Vous êtes sur la page 1sur 8

Frère Didier van HECKE, l'Évangile de Jean, GB GSA, 2013/2014.

32 La chronologie

321 Durée du ministère de Jésus

- Pour les synoptiques :

On

trouve les repères chronologiques suivants chez Marc :

Mc

2,23 : 1 ère mention : les épis arrachés. En Palestine, s’il y a des épis, c’est que nous sommes

aux environs de Pentecôte.

Mc 14,1 : 2 ème mention : fête de Pâque et des azymes. Nous sommes là l’année suivante.

Ainsi, pour Marc, le ministère de Jésus se situe dans ce cadre : depuis après Pâque à Pâque de l’année suivante. Sa durée est donc d’une année.

Mais cela n'est pas un témoignage car l'intention des synoptiques n'est pas de nous fournir une indication précise et formelle sur la durée du ministère de Jésus. On a là une présentation littéraire et théologique très schématique.

- Pour Jean :

Il mentionne lui plusieurs fêtes de Pâque :

- Jn 2,13 : « La Pâque des Juifs était proche et Jésus monta à Jérusalem ».

- Jn 6,4 : « C’était peu avant la Pâque qui est la fête des Juifs ». Jésus est alors en Galilée.

- Jn 11,55 ; 12,1 : « La Pâque des Juifs était proche » ; « Six jours avant la Pâque ».

Le ministère de Jésus s’étend donc chez Jean sur une période de plus de deux ans.

Ces indications capitales sont valables, à condition que le cadre de ces voyages ne soit pas fictif, mais réel. Or, la thèse du caractère symbolique ou fictif de ces voyages ne s'est pas imposé.

322 Durée du séjour de Jésus à Jérusalem au terme de son ministère

* Pour les synoptiques, elle est d’environ une semaine : Mc 11,1-15,47 (5 chapitres).

* Pour Jean, elle va durer autour de six mois (15 chapitres) :

- Le séjour de Jésus à Jérusalem débute par la fête des Tentes : Jn 7,2.10.

Cette fête est celle du renouvellement de l’Alliance au Sinaï, célébrée du 15 au 21 du mois de Tishri (c’est à dire à l’automne).

- Puis Jean mentionne la fête de la Dédicace ou Hanoukkah, (Jn 10,22), fête qui a lieu en hiver

et qui commémore la restauration et la nouvelle dédicace du Temple après la victoire de Judas Macchabée sur Antiochus Épiphane.

- Jean nous dit ensuite que Jésus repart en Judée (10,40) avant de revenir à Béthanie, tout près de Jérusalem.

- Enfin, le séjour s’achève par la Pâque (12,1), fête de printemps.

La durée du dernier séjour de Jésus à Jérusalem est donc bien d’environ six mois moins le petit intermède en Judée mentionné en 10,40.

33 Le contenu de Jean et des synoptiques

L’étude comparative de Jean avec les synoptiques permet de mettre en évidence les points communs et surtout les différences substantielles. Cela permet de mieux faire ressortir l’originalité du récit johannique.

Frère Didier van HECKE, l'Évangile de Jean, GB GSA, 2013/2014.

331 Les récits de « miracles »

Jean n’utilise jamais le terme de "dunamis" pour désigner les miracles :

Mt

: 12 fois (dont 7 pour désigner les miracles),

Mc

: 10 fois (dont 4 pour les miracles),

Lc : 15 fois (dont 2 pour les miracles).

Jean utilise au contraire 17 fois le terme "signe".

Chez les synoptiques, les miracles occupent une place importante dans la mission de Jésus. En Marc, les miracles occupent 31% du texte soit 209 versets sur 666 (22 récits de miracle). Dans les dix premiers chapitres, ils occupent près de la moitié du texte.

On dénombre seulement trois récits de miracles qui sont également rapportés par Mt et Lc : la

guérison du fils du Centurion (Jn 4,46-54), la multiplication des pains (Jn 6,1-15) et la marche sur la mer (Jn 6,16-21) rapportés par les trois synoptiques. Par contre, on constate que la plupart des miracles rapportés par les synoptiques n’ont pas de parallèle en Jean et que, à l’inverse, ceux rapportés par Jean sont pratiquement absents des trois synoptiques : le 1 er signe de Cana, la guérison du paralytique et celle de l’aveugle-né, la résurrection de Lazare.

332 Les autres récits johanniques

Qu’en est-il donc maintenant si l’on considère non plus seulement les miracles, mais l’ensemble de l’activité de Jésus ?

Il est assez frappant de constater que, dans la première partie de L'Évangile de Jean (Jn 1-12), on ne peut guère relever, en tout et pour tout, que quatre parallèles un peu développés :

 

Jean

Matthieu

Marc

Luc

Témoignage

1,19-34

3,1-7

1,2-11

3,15-22

de Jean

L’expulsion des vendeurs du Temple

2,13-22

21,12-17

11,15-17

19,45-46

L’onction de

12,1-11

26,6-13

14,3-9

7,36-40

Béthanie

L’entrée à

12,12-19

21,1-9

11,1-10

19,28-40

Jérusalem

Par contre, il y a plusieurs absences : récits de l'enfance (Mt et Lc), tentations de Jésus au

désert, sermon sur la montagne, agonie de Gethsémani, institution de l'Eucharistie. On est d’autant plus frappé, lorsqu’on aborde le récit de la Passion des chapitres 18 à 20, de constater que là, au contraire, Jean présente, comme dans nulle autre section, les parallèles les plus nombreux et les plus suivis par rapport aux synoptiques. Jean raconte à peu près dans le même ordre que les synoptiques les événements qui se déroulent depuis l’arrestation (18,2-11) jusqu’à l’ensevelissement (19,38-42). Quant aux événements liés à la résurrection et rapportés au chapitre 20, ils comportent chez Jean les mêmes éléments fondamentaux que chez les synoptiques (venue au tombeau et apparitions) mais les particularités restent assez nombreuses.

333 Les discours de Jésus

Dans l'évangile de Jean, les discours du Christ johannique constituent la matière principale des chapitres 1 à 17. Ils s’avèrent profondément différents des discours tenus par Jésus dans les synoptiques. En effet, dans ceux-ci, le Jésus terrestre s’exprime par le biais de brèves sentences, de paraboles et d’apophtegmes. Dans l’Evangile de Jean, le Christ tient de longs discours qui se caractérisent par une grande unité de contenu. Le thème récurrent est le suivant : Jésus est l’envoyé du Père et celui qui croit a la vie éternelle.

9

Frère Didier van HECKE, l'Évangile de Jean, GB GSA, 2013/2014.

334 La perspective de l’enseignement de Jésus

En Jn 8,25, la question “Qui es-tu ?” est posée à Jésus. Celui-ci répond : “Dès le commencement ce que aussi je dis à vous”. Cette réponse exprime bien la perspective du IV e Évangile où depuis le début, Jésus ne cesse de révéler qui il est. Chez les synoptiques, l’enseignement de Jésus porte sur le Règne de Dieu et sur son avènement. Chez Jean (discours, controverses, entretiens), Jésus parle surtout de lui-même, de son identité, de sa mission. Un indice se trouve dans la fréquence avec laquelle Jésus emploie le pronom JE ou l’expression JE SUIS.

Dans les synoptiques, ce n’est que progressivement que Jésus dévoile son identité. Chez Marc, c’est à la fin que Jésus accepte de recevoir le titre de Messie et de Fils de Dieu (Mc 14,61).

Chez Jean, Jésus révèle dès le début puis redit sans cesse qui il est et quel est le sens de sa mission :

- C’est lui le Fils de Dieu : « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde afin de juger le

monde » (Jn 3,17). Voir aussi Jn 3,35.36.

- Le Fils unique : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique » (Jn 3,16).

- Le Messie : « Je le suis, moi qui te parle » (Jn 4,26).

- Celui que le Père a envoyé : « Celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu » (Jn 3,34).

- Le pain de vie (6,33),

- La lumière (3,19.20.21.8,12),

- La résurrection (11, 25).

En Jean, il n’est pas question de secret messianique comme en Marc. Nous avons affaire ici à l’Évangile de la révélation claire et explicite.

Autres différences : dans les synoptiques, les deux grandes parties du récit sont dominées par les trois annonces de la Passion (Mc 8,31). En Jean, les annonces sont absentes. Mais la révélation du sort final, comme l’identité est annoncée dès le début (allusion à l’heure).

4 L’AUTEUR DU IV e EVANGILE

Quand on pose cette question de l'auteur du IV e évangile, la difficulté principale vient du fait que l’Evangile dans sa rédaction finale fut vraisemblablement rédigé à la fin du I er siècle ce qui diminue radicalement la possibilité qu’il soit l’œuvre d’un disciple de Jésus. C’est pour cela que pour Zumstein, « l’Evangile n’est pas l’œuvre d’un témoin oculaire » 1 . Mais de quel auteur parlons-nous ? De celui de l'évangile originel ? Du rédacteur final ? Des rédacteurs intermédiaires ?

41 Les données de la tradition patristique

Depuis la seconde moitié du II e siècle, une tradition ferme attribue le IV e Évangile à l’apôtre Jean, fils de Zébédée, assimilé au disciple que Jésus aimait. Mais dès le XVIII e siècle, un certain nombre de critiques attaquèrent cette tradition. La Commission Biblique de 1907 a porté sur ce sujet le décret du 29 mai 1907 affirmant que l'apôtre Jean était bien l'auteur du IV e Évangile.

411 L'attribution à Jean l'Apôtre

La tradition patristique n’est pas unanime à ce sujet. Elle penche néanmoins en faveur de l’attribution à l’apôtre S. Jean.

1 J . ZUMSTEIN, L'Evangile selon saint Jean (13-20). 362.

10

Frère Didier van HECKE, l'Évangile de Jean, GB GSA, 2013/2014.

Dès la seconde moitié du II e siècle, saint Irénée (130-200) identifie l’auteur de l’Evangile avec l’apôtre Jean, fils de Zébédée. C’est lui qui aurait publié son Evangile à Ephèse, après les trois autres évangélistes. Irénée aurait connu dans sa jeunesse Polycarpe, évêque de Smyrne, qui avait été personnellement en contact avec S. Jean. Il écrit dans son “Adversus Haereses” (III, 1,1) :

“…Jean, le disciple du Seigneur qui avait reposé sa tête sur sa poitrine, publia son Évangile alors qu’il se trouvait à Éphèse, en Asie.”

attribuent

formellement le IV e Évangile à Jean. Voilà ce que rapporte Clément :

“…Quant à Jean, le dernier, voyant que les choses corporelles avaient été exposées dans les Évangiles, poussé par ses disciples et divinement inspiré par l’Esprit, il fit un Évangile spirituel” (H. E. VI, 14,7).

412 L'attribution à un autre Jean que Jean l'Apôtre

Pourtant, dans l’Église ancienne, il se trouva des hommes pour refuser cette attribution. Eusèbe, dans son Histoire Ecclésiastique, mentionne un texte d'un certain Papias d'Hierapolis en 125, selon lequel l'auteur du IV e évangile ne serait pas Jean l'apôtre, mais un autre Jean, Jean l'ancien 2 .

413 La tradition du martyr de Jean de Zébédée

Boismard reprend la tradition selon laquelle Jean de Zébédée aurait été martyrisé en même temps que son frère Jacques en 43-44 3 . Il relève en particulier un martyrologe syriaque composé en 411 qui mentionne au 27 décembre la fête des martyrs "Jean et Jacques apôtres à Jérusalem". Dans son ouvrage, Boismard inventorie un grand nombre de témoins manuscrits différents qui attestent, sans conteste possible, que Jean l'Apôtre serait mort martyr, comme son frère Jacques.

À

peu

près

à

la

même

époque,

Clément

d’Alexandrie,

Tertullien,

Origène

42 Les données de l’exégèse actuelle

Au XIX e siècle, la question de l'auteur revint sur le tapis, et depuis, beaucoup de biblistes ont dénié à Jean l’apôtre la paternité de l’Évangile. Pour eux, Irénée aurait fait une erreur. C’est d’un autre Jean dont lui parlait Polycarpe. Il s’agirait en fait de Jean l’ancien dont parle Papias. Pour la plupart des exégètes actuels, il est peu vraisemblable que Jean le pêcheur galiléen soit devenu le théologien accompli que nous rencontrons dans le IV e Évangile. Pour eux, Jean l’Apôtre n’est pas l’auteur du IV e Evangile. L'américain RE. Brown 4 relève plusieurs objections à l'attribution du IV e Évangile à Jean l'apôtre :

- Jean était un Galiléen, or le IV e Evangile accorde une attention dominante au ministère de Jésus à Jérusalem.

- Actes 4,13 décrit les fils de Zébédée comme analphabètes et ignorants, alors comment Jean

aurait-il pu écrire le IV e Evangile ?

- Trois des principales scènes dont Jean a été le témoin dans les Synoptiques (avec Pierre et

Jacques) ne sont pas mentionnées dans le IV e Evangile : la guérison de la fille de Jaïre (Mc 5,37), la Transfiguration (Mc 9,2) et l'agonie de Jésus à Gethsémani (Mc 14,33).

L'auteur du IV e Évangile ne rapporte que peu de choses sur le ministère de Jésus en Galilée, dont il ne semble pas avoir été témoin. Il ne connaît que les deux signes de Cana et la multiplication des pains. Par contre, il semble très bien renseigné sur le ministère de Jésus à Jérusalem où il note que Jésus y a fait plusieurs séjours et où il a eu des discussions serrées avec les prêtres et les docteurs de la Loi. A lire l'Évangile de Jean, on a davantage l'impression d'avoir affaire à un Jérusalémite très au

2 F.M. BRAUN, Jean le théologien, tome 1, 357-360.

3 M.E. BOISMARD, Le martyr de Jean l'Apôtre, 9-11.

4 R.E. BROWN, The Gospel according to John, XCVIII.

11

Frère Didier van HECKE, l'Évangile de Jean, GB GSA, 2013/2014.

courant de la ville, du Temple et de sa liturgie et en relation avec des notables ayant des contacts avec Jésus :

- Il connaît les années de construction du temple (2,20),

- Il connaît des notables (3,1ss),

- Il est au courant de la liturgie des fêtes du Temple (7,37-52 ; 10,40),

- Il est très renseigné sur les amis de Béthanie (11),

- Il connaît le nom du serviteur du Grand Prêtre (18,10),

- Il connaît la topographie de Jérusalem (5,2-3 ; 19,41-42).

Le IV e Évangile présuppose donc une sensibilité importante à la pensée sacerdotale incompatible avec la personnalité d'un petit pêcheur galiléen, étranger aux spéculations théologiques sacerdotales.

Alors, l'auteur de l'Évangile serait-il le « disciple que Jésus aimait » ?

43 Le disciple que Jésus aimait

Nous avons dans l'Evangile de Jean cinq mentions explicites de la figure du disciple bien-aimé. La première est celle du chapitre 13 où il est présenté comme celui "qui, au cours du repas, s'était penché vers la poitrine" de Jésus. La cinquième et dernière mention explicite du disciple bien-aimé est celle de l'apparition de Jésus au bord du lac au chapitre 21. Ces 5 passages sont donc tous situés dans la seconde partie de l’évangile entre les chapitres 13 et 21, dans les récits de la passion et de la résurrection. Ils se rapportent tous à des événements clé de la narration : le dernier repas (13,23-25), la croix (19,26-27), le tombeau vide (20,2-3), les apparitions du Ressuscité (21,7.20). Par ces choix contextuels, il apparaît clairement que le DBA est installé dans une fonction de témoin décisif, ce que vient confirmer l’évangéliste en Jean Jn 21,24 : "C'est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites". Parcourons simplement ces 5 passages.

431 Le dernier repas (Jn 13,23-25)

Le v. 23 comprend la première mention explicite du DBA :

23 Un de ses disciples, celui que Jésus aimait, était allongé à table, dans le sein de Jésus (littéralement dans le texte grec)

Le DBA fait parti du cercle des intimes de Jésus et il y occupe une place particulière. L’expression « allongé dans le sein de Jésus » signale l’intimité profonde entre Jésus et le DBA. Le substantif "sein" kolpoç kolpos ne se retrouve que deux fois dans l’Evangile de Jean, ici et en Jn 1,18 où il illustre la position du Fils Unique par rapport au Père :

18 Personne n'a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a dévoilé. (Jn

1,18)

L’allusion est claire : le DBA occupe par rapport au Christ la position même que ce dernier occupe par rapport au Père. De même que le Fils est l’interprète privilégié du Père parmi les hommes, ainsi le DBA est-il appelé à être l’herméneute du Fils parmi les disciples. Si le DBA n’est pas nommé par son nom c’est pour signifier que ce qui importe c’est sa relation avec Jésus et sa responsabilité particulière. Le DBA est ainsi institué comme celui qui est habilité à témoigner et à interpréter la Parole parmi les croyants. De plus, le DBA revêt une fonction médiatrice : Pierre désire poser une question à Jésus pour savoir qui est le traître mais il ne le fait pas directement, il en confie le soin au DBA :

23 Un des disciples, celui-là même que Jésus aimait, se trouvait à côté de lui. 24 Simon-Pierre lui fit signe : « Demande de qui il parle. » 25 Se penchant alors vers la poitrine de Jésus, le disciple lui dit :

« Seigneur, qui est-ce ? » (13,23-25).

12

Frère Didier van HECKE, l'Évangile de Jean, GB GSA, 2013/2014.

432 Au pied de la croix (Jn 19,26-27)

26 Voyant ainsi sa mère et près d'elle le disciple qu'il aimait, Jésus dit à sa mère: "Femme, voici ton fils." 27 Il dit ensuite au disciple: "Voici ta mère." Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

Le DBA est le seul disciple à se trouver présent au pied de la croix. Pierre a renié et les autres ont disparu. A l’heure de l’élévation et de la glorification, il est avec le Christ, dans son immédiate proximité. Il est là ainsi non seulement en témoin irremplaçable, mais à l’instant de son départ, le Christ l’appelle à prendre sa place ! Il devient « le fils » appelé à prendre la suite du Christ. Le DBA apparaît ici dans sa signification éminente, aussi bien comme représentant du Christ que comme fondateur d’Eglise.

433 Le tombeau vide (Jn 20,2-5.8)

2 Elle court, rejoint Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : "On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l'a mis." 3 Alors Pierre sortit, ainsi que l'autre disciple, et ils allèrent au tombeau. 4 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. 5 Il se penche et voit les bandelettes qui étaient posées là. Toutefois il n'entra pas. 6 Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait ; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là…

8 C'est alors que l'autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau ; il vit et il crut.

Le DBA arrive le premier au tombeau. Sa victoire dit sa consécration et son zèle pour Jésus. Il est le premier sur les lieux où s’accomplit la destinée de Jésus. Si Pierre arrive second, c’est pourtant lui qui pénètre le premier dans le tombeau et qui en est ainsi le premier témoin. Le narrateur reconnaît ainsi le rôle traditionnel de Pierre et les prérogatives qui lui sont attachées. Si le DBA pénètre dans le tombeau en second, sa supériorité est éclatante : « il vit et il crut ». Il est ainsi le témoin par excellence, celui qui donne avant tout autre, la juste interprétation. Il est le modèle du croyant.

434 La pêche miraculeuse (Jn 21,2.7)

2 Simon-Pierre, Thomas qu'on appelle Didyme, Nathanaël de Cana de Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples se trouvaient ensemble.

7 Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre: "C'est le Seigneur!" Dès qu'il eut entendu que c'était le Seigneur, Simon-Pierre ceignit un vêtement, car il était nu, et il se jeta à la mer.

Ici, de nouveau sont articulées les figures du DBA et de Pierre. Alors que le Ressuscité se manifeste incognito aux siens (21,4), le DBA est le seul à discerner dans la pêche miraculeuse un signe christologique. A nouveau, sa foi exemplaire est mise en valeur et se démarque de celle de Pierre et des autres disciples : « c’est le Seigneur ». Pierre reconnaît le Seigneur grâce au DBA et de nouveau Pierre est présenté dans ses prérogatives : c’est lui qui tire le filet plein de poissons sur la rive sans le rompre.

435 Le témoignage du DBA (Jn 21,20.23-24)

20 Pierre, s'étant retourné, vit (derrière lui) le disciple que Jésus aimait (suivant), celui qui, au cours du repas, s'était penché (se renversa sur…) vers sa poitrine et qui avait dit: "Seigneur, qui est celui qui va te livrer ?"

23 C'est à partir de cette parole qu'on a répété parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. En réalité, Jésus ne lui avait pas dit qu'il ne mourrait pas, mais bien: "Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe?" 24 C'est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est conforme à la vérité.

13

Frère Didier van HECKE, l'Évangile de Jean, GB GSA, 2013/2014.

Ce texte qui conclut l’épilogue de l’Evangile a précisément pour sujet le destin et la signification du DBA. Tout d’abord, l’intimité prévalant entre Jésus et le DBA est de nouveau soulignée : il est celui qui suit Jésus le verbe est absent de la traduction TOB - (v. 20) alors que Pierre est appelé lui à deux reprises à cette même suivance :

19 Jésus parla ainsi pour indiquer de quelle mort Pierre devait glorifier Dieu ; et après cette parole, il lui dit : « Suis-moi. » 22 Jésus lui répondit : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? Toi, suis- moi. » (vv. 19.22)

Ensuite, le texte rappelle la posture de Jésus lors du dernier repas (v. 20).

Conclusion

La relation entre le DBA et le Christ s’avère étroite, profonde et marquée du sceau de la réciprocité. Le DBA est, hormis Lazare, le seul disciple que Jésus « aime ». A l’inverse, le DBA est le seul disciple dont la fidélité est sans faille, jamais prise en défaut. Sa compréhension du Christ et de son destin se singularise par sa constante rectitude. Le DBA devient la médiation obligée entre les Douze et Jésus et à l’heure où Jésus retourne au Père, le DBA prend la place occupée par le Jésus terrestre. Cette relation unissant le DBA à Jésus a un enjeu ecclésial. L’Evangile johannique affirme s’enraciner dans un témoignage qui se caractérise par sa proximité à Jésus, par sa participation directe aux événements clé de la révélation et par une parfaite compréhension de ces événements.

Alors qui est-il ?

Connu des cercles johanniques, il apparaît comme le fondateur de la tradition et de l’école johannique. Il n’est sans doute ni Jean l’apôtre, ni l’auteur du IV e Évangile. Il doit être un autre "Jean", prêtre juif, habitant de Jérusalem, hôte de Jésus au dernier soir et témoin de sa résurrection. Disciple et apôtre au sens large, plongeant ses racines dans les milieux sacerdotaux, c'est lui, comme témoin, qui pourrait être à la base du IV e Évangile. Par contre le rédacteur de l’Evangile doit être un homme de la seconde ou troisième génération qui écrit au nom du disciple Bien Aimé et qui s’efforce d’exposer sous la forme d’un Evangile l’interprétation de la foi chrétienne selon le disciple Bien Aimé 5 .

Et pour nous, que représente-t-il ?

Au début de ce parcours de l'Évangile de Jean, cette figure du DBA nous est donnée comme une grâce et un appel. Le DBA nous invite d'abord à vivre une intimité quotidienne avec le Christ, à nous tenir comme lui, sur le sein de Jésus et au pied de la croix. Il nous invite ensuite à la foi et comme lui, face au tombeau vide à dire "je crois". Il nous invite aussi, pour les frères auprès de qui nous sommes envoyés, à révéler le Seigneur présent dans leur vie : "c'est le Seigneur". Et enfin, il nous invite à nous inscrire dans cette longue lignée de témoins du Christ et à être sans cesse de ceux qui lui rendent témoignage, quelles que soient les difficultés et les épreuves de la mission sans jamais désespérer ou se décourager.

5 DATE ET LIEU DE COMPOSITION 51 Date de composition

La question de la date se révèle aussi complexe que celle de l'auteur ! Le seul contexte historique qui soit explicitement évoqué dans l’évangile de Jean est celui du conflit entre les juifs et les judéo-chrétiens avec la mention de l’exclusion de la synagogue qui nous renvoie aux années 80-90 (Jn 9,22 ; 12,42 ; 16,2).

5 J. ZUMSTEIN, op. cit. 362.

14

Frère Didier van HECKE, l'Évangile de Jean, GB GSA, 2013/2014.

Quant à la date approximative de la dernière rédaction, elle peut être précisée par une voie objective : la découverte du papyrus Rylands P 526 . Celui-ci comporte le passage de Jn 18,31-33.37-38 et il a été unanimement situé au début du II e siècle (vers 125/130). Si ce dernier était connu en Égypte au début du II e siècle, sa publication a dû précéder de quelque temps la fabrication des deux Papyri, et peut donc être située un peu avant 100. Il est donc raisonnable de proposer la fin du premier siècle comme date de composition.

52 Lieu de composition

L'incertitude quant au lieu de rédaction est encore plus grande !!! Pour déterminer le lieu probable où l’Evangile a été composé, on pourrait retenir les facteurs suivants : un lieu où la synagogue avait une grande influence, où la gnose allait pouvoir se développer et où le grec était en usage, un lieu où les figures de Pierre et de Thomas jouaient un rôle important.

Selon Jérôme et Épiphane, l’Évangile de Jean aurait été écrit en Asie Mineure. Irénée précise et nomme Éphèse. S. Ephrem toutefois affirme qu’il fut écrit à Antioche.

Selon Brown, l'hypothèse d'Éphèse comme la plus plausible. C'est en effet dans cette région qu'il y eu les polémiques les plus importantes avec les juifs de la synagogue 7 .

CONCLUSION : L'INTENTION DE L'AUTEUR

Contrairement aux évangiles synoptiques, on ne trouve pas en Saint Jean une "idée- programme" qui présenterait, dès le début, la finalité de l’Évangile. Par contre on trouve celle-ci à la fin de l'Evangile en Jn 20,30-31 :

30 Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d'autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre. 31 Ceux-ci l'ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Dans ces deux versets, Jean nous dit qu’il a composé son Évangile pour convaincre ses lecteurs que Jésus est bien le Messie, le Fils de Dieu. Selon Edouard Cothenet, l’évangéliste "a ainsi relevé avec soin les signes qui conduisent à la foi et l’auteur a déployé tout son art pour en faire découvrir la pleine signification" 8 . Voilà le pacte de lecture entre l’auteur et ses lecteurs ! Cet objectif, l’auteur l’a mis en valeur tout au long de son ouvrage, pour faire apparaître la véritable identité de Jésus en vue de conforter la foi des croyants et de leur accorder la vie.

6 F.M. BRAUN, Jean le Théologien, Tome I, 86-87.

7 R.E. BROWN, The Gospel according to John, CIII-CIV.

8 E. COTHENET, La chaîne des témoins dans l’évangile de Jean, LLB 142, Cerf, Paris, 2005, 7.

15