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Chapitre 2

L’ART D’ETRE PRESENT

ATTENTION, PRESENCE ET CONSCIENCE : LEUR ROLE DANS LE PROCESSUS CREATIF.

"Un vrai voyage de découverte Ce n’est pas chercher de nouvelles terres Mais avoir de nouveaux yeux ". Marcel Proust

En chacun de nous, la pratique du Mouvement Créatif peut favoriser la possibilité de faire des expériences qui modifient le mouvement et la pensée. Comme nous l’avons introduit dans le chapitre précédent, ceci se produit lorsqu’on entre dans un état de conscience, dans le flux du moment, dans "l’instant et le lieu", intimement reliés avec le propre vécu. Être présent dans une expérience implique une qualité d’attention qui peut transformer la conscience. Cette "présence" met chacun dans les conditions de découvrir son propre explorateur, celui, qui ose s’aventurer dans l’inconnu là où il trouvera la nourriture pour son mouvement créatif.

Dans un milieu sans jugement qui encourage la spontanéité de l’expression en revanche de l’attente immédiate d’une forme accomplie, il est alors possible à la personne de se sentir une autre par rapport à son habitude. Pour cela, il est fondamental d’établir la confiance entre enseignant-guide et élève. Les élèves du Mouvement Créatif développent l’art d’être présent à travers une série de facteurs, qui configurent aussi bien la façon d’entrer dans une certaine qualité d’attention que la possibilité de maintenir son autonomie. Le premier facteur fondamental est le rôle de guide pour l’enseignant, sa façon d’inviter et de diriger les étudiants à une condition d’écoute. Le guide utilise sa sensibilité pour proposer, tour à tour, des expériences qui peuvent développer présence et conscience. L’étudiant est orienté dans l’exploration du propre mouvement en silence ou avec la musique.

Le développement de cette forme de présence consciente peut initier à partir de n’importe quelle suggestion : bouger lentement ou rapidement, en changeant la manière d’expérimenter le poids du corps ou l’espace, en amplifiant ou diminuant le rayon d’action du mouvement. Egalement le timbre vocal de l’enseignant, le choix de paroles évocatrices, la modulation des consignes et les pauses entre elles, créent une profonde intimité avec l’étudiant ce qui favorise la perception des stimulus internes et externes. L’étudiant commence ainsi à libérer l’esprit, à laisser aller ses jugements, ses pensées et ses réactions habituelles. Le/la guide l’encourage à se familiariser avec ce niveau d’attention. L’exploration individuelle est fondamentale pour la croissance du groupe. Le rôle de l’enseignant est de maintenir une connexion entre tous les individus dans leur recherche ; en passant à travers différentes phases, le/la guide induit une écoute réceptive et l’état "d’être et de rester présent".

Dans ce chapitre nous aborderons les divers éléments qui peuvent aider ou entraver "l’art d’être présent".

On commencera par analyser le cas de la conscience, spécifiquement celle ordinaire ou consensuelle qui se manifeste dans des mouvements ou pensées automatiques.

Après cette connaissance primaire, on pourra accéder aux différents niveaux de conscience qui ouvriront de nouveaux horizons d’exploration.

On prendra en considération la relation existant entre les divers niveaux de la conscience et les fonctions des deux hémisphères du cerveau.

Enfin nous verrons comment la perception de l’unité corps/esprit transforme notre conscience ordinaire et augmente la potentialité d’être présent dans "l’expérience du moment".

La synthèse de ces aspects survient grâce à la pratique d’être présent dans les différentes phases de l’enseignement, qui seront décrites dans le chapitre concernant la méthodologie : "Le Rite", "Expériences de Mouvement Créatif", "Donner Forme". La pratique du Mouvement Créatif ouvre l’individu à une nouvelle modalité d’apprentissage qui devient le terrain d’une majeure expressivité et créativité.

Nos réflexions sur divers thèmes de la conscience, non exhaustifs du point de vue des principes scientifiques, ont pour but d’offrir une base pour construire les fondements sur lesquels nous avons développé la méthodologie. L’idée part d’expériences personnelles, fruit de notre recherche en tant qu’artistes et thérapeutes de danse/mouvement, des témoignages de nos élèves et de la contribution théorique d’importants auteurs. Notre but est de clarifier ces concepts et de dresser une cartographie de la conscience sur laquelle se développe la créativité comme nous la concevons dans le Mouvement Créatif. Connaître un "champ d’expérience " signifie vivre l’expérience par soi même; traduisant notre recherche en paroles, nous espérons ainsi donner aux lecteurs le parfum de cette fraîcheur.

CONSCIENCE.

Nous vivons immergés dans un mouvement constant et circulaire de stimulus internes et externes, auxquels nous pouvons prêter attention consciemment ou non. Si depuis l’enfance nous développons la conscience, qui évolue ensuite dans la capacité d’être conscient de nous-même, celle-ci assume aussi la fonction de filtrer et sélectionner les objets de notre attention. Avec le temps, ces "filtres" deviennent toujours plus personnalisés. Les choses qui nous plaisent et celles qui nous déplaisent, constituent une habitude et se manifestent aussi bien dans les mouvements du corps que dans la manière de penser. C’est ainsi que nous consolidons une sorte de répertoire dans la façon d’entrer en relation avec le monde. Ceci a une influence sur ce à quoi nous destinons notre attention. Ainsi nos capacités expressives tendent à être limitées. Une histoire très connue, de la tradition soufi, nous aide à mieux comprendre ce que nous voulons dire :

« Un cirque allait arriver dans le pays. Trois hommes aveugles du coin étaient très contents d’y aller, spécialement parce qu’il y aurait un animal qu’ils ne connaissaient pas et que l’on appelait "éléphant". Curieux et aussi un peu craintifs, ils s’avancèrent à tâtons vers l’éléphant et ils commencèrent à recueillir les informations nécessaires pour l’identifier, le touchant en certaines parties. L’homme qui avec la main avait rejoint une oreille dit : "C’est une chose grosse et rêche, large et ample comme un tapis". Celui qui avait touché la trompe dit : "J’y suis ! C’est comme un tube large et long, horrible et destructeur". En revanche celui qui avait touché les pieds et les pattes dit :

"C’est puissant et ferme comme un pilastre". Tous pensèrent ainsi connaître l’éléphant pour en avoir touché une seule partie. Chacun avait eu l’expérience d’une partie, mais ne pouvait percevoir le tout. » (I. Shah, dans R. Ornstein, p.

22).

Au cours de notre vie nous pourrions avoir été ou non, encouragés dans nos explorations du monde ou simplement ne pas avoir eu l’opportunité de les faire. Nos horizons, dans le sens de ce que nous ressentons ou connaissons, pourraient être limités. Nous risquerions de perdre la vitalité ou même de n’avoir aucune attente de choses différentes, en pensant qu’il y a seulement "cela" ou, pour employer encore la métaphore de l’histoire, qu’il existe seulement l’oreille de l’éléphant. Il s’ensuivrait que notre disposition envers les expériences créatives ou la réponse "créative" aux stimulus pourrait n’avoir jamais été amorcée ; ou bien, de par les conditions de vie, serait susceptible d’être diminuée. En revanche à travers l’art d’être présent, la conscience conquiert l’habileté à s’ouvrir et à s’élargir jusqu’à inclure le nouveau et l’inconnu. À travers cette présence un individu réussit à sortir d’une modalité habituelle, de bouger/penser, et dispose ses "propres forces" en un état d’auto observation. De cette manière on rejoint un espace majeur d’action et des dispositions plus libres d’expression. Notre intention, focalisée sur le moment présent, la qualité de notre attention et la manière dont nous la dirigeons nous rendent capables d’accéder à divers niveaux de conscience.

CONSCIENCE ORDINAIRE

Divers auteurs, parmi eux Ornstein et Damasio, qui ont écrit à propos de la conscience, en parlent souvent en termes de "lumière". La lumière s’allume et illumine l’espace, nous devenons conscients de quelque chose à l’improviste ou graduellement, ainsi notre esprit découvre objets, couleurs, pensées et mouvements. La conscience est une fonction qui intègre ce que nous savons avec ce que nous ne savions pas, à travers la parole, l’image, l’émotion, les sensations physiques et la mémoire. Notre conscience ordinaire habituelle est un mélange de pensées, fantaisies, idées, sensations internes et inputs sensoriels ; elle est "illuminée" aussi bien par le corps intérieur que par le monde. Le neuroscientifique C. Pert affirme que « il n’y a aucune réalité objective ! » (C. Pert, p. 148). Son message nous semble manifestement important. La conscience ordinaire est une structure construite d’un ensemble acquis de croyances. Elles se développent depuis la naissance à travers les enseignements de nos parents, de la société et de l’éducation qui modèlent, développent, encouragent ou répriment et nient également l’accès à un autre type d’apprentissage. Le psychologue C. Tart (1987) a appelé la conscience ordinaire "consensuelle", appuyant ainsi la façon dont la conscience de tous les jours a été modelée par le consensus ou par les croyances de la culture spécifique dans

laquelle nous vivons. L’identification avec sa propre culture porte à considérer "objective" sa propre conscience. Mais ce n’est pas ainsi.

On se doit de relever qu’avec les conditionnements, une des plus importantes fonctions des facultés perceptives et sensorielles de notre conscience est celle de sélectionner les informations que nous recevons ; sans quoi nous serions inondés par les stimulus qui proviennent de l’extérieur (Ornstein, 1977). Un individu qui est à la recherche d’une majeure créativité, aussi bien dans le mouvement que dans la vie, se heurtera à un certain moment avec les structures et ses propres conditionnements. La culture occidentale, à travers la philosophie cartésienne, nous a fortement conditionnés. Cette philosophie a privilégié la pensée rationnelle, logique et linéaire, en opposition à celle spatiale, temporelle, intuitive et simultanée qui est davantage connectée au corps et à la créativité. Durant le XX siècle il s’est formé un courant de pensée et de recherche, aujourd’hui toujours plus actuel, qui cherche à se libérer de ce type d’entrave en démontrant la relation réciproque entre corps et esprit, ainsi que l’égale nécessité de la logique et de l’intuition. Une fois qu’un individu deviendra conscient que les croyances vis-à-vis de la propre créativité ne sont ni fixes ni objectives mais peuvent changer, alors il pourra transformer sa conscience. En conséquence la conscience peut se développer en transformant un système de croyances.

« Les rites d’ouverture consentent une découverte du corps […] les premiers mouvements me ramènent à ma conscience. Je me réhabitue à une constante attention, et j’accomplis ces petits processus de mise au point de mon objectif qui me permettent un changement de l’état de conscience. C’est quelque chose similaire au passage du sommeil à l’état de veille. Je peux réveiller mon attention comme un mouvement intérieur qui n’exige aucune tension. C’est comme entrer dans une autre dimension temporelle, dans laquelle la dimension subjective du temps change continuellement » (Silvia P.).

DIVERS NIVEAUX DE LA CONSCIENCE.

Le célèbre psychologue américain William James a écrit : « Notre conscience ordinaire, que nous appelons rationnelle, est seulement un des genres possible de conscience, pendant que tout autour, divisées par le plus léger des voiles, siègent d’autres formes potentielles de conscience, complètement différentes » (dans R. Orbstein, p. 9). En empruntant la métaphore du jour et de la nuit, nous pouvons comparer la conscience ordinaire à la lumière du jour. Nous voyons le soleil dans le ciel, le monde est illuminé, cependant, le ciel contient des choses que nous ne pouvons pas voir, comme les étoiles, la lune, les galaxies. Ce que nous ne voyons pas inclut aussi l’inconscient qui précisément se définit comme « ces processus mentaux et corporels dont nous ne sommes conscients » (C. Rycroft, p. 173). Lorsque l’on tourne son attention à l’intérieur, vers l’espace réceptif de l’écoute, alors on a accès aux divers niveaux de la conscience. Souvent pour trouver cette attention on ferme les yeux, mais cela n’est pas toujours nécessaire. Avec les yeux ouverts un stimulus externe, un objet ou une personne, peut faciliter le changement. À travers la qualité de l’attention dans la pratique du Mouvement Créatif, il est possible d’aller au-delà de ce que l’on "voit" avec la conscience ordinaire. Passer outre et accéder aux étoiles

cachées de la lumière diurne, à une connaissance interne, à un niveau différent de structuration de la conscience.

Le jeu, l’imagination et la fantaisie sont des voies à travers lesquelles il est possible rejoindre divers niveaux de conscience. Les disciplines méditatives, les arts martiaux, le yoga, la musique et la danse sont tous des chemins qui invitent à une qualité d’attention qui peut nous mener à la transformation. Dans le Mouvement Créatif, la porte d’entrée est constituée par le moment de la pratique qui est appelé "Le Rite", celui-ci inclut improvisation, jeu, musique et parfois des écoutes méditatives. Comme nous le verrons dans les prochains chapitres, le jeu peut ouvrir la porte à ce qui est connu comme processus primaire, un des modes de fonctionner de la psyché, caractéristique de la partie inconsciente. Nos fantaisies, les rêves, l’art et le jeu forment ce que Robbins appelle les sous-produits de nos processus primaires. Ils doivent leur nom au fait d’être les premiers processus dont se sert le nouveau-né pour entrer en contact avec le monde ; en psychologie, ils sont considérés "primitifs" ou "archaïques" en tant que plus en contact avec les instincts, les pulsions, les intuitions et les réflexes purs. Dans n’importe quel moment de sa vie une personne peut re-entrer en contact avec ces processus et jouer avec eux. De cette manière on facilite l’étincelle de la lumière, vers ou d’une conscience différente, qui peut faire émerger une nouvelle réponse créative.

À travers l’improvisation et le jeu avec son propre mouvement, il est possible en outre de rejoindre un niveau méditatif qui peut transcender la conscience ordinaire. Dans ces cas, l’expérience de bouger est différente de celle habituelle ; on sent que ce n’est plus notre volonté à décider, notre Moi et l’on expérimente alors la sensation d’"être bougé" (M.S. Whitehouse, dans P. Pallaro, p. 86). L’attention, la concentration et l’abandon à ce que le corps veut, font émerger l’acte de danser qui vient directement de Soi. La créativité qui naît de ce type d’exploration vient tout droit de la propre source originelle et peut permettre l’accès à une forme différente de conscience.

« J’ai découvert combien l’écoute de mon corps est pour moi une forte clé de stimulus à la créativité ; cela a été comme un passage obligatoire, au début difficile, presque impossible à cause du manque d’habitude… puis, peu à peu, j’ai entrevu un chemin et je l’ai parcouru avec l’angoisse et la curiosité d’un explorateur à ses premières armes et j’ai perçu, seulement perçu, combien d’espace, de réponses, de jeux, de tourments sont disséminés dans ces sentiers. Et même si tu ne sais pas bien encore comment l’on fait, tu commences… tu débutes l’écoute de ton corps… et tu le choisis comme guide intérieur et personnel ; après avoir suivi tant de phares hors de toi, d’une façon confuse et branlante, tu débutes à sentir les tiens » (Silvia Q .).

Nous savons que le jour ou la nuit n’arrive pas à l’improviste mais à travers une transformation graduelle du ton de la lumière, de l’aube au coucher du soleil. Ces moments de métamorphoses constituent le lien entre ce qu’il y avait et ce qu’il y aura. De même notre conscience peut rejoindre divers niveaux.

PHOTO Sentir, se sentir, s’écouter.

Les multiples tonalités de la lumière du jour à la nuit, peuvent être vues comme les variations au sein des différents niveaux de la conscience.

ÊTRE PRESENT.

Considérons la présence comme un "champ d’expérience directe", autrement dit non interférée par la rationalité mais caractérisée d’une perception immédiate. À travers cette expérience nous pouvons découvrir, avec surprise et curiosité, un territoire inconnu aussi bien dans la manière de se mouvoir que dans celle de percevoir.

De simples circonstances de vie, sublimes ou quotidiennes, peuvent amorcer notre recherche d’ "être présent". Émerveillés par la splendeur d’un coucher de soleil, nous abandonnons ce que nous sommes en train de faire pour être témoin des subtils changements de couleurs qui peu à peu se propagent dans le ciel. Le couchant capture notre attention et nous sommes "là", soudainement conscient de la beauté du moment, de l’espace et de la lumière. Nos yeux s’écarquillent et nous exprimons en paroles ou sons notre ravissement. Il se forme comme un anneau qui va de la perception sensorielle à l’ "être présent", jusqu’à l’expression de l’enchantement éprouvé. Un autre exemple : vers l’heure du repas l’attention est capturée par l’estomac. Nous remarquons intérieurement un sens de vide et des sons familiers en proviennent. Nous savons, par expérience, que nous avons faim. Nous nous levons et nous allons dans la cuisine en cherchant quelque chose à manger. Nous trouvons un brin de céleri, quelques tranches de jambon, un peu d’olives et un morceau de pain. On apprête le tout en un appétissant plat. Voilà un autre anneau : du message interne à l’action de préparer créativement le repas. Capturés par la beauté ou nécessiteux de nourriture, nous autres êtres humains sommes constamment engagés en un ou plusieurs de ces "anneaux" qui composent notre vie. Ce sont eux que nous cherchons à explorer, dans la pratique du Mouvement Créatif, pour créer les conditions d’une expression créative plus ouverte et libre. À travers l’expression corporelle, le cercle édifiant de qualité entre recevoir et envoyer s’amplifie lorsque nous pouvons dédier notre complète attention au présent.

Ci-dessous est imaginé un exemple de la façon dont on expérimente ces anneaux à travers le Mouvement Créatif.

Supposez qu’une femme, que nous appellerons Carla, se trouve debout au centre de la chambre avec d’autres personnes autour, sans sensations particulières (soleil couchant, faim, etc.). Tous sont invités à focaliser leur attention simplement sur comment ils se sentent dans leur corps en ce moment ; en laissant glisser toutes les "rumeurs" mentales et en se concentrant seulement sur la perception des sensations qui proviennent du monde intérieur et extérieur. Le/la guide suggère d’amener son attention aux pieds, avec la consigne de sentir la pression des doigts, du pouce au petit doigt, puis de percevoir le talon comme une éponge, avec la subtile possibilité de découvrir en lui divers espaces qui changent avec le déplacement du corps. Suavement une musique s’insinue et les invite à se mouvoir librement. Encouragée à laisser bouger le corps au lieu de le diriger volontairement, Carla est surprise lorsque ses pieds, à petits pas, commencent à courir et rapidement la portent autour de la chambre en un cercle.

PHOTO L’attention réveille nos énergies endormies.

Ordinairement, en effet, elle ne bouge pas si rapidement. Elle a découvert ces impulsions et s’est laissée capturer par elles. La musique diminue lentement, dans le silence Carla rassemble à nouveau la propre attention envers son corps, pour écouter une fois de plus ce qu’il veut faire d’autre. Peut-être rien de particulier, sinon être là simplement ou peut-être veut-il ondoyer un peu.

« L’attention est l’instrument de quintessence pour révéler à l’homme ses énergies endormies. À n’importe quel moment un témoignage est donné à l’état du corps, à l’interaction de la pensée et du sentiment, alors c’est là que s’annonce, bien que voilé, un autre courant d’énergie. À travers le simple "acte d’être présent", on donne le début à un nouvel alignement de forces » (W. Segal, p. 76).

On se trouve ici en présence d’un cercle édifiant semblable à celui dont nous parlions auparavant, un sens d’attention renforcée qui fait que Carla est présente à sa propre expérience.

Dans le silence, Carla s’aperçoit d’un mouvement rythmique et précis dans le genou et se demande d’où il vient. Sans exprimer aucun jugement, elle laisse la conscience se révéler et découvre que le corps veut sauter. Elle saute.

L’alignement de ce que nous appelons "les forces" – l’attention et la présence – sert à préparer le terrain pour une réponse créative authentique. Dans le Mouvement Créatif l’improvisation, comme instrument pour interpeller cette "présence", est utilisée continuellement. Avec cet instrument on obtient une modalité réceptive et vigilante de l’attention qui amène l’étudiant à un niveau de conscience et de liberté expressive très vaste. La présence stimule en Carla l’habileté à percevoir, avec une plus grande précision, ce qui provient du dedans et/ou du dehors de son corps, enrichissant ainsi les possibilités de son expression créative. La clé pour ouvrir ce passage est la pratique constante. Comme le quadriceps du danseur doit être entraîné pour qu’il soit en bonne forme, il va de même pour la "présence". N’importe quel art qui peut s’appeler ainsi nécessite des heures, des jours, des années de pratique pour affiner l’expérience et ses techniques. Dans ses phases d’enseignement, décrites dans un prochain chapitre, le Mouvement Créatif offre une pratique pour "être présent" ; il affine notre capacité d’ouverture aux renvois de la perception, de nourrir le sens intégré de l’être et de rendre notre expression créative plus libre. Le processus est long, cela exige de la pratique pour être "en présence".

Le cerveau.

Pour explorer la conscience et les processus corps/esprit, qui sont impliqués dans "être présent" et dans l’expression créative, nous considérerons un des fondements physiques de la connaissance : le cerveau. Dans les années Soixante du siècle dernier, l’étude de la structure du cerveau nous a révélé que la conscience est divisée en deux hémisphères. Même si ce qui suit est désormais un savoir commun, il est important de le préciser pour nos futures discussions. À l’époque, il fut

scientifiquement affirmé que : « Nos deux hémisphères cérébraux à un niveau neurologique, semblent spécialisés pour élaborer les informations en deux modalités différentes mais complémentaires ; l’hémisphère gauche de façon plus linéaire du droit. Le gauche, où résident les facultés mathématiques et de langage, semble élaborer les informations d’une façon plus séquentielle. Tandis que le droit élabore les inputs dans la configuration d’ensemble de façon plus globale par rapport au gauche. Ce type d’élaboration a des avantages pour la "connaissance spatiale", pour l’intégration des inputs diffusés, comme dans la danse, où les informations locomotrices, kinesthésiques et visuelles doivent être intégrées rapidement. Cette modalité d’élaboration semblerait sous-entendre une "intuition" immédiate au lieu d’une intégration intercédée et "intellectuelle" des éléments complexes » (R. Ornstein, p. 77).

De récentes études neurologiques démontrent que la distinction entre les deux hémisphères est plus subtile. Les facultés mentales sont subdivisées dans le cerveau, chaque partie de celui-ci contribue de manière complémentaire et non

exclusive. « Des expériences de scansion cérébrale révèlent que les deux hémisphères sont actifs, mais que dans un acte déterminé ils sont influencés par le style propre à l’individu de juger l’information. Nous voulons dire par "style" la façon dont un individu perçoit le monde intérieur et extérieur, façon qui est influencée par

sa génétique, par sa culture et son éducation » (J.McCrone)

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.

L’éducation et la culture occidentale se sont focalisées surtout sur la formation de type verbale et intellectuelle qui implique davantage cette partie du cerveau concernant la logique et la rationalité, retenues supérieures à toutes les autres formes de pensées. Même si nos plus grandes découvertes de la technique et de la science ont été conquises en utilisant ce "côté" de la conscience, on est maintenant plus lucide qu’il existe aussi une autre partie, laquelle a eu et a un rôle important dans ces mêmes découvertes. Shaun McNiff dit du célèbre physicien David Bohm qu’il « utilisa son expérience corporelle comme voie de compréhension des problèmes dans la physique avancée. Ainsi qu’Einstein, il croyait en ses propres sensations physiques intuitives comme une manière de s’approcher aux mouvements complexes des phénomènes » (W.L. Hervey, p. XI). Le chercheur dans son travail est guidé par l’intuition créative, un type d’élaboration simultanée, globale, qui en grande partie est appelée à entrer en action lorsque nous voulons être dans le présent – dans "l’instant et le lieu" - ou lorsqu’une synthèse simultanée des informations corporelles est nécessaire. Le rappel à être attentif aux sensations physiques et aux émotions, nécessite que la partie rationnelle du cerveau soit tenue de côté, sans pour cela la nier ; laissant ainsi la partie globale, avec ses capacités perceptives habituellement peu utilisées, libre d’intervenir. En acquérant davantage de familiarité avec les réponses de simultanéité et d’intuition, l’individu sera capable d’utiliser cette partie avec toujours plus d’assurance.

Du point de vue de l’évolution humaine c’est la partie droite du cerveau qui d’emblée est stimulée et sollicitée après la naissance d’un enfant. Les soins, le jeu et la présence active de la mère stimulent et nourrissent les états affectifs de l’enfant, qui siègent surtout dans l’hémisphère droit, comme le soutiennent Robbins et Stern entre autre. À travers l’apprentissage locomoteur et l’acquisition des capacités

1 J . McCrone, "Left Brain Right Brain Myth or Reality", «The New Scientist», n. 2913, 1999.

verbales, le côté gauche du cerveau commence à conquérir du terrain. À ce moment, la partie droite, qui conduit à la vie consciente à travers une connaissance simultanée espace/temps, peut risquer d’être appauvrie. La pratique du Mouvement Créatif sert à accéder de nouveau à l’utilisation de l’hémisphère droit et à le ramener en harmonie avec le gauche. Être présent et conscient du flux des sensations et des émotions simultanées qui proviennent d’un mouvement spontané, peut nous amener à être en contact avec l’hémisphère droit. Par exemple dans une composition de danse, pour donner forme à ces sensations et émotions, le gauche est aussi nécessaire. Comme l’écrit Ornstein : « Nos plus hauts résultats créatifs sont le produit des fonctions complémentaires de ces deux modalités » (p. 14). Qu’est-ce qui empêche ou encourage la série de renvois, l’anneau édifiant qui nous conduit à un état de présence ? Comment pouvons-nous faire pour que cet anneau ait un impact libératoire vers le processus créatif de chacun de nous?

UNITE CORPS/ESPRIT.

« En apprenant aux élèves de danse l’art de la chorégraphie, je commençais à me demander comment enseigner et former à la conscience de l’unité corps/esprit. En tant que chorégraphe, l’œil de mon esprit devait se focaliser sur l’intention de ce que je voulais exprimer dans le mouvement, tout en restant ouverte à d’imprévues directions spontanées. Une fois qu’un travail était complété, souvent il ne m’était pas facile de trouver les paroles pour exprimer l’objet de ma chorégraphie – en particulier dans la rédaction des notes du programme pour un concert . Durant mon enseignement de la chorégraphie, les danseurs éprouvaient des difficultés à produire ce qu’ils voulaient réaliser ou, si invités à parler de leur processus, ils avaient de la difficulté à s’exprimer avec des paroles. Une telle déconnexion m’a stimulée à entreprendre, en tant qu’éducatrice, l’exploration et le développement d’inédites manières pour une conscience accrue de leur processus créatif. La légitimité de l’art n’a pas besoin d’explications ! Ce que Matisse a dit en quelques mots est tellement vrai ; mais malgré tout, mes points d’interrogation restaient. Comment un chorégraphe néophyte pouvait-il conserver le lien, le plus intime possible, aux origines de sa propre impulsion créative, suivre ses intentions jusqu’au dénouement de l’œuvre et s’exprimer à propos de ce qu’il avait créé avec des paroles ? De telles questions façonnèrent les premiers pas qui m’ont porté à expérimenter diverses modalités, afin d’accroître la présence, l’attention et la concentration dans les expériences d’improvisation et de composition. Ces pas vinrent ensuite ultérieurement amplifiés et approfondis par ma formation de danse/mouvement thérapie, qui plus tard devint un fondement de la formation du Mouvement Créatif » (M. Plevin).

L’homme peut être considéré une unité psychosomatique. La nature de l’ "esprit" et les différentes utilisations du terme même sont complexes et vont au-delà de l’objectif du livre. Beaucoup d’auteurs et maintes disciplines scientifiques, philosophiques et religieuses ont souligné l’existence d’une étroite correspondance entre la structure psychique et la structure corporelle. Ces diverses théories et modèles, par eux élaborés, seront signalés dans la sphère de l’interrelation entre corps et esprit ainsi que dans la façon dont cette connexion peut influencer le processus créatif.

De la prospective de la neuroscience

Damasio écrit : « Étant donné que l’esprit a son origine dans le cerveau, qu’il est une partie intégrante de l’organisme, l’esprit fait partie de ce dispositif bien tissé […] Corps, cerveau et esprit sont les expressions d’un unique organisme » (Looking for Spinosa, Joy, Sorrow and the Feeling Brain, p. 195). Pour le même auteur, selon de récentes découvertes scientifiques, l’esprit n’est pas localisé en un endroit spécifique; il se trouve dans la structure cellulaire du corps entier. Étant donné que dans le langage commun l’on se réfère souvent à la nécessité de "rassembler ses esprits", qui pourrait signifier amener une pensée, un lieu, une mémoire à la conscience, nous voudrions suggérer d’inclure aussi l’expression "rassembler son corps", pour indiquer notre concentration sur le corps. Souvent nous pouvons "perdre" des parties de ce corps et les réveiller si nous reportons notre attention sur elles. Comme le neuroscientifique C. Pert l’a démontré, l’esprit archive des mémoires dans le corps à partir de la colonne vertébrale, jusqu’aux organes et à la surface de la peau, à travers le filet de notre système nerveux avec ses récepteurs et synapses. Ceci implique la non-séparation des processus esprit/corps. Le cerveau, qui contient les diverses fonctions de la conscience, n’est pas l’unique lieu où est emmagasinée notre mémoire ; elle peut être réveillée par un mouvement, une chanson, un parfum ou un paysage significatif. La matière du corps a donc un rôle essentiel pour fournir et amener des informations dans chacune de ses parties, inclus le cerveau.

De la prospective de la danse/mouvement thérapie.

La pionnière américaine de la danse/mouvement thérapie, M.S. Whitehouse, explique que le corps est l’aspect physique de l’esprit, il est le mouvement de l’esprit rendu visible (dans P.Pallaro). Elle exprime clairement un des fondements de la danse/mouvement thérapie, qui est celui selon lequel le corps parle à son esprit. À travers les gestes, les postures, la voix, le mouvement ou l’immobilité, l’esprit communique de manière non verbale, en utilisant le langage du corps. Deux autres pionnières, T. Schoop et M. Chace, ont concordé avec elle, chacune développant différents styles de thérapie et utilisant des cadres psychologiques variés pour favoriser l’intégration du corps et de l’esprit. La danse, l’art de la danse thérapie, « considérée comme un langage poétique du corps […] répond au besoin profond de l’homme de donner forme à des pressions et des tensions psychiques, spirituelles, relationnelles qui s’ajoutent à celles biologiques, de même qu’à de profonds vécus inscrits dans la mémoire corporelle, qui ainsi deviennent compréhensibles et reconnaissables » (R.M : Govoni, p. 59).

PHOTO La silhouette, miroir des sensations et des vécus complexes.

Souvent le travail d’intégration corps/esprit concerne le fait de laisser émerger des mouvements jusque là inconscients, qui ainsi deviennent conscients et compréhensibles pour l’individu lui-même. Les paroles et l’ "Echange Verbal" accompagnent souvent l’expérience du mouvement pour stimuler, clarifier et accroître la compréhension. Ces interventions se structurent dans de diverses et nombreuses façons qui toutes tendent à l’utilisation psychothérapeutique de la

danse, moyen expressif ou communicatif, qui facilite le processus d’intégration psychophysique de l’individu. Bien qu’il y ait différentes écoles de pensée et de pratique dans la danse/mouvement thérapie, toutes ont le même point de départ, corps/esprit.

Les buts du Mouvement Créatif

La parole "conscience" inclut autant le corps que l’esprit : un réseau de signaux qui voyagent à travers le système nerveux, en portant une information aussi bien consciente qu’inconsciente dans tout le corps, y compris le cerveau. Une partie centrale de notre travail, en Mouvement Créatif, cible à rendre consciente la connexion corps/esprit. La cognition de cette unité ou son absence, devient une ressource de base à utiliser dans l’acte de "créer" à travers le mouvement, ainsi que dans l’expression verbale.

La façon principale pour découvrir et renforcer l’unité corps/esprit s’obtient à travers le développement du sens kinesthésique. Interconnectés avec le réseau de notre esprit, se trouvent dans le corps des capteurs qui créent le sens kinesthésique, source d’informations particulièrement importante pour le danseur. Comme nous explique Preston Dunlop, le sens kinesthésique est un système de messages « qui sert à transmettre les indices musculaires, articulaires, cutanés, vestibulaires, visuels et auditifs au cerveau » (p.1). Par exemple, à travers ce sens nous pouvons sentir le dossier de la chaise sur laquelle nous sommes assis, les pieds sur le sol, les mains sur le livre. Si nous bougeons ou changeons de position sur la chaise, les relations entre les différentes parties du corps, gouvernées au niveau kinesthésique, nous permettent de rejoindre un équilibre harmonieux, fonctionnel à la position successive. Par chance, nous ne devons pas penser ou être conscient de chaque changement sur la chaise, autrement notre attention serait constamment impliquée par les mouvements minimes quotidiens que nous effectuons. Nous pouvons reporter notre attention, (et être présent) ou être inconscient de la façon dont le corps se meut ou peut se mouvoir pendant que nous exécutons un plié dans une leçon de danse ; lorsque nous changeons de vitesse durant la conduite ou pendant que nous allons dans la cuisine pour un café à notre réveil. L’art d’ "être présent" avec attention et conscience encourage la sensibilité kinesthésique à sentir et enregistrer comment le corps se meut. Une sensibilité qui, à son tour, accroît les possibilités et le rayon du mouvement ainsi que l’expression créative.

Un instrument de conscience.

La silhouette est un dessin qui se commence en traçant les frontières de son propre corps sur une grande feuille de papier. Le dessin de la silhouette personnelle est exécuté, en général, durant les premiers jours d’un cours ou de la formation dans le Mouvement Créatif. Ce qui suit est une série d’improvisations à travers le mouvement qui sert à amener la présence et l’attention aux sensations perçues dans le corps. Des matériaux variés sont à disposition pour colorier ou dessiner ces expériences de mouvements sur la silhouette. Elle devient ainsi un miroir qui reflète la conscience interne et la connaissance kinesthésique, qui lentement prend "vie" en révélant les parties du corps qui sont plus près de la conscience, c’est-à-dire qui sont "vues" intérieurement, alors que d’autres ne sont pas encore prises en considération. Par exemple, après deux jours d’improvisation durant lesquels la silhouette avait déjà

été colorée, les pieds d’une femme étaient cependant restés complètement inobservés : ils n’avaient pas du tout été pris en considération. Bien qu’elle ait dansé, qu’elle se soit bougée, ait donné des coups de pieds et ait trébuché, ses pieds n’étaient pas à l’intérieur de son parcours kinesthésique conscient et donc ils étaient restés hors de son attention. Simplement, la conscience esprit/corps n’y était pas arrivée. Damasio écrit : « […] non seulement nous pouvons dire que des images émergent dans le cerveau, mais nous pouvons aussi nous avancer jusqu’à dire qu’une vaste portion de ces images provient du corps comme des signaux » (op. cit., p. 214). Lorsque la femme reprit à "habiter" ses pieds – autrement dit d’être en mesure de recevoir des informations, des images, des sensations de ceux-ci , ils devinrent plus vivants et présents au corps et à la pensée, disponibles à une expression créative consciente. À travers la perception consciente du sens kinesthésique, des images et de la mémoire, l’amplification de la conscience de l’unité corps/esprit constitue l’axe central sur lequel se base un cours ou un parcours de formation dans le Mouvement Créatif. Dans un état d’unité le corps devient plus vivant et capable de transformer les réponses habituelles et automatiques ; le résultat est une expression corporelle plus libre et créative.

« Avec stupeur et émerveillement je me suis approchée de la musicalité intérieure du corps, de son propre bavardage, en remarquant combien je l’ignorais, comme je le portais avec moi tel une housse nécessaire à me protéger d’un soleil trop ardent ou d’un vent trop impétueux ; la façon dont je le faisais hurler en le contraignant au geste athlétique ou en lui collant un canon esthétique ; à finalement comme je permis qu’il s’arme, se défende. En même temps, j’ai appris à me donner la possibilité de l’écouter, de suivre ses indications, de le respecter, de le regarder avec gentillesse » (Silvia, Q).

Principes fondamentaux qui influencent l’Art de la Présence.

Résumons les principes qui influencent l’état d’être présent à une propre expérience et sa relation avec le processus créatif.

Les consignes offertes par le/la guide de Mouvement Créatif favorisent le type d’écoute qui, peu à peu, augmente le niveau de l’attention chez l’étudiant.

La conscience ordinaire est un adaptement socioculturel.

Il existe différents niveaux de conscience qui amplifient les façons de percevoir les stimulus provenant de l’extérieur et de l’intérieur.

Le passage entre les différents niveaux de la conscience prépare la route pour le jeu et les expériences d’ "être bougé".

Le "champ" de notre expérience s’étend plus facilement lorsque nous pouvons osciller d’un niveau de conscience à l’autre. Il se crée dans la personne une réponse qui implique l’être entier et promet différentes modalités d’ "être créatif".

La qualité de l’attention aligne les forces corps/esprit qui nous font accéder à "être présent".

Si l’objectif initialement est de solliciter la conscience de la globalité/simultanéité et les processus primaires, c’est dans le parcours créatif que l’on intègre cet objectif avec la partie rationnelle/logique.

L’écoute du sens kinesthésique amplifie l’état d’ "être présent" et vice-versa. L’homme à travers cette possibilité, mais non uniquement, accède à l’unité corps/esprit.