer des
Urmes au FLN, l'Arhos, avait été pris par la flo tte française
grâce à la trahison d ' un marchand d'armes. II s'agissait de la
dix ième cargaison d 'annes offerte par les Égyptiens au FLN.
L'Athos transportait deux mille cinq cents fu sils et revolvers,
près d 'un million de cartouches, des mitraillettes, des mortiers,
lrois mille grenades: soixante-dix tonnes d'annes en tout.
Mais l'enlèvement des chefs historiques du FLN el le con Oit
algé rien sont éclipsés par la crise de Suez, qu i éclate le
29 octobre. L'offensive israélienne su ivie des bombardements
fmnco-bri tanniques des aérodromes égyptiens, puis des parachutages sur Port-Saïd et le canal, le 5 novembre, provoquent
une levée de bouclier de l'ONU, des États-Unis et de l'Union
sov iétique . Après le cessez-le-feu du 6 novembre, la force
intern ationale de l'ONU s'i nsta lle autou r du cana l de Suez,
nationalisé quelques mois plus tôt, et dans lequel Nasser a fail
couler plus de cinquante navires pour le rendre impraticable.

Au même moment, la guerre d'Algérie connaît son premier
soubresaut. Le OC 3 d 'Air Atlas re liant Casablanca el Thnis,
et comptant cinq chefs du FLN parmi ses passagers , a été
détourné dans la soirée du 22 octobre 1956 par la chasse française au-dessus de l'espace aéri en algérien. Le major Fathi
al-Dib passe une nuil blanche à réfléchir à la manière de ripasSI . Entrelien ayec t'auteur. 23 septembre 1995.

160

S2. Jean Boisson. Ben Bella est arriré, ~tudes et recherches historiques, 1978.

161

LE BANQUI ER NOIR

LES li ~RITlERS DE HITLER

Genoud réagit en créant, au plus fort de la crise de Suez,
l'Association des ami s du monde arabe libre à Lausanne. « La
guerre de 19563; tout déclenché, ex plique-t-il. C'était une réaction minoritaire, mais saine, au moment où dominait une haine
absolue contre les Arabes. Les Français venaient de faire le premier détournemem d'avion de l'histoire, en enlevant les chefs
du FLN 53. » Genoud recrute J'ancien secrétaire d'État de Vichy
Jacques Benoist-Méchin, et quelques autres sympathisams de la
cause arabe. L'action de J'association restera symbolique, se
manifestant par l'envoi de déclarations à la presse, ou par l'éd ition d' une carte du monde arabe « dans ses fronti ères natu relles » , c'est-à-dire sans ses fromières nationales el sans l'État
d'Israël. .. Jacques Benoisl-Méchin. germani ste et historien de
l'armée allemande avant-guerre. condamné à mort puis aux travaux forcés à la Libération, se reconvertit en spéciali ste du
monde arabe dans les années cinquame. Il rédige plusieurs
ouvrages su r la dynastie royale saoudienne et des récits de
voyages dans lesquels il développe ses idées arabophi les 54• Son
entretien avec Nasser en 1957 montre qu ' il est bien loin de partager les idées du président égyptien sur l'indépendance de l'Algérie, mais que des convergences existent. « Nous sommes tous
deux des nationalistes, lui dit Nasser. Nous sommes tous deux
de bonne foi. Nous ne cherchons l'un et l'autre que le bien de
notre pays, Une rencontre de ce genre ne peut être que fructueuse, même si nos opinions divergent sur certains poinlS s.s. »

1.. .1 Désormais, plus personne ne croira, du moins les peuples
marocain ou tunisien. en une quelconque indépendance, collaboration ou coopération avec la France, car la confiance est
sapée à la base. Ceue conviction a trouvé sa magistrale manifestation lors de la crimine lle agression anglo-franco-israélienne, une semaine à peine après notre arrestation, el qui est
venue administrer la preuve éclatante que cette arrestation était
placée dans le contexte politique d'une grandiose action devant
avoir comme prologue la liquidation du " rég ime Nasser",
considérée comme préalable à la liquidation de la guérilla en
Algérie, et comme épilogue la reconquête de la Tunisie ct du
Maroc, conjointement avec une action en Syrie et en Jordanie.
Le monde entier condamne maintenant les instigateurs de cette
nouvelle croisade judéo-chrétienne et maçonnique con t"fe l'islam à travers le monde arabe, » Ahmed Ben Bella tient à rassurer ses correspondants égypti ens sur son attitude lors des interrogatoires: « Personnellement, ainsi que tous les frères avec
rnoi , j 'ai répondu invariablernent : "Je refuse de répondre à vos
questions", pendant tout le ternps resté à la DST du 22 au
28 octobre. [ ... ] Quant à la comédie des douze kilos de
bagages, tout le monde a compris que c'est une vaste plaisanterie 1...1Dans ces fameux douze kilos, il fallait comprendre une
sacrée proportion de rasoirs mécaniques, trousses de toilette.
dentifrice Colgaie ou autre savon Palmolive, etc. » La presse a
annoncé la saisie de nombreux documents, dont Ben Bella
minimise l'importance. 11 s'agit pour l'essentiel d'agendas et
de carnets de notes qui étaient remplis d ' indications codées. de
noms et de rendez-vous. « JI y a aussi quelques codes, mai s
simplement des mots sans aucune phrase ( ... ] n y a aussi mon
Cllrnet d'adresses, avec bien entend u vos adresses à tous les
deux ainsi que d'autres au Caire, dont celle de notrc bureau au
32 AbdelkhaJek SarouaL,. 56,» Panni ces documents, le scellé

Depuis son lieu de détention, Ahmed Ben BeUa fait parvenir
une lettre au major al-Dib: « Chers frères Fathi et Ezzat, écritil. Je me rappcUe comme si cela se passait ce jour même
lorsque, étant en vi site chez notre héroïque Président [Nasser] ,
celui-ci avait tenu à me préciser qu ' il me déconseillait d'entrer
au Maroc ou en Tunisie, craignam un traquenard impérialiste,
.53. Ell1retien avec l'auteu r, 7 mars 199.5.
54. Oenoist·Méchin, Un pr;nll'mp~' arabe, Pans, Albin Michel. 19.59.
55. Ibid.

162

56. Lente publiée dans son intégralité in Fathi al·Dib, Aix/el Nasser el la Ri l'a!rllioll algérienne. op. dl.

163

LE BANQUIER NOIR

LES H~RITIER S DE HITLER

nO15 est un carnet de notes dans lequel Mohammed Boudiaf a

essaie de les faire produire à la radio, mai s ses œ uvres de boulevard ne fon t plus ri re, car nu l n' ignore plus son passé de colluboration. O ltramare doit trouver des subterfuges. En 195 1,
Marché bleu, un tex te écri t par un nouve l aute ur dénommé
Lauri . est diffusé par Radio Lausanne. Le directeur de la station
Itpprend bie n vite qu'il a diffusé une œuvre d ' Oltramare ...
L' anc ien leader remarque avec amertume que le « tale nt de
classe» signalé par les journaux à propos de sa nouvelle pièce
«étai t ce lui d ' un décl assé». Il refa it une tentat ive avec une
nouvelle pièce , Marie Royaume, et un autre pseudonyme, Philippe Telli er, qui est percé à jour avant que la pièce ne soi t
mon tée. Le journal La Suisse affirme d'ailleurs très sérieuseme nt que Georges Oltramare est devenu « la terreur des comités de lecture et des j urys li ttéraires» : « On écarte les manuscril"s où l'on croit reconnaître son style, d ' autres concurrents
en fon t les frais. Les faits l'ont prouvé 59. » Oltramare n 'a pas
conscience que ce bannisseme nt intellectuel reste une condamnati on légère par rapport à la sentence prononcée contre lui
e n France. Il qui ne donc la Suisse pour plusieurs années, e t
s'cn va remuer le passé avec ses anciens camarades à Madrid.
Grâce à eux, Oltramare obtient, en 1956, un poste de speaker
à la radio du Caire. N'a-t-il pas é té l' une des voix de Radio
Paris sous l'Occupat.ion ? Un autre collaborate ur suisse, Daniel
Perret Gentil, travaille déjà pour la radio égyptienne. Journaliste convaincu de collaboration avec les services spéciaux alle,mands, il a été condamné à mort e n France en 1948. puis gradé
Cl ex pu lsé en mai 1955. Oltramare et Perret Gentil collaborent
aussi à la section de propagande créée par le ministère égyptien
de l' Intérieur. Parmi les conseil lers allemands du pouvoi r égypti en figure nt d 'ailleurs quelques anciens fo nclionnaires du
mini stère all emand de la Propagande, et notamment J'un des
plus célèbres d 'entre e ux: Johannes von Leers 60.

consigné des «rudiments de comptabilité» :
Sommes reçues de François (Fathi al-Dib) :
1000
livres égyptiennes
500

5 ()()()
14700

puis 300 57•

Le code est lumine ux. Circulant sans cesse en Europe,
François Genoud sert déjà d 'interméd ia ire occasionnel aux
Égyptiens_
A Madrid , certains Suisses du Reich ont repris leurs aises.
L'Espagne franqu iste se montre accueillante, et le régime sied
parfaiteme nt à leur phil osophie politique. Jean 8auverd est
arrivé dans la capitale espagnole en 195 1. il a travaillé durant
plusieurs années pour des agences de presse espagnoles, jusqu 'en 1956, où il devient pour quatre ans l'attaché de presse de
l'ambassade d ' Arabie Saoudi te à Madrid. Georges Oltramare
s'y instaUe en 1952. L 'ancien chef de l' Union nationale avait
été condamné par la Cou r pénale fédérale suisse à trois ans
de prison pour sa co llaboration avec l'AJlemagne. « il y a peutêtre une certaine él égance à être du côté des vaincus. Il y a tant
de gens chez nous qui sont du côté des vainqueurs » , avait-il
lancé, toujours a rrogant, au procure ur général qui avaü vu
en lui e t en René Fonjallaz de «véritables soldats d 'Adolf
Hitler SS ». Mais Oltramare avait auss i été jugé en France, par
contumace, en janvier 1950, el condamné à mort par le tribunal
de Paris. D ne lu i restait plus qu' à éviter la France.
Auteur d' une dizaine de pièces de théâtre avant la guerre,
Oltramare se remet à écrire. Il rédige cinq nouvelles pièces,
~7. Dans. J ~cques ~chemin. au teur d' une histoire du FLN très inspirée par les
dOSSiers poliCiers de 1 époque: Jacques C. Duchemin, Hisloir~ du FLN. Paris,
La Table ronde, 1962; ,,:oir ~galem.ent Jean Boisson, Ben Bella est arrêté, op. cit.
58. Roger Joseph, L Umon natlOllale, /932-/939. op. cit.

59. Cité par Roger Joseph. ibid.
.60. Le I? avril 1957. u Figaro évoque de nouvelles précisions sur l'entourage
I1ltZt dl! presulem Nasser.

164

165

- . disparaîtra. lui avait été confié par Bonnann avec ordre de le préserver? Mais surtout. quelques jours seulement avant la prise de Berlin par les Russes. en de nom breuses langues et dans bien des pays. puis caché à Bad Gastein. Les explications de François Genoud sur la provenance de ce document resteront toujours sujettes à caution . Le livre se compose des derniers discours de lable de Hitler. Ce « testament » comprend. Le manuscrit . La photocopie. a été sorti du bunker peu avant la chute de Berl in. Hans Rechenberg lui annonce qu'il n'a pas fait disparaître le document. Funk nous a autorisés à rencontrer le professeur TrevorRoper à Paris pour lui en montrer une photocopie. raconte François Genoud. Bormann aurait confié ce document à Walter Funk. Mais les moti vati ons de Franço is Genoud sont naturellement plus politiques qu' hi slOriographiques. qui mettent finalement en doute la crédibilité du document. en dix-huü courts chapitres. l'a uniquement brûlé après l'a voir photocopié. les leures de Bonnann el les journaux de Goebbels. « Une foi s à Spandau. Seule restera la traduction qu'en a réalisée François Genoud. pourquoi Rechenberg. « On aurait dû la retrouver dans l'héritage de sa veuve ». « Après avoir quitté Spandau. Mais il a déclaré à Funk qu'il l'avait détruit. la photocopie récupérée par Funk. Funk a été infonné par son ami et par moi du fait que le document avait été sauvegardé. Ce sont donc les dernières pensées de Hitler.LE BANQUIER NOI R François Genoud s'apprête à liv rer une nouvelle bataille éditoriale sur fond de croix gammée. Genoud a découvert un document inédit qu ' il va livrer au public comme un nouveau plaidoyer national-socialiste: Le Testamem politique de Hitler. explique François Genoud. Selon lui . Funk l'aurait donc emporté dans sa fu ite. son ami. » Quand Walter Funk quine la prison de Spandau. li m'a mandaté. comme pour ajouter un nouveau mur de brou illard dans cette affaire. je l'ai rendue à Funk après mon entretien avec Trevor-Roper. par Kassiber. en 1957. seront soulevées au moment de sa première publication par les éditions Fayard en 1959. avant son arrestation. Cependant. » 166 LES HÉRITIERS DE HITLER Le document a donc beaucoup circulé. qui était mon ami aussi. qui . qui décide de le sauvegarder. des notes prises par Bonnann lui-même du 4 février au 2 avril 1945 dans le secret du bunker. trop peut-être: plusieurs bizarreries sautent aux yeux. François Genoud présente ce document à l'historien britannique Hugh Trevor-Roper en 1957. expliquera François Oenoud. ne gardel-il pas l'original ? De plus. Pourquoi Funk a-t-il ordonné la destruction de ce document. Toutes ces questions. Après les propos de table de Hitler. seul gage d ' authenticité. à son subordonné et ami [Rechenberg] d 'aller chercher le document el de le détruire. Funk a donné l'ordre. au-delà de l'usage partisan ou simplement historique qui pouvait en être fait. et convenir d 'éd itions étrangères. n rééditera de nombreuses fois Le Testament politique de Hitler.

le major Fathi al-Dib. mi-vautour . . J M. Ln nouvelle banque tente aussi de répondre aux besoins de l' État. Entretien avec l'auteur. égyptien et du colonel Nasser. 11 se raconte à Genève que la flèche reçue par Marcel Léopold portai t un percuteur ainsi qu' une minuscule balle à son ex tré~ mité. Et. . Libéré en 1952.8 composition du premier conseil d'admini strati on de la Banque commerciale arabe s'inscrit dans un projet financier et ~co nomiqu e: « Nous voulions en faire la première banque limbe basée à l'extérieur ». et avec succès puisque celui-ci deviendra l'un des plus importants courtiers du Moyen-Orienl.. SOUS ses fen êtres. une fontaine surmontée d' un gros volati le aux panes plumées. il ne fait pas bon soutenir le FLN algérien e n cette année 1958. A peine plantée dans le bras de Léopold. Inspectant l' immeuble de Léopold. Au 12.LA BANQUE DE L ·OMBRE 5 La banque de l'ombre A Genève comme ailleurs. qui. lors de certaines opérations de rapatriement forcé de fortunes en Égypte. la Banque commerciale arabe servait de dépôt à ces transferts contrai res à une économie libéHIle [. qui avait en charge certaines fili è res d'approvisionnement des maqui s algériens. les maisons de passe et les annes.. françai s sont infonnés de la ven te de TNT qu ' il s 'apprête à conclure pour le compte du FLN. Sa mort fi gure sur la longue liste des opérations « homo » du SDECE. un marchand d 'annes genevois est tué d'une fléchette reçue au bras. J'avait reçu au Caire. prend les rênes de la maison avec François Genoud . 1. au cou rs d' une réunion à 1. en ouvrant. né à Cologny près de Ocnève.ram Ojjeh à la cour saoudienne. Le 19 septembre. Algériens. li en faut plus pour l'effrayer. en sor- tant de son appartement situé cours de Rive.'"ocien président du conseil syri en Djamil Mardam Bey. Marcel Léopold . Les Mardam sont des proches du roi d'Arab ie Saoudite Ibn é ud. la Bnnque commerciale arabe. 169 - . Ancien horloger. ISjanvier 1990. JJ suppose que les Français n'oseront pas liquider un Suisse à Genève. « La Banque commerciale arabe passaü en Suisse pour être une centrale égypti enne de renseignement économique. porteurs de cinq valises remplies de plastic. En janvier 1958. il avait repris ses aClÎvités el s'était spécial isé dans le négoce d 'explosifs. majs c'est son neveu. Quelques jours avant sa mort. il avait été arrêté à l' aéroport de Genève en compagn ie de deux.. et. la flèche aurait 168 propulsé à toute force la balle dans le thorax du marchand d'armes . avait eu tfois sources de revenu successives dans sa vic: les jeux. Une flèche sortie d' un roman. Léopold a été averti et clairement menacé: les services spéciaux. le Dr Schacht fut consulté lors de la création de 1 bonque. membre in fluent du Part i populaire syrien (PPS ) fondé en 1932 par Antoun Saade.. Zouheir Mardam introduira l' homme d'affaires Ak. le petit établi ~scment s'instaUe à deux pas des salons de l'hôtel Richemont. qui avait fail fortun e e n Chine avant d'y être emprisonné en 1949. de l'autre côté du lac Léman. l'un des avocats du FLN puis du gouvernement algéri en à . Au prin temps 1955. expliqua Me Raymond Nicolet. Cel assass inat est un avertissement à tous les partenaires financ iers du FLN. mi-aigle. comme le souligne François Genoud. rue Bonj vard. C'est dans cette période trou blée que François Genoud devient banquier.cnève. précisa Me Nicolet. décl are François Genoud 1. de fait. Djamil Mardam est « une grande personnaIhé national iste ». Zouheir Mardam. Le président du con seil d'administration de la banque est . les pOlic iers ge nevo is on t découvert une sa rbacane dan s I" esca li er.

« Pour assurer la productivité. les recommandations de l'ancien ministre nazi sont tellement imprégnées de doctrine nazie que les dirigeants indonésiens s'en méfient comme d'u n cobra 4. Cité par Le Popufaire d! Paris. Sa petite banque de Düsseldorf se consacre à lïm port·export. 5. « Après trois mois d'étude de la situation économique. notamment sur la poli tique anti sémite du Reich à laquelle Schacht a pourtant contribué. 16 septembre. Hjalmar Schacht ne reste pas détenu bien longtemps. il exposa que l' Alle· magne pouvail conquéri r le monde sans faire la guerre 2. puis condamné en appel à huit ans de prison par la cour de Wurtemberg. U faut aussi punir de temps à autre. Mossadegh déclare après sa vi si te: « Si Anglais et Américains ne sont pas raisonnables. » Dans son programme. il est consulté par le gouvernement indonés ien. U"t Eminenu Brise. On n'y arrive pas toujours par la genlÎllesse. rapporte le New York Post. Schacht n'oublie pas non plus les « transferts forcés de population d 'une région à une autre ». » La participation du premier min istre des Finances de Hitler aux concili abules de la Banque commerciale arabe est révélatrice des choix idéologiques de ses dirigeants. ce livre n'empêche pas l'ancien ministre de Hitler d'être bien reçu dans les cercles néo--nazis. Acquiué par le tri bunal de Nuremberg. Jean Jardin et François Genoud vont aussi réaliser quelques affaires.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L'OMBRE laquelle assistaient MM. L' ancien ministre est également reçu en Turquie et en Irak. U offre ses services de consullant international. Paris Ma/ch.'s Kampf. Schacht met sur pied un contrat d'échange de coton égyptien contre des machines-outils al lemandes. Schacht cherche à le convaincre d'envoyer une mission commerciale à Bonn pour négocier les pétroles d 'Abadan. Rechenberg. Genoud. Pierre Assouline cite plusieurs correspondances entre les deux hommes qui indiquent qu'avant la fondati on de la BeA ils imaginent ensemble plusieurs opérations financières dans les pays arabes. Des pères. 170 4. D'une lettre du 1er avril 1957. Grâce à la Banque commerciale arabe. Pierre Assouline. qui se souviennent que Hitler avait gracié Schacht après le complot de juillet 1944. Elles onl parfaitement apaisé la lune des classes et renforcé la valeur morale et la discipline du travail. 3. adressée à François Genoud par Jean Jardin. 171 . C'est pourquoi je recommande expressément l'étude des lois allemandes régissant le travail de 1930 à 1945. U devient par ailleurs le famUier d 'une figure de ces rnjlieux : OttOSkorzeny. il ressort. avec sa pomme d 'Adam plus monstrueuse que jamais et son œi l de viei l oiseau méprisant. 1952. un diplomate du monde arabe et un administrateur suisse. 1953. op. leurs élèves et leurs adeptes la discipline elle zèle sont sans aucune utilité. éducateurs et prêtres qui ne savent pas implanter chez leurs enfants. « Schacht . qu ' il s essaient de créer une société suisse d'investi ssement pour le compte de la Banque nationale marocaine S. NOIe rédigée par M" Nicolet: en possession de l'auteur. note un reporter français ). A Téhéran. rapporte le New York Post. il s' intéresse aux mines de fer. 20 septembre. « Quand 2. j'aurai recours nux idées du docteur Schachl. Schacht refait surface dès le début des années cinquame dans les antichambres de plusieurs gouvernement s nati onalistes. Malgré certains renjements. Son livre Règlement de comples avec Hitler. baptisé Schach. par exemple. Jean Jardin. dans son col toujours trop grand. se vend très bien en Allemagne de l'Ouest. L' une de ses premières affaires est justement conclue avec l' Égypte. Dans sa biogra· phie de Jardin. qui épouse sa nièce. il reste cinq jours ct rencontre Mossadegh à cinq reprises.» Que pouvait-il imaginer d'autre? Schacht recomm ande aux Indonésiens la politique qu'il avait mise en appljcation avec Hitler.» Celui-ci a prom is d'embaucher trois ce nts techni ciens ou est-alle mands pour les rarti neri es d·Abadan. est remonté dan s l' avion de Damas sans desserrer ses lèvres coupantes». les bureaux de l'Office du travail doivent imposer deux choses: la discipline et l'autorité. cil. A Damas.

notes citées. Entretien avec l'a uteu r. Jacques Vergès. dont la BCA accueillera les fonds après son entrée dans l'opposition. François Genoud se souvient du projet qu'il avait avec Jardin de créer une nouvell e banque marocaine : « Toutes les banques é taien t françaises à l'époque. Tuni sie)~ . qui a proclamé son indépendance en mars 1956. citée par Jcan Boisson. li leur fallait une banque en Sui sse 8 ». et surtout des trafics bancaires Liés à ces affaires 9. où il apparaît sous le pse udonyme de l ean-Paul Lamy. mais auss i du plus illu stre leader marocain. se souvient Jean-Pierre Lenoir. François Genoud a gardé de nombreux liens avec le Maroc. Notamment au sein de l' Union nationale des forces populaires du Maroc (UNFP).LE BANQUIER NorR LA BANQUE DE L'OMBRE François Genoud lance le projet de grouper des capitaux allemands. Ge noud s'est occupé de la gestion des fonds et des bie ns appartenant aux troi s années de Ij bération nat ionale (Maroc. « les Algériens levaient en France un impôt de guerre qui s'élevait à des miUiards. Système qui « serait copié de celui utili sé par les nazi s pour leurs fonds secrets ». ~ De sa réside nce épisodique à Tanger. ils avaient besoin de cet argent pour acheter des armes sur les marchés intemaLionaux . Il . Comme l'indique Jacques Vergès. u Salaud lumineux. les rés istants vont jusqu'à suggérer que François Genoud aurait « mis au point » . note aussi Pierre Assoul ine. e t ils recevaient des aides de différents gouvernements arabes. Note du 21 janvier 1958. Entretien avec l'auteur. Notre projet était de faire une banque de petits souscripteurs. 10. dite section 7. C 'est le cas de Me Abderrahmane Youssoufi. c'est é videmment au FLN algérien que la Banque commerciale arabe sera la plus utile. Je "traçais" personnelle ment les Algériens qui étaient à Genève. Courrière signale qu ' il « s'occupuit exclusivement de l' ide ntification des personnes et de la découverte des procédés permettant au FLN de se procurer l' unnement nécessaire à sa lulle 10 ».» La section « trafi c d ' armes ». 9. quand nous tenLions de freiner les mouvements de ventes d'armes vers l'Algérie. Rome. mais ce pays est le fief des imermédiaires dans les affaires de marchés d ' armes. t5 seplembre 1993. On ne prête qu'aux riches. « J e me suis intéressé à Françoi s Genoud dès 1958. 172 « Aucune aide maté rie lle ne parvie nt au FLN de Sui sse. « En Suisse. qui a déjà commencé à plaider pour les membres du FLN. Paris. Me hdi Be n Barka. muni d'une couverture de marchand d'annes. » L'une des couvertures ulilisées par Lenoir est une société rondée en 1957. 1970. Algérie. 173 . 18 décembre 1991. qui dispose d'une importante usine dans le nord de la France. clt. Le responsable du rense igneme nt de celte section. est entré en contact avec François Genoud : Il s 'appelle Jean-Pierre Lenoir. op. Elle "f' M. « le systè me des comptes bancaires avec s ignatures multiples ) . qui a racheté les brevets suédo is d ' une firm e de fil ets de camouflage. cil. Fayard. notait dan s les années soixante une associalion de résistants 1. Nous avions des équipes à Francfort. 6. Son rôle central dans l'interception. Barracuda. 7. français el éventue Uement arabes pour financer des affaires marocaines. L'f/I'url' des colo~'s. Madrid: partout où ils pouvaient acheter du mutériei ll . Jardin et moi avions prospecté des participaLions extérie ures 6. rURD. des services &péciaux français opère naturellement à Genève. des marchands d'annes pendant III guerre d 'Algérie lui a déjà valu un long portrait dans L'Hetlre des colonels d ' Yves Courriè re. Genève. indiquait le SDECE en 1958. voire la « neutralisation ». La soc iété. c'est à Jean Jardin qu'il de mande d'organiser la partie françai se~. suisses. Bell Bella eSt arrlté. sera utilisée par les services spéciaux bie n après la guerre d 'Algérie. dan s les banques sui sses. Yves Courrière. un ancien professeur de mathématiques devenu préside nt de l'Assemblée. Le Maroc et la Tunisie ayant tou s deux proclamé leur indépendance en 1956.

&ic Gerdan. 13. « Il s'agissait de trouver 2 milli ons de cartouches 7. sa maison de campagne uins i que sa voiture .. Que lques semaines après sa mort . C'était une façon pour Gcnoud d 'entretenir ses bonnes relati ons avec le monde arabe. Ancien adjudant-chef en lndochine puis en Corée. les services spéc iaux apprennent que Boussouf est disposé à lui acheter pour 1. Après plU'.ar Erwan Bergot. 1976. Ils permettent d 'observer à loisir le matériel.'lsée. provenant pour moi tié d ' Espllgne. sans compter 200 tonnes d 'e)(pl osifs mili mires: plastic ou TNTIJ. Li! Dossier rouge. dans laquell e sa fille fut grièvement hle. puis longuement hospitalisé pour de multiples greffes au visage. L'aclivilé de Pedro CSI dtcrilt par Yves Courrière.. note Éri c Gerdan. eut plus de chance el survécut à quatre tentat ives d 'attentat.l a envoyé l'un de ses agents à Tanger pour offrir des armes au FLN : c'est Pedro Gazave. Un autre marchand d 'annes. est lui aussi assassiné par un tireur d 'élite. Paris. le Sirocco et la Bruja Roja. Paris. «La Banque commerc iale arabe de Genève Il souven t joué le rôle d 'i ntennédiaire dans les transactions déS trafiqu ants d 'annes. Pedro est envoyé à Tanger. n fournit au marchand d ' armes Georges Puchert des fu sils-mitrailleurs qui alimentent les combattants du FLN de la Wilaya d'Abdelhafid Boussouf. et vu dynamités ses bureau)(. Yves Coumère. souligne Jean-Pierre Lenoir. Mais la mission favorite de la section « trafic d'annes» reste l'Interception. 2000 pi stolets-mitrailleurs avec 3 milli ons de cartouches. Le sort de Léopold est scellé. Ces négociations d 'armes nécessitent des établissements discrets à Genève. Puchert meurt à son tour dans un attentat à la voiture piégée le 3 mars 1959 à Francfort.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L'OMBRE fournira près de quarante-quatre armées dans le monde entier . mystérieusement dynamités en juillet 1957. Simultanément. est mêrne interceptée par des avions de chasse au-dessus de la Méditerranée. le négociant voit deux de ses bateaux . Deux mois plus tard . l'associé 12. Alai n Moreau. Une seconde société a été fondée en Espagne. cil. mais aussi r. op. Il part à Francfort. cil.22. Zouhcir Mardanl faisait des affaires et François Genoud était 14. op. le montan t des factures est versé par J'acheteur à la banque. En règle générale. Ainsi. li abandonna finalement la parti e après avoir perdu sa mère et son principal lI\socié.. ses conditions de stockage et favori sent les contacts avec les états-majors. Oua SchlUtler. son nom est Atlanl. après paiement. 175 ( . les explosifs réuni s par le Irafiqu ant partent en fum ée dans le port de Hambourg. Dossier A comme Armes. dit Pedro le balafré 12.ico. les opérations organisées par JeanPierre Lenoir relèvent de l'impossible: « Vendre du matériel et le récupérer en mer. 174 de Léopold. Grassel. qui Ile mettra J' argent à la di sposition du vendeur qu 'à partir du moment où toutes les clauses du contrat auront été respectées w.m-Pierre Lenoir au marchand d 'annes Heinz Paullmann. 1976. pays où l'achat d 'annes eSll e plus facile et où le matériel est le moins sophistiqué. Avec ces paravents. 2000 pisto lets automatiques et 2 millions de cartouches 9 mm . Recruté par le service 7. L' H~JIrt! des c% mtls. où il se met à répondre à des commandes bien plus importantes. Léa Geiser.5 milli ard d 'anciens francs de matéri el. En mai 1958. L 'H~llr~ d~s c% llt!ls. vendue par Je.» « Les affaires du FLN n 'étaient pas très importantes au regard des opérations énomles que traitait la Banque commercinlc arabe.» Puchert s'y emploie sans mal. fin seplembre 1958. » I. Certaines « récupérati ons» de maléri el après leur vente par les services spéciaux ont lieu dans les aéroports. rapporte Yves CourTière. On imagine l'intérêt pour le service de renseignement des préparalifs d 'i nstallat ion des fil ets. sepl navires chargés d 'armes seront arrai/'ionnés pendant la guerre d 'A lgérie: un ta lai de cinq milliards " 'nncien s francs de cargaison. A un détail près: les explosifs doivent lui être fourni s par Marcel Léopold qui di spose de fourni sseurs en Allemagne (Dinamit AG) et en Su isse (Doctikon).ieurs avertissements de Pedro.. Pedro Gazave a été grièvement blessé. Une fameuse cargaison de bazookas.

. loge plusieurs jours à proximité. Gallimard. Vérités sur la révolUTion algérierme. Le putsch d'Alger pousse les Égypti ens à organ iser euxmêmes une évasion. 176 17. chef du SR de J'aviation égyptienne. Un projet d'évasion est mis au point. Elle était utilisée par de très gros négociatcurs du Moyen-Orient Il. li s utiliseront une camionnelte militaire et des motos. et François Genoud en sont les insti gateurs. et on le surnommait parfois Barberousse parce qu'i l :tvait effectivement une barbe rousse. Le 13 mai. « Celte opération 15. qui mellait en danger la vie des Algériens. Cinq cents millions d'anciens fran cs sont dépensés en préparatifs. où les cinq Al géri ens do ivent se rendre « pour interrogatoi re ». Le major Fathi al. cité. le contact s'établü indirectement entre les cinq prisonniers de la Santé el moi-même dans le cadre d' une tentative d'évas ion ».LE BANQUlER NO IR LA BANQUE DE L'OMBRE son banquier. Ce n'était pas un amateur. devait sc faire grâce à deux hautes personnalités allemandes. l'insurrection d'Alger conduite par le général Salan fail craindre aux Égyptiens que les parti. Paris. L' Hebdo libért. IS.Dib. rapporte le major al-Dib. les attend pour les transporter en Allemagne de l'Est. Homme de confian ce des servi ces égyptiens. aidées par huit jeunes nazis. Entretien avec J'ameur. Les prisonniers sont tenus au courant par un de leurs avocats.» La tentalÎve d'évasion repose sur un faux ordre de transfert pour la citade lle de Metz. rapporte Genoud 16. Mais la formul e italienne. li s'était spéciaJement rendu à Rome où un « expert » italien lui avait proposé un enlèvemen t clé en main pour 100000 livres sterling. L'opération est reportée une premièrc fois par Ben Bella. . Hans se livre à de multiples repérages aux alentours de la prison. « En mai 1958. lui -même informé des préparatifs par François Genoud. à cause de l'absence momentanée de Boudiaf à la Santé.» Mohammed Lebjaoui. Plan trop idyllique. les cinq doi vent prendre la route de Sarrebruck où un avion piloté par lssam KhaliJ. AMel NasJu ~/ la Révolu/ion algüienne. provisoirement basées en AlJemagne fédérale. Mais l'évasion est annulée purement el simplement à la suite de l' arrestation de MaJgré ses nouvelles fonctions de banquier. Il pouvait traiter de gros marchés de constructi on de routes. 1972. confinne l'existence de cc plan: « Les agents gypliens recrutèrent une vingtaine d'A llemands qui avaient bcrvi dans la Légion étrangère française. Genoud délaisse parfois les questions financières.( sans des putschi stes n'enlèvent les chefs algéri ens et ne les exécutent sans autre forme de procès. De leur côté. 15 septembre 1993. deux Allemands et leurs hommes de main devaÎent toucher 1" contre-valeur de 10000 li vres égyptiennes 17. l'un des dirigeants de la Fédération de France du FLN. et s'appuyant sur l'accord conclu Ivee l'un des fon cti onnaires de l'administration pénitentiaire de ht Santé qui devait toucher en devi ses la contre-valeur de 15000 livres égyptiennes. Au Lieu d'aller à Metz. Me Abderrahmane Youssoufi. «( Han s et ses hommes» vont revêtir des uniformes de gardes mobiles et de policiers. le. fUL abandonnée. cil. Genoud connaissait parfaitement son métier de banquier et sur le bout des doigts les conventions de Chicago sur les crédits docum entaires. art. Seul leur chef étai t au courant de l'objectif poursuivi. des services spéc iaux égyptiens. on l'appe lait simpl ement lI ans. 16. Fathi ni.Dib. qu'i l devait d'a illeurs f:lser la veille de l'opération 18. op. Ces homm es ne se conna issa ient pas entre eux el furent constitués en équipes de trois. Les chefs du FLN enlevés par la France sont détenus depuis près d' un an et demi à la prison de la Santé à Paris. La BCA gérait les crédits documentaires. Mohammed Lebjaoui. Le major avait déjà envisagé l'éventualité de J'évas ion en 1957. d'aéroports ou d' hôpitaux . 177 .

Trevor-Roper. note François Genoud 19. « Le 17 avril. cit. NOIeS recl/eillies par Martin Bormann. Ce jour-là. François Genoud se garde d 'évoquer le cheminement aventureux du manuscrit de Berlin jusqu'à sa cachette à Bad Gastein. Bormann mit donc lui-même au point le document. relâchée el sans caractère. Entretien avec r au teur. le directeur de l' Lnstitut d 'histoire contemporaine de Muni ch. citée lors du colloque o rganisé par I"Institut d'histoire contemporaine de Munich le 18 novembre 1977. « L'opération était piégée . mais celui-ci pourrait facilement être contrefait. hasardeuse. on commença à abandonner tout espoir. Dans son avertissement aux lecteurs. C'est le seul principe qui pourrait être mis en avant comme preuve de l'authenticité 22. fi gure au bas des feuill ets dactylographiés. 2. répondit-il. authentifiant ainsi les dem. 20. celle histoire ne peUl être inventée. 21. dernière preuve matérielle s' il en fut. « Bonnann opéra entièrement lui -même. La participation d ' un fonctionnaire de la Santé était en effet . Premièrement... Nous n 'avons ni original ni copie autllenLifiée de la version originale qui se trouvait jadis entre les mains de M. Le document qui est tapé à la machine a pour seul gage d 'authentici té les visas apposés par Manin Bornlann. lTavaux édités sous le titre Wiessenschaftsfreiheit und ihre rechrlie/lt n Schanken. 22. Martin Broszat. 23. TroÎsièmement. l't septembre 1994.LE BANQUIER NOI R LA BANQUE DE L'OMBRE J'un des Allemands devant la pri son de la Santé. Deuxièmement. qui démontre que Hitler est J'auteur. 3. le rôle de Walter Funk et celui de Hans Rechenberg.iers "Bonnann Vennerke" (notes de Bormann) rassemblés au cours du mois de févri er 1945 2°. » Bien des années plus tard.» Malgré l'apparente certitude de l'historien britannique. Paris. » Seules restaient en effet à la dispos ition des historiens les différentes versions traduites par François Genoud et versions Le Testament politique de Hitler paraît en 1959 aux éditions Fayard. op. Librairie Anh~me Fayard. le visa manuscrit de Bonnann. et sa propre signature. on a déjà relevé les incohérences du cheminement du document : 1 19. comme J'un des plus proches collaborateurs du Führer devait quitter le "B unker". à vrai dire. Le projet a été éventé. Bonnann lui confia un pli tout à fait confidentiel et secret à placer en lieu sOr. 178 179 ./bid. Ce document photocopié. 1959. restait pourtant très catégorique: « Il y a trois preuves de l'authenticité du document. François Genoud laisse l'historien Hugh Trevor-Roper s'engager seul sur le terrain de l'authenticité du document. tracée d ' une grosse écriture. explique l'historien dans sa préface. 1. qu ' il a apposé sur chaque page. l 'histoire qui a conduit ce document à faire un parcours aventureux de Berlin à Paris en passant par la Bavière. Un homme de confiance (Hans Rechenberg) a détruit l'original tout en gardant une photocopie. sur celte question de l'authenticité du Testament politique de Hitler. il n'y eut plus de secré taires cachés dans les coins de la pièce./bid. dans tous ses détails. il n'y avai pas de coins où l'on pût se cacher dans l'élrOit bunker creus \ sous la chancellerie de Berlin. en fait quelque pan en Bavière. de l' université de Mannheim . u Tu tamem politique de Hitler. Interrogé dans les années soixante-dix par le professeur Edouard Baumgarten. 11 s'agissait des derniers "Propos famili ers" de Hitler 21. Genoud. l'év idence intérieure de ce texte. qui affinnait avoir vu une photocopie de l'original cn allemand. Genoud et qui est un document historique éminemment important 23. manifesta son désespoir de n'avoir « plus aucune chance de contrôler l'authenticité de ce tex te» : « Nous sommes obJigés de nous fier aux affinnations sous sennent de M.» Trevor-Roper évoque au ssi les circonstances de la « sauvegarde » du document. Lettre de Hugh Trevor-Roper au professeur Edouard Baumgarten. s'est perdu dans les archives de Walter Funk. j'étais pour J'annulati on ».

Genoud a fait établir sur la base de sa traduction françai se à lui . ancien haut-commissaire de la SDN à Dantzig.LE BANQUIER NOI R élIangères établies sur la base de la version française de François Genoud. Genoud." Dans la version anglaise (que M. qu ~ est une re-traduction du français en langue allemande faite par un Hollandais. « Notre conviction personne lle. ne peut suffire cependant à lever les doutes sur l'authenticité des de~iers diSCOUrs de table de Hitler. je peux vous rassurer tout de suite: le fau ssaire aurait dû être dans la peau de H. si elle a un sens.itler n'étaient pas reconnus. en 1976. 180 LA BANQUE DE L'OMBRE Le professeur Baumgarten s'est amusé à comparer les trois Yer~ions Genoud: la françai se. cette idée de l'évidence. « Je ne vou s c ite rai qu'un exemple parm i de nombreu. agissant comme ils l'ont 18 1 ------ .'( le. Une é tude graphologique nous dirait que c'est l'écriture de M. C 'est du Hitler pur. il utilise le te rme fair. M. l'allemande et l'anglaise .itler. . Y compris la version allemande ! «En 1958. et peut-être j ustifiée. les droits des héritiers naturels de H. qui. aucune des versIOns en circulation n'est satisfaisante: ni les traductions anglaise et française. par Hitler. En 1958. Ce qui est moins douteux. dont le but é tait de lui procurer un droit d 'auteur pour avoir travaillé sur le texte 2. Le professeur Edouard Baumgarten s'est fail transmettre. quoi qu'on en dise. de contrib~e r i\ la réhabiJitation du national-socialisme. écrit-il. les droits d 'auteur de Funk concernant son mandat ne pouvaient pas ê tre protégés non plus à l'é poque 24." En erfet. Mais ce manuscrit peUl encore être exhumé un jour. mais son écriture de 1958. Genoud nous assure que ce second texte en langue allemande correspond mot pour mot au texte allemand qu'il avait copié. par l'édition des derniers propos de lable. en Irpliquant. Dans la version française. » François Genoud corrige égaleme nt ceue version allemande. De plus. qui lui répondit tout net: « Si vous avez un doute concernant une éventuelle fals ifi cation de ce le.» 24. celui-ci écrit à la main. ~ Le document a quar. c'est pourquoi il a mis en scène celle présentation comp liquée. c'eSI ain si que Hitler pensait et parlait. aurait été protégée par mes droits d ' auteur. /bjd. 25. une photocopie de « l'original de cette traduction » par François Gelloud. A l'évidence. e n partie directement corrigé à l' intérieur du texte écrit à la machine se trouve un second texte allemand. j'ai fait faire une traduction en allemand du document françai s.'( . ni la traduction allemande. Texte françai s qui avait été traduit par François Genoud lui-même pour l'édition françai se du texte original allemand. explique François Genoud .S. mais celte foi s-ci découlant du fait que j'avais travaillé dessus. elle auss i. donc au texte que Trevor-Roper avait cenoi fié et authentifié avant qu ' il ne donne l'autorisation d'une publication françai se et anglai se. bien que le traducteur fOt plus à l'ai se en allemand qu'e n (rançais). est que le Führer et Bonnann. En panie entre les lignes. la traduction françai se ayant été émblie par moi-même. nous trouvons la d lmion: "J'ai toujours luué contre les juifs la visière ouverte.1959. qui. on ne pourra écarter tOl alement l'hypothèse d'une fal sification. 'nlnt que celui-ci ne sera pas retrouvé. Les textes de Hitler é taie nt libres à la chasse. Genoud ne voulait pas éditer une version allemande non protégée. » Le proresseur Baumgan en consulta le professeur Carl-Jacob Uurckhan. puisque nous savons ce qu'il avait en vue avec les juifs. Dans le texte nrigi nal allemand qu e Ge noud a combiné. Hitler dit : "J'ai toujours lutté loyalem ent contre les juifs.» Cette convict ion proronde.:mte:neuf pages: sur l e~ lignes de chaque coté se trouve un texle éCri t à la machme.intérieure du texte. Notamment en laiS· SlInl croire que ces notes étaient destinées. c'est la volonté de FrançOIs Genoud . /bid. mais il est très improbable que IIltler se soit servi du terme "loyal" et du terme fair. pour pouvoir dans le cas d ' un agréme nt de Funk en faire une éd iti on allemande. à devenir son « testamen t politique ». ne pourra jamais remplacer le document original en allemand.

tenaces. Mai s la guerre a appris « au moins une chose» à Hitler : la « décadence des pays latins ». lIill er se persuade que tout aurait été différent si l'attaque pr vue le 15 mai n' avait pas été repoussée au 22 juin. ils « n'ont plus le droit d'opiner dans les affaires du monde».11 extremis. aurait peut -être été victorieuse . Rien ne nous empêchait en 1940 de raire ce geste dans le Proche-Orient et en Afrique du Nord 29. « à intervenir dans les Balkans. le ministre de la Propagande se rue dans le bunker et félicite Hitler : « C'est le miracle de la maison Brandenbourg : la tsarine est morte ! » La mort du président des États-Unis ne sera pourtan t d'aucun secours à Hitler. C'est une vieille putain qui n'a cessé de nous tromper. Les notes de Bormann témoignent également des derniers espoirs. pui s à Hen- daye pour y subir l'accolade d' un faux ami. « Le national-socialisme a posé le problème juif sur le plan des faits: en s'auaquant à eux systématiquement dans tous les domaines.. « L'alliance italienne a rendu plus de services à nos ennemi s 4u 'elle ne nous en a rendu à nous-mêmes ». Hitler critique à ce sujet la diplomatie al lemande: « A aucun prix nous ne devions jouer la carte française con tre les peuples qui subissaient le joug de la France. 182 183 . Nous devions au contraire les aider à se libérer de cette tutelle. de se jeter dans une campagne complètement inutile contre la Grèce 28. » Hitler se penche aussi sur sa politique arabe. Verrat-on un miracle comme celui qui avait sauvé Frédéric le Grand en 1762? La mort de la tsarine avait provoqué le départ de la Russie de la coalition antiprussienne.. connaissant l' impli cat ion du trad ucteur. La campagne de Russie. Ce point mérite <lu'on s'y arrête. 17 février 1945. L'alli é italien est aussi coupable d'avoir empêché Hitler 27. Satanés « latins » qui ont porté « la poisse » à Hitler. rien n'est pourtant moins sûr. François Genoud. mais c'était sous-( estimer la « pui ssance de la dom ination juive sur les Anglais de Churchill 26 ».» Les « déshonorants é hecs» italiens ont donc conduit Hitler. » « Quoique incapables déjà de tenir en Abyssinie et en Cyrénaïque.iers propos de table sont l'occasion d' un retour sur ces choix stratégiques. 26.20 févrie r 1945. ont marqué clairement leur désir de délivrer.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L'OMBRE fait. en crevant l'abcès communiste ». En « attaquant à l'est. ou superstitions. contrairement à tous ses plans. . les Itali ens ont eu l'aplomb. en les traq uant avec la volonté bien établie de laver le monde allemand du poison juif. d'où un retard catastrophique dans le déclenchement de la guerre contre la Russie ». les y pousser au besoin. sans nous demander nOire avis et sans nous prévenir. un message pour le cas d'une défaite que tous deux devaient nécessairement envisager.. en la matière.4 fc!vrie r 1945. Hitler sent la défaite approcher. Hitler et ses proches en semblent persuadés:« Qu' un Churchill disparaisse tout à coup et tout peu t changer. » Quand Roosevelt tire sa révérence le 12 avril. » Les Arabes auraient été « de loyaux partenaires ». » Ses dern. La guerre aurait été gagnée par le Reich . » A lire ce texte. en les éliminant de toutes les positions usurpées par eux.14 février 1945. « EUe a pri s cel ui d' une prostituée. Ceux-ci ne sont « plus dans la course». un troisième latin (qui celu i-là était mon ami) profitait du fait que j'étais occupé ailleurs pour mettre en branle sa funeste campagne contre la G~ce 27. El mieux vaut ne pas parler de la France. de son état-major. 28. il avait « l'espoir de susciter une réaction de bon sens chez les Occidentaux ». de nous barouer et de nous raire chanter. à cause des lIaliens. rJ a « ménagé» Ics Anglais pour ne pas « créer de l' irréparable à l'ouest ». explique Hitler. « Pend ant que je me rendais à Montoire pour y avali ser une ridicule politique de collaboration avec la France. qui a «changé de visage» depui s Napoléon. « riche en pertes ». 29. [] rumine ses échecs comme ses haines..

184 Paula Hitler. François Ocnoud tente de s'y opposer. affirmant que partout où il y avait un juif il y avait par définition un ennemi inexpiable de l'Allemagne nationale-socialiste. Ce litre.n ll ~ il. Mieux: l' héritière naturelle a faÎ t placer une petite note Au début de l'ouvrage précisant qu'elle cède ses droits d'auteur 1\ une assoc iation de victimes du nati onal-socialisme. t7 février 1945.» Après sa mort.» L'aUié italien «créait un malaise chez nos ami s de l'Islam. Elle fiC l'a jamais signé 33. » Une occasion Talée. involontaires ou non. pas épargnés .. second li vre de Hitler» lui ôte ses ill usions. de leurs oppresseurs. « Seuls. nous aurions pu émanciper les pays musulmans dominés par la France. ils ne seraient . dans ces régions. Fidèle à son habitude. <d 'ai envoyé le contrat. Entreti en avec r auteur. il n'tn sera pas moins constamment réédité par François Genoud. cette foi s-ci. qui n'était qu'à quelques mois d' un accord global avec elle. fille d 'Angela Hitl er. Ils ont répondu à cet avenissement par une déclaration de guerre. Il ne désespère pas de la convaincre. Cela aurait eu un retentissement énorme en Égypte et dans le Proche-Orient asservis par les Anglais. dem i-sœur d 'Ado lf. y compris cn langue allemande (version Genoud) en 198 1. Mussolini se l'érait fait donner par quelques pauvres bougres qu ' il avait payés ou tcrrorisés JO. Cet accord aura it couvert toule l'œ uvre politique ou Ulléraire de Hitler. Les Italiens. et fait nire par son avocat. François Genoud n'y peut mai s. les Irakiens et le Proche-Orient tout entier étaient prêts à se soulever. d ouvert par les Américains. Mc Runge. 32. 28 aofit 1993. le Dr Hochegger. JO. y compri s Mein Kampf Car François Genoud y songeai t en trova ill ant à la rédacLÎ on d'un accord global avec Paula Hitler..LE BANQU IER NO IR LA BANQUE DE L'OM BRE « de mener une politique révolutionnaire en Afrique du Nord ». par un journal alg.. Du moins l'espé· . que la vermine serait défi nitivemenl exterminée d'Europe. La mort de Pau la Hitler lire un IraÎt sur ses espoirs d'éd iter toute j'œuvre de Hitler . Le livre est néanmoins publié. 17 janvier 1962. J3. Ce manuscrit . op. Le monde futur nous en sera éternellement reconnaissant 31.. sont encore plus haïs que les Français elles Ang lais ».» « Le fa it d'avoir éliminé les juifs d'A llemagne et de l'Europe centrale demeurera un titre de reconnaissance durable à l'égard du national-socialisme 32. Tout l' Islam vibrait à l'annonce de nos victoires. li prévient Elfriede Raubal. t3 février 1945. mais J'affaire du . doit être publié par une mai"on d'édition de Stungan . puis en français en 1992. Elfriede Raubal a donné son IICCOrd.: vo ir aussi Der Spiegtl. 31. qui confia la gestion éd itoriale de plusieurs lextCs de son frère à Genoud.» « ri y avail une grande polit ique à fa ire à l'égard de l' Islam. Elfriede knubal. la succession naturelle reprend ses droits en la personne de la nièce de Hitl er. Si le doute subsiste concernant J'authentjcité de ce texte. Enfin . explique-t-il. Sa dispari tion met ltu aux projets éditoriaux du banquier suisse. rien réputé proche de la sécurité militaire.2 avril 1945. Le Testamellt pofjrique dl' Hit/er. cir. Elfriede Raubal n'est pas lJl ~ posée à composer avec François Genoud. Je les ai prévenus que s'i ls précipitaient à nouveau le monde dans la guerre. 185 . car ils voyaient en nous les complices. et qui cont ient les réHex ions de 1Ii1lcr sur la fin des années vingt. par les ethtions Albrecht Knaus. meurt en 1960.» Voilà à quoi ressemble le« Hitler pur » . L'abcès juif. à lï. «comme tanl d 'autres choses que nous avons ratées par fid élité à l'alliance italienne ».nstitul d' hi stoire de Munich pour qu'il suspende la pu blication. Les Égyptiens... qui convient à Mahomet et à un grand conquérant comme Omar. Mariée à un jurisLe allemand. « La ridicule prétention du Duce d 'être considéré comme le glaive de l' Islam entretient encore le long ricanement qu 'elle susc ita avant la guerre. nous l'avons crevé comme les autTes. L' f/ebdo libéré. Hitler assure avoir été « loyal » envers les juifs ! « Je leur ai donné avant la guerre un ultime avertissement.

Paris. Paris. il put s'évader une nouvelle fois et se cacha en Allemagne jusqu 'en 1950. Mais les « héros» sont l"ligués. chargé de la questi on juive. Adolf Eichmann. 187 ( . Brunner. 37. Paris. est l'un des premiers à vouloir riposter à J'enlèvement. vient alors à " esprit de "un des participants. 38. n046. de Moshe Pearlmnn. le chef des services spéciaux israéliens. où l'on évoque notamment la possi bilité de faire évader Eichmann. grâce à des informations du procureur de l'État de Hesse en Allemagne féd érale. Quoi de plus facil e que de COnfier au FLN un prisonnier. Simon Wiesemhal. On peut aussi lie reporter à La Langue Chasse. dans J'une des zones de maquis qu'i l contrôle 38 ? Malgré son acti vité éditoriale débordante et ses premières opéraLÎons bancaires avec le monde arabe. Après-guerre. Le rapt luimême est prestement réalisé. 186 35.·engeance. fait prisonnier par les Américains à Ulm . Ernst Ouo Remer. pourtant . 1987. Capturer Eichmann. il organise une réunion avec Léon Degrelle. Ils se rendent bien compte qu'une telle opération est parfuitement irréalisable. vraisemblablement Aloïs Brunner. C'est la fili ère des franciscains qui organisa son départ depui s Gênes à destination de r Argentine. vu le peu de moyens dont ils disposent ct les cond itions de sécurité qui entourent la détention d 'Eichmann. Repris. Calmann-Uvy. Le Il mai 1960. . Juslice n'est pas vengeance. le président du Congrès juif mondial. cit. Aloïs Brunnl'r. Aloïs Brunner. Aloïs Brunner est en effet l' un des fournisseurs d 'armes du FLN algéri en. Justice n'est pas . dont l ' imagination n'est pas en reste. Eichmann est facilement maîtrisé en rentrant chez lui. 36. ce n'est qu'en 1959 qu' une première équipe du Mossad se rend à Buenos Aires avec la mi ssion de l'identifi er. op. 1985. Les services spéciaux israéliens le localisent en 1957. A Dumas. Il novembre 1985. France-Empire. Ce projet est révélé à Simon Wiesenthal. par l'un de ses informateurs 36. elle parvient à photographier le criminel de guerre dans sa cachette. 1961. sous le nom de Ricardo Klement. il étai t parvenu à s'échapper. Otto Skùrzeny. responsable de l'enlèvement. et Didier Epel· bllurn. le capitaine Lahan '51. le rapt provoque un tollé diplomatique et aboutit à une plainte de l'Argentine au conseiJ de sécuri té de l'ONU. L'idée de kidnapper Nahum Go ldmann. Devenu mécanicien aux usines Mercedes de Buenos Aires. &1i[ion nO 1. Les Mémoires de Peter Malkin. de nouveaux repérages sont effeclués. Sur place à Buenos Aires. Adolf Ei chmann est enlevé par les services spéciaux israél iens dans les rues de Buenos Aires. Eichmann a commis l'erreur de bri ser lui-même son anonymat en se prêtant à un entretien destiné à être publié dans le magazine Life. Annoncé le 23 mai par David Ben Gourion. 1990.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L·OMBRE Mein Kampfet les droits d 'auteur afférents étaient jusqu 'alors revendiqués par la Bav ière. el à Newsweek. François Genoud n'a pas cessé d 'être la chev ille ouv ri ère des réseaux nazis: c'est ce que montre l'affaire Eichmann. qui a travaillé sous les ordres d'Eichmann I1U RSHA. Après trente mois de recherches et de recoupements. La nouveUe fait l'effet d ' une bombe chez les nazis exilés. Nu l doute que François Genoud eût li vré un ~(co mbat » sans merci pour cet ouvrage emblématique. Brunner met dans la confidence les services spéciaux syriens et son agent traitant à Damas. ap. Simon Wiesen[hat. 34. cil. Des anciens de la division Brandenbourg sont pressentis. envisage d'ulili ser l'un de ses plus gros clients pour mettre en lieu sOr Nahum Goldmann . à San Fernando. ancien chef de la secti on IV B4 du RS HA. La décision de l'enlèvement est pri se. Rue Garibaldi . Franz Eher Verlag. sont parus: Peter MM et Uri Dan. avec une nouvelle famille. supervl. qui avait en sa possession le contrat entre Hitler el la maison d 'édition du NSDAP34. Voir sur ee poinl !"interview accordée par Brunoer au magazine Bunle. Début 196 1. Eichmann vil modestement. lsser Harel. en mars 1961. Au mois de mars 1960. N'ayant aucune crainte partil'ulière.sc personneUement les préparatifs de l'opération 35. était l ' un des responsables de la mi se en œuvre de la «solution finale» en Europe.

« II semblait escompter. Tant que les documents n' avaient pas apporté de preuve form elle de sa culpabilité. Prennent part à ces réunions : .. ») Malgré le tour pris par les événements. Je n'étais pas d'accord avec la plaidoirie de ServatiusY'J. 41. qu'en contrepartie de la bonne volonté dont il fai sait preuve pour décrire les forfai ts d'autrui.. Paris. l' interrogatoire. Son ancien chef Kaltenbrunner n'avait pas procédé autrement.» A l'inverse des recommandations de François Genoud. [ . o u ai lleurs en Europe. iJ s ont pour objet de trouver le moyen de finan cer la défense d ' Eichmann. Au demeurant.« J'ai vu l'avocat immédiatement. 19&4. François Genoud prend en charge les frai s de la défense. Lorsqu'on le poussait dans ses retranchements. « On a financé la défen se avec l'exploitation de ce qu' Eichmann écrivait dans sa cellule et qui était publié dans la presse. rapporta l'officier israéli en chargé des interrogatoires. Eichmann se livre à des récits détaillés des tueries massives auxquelles il a assisté. Y : homme d'affaires munichois.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L'OM BRE On ignore si François Genoud est associé ou non à ces projets guerriers. explique François Genoud. il niait. JI choisit Me Servatius. Z: néo-nazi allemand. sans perdre une minute. li n'y avait aucune base légale au procès d ' Eichmann. Au moment où le dictateur urgentin est écarté du pouvoir. Ce réseau s'appelle le "Klll11eradschaftsbund". Les entretiens sont nombreux. Eichmann. Y entretient des relations suivies avec les milieux gouvernementaux allemands. Mais il prend rapidement toutes les dispos ilions pour assurer la défense d 'Eichmann. il prétendait alors n ' avoir été qu'un "petit rouage" et rejetait les responsabilités sur le dos de ses supérieurs ou de ses subordonnés. le nazi allemand Z se réfugie à Buellos Aires. 189 . Mais il invoquait en règle générale une prétendue obligation disciplinaire 40 . je lui ai dit: il ne faut pas qu ' Eichmann dise un mol. Il avait d 'emblée arrêté sa stratégie défensive. 188 « X : banqui er suisse. Préface 11 Jochen von Lang. ce qui n'est rien en cornparaison du fait que Z et son entreprise constituent un des rlus importants réseaux d 'évasion au service des nazis retenus cm All emagnè. entretient des relations avec Skorzeny. Je la connai ssais depuis les procès de Nuremberg. Avner Less. le dictateur argentin qui. il reprenait visiblement la tactique qu 'avaient suivie les accusés de l'époque. 1" septembre 1994. l'homme d'affaires muni chois qui a ouvert dans la ché bavaroi se une maison de commerce arabo-africaine servant surtout de boîte aux lettres. 8e1fond. 40. li dirige une maison d'édition qui Ilublie notamment un périodique néo-nazi. Il reprend ses activités. Et il parle. poursuit Avner Less. On soupçonne dès lors qu'une grande partie des fond s nazis cllmouflés en Suisse. Immédiatement après la fin des hostilités en Europe. Z l' a acheté ! Cet établissement s'est transfonné pendant le procès d' Adolf Eichmann à Jérusalem en QG de tous ceux qui en Europe vouIIlient aider le criminel de guerre nazi. » Les auteu rs d'un ouvrage sur l'extrême droite suisse ont 4voqué le finan cement de la défen se d ' Eichmann dans « une pi cc à trois personnages principaux ) : .Y. Personne ne devait parler. Z revient en Europe: il trouve un emploi de portier dans un hôtel du Tyrol. chef des actions spéciales de la SS. ~ptembre '994 et 7 février l m. raconte François Genoud. je prêterai s foi à ses mensonges et à ses tentatives de dissimulation. Quand l' hôtel a été mis en vente.« 39. Entre tiens avec l'auteur. au Liechtenstein et en Thrquie a été transI~rée en Argentine par Z et Peron. ] Z est en contact avec Juan Peron. lui. Entretien avec l'allteur. )) Mais Eichmann est interrogé depuis le 29 mai. Je me suis occupé de cela à contrecœur 4 '. qui avait été l'avocat de Sauckel et du Corps des dirigeants politiques au procès de Nuremberg.

posé sur le cercueil. une parente d'Eichmann a servi d ' internlédiaire. Ln SlIisse. sous le règne de Vincent Auriol Jusqu'en 1953. et des pourparlers discrets 42. pour l'acqui sition des droits à percevoir sur les "Mémoires" de son parent incarcéré à Jérusalem. puis chargé de mission auprès de Guy Mollet. Mais il parvint à faire reparaître son Pilori. Plus tard . Son nouveau journal ne connut pas le succès de l'ancien. nO29. écrit-il. de retour à Lausanne. L'Union nationale. O. les Français ne pouvaient plus négoc ier avec lui. 7 mars 1995. Qu 'cst-ce que le patron du SDECE allendoit de ces conversations avec Genaud ? « Je n' ai jamais fait autre chose que de lui donner mon point de vue. 191 .et Z. L' E. lui rend un hommage plus appuyé: « Le chef disparaît ». Un drapeau de l'Union La guerre d'Algérie bat son plein. avantMuerre. il avrut repris ses activités littéraires. un banquier suisse. G. 46. Georges Oltramare avait « maintenu devant le Tribunal fédéral érigé en tribunal d'épuration sa profession de foi d 'avoir toujours agi pour la Suisse et pour l'Europe . N'était-il pas le seul chef de Suisse romande demeuré sur la brèche? Nous avons pris congé de lui. 190 entre belligérants débutent sur le territoire suisse. Certains thèmes en moins. Avant de diriger les services spéciaux français. cit. nous dev ions nous employer à les faire Ii bérer 47 . septembre 1960. ils avaient fail 1:1 pire soui se qui soit. directeur général du SDECE. Jean Bauverd. Gaston Amaudruz. qui occupe celle fonction de septembre 1957 à février 1962 46• Grossin est une fi gure socialisante de la « Piscine ».» Georges Oltramare meurt au mois d'août 1960. op. un point de vue général sur la situat ion. La banderole d ' une couronne proclamait: "Fidéli té au Fidèle". l'antisémitisme ou la défense du petil commerce par exemple. . nOie Roger Joseph. C'est à cette conférence que. par le truchement de Y et de son entreprise. MlU: Syfrig el Ouistian Defaye. avait nettoyé les rues genevoises des communistes. Un autre Lau sannois. L'Europe rédie. mais le prétexte choisi pour lui remettre l'argent a été de lui offrir un gros montant. Je lui ai ex. /932· (939. Le banquier suisse X a été la clé de celte opération 42. 44. témoigne sur la vie de son ancien camarade dans le journal La Suisse"".X. que Genoud n'i gnore pas: 43. au passage du cercueil. Après avoir échoué dans n Ire tenlat ive d 'évasion. avec des hauts et des bas. les mains se levèrent pour le /IICul salul qui entrât en Ligne de compte: le salut romain 45. 47. 28 3001 1993. « La fonnul e en fut la même qu'avant la guerre. 43.pliqué qu'en enlevant les cinq chefs du FLN. des sommes venues de Suisse ont pu être affectées au financement de la défense d' Eichmann. Ëd. .. Pour les besoins de la cause. mais les temps avaient changé. Enlrelien avec l'auteur. n parut néanmoins avec une certaine régularité et ne s'éteignit qu 'avec son rédacteur "3. il a été secrétaire général militaire de la présidence de la République. Tribune de Lausanne. » nlUionale.rlr~me Droite en Suisse. » Jean Bauverd. En décapitant le FLN. l' un des leaders du Nouvel Ordre Européen.» Ces di scuss ions de portée générale ont au moins une conséquence pratique. témoignait que le disparu était resté "le Chef'. Revenu en Suisse en 1957. 173001 1960. En 1958. L'une de ses conférences sur Sacha Guitry fut interdite par le département Ju stice et Police de Genève. Celte rencontre de Genoud et de Grossin a lieu sous les auspices de la veuve d' André Diethelm. EllIff:IÎen avec l'alIIeur.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L'OMBRE . Une palme portait la signature "Les Lascars" : amsi s'appelaient les membres du service d'ordre qui. Roger Jose ph. François Genoud est entré en cont act avec le général Paul Grossin. ministre de la Guerre du gouvernement fran çais. n'avait rien perdu de sa verve satirique. répond François Genaud.

note Genoud. se déclarant mandatés par l'une ou l'autre panie. «Cela m'a peu t-être év ité d'être liqu idé par la "Main rouge" ». offrant leurs services de l'lin et d'autre. Les pourparlers discrets abouLissent. hd du département politique fédéral 49. où il est reçu de manière offi cielle el amicale.r en A/gtlrie. Pour François Genoud. Raymond Nicole! estl'!lOmme de confiance du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) à Genève. dans la lignée des grands avocats d'assises. « Nous avons passé côte à côte nos années d'enfance » . Michel Debré. « un ennemi mortel 48 » . Olivier Long. Entretien de François Genoud avec J'aUleur. qui s'oppose à celu i du GPRA . Entretien d'Olivier Long avec l'auteu r. 1989. ministre des Affaires économiques du GPRA . essayant d'établir des contacts avec le mini stre Joxe el ses se rvices. Me BoumendJe!. GO/(I'erner. l'avocat prend une longueur d'avance. Ahmed Francis. « De Gaulle avait compris que l' Algérie ce n'était pas la Fmnce. si l'on en croille diplomate suisse Olivier Long. Me Jean-Flavien Lalive. Tunis et Genève. 193 . le 19 février 196 1. des tentatives algériennes de renouer le di alogue avec la France après l'échec 48. Les conc ili abu les avec Gross in s'é largissent à des rencontres avec le gendre du général de Gaulle. négociations de Melun. Un émissaire du SDECE dit avoir vu à Genève M.« Des émi ssa ires se promènent entre . Louis Joxe. En quelques mois. qui soutlent plutôt le clan des chefs historiques du FLN détenus à la prison de la San té. les soutiens aclifs aux nationalistes algériens se comptent sur les doigts de la main.» Olivier Long a sa boite secrète. Sur la place de Genève. Commandant du 4 e régiment de chasseurs en Algéri e de 1956 à 1958. tous deux contactent le diplomate Olivier Long qui prévient auss itôt Max Petitpierre.. à une première rencontre secrète à Lucerne entre l'ancien chef de cabinet du général . le diplomate VI mettre en place un dispositif de pourparlers qui conduiront I UlI. accords d 'Év ian. devenu directeur général de la banque Rothschild à Paris. ministre de l' Intérieur. pénaliste réputé. Le 25 novembre 1960. il fait figure d'excentrique et d'original . Taïeb Boulahrouf. KC souvient Michel Debré. qui J'aurait reçu et l'aurait autorisé à fai re état à Paris de ce contact. et son épouse font aussi partie des relations des Long. Joxe en déclarant qu ' il est chargé "'une mi ss ion secrète par les dirigeants algériens. Le travail d'i nfluence de François Ge noud se pro longe donc jusque dans les allées du pouvo ir. en présence des deux avocats. Dans la société genevoise qui lui reconnaît ses talents d'avocat. Ses parents ont fort bien l'OltOu les parems de Michel Debré. puis à l'état-major. SO. . Premier ministre du général de Gaulle à l'époque.-"ris. Office des publications uni ver:sitaires. Brillant avocat. Une querelle d'influence s'est installée entre icolet et Genoud.. dans ses M émoire s~51.. dé légué général en Algé rie. Albin Michel. 1988. Une mission suisse l'Our la pai. ne serait-ce que par ses nombreux cont acts avec l' Afrique ct le monde arabe.LE BANQUIER NOI R LA BANQUE DE L'OMBRE elles constituent une protection. Alger. Un journaliste suisse est très actif à cet égard. Les mères ont fait leur médecine en&CmbJe. Raymond Nicolet continue à servir d'intennédiaire avec La voie des négociations est ouverte par un autre canal en 1960. I l juillet 199 1. 14 mars 199 1. selon ses propres tennes. spécialiste des règlements internationaux. Ce jour-là. Nicolet est. et Taïeb Boulahrouf accompagné de l' un des négociateurs de Melun. Le 23 décembre 1960. 5 1. Ol ivier Long rencontre pour la premi~re fois le représentant du GPRA à Rome.jQn. note-t-il. l' un des arti sans des accords d' Évian. u Dossier ucre/ des accords d'ÉI. Le résultat de ce "grenouil1age" est qu'à Paris l'on se demande si la voie nuverte par la Suisse est la bonne et ce que valent les autres so . rapporte Olivier Long. li s 'est ouvert à l'un de ses confrères. Il " essayé de voir M. le colonel Jean de Boissieu. 192 49. . . de Boissieu officie en 1958 au cabinet de Paul Delouv ri er. il a très tôt noué des contacts avec le GPRA à Tunis. contrairement à ce que l'on disait à l'époque ». Paris. Georges Pompidou.

le Suisse fail la connaissance de plu · Icurs membres du «collecti f des avocats ».» Les visites de François Genoud sont régulières et se poursui vent après le déménagement vers Aulnoy. La sécurité demeure sé vère. près de Paris . "oh peu au processus. en effet. Lors de ses visites. cité. Paris. Bien que ministres sur le papier. lé château de la Fessardière est un tournant dans les co~ d i ti ons de détention des leaders algériens. Jean Jardin par exemple. des combattants de l' intérieur S3. alors qu'une longue incarcération en général aigrit plutôt les prisonniers Sl . L' flebdo libéré. Ses stratégies judiciaires. les efforts déployés par le Gouvernement provisoire. mais le limiter dans sa portée et dans le temps. De retour à Paris. j'obtiens l'autorisation de les rencontrer. D' autres personnalités proches du gouvernement ont pu également faciliter un sauf('"nduit à François Genoud. Les genlles de conflit au sein du FLN sont déjà là. Certes. C 'est le fils de Mohammed UtJudi af. L'enfant lui est tonlié et il restera hébergé par la famill e Genoud à Lausanne dur. le 20 mai. ils ont une entière confiance J'un dans l' autre. Impossible de voir les « historiques» sans un feu vert au plus haut niveau. puis membre du Parti communiste ~ n 1945. S'OUVTC la première conférence d 'Évian. les nouvelles qui nous arrivaient de l'extérieur me peinaient profondément. souvent débattues au sein même du « collectif des avocats ». en 196 1. Mais il connaît d jà Jacques Vergès. explique-t-il. Us sont unis. « En 196 1. Les avocats de gauche s'aftir- L' arrivée des leaders du FLN à Turquant. venu rendre vi site à son père. il est secrétaire de l' Union internationale des étudi ants à Prague. puis à Aix. explique Ben Bella. Ahmed Bell Be/la. il faUait faire le GPRA. par messagers interposés. 1965. Gallimard. François Genoud repart de Turquant IIccornpagné d'un enfant de dix ans. Le GPRA se comportait . au momen t où les premiers pourparlers de paix semblent engagés. en mars 196 1.LE BANQ UIER NOI R LA BANQUE DE L'OMBRE Tunis. précédemment éC\?ués à Fresnes. Tandis que nous nous "huons sur un plan international. Elles sont la preuve de la bienveillance dont le Suisse a bénéficié de la part des autorités françaises. ne serai t·ce que pour qu ' ils participent un tant . Le général Grossin avait naturell ement un pouvo ir discréIionnaire sur les visites aux prisonniers. les cinq regardent avec scepticisme. et mes affinités avec Khider et Ben Bella se renforcent. Jacq ues Vergès a étudi é et milité à Pari s aux côtés tlt: Pol Pot à l' université. et sans construire un apparei l qu. en fonl un garde rouge au palais de justice: la défense de rupture est née. Ses années pra· guises et ses contacts dans l'appareil kom internien son t à J'oriRi ne de ses pérégrinations tiers-mondistes. f( Pendant tout le temps que dura notre captivité. raconte·t·il. De 195 1 à 1954. Car il est évidemment ~2 .mt près d'un an et dem i. et ses res· ponsables jouaient déjà aux ministres. en portant plus d'auen· tion à la lutte diplomatique qu'aux appels au secours. dans le Maine·et· Loire. Un jour d'été. Roben Merle. j'entre en relation directe avec les cinq qui ont été transférés à Thrquanl. » Lieu de colonie de vacances pour les enfants de magistrats. 194 195 . Celle fréqu entation des chefs historiqu es du FLN débute plu!'. Dès ce moment. Il étai t indispensable au hon déroulement des négociations qu'un peu d' air soit donné nux prisonniers. « Tous les avocats de la gauche invoquent en pennanence la onstÎtuti on françai se. 53. Kerdine. au château de la Fessard ière. le conlact est très étroit . Après plusieurs mois de négoc iations secrètes. d ' un an avant l'indépendance. et les pièces sont • ""norisées» par les services spéciaux . U'i parcours de Genoud et de Vergès fonnent un joli contraste. marque le début des vi sites de François Genoud aux pri sonniers. :ut. en gouvernement. I ~ ngagé dans la Résistance. voire hostilüé. il (Jev ient avocat et rapidement le plus chevronné des défenseurs du FLN. arrivé en Suisse au début de l'année 196 1.i dégénérait de jour en jour en mandarinat politique. souvent désespérés.

Paris. Miuerrand dans cou loirs. aux Édi tions de Minuit. Jacques Vergès passe pour un « militant de palace ». !5!5. En janvier 1960. r<lco nte Isabe lle Vichniac. Il expliqu~ 197 . Ibid. rougissent. et lluohfiée d'. Il m'était antipathique. correspondante du MOI/de • Oenève.« Andrée Bloin. et que j 'ai eu l'occas ion do le rencontrer. alias Pablo. Pui s. Éd. Djamila Bouhired nous a dit la même chose. des insignes. Défense. En décembre. les soutiens logistiques les plus divers au FLN : cachettes. op. il n'y a plus de dialogue.'ai ramené une fois à Orly. il est suspendu pour un an par le Conseil de l'ordre des avocats et quitte alors la France pour la Suisse. mais il était ministre de la Justice et mini stre de l'Intérieur chargé de la répression. Le magistrat dira: " Vous êles des citoyens fran çais.. du Seuil. démocratique. Herv~ Hamon et Patrick Rotman. faux papiers.» A Genève auss i." Nous: "Ce sont des citoyens algériens !" Le magistral: "Vous avez constitué une association de malfaiteurs. Vergès publie Pour Djamila Bouhired. « J'ai rencontré Genoud. 1979: rééd . cil. Albin M ichel.. annes. » En novembre 1957. Genoud est entré en relation avec les dirigeants du FLN. des Cllfiches.] Dans les procès que les gens de gauche conduisent.. Jacques Vergès... Il Ya des chemins qui se croisent . Genoud et jto n'en rougis pas. am icale. dirigeant de la Ive InternationaJe. 196 En dehors du « collect if des avocats ». animés par des cercles de gauche ct d 'extrême gauche. François Genoud à propos de sa relation" faite de respect mutuel .. C'est ainsi que M. des drapeaux." Nous: "Il s ont accompli sur l'ordre de leurs chefs des actions de guerre. Je n'appréciais pas sa mine. C'est le cas de Michèle Beauvillard. » !54. « Je l' ai rencontré à Aulnoy.. contre la violence d'où qu'elle vienne. et de manière souvent très cloisonnée. où il se met au service des mouvements indépendanListes africains.» Certains avocats. avec Rapt is.. accusation et juges sont d 'accord sur l'ordre public concemé." Nous: "Ce sont des r€sistants qui ont constitué une association de résistance !" Le magistrat: "Vous avez accompli des incendies volontaires et des hom icides volontaires. roll. Vergès provoque en duel le commandant Girard. 57. pourtant . dans les milieux proches du FLN . sa future épouse. 7 mars t 99!5 . [. Je . ] Pour nous l'Algérie n'est pas la France et les Algéri ens sont des résistants. !57. • Points JO. condamnent auss i bien celle du FLN que la violence de l'année française. eux. François Genoud fr~quente bien peu les réseaux français de soutien au FLN. J'ai rencontré M. républicain .. Le Salaud lumineux. Le livre plaidoyer conduit à la grâce de la condamnée. J'aurais préféré rencontrer M." C'est ce que j'appelle la rupture Sol. explique Jacques Vergès.. après la condamnation à mort de la militante algérienne. mai s ses choix sont à peu près incontestés dans la galaxie tiers-mondiste. Les Porteurs de l'olises. Lo résistance {mnr. je n' ai pas à le cacher. à ne pas exprimer de débat contradictoire. Avec nous.LE BANQUlER NOIR LA BANQUE DE L'OMBRE ment. se souvientr lle. dont les liens d 'amitié avec Genoud perdureront longtem ps après la guerre d 'Algérie 56. l'ordre public fran çais. avec l'écrivain Georges Arnaud . Le résultat considérable des collectes de fonds dans la communauté algérienne en France est !56. 1982. e"it la première personne qui nous ait dît que Genoud était nltli ». A l'excepuon notable de Michel Raptis. [ .tlise à la 8uerre d'Algérie. Ce sont deux monologues qui ne se rencontrent jamais. Un dialogue entre eux est possible. la secrétaire de Sékou Tou ré. commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Paris.. Je l'ai rencontré parce qu ' il rendait des services importants: il étai t l' un des directeurs de la Banque commerciaJe arabe de Genève S5• La aloque commerciale a accepté d 'ouvrir des comptes pour le N dans ses bureaux . un bouche à orei lle met discrètement François (Jenoud à l' index. muis aussi transports de fonds . Entretien avec l'au teur. « Elle avait vu de drôles de choses chez lui . Les réseaux des « porteurs de vali se)} offrent clandestinement . il s amènent l'accusé à se taire. dans les couloirs du FLN.. Le conflit relève des loi s de la guerre..

quand s'ouvre le procès d'Adolf Eichmann à JérusaJem. Un homml' d part. op. Mai s les fonds étaient alors gérés directement par le FLN. du Seuil. Après l'arrestation d'Henri Curiel en octobre 1960. les fonds sont livrés aux Algériens à Genève. Paris. 198 François Genoud ne délaisse pas l'action. explique Georges Mauéi. 20 novembre 1990. » L'argent pouvait repartir vers une autre destination : sur des omptcs de la Banque commerciale arabe. « Roselle se rend à la banque genevoise el relire le mOniant du derni er virement. C'est le moment critique. Entretien avec Joseph Hazan.5 mars 1991 . Le Croissant et la Croix gammÜ. » « Après les accords d'Évian . raconte Gilles Perrault dans sa biographie d' Henri Curiel. sans protection . notent Roger Faligot et Rémi Kauffer 60• En réalité. j'allais remettre l'argent à Henri Curiel qui le faisait passer en Suisse5\!. et cherche des yeux le. cil. Les fonds. puis transporté en Allemagne et en Suisse. ce choix pouvait en outre être motivé par de strictes raisons de sécurité. explique-t-il. En avril 196 1.58. le compte bancaire suisse 61.militant algérien préposé à la réception. . l' un des lieutenants de Curie l 63• El. effectivement.59. 60.4 milliards d'anciens fr:mcs à la F~rati on de France du FLN en 19. ce juif communiste égyptien (Henri Curiel) expulsé de son pays en 195 1 cl ce nazi suisse (François Genoud) ami des gouvernants égypti ens ». Seule. 1984. n finit natureIJemenl sur des comptes numérotés à Genève ss. 1986). 199 . 11 confinne leur dépôt par son réseau dans un grand établissement de la place genevoise. en la raccompagnant • la porte. Entretien avC(. Nous avions des planques où nous recompti ons l'argenL. Dans une deux ième étape. dans La 7" Wilaya. tous les témoignages font état d'une centralisation des fonds du FLN à la Banque commerciale IIrabe dès le mois d' août 1962. Je rencontrais le fondé de rouvoir qui savait que j 'étais accrédité. » « L'ironie de l'histoire a voulu que travaillent sinon "ensemble". pour ne pas meUre en danger les fonds dans ce qui n'étaÎl encore qu' un petit établissement très survei llé. déposés au nom dc Mohammed Khider.ilouties dans de coûteux achals d 'annes (Ali Haroun. la collecte des foods aurail apponé 4.LE BANQUlER NOlR LA BANQUE DE L'OMBRE centralisé par eux. Rosette sort dans la rue sa valise à la main. qui crédite aussitôt. 2. l'auteu r. 61. et que je venais visiter régulièrement pour savoir où en était le compte 62. 20 novembre 1990: el Gilles Perra ult. J'envoyais un cou. Et l'autre signature était l'cllc d'une personnalité algérienne. et moins encore quand il s'agil de voler au secours de ses camarades. Un employé impassible bourre une nlise de billets de mille fran cs sui sses.rrier qui revenait avec une valise de 30 ou 40 milljons de fran cs. l' un des responsables du réseau Curie!. ta expliqué Joseph Hazan. Barrault. « Un responsable algérien me donnait un ou deux lieux de récupération. . Entretien avec l'auteur.lu FLN ». Déduils les frais de fonclionnemenl. 63. et 4. du moins "dans la même filière". l'argent acheminé par les réseaux Jeanson et Curiel n'est pas allé dans les coffres de la Banque commerciaJe arabe. Il change à chaque rrmise de fonds. <d 'avais ouvert là-bas un compte doni j' avais la signature. ou encore d'autres comptes bancaires. Jehan de Wangen supervise à son tour les transferts de fonds en Suisse. si l'on en croit les témoignages des anciens «porteurs de valises ». Puis. 6 ffvrier 199 1. L'argent est alors versé lous les mois à Paris au correspondant d'une banque genevoise (l ' Union de banques suisses).59. Cu riel ne prend en charge les transports de fonds qu'après la ch ute du réseau Jeanson au début de l'année 1960. 62. deviennent aJors le « trésor de guerre . Ed. Le directeur ne manque jamais de soupirer: "Faites très attention". Sommes parfois vite el1. on nous a demandé de procéder l'envoi mass if de toute la somme sur une banque arabe » . Honni s les différends idéologiques év idents entre ces réseaux et les réseaux Genoud..9 milliards en 1960. soulignent les porteurs de valise. Entretien. par un jeu d'écritures.

Dans Degrelle persiste et signe. Entretien avec rauleur. 23 septelllbre ] 995. Zvi AJdoubi n'a aucun mal à recruter un commando déterminé. Mais Zv i Aldoubi est bien le chef du commando. le lendemain. dans son livre. Paris. 20 1 . que les chasseurs de nazis les plus documentés croient encore vivant. L'objectif avoué d'Aldoubi est de remettre Degrelle aux autorités belges. armcs. qui. Jgal Mossensohn. En réal ité. baptisée « Tarte à la crème» par une curieuse prémonition. "plique Michel Bar-Zohar.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L·OMBRE il sauve Uon Degrelle d' une tentative d'enlèvement. 200 f 67. j'avais à côté de moi un j uif en train d'expliquer à un autre comment. Dans les années soixanle. J'ai quand même grimpé dans le train tout de suite. « L'idée hd vint de frapper un grand coup et d'accomplir lui-même. a déjà réalisé un scoop de première grandeur en publiant dans le magazi ne Look. cil. Le résistant belge fournit de nombreux renseignements à Zvi Aldoubi sur la résidence espagnole de Degrelle. ]99 ]. Hubert Halin est par ailleurs l'auteur de plusieurs notes d ' informations confidentielles sur François Genoud . » Genoud s'enorgueillit de son rôle dans l'affaire: « C'est le seul échec répertorié des "Venge urs" ». Je dînais dans un restaurant.unité d'élite de l' armée-. un journaliste et deux ~n c i e n s policiers. etc. « De conlact en contact.' (lU à/ael' avec le rexisme.'ngeurs. il affirme avoir été « très exactement » tenu au courant du projet dans les trois mois qui ont précédé la tentative de rapt. L'opérati on. Léon Degrell e doit une fière chandelle à Genoud. l'un des prrnliers récits de J'enlèvement d'Adolf Eichmann 61. le chef du com mando court imprudemment de rcndcz·vous en rendez-vous. On peu t douter du hasard « absolument extraordinaire » qui avait fail dîner François Genoud à côté de la table des organisateurs du rapl. Tout le réseau de la Seguridad espafio la a été déclenché immédiatement 6S. U (m Degrelle persisll' el signt. à trois mètres de la table où fut fix é définitivement le plan de mon rapt. Zvi Aldoubi réussit à convaincre un haut fonctionnaire.là. toul en mettant au point les détails techniques de l'opération (yacht.. il n'est qu'un ancien agent du Shin Beth . voiture aménagée. C'est un fiasco total. qui accepte sans hésiter de prêter main-forte HU commando. dit-il 66. devenu journaliste. Les Vengeurs. « Un de mes inform ateurs. En France. Reste qu'cn se présentant à New York el à Paris comme représentant 1" loI0uvemement el les services spéciaux israéliens. Stock. Voir notamment Miche] Bl1r-Zohar. 1968. Paris.t-il . s'était même assis. Fayard .). un groupe a préparé le rapt du leader rexÎste dans le plus grand secret. à IOn lour. Wim Dannllu et L&m Degrelle. Son second I!~I un écrivai n israélien. Il en est ainsi d'un rés istant belge. puis en librairie. A Paris. qui évoque te «fiasco Degrelle. Degrell e en fa it à tort le « sous-directeur général de la SOreté israélienne ». dans un restaurant de Lausanne. ri l'a souvent remercié à ce sujet. il partait pour te rapler.. 66. J'ai su le surlendemain qu'ils arrivaient aux Pyrénées catalanes 64. op. J 'ai su à la minute que le lendemain même les Israéliens parti raient. et bénéficiant de l'appui de l'inter- 64.le contre-espionnage israélien -.» Dans un autre livre d 'entretien. puis c~ pilain e dans la police israélienne. Les Vl. à telle enseigne qu ' il arrive au mois d'avril à Lausanne. 65. qui traduisent bien son engagement de contrer à tout prix les réseaux nazis qui se sont reconstitués. lIubert Hal in.: mais au~si Dan Raviv CI Yoss i Mclman. . il s 'appelait Zvi Aldoubi . Degrelle affirme avoir été prévenu un peu différemment: « Je reçois une lettre d'un écrivain suisse qui s'appelle François Genoud: "li s'est passé une chose abso lument extraordinaire. des prouesses qu'il pourrait exploiter en librairie ». autrefois lieutenant dCb b:uaillons de choc du Palmach . Mais. dont un ancien garde du corps du généml de Gaulle ! Il s'appuie aussi sur des réseaux de résistants. une fois obtenus ses aveux complets sur la cachette de Martin Bormann. Tous les (lspions SDIlI des l''inces. Le Scorpion." Je n'avais jamais entendu ce nom-là. donl certains éléments n'ont pas perdu l'envie d'en découdre uvee les anciens nazis. Ce type. explique. est organisée par deux anciens membres des services spéciaux israéliens.

Ces messieurs du GPRA n'étai ent guère enchantés de nous retrouver. patatras! La police espagnole. les retrouvailles furent glacées en desso us. « Dès que nous alterrÎmes b Genève. el t'un de ses camarades françai s à six ans. l'initiateur des négociations d 'Év ian. Attendus au Maroc. leur a sauté sur le râble! Être plus malin que les juifs. racont'e Léon Degrelle. 23 septem bre 1995. qui lui fournit un supplément d'informations sur Degrelle et sur Bormann . ils ne purent découvrir le traître » . dont le livre est paru en 1968. fils de l'ancien commandant en chef de l'année sui sse ». » Les accords d ' Évian sont s ignés par les représentants du . rarmi les républicains espagnols de Paris. j'ai compris 68. Robert Merle. 70.1. « Se fai sant passer pour un journaliste libanais. mis lU ourant des intentions du commando.LE DANQUIER NOIR nationale des barbouzes. et que tous les chiens du voisinage avaient été empoisonnés afin qu'il n 'y eOt point d ' alerte. 202 203 . Ils préfèrent prendre d ' abord le chemin de la Suisse.. les autres membres du commando s' interrogeront longtemps pour savoir qui les a trahis. Face à Évian qui se trouvait de j'au tre côté du lac et où les négociations s'étaient déroulées. 7 t . « Mal- LA BANQUE DE L'OMBRE R~ lautes leurs enquêtes. cit.N el du gouvernement fran çais le 18 mars 1962. ex ulte Léon Degrelle. gardée par la gendanneric suisse. » On a compris l'erreur du commando: demander conse il à Françoi s Genoud dans l' intention d'enlever Léon Degrelle. op. et quand j'ai su qu ' il partait en Espagne. Le Dossier secret dtls accords d'Évian. Aldoubi est condamné à neuf ans de prison. Le 10 aoOt déjà. Zvi Aldoubi est arrêté à la frontière. Tout n'était que regards obliques. prévenue par mes soins. ça fait plaisir 69 ! » Le 3 juin 196 1. un agent double. cit. survolée sans arrêt par des hélicoptères. les Suisses nous prirent en charge et nous conduisirelU au Signal-de-Bougy. op. Ben Bella el les chefs du FLN sont aussitôt libérés. Il y régnait une atmosphère qui m'étouffait. La procédure ne voit même pas apparajtre le nom de Léon Degrelle. il réussit même à rencontrer à Lausanne un certain Genot. lorsque mes rapteurs sont arrivés au stade final. pour avoir « t'enté de créer un mouvement subversif en Espagne ». raconte-t-il. il se serait trouvé. explique Michel Bar-Zohar. et plusieurs membres du com mando près de Séville et à Barcelone. J' ai découvert qui il était . nazi suisse. alors que déjà les lignes téléphoniques et électriques avaient été coupées autour de ma propriété de ConstanlÎna par deux complices communistes. C'est un peu comme se renseigner à l' ambassade des ÉtatsUnis pour préparer le kidnapping du président américain .)). Olivier Long. De retour en France. entourée de fils de fer bar1 lés. se souvient François Genoud. ans de prison notrc premier contact avec la réalité et nous la trouvâmes amèrc. » Présent dans l'hôtel qui accueille le futur chef de l' État algérien. rires faux et chuchotements 71. le Signal-deBougy étai t une véritable forteresse.. • Scion l'hypothèse la plus vraisemblable. Cordiales en surface . 69... cil. il «excluait Ioule possibilité de recommencer. qui a rencontré plusieurs membres du commando. Entretien avec l'auteur. Je ne passai que deux ou troi s jours au Signa1-deBougy. Ahmed Ben Btllla. voit l'événement d'un tout autre regard: « L'entassement au Signalde. » « Alors qu ' ils se croyaient en train de gagner la partie. où le aPRA nous attendait.Bougy es t cons idérable. puisq ue officiellement les autorités espagnoles ne reconnaissent pas sa présence sur leur terrÎl'Oire.. op. cIl plique Michel Bar-Zohar. raconte Ahmed Ben Bella. Ahmed Ben Bell a aurait déclaré qu'après« avoir passé cinq ans en priM)n pour être monté dans un avion d 'Air Maroc». L' hôtel a plus que 68. Aldoubi obtint l'aide du colonel Guisan. Olivier Long. « n m'a parlé de Bonnaun. Ce fut après ces six. Lion Degrelle persiste et siglltl.

puis lout au long des années de guerre. Les chefs algériens doivent fi xer la date du voyage avec le Suisse. cÎté. Notre protection sera dlM. A Rabat.. Fronçois Genoud nous a confirmé son rÔle lors d'un entretien. « Je les ai vus apparaître sur la passerelle. ni ce lui de la compagnie 72. el c'est avec joie et ~ulage m e nt que je les ai accuei llis. avec des noms d 'emprunt ». Probest [des Affa ires étrangères suisses] s'est Interposé pour l'empêcher d'aller plus loin.rètement assurée par la poUce suisse.. Ma surprise a été grande lie ne pas voir Boudj af parmi les chefs algériens [ . le 1er septembre 1994. François Genoud réserve six places dans l' avion.. de la date exacte de leur arrivée. François Genoud est devenu l' intennédiaire obligé des Égyptiens auprès des Algériens. Un jeudi . Abdel Nassu el/a Rél'oill/ion algérienne. je n'ai pu rencontrer le regard de Ben Bella. a voulu descendre. ] Lorsque notre ami suisse. mais venant cette fois de l' OAS. elles conduit à Zurich. 204 ~ ric nn e.. 73. Un jour avant le départ . Fathi al·Dib. cit. analyse François Genoud. al-Dib télégraphie aussi tôt à 7!J. L'ambassade se charge des visas.» Le voyage des cheFs du FLN de Rabat à Zurich puis au Caire est organi sé avec une précision d' horloger par Fathi al-Dib. Les autres indépendances ont été concédées à cause d 'eUe. Puis la Belgique a suivi la France . mais . ] J'aperçois le vice-président Ben Bella qui arpente la terrasse en compagnie de Rheda Malek. 74. L'épisode de leur libérat. 73. La conversation s'engage de façon détendue et amicale.. EntretÎen avec l'auteur. cinq pour les Algériens. dès les débuts de l' insurrection. Nasser est devenu le grand leade r arabe par la guerre d'Algérie. Les autorités suisses quadri lient l'aéroport. U avise auss itôt Fathi al-Dib. L'Algérie a été le moteur de la décolonisation. L'/febdo libéré. raconte Fathi al-Dib. nos voitures diplomatiques viendront chercher les pasIli Agers directement sur la piste et nous parti rons auss itôt pour nia rés idence d 'ambassadeur à Berne. Je suis cependant frappé par le fai t que. Ahdel Nasser el/a Rho/II/ion alglrienne. une pour lui. il se rend à l'am bassade d'Égypte porteur d' une IInre secrète remise par le major «demandant d'établir ci nq pu!ICports diplomatiques égyptiens sur lesquels seront apposées 1. Le major a été nommé ambassadeur d'Égypte à Berne par le président Nasser. 205 . Il me dit qu ' il a tenu à passer ses premiers jours de liberté en Sui sse. op. mais avec cene almosphère de joie qui caractérise le retour des grimpeurs après le succès d 'une ascension longue el difficile. cit. Puis il prend place dans le Boeing spécialement afFrété pour transporter de Genève à Rabat les fu turs dirigeants algériens.. » Le 28 mars 1962.L E BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L'OMBRE jam ais l'aspect d'un reFuge de montagne. «C'est la guerre d' Algé rie qui a fait ce que Nasser est devenu . par téléarllmme au nom d'Ahmed Abdel Rahm ane (c'est le pseudonyme de Ben Bella). Le Caire attend aussi les chefs du FLN avec impatience.1 photos des cinq leaders algériens. op.. Le major a tout prév u : « Dès l'atterrissage de l' avion à Zurich. où il s atterri ssent à 23 h 30. qui élait accompagné d' une Française. Les passeports sont "'mis à Franço is Genoud. tout au long de mon entretien.» A l'ambassade d 'Égypte. 1'" septembre 1994. an. » François Genoud participe lui aussi aux «retrouvailles dans la li berté» au Signal-de-Bougy 72.ion le montre de manière éclatante: François Genoud se met en quatre pour satisfai re les im pé ratifs de sécurité du major al-Di b 74. Par sa fréquentation assidue des prisonniers. Le pouvoir égyptien n' a pas ménagé ses efforts en faveur des nationalistes algériens. François Genoud quille Rabat avec les cinq leaders . [ . M. Je suis alors intervenu avec Ben Bella pour dire qu' il s étaient des amis. La hantise des Égyptiens est de voir se reproduire un enlèvement comme en 1956 ou un attentat. de mani ère à prendre le vol direct RabatZurich de la compagn ie tchèq ue. Les cheFs algériens rcMeront là deux ou trois jours pour nous assurer que leur présence en Suisse n'a pas été repérée 15. ans préciser le nom de l'aéroport . Fathi al-Dib.

LE BANQUIER NOIR Nasser pour lui annoncer « l'arrivée des frè res algériens sains et saufs à Berne ». Le 3 1 mars 1962. Ramdane Redjala. sur trois stratégies concurrentes pour la prise du pouvoir. seu l l'état-major avait une stratégie et des vues bien arrêtées 16. L' Harmattan. chef de l'é tat-major de l'ALN des frontières depuis janvier 1960. près du palais d'été. 1988. le Gouvernement provisoire de la République algérienne (G PRA) s' instaUe à Alger et destitue le colonel Boumedienne e t deux de ses adjoints. Le cortège est parti vers Le Caire. Benyoucef Ben Khedda. 18 mai 1990. il donne une réception chez lui à Lausanne. avec 99.» Et. le «bloc de Tlemcen ». Le frère de Mohammed Boudiaf. à la fronti ère algéro-marocaine.» Les problèmes ne font que commencer pour les leaders algériens. et bientôlle « Bureau politique ». rapporte Fathi al-Dib. De Tizi Ouzou où ils se trouvent. Emmené par Ben Khedda. 207 . deux leaders historiques. sous les ovations d 'une foule ~ire. « aucune des fractions en présence n'a pu recueillir les deux tiers des voix nécessaires pour prétendre il une légitimité quelconque » . constitué le 22 j uiUet e n présence de Ben Bella. directeur des Éditions de la Cité à Lausanne. Entretien avec l'auteur.72 % des voix. « Un responsable local du FLN m 'a dit qu' un drapeau nazi était pendu dans le hall d 'entrée. les clans commencent à s'affronter. Le 2S juillet. c'est Je début d ' une existence nouvelle: il est désonnais le proche conseiller des plus hauts responsables d' un nouvel État. L'Opposilion en Algérie depuis 1962. Pour fêter l'indépendance. Krim Belkacem et 1. « Une clameur s'est élevée de la foule et des applaudissements ont éclaté pendant que Nasser donnait l'accolade à ses frères algériens. t. e t enfin celle de Ben Bella. au Caire. Ben Bella arrive à Alger et s' installe dans l'immeuble « villa Joly». 76. a assisté à cette réception l . La première est défendue par le président du GPRA. quand se réunit le Conseil national de la révolution algérienne du 27 mai au 7 j uin 1962. Khider et Boumedienne. «On débouche. après un référendum qui . la deuxième est portée par le colonel Boumedienne. 6 Frères ennemis au pouvoir L' indépendance de l'Al gérie est proclamée le 3 juillet 1962. a massivement enté riné les accords d 'Év ian. La plupart des chefs du FLN présents en Suisse sont invités. Pour François Genoud. De cette coalition va naître. 1 : Le PRSCNDR el le FFS. rapporte Ramdane Redjala. » En Algérie. les chefs du FLN sont accueillis triomphalement à l' aéroport d ' al-Maza. Paris. à l'orée de l' indépendance. L'état-major fait entrer ses troupes en Algérie. En vérité. Be n Bell a el Khider s' y rallient. se souvient Nils Andersson. en traversant tous les quartiers jusqu'au palais de Toubeh. « J'ai refusé d'aller à cette réunion ». qui était responsable de l'organi sation en Suisse.

les premiers différends surgi ssent entre les deux principaux chefs du Bureau politique. Bientôt suivi par Nasser. Comme aux beaux temps de l' insurrection. écrit Fathi al·Dib. L'Opposilion en Algérie depuü 1962. Mais. li affione (~ regretter les circonstances qui avaient provoqué la rupture des deux pays ». C 'est pourquoi il avait demandé que je sois l' inteonédiaire dans cette affaire. Jardin joue sur du velours: il se déclare porteur d'un message de De Gaulle. Us acceptent un ca lendrier: élections à l' Assemblée nationale constimante le 2 septembre et réuni on du Con seil national de la Révolution algérienne dans les semaines qui sui· vent.. Son « ami suisse ). La France entame un processus similaire avec d 'autres pays arabes qui avaient pris fait et cause pour le FLN: l'Arab ie Saoudite. Gino. Voir Ramdane Redjala.. cit . Fathi al· 2. cité. . le 2 aoû t. en substituant à son nom le pseu· donyme de « Gino »4. général de Gaulle grâce au gendre du gé néral. Il rentre en Algérie.• et Mohammed Harbi. où il est rejoint à Tlemcen par Ben Bella de retour d ' Égypte 3. 1985. 208 209 . le co lonel de Boissieu . interrompues depuis 1956. n prend les choses en main . M. Jean Jardin! « Cet ami. explique+i1. l'a sollicité pour lui faire « rencontrer l'un de ses amis fran çais ». mirage el réalilé. AI· Dib et Jardin s'occupent seuls de la suite de la partie. rapporte le major. afin de procéder à l'élection d 'un nouveau Bureau poli· tique 2 . lA! FLN._se rend au Maroc. Le diplomate propose que leurs chefs d 'État respectifs profitent d 'un prochain discours pour parler l' un de l' autre en teones flatt eurs. m'avait appris que M. Et l'ami français n'est autre que . Jean Jardin affirme auss i à Fathi al· Dib que le général de Gaulle « connaît sa responsabilité dans J'affaire algérienne en qualité de responsable des affaires arabes ». raconte+i1 . Dans ses Mémoires. la Syrie et la Jordanie. 5. obtient l'appui de l'armée de J'ex téri eur dirigée par Boumedienne. Jeune Afrique. L'affa ire est conclue. il évoque le rôle de François Genoud dans les tractations. Le major et ambassadeur égyptien Fathi al·Dib a été contacté par les Français. ils se rangent à l'évidence: Je « Bureau politique) a gagné. » Nasser télégraphie son accord à l'ambassadeur. cit. Un commu niqué commu n annonçant la repri se des relations diplomatiques est déjà préparé. » L'ancien agent égyptien rencontre Jean Jardin en compagnie de François Genoud. et souligne que {( l'objet du désaccord a disparu avec J' indépendance de l'Al gérie » . art. dénoncent Je « coup d 'État » . Ce sera chose faite le 4 avril 1963. même de ses a~versaires. Trois hommes se retrouvent à Lausanne pour évoquer les modalités du rétablissement des relations diplomatiques entre l' Égypte el la France. François Genoud se range natureUement derrière l'étendard de Ben Bella et Khider : « Khider est dés igné secrétaire général du FLN car c'esye seul qui ait la confiance et le respect de tous. Ben Bella et Khider. En ce moi s d 'août 1962. François Genoud s'est brièvement tTansfonné en agent d'influence fran çais . Abdel Nasser ClIo Rél"ol14lion algérienne. « a rassuré tout le monde ». » La présence de Khider à la tête du FLN pendant cet houleux été 1962. Paris. « De Gaulle avait dit à Jardin qu ' il n 'avait aucun grief contre moi et qu ' il me considé· rait comme un militaire qui avait exécuté les ordres de son pays. François Genoud est donc à J' initiative. L" Hebdo libéré. 4.LE BANQ UIE R NOIR FRf:RES ENNEM IS AU POUVOIR Mohammed Boudiaf. De Gaulle ouvre les amabilités quelques jours plus tard. Jardin était devenu l' un des amis du A la fin de l'été 1962. J'avai s dit que je devais consulter Nasser et que je reprendrais contact aussitôt après. et les invite tous deux à déjeuner s. 3. lor septembre 1994). Franç ois Genoud a confirmé I"existence des traclations (entretien avec I·lluteur. op. op. Fathi al-Dib. raconte François Genoud.. Un premier rendez·vous a lieu avec le secrétaire du Quai d 'Orsay en présence de Jardin à Neuchâtel.

Sel on le rapport qu 'en fait l'ambassadeur. 2 10 7. d u Seuil. qui assume la direction légale du pays.l'arrnée n' hésitera pas à «en ternlÏner avec le Bureau politique et Ben Bella »). tous au nom de Khider. établir la comptabilité des fond s regroupés par Khider et ceux éventuellement placés dans d'autres établissements que la BCA. Secrétaire général du FLN. Mohammed Khider retrouve François Genoud et Zouheir Mardam au siège de la Banque commerciale arabe à Genève. dès que le rapport des forces lu i sera favorable. Mohammed Lebjaoui. op. Après avoir été temporairement regroupés à l'Arab Bank de Beyrouth. qui s' intéressera uniquement aux fond s de la Banq ue commerc iale arabe. A l'automne. dont nous créditerons le compte chez nous. 8. derni er trésorier de la Fédération de France du FLN. 11 le dit sans détour à al-Dib : «avec Boumedienne à sa tête >>. » Quatre milliards et demi d'anciens francs. Le plus âgé des chefs historiques connaît bien son ennemi: c'est l'année. e ffectue deux premiers versements sur le compte Khider dès les 18 et 19 octobre: l'un de 2019000 doUars. el à ce titre responsable des finan ces depuis le 9 août 1962. selon l'estimation globale de Mohammed Lebjaoui. op. les fond s en provenance des capitales arabes sont en grande partie réunis à la BCA de Genève. le 13 septembre 1962. A la date de mars 1963. Fathi al -Dib. Abdelkrim Souissi. ancien dirigeant de la Fédération de France du FLN. évaluent les fonds aux alentours de 50 millions de fran cs suisses 8. malgré l'accord de collaboration qui était prévu entre eux ». le Gouvernement provisoire et la Fédération de France doivent effectivement remettre leurs fonds au Bureau politique. Jean Ziegler donne cc chiffre de 50 mîllions de francs suisses. Mohammed Lebjaoui chiffre le « compte Khider » à la BCA à 40 mill ions de francs sui sses. cit. L'évaluation du montant placé sous la responsabilité de Khider à ce moment précis est cependant difficile. Cette estimation sera continuée par l'enquête pénale déclenchée par le gouvernement algérien en 1964. plus les inu~· réts de 1962. Khider a entrepris une tournée des pays arabes pour centrali ser les avoirs du FLN. note Mohammed Lebjaoui. Vérités slIr la révoll/tion algérienne. outre Thnis. Paris. 21 1 . ât. » Le FLN n' apparaît pas sur la quittance. Ain si débute le premier acte de l' affaire du « trésor de guerre du FLN ». Nul n'a pu. Le premier à venir le voir est Mohammed Khider. Khider se plaint d'emblée de « l' indifférence de Ben Bella à l'égard de Rabah Bitat et de lui-même. l'autre de 999900 do Uars. Le 18 octobre 1962. à Damas. D'autres sources. &1. Ces étal'S d' âme n'empêchent nullement Mohammed Khider d'assumer pleinement ses fon ctions et de centraliser les fonds du FLN à la Banque comm erciale arabe de Genève.LE BANQU IER NOIR FRÈRES ENNEMIS AU POUVOI R Dib est pris à témoin par les leaders algériens. [J vient ouvrir un compte. Selon Mohammed Lebjaoui. En effet. Khider el BitaI annoncent qu'ils songent à s'éloigner «afin de préserver leur amitié envers Ben Bella 6 ». Abdelkrim Souissi et Saïd Bouaziz : soit un milliard et demi d 'anciens francs. « Les fonds de la Fédération de France. qu ' il déposa à la Banque commerciale arabe de Genève 7. au total 3 milli ards d'anciens fran cs provenant des caisses du Gouvernement provisoire aurai ent été réuni s et déposés par Khider à l'Arab Bank de Beyrouth. Le ( trésor » est réparti sur plusieurs comptes : « dollars ». 6. nIes cOlmaît depuis bientôt dix ans. furent de leur côté remis à Khider en Suisse par deux membres du dernier comité fédéral . à ce jour. « francs suisses» et « li vres sterl ing ». « Ben Bella s'appu ie entièrement sur Boumedienne et sur des opportunistes qui l'entourent ». qui peut-être englobent d'autres dépôts bancaires. La banque lui délivre deux reçus indiquant: c( Pour le compte de Sieur Khider. t976. les fonds du Gouvernement provisoire sont réparti s au Caire. Abdel Nasser et la Rivollltion alglriennl'. sont donc réunis par Khider. explique Khider. dans Une Suisu all -deslus de lOU/ soupçon. à Rabat ainsi qu 'à Beyrouth. TI recueille leurs confidences.

du Parti communiste. Patis. « Du côté des spéciali stes de l'aide aux pays sous-développés que le bon Dr Schacht a ré unis autour de son nom prestigie ux est en train de se constituer une société pour le développement indusuiel. à Edjeleh et à Hassi Messaoud. Gauthie r. Ahmed Ben Bell a. capable de fa ire réfléchir ses voisins. sc cache l'inte ntion de tire r profit des gisements pétroli fè res que la France a découven s au Sahara Il. l'Organisation commune des régions sahari ennes (OeRS) c réée en 9. Bréal. L'aviation avait parti cipé à cene manifestation e t les pilotes étaient des Algériens formés par nous en Égypte. et avions assisté à un défil é militaire qu i avait montré que l'armée était forte el disciplinée. préside nt de l'Association germano-arabe. L' indépendance va réve iller l' appétit d'or noir des compagnies. » Le Dr Heinz Meinicke-Kleint. » De fait. quand le futur président américain. ci u~ par Giorgio Oulti. La Sfida perdllfa. e t tout. Les accords d ' Évian ont reconnu la souveraineté algérienne sur le Sahara. Dans l'assistance diplomatique. Selon les accords . le 1er novembre 1962. et songe à s' implanter au Maroc. d ' une certaine maniè re. de rriè re ces exaltations de la li berté. toutes les grandes sociétés pétroliè res internationales se sont implantées au Sahara et ont prospecté à leur tour. Capital modeste pour démarrer. les dirigeants du FLN jouent des richesses de leur futur État. indusrrjalisalion. à Hassi R ' Mel. sont f'êtés dans la liesse à Alger. le jour même. avec l' interdiction. accueille de nombreuses personnalités é trangères. Mais le nom d ' Enrico Matlei ne restera inscrit qu 'en pointillé dans l 'histoire pétroliè re algérienne. durant la guerre d ' Algérie. Les années suivantes. « Les richesses du soussol saharien constituent l'unique chance de l' Algéric :>t. l'ambassadeur Fathi al-Dib et son ancien adjoint Euat Soliman songent à cene insurrection qu ' il s ont vue naître. de l'Algérie. Les gisements de pétrole saharie ns onl été découverts en 1956. 1977. chef du premier gouvernement algérien. « Félicitons nos vo isins et tendres ami s all emands de le ur sollicitude ». Abdel Nasur el la Rb'olu/ion algérienne. La richesse pétrol iè re saharie nne s'évalue alors à 600 m illions de tonnes. L'Aurore. de nouveaux hommes d 'affaires et des sociétés occidentales afOuent et se disputent le pays. Et un gisement de gaz naturel la même année. 2 12 ni sme technique de mise en vale ur des richesses du sous-sol saharien. John Kennedy. cil. socialisme. RosnyMlus·Bois. l'orgaL'ann iversaire du début de l' insurrection e t les débuts du parti unique. Lïndtlpendance confisquée. 8 juillet 1957. Ferh at Abbas.LE BANQUIER NOIR FR~ES ENNEMIS AU POUVOIR 1957 est cependant remplacée par une structure voisine. De 1954 à 1962. En 1957. sur les Migs que notre pays avait offe rts à l'Algé rie 9. près de 8 16 sondages sont réalisés. écrira plus tard Fe rhat Abbas 12. négocie avec Enrico Mattei. note Le Canard enchaîné. Suggi lJompiani. 2 13 . raconte Fathi al-Dib. Fe rhat Abbas. 1984. La production algérienne se situe à la 1(Je pl ace mondiale 10. op. 10. 1976. président du Gouverne ment prov isoire. culturel . Le 27 octobre 1962. « Nous avions été reçus par Ben Bella et Khide r. de 100000 marks. La question a é té l' une des pierres d ' achoppement des négociati ons. 12. il provoque aussitôt une réaction de Robert Lacoste: « Nous savons bien que. iJ . Fathi al· Dib. Le père de l'indépendance pétrolière italienne a déjà obtenu des concessions sur le Sahara tunis ien. à commencer par son Sahara. » Alors que les Français d ' Algérie ont massivement quitté leur Eldorado. devenu prés ident du Conseil. R nmmati on. a rri ve e n visite officielle à Alger le 8 novembre. L'Algérie: décolonisolion. un soutien fi nancie r contre des promesses de monopole de la prospection saharienne. préside nt de l' Ente Nazionale d i Idrocarburi (ENl). [1. et à laquelle ils ont été. qui prolonge la mainm ise des sociétés fra nçaises sur leurs concessions. prend position en fave ur de l' indépendance de l'A lgérie. partie prenante.

Et j'ai réuni les moyens pour le réaliser 16. Ben Be lla refuse la tenue d ' un tel congrès avant les é lections présidentie lles . li n 'est pas difficile de voir qu'à lTavers ce débat les deux leaders. il devait préalablement renconlrer des représentants algériens à Milan. tous les de ux sont d'accord pour empêcher les masses d'apparaître s ur la scène politique 20. 215 . an.. et certainement pas par les représentants de l'autorité centrale du pouvoir 19. de la Défense (Boumedienne) et du FLN (Khider) lB. Les bons rapports du préside nt de J'ENl avec les dirigeants algériens avaie nt conduit de GauUe à accepter une collaboralion tripartite e nlfe l'Algérie.LE BANQUIER NOIR FRÈRES ENNEMIS AU POUVOIR meurt dans un accident d'avion suspect. à midi. ciro 20. La rencontre ~tait prtvue le 6 novembre 1962. Le 28 octobre. Maltei avait prévu de voir le ministre italien du Trésor. 214 18.» Quoi qu'il en soit. op. à Alger. Giorgio Galli. Tre melJoni. 28 avri l 1963. lance Khider. la France e t l'Italie. L' H~bdo IiJJiri. ibid. Le conflit entre Khider et Ben Bella ne fait que s'envenimer. op. explique-t-il. cit. t4 mars 1991. Leur différend institutionnel ou politique n'est guère profond. Mais Khider précipite sa chute. Ibid. 45 % des actions sont entre les mains de la B anque commerciale arabe de Genève. Mohammed Khider s 'est encore plaint de Ben BeUa devant le président Nasser. Entre tien avec l'aUieur. pour discuter des préparatifs d ' un imponant accord avec l'A lgérie I4 • « De proches collaborateurs de Matte i. En décembre 1962. que les serv ices spéciaux américains et français se sont mutuellement imputé. Jeune Afrique. qui n'a cessé d'être le conseiller finan cier des dirigeants algérie ns. placés l'un et l'autre a u somme t d ' un fortin . éventuellement ouverte à l'Allemagne. L'Opposition en A/girie depuis / 962. cité. » 17. et se reconnaissent dans le "socialisme islamique et spécifique".. prévoyant la propriété directe par l' ENl d ' une partie du brut extrait ]5. 4( Nous voulions en faire un embryon de réseau bancaire national ». 1S. se livrent à une lutte acharnée et c lass ique pou r Je pouvoir. explique Giorgio Galli soutienne nt que l'accord en préparation avec l'A lgérie ne se situait plus dans une perspective de confrontation avec la France. Cocktail explosif. il a mobilisé la conférence des cadres du FLN pour tenter d'imposer la tenue d'un congrès e l d ' une conférence pré paratoire. François Genoud. il est à la fois le banquier de la présidence (Ben Bella). TI renforcerait Khider. Ali Khachab. 13. 16. La collaboration comportait la fourniture de gaz nature l d ' Algérie vers l'Italie par un oléoduc et la fo urniture par J'Jtalie de services techniques grâce à la constitution d ' une société mixte. t9. François Genoud est conlTamt lui aussi de jouer les bons offices. met lui aussi son grain de sel dans les projets pétroliers du pays. Le Suisse est l'un des banquiers du régime. qui s' installe rue BenM 'Hidi. Comme il le résume lui-même. Rarndane Redjala. note François Genoud 17.LA Sfido perdura. » De son côté. » François Genoud met un an et demi pour financer le projet. la mort de Mauei me t brutale ment un tenne aux ve llé ités italiennes. et 55 % entre celles du FLN . Peu avant sa mort. c'est-à-dire de son secrétaire géné ral.. c'est un peu blanc bonnet et bonnet blanc. Le 27 octobre. l'ambassadeur égyptien à Alger. comme on l'avait pensé l'année précédente. TI menace de quitter ses fonctions si d 'aventure le Bureau pol it ique rejetait ses recommandations. En avril 1963. 14. Enrico Matle i avait rendez-vous avec Ahmed Ben Bella 13. Mohammed Khider. To us les deux sont d'accord sur le princ ipe du parti unique. Son fer de lance est une nouvelle banque: la Banque popu laire arabe. nO131. «La conception de Ben Bell a est proche de celle de Khider. note Ramdane Redjala.. « NolTe peuple qui sou rfre doit pouvoir faire e ntendre sa voix par l'entremise des cadres du pani. cité par Ramdnne Redjala. a tenté quelques médiations. Khider et Be n Be lla. « J 'ai donné l'idée de construire un troisième pipe-line: un oléoduc national qui é tait destiné à relier Hassi Messaoud à Oran. Ibid.

23. n m'avait dit: c 'est à l' Algérie que vous rendez service. si par contre vous êtes décidé à agir. alors qu'il est en pleine rupture avec le pouvoir. Je retrouve Khider à Berne. va en Égypte chercher ses en fants qui y sont encore. ajoute-I-il. François Genoud lui explique ses premières négociations pour le projet d'oléoduc. mais veut établir une li ste de toutes les questions que le parti aura à trancher. {( Moi-même. note-t-il. le Koweït. Khider se di sposa à regagner Al ger. le 17 avril . François Genoud doit évidemment composer avec le prés ident algérien. » François Gelloudjoue les bons offices. 24. L'Arab Bank de Beyrouth honore le chèque le 8 mai 1963. mais d' un FLN ouvert à toutes les tendances . Le 9 mai. il part en voiture avec sa femme et. » Khider ne sait que faire.» li est frappant de constater combie n le banquier s'est impliqué dans la vie politique algérienne. d' un message de Rabah Bitat recommandant au contraire le retour immédiat de Khider en Algérie 21. compte provisoi re ». le citoyen suisse François Genoud . Mohammed Khider prélève deux millions de livres sterling sur le compte du FLN à l'Arab Bank de Beyrouth. L' Htbdo libéré. écoutez Bitat et rentrez immédiatement 23. si mon associé Zouheir Mardam et moi-même avons 2 1. traversant le Maroc et l'Europe. l'Allemaglle. Khider reste membre du Bureau polit ique mais il prétend garder ses prérogatives financières. en train de mettre sur pied le premi er oléoduc national . raconte de son côté Mohammed Lebjaoui . Khider ne veut pas d' un congrès anarchique. je vous conseille de ne pas rentrer. art. V/ rilés sur la rél"olulion algéritnne. 22. Mais Mohammed Khider n'en était pas fâ ché pour autant. rapporte François Genoud . indique-t-il. Ben Bella a dû en être averti puisque. et se trouve aussitôt remplacé par Ahmed Ben Bella. Khider cède. L' Hebdo libéré. constamment en contact avec les uns et les autres. cil. par l' intermédiaire d'un ami commun. op.LE BANQUIER NO IR FR~RES ENNEMIS AU POUVOlR Mais.. porteur de deux messages contradictoires: a) Ben Bella lui demande de retarder son retour. la Suisse. en même temps. « Je rendais là un immense service à Ben Bella. les six mois écoulés. {( Si j'ai eu une idée. je sui s tout le temps entre Alger. » S' il veut mener à bien ce projet d'oléoduc . 8 jllillet 1992. Le 26 avril 1963. pui s les a transférés le 5 juin sur le compte n042l08 ouvert au seul nom de Khider. » «C'esl bien d'un homme sûr de soi d' avoir une vision aussi large » . 2 16 2 17 « Sur ces entrefait es. Ibid. » Khider va finalement différer son retour. b) Bitat lui demande de sauter dans le premier avion 22. la Banque commerciale arabe de Genève a versé les fonds au crédit d 'un compte n041195 ouvert au nom de « Khide r (Arab Bank Bey routh). ci té. lui fi t demander d'attendre un peu. Ben Bella l'apprit et. champ de batai ll e des pani s. el par là même met un terme à ses rêves de contrôle du pouvoir. il inlerroge François Genoud. . au po int de partager et de défendre les conceptions de Khider à propos du «part i » FLN: « li ne s'agissait pas d' une démocratie " foutoir". Genoud était d' ailleurs porteur. qui lui fait une réponse de Norrnand : «S i vous êtes décidé à ne rien faire avec les élections à la présidence. pou r l'av iser qu' il était désonnais « le seul légalement habilité à disposer des fonds et des revenus appartenant au Front de libé ration nationale algérien ». La somme est aussitôt versée par chèque à la Banque commerciale arabe. Khider a utili sé un chéq uier du « Bureau politique du FLN ». Mohammed Lcbjaolli. a écrit François Genoud dans un article publié à Alger 24. « Khider donne six moi s à Ben Bella pour prouver que sa méthode est bonne. El le Bureau politique ne s'y oppose pas encore formell ement. . à la suite d'un coup de téléphone et d' un télégramme confirmant que la somme sera créditée au nom du Bureau politique du FLN. Il quitte son poste de secrétaire général du FLN. vous décev riez tout le monde. il écrit une lenre au directeur de )'Arab Ban k de Beyrouth. dès le Il juillet 1963.

JJ 'y voyai s surtout une occasion extraordinaire de faire de la Banque commerciale arabe de Genève un partenaire mi. Après son courrier du Il juillet 1963 au directeur de l' Arab Bank de Beyrouth.rt. » Dix million s de franc s sui sses doivent donc être investis dans la BCA par Khider. Nous avons réuni 80 millions de francs suisses. ni le gouvernement.. Le prix de cet oléoduc était de 72 millions de dollars.. dans tout le développement économique de ce "merveilleux monde libre". El cela sans nous mettre le couteau sous la gorge. il fait marche arrière. rapporte Genoud. cité. François Genoud n'a pas oublié J'accent des discours du Front national SUJ sse. Entretien II vec l'Iluteur. aussi approbateur qu'il ait pu l'être sentimentalement ... Mohammed Khider ne prévient ni le FLN. c'est quelque chose qui rapporte beaucoup et que l'on peut amortir en deux ou troi s an s lS. » Mafia capita li ste cosmopolite . .. mais parvenue à 25. Très loyalement. l' affairisme était év idemment exclu. pour « violation des accords d 'Évian ». j'aj négocié avec le che ikh Jaber. mais à lernle TI. jouent un rôle décisif pour le plus grand malheur des peupl es mai s pour le plus grand bonheu r de la mafia capitaliste cosmopolite 26. » Concrètement. le groupe bancaire FLN et les groupes fournisseurs (le Koweït pour les finances. I . Cet accord restera entièrement secret. l'un des plus grands fabricants d 'acier d ' Europe. La soci6té avait 40 millions de francs français de capital de base.LE BANQUIER NOI R F1ŒRES ENNEMIS AU POUVOiR réussi à créer les conditions qui ont permis à l'Algérie de livrer cette bataille. « A l'origine de ce projet. Dans une lettre non datée. « Au Koweït. 8 juillet 1992. p. Khider réagit au quart de tour. La France réagit durement au projet d'oléoduc. j usqu 'au début des années soixante-dix! Ben Bella a néanmoins contribué au fl ottement des responsabilités financi ères qui a suivi le départ de Khider. raconte+il. de reprendre ses actions. 26. ces fameux intermédiaires qui. ne voyait pas sa banque entrer en guerre avec la France et avec les pétroliers. l'avertissant qu ' il était désonnais « le seul légalement habilité» à disposer des fond s et des revenus du FLN. et sa mi se en application quelques mois plus tard. Nous sommes tombés d'accord sur le montant de la participation koweïtienne. il nous offrait . saisissant immédiatement l'importance de l'enjeu pour l'A lgérie: il s'engagea pour le compte du FLN à acquérir les deux tiers du capital de la Banque commerciale arabe de Genève. Il me fallait auss i trouver des fond s propres.norilaire avec le FLN majoritaire de la Banque populaire arabe d 'Alger et de créer ai nsi un embryon de réseau bancaire tiers-mondiste. Ses diplomates portent l'affaire devant le tribunal international de La Haye. en 1964. art . « Notre actionnaire majoritaire. J Il n 'y avait donc pas de place pour les intermédiaires. 219 . Un oléoduc.Rheinrohr pour la construction du pipeline). Seulement. Auss itôt contacté par François Genoud. avec quoi les acheter ? C'était un problème. malgré la réLicence pusillanime de son entourage. e lle aussi. puisque les liens étaient directs entre le prés ident Ben Bella. L ' fll!bdo IiIJ1. Phoeni x. 14 mars 199J.» Pou r la construction proprement dite. L'HtlxJo libtré. qui va acheter 20000 actions à 500 franc s. c 'était insuffi sant. 218 27. qui était ministre du Pétrole. Jean Jardin interv ient en faveur du retrait de la plainte française. François Genoud chois it la firme allemande Phoenix-Rheinrohr. et l'obtient. [. Mais des dissensions surviennent à lïntérieur de la Banque commerciale arabe. le Suisse s'emploie à rechercher des partenaires financi ers et des capitaux. Ceux-ci resteront dans l'ignorance de la reprise de ln banque par Mohammed Khider. le principal mérite en rev ient au président Ben Bella qui a immédiatement saisi celte opportunité et ra appuyée de tout son poids. souligne-t-il. 27. à Zouheir Mardam et à moi-même. occ uhe.

la veuve de Hans. contraignanl celle-ci à restituer les documents qu'elle détient. 12. Cour d·appel de Cologne.LE BANQUIER NOIR FR~RES ENNEMIS AU POUVOIR l'Arab Bank le 13 décembre 1963. et sa fille Eleonore Reystcher . poursuive nt les juges. C 'est-à-dire Maria Kimmich (née Goebbels). Après le procès de première instance à Cologne ( 1956). notent les juges. s' jllui donne raison contre l' Înfinni ère. avec Kurt Leyke. composée des œuvres publ iées et non publ iées. du droit de revendication des tex tes non encore découverts. . [ . l'infinnière qui avait voulu publier les journaux de jeunesse de Goebbels en 1955. note nt les juges. le 30 janvie r 1964. début 1956. lel1contrat signé. en août 1955. Margot et Elsbeth. fi s reconnaissent le pouvoir du Dr Leyke au moment de la signature des contrais : « Le curateur de la succession a pour tâche de rechercher les héritiers. Ibid. il annule cet ordre. Leur j ugement va fonder toutes les revendications ultérieures de François Genoud.. 5< chambre civile. 220 30. 28. e t les fam illes des deux frères décédés: Henha Goebbels. ». François Genoud n'e n délaisse pas pour autant la gestion des droits litté raires des famiJl es des d ignilaires nazis.» Pour d 'obscures raisons. etc. jugement prononcé le 30 janvier 1964. qui «fut levé au vu d 'une lettre émanant de vous non datée. 1. « LI ressort que le curateur de la succession. ] ses actes j urid iques restent valables également après la curatelle. II est dans ce cadre le représentant légal des futurs hé ritiers. Le j ugement de la 5c chambre civile de la cour d' appel donne raison à François Genoud et valide les documents qui font de lui le gestionnaire de l'héritage littéraire de Goebbels: « TI n 'existe aucun doute quant à la valid ité j uridique des contrats et du transfert de propriété qui y est convenu 29. que « le transfert de propriété n'est pas le but principal du contraL. y compris ses notes. la justice allemande reconnaît. . à lu i transfé rés par le contrat 30 ». et sa fille Wiltrud Kirnmich. et parven ue 11 Beyrouth le 13. et« autorise Monsieur Mohammed Khider à disposer des avoirs déposés en son nom dans votre établi ssement ». présidée par le Dr Floss. l' affaire a été renvoyée à Cologne. Le Suisse a finalement gagné son procès contre Hildegarde Meyer-Bendel. le curateur de la sutkession qui transfé rait au Su isse tous les droits d'aute ur Pour l'exploitation de la totalité de l'œuvre litté raire du défunt. la sœur du min istre. Les juges prennent bonne note aussi de la cess ion par la fami lle. 29. En second Lieu.1 Il esl autorisé à disposer par principe et sans restriction comme un tute ur des objets faisant panie de la succession. 1" juillet 1974. . Ben Bella laisse donc les mains libres à Khider 2B• du contrat signé entre le Dr Leyke et François Genolld par " ensemble des héri tiers. en avril 1958. ainsi que de sauvegarder et de conserver la success ion. pour l'exploitat ion des objets. Wolfgang. un appel (1959) et un jugement de la Cour suprê me de Karlsruhe cassant la deuxième instance ( 1959). 22 1 . ) En premier lieu.» Le Dr Leyke pou vait donc agir «avec effet obligatoire pour les héritiers». «Ses décisions étaienl el sont valables ». et les enfants de Konrad Goebbels. l'acceptation écrite. a transm is e n propriété au demandeur la success ion littéraire totale du Dr Goebbels. afin que celu i-ci en devienne propriétaire el notamment « en vue de sauvegarder eLd 'exercer ses droits d'auteur pendant la durée du contrat ». Au tenne de neuf ans de procédures.1 assure seulement au demandeur la propriété fidu ciaire afin qu' il pui sse exercer mieux et plus paisiblement les droits d'auteur il limités. Il e n résulte. Pourt·ant. ce j ugement contient cert·aines failles.. « Cette autorisation » vient supprimer « la de mande de blocage faite auparavant par moi-même au sujet des avoirs précités. Resson dans le compte rendu de mission du 28 avri l 1964 de Yallaoui 11 Ben Bella évoquant« le blocage résu ltant de la lenre du Il juîllet ». [ . Correspondance citée dans l'arrêt du Tribunal fédéral suisse. correspondances pri vées. Pl ongé dan s les projets finan ciers de " Algérie nouvelle. ou qu 'elle a cédés. les droits de Franço is Genoud sur l'héritage littéraire de Goebbels.63 et qui a été authentifiée par notre ambassadeur dans cene vil!e lO.

Il exige désonnais de Khider la resti tution de la totalité des fonds. sous sa seule signature 34 . Je participerai certainement. Khider partirait avec Ait el-Hocine. au moins officiellement. La posilion de François Genoud dev ient . rapporte Mohammed Lebjaoui . Très dur. de « geler tous les avoirs détenus par ce dernier auprès de tous organismes financiers ou bancaires ». Mohammed Lebjaoui. Pour François Genoud. ne l'ignorait pas et avait choisi cette escale en conséquence. pl antant là Ait el-Hocine. déclara-t-il J'ai des comptes à rendre. mais auss i. P. « Un accord fut conclu.ider a décidé de mener Aït el-liocine en bateau. les problèmes vont commencer. Ahmed Ben Bell a a réussi à faire bloquer les com ptes du FLN à l'Arab Bank. TI ne gardera pas longtemps la bienveillance Bien loin de Goebbel s. Ben Bella donne mandat à An el-Hocine de « prendre en charge toutes sommes à lui remises par Mohammed Kh ider ». Vlri/és sur la rb'olu/ion algériennt'. Mohammed Lebjaoui. op . Ben Bella ddbloquerait les comptes et lui remettrait une procuration sans mettre au courant les membres du B. plusieurs frères étaient allés le trouver pour lui demander d'assister au congrès. L'ancien secrétaire général du FLN refuse tout bonnement de participer au congrès du parti."» Le congrès se passe donc de la présence de Mohammed Khider. afin de lui remettre les fonds à l'étranger. cil. Cité par Ramdane Rcdjala. op. à laquelJe je ne reconnais aucune validilé 31. 222 33. Kh idcr est obligé. » En réal ité. op. 223 . relate Mohammed Lebjaoui. 31. réunie au complet sous la présidence de Ben Bella. Évidemment. Ben Bella « redoute une opposition disposant d' importants moyens financiers ». Comme de celle de Mohammed Boudiaf qui déclare qu'il ne t oit « aucun intérêt à participer à ces ass ises ». Sur quoi. Au grand dam de Khider. de l' absence de personn alités capables de critiquer et de «condamner la gestion du parti » . proclamant qu'une fois de plus on cherchait à le di scréd iter. Le 8 j uin 1964. où les fonds du GPRA ont déjà été restitués au Bureau politique. les deux hommes négocient et parviennent à un accord . la cour approuve « l'exploilation des droits d'auteur en relation avec les héritiers ». Kh.33. bien réels ceux-c i."U se rendit néanmoins devant la comm ission politique. Le nouveau Bureau polit ique du FLN désigne Ail el-Hocine comme nouveau responsable des finances. et peut donc être contestée.. nouveau trésorier du Bureau politique. répondil-i1 .LE BANQUIER NOIR FIÙ:RES ENNEMIS AU POUVOIR Vingt ans plus tard. cit. des juristes estimeront que cette « propriété fiduciaire» rapprochée à la « durée du contrat » est limilée dans le temps. le congrès du FLN qui s'ouvre le 16 avril 1964 à Alger consacre la rupture définitive entre Ahmed Ben Bella et Mohammed Khider. que ni l'un ni l'autre ne va respecter. ce qui contraindra François Genoud à les associer presque toujours à ses offensives pour obtenir le paiemenl des droits d'auteur.» La ri poste présidentielle ne se fait pas attendre longtemps. « Khider. cil. Hocine An Ahmed évoque de son côté la « fascisation du régime 32 »./bid. il prit le premier avion pour Genève. U feignit de s'en ind igner. com pte tenu de l'absence d'ouverture. n lui propose de se rendre en premier lieu à Tunis. le cas échéant. 32. 34. A Alger. Véritls sur la ril'olu/ion algéri~nne. L'Opposition en Algérie depuis 1962. Cellesci ne le sont pas. Mais. Mais je ne parlerai pas devant votre commission. comme il le dit lui·même. pour rétablir son crédjt. d'autres à réclamer. en fait. presq ue méprisant: "J'aurais beaucoup de choses à dire. assez« intenable ». De plus. N'ayant plus de prérogatives financières. mais à des assises vraiment démocratiques. et tout aussitôt disposa comme i! le voulait des autres fonds. « Une commi ss ion politique ayant été élue. de s'incl iner devant Ben Bella..

« Les comptes avaient été liquidés. AIt el-Hocine dépose une plainte pénale pour 4( abus de confiance» contre Mohammed Khider. Le jour même. eOlre le 4 et le 25 aoOI. mai s par des retraits.ion de marks chacun . <d e comple sur vous pour témoigner » . il rencontre François Genoud à la Banque commerciale arabe et lui présente son mandat d' AhOled Ben Bella. Khider. comptes numériques ouverts quelques mois plus lôt (le 3 mars) par Khider. Simuhanément. 35. au siège de la BCA. mais le résultat est mince pui squ 'e lle ne bloque que 15756 1 fran cs suisses à la BCA et 2 millions de fran cs s uisses à l'Arab Bank de Zurich. AIl el-Hoc ine arrive à Genève. 225 . Q uant à François Genoud. Khider pouvait alors disposer à tout moment des avoirs de ces comptes. Entre le 18 juin et le 1er juillel. On ne pouvait pas le torturer.LE BANQUIER NOLR FRt::RES ENNEM IS AU POUVOIR de la présidence algérienne s' il se range derri ère Kh ider et répond aux injonctions fi nancières de l'ancÎen responsable. n'est autre que l'Algérien 8. C 'est bien difficile d' obteni r des rense ignements d ' un banqu ier lS. lui dit-il. Le 6 juillet. celle fois. op. au bénéfi ce d ' un nommé Houdhoud . Les virements nous auraient pernlis de retrouver la trace des fonds. 13 mars 1991 ct 18 décembre 1991. qui s'élevaient à 4 1953509 francs suisses au 3 1 mars 1964. la BCA a fait un virement. « L'enquête pénale av ait pour but de retrouver ces fonds. détenteur d ' un passeport marocain. il requiert la mise sous séquestre des comptes BP 5 10. François Genoud refuse purement et simplement de témoigner. « Mon opini on était très nelle. Us préparent en effet le camouflage des fonds qu 'on leur récl ame. Mohammed Lebjaoui. par le numéro « BP 510 » en toutes lettres. les fonds partis en Allemagne de l'Ouest auraient été. tout en cherchant à gagner du temps. . il ne disait rien. non par des virements. cn utilisant ces nouveaux comptes numérolés. retirés sous la forme de chèques d ' un mi1l. Les retraÎls provoquaienl une coupure dans la recherche 36. le nouvea u trésorier du FLN renouvelle sa tentative en rencontrant Zouheir Mardam. Mohammed Khider a effecti vement TCti ré 4 1 796046 francs suisses de ses comptes à vue./bid.. Le 2 juillet. explique Mohammed Lebjaoui . Les deux banquiers refusent d 'obtempérer. Le 12 juin. La Banque commerciale arabe soutient qu'elle a fait partir les fonds déposés par Khider. François Genoud l'écondu it Mais le j uge Dussaix est en mes ure de faire quelques constatations. une semaine avant la notification du séquestre. le juge d 'i nstruction chargé de l'affaire. dt. ami personnel de Khider J7. Chèques signés par le garde du corps de Khider. Or ce Houdhoud. à cette date. sur Düsseldorf. Et ils n 'y étaient plus. 224 37. rl En réalité. expl ique François Genoud : celte affaire ne regarde pas la Suisse. Vérités sur la rb'O/Ulion alsérienne.» Selon le juge Dussaix. 36. Les qu atre comptes numérotés sont liquidés peu après. SOi l tro is jours après l'arrivée d'AIt el-Hocine à Genève. avait même pris la précaution de signer. en lieu et place de son nom. Faith évalue à 15 millions de marks la somme évaporée sous cette forme. Entretiens avec l'auteur. seuls d ix mill ions de fran cs suisses seraient parti s en Rl-A . La justice genevoise s'exécute. par la suite.» Le 15 juin en effet. « Un mois après le séquestre. d it-il . agissant sous l' ident ité marocaine de Houdhoud. Selon Nicolas Faith . sous sa seule signature. expliq ue Roger Dussaix.. on r apprendra plus lard. ouverts pour la circonstance dès le 22 j ui n. auteur de Safety in Nllmbers. l'argent du FLN n'a pas quitté la Banque commerciale arabe: il a été reversé sur quatre autres comptes numérotés. » François Genoud reçoi t la visite de Me Raymond Nicolet. précise(-elle. qui est devenu l'un des avocats du gouvernement algérien à Genève. la banque a tmnsfonné les comptes numériques à terme « BP 5 10 » en comptes à vue.» Premier témoin ci té. ct qui a déposé la plainte pénale contre la BCA.

Moh:umncd Lebjnoui. Le jour même. « Mon opinion était très nette. il requiert la mise sous séquestre des comptes BP 5 10. entre le 4 et le 25 aoOt. « Je compte su r vous pour témoigner ». op. celte fois. Khider. Faith évalue à 15 millions de marks la somme évaporée sous cette fonne. 37.LE BANQU IER NO IR FRffiES ENNEM IS AU POUVOI R de la présidence algérienne s' il se range derrière Khider et répond aux injoncti ons fi nancières de l'ancien responsable. « Un mois après le séquestre. par le numéro « BP 5 10» en toutes lettres. agissant sous . Chèques signés par le garde du corps de Khider. François Genoud re fuse purement et simplement de témoigner. sur Düsseldorf. une1iemaine avant la notification du séquestre. « L'enquête pénale avai t pour but de retrouver ces fonds.. qui s'élevaient à 4 1 953509 francs su isses au 3 1 mars 1964.» François Genoud reçoit la visite de Me Raymond Nicolet. on l'apprendra plus tard. Entre tiens avec ' ·oUlcur. le juge d' instruction chargé de J'affaire.' identité marocaine de Houdhoud. le nouveau trésorier d u FLN renouvelle sa tentat ive en rencontrant Zouheir Mardam. Les q uatre comptes numérotés sont liquidés peu après. au béné fi ce d ' un nommé Houd houd . Quant à François Genoud . n'est autre que l'Algérien B. il ne disait rien. An el-Hoc ine dépose une plainte pénale pour «abus de confi ance» contre Mohammed Kh ider. 13 mntS 199 1 CI 18 décembre 199 1. explique François Genoud : cette affaire ne regarde pas la Su isse. Si mult anément. ouverts pour la circonstance dès le 22 j uin. iJ rencontre Franço is Genoud à la Banque commerciale arabe et lui présente son mandat d'Ahmed Ben Bella. et qui a déposé la plainte pénale contre la BCA. François Genoud l'éconduit. On ne pouvait pas le torturer. Moham med Khider a effectivement retiré 4 1 796046 francs suisses de ses comptes à vue. « Les comptes avaient été Liquidés. » Premier témoin cité. mais par des retraits. Le 6 j uillet. détenteur d'un passeport marocain. Le 2 juillet. La justice genevo ise s'exécute. 35. explique Mohammed Lebjaoui. di t-il . t\ En réalité. au siège de la BCA. ami personnel de Khider 'J/. Et ils n'y étaient plus. la banque a transfonné les comptes numériques à tenne « BP 510» en comptes à vue. Mais le j uge Dussaix est en mesure de fa ire quelques constalations. Selon Nicolas Faith . Vérités sur 10 rb'oll/tion algérienne. à cette date.» Le 15 j uin en effet. Us préparent en effet le camouflage des fonds qu'on leur récl ame. en utilisant ces nouveaux comptes numérot. en lieu et place de son nom. Or ce Houdhoud.és. . cit. Le 12 j uin. la BeA a fait un virement. Les virements nous aumient pennis de retrouver la trace des fo nds. Ibid. avaü même pris la précauti on de signer. l'argent du FLN n'a pas quiué la Banque commerciale arabe: il a été reversé sur quatre autres comptes numérotés. auteur de Safely ill Nllmbers. retirés sou s la fo nne de chèques d ' un mill ion de marks chacun . mai s le résultat est mince pui squ' elle ne bloqu e que 15756 1 francs suisses à la BCA et 2 mill ions de francs suisses à l'Arab Bank de Zurich. seu ls dix millions de fra ncs suisses seraient partis en RFA. comptes numériques ouverts quelques mois plus tô t (le 3 mars) par Khider. 225 . Les deux banquiers refusent d 'obtempérer. non par des virements. Entre le 18 juin et le 1er juillet. expliq ue Roger Dussaix. Khider pouvait al ors disposer à tout moment des avoirs de ces comptes. par la suite. les fonds panis en Allemagne de J'Ouest auraient été. La Banque commerciale arabe souti ent qu 'eUe a fait partir les fonds déposés par Khider. lui dit-il. C'est bien difficile d 'obteni r des renseignements d'un banquie r lS . sous sa seule signature. tout en cherchant à gagner du temps. qui est devenu J'un des avocats du gouvernement al gérien à Genève. AH el-Hoc ine arrive à Genève. 224 36. soit trois jours après l' arrivée d'Ail el-Hocine à Genève. préciset-elle. Les retraits provoq uaient une coupure dans la recherche J6. » Selon le juge Dussaix..

Le Canard enchaîné évoque la procédure qui égratigne le sacre-saint secret bancaire : « C'est légal. Le jour du séquestre des fonds. Abdel Nasser Ct la Révolution alsérienne. 39. 18 novembre 1964.exige qu'on regarde de plus près. 38. des avis de droit devant une justice totalement étrangère à ce problème cent pour cent algérien 38. Que c'est un coup funeste porté à la confiance générale accordée à la banque helvète et tout. que j'ai rencontré à Lausanne le 18 août 1964. cit. » (Ben Bella). an. en vue de régler le problème des fonds déposés en son nom à l'Arab Bank de Beyrouth et à la Banque commerciale arabe de Genève 42». « Par l' intennédiaire de François Genoud »). et Khider de son côté déclarait qu ' il les mettait à la disposition de l'opposition algérienne pour éliminer Ben Bella du pouvoir. « La repri se de la banque était déjà décidée à l'automne 1963. 17 décembre 1991. sous le titre « Le grisbi de B. les fond s du FLN sont désormais introuvables. Mohammed Lebjaoui. » Ben Bella pose une condition inacceptable aux négociateurs: il leur demande de récupérer les fonds sans même évoquer les divergences politiques. note François Genoud. Mohammed Lebjaoui. de cela. mais il avai t retiré ces fond s pour les mettre dans un lieu inconnu. L' Hebdo libéré. Mohammed Lebjaoui et Aït el-Hocine rencontrent aussitôt Khider et plaident « la thèse de la nécessité d'un règlement amiable». op. les autorités algériennes ne sont naturellement pas infonnées. Dialogue de sourds. il reçoi t pour instructions de se « rendre d ' urgence à Genève». Dans son style d'alors. mais c'est aussi-la. mais avant midi (le séquestre n'intervient qu 'à 14 heu res) la BCA a remi s à Khider deux chèques de 200000 dollars. L'enquête du juge Dussaix fait grand bruit en Suisse et jusqu 'à Paris. 226 FRtRES ENNEMJS AU POUVOIR Le bras de fer judiciaire n'empêche pas les miss ions de conci liati on. Entreti en avec I"auleur. 227 .» D'autres transferts apparus lors de l'enquête restent mystérieux.démonstration que les fam eux comptes numérotés ne sont1pas a~ssi secrets que ça . cit. Le Canard enchaîné. » C'est évidemment François Genoud qui a 40. Mais. ap. Khider. Il n'a fait la connaissance de François Genoud qu'après les accords d' Évian. » « Je suis arrivé chez mon ami sui sse vingt-quatre heures avant le rendez-vous avec Khider. Pour peu qu ' un gouvernement étrangel' . et pour faire plaisir à Ben Bella. notait-il. 41. fonds provenant de J'Union de banques suisses.. Ces chèques ont été encaissés à Paris. « On se trouvait aux antipodes sur le plan politique. Nous . B. sur le terrain empoissé des mémoires d'avocats.. cité. plaide François Genoud. . déclare « n'accepter de remettre les fonds qu'à un congrès du FLN. c'est un comble 39 ! » Quoi qu ' il en soit. Fin connai sseur de la psychologie des «chefs historiques ». Ti!t. « Khider était accu sé par Ben Bella d'avoir détourné ces fond s.en l'occurrence Paris . Les glapissements qu 'on entend du côté de l'Association suisse des banquiers sont déchirants. « On ne se bat plus désonnais qu 'en Suisse. raconte le major.'avons pratiquement réalisée en 1964 ) . Vérités sur la révolutioll alsüienne. dûment réuni )). grâce à l' ingéniosité du banquier de Khider. est l' un des médiateurs.. « afin de prendre contact avec Khider qui résidait en France. » On ignore à ce moment qu ' une partie des fonds a été tout simplement invest ie dans le capital de la banque. le 6 juillet. J'ambassadeur d' Égypte Fathi al-Dib essaie lui aussi d'intervenir dans le différend. Il rendra pub)jcs plusieurs complcs rendus des pourparlers 40. puis virés sur une banque de New York. 42. Fathi al-Dib. Et il en a di sposé comme il a voulu. l'ancien chef de la Fédération de France du FLN. n savait d'ailleurs que j'avais faÎl en pleine guerre un appel aux juifs d'Algérie 41. C'est une décision politique. Le 16 août.LE BANQUlER NOIR « Khider a pris la décision de disposer des fond s. qui conteste toujours la lég itimité des dirigeants. explique François Genoud.

les acquisitions israéUennes : des centaines de blindés . où il arrive le 20 août. ni à une plainte devant la justice genevoise. l'attaché militaire égyptien à Bonn a transmis au Caire ses rapports « sur l'étendue de la coopération » entre les deux pays 43. exp lique François Genoud . des vedettes lance-torpilles. 41. du président Nasser qui les a publiquement traités de « vauriens ». l'éminence grise de Nasser 44 • A Bonn. Début 1964. que l'accord sur les dommages de guerre qui avait arrêté en décembre 1952 le versement par la RFA à Israël de trois mill iards de doUars sur douze ans. 1972. « Nasser rappela J'ambassadeur et l'aLtaché mi litaire égyptiens à Bonn et écouta avec une fureur croi ssante leur compte rendu concernant la puissance militaire que l' Allemagne de l'Ouest était en trai n de déverser sur lsraël ». Naturellement. « II m'a demandé ce qu'i l pouvait faire. Apparemment. les ambas43. François Genoud rencontre à Alger un représentant commercial de la RDA. Il se plaint. Fathi al-Dib prend note de ces revendications. » En cet automne 1964. sades des pays arabes se concertent. des techniciens. \ 00 septembre 1994. qu 'elle revend dans les pays du tiers-monde. par la RFA à Israël fo nt grand bruit depuis Les ventes d'annes . Khobzi et Fares. le rapprochement d'Israël avec l'Allemagne de l'Ouest empo isonne les relations germano-arabes. 229 . des obusiers. sa reconnaissance va faire du mal à l' Allemagne de l'Ouest.« J 'ai dit à Ben Bella : à mon avis. A arnmarion. Ibid. Je lui ai d it : essayez plutôt de faire fléchir la Roumanie. qui entrelÎent des relations avec Israël 47. note Mohammed Hassanein Heikal. c'est une erreur de rompre avec la RFA. » Genoud se rend également à Berl in-Est dans cette opti que. Autant. et prend auss itôt l'av ion pour Alger. 228 Pourtant . 44. En signe de réciprocité. Le président algéri en explique à l'ambassadeur égyptien qu' il ne craint plus l'opposition interne. /bid. sinon plus. il ne convainc pas Ben Bella. La RFA affirmait qu'elle rompait avec tout pays non communiste qui se liait à la RDA.LE BANQUIER NOIR FRÎRES ENNEM tS AU POUVOIR établi le contact avec Khider. « LI était év ident qu' il se tramait q uelque chose entre les Allemands et les Israéliens ». 46. Mohammed I-I llssanein HeÎkal. Je m'en fichais de l'Allemagne de l' Est 46. Les Documents du Caire. c'est répondre à un fait illégal (nore de fallteur . rapporte François Genoud. 45. Dans un tel débat. rapporte Heikal 4S• De nombreuses chance lleri es arabes envisagent déj à de rompre leurs relations d iplomatiques avec la RFA. Pari s. LI proposait d'amener des projets. Khider ne s'attendait pas à de teUes réactions. La riposte qu ' il préconise va poser un po int d' interrogation sur ses contacts avec le bloc soviétique : il propose de reconnaître la République démocratique allemande (RDA). François Genoud ne peut que s' illustrer. Le retour à la clandestinité n' a pas été de tout repos pour Khider.' la reconnaissance d' Israël) par un fait réaliste: l'AJlemagne de l'EsI est une terre allemande. quelques mois. Ces d iplomates assurent qu ' un traité secret unit la RFA et Israël pour des li vraisons d'annes. et même deux sous-marins. du président Ben Bella qui a osé déclarer que les fonds du FLN avaient été« volés ». A preuve. Il se plaint de la presse égyptienne qu i malmène J'opposition à Ben Bella. dont « la liqu idation doit s'achever dans les jours à veni r ». Il exige de Ben Bell a une « contre-déclaration » . En tretien avec l'au teu r. Et demande auss i la li bération des chefs de maq ui s arrêtés : Chaabani . le bureau de la Ligue arabe organi se des réun ions. /bid. la RFA a acheté à Israël des mitraillettes Uzi. des avions F 84 et G 9J . que les chefs emprisonnés vont vraisemblablement fi nir exécutés. Ce qu ' il faut. qu ' il a publiquement comparé à une « hyène rôdant autour d' un cadavre ». el qu ' il n'a plus une once de bienveillance ou de clémence vis-à-vis de Kh ider.

Entretien avec l'au teur. L' enquête sur cette affaire se poursuit et c'est pour répondre aux convocations du tribunal genevois qu ' il sera délivré des sauf-conduits à Khider. Le quotidien Alger républicain. forçant ainsi les Allemands à soutenir la doctrine Hall stein et à rompre les relations avec tous les États arabes. il est arrêté à Alger. « fai sait des séjours fréquents dans les palaces de la Confédération helvétique ». arrêté pour trafic de devises. Mohammed Hassanein Heikal. selon le journal algérois. rapporte Alger républicain. excepté la Libye. » L'affaire des fonds du FLN va distraire François Genoud de ces enjeux diplomatiques. 19 octobre 1994.» Sur la même page. 2. L'ancien secrétaire général du FLN. L'ambassadeu r de Suisse à Alger rend visite au président Ben Bella. a révélé que de graves irrégularités avaient été commises par M. il perd presque aussitôt tous ses droits sur le montage de J'oléoduc. Tous les pays arabes vont rompre avec Bonn. Deux jours avant. puisqu' ils recevront le président estallemand Walter Ulbricht. directeur général de la Banque populaire arabe. Alger républicain. 230 49. quant à eux. souligne Me Kadour Sator. pour l' informer en détail des procédures ouvertes contre Khider. us Documents du Caire. mais que l 'on usât à son égard de représaiJIes en reconnaissant l'Allemagne de l'Est. «Genoud avait des documents signés de Ben Bella J'autorisant à faire des études. p. Les conséquences sonl immédiates. provoquant. Malgré sa nationalité sui sse. Genoud » . Le 9 mars 1965. op. Nasser avait proposé que l'on ne rompît pas les relations avec l' Allemagne de l'Ouest. qui annonce l'arrestation de Genoud dans un petit article en pages intérieures.» Le communiq ué du ministère de la Justice ne fait pas allusion au « trésor de guerre» du FLN. aussitôt l'interruption de l'aide économique de la RFA à l'Egypte. le 24 février 1965. le 19 octobre 1964. l' Allemagne féd érale et Israël annonceront qu ' il s établissent des relations diplomatiques. suivie par plu sieurs pays arabes. Hocine Ait Ahmed. note Alger républicain. C'est « à la suite d 'irrégularités» commises par la Banque populaire arabe que le ministre de l 'Économie Bachir Boumaza a ordonné une inspection. Genoud a lancé une assignation au nom de la BCA contre 48. » Enfin. explique-t-il . cit. 50. a été expul sé parce qu'il «s'était livré à une activité politique inadmissible ». a été arrêté à Ait Zellal. 28 octobre 1964. menée par des inspecteurs finan ciers. villa Joly. qui . se refusant à reconnaître un gouvernement communiste. François Genoud.LE BANQUIER NO IR FRÈRES ENNEM1S AU POUVOIR « Lorsque la Ligue arabe avait. Les Égyptiens. continueront dans celte direction. qui a choisi de vivre dans les capitales européennes pour échapper à la justice de son pays. le gouvernement 49. son rôle dans la disparition des fond s du FLN s'apparente à une trahison aux yeux du pouvoir algérien. pour la première fois. « Tout de suite après on m'a jeté en prison ». le Suisse a été placé sous '\ Genoud va payer 9her son ralliement à Khider. n avai t fail remarquer que le grand nombre de pays intéressés constituerait un sérieux défi 48. Mai s l' Arabie Saoudite. relate le même jour l'expulsion dont a fait l'objet Mohammed Khider à Genève 50. qui a choisi l'aclion clandestine depuis près d ' un an. « Celle-ci. Nasser diffère son projet de reconnaissance de la RDA. discuté des mesures à prendre contre l' Allemagne de l'Ouest. 231 . avocat du gouvernement algérien. le Maroc et Ja Tunisie. l'arrestation de François Genoud est annoncée en ces teones : « M. « Rappelons que les autorités helvétiques ont fait droit à la requête de notre gouvernement concernant le blocage dans les banques suisses des 6 milliards d 'anciens francs appartenant au FLN et illégalement détenus par Khlder. Mais ces études ont été transférées à John Brown. Inculpé de trafi c de devises et d'infraclion à la législation sur les changes. explique Heikal . D 'abord.

« Je me situerai uniquement sur un plan : la gestion financi ère.. Je me contenterai de la gestion fi nancière de cet é tablissement.« Le franc qui symbolise la colonisation est re mplacé par le dinar qui concréti se notre souveraineté ». peut-on Lire dans la presse. [. l'affaire de la BPA relève du droit commun. inlerdisant pendant plusieurs jours les voyages à l'étranger ainsi que les émissions de mand at. qui a presque le même âge.. Les opérations de caisse étaient réalisées sans aucune pièce j ustificative. Lors de r «opération dinar ». que Mohammed Khider risque de mettre au service des mouveme nts clandestins d 'opposit ion. D' emblée. Quelques semaines ava nt son arrestation.. Ethamini. 232 233 . le min istre Bachir Boumaza donne une confé rence de presse consac rée à l' instructi on en cours 51.. le dossie r Boumaza couvre d 'un voile é pais le litige qui préoccupe vraiment les dirigeants algériens: celui du trésor de guerre du FLN . Les chèques de voyage é taient d irecte me nt transmis à l'é tranger. 7 novembre 1964. Bachir Boumaza dénonce les rume urs e t « mensonges» qui vise nt à « déform e r le but de l' interve ntion de l' État dans la gestion de cet établissement » : « On a parlé de rapt. Les premie rs billets de la Ba nque centrale d'Algérie voient le jour.. » Deuxième.« L'opération dinar a donné lie u à des spéculations inadmiss ibl es ». Néanmoins. Dj ugurta Aït Ahmed fera carrière dans les journaux sui sses . Le ministère de l'Économ ie est part ie ci vile dans la procéd ure.LE BANQUIER NOIR FIŒRES ENNEMIS AU POUVO IR mandat de dépôt Assez rapideme nt. mais nous ne le ferons pas. dit-iL Je pourrais faire pourtant le procès de telle ou telle personne. sans passer par la Banque centrale. et lui faÎt passer les contrôles avec le passeport de son fils Michel. ] En matiè re d'im portation et d'exportation. ] Certains de ces prêts é taie nt d'aille urs consenti s à de prétendues assoc iations de bienfai sance et profi taient e n fait à des dirigeants de la banque ellemême. des groupes de spéc ulateurs sont effecti vement arrêtés et écroués. « Le joumal de la banque é tait constitué en deux exemplaires. Du Il au 20 avril précédent . Un fonctionnaire de la Banque centrale. de chantage . Trente un s plus tard . 50 et 10 nouveaux fran cs. les agissements de la Banque arabe n'élaient pas moins louches. Genoud a permi s au fil s de Hocine Aï! Ahmed de franc hir la fronti ère algérienne. SI . différents l'un de l'autre. Alger républicain. ] Des e ffets de comp laisance étaient réalisés en infraction avec les droits de timbre e t les droits bancaires. La Banque popu laire est pourtant une filiale à 45 % de la BCA. [. note Bachir Boumaza. Les clients sont reçus. mais sous le ur responsabilité. Bachir Boumaza a lrOuvé de quoi faire des ennuis au banquier suisse. 50 et 10 dinars valant à l' heure de mi se en ci rculation respectiveme nt 100. Les échanges de billets sont réservés aux résidents e n Algérie. M. e n coupures de 100.» On le VOil. Trois ième accusation du ministre de l'Économie contre François Genoud : « Fait encore plus grave. les autorités déc ident de rouvrir l'établissement. devenu journaliste. el plus grave. Première estocade: « la tenue la plus élémentaire des livres de banque» n 'a pas été respectée par la Banque populaire. » L'arrestati on de Françoi s Genoud est évidemme nt une riposte des autorités algéri ennes dans l'affaire du trésor du FLN qui vient de leur échapper. En vérité. Deux semaines après l'annonce de l'arrestation de François Genoud. les autorités algériennes ont en effet procédé à de vastes opérations de change e n vue de substituer le dinar au franc. accusation : un « important trafic» contraire au contrôle des changes aurait été découvert.. p. et les retraits d 'argent redeviennent possibles. Uemmène le jeune enfant avec lui. [ . la BPA consentait des prê ts allant jusqu'à un de mi-m illiard. » Aucune corrélat ion n 'est adm ise avec l'affaire de la Banque commerciale arabe de Genève.. sans a ucun accord avec la Banque centrale. que le ministre n'ose mê me pas évoq ue r. Sa conférence est un réquisitoire.. est nommé administrateur provisoire. 2.

se demande si Françoi s Genoud. "Certainement. de travailler à l'étranger contre une tro isième pui ssance . 53• La Feuille d' avis de Neuchâtel. et qui décédera quelques mois après sa libération. 234 t !i3. la police criminelle ouest-allemande. Le doss ie r. n était là parce qu' il était honnête.. il m 'a demandé de communiquer publiquement les raisons de son gesle. Entretien avec rauteur. « à l' insu du juge d ' in struction. 22 février 1965. je le feraL" n avail été mis en cause peu après. par ses « fortes contribu tions à la révolution algérienne » . décidé Genoud et son avocat à une action publique. mais elles provie nnent de l'étranger. Gi lbert Baechtold affimle. l'Algérie incluse. s'était arrêté longuement devant. Paul Dickopf devient président du Bundeskriminalamt (BKA). Robert Lévy. ce qui l'a mis en contact avec de nombreux responsab les poli ciers dans le monde. De 1957 à 1964. Accompagné par Robert Lévy. qui n'a relevé que des infractions mi neures à la législation. Jardin. puis il lui avait lancé: " Vous ne comprenez pas? Je dés ire que vous m 'offriez ce tap is.~lIe Revue de Lausanne. En Suisse. au moment où il commence sa grève de la faim. poussé par le colonel Fathi al-Dib. expli que-t.. la police a effectué une « fo uille nocturne)) de la villa de François Genoud. bâtonnier d'A lge r. La plus forte pression vient très certainement du Caire. lors d'une conférence de presse.52. » Les interventions d iscrè tes en faveur de la li bération de Genoud sont nombreuses. annoncent qu' il s « renoncent à défendre)) François Genoud. Deux: jours plus tard. Une promesse non te nue qui a semble-t-i l.5 ». « pour ne pas se re ndre complices des irrégularités de l' instruction 5. Dickopf a été chef du département étranger du SKA. n est nommé en janvier 1965. qu i aurait offert sa démission en signe de protestati on ». du barreau de Lausanne. Monsie ur le Ministre. intervient personnellement. Le Monde. et Me Sema. Le 1er fév ri er. . Ses enn uis avaient commencé lors de la visite d'un m in istre dans une très belle exposition de tapis qu' il organi sait. le ministre avait tourné autou r d'un tapis magnifique. Les hasards de la vie: au moment où Genoud se morfond en cellule. explique Gilbert Baechtold." Robert Lévy lui avail répond u . que François Ge noud n 'a pas été incul pé. Il sera longtemps reconnaissant de sa sol ]jcitude à l' un de ses codétenus. D'autres amis s' inquiètent : Dickopf. Après trois semai nes de grève de la faim. 1 mars 1995. il pèse cinquante kilos tout a u plus. où le président Nasser. de son côté. après avoir longtemps occupé le poste d 'adjoin t du président Reinhard Dullien. Jean Hugly dans la Nouvelle Revue de Lausanne. dans le cadre de la neutralité du pays.iJ . ni même interrogé. Ainsi. !i4. En pri son. n'avait pas déjà « transgressé les lois su isses» qui interdisent aux ressorti ssants suisses. les réacti ons sont loin d'être favorables à Genoud. François Genoud se désespère. avertit qu'i l faut {( se garder de faire des déclarations sur cette affaire nébuleuse. responsable de l'artisanat algérien m is e n cause dans une affaire de malversations. il décide d'entamer une grève de la faim. avec la libération de son client a u plus lard e n janvier. se souvient François Genoud.. !i février 196!i. courant 1965. 235 .54 ». après trois mois et demi de détention. 6 février 1965. et ce. ne contient q u' un rapport de l' inspecl ion des banques daté du 24 août 1964. « Robert Lévy m'avai t acc ueill i dan s la sall e commune de la prison. » François Genoud gardera longtemps le souvenir du régime nuquel le soumettent ses geô liers. pour donner plu s de retentissement à l'action de le ur clie nt. si vous m 'en donnez l'ordre. sur les fai ts qui lui sont reprochés. Nou. en revanche. L'avocat confie qu' il a é té contacté par un émi ssaire du gouverneme nt qu i lui a proposé une « sol ul ion ami able» de l'affaire. Me Gilbert Baechtold. Le 52. outre des perqu isitions régu]jères.LE BANQUIER NOIR FRÈRES ENNEMIS AU POUVO IR François Genoud reste détenu pendant trois mois à la prison Barberousse d ' A lger. 55. MCBaechtold révèle que. et. Fel/ille d'avis de NeucMII'/. « Mon client m 'approuve.

La presse suisse se demande pourtant si cette libération est réellement imputable à ses diplomates. \" seplembrc 1994. 236 Un nouveau désagrément attend Genoud. Je savais qu' il y avail des las de souvenirs entre nous.» François Genoud est autorisé à se rendre en Suisse. l'Association a développé une importante activité de collecte de fond s pour créer des « maisons d'enfants ». Il demande d 'aiJJeurs pour elle des mesures spéciales de protection à l'ambassade de Suisse à Alger. 60. Je lui ai demandé sa parole de revenir en Algérie. Et je connaissais trop cette situation : ma mère était morte pendant mon exil . Enlrelien avec l'auleu r. je suis prêt à l'oublier. lVe/rwoche. le silence est d 'or et les amis se font rares. li obtient «qu'elle soit constamment accompagnée. » François Genoud regagne Alger une semaine plus tard en compagnie de son épouse. 19 mars 1965.LE BANQUIER NOIR FRÈRES ENNEM IS AU POUVOIR 18 févri er. Mais si mon père meurt . pour le remercier de ses interventions. au motif de la maladie de son père~. tel Mohammed Lebjaoui. directeur de l'association « Djil el-Djahil» (Génération nouvelle)62. Trois jours plus tard . Véritis sur la rlvolmion algérienne. accompagné de Gilbert Baechtold. Enlrelien avec l'ameur. je n'oublierai rien . animée par Zohra Drif et Djamila Bouhired. se sont risqués à aborder le sujel 63. L'État a émis un timbre au bénéfice des orphelins. Il ne faut pas chercher aiUeurs. li ne fait aucune déclaration publique. je n'ai rien dit. Emrelicn avec l':luleur. Je lui ai dit : tout ce qu'on m'a fait. a été créée pour prendre en charge le problème des orphelins de la guerre de libération.» A AJger. 12 mars 1965. 19 mars 1965. 57. Et il est bien revenu à Alger S7. op. L'affaire des fonds de cet organisme figure parmi les secrets de la Banque commerciale. Mohammed Lebjaoui. Seu ls de rares auteurs algériens. sinon que je préférais passer six mois en prison en Algérie plutôt que huit jours en Suisse 60. Alger républicain annonce que 700 millions d 'anciens francs ont déjà été recueillis par « Djil el-Djahil » dans les pays arabes au bénéfice de l'association. grâce à des «relations internationales inconnues ». parce que toutes les portes s'étaient fermées. Le 26 novembre 1962. il est transféré au centre hospitalier Mustapha. a rapporté Mohammed Lebjaoui. Dès l' Indépendance. ce sera une haine totale. lVe/twoche. cif. Une plainte pour «gestion fraudul euse» vient d 'être déposée au parquet de Genève contre la Banque commerciale arabe par Abderrahmane Naceur. et qu'elle loge chez un membre du personnel diplomatique 61 ». U Monde. 58. les autorités cèdent. confirme-t-il . 7 mars 1995. 63. lI m'a expliqué qu 'il voulait aller voir son père qui était gravement malade à Lausanne. 6t. ce dernier est l'un des rares Al gériens à êlIe resté en contact avec les deux panies. dit-il. qui était restée en Suisse durant sa détenti on. Entretien avee l'au leur. « François Genoud a fait appel à moi. sans que j'aie pu la revoir. 7 mars \995. « C 'est Lebjaoui qui a obtenu mon départ. où l'on s'est efforcé de souligner le caractère délicteux du différend. François Genoud se tourne vers Mohammed Lebjaoui. liés aux grèves de la faim qu'ils (Ilote de l'auteur: les chefs algériens) avaient faites S6. « C'est cette grève de la fa im qui m'a libéré. Depui s qu'a éclaté le conflit entre Khider et Ben Bella. et rend aussitôt visite au Département poli tique fédéral (les Affaires élIangères suisses) à Berne. 18 décembre 1991. 56. Le banqui er de Lausanne n'a+il pas lui-même « des jokers en main ». » li arri ve en Suisse le 12 mars 1965. qui «auraient pesé plus lourd que les interventions des diplomates suisses»? s' interroge la Welrwoche S9 • Genoud apprécie peu. « A ma sortie de prison. 62. La collecte est internationale. L'A ssoc iation des enfants de la Chouhada. François Genoud est reconduit à sa villa d'Alger où il est placé en résidence surveillée. Le litige avec la Banque commerciale arabe porte sur 59. J'ai pris les dispositions nécessaires pour qu 'il pane en Suisse. 237 .

dont les suites furent trag iques. « A cette époque.LE BANQUIER NOIR FRÈŒS ENNa. n'a jamais accepté de trahir son amitié et sa confiance. car il ne peut oublier que Genoud. 67. entièrement sauvegardés 66. ibid. le directeur des Éditions de la Cité à Lausanne. pour son usage pe rsonnel. 239 . et on a du mal à le récupérer 64 . Khider déclare avoir en sa possession 2. Les fonds finissent-ils déjà de s'évaporer ? « Khider fit savoir autour de lui qu' il ne prélevait sur ces fonds. Dans sa proposition de règlement.'i ». Starckmann affrète Mohammed Lebjaoui poursuit sa mission de bons orfices. Belrond.» Le vendredi 14 mai 1965. Nul doute que cette estim ation inquiète au plus haut point les responsables algériens : les fonds du FLN s'élevaient officiellement un an plus lôt à 40 millions de francs suisses. les fonds manquants à Genève sont allés rejoindre les fonds détenus par Khider. [J consacra aussi des sommes considérables à la rébellion en Kabylie et à celle de Chaabani. » Le marchand d'armes Georges Starckmann pouvait témoigner que les fonds du FLN avaient d'ores et déjà été mis à la disposition des maquis créés par le Front des forces soc ialistes de Hoci ne Aït Ahmed 68. NoirCanon. Il subventionna un mouvement armé dans le Constantinois. 238 66. 1992. « Khider demande l'annu lation des poursuites judiciaires engagées en Algérie contre Genoud. en choisissant de rester fidèle à l'amitié. celui-ci expliq ue que « chaque partie doit s'acqu itter intégralement de ses dettes » . 6R. soii la somme de 10000 000 NF environ 6. 18 mlli 1990. Un homme suit de près ce connit : c'est Jacques Vergès.cbjaoui. Il réunit une nouvelle fois Ait el-Hocine et Mohammed Khider. Procts-verbal cité par Mohammed Lebjaoui. qui font l'objet du bras de fer engagé par Alger contre la Banque commerciale arabe de Genève. Khider précise que « la Banque commerciale arabe devra procéder au transfett en Algérie des fonds "Djil el-Djahid". été en butte à ces poursuites que parce qu'il s'est refusé à interven ir dans le différend qui opposa it deux de ses amis: Ben BelJa et Khider.» En réalité. les négociateurs se retrouvent une nouvelle fo is à Madrid. Paris. 65. li subventionna certaines organisations de résistance palestiniennes. plaide Mohammed Lebjaoui. Khider indique que cette mesure ne serait donc que la réparation d'une grave inj ustice et qu 'eUe est à ses yeux primordiale. Le procès-verbal établi par Lebjaoui montre combien J'arrestation de François Genoud a été durement ressentie par Khider. cit. Khider ajoute que Genoud. Ces fonds ont été directement versés à la Banque commerciale arabe de Genève. Mohammed l. devenu l' un des collaborateurs de Jacques Vergès à Révolution africaine. Entretien avec J'auteur. n procéda à d' importants achats d'armes 67. L'avocat est en effet l'époux de Djamila Bouhired. sécurité et intérêts qu'une attitude contraire à l' honneur aurait. en plus des services éminents rendus à l' Algérie. soil le double de la somme annoncée par Khider. mais ils De sont jamais arrivés à Alger. TI précise que Genoud n'a 64. Vergès m'a demandé si je connaissais Genoud ». Wrirb sur la rél'l)lmion a/g/rienne. l'une des deux fondatrices de l'association. se souvient Nils Andersson. ibid. par contre.5 milliards d'anciens francs. soit la somme de 500 000 livres sterling (en nouveaux francs français 7 000(00) au moment même où la Banque populaire arabe sous administration judiciaire effectuera de son côté le paiement des créances dues à la banque commerciale arabe (BeA). op. que son traitement de membre du Bureau politique. Voir exigences citées dans MohllJlUned Lebjaoui. « Puis il m'a dit: "argent des émirs a été mis à la Banque commerciale arabe.US AU POUVOIR les 500000 livres sterling données par l'émir du Koweït. Le 2 février 1965. Dans les tractations secrètes entre Alger et Khider. Voir dans ses Mémoires: Georges Starckmann. n'ignorait pas qu'il agissait au détriment de sa sécurité et de tous ses intérêts. jugeant que c'était son devoir.

le finan cier du FFS . la République démocratique du Nord Vietnam et la République démacralique de Corée. L'aide apportée par Mohammed Khider aux organisaLions palestiniennes ne date pas de son exil. Ibid. au premier rang desquels Che Guevara. Ces témoignages en tout cas semblent l'accréditer. le 3 juillet 1962. op. Alors que le chef du Fatah regagne le Proche-Orient. semble-t-il. « Nous sommes passés à la seconde opération. Lors de la proc lamation de l'indépendance algé rienne. le 28 mai 1964. Ils lenaiefll manifestement à ce que personne ne soit perdant dans cette affaire. Une option «chinoise » que Nasser voit d ' un mauvais œil et critique. déjà prévue avant l'échec de la première. Le bureau sert de fenêtre ouverte à Yasser Arafat. note Xav ier Baron.ne . 241 . pas agi pour son enrichissement pri vé. C'est chose fai te en février 1963. 1990. demande à Ben Bella l'autorisation d'ouvrir un bureau de la PaJestine à Alger ïO . mais seulement avec des arrière-pensées politiques. raconte Georges Starckmann. l'Union soviétique. Mohammed Khider. 72. n'a donc. Un des/in pour la PQI~s/. » L'existence de ce bureau algérois est vivement critiquée par tes Égyptiens. en compagnie de Mohammed Kh ider. m'a remis l'argent nécessaire. « La présence d 'Abou Jihad dans la capitaJe algérienne sera particulièrement précieuse pour établir les premiers contacts avec la Chine. d'Ahmed Choukeiry à la tête du premi er comité exécut if de l'Organisation de libération de la Palestine confirme d 'ai lleurs leurs prétentions. Rémi Favrel. ou le principal bénéficiaire. 7 1. dans un salon de thé de la rue du MontBl anc aujourd'hui di sparu.LE BANQUIER NOLR FRÈRES ENNEMIS AU POUVOIR à Prague un avion Constell ation rempli d 'armes destinées à des parachutages en Kabylie. Les PQI~s/iniens. Les premiers contacts avec la Chine donnent des résultats si satj sfaisants qu'Abou Jihad accompagne Yasser Arafat à Pékin en 1964. C'étaient encore des billets de 1 000 marks soigneusement emballés. Ara/or. Ce second paiement représentait le reste de la somme que les Kabyles s'étaient engagés à me verser. 240 Jo) 70.:n 1988. Mohammed Khider. Le matériel est intercepté et confisqué à Palma de Majorque. chef d 'aJ-Fatah. Abou Jihad se rend à Pyongyang el Hanoi 72. Ce qui n'empêchera pas les autorités algériennes et leurs services spéciaux de prononcer la peine maximale à l'encontre de J'ancien secrétaire du FLN. qui espèrent garder la haute main sur les organisations paJestiniennes. Renaudol. Le 5 novembre 1962. à Genève. Khider m'a demandé avec beaucoup d ' in sistance de garder le matériel prévu quoi qu ' il arrive. Nous sommes restés amis jusqu'à sa mort 71. Yasser Arafat. Paris. En Algérie. L'élection à Jérusalem. se souvient François Genoud . En second lieu. Abou Jihad meu rt assassiné par les services s~ciaul( israéliens à Tunis . Ce jour-là. de ne le livrer à personne avant de recevoir des instructions 69. Xavier Baron. notamment pour y recevoir des leaders tiers-mondistes. Yasser Arafat évoque publiquement l'exemple que constitue la lutte du FLN pour l'organisati on palestinienne et ébauche une stratégie« guéri llera» contre Israël. les chefs du FLN ont tous été des soutiens actifs de la cause palestinienne. au Vi etnam. il y avait des 69. )10 Si J' affa ire du trésor du FLN est effec tivement l' un des plus important s détournements de fond s de cette décennie sur la place de Genève. cil. ils n'avaient pas à leur disposition de véritables refuges. qui en est le commanditaire. Il avait été payé par Khider. un peI/pie. François Genoud a accueilli à Alger le mufti Amine el. Arrivés au pouvoir.Hussei ni et une délégation du Haut Comité arabe de Palestine. avec de solides arguments:« Nulle part au Moyen-Orient la populaüon n'était assez dense pour que des guérilleros puissent se déplacer parmi le peuple. Khider l'avait fait venir. C 'est Abou Jihad (Khalil el-Wazir) qui ouvre le bureau de représentation. « J'ai connu le jeune Abou Jihad à Alger en 1962.

Un grand hebdomadaire avait entrepris de relever les méfa its commis par les juifs depuis la nuit des temps. dans sa cellu le à Jérusalem. Cité par Gilles Perrault. dl.LE BANQUIER NOIR FRtRES ENNEM IS AU POUVOIR zones situées hors d'alteinte de l'ennemi [ .. Dp. J'ai donc rencontré Chehata. une dizaine de commandos essaiment ains i. j'ai entendu des interventions incroyables. 74. prend le pouvoir en Algérie. Yasser Arafat et à sa sui tc plusieurs organisations palestiniennes se lancent dans l'action dc guéril la. un s ilence de mort 16. selon une tactique malsai ne el improvisée. cil. Puis Vergès repart par Beyrouth où il rencontre publ iquement des dirigeants de l'DL? Défense de rupture oblige: il annonce qu'il mettra en avant le «caractère militaire de l'opération » de son client. l'avocat peut rencontrer son client. L'avocat est bloqué à j'aéroport de Jérusalem. C'est l'opération al-Assifa (la tempête). ils ont des commandos el les premiers fedayin viennent d'être arrêtés en Israël 14. Mais Jacques Vergès n'en a cure. En tro is mois. Mahmoud Hijazi. de Jordanie ou de Gaza. 75. Son témoignage est cité par Gilles Perrault dans sa biographie d'Henri Curiel. Ahmed Ben Bella est destitué. Paris. fait et défait.. Le 8 janvier 1965. Une déléguée holl andaise a même déclaré à la tribune: "Les juifs. ainsi qu ' une pétition pour faire li bérer Eichm ann . ciro 243 .] Il n'existait pas de tels refuges en Israël 73. » Le symposium préfigure les alliances lroubles nouées par les groupes palestiniens les plus radicaux . C'est le cas d ' un représentant d' Henri Curiel au Premier symposium pour la Palestine au Caire en avri l 1965: Marcel Manville. « Fai s-toi inscrire très vite au barreau. /bid. Au symposium . sur CCI épisode. il ne faut même pas les jeter à la mer. les poissons crèveraient !" J'ai parlé devant deux mille personnes. Yasser Arafat a engagé près de quatre-vingts hommes dans des opérations de sabotage d'ouvrages civils qui réussissent très diversement. Mahmoud Hjjazi. Titi Arié et une vingtaine de camarades. et se rend auss itôt en Israël. op. mais il parvient à transmettre une déclaration il des journalistes. les organismes dirigeants. rapporte l'avocat. impose les oplions et les 76. 242 Le 19 juin 1965. il y a un travail pour toi en Israël. est fait prisonnier. L'un des membres du commando.» Pourtant. c'est tout ce qu'il espérait. pas un applaudissement. Une organisation s'est constituée récemment. Son « happening . et aussitôt conduit en pri son. « Au relour. D 'autres ex-membres du «collectif des avocats» du FLN algérien sont conduits à approcher le mouvement palestinien. avocat martiniquai s. 73. lui dit Boutenika. En septembre 1965. l'année. 1986. Les autorités israéliennes le déclarent aussitôt persona lion grata: il ne peut théoriquement plus plaider. rapporte-t-il 7:5. Les autres sont accueillis par les tirs de l'année jordanienne: un Palestinien est tué. de sinistre mémoire. lis m 'ont fait de la situation un tableau effarant Une nouvelle édilion du Protocole des sages de Sion circulait au Caire. Un homme d pari. Ils en apprécient moins les débats. Les Documents du Caire. avec à sa tête le général Boumedienne. A la fin de mon intervention. déclare Boumedienne. Le patron de l'OLP était alors Choukeiry. des hôtesses de la Swissair m 'ont réconforté avec des brioches chaudes farcies au caviar ». un commando du Fatah franchit le Jourdain et fait exploser le tunnel Eilaboun. Jacques Givet. il apprend la tenue du procès de Hijazi par la presse. V II homme à part: « Henri m'a demandé de rencontrer au Caire Chehata Haroun el Albert Arié en me prévenant qu'ils voulaient que j'intervienne contre le fatras antisémite véhiculé par les Palestiniens. Les délégués sud-américains étaient tout simp lement des nazis. . el. u Cas Vergès. » Vergès accepte. « Le pouvoir personnel uujourd 'hui consacré. trouve son écho dans la presse. u Salaud Illmineux. toutes les institutions nationales et régionales du parti et de l'Élat se trouvent cntre les mains d ' un seul homme qui confère les responsabilités à sa guise. il est aussitôt inscrit au barreau d'Alger. le ministre algérien des Affaires étrangères. Lieu commun. Cité par Mohammed fl assancin fleikal. op.. Jacques Vergès sera l'avocat de J-Ujazi. Jacques Vergès.

Phoen ixRheinrohr.U est bien tard. en sortant la main de la poche intérieure de son veston: "Je vais te donner mon adresse. annonce qu'avec l'entrée en fon ction de ce pipe-line la production pétrolière algérienne va augmenter de près de 10 millions de tonnes en 1966 78• « L'alliance sacrée de Suez . tout ce jOl i monde se retrouve dans son rôle classique de parasite ». raconte sa fe mme peu après. Tous montent dans sa OS blanche.Qui t'a donné mon adresse? . accompagné de sa femme et de son beau-frère. Le 3 janvier 1967 au soir. M. le marchand d 'armes George. Belaïd Abdesslam. op. à moi..se reconstitue. 79. Sa 1.L'ambassade d 'Algérie.LE BANQUIER NOIR hommes selon l'humeur du moment. l Of mars 1966. Un homme s'esl approché et a dit en arabe: "Bonsoi r Khider. Dans ses Mémoires (Noir Canon. est remplacée par une banque anglaise. Israël . bastion financier de l'État d'[sraël. Dès le 19 février. pour se rendre à un dîner. 7 L'encombrant trésor Mohammed Khider ne s'auendait pas à rencontrer des tueurs. » L'année et le nouveau président Boumedienne vont appliquer à la lettre les préceptes dénoncés plus avant. les caprices elle bon plaisir. 8 juillet 1992. De Lausanne. L'oléoduc se fera sans lui. Angleterre. Mohammed Khider s'extrait de la voilUre. an." L' homme m'a alors regardée. el publié dans Le Monde. Le prés ident de la Société nati onale de commercialisation el de transport des hydrocarbures (Sonatrach). Les beaux projets de François Genoud en Algérie sont terminés. François Genoud rumine sa défaite: « La banque FLN. le premier tanker vient remplir ses soutes de pétrole dans le port d' Arzew. cil. et son regard ne m'a pas plu. Mais nous pouvons nous voir demain. à mon mari et à Lakhdar Bell a!. Starckmann signale qu ' il avait offen celle arme à Mohammed Khider. Puis il a dit. elle-même participant à des augme ntations de capital de la banque Leumi Leisraël. L' Hebdo liblr~ (Alger).). K1einwort Benson. conc lut François Genoud 79. cité. explique-t-il .. il avait un pistolet automatique au poing et commençait à tirer 1. «Nous éti ons déjà in stall és dans la voilure et mon mari avaÎl mis le contact. 6 janvier 1967. 245 . l'ancien secrémire généraJ du FLN quitte son appartement de la rue San Francisco de Sales à Madrid . est trahi au profi t du constructeur anglais John Brown n. Les anciens colonisateurs appuyés par la finance sioni ste. Témoignage rnpponé par l'AFP à Madrid. Mais il nous a serré la main.Qui es-tu ?" a répondu mon mari . . » Le troisième oléoduc algérien entre en fonctionnement le 14 février 1966. Je veux te parler d' une affaire importante. fait quelques mètres. 2. . qui avait joué un rôle essentiel dans l'élaboration de notre projet. "Un Algérien comme toi. CA/Striell en Europe. » Deux balles brisent la vitre avant de la voiture de l' ancien chef du FLN.France. amenés par des intennéd iaires totalement indifférents à l' intérêt du peuple algérien et des peuples en général. Lakhdar Bellal. mais cinq autres balles l'atteignent à la tête et à la poitrine. La Sonatrach met sur pied un nouveau montage financi er." L' instant d'après. Un coup de feu l' aurait touché au poignet droi t pour l'empêcher de sortir son pistolet Walter PPK 2. C Ilebdo libéré. 77. . 78.

Un mandat d'arrêt est aussitôt lancé. est arrêté puis gardé à vue vingt-quatre heures dans les locaux de la SOrelé. Fiché par interpol dans le cadre d'une affaire de fausse monnaie. Il n'a appris la nouvelle du meurtre que le matin du 4 janvier.65 et cinq de 9 mm qui témoignent de la tuerie 3. l' appartenance de Dekhmouche li la sécurité militaire algérienne ne fait aucun doute. en précisant qu'aucune charge n'a été relevée contre M.LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANT~OR femme et son beau-frère le transportent à la clinique voisine de La Concepci6n. IJMonde. Cet homme l'emmène dans un petit restaurant du Tessin proche de la fronti ère italienne. dans Cygn~. L'enquête s'oriente immédiatement vers les réseaux de la sécuri té militaire algérienne à Madrid. U Monde. Pour les services espagnols. pour être plus tranquille. après avoir rebranché sa ligne's. El. Le suspect s'appelle Youcef Dekhmouche. note le journal Le Monde. située quelques centaines de mètres plus loin. les services espagnols ont rapidement retrouvé la lrace de Youcef Dekhmouche. S janvier 1967. Entretien avec r aUieur. Paris. Boukhalfa six heures après l'assassinat du leader algérien 4 . Selon ses informations. vembre 1926. avec une balle engagée dans le canon. Fort troublant est le témoignage de Lui s Gonzales Matta. Deux offi· ciers des services extérieurs présents en Algérie le confinnent . est retrouvée non loin de là. 1 mètre 73. Ibid. il a « débranché son téléphone ». Rabah Boukhalfa. Déclaration en possession de I·auteur. Note publi6e en fac-sim ilé par Luis Gonzales Malla. Grassel. d'Italie. Un homme est parvenu à le faire évader de l'ambassade. qui passera la fronti ère quelques instants plus tard . mais Mohammed Khider a déjà succombé à ses blessures. lbjd. 7. 5. K.Mohammed Khider -. Dès le 5 janvier. 18 décc nlbre 199 1. cheveux no irs abondants. couvert et faci lité l'assassinat de M. François Genoud se trouvait à la montagne le jour de l'assassi nat. rapporte Gonzales Mattu. On l'interroge pendant cinq heures et demie en présence de l'ambassadeur d'Algérie à Madrid. lnspecteur de la DGS à l 'époque. quelques jours plus tard . » François Genoud est clairement visé par les accusations de Gonzales Matta car un long portrait de lui précède ce passage 9. L'une des armes. La police suisse en aurait été avisée par les autorités espagnoles. un parabellum P38 de fabrication allemande. a coordonné. avant de devenir éc ri vain. teint clair. A son retour. Celui-ci a trouvé refuge à l'ambassade d 'Algérie à Berne.« probablement accompagné de diplomates al gériens ou syriens ». 10 janvier 1%7. J'assassin véritable. Sur place.ifi é par la police espagno le. . Gonzales Malla aurait été chargé d' une partie de l'enquête sur l'assassinat de Kbider 7. Selon des milieux bien infonnés. 247 . 9. 1976. la police ramasse les douilles de deux balles de 7. l'ambassade d 'Espagne à Alger présente ses excuses au gouvernement algérien. 11 offre un repas à Dekhmouche. 246 6. la division internationale de la DGS peut déjà conclure que le gouvernement algérien. La police a perquisitionné son domicile ct découvert un revolver 9 mm . comme l' impunité de son assassin 6 » . né à Beni Mesien le 13 no3. Le diplomate est néanmoins relâché aussitôt après son interrogatoire. il voyage dans une Simca 1000 immatriculée en France. petite barbe proéminente. la police soupçonnait déjà M. 8. « par Je biais de. pui s journaliste dan s une revue parisienne. L'ambassadeur d 'Algérie proteste offi ciellement el dément la rumeur selon laquelle un autre homme. se serait caché dans l'ambassade. rejoindra l'Algérie . et. le tueur présumé est ident. Ml mojrts (!rm Dgent secret. La miss ion accomplie. «Dekhmouche disparaît. sa représentation diplomatique dans notre pays. l'homme rentrera à Lausanne dans sa Mercedes 8. Dans une note du 3 février. 4. soixante-cinq kilos. Boukhalfa. attaché aux affaires consulaires de l'ambassade d 'Algéri e.

d'assurer la publication de brochures luxueusement imprimées. chargé de cene procédure par le gouverneme nt algérien 14. « Selon e ux.LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANT TRI!sOR L'ex-agent espagnol renouvellera ses allégations e n 1985 à l'inte nlion de la justice suisse. Ramdane Redjala. I S. considé rant que « la culpabilité de celu i-ci n'est pas é tablie à satisfaction de droit ». FFS: Front des forces socialistes. 19 octobre 1994. Les e nquêteurs suisses n'en sont évidemment pas si sûrs. le PRS-CNDR (de Mohammed Boudiat) et l'OCRA (de Mohammed Lebjaoui). le directeur de la Banque commerciale arabe. déplacements. séance du 1'" juillet 1974. selon e ux. Pour les autorilés algérie nnes. dès le 6 janvier.le 30 juin 1967 -. » 10. secrétaires . « au mome nt de son assass inat. non loin d 'Ail Ahmed. en dévoil ant la montre à quartz. eUe ne fait que commencer. 18 décembre 1991. 13. 18 décembre 199 1.. ). so lidairement. En outre.. 249 . seul déposant. à Paris. PRS·CN DR : Pani de la Révolut ion socialiste Comité national de défense de la Rtvolution. ils se sont fait s ses complices pour penne ure la sou straction fraudul e use des biens » du FLN 15. Les avocats de l'Algérie pla ident une é vide nce : Mohammed Khide r n'é tait que le mandataire du FLN. « en paieme nt de 42 796 100 francs suisses avec intérê ts >~. par le dé tourneme nt d ' avion de Madrid vcrs Alger . qu'il porte à son poigne t . Entretien avec l'auteur. après l'enlèvement de J'ancien Premier ministre congolais Moïse Tschombé. Le 14 février 1967. François Genoud est d 'ailleurs resté en relation avec les trois dirigeants de ces mouvements. il classe également celle dirigée contre Zouheir Mardam. le procureur généraJ classe la pro- cédure pénale ouverte contre Mohammed Khider. Scion François Genoud. de faire face à des dépenses onéreuses (locaux.. et seul clie nt de la banque. L'Oppo:rilion I!n A{ghit depuis / 961. Mais. Entretien de Kadou r S:uor avec l'a uteu r. Sunday Times. « Nous espé rions découvrir des éléme nts nouveaux dans les papiers laissés par Khider. François Genoud et Zouheir Mardam rétorquent que les comptes ont é té ouverts au nom de Khide r. C'est donc ce finan cement qui leur a penllis d 'entretenir un corps de pennanents jusqu'en 1968. 16. la mort de Khide r allait faire remonter le secret du trésor ». du moins pour le PRS/CNDR 12. II. op. A Genève. Mohammed Boudiaf étonne ses camarades. François Genoud dément vigoureusement. et à partir de 1966 pour le de rnier. e xplique-t-iJ sèche me nt. CÎI. mes amis savent ce qu'il s doivent en penser 10. lesqueLs se trouvaie nt en possession de la police espagnole. la BCA et Zouheir Mardam . 8 janvier 1967. matériels. Une photo de l'assistance publiée par le SUflday Times le montre aux côtés de Fathi al-Dib. comme l'explique Ramdane Redjala : « Mohammed Khide r a géné reusement subve ntionné le FFS (de Hocine An Ahmed). les Espagnols n'ont rien voulu donne r 11. beau-frère de Khider.. explique Me Kadour Sator. 248 14. qui é tait le véritabl e client de la banque. 8 mm 199 1. à Casablanca. de 1964 à 1967 pour les de ux premiers. L 'assassinat de Khide r « me t fin à la période des vaches grasses pour l'opposiLion algérie nne ». Entretien avec Ramdnne Ri!djala. « Ce sont des rumeurs lancées par Alger. 17. Jes fonds avaie nt déjà été pratiquement dépensés 16» . En trelien avec r auteur. le 10 juillet. l'un des premiers modèles. La République algérienne et le FLN ass ignent. » Le Suisse assiste à l'enterreme nt de Mohammed Khider au cimelière des Héros de l'indépendance. et du général Oufkir". les gestionnaires de l'é tabl issement «ont su que Khide r n'avait plus le pouvoir de di sposer des fond s. 12. Ces mouvements ne connaîtront pas les graves difficultés de trésorerie qui affectent généralement les partis d'opposition . Arrê t du tri bunal fédéral suisse. se souvient le juge d'instruction Roger Dussaix. » Par ses fonctions de banquier. offerte par François Genoud 13. Le me urtre de Khider a une autre conséquence immédiate. /bM. OCRA: Organisalion clandestine de la Rtvolution algé rienoe. L'affaire n'esl pas te mlÎnée pour autant.

il se lève. en octobre 1966. de récupérer l'ancien mini stre de Boumedienne au sein de l'Organisation clandestine de la Révolution algérienne (OCRA) qu ' il a fondée avec Art el-Hocine en avril 1966. Certains intriguent pour le mal. cit. 19.."» t 8. C'est en prenan t sa main que je l'ai reconnu. op. 1"' se ptembre 1994. François Genoud lui « tombe dessus à bras raccourcis ». Nommé ministre de l' Inform atÎon par le colonel Boumed ienne en 1965. Il me voit. lui dit J'ancien leader. Boumaza a rallié l'opposition lors d 'un voyage à Paris. monsieur Genoud. Certaines sources allemandes notent qu'il effectue également des missions à l'étranger pour le compte de la direction générale de la sécurité militaire 20• François Genoud a lui-même d'autres entrées à la 4( SM ». l'ancien mini stre de " Économie. par le plus grand des hasards.'. se souvient François Genoud. petite société qui sert de couverture à ces venles. Je me suis dit: ça. à Alger. et me tend la main .rateur de Walter Funk. il conseille aussi les services spéciaux en matière technique. Il étaÎt ilJégal à l'époque. Entretien avec l'auteur. Mais. li m'a dit: je vous donne mon numéro de téléphone. c'est un Algérien. L'établissement avait plusieurs étages. ne le donnez à personne. Abdelhamid Boussouf lui-même. u Croissant et la Croix gammie. 250 L'ENCOMBRANTTRtsOR Le coup d'État de Boumedienne ct l'entrée dans " opposition d' une partie de la première génération des ministres algéricns va provoquer des retrouvailles in attendues sur les sols suisse et français. » Avant d'être ministre. et au plus haut niveau de l'État. commente FrançoÎs Genoud. et je le connais. Son engagement aux côtés du FLN pendant la guerre d 'Algérie lui vaut des amitiés qui dépassent les conflits politiques intérieurs. aurait manifesté son estime à François Genoud : « La première fois que j'ai vu Boussouf. il est vrai . cit. selon certaines sources. Le contact avec Rabah Bitat. François Genoud lui voue une hai ne tenace. Il est l'un des coauteurs de La Gangrène. ma1gré son amitié pour Khider. son vieux camarade Hans Rechenberg. 99. Verbalement s'entend. 20. » Dès qu ' i! voit Boumaza. C'est l' un des rares chefs « historiques» restés au pouvoir. 14 mars 1991. il m'a fait l'accolade et m'a dit: "Ah. ne s'est jamais démenti. longtemps ministre du gouvernement Bownedienne. publié 22. est basée à Munich et se consacre officie llement à des « enquêtes économiques 19 ». Bachir Boumaza avaÎt prononcé un réquisitoire sans appel contre le banquier. dont le nom est emprunté aux clubs du groupe Naumann. C 'est le cas de la rencontre de Genoud et de Boumaza. op. On a ri tous les deux . a souvent été utilisée par François Genoud comme boîte aux lettres. L' accrochage lui vaut une leçon de morale de Mohammed Lebjaoui: « Ce n'est pas digne de vous » . les contacts ne sont jamais tota1ement rompus et les réconciliations parfois inattendues. le cu. l'ami de tou. j 'étais monté en haut. il représente les services spéciaux ouest-allemands (BN D) dans la capitale 18. En outre. Die Tagebl1cher des DoklOr Joseph Goehbels. 251 . /bit/. Peter-Ferdinand K och. s'est installé à Alger où. Lebjaoui teOle. 1. Roger Faligot et R~mi Kauffer. Dans un coin sombre. L' Arabo-Afrika. Lebjaoui était un intri gant pour le bien. Il est remi s en présence de son procureur dans une rue de Genève en compagnie de Mohammed Lebjaoui « Lebjaoui était un homme qui cherchait le bien. Chez les« frères» du FLN. 2 1. Boum aza a été un valeureux combattant du FLN. « Quelques jours plus tard. se souvient Genoud. J'ai été très touché par cette marque de confiance 22. Hans Rechenberg fournit notamment la sécurité militaire en matériel d'écoute: récepteurs goniométriques et voitures destinées à capter les émissions radios clandestines. Hans Rechenberg ne se contente pas de vendre du matériel «sensible ».. le chef et fondateur de la sécurité militaire.. Entretien avec l'auteur. seul.LE BANQUlER NOIR Franço is Genoud n'a pas rompu ses liens avec la sécurité militaire algérienne. se trouvait un gars assis. au moment de sa détention en 1964. L'Arabo-Afrika. j'ai revu Boumaza dans un café.t le monde 21.

François Genoud l'a confirmé à l 'auteur le 1' <se ptembre 1994. aux yeux ardents et doux. alors qu'il était détenu à la prison de Fresnes. En dehors du mufti de Jérusalem. et s'engage dans l'Organisalion de résistance populaire (ORP). Franço is Genoud fréquente presque « tout le monde » . je rai connu mais il ne m'a pas intéressé. où il faisait figure d 'expert en explosifs. Bachir Boumaza est l'un des promoteurs d'une fili ère algérienne d ' aide aux Palestiniens avec Mohammed Boudia. Mohammed Boudia se tourne vers d'autres cau ses.. en particulier dans les réseaux de soutien pro-palestiniens. En 1962. Bien que le FPLP s' inscrive parfaitement dans l'histoire des mouvements panarabi sles dont il a sUÎvi lous les soubresauts. relata Simone de Beauvoir dans La Force des choses. 25. Issus tou s deux de familles grecques 252 253 23. Salameh a été abattu parce qu'i l était un combattant. aux premières opérations spéciales du FPLP en Europe. Le RUR s' autod issout en 1974. clandestinement. il est nommé directeur du Théâtre national d 'Algérie par Ben Bella. qui se trouvai t à Al ger dès 1962. qui dev iendra l' un des chefs du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) en Europe.» Bachir Boumaza parvient à s'évader de Fresnes cn octobre 1961 . notamment à la préparation de la « nuit rouge» qui détruisit. et surtout de Waddih Haddad. pas un homme d 'action. et n'est libéré qu 'à la fa veur des accords d ' Évian. il a participé à des actions retentissantes. autodidacte. Georges Uabache. les liens de François Genoud chez les Palestiniens trou vent leur origine dans des constatations plus pragmatiques: « J'ai toujours sympathisé avec les activistes.. le 25 aoOt 1958. Membre des 6qu ipes de sabotage. Boudia est avant lout un homme de théâtre. Après leurs retrouvailles de Genève. J'étai s française. l'admini strateur du Théâtre de l'Ouest parisien de Boulogne-Billancourt. Boumaza. Dans le Fatah. François Genoud a connu Boudia au moment de cet engagement 24. en 1968. Septembre noir. \ . Arrêté en 1959 et condamné par les Français. François Genoud sera inconte stablement proche du FPLP. trente et un ans. Boudia passe trois ans en pri son. dans un visage marqué de cicatrices. li devient. il y avait aussi des éléments activistes. Enlretien avec t·auteur. septembre 1994. Responsab le du FLN à Marse ill e. mais le Suisse n 'avait guère besoin des Algériens pour elfe introduit dans les mouvements palestiniens. d'el-Fatah. puis commence à partÎciper.» Waddih Haddad et Georges Habache sont pourtant comme les doigts de la main. Devant la mort lente de ces organi salions 23. Quelque se ize millions de litres de carburant partent en fumée. C'est un homme de discours. avant de prendre la tête de la Force 17. fond ée par une partie de l'entourage d 'extrême gauche de Ben Bell a. explique-t-il. Bachir Boumaza reçut la visite de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. les mauvais traitements avaient fait de lui un viei llard ». fai sant un mort et dix-huit blessés panni les pompiers. « Arrive un frêle vieillard. ou d 'Abou Jihad. « li me parla avec une amitié qui me confondit de honte. du Rassemblement urutaire révolutionnaire-FLN clandestin (RUR) . Puis iJ est l'un des fondateurs. Il s'exi le en 1965 .LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANT TRËSOR aUlt Édilions de Minuit après son arrestation en décembre 1958. Boudia. Les contacts de François Genoud panni les Palestiniens sont si étendus qu ' ils échappent à toute analyse politique ou historique des mou vements. Le grand héros pour moi. les services spéciaux de l' OLP. Vous avez partout des activistes et des bavards 2S . 24. qui est devenu mon ami. les chemins de Boumaza et de Genoud se croi seront souvent . qui deviendra le chef d'une organisation cousine. à ne pas confondre avec son quasi-homonyme Boudiaf. . notamment Mohammed Harbi . qu i ne s'est jamais démentie. . sur proposi tion de Mohammed Hurbi. pour lequel il a une admiration ancienne. Mais il sera aussi en relalion avec Ali Hassan Salameh. en av ril 1967 . le plus grand dépôt de carburant du sud-est de la France. c'était Waddlh Haddad. Pendant la guerre d'Algérie. est lu i aussi un ancien de la Fédérat ion de France du FLN. les instaUations pétrolières de Mourepiane.

sur laquelle. La capture u été mouvementée. annoncent-i ls à la tour de contrôle romaine. Paris. La campagne de détournements d'avion qui fait connaître le FPLP débute en juillet 1968. « Nous sommes des Palestiniens. Sur proposition de Waddih Haddad. qui s' appelle désormais "Libération de la Palestine 007" ».1987 . chinois. Voir Xayier Raurrer. Xayier 83ron. alors que le MNA était encore totalement engagé aux côtés du nasséri sme 77 . devenus médecins. Ce derni er nie avoi r été préscnl lors de Celle conrérence.lcs années soixante. Il s fondent le Mouvement nationaliste arabe (MNA) en 1954. en avril 1969. Andreas Baader et Ulrike Meinhof. et son premier message est un appel à la « rés istance populaire année ». François Genoud apparaît à la tribune. Des extrémistes de droite s'engagent aussi. L'un des pilotes est assommé et une balle perdue se loge dans la carcasse de l'appareil.LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANTTR~OR orthodoxes (l'une de Safed. « Les fa iblesses de la politique du président Nasser que révèle la guerre de 1967 apportent aux responsables du MNA la convicti on qu ' il ne faut pas compter sur le chef de l'État égyptien pour libérer la Palestine. Les chefs du MNA s'orientent vers Je marxisme-léninisme dans les années soixante sous l'i nOuence des puissants grands frères tiers-mondistes. proches de Nasser. La revue antifasciste anglaise Searchlighr publiera en 1987 une photographie de ce congrès. Latino-américains. En mars 1%8. en constituant une véritable « légion étran~è re ». Us rejoignent sur ce point l'analyse qu'a faite le Fatah à l'égard de tous les régimes arabes. après vingt minutes de vol. Dans les années ci nquante.» En novembre 1967. fayard. Roger Coudray.mouvement ultraraciste présidé par le Lau ~ sannois Gaston Amaudruz . Pour la première fois. note Xavier Baron. un groupe paramilitaire clandestin qui s' inspire de la société secrète des carbonari itali ens 26• Longtemps panarabistes. Il est li béré grâce à un coup de force de Waddih Haddnd. Deux représentants du Fatah se déplaceront en obsetvateurs au congrès du Nouve l Ordre Européen . ou . une « bri gade internat ionale» de combattants : Hollandais. le FPLP va capitaliser la soi f guérillera Cl l'esprit révolutionnaire qui sc sont emparés de la jeunesse t. selon la revue. et con fi ants dans l' unité arabe.siw! p. 255 . Les plus connus d'enl're eux. Habache et Haddad s'installent à Damas après la constitution de la République arabe uni e égypto-syrienne. op. Égyptiens. debout. entreprend ses premières opérations en territoire israéUen. plusieurs groupes armés fu sionnent avec le MNA : le Front populaire de li bération de la Palestine est né. il s dirigent en semble une clinique à Amman.à Barcelone. ils font connaissance lors de leurs études de médecine à l'Université am éricaine de Beyrouth . qui prend d'assaut le véhicule condui sant le chef du FPLP à un interrogatoire. La direction lui en échoit. parlant tout en feuill etant un ouvrage 29. cit. dont le modèle est à son apogée. lin pt!llple. Georges Habache est arrêté par les setvices spéc iaux syriens pui s détenu durant sept mois. Algériens sont fonnés et intégrés au FPLp 2II. 27. premier jeune Européen mort du côté palestinien. 254 28. St'orchlighl. Le 23 juillet. l'autre de Lydda). font partie des prem iers étrangers entraînés en Jordanie durant l'été 1970. Aussitôt créé. comme le Fatah. • La qualilé du cliché ne permet cependant pas d'identifier formellement François Genoud. si l'on préfère. La revue p~senle la phom sun ilrtt d'un bandeau : " World t!xc/u. un Boeing 707 de la compagnie israélienne El AI assurant la liaison Rome-Tel-Av iv est détourné par tro is fedayin.cturl' . le FPLP. avait rejOint le Fatah. tout en publi ant l'hebdomadaire AI-Rai. us Palestiniens. nous venons de capturer l'appareil. Ibid. le FPLP crée la même année un département étranger : le Commandement des opéra- tions spéc iales à l'étranger (CaSE). Allemands. mais sans faire 26. La Nlbuleuse : le terrorisme du Moyen·Orient. Habache est issu des« Phalanges du sacrifice arabe ». vietnamiens el cubains. mais ils préfèl'Cnt intégrer d 'autres groupes palestiniens. juillet 1987. Issu du mouvement Jeune Europe. 29.

même si. » L' Algérie. il avait pu obtenir la majorité des voix nécessaires à l'élection de son ami Paulinus [Dickopf] à la présidence d ' lnlerpoJ. Dickopf lui en a toujours été reconnaissant et. 256 32. Dans son ouvrage sur le BKA. Die BKA SlOry. « A dater de ce premier détournement arabe d'un avion d'El AI en juillet 1968. l'ancien officier traitant de l'Abwehr.le BKA . cil. se concrétise bientôt par l'engagement du Suisse à ses côtés. le professeur de criminologie Annand Mergen a révélé 1'« aide » étonnante apportée par Franço is Genoud à Paul Di ckopf dan s ce conclave réservé aux chefs de toutes les polices du monde: « Par ses nombreuses et inlimes relations avec les États arabes.depuis troi s ans. 1970. Les derniers otages sont relâchés le 1er septembre. Au moment de l'élection du nouveau président d 'Interpol . tuant un passager el blessant deux hôtesses de l'air. au sein de ce que l'on appelle encore le « groupe Habache ». quand il s'agissait par exemple de poursuivre certains Arabes en RFA. L'un des meilleurs amis de François Genoud devient donc président dïnterpol. Une semaine plus tard suivent les femmes et les enfants israéliens. vote sans hésitati on pour Paul Di ckopf. contre la li bération par Israël d 'une quinzaine de pri sonniers palestiniens. perçu comme un « grand héros ». à l'aéroport d 'Athènes : deux feday in armés de grenades à main et de cocktails Mol otov attaquent un avion d ' El A I. 257 . qui marqua un tournant. L'av ion se pose deux heures plus tard à . en octobre 1968. le 26 décembre. Mais d 'autres pays arabes font effectivement le même choix. Dickopf. Curieusement . Ben Dan. Passées les intri gues de la guerre secrète en Suisse. Oickopf lui aurait accordé certaines fav eurs 32. Ils sont arrêtés et condamnés à quinze ans de pnson. qui aurait pu être la première à s'inquiéter des détournements d 'avion. L'opération est donc un succès.LE BANQUIER NOI R L·E. Et se fait élire. Interpol] pratiqua continuellement l'art de l'esquive et 30.. le commando espérait capturer le général Ariel Sharon. présente sa candidature au poste de président d 'Interpol. L'estime de Genoud pour Waddih Haddad . l'Q[PC [Organisati on internationale de police criminelle. Annand Metgen. plongeant néanmo ins dans l'embarras le président 8 0umedi enne tout à la préparation du sommet afri cain prévu dans la capitale au mois d 'août. selon certaines sources. La deuxième opération du COSE-FPLP a lieu quelques mois plus tard.. au même moment. Paul Di ckopf. Nul doute par eltemple qu ' une parti e du soutien el des facilités que François Genoud apportait au FLN pendant la guerre d'Algérie se trouvait en RFA. EUes von t le conduire à voyager si souvent à Beyrouth que certains observateurs sont persuadés qu'il y réside de manière permanente 31• Comble de l' ironie. ne réagira pas à l'émergence de cette nouvelle forme de terrorisme. représentée par la sécurité militaire.'lCOMBRANT TRtsOR pl us de dégâts. Fayard. au moment précis où d'autres de ses amis choisissent de braver la loi. est resté l'ami sincère de Genoud. en contrepartie. Ses missions seront voisines de celles réali sées quelque dix an s plu s tôt pour le FLN algérien. Et ce. et de passer à l'action terrorÎste à grande échelle. 31. Les exemples sont nombreux .. c'est au tour de Genoud d 'aider son ancien camarade. Les passagers non israéliens sont libérés presque au ss itôt. rentré en Israël par un autre avion 30. Paris. Dickopf n'a pas ménagé ses efforts pour menre un terme à la détention de François Genoud à Alger. op. Alger. Car François Genoud a un autre atout: le colonel et ancien ambassadeur Fathi al-Dib a lui-même fonn é les états-majors des polices de plusieurs pays arabes. Poker d'espions à Tel-Aviv et ail Caire. Entretien av~ Albeno Marientoni. Plus tard. au cours de la 37e assemblée générale de l'Organisat ion internationale de police criminell e (OlPC). qui prés ide aux destinées de la police crim inelle ouest-allemande . l' institution policière inlemalionaJe. 3 1 aoQI 1994. les deux hommes sont restés en contact et onl fait régulièrement appel l'un à l'autre durant ces vingt dernières années. c'est-à-dire essentiellement finan cières.

expliqueI-il.'5. I I janvier 1993. Presses de la Citf. Si les pil otes d'EI AI ne veulent pas que nous attaquions leurs avions. L'attaque a fait deux morts. bâtonnier du barreau de Tanger. Plus important encore est l' usage des avions d 'El Al pour le transport des soldats israél iens pendant les opérations mi1itaires. un avion commercial de la compagnie El AI effectuant la li aison Amsterdam-Tel-Aviv est attaqué. le 18 février 1%9. lransport de missions mili33. Cité par Xavie r Baron. . 14ires israéliennes à l'étranger. par un commando de quatre membres du FPLP. Me Abderrahmane Youssoufi . L' un des pilotes. un membre des services spéciaux israéliens ouvre la porte et riposte. un « Comité de soutien au peuple palestinien » wmonce : « Qu'on le veuille ou non. l'allcntat du 18 février 1969 commis par un groupe de " terroristes" palestiniens contre un avion commerciaJ israélien sur l'aéroport de Kloten n'est pas un acte isolé de criminels mais une opération militaire de la résistnnce paJestinienne. Paul Dîckopf voit son vieil ami apparaître publiquement dans les coulisses du retentissant procès d ' un commando palestin ien à Zurich. 259 . Interpol. Cachés derrière les monticules de neige. ] Le plus grave (mais notre justice n'estclle pas démocratique ?). 3. Mes Rachida et Kawadja. tuant l'un des assai llants. note Fenton Bres ler. cit. Notre objectif était l'av ion d'El Al el son équipage militaire. » Un procès d 'assises est en vue.LE BANQU IER NOI R L'ENCOMBRANTTRé)OR évÎla de faire face au problème de la nouvelle vague de violence qui déferlait sur le monde ». li voyageait beaucoup pour cela. dans son ouvrage autorisé sur Interpol lJ. ( . On relève soixante-deux points d ' impact sur )'appareil et l'utilisation de baUes incendiaires destinées à faire ex ploser l'avion qui avaü 21 000 litres de kérosène dans ses soutes. Georges Habache présente ses excuses pour avoir « violé la neutralité suisse ». 36. 34. qui connait Genoud depui s les années cinquante. L'avion s'arrête. Quelques mois après son électi on à la présidence d ' Interpol . Yoram Peres. L'Union des avocats arabes mandate plusieurs des s iens. Entretien avec l'auteur. U Noul'el Observateur. Dans lin communiqué.lÏrent sur l'appareil alors que celui-ci s 'apprête à décoller. François Genoud se saisit du dossier et prépare la défense des membres du commando. Également conviés. fut ur prés ident de la Ligue algéri enne des droits de l 'homme. Paris. est grièvement bl essé au ventre. op. reçoit pour mjssion de coordonner depuis Lausanne l"intervention des avocats. « François Genoud avait la relation la plus directe et la plus suivie avec les Palestinjens. la pol ice suisse met fin à la fu sillade. du barreau d'Alger. 1993. expliquent au Nouvel Obsen 1atellr qu'ils ont été « pressentis par les autorités d ' un pays dont les pos itions antlracistes et antiimpérialistes sont connues pour assurer la défense de patriotes palestini ens» : l'Algérie bien sûr 3S• Miloud 8rahimi. et. De l' avis général . Il a plongé dans cene affaire el ne s'occupait pratiquement que de ça 36. c'est que l'on délègue deux typOs. explique-t-il. 258 us Palestiniens. » Genoud affinne avoir fait la connajssance de Waddih Haddad lors de la préparation du procès J1 • A Lausanne. trois hommes et une femme. très tôt. le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd. 1"' septembre 1994. après le décès du pilote des suites de ses blessures un mois plus tard. Les avions d ' El AI ne sont civils qu'en apparence. les fedayin. Présent à bord. « en des circonstances exceptionnelles» et « contre ["sa] volonté ». aU lour de son président. ils doivent convai ncre leur gouvernement de ne plus les utiliser à des fins militaires 34. Entretien avec I·auteur. Ils sOO[ uLilisés à des fin s milimires : transport d 'équipement militaire israéljen el de volontaires pour l'armée en provenance de divers pays el notamment des États-Unis. 22 décembre 1969. Arri vée sur les lieux. Omar Bentoumi et Jacques Vergès. deux Sur les pi stes de l'aéroport de Zurich-Kloten. 37. jeune avocat.. Fenton Bresler. un peuple. « Nous avons pris des précautions par:ticulières en attaquant l'avion d ' El AI afin de ne pas mettre en danger des vies innocentes.

Pour la prcmière fois. landis que l'agent israélien (qui a été acquitté) « n 'est qu'un tueur à gages 43 ». 262 45 . li est pratiquement mort de chagrin à sa disparition 47. Convaincu. « Si le nationalsocialisme m'u intéressé.» Ces propos. Entretien IlVec l'auteur. Au Caire.. 22 aoOI 1994.LE BANQUIER Nom L'ENCOMBRANT TR~OR d 'Algérie à la guerre de Palestine. explique-t-il à la Feuille d'avis de Lausanne. Nahum Goldmann. mais on voit mal. voici une année environ. » Un jour. en 1967. Devant certains de ses visiteurs. premier président israélien : « Ben Gourion était un grand homme ». qui avaient toules les chances d'empor1er les faveurs de Genoud. Le voilà presque en colère. en 1956. ils repartiront ».. car les Palestiniens sont des héros défendant la destinée de leur patrie usurpée. Je ne sui s pas antisémite. les juifs ne vous poursui vent pas? 42. Avant même la création d 'Israël . tenez! Après la guerre des Six-Jours.» Les trois Palestiniens sont condamnés à douze ans de prison par la cour d'assises. et le dépan des juifs de ce pays. comment le commando aurait pu bénéfi cier d'une peine plus légère. 46. 24 décembre 1969. I bid. à la Feuilfe d'avis de Lausanne comme à bien d ' autres. 263 . Le processus de paix engagé en 1993 ne le fera pas varier d 'un iota. il se lance même dans un vibrant hommage à Ben Gourion. La présence ostens ible de François Genoud . c'était un grand type. avec ces histoires de mces >~ . Le bâtonnier Youssoufi annonce que le verdict marque « le début d'un long hiver dans les relat ions arabo-helvétiques . qui aidez les Arabes.. 47.. qui ne sont pas «sans rapport avec l'antisémitisme ». la Suisse a accordé sa nationalité au chef suprême du s ionisme international. J] a vécu dans la plus grande simplicité. venu l' interv iewer. Cel homme a réussi à se prévaloir d'être assimiJé. Américain. Entretien avec l'auteur. c'est sans rapport avec l'antisémitisme. le voilà Suisse 44 . devenu citoyen de Brigue. TI a rendu service à sa cause. que l'antisémitisme théorisé et mis en pratiq ue par le national-socialisme «était une bêtise absolue 45 » . fin mars 1991. lui qui toute sa vie prêche la nonassimilation du peuple juif et lui préfère la persécution. mais anti sioni ste. ct il a adoré sa femme. le quotidien Af-Ahram annonce que« la justice suisse devrait baisser la tête de honte et d 'opprobre ». Comme les plu s ultras des Palesti niens. 44.il. presque enthousiasmé. Genoud interroge le journ ali ste Charles-Henri Favrod. a peuL-être été contre-productive pour le FPLP. Néanmoins. nous dira Genoud.« lis sonl venus. S'il s'énerve contre Nahum Goldmann. une carte du monde arabe sur laquelle les frontières de l'État d ' Israël avaient disparu. lA MO/l(/~. s'exclamet-iJ . II ne s'est jamais enrichi. il explique. Feuille d'avis d~ Lausanne.. a nourri des projets militaires extrémistes. compte tenu de la gravité de l'opération el de son bilan. Joseph Algazy en conclut avec force que« Genoud n'est pas antisémite ». la continuité est assurée 42. abondamment relevée par la presse. qui fut l 'un des appuis des Algériens à Lausanne:« Et vous. il avait d'ailleurs choisi le camp palestinien. » Le journaliste décèle une lueur dans les yeux du banquier.le personnage esl complexe. Genoud nous servira presque le même discours au sujet de Menahem Begin: 4( Begin. Entretien avec l'auteur. «Qu 'on cesse de nous em . François Genoud « ne croit pas à l'impartialité de la Suisse sur la question palestinienne ». La cinglante défaite arabe durant la guerre des Six-Jours. le Su isse ne voit pas d 'autre solution au conflit que la destruction d'Israël. ou plus préci sément celui du mufti de Jérusalem. JI éditait. AJlemand.Iance-t. tel J'historien israélien Joseph AJ gazy 46. 43. « Voulez-vous une preuve de celte volonté qu 'ont les Suisses de s' identifier avec Israël ? lance soudain François Genoud. sur le ton d'une tranquille conviction. . Genoud est conduit à expliquer les rai sons de son engagement pro-palestinien. Eh bien. 16 décembre 1969. mOOlrent que Genoud n'a guère changé sa vision du monde depuis l'époque du Front national suisse. 1'" septembre 1994.

Pour ne rien arranger. Un tir de roquette sur son apparteme nt blesse griè vement son fil s. Waddih Haddad.. 264 5 1. A l'heure où tant de jeunes ne se pass ionnent pour 48. Une bombe a explosé en ple in vol e t fait quarante-sept morts. 52. il é lait parti réaliser. La Nébu/el/se : le Il'rrorÎsme du Mo)"tfl·Oritnt. assez natureUemenl. et songe. est venu pre ndre toutes les dispositions pour assurer la défense de l'inculpé.ojacono. En aont 1969. au deslin romantique d ' un certain barbu coiffé d'un béret. Il n 'est donc même pas majeur. Une statistique qui sera multipliée par trois après l'éme rgence du mouvement Septembre noir : cinquante détournements seront orgartisés pour la seule année 1973.. VitTorio t. Une autre tentative d 'altentat du FPLP met au jour une nouveUe fois le rôle de François Genoud dans les réseaux de soulien de celte organi satjon. qui. 265 . Il visite les camps de réfugiés. fa isant mine de ne pas comprendre 48. déclare la « fugue» à la poLice.« J 'ai été très sensible au très jeune âge de ce compalriote qui était parti là-bas un peu comme un boy-scout. En décembre. En septembre. en réalité. Ayant appris l'arrestalÎon de Sréguet. Pendant un an e t demi . en Jordanie. membre du FPLP.~ et Iistcs d'attentats par organi sation donnés par Xav1 er Rauffcr. répond Favrod. 2 novembre 1990. et devant le bureau d ' El AI à Bruxelles.COMBRAt\'T TR~OR _ Absolument pas ». le Tess inois décide d 'attendre son retour.. Chiffre. n s 'ennuie sur les bancs du Lycée scientifique de Lugano. 11 n'entrera dans la clandestinité qu'après avoir essuyé une première tentative d 'atte ntat au mois de juillet 1970. est arrêté par les douaniers du port de Haïfa . des gre nades sont jetées devant les ambassades d ' Israë l à La Haye et à Bonn. » De reto ur fin fé vrie r. Bruno Bréguet l'est assurément. Entretien avec Yves Lassueur. mort les armes à la main dans les montagnes boliviennes. François Genoud part dans le Tessin rendre visite à sa famille. il subviendra à leurs besoins maté riels les plus divers 49. le jeune Suisse s'est rendu au Liban o ù il a pri s contact avec le che f des opérations spéciales du FPLP.LE BANQUIER NOI R L'E. en Israël. Les of( opérations spéciales» du FPLP se multiplient. il a tout juste vingt ans. Bielli. 19 mars 1982. Entretien de Charles· Henri Favrod IIvee l'auteur. Us seront final ement libérés par les autorités suisses à la suite du déto urnement par un commando palestinien d' un avion Swissair sur Zarka.. En fait de fugue. . Mais la police ne Une foi s condamnés. Haddad vit effecti vement à Beyrouth.. Bruno Sréguet quitte le domicile familial au mois de février 1970. c'est le détourneme nt sur Damas du Boeing 707 de la TWA assurant la liaison Los Angeles-Tel-Aviv. Né le 29 ma i 1950. Jeune. Bréguet est parti au Liban le jour qui a suivi l'attentat. les membres du commando de Zurich ne cessero nt de faire l'objet d 'atte ntions de la part de François Genoud .1 découvre alo rs une ré alité qu'il ne soupçonnait pas. lu i aussi. explique-t-il plus tard à un journaliste. peut-être stupideme nt. un détournement écho ue à Athènes. rien. Le 23 juin 1970. Bruno Bréguet. 50. «Comme cette personne [Waddih Haddad] est absente. une ceinture e n tissu bou rrée d' explosifs aut our de la tai lle. cil. Mais il est surtout. 1 dossitr di s fltemb(1' n~ro. op. le départ de Sréguet au Liban a coïnc idé à un jour près avec l'atte ntat contre un avion de la Swissair assuran t la li ai son Zurich -Te l-Aviv. Bruno Sréguet est convoqué par la police cantonale de Be Uinzone (Tessin) : on a suivi ses dé placements. Ibid. un jeune miJitant suisse. L' Nebdo (Lausanne). » Genoud. 1. d 'où il coordonne sa campagne d ' attentats el de dé tournements d'avi on. que lque chose d '''intéressant'' 51. raconte Pierre-François Chaton dans L' Hebdo de Lallsarm e 52. Les organisalions palestiniennes vont réal iser près de q uinze déto urne ments d 'av ion par an de 1969 à 197 1 50 . n reste un mois sans donner de nouvelles à sa famille. comme bien d 'autres alors. 49. 1974.

Les enquêteurs du Shin Bet . 267 . un OC 8 de la Swissair reliant Zurich à New York. Le rêve fait place à une désagréable réalité pour les 28 1 personnes qui se trouvent à bord des deux appareils : elles apprennent qu'elles se trouvent sur l'''aéroport de la révolution". c'est celui du 707 d'El AI qui doit se poser à Londres après la neutralisation du commando. et la mort de J'un des fed ay in . Sa peine sera réduite à di)!. « Waddi h Haddad était un génie de la propagande. « Waddih Haddad était quelqu' un tI'une grande efficacité. » L' action terroriste monte en régime: le 6 septembre 1970 en constitue le point culminant et marque l'heure de gloire de Waddih Haddad. 31 aoll t 1994. Le navire accoste le 23 juin. 55. situé en "territoire li béré". Entretien avec l' aute ur. Grande~ Bretagne. Au mois de j uin. ans en appel. Les Palesliniens. deux kilos d'explosifs autour du ventre. et qu'elles demeureront otages du FPLP jusqu 'à la libération des sept fedayin détenus par la Suisse. Haddad était un lecteur assidu de Goebbels. n exécute en fait sa première mi ssion pour le FPLP. Soit cent cinquante otages supplémentaires. raconte Xavier Baron. op. officiellement pour l'Italie. Milan. Les avions sont plastiqués. n se rend à Venise où il embarque sur un bateau . deux détonateurs de marque all emande. l' Enorria. annonce+i1 aux policiers. li porte en ou tre dix charges de fabrication soviétique. « Le sable blanc s'étend à perte de vue. en Jordanie. A Zarka. présent à Amman au moment de l'opération de Zarka. sur une piste de fortune. « Les passagers des avions avaient fraternisé avec les Palesliniens ! » se souvient Albeno Marientoni. pour dépol itiser son action. Le jeune Suisse songe à faire exploser les charges. 266 56. C'est la première fois qu'un Européen est condamné en Israël pour une activité pro· palestinienne 55. un Boeing 474 de la Pan Am et un Boeing 707 de la compagn ie El Al. Le Monde.. et six pl aques de cuivre portant les initiales du FPLP. il a réussi à auirer l'attention du monde entier sur la cause palestinienne.le serv ice de contre·espionnage israé li en . « J'ai accepté de transporter des explosifs en Israël pour 5 000 dollars ». 54. à quelques kilomètres de Zarka. l'Al1emagne fédérale et la Grande. un peuple. dl. Les avions de la Swissair et de la TWA sont con traints de se poser en plein désert. Allemagne.lai ssent entendre que la cible visée était un gratte·ciel de Tel· Aviv. La fouill e n'est pas longue. Bruno Bréguet prend place dans la file d'attente de la douane. Tous ses détournements étaient des opérations réussies 57. Le 3 décembre 1970. Xavier Baron. c'est un point commun avec Genoud. L' un des détournements échoue. Le 12 sepIcmbre.. » La communauté internationale est commotionnée. Des di zaines de fedayin lourdement annés sont déjà là pour l'accueil. en [sraël. La Pietra. souligne François Genoud. Bruno Bréguet. américano· nicaraguayen. li est sept heures du matin. direction Haïfa. U n'est pas entendu par le juge d' instruction chargé du dossier. le FPLP relâche 360 otages en contrepartie des Ubératians de prisonniers en Suisse. La scuo/a dei OOio.Bretagne S6 • » Le FPLP exige notamment la libération de Bruno Bréguet et de L. nommé Arguello.LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANTTR~OR soupçonne pas longtemps ce grand lycéen calme. Le 9 septembre. mais il est trop tard. 1980. Bruno Bréguet est condamné à quinze ans de prison par un tribunal militaire israélien 54. un nouvel avion atterrit sur l'aéroport de fortune: c'est un Vi scount VC 10 de la BOAC qui effectuait la liaison Bombay-Londres. Bréguet repart. Après 53.eila Khaled. Quatre av ions sont détournés simultanément : un Boe ing 707 de la TWA assurant la li aison Francfort·New York . De plus. qui vient d'être faite prisonnière lors du détournement du Boeing 707 sur Londres. une escale à Beyrouth. on ne s' improvise pas kamikaze S3. 57. 4 décembre 1970. et deux avions au départ d'Amsterdam. où le commando décide de le détruire. le Boeing de la Pan Am se pose au Caire.

1980. Portrait d' un terroriste. L'entraînement était tenniné. Après une semaine de formation. Gall imard. lIitch Ramirez Sanchez est arri vé au mois de juin 1970 à Amman pour y participer au stage d'entraînement destiné aux sympathisants étrangers du FPLP. refus arabe de la Résistanct palestinienne. Vers la fin novembre. relate Colin Smith dans sa biographie de Carlos 511. Paris. le mauvais climat polit ique d 'Amman condu it Waddih Haddad à transférer les volontaires sur Beyrouth. 15 dtcç mbre 1979. « En raison de la tension montante entre les soldats de Husse in et les guérilleros palestiniens.c Comment tolérer que des centaines d'étrangers fu ssent conduits de force et détenus sur le territoire jordanien en dehors de l 'autorité jordanienne? explique Oli vier Carré.» Panni les fedayin aUJt prises avec l 'année jordanienne figure un Vénézuélien enco re inconnu. Le mois meurtri er. dans l'un des camps éloignés perdus en plein désert ». 268 269 . et ils m'ont laissé garder un dépôt de munitions avec de jeunes recrues. Paris. de Jerash. «à plusieurs reprises» : « quand il commençait à soutenir le FPLP ». près d' Amm an. Le Croi ssant-Rouge palestinien dénombre 3 500 morts et 11 000 blessés panni les civils. de Salt. Carlos est conduit au camp du mont Gelaad. Le FPLP. Des premiers affrontements avaient déjà opposé groupes palestiniens et année jordanienne à Amman les 30 et 3 1 août.c septembre noir ».58. ils ont employé les troupes les plus expérimentées. » « J 'ai rencontré Bassam Abou Sharif et je lui ai dit que je voulais faire partie du FPLP » . » C 'es t dans ce contexte que François Genoud rencontre Carlos. l'opération fut un échec. 1« décembre 1979 : extraits pub lits par ù Figaro. oD deux camps accueillent les non-Palestiniens pour des stages de trois semaines. 16 dtce mbre 1979: lraduction imtgrale publiée I f~r L' El'énement du jeudi. à l'univers ité Patrice-Lumumba de Moscou. Dans ce témoignage. « Quand nos routes se sont croisées. il est vrai. Colin Smith. fussent devenues zones libérées par la révolution palestinienne à partir du 14 58 ? » L'offensive jordanienne sur les bases el camps palestiniens débute le 17 septembre. J 'étais furi eux. 60. . . Carlos aurait fail la connaissance de Mohammed Boudia quelques mois auparavant . AI-lVaton al-Arabi.59. la guerre civile jordano·palestînienne éclate. plutôt que . 18 ROO I 1994. aurait fait 15 000 morts. el Le Monde. et non des moindres. Mais c'émÎt une chance que je n'y l\ois pas allé. baptisé . Carlos était jeune. J 'étais devenu quelqu' un de vraiment effi cace . . Septembre noir. je quittai ln Jordanie pour Londres. mais au ssi celles d' Irbid . C'est un homme d'action courageux dom les convictions profondes nc sont pas à meUre en question 60. sans une seule action offi cielle de l' État jordanien ? Que la zone de Zarka. plus que toutes les guerres israélo-arabes réunies. expl ique-t-il.. il fut décidé que les étrangers recevraient leur entraînement et leuI instruction politique dans un centre de réfu giés. Et survient Zarka. qu 'à ce moment-là lIitch avait accepté de s' intégrer au FPLP et avait été prévenu qu'il serait ramené en Jordanie pour y suivre un entraînement adéquat une fois que l'agitation serait retombée. CompleJlC. ne cachail pas son désir de voir un changement gouvernemental décisif survenir à Amman . Presque tous les groupes de la région furent éliminés. Quelques jours après la fin du quadruple détournement d'avion. . écrit Colin Smith .LE BANQ UIER NOIR L' ENCOMBRANTTRtsOR Zarka marque néanmoins un tournant capital dans l'hi stoire palestinienne. U s'est lancé corps et âme dans le combat palestinien et a risqué sa vic à de nombreuses repri ses. Carlos affin ne avoir été tenu à l'écart de « l'opération Itvolulionnaire aéroport » de Zarka : « Au lieu de me sélectionner pour l'opération. Que des négociations fu ssent menées avec des États étrangers. Carlos.5 août 1994. 2. Les chefs militaires jordaniens voulaient restaurer l'ordre. 61. 1977. el je m'en suis même plaint à l'offic ier chargé du camp. Olivier CalTé.c U est hors de doute. a rapporté Carlos dans son intervi ew publiée par AI-Wotan al-Arabj 61. Entretien de François Genoud n!a lj ~ par Jean Luqut poUf le journal Z4 heures.

Il n'a pas pu se défendre 64. ». li n'était pas amlé. Présenté comme un « homme d'affaires suisse. il témoigne dans le journal La Suisse : «C'est moi-même qui ai conduit Belkacem Krim vendredi à l'aéroport de Cointrin. n'est autre que François Genoud . li m'a dit que ceux qui l'avaient demandé à Francfort pouvaient bien attendre un jour de plus. Der Spiegel. dans sa monumentale histoire de la guerre d ' Algérie. de l' insistance que l'on mettait il le rencontrer à Francfort .ure. ami intime du chef historique du FLN ». Le but de son voyage était bien cette ville allemande et il était attendu à l'h6Icllntercontinental . » Si les observateurs sont quasi unanimes à penser que Belkacern Krim a été assassiné pour de sombres litiges financi ers... 0« li est concevable que 8 eLkacem Krim est mort parce qu'il bloquait l'accès à une fortune d 'environ quarante millions de marks derrière lesquels le gouvernement algérien cou rt depuis sepl ans . li ne descendait jamais dans cel hôtel. J'un des six «chefs historiques» du mouvement algérien. note Der SpiegeJ63. un « tribunal révolutionnaire kabyle» avait condamné à mort l'ancien dirigeant. L'affaire du trésor du FLN n'a pas fi ni de faire planer la mort . Trois ans et demi après la mort de Khider. contrairement à son habitude.. )'actuel gestionnaire de ces fonds. A ce chapitre. on ne peut exclure aussi les nombreux di ffé rends politiques accumulés par Krim avec le pouvoir algérien. dirigeant qui fut étranglé par des hommes du FLN au Maroc en 1958. d 'aHleurs. Yves Courrière.LE BANQUIER NO IR L 'ENCQMBRA/'IT TRI~~iOR Les litiges algériens et leur cortège de règlements de compte ne sont pas finis. enroulé dans une couverture. l'œuvre de la sécurilé militaire algérienne. La police ouest-allemande conclut au guetapens. 63. Un bâi llon taché de sang dans la bouche. 8 elkacem Krim . raconte comment Belkacem Krim n'a été en réalité qu'un spectateur impuissant du meurtre. mais il a cédé à l'insistance de ses correspondants. qu ' il attribue à Abdelhamid Boussouf et à deux de ses agents. Et un quotidien oranai s avait fa it écho à cette condamnation en écrivant que « n' importe quel Algérien consc ient a le droit de se fai re l'auxiliaire de la justice de son pays en exécutant Belkacem Krim 65 ». Der SpiegeJ révèle que l'homme qui a conduit Belkacem Krim à " aéroport de Genève. est retrouvé mort dans la chambre 17 14 de l'hôtellntcrcontinental . 26 octobre 1970. le 19 octobre 1970 62. Cc témoignage est repris par Le Monde. François Genoud.. La Rtpllbliquc d'Orun. U Monde.. Le corps de 8 elkacem Krim est étendu sur l'un des lits de la chambre. ou presque. il a préféré dornlir à Genève. 6 avril 1969. puis étranglé avec une cravate et une ceint. 62. le trésor du FLN fait une nouvelle victime à Francfort. Krim s'était montré préoccupé pendant les quelques jours qu'i l a passés en Su isse et. 270 271 . Salim Karim et Mohammed Débau.. inscrit sous le nom de Mohammed Salah. à cause des règles de sécurité sévissant dans les aéroports. Quel qu 'en soit le motif. pour qu'il y prenne son avion pour Francfort. 22 octobre 1970. au lieu de prendre l'avion du jeudi. 64. ne s'en cache pas. Les meurtriers l'ont endonni au chloroforme. Un an et demi auparavant. ct deux Marocains. Une femme de ménage yougoslave l'a découvert au malin . Ses empreintes digitales ont permis à lnterpol d'identifier l' ancien dirigeant algérien. Troi s clients de l'hôtel ont justement disparu sans régler leur note : un Algérien. 22 octobre t970. 65. Il était troub lé. l'assassinat de Belkacem Krim est. de l'avis général. il convient d 'ajouter une vieille histoire: Bclkacem Krim a longtemps été accusé de porter la responsabilité du meurtre d'Abbanc Ramdane. ancien vice-président du GPRA. Son vi sage est bleu. d 'ailleurs. Le trésor de guerre du FLN . L'un d 'entre eux a été vu accompagnant Belkacem Krim.

Ses premiers objecti fs sont d 'aille urs jordaniens. Profe sseur d ' allemand . O n sa it aujourd ' hui que Septembre noir é tait une é manat ion du Fatah de Yasser Arafat. Gaston Amaudruz est l' un d'eux. Vingt Mirages sur un bateau. A pre uve le témoignage de Jean-Pierre Lenoir. Entretien avec l'ameur. Genoud lui té léphone: « Pouvez-vous venir me voir pour un conseil ? » luj dcmande-t-il. un total de c inquante millions de francs suisses à débourser! Mais les gestionnaires. 69. C 'est un saint. Nous au/ru racistu.. 23 se ptembre 1995. peu compat ibles avec l'e ngagement tiers-mondiste très e n vogue du côté algérien ou palestinien. us fN!uplts blQIICS survivront-ils? 68. avec à leur tête Zouheir Mardarn. quand des extrénùstes de droite en avaient besoin. y compris les plus négligeables. plus l'organisation est redoutée. li fonde le Nouvel Ordre Européen en 195 1 à Zurich. Mais. Son nom est Septembre noir. François Genoud a toujours nié avoir lui-même traité des affai res de vente d 'amles. « Plus la confusion CI le mystère sont grands. Mais il apparaît dès les premiers colloques néo-nazis de l'après-guerre. La BCA n'a pas cessé de fon ctionner pour autant. une nouvelle organisation palestinienne dandestine app:uait. 273 . et des divers frai s de procédures à sa charge . François Genoud a expliqué qu ' iJ connaissait bien Gaston Amaudruz. font appel de celle décision. du fait de ses positions révisionnistes. bien qu 'étant d ' une autre génération : « Il a une grande vertu. La BCA est condamnée à verser la somme de 39 millions de fran cs suisses à l' État algérien. il échoue dans son projet de s 'engager dans les Waffe n SS. Courrier du conti"elll. Le 3 février 197 1. prônant le racisme biologique et l'eugénisme 67. » Mais bientôt l'ancie n agent apprend par ses réseaux que la transac tion s 'est effectivement réalisée. et que son principal chef é taü Salah Khalaf. tant que le terrain n'est pas favorable . explique-t-il . en 197 1. dont celui de Maime . alourdie d ' un intérêt de 5 % par an à compter du 10 juiUet 1967. e n hommage aux. Le c li ent n'a pas l'argent.. répond a ussitôt Jean-Pie rre Lenoir. dont le Ku Klux Klan e t les rév is ionni stes pari sien s. note 67. Mais c'est une question de terrain. Gaston AmJudruz esll'auleur de plusieurs ouvrages. 272 L·ENCOMBRANTTJŒsOR tants d ' un courant ultraraciste.» Lors d' un enlretien plus récent. il a bien souvent croisé la route de François Genoud. courageux. 68. e t fait de sa revue ronéotypée. Durant la guerre.C'est une escroquerie.. Un matin. .LE BANQUIER NOIR Le feuilleton judjc iaire du dossier n 'est pas clos. l'ann uaire ct l'agenda des groupes néo-nazis de la planète. Voilà le prix . e t publie son journal sans grands moyens (/J . Em rct ien avec l'auteur. Lenoir se rend aussitôt à la BeA. Palestinie ns tombés en Jordanie e n septembre 1970. la j ustice suisse donne raison à l' Algérie dans sa procédure e n récupération des fonds du FLN . La Banque commerciale arabe était pounant connue sur la place pour accepter ces transactions. Em retien avec l' auteur. comme l'un des représen66. alias Abou lyad. pour moitié moins d'avions il est vrai . Mais il lu i est arrivé de tenir des propos aimables à l'égard du Nouvel O rd re Euro· péen: « Ces gens font un travail utile. L'ancien agent du SDECE gère de nombreuses soc iétés de matériel militaire. il est ex trê me ment fid èle. François Genoud a souvent pris ses di stances avec ces mou veme nts. qui vit de rie n. « On nous a proposé une affaire. Zouhe ir Mardam est présent. Re nse ignement et affaires obligent. Uliu j usticitr au proâs de Nuremberg. » Genoud se so lidarisai t avec Amaudruz devant les poursuites j udiciaires qui lu i étaient intentées. 7 fév rier 1990. ça n'ex iste pas 66. Vous pouvez toujours seme r.. le mystère est total . Ma is François Genoud parle. IS septembre 1993. D' autant plus que des é léme nts du FPLP sont assoc iés à cenaines opérat ions. il y a vingt Mirages sur un bateau. Fin 197 1. e t les motivations du groupe sont complexes.

dit-on. qui réédite ici avec succès le coup de Mourepiane en 1958. 275 . Carlos.Jigot et Rémi Kauffer. Surnommé « le prince rouge ». des cibles en relations commerciales avec fsraël : une usine de gaz naturel en Hollande. Ainsi. par une bombe. ibid. Ali Hassan Salameh jouit d ' un train de vie assez fastueux : une villa à Genève. a été arrêtée alors qu 'elle transportait des explosifs à Tel-Aviv. de belles voitures et une fréqu enlation assidue des meilleures boîtes de nuit. Sa pratique du karaté ne l'empêche pas d'apprécier. la littérature française du XVIIIe: c'est un personnage de roman de gare.rg. cit. Deux cent cinquante mille tonnes de brut partent en fum ée. Ali Hassan Salameh a intégré les services de sécurité palestiniens dirigés par Abou Iyad. li dev ient l'un des chefs de Septembre noir dès sa création. de Bir-Zeit. Le Croissant et la Crau gommée. rien n'a été négligé 70. Bénéficiant parfois de soutiens logistiq ues et de bases de repli (à Aden et en Libye). Tous deux ont établi des ponts avec d'autres groupes terroristes. Tout en opérant pour Septembre noir. Le chef des opérations de Septembre noir en Europe s'appelle Ali Hassan Salameh. La destruction de cinq réservoirs met hors service l'oléoduc transalpin . notamment l'Année rouge japonaise. L'opération vi sant les réservoirs de Trieste. et le détournement d ' un avion belge sur Lod voit la mort des deux membres du commando. Le contact avec . grenades à la main. un commando de huit fedayin investit le pavillon des athlètes israéliens participant aux jeux Olym73. . faisant 28 morts et 76 blessés. émissions de radio. Mohammed Boudia est devenu le chef du COSE-FPLP en Europe. 1/fI pel/ple. el des hôtels quatre ~toil es de la Côte d'Azur. Septembre noir frappe aussi des objectifs économiques. les installations pétrolières de Trieste sont plastiquées. mais aussi. 70. la Sorbonne. le 8 mai 1972. trois de ses membres attaquent. le 30 mai 1972. Le 15 décembre 197 1. «Le prince rouge» est un « homme 11 femmes » .'ARJ s'effectue à Paris. est revendiquée dès le lendemain par Septembre noir. le cheikh Hassan Salameh.LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANTTR~OR Xavier Baron. a été tué au champ d ' honneur. Son père. 71.1 avait participé aux révoltes palestiniennes de 1936.. op. Boudia a aussi quelques échecs derrière lui : Évelyne Barges. Citt par Xavier Baron. dans un magasin japonais de l' avenue de l'Opéra 72. JI) La première opération revendiquée par Septembre noir est l'assassinat du Premier ministre jOrdanien Wasfi TaU au Caire. Roger Fo. dit-on. Colin Smith. articles. sans oublier une faculté en AUemagne de l'Ouest. dans un communiqué à l'agence de l'OLP Wafa: «Cette opération est confonne à la ligne de conduite adoptée par Septembre noir qui est d 'asséner de violents coups aux ennemis de la révolution palestinienne et aux intérêts impérialistes qui soutiennent le sionisme 71. c'est l'ambassadeur de Jordanie à Londres qui échappe de justesse au même sort. a parachevé sa fonnation militaire au Liban durant les trois mois d 'été 197 1. 274 Le 5 septembre 1972. et il aurait même suivi le mufti de Jérusalem à Berlin 73. li est offic iellement porte-parole de Yasser Arafat. » L'attentat est l'œuvre de Mohammed Boudia. Fils de famill e. pendant la guerre de 1948. Les PaleSlinlens. Les act ions de Septembre no ir ont reçu une large publicité de la part des organes officiels d 'infonnation du Fatah ou de l'OLP : communiqués. le 28 novembre 197 1. Il a beaucoup fréquenté les uni versités. Portrait d'un terroriste. l'Armée rouge japonaise a trouvé sa place dans la stratégie et les opérations du FPLP. l'aéroport de Lod-Tel-Aviv. membre de son réseau. op. 72. Salameh est un militant dont la personnalüé et les habitudes évoquent celles d ' Uitch Ramirez Sanchez. op. 1. et fait désormai s partie intégrante du commando Boudia. une usine d'électronique à Hambou. Carlos. qui passe sa vie entre Londres et Paris. li épousera « miss Uni vers ». d t. cell es du Caire. « qui alimentent l'Allemagne fédérale et "Autriche en pétrole du Proche-Orient ». Xavier Boron. Le 4 août 1972. cit.

mai s reste évidemme nt discret sur le passé gestapiste de son subordonné « adversaire du régime national-sociali ste e n 1943» . et son rayonneme nt mondial: « Vous êtes devenu un ambassadeur de la confiance e n nOlre pays. alias Abou Hassan. Vi ttorio Lojacono. et d ' importants raids israéliens au Sud·Liban. 1 dOSSÎer di setlembre nero. tel le professeur Arnland Mergen. La prise d'otages fait aussitôt deux morts. op. 277 . e n octobre 1969. Comme l'ex plique Viltorio Lojacano dans son livre 1 dossier di settembre nero. Fenton Bresler. avait reFusé par 76. Septembre noir signe là son plus sanglant fiasco. » 74. elle s'achève e n massacre dès le lendemain : onze Israélie ns sont tués. le caissier de l'organisation. Nous savons maintenant qu'avec l'appui de l'ami su isse François Genoud. et celles volontaires (mais jusqu'à quel point 1) des riches commerçants. Le 29 juin 1971 . 75.nous ne devons pas nous en occuper 77 . Ce sont les Fonds de Septembre noir 75. op. soit trente milliards de lires. cil. est chargé de centraliser les financements en Suisse. Or. 276 L'assemblée générale annuelle d ' Interpol se réunit à Francfort deux semaines après le massacre de Munich. « Mai s on sait qu'à la fin de 1972. De celte somme énomle. poursuit Vittorio Lojacono. 77. » François Genoud aurait été le dépositai re des fonds palestiniens dès la fin de l'année 1969. Cil. Provoquant la colère de Waddih Haddad contre Abou Iyad.. L'ancien SS a soixante-de ux ans. les a empochés. Abou Hassan a ouvert divers comptes courants auprès de la Banque commerciale arabe de Genève. Cinq Palestiniens meurent lors de l'assaut. le point de vue officiel était le suivant: "Le terrorisme a un mobile politiq ue et tombe donc sous le coup de l'article 3 des statuts de 1956 . Ibid. Il1Ierpol. Interpol n'aura strictement rie n tenté contre le terrori sme. mais aussi en les mettant à la disposition du terrorisme 76. La prudence diplomatique de l'état-major d'Interpol vis-à-vis des représentants des polices arabes y est $ans doute pour quelque chose. sept milliards de lires (près de douze millions de dollars) sont allés à Septembre noir. Les actions de Septembre noir vont pourtant se poursuivre. le bouillonnant colonel [Kadhafi] a versé au Fatah quelque chose comme cinquante millions de dollars. l'opprobre du monde entier. » ri évoque l ' « e nrichissement » que lui a apporté sa collaboration. le ministre ouest· allemand de J' Intérieur Hans Dietrich Genscher a rait un long discours pour reme rcier Dickopf de 50n influence positive sur la police criminelle ouest-allemande.. Mais certains observateurs.LE BANQ UIER NOIR L'ENCOMBRANTTRÉSOR piques de Munich. Les souscription s obligatoires des Arabes qui travaillent à l'étranger. Et tous ces fonds parviennent à l'ineffable Suisse qui les administre e n les investi ssant dans des opérations finan cières. Ibid. Sous son mandat . « L'argent ne fait pas défaut à M . Hassan Salameh. la violence de Munich n 'a pas été totalement contre-productive pour Septembre noir: elle a décidé le colonel Kadhafi à soutenir l'organi sation. Genoud . Raymond Kendal. SaJameh doit pour cela mettre à profil « ses connaissances du monde bancaire genevois et parti culièrement son ami tié avec Franço is Genoud 74». résuma cn ces tennes la situation au journaliste Fenton Bresler : « Au début des années soixante-dix. quand il prenait en charge la défen se du commando de Zurich-Kloten. dit Abou Hassan. fructifient à millions."» L'assemblée générale de 1'0LPe à Mexico. quand commença à se développer le terrorisme que nous connaissons mainte nant . Hassan Salameh. Futur secrétaire général d 'Interpol. Paul Dickopf doit céde r son fauteui l de prés ident. A cette date. n 'hésitent pas à se demander si François Genoud n'a pas exercé là quelque influence sur son vieil ami Dickopf. 11 a déjà quitté un an plus tôt ses fonctions de président du Bundeskriminalamt (BKA).

qui all ait quitter ses fonctions quelques semaines plus tard . un représentant algérien. Une majorité d'entre eux passaient pour être partisans d'un service international spécial chargé de combattre les activités terroristes. en 1970. Comme le souligne Fenton Bresler. on ne découvre mot de tout cela. une résolution fut adoptée conseillant de collaborer avec les organisations de sécurité civile. Le 19 septembre 1972. si l' on parcourt les 44 pages du compte rendu de l'assemblée publié dans la Revue internationale de police criminelle. poursuivit Raymond Kendal. Il affinnait que le crime de Munich était "politique" et qu 'Interpol ne devait pas s'en mêler. Les participants israéliens échouèrent dans leur tentative de soulever la question devant l'assemblée. « Beaucoup de membres étaient prêts à arguer que le terrori sme était un acte criminel que ne pouvaient excuser ses motivations politiques. 278 • . Mais la non-intervention aueint son sommet après l'attentat de Munich : « Je dois vous dire. A Francfort. » A ce stade. pour la première assemblée générale d' Interpol en Allemagne fédérale depui s la fin de la guerre.270 délégués se retrouvent à Francfort. [ . le BCN ouest-allemand avait demandé au secrétariat général de Saint-Cloud de fournir et de diffuser toutes les infonnations disponibles sur une liste de terroristes arabes notoires ou présumés. Ibid. mais je pensais auss itôt que c'était une erreur 78. 78. Et Jean Népote (le secrétaire général d' Interpol) avai t répondu "non".. date à laqueUe il s'était réfugié en Suisse». Jean Népote « impl iqua dans la prise de décision » Paul Dickopf. 79 . Je n'y pouvais rien à l'époque. Pourtant. afin de dresser une li ste des dispositions légales et des mesures de sécurité dans les aéroports et les avions.LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANTTR~OR 35 voix contre 13 et 25 abstentions de prendre en considération un rapport sur les détournements d'avion. qu 'après l'irruption de ces tueurs araoos dans les quartiers des athlètes israéliens. ni la moindre mention des événements de Munich 79.. « Dickopf n'étai t pas prédisposé à prendre très à cœur le massacre de onze juifs innocents: il avait été officier 5S jusqu'en juillet 1943.» Il étai t probablement difficile pou r Pau l Dickopf de tfOp indi sposer les représentants des po lices arabes. ] De nombreux membres estimaient qu'il fallait réviser les statuts. A Bruxelles. Mohammed Messaïd. relève un participant américain interrogé par Fenton Bresler. fut d'ailleurs élu vice-président d'Interpol. Ibid.

Cette fois. et ces démê lés avec un homme d 'affaires totalement inconnu ne lui disent rien qui vaille. Erwin Fi sc he r espérait rapideme nt publie r sa trouvaille. Ele na Kaczieva. l'attaché culturcll 'cnvoie aux archives de Bratislava. Entretien d ' Erwin Fischer avec l'auteur. 28 1 • . membre du SPD (parti soc ial-démocrate a llemand). Persuadé qu'il est sur la piste d ' une formidable exclusivité. Knaus qui . A l'en c roire. qui croyaien t les journaux de Goebbels ente rrés aux abords de l'autoroute Hambourg.. 280 volontiers les c irconstances 2. François Genoud lcnte de convaincre l'éditeur. de ses droits sur l'œuvre de Goebbels. puis à ce lui de Be rlin-Est. reche rc hant les ayants droit éventue ls. de son côté. des journaux de Goebbels dans les archives des pays de l' Est est vraisemblablement une sombre histoire d 'agent secret. et vraisemblableme nt cmponé dans son intégra lité par les Sov iétiq ues. 18 septembre 1990 à Berli n. Envin Fi scher rencontre cet é télà un professeur de litté rature ru sse . Quoi qu'il en so it.LE CAMELOT DE GOE BBELS 8 Le camelot de Goebbels La découverte. pourrait prête r à confus ion: incorporé dans l'armée aJie mande à la fin de la gue rre à l'âge de se ize ans. une maison d 'édi- lion ouest·aJlemande. prouvaient bien J'existence d'un jo urnal fl euve tenu avec discipline par le ministre de la Propagande. journaliste aUemand. Atain Campiotti . Le 12 octobre 1972. pour limités qu ' ils soient. pour arrache r les dro its d'auteur sur les jo umaux de jeunesse et les ex traits des journaux intimes du ministre de la Propagande. Des fragments de ce journal découverts par les Américains après-guerre. En signant son contrat. ancien secréta ire d'État au commerce. un mois plus tard à peine. El. e n 1958. La conversation glisse sur les activités de l'enseignante. de 1956 à 1964. Mais il a aussi vécu les premières années de la guerre dans l'insoumission. Erwin Fischer rencontre l'anaché culturel qui l'interroge longuement sur ses intentions et son passé. dont il narre t. venue avec le projet de traduire les premiers romans du journaliste en russe. Un monumenlal journal de Goebbels va paraTtre ». e Ue n'était e ncore qu 'une aventure journalistique. Erwin Fi scher écrit aussitôt à l'ambassadeur soviétique à Bonn. jeune jo urnal iste au Hamburger Echo. e n 1972. Mais le journaliste a un ami hau t placé dans la capita le de la RDA.Be rlin. L'éd ite ur a toujo urs prétendu avoir été contacté par le Suisse. Sans succès. Depuis les procès en série qu ' il a livrés. Le sang d 'Erwin Fischer ne fait qu'un tour. a mis sous contrat le «découvreur ». François Genoud. Franço is Geno ud savait qu ' un jour ou l'autre la totalité des Mémoires de Goebbels viendrait à réappara:ître sur le marché lütéraire. Erwin Fischer. Celle chasse a démarré pour lu i en août 1969. Finaleme nt convaincu. qui lui révèle sous le sceau du secret q u'e lle travaille sur les journaux de Goebbels conservés aux Arch ives de Moscou.. publiés en 1948 (et d'autres extraits simultanément publiés en Allemagne de l' Est). il avait suiv i les fouilles réali sées par Stern et Der Spiegel. 10 octobre 1973. 2. e t la c ra inte que ses origines jui ves ne soient découve rtes. Son passé. 24 heurn (Lausanne). « a e u l'honnêteté de prendre contact » avec lu i 1. qui l'introduit fin aleme nt auprès de l'ambassade soviétique. adme t-il . Albrechl Knaus. Fischer se présente comme un écrivain ant ifasciste. la surprise est amère. pour le découvreur. assure que c'est M. Hoffmann und Campe. François Genoud n'a pas perdu une minute. Erwin Fi scher est resté deux ans dans un c amp d ' internement russe à Tcheliabinsk en Sibérie. Il se souvient de son hilarité quand.

Soudain . la HVA . Erwin Fischer découvre effectivement des fragments du journal de Goebbels. ct son cortège de révélalions sur l'acti vité des services de renseignement de la RDA. qui. onl longtemps mis en rage Erwin Fischer. son interlocuteur lui annonce qu'il était le commandant du camp sibérien. TI aurait travaillé pour les services de Markus Wolff. au moins. enregistré li Munich en d~eembre 1990. à récupérer l'intégmlité des journaux. le journaliste allemand rencontre un nouveau « djplomale ». note l'un d'entre eux. li y passe une di zaine de jours en tout. le diplomate m'a dit: retournez voir le professeur Schumann . Fischer s' insurge. qui dirige l' lnstitut de recherches histo riques sur le fascisme. en haut lieu. Son propre récit des événements lai sse pourtant entrevoir l'intervention ou le coup de pouce des services spéciaux dans la « découverte » des journaux de Goebbels. » A Moscou. M. Erwin Fischer est un véritable agent. selon la presse oueS1allemande. puis « Laporte ». J'Office fédéral de police judiciaire (Bundeskriminalamt.« Hecht » . Des historiens de l'Institut d 'histoire contemporaine de Munich . Si la rencontre paraît fortuite. par un accord avec l'éditeur -. « J 'ai cherché à en savoir plus. Ibid. mais lai ssé en liberté après le paiement d'une forte caution. fonnulées mezza \lace. 282 283 • . « A la fin de notre conversation. En novembre 1994. en particuli er. professeur à Berlin-EsL Erwin Fischer repart pour Berlin . Fischer est soupçonné d'avoir espionné Willy Brandt et Franz Josef Strauss 6 . contre des devises. La veille de son départ. les recherches d' Erwin Fischer ne sont pas passées inaperçues. n'y va pas par quatre chemins: « Tous les journaux de Goebbels se trouvent à Moscou ». par la suite. oc Stade: arrestation de l'espion Heeh! JO. Erwin Fi scher est inculpé d'espionnage au profit de la Stasi. Cet épisode biographique lui vaut un nouvel interrogatoire courtois mais détaillé. notent avec ironie que leur pratique « sc ientifique» des archives à l'Est est à l'opposé des facilités dont semble avoir bénéficié Erwin Fischer. confortent ses recherches. des journau x est aujourd'hui ouvertement contestée.Il novembre 1994. il va recevoir une lettre de Moscou avec des informations intéressantes 4. portant pseudonyme . Ou plutôt si: Elena Kaczieva. L'affaire des journaux de S. ses questions le sont bien moins. comme la RDA savaü en faire ~ . » Fischer a réussi. directement placé sous les ordres du colonel Rolf Rabe. » Ces accusations. 4. Selon les accusations policières. se souvient Erwin Fischer. Elle Dl ' a répondu: si je dis encore un mot. Schumann a reçu un volume important de microfiLms de Goebbels. 3. mai s très peu. Bi/d.ils réussissent. L'archiviste lui conseille de se rendre à Budapest. raconte Erwin Fischer.LE BANQUlER NOI R LE CAMELOT DE GOEBBELS Là·bas. A Budapest. on me fusille 3. lui annonce qu'à la suite de ses recherches intempesti ves elle a perdu son travail sur les jou rnaux. 6. Sources priv~es. qu ' il rencontre brièvement. Mais la réunification allemande. L'enquête se poursuit sur ses activités. Erwin Fischer décide donc de se rendre à Moscou. II n'est pas l'un de ces mouchards du système dont la presse a révélé l'existence en exhumant les archives de la Stasi. Sans résultat. » Cette version de la « découverte:.« Et effectivement. « C'est une opération liée aux services secrets.administration principale pour le renseignement. lui lance-t-il. Le directeur des archives de Budapest lui donne un nom: Wolfgang Schumann. BKA) interpelle le journaliste à Stade. il trouve encore d'aulfCS courts extraits. Un transfert de documents de l'Est vers l'Ouest. Les Russes paraissent encore intrigués par le passage de Fischer en Sibérie. Ibid. mais. avecceUe lettre. allaient totalement mettre en pièces le récit de la découverte des journaux de Goebbels par Erwin Fi scher. loin s'en faut. harcèle le ministère de la Cullure et la Société des auteurs. chargée de l'espionnage à l'étranger -. entrés en con Hit avec le journaliste . Elena Kaczieva n'avait pas menti. Le professeur. expliquet-il.

LE BANQUJER NOIR

LE CAMELOT DE GOEBBELS

Goebbel s est désormais clairement présemée comme une opération financière des services spéc iaux de l'Est. Fischer n'a pas
encore comparu devant les tribunaux allemands.

livrer à l'experti se de l'Institut d 'hi stoire contemporaine de
Munich qui dispose d'échant illons divers et variés de l'écrit4re
de Goebbels. Un moi s plu s tard , Albrecht Knaus annonce à
Erwin Fischer qu 'un certain François Genoud s'est manifesté
et qu' il réclame des droits d'auteur.
1
Le journaliste se rend presque auss itôt chez le professeur
Schumann, à Berlin-Est, qui l'oriente sur un haut fonctionnaire
du mini stère est-a llemand de la Justice. Les journaux de
Goebbe ls intéressent donc J' administration est-allemande. Leur
réponse est sans ambiguïté: aucun droit d'auteur pour François
Genoud. Ces documents font partie des pri ses de guerre russes.
et comme tels sont régis par le droit du traité de Potsdam.
Cette analyse est fausse. Mais e lle calme Erwin Fi scher.
Inqu iet du risq ue ne pas recevoi r la sui te des documents,
Albrecht Knaus minimise lui aussi les revendications du
Suisse. En mars 1973, il offre même un contrat à Erwin Fi scher
pour un nouveau roman 8. Conqui s, et sans plus de méfiance,
cel ui-ci poursuit ses « livraisons» de documents à j'éditeur. II
lu i confi e 20000 pages en tout.

Quoi qu ' il en soit, c'est un hi storien , le professeur Schumann , qui devient, en 1972, l' interlocuteur d' Erwin Fischer à
" Est. Malgré ses arrière-pensées, le journali ste, lui, ne souhaite
qu' une chose : publier sa découverte. Selon Fischer, Schumann
pose plusieurs condi tions. « Premièrement: c'était moi et personne d'autre qui devais publier les journaux, raconte Erwin
Fischer. Je devais garantir que cette publication ne donnerait
lieu à aucune propagande nazie. Je ne devais pas faire de spéculation finan cière. Et quatrièmement: je devais trouver une
maison d'édition absolument pas compromise dans la publication d'écrits nazis. »
Erwin Fischer porte son choix sur la maison Hoffmann und
Campe de Hambourg.
Bien qu 'ultraconfidentielle encore, la nouvelle de la découverte du journal de Goebbels provoque une véritable chasse à
courre chez les éditeurs allemands, mais aussi anglais et américains. La puissante maison Berthelsmann essaie de convaincre
Hoffmann und Campe de lui céder ses dro its pour les ÉtatsUnis. Erwin Fischer lui-même est l'objet de nom breuses sollicitations directes. L'éditeur londonien Macmillan lui écrit et
l'enjoint de le rappeler à son domicile 7. Erwin Fischer garde le
contact avec certains postulants, ne serait-ce que pour juger du
bien-fondé des cessions de droits que Hoffmann und Campe
devra conclure.
Erwin Fischer signe son contrat avec Hoffmann und Campe,
le J 2 octobre 1972. Après deux jours de négociations, AIbrecht
Knaus, directeur de la maison d'édition, est finalement entré en
possession d'une partie des pages, qu ' il va presque aussitôt

Entre-temps, François Genoud a convaincu Albrecht Knaus.
Au mo is de mai , l'éd iteur organise une réunion dans un grand
hôtel munichois: le Regina Palace. Erwin Fi scher et François
Genoud sont présentés l'un à l'autre. L'éditeur et son avocat
soutiennent devant le journaliste qu'un accord avec François
Genoud est incontou rnable. Abandonnant Fi scher avec son
avocat, Albrecht Knaus se lai sse conduire par François Genoud
chez Maria Kimmi ch, la sœur de Goebbel s, pou r y boire le
café. Le Su isse est devenu maître du jeu.
Un jeu complexe. Au mois de juillet, accompagné de son
épouse et de sa flUe Martine, François Genoud rend visite à
Fi scher, dans sa demeure bavaroise de Staingarden. « Genoud
me dit: vous et moi ne faisons pas une bonne affaire avec

7. Peter-Ferdinand Koch. Die ToSt!bücher des Doktor Joseph Goebbefs.
op. cit.

8. /bid.

284

,

285

LE BANQUlER NOIR

LE CAMELOT DE GOEBBELS

Hoffmann und Campe, se souvient Erwin Fischer. Il faut
reprendre les journaux. J'ai des ami s en Angleterre qui ont un
grand château, vous pourriez y travailler avec des scienti fiques
que je connais. Nous gagnerions beaucoup plus d 'argent. »
François Genoud songe-t-il à confi er les journaux à l'historien
révisionniste anglais Dav id Irving? Erwin Fischer, lui , est abasourdi. On ne rompt pas un contrat signé de cette façon en
Allemagne, répond-il, en guise de refus. La famiUe Genoud
prend congé. Erwin Fischer s'aperçoit que Martine Genoud a
oublié une bague de diamants dans sa salle de bains. II renvoie
aussitôt la bague par coli s recommandé à Lausanne. Erwin
Fischer reste sans voix 9. A tort ou à raison, il y verra un stratagème du Suisse.
Bien qu'il préconise la rupture avec Hoffmann und Campe
d' un côté, François Genoud essaie d 'amadouer un peu plus
l'éditeur allemand. En juillet 1973, il rend visite à Albrecht
Knaus avec son épouse Élisabeth. L'éd.iteur est enchanté par
la courtoisie du couple. li lui explique son projet : publier
d' un côté une version populaire abrégée, de l'autre un ouvrage
scientifique commenté 10. François Genoud le laisse dire. Le
contrat entre eux n'est pas encore signé. François Genoud
rechigne à lui céder les droits étrangers.

générale, François Genoud est présent à ses côtés. Et il intervient. Il se présente comme l'un des garants de l'honnêteté de
la publicati on. « Ce serail un manque d'honneur et d' honnêteté
si l'on faisait par exemple un livre à partir d ' un massacre
de juifs, ou d' un rapport militaire, en disant : cet homme, qui
était responsable de la culture [Goebbels], n'avait que des problèmes mi litaires. Cela donnerait une image complètement
fausse Il.>> Bien que son contrat avec la maison d 'édition ne
soil pas encore signé, François Genoud semble donc déjà avoir
acqu is un droit de regard sur la publication. Et sur sa promotion: « M. Goebbel s appartient à l'histoire, dit-il. C'est
un grand homme qui se défend très bien quand on lui donne
J'occasion de s'exprimer.» De tels dithyrambes lai ssent les
journalistes allemands pantois, et valent à Genoud le surnom
de ({ camelot de Goebbels»: « Goebbel s est une apparition
unique dans l'histoire, apparition dont les Allemands peuvent
être fi ers, et si cela n'est pas le cas aujourd ' hui, c'est parce
qu'on les a rééduqués. Bien sOr, c'est l'avis d' un étranger, mais
je su is un étranger qui a beaucoup aimé l'Allemagne et qui
continue à l'aimer. » Furieux de cette présentation , Erwin
Fischer quitte la conférence de presse.

La foire du livre de Francfort, qui fait déjà fi gure de platefonne de lancement pour les scoops éditoriaux de portée internationale, est l'occasion pour Albrecht Knaus de mettre son
Goebbels en orbite. Le 10 octobre 1973, lors d'une conférence
de presse qui fait salle comble - les journaux du monde entier
s'en feront l'écho -, l'éditeur annonce la découverte des journaux intimes, et leur publication à l'horizon 1975. A la surprise
9. Entretien d'Erw in Fischer avec l' UlIIcur, 18 septcmbre 1990.
10. Peter-Ferdinand Koch. Die Tagebiicher des DoklOr Joseph Goebbels.
op. cil.

286

Désonnais. le conflit est ouvert entre Fischer et Genoud.
Lors d' une réunion générale à Bonn, Genoud ex plique que,
n'étant pas historien, Erwin Fi scher ne peut raisonnablement
pas être le seul éditeur de l'ouvrage en préparation. L'ouvrage
a besoin d' une caution scientifique. François Genoud propose
Je professeur Jacket de Stuttgart . Albrecht Knau s soumet de
son côté le nom d'un historien britanniqu e que François
Genoud a bien connu par le passé, Hugh Trevor-Roper.
La rencontre su ivante, qui a lieu le 24 janvier 1974, chez
l'avocat de Hoffmann und Campe, tou rne au pugilat entre
Fischer et Genoud. François Genoud accuse les Allemands de
Il . Voir extrnits d'un script de la conférence de presse, ibid.

287

LE BANQUIER NOIR

LE CAMELOT DE GOEBBELS

l' Est de manipuler le cOnlenu des journaux, en «escamotant »
certa ins passages. Il les soupçonne d 'i mportants oublis sur
l' année 1944. Pu is Genoud annonce qu ' il récuse l'hislOrien
britannique au mOlif qu'il a contribué à un film déplorable sur
les derniers jours de Hitler. « Hitler était la plus grande personnalité du XX C s iècle! » clame Genoud au cours de la dispute.
« La vraie erreur de Hitler a été de tuer les juifs au lieu des
Sui sses ! » hurle Fischer. La rupture est consommée. Chacun
de son côté, ils réd igent des leures en expliquant qu ' il n'est
plus question de travailler avec l'autre.
Dans sa lettre du 29 janvier, Fischer explique que « le comportement de François Genoud » lors de la dernière réunion n'a
pu que confirmer ses «réticences envers ce monsieur ». LI
évoque déjà son «excl usivité» sur les copies des journaux 12..
[ls ne paieront pas leur geste du même prix. Erwin Fischer
comprend un peu lard qu'Albrccht Knaus, n 'ayant plus besoin
de lu i pour lui livrer les journaux, va se ranger derrière
Françoi s Genoud. L'éditeur met secrètement une dernière main
au contrat destiné à Franço is Genoud, avec paiement d ' une
avance de cent mille marks.
Le 8 février, par courrier, Erwin Fischer demande à A1brecht
Knaus la restitution des documents. fi n'obtient pas de réponse.
U réitère sa demande une seconde fois, sans plus de succès.
Erwin Fi scher et le professeur Schumann décident alors de
mandater leurs avocats pour récupérer les documents. Pour
toute réponse, il leur est expliqué que le premier contrat s igné
est sans valeur. Une procédure est déclenchée à Hambou rg par
l'avocat d ' Erwin Fi scher, Me Arno Gudrat. Elle va durer quatorze ans.
L'édi teur en viendra à regretter son attitude. Outre l'inélégance dont il a fait preuve, il a manqué de clairvoyance dans
l'examen de la situation juridique. Franço is Genoud avait-il

vraiment les droits qu ' il proclamait ? fi disposa it du jugement
de la cour d'appel de Cologne qui en 1964 lui avajt donné
raison dans l'affaire des documents de jeunesse découverts par
Hildegarde Meyer-Bende!. Il avait l'accord signé le 23 août
1955 par l'admini strateur légal de la succession de Goebbels,
Me Kurt Leyke - et un additif à ce contrat en date du 12 mars
1956 -, en vertu duquel celui-ci lui avait cédé les droits d'exploitation de l' héritage littéraire, et l'approbation écrite des
héritiers datée de 1958. Mai s, selon certains juristes, une lecture fine des documents pouvait penneltre de conclure à l'existence d'un délai de prescription du mandat que lui avait confié
Leyke. Les contrats signés avec le curateur pouvaient tout s implement se révéler périmés 13.
Dans une leltre au Stem, l'ancien procureur adjoint au tribuna] de Nuremberg, Robert Kempner, va plus loin , cn estimant
que les droits d'auteur des journaux de Goebbels devraient être
versés en dédommagement aux victimes du nazisme. « En tant
que préfet de Berlin et ministre de la Propagande, Goebbels
'est rendu coupable de meurtres muhiples et de pilJages; en
lant que propagandiste, il est responsable de l'exécution de la
"solution finale de la question j uive" ... La République fédérale
prend en charge les dédommagements. Le ministère public
féd éral peut demander des remboursements sur les revenus de
l'héritage de Goebbels 14.» Cette idée de bon sens, qui méritait
mieux qu 'une lettre au Stem, n'a pas emporté l'enthousiasme
des responsables polüiques ouest-a]lemands.

Le dimanche 6 mai 1973. un avocat parisien est retrouvé
mort dans son cabinet, 15 rue Lesueur. Mc Luys Bouquet avait
été l'un des avocats de Mohammed Khider, et restait un proche
13. Peter-Ferdinand Koch, Die Tagebilcller des DoklOr Jouph Goebbels,

12. Leure du 29 jall vier ad ressée par Erwin Fischer à Albrecht Kmllls, cn possessioll de l'auteur.

288

QI'. cit.

14.Stern.n o 41.197J.

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qui disparaÎlra sans laisser de trace quelques mois plus tard. notamment quelquesunes pour le compte du marchand d'armes Antoine Kamouh. et suivait toujours les aspects judiciaires de l'affaire du trésor du FLN. 199 1. qui l'avait présenté au colonel Maurice Robert. le 14 novembre 1973.» Le test de la paraffine semble révéler des traces de poudre sur une de ses mains: Me Bouquet se serait donc lui-même tiré une balle dans la tête. quand. et de sa commission France-Outremer. eUe avait téléphoné à sa mère. la mort de Luys Bouquet à Paris reste le dernier épisode sanglant de . Les relations africaines de Luys Bouquet permettent peutêtre d'expliquer la rumeur persistante selon laquelle François Genoud aurait rendu certains services aux réseaux Foccart. C'est ce que rappelle Le M onde quelques semaines après sa mort. cit. 18.. socialiste comme lui. el avait dit à sa femme qu'il allait ranger ses doss iers. explique le colonel Maurice Robert. eUe est totalement écartée par sa femme. puis. surtout par les servi ces spéciaux fran çais.LE BANQUlER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS de François Genoud. 5 mar. Bouquet avaü plaidé d urant hu it heures d'affilée . Luys Bouquet avait eu la joie de trouver des billets d'avion déposés par une ambassade africaine chez sa concierge.un record -. 82. 290 )l. L'avocat aurait servi par la suite d ' intermédiaire finan cier discret de Jacques Foccart auprès des présidents tchadien et gabonais 19. a été constamment escorté par deux hommes en armes. et il y avait découvert un grand scandale. Éric Gerdan. En 197 1. op.'affaire du trésor du FLN. 16. La mort de l'avocat ne sera jamais éclaircie. Mais l'arme découverte au pied du lit. Nous avons l'im pression que les services algériens ont fait le ménage 17. [1 impressionnait les juges en fumant de gros ci gares. fe 17 juin 1973. 17. Mais c'était son fils qui avait découvert le corps étendu derrière son lit L5. L' Express. « En arrivant chez lui . ancien chef du secteur Afrique puis sous-directeur de la recherche au SDECE. ses proches et François Genoud . « Il était le défenseur des gens dont on supposait qu ' ils détenaient le trésor du FLN. Sa fem me avait préparé le dîner. 14 mars 199 1. n'a laissé aucun message à ses proches. 2 1 mai 1973.. rétorque François Genoud. la 2e chambre de la cour d'assises de Genève confirme la sentence rendue le 3 février 197 1 el condamne une nouveUe fois la Banque commerciale arabe. Luys Bouquet était en contact permanent avec la Banque commerciale arabe. [J avait géré des opérations financières complexes. ne Je voyant pas reveni r. Et l' avocat. Tous ces éléments poussent la fam ille à porter plainte contre X 16. et que l'on sait en contact avec François Genoud. Dossier A comme Armes. Entretien avec l'auteur. un Colt Cobra 38. L'éventualité d ' un nouveau crime de la sécurité militai re algérienne est souvent évoquée. Précaution amusante: l'avocat du gouvernement algérien. Membre du Parti socialiste. qui semblait enjoué quelq ues heures plus tô ~. ). car il était aussi un avocat d'affaires chevronné. » « Ce n'est pas les Algériens. Luys Bouquet avait néanmoins approché de très près les « réseaux Foccart C'est l'ancien patron du SDECE. raconte François Genoud. C'est un coup des services: Luys Bouquet était très impliqué en Afrique noire. l'homme lige de Foccart en Afrique 18. 29 1 . Si l'éventualité d' un suicide semble retenue par les enquêteurs. li était monté à son appartement. Entrelien avec J' auteur. p. « Bouquet n'avait absolument aucune raison de se suicider ». II devait partir au Gabon le lendemai n matin. la cause de la Banque commerci ale arabe contre l'Algéri e. le général Paul Grossin. Me Kadour Sater. Le gouvernement algéri en ava it fait des pressions sur lui. « Une banque suisse est condamnée 15. à la suite d 'un différend avec les autorités libyennes. est totalement inconnue de son épouse. appartenant à la sécurité militaire. Maurice Robert nous Il indi qué que le général Grossin l' avait prêsenté 19. Pour beaucoup. à Genève. elle l'avait cherché. le Un myslérieux suicide».

Les détournements d 'avion ont encore augmenté en nombre. C'est le début d'une vague d'attentats connue sous le nom de code Wrath of God (Colère de Dieu). il est tué par l'explosion d'une voiture piégée devant la facullé des sciences de Pari s. et ils dégagent parfois de substantiels revenus.LE BANQUIER NOI R LE CAMELOT DE GOEBBELS à restÏluer le " trésor du FLN" ». Boudia envisage d 'attaquer le train qu i conduit les émigrés juifs entre la frontiè re tchèq ue et autrichienne. Le centre bénéficiant dès lors d 'une protection importante. Ce dernier est victime d 'un téléphone piégé. les services israéliens sont chargés par Golda Meir de « fTapper les organisations terroristes partout où leur bras peut les atteind re». qui fait. le 26 janvier 1973. Après les événements de Lod-Tel-Aviv et de Munich. L'action des groupes clandestins multinationaux est plus difficile à saisir que celle des mouvements d 'i ndépendance qui les ont précédés. Son plan prévoit une pri se d'otages et un départ en av ion vers un pays arabe. leurs sanctuaires et leurs coffres-forts. condamnés puis ex pulsés. porteurs de plans du centre. le SID itali en (Servizio lnfonnazioni Difesa) a remonté une piste fort intéressante en suivant à la Lrace un virement bancaire d'orig ine li byenne. le Mossad et les services spéciaux occ identaux recherchent activement Ali Hassan Salameh. En juillet 1973. Des éléments d ' une première équipe sont arrêtés. Le SDECE et la DST surveiJ1enl la situation avec d'aulant plus d'attention que Paris est souvent le théâtre des exécutions qui frappent les deux camps. en Norvège. L'émergence des groupes palestiniens radicaux provoque un conflit d'un genre nouveau. six agents israéliens sont arrêtés. Boudia n'a cessé de coordonner des opérati ons et s 'est imposé comme le chef du COSE-FPLP en Europe. il a fai t l'objet d ' un communiqué de la police suisse indiquant qu 'i l avait servi d 'agent de liaison à deux groupes de fed ayin à Genève. il prépare aussi une opération que Carlos supervi sera quelques mois plus tard. Le recours de la BCA devant le Tribunal fédéral inversera peut-être la vapeur. Parmi les «objectifs» israéliens. Le 28 juin 1973. cond uits par de fausses informations. et revendiqué par Septembre noir. Il s'est rendu à deux reprises dans ce pays pour y effectuer des repérages. Les capitales occidentales deviennent des lieux de règlements de compte. est abattu à Pari s. par des attentats à la bombe: Abdel Zouaiter à Rome et Mahmoud Hamchari à Paris. puis jugés à Oslo. et mettra un terme à la « Colère de Dieu ».. près de douze morts dans les rangs palestiniens. fi gure l'Algérien Mohammed Boudia. Les se rvices spéciaux français ont relevé avec justesse l'accroi ssement de l'aide libyenne au groupe Septembre noir. le 2 1 juillet. litre Le Monde. le commando arrivé sur place abat un autre homme: Ahmed Bouchiki. Par aiUeurs. Mai s. ancien speaker de la radio marocaine occupant un modeste emploi de serveur . En tout. Deux représentants de l 'OLP sont mortell ement blessés. visant un centre d 'émigrat ion de juifs russes à Schonau en Autriche. en octobre et décembre 1972. Deux membres du commando qui avaient loué leur voiture sous leur véritable identité se font arrêter au moment où ils rendent le véhicule. en dix mois. Les polices et les services de renseignement occidentaux vont devoir s'adapter à ce nouvel adversaire qui leur ressemble tellement. un journaliste syrien. Khader Kannou. 250000 dollars provenant de Tripoli sont arrivés sur nn 292 293 . Après l'attentat des installations pétrolières de Trieste en aoûL1972. TI aurait organisé l'attentat contre un agent israélien abattu à Madrid. Au printemps. En janvier 1973. essaient de déterminer leurs filières d 'approvisionnement . sous fonne de rançons. L'opération est l'une des plus grosses bavures du serv ice israélien. membre présumé du réseau Boudia. Leur procès fera apparaître leur participat ion à d 'autres préparatifs d 'attentats en Europe. A cet égard. ils donnent l'adresse de l' une de leurs cachettes où les policiers découvrent deux autres comparses.. Us traquent les réseaux de ces groupes. les Israéliens croient l'avoir localisé à LiUehammer. En octobre 1972. JI ne le mettra pas en pratique.

Son auteur est pisté. évoque aussi cet épisode dans Les Dossier! !ecrets tlll terrorisme. égyptien et libyen. et pas n'importe laquelle. Bien que grièvement blessé. notamment la mi se à disposition de camps d'entraînement. sous le nom de Roland Jacquard. li est porteur de passeports diplomatiques algérien. mais le groupe désigné sous le nom d'. l' un muni d ' un silencieux. L'lmernationa/e (errorisle démasquée. Cependant. Deux hommes montés dans le train à Bratislava prennent en otages un groupe de voyageurs. évoque les enquêle$ italiennes el détaille les rapports du SID. certains contacts italiens de Salameh sont également surveillés: il s ont partie li ée avec les milieux néo. apprend. Roland Laurent. un pas nouveau est fran chi: la guerre dans laquelle s'engage Carlos.fascistes. L'!nlerna/iollDle /errorisle démasqule. délaisse les objectifs militaires ou diplomatiques israéliens et prend directement pour cible les communautés juives à travers le monde. un commando baptisé « Boudia » exécute l'opération visant les réfugiés juifs en route vers Schonau en Autriche. qu ' un retrait de 10000 doUars a été effectué. Le redéploiemen t de Septembre noir grâce à l'aide libyenne va jusqu'à la mise en place d 'une section annement. 198 1. Dans la chambre à coucher. Certes. ce qui pennet à Carlos d'affi rmer qu'i l est une cible « sioniste » . nous n'avons trouvé personne. ils obtiennent une voiture et un avion pour fu ir. Il soutient Israël. Le même auteu r. Le 25 janvier 1974. » Carlos disparaît aussitôt. car l'expéditeur du virement est un membre de l'ambassade libyenne à Rome. mais surtout une déclaration du chancelier Kreisky annonçant que le centre de Schonau serait fenné en échange de la libération des otages. Hapoalim. Le 28 septembre 1973. 294 22. 1985. Carl os lui s uccède à la tête du COSE-FPLP en Europe.. Alain Lefeuvre. op. mai s il est désormais suivi par les Italiens. Le SIO s'aperçoit que l'un d 'eux lui sert de boîte aux len res w. 21. « J 'ai demandé au valet de pied de m'amener à son maître. U porte deux pistolets. L' opération du commando Boudia est un succès totaJ. Joseph Edward Seif. ainsi que deux grenades. Le « frère jumeau » de François Genoud a ouvert un bureau à Zurich pour coordonner l'approvisionnement en annes 21. La première opération qu'il revendique ouvertement 22 est la tentative de meurtre contre une personnalité de la communauté juive anglaise. qui échoit à . qui a placé l'argent sous surveillance. Salameh change fréquemment d 'hôtel. président de la chaine de magasins Marks and Spencers 23. AI-Wicab" eSI en réalité Septembre noir (don t oc AIWicab)} est un nom de Code). Le SID. Roland Laurent. Arrivés à Vienne. Le FPLP revendique l'attentat depuis Beyrouth. Amine el-Hindi. « le prince rouge ». Voir l'interview acc:ordée à AI-lVatan al·Arabi. d ' importantes faci lités sont accordées au mouvement. Carlos sonne à la porte de Joseph Edward Seif. cil. Carlos conduit une nouvelle opération à Londres: l'attentat contre une banque israélienne.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS compte de la British American Bank de Zurich. Seif est vice-président de la Fédération sioniste. n Quelques mois après la disparition de Mohammed Boudia. secrétaire général de l'Union des étudiants palestiniens. et le destinataire. Je lui ai demandé de l'appeler. Sa mâchoire a miraculeusement arrêté une balle mortelle. Albin Michel. En Libye. A Milan. avec quelques autres groupes qui apparaîtront dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Les It aliens reçoivent l'infonnation. 23. Le 30 décembre 1973 donc. la fronti ère entre ces actions et celles des groupes antisémites néo-nazis sera difficile à cerner. 20. Action emblémàtique. Carlos passe lui-même à l'action. mais il est identifié: c'est Ali Hassan SaJameh. Désonnais. Hans Rechenberg. raconte Carlos. Joseph SeiJ a été sauvé par ses dents. un Palestinien vivant à Milan.. de source bancaire. Paris. 295 . la porte de la salle de bains s'est ouverte ct j'ai tiré trois fois. qu'il utilise ind ifféremment à chacune de ses étapes hôtelières. Il est cenain qu'il a participé à d ' autres actions avant la mon de Boudia. l' autre puissant et bruyant «pour l'autodéfense en cas de surprise ». il n'a pas le temps de voir que sa victime n 'est pas morte.

« représentant du peuple palestinien ». indiquent les juges. La Nib/l/el/se : It! terrorisme dl. En effet. [. les magistràts. pour de nner dreit à la requête du parti qu ' il avait dirigé. Abou Nidal .. quand bien même eUe sait qu' il n'est pas le propriétaire des fonds. le titulaire du cempte ayant disparu. à l'aéroport d'Orly. Pour la première fe is dans ce doss ier. un Front du refus dès le 14 octobre 1974. Indépendance et seuverai neté naLie nales sent recennues aux Palestiniens. à participer aux déli bératie ns de l'Assemblée générale sur la questien de la Palestine. qu' il ignorait l' importance des fonds et les lieux où ils étaient déposés. 25. la seconde feis en qualité de titulaire du compte en bas du contrat. 1'" cour civile. Arrê t du Tribunnl fédéral suisse. Le FPLP. Cité par Xavier Rauffer. 105 États membres de l'Organisatie n des Nati ons unies invitent l' OLP. Cette décision est inattendue. abus de pouveir et détournement de fends 2S}} reje int le Front du refus. centredisant les décisiens de première et deuxième instances. Au mois de mars. les 13 et 19 janvier 1975. Me hammed Khider a apposé à deux repri ses sa signature sur le centrat » d 'euverture de cempte. Teutes les epératiens cenduites par les greupes rivaux du Fatah sent désermais cendamnées. Gene ud se range réselument derrière le Front du refus. plusieurs dirigeant s du Fatah sent éliminés. le FPLP-Cemmandement général d'Ahmed Djibril. 296 26. l'OLP est admise à l'ONU en tant qu'ebselVateur. La banque ne centrevient pas à ses ebligatie ns en restituant des fond s au titul aire avant la noüficatien d' un séquestre. Yasser Arafat est acclamé devant la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies. en rendant leur arrêt sur l'affaire du tréser du A. « une fe is en tant que personne autori sée à titre exclusif à disposer du compte. li veyagera désermais très seuvenl à Bagdad ._.» « Pe ur la banque. Ibid.] Celuici ne laisse apparaitre aucun indice d'une représentatien d'un liers ». séance du 1"' juillel 1974. après les attentats ratés du groupe Carlos. cendamné à mert par le Fatah pour « mutinerie et tentative d' assassinat de dirigeants du Fatah. le Front de libérarie n arabe et le Front de lune populaire palestinienne créent. donnent raison aux administrateurs de la Banque cemmerciale arabe. L'arrêt va faire jurisprudence: « La banque auprès de laquelle une persenne dépose des fonds en sen nem ne centracte d'obligatiens qu'avec le titulaire du cempte. Al ger rappelle sen ambassadeur. Mais la recennaissance diplematique de l'OL!> va bouleverser le paysage de l'acti visme pro-palestinien. faisant un blessé parmi les empleyés et d'importants dégâts matériels. Le FLN a déclaré. Le 22 nevembre. }} Le tribunal relève au passage les circenstances du dépôt de certains fonds par des chefs du Le 1er juillet 1974. 297 . mais qu ' il n'en a que la gestien. depuis Bagdad. et «on ne saurait d ire si Khider s'est fait connaître cemme représentant du FLN 26_» L'Algérie subit le contrecoup de la légèreté avec laquelle ses dirigeants ont traité cette queslien fin ancière en 1962 et 1%3. On ne pouvait d'O ne rien lui reprocher.N. « Le 18 octebre 1962. le 14 octebre 1974.« Khider a te ujeurs géré seul les fonds qui lu i avaient été confi és. A Bagdad encere. le FLN n'existait pas.LE BANQUIER NOI R LE CAMELOT DE GOEBBELS lance une bombe à l' intérieur du bâtiment. Moyen-Orien/. rapporte le tribunal. Yasser Arafat interdit te ute «epératie n spéciale à l'étranger » et appelle à «châtier ceux qui sertent de la ligne générale du me uvement paJestinien 24 ». et crée le Fatah-Ce mmandement révelutiennaire. op. explique le quotidien La Suisse. les juges du Tribunal fédéral n'imaginent pas qu ' ils 24. et rappe lJent implicitement à 10US que la Suisse est un pays de banques. car. lorsque le di fférend est apparu. on pouvait penser que le tribunal prendrait acte de ses responsabilités offi cielles et de ses mandats passés. Waddih Haddad quitte Aden et se replie lui aussi sur Bagdad. vont provoquer un séisme di ple matique entre la Suisse et l"Algérie. le tribunal menlienne les documents signés par Khider. cil.» A cet égard .

soit 20000 actions à 500 francs. Pourquoi Franço is Gcnoud tournet-il soudainement le dos à dix ans de procédure acharnée. que les autorités algériennes n'ont cessé de traiter d 'escroc depuis sept ans. accusé d'avoÎr dissimul é l'opération. » L'un des « indices» exploités par les avocats de l'Algérie fi gurait sur le contrat du 18 octobre 1962: à la rubrique «correspondance à adresser à ».mais aussi une nouvelle inculpation de Zouheir Mardam . Mardam ne dispose donc «que d'une infime influence au sein de l'assemblée générale ». qui déposa trois millions de dollars sur un compte en échange d ' une quittance mentionnant le seul nom de Khider. celte histoire-là. n'en ont qu 'une seule). trésorier de la Fédération de France. li apparaît en fi ligrane dans les propres recours légaux de Zouheir Mardam.. « Les télex et télégrammes le prouvent. Ains i. « Une partie des fonds a été versée par Beyrouth à la BCA au nom du FLN . François Genoud choisit de tourner casaque. Or. On voit mal comment Alger pourrait revendiquer la propriété de la banque. il faudra une pression diplomatique considérable . cité par la Tribune de Gen~ve. il s'agit d ' une escroquen e. Cette nouvelle bataille juridique.pour que l'idée d'une transaction fasse son chemin et mette un lenne à J'affaire. il est donc choquant de lire «qu ' il serait le martre de la société ». La veuve de Khider y est tout à fait disposée. s'insurge un collaborateur du président 8 0umedienne. Dans n'importe quel droit. Me Brahimi. résume-t-i1 27 • Une foi s la banque fermée. Khider avait laissé une adresse qui n'était pas anodine : « Bureau politique. Le rachat des actions figure bien sûr dans les livres de la banque. fi: Alger ignorait qu 'elle était la propriétaire de la banque qu'elle attaquait en justice ». 299 .. Elle veut à toute force réhabiliter son mari . provoquée par les révélalions de François Genoud.. viJ1a Joly. Entretien avec l'auteur.. l'avocat du banquier a fait allusion dans ses conclusions aux feuill es de présence des plus récentes assemblées générales de la BCA : « M. D' un point de vue j uridique. admiratir. et à son associé Mardam? « Vous avez là toute la personnalité de Genoud ». en revanche. 7 r~vrier 1990. li révèle officiellement aux Algériens que Khider avait racheté la majorité des actions de la BCA en 1964. le poussai t sûrement à vouloir tirer un trait sur cette affaire . Cette décision du Tribunal fédéral marque un autre virage dans l'affaire du trésor. d'Abdelkrim Soui ssi. » Mais les juges du Tribunal fédéral sui sse considèrent qu'il ne s'agit là que d'une adresse postaJe ! la veuve de Mohammed Khider d 'entamer les premières procédures contre Zouhei r Mardam. arrivé à la BCA.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS FLN. Zouheir Mardam ne di spose que de 410 voix. Au-delà des procès. La press ion amicale de certains leaders algériens en exil. les actions « B ". ne sera pas facile. . Zouheir Mardam et son avocat admettaient ne pas avoir la propriété des titres achetés par Khider . Une question demeure. et encore d 'autres chefs du FLN restés en place. ironise le journaliste Roger de Diesbach. «C'est ma tragédie. le total des voix exprimées à la dernière assemblée générale étant de 2480000 voix» (les actions « A » jouissent de 100 voix . s' il n'est pas admis que les fonds avec lesquels elle a été rachetée appartenaient au FLN. lance. le 13 févri er 1973. la situation risque fort d 'être inchangée: la bataille pour faire admettre à la justice suisse que la banque appartenait au FLN renvoie à la question déjà éVCXJuée du mandat réel de Khider. rue Franklin-Roosevelt à Alger. cet argent a été placé au nom de Khide r. Par ces mots. Au moment où la justice donne raison à la banque. François Gcnoud va plus loin : il s'emploie à convaincre 298 27. L'avocat algérien MiJoud Brahimi déJXlscra plainte en son nom en 1976. Mais la révélation n'est pas mince. il fall ait être juste.. Il ne s' agit que d'une partie des fonds du FLN : d ix mi1Jions de fran cs suisses sur quarante onLété placés dans l'établissement. notamment ceux.

François Genoud aurait à plusieurs reprises aiguiUé ses amis algériens sur ce transfert de propriété totalement oublié par la procédure. François Genoud n'a nul besoin de Mardam. en compagnie d'un avocat algérien. de Tripoli.» A des journalistes suisses.. Après les avoir quittés. Puis. était déjà un ami du roi d'Arabie Saoud ite. Avant la décision du Tribunal fédéral. il ouvre un cabi net d 'avocat à Paris en 1973. Zouheir Mardam supervi sa la création des sociétés d 'Ojjeh : Tag Management . Entré au service du min istère de l' Armement du gouvernement provisoire (GPRA) à Thni s durant la guerre d 'AJgérie. toujours s uivi à la trace. et parfois sollicité. François Genoud explique « qu'il avait été convenu que la banque. En comparaison des sommes en circulation dans ces afraires.. Tag Function Car 28 • L'avocat de Mardam . 11 di spose de contacts étendus dans presque tous les ~tabl i sse m ents de la place de Genève. 3 II vri1 1978. L'avocat propose à Genoud de repartir par . Mme Khider va d 'ailleurs rencontrer Sman Hamdan i. « Or M.. Akram Ojjeh négocia les marchés d 'État saoudiens pour le compte de nombreuses sociétés occidentales. et celui du roi Khaled. comme un simple brasseur d 'affaires international. 29. Gérald-Charles Bourquin. très proche de Boc ine Ail Ahmed. Arrivé en 1969 à Ai x-en-Provence. il se rend au Venezuela el en Colombie. Le banqu ier syrien est devenu l'un des intermédiaires privilégiés des affaires saoudi ennes en Europe. Paris. Son père Jamil Mardam Bey. Bogota est la dernière étape du voyage de Genoud el Mécili en Amérique latine. selon le banquier suisse. Tag Œuvres d 'art. Tag Aeronautics. En 1975. secrétaire général de la présidence. par ses anciens patrons de la sécurité militaire. deviendra un parti san de la libéralisation avant d'être assassiné par la sécurité militaire en 1987 29. La ~ouvene. TI passem un an en prison. Mécili sera le défenseur de Genoud lors des procès qui l'opposeront aux éditions Alai n Moreau en décembre 1975. Mardam. il est d 'ailleurs arrêté en compagnie du leader kabyle. « On a continué à faire comme si la banque n 'appart'e nait pas à l'Algérie ». 300 301 Sur le plan finan cier. L'Affaire Mécili. En 1964. 28. Hocine Ait Ahmed lui Il consacré un livre. Avec l' assentiment du prince Sultan. indique le journaliste Michel Perrin. nous nous sommes fâchés pour cette raison en 1974. ministre des Années. A Genève. qui sem bientôt chargé de la nouveUe procédure. Ali Mécili . Zouheir Mardam fit profiter la Banque commerciale arabe de ces relations. et de son fil s le prince Fayçal. une foi s mi se hors de cause. [bn Séoud. Akram Ojjch fut le directeur de Triad France.N parait un bien maigre rromage . Ce revirement de François Genoud va en tout cas empoisonner la vie de Zouheir Mardam.LE BANQUIER NOI R LE CAMELOT DE GOEBBELS Mardam et moi . Au début des années cinquante. Tag Finance. c'est le cas de Thomson pour la France. n 'aurait pas tenu parole ». Voir le portrait de Zouheir Mardam par Roger de Oiesbach da ns Le Marill dt Lausanne. Peine perdue. pour le comple des Eaux de Marseill e. Mécili fait son chemin dans les futurs services de renseignement. le banquier introduis it aussi auprès de Fayçal un homme d 'affaires syrien avec lequel il s'était associé: Akram Ojjeh. Mécili s' inscrit à la faculté de droit. L'avocat est assassiné le 7 avril 1987 li Paris. le trésor de guerre du R. avant de prendre son envol avec son propre groupe: la TAG. 1989. se rappelle Miloud Brahimi. et en devient officier à la base Didouche. restituerait à l'Algérie ce qui lui revenait ». L'avocat . fi gure dans les conseils d 'admini stration de toutes ces sociétés. qui fut président du conseil syrien. UBS el SBS inclus. n lu i arrive encore de gérer certains projets de construction ou de travaux publics. Adnan Kashoggi. Ojjeh évolua longtemps dans l'ombre d ' un autre grand intenn édiaire. Forte de ces révélations. et lui remet des pièces prouvant ses dires. Très lôt. Mécili rallie clandestinement le Front des forces sociali stes d'Ait Ahmed.

Nous aUons à l'ambassade américaine. celui de Gemayel et enfin celui des experts en coffre s. du siècle à Beyrouth . 7 mars 1995. il aurait été divisé en trois parts de 33 millions de dollars. Nous remplissons les fiches. sans lesquels J'effraction aurait élé un échec 31. Au premier rang de celles-cj fi gurent ses üens avec les principaux chefs mililaires des organisations palestiniennes : Haddad. se souvient François Genoud. son remplaçant Carlos. il appartient à une grande famill e chrétienne maronite. Une équipe de spécialistes en coffresfort s s' introduit. 1986. Georges Debbas est membre du FPLP 32.Unis. New English Library. Mais j 'étais à Bagdad quand c'est arrivé D. Mécili Înlervient : "Comment. avec toutes les déclarations sur 1'honneur qui y fi gurenl . avec le visa d'entrée.. et nous disent: Monsieur Genoud est ineligible for visa. François Genoud tentera plu s tard la même démarche auprès de l'ambassade américaine à Berne. « Le hasard a voulu que je me trouvais là peu avant. Il faut écrire à Washington si vous souhaitez en savoir plus JO. L"espion qui venait de l 'clttremc droite lt. Des hommes en armes se retrouvent près de la British Bank of the Middle East (B8ME). etc. en temps normal. Nous vouIons la réponse tout de suite. Salameh est soupçonné d'avoir fail le «casse. 303 . David Irving l'affinne lors d'une t!misslon imilUlée . Selon diverses sources. « Je dis d'accord . J'accompagnant dans certains déplacements. la Franco Arab Bank au rait hébergé ses opérations.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBElS les États-Unis. Entreticn avec j'auteur. Ali Hassan Salameh . François Genoud vient juste de quitter Beyrouth pour Bagdad quand s urvient l'attentat. J'avais constaté que les postes de contrôle avaient été désertés. Entretien avec l'auteur.5 million de dollars mensuels pour leurs opéra tions spéciales. pourquoi? Je suis son avocat. Jo) 31. 302 François Genoud connaît bien la place financi ère de Beyrouth. Un quartier de banques divisé. Financing tlrt' Tt'rror. el obtiendra la même réponse négative. James Adams. Salameh. L'ordre est donné aux employés de déserter le quartier. Un employé tend son passeport à Méc ili . en deux zones distinctes. issue de la plaine de la Bekaa. Transporté à Chypre. 32. le défunt Boudia. Le gendre de François Genoud s'appelle Georges Dcbbas. La part de l'organisation de Salameh est aussilôt orientée sur une banque suisse. Après avoir cessé les opérations de Septembre noir. Nous signons et rendons les fich es avec nos passeports. 33. et percent une ouverture dans le mur mitoyen à la banque. I l janvier 1993. François Genoud connaît év idemment les rai sons qui le rendent indésirable aux États-Unis. Il vienl si souvent à Beyrouth que sa fille Martine. se souvient François Genoud. qui comptent 3700 membres. J'avais passé deux jours à Beyrouth .. et disposent d'un budget avoisinanl 1. En janvier 1976." Les fonctionnaires de J'ambassade repartent dans les bureaux puis reviennent peu après. Les coffres sont dynamités et le commando fait main basse sur leur contenu et les réserves d 'or : le butin est estimé à 100 milli ons de dollars. Ce mariage va finir tragiquement en mars 1976. On en oublie. en présence de Martine. Et nous atlendons.. J" étais surpris par le calme qui régnait. les services spéciaux de l'OlP. La famille Debbas est victime d ' un massacre. sous l'autorité des deux groupes. que no us ne voulons pas alle nler à la vie du prés ident des Etats. Des groupes annés des deux camps bloquent le quartier de la place des Martyrs. y a rencontré l'âme sœur et s'est mariée. 30. est officiellement devenu le chef de la Force 17. le prince rouge s 'est associé aux Phalanges de Béchir Gemayel pour une opération financière un peu spéciale. italiens semble-I-il. pour le groupe de Salameh. Puis on m'appelle ct on m'expLique que l'ambassade ne peut pas me répondre immédi atement : je dois attendre deux jours supplémentaires. lis entrent dans l'église voisine de l'établissement..« le prince rouge» -.» Piqué par la curiosité.

et ceci le cœur lourd . Les agresseurs font huit mans et quatre blessés. Ibid. Parue en 1976. » Mai s Albrecht Knaus tient bon. J'ai ~té absolument outré quand j'ai lu la préface de M. qui n 'est pas digne d ' un historien. « L'inlroduction de Rolf Hochhuth ne m'engage pas. tout au contraire. «ce qui était mon droit. Il est en désaccord avec la préface choisie. Il s'en remet à la justice. mais je sais que c'est un bon écri va in et qu' il n'a jamais craint le scandale . 12 juillet 1991. AIbrecht Knaus. Mais elle a été traumati sée . » Celte poslface.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS C'est un carnage. conclut-il. car sa fille a choisi de rester dans la région. Il m'a ex pliqué que l'attentat n'était pas dirigé contre sa bellefamill e. 37. Hochhuth. Je trouve qu'elle n 'est pas objective et peu élégante. Et je n'accepterais pas qu'on ne fasse pas preuve du minimum de dignité et de respect que l'on doit lUX gens. L'attentat provoque un redémarrage de la guerre civile. Je ne connais pas l'œuvre de M. « L'éditeur m'a proposé de prendre M. J'ai réagi immédiatement. Seules deux personnes n'ont pas été touchées : le fils aîné du premier mariage de mon gendre et ma fille Martine 34. n aurait préféré que Jackel ou Trevor-Roper. Rolf Hochhuth . Hochhuth qui n'est pas scientifique. Hochhuth. on ne sait rien ». « En réalité. J 'en ai pris connaissance 36. Ce qui signifie que je n' interdi s pas l'édition de l'œ uvre. mais bel et bien contre lui lS. 35. Son éditeur. rapporte François Genoud. (1( Us ont mis quatorze personnes contre la paroi. bien qu ' ils soient d'anciens responsables de l'Allemagne nationale-socialiste 36. C 'est une préface extrêmement mauvaise. François Genoud revient aussitôt à Beyrouth. écrit-i1. cil. qui plus est très insultante pour l'auteur [Goebbels]. manifeste clairement son désir de réhabilitation. vrai semblablement pour élarg ir le pub Uc de ce genre d'ouvrage. je n'ai pas usé de la faculté dont je disposais de m'opposer à ceue introduction. a final e-ment restreint l'ouvrage aux seuls journaux de J'année 1945. François Genoud obtient l'in sertion d'un petit texte destiné il se « distancer de la préface » . et j 'ai dit que j ' allais l' interdire. et même mon devoir par rapport à l'auteur dont je représente les droits J7 » . Elle y vivra encore plus d'un an. le nom de Joseph Goebbels a fait sa réapparition sur les étals des libraires. doms les journaux. l'édition allemande laisse aussi François Genoud plutôt mécontent. Je voudrais que le lecteur sache qu'afin que l'éditi on ne soit pas remise en question. que l'auteur [Goebbels] pui sse s 'exprimer. fi continue ses séjours bcyrouthins. soit 6000 feuiUets sur les 20000 que Fischer avait remis. SoUrtcs priv6es. C 'est une chose dont j'ai pu m'apercevoir à mon regret. Il évoque un groupe armé. Je n'ai pas lu un li vre de lui . Dans les dernières années de la guerre. qu i indique qu'il est le titu laire des droit s d'auteur de l'œuvre de Goebbels. raconle un proche.» François Genoud se montre moins affirmatif.. mais sans la préface de M. 34. » « Martine a échappé par miracle. 304 ln WitSuflScha/ls!rtihei/ und ihre reeh/lit'hen Scnanken. chargé d'une opération de provocation dans le Chouf. 305 . soient retenus pour la préface. Entretieo avec J'auteur. ap. le Dr Goebbels a hâtivement dicté En Europe. François s'est trouvé fronta lement opposé aux gens de Djibril (du FPLP-CR) et d'Abou Nidal. Le journaliste un peu « spécial » n 'a pas réussi à récupérer les originaux qu'il avait livrés. je l'exige. et signale à tous qu'il a exercé un contrôle sur l'édition des textes: « fi n'a pas été facile d 'obtenir J'autorisation de publication de ces journaux. . com mente Genoud. écrit Genoud à la fin de l'ouvrage. tntervention de François Genoud lors de III discussion du colloque organi5t par l'Institut d'histoire contemporaine de Munich le 18 novembre 1977. qui figuraient en qualité de coéditeurs.

Juste avant sa mort. En tout. doit être vue comme un obstacle à la li be rté de recherche et de publication historique. Mais les ventes du li vre se révèlent fort décevantes pour Hoffm ann und Campe. 11 reçoit 367 11 4 DM des États-Unis (la maison Putnam's Sons). mais dans une version moins euphorique: le« héros)~ est devenu « l'un de ses dirigeants les plus im portants ».. qui « lors de la préparation de l'ouvrage s'était soum ise au consentement de M. Jo) En France. afin de publier sa propre éd ition des journaux. 67 688 DM d'Angleterre (Martin Secker and Warburg) .. Dans son esprit. ni même les relire. préfacés non pl us par Hochhuth mais par Michel Tournier. La maison d 'édition ne parviendra guère à vendre plus de la moitié des 70000 exemplaires imprimés. les éditeurs du mo nde entier mi sent assez gros sur le succès des journaux de Goebbels. dans des cas où il s'agit d' héri tages écrits dont le contenu n'est pas du tout ou presque pas de nature personnelle. mais constituaient un recuei l de documen ts. qui annonce que « son influence sera encore importante». sans les corriger. François Genoud touche 38 000 DM de la revente à Flamm arion. les droits secondaires de ce premier li vre lui rapportent 38.ie d' un peuple et d'un héros. et encore sous son contrôle. 306 307 . affi rme-t-illors d'un colloque. Pour François Genoud. ces journaux n'étaient évidemment pas destinés à être publiés. cette première édition des journaux de Goebbels est pourtant des plus lucrati ves. « L'obl igati on de prendre en cons idérati on les droits d'auteur de leaders nationaux-socialistes. Le magazi ne a payé 130 000 marks. Avant tout . car je pensais que Goebbels. même non revu et corrigé. A l' image d 'Albrecht Knaus. sous quelle forme et sous quelle responsabilité éditoriale Jo) le reste des documents sera publié. Le texte de François Genoud y figure. qui avaient à l'époque de hautes responsabilités. la publi cati on in extenso de trente-hu it écrits très longs qui consistent pour 75 % en des rapports sur la situation militaire.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS à un sténographe ses impressions au fil du travail quotid ien. il signem lui aussi un contrat avec François Genoud . /bid.r une édition plus à son goût : « Les premiers débats sur ce livre [ . « La publication était soumi se à sa perm ission. D' autant plus que J'on remarque que les héritiers ou les mandata ires ut ili sent ces droits de manière politique et partisane. en fait un livre monstrueux J8 . qui pourraient être trouvés dans les rapports de la Wehrmacht de ces semaines. il touche en effet près de la moitié des cess ions de droi ts. concl ut Broszat. C 'est d'aut ant plus un obstacle que ces éc rits ont été rédigés au burea u en utiJi sant les moye ns d' inform ation offi ciels de l'époque et que leur contenu tombe dans l'intérêt historique et public de l'époque. pouvait témoigner de faço n impressionnante des derniers actes et de la tragéd. Je me suis permis de ne pas respecter ces dernières volontés. Comme c 'est la règle en pareil cas. La publication du S'ern lui rapporte par exemple 70 3 12 DM.» Broszat précise que ces « in suffi sances» ne sont pas dues à la seule maison d'éd. « à cause de ce droit de regard de François Genoud ».. qu and. Pour promotionner le li vre.ition. Martin Broszat changera d'avis d ix ans plus tard . » Hélas. compte tenu du matériel en possession de l'éditeur. Albrecht Knaus 3 revendu au Stem des bonnes feu illes à pri x d'or. non commentée. Ma consc ience historique ne me laissa it pas d'autre choix. li avait aussi le droit d' influ encer les modaJit'és de publication des sources ». c'est Aammarion qui publie Les Derniers Carnets de Goebbels. il ava it ordonné de les détruire. « Et J'on ne peut pas savoir quand. La publication est contestée par certains historiens allemands.] concordent pour d ire qu'il s 'agit d' une publication de sources mal introd uite. mais presque exclu sivement de nat ure pol itique. . problématique et insuffi sante. François Genoud ». Leurs avances sont conséquentes. en particulier Martin Broszat qui songe déjà à récupérer les feuillets pou. explique Broszat.

Ses proches le ramènent à Minusio. q ui y a ouvert un bureau. Moins d' un an plu s tard. La bombe était télécommandée pour exploser au passage de son véhicu le. cil. ma seule obsession était de penser que je devais résister et continuer à vivre pour pouvoir tuer un jour mes tortionnaires 40. op. section Mohammed Boudia ». Qui s'est occupé de toute la procédure el des recours légaux qui ont suivi. Il devient membre de Secours Rouge. Ce qui n'est pas si mal. notamment celui d' Entebbe.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS près de 700000 DM. Le 19 juin 1975. D'éminentes personnalités du monde intellectuel avaient signé l' appel en faveur de sa libération : Jean. » 39. qui avait fond é et animé depui s Lugano (Tess in) le « CoUeuivo nazionale per la liberazione cli Bruno Bréguet ». Par ailleurs. dissimulé dans un restaurant ou hôtel 42 • Une heure suffi t pour tuer. D'aulres moins connues l'avaient soutenu financ ièrement et défendu. 308 40. François Genoud évoq ue naturellement cette hypothèsc:>. Bréguet évoque sa pri son israélienne : « Durant tout l' interrogatoire. Noam Chomsky. soit près de 2. expliquait un communiqué du Collettivo. ce qui est négatif aux yeux des autorités sionistes.») 11 reprendra la clandestinité peu après. Arrivé à Zurich. il part à Alger où il rencontre Waddih Haddad. l' ambassadeur de Suisse en Israël avai t rencontré le ministre de la Défe nse Shimon Peres pour appuyer les recours en grâce déjà formulés à deux reprises par l'avocat. la libération de Bréguet n'avait pas cessé d'être ex igée par les commandos de feday in lors des plus récents détournements d' avion. 3 1 août 1994. cenifié par Hoffmann und Campe le 11 mai [98 1. niens. En janvier 1978. La scuola dei odio (l'école de la haine). il a fi nalement été gracié par les autorités israéliennes. Avant son départ. ce qui ne devait pas non pl us être un signe très favorab le aux yeux des Israéliens. Six ans après sa condamnation. 309 . Bruno Bréguet. Bréguet est conduit par la pOli ce à l'appartement de son frère Ernesto. pour un flop commercial.ti. paru en 1980.5 millions de francs français 39. li rend une visite au bureau de l'OLP à Genève. et pendant les jours sui vants. entre autres. 41. Günter Grass. pu is expulsé vers la Suisse. Michel Foucault. « TI résulte de cet entretien que le comportement de Bruno ne justifie aucune mesure de clémence. l'époux de sa fi lle Françoise. en mars 1978. comme il l'a déclaré lors de sa libération. Dans son livre. Document en possession de ['auteur: relevé des droits secondaÎres établi le 23 mai 1980. il n'a rien renié de son engagement. dit-il. La rumeur de son empoisonnemeqt par les services israéliens court encore dans les milieux pales. Le conseil d'État du Tessin a lui aussi tenté une démarche. Félix Guauari. Entretien avec l'auteur. qui rencontre alors les médecins allemands: Haddad pourrait avoir été victime d' un forte exposition à des rayon s X. Bruno Bréguet qui tte Zurich pou r Berlin.Paul Sartre. Ûl rCllola deI OOio. où il s' inscrit à l'université. pour devenir le lieutenant de Carlos. Atteint d' une leucémie. Celle fois. Ali Hassan Salameh meurt d'un attentat à la voiture piégée dans une rue de Beyrouth. il a crânement réaffi rmé son appartenance « à la cellule européenne des opérations spéciales du FPLP. Quelques moi s après son retour. par le vol 333 de la Swissair. en janvier 1979. notamment François Genoud et son gendre Me Maurice Cruchon. Entretien avec l'auteur. » li conclut : « Je suis un Palestinien. 42. Roland Barthes. Il écrit également. Les initiatives dipl omatiques en faveur de Bréguet n' ont pas manqué.: « les Israéliens en sont capables 41 ». effectuée au moyen d' un appareil sophistiqué. Selon le journaliste Alberto Marientoni. dont J'équipe venue sur place Bruno Bréguet est de retour à Zurich le 24 juin 1977. Waddih Haddad meurt dans un hopital à Berl in-Est. Il janvier 1993. Mais. le village familial. Simone de Beauvoir. car il continue à ne pas regretter son action. l'attentat est attribué avec certitude aux servi ces israéliens.

Zouheir Mardam ne peut guère qu ' accepter les droits des héritiers de Khider. Que Mardam n'avait aucun droit. dont le bul est d 'évincer le capital actuel qui n'est pas sien. déclenchant une autre procédure. 45. Que si les droits du FLN n'étaient pas reconnus. Son argumentation est ingénieuse. Mardam a donc joué avec les fonds du FLN". tout au long des procédures interminables entreprises par les autorités algériennes pour les récupérer. Salameh. li affinne d 'ailleurs qu'il n'a « jamais eu en face de lui d'interlocuteur valable ». analyse Pierre-André Stauffer 4S . Peut-être pensait-il qu'il n'aurait plus jamaîs à répondre de cel argent 46. A sa demande. attribué aux Palestiniens. François Genoud semble s'être juré de lui rendre l'établissement à sa façon. 44. La contre-attaque judiciaire devrait être concluante. La veuve de Mohammed Khider a porté plainte le 1J jumet 1976. Pui s il a réduit la valeur des 10 000 actions Khider restantes. Genoud lui avait cherché peu avant sa mort un établissement de remi se en forme de confiance dans les environs de Lausanne 44. dam a joué avec le capital de l'actionnaire majoritaire. il a annu lé et échangé 10000 actions Khidcr contre 100 bons de jouissance donnant droi t à 50 % des bénéfices pendant quinze ans el à une part du produit de liquidation. depuis que le Suisse a révélé que Khider avait acquis la majorité des acti ons de la Banque commerciale arabe. 310 3 11 . notamment Sylvia Rafael. en les faisant passer de 500 francs suisses à 1 franc chacune. Et la cour de Genève donne raison à Genoud. L'espionne périra dans un anental similaire. toujours chef de la Force 17. Mardam aurait dû « immédiatement faire appel aux ayants droit de Mohammed Khider ». 28 juillet 1977. D a procédé à des réductions de capital en 1967 et 1968. Qu ' il n 'a continué d 'agir qu 'en vertu du « mandat fidu ciaire» confié par Khider. Puisque les tribunaux n'ont pas reconnu les droits de l'Algérie sur la banque. 47. Cene infonnarion a été confinnée par François Genoud. François Genoud dénonce une « machination de Zouheir Mardam. « Le contentieux Mardam-Genoud pose exclusivement la questi on de savoir quel est le véritable titulaire des actions majoritaires de la Banque commerciale arabe. il faut convenir que celuici s'est rendu propriétaire de la banque en 1964. qu ' il ne gérait la BeA qu'avec 400 voix sur 2. Maîs François Genoud y ajoute une révélation supplémentaire : Zouheir Mar4 3. Sous prétexte d '« assaini ssement » . Nous avons demandé à plusieurs reprises son point de vue à Zouheir Mardam. le 6 mai 1977. afin de prendre réellement possession de la banque 47 ». Une dispute entre actionnaires ».5 millions.24 heures (Lausanne). 46. qui nous a répondu qu ' il ne souhaitait plus évoquer celle affaire. les règlements de compte se succèdent entre François Genoud et Zouheir Mardam . 28 juillet 1977. Devant les révélations de son ancien associé. avaît gardé le contact avec François Genoud. 24 heures. ceux des héritiers de Khider ne pouvaîent être négligés. Non seulement Mardam n' a pas fait appel aux héritiers qui vivaient à Madrid. et de faire entrer des fonds saoudien s dans l'établissement. La cour annule toutes les déc isions qui ont suivi ces restructurations de capital. Ces restructurations de capital ont permis de réduire la part de Khider (ou de l'Algérie) de JO millions à 20000 francs sui sses. mais il leur a refusé tout renseignement quand il s se sont manifestés. Avant de manipuler les actions Khider. et François Genoud lui a emboîté le pas. 7 février 1990. Cité par Michel Perrin. « On ne peut s'empêcher de rele- A Genève. en t985. C'est un conflit de propriété. U a final ement déposé plainte contre Mardam et il se prête à un grand déballage devant la cour de justice de Genève. entretien avec t'auteur. Si l'on accepte les droits de Khider. qui avait fait partie du commando déjà chargé d'exécuter Salameh à Lillehammer en juillet 1973 43. et qu'î1 ne l'avait jamais fait publiquement jusqu'alors.LE BANQUIER NO IR LE CAMELOT DE GOEBBELS a été en partie identifiée.

d"un des plus 313 . Mardam ne sont en ri en responsables des menaces qu'Alger laisse planer sur nos exportations ». 49.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS ver.la femme de Khider el ses quatre enfants . en novembre 1977. l'Algérie avait transmis au Conseil fédéral suisse un mémoire dénonçant les « infractions commises par la BCA et son président» et s'appuyant sur les révélations de François Genoud. Pour jeter de l' huile sur le feu. Roger de Diesbach. Roger de Diesbach. 19 février 1978. Le propriétaire fidu ci aire exerce tous les droits d ' un propriétaire. l'avocat de Mardam va jusqu'à affirmer que « la Banque commerciale arabe et M. Les procédures se sont multipliées. avec le jugement obten u par son ancien associé François Genoud. la parulion simultanée dans Le Monde et la presse suisse d ' un «commandement à payer » adressé au président 48. Aussi les sommations étaient-e lles parues dans la presse. dont la justice instruit la plainte. eUe est accompagnée de Me Mil oud Brahimi . qui a déjà rappelé son ambassadeur et son chargé d 'affaires à Berne. représentant l'Al gérie. Mardam a prouvé qu'il détenait ce mandat de Khider. note la cour. pas plus que l' Algérie. La précision est cocasse. Le Tribunal fédéral a déjà jugé ce dossier et donné raison à la banque en 1974. le tribuna l choisit de confirmer ses déci sions de 1974. l'affaire du trésor de guerre du FLN est suivie avec pass ion par les gazelles. au moment où Mardam obtien t satisfaction devant le Tribunal fédéral. Or les héritiers . Mais les instituLions bancaires et judiciaires ne reviennent pas si aisément sur leurs décisions. La Commission fédérale des banques avait vi sé les restructurations en cause.. une cour genevo ise condamne l'Algérie à verser 3 millions de francs suisses pour préjudice moral à la Banque commerciale arabe. dans la Tribune de Genève. recueillis à Alger. Tribune dl' Genè. 16 novembre 1977.. . Mais la levée de boucüer qui s'ensuit dissuade les Suisses de recommencer pour l'amende de 3 millions. le mémoire n'apportait pas de faits nouveaux susceptibles de provoquer l'ouverture d ' une enquête pénale. Quand Zouhei r Mardam se représente devant ses magistrats. est venue avec deux de ses enfant s assister à l'audience. que les silences de Zouheir Mardam répondent vraisemblablement à des considérations d'ordre lactique. n ne reste plus au gouvernement algérien qu 'à s'en remettre à une autre procédure dont l'instruction a discrètement avancé: celle entamée par la veuve de Mohammed Khider. n'exerce plus qu 'un chantage. Transmis au procureur général de Genève.» Revoilà François Genoud dans les procès qu ' il affectionne: les hi stoires d 'héritage.·e· Le Matin de Lausanl1e. rapporte les propos. et inculpé d'abus de confiance. le 22 mai 1978. Le gouvernement algérien s'est porté partie civile. assez efficace au demeurant. Par délicatesse . L'Algérie. Les menaces pourtant sont réelles.24 heures. Boumedienne n'avait pas arrangé le climat diplomatique algérosuisse . L'office des poursuites du canlon de Genève exigeait le paiement de quelque 500000 francs suisses par les Algériens.ne songent qu 'à une chose : restaurer les droits de l'État algérien afin de réhabiliter leur époux et père. Les héritiers de Khider. Le 31 décembre 1975. et à la Commission des banques. Mme Khider. sur ses importations de produits suisses. Ainsi. le Conseil fédéral et le Département politique suisse n'avaient pas voulu adresser les frai s par voie diplomatique. ne « produisent les pièces» qui les habilitent « à revendiquer une participation en tant qu ' actionnaires à une assemblée générale de la BCA 48 ». 3 12 Zouheir Mardam est convoqué par le juge d'instruction de Genève Roger Dussaix. Le cümat dipl omatique pèse de plus en plus lourd sur la procédure. En juillet déjà. En Suisse. il n'y a évidemment pas mieux que de réclamer des frais de procédure à l'Algérie. Dans la presse. L'ambassadeur de Suisse à Alger a été contraint de transmettre lui-même 1'« addition » au mini stère algérien des Affaires étrangères 49.

» r. «C 'est la parti ci pation de nombreux travailleurs algériens émigrés à l'effort de li bération du pays.. ne devait pas être de la meill eure humeur en apprenant les démêlés de son fid èle servi· leur Zouheir Mardam avec la justice sui sse 50 » . dans cetle procédure. nous av ions entamé des pourparlers de transactions ». Or l'Algérie est le troi sième partenaire économique de la Suisse en Afrique. d 'un nouveau chargé d 'affai res à Berne. M.t. JI décède le 27 décembre 1978. d'avion. Tribune de Genil'e. Andres. 1"' mai 1978. directeur de la BCA. qui a l' intention de passer tro is semaines en Suisse. ] Je ne dis pas que le Tribunal fédéral a obé i aux injonctions des milieux bancaires. Recueillis par Roger de Diesbach. ils ont accepté de céder la banque. Me Kadour Sator. Les 2 et 3 avril 1979. Tribune de Genb'e. Les exportalions sui sses en Al gérie atte ignent 3 13 milli ons de fran cs suisses en 1977. c'est que «Zouheir Mardam n'est pas un simple président de banque. s'est rendue dans la capitale algérienne afi n de plaider pour le retour à des relations diplomatiques normales. que la presse suisse présente comme « un homme calme eLefficace. « A partir de ce moment. grâce au système su isse. 3 14 En réalité. 20 avril 1979. est reçue par les autorités suisses à Berne. secrétaire général de la présidence de la République algérienne. 19 octobre 1994. Mardam eSI sans doute le principal agenl financier Hier. conduite par Sman Harndani.. à sa descente de l' Arabie Saoudite dans notre pays.LE BA NQUIER NOI R LE CAMELOT DE GOEBBELS hauls dignitaires du régimc. Or. Mais. Une délégation algériennc. sur la place suisse 51.. S I . Un projet de conventi on est établi pendant que les diplomates des deux pays s'activent. 315 . une délégati on suisse. elles onl pris ces derniers tcmps une grande importance sur le plan international. la Suisse a envoyé un nouvel ambassadeur à Alger. Au plus fort de la crise. l'inculpation de Zouheir Mardam préc ipite le règlement du doss ier. Les respon· sables algériens se déclarent persuadés que Mardam « est trop puissant . [ . Abdelaziz BouteHika. interrogé à Alger par la Tribune de Genève. M. début mars. 53.. » « La Suisse ne comprend pas que ces fonds ont pour nous une grande importance symbolique ». cet argent est détourné par le banquier Mardam. si le juge d 'insLruction a fail preuve de prudencc. 17 fév rier 1978. le ministre conseiUer Tayeb Seddikioui. ] 50. lt L'accord de principe intcrvient au moment même où le prés ident Houari Boumedienne lombe dans le coma. Roger de Diesbach. qui a dû attendre près de six mo is avant de pouvoir présenter ses lettres de créance. ou de lenteur. La Suisse n'a jamais déses· péré. conduite par l' ambassadeur limmy Martin . « A l'issue de ces négociations. Le premier signe d' apai sement a été l' arrivée. » Mc Kadour Salor. Cela intéres· sait le gouvernement algérien qui obtenait ainsi une banque en Suisse 52. mais il n' a peut·être p. Tribun/! de Genève. Elles vont diminuer d ' un tiers en un an sous l'efret de la détérioration des relations entre les deux pays. qu i lui affirme que l'Algérie envi · sage de « reconsidérer globalemenl ses relations économiques el diplomatiques avec la Suisse ». Bien que ses activités soient des plus discrètes. note Roger de Diesbach. secrétaire gé néral de la présidence. qui dénonce dans la presse une « monumentale escroquerie lt ••• «au pays de Calv in ». note Smai1 I-I amdani.S été insensible à une certaine susceptibilité de ces milieux. Certains ouvriers ont payé de leur vie le fait qu'ils coti saient en faveur du FLN. Le principe d'une restitution 52. En juin 1978. Pierre Aubert a écrit à son homologue. trop soutenu » pour qu 'on leur « donne un jour raison ». met en cause la pression exercée par les milieux bancaires: « Ces derniers craignent des atteintes au secret bancaire. Entretien avec l'auteur. connu pour avoir déjà réconcilié Bonn et Alger Sl ». le ministre algérien des Affaires étrangères. l'optimisme reprend le dessus. le roi Khalcd d 'Arabie Saoudile. se souvient l'avocat du gouvernement algérien. « li peut tout se permettrc.

l'avocat Maurice Cruchon qui a vigoureusement défendu des années durant les héritiers de Mohammed Khider. au nom de « l'intérêt public » . classe quelques mois plus lard l'action de Mme Khider contre Mardam. Puisque l'accord repose sur un compromis. Dans les bureaux du procureur. C'est une première mondiale. Me Cruchon remet aux Algé riens les actions et une lettre de M. qui couvre l'affaire du trésor du FLN depu is plusieurs années. Le 26 novembre. rapporte Roger de Diesbach. C 'est pourtant la Banque algérienne de développement. puisqu'elle oublie. Zouheir Mardam est absent. « La séance se déroule dans une petite salle de la banque ornée d' inscriptions en arabe. M. Les avocats de l'Algérie. Me Kadour Sator en tête. l' homme qui fut success ivement l'associé et l'adversaire de Zouhei r Mardam . à François Genoud. Hermann Bodenmann.36 millions de francs suisses. les établissements suisses puissent eux aussi opérer en Algérie. eux. Même si les parties en cause retirent leur plainte. quand elle ignorait que Mohammed Khider avait investi 10 millions dans la Banque commerciale arabe. Et. où les banques sont ta ules nationalisées.le président de la Commission. Le moment est historique. S4. Il annonce que la Commi ss ion « se penchera sur le cas de Zouheir Mardam qui durant cinq ans a caché le rait que Khider avait acheté les deux liers de la banque. 3 16 Le Il décembre 1979. soit le quart des dix millions initialement investis. François Genoud. Un journaliste s'est glissé dans la salle : Roger de Diesbach. li l'a achetée pour un fran c. Rachid Haddad. Hélas. La Commission fait une faveur à l'Algérie. Le lourd passif d' accusations dont elle portait le fard eau ne sera plus pour elle qu ' un mauvais souve nir. ont. Mme KlJjder peut se féliciter de son travai l pour restaurer la mémoire de son défunt mari . diplomatie oblige. La BCA lègue à ses successeurs algériens un capital de 5. le procureur scelle l'accord des parties. Triblil/e de Gel/ ~v(" 25 avril [979. A l'issue de l'assemblée. L'Algérie récupère donc un vingtième de la somme qu·elJe récl amait au début des années soixante-dix.LE BANQUIER NOI R LE CAMELOT DE GOEBBELS de l 'établ issement à l'A lgérie est acqu is. Les actions de la BCA ont déjà été cédées aux Algériens qui sont présents en force: trois d'entre eux sont des hauts fonctionnaires attachés à la présidence de la République algérienne. et accepte le transfert des actions de la Banque commerciale arabe à l'Algérie. réell ement gagné quelque chose : un établissement bancaire. des réserves légales de 31 000 francs et des pertes reportées de 3 millions. Cité par Roger de Diesbach. Et il y a également les avocats d 'Alger. qui détient la quasi-totalité des actions. la Commission fédérale des banques approuve la convention. 11 assure 317 . [ . Mahfoud Aoufi . est parvenu à se procurer une action B de la banque. « Alger n'a jamais dcmandé aux tribunaux helvétiques de la reconnaître comme propriétaire de la Banque commerciale arabe » . le conseil d'admini strati on de la Banque commerciale arabe se réunit rue Bonivard à Genève. nuance sa bénédiction en notant que « le règlement négocié du litige ne supprime pas nécessairement toute action en justice ». 53 millions de francs sui sses. Zouheir Mardam et ses avocats sont soulagés de voir s'éteindre ces poursuites et les sombres hypothèques qu 'elles faisaient planer sur les affaires du banquier syrien . Vaine menace. ] Autre personnage de celte dernière réuni on.5 millions de francs. Le reste est définiti vement oublié. Le 20 avril 1979.. représe ntée par M. la Banque com merciale arabe ne vaut plus désonnais que 2.. Raymond Foëx. li a donc le droit d'assister à la réunion . le procureur général du canton de Genève. indiquent avec mauvaise foi certains hauts fonctionnaires suisses. qui aurait voulu qu'au moment où l' État al gérien se rende propriétaire d' une banque en Suisse. alors qu'Alger a déjà annoncé l'arrivée d'un nouvel ambassadeur en Suisse. Présents également. de fait. la règle de réciprocité. et après retrait des plaintes. il est clair que toutes les parties s'engagent à cesser les hostilités. il y a des délits qui se poursuivent d'office 54 )}.

mais de Martin Broszat. Il s'est laissé convaincre de céder le précieux matériel aux historiens.» 55. En 1972. le directeur de l'Insl'Îtut d' histoire contemporaine de Munich. Sur la scène judiciaire. afin que les historiens qui avaient déjà travaillé sur les journaux puissent vérifier leur authenticité. Tribune de Gentve. Martin Broszat avait déjà nourri le projet de publier des extraits du journal de Goebbels des années 1924-1925. Mais ce geste. 9 La guerre continue Ce n'est pas sans un pincement au cœurqu'Albrecht Knaus regarde. Et ce projet lui avait déjà valu un premier confl it avec François Genoud . sur l'incitation J'Erwin Fischer. Mahfoud Aoufi. En 1960.LE BANQUIER NOIR que la reconnaissance des droits de l'Al gérie sur la BCA le comble de satisfaction. ce 13 août 1980. De guerre lasse. ces fameuses 20000 pages que lui avait confiées Erwin Fischer. la camionnette des Bundesarchiv se remplir des journaux de Goebbels. notre banque abandonnera la gestion de fortun e pour se préoccuper essentiellement d'investissements. » « Les actionnaires de la BCA étaient treize autour de leur petite table. espère-t-il . D'autre part. Albrecht Knaus avait contacté l' Institut d 'hi stoire contemporaine dès J'arrivée des premiers exemplaires du journal de Goebbels. » La Banque commerciale arabe devient donc une filial e de la Banque algérienne de développement « La BeA sera transférée le plu s rap idement possible à Zurich. L'idée ne vient pas de lui . « J'ai eu l'occasion de travailler pendant quelques jours sur ce matériel chez Hoffmann 319 . conclut Roger de Diesbach. [Js ont fini par noyer l'affaire du trésor de guerre algérien dans le champagne ss. et travaillera sur la zone mark. 12 décembre 1979. annonce le nouveau maître des ueux. plaidera peut-être en sa faveur lors de la procédure contre Fischer. Le journal de l 'année 1945 publié en 1977 s'est final ement plutôt mal vendu en All e~ magne: 35000 exemplaires en tout. Fischer sort victorieux des premi ères action s judiciaires qui vont contraindre Albrecht Knaus à lui faire bientôt un chèque de 200000 marks. Martin Broszal s'était luimême rendu à la maison d'éditi on. l'éditeur a peu à peu renoncé à ses multiples projets éditoriaux concernant Goebbels.

Ell es seront. Die TQgehücher des Doktor Joseph Goebbt!ls. mi ses en cause pour avo ir nég li gé le contrat li ant les éditions Hoffmann und Campe el Erwin Fi scher. U le fai t avec maladresse. cit. Die Tagebiicher dt!s Doktor Jouph Goebbels. Martin Broszat n' a pas de problèmes de conscience.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE und Campe ». car je me rendais compte que ces documents de grande valeur scientifique étaient dans les mains d' une maison qui ne présentait pas toutes les garanties [ . consulter le professeur Wolfgang Schumann et l'interroger sur la question de l'authenticité des journaux. le professeur Hans Booms. 4.» Albrechl Knaus. François Genoud a téléphoné à l'institut. « Les fTais de décryptage Ont été présentés carnet par carnet ».. » Aux côtés de l'institut munichois. « J 'étais inquiet. 5 décembre 1990.. Il doi t donc louvoyer. le professeur berlinois lui répond tout net : « Erwin Fischer reste notre seul partenaire. Fi scher est aussitôt averti. ni même son avi s. op. ibid. ibid.. Martin Broszat cherche à savoir si Erwin Fischer a gardé ses entrées en RDA. Broszat part aussi à Berlin-Est. mai s il se rend à Hambourg chez les avocats d u journaliste auxquels il demande l'autorisation de consulLer le doss ier qu 'i ls ont constitué sur J'affaire des journaux de Goebbels. 11 nous a dit: je sais que les documents sont arrivés ici. Martin Broszat entame des pourparlers tous azimuts pour acquérir les journaux. « Le but de l'achat était d'avoir l'ensemble des documents pour pennettre leur exploitation scientifique et éven tuellement l' accès au public. Nous n'avions pas encore de projet de publicntion 4 . Brosza t ne contacte pas Fischer. Au moment où les journaux de Goebbels lui sont livrés. Déposition de Manin Brost/lt le 22 avril 1983. Pl us tard. Martin Broszat sail parfaitement que l'achat des journaux est menacé par un éventuel verd ict défavorable à l'édite ur dans son procès avec Erw in Fischer. Il cède à l'insti tut munichoi s les feuill ets soustra its pour 72 000 DM. dès ce premier contact avec les copies du journal de Goebbels. Martin Broszat songeait « hériter» peut-être des documents. cit. 5. 6. ] qu' ils pouvaient être perdus 2. expliqua-t-il. op. Ce paiement le rembourse des « frais engagés pour la transcription» des journaux. afi n d'en alimenter ses équipes de chercheurs. Peter-Ferdinand Koch. Malgré l'échec cu isant du journali ste. Peter-Ferdinand Koch. Entretien avec l'auteur à Munich. Ce qui donnera lieu à un autre procès avec Fischer. li propose aussilôt une 1. évoqué par Albrecht Knaus. il essaie de convaincre Al brecht Knaus. 5 décembre 1990. eLson exclusivité sur le « matériel ». Mais cela ne peut suffire. « A la suite de l'achat. 11 demande à Schumann d'avoir accès aux passages du journal encore manquants. Il n'en aura d'ai11eurs jamais. Leur directeur. Évidemment sans succès.» En premier lieu. Entretien avec l'auteur à Munich. Témoignage de Manin Broszat au tribunal de Hambourg le 22 avril 1983: cité par Peter-Ferdinand Koch. li souhaitait veni r immédiatement 6. affinnera aveC maladresse avoir toujours pensé qu'Erwin Fischer « était seulement un cours ier s» ! Martin Broszat et I-Ians Booms n'ont. dont pounant il ne peut douter puisque son institut s'est déjà engagé sur ce point. les Bundesarchi v (archives fédéra les) s'engagent pour moitié dans l'acqui sition. c'est-à-dire l'emploi du sténographe et de trois collaborateurs qui on t décrypté l'écriture assez illisible du ministre de la Propagande. il est vrai.. explique Eike Frolich. se souv ient Eike Frolich. mais d'un strict point de vue légal ils se rendent comp lices des manœuvres d'Albrecht Knaus. 320 32 1 . que de louables intentions scientifiques. le détenteur de fait. 3. 2. avec l'in stitut. L'historien a seulement négligé quelqu ' un d'autre: François Genoud. confinncra-t-i l par la suite 1. de l' Institut d'histoire contemporaine. viendrait Je projet d'une édition «scienti fique» des journaux. En réalité. lui. Dès 1979. Nu l doute que. accepte volontiers j'offre de Broszat. 3. » François Genoud accepte mal que les journaux aient été cédés sans son accord.

Finjuin. Ibid. n'est solUcité que pour assurer l'emprunt relais.] S'emparer de la cargaison de haschich el la vendre pour se procurer du liqu ide [. le major Aloony. qui est par aiUeurs son épouse : « publier la totalüé des éléments disponibles plutôt qu'une collection de fragments 8 ».srailiens parle. a reçu de son côté une commande d 'armes presque identique.« Genoud soutenait qu 'une autorisation de sa part était nécessaire pour tout travail scientifique sur les journaux. el il lu i propose des équipements militaires «égarés ». Du matériel léger destiné à équiper la Force 17. on s'assure d' un financement pour les armes. lui donne des gages de confidentialité.. tellement effi cace. un accord des plus contestables avec François Genoud. surgeon de la Fraction Année rouge 10. un agent israélien contacte Issam SaJem. d'un piège destiné à déjouer un achat d'annes par la centrale palestinienne 9. les deux opérations sont condu ites séparément. Son nom est cité par un ancien agent israélien. les services spéciaux israéliens sont av isés par une taupe introduüe dans l'entourage de Yasser Arafat que le chef de l'OLP va prochainement demander à ses représentants en Europe d'acheter des annes. Et il s'empresse de demander conseil à son coUègue de Berlin-Est. Tarik Khadra. se souv ient EIke Frolich. 322 «Le Mossad avait appris l'intention d'Arafat de faire appel à Genoud. François Genoud con tinue de rendre des services financiers considérables aux Palesliniens. représentant de l'OLP à Berlin-Est. Cette négociation étant hasardeuse. 8. I bid. D'un côté. Le commandant de l'Armée de libération de Palestine. n retournera pour cela en RDA. Selon le récit d'Ostrovsky. En début d' année. désormais commandée par Abou Tayeb. Ghazi Hussein. Issam Salem oriente presque aussitôt le major Aloony vers le faux vendeur du Mossad. une liste d'armes à acheter établie par l'état-major de Vasser Arafat. représentant de l'OLP à Vienne. Le Mossad se fi xe donc plusieurs objectifs: « Empêcher Arafat de se procurer les armes [ .. li le met en confiance. n met secrètement au point son propre projet édi toria l dont il confiera la coordination à EIke FroLich.. lui. consistait à obtenir de Genoud un emprunt pour acheter des armes en AJlemagne avec l'aide d'un groupe appelé le Bloc noir. celle-ci est contrainte d'en acheter elle-même en Europe par une filière improvisée. » Muni d'une solide couverture. Ibid. l' Institut d'hi stoi re assure n'avoir aucun projet de publication. les deux représentants de l'OLP avisent Arafat 10. refusant de livrer de nouvelles armes à la Force 17. François Genoud.» Martin Broszat réussit à temporiser. Il. Le représentant de l'OLP n'est donc pas pris au dépourvu quand il reçoit des mains d'un officier de la Force 17. Mossad. 323 . Pour l' heure. soutien financier de Carlos. banquier de Genève âgé de soixante-cinq ans. avant même qu ' il ail reçu l'ordre d' Arafat. C laire !-Ioy et ViclQr Ostrovsky. lequel ne manque pas de l'orienter sur son propre vendeur. 9. on vend la drogue. De l'autre. )10 L' achat d'annes relaté doit s'effectuer grâce à la vente d'un stock de haschich libanais. Un agellt des serl'ices secrets . Le litige ne porte donc que sur « le droit d'utili sation scientifique des documents ». L' idée du diri geant palestinien. ] Mettre la main sur l'argent de Genoud el laisser l' OLP en plan 11.LA GUERRE CONTINUE LE BANQUIER NOIR réunion général e avec les avocats de toutes les parties. d 'efficacité. Paris. relatant la mise en place par le Mossad. et signera. en association avec les Bundesarchiv.. en provenance de bases américaines en Allemagne: du matériel léger. TI souhaitait aussi procéder lui-même à un choix pour les éditer ' . en 198 1. Ibid. Presses de la Cité. revéJée aux Israél iens par Kassim. 7. rapporte l' ancien agent Victor Ostrovsky.

13. 1985. Ramsay. volontiers un avocat d'office.. Les Dossiers secretS du terrorisme. Histoire ucr~te du terrorume. Le « boucher de Lyon » a été incarcéré le 25 janvier. Dans les deux cas.. Arrivé à Lyon. devenu membre du groupe Carlos. n se rendit égaIement à Lausanne. au moins une fois pour voir Genoud 12. en Autriche. a déjà trouvé sa place dans plusieurs ouvrages consacrés au terrori sme des années quarre-vingt. En une dizaine de minutes. note Ostrovsky. 14. Prévenue par le Mossad.: Hebdo (Lausanne). « Genoud avait déjà été avisé de se tenir prêt ». A Vienne. François Genoud arrive presque aussitôt à Lyon. Ghazi Husse in paiera sa légèreté par une expul sion en bonne eLdue forme. Ute Messner. un conteneur rempl i d 'annes est présenté au major Aloony. qu elques jours après le retour de Barbie. s'offre à cette mi ss ion. auteur d'un ouvrage sur le procès Barbie: « La Servelte eul la visite de François Genoud dans la semaine du 7 février. La drogue est elle aussi récupérée. Bruno Bréguet. s'est fai t reprendre en possession d'une importante quantité d'explosifs.e. on lu i substitue un autre conteneur rempli de raisins secs. jusqu 'aux marches de l'avion français. pour une forte amende impayée à la suite de la faillite de sa société. Cet avocat. « Bruno vient d'être arrêté à Paris ». Je 28 juillet. Erna Paris. lors du paiement. dans un avion Hercule C 130 en provenance de La Paz via Cayenne. l 'ancien chef du service IV de la Gestapo. le Mossad encaisse l'argent des armes. les annes sont stockées et vérifi ées dans une mai son de la périphérie. le samedi 5 février. Elle n'a pas les moyens financiers de la défense puissante et onéreuse que François Genoud lui promet. ill 'a déjà choisi : c'est Jacques Vergès. car elle a déclenché une cam pagne d'attentats du groupe Carlos en France 14. Le 17 février. ce dernier prend la direction de Beyrouth sous la surveillance du major. Ch:lrles Villeneuve etlean·Pierre Peret. 325 . Paris. le 16 février 1982. Selon Erna Paris. L'arrestation de Bruno Bréguet et de Magdalena Kopp. Elles doivent être li vrées à l'aéroport où un avion libyen les attend pour les convoyer jusqu'à Beyrouth . 1987. Mais peul~êlre Genoud et Vergès évoquent-i ls également une autre affaire que Jacques Vergès accepte de plaider : l'affaire Bréguet. bâtonnier de J'ordre des avocats à Lyon. Il est expulsé sans préav is par le gouvernement bolivien. François Genoud est averti de J'arrivée imm inente de KJaus Barbie. chez elle à Kufstein. « A Genève. Après pJusieurs années passées dans la clandestinité.LE BANQUIER NO IR LA GUERRE CONTINUE que les annes sont commandées et li vrables sous que lques semaines. Deux vigiles du parking George V sont à l'ori gine du coup de filet : ils suspectaient le couple de quelque coup tordu autour des voitures en stationnement. nOIe Erna Paris. au moment même où Genoud n égo~ ciait avec La Servelte » . D'aulres agents ont suivi le haschich à la trace et fai t interpeller plusieurs membres du Bloc noir.. Genoud avait déjà fourn i cinq millions de dollars pour la transaction de Hambourg et trois millions sept pour ce lle de Vi enne. Toujours selon ce dernier. n'ayant pas eu de contact avec J'extéri eur depu is son arrestation. Bêtement. cit. en Bolivie. op. Chargé sur un bateau. Plon. 19 mars 1982. les armes sont « prêtées» au Mossad par un négociant ami. puis négociée pour sept millions de dollars. Me Alain de La Serveue. « On l' avait vu dîner avec Genoud à Lausanne en février. il accepte 324 12. Ernesto Bréguet appelle en effet François Genoud.. comme à HâJ. à Lyon. Entretien avec Yves Lassueur. » A Hambourg. mai s ils Au début du moi s de février 1982. L'Affaire Barb. pendant que les armes leur sont subtilisées.Ja. Analyse d'un mal français. la Transmaritima. couranl juillet. lu i annoncer-iJ Il. Ute Messner est bibliothécaire. . Les vigiles sont rapidement neutralisés et lai ssés sur place. » François Genoud rend aussi visite à la fi lle de KJaus Barbie. t. et Roland Jacquard. Kl aus Barbie arrive à Lyon. Paris. lequel vint en compagnie d'un banquier suisse. la pol ice arrête les convoyeurs palestiniens.

le 26 février. de nationalité suisse.» On ne saurait être plus explicite. Depuis ses engagemenls des années trente jusqu'à la Banque arabe. Gaston Defferre. » La lettre est prise au sérieux. l'actuelJe compagne de Carlos.33·37. le couple se trouvait mêlé à la préparation d'un attentat. Placés en garde à vue. François Genoud ne bouge pas. les policiers obtiennent finalement leur identifi cati on : Bruno Bréguet.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE donnent l'alerte et pennettent à la police de coincer le couple non loin de là. Deux autres articles suivent : Jacques Derogy dans L' Express du 12 mars (<< Terrorisme: le retour de Carlos») et Jean Schmilt dans Le Point du 15 mars (<< La lettre chargée de Carlos ») n'hésitenl pas à aller plus loin. » Carlos se manifeste dix j ou rs après leur arrestation. publiant l'un et l'autre un cliché du Lausannois voisinant avec un portrait de Carlos. Les articles mellent tous l'accent sur les liens amicaux noués avec Bruno Bréguet depuis son arrestation en Israël en 1970. 327 . la presse française alerte ses lecteurs sur le cas de Franço is Genoud. 15. tous deux refusent de déci iner leur véritable identité ou même de s'expliquer. un système de mise à feu. rue de Berri. dans le Tessin. le groupe Carlos avait été infornlé d'une réservation effecluée par Jacques Ch irac dans ce train 16. Ensuite. écril-il. selon le BKA (la police criminelle allemande). Le premier. une bombe fail cinq morts et vingt-six. Plusieurs articles paraisse n!. il a depuis. blessés dans Le Capitole (TGV reliant Paris à Toulouse). ne nous forcez pas à la faire. mais j'aurais très bien pu être mort. ces articles retracent la carrière mouvementée de l'homme d'affaires suisse.'lIebdo. L'ancien Prem ier ministre annula au dernier moment son déplaceJ 6. passeports et deux. Us déclarent uniquement appartenir à une mystérieuse « Organisalion internationale révolulionnaire » . le 8 mars. Mais Kapp et Bréguet sont traduits sans tergiversations devant le tribunal correctionnel. 326 Paris bruissant des menaces de Carlos adressées à Gaslon Defferre. et affirment qu ' il s n'envisageaient pas de s'en prendre à des personnes ou des biens français. mai s j'ai même refusé de signer le procès-verbal 15. Bréguet raconte à sa famille les circonstances de son arrestat ion:« Des policiers m'ont tiré dessus. a déjà un casier peu ordinaire. Bruno Breguet et Magdalena Kopp portaient aussi deux revolvers OP 35. Dans le coffre de leur vieille Peugeot 504. Avec un tel équipement. Le Poinf. avec pour avocat Jacques Vergès. ns m'ont manqué. dans Le Monde. né en 1950 à Mubralo. proche des Cellules révolutionnaires allemandes animées par Johannes Weinrich. rejoint le réseau Carlos. deux grenades. « Nous ne sommes pas en guerre contre la France socialiste. les policiers découvrent cinq kilos d'ex plosifs. De sa cellule à la prison de Fresnes. U donne ainsi du re lief aux accusations lancées contre lui. A la parution des articles. el je vous en prie. eité. faux. Yves Lassueur. 23 juillet 1994. U laisse dire. art. ils m'ont lapé et torturé pour avoir des infonnations. Selon des informations publiées par l'hebdomadaire Le Poillf. jour de l'ultimatum de Carlos. Dans L' Express. Après deux jours de recherches. sa photo est ainsi légendée: « François Genoud : il part ic ipe aux. Elle est en effet signée des empreintes digitales de ses pouces. frais. évoque les con tacts passés de Bruno Bréguel avec le banquier lausannois. Le 29 mars. p. avec toute sincérité. faux permis de conduire. libéré en 1977. ancienne photographe. Condamné à quinze ans de prison en Jsraël pour une tentative d'attentat en 1970 pour le compte du Front populaire de Li bération de la Palestine. En quelques paragraphes. deux. contrairement à un quidam injustement accusé. de Jean-Claude Bührer. par une lettre manuscrite au ministre de l'Intérieur. car elle esl la première du genre. est. selon les informati ons po licières. [. Non sans naïve té. Magdalena Kopp. le jeune Suisse écrit.

« Quel que sail votre j ugement ». annonce Me Jacques Vergès au tribunal. coOte que coûte .. Car/al der· rUre le rideau de fer. dont le siège es t a u 33 de la rue Marbeuf. Les explosifs saisis au moment de son arrestation dans le parking du George V étaient donc vraisemblablement destinés à com- 328 329 17. . En j uillet 1990. dans un mois.» Me Vergès évoque 1'« accord non écrit ». 2 aoOt 1990. qlli fait ~tat des premières Itv~la­ ti ons des services hongrois. Les policiers hongrois estiment aujourd' hui qu'au moment de leur arrestation Bruno Bréguet el Magdalena Kopp (dont les pseudonymes étaient respecti vement Luca et Lily) se trouvaient à Paris pour réaliser l'attentat de la rue Marbeuf. Kopp e t Bréguel sont instaIJ és derri ère des vitres blindées. D 'autant que les pistolets GP 35 e n posses- sion de Bréguet et de Kopp provenaient. Jacques Vergès rend hommage à Carlos en des lennes ahuri ssants : « homme d 'audace e t de courage ». négoc ie r auprès de Carl os et de son lieutenant Steve j'évacuation de leurs bases opéralionnelles en Hongrie 17. el le directeur du journal. On relève cette phrase lancée aux policiers par Bréguet peu après son arrestation: « Vous aurez à faire avec mon organisation ce soir. Vous le savez. « quel qu'il soit » . la défe nse de rupture reste l'art favori de Me Vergès: g lorifier les « combattants ». surtout. il n'est pas possible que le gouvernement ne les libère pas. Le procès. Le 22 avril à 9 heures du malin. le jour même de l'ouverture du procès. 18. et re ndues pu bli ques. Aussi doit-on prendre au sérieux les informations trans mises par la police hongroise au juge Bruguière chargé de j'enquête sur l' attentat de la rue Marbeuf 18. dll Sellil. WaUd Abou Zahr. Leur avocat va combler ce vide par une plaidoirie des plus provocatrices. à la suite de la publication cette année-là de longs extraits d ' une interview de Carlos réalisée par le journaliste palestinien Assam al-Joundi. La collaboration policiè re avec l' Est a récemment pennis d 'y voir un peu plus clair. un nouvel attentat fait un mort et soixante-trois blessés rue Marbeuf à Paris. Et dans un jour. voit SI/pra. Publiées par Le Point e n 1994. la nuit du 16 au 17 février ayant été le théâtre de plusieurs attentats attribués au FLNC en région pari sienne. De minutie ux préparatifs (incluant des plans et des photographies des lieux) sont é tabl is conlIe AJ-Joundi.. Les effets sont les mêmes aujourd 'hui qu 'hier. appuie-t-il. Ulcéré. « mes clients quitterontla prison et rentreront chez e ux. Il s ne parle ront pas plus qu'au cours des interrogatoires de police. le tribunal correctionnel présidé par M . le procureur général de Budapest a dévoilé les contacts entretenus par les services spéciaux de son pays et le groupe Carlos. Su r des im ages tournées i\ l' insu du groupe. .LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE ment. le chef du contre-espionnage. Voir Le NOl/l'ld Oburva/eur. » Pe ut-être une s im ple menace. cependant. Rapport de synthèse pllbli~ par Le Poinr. elles font état de plusieurs projets d 'attentat visant le journal AI-Watan al-Arabi. Mais. en vertu duquel les organisations révolutionnaires épargnent les É tats d 'Europe dans la mesure où ceux-ci ne tiennent pas compte des infractions qui ne se sont pas déroulées sur leur territoire ». Selon des notes e n possession des Hongro is. 1992. «sait garder la tête froide d'un grand politique » ! Vingt ans après la gue rre d'Algérie. leurs amis n'auront de cesse qu'ils soie nt libérés. Bruno Bréguet aurait surveillé Abou Zabr toute la journée du 7 janvier 1982. La conscience apparemment sourde aux deux aUentats qui viennent de se produire. la questi on d 'alliances groupuscul aires complexes a quelque peu hanté les esprit s. qui. Des surveillances sont effectuées par le groupe dès 1979. Une publication qui n 'eut pas l'he ur de plaire à Carlos. on a pu voi r Andreas Petresevics. et Lazlo Lyskaï.. Jean-Georges Diemer doubl e les réquisitions du proc ure ur : cinq ans pour Bréguet. quatre ans pour Kopp. dans une semaine. Au tribunal correctionnel . Éd. selon la police. d ' un stock du FLNC . achève de brouiller les pi stes sur la présence du couple à Paris. Paris.

le fi nancier de Carlos ? « Participe-t-il aux frai s?}) Ses plaintes évitent d'aborder le sujet. 2 1. il dépose une seconde plainte contre la Tribun e de Genève qui a repris en les citant les informations du Monde. 1987. concernant la procédure d' « expulsion }) de Barbie. on peut constater qu 'à beaucoup démentir les « fau sses informations}). le même jour. Je vous serais obligé de venir me voir afin que nous ayons un entretien 22. nO 9. Barbie écrit offi ciellement à Vergès : « Maître. Je ne sais même pas si cette banque ex iste ou a ex isté. voir supra. L'Affaire Barbie. ou dans un pays faisant fronti ère avec la Boli vie. c 'est la règle de l'art. mais manifestement complicité des autorités boli viennes et du gouvernement françai s. Un exemple? Devant la phrase: « Il devient directeur général de la Banque populaire d'AJgérie ». Curieusement. en li sant et reli sant ces plaintes. . Barbie. Interview publiée par Magazine Ilebdo. les démenti s sont al ignés par dizaines. pour son article du mois de mars. « Il n' y a pas eu d 'extradi tion. François Genoud sort de sa réserve. Me de La Servelte renonce le 15 juin à sa « commise }). 330 Le 8 juin. la fill e de Barbie. Paris. «Au cours de leurs rencontres du mois de février. D' abord. 1983. Cité par Ladislas de Hoyos. Cette association n'était pas du goat de La Servette mais il l'accepta 20. 10 janvier 1984.ibles pour la défense de son père. Robe rt Laffon!. Genoud suggéra à La Servetle la coll aboration de Vergès. Sur plusieurs feuillets. Une semaine plus tard. Vergès va fornl er un pourvoi en cassation contre cette « fraude ) . s'appelait Banque populaire arabe. sur les conseils d'amis de ma fill e. . op. » A l'automne. dont il avait aussi financé la défense. mais les deux hommes ne commencèrent à travailler officiellement ensemble qu 'en mai. Dans pareil cas. Il indique dans un communiqué que« Me Vergès s'est déclaré prêt à prendre en charge totalement la défen se de cel inculpé }). dans une 19. Voyant l'ombre grandi ssante de l'avocat parisien sur ce procès el les nombreuses polémiques entourant la défense. Jacques Vergès se saisit du doss ier Barbie. au lieu de le mettre de force dans un avion militaire français 23. De cette façon . sise à Alger. Elle reconnaîtra. les condamnations de Bruno Bréguet eLMagdalena Kopp sont confirmées en appel. Tout y est con testé. François Genoud dresse la liste des fau sses informations dont il est victime. 20. le groupe Carlos leur adressai t sans doute un message de victoire. Après avo ir plaidé pour Breguet. note Erna Paris. explique Jacques Vergès. qualifie ceUe-ci de « scandaleuse ». elles passent subtilement à côté de la principale allégation: François Genoud est-il. Comme il avait dénoncé jadis l'enlèvement d 'Eichmann. contre le journal Le Monde.» Lors de sa première visite à Lyon. sans doute après avoir longuement pesé le pour et le contre. ne pas assumer les frai s de la défense 21• Le 27 avril. Bilan : un mort et soixante-trois blessés. 23. oui ou non.» L'astuce est fin e: la banque. Le PO/III. Ute Messner. lors d'un entretien au magazine ouest-allemand Stern. et dépose devant le palai s de justice de Genève sa première plainte en diffamation. Anolyse d'un nUl/français. En mettant ce projet à exécution le jour de leur procès. Jacques Vergès va naturel1ement réorienter la défense à 180°. e l tenter tous les assauts possibles. Erna Paris. 331 . interview au Stern. 22. tous des passants. ) L'avocat lui rend aussitôt visite le 4 mai. je souhaiterais vous consulter pour mon affaire. suivent deux nouveUes plaintes contre L'Express et Le Point. il aurait fallu d 'ailJeurs le renvoyer dans son pays d 'origine.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE mettre un attentat rue Marbeuf19. Vergès ne partage pas longtemps la défen se de Barbi e avec La Servette. annonce à Me de La Servelte que des « fond s importants) sont di spon. le plaignant rétorque: « C 'est faux. Le jour suivant. François Genoud . Mais. l'Allemagne. Li! Mande. cil.

« Je lui en suis reconnaissant aujourd'hui 25. il s'envole pour le Koweït.» Soit. il n'avait pas ménagé ses efforts pour que l'ancien président al gérien. je regrette d 'avoir agi aÎnsi ». Des comités de soutien à l'action de Ben Bella pour la démocratie apparaissent . François Genoud est abusivement mêlé à la dernière en date des affaires Carlos. après quatorze ans de détention et de résidence s urveillée. lis font cinq morts et cinquante-trois blessés. Sa préoccupation est peul-être vraiment ailleurs: « Les auteurs. ancienne journaliste de Révolution africaine. Documents en possession de l'auteu r. notamment lors du passage de Ben Bella à Europe 1 en septembre 198 1. l'ancien président tient à souligner qu'il s'agissait d ' une «affaire purement politique» et non financière. soit libéré par le gouvernement Boume24. en est la démonstration: il se rend en pèlerinage à La Mecque. Son premier voyage. Au toml. et de Carlos en particulier? « Le Monde a publié deux articles qu'il a voulus étroitement liés dans le contexte de la dernière manifestation du célèbre " Carlos"~.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE « Le Poim. Libéré après la mort de Boumedienne. Dans les années soixante-dix. Ibid. « Aujourd ' hui. est un homme d'une fid élité totale et d ' une transparence absolue ». en relation avec l' arrestation en France du Suisse Bruno Bréguel 24 . comme il le définit lui-même. Il n'est pas douteux que celle présentati on est une grave auei nte à mon honneur en même temps qu 'elle crée les condi tions d ' une atteinte à ma sécurité. l'accompagne dans ses pérégrinations. dans l'Oise. Ahmed Ben Bella affinne alors trouver ses moyens de subsistance « des fonds de mouvements révo lutionnaires 26 ». que François Gcnoud retrouve Ahmed Ben Bella. D'Arabie Saoud ite. dont je ne partage pas du tout les idées politiques. où il se convertit à la doctrine chiite. autorisé à quiner le territoire algérien en 198 1. Elle apparaît désonnais portant le hijab. mais qu'en est-il des autres affaires Carlos. au printemps 198 1. Zahra Sell ami. lnterview d'Ahmed Ben Bella par Roge r de Diesbach el Olivier OriVlll. et premi er geste politique. deux nouveaux attentats sont revendiqués par Carlos contre le TGV Marseille-Paris et la gare Saint-Charles de Marseille. écrit encore le plaignant. 332 2S. Un « mouvement islamique ».» La justice sui sse meura néanmoins cependant deux ans avant de staluer sur ces plaintes. 333 . me dés ignent à la vindicte publique comme un homme malhonnête el malfaisant que personne ne regretterait s' il venait à disparaître. mais qui a bien du mal à faire cohabiter en son sein l'exigence démocratique ou les velléités La nuit du nouvel an 1983. dans un souci d'extrême préc ision. dlenne. écrit -i l. conduisant le journal vaudois à litrer sur of( l'étonnante caution de Ben Bella pour le fasciste romand François Genoud » ••• Lnterrogé sur l'arrestation du Suisse en t 964 . lors d ' une interview accordée à la Tribune de LausOlme. Ahmed Ben Bell a a bien changé. 26.« Durant ma captivité. embryon de son futur parti: le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA). 1'« offensive » de Carlos pour faire libérer sa compagne et Bruno Bréguet a donc fait onze morts et cent trente-neuf blessés. professée par les mollahs iraniens. le 19 j uin 1982. puis il s'cn va assisl'Cr à un colloque aux États-Unis. Son épouse. reconnaît Ben Bella. C'est dans le décor petit-bourgeois d 'une villa de Montmorency. » « François Oenoud. il m'a beaucoup aidé ». affinne-I-il dans un dernier acte de contrition. Tribune (le L(llfsonne. avant de venir s'installer en France. publie un articl e dans lequel je suis abusivement et fau ssement mêlé à la dernière en date des affaires "Carlos". qui l'avait pourtant fait mettre en prison. pou rs uit-il . écrit-il.

il avait eu moins de chance avec la nièce de Hitler. le 8 avril. sur Frédéric le Grand. auquel il consacre simultanément un important article dans le Times 31. Werner Maser. pendant lequel il ne peut guère que feuilleter. qui autorisa la publicati on d'un «second li vre de Hitler » lui échappant totalement. et son adm iration pour l'œuvre découverte: « Nous devons écarter la vieille idée que Hitler n'étai t qu' un opportuniste politique de la tête aux pi eds. 1ïmes. Mais Trevor. 23 avril 1983. 34. sans plus faire de réserves. et reconnaître qu ' il était bien. à transporter par av ion documents et d irigeants dans des caches en Autri che et en Bavière. » Mais l'historien britannique n'est pas le seul à donner dans le panneau. le Suisse avait acquis les droits des propos de table et du Testament politique. signe un contrat avec Gerd Heidemann lui reconnaissant l' exclusivité pour dix ans des papiers inédits de Hitler! Au passage. les journalistes lui ont montré d 'autres documents « découvert s» à cette occasion : des notes . il conclut que « les docum ents sont authentiques ». Ces archives ne peuvent avoir été fabri quées. est « fasci né» par ces documents. il rencontre le professeur Werner Maser qui partage la success ion littéraire de Hitler avec François Genoud. conte- nait justement les archi ves de Hitler. Il li sait beaucoup.itler. que « l'hi stoire de leurs pérégrinations depuis 1945 est vraie ». Comme par l'histoire qui lui est servie. sa personnalité. Cette opération visait .LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINU E Roper avait affimlé que la seule preuve de l'authenticité de ce texte était son «évidence intérieure» ! LI semble récidive r auj ourd ' hui dans sa légèreté de jugement. annonce+il : « Ç'aurait été un effort disproportionné et extravagant qui aurait prêté un fl anc trop large et vulnérabl e aux critiques. Gerd Heidemann localise le lieu du crash . Gerd Heidemann serait entré en contact avec d'anciens dignitaires nazis 12 qui l'auraient mi s dans la confid ence de l'opération Seraglio. JI cite les noms des g~néra llJ( Wolff et Mohnke. il affirme qu'il s'est engagé à taire ses sources 33 • Trevor-Roper dissimule mal son enthousiasme. 30. il se jugeait presque comme un phénomène historique unique 34. et peut-être auss i les événements qu ' il a vécus 30. Ibid. il écri vait beaucoup. Gerd Heidemann modifie bri èvement le paysage de la succession d'Adolf H. LI y reste un après-midi entier. où il a pu examiner les «carnets de I-Litler ».Roper. des recherches en vue d'acquérir les droits d'auteur. Par un accord avec Paula Hitler. des dess ins. rendant les vérifications bien diffici les. qui . qui. 336 33. ELfriege Raubal. mais l' un d'eux. le journaliste fa it. disparu t corps et biens. En juin 198 1. il pensait beaucoup. Libération. Hugh Trevor-Roper est présent à la conférence de presse du Stern: il réitère son diagnostic. en Allemagne de l'Est -. et qu ' il faut donc réviser bien des certitudes concernant Hüler. Soucieux de protéger sa « découverte ». en t973. selon Heidemann.» Dans les so us-sols de la banque. près de Dresde. Il était impressionné par luimême. 32. Pour des raisons de sécurité. et il apprend sur place que « de nombreuses personnes on! réussi à sauver des éléments de l'avion ». Des textes sur Jésus-Christ. cousin de I-Litler. Hans Booms. 25 avril 1983. Après avoir acheté le yacht de Goring. comme il l'a toujours soutenu. 3 1. Ainsi l'équipe du Srem convai nc-e ll e auss i le directeur des archives fédérales. Le journaliste refu sera d ' aller plus loin dans son récit. Di x avions partirent. de son côté. avait passé un contrat avec Anton Schmidt. des leures. Mais. il le reconnaît lui-même. 23 avril 1983. et un troisième tome de Mein Kampf! Trop de documents sans doute pour être pri s au sérieux. un "philosophe". le Carin /1 . j usqu'à une croix de fer dont on lu i affirme qu 'elle a appartenu à I-Litler. dès 198 1.Boernersdorf. et lire de menus passages. selon le journaliste. Après le décès de cette dernière en 1960. 337 . L'historien britannique est conduit par l'équipe du Stern dans la sall e des coffres d' une banque zurichoise. Times.

présenté comme un éditeur lausannois. '" CarnetS de Hitler : un l''mai 1983. Le 18 juin 1981. faites un contrat avec les héritiers. Léon Degrelle intervient dans ce débat depuis Madrid en déclarant que « Hitler était en état d 'écrire fin 1944» et qu 'il « avait alors reçu une lettre de sa main 38 ». U Monde. Werner Muser exprime lui aussi ses doul'es : {( En raison de son tremblement nerveux. de Stuttgart. Sontags BUck. d~couvreur 338 suisse fait sensation _. «Carnets de Hitler: un découvreur suisse fait sensation » . 39. U Monde. Le professeur Eberhard Jâckel.. notamment par Le Monde du 25 avril. pour la somme de 20000 marks. au moment des premiers balbutiements de son projet. un album intitulé Adolf Hitler. 23 septembre 1995. 37. 35. nOliS pourrons le disculper des accusati ons de responsabilité dans la Seconde Guerre mondiale et l'assassinat de masse 3S. 339 . François Genoud croit déceler une {( tendance dans la recherche hislorique sur le national-socialisme» qui devrait amener à reconsidérer et réhabiliter {( "avant-gardiste politique qu'était Adolf Hitler ».. Dans une interview au titre accrocheur. « qui est un familier de longue date des papiers secrets de Hitler ». . premier éditeur du best-seller de Hitler. souligne que Hitler (II n'était pas le genre d 'homme à lenir un journal. Mein Kampféchappait à ces contrats. Si elle a tout d ' un faux pas. censés témoigner de la proximité de Hitler avec les thèses écologistes et tiers-mondistes. en 1982. 36. Dès l'annonce faite de la publication des documents. Françoi s Genoud donne alors un conseil à Heidemann : « Si par miracle vou s trouvez des notes. Heidemann évoquait alors la rec herche de cai sses en Italie. Le Testament politique de Hitler chez Albrecht Knaus. 38. TI adi! plusieurs fois qu'on ne devrait pas écrire ou garder de la paperasse inutile» ». bien qu ' il déclare ne pouvoir « faire aucune affirmation sur leurs sources ». de nouveaux documents et un regard nouveau sur les vieux documenls. le fils du photographe attitré de Hitler 36 .LB BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE concernant l'exploitation des autres œuvres.. Cet article arrive au moment même où l'authentici té des journaux est déjà mi se en doute par la presse. » Conseil d 'orfèvre . L'accord signé inclut les droits d 'auteur de l'ensemble des œuvres non découvertes . François Genoud. accordée au Somags BUck. Ibid. C'est le 1cr mai 1983 que Françoi s Genoud décide de sortir du bois. 19 mai 1983. Enlretien avec "auteur. en 1983. d'où étaient effectivement sorties les acqu is iti ons de Genoud. Le Sontags Blick signale trois publications impulsées par François Genoud ces deux dernières années : en 198 1. François Genoud .» L'intention stratégique est donc clairement dévoilée: la politique effrénée d 'édition de textes et de documents écrits par les chefs nazis s'inscrit bien dans une volonté révisionniste. Une dépense dérisoire comparée aux fond s déboursés par le Stern pour l'acquisition des documents. « Avec le recul .. Bien qu'il ai t cédé ses droits à Heidemann. l' interview de François Genoud concernant ce qui n'allait pas tarder à devenir les « faux carnets de Hitler » n'est pas la seule prise de position en fav eur de l'authenticité. au sens où l'ont entendue les premiers négateurs du génocide des juifs. accompagné de Heinrich Hoffmann . Gerd Heidemann est venu le voi r.. François Genoud ne dit pas tout. estime {( toul à fait vraisemblable» qu'il s soient vrais. la Bavi ère s'estimant le successeur légal de l'éd iteur nazi Franz Eher. les propos de tab le notamment. peintre el dessinateur. Les archives fédérales se sont par ailleurs faites fort d 'écarter l' État bavarois d 'éventuelles revendication s de droits d'auteur. 25 avril 1983. Gerd Heidemann prend possession des droits d ' aUieur détenus par Maser . des historiens expriment des opinions dissonantes. Ainsi. Les MOflologlles d'Adolf Hiller. annonce que la découverte des journaux n'est que « la pointe émergée de l' iceberg» qui aboutira à {( la réhabilitation du Führer ». mais le professeur est sans le sou. estime François Genoud. pour vous garantir 37 . enfin.

Selon l'enquête judiciaire. Tous démentent avoir jamais vu Hitler en train de rédiger son journal intime. rédigés à 4 1. collect. Kujau a rencontré Gerd Heidemann chez un ancien nazi. Libiratio". le 5 avri l 1982. au moins depuis l'été 198 1. EUe n'allait pas se faire prier pour accueillir à bras ouvert. Il prévoyait la cession par Heidemann des documents inédits d'Adolf Hitler. ancien rédacteur en chef du magazine à J'époq ue des fails. « Ces cahiers sont totalement insignifiants d'un point de vue hi storique ». cit. Comme le révèle Peter Koch . la découverte du Stern. Peler· Ferdi nan d Koch. 7 mai 1983. elle a volontiers mis en avant l'examen « scientifique » et la publication des productions littéraires des anciens dirigeants nazis. certifiait encore l'authenticil'é de plusieurs extraits que lui avait confiés le Stern 40.. quelques semaines plus tôt.7 millions de marks sur ceux du faussaire. Le contrat des Bundesarchiv avec Gerd Heidcmann était néanmoins signé peu après. 340 34 1 .1 miHions de marks ont été retrouvés sur les comptes du journaliste el 2. II lui fai t aussitôt croire qu ' il est en mesure de lui procurer les carnets intimes de Hitler. à peine quinze jours après leur « découverte » . sténographe de Hitler (l'auteur de la version concurrente des propos de table).LE BANQUIER NOI R LA GUERRE CONTINUE Hitler ne pouvait pas écrire à l'encre et utilisait toujours un crayon ». notamment du polyester polyamide. Le papier comporte des substances. Klaus Oldenhage. qui .ionneur comme lui. pour en expertiser l'écriture 41 . plusieurs pages des carnets intimes avaient été transmises par Thomas Walde. et sans rigueur.34 miJlions de marks par sa direction (soit près de 32 millions de franc s). C'est le cas notamment avec le journal intime de Goebbels. » Un historien qui s'est vu confier six cahiers a constaté qu'ils plagiaient très largement un ouvrage publié par Max Domarus en 1962. doit conclure le professeur Booms. avant d'ouvrir une teinturerie et de se lancer dans le commerce d'objets militaires du meReich. Le 6 mai . le papier. que ces documents étaient des faux ». le Stem ne réclamai t pas d'argent mai s sou haitait obtenir des archives fédérales une quittance déductible d'impôt! 11 n'y a pas de petites économies. op. Au Illois de mai 1982. Le 28 mars. Les Discours et Proclamations de Hitler entre 1932 et 1945. Des témoignages sont aussi recuei ll is par la presse: Henry Picker. notamment financiè re. des archives féd érales. du Stem. elle est un révélateur de la complicité passive donl a fail preuve un pan non négligeable de la communauté historienne ouest-allemande. les fils de la reliure datent d'après la guerre. 40. Engagée ces d ix dernières années dans une « rév ision » soft de son histoire du natiollnlsocialisme (qu i ne nie pas le génocide mai s le relativise). A bien des égards. la colle. Gerd He idemann réuss it à faire débourser une somme de 9. une amie d ' Eva Braun . mais 2. I'ul1 des historiens des archives fédérales. L' homme a longtemps vécu de petits travaux. par le professeur Hans Booms. et son experti se était confimlée par un examen de l'écriture au microscope électronique réalisé par le LKA (police criminelle du Land) .. Le 10 mars 1983. le journaJjste «savai t. il avait conclu à l'authenticité. inconnues avant 1955. déjà. un industriel. Plusieurs incohérences et erreurs historiques sont relevées. Cette affaire n'esl pourtant pas un fait divers ordinaire. Le fau ssaire ne tarde pas à être connu: Konrad Kujau . Die Tagebiicher des Doktor Joseph Goebbels. indique-t-il. était déj à informé des doutes du BKA (po lice criminelle fédérale) sur l'authenlicité des carnets. L'argent s'est en partie volatilisé. à un chercheur des archives féd érales~ Joseph Henke. le 8 avril. les carnets intimes de HitJer SOOl officiell ement déclarés faux par l'Office criminel fédéral ouest-alJemand: « Tous les matériaux qui form ent le support du journal. plusieurs hi storiens reçurent des explications au siège du BKA. une ancienne ordonnance de Bonnann . Un an avant la publication . Mais les Bundesarchiv étaient en pleine négociation avec le Stem.

peimre et dessinateur. fi gurent vingt aquarelles de Hitler. il ia montre à un journaliste du Somags Blick. l" mai 1983. 47. et s' intitule L'Opera rirrovara (L'œuvre retrouvée). soit dix jours avant la publication du Stern. op. puisqu'elles proviennent d'un convoi de fuyards nazis qui emmenèrent Gerda Bonnann et quelques autres fami· liers de Hitler dans la région de Bolzano. il disait n ' importe quoi » . 44. mais il n'a pas pensé que les supports avec éclaircissants (qui blanchissent le papier) n 'existaient pas en 1940 42• Pourquo i Hans Booms ne met-il pas alors un coup d'arrêt à la publication? On l 'ignore encore. Marc Lamben. le nom d 'Adolf Hitler 44. l'ancien du Stern. Ce même convoi qui transporta les propos de table de Hitler (version Bonnann) et les films de Leni Riefenstahl (voir chapitre 3). François Genoud a accroché au mur une aquarelle peinte par Hitler à Vienne en 19 13 43• C'est l'éditeur Pierre Caillé qui lui a fait découvrir la peinture de Hitler. la conservatrice du musée 41• Selon le musée. C'est en février 1983. Ibid. qu'il vendai t 42. inaugure au mu sée des Offices de Florence une exposition consacrée aux œuvres d 'art emportées par les Allemands et récupérées après-guerre par les services itali ens. surnommé par certains le « James Bond de l'art ».tre rll)mm~ Ni/ltr. Son diagnostic était défi nitif : le fau ssaire est un expert en papier. mais celle foi s en Italie.5. cit. Le 20 juin 1984. Marlis Steiner. cit. Sandro Pertini. Un. Je président du Conseil italien. Hitler avait reproduit durant plusieurs années ces architectures des rues de Vienne . sa carrière politique a sorti ces toiles de J'oubli où elles seraient vraisemblablement restées. pein. quelques jours après la publication des premiers extraits.el notanunent les façades d ' un Parlement qu ' il aUait politiquement abhorrer par la suit'e -. en octobre 1983 . L'exposition doit durer six mois. Elles attirent aujourd'hui encore quelques collecti onneurs. Le 14 avril. Leur présence au Palazzo Vecchio est une étrangeté. ces aquarelles n'ont pas été dérobées par les Allemands dans un musée itaJien. en lui présentant un crilique d 'art nommé A orent Felz. historiens etjoumalistes avaient perdu toute clairvoyance. l'affaire aura au moins servi de révélateur. préfacé par Billy Priee. les aquarelles font donc partie du legs de sa collection personnelle. alors qu'il préparait activement l'exposition des Ortices. Adolf Nitler. décédé quelques mois plu s tôt. commente Peter Koch. op. auteur d 'un livre qui évoque les artistes révélés par la guerre 14-1 8 ct cile. car. Hi/1er. ainsi que des lettres de Napoléon. à Lausanne. que Rodolfo Siviero sortit les aquarelles.LE BANQULER NOI R LA GUERRE COl'ITlNUE la main ou à la machine. intitulée « Projet de télégramme à Mussolini ». 343 . en provenance des territoires s itués hors de l'Allemagne fédérale. 43. déclare+i1 à la Süddeutsche Zeitung de Munich qu 'il n'a « aucun doute concernant l'authenticité des journaux »? Croit-il encore au poids des premiers examens du LKA ? « Pour se sauver. pour quelques couronnes 45• Dès )'entre-deux-guerres. François Genoud a supervisé la publication à Munich d'un album consacré à la peinture de Hitl er 46. de ses archives privées. les fam euses aquarelles susc itent la polémique. 342 4. panni quelques autres. 28 août 1993. et les apporta à Emma Micheletti. Sous la pression d'un scoop. S' inspirant de cartes postales et de gravures anciennes. Un an après " affaire des faux carnets. Hans Booms. le résultai de l'analyse du papier d ' une page des carnets. erfectué par Siviero peu avant sa mort au profit de la Province Dans son appartement de Pully. voire une erreur historique. Rodolfo Siviero. Panni ces œuvres. avai t été le principal artisan de celte récupération. 46. Entretien avec l'auteur. contrairement aux autres œuvres exposées. Et pourquoi. parvenait au directeur des archives fédérales. Par son dénouement. le plus souvent des admirateurs de Hitler ou des spécialistes en reliques du meReich.

note que seize des toi les exposées sont passées entre ses propres mains. Weinrich et Carlos sont soupçonnés d 'avoir attaqué ensemble au bazooka des av ions de la compagnie El AI à l'aéroport d 'Orly. incrédule. dont le visage poupin illustre l'article de Bunte. L'authenticité des aquarelles n 'est pas en cause. Les hommes du Parti national-socialiste avaient en effet la possibilité. alias Steve. Il s'était lui aussi passionné pour l'i tinéraire de François Genoud. [1 a déjà choisi les témoins de son mariage : Johannes Weinrich. A Lausanne. passe un télex à ses confrères 51. photographiées et achetées par l'état-major de Hess }). qui s'est plongé dans les listes d 'œuvres répertoriées. il a partagé un appartement avec Magdalena. publié en fac-similé par Marc Lambert. L'expertise a été confiée à Hernlann Weiss. Siviero 49. flitch Ram irez Sanchez a fait savoir qu'il songeait à se marier. Ce qu i ex plique peut-être que la DST ait réussi à intercepter quelque message. ont été emmenées après le bombardement du 25 avril par Mme Bormann et ses enfants. accuse-t-il . ibid. seuls deux sont écartés par l'expertise. en cas de doute. Magdalena 48. ne peuvent livrer leur version des faits. est un proche. et notamment ce lle des aq uarelles achetées par le Parti nationalsocialiste (NS DAP).. à Bolzano où elles onl été volées par M. Les Offices ont pris soin de la vérifier.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE de Toscane. Ancien chef des Ce llules révolutionnaires allemandes. de son côté. Des deux témoins. Pascal-Arthur Gonet. d 'en référer à Hitler IUÎmême 48. en janvier 1975. révèle à un journal suisse qu'il y a plus de trente ans il avait ({ entrepris des démarches en Italie. ibid. Le Dr August Priesack. . il affinne que ses démarches ont empêché pendant longtemps la remi se des toiles de Hitler à l'Office de récupération des œuvres d'art. de l'In stitut d ' histo ire contemporaine de Munich. pas plus que Gerda Bonnann. qu' il avail interviewé plusieurs fois. indique Weiss. Et avait donné de nombre ux conseils el infonna· tions i\ l'llUIeu r. pou r le compte des héritiers de Hitler )}. » Rodolfo Siviero.. Bume précise que Carlos « a fait tout préparer en vue de la cérémonie dans sa maison de Djeddah. Daté du 18 avril 1984. « aux archives principales du NS DAP où ell es ont été enregistrées. Françoi s Genoud. en Arabie Saoudite }}. un banquier suisse. et. le télex de l'AFP-Bonn reprend une infonnation du magazine ouest-allemand Bunte. dans la tour vitrée de la rédaction du quotidien 24 heures. . Pascal·Arthur Gonet décédera prématurément en juillet 1993. Les aquarelles de Siviero «sont notées comme authentiques dans ces li stes qui peuvent être cons idérées comme le centre de référence de la peinture de Hitler. Commentaire de Hermann Weiss et Hann ut Ullrich. s'appelle Magdalena Kopp . dont l' identité n'est pas précisée. Sans accuser nommément Siviero. cité par Marc Lambert. 344 345 . » Sur les vingt tableaux. Après le télex de l'AFP annonçant son mariage. U connaît Carlos depuis 1974. 51. 24 heures (Lausanne). alias « Vera ». dans le catalogue de l'exposition. La« promi se» de Carlos. de 1936 à 1939. à Francfort. 49. 29 août 1984. La provenance des vingt aquarelles exposées est davantage sujette à caution. afin de retrouver « les aquarelles vo lées à Bolzano au printemps 1945 50 » . EUe est toujours détenue à la prison de Fleury-Mérogis. « Ces vingt aquarelles. spécialiste de peinture hitlérienne. Manuscrit du Dr August Priesack. âgé de quarante ans. Citant « des informations de la DST ». et notamment des toiles représentant l'architecture munichoise. Johannes Weinrich. Une donalion qu i est estimée à 15 milli ons de francs. 50. dans la région parisienne. U dénonce une nouvelle fois la « spoliation » dont ont été victimes les héritiers des dignitaires nazis.

Martin Broszat. soient obligés de signer un contrat avec moi 52 ». lur edition der Goebbels-Tagebùcher. remplissent le tribunal de poli ce de 54. transaction avec M. Par exemple en ce qui concerne votre procès: en mon absence. tout en récupérant un accès aux document s afin de menre au point lui -même avec d'autres partenaires une nouvelle édition commerciale. Le Suisse ne cache pas sa satisfaction. » Puisqu'il avait tout à la foi s les doc uments et l'autorité scientifique.Ladislas de Hoyos. mais aussi l'administrateur mandaté par le tribunal de Berlin Zehlendorf en 1945 pour gérer l'héritage de Goebbels. il n'en est pas question 54.. » Le 15 novembre 1985. François Genoud gagne donc sur tous les tableaux. qui ne voulaient pas reconnaître mes droits. Et ils ne voulaient plus différer le projet de publication des journaux acquis ci nq ans auparavant. lui ont transmis les droits d'auteur. et ceci contre des prestations financières importantes. Genoud a appelé mes parents au Maroc pour leur demander que je témoigne en sa faveur. selon Broszat. mais jusqu'à présent aucun tribunal. <d'ai été très content que l 'institut et Coblence (les Bundesarchiv). correspondant du Monde à Lausanne. « n ne peut pas supporter que les gens lui échappent. 53. Cela va lui coOter 60000 marks. 2 novembre 1990. Entretien avec Jean-Oaude BUhrer. Entretien avec l'auteu r. les directeurs administratifs des Bundesarchiv et de l'Institut d 'histoire contemporaine de Munich ont apposé leur signature au bas d'un document reconnaissant ses droits sur l'œuvre de Goebbels. En contrepartie. poursuivi en diffamalion par Franço is Genoud. des dizaines de journalistes el des équipes de télévi sion. Évidemment. t2 décembre 1990. Genoud peut prouver que les héritiers. n 'a pu démontrer ce fait avec une force juridique probante. que les deux instituti ons « se sont vues contraintes» de « procéder à une 52. l'Institut d'histoire aurait pu faire preuve d'un peu plus d'audace. il donne son absolution aux travaux des chercheurs de Muni ch. » Aussi est-ce « à contre-cœur». « M. s'explique Martin Broszat 53• De ces deux mandats. Selon notre institut. 346 « Genoud est le roi de l' intrigue». A l'automne 1985. elle s'envo le pour la Syrie. Jean-Pierre Berthet entre autres . Genoud pour obtenir l'autori sation de publier l'œuvre complète de manière sc ientifique». où Carlos l'épouse bel et bien. qui les avait ass ignés devant le tribunal de Munich après avoir appris qu ' il s avaient récupéré les documents auprès de l'éditeur Albrecht Knaus. Hoffmann und Campe a même autorisé Genoud à insérer un épilogue à l'édition des journaux intimes de Goebbels qui revêt un caractère apologétique important. Le 10 septembre 1985. Genoud. avec à leur tête leu rs chroniqueurs judiciaires . Libérée au printemps 1985.e directeur de l'institut munichois. cette revendication peut être contestée. il fait découler sa revendication de propriété.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE Kopp passe encore un an à la pri son de Fleury-Mérogis. et ses collègues des archives fédérales avaient tout simpl ement peur d'une bataille juridique avec Genoud. explique l'ancien dirigeant algérien Hocine AH Ahmed à Jean-Claude Bührer. Martin Broszat. national ou étranger. I. Genoud s'engage à cofinan cer le décryptage des manuscrits de Goebbels . 347 . les deux plus importants centres de recherche historique allemands signent un contrat avec François Genoud. Martin Broszat évoque aussi les accords passés par l'éditeu r Albrecht Knaus avec Genoud : « Hoffmann und Campe {la maison d'édition] s'cst empressée d 'obtenir l'autorisation de M. décJare-t-il .

Journal de Genèw!. 12juin 1986. est de nature à pousser le lecteur à déduire que M. « Même s' il est aujourd ' hui bien solitaire. celui du président du Conseil constitutionnel français. je me suis posé des questi ons et continue de m'en poser sur la nature de ses Liens avec les groupes terroristes et sur son éventuelle responsabilité ainsi que sur son rôle. 349 . les journalistes Annette LévyWillard et Erna Paris.» Les jounmlistes présents et quelques témoins méditeront longuement.24 hewres. La défense des journalistes. La justice s uisse semble s'être endormie sur cette affaire de diffamation. Les avocats de François Genoud vont se contenter de démentir toute impljcation ( directe ». 16. Mais. n'a pa<) désanné. L'offre de preuve peut être refusée 11. plus désagréable encore. Les avocats du fin ancier le pressentent auss i. Genoud est directement impliqué dans le terrorisme internationa155. EUe produit des notes des archives fédérales suisses. Genoud reconnaît enlJ'elenir. 58. moyennant la rédaction d'un curieux protocole que les qualJ'e journali stes acceptent de signer : « Je n'ai imputé à M. ou d 'aulJ'es procès dont il 55. L' homme d 'affaires admet publiquement ses liens avec les groupes terroristes. sans y croire. et peu décidés à en découdre vraiment sur le fond. et 2500 francs à chacun des journalistes pour leurs frai s d'avocats. et laisse en suspens la question de son rôle et de sa responsabilité éventuels ! Ce procès se solde donc par une capitulation en rase campagne. mais il ne les a pas écou tés. Mais que représentent ces frai s en regard des nombreux procès intentés pour ses droits d'auteur. Et c'est la surprise de ce procès. 348 56. François Genoud « ne considère pas comme attentatoire à son honneur » qu 'on le di se fasciste ou antisémite. explique-t-iJ. note Le Marin de Lausanne 57. U a choisi pour avocats son gendre Maurice Cruchon et Mc Marc Bonnant. après délibération. Le tribunal lui envoie la facture quelques mois plus tard: 4054 (rancs suisses pour les fmis de transpon el de séjour des témoins à Genève. Us décident de transiger.58. mai s. la prise en charge des dépens judiciaires. qui résultait. C'est un véritable aveu par procuration. mais auss i des témoignages écri ts.» En revanche. comme le prévoit le code s uisse 56. et proposent le retrait de leur plainte. des documents émanant d'associations de résistants. De même. La juxtaposit ion des photos de François Genoud et des terrori stes. présidente d ' une association de résistants qui a depuis longtemps un dossier sur le Suisse. sur ce coun texte concédé par François Genoud en plein tribunal. d 'un conflit politique à la tête de l' État algérien. eUe. Contre toute attente. il dément encore être lié à Carlos. soit un total de 14054 francs suisses. au Monde el à la Tribune de Genève.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE Genève pour assister au procès intenté par François Genoud à L'Express. 16 novembre 1985. panni lesquels l'ancien commissaire et historien Jacques Delarue. U est trop habitué aux défi s judiciaires en tout genre. Les plaintes ont déjà trois ans. 15 novembre 1985). 57. membre de la même association. il a de la mémoire. Tou s ses proches lui onl déconseiJlé la confrontation. qui fu t par ailleurs le défenseur du grand maître de la loge P2 italienne Licio Gelli à Genève. au contraire. celui de Marie-Madeleine Fourcade. A laquelle s'ajoute. lui. Visibl ement impress ionnés. les avocats de François Genoud demandent que l'offre de preuve sail refusée aux prévenus. « La défense dès lors avait le champ libre pour faire le procès de François Genoud ». le président du tribunal rejette celle requête. Le Malin. compte tenu des failS relatés dans Illon article et des relations que M. Elle annonce vingt-cinq témoins pour j'après-midi.17 novembre 1985. Il n'en reste plus grand-chose. Genoud la participation personnelle à aucun fai t matériel terroriste . «celui qui a agi dans te dessein de dire du mal d'au trui ~ ou «sans égard !l I'intérêt général ~ (24 heures . note Me Bonnant. note Mc Bannant. il conteste toujours son arrestation en Algérie pour « gestion fraudu leuse » en 1964.

le 3. d ' un Tunisien chi ite. L'enquête qui a suivi son arrestation. soixantequatre personnes sont interpellées pui s gardées à vue à Pari s. en 198 1. Les appels provenaient d 'un hôtel du quartier SaintMichel. 350 6 1. a conduit à la découverte du pistolet automatique qui avait tué Charles Ray. attaché militaire de l'ambassade américaine à Pari s. une vingtaine en province. La campagne d 'attentats du CSPPA . membre de J'Armée secrète arménienne (A SALA). Que. « Us n'ont donné qu 'un seul coup de téléphone à Lausanne. Lotfi. Citant des « sources policières ». et Yacov Barsimantov. 27 octobre 1988. cn mars 1987 seulement 61. témoignage de la taupe publi~ par L' Évlnrmem dujrudi. jour de l'attentat contre la librairie Gibert Jeune. explique Le Matin de Lausanne. puis les magas in s Gi bert Jeune et Fnac Sports. ) ( Au téléphone. Le Malin de La/lSanne. 13 février 1986. Ibrahim Abdallah . L' Événemrl1l dl/jeudi. Le Matin de Lausanne révèle que le 5 février. des policiers suisses ont intercepté une communication intéressant l'enquête. 1I trouvait scandaleux. Ce projet ne vint apparemment pas à son tenne. François Genoud n'avait pas démenti la rumeur selon laquelle c'était bien lui qui fin ançait la défense de Klaus Barbie. est le chef des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL). L'une d'elles conduit le ministère de l' Intéri eur à placarder les photos des frères de Georges Ibrahim Abdallah dans tous les commissariats de France. op.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE a assumé la charge? . Le 12 fév rier 1986 au matin. «Comment la police a fait tomber le réseau Hezbollah "'. que les pol iciers auraient enregistré les conversations de deux terroristes présumés avec « l'entourage de )' ancien président algérien Ben Bella ». à deux pas de la librairie détruite 62. ancien membre du FPLP. Anis Naccache et Waroujan Garbidji an. en février 1986 : la galerie Claridge sur les Champs-Élysées. ainsi que des balles de la même série que celles tirées sur un autre diplomate américain.lques jours après les attentats. deuxième secrétaire à l'ambassade d 'Israël en 1982. » Ladislas de Hoyos apprend aussi que François Genoud se prépare à éditer les Mémoires de Klaus Barbie. Ils ont avisé aussitôt la DST. le quotidien France-Soir rapporte la même information : deux terroristes présumés. 11 juin 1987. 35 1 . et ses étonnantes demandes de li bérations. qui exige la Libération de Georges Ibrahim Atxlallah. Christian Chapman . les fausses pistes se succèdent. le 4 et le 5. m'avaitil dit. Naccache est le chef du commando venu assass iner l' ancien Premier ministre iran ien Chappour Bakhtiar. cil. qui infiltre et fa it tomber le réseau de Fouad Ali Saleh. rapporte Ladislas de Hoyos. en octobre 1984. ils sont revendiqués par un «Comité de solidarité avec les prisonniers pol itiques arabes ct du Proche-Orient » (CSPPA). la DST déclenche une vaste opération policière contre les réseaux islamiques proirani ens en France. Ce dernier s'est même vu confier une machine à écrire en prison 60. Comme deux précédents attentats au mois de décembre. que l'on fasse un procès au "soldat" Barbie "qui ne faisait qu 'exécuter les ordres" 59. commando qui a fait deux morts et un blessé grave. ont été localisés dans ( un petit hôtel » voisin du lieu de l'attentat. 62. Quant à Garbidj ian. laisse les enquêteurs dans le noir absolu: quel fil rouge en effet peUl bien relier le sort de ces détenus les uns aux autres? La réponse viendra bien tard. Frédéric Ploquin. note France-Soir. C 'est en écoutant le téléphone d '« une personn alité discrètement surveillée dans notre pays ». 59. possédant une Opel rouge. le conducteur de l' Opel rouge a demandé à parler à Mme Ben Une nouvelle vague d 'attentats secoue Paris. 60.. Ladislas de Hoyos. 8arbir. Entre-temps. au domicile d 'un banquier suisse connu des services de renseignement occidentaux. Du même aUleur. « Entre deux audiences au tribunal de Genève. après une nouvelle série d 'attentats en septembre 1986. il est le chef du commando responsable de l'altentat d 'Orly en 1983.

JI se montre chaleureux et peu discret avec les empl oyés du consulat. porteurs de passeports syriens. Mais aucune poursuite n'est engagée contre l' ancien président. arrêté porteur d ' un passeport algérien el suspecté d'avoir la haute main sur diverses activités terroristes internationales. Tribun e de Lausanne. une voiture immatriculée en Suisse était arrêtée par les douanes françaises près de Saint-Julien. passé au servi ce d ' Ahmed Ben Bell a en qualité de garde du corps et d ' homme de confiance . Depui s qu'i l a pris le parti de l'tran dans la guerre lran-lrak.. 30 aoO t 1984. à Montmorency.. c'esl notoire. il est au ssi celui d'Anis Naccache et de Waroujan Garbidjian .LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE Bella. Son avocat s'appelle Jacques Vergès . » « La presse frança ise met en cause le Lausannoi s François Genoud ». les deux suspects. on doil noter que Jacques Vergès n'est pas seulement l'avocat de Georges Ibrahim Abdallah. Selon Le Mati" de Lausa"" e. On y trouve aussi bien les premiers islamisles déclarés que des Libanais 64 . François Genoud est l'un des plus sOrs appuis de la République islamique à Genève. Sans le savoi r. Les revolvers.. France-Soir. parmi les ami s de "la personnalité suisse surveillée". [J est parfois accompagné de Ben Bel1a. qui veulent tous croire que le seul nom de Ben Bella est un recours au pouvoir du FLN. fai saienl partie d 'un lot de trois cents armes découvertes sur divers lieux d'attentats en Europe. en Haute-Savoie. L'ancien président espère plus que jamais que son Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) dev ienne une réelle force d'opposition.et compte.. mais. Manuscher Taleh. les nombreux contacts de François Genoud et d 'A hmed Ben Bell a avec les réseaux iraniens en Europe vont continuer à intéresser les services spéciaux occidentaux. J' un des artificiers du réseau Hezbollah responsa ble des attentats: le Libanais Hussein Mazbouh. l'entourage d'Ahmed Ben Be lla a été mêlé à une nouvelle affaire de trafic d ' armes. mais il n'est encore que le champ clos des rivalités de courants hétéroclites. et pour deux d'entre eUes. en jan vier 1983 . ils ont échappé à un contrôle de police et sont acLivement recherchés. Les deux journaux affinnen t que le coup de téléphone inlerceplé est à l'origine de "opération policière du 12 février: le « réseau Ben Bella)} est. En réalité. puis à son mari . Au mois d'avril 1986. puis expulse. L'enquête conduisait presque auss itôt à J'interpellation à Genève d'un ancien détective. les attentats de la semaine dernière visaient à obtenir la libération de Georges Ibrahim Abdallah. selon eux . de provenance libyenne. Les douaniers découvraient dans le coffre onze revolvers et quatre pistoletsmitrailleurs 64.» Au chapitre des coïncidences . Philippe Brenenstuhl. selon Fra"ce-Soir. avec lesquels il a eu une brève conver• sation 6J. Passé l'épisode de la perqui sition de sa villa de Mononorencyen 1983. traduit l'Associated Press de Lausanne. «Seule charnière visible. la DST vise plus largement la mouvance pro-iranienne en France.. la DST arrête. Il va désormais presque deux foi s par semaine rencontrer le consul général de la République islamique à Genève. Les trois hommes dont le CSPPA exige la libération. effectivement. 13 février 1986. 65. au domicile d'Ahmed Ben Bella. L'acti vité d 'Ahmed Ben Bella n'est évidemment pas réducti ble aux mésaventures de sa garde rapprochée.n de Lausanne. explique Le Mat. le premier visé par le coup de filet policier. 352 353 . 63. 16 avril t986. u Matin de LaI/sanne. Si le coup de léléphone des suspects à l 'Opel rouge est une fau sse pisle. le garde du corps de Ben Bella est condamné à vingt-deux mois de prison pour trafic d 'armes par le tribunal correctionnel de Lau sanne ~. ont été imerrogés puis relâchés. et des sympathisants de Ben Bella sont du nombre..le défen seur de Klaus Barbie . Le 8 août 1984. qui relève déjà les incohérences de cette pi ste « nébuleuse ». déjà.

notamme nt Wahid Gordj i. Ben Bell a est encore trop seul. Mise en place par Ali Mécili. Les explosifs. a associé l'ancien président algérien et l'ambassadeur à ses opérations de ventes de tapis et de denrées alimenta ires avec le Pakistan.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE égarés. Depui s plusieurs mo is. ceUe<i est officiellement scellée le 19 décembre 1985. du réseau Hezbo ll ah animé par Fouad Ali Saleh. à Lyon. « Ben Bell a dispose de fonds énomles dont je suis incapable de vous dire la provenance ». Conrrl'-enquête. mais aussi des offres de marchands d 'annes 68 . Les deux leaders« historiques» annoncent lors d'une conférence de presse commune leur volonté ( de lutter en commun pour l'avènement de la démocratie en Algérie )}. Selon le récit d'un ancien attaché d'ambassade de la République islamique. Pour l'exécut ion de ces opérati ons. le frère ennemi d' hier. rapporte l'ancien attaché du consul at de Genève dans son témoignage. Jacques Vergès a multiplié les effets de robe en prév ision du procès. le consul général à Genève. les grenades et autres annes étaient transférés par la valise diplomatiq ue qu 'un d iplomate en poste à Paris acheminait jusqu'à Genève. ancien directeur général de la SOreté nationale 66. D'où sa tentative de réconciliation avec Hocine AH Ahmed. devant la cour d'assises du Rhône. Ben Bella a des moyens financiers susceptibles de fai re la différence entre eux. ancien membre des Frères musulmans égyptiens. met en lu mière la responsabilité des services spéciaux iraniens dans la camp. qui comparait après deux 67. les fonds étaient fourni s par Beyrouth et Téhéran. Ibrahim Salah.1gne d'attentats. a introd uiL Ahmed Ben Bella auprès de l'ambassadeur d' Iran à Berne. Les frais que réclamaient les agents leur étaient payés par le diplomate iranien Moshen Zadah. a déc laré à ce propos Mohammed Yad i. aux riches Iraniens et aux membres de la fami lle impéri ale. Jaa(ar est interviewé par Alberto Marientoni. en mars 1987. et les voit ures par le consulat même. Jaafar. cit. Alglril'+AclIIali/é. grâce aux révélations du transfuge tuni sien Lotfi . avant de disparaître aux États-Unis 61 . dans Panorama (Milan). propriétaire d' une fabrique d' horlogerie. 66. partiellement démantelé après la chu te d u groupe Ali Saleh et le renvoi de Wahid Gordj i et de Moshen Zadah à Téhéran. D mettait les boîtes de caviar iranjen avec les explosifs. Ibrahim Salah. Volonté bien éphémère. on s'en apercev ra. op. 17 novembre 1988. mais aussi Manuscher Taleh. Klaus Barbie. dès 1984. annonçant des « révélations» sur la Résistance française qui ne viendront pas. En avril 1987. Jaafar relate en particulier l'achat par un agent consulaire imnien à Berne de 300 tonnes d'explosifs il Bruxelles. Un homme d'affaires égyptien. Une implication de premier plan : plusieurs agents ag issent sous couverture di plomatique iranienne. C 'est qu'en Suisse l'ancien président est devenu un investisseur avisé qui a mi s à profit ses entrées dans le monde islamique. Neemat Dahi. un transfuge iranien. 26 avril 1987. 354 68. l'Iran et la Libye. » L'histoire de cet « Orchestre vert ». « Les services de renseignement iraniens se fai saient aider par des éléments étrangers pour accomplir les sales besognes au Moyen-Orient et en Europe. va être complétée après l'occupation par des opposants iraniens du consulat de la Républiq ue islam ique de Genève en décembre 1988. Beyrouth était le lieu propice pour la fonnation de ces éléments. confinne publiquement certaines info nnations de Lolfi Le procès de Kl aus Barbie s'ouvre le Il maj 1987. Ceux-ci mettent la main sur des documents et des rapports secrets relatant par le menu l'activ ité des réseaux. et su ivie de très près par François Genoud. Pascal Auchlin et Frank Garbely. Le démantèlement. Chacun préfère garder ses ambiti ons. prem ier secrétaire de l'ambassade à Paris. J'un des fondateurs du MDA. Le caviar était vendu aux restaurants suisses. 355 . à Londres.

expose Me Bennann. et dans les déportations du Il août 1944. Klaus Barbie. ancien journaliste sympathisant de la cause algérienne et directeur du musée de l'Élysée à Lausanne. Celle foi s. « Barbie est un type fonnidable. La « rupture» va consister à rapprocher. déposé sur des comptes numérotés suisses. rapporte Charles. « Je veux que l'on parle des milliers d'enfants algériens morts. observant les lieux.jusqu'à ce jour. . mais elle oublie complètement les crimes commis de 1954 à 1962. » Cette passe d'armes se poursuit après une suspension d'audience. où il rencontre Charles. 2 novembre t99O. Jacques Vergès s'en offu sque: «Nous ne sommes pas saisis de l'affaire du trésor de guerre nazi ». les crimes nazis de ceux du colonialisme français.» L' un des avocats des parties civiles. m'a dit Vergès. il y a probablement ici quelqu'un qui devrait pouvoir la donner. » Me Bermann conclut en demandant la comparution de François Genoud .Henri Favrod. reconnu coupable de tous les chefs d ' inculpation et crimes contre l 'hu mani té qui lui sont imputés. du barreau d'Alger. c'est ma salle de torture". édité par l'AFp. lance J'avocat général Truche. et Jean-Martin M ' Bemba. Jacques Vergès s'envole pour Alger. ne constituent pas des crimes contre l'humanité. répond-il. Ce trésor. Entretien de Charles-Henri Favrod IIvec J'auteur.notamment sur sa responsabilité dans les rafles de la rue Sainte-Catherine et du foyer des enfants d'Izieu. on ne rencontre pas souvent des gens comme ça ». de Brazzaville. qui se souvient d'une plaisanterie de l' avocat: « De visite dans sa cellule à la prison Saint-Joseph de Lyon. Des témoins évoquent le pillage de leurs appartements et propriétés par la Gestapo. panni les parties civiles. Ce que l'avocat général Pierre Truche nommera une « stratégie de dérivation ». Me Gustave Bennann..LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE condamnations à mort par contumace. Alors pourquoi ceux des nazis le seraien t-ils? Mais cela revient à dire que l'accusé admet qu'il en a commis aussi. lance J'avocat algérien. 356 70. Vergès. ») Mais Genoud échappe à toute convocation. le « procès de rupture » de Vergès év ite de revendiquer haut et fort l'action meurtrière de Barbie. que Genoud finance la défense de Barbie. François Genoud.Ça. Éc han ge re laté dans Proc~s Oarbie:. Le procès est évidemment ailleurs. lu i répond: « Ces vols à la tire ont contribué à constituer un butin de guerre. L' essentiei des dép/ches dit proc~s. Vergès s'entoure pour cela de Ms Eddine Lakhdar Toumi . Lajustice française a la mémoire très longue pour les crimes commis par les nazis. demande à Barbie : "Et celte petite porte. le trésor de guerre nazi (f}. est géré par le financier François Genoud.He~ Favrod. à fin d'absolution. Mais nous poursuivons ceux que nous pouvons poursuivre. répond Barbie. Ces mêmes personnes di sent que tout est pourri partout dans le monde. « On veut vous dire qu'il y a eu également des crimes contre l 'humani té en Algérie. Nul n' ignore. C'est un formidable aveu de cupabilité. 357 . et sur des tortures innigées à des rés istants. est poursuivi pour «crimes contre l'humanité» s ur des faits qui n'ont pas été jugés lors des précédents procès . aussi l' un des avocats lance-t-il ironiquement: «Si l'on cherche l'adresse de M. On poursuit donc tout le monde ou l'on ne poursuit personne.» « On n 'a pas parlé des morts tziganes ». le nom de Françoi s Genoud est prononcé dans la salle de la cour d 'assises. Cette bataille pour relativiser les crimes de Barbie ne durera que l'espace de quelques plaidoiries et interviews. li est peut-être vrai que le pillage ne constitue pas un crime contre l'humanité. et que ceux-là ne sont pas punis. « Le trésor de guerre nazi a été constitué majoritairement par le vol des biens juifs. lance de son côté Me M 'Bemba. Peu après. » 69. 1987. qu 'est-ce que c'est? . l'Agence: France Presse racont~. Le 5 juin.» Le 4 juillet. L'anecdocte fai sait beaucoup rire Vergès 10. qui détient par ailleurs les droits posthumes des écrits de Hitler. mais il n'est pas à négliger dans ce débat. est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Jacques Vergès proteste: « Les vols à la tire.

/ b. en payant d irectement par chèque " imprimeur. répond-il aux journalistes. dont l'un des libraires est un coll aborateur. l'ambassade financera l'impression de son catalogue de 48 pages. 18 d«cmbre 199 1. LA GUERRE CONTlNUE la revue du Groupement d'études et de recherches sur la civilisation européenne (GREeE). le ministre de Hitler pour les territoires occupés à l'Est 71. Le 27 aoOt 1987. Le M onde. explique+il. « Ils avaient publié Le Mythe du xxe siècle. et à investir le temps et l'argent nécessaires pour obtenir une décision de la Cour suprême aUe74. En 1985. à l'enseigne d' Ogmios. je ne veux pas en parler. 7 1. Le 20 août 1987. qui déclare à L'Express: « Je ne cache pas mes liens avec François Genoud. aucune maison d 'édition et aucun institut n'est parvenu jusque-là à éclaircir la question. 359 . L'œuvre de Joseph Goebbels est désormais éditée « scientifi quement ». Je leur ai demandé s'ils avaient respecté les droits des héritiers. il accompagne en Autriche le responsable d 'une librai rie d 'extrême droite parisienne. François Genoud a pris J'initiative de rencontrer le libraire parce qu ' il a découvert qu 'il avait ainsi réédité Le Mythe du }(X e siècle de Rosenberg. premier secrétaire de l' ambassade de la République islamique d ' Iran à Paris. G. 6aoOI 1987. 358 75. 72. Alain de Benoist voyage en Iran accompagné des libraires 74. » Genoud est bien moins enthousiaste. mais on aimerait absolument la rencontrer. avec lequel je panage certaines idées et qui est un ami proche 72." Alors je les ai cond uits. Et. l'épouse du directeur de l'institut Martin Broszat.I'lnst"itut d'histoire contemporaine de Munich annonce lors d'une conrérence de presse la sortie des quatre premiers tomes de l'édition. » L'éditeur parisien et ses acolytes s' inscrivent pouitant dans le courant arabophile de l'extrême droite dont le maître à penser reste Alain de Benoist. m'ont-ils décl aré. chez la fill e d 'Alfred Rosenberg. Saur. Entretien avee l'auteur. JeanDominique Lanieu. on ne savait pas. Livres de chez nous. Martin Broszat tente désespérément de faire oublier l'accord qu ' il a passé avec Genoud . a déjà provoqué l'ire d ' Erwin Fischer et de ses avocats qui ont envoyé plusieurs lettres comminatoires à l'institut. chez l'éditeur K. J 'ai encore été assez bête de les y emmener. Le libraire. ce projet . 76. En mars 1987. Ce qui lui permet de se dispenser de droits d 'auteur. La moindre des choses était de s'acquitter de ses droÎls. s'est fait une spécialité dans la réédition des livres antisém ites d 'avant-guerre.. « Quant à cet homme dont le nom est souvent cité dans la presse internationale. copyright inclus. Rosenberg a laissé une fill e. Allant de 1924 àjuillet 194 1. notamment pour ses relations avec des dignitai res nazis. ils visitent la Libye. dite « sc ientifique » . il s rencontrent Wahid Gordj i.LE BANQUIER NOI R François Genoud ne peut s'empêcher de jouer les agents littérai res. 28 800t 1987. Cette rencontre avec Genoud remplit d 'orguei l JeanDominique Larrieu. couvrant une péri ode allant de 1924 à juillet 194 1 16• Éventé au mois de mai. condu it par Eike Frolich. des journaux de Goebbels. lis n 'ont pas respecté leurs engagements : ils n 'ont pas payé 73. Ogmios diffuse d 'ailleurs Éléments. "Ah.qui consiste en réaUté en une version intégrale . en 1986. Devant la presse. 73. Pour soutenir Ogmios. en fi lmant et en réimprimant les ouvrages dans leur édition originale. Le fac-similé du chèque encaissé par I"imprimeur Techni-G raphic sera publié par Le Canard enchafnl du S aoOI 1987.d. quand ils ex istent. et surtout de se mettre à l' abri de poursuites judiciaires quand l'ouvrage risque de tomber sous le coup des lois qui répriment le racisme ou l'antisémitisme. L'Expms. qui reçoit 120{X)() francs tirés en mai 1987 sur le compte de Wahid Gordji à la banque MelH lran 75. Aucun historien.

79. cit~ par PeterFerd inand Koch. mais il souti ent qu' « en tant que scientifique ». et à le présenter comme une réaction des naz is au goul ag. publié dans Vierteljahrshefll! fllr Zeitgeschidut:...il la transaction juridique entre la République fédérale allemande et l'édi teur nazi suisse Genoud?» Le gouvernement fédéral lui répond le 21 janvier et expose en détaill es contrats 80.là secret. involontairement. L' histoire de la période nationale-socialiste est l'objet de débats très vifs au sein des milieux intellectuels allemands : ce qu'on appelle la « querelle des historiens» provoque un nombre impressionnant de publications entre 1986 et J987 78. art. le rang d 'A uschwitz varie considérablement selon qu'on se replace dans le contexte d'action de l'époque ou qu 'on J'envisage du point de vue de sa signification pour la vision historique rétrospective. Martin Broszat s'oppose. Totalitarisme. Mart in Broszat se fait l'apôtre. d'un antisémitisme radical. dès 1%9 : « Un peuple qui a réussi ces perfonnances économiques a le droit de ne plus entendre parler d'Auschwitz IK).. la concrétisation politique de la représentation visionnaire de ces buts 81. en tant qu'autorité supérieure des archives fédé rales? Comment le ministre juget. « l'historien ne peut accepter sans plus qu 'on fasse d' Auschwitz le pi vot de la reconstitution de tout ce qui s'est passé durant la période nationale-socialiste. après la parution des premiers tomes des journaux de Goebbels.Saul Fried lander . Die Tagebiicher des Doklor Joseph GoeblNls. il ne peu t accepter que toute cette histoire soit pl acée dans J'ombre d'Auschwitz 79 » . Les « fonclionnalistes» vont loin. « mais pas en tant qu ' individu agissant » ! 77. 36 1 . La « querelle» a commencé par un article de l' historie n Ernst Nohe. A l'image du leader bavarois de l'Union chrétienne-démocrate (COU) Franz Josef Strauss. Lors de cene controverse. ci t~ par Jean-Michel Chaumont dans Révision de /' histoire. d'autre part. «Sur J·historisalion du national-socialisme.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE mande qui aurai t pu clore le sujet. 78. non d'une rév ision ou d'une négation du génocide. et. les archives fédérales et l'institut munichois en 1985 provoque un tollé. 1988. » La conférence de presse de Broszat survient au mauvais moment pour lui. 8 1. Voir le recueil des quarante principaux textes publiés : De~'ant J"HiSloire. avec les historiens « fon crionnalistes» allemands. Le 14 janvie r 1988. idéologiques. François Genoud y perçoit essentiellement des « tendances positives dans la recherche historique sur le national-soc ialisme ». Paris. visant à replacer le génocide des juifs dans J'histoire mondiale des crimes de masse. ap. 360 Jusque. aux demandes du camp conservateur et extrémiste qui depuis des décennies s'emploie à redorer ou à blanchir la période nationalesocialiste de l'histoire allemande. interroge vigoureusement le Bundestag: « Le ministère de l' intérieur a-t. l' accord signé entre Genoud. Cité par Kl aus von Münchhause n. écrit-il.. visant à l'éradication des juifs allemands. Paris. Compte rendu de la conf~rel1CC de presse du 27 aoO t 1987.. » Broszat ne conteste pas qu'A uschwitz soit un « événement central » de l'époque hitlérienne. les historiens répondent. Éd. ouv rage colleclif sous la direc tion de Yannis Thanassekos et Heinz Wismann. correspondance Martin Broszat . cité. Jürgen Vahlberg.. du Cerf. crimes el génocides nazis. qui clamait. tel l' historien Hans Mommsen. un député social-démocrate. du Cerf. «C'est évident. Ce Faisant. » Dans le même élan. mais d'une relativisati on d 'Auschwitz dans J'histoire du national-socialisme. ù s documents de la COn/rOI'erse sur la singularité dl' J"extermination des juifs par Il' régime nazi. d' une part. aux historiens « intentionnalistes» sur la responsabi lité de Hitler dans la mise au point de l'externlination des juifs. de l'université de la Ruhr : « l e refuse énergiquement que l'on mette sur le même plan les déclarati ons de Hitler ainsi que d' autres propos class iques.il été inrormé de la situation des droits d'auteur et des querelles juridiques concernant les journaux intimes de Goebbels? QueUe est sa position. 1990. « Le miroir brisé. ~d. Ibid. sur fond de quere lle historique . cil. » Momm sen ajoute que Hitler était indispensable « sur le plan du climat » . C'est pourquoi un compromis pratique devait être négocié 77.

sinon. auss i Broszat et son épouse Eike Frolich ont toutes les raisons de croi re qu ' il s'agit là du travai l de sape réalisé en sous-main par Erwin Fischer. Erwin Fi scher a gardé la confiance des autorités de RDA. Ibid. Nous avons plus de 4500 pages ». qui .. « Nous avons 1944 el janvier 1945 à JX!u près entièrement. « La transaction extrajudiciaire qui est intervenue entre la Républ ique fédérale allemande et François Genoud. Fischer a conservé ses clefs d 'accès aux documents. Ce lui -c i. » Ce « blocus» intervient sans justi fication officielle. Fischer et Sôsemann signent un accord le 13 mars 1989:« M. 85. malgré ses déboires éditoriaux. rapporte Martin Brosza!. Manin Broszat.] il a soulevé des revendicat ions qui étaient sans fond ement S2 . e ll es réagissent en bloquant la consultation de leurs documents aux chercheurs de Munich. commente le directeur de l'institut munichois. « li est vrai qu 'en mai 1988. Zur l'dilloll der Goebbds Tagl'bacher. Les nouveaux fcuiUets récupérés par Fischer sont une mine d 'or pour l'historien. couvrant la période de juillet 1941 à avril 1945. 363 . Avant de passer un contrat avec Hoffmann und Campe [la maison d'édition]. 362 83. Auparavant. Fischer pone lui-même la responsabili té de la situation délicate dans laquelle il s'est retrouvé. De plus. Des propos recueillis par Michel Klljmnn. répand « des allégati ons» contre l'institut et les archives fédérales. la situation est claire.» Cependant. Entre eux. qui a procuré à M. Erwin Fischer. par exemple 120 des 130 jours qui séparent la fin du mois de mai 1939 du début octobre. 84 . . En mai 1988. le professeur Bernd Sosemann. » Il s sont désormais disponibles à la consultation pour les beso ins sc ientifiques aux arch ives fédéral es et à l' institut munichois. n'auraient pas été accessibles pour une durée indéterminée. parti- 82. Nous avons des perles. Et nous avons pu faire des compléments très imponants 83. la publication scientifique en 1987 de l'édili on de l'In stitut d'histoire contemporaine en colJaboration avec les archives fédérales aurait été impossible. afin de donner jour à un nouveau projet d 'édition des journaux de Goebbels. cette transaction a permis de mettre à disposition de la science ces journaux intimes. qui ne s'étend guère sur les convictions politiques de François Genoud et la liberté d'exploitation commerciale qui lui est lai ssée. Sans cette tran saction. « Le point central de son argumentation est que j'aurais pactisé avec le fasciste Genoud. dont la vraie nature des contacts à l' Est n'a pas encore été révélée. /bid.lL Monde. a été nécessaire pour éviter le paiement de dommages et intérêts et d'éventuelles revendications de cessation de publication ou de rétrocession de documents. qu ' il veut plus complet et plus scientifique que la publication de )'[nstitut d 'histoire de Muni ch. conclut le gouvernement. «à l'aide de journalistes et d 'auxiliaires politiques mal infonnés ». concernant les exemplaires tapés à la machine. « M. Il est très compréhensible que ce reproche ait provoqué des doutes importants à Berlin-Est 84 . n s'est assoc ié à un histori en de l'Uni versité libre de Berlin-Ouest. annoncent-il s avec enthousiasme en janvier 1990 85• Celte joie ne les empêche pas de se préparer aux affrontements juridiques avec leurs concurrents. 23 janvier 1990. Tout cela manque à l'édition de Munich. Erwin Fischer a repris pour que lques mois le contrôle de la situation. l'institut s'est vu refuser l' accès aux fragments originaux qui se trouvaient encore à Berlin-Est. Un homme n'a pas supponé cet accord: c'est évidemment Erwin Fischer. il les a offertes à Sosemann qui )'a accueiUî à bras ouvens. Bernd Sosemann l'accès aux journaux de Goebbels à Potsdam ou à Berlin. nous pouvions vi ser et copier ce matériel de manière généreuse. le 10 septembre 1985.» En réalité. et celles-ci disposent encore d 'une quantité inestimable de microfiches de journaux de Goebbels. il a omis de se rense igner sur la situation rée lle des droÎls d 'auteur f.LB BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE et décisions judiciaires sur lesquelles François Genoud s'est appuyé. estime Manin Broszat.

dans un «cadre un. de Berlin. Des juristes s' y empl oient à la de mande de Sôsemann . Jes participants s'engagent à «éviter à tout prix un désastre comme celui de l'éd ition FrOlkh . en possession de l'auteur. en possession de l'auteur. qu'il a rencontrés à plusieurs re prises. et donne à Bernd Sôsemann non seulement accès aux journaux se {fOu· vant entre ses mains momentanément. « L'idée Fondamentale. 89. Le Monde. teUes qu'elles apparaissent dans un compte rendu des rencontres de Sôsemann avec le Dr Bruhns et le Pr Canis. Erwin Fische r se joint à la reconstitution de l'histoire de la transmission des documents. Note de l3emd Stlsemann. en possession de rauteur.i versitaire 88 ». et qu'il exclue toute utilisation commerciale. Les exemplaires publiés par l' lnstitut d'histoire de Munich. annonce d 'emblée qu'eUe refusera toute réclamation de droits d 'auteur les concernant.. «A ttendons. sous l'égide d 'Elke Frolich . La RDA consent à faciliter les conditions des travaux à Be rlin et Potsdam. Les détai ls pratiques sont déjà fixés. Car c'est l'administration centrale des archives de RDA qui donne son fe u vert au projet Sôsemann·Fischer. Elle explique ainsi qu'un jugement du tribunal constitutionnel ouest· allemand a reconnu que la République fédérale comme la Ré publjque démocra· tique sont toutes de ux deve nues des ayants dro it d u régim e défunt. qui pou rrait porter des «intentions politiques ». écrit Sôsemann . Dans un courrier à Fischer. « Pour notre collaboration. c'est cocasse. déclare-t-i l au journal Le Monde 89.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE cipe intensivement à la recherche d'autres documents. commercialisation e t exploitation politique 87 ». de l'édition . il n'excl ut pas d'y associer l'Académie des sciences de RDA. Au nom de l' Université libre. il écrira le récit de sa recherche des journaux de Goebbels couronnée de succès 86. La RDA. Lettre de Bemd Sôsemann 1\ Erwin Fischer du 12 mars 1989. n fixe les détails du travail des sources. mais aussi à ceux dont il disposera é ventuellement plus tard ». 364 365 . qui va fournir officielJementles documents. Le projet berlinois est J'occasion d'une ré nexion poussée sur la question des droits d'auteur revendiqués par Ge noud. qui précise que leur objectif est « d 'arriver à remplir toutes les lacunes de J'édition Frôlich e t de la compléter (en particulier l'année 1944) ». du commentaire et le projet de texte. est que ce projet ne fournisse pas d'avantages à Genoud e t ses hé ritiers » . Or Ge noud s'y prépare. et le 14 mars par Erwin Fischer. 87. Sôsemann et Fische r son t tout à fait détenninés à empêcher François Genoud de mettre son nez dans leur Goebbels. A quelques mois de la chute du mur. » Sôsemann et Fischer s'engagent tous deux à faire face aux problèmes. il est convenu que la d irecti on scientifique du projet dépend de Bernd Sôsemann. historiens et archivistes. compte rendu de la rencontre avec le Dr Bruhns te 10 mars 1989.pri se d ' influence de Genoud. D'autre part. de la transcription. « au cas oil l'achèvement du projet devait être en danger ». 23 janvier 1990. constü uent un cas un peu particu· 86. j'interviendra i. au sens où l'ente nd la jurisprudence allemande du droit d'auteur. indique l'accord. et notamment depuis la désignation de Goebbel s comme ministre de l'Éducation et de la Propagande du Reic h. stipulent les contractants.. Bemd Sôsemann a lui·même négoc ié un accord en bonne e t due forme avec ses collègues de RDA. Sôsemann défi nit clairement les contours du projet : la publication sera « scientifique » . Parmi les conditions posées. 88. e t notamment le professeur Wilhelm Nordemann. le moment venu ». en particulier les formalit és de fronti ère . Ces docume nts doivent donc être considérés comme « des procès-verbaux de son information professionnelle quotidienne » . « les documents utilisés ne constituent pas des journaux ». Accord signé le 13 mars 1989 par Bernd S6semann. Selon eux. estiment les juristes. Cette qualité d'ayant droit rend la RDA pleinement propriétaire des documents qu 'el le détient. S' iJle fa ut .

« TI a été difficile d'arriver à un accord avec les Russes. américains et britanniques. » David Irving peut se rendre à Moscou dès le mois de juin 1992. qu i pourraient résulter des journaux. a accepté. jusqu'à Moscou. et toujours bien décidés à en découdre avec . l' objectif d ' Irving est de faire un scoop. En septembre 1990. 23 juillet 1992. Vladimir Tarasov. et son directeur des archives. Financièrement. au cours desquelles j'ai vu tout ce que je voulais et j'ai pu copier plusieurs centaines des plus importantes pages 92. le 18 septembre 1990. L·nu teur les rencontre à l'Université libre. ils restent confiants. Mais les changements institutionnels étant plus progressifs qu'on ne l'aurait imaginé. Mais le Sunday Times est moins frileux. Une copie des journaux est offici ellement vendue à Sosemann . le directeur de cet institut. et que cette cession exclut a priori toute revendication d 'un tiers. son rédacteur en chef. ses éditeurs. selon les juristes. à Moscou. comme avec les Allemands concernés [l 'Institut d 'histoire contemporaine] qui veulent récupérer mes archives. Joseph Goebbels aurait vendu ses jou rnaux aux édi tions Eher. avait été. qui s'engage à « tenir les archives à l'écart des réclamations des tiers ». L'effondrement de la RDA va en décider autrement. ajoutant que l' Institut refu sait de financer un nouveau voyage à Moscou pour obtenir l'accès à ces documents essentiels. se sont rendus à Moscou pour négocier un arrangement à l'amiable avec les Russes. il publie dans le Sunday Times les derniers extraits qu'il vient de ramener de Moscou. le docteur Werner Rôder. de 75000 à 100000 livres sterling Les étonnantes découve rtes ne se font pas attendre. 92. «J'aj appris par un infonnateur. Le responsable du Sunday Times se rend aussi sur place pour négocier avec le chef du département international des archives du gouvernement russe. D'autant plus qu'aprèsguerre la République de Bavière s'est rendue par jugement propriétaire de la maison d 'édit. Les archives russes ont conservé l'intégralité des journaux de Goebbels couvrant la période 194 1.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE lier. Elle m 'a alors demandé si j'acceptais de trouver des fonds pour acheter les microfiches 91. docteur Eike Frôlich . Comme lors des précédentes exhumations d'écri ts de chefs nazis (y compris les faux). transférables annuellement.ion. qu'un membre de J'institut d'hi stoire contemporaine à Munich. cette publication est une histoire de gros sous. Elle me l'a confinné. Durant les négocialions. Les droits de possession d'un tiers n'ex istent pas ». le 90. le professeur Moller. dont les archives s'ouvrent bientôt aux chercheurs occidentaux. raconte David Irving. refusent de financer Frôlich. eUes exigent 10 % des recettes. Sosemann et Fischer ne réalisent pas immédiatement que leur projet va finir en miertes avec les pans du mur de Berlin. puisque. » Selon Irving . pour des raisons d' « éth ique ». Et qu 'elle avait trouvé les 1600 microfiches sur plaques de verre.1945. à la recherche du journal de Goebbel s. poursuit Irving . Le projet de contrat de cession des journaux par les autorités est-allemandes ne laisse pas l'ombre d 'une chance aux revendications de Genoud : « Les archi ves déclarent être propriétaires de l'original des journaux. proclame le contrat. Entret ien accordé à I"hebdomadai re d' ex trême droite M inUit! . » Curieusement. selon les sources. 367 . car. qui rapporte. Les bouleversements vont se poursuivre plus à l'est.une excellente am ie à moi depuis vingtcinq ans et une chercheuse émérite -. selon eux. ' Institut d 'histoire de Munich et François Genoud 90. soit près de 80000 pages manuscrites encore inédites. 1'écrivain négationniste David lIving. Andrew Neil. Les archives est-allemandes affirment ne pas posséder les droits usufructuaires des journaux. Ils ne l'ont cependant pas signé avant deux ou tro is semaines. Le 5 juillet 1992. Panni eux. «En moins de douze heures. Ibid. 366 91. «cela sentait la corruption ».

et l'autre avec un zélateur actif du nazisme. ceux qui n'ont pas été touchés par quelque historien révisionniste que ce soit ». de faible amplitude. une aulfC voix s'élève depuis Lausanne. qui révèle que la source du DaUy Mail n'est autre que François Genoud . aussi soudaine que commercialement oppol1une. a au ssitôt pris contact avec François Genoud. 11 juillet 1992. Cet anonymat est rapide- ment levé par un autre journal londonien. Le magazine allemand . selon ses informations. 98. Presque aussitôt. Fidèle à sa réputation.soit 173000 francs 97. des extraits significatifs des journaux. 100. 23 septembre 199. 12 juillet 1992. U met à la di sposition du DaiJy Mail . Ses adversaires disparaissent ou démissionnent avant lui. 368 Le 7 octobre 1993. 14 Juillet 1992.50000 francs selon Irving. contrairement aux instructions des archives. « la direction du Mail est restée très discrète sur l'origine de sa découvel1e. « U est absolument révoltant que des journaux s'abouchent ainsi.so it de 750000 à 1 million de francs 91. Chiffre donné ~r The Observcr. quasi irréductible. 93. Les Anglais voient des citations de Goebbels tapisser les panneaux publicitaires de leur capi tale. Erwin Fischer quittera la scène éditoriale après sa mise en cause pour ses activités d 'espionnage. C'est l' un des grou pes financi ers les plus puissants. Soit 7. l'Institut d'hi stoire contemporaine de Munich s'y trouve mêlé.» Le Suisse reste donc le gardien. Ils avaient eux aussi été trompés par Irving. J 'ai donc fait un compromis avec eux. Ibid. 95. il a fait passer aussi des plaques à l'étranger 9:S. concurrent direct du SUIlday Tim es. qui reconnaissent qu'elles n'ont pas surveillé d 'assez près la consultation d'Irving 94 . et après avoir perdu toute chance d'obtenir encore des documents originaux du côté russe. 96. Le Daily Mail annonce qu'il publie « les vrais carnets de Goebbels. de l'œuvre de Goebbels. The Indrprndent. Le piratage est vite dénoncé par les autorités russes . Des personnalités s'indignent. Genoud veut frapper plus fort. C'est une conjuration écœurante. Entretien avec rauLeur. ou 1 million de francs selon The Independenl. explique-t-iJ. 4 juillet 1992. Der Spiegel est loué pou r son attitude «correcte ». perçoit l'écho d' une explosion sourde. 94. moyennant le versement de 17 360 livres . dont on apprend au passage que. il aurai t été « membre honoraire de la S5 ». Ainsi. et des millions de gens souffrent""».5. qui s'est montré « intéressé ». à l'est de Lausanne. GUERRE CQNllNUE à Irving . François Genoud transige final ement avec le SUllday Tim es. 31 juillet 1992. déclare François Genoud. et dans les colonnes du journal La Suisse. le quartier résidentiel de Pully. Le Monde. pour contester la publication du Sunday Times: «C'est moi qui détiens les droits sur tous les écrit s de Goebbels. et je n'ai pas donné mon autorisation ». Comme l'indique le correspondant du Figaro à Londres. Elle s'est con tentée de faire allusion à l'entremi se d'un "homme d'affaires suisse"98 ». Werner Rôder de l' institut munichois confinne que David Irving a d 'abord copié un grand nombre de plaques. « Je n'avais pas les moyens de poursuivre vraiment la procédure. l'un avec un négateur de l' Holocauste. Qu'il parvienne à faire fléchir le SUfiday Times après avoir tenu tête à l'État ouest-allemand n'a rien d'étonnant. 369 .LE BANQUIER NOIR LA. 97. The Observer. Une charge a été placée dans l'escalier d ' un immeuble de 99. les journaux vendent davantage d'exemplaires. Encore une fois. Le Figaro. Au passage. et qu'ensuite. qui accuse son ancien ami Irving de «chercher à faire du fric 96 ». déclare un porte-paro le du «Board of deputies of British jews» 99. La Trihun/! d'Aflrma8ne. et ils ont interrompu la publication 100. Irving et Genoud font de l' argent.

18 aoQt 1994. Il serait parti vers Aden (Sud-Yémen). en est extrait par les policiers de la Direction de la surveillance du territoire (OS1). entretien réalisé par Jean Luqul! : voir aussi Le Monde. L'explosion s'est produite devant la porte de son appartement lm. largement repris par Le Monde t. Carlos aurait habité jusqu'en décembre 199 1 une villa du quartier Mazzeh. un avion en provenance de Khartoum (Soudan) atterri t à l'aéroport militaire de ViJ lacoublay. Carlos est conduit à la mai son d'arrêt de la Santé. s'élève pour protester contre l' arrestation et l'expulsion de Carlos. 24 heures . comme les contre-services mis en place chez les réseaux d'exilés. ancien banquier suisse d 'extrême droite •. Selon cenaines sources.! visé. Cel attentat laisse perplexes les serv ices de police lausannois el la poüce fédérale. Il leur a été livré par les autorités soudanaises. en 1982. Celle de François Genoud . La bombe. 23 aoOt 1994. n'a fait que des dégâts matériels.LE BANQUIER NO IR trois étages. sont très actifs en Suisse. ou d'un début de chantage. puis Tripoli (Libye). Les services français ont pisté le Vénézuélien durant plusieurs années. llitch Ramirez Sanchez. qui restera sans suite. étai. il aurait alors rejoint l'Irak. de fabri cation artisanale. Epilogue Le 15 aoOt 1994. TI n'y a pas de guerre sans victimes. entouré d 'allées arborées et de viUas silencieuses. « C'est la chute d'un héros qui consacra sa vie au combat de la Palestine arabe. el que les services iraniens. alias Carlos. Dès le t 8 aoOt. La faiblesse de la charge explosive donne à penser aux enquêteurs qu ' « il s 'agissait plus d'un avertissement. et présenté dès le lendemain au juge d'instruction Jean-Louis Bruguière qui le met en examen dans l'affaire de l'attentat de la rue Marbeuf. . et surtout d'avoir la chance de rencontrer des autorités locales sensibles à leurs arguments. Certains observateurs font remarquer que François Genoud revenait d' iran. avant de se rendre au Soudan. une seule. dit-il. C'est bien gentil de parler de Carlos comme d'un cri1. qu 'autre chose ». situé au dernier étage. d'où il aurait été successivement refoulé. Le domicile de François Genoud. Une piste panni vingt autres. qui exprime son « admiration» pour Je Vénézuélien dans le journal 24 heures de Lausanne. François Genoud reste silencieux. à Damas (Syrie). avant de le localiser formellement à Khartoum. une voix. lOI. AFP-Lausanne. 37 1 . 7 OClobre 1993. ~ Attentat contre François Genoud.

l'ancien président de l'Union soviétique. L'arrestation de Carlos est l'occas ion pour Genoud d'une digression sur la « trahison de ces dirigeants arabes. n n 'a jamais eu peur de jouer sa peau pour une cause qui n' était pas la sienne. Mais force est de constater qu'au sein de ses réseaux figurent des hommes qui ont vraisemblablement agi sous le contrôle des serv ices spéciaux de l' Est. et que l'homme avai t suivi la même filiè re déclinante que bien d'autres vedettes du terrorisme avant lui: fils de famille aux convictions dévoyées converti en «combattant ». 11 s'est lancé corps et âme dans le combat palestinien et a risqué sa vic à de nombreuses reprises. Ibid. 17 août 1994. malgré tous ses attentats et ses meurtres. .. Lors de cet entretien. C'est un homme d'action courageux dom les conv ictions profondes ne sont pas à remettre en questi on. mais il les dénonce avec vigueur quand ils trah issent. Carlos prisonnier. Ça me dépasse.» Malgré ses soixante-dix-hult ans. selon Le Monde... mais il s'agit bien d'une guerre mondiale contre le s ionisme. c'est le cas de Mikhaïl Gorbatchev. les haines semblent plus tenaces que les utopies . notamment dans la mouvance palestinienne radica le. lois autrefois sacrées pour les musulmans en général et pour les Arabes en particulier. Je le juge par rapport à ses obligations 6. ci t~ . 3.. qui ont vendu Carlos ».. Genoud reste capable de propos très guerriers. a quelque chose de dérisoire et de 1T0ublant. puis en mercenaire. Curieusement. ou plus simplement concl ure que J'antisémitisme a durablement traversé ces grands clivages? En tout cas. 11 rend hommage à ses adversaires quand ils sont fi dèles . Cet homme émit à la tête d ' un empire. Souvenez-vous de la prise d 'otages des ministres de l'OPEP. n'est plus grand-chose. une obsession même. Elle pourrait d 'ailleurs ouvrir certaines interrogations sur les liens que François Genoud a pu entretenir à l' Est.5. » Certes. En 1982. Genoud ava it répondu: « Je n'ai rien à penser de lui . note à présent François Genoud. « Gorbatchev est le plus grand lTaÎtre. il n'a eu aucun contact. Je ne le connais pas). dit-il. 372 373 .LE BANQUIER NOIR ~PILOGUE minel ou d'un terroriste. Officiellement. « d 'abord parce que ses derniers méfai ts connus datent de 1983.c'est le cas de quelques dirigeants israéliens . On se rappelle auss i que Genoud a défendu l' idée d ' une reconnaissance de la République démo- . \ . 2. C'est même « un homme du passé ». Car c'est bien l'unique protestation qui se fait entendre à l' heure où la France et les pays occidentaux se félicitent de la « prise» de la DST. » «Quand nos routes se sont croisées. voire en père de fam ille ventripotent ou en client des palaces . Entretien avec l'auteur. C'est à celu i qui trahira le plus vite. syriens.. Le Monde. La prise de position en sa faveur d ' un banquier. enfin en homme d 'affaires et trafiquant d'armes. et même s i sa pensée politique n'est guère élaborée. 19 m:afS 1982. Carlos était jeune. Carlos se réclame toujours d'un marxisme pur et dur. interrogé sur Carlos par L' Hebdo de Lausanne. libyens.L'Hebdo. 4. Do it-on en tirer de nouvelles leçons sur la mort des idéologies du xxe siècle . septembre 1994. 6. 24 heures. » Cene allusion à la « trahison » de Gorbatchev est évidemment surprenante venant d ' un ancien nazi. et il a tout mis par terre.qui a vu toutes sortes de transfuges et de passerelles enlTe les camps -. affirme François Genoud. Je l'admire pour cela 4. « On assiste à un concours dans la région. » La dénonciation de la trahison est un thème récurrent chez François Genoud. nazi de la première heure. il reconnait pour la première fois qu'il a rencontré Carlos «à plusieurs reprises» au début des années soixantedix. Un ancien chef de réseau à la dérive. sans oublier Carlos lui-même. an. La palme rev ient au Soudan qui a bafoué ouvertement les lois de l'hospitalité. ». . Je revendique le droit de se battre contre l'ennemi et de le tuer 2. Malgré tout. Comme si le monde se partageait entre les fidèles et les traîtres. . mtematlonaux.

el Pierre de Villemarest. Uon Poliakov. m'a lui tlussi apponé de précieux conseils. Georges Mauei. li a agi en conscience. JeanClaude Blihrer. Pierre-André Taguieff. Des historiens m'ont confié leur analyse. et ont précieusement orienté mes recherches: Pierre Vidal-Naquet. a bien voulu m'ouvrir ses dossiers et me confier régulièrement son sentiment sur l'avancée de mes recherches. le général Alain 375 . Entretien avec l'au teur. Rien que de très nonnal. IS janvier 1990. ils concernent maintenant ses nombreux alliés.» Tel un vieux soldat . « Je me suis passionné pour mes engagements. Lotfala Solaiman. Marc Knobel. 7. André Moyen. et de collaborer au livre.is intervenue en faveur de Genoud. correspondant du journal Le Monde en Suisse. Roger de Diesbach. grand reponer. je remercie tout paniculièrement le professeur de criminologie Armand Mergen pour le document qu'il a bien voulu me communiquer par le canal de son ami Nick Weber. l'ancien commissaire et historien Jacques Delarue. Marc Perrenoud. Concernant celte période. REMERCIEMENTS En Suisse. En Suisse aussi. Pnscal Auchlin. Je remercie aussi Me Serge Klarsfeld pour le document qu' il m'a transmis. chargé de recherche au Centre Simon-Wiesentbal. Des témoins qui ont croisé le chemin de François Genoud ont accepté de s'exprimer. François Genoud est resté fidèle il son année. et les encouragements qu'il m'a prodigués au début de ce travail. Jean-Pierre Lenoir. où il n'a cessé d 'agir de concert avec le mi1ieu du renseignement. la RDA n'est jama. chef des informations générales du Journal de Genève. Patrick Moreau. je remercie aussi Me Miloud Brahim i. appUquant ses principes guerriers à la finan ce ou aux querelles de droits d'auteur. Sans doute des contacts secrets avec d' anciens responsables nazis récupérés par " Est ont-ils alors joué un rôle? On doit reconnaître aussi qu 'au moment des conflits de droits d 'auteur entourant la publication des journaux de Goebbels découverts à l'Est. Jusqu'à aujourd'hui .qu 'i l n'ajamais été -. Ce n'était pas en contradiction avec mon pays. tout en souhaitant garder l'anonymat. de l'Union internationale de résistance et de la déponation (lURD). au meReich et à Hitler. où son ami Dickopf " a toujours appuyé. En Allemagne fédérale. U a pourtant vraisemblablement bénéficié de protections importantes. Je remercie également l' amiral Pierre Lacoste. Charles-Henri Favrod. on ne sait toujours pas au service de quel pays Genoud a travaillé après-guerre. Philippe Schwed et Clnude Cantini. qui ont fait un bout de chemin à ses côtés. a été l'un des premiers à me raconter ses entretiens avec François Genoud et à me conduire vers d'imponants interlocuteurs. des Archives fédérales suisses.LE BANQUlER NOIR cratique allemande (RDA) par les pays arabes au moment où la Républ ique fédérale se rapprochait d ' Israël. qu'ils en soient remerciés. Des historiens de l' Algérie contemporaine m'ont également éclairé. je riens à remercier toul particulièrement Daniel Bourgeois. Mais je pouvais le faire librement. Shimon Samuels. S'il est encore des points d'interrogation. Constantin Melnik. pour leurs réflexions. reconnaît-il. La Suisse n'a pas d'idéologie 7. Sur la période de r occupalion. le colonel Paul Paillole. en particulier Mohammed Harbi et Ramdane Redjnla. Roger Rey. de toutes idéologies. ainsi que Nelly Chadirat.

. .. Carole AlJamand.. . . pour son hospitalité.• .Une personne à l'esprit vif. Joseph Algazy. . . . . Ralf Reuth pour son éclairage sur l'affaire des joumault de Goebbels. Marie·José Chombart de Lowe. Des auteu rs m'ont apporté leu r concours confraternel: Pierre Assouline sur Jean Jardin. 129 . La fuite par Zurich .Agent triple ou agent allemand? . . .Une traduction fl euve.Le colonel ne se tient pas tranquille. . . . . . . Missions secrètes . . . . . . . . 3 . pour ses investigations américaines. . . .. . . Jacques Lamballais.REMERCIEMENTS de Marolles.La fuile de Ramcke. . ragent spécial. . . . Julie Wevers. Table Al'am·propos . .. . . .Un axe 4C nnzi-arabc ». .Un document qui devait être détruit. .Joseph Goebbels aurait souri. . Rena Spiegelstein e t Christjane Kreuter.La filière suisse: l'Arai· gnée. . Me Matteo Inaudi. . . . L'offensive des veuves.Tanger. .... .La secrète sympathie des juges. plaque tournante.La Croisière jaune. . . . .Dans un bunker à Bolzano. . .•••. qui prépare lui aussi un ouvrage sur François Genoud.Ser- vices rendus au SR de l'état-major. . . .. . . Janet Finkelstein. de la revue Middle East Defense News. . Martin Bormann vivant quelque pari. Les Suisses du Reich . .L' infirmière prétendait avoir les droits. . . .. . . . Rémi Kauffer sur J'exil des collaborateurs dans le monde arabe. 9 1. pour son aide elthaustive. . . . .Le SO exfiltre les Suisses. .. . .. Kenneth TImmennan. .Goebbels dans les poubelles du ministère. .••• . . . .. . pour ses recherches à Amsterdam..Le grand exilé du Caire. . .Un enfant du SD.Chez le nain jaune. . 85 Paul Dickopf el 07. pour leurs traductions.4C C'est au Maghreb que vous serez effi caces. . . Les héritiers de Hitler. . 2. 15 &hauffourées au Port Noir. . . 46 Le mufti rejoint Berlin.. . J'ai enfin une pensée pour Pascal·Arthur Gonnet et Shalom Cohen qui s 'étaient intéressés à ce projet. Je remercie aussi Vidar Jacobsen e t Sarah Halpérine du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). . .» . . . . . . .Le teslamem de Hitler n'était qu'un blufr. . .. . . . . . 4. . .. . ..La clef d'or. .Le trésor du mufti. .A l'Enseigne du Cheval Ailé.La procuration de Paula Hitler.. .Affaires noires. . . . .Le service Dieudonné.•• .. '.

. . . La guerre continue . .B.Pétrodinars à l'horizon. 245 Au cimetière de Casablanca.L'opération « tarte à la crème » . . . . .. • . . • 168 Le nerf de la guerre.. . . . . . . . .. . .La prison d 'Alger.. . N" 12329 ( 11137) . . . . .Premières fractures.En route pour Le Caire.L'ami de tout le monde. La banque de J'ombre.Libération de la Palestine 007.Les comptes de Septembre noir.Alger gagne une banque. Frères ennemis au pouvoir.Un troisième mort. . . . . comme Barbouze. . L'héritage de Goebbels. . . . . . . . .Le compte Khider. .Visites au château de Thrquant. . 319 Des annes pour la Force 17.Élections à ImerpoJ.C'est du Hitler pur.. • • • • • . . . .. . . . • . • . . . . . 371 375 RtiAllSATIOI'I : PAO tiO ITlOI'IS DU SEUIL IMPRESSION : II USS1ÈRE CA MEDAN IMPRI ME RI ES A SA INT· AMANO (CHER) DÉPÔT L"OAL : f tivR IER 1996. Fusillade sur les pistes. . . .5 . . • • . . . • .Sur les traces du « prince rouge ». .&fiter Mein Kampf.. . .Porteurs de valise à la banque.Huit nazis pour s 'évoder.La scuola dei odio (l'école de la haine). . .Les réseau x de l'Orchestre vert. .Les faux carnets de Hitler. . . . . 7.Des négociatcurs suisses. . . . . . l'aéroport de la révolution. . ..Des fonds pour les maquis. . . . . Remerciements . . . . . . . . . .. Épilogue .. 207 Le messager de De Gaulle.Il ne faut pas qu ' Eichmann dise un mot! . . .La fau sse pisle des lueurs à l'Opel rouge. .Contre un mur à Beyrouth. • . .Les dividendcs de Goebbels. .. . . . . . . 280 Dans un château en Angleterre. . . . . _ . ..Chez la fill e de Klaus Barbie. Goebbels retrouvé à Moscou. B. . . . . . . . . . • . . Le camelot de Goebbels ..Zarka. .Le pardon de Ben Bella. . . . • .Carlos était jeune.Plutôt l'Allemagne de l' Est . . . L'encombrant trés or. . . . . .Le grisbi de B. 9. . . . . ..Le mariage de Carlos. . . . . . . . . . . . . . 6.. • . . 8. . . . .Au procès Barbie. .Les premières cibles de Carlos.L'oléoduc oranois. . • .L'Algérie perd son trésor. . . . .Le premier fedayin. .Meurtre à !' hôtellnterconlÎnental. .. . • . . .