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<a href=François de Dainville Les cartes anciennes de l'Église de France sur la cartographie ecclésiastique du XVIe au XVIIIe siècle In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 40. N°134, 1954. pp. 7-121. Citer ce document / Cite this document : de Dainville François. Les cartes anciennes de l'Église de France sur la cartographie ecclésiastique du XVIe au XVIIIe siècle. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 40. N°134, 1954. pp. 7-121. doi : 10.3406/rhef.1954.3153 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1954_num_40_134_3153 " id="pdf-obj-0-2" src="pdf-obj-0-2.jpg">

Les cartes anciennes de l'Église de France sur la cartographie ecclésiastique du XVIe au XVIIIe siècle

In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 40. N°134, 1954. pp. 7-121.

Citer ce document / Cite this document :

de Dainville François. Les cartes anciennes de l'Église de France sur la cartographie ecclésiastique du XVIe au XVIIIe siècle. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 40. N°134, 1954. pp. 7-121.

<a href=François de Dainville Les cartes anciennes de l'Église de France sur la cartographie ecclésiastique du XVIe au XVIIIe siècle In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 40. N°134, 1954. pp. 7-121. Citer ce document / Cite this document : de Dainville François. Les cartes anciennes de l'Église de France sur la cartographie ecclésiastique du XVIe au XVIIIe siècle. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 40. N°134, 1954. pp. 7-121. doi : 10.3406/rhef.1954.3153 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1954_num_40_134_3153 " id="pdf-obj-0-20" src="pdf-obj-0-20.jpg">

Etude

sur

la

cartographie

ecclésiastique

du XVI' au XVIII' siècl,Le

L'ancienne France nous a légué de nombreuses cartes de géographie ecclésiastique : cartes de provinces, d'évêchés, ar- chidiaconés, doyennés, voire plus rarement de paroisses; car tes des établissements de plusieurs grands ordres religieux

et de bénéfices

à

la nomination du

Roi

Bref,

... considérable de documents de valeur inégale, parfois incomp

une masse

letsou sujets à caution, mais qui n'en constituent pas moins

une source importante pour les travaux

de géographie et

d'histoire de l'Eglise ou de sociologie religieuse historique.

Ils livrent, enfin, en des images

souvent très vivantes, la

ma

nière

dont les contemporains se représentaient les choses.

Or, par une omission singulière, les bibliographes ne se sont

guère attardés à signaler ou à faciliter aux chercheurs l'accès de cette importante source de documentation. Si A. Rébillon1.

L. Mirot2 y font une brève allusion, V. Carrière, dans sa pré

cieuse

Introduction aux études d'histoire ecclésiastique (Paris

1941),

et les érudits auteurs des volumes

de Clio concernant

le

xvne

et

le xvine

siècle, n'en

soufflent mot. L. André

lui-

même n'en cite que quelques-unes3. Une telle lacune est éton

nante,

car

les

bibliographes anciens,

du

vieil

André

du

Chesne

en

sa

Bibliothèque des autheurs qui ont escrit l'his

toire

et topographie

de

la France

(1618)4

au P. Lelong dans

sa Bibliothèque historique de

la

France, au contraire, ont

attaché une particulière attention aux cartes ecclésiastiques. Pourquoi ne les a-t-on pas suivis ? Il importe d'autant plus de dresser sans retard l'inventaire des trésors cartographiques que recèlent nos collections, qu'un.

  • 1. Atlas historique, t. III; Les temps modernes, Paris, 1937, p. 9.

  • 2. Manuel de géographie historique de la France, Paris,
    3.

1930, p. xvm.

Les sources de l'histoire de France XVIIe siècle, t. I, Géographie et

1913, p. 43.

p. 200, Cahors.
p. 200,
Cahors.

244, 280, 281,

cartes des

histoires générales, Paris,

4-.

2« édition,

Paris,

Cramoisy, 1627,

Limoges,

diocèses du Mans, de Reims,

8

FRANÇOIS DE D AIN VILLE

tel relevé s'impose comme une des tâches préalables au vaste programme de géographie religieuse dessiné de main de maît

re par G. Le Bras5. Avant de songer à établir le volumineux atlas qui présentera l'ample vision des aspects du Christi anismeen France, il est indispensable de réunir les matériaux

dispersés en divers dépôts,

de l'atlas

ecclésiastique qu'ont

conçu et partiellement réalisé les cartographes des xvie, xvn*

et xviii6 siècles.

Comme il juxtapose en de monumentaux in-folios et porte

feuilles

des cartes

d'une qualité très inégale, — entre elles se

sont écoulés parfois plus de deux

siècles, au cours desquels

la cartographie a subi de profondes transformations, — il nous a paru indispensable de retracer en tête de ce répertoire l'his

toire

de ces cartes ecclésiastiques

et de

le

faire

suivre

d'un

guide qui fournira à l'usager, peu familier avec ces documents

d'un autre âge, les essentielles indications pour une profita blelecture. On chercherait en vain parmi les nombreuses études géné

rales

ou particulières, consacrées jusqu'ici à l'histoire de la

cartographie française sous l'Ancien Régime, des travaux sur

les cartes ecclésiastiques. Tout au plus peut-on y glaner des

suggestions ou des précisions utiles pour la mise

au point de

l'étude de première main qu'il a fallu poursuivre. Notre but n'est pas seulement de présenter un tableau d'en semble de ces cartes, dûment regroupées par époque et par auteur, ou de relater les circonstances de leur édition, mais aussi d'évoquer les modes de leur établissement, afin de four nirdes critères pour juger de leur exactitude. Fontenelle le remarquait déjà judicieusement6 :

Communément on n'a guère idée de

et de la manière dont elle

ce qu'est une carte

géogra

phique

se fait. Pour peu qu'on lise, on

voit assez

la différence d'une histoire à une autre du même sujet,

et

on

juge

les historiens

:

mais

on

ne

regarde

pas

de

si près

à

des cartes de géographie, on ne les compare point, on croit assez

qu'elles sont toutes à peu près la même chose, que les modernes

ne sont qu'une répétition des anciennes, et si, dans l'usage on

préfère quelques-unes, c'est sur la foi d'une réputation, n'a pas examiné les fondements.

dont

en

on

Un examen plus attentif révèle que l'ancienne cartographie

était plus complexe qu'on le prétend communément. Elle ne

saurait se ramener au classement

rigide d'un

« avant »

et

5. Un programme

: La Géographie religieuse dans Annales d'histoire

1825, t. II, p. 162.

sociale, 1945, p. 87-112.

6. Eloges,

Œuvres, Paris,

LES CARTES ANCIENNES DE L'ÉGLISE DE FRANCE

9

d'un

« après » la correction de la Carte du Royaume par l'Aca

démie des Sciences. Il nous semble plus exact de considérer

successivement quatre grandes étapes :

— une période primitive,

antérieure à l'œuvre de Sanson,

du

milieu

du xvie au milieu du xvn* siècle,

l'époque

des

«

descrip

tions» ; — l'œuvre des cartographes de cabinet, travaillant sur mémoir

es,du milieu du xvne au début du xviii* siècle ;

— les

cartes

en

dépendance

des

travaux de l'Académie des

Sciences,

fin xvne - première

moitié du xviii" siècle ;

— les grandes cartes géométriques de Cassini, Seguin, Belleyme, Aldring, en leurs aspects ecclésiastiques et les cartes diocésaines qui en dépendent, deuxième moitié du xvme siècle.

Nous

étudierons à part les cartes des communautés

régul

ières

ticuliers

et celles qui se sont essayées

à décrire des aspects par

de l'histoire de l'Eglise

de France.

1610 2) +J
1610 2) +J

1. Les cartes de diocèses Jevées au XVIe et au xvne siècle

avant

ou

en

même temps

que

N. Sanson.

LES CARTES ANCIENNES DE L'ÉGLISE DE FRANCE

11

I. — LES

« DESCRIPTIONS ».

C'est au

cours

du

xvie

siècle que s'éveilla

la cartographie

française. Elle fut d'emblée essentiellement régionale. Provin ciauxqui aimaient leur petite patrie, nos premiers géographes travaillèrent surtout à dessiner l'image de leur province. Cette tendance favorisa la naissance des premières cartes dio

césaines,

d'autant que, parmi ces géographes qui appartenaient

aux divers Ordres

de l'Etat, plusieurs

étaient des prêtres.

 

C'est

«

au cœur

du royaume, qui

est

ce

que

la rivière de

Loyre

et autres rivières

qui

tombent

en

icelle

comme l'écrivait à Philippe

II

un agent

breton,

baignent », pays

— aux

de Loire où fleurissaient les poètes renaissants que s'ébaucha

notre premier atlas national et que parurent les premières planches de l'atlas ecclésiastique7.

La plus ancienne carte diocésaine,

semble-t-il, est celle du

Diocèse du Mans par Macé Ogier, prêtre et maître de l'hôpital

des

Ardents,

sis au

Mans, natif de la

Champagne du Maine.

La Croix du Maine rapporte qu'elle

aurait

été gravée

sur cui

vre par Jacques Androûet du Cerceau et tirée au Mans en

1539 par Mathieu Vaucelles et Alexandre

veau

l'an

1565. Après Gauvin et Lassus,

Chouen, et de nou nous l'avons vaine

ment cherchée. On a sa Description, imprimée l'an 1558, chez

Louis

Gaingnot, puis par Hiérosme Olivier, l'an

1559

et

en

15863.

Description de la charte Cenomanique contenant les Villes, Fo Rivières, Paroisses, Chappelles et Bénéfices, tant réguliers

du Maine.

rests,

que séculiers, estans situez au Diocèse du Conté (sic)

Ensemble les notes et marques distinctes pour sçavoir

à

quels

7.

L. Drapeyron, L'image de la France sous les derniers Valois et sous

dans

Revue de géographie,

t. XXIV,

les premiers Bourbons (1525-1682)

1889, p. 1 sq.

8.

t. II,

Bibliothèque françoise (revue par Rigoley de Juvigny), Paris, 1772,

p. 69,

107. — Lelong, Bibliothèque

historique (édition 1768), t.

I,

p. 298.

p. 95, n° 1661. — H. de Geymûller (Les Du Cerceau, Paris, 1887,

299 ) rejette l'attribution à Du Cerceau,

probant,

Th.

car il

Cauvin,

juge sur une copie

641

mais son argument n'a rien de

hollandaise ultérieure. — Consulter

du Mans,

Paris.

1845,

p.

inédits et

Géographie ancienne du diocèse

et 642. Abbé Lottin et

M. Lassus, Recueil de Documents

rares sur la topographie et les monuments historiques de l'ancienne pro

vince

du Maine, Paris, 1851. Note bibliographique : De la carte cenoman

ique, 4 pp., in-folio, et reproduction (B. N., Impr. f° Lk3 1131).

12

FRANÇOIS DE DAIN VILLE

patrons et collateurs appartiennent, avec les quotes des distances de chacunes parroisses aux autres. En outre à la fin les bancques

et adresses pour aller à la ville du Mans aux villes et foyres plus

renommées

et famées du royaume

de France,

au Mans, Hierosme

Olivier,

s. d.

Le colophon précise

:

Cy

finit

la

carte cenomanique contenant les Villes, parroisses,

foretz et rivières avec la distance des lieues, ensemble les abbayes

et prieurez et chappelles Oliviers.

de

ce

diocèse

du Mans.

1586.

Par

H.

Ce petit ouvrage in-12,

qui devait être réédité,

à de

nomb

reuses

fautes d'impression près, jusqu'aux premières années

du xvnr siècle10,

avait été imprimé

«

suivant les mémoires

qui furent trouvés en la bibliothèque du dit Macé Ogier après

sa mort

»,

nous

dit l'annaliste

du Maine :

Tables

des collateurs et des prébendes,

état des doyennés du

diocèse et évêché du Mans avecques les paroisses estant soulz iceulx

les chappelanies, s'ensuivent les paroisses estant es quintes

de la

ville du Mans, les paroisses rurales par doyennés, enfin les chemins

et addresses pour aller au Mans, avec l'indication des distances

appréciées par lieue

(}. /.),

demie

lieue (d.

l.),

et

quart de

lieue

(q.

D.

Un bref échantillon donne

une idée

de l'ouvrage

:

S'ensuivent les paroisses estant soubz le Doyenne d'Ernêe en pre mier

la

Bourgon, SS

[abbé

de

Crousille, iii quarts.

S.

Sierge d'Angers],

à l'Aulnay, j.lie.

à

L'Aulnay, E(vêque), à Bourgneuf, j. lieue. Bourgneuf, E , à la Baconnière, j. 1. à Olivet; une lieue un quart.

La Baconnière, E, à Chaillant, j.l. s'ensuivent les prieurez et chappelles audict doyenné ...

Ces mémoires

et itinéraires

sont,

à

n'en pas

douter, les

documents de base

qui ont servi à Ogier pour bâtir sa carte.

On

peut

se

faire

une idée

de celle-ci

à

travers

ses copies.

L'image, d'un style certainement différent qu'en donne Abra ham Ortelius dans son Théâtre de l'Univers, à partir de l'édi tion de 1595 : Cenomanorum Galliae regionis typus, aucthore

9. Bibl. du Mans, Maine 1865;

Bibl. de

l'Arsenal, H. 8313. Signalé par

Tralage dans une note en marge d'une

Cartes Pf 213 3026).

carte particulière du Maine. (B. N.

10. Edition sans date par la Veuve de H. Olivier (B. N., Lka 1123); —

Gervais Olivier, 1617;

autre édition chez Jacques Ysambart,

Le Mans,

Le Mans, 1673; — Au Mans, chez la veuve de Jérôme Pichon, 1715 (Bibl.

du Mans,

Maine 1866, 1867.)

LES CARTES ANCIENNES DE L'ÉGLISE DE FRANCE

13

Matthaeo Ogerio (La Mans

[sic])11, nous

est très précieuse

par l'indication du nom d'Ogier. Les

Blaeu la reprirent dans

le Théâtre du Monde ou Nouvel Atlas (Amsterdam) dont les

éditions françaises de 1635 et 1644, hollandaises de

1635, r

eproduisent

une Cenomanorum Galliae regionis typus vulgo le

Mans auct. Matheo Ogerio1*

et

dans

leur géographie bla-

vienne (1663), sous le titre : Le Pays et Diocèse de Mans

vu

lgairement

le

Maine

ubi otim Cenomani13,

sous

forme ré

duite1*.

Parallèlement, Maurice Bouguereau publiait dans son pro pre Théâtre françois en 1594 une carte savoureuse du diocèse

du Mans,

avec,

pour titre, Nova et intégra CAE[N]OMA[N]

IAE descriptio vulgo Le Mans15.

Pour mieux entendre, lecteur bening, déclare l'Avertissement, la présente charte diocésaine cenomanique, appellee vulgairement la diocèse (sic) du Mans, il convient premièrement sçavoir que celle soit situé en la Gaule celtique entre les Duchés et pais de Nor mandie et comprend icelluy diocese les conté du Maine et de Laval et partie des vicontés de Beaumont et Domfront en Passais et aultres baronies, chastellenies, bailliages et les seigneuries tem porelles. Et pour le regard du spirituel, oultre la cathédrale, plu sieurs églises collégiales, abbayes, monastères, prieurez conventuels et simples clochez, parochiaulz et capelles, corne cy les voiez par figures de lettres avecq les noms de patrons inscripts respective ment à chacun clocher.

A

la

marge

figure en

effet une

liste d'abbayes,

prieurés,

doyennés et chapitres référant à

des lettres

portées

sur

la

carte.

D'aucuns ont eu le tort de lire dans les deux lettres entre

lacées

qui suivent la marque

de Bouguereau,

C J., qu'ils ont

interprété,

Jean Calame16. Il

y

a

sur

la

pièce

G.

T.

que

le

 

11.

t.

I, p.

12.

122.

13.

14.

B. N., Ge DD.

15.

B.

Inst. (1560),

iv,

cèse,

êmement

grandes et

cle,

16.

t. III, 190.

 

B. N., Ge DD 2444, f° 22; Ge DD 2677, 4. — L. Bagrow, Ortelii cata-

logus cartographorum dans Petermanns Mitteinlungen 199, Gotha, 1928,

B. N., Ge DD. 1169, pi. 51; Ge DD. 12S8, pi. 32; Ge DD. 1195.

B. N., Ge DD. 2987, 263; Ge

2633,

33.

DD. 1190, t. VII, p.

397.

N., Impr. Rés, Fol. L72; Ge DD. 627. 41. — Diocèse était féminin.

Chacune cité avoit sa diocèse, laquele se pourvoyoit de prestres. Calvin,

2. — Sans

qu'aucun evesque puisse outrepasser sa dio

Ph. de Marnix. Differ, de la Religion, II, 6. Les diocèses sont extr

embrouillées. S.

François de Sales,

Lettres, 287

(t. XIII, 48) E. Huguet, Dictionnaire de la langue française du XVIe siè

B. N. Inventaire du fonds français. Graveurs du XVIe siècle. Paris,

1938, t. II, p. 252 — E. Giraudet, Les artistes tourangeaux, Tours, 1885, p. 37, 38.

14

FRANÇOIS DE DAINVILLE

bibliographe manceau traduit à tort Guyetn.

On retrouve,

en effet, ce monogramme

dans le titre de la Description vraie

et entière de l'Anjou.

«

Licini

Guyeto auctore,

G

T

F

»18,

qui

entend par

là nettement distinguer l'auteur de la

carte

Lezin Guyet

et le

graveur

désigné par les lettres

 

G T

qu'on

retrouve sur d'autres cartes du Théâtre François. Bouguereau lui-même nous a offert la clef dans sa préface :

La bonne volonté qu'ay eue d'illustrer ma Patrie, lors que ceste ville de Tours estoit en ce temps de troubles et Guerres civiles le

reffuge des

gens de

bien,

s'adresse

à moy ung graveur Flamand,

auquel après avoir faict graver en cuivre la Charte de France, je

fus stimulé

de continuer le Théâtre François;

et

audict temps

faict graver les autres Chartres particulières des Provinces que voyez en ce livre, dont en ay recouvert, parti d'icelles non jamais veues.

Ce

« graveur flamand

», comme

en témoigne les contrats10

retrouvés est Gabriel Tavernier (G. T.), originaire d'Anvers.

Il

date aussi

la gravure de la carte entre 1590 et 159420.

La copie

qu'en

a donnée Leclerc

en

1620

ne

la vaut pas

pour l'exécution. Au reste elle ne diffère guère que par le titre Carte particulière du Maine, gravée sur une nappe qui pend d'une table chargée d'une plantureuse poularde allongée sur

un long

plat, flanquée

de deux magnifiques

citrons. Nature

morte assez

dans le style de Tassin, qui évoque les produits

du terroir.

Une

échelle (0,009 =

une lieue commune) rem

place

la marque de l'éditeur tourangeau21.

 

Une comparaison entre les copies flamandes de Macé Ogier et les cartes sans nom d'auteur de Bouguereau et de Le Clerc

fait ressortir l'étroite parenté des deux œuvres. Si l'orientation

est différente, on retrouve le même tracé de la frontière dio

césaine,

avec

la même interruption, à l'Est,

aux confins ven-

dômois, la même nomenclature, à l'orthographe près, qui tra

hit les copistes flamands.

De ces ressemblances, on peut in

duire

que les deux séries de cartes française et flamande dé

rivent parallèlement du même archétype, la carte d'Ogier.

soit que les cartes flamandes dépendent d'Ogier

17.

F. Guérin.

18.

19.

Préface

du

Kaartmakers

267.

20.

21.

Catalogue de la Bibliothèque de la ville

Fordham. Studies

Mans, 1892, n° 1876.

B. N., Ge DD. 2635, 43.

Théâtre. H. G.

Bull, de géographie historique

à

travers la

du Mans,

Le

II, p. 60,

in cartobibliography

British an French, Oxford, p. 143-144. — J. Denucé, Oud-N ederlandsche

in betrokking met Plantijn, Antwerpen,

1913, t.

Drapbyron, Le premier atlas national de la France (1589-1594) dans

et

descriptive, t. V, 1890, p.

53.

Sarthe, A.

B. N., Ge DD. 2633. 33. Ge DD. 1290. 14 — Archives

LES CARTES ANCIENNES DE L'ÉGLISE DE FRANCE

15

copie de Bouguereau.

C'est, croyons-nous, à cette seconde

conclusion

qu'il y a lieu

de s'arrêter.

Si Ortelius dérivait

d

irectement

d'Ogier, pourquoi aurait-il attendu l'édition de 1595

de

son Theatrum pour

insérer la carte

de celui-ci,

éditée en

1539 et 1565 ? 1595, c'est-à-dire l'année qui suivit la parution

du Théâtre françois de Bouguereau. Un regard sur cette édi

tion

du Theatrum révèle qu'il emprunte plusieurs autres car

tes de Provinces françaises

au

nouvel Atlas français. Les

relations nouées à cette époque entre Plantin, l'éditeur d'Or-

telius, et Bouguereau22 peut-être par l'entremise de son gra

veur

anversois, Tavernier, confirment la dépendance d'Orte-

lius

à

l'égard

de l'éditeur

de

Tours. Quant à

l'édition bla-

vienne, elle répète même la seconde partie de l'Avertissement de Bouguereau : « ceste carte de la diocèse du Mans comprend

pour le regard

uu

spirituel, outre la cathédrale

à chacun

clocher. »23 En copiant la Description cenomanique, éditée par Bouguer

eau,Ortelius et Blaeu, les titres de leur carte le disent ex

pressément,

copiaient

simplement la dernière

édition

de

la

carte de Macé Ogier. Et nous n'avons aucune peine à les croire, car Bouguereau n'est pas un géographe, seulement un éditeur habile à se procurer les dessins des meilleurs descripteurs des régions circonvoisines, Jehan ' du Temps, Blaisois, Jean de

Fayen, Limousin, Isaac François, Tourangeau, Luzin Guyet, Angevin. Comment aurait-il ignoré l'importance et la qualité

de

la

carte

cenomanique

d'Ogier,

gravée

par

du

Cerceau ?

Mais pourquoi a-t-il tu, au titre de sa Nova et intégra descrip-

tio, le nom d'Ogier,

alors qu'à l'ordinaire il cite ses

auteurs ?

Cette omission nous paraît ressortir des mœurs accoutumés

des

éditeurs de cartes. Mentionner sur une carte le nom d'un

auteur, décédé depuis

une quarantaine d'années, c'était la

dater dangereusement dans un atlas qui se voulait nouveau !

Regravée dans le style des cartes modernes et pourvue d'un

titre qui la présentait comme « nouvelle

», elle pouvait passer

pour telle aux yeux des contemporains. Les éditeurs de San-

son n'agiront pas autrement un siècle plus tard. Comme alors, l'honnêteté des cartographes hollandais, moins sensibles peut-

être à l'attrait de la nouveauté, permet de

restituer l'œuvre à

son véritable auteur24. Les nombreuses reproductions de la carte de Macé Ogier et les fréquentes réimpressions de la Des-

  • 22. H.

G. Fordham, op. cit., p. 129-131.

  • 23. B. N., Impr. gd format G. 66, f° 161.
    24. Lelong, Bibl. hist.,

1768, t. I, p. &5, n° 1661, n'hésitait

pas à affi

rmer que les éditions
rmer que les
éditions

cartes de Bouguereau et de Le Clerc n'étaient que des ré

de celles d'Ogier.

16

FRANÇOIS DE DAINVILLE

cription qui la commentait, prouvent à l'évidence l'intérêt ex

cité

par cette première carte diocésaine.

Après celle du diocèse Cénomanique, la plus ancienne carte

particulière serait la carte du diocèse

de Bourges, dressée en

1545 par Jolivet, lui

aussi un prêtre séculier, à la requête

de

son ami Jacques Thiboust, seigneur de Quantilly,

médecin

et valet

de chambre de Marguerite de Navarre, dédiée à celle-

ci es qualité de duchesse

de Berry. Hélas, à notre grande dé

ception,

le

seul

exemplaire connu, qui avait

été retrouvé en

1907 dans un atlas provenant de l'ancienne bibliothèque des Jésuites du Collège de Clermont, à Paris, à la Bibliothèque de la Sorbonne2^ a disparu depuis. Force est donc de nous réfé

rer uniquement à la description fort précise qu'Ant. Vacher «n avait alors donnée26. Cette carte, gravée sur cuivre (0,88 m.X0,85 m.) en six feuil

les, était comprise à peu près toute entière dans les limites

du diocèse

de Bourges. Elle

empiétait légèrement à l'Est sur

le diocèse de

Limoges,

mais

Nevers, au

Sud

les

limites ne

sur ceux coïncidant pas

de Clermont

et

de

celles du

diocèse étaient indiquées.

Sur

un

fond

de

avec planimétrie très

sommaire, des clochers entourés de maisons plus

ou moins

nombreuses représentaient les lieux selon leur importance.

Comme le déclarait l'Avertissement au lecteur :

Tu vois Berry en perfection

Par ceste carte et pays

et duché

Distance, lieux, Diocèse, élection

Qu'autre n'a

point encore

si

bien

touché.

 

Aux marges, une

glose exposait l'étendue du diocèse et

le

mode d'emploi

de la carte27 :

II fault noter que l'arcevesché et dyocèse de Bourges en la plus

grande longitude contient quarante lieues

et

en

sa

plus

grande

largeur

trente

et

neuf, le

tout comprins

ensemble

fertille

et

non

fertille se monte unze centz vingt et quattre lieues laquelle chose l'on pourra congnoistre par cette mesure qui vaut une lieue com mune

la

La susdite mesure, multipliée au compas ou en règle, enseignera

distance d'un lieu

à Paultre, ensemble

le

chemin

il

faut

25. Bibl. de l'Université de Paris,

R ra. 72

  • 26. La carte du Berry par Jean Jolivet (1545) dans Bull, de géographie

et descriptive, t. XXII1, p. 258 sq. B. N.,

Ge FF. 980,

1907, et

historique

du même Le Berry, Paris, 1908, p. 72 et sq. — Sur Jolivet consulter G.

'Marcel, Une carte de Picardie inconnue et le géographe Jean Jolivet dans Bull, de géographie historique et descriptive, 1902, t. XVII, p. 176-183.

27.

Cité dans La carte du Berry, loc. cit., p. 263.

LES CARTES ANCIENNES DE L'ÉGLISE DE FRANCE

17

passer auquel

il

te semblèrent

estre

erreur si

tu

ne

considères

que pour éviter les rivières, forest et passaiges difficiles aulcune

fois l'on se fourvoie hors du droict chemin. La

seule distance se

prend à ce

point que

tu vois

en ceste forme effigiée en chascune

ville et parroisse (une petite maison avec un poinct sur la façade).

Cette note laisse entrevoir la façon dont Jolivet a construit

sa carte. Il a

dû reporter à l'aide du compas

ou

de

la règle,

à partir de quelques points dont il connaissait les coordonnés géographiques, les distances énumérées sur les itinéraires, — du genre de ceux que Charles Estienne a utilisé pour compos ersa Guide des Chemins de France (1552), — qui lui ont

servi de sources28. Il est possible d'avoir idée de cette carte par celle que Nico lasde Nicolay, Daulphinois, géographe ordinaire du Roi, des

sina

en 156720 :

Vraye et générale géographique description du pais, élection et

de Berry, avec

l'estendue, limites et confins du diocèse et

duché

archevesché de Bourges primat d'Aquitaine, dont est à noter que

l'estendue de l'élection se doit comprendre au-dedans des lignes

et traietz de plume qui sont bourdez et ce qui est hors les dictes

lignes

est du

diet Diocèse hormis les

villes

long et au delà des fleuves d'Allier

et Loire.

qui

sont dépeintes le

aquelle

Cette carte, qu'accompagne une selon la dédicace à la Reine

« description

»

dans

l

«

s'y pourra voir l'esten

duedes Diocèses, les noms, fondations et domaines des ab

bayes,

prieurés, monastaires, commanderies, églises collégial

es,cures, hôpitaux, maladreries et aultres bénéfices » — dérive visiblement comme celle que Jean Chaumeau (Cala-

meus)

publie

dans

son

Histoire du Berry (Lyon, Griphius,

1566), de la carte de Jolivet. D'après Vachet qui les a étudiées.

« elles en sont de simples reproductions avec quelques correc tions portant sur la nomenclature ». La carte de Chaumeau, recopiée par Ortelius dans son Theatrum Orbis terrarum

(1570), retouchée par Mercator qui lui donne une figure ma

thématique

plus proche de la réalité (1585), reprise par Bou-

guereau dans son Théâtre françois (1594), fit

oublier la

pre

mière

carte diocésaine de Bourges, inventée par Jolivet30.

28.

29.

Ibid., p. 266.

On a

B. N., Fr. 2790. Carte et description générale du Pais et du duché

et diocèse

de Bourges publiées par V. Advielle, Châteauroux,

de Nicolay une Description générale

du

du même Nicolas

de Berry

1883.

Bourbonnais en 1569, qui complète la précédente, publiée et annotée par

le Comte d'iRissoN

(Moulins,

1875,

200

p.,

1

carte

Nicolas de Nicolay cosmographe du Roi (1517-1583)

Maine et du Verdier, Bibliographie françoise, 30. A. Vacher, Le Berry, p. 78-89.

1772-, t.

en couleurs).

Sur

voir

La

Croix du

II, p. 174-176.

2

IS

FRANÇOIS DE DAINVILLE

Le Limousin, qui pour lors relevait de la mouvance cultu relle des pays de Loire, stimulé par ces exemples, voulut avoir sa « Topographie ». Fayen dressa sa Totius Lemovici et con- finium provinciarum descriptio (1594), qui est une carte des diocèses de Limoges et de Tulle31.

Jamais carte ne

fut accueillie

avec

plus de

faveur et

célé

brée

avec plus d'éclat lors de son apparition. Les vers de Joa

chim

Blanchon en témoignent :

Homère, Démosthène et Archimède ensemble

LYMOGES

a nourry où la vertu s'assemble

MVRET, DORAT, FAYEN, trois excellens esprits, Muret son Démosthène et Dorât son Homère FAYEN son Archimède ayant sa ville mère Sa province en son plan heureusement compris.

C'est qu'alors rien n'était plus rare que les géographes ma

thématiciens,

et Fayen, médecin, qui s'adonna aux mathémat

iqueset à la géographie, les éclipse tous. Nous ignorons de

quels

documents il

s'est servi pour

dresser cette carte

qu'il

dédie au

duc de Ventadour, gouverneur du Limousin, dont

les armes figurent au cartouche. Peut-être chargea-t-il le bu

reau

des finances de Limoges d'une enquête, car il semble se

proposer

un

but

fiscal

et militaire

plutôt que religieux.

Si

l'on compte 523 chefs-lieux

de paroisses

sur. 660

noms de

lieux, il omet

les

abbayes et la vue cavalière qu'il

donne de

Limoges n'a rien de particulièrement ecclésiastique. Bouguereau, qui revendique Fayen comme l'un des princi pauxcollaborateurs de son Théâtre, déclare que celui-ci « n'a

épargné

ny despance,

ny

temps, outre

la

sollicitude de son

esprit, pour rendre parfait la charte du vicomte de Limoges ».

Nous l'en croyons, car la carte est plus exacte que les cartes

contemporaines, ce qui lui valut de jouir d'un

plus long cré

dit.

On la retrouvera jusqu'après le milieu du siècle suivant

dans

les Théâtres

de

Bouguereau, de Leclerc,

de Boisseau.

Gravée

par

Kaerius elle

fera

carrière

dans

le Mercator

de Hondius, les Théâtres du Monde

de Blaeu

et de Janson32.

La collection de Trallage

en recèle dans

ses portefeuilles un

précieux exemplaire, « avec les divisions manuscrites tracées

en couleur des archipreverez »33.

31.

et la

32.

B. N., Ge DD. 2087, Pf. 213, 3041. — Lud. Drapeyron, Jean Fagen première carte du Limousin, 159k, Paris, 1894, p. 7 sq.

Lud. Drapetron, Jean Fayen, p. 22, 29, 30 — Robert db Vauoondy,

Essai sur l'histoire de la Géographie, 1755, p. 315, reconnaît s'en être servi un siècle et demi plus tard.

33. B. N.,

Cartes Pf.

213, 3040.

LES CARTES ANCIENNES DE L'ÉGLISE DE FRANCE

19

Elle inspira, croyons-nous, la Description

du diocèse

de

Sarîat et Haut Périgord,

que dessina l'année

même

elle

parut (1594), Jean Tarde, chanoine théologal de Sarlât (1561-

1636).

Il

y

a

de fortes chances que

ce jeune

ecclésiastique,

fort piqué

lui aussi de mathématiques, dont il avait

pris des

leçons à Rome quelques mois auparavant auprès

du

P. Cla-

vius, ait été incité par l'œuvre fameuse de l'Archimètie limous

in,parue cinq mois plus tôt, à mettre à profit la visite du

diocèse, que

 

lui

confiait en août

1594 son évêque,

pour en

faire autant34. Toujours est-il

«

qu'en visitant ainsi

ce diocèse, écrit-il,

je fis la carte et description géographique d'icelluy pour faire voir dans un tableau au diet sieur evesque et ses successeurs

le champ qu'ils sont obligés à cultiver, laquelle après fut gra

vée et imprimée en taille dolce et peinte en grand volume

sur

un

pan

de

la salle

épiscopale

»35.

Ce

texte

est capital

dans

l'histoire de la cartographie ecclésiastique française. Il est la

première expression de la pensée souvent reprise depuis des

secours

de la carte à l'action apostolique. La carte de

Tarde,

 

de par ses intentions explicites, est proprement la première carte à fins ecclésiastiques dressée en France. En 1606, Siméon

de Popian, évêque

de Cahors, s'étant rencontré avec Tarde,

«

le détermina à

parcourir et à visiter avec soin toute la con

trée soumise à sa juridiction épiscopale ». Suivant sa « com

mission

expresse », il dressa la Description du Pais et diocèse

de Quercy™.

 
 

Ces deux cartes par le style s'apparentent à celle de Fayen;

on

y retrouve

même

à l'instar

de

la carte

limousine, la vue

cavalière de la cité de Sarlat et celle de Cahors. Elles ont été

levées sur le terrain et non pas dessinées en cabinet, les textes

cités

nous

en donnent

la

précieuse

certitude.

Comment ? Une remarque du Chanoine de Chancelade, au

teur

de l'Histoire littéraire du Périgord, nous

a permis de le

découvrir : Jean Tarde ne s'est pas contenté, en effet, de

dres

ser ses cartes, il a pris la peine d'expliquer sa méthode

dans

un copieux traité sur les Usages du

Quadrant à VEsguille ay-

mantée

divisé en

deux

livres. Le

premier donne la

cognois-

sance du Quadrant,

le second,

tes usages,

utilitez et services

qui en peuvent estre tirez : comme de mesurer toutes distan-

34.

B. N., Mss., Périgord, t. 19 : « Histoire littéraire de la Province du

106 :

« Relation des voyages de Tarde à Rome »,

Périgord », f° 133; t.

f°8 31 sq. — On consultera sur lui l'excellente introduction de G. Tarde

dans Les Chroniques de Jean Tarde, Paris, 1887, p. i-xliv.

35.

36.

Les Chroniques de Jean Tarde, p. 324-325.

Ibid., p. xvii-xviii.

20

FRANÇOIS DE DAINVILLE

ces, hauteurs et profondeurs, prendre

et rapporter au

petit

pied toutes sortes

de

plans; faire la carte

et description d'un

pays et toutes les autres opérations de la Boussole.

(A Paris,

chez Jean Gesselin, 1621). L'ouvrage était dédié à Messire

Siméon Etienne de

Popian, lui appartenant

pour

avoir été

conçu dans son Diocèse et éclos sous ses auspices : « en ce

que faisant la charte géographique de vostre diocèse à l'aide d'un petit quadrant et vous descouvrant un jour des moyens

qu'il

y avoit

de

faire servir l'Esguille

aymantée à plusieurs

autres usages, vostre Seigneurie désira qu'ils fussent par moy

rédigez avec facilité, et communiquez au public

... On retrouve dans cet ouvrage, qui eut du succès37, le détail des opérations auxquelles il se livra sur le terrain et en cabi

»

net pour construire ses cartes. Ses

exemples et les croquis

qui les illustrent se réfèrent

au lever de la

carte du diocèse

de Sarlat. Suivons notre chanoine cartographe sur le terrain, auprès de Sarlat, car il est aussi rare qu'important de connaît recomment on levait une carte à la fin du xvie siècle.

— Première opération, il va faire sa carte « à la façon des

mareschaux de camp pour loger une

seule station sans

se

mouvoir du lieu

armée

»38

[cf.

»,

«

avec une

pi. I1].

Il prépare une feuille

de papier

sur laquelle

il tire

deux lignes

droites qui se croisent au milieu à angle droit, sçavoir BG pour la

meridionele, DE pour Péquinoctiale et le poinct de l'intersection

est prins

pour Sarlat,

représente le midi,

C

qui sera comme le centre

de la

charte, B

le

septentrion, D

le levant,

E l'occident.

Et

à

un

coin,

il prend

une

petite eschelette pour

mesurer les

lieues et les diviser en demy lieues, tiers , quarts et demy quarts.

Il s'en

va hors la ville en quelque

lieu bien aéré

et où l'orizon

est le plus à

descouvert et là il pose son papier sur une table ou

lieu bien uny et en niveau,

et par le moyen

du Quadrant met et

arreste le papier de telle sorte que la ligne BC est précisément la méridionnelle du lieu.

Après

il s'informe des villes, bourgs

et villages

qui sont à une on luy parle d'un

lieue près et tout à Pentour de Sarlat; et comme

lieu

et qu'on luy monstre l'endroit où il

est, il tire

une ligne vi-

37. B. N., V. 8750. Ce traité eut une 2e édition en 1623 (B. N., V 8752)

1&38 (B. N., V8753).

1520

Dans ses Quesiti et inventioni diverse

Nicolo Tartaglia avait

et 1560 (livre V)

mettere over tuore rettamente in designo con

...

» Cf. Colo

et

le

et une 3e en

composés à Venise entre

déjà exposé :

el bossolo, li

«

Sopra el

siti, paesi et similmente le piante délie citta

nel A. Laussedat, Recherches sur les instruments,

les méthodes

dessin

topographiques, Paris, 1898, t. I, p. 69-73.

Usages

du Quadrant,

38. Les

1621, problème LUI,

p. 7-8-79. L'auteur

les

précise au problème LXXIX, p.

118, 119, comment on calcule toutes

distances qui sont entre plusieurs villes par la connaissance d'une seule distance.

LES CARTES ANCIENNES DE L'ÉGLISE DE FRANCE

21

suelle

de

que et l'escrit

de

droit

au nord,

dans la

charte.

S à l'endroit du lieu

qu'il veut marquer, et ayant prins

avec le compas sur l'eschelette la distance de S à ce lieu le mar

sur le papier

et sur la ligne qui y va tout droit,

 

et

la charte

se trouve

vers midy,

Carsac à

comme se voit

en sa distance et descrivant ainsi tous les lieux qui sont à l'entour

Sarlat, ensemble les rivières et ruisseaux,

faicte, telle qu'on

la voit icy, en laquelle Saint-Vincent se trouve

à une lieue de Sarlat, droit au levant, Temniac à un quart de lieue

les Vaissières à

demy lieue

une lieue entre midy et levant, et ainsi des autres

— Deuxième opération; pour savoir quel triangle consti

tuent Sarlat, Périgueux et

Bergerac et quelle

est

la

propor

tionde leurs distances, il lui suffit, après avoir tiré de Sarlat,

comme précédemment, deux lignes en direction de Périgueux

et

de

Bergerac

BC et BD,

de

se rendre

à Bergerac

et

de

tirer vers Périgueux

une

ligne EF,

qui

en coupant

BG

au

point G indique

le

lieu

doit être

marqué Périgueux, sans

qu'il soit besoin

de s'y transporter. Cette manière de

procé

derassure une beaucoup plus grande exactitude des cartes

[cf.

pi.

I2]39, car

note

judicieusement

notre topographe :

En ceste opération faut remarquer que la ligne visuelle ne peut

estre terminée en sa juste longueur, ains est tousiours incertaine, à cause qu'on n'est jamais d'accord de la distance des lieux

:

car

où les uns comptent une lieue, les autres en y mettent deux et les

autres trois quarts,

le

tout avec

confusion et incertitude, d'où

vient que les chartes géographiques faites d'une seule station sont

toujours fautières.

Mais cette difficulté est vaincue par les lignes

qui se croisent sur le charton tirées des deux lieux à un troisièsme:

car estant asseurré de la largeur de la ligne BE, le poinct de l'i

ntersection

G emmène les

deux

lignes BG et FE et c'est en quoy

consiste la vraye fabrique de la charte géographique.

Le souci d'être exact fera multiplier à Tarde les cartes par

ticulières.

Il rapporte comment

il

s'y est

pris

«

chemin fai

sant

» pour apprendre l'assiette de la partie septentrionale

du diocèse comprise entre Montignac, Sarlat, Carlux, Salignac, Saint-Cyprien et Limeil40.

Estant à Montignac,

après avoir préparé

et

posé

son

charton

comme es deux précédens problèmes, il se fait montrer l'endroit

de l'horizon

où sont les

autres cinq places, et suivant ce

qui luy

est monstre par gens experts, tire sur le charton cinq lignes qui

vont

de

Montignac en

ces cinq places.

Sçavoir

BS

pour Sarlat,

BC pour

Salignac, BD pour

Carlux, ML pour Saint-Cyprien, MN

Limeil et MB pour Montignac.

Combien que

ceste dernière MB

  • 39. Ibid., Problème LIV, p. 80, 81.

  • 40. Ibid., Problème LV, p. 82, 83.

22

FRANÇOIS DE DAINVILLE

n'e*toit pas

absolument nécessaire, pour ce

que

la

mesme étoit

déjà

marquée, ayant esté tirée de Montignac

à Sarlat : Toutefois,

il n'est que bon

de la tirer encore de Sarlat à Montignac, pour ce

que c'est rectifier la première et un moyen de la corriger, si de

Montignac on n'avait pas

bien

monstre l'endroit de Sarlat.

Ces

lignes ainsy marquées, il advise le poinct d'intersection des deux

qui

ont esté tirées

en

visant à

Salignac,

il

assigne le

poinct de

l'intersection O pour le lieu de Salignac. Pareillement pour ce que

BD, MI se croisent au poinct P, il assigne P pour le lieu

de

Car-

lux;

de mesme BF,

ML se rencontrent au poinct R, il

désigne

R

pour Sainct-Cyprien, comme aussi Limeil

au

poinct V

à

cause

que les lignes BG, MN tirées pour Limeil s'y rencontrent, et ainsi

il demeure asseuré de l'assiette

de

ces

six places.

Ces lignes

vi

suelles

estant ostées et les points des intersections restants, il met

le

nom et la

marque des villes en iceux

lieux est parachevée.

et la

charte

de ces

six

Les opérations sur le terrain achevées, il restait à construire

en cabinet

la

carte. Après avoir

fait

le

tour du

diocèse

et

l'avoir traversé par plusieurs diamètres dressant des cartes

particulières depuis les lieux qui

se trouvent en chemin

:

On ramasse

et joinct toutes

ces

chartes particulières sur un

charton, sans

y mettre

les

lieux par lesquels

on

est passé,

tout

en faisant le tour que les traverses, observant les distances et les

corrigeant les

unes

par

les

autres et

faisant bien

convenir les

lieux

de

la

circonférence avec le

bout des

traverses

...

Ces lieux

ainsy marquez serviront de conduite asseurée

pour parfaire

 

la

charte entreprise.

Sur

quoi l'on

reprend les cartes particulières

et

par

les lignes visuelles

et points des intersections

 

on

met

et

marque tous les lieux

désignez par icelles.

— Enfin dernière opération41;

Transposer sur un papier

blanc

 

les points

désignez pour les

lieux sur ces poincts, mettre la peinture et marque des lieux avec

leur nom,

y

descrire les

rivières, montagnes, forests ou autres

choses remarquables,

ainsi qu'on

les

a veues

ou apprises

par

les

intersections des lignes visuelles

et

la

charte sera

faicte

et

par-

faicte.

Si

l'on

rapproche les

figures

qui illustrent les Usages

du

Quadrant de

la partie correspondante

de la Description

du

diocèse de Sarlat, il n'y a aucun doute, ce sont bien des frag

ments

de son canevas (pi. II).

 

Sans doute, cette méthode de lever les cartes géographiques

41. Ibid., Problème LVI, p. 84. On trouvera p. 94 sq. de ce même

ou

vrage,

figures à l'appui, l'art de lever le plan d'une ville. Ces pages nous

restituent les procédés de construction des plans de Sarlat et de Cahors,.

qui figurent au coin des cartes de Tarde.

LES CARTES ANCIENNES DE L'ÉGLISE DE FRANCE

23

était-elle assez défectueuse, comme on

le notait

dès

le xvni*

siècle, faute d'employer la trigonométrie42. Il est néanmoins

certain que pour l'époque le résultat atteignait une approxi

mation d'exactitude réputée parfaite et Ton conçoit que ces

deux

cartes aient été souvent réimprimées en France

et

en

Hollande, sauf à en rajeunir le décor. C'est ainsi que dans une

édition de la fin du xvne siècle ou du début du xviii* siècle, le

cartouche est encadré d'amours nus déroulant voluptueuse

ment

un bandeau sur le nom du vieux chanoine.

 

Nous nous

sommes attardés à dessein sur la, technique

de

Tarde car elle éclaire le meilleur de la production cartogra

 

phique de

cette période des

« descripteurs ».

C'est très vra

isemblablement

aux mêmes méthodes que nous devons les ex

cellentes

cartes de son contemporain

Jean Jubrien,

de Châ-

lons (1569-1641),

« dessinateur topographe

», comme

il

est

qualifié dans

son acte

de décès.

 

Il

donne

en

1623 une

Carte du païs et diocèse de Reims

à

grande échelle en quatre feuilles

«

très exacte et considérée

comme la représentation la plus

correcte du

pays

de

Reims

 

même au

xvin* siècle

». L'indication très nette

des collines

témoigne d'une connaissance personnelle du pays. La nomenc

lature,

comme il convenait,

est abondante.

Les lieux

avec

leurs distances y sont bien désignés43. L'ample dédicace pré

sente, en effet, la carte à Gabriel de Sainte-Marie, nommé au

siège de Reims l'année précédente, comme un instrument pour

préparer ses visites épiscopales.

Monseigneur, .

Végece

au livre

3, chapitre

6,

de son

Art militaire donne

cet

advis aux chefs et conducteurs d'armées, d'avoir tousiours avec

eux non seulement en escriture,

mais

aussy en peinture,

la

des

cription

des contrées

et régions,

esquelles ils entreprennent do

que

par

Ces

faire la guerre affin d'y contempler tant à force d'esprit

objects sensibles et visibles les chemins qu'ils doivent tenir.

descriptions ne sont pas seulement utilles aux capitaines qui ma

nient

les armes matérielles mais aussy aux prélats

sont préposez

sur

les

spirituelles,

car comme

de l'Eglise

ainsi

soit

qui

que

l'Eglise

que

est semblable à une

armée

les prélats

et pasteur d'icelle

toujours prête à

en

sont comme

combattre, et

les

chefs l'un

des principaux devoirs qu'ils sont obligez de rendre à leur charge

est de visiter les abbayes, prieurez, cures et autres lieux

de piété

42. B. N., Mss., Coll. de Périgord, t. 19, f° 133.

43. B.

N., Cartes

Pf.

215

3256; Lelong, op. cit.,

1768, t.

î, p. 75;

E.

Chantriot, Les cartes anciennes de la Champagne, Paris, 1906, p. 31 sq.;

L. Gallois, Régions naturelles et noms de Pays, Paris, 19OS, p. 304 sq.

24

FRANÇOIS DE DAINVILLE

de leur diocèse,

pour recognoistre si tout y est en point de comb

attre

contre le

diable, le

monde et la chair,

nos communs enne

mis ce qu'ils

ne

peuvent faire plus commodément qu'à l'ayde

d'une carte de leur diocèse, sur laquelle ils puissent voir d'un seul

traict

d'oeil

la situation et les distances

des villes, bourgs et villa

gesqui en dépendent, c'est ce qui m'a faict croire, que vous auriez

celle-cy de

vostre

duché et archevesché pour agréable,

par

le

moyen de laquelle vous y pourrez voyager d'esprit par avant tou

tes et quantes

fois que

vous entreprendrez d'y voyager de

corps

en

faisant des visites ordinaires comme capitaine en chef.

Cette curieuse dédicace, d'une saveur toute militaire qui

est bien de son époque, explicite la pensée de Tarde sur l'uti

lité pour l'évêque d'une carte pour éclairer ces campagnes du

Seigneur que sont les visites épiscopales. Elle fait ressortir

le lien étroit entre l'essor de la cartographie

diocésaine et les

visites pastorales, dont, après le Concile de Trente, les Etats

Généraux de 1614 venaient d'urger l'obligation44. Toute une

série d'autres documents contemporains relèvent des mêmes

préoccupations.

Vaugondy nous apprend qu'outre cette grande carte du dio

cèse

de Reims, dont les Blaeu tirèrent une carte

réduite45, on

a

du même auteur

une carte manuscrite

sur

le diocèse

de

Troyes, corrigée par les archidiacres

et regardée comme

la

plus correcte46. Cette carte, dont Sanson se servira pour faire

sa propre carte de ce diocèse, dessinée en 1626 sur parchemin,

est parvenue

jusqu'à nous.

Elle doit à

son inachèvement

le

particulier intérêt de nous montrer une carte en cours d'éla

boration;

la partie

supérieure est au

 

net, l'inférieure

encore

au simple47.

Quelques

années plus

tard, Noël

le

Vacher, prêtre

bachel

ieren droit canon, chanoine de Laon et doyen de Berzy, en

présentant

à

son évêque, Legras, la carte qu'il

avait dessinée

du diocèse

de Soissons (1656),

fera

à

sa façon

écho

à

la

dédicace de Jubrien :

 

Je ne prétends

pas, Monseigneur, que

vous en puissiez

retirer

utilité, puisque

les soins

et

les peines que

vous avez

pris depuis

trente années et plus en vos visites

continuelles, vous ont acquis

une connaissance très parfaite des peuples qui

vous sont soumis

et des lieux

qu'ils habitent. Aussy n'ay

je point eu d'autre pensée

24, chapitre
1614.

44. Concile

de

Trente : session

3.

— Etats généraux de

45. B. N.,-Ge DD. 2987.

46. Essai sur l'histoire de

47. B.

N., Réserve

Ge

la géographie (1755), p.

échelle : une

B. 564,

306.

lieue = 0,02-5. L.

Gallois,

Régions

naturelles, p.

304, n.

1.

LES CARTES ANCIENNES DE L'ÉGLISE DE FRANCE

25

en présentant cette carte à votre Grandeur, sinon qu'elle la puisse

maintenant considérer comme une carrière qu'elle a parcouru tant

de fois ou plustôt comme un champ de gloire où elle a moissonné

pour la conqueste des âmes des lauriers qui ne flétrissent jamais*8.

Appréciée un peu trop favorablement par Fontette, lorsqu'il

déclare « qu'elle

passe pour la plus exacte et la meilleure »,

elle est en réalité un essai sans levé sur le terrain, satisfaisant

pour l'époque.

Un autre compatriote de Chastillon4» et de Jubrien, Pierre

Pronostel, de Reims, (eut-il quelque lien avec eux, nous n'avons

pu le démêler ?), dessine

« sur le commandement » de l'évê-

que d'Albi, Gaspard de Daillon du Lude, une Carte du diocèse

d'Albi qui fut fort bien gravée et imprimée par M.

Tavernier,

à

Paris

en

164250. Elle est agrémentée en son coin supérieur

droit d'une vue pittoresque

d'Albi,

du

genre de celles

dont

Fayen et Tarde avaient orné leurs cartes. Pronostel s'est sans

doute inspiré de ces devanciers voisins.

Plus

au

sud, Jean Cavalier, d'Agde, ingénieur géographe

du

Roi et contrôleur des

fortifications du Languedoc, dres

sait à la même époque, à une bonne échelle (1 lieue =

0,031),

une Carte particulière du Diocèse

de Montpellier., Fort peu

connue, car on ne la trouve guère en feuille, — la collection

de Paulmy, au xvm6 siècle, en comptait néanmoins un exemp

laire.

Elle est insérée en tête du Series praesulum Magalonen-

sium et Monspeliensium du

Chanoine P. Gariel

(1652) 51. Sa

carte manuscrite, sur vélin, conservée aux Archives de l'Hé

rault,

est de 164152. Le cartographe a tenté de figurer le relief.

Les limites du diocèse sont tracées et la nomenclature des

paroisses détaillée.

La route royale

qui empruntait le

par

cours

de l'antique Via Domitia est porté; il existe dans la col

lection

d'Anville une copie manuscrite nettement postérieure

48.

B. N., Ge DD. 2987, 300. Monseigneur Legras, né en 1589, fut évêque

de Soissons de 1624 à sa mort survenue en 1&56 — J. Saincir, Le diocèse

de Soissons,

Evreux,

1935,

t.

I,

p.

294-322 —

Lelong, t.

I,

1153.

L. Gallois, Régions Naturelles, p.

49.

Chastillon, comme

Jubrien

géographe du Roi »

prématurément

316, 317. — L. André, op. cit., p. 47.

né à Châlons

en

1559, « topographe

à Châlons, pour lever les

1616. B. N.,

plans du royaume, mort

Estampes, Weigert,

Invent

en cette ville en

aire de fonds français. Graveurs du XVII" siècle, Paris, 1951, t. II,

p. 307.

50.

51.

B. N.,

B. N.,

Ge DD. 2987,

328.

Imprimés, Rés. Lk3 350.

de

52.

ce

Archives Hérault,

Série des

Plans,

document

une

carte

sur velin

 

50.

On pourra rapprocher

la

généralité de

partie de

Montpellier sans date, B. N., Ge DD. 2987, 1454.

26

FRANÇOIS

DE DAIN VILLE

de cette carte sous le titre

« Diocèse de Montpellier- par Jean

Cavalier, géographe de

S. M. revue par I. P. Al

»53. Elle n'en

diffère que par quelques variantes d'orthographe et la trans

cription

des s longues de Cavalier en s courtes. Peut-être

est-

ce un document préliminaire de la carte du même diocèse que

Jaillot devait donner en 1706. Très supérieure

du

point de

vue

de

la

gravure et plus correcte pour l'orthographe

des

noms, qui

sont moins

nombreux, elle n'est pas

sans ressem

blance pour le fond

avec celle

de Cavalier.

La magnifique collection topographique de Gaston d'Or

léans,

frère de Louis XIII, recèle une autre Carte particulière

du diocèse d'Agde par Cavalier, controlleur général des forti

fications

et réparations du Languedoc,

164254. C'est une

ra

vissante

carte

à la main

sur

vélin

à

une

belle

échelle (une

lieue =

0,053) de ce petit diocèse qui était la patrie de Caval

ier. Dans un cadre tracé à l'encre

de chine, rivières, fleuves

et rives

de l'étang

de Thau

et

de

la

mer ont

été dessinées

bleu,

les villes

et paroisses

désignées par des silhouettes et

la limite du diocèse

en carmin. Les chemins

sont tracés,

ce

qui

est rare

pour

lors sous

une autre

plume que celle

d'un

ingénieur. Quelques collines et le Mont-Saint-Loup dressent

leurs pentes au

Nord

et au

Sud.

Au coin supérieur droit

un

ange

discret tient

suspendu à une

ancre les

armes d'argent

aux trois chevrons de gueules à une étoile de même posée au

franc quartier de messire

Jean Dolce,

éphémère évêque

de

juin 1643.

 

A Sud-Ouest, le

sieur de Classun dessinait la Carte du

dio

cèse

d'Aire et

la dédiait à son évêque Messire Boutault. Elle

fut publiée peu après chez Jean Boisseau, enlumineur de car

tes

(1635) 55. D'après Lelong, on

lui

doit aussi

une

carte

de

l'évêché de Dax (1638)

que nous n'avons pu retrouver.

Monseigneur Boutault payait de sa personne. En

1641,

il

entreprit à travers

son

diocèse

une visite

générale dont les

notes de

son secrétaire, le géographe

Pierre Duval, nous

di

sent

avec

quelle

attention et vigilance minutieuse elle fut

conduite.

C'est à cette visite que l'on doit

la carte de l'Evêché

d'Aire (1653)

et la Description

de VEvesché d'Aire en Gasco

gne(1651) qui la commente, de Duval56. Il convient, nous

semble-t-il, d'en rapprocher la carte manuscrite de même titre,

53. B. N.,

Ge DD.

2987,

351.

  • 54. B. N., Gd format G. 65, f°

à l'encre de chine, 0,430x0,270.

159. Mesures entre les limites du cadre

  • 55. B. N., Ge DD. 2987,

345; Ge DD. 2375, 60.

n° &6.346. Cette A. Degert, carte fut Histoire publiée deschez évêques Mariette d'Aire, en 1653, Paris, B. 1903, N., Gep. DD. 17. 2987,

LES CARTES ANCIENNES DE L'ÉGLISE DE FRANCE

27

Description de VEvesché d'Aire en Gascogne, non datée, con

servée

aux Archives nationales, également divisée par archi-

prêtrés57. Est-ce

une copie antérieure

à la

gravure

par Mar

iette

de

la carte

de

Duval ? Une

note manuscrite

de Bau-

drand, sur l'exemplaire qui lui appartient, déclare l'ouvrage

de Duval « tiré de celuy fait par Classin et gravé en 1645 ». Du

moins les divisions sont-elles plus précises puisque les limites

des archiprêtrés ont été tracées58.

Duval devait suivre

Mgr Boutault lorsqu'il fut transféré

d'Aire à Evreux en 1649 et lui dédie la «arte de son nouveau

diocèse (1654)59. On peut

relever dans ces

deux cartes

l'i

nfluence

des cartes diocésaines que Sanson commençait à pu

blier,

en particulier l'inscription de limites secondaires.

La Carte du diocèse d'Angers (1652)

dessinée par Jean

le

Loyer en collaboration avec son frère Jacques est une des

meilleures « descriptions »

du xvne siècle.

L'érudit Guy Ar-

thaud, archidiacre d'Outre-Loire et conseiller au présidial

d'Angers, en fut l'instigateur et fournit aux frais des voyages

et des recherches qu'ils furent obligés d'entreprendre

pour

rendre leur travail plus utile. Cette carte, en effet, a été « faicte

suivant les observations

prises en chaque

lieu

».

Il

n'y

a

point d'endroit que

les

deux

frères n'aient visité

deux fois.

«

II n'a été omis aucun bourg,

passage de remarque,

abbaye,

ruisseau

ou estang

notable,

ny forest.

»

Tant de

soins ont

produit la carte

du Diocèse d'Angers

dont

les

limites sont

« plus certaines

que celles de la Province

», gravée par Jean

le Loyer lui-même (1652)

suivie en 1654 d'une carte de l'An

jou. Ces deux

cartes qui passaient pour « de beaux ouvrages

de géographie du temps

»

étaient appelées la

«

grande et la

petite Arthaud »60.

 

En

dépit

de

la date

tardive et d'une influence certaine de

Sanson

dans la figuration des limites décanales,

 

la

Descript

ionparticulière du diocèse de Bay eux (1675) par l'abbé Petite

(1619-1694)

se rattache néanmoins

à

l'école des

 

« descrip

teurs» par son titre, mais plus encore par sa genèse. Comme

l'indique

la lettre dédicace à

Mgr de Nesmond,

 

«

ce plan

»

  • 57. Arch, nationales, N 3 Landes 9.

58.

B. N.,

Ge

CC.

1273,

123.

59.

B. N., Ge CC. 1273, 108 — Chanoine Bonnenfant, Histoire générale

1933, t. I, p. 173-174.

du diocèse d'Evreux, Paris,

60.

B.N., Ge CC.

1. 1:

Arthaud, p. 388, t. VI:

Province de Bretagne (B.

Loyer, de La

Flèche,

1273, 107. Moréri, Le grand dictionnaire historique,

Le Loyer J., p. 477. Une carte des confins de la

N.

Rés.

Ge

C.

5031)

et géographe

précise que M., la
précise que
M., la

de S.

Jacques Le

mit au

net

académiste

« en 1703 à l'âge de 79 ans ».

28

FRANÇOIS DE DAINVILLE

est un

extrait de

ce que le chanoine

officiai a appris avec lui

de son diocèse en l'accompagnant « dans le cours des calendes

de vos

doyennés, des visites de vos églises, des missions dans

vos paroisses et des conférences ecclésiastiques

dans plu

sieurs

des lieux

où Dieu

répand ses bénédictions par votre

sacré ministère ». Cette carte, accompagnée d'un « Sommaire

des particularités du

diocèse », historiée

en

son

champ

de

remarques historiques et économiques (carrières, forges), est

d'une très grande richesse de nomenclature et exprime, grâce

à un jeu de signes conventionnels très diversifié, maintes in

dications

sur la qualité des cures d'un ou

plusieurs curés, les

chapelles et leur nature, les prieurés et les abbayes et les or

dres

dont ils

relèvent. Elle n'a pas été par là sans influencer

les cartes topographiques diocésaines qui la suivront de peu61.

Bien d'autres cartes, aujourd'hui ignorées ou perdues, fu

rent

dessinées. Ainsi une belle carte manuscrite de l'évêché

de Saint-Omer avait été dédiée en 1641 à l'évêque Christophe

de France

par

les Jésuites de Saint-Omer,

M.

le Chanoine

Coolen l'a vainement recherchée, à notre requête, dans les

archives de l'ancien chapitre

de l'église cathédrale,

où Jules

Desnoyers la signalait d'après Vallet de Viriville62. Nous ne

saurions prétendre dresser un répertoire, seulement signaler

quelques pièces : une carte manuscrite à la plume de l'Eves

chédu Mans selon ses doyennés, de 1655, avec dans un carton

la « Division de l'Evesché du Mans en ses Archidiaconnés »63;

de

la même

main, semble-t-il,

une autre

d'Angers, sans date,

«

présumée de

1655

carte de l'Evesché

», les subdivisions

ecclésiastiques ne sont pas tracées. Toutes deux s'enlèvent en

même format sur un quadrillé sanguine qui a servi à les tra

duire

et portent le cachet du collège Louis

le Grand :

«

Coll

egium Ludovici magni »

autour d'un écusson à fleurs de lis64.

61.

L'abbé Petite, chanoine officiai de la cathédrale de Bayeux, né

à

Melun en 1619, mort à Bayeux en 1694, destinait cette carte à accompa

gnerune Histoire du Diocèse de Bayeux, que la mort l'a empêchée de

publier, mais dont Hermant s'est fort inspiré. E. Frère, Manuel de Bio

graphie

62.

normande, Paris, 18

..

,

t. II,

p. 375. la France, les Archives
p.
375.
la France,
les Archives

Topographie ecclésiastique de

de

Viriville, Essai

sur

1863,

t.

II,

p. 617-618.

— Vallet

ecclésiastiques de St-

la Morinie, t. VI,

Omer dans Mémoires de la Société des Antiquaires de

1841-43,

p. lui.

« Perillustri ac reverendissimo domino, Domino Chris-

tophoro de France, episcopo Audomarensium VHIO, totius diocesis suae

S. Audomari hanc descriptionem lubenter meritoque offerebant PP. So-

cietatis Jesu, catechismorum devotique animi ergo missionarii ex colle-

gio ejusdem Societatis Jesu Audomarensi; anno Domini M. DC. XLI. »

Les noms de lieux en français.

63.

Arch, nat., N 3 Sarthe

64'. Arch,

35.

nat., N 3 Maine-et-Loire

28.

LES CARTES ANCIENNES DE L'ÉGLISE DE FRANCE

29

 

Plus importante est la Carte topographique, manuscrite,

en couleur, du diocèse d'Embrun

«

faicte par

J. Vedel,

géo

graphe,

en l'année

1670