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Le texte de Utaker

Ce fameux petit Utaker nous vient de Danemark.Ah non, de Norvège. Il parle français comme sa
poche, avec cepdendant un accent à couper au couteau. Il est venu l'an dernier à la fac présenter son
« archéologie saussurienne », bouquin où il dit que personne n'a compris Saussure et que tout le
monde l'a déformé, sauf Giot (qui base son cours sur pas mal d'idées du bouquin) . En fait, ils
n'avaient pas les textes d'origine, et lui oui. L'ouvrage est dispo
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saussurienne/dp/213053189X (Intéressant : les clients ayant acheté cet article ont également acheté
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Ou dans le bureau de Giot.

Petit préliminaire : Un passage intéressant =p. 280-281la métaphore du jeu d'échec de Saussure,
qu'il met en rapport aux divers jeux conceptualisés par Wittgenstein dans son analyse de la
grammaire du quotidien : le jeu ne vaut que lorsqu'on accorde de la valeur à ses règles (comme par
exemple la politesse), qui sont intrinsèques et indépendantes de la matérialité, du référent (pièces
d'échec en bois ou en carton) comme de la convention collective qui s'accorderait sur ce référent en
continuant à le présupposer (que le jeu soit venu de Perse en Europe est un fait externe, dit utaker).
Dès lors, petit bonus ; une femme avait, l'an dernier, lors du séminaire avec Utaker, avancé une
conceptualisation de Deleuze à mettre en dialogue avec cela : jeu normal & jeu idéal (dans Logique
du Sens) Si vous en parlez, dites que ça vient de là, Giot y était. Jeu normal : restriction des
possibles au fur et à mesure que la partie avance (ex : tennis, match de baseball, échecs) / Jeu idéal :
les possibles se renouvellent au fur et à mesure que le jeu se déroule (ex : la partie de croquet dans
Alice au pays des merveilles, les sports inventés par Calvin & Hobbes...)
=> Question : sous laquelle de ces catégories penser le langage avec Saussure ? Quelle consistance
et quelle universalité peut garder sa conception de la structure linguistique comme synchronique si
c'est le jeu idéal ? Quelle diachronie si c'est le jeu normal ?

Utaker pose d'ailleurs la question quand il montre la tension entre Arbitraire (côté diachronique,
fluent )et Unicité (synchronie, structure indéfectible) du signe : avec la grammaire comparée
(discipline qui érige en loi universelles et vérifiables une littéralisation, des correspondances
vérifiables entre les termes de diverses langues (ce qui n'est pas la recherche d'une souche commune
mais bien une construction de correspondances aujourd'hui)) contre le conventionnalisme, il avance
l'unicité du signifiant et du signifié dans le signe. Cf métaphore du ballon : ce n'est ni l'enveloppe ni
son contenu, mais le rapport entre les deux qui fonde son unité, bien qu'ils n'aient rien de commun
(pareil pr la métaphore de la vague). Cependant, cette unicité a une teneur arbitraire, contre la
grammaire comparée. (p. 247) : après avoir montré cet espèce de pic de sens où arbitraire et unicité
se rejoignent, Utaker montre que les auteurs qui l'ont suivi ne se sont situés que sur les flancs de ce
pic, oubliant tjs une des deux dimensions au profit de l'autre.

Je reprends au début :
Au début, Utaker invite avec Saussure à lâcher la lettre, à arrêter d'annexer les unités langagières
sur les lettres, pour laisser le temps du langage se déployer comme tel, dans l'oralité;
On peut opposer ça à Lacan, qui avec James Fébruari, dit que depuis le début le langage est
couplage entre une marque et un son (chapitre sur le nom propre). Ou encore Derrida, qui s'insurge
contre la prééminence depuis la Bible de la parole sur l'écriture, et veut renverser l'asymétrie.

quant à l'appareil vocal, Utaker dit qu'il ne concerne pas vraiment la langue. Des aphones peuvent
très bien intégrer la structure formelle et l'incarner avec autre chose. C'est comme la matérialité des
jeux d'echecs : ils n'y sont pas annexés, on peut y jouer avec n'importe quoi. De là, réfutation de la
causalité fonctionnaliste (oeil fait pour voir) comme de la mécaniste (oeil fait de x causes et x effets
qui le rendent capable notamment de voir), qui décrivent la finalité d'un organe comme externe à
celui-ci. Au contraire, le langage est un instrument qui est sa propre fin, qui ne s'accomplit que dans
l'exécution immanente de sa structure (opposition par ex au marteau, qui a sa fin dans un objet hors
de soi, par ex le clou ou la frimousse de Masson ;-) ; p-ê parler aussi des quatre ordres d'humanité
vus dans les textes de lingu. Générale 1 : sur la technique, l'éthique, la linguistique et le je sais plus)
=> on peut se parler à soi-même sans remuer les lèvres ni la langue, baby !
Si c'est pas l'appareil vocal qui compte, alors c'est le son lui-même, dans sa dualité entre son émis et
son entendu. Il y a cependant pour Utaker (comme pour Coursil) prééminence de l'entendant sur
l'articulateur, car c'est là que la langue se déploie comme une « caisse de résonance » qui
réceptionne les sèmes et les phonèmes, caisse trop proche pour être remarquée comme telle : nous
ne percevons pas la langue, c'est elle qui nous permet de percevoir des actes langagiers. Concept
aussi d'image ou d'impression acoustique, qui contrairement à l'image visuelle, n'est pas l'imitation
d'un originale, mais vaut pour elle-même : on se défait par là d'une logique d'exclusion « ou bien/ou
bien », pour entrer dans une logique qui compose : et... et.../ (logique spatiale vs logique temporelle,
relationnelle)
C'est donc un acte d'entendre médio-passif (Coursil,la passibilité), acte qui est à la fois passif et
actif, qui transfigure celui qui l'exécute en le recevant.

Après ça, on retourne aux pages 240 et quelques où la dualité signifiant signifié est expliquée avec
diverses métaphores, toutes connues donc bref bref. Deux faces d'un même signe bababa. « Le
différentiel et l'arbitraire sont corrélatifs. Les différences constitutent l'identité relationnelle d'un
signe. » p. 276 (eh ioui, déjà).
Cet aspect relationnel : n'existe que par le rapport qui le distinguent des autres, est déployé dans
l'article de Castin sur les M-Objets. On fixe des relations en substantifs : exemple une fonction, un
triangle, alors que les maths sont l'exploration, entre création et découverte, entre activité et
passivité du mathématicien face aux relations qu'il envisage.
C'est pareil chez Saussure que dans la théorie des catégories : on s'intéresse moins aux objets qu'aux
relations qui sont premières et qui ont permis l'émergence des objets comme des pôles de la relation
, la contenant implicitement. C'est le rapport A/a qui est premier et chacun des A ou des a contient
en lui-même ce rapport.

Enfin, p.288, il se « fait » Quine, en disant que le problème de Quine est resté la référentialité,
même pour aller à son encontre. Il ne prend pas gavagai comme une entité linguistique, mais
référentielle. Que l'on dise que la référentialité est correspondante aux choses ou non-
correspondantes, on reste dans le paradigme métaphysique de la langue servante de la relation de
nos concepts aux choses. Donc Quine a tort de poser la question comme ça.
« Le problème n'est pas lapin ou pas-lapin, mais bien de savoir comment comprendre cette
expression linguistiquement ! »

Mon objection : si on n'ancre pas le langage dans les choses, ne perd-on pas alors le point de départ
d'où créer par ce fourmillement de différences rendant possible l'émergence ? Qu'est-ce qui
émergera sinon des langages ultra-singuliers et incommunicables, comme cette bonne femme qui
invente son codage elfique ou ce bonhomme qu'est Masson ? À courir après un dynamisme éclaté,
ne le rend-on pas aussi stérile que la staticité fuie (tout comme la diachronie qui efface toute
synchronie (et donc toute théorie) si on ne garde qu'elle) ? Que fait-on, une fois qu'on a déclaré
l'indépendance de l'Etat langage ? Cette indépendance peut-elle s'énoncer en linguistique autrement
que négativement, qu'en disant à longueur de journée, le langage n'est pas cela, ni ceci, ni encore
cela hein, n'oubliez pas ? En prônant une linguistique aussi négative, dans le sens d'une définition
négative, n'est-on pas tributaire de ce qu'on cherche à fuir ? Quels apports positifs nous donne la
théorie de Saussure ? Si il n'y a plus de conventionnalistes, s'il n'y a plus de naturalistes, la théorie
saussurienne garde-t-elle une validité, ou n'est-elle pertinente qu'en réaction vis-à-vis de ceux qui
n'ont rien pigé ?
Voilà, ma synthèse est un peu éclatée, mais je peux pas dire que le texte d'Utaker ça soit l'éclate...
Je crois avoir dit toutes les idées principales, résumées. Sinon, une phrase peut permettre de
mémoriser tout ce qu'il dit :

p. 289 :
Aussi longtemps qu'on tient à la « logique de l'identité », liée à une logique de l'exclusion (ou/ou),
les signes et le langage ne peuvent que se dérober à notre regard. N'oublions pas non plus que la
« logique de l'identité s'insère dans une série de figures qui ont été impliquées par l'image classique
de la langue : l'espace (et non le temps), l'écrit (et non l'oral), les yeux (et non l'oreille), la nécessité
(et non l'arbitraire) et le simple (et non les rapports).

Avec ça on a tout ce sur quoi insiste Utaker à mon avis.