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Licence professionnelle : Gestionnaire comptable et financier (GECOFI) Rapport de projet de fin d’études sous
Licence professionnelle : Gestionnaire comptable et financier (GECOFI)
Rapport de projet de fin d’études sous le thème :
La finance participative
au
Maroc :
analyse du projet de loi et perception du
consommateur marocain

A Monsieur Omar HNICHE

Remerciements

Avant tout développement de ce mémoire, il apparaît

opportun de le commencer par des remerciements, à

ceux qui nous ont beaucoup appris au cours de ces trois

années d’études, et même à ceux qui ont eu la gentillesse

de faire de ce rapport un moment profitable.

Nous

exprimons,

également,

nos

reconnaissances

à

Monsieur Omar HNICHE,

d’avoir crée cette licence

professionnelle et ensuite de son sérieux et son soutien

tout au long de cette année.

Nos vifs remerciements vont également à nos chers

parents

pour

leur

disponibilité,

leur

aide,

leur

compréhension, leur patience et leur soutien permanent.

Sommaire

Introduction

7

Partie I : Les fondements de la finance participative

8

Chapitre I : Les concepts liés à la FP

10

I-

Cadre conceptuel de la finance participative

11

II- Les principes de la finance islamique

17

III- Quelques expériences mondiales sur la FP

22

Chapitre 2 : Le cadre opérationnel et institutionnel de la finance participative

27

I -

Les produits de la finance islamique

28

II -

Les institutions de la finance participative

43

Partie II : Analyse du projet de la loi bancaire sur la finance participative et

perception des consommateurs à l’égard de ce projet

49

Chapitre 3 : diagnostic du projet de loi

51

I-

L’expérience de la finance islamique au Maroc

52

II-

Le projet de la loi bancaire

56

Chapitre 4 : le comportement du citoyen à l’égard du projet de loi

62

I- Analyse du questionnaire

64

II-

Les recommandations

69

Conclusion

71

Bibliographie

72

Annexe

73

Table des matières

76

Introduction Dans une ère où tous les systèmes bancaires de tous les pays développés et

Introduction

Dans une ère où tous les systèmes bancaires de tous les pays développés et émergents ont été impactés par la dernière crise financière, seules les banques islamiques en ont été résistées.

En effet, l’exemple indonésien, qu’on développera par la suite, est là pour en faire preuve et assurer que les banques islamiques font exception à l’incertitude et la frilosité que connaissent les banques conventionnelles de ce pays.

Il s’agit d’un système de finance éthique, se basant sur les valeurs morales tirées du Coran et précisément de la Sharia, et dont l’interdiction de la pratique de l’intérêt, des pratiques spéculatives et le principe de partage des profits et des pertes sont parmi ses principaux fondements.

La banque centrale marocaine (BAM), quant à elle, s’apprête à autoriser les banques islamiques, après une longue hésitation et discussion, sous l’appellation de banques participatives, et le projet de loi relative aux établissements de crédit et organismes assimilés en parle dans son troisième titre.

Donc, c’est dans ce cadre où réside l’intérêt de ce mémoire.

Ainsi, nous avons choisis pour sujet principal de ce mémoire :

La finance participative au Maroc : analyse du projet de loi et perception du consommateur marocain

Ce rapport commencera par la description des principes et des concepts qui ont contribué au succès de la finance islamique. Ensuite, nous aborderons la question de projet de la loi bancaire sur la finance islamique, ses apports et ses limites et la perception des citoyens v is-à-vis de ce projet.

Partie I : Les fondements de la finance islamique Les concepts liés à la finance

Partie I : Les fondements de la

finance islamique

Les concepts liés à la finance islamique Le cadre opérationnel et institutionnel
Les concepts liés à la
finance islamique
Le cadre opérationnel
et institutionnel

Les activités financières islamiques respectant les principes de la Sharia ont connu un

succès remarquable, ces dernières décennies, tant au niveau des volumes engagés qu’au

niveau des marchés couverts. Par conséquent, elle fait l’objet d’une attention croissante

et donne lieu à de nombreuses recherches et publications d’ouvrages et d’articles.

Actuellement, le secteur de la finance islamique connaît une croissance considérable.

D’ailleurs, ce marché regroupe dans le monde entier quelques 300 banques islamiques

et 250 compagnies d’assurance Takaful.

Le terme finance islamique recouvre l’ensemble des transactions et produits financiers

conformes aux principes de la Sharia, et se fonde sur des principes à respecter et à

suivre.

Donc, avant tout développement de notre projet, il est nécessaire de connaitre le cadre

conceptuel, opérationnel et institutionnel de cette nouvelle discipline.

9
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Chapitre 1 : Les concepts liés à la finance islamique Cadre conceptuel de la finance

Chapitre 1 : Les concepts liés à la finance islamique

Cadre conceptuel de la finance islamique Les principes de la finance islamique Quelques expériences mondiales
Cadre conceptuel de la finance
islamique
Les principes de la finance
islamique
Quelques expériences mondiales
sur la finance islamique

Aujourd’hui, la finance islamique est largement utilisée pour désigner les activités

financières et commerciales qui respectent les principes du droit et de la jurisprudence

de la Charia. Donc, comment cette finance est évoluée dans le temps ? Et quels sont ses

fondements et principes ?

I- Cadre conceptuel de la finance participative

1- Le fondement de la finance islamique 1

La finance islamique est la pratique de la finance en accord avec la doctrine islamique.

Toutefois, les principes de fonctionnement d’un système économique islamique sont

largement différents de l’esprit des systèmes conventionnels. Le fondement de la

finance islamique est, bien évidemment, l’interdiction de Riba.

Elle est interdite parce que l’argent ne peut être créé sans « travail », et donc, toute

transaction ne reposant pas sur une transaction réelle est interdite.

En effet, la prohibition de la Riba, plus particulièrement dans sa dimension d’usure, est

inscrite dans le coran :

« C’est parce qu’ils ont dit que le commerce est similaire à l’usure. Allah a permis le

commerce et interdit l’usure. Celui qui a compris le conseil de son seigneur et arrêté

gardera ses anciens bénéfices et son état est remis à Allah. Celui qui reprendra écopera

de la vengeance d’Allah »

Ce verset traduit clairement la prohibition radicale de l’usure et toutes les transactions y

afférent dans la charia islamique. Mais ce n’est pas le seul, d’autres textes de sourate Al

bakara justifient l’interdiction de l’usure. Dans l’islam, il n y a pas de punition aussi

sévère que celle prévue dans l’au-delà pour les usuriers. Cette interdiction est

1 P36, « finance islamique et finance conventionnelle concurrence ou complémentarité en temps de crise ? », ISCAE, Barry Amadoun, Benchikh Sara

11
11

confirmée dans certains Hadiths ou dires et actes attribués au Prophète, qui forment la

Sunna et constituent avec le Coran : la charia ou la loi islamique.

Le prophète avait interdit l’échange en quantité inégal de l’or, de l’argent, du blé, de

l’orge et des dattes. Ce qui a largement été interprété comme une interdiction du prêt à

intérêt lui-même.

Les historiens expliquent cette interdiction par deux raisons principales :

Les pratiques usuraires de la part des commerçants de la Mecque, ville d’origine du

Prophète. Lorsque l’emprunteur ou l’acheteur de crédit avait des difficultés à

rembourser sa dette, la pratique était de doubler la période de maturité du capital

échu, mais au prix du doublement du taux d’intérêt. Cette manière de faire reçut

le nom de Riba Al-jahilia, en référence à l’époque antéislamique. Tel fut le

sentiment d’horreur du Prophète à la vue de ce mode de rééchelonnement des

dettes.

Autre fait historique, le prophète avait des contacts avec les juifs dans son séjour à

Médina (l’ancienne Yathrib) deuxième ville de l’islam après la Mecque. Or, dans

le Pentateuque de l’Ancien Testament, qui est le Torah des juifs, et en particulier

dans l’Exode (chapitre 22, verset 25) et le Lévitique (chapitre 25, versets 34 à 46),

la pratique de l’usure est condamnée, amenant l’interdiction du tarbit, mot

hébreux qui signifie, comme le riba en langue arabe, à la fois usure et intérêt. La

« tarbit » était interdit entre juifs mais permis entre juifs et non juifs, ce qui

contribua sans aucun doute à l’essor de la banque juive dans les pays chrétiens et

musulmans du Moyen Age. Cet essor fut d’ailleurs renforcé par le fait que les

chrétiens eux-mêmes avaient condamné l’usure.

En bref, l’interdiction du Riba fut un principe judéo-chrétien avant l’islam. Mais cette

interdiction fut régulièrement violée par les musulmans, comme elle le fut par les juifs

12
12

et les chrétiens. La prohibition du Tarbit juif tomba rapidement en désuétude, avec la

multiplication de clauses échappatoires.

2- Les sources de la Charia 2

La finance, ou l’économie islamique en général est guidée par des valeurs de la Charia.

En effet, la Charia, le chemin à suivre, est un système de référence juridique qui

indique la ligne de conduite.

Les deux principales sources de la Charia sont :

Le coran :

Il s’agit des paroles d’Allah -Exalté soit-Il -révélées au Messager d’Allah -que la Paix et

le Salut soient sur lui -, en langue arabe, il est inimitable et ceci jusqu’à la plus petite

sourate.

Le Coran est dans la législation islamique ce qu'est la constitution dans les législations

séculières des autres nations. Le Coran en tant que constitution n'évoque les préceptes

et les règles qu'avec

des textes sommaires et ne s'engage que très peu dans les

développements et les détails sur la manière de procéder. Il est la parole d’Allah -Exalté

soit-Il -dans sa forme et dans son sens. Il a un niveau d’éloquence en dehors des

capacités humaines d’où son inimitabilité. C’est le premier niveau de la législation

musulmane et sa psalmodie est une adoration.

L’intégralité du Coran est en arabe. IL fut révélé par Allah -Exalté soit-Il -en langue

arabe dans sa forme comme dans son sens. L’exégèse du Coran ou sa traduction dans

une autre langue ne sont pas du Coran. Le Coran fût transmis de génération en

génération .Il fait preuve d’autorité légale, sa transmission est authentique et aucun

doute ne pèse sur sa légitimité.

2 P9, « La finance islamique : une alternative éthique, Etude de cas marocain », ISCAE, NisrineMankarBennis

13
13

La Sunna :

Le terme Sunnah s'emploie pour désigner ce qu'on a rapporté du Messager paix et

bénédictions d'Allah sur lui- comme parole, acte ou approbation. La Sunnah vient

immédiatement après le Coran en rang dans les sources de la législation. Elle comporte

l'explication de ce qui y est concis, l'élucidation de ce qui y est vague, la restriction de

ce qui y est absolu et traite ce qui n'y est pas évoqué. La Sunnah est donc une source

indépendante de la législation en ce sens qu'elle peut comporter des préceptes et des

règles qui ne sont pas évoqués dans le Coran.

La distinction entre la Sunnah et le hadith est que ce dernier est narratif, rapportant ce

que le prophète a dit, fait, approuvé ou désapprouvé. Alors que la Sunnah est la

pratique du prophète -paix et salut sur lui-, c’est les normes comportementales.

Ces

deux

sources

constituent

les

bases

essentielles

permettant

de

déterminer

la

conformité de toute action avec les règles et la finalité de la Charia. Toutefois, la

Charia

reste

ouverte

aux

possibles

interprétions

et

développements.

Ainsi

nous

pouvons rajouter deux autres sources de la Charia :

Consensus juridique (Ijma) et Ijtihad :

Pour l’IJMA’, c’est l’unanimité des érudits de la religion, à une époque donnée à partir

des compagnons du prophète, sur une règle légale islamique précise. Ce consensus est

la résultante de la compréhension, de l’interprétation et de l’application du Coran et de

la Sunnah. C’est un mécanisme permettant d’entreprendre des législations collectives

pour suivre les évolutions et les changements. C’est la troisième source de législation se

situant après la Sunnah.

Alors que l’Ijtihad est l’effort de réflexion personnel basé sur les principes généraux de

l’Islam, il est pratiqué par les Muftis (juristes) et les Mujtahids (savants).

14
14

Le Qiyass (raisonnement par analogie) :

Cette technique consiste à affecter, sur la base d'une caractéristique sous-jacente commune, la

règle juridique d'un cas existant trouvée dans les textes du Coran, de la Sounna et/ou de l'Ijmaa à

un nouveau cas dont la règle juridique n'a pas pu être clairement identifiée. Ceci tout en restant

fidèle à l'esprit des sources traditionnelles du droit musulman.

3- Le développement de la finance participative au cours des années

Les années 1960-1970

La création de la banque islamique vient de l’idée d’un petit nombre d’érudits et de

scientifiques musulmans qui ont théorisé dès les années 1950 la possibilité de créer un

système financier alternatif à la finance traditionnelle et conforme à la chariaa”.

Concrètement, les deux premières expériences vont se matérialiser par la création du

« Pilgrims » Administration and fund (TabungHaji) en Malaisie (1956) et l’expérience

est de Mit Ghamr en Égypte (1963).

L’objectif recherché à travers ces deux expériences est de mettre en place des circuits

financiers

qui

permettent

de

réduire

l’exclusion

bancaire

et

de

favoriser

le

développement des populations défavorisées tout en respectant la philosophie de « la

chariaâ », bien que les deux expériences revêtent des formes très différentes. En effet,

impulsé et financé par les autorités publiques Malaisiennes, le « TabungHaji » était

proposé pour investir les ressources collectées auprès d’un grand nombre de petits

épargnants dans de grands projets industriels, agricoles et de constructions.

Par contre, le « Mit Ghamr » dont l’initiative est entièrement privée était composé de

petites coopératives d’épargne ou d’investissement qui opéraient dans les régions

agricoles du nord de l’Égypte. L’objectif de leur fondateur, Ahmed al Najjar, était

15
15

d’assurer

l’intermédiation

des

investisseurs locaux.

ressources

financières

entre

épargnants

et

petits

De la fin des années 1970 jusqu’aujourd’hui

Au cours de ces décennies, la finance islamique a connu une croissance remarquable ;

le principal signal est donné par la création en 1970 de l’Organisation de la Conférence

Islamique (OCI), qui avait pour objectif la création d’un marché commun islamique et

lance l’idée de la Banque Islamique ; elle regroupe un grand nombre de pays

musulmans et remet les préceptes économiques de l’Islam à l’ordre du jour. En 1971, la

création de Nasser Social Bank (Égypte) ; elle a débuté comme une banque sociale

avant de se transformer en Banque Islamique.

En 1975, dans la foulée du quadruplement des prix du pétrole et de l’embargo pétrolier

arabe, l’OCI a décidé la création de la Banque Islamique du Développement (IDB)7

basée à Djeddah, cette institution pose les jalons d’un système d’entraide fondé sur des

principes islamiques.

En 1979, la Dubaï Islamic Bank (DIB), la première banque universelle privée islamique

voit le jour, elle est également la première compagnie d’assurances islamique ;

IslamicInsuranceCompany of Soudan, au cours de la même année le Pakistan islamise

son secteur bancaire.

En 1981 l’apparition de Dar al Maal al Islami (DMI) qui a créé de nombreuses banques

islamiques notamment en Afrique de l’Ouest au Niger, Sénégal et en Guinée.

En 1983 le Soudan et l’Iran convertissent leurs secteurs bancaires, et nombreux sont les

pays du golfe et de l’Asie qui ont suivi (l’Arabie Saoudite, les Émirats Unis, l’Indonésie,

la Malaisie …)

16
16

Et la période 1980-2000 a bien marqué un Développement de la finance islamique en

Asie du sud-est et au Moyen Orient, 8ans après, c'est-à-dire en 2008, la finance

islamique s’est développer en Europe et au Moyen Orient, Asie du Sud Est, Afrique du

Nord, autant dans les banques islamiques que les banques traditionnelles (HBSC,

Deutsche, UBS, IBB, EIB

)

Aujourd’hui, on se trouve avec Le Royaume-Uni est aujourd'hui le leader du

développement de la finance islamique en occident

II-Les principes de la finance islamique

La finance islamique puise ses fondements de la Charia qui édicte cinq grands principes

sur le rapport des musulmans à l’argent, Ainsi, ces cinq piliers de l’islam financier

contiennent 3 principes négatifs et 2 principes positifs:

Principe N°1 : pas de “Riba” (intérêt, usure);

Principe N°2: pas de “gharar” ni de “maysir” (incertitude, spéculation);

Principe N°3 : pas de “haram” (secteurs illicites);

Principe N°4 : obligation de partage des profits et des pertes;

Principe N°5 : Principe d’adossement à un actif tangible.

1- Principes positifs

1-1

L’obligation de partage des profits et des pertes

Cette notion est un des éléments clés dans le concept de finance islamique car

elle est

le

reflet des valeurs que l’Islam transmet à

ses fidèles, à savoir justice,

égalité

sociale

et

fraternité. Il

préconise

d’organiser un partage des profits et des

pertes.

17
17

En effet, l’interdiction de prêter de l’argent contre un

loyer (Riba)

et la prohibition

de la spéculation (gharar) contraignent l’investisseur ou le bailleur de fonds à se

comporter comme un entrepreneur. Rémunéré selon les performances des sous-

jacents, il est aussi exposé aux éventuelles pertes. Au final, son statut est proche de

celui

d’un

actionnaire

ou d’un associé commanditaire. Le principe de partage des

pertes et profits est utilisé dans plusieurs techniques de financements islamiques tels que

le Moudharaba ou la banque va financer entièrement le projet et l’entrepreneur va

fournir son travail afin de faire fructifier le montant investi.

Les profits sont partages tandis que les pertes sont entièrement assumées par la

banque.

Ou

encore

le Moucharaka,

transaction

l’entrepreneur de s’associer pour un projet et partager

qui permet à la banque et

les

pertes

et

profits.

Ces

méthodes

de

financement

se rapprochent du capital risque ou l’investisseur va

financer la phase post-amorçage de l’entreprise. Elles favorisent le développement des

entreprises et donc de la croissance économique.

De plus, dans un tel système, les critères de sélection d’un projet par la banque

ne

sont

anticipée.

plus

bases

sur

des

questions

de

solvabilité mais plus sur la rentabilité

1-2

L’adossement à un actif tangible

Le deuxième principe positif, corollaire de l’interdiction de spéculation et du riba, est

la nécessité d’adosser les investissements à des actifs tangibles. La finance islamique

impose aux investisseurs

de s’engager dans

l’économie réelle, empêchant quelque

peu la déconnexion observée aujourd’hui entre les marchés financiers et la réalité

économique.

18
18

Ainsi, les principes de la finance islamique expriment une volonté de promouvoir

la

justice

sociale

modération.

et

l’équité

ainsi

que

la

liberté entreprendre et une attitude de

2- Les principes négatifs

2-1

La prohibition du Riba :

L’un des principes fondamentaux de lafinance islamique est la prohibition du Riba. Le

terme de « Riba »dérive du verbe « Raba » qui signifie « augmenter ». Il renvoie àla

fois

aux

notions

d’usure alors

que

de

taux

d’intérêt

(une

valeur

conventionnellement,

lepremier

ajoutée

terme

à

uncapital

initial)

signifie

la

somme

et

que

l’on paie pour l’usage del’argent et le second traduit un délit commis par celui

qui

prêtede

l’argent a

un taux excessif.

Ce principe interdit

le

gain

abusifet

injustifié

généré

par

une

transaction

déséquilibrée.

C’est

lathéorie

de l’excédent

(Riba al

fadl)

et

du

surplus

de

lastipulation

d’un terme

qui avantage

injustement une partie (Ribaannassia).

Par ailleurs, l'interdiction de la Riba

s'inscrit logiquement dans laperception que

l'Islam

a

de

économique

la

les

fonction

de

la

monnaie

économiesoccidentales

la

dans uneéconomie.

monnaie

remplit

Dans

un

système

simultanément

un

rôled'instrument d'échange, d'unité de compte mais aussid'instrument de transfert

de valeur dans le temps. Mais

selon

lalogique

de

l'argent

est

un

simpleinstrument

nécessaire

pour

la

créer

philosophie

musulmane,

de

la

valeur

réelle

et

pourfaciliter les échanges mais qui ne doit pas devenir l'objet del'échange en soi,

il ne remplit donc

pas ce

rôle

de

transfert intertemporel de

valeur. Le

commerce

d'argent

n'est

donc

pascomparable

aux

autres

commerces.

L'éthique

musulmanecautionne

ainsi

le

commerce

de

marchandises

mais

considèrecomme

haram («impie ») tout profit tiré d'une transaction purement « financière».

19
19

Cela peut être expliqué par plusieurs facteurs explicatifs. Lepremier est le fait que

l’intérêt

est

une

rémunération fixe

etconnu

ex-ante.

Le deuxième

dénote

l’injustice

entre

les

risquesque

subissent

le

préteur

et

le

débiteur. En

effet,

l’emprunteurassume une part majoritaire du risque dû au fait que larémunération

qu’il

devra

céder

au

bailleur

de

fond

n’est

pasfonction

du

résultat

de

l’actif

finance. Le créancier est doncassuré d’un gain sur le prêt alors que le débiteur est

assure duremboursement du prêt.

2-2

L’interdiction du Gharar et du Maysir :

L’Islam

prohibe

et

laprésence de l’incertitude (Gharar) et la spéculation (Maysir)

dansun contrat ou une vente.

Le terme gharar est extrêmement complexe à traduire. Sa racinearabetaghreer signifie:

«se

mettre

ou

mettre

ses

biens endanger sans le savoir ». Le mot, lui-même, a des

connotations d’«incertitude», de «risque», de «fourvoiement» et de «tromperie». Il

y aGharar dans

une

opération

ou ne sont pas claires.

commercialelorsque les conséquences sont occultées

L’interdiction du Gharar proscrit toute incertitude sur l’exécutiond’une obligation

contractuelle.

Le Qimâr ou Maysir vise

toute

forme

de

contrat

contractantes dépend d’un événement aléatoire.

dans

lequel

ledroit des parties

C’est, notamment, ce principe que l’on trouve dans les jeux dehasard et les paris

avec

mise. Maysir vient en

effet de

l’adjectifarabeYasîr qui veut dire facile. Avant

l’avènement de l’Islam, les arabes considéraient ces jeux comme, un moyen facile de

gagnerde l’argent.

20
20

Cette double interdiction de l’incertitude et de la spéculationconduit logiquement à

une prohibition de la spéculationhasardeuse et dangereuse.

Une transaction est dite avec Gharar lorsque :

La vente porte sur une marchandise qui n'est pas déterminéede façon précise ;

La transaction est conclue sans que le prix de la marchandisene soit fixé de façon

claire ;

La

transaction

porte

sur

une

marchandise

déterminée

que

levendeur ne

possède pas encore ;

 

Le transfert de propriété est conditionné à un évènement imprévisible.

 

Ces

conditions

expliquent

pourquoi le

risque

calculé

d'uninvestissement

est

autorisé par la Charia, en revanchel'interdiction des contrats à terme impliquant

le

Gharar

et

leMaysir

vient

du

fait

que

le

risque

de

fausse

anticipationd'évolution

des

marchés

pourrait

remettre

en

cause

la

réalisationde

transactions basées sur l'incertitude, la spéculation, ou même la détention délictuelle

d'une information privilégiée et préalable.

Les juristes

musulmans

nécessité

d'orienter

les

justifient également la prohibition de ces transactions

par

la

fonds

disponibles

au financement de l'économie réelle, au

lieu de les laisser alimenter les bulles financières vides de toute productivité et de

richesse utile.

2-3

La règle du Haram ou secteurs illicites :

L’Islam prohibe certaines activités, et la finance islamique se doit de respecter ces

interdictions. La règle du Haram proscrit ainsi de s’engager dans des activités liées

aux

jeux

de

hasard,

au

tabac,

à

la pornographie, à l’alcool, à la filière porcine, à

l’armement offensif ou encore à l’industrie des loisirs. De nouveau, la circonscription

21
21

de

l’activité

financière

à

certains

domaines

d’activités

n’est

pas spécifique à la

finance islamique ; seul change le périmètre de ce qui

est

considéré

comme

acceptable et de ce qui fonde le caractère licite d’une chose.

III- Quelques expériences mondiales sur la FP

1- Malaisie 3

La Finance Islamique est devenue aujourd’hui une donne internationale sans aucune

équivoque. Parmi les expériences qui attirent une attention particulière du monde celle

de la Malaisie. Ce pays fut le premier à développer un système dualiste où coexistent à

la fois et souvent au sein de la même institution bancaire et financière, le système

conventionnel et le système financier islamique. La Malaisie vise aujourd’hui à devenir

ainsi le « hub » de la Finance islamique dans le monde après avoir réussi à mettre en

place le premier marché monétaire interbancaire.

Certes, sa population est réduite (30 millions d’habitants dont 60 % de musulmans),

mais elle figure désormais parmi les géants de la finance islamique aux côtés des Etats du

Golfe et de l’Arabie Saoudite, et plus de 20% de son système bancaire est conforme à la

Charia, selon l’hebdomadaire britannique The Economiste. Alors que l’Indonésie, pays

voisin dont la population musulmane est plus de deux cents millions, seulement 4% des

banques s’astreignent aux préceptes financiers islamiques.

La

taille

de

son

marché

bancaire

islamique,

selon

l’interview

de

M.

Ziyaad

Mohammed 4 fait par le magazine hebdomadaire Finances news Hebdo le 23 juin 2012,

est d’environ 470 Mds RM (1.287,68 Mds de DH, 1 Ringgit Malaisien : 2,74 DH),

soit un peu plus de 24% des actifs bancaires totaux de la Malaisie avec une croissance de

3 http://www.islamicfinancialtimes.net/article-la-malaisie-au-sommet-de-la-finance-islamique-115119049.html

4Ziyaad Mohamed est un conseiller et formateur en finance et régulation islamique en Malaisie

22
22

20% en 2012 par rapport à l'année précédente. La finance islamique est en constante

augmentation, capturant ainsi annuellement plus de fonds que le marché bancaire

conventionnel.

Ziyaad Mohamed est un conseiller et formateur en finance et régulation islamique en

Malaisie

Cela est dû peut être au Conseil de la charia de la Banque nationale de la Malaisie

(Bank Negara) qui a été plus souple dans sa prise de position sur certains produits.

Ce qui a conduit à un certain nombre de produits qui ne sont pas considérés comme

conformes à la charia par les pays du Golfe. Le plus célèbre est Bai al dayn (Vente de

créances) et Bai al’Inah

(vente et rachat). Ces deux produits seuls ont soulevé une

controverse importante sur le système bancaire islamique malaisien car ils ont un

certain nombre d'instruments de trésorerie, les sukuk (obligations islamiques), et les

produits de détail qui sont basés sur l'acceptation de ces instruments.

Toutefois, le Conseil de la charia de la Bank Negara est devenu récemment plus strict

que ceux de la région du Golfe, en imposant des restrictions sur l'utilisation de Bai

al’Inah.

Et cela pourrait sans doute être la raison pour laquelle la finance islamique en Malaisie

est considérée comme la plus sophistiquée et la mieux établie dans le monde entier.

Et D’après l’expertise malaisienne, Il y a un certain nombre de stratégies qui doivent

être incluses dans la réglementation:

La description détaillée des produits bancaires islamiques qui peuvent être offerts

conjointement avec les exigences réglementaires ;

Les lignes directrices d’une présentation spécifique des états financiers des filières

islamiques ;

23
23

Les lignes directrices sur la capitalisation et la gestion des ressources humaines, ainsi

que le transfert croisé des compétences ;

Les lignes directrices sur la robustesse du système informatique et de la ségrégation

spécifiquement des filiales bancaires islamiques ;

Un cadre robuste de risk management pour les banques islamiques (à la fois pour

les filiales islamiques et pour les maisons-mères);

Des procédures de bonne gouvernance des banques islamiques comprenant les

exigences bancaires actuelles.

Voici donc quelques conditions pour réussir la mise en place d’une réglementation.

1- La grande Bretagne

La Financial Services Authority a agréé à l’Angleterre, le 10 août 2004, son nouvel

établissement bancaire, unique en Europe, sous l’appellation « l’Islamic Bank of Britain

(IBB) ».

Son capital de départ s’élevait à 14 millions de livres (20,8 millions d’euros). Il a été

souscrit par des investisseurs du Proche-Orient (Abu Dhabi, Qatar, Barheïn et Arabie

Saoudite) et par un groupe de millionnaires anglais.

L’IBB offre une palette de services « normaux » comme les comptes, les cartes de

crédit, la téléphonie et la poste bancaire, des crédits immobiliers sont mis en place ainsi

que des crédits pour les biens de consommation courante, et la banque par Internet.

Cette palette des services exclut tout investissement dans des entreprises liées « à

l’alcool, au tabac et à la pornographie ». Ensuite, IBB respecte le précepte coranique

qui interdit l’intérêt usuraire.

24
24

L’IBB refuse les investissements dans des entreprises comme les brasseries, les casinos,

les banques, l’armement ou encore les sociétés endettées.

Aujourd’hui, la finance islamique connaît un remarquable essor au Royaume-Uni en

dépit de la récession économique et continue de se faire une place dans le cœur

financier de la City. Les banques islamiques réalisent chaque année, des chiffres

d’affaires enviables par rapport aux banques conventionnelles, frappées durement par la

baisse du pouvoir d’achat des Britanniques.

Londres, centre traditionnel d’innovation, de diversité et de flexibilité, devait se

pencher sur l’ensemble des aspects liés à ce nouveau mode de financement par rapport

aux institutions britanniques, pour en tirer profit. Gordon Brown, alors ministre des

Finances, avait commencé à réformer quelques lois afin de permettre une meilleure

intégration

de la pratique de la banque

islamique dans la place londonienne, qui

demeure la place centrale du monde économique dominée largement par les produits

conventionnels ou non islamiques.

La City est devenue, actuellement, la capitale de la finance islamique en Occident, et

le plus important centre de finance islamique en

dehors du monde musulman», a

affirmé Michael Ainley, responsable à la FSA (Autorité

de régulation financière

britannique), chargé notamment de la finance islamique. Selon lui, la finance islamique

représente un montant total de 50 milliards de dollars, soit 1% du montant total des

avoirs des banques en Grande-Bretagne.

Le succès de la finance islamique s’explique en partie par la croissance démographique

de la communauté musulmane au Royaume-Uni, estimée aujourd’hui

quatre millions et demi de musulmans.

à

près de

25
25

La population musulmane britannique dont la majorité réside à l’est de Londres, utilise

de plus en plus des banques islamiques qui respectent la Charia. Le principe de base de

cette finance en pleine croissance, est le partage des risques et des profits.

Bien que le paradigme Islamique soit pratiquement difficile à quantifier, l'application

de la loi Islamique aux activités économiques vise à apposer les règles de la Charia sur

les opérations courantes relatives aux dépenses, à l'épargne, à l'investissement, aux dons.

Donc, quels sont ces opérations ? Et quelles sont les instances qui les régissent ?

26
26
Chapitre 2 : Le cadre opérationnel et institutionnel de la finance islamique Les produits de

Chapitre 2 : Le cadre opérationnel et institutionnel de la finance islamique

Les produits de la finance islamique • Les opérations commerciales • Les opérations d'investissement •
Les produits de la finance islamique
• Les opérations commerciales
• Les opérations d'investissement
• Les opérations de financement
Les institutions de la finance islamique • La banque commerciale • La banque d'affaires •
Les institutions de la finance islamique
• La banque commerciale
• La banque d'affaires
• La compagnie d'assurance

Les techniques de financements islamiques datent du 7 ème siècle. En effet, elles sont

inspirées de la vie du prophète Mohammed SallaA llahou Alaihi wa Sallam, et les

modes de financement islamique étaient utilisés non seulement par les musulmans mais

également par les juifs et les chrétiens à telle enseigne que les prêts producteurs d'intérêt

et autres pratiques excessivement usurières n'étaient pas d'une utilisation courante.

Alors, quels sont ses modes de financement ? En quoi consiste leur intérêt ? Et quelles

sont les instances qui régissent la finance islamique ?

I- Les produits de la finance islamique 5

Le principe des transactions islamiques est qu’un cycle financier doit correspondre à un

cycle productif de biens ou de services. Souvent l’opération est triangulaire et implique

un bailleur de fonds, un promoteur et un intermédiaire. On peut distinguer les

opérations commerciales et les opérations d’investissement.

1- Les opérations commerciales

1-1

La Mourabaha

C’est un contrat de vente avec marge bénéficiaire. Le client donne l’ordre à la banque

d’acheter pour son compte une marchandise à un prix donné, au comptant. Il s’engage

ensuite à acheter cette marchandise auprès de la banque une fois que celle-ci l’aura

effectivement acquise à un prix différé comportant une marge bénéficiaire au profit de

la banque. Ce paiement peut faire l’objet d’un seul versement ou être réparti sur

plusieurs échéances. Ce contrat est utilisé pour financer des actifs ou des fonds de

roulement.Ainsi, la Mourabaha comporte un ordre accompagné d’une promesse

d’achat et deux contrats de vente. Le premier contrat est conclu entre la banque

islamique et le fournisseur de la marchandise. Le second contrat est conclu entre la

5 P19, « La finance islamique : une alternative éthique, Etude de cas marocain », ISCAE, NisrineMankarBennis

28
28

banque et le client qui émet l’ordre d’achat et qui accepte le paiement différé d’un prix

majoré d’une marge, qui constitue le bénéfice de la banque dans cette opération.

La Mourabaha peut revêtir deux aspects :

Transaction directe entre un vendeur et un acheteur.

Transaction tripartite entre un acheteur final (ou donneur d’ordre d’achat), un

premier vendeur (le fournisseur) et un vendeur intermédiaire (exécutant de

l’ordre d’achat).

Cette dernière formule a été retenue dans les pratiques bancaires islamiques. La banque

intervient en qualité de premier acheteur vis-à-vis du fournisseur, et de revendeur vis-

à-vis de l’acheteur donneur d’ordre (le client). La banque achète la marchandise au

comptant ou à crédit et la revend au comptant ou à crédit à son client moyennant une

marge bénéficiaire convenue entre les deux parties. Le contrat précise, en plus de la

marge bénéficiaire, les conditions de livraison et de règlement du prix global.

La Mourabaha est un mode de financement qui permet aux banques islamiques de

financer, dans le respect de leurs principes, aussi bien les besoins d’exploitation de leur

clientèle (stocks, matières, produits intermédiaires) que leur investissement.

Les conditions de conformité à la Charia

1. L’objet du contrat Mourabaha doit être conforme aux prescriptions de la charia (pas

de financement de produits prohibés par I’Islam) ;

2. Acquisition préalable des marchandises par la banque. En effet, le principe de base de

la Mourabaha, est que la marge bénéficiaire revenant à la banque ne se justifie que par

le caractère commercial et non financier de la transaction, l’achat et la revente doivent

êtreréels non fictifs. A cet égard, il y a lieu de rappeler que si la Mourabaha, telle que

pratiquée par les banques Islamiques, est une opération de vente à terme, l’opération de

29
29

crédit n’est qu’un accessoire à l’opération commerciale, laquelle constitue la seule

justification de la rémunération perçue par la banque même si le paiement différé entre

en ligne de compte dans la différence de prix ;

3. Le prix de revient, la marge bénéficiaire de la banque et le délai de paiement doivent

être préalablement connus et acceptés par les deux parties ;

4. En cas de retard dans le paiement des échéances, la banque peut appliquer au client

défaillant des pénalités de retard qui seront logées dans un compte spécial « Produits à

Liquider ». Mais à aucun moment elle ne peut réviser en hausse sa marge bénéficiaire

en contrepartie du dépassement de délai. En outre, en cas de mauvaise foi du client, la

banque est en droit de réclamer, en sus des pénalités, un dédommagement des

échéances non honorées. Auquel cas, il conviendrait d’évaluer le préjudice par rapport

à des critères objectifs propres à la banque et éviter toute référence aux taux d’intérêts.

5. Après la réalisation du contrat Mourabaha, la marchandise devient la propriété

exclusive et définitive de l’acheteur final et le demeurera quels que soient les incidents

qui peuvent survenir par la suite. Toutefois, la banque peut prendre un gage sur les

marchandises vendues en garantie du paiement des prix de vente et mettre en jeu ce

gage le cas échéant. De même, elle peut tenir compte des cas de mévente du client et

accorder à ce dernier un rééchelonnement de son échéancier sans que cela n’entraîne

une majoration de prix.

1-2

Le bai mouajjal

C’est une vente reportée, la banque achète des équipements ou des matériaux pour les

revendre à terme au co-contractant selon des modalités fixées au préalable dans un

contrat à moyen terme, de deux à quatre ans. Par exemple, dans les opérations

d’exportation-importation, la banque peut acheter des marchandises à un importateur

30
30

pour les revendre à un exportateur ou le contraire, contre une rémunération à un

terme fixé à l’avance.

Ce mode de financement se différencie de la Mourabaha par l’actif financé qui n’est pas

disponible immédiatement sur le marché.

1-3

IJARA (Leasing)

C’est une location ou leasing qui consiste pour la banque à acheter des équipements et

des matériaux et à les mettre à la disposition d’un entrepreneur moyennant une

rémunération fixée à l’avance. Ce dernier devient propriétaire des matériaux et des

équipements au terme des échéances de remboursement.

Il s’agit d’une technique de financement relativement récente qui fait intervenir trois

acteurs principaux :

Le fournisseur : fabricant ou vendeur du bien.

Le bailleur, en l’occurrence la banque qui achète le bien pour le louer à son

client.

Le

locataire

qui

loue

le

bien

en

se

réservant

l’option

de

l’acquérir

définitivement au terme du contrat de location.

De la définition précédente, il découle que le droit de propriété du bien revient à la

banque durant toute la période du contrat, tandis que le droit de jouissance revient au

locataire.

Le client verse des redevances qui sont échelonnées dans le temps et versées à un

compte d’épargne. Au terme du contrat, trois cas de figure peuvent se présenter :

1. Le client est obligé d’acquérir le bien (contrat de location – vente).

2. Le client a le choix d’acquérir ou de restituer le bien (contrat de crédit-bail).

31
31

3. Le client opte pour une seconde location du bien (renouvellement du contrat

decrédit-bail).

Le

leasing

est

une

technique

de

financement

des

investissements

(mobilier

et

immobiliers) relativement récente. A ce titre, il peut être classé parmi les formes de

crédit à long et moyen terme. La conformité avec les principes de la charia en fait une

formule

privilégiée

utilisée

par

les

banques

Islamiques

dans

le

financement

des

investissements de leurs relations. Le second avantage de ce mode de financement a

trait à la solidité de la garantie que procure à la banque par son statut de propriétaire

légal du bien loué.

Pour les opérateurs économiques, les avantages du leasing sont multiples. D’une part, il

leur permet de rénover leurs équipements désuets ou obsolètes et bénéficier ainsi des

derniers développements technologiques. D’autre part, il offre l’avantage de leur éviter

une immobilisation d’une partie de leurs ressources dans le cas d’une acquisition

autofinancée ou même financée par un crédit d’investissement.

En effet, les charges annuelles, dans le cadre d’un financement se limitent aux seuls

loyers dus sur la période, ce qui est très apprécié par les entreprises qui ont des

difficultés à équilibrer leur situation financière.

Enfin, la marge de manœuvre laissée à l’utilisateur quant à l’option finale (achat -

restitution - relocation), lui permet de décider au moment opportun du choix le plus

indiqué en fonction de la situation et des besoins de son entreprise. C’est un avantage

optionnel dans la mesure où la décision d’acquisition peut être reportée dans le temps.

L’entreprisepeut avoir de nouvelles informations sur le marché lui permettant de

prendre la meilleure décision. Aussi le report du décaissement dans le temps permet

d’améliorer la situation de trésorerie.

32
32

Les conditions de conformité à la Charia

1. L’objet de la location (l’utilisation du bien loué) doit être connue et acceptée par les

deux parties.

2. La location doit porter sur des biens durables, c’est à dire non destructibles du fait de

la jouissance ou de l’utilisation.

3. Le bien loué de même que les accessoires nécessaires à son usage, doivent être remis

à l’utilisateur en état de servir à l’utilisation à laquelle ledit bien est destiné.

4. La durée de location, le délai de paiement, le montant du loyer et la périodicité

doivent être déterminés et connus à la conclusion du contrat de leasing.

5. Le loyer peut être payé d’avance, à terme ou par tranches selon la convention des

parties.

6. Les deux parties peuvent convenir d’un commun accord d’une révision du loyer, de

la durée de location et de toutes autres clauses du contrat.

7. La destruction ou la dégradation du bien loué d’un fait indépendant de la volonté de

l’utilisateur n’engage la responsabilité de ce dernier que s’il est établi et qu’il n’a pas pris

les mesures nécessaires pour la conservation du bien avec le soin d’un bon père de

famille.

8.

Sauf

convention

contraire,

il

incombe

à

la

banque

d’effectuer

tous

travaux

d’entretien et de réparation nécessaires au maintien du bien loué dans un état de servir

à l’usage auquelil est destiné. De même, elle supporte toutes les charges locatives

antérieures au contrat de location. L’utilisateur assure quant à lui l’entretien d’usage du

bien loué, de même que l’ensemble des charges locatives nées à compter de la date de

location.

33
33

9. Le bien loué peut faire l’objet d’une sous-location, sauf convention contraire. De

même, la banque peut louer un bien acquis à son propre vendeur, à condition que la

vente soit réelle et non fictive (Lease back).

2- Les opérations d’investissement

2-1

Moucharaka

La Moucharaka est une association entre deux parties (ou plus) dans le capital d’une

entreprise, projet ou opération moyennant une répartition des résultats (pertes ou

profits) dans des proportions convenues. Elle est basée sur la moralité du client, la

relation de confiance et la rentabilité du projet ou de l’opération.

Les pertes sont réparties entre le client et la banque sur base de la mise de chacun; quant

au partage des profits, deux thèses sont développées:

Le bénéfice peut être déterminé selon la convention

Le bénéfice peut être déterminé en fonction de la mise de chacun

La Moucharaka, telle que pratiquée par les banques Islamiques, se présente le plus

souvent sous forme d’une contribution au financement de projets ou d’opérations

ponctuelles proposés par la clientèle.

Ce financement peut aussi revêtir des formes plus élaborées :

2-1-1 La Moucharaka définitive :

La

banque

participe

au

financement

du

projet

de

façon

durable

et

perçoit

régulièrement sa part des bénéfices en sa qualité d’associé copropriétaire. Il s’agit en

l’occurrence pour la banque d’un emploi à long ou moyen terme de ces ressources

stables (fonds propres, titres participatifs affectés et non affectés

).

L’apport de la

banque peut revêtir la forme d’une prise de participation dans des sociétés déjà

34
34

existantes, d’un concours à l’augmentation de leur capital social ou la contribution dans

la formation du capital de sociétés nouvelles (achat ou souscription d’actions ou de

parts sociales).

2-1-2 La Moucharaka dégressive :

La banque participe au financement d’un projet ou d’une opération avec l’intention de

se retirer progressivement du projet ou de l’opération après son désintéressement total

par le promoteur. Ce dernier versera, à intervalles réguliers à la banque la partie de

bénéfices lui revenant comme il peut réserver une partie ou la totalité de sa propre part

pour rembourser l’apport en capital de la banque. Après la récupération de la totalité de

son capital, la banque se retire du projet ou de l’opération. Cette formule s’apparente

aux participations temporaires dans le banking classique.

Pour les opérateurs économiques, le principe de partage du risque fait de laMoucharaka

une source de financement attrayante. La rémunération de la banque loin de constituer

une charge financière fixe, est une contribution variable directement liée aurésultat

d’exploitation. En cas de résultat déficitaire, non seulement la banque ne peut

prétendre à une quelconque rémunération, mais elle est aussi tenue d’assumer sa

cotepart dans la perte en sa qualité d’associé. C’est dire toute l’importance de l’étude du

risque et de rentabilité des projets et opérations proposés pour ce type de financement.

Lesconditions de conformité à la Charia

Néanmoins, il y a lieu de tenir compte des prescriptions de la Charia :

1. L’apport de chaque partie doit être disponible au moment de la réalisation de

l’opération objet du financement. Toutefois, la charia autorise la Moucharaka dans des

opérations bénéficiant de différés de paiement à condition que chacune des deux

parties assume une partie de l’engagement vis à vis des fournisseurs.

35
35

L’apport

de

la

banque

Islamique

dans

cette

forme

de

Moucharaka,

consiste

généralement en l’émission d’une garantie bancaire (aval, crédit documentaire, lettre de

garantie, caution sur marché etc

).

2. Chacune des deux parties doit accepter le principe de la participation aux pertes et

profits de l’entreprise financée. Toute convention visant à garantir à l’une des parties

larécupération de son concours indépendamment des résultats de l’opération est nulle

et non avenue. A cet égard, la banque n’a le droit de réclamer le remboursement de

son apport que dans les cas de violation par son partenaire d’une clause quelconque du

contrat Moucharaka, de négligences graves dans la gestion de l’affaire, et des cas de

mauvaise foi, dissimulation, abus de confiance et autres actes similaires.

3. La banque peut requérir de son partenaire la constitution de garanties mais elle ne

peut les faire jouer que dans l’un des cas d’actes sous-mentionnés.

4. La clé de répartition des bénéfices entre les deux parties doit être explicitement

arrêtée lors de la conclusion du contrat afin d’éviter toute cause de litige. Si la part de

chaque partie dans les bénéfices est librement négociable, le partage des pertes

éventuelles

doit

se

faire

dans

les

mêmes

proportions

de

partage

des

bénéfices

conformément au principe : le gain en contrepartie de la perte.

5. Le partage des profits ne peut avoir lieu qu’après réalisation effective des bénéfices

(pas d’anticipation sur les résultats). Des avances peuvent être néanmoins prélevées d’un

commun accord entre les parties concernées, à charge de régularisation à la clôture de

la Moucharaka ou de l’exercice selon le cas.

6. Les biens et prestations, objet de la Moucharaka, doivent être conformes aux

prescriptions de l’Islam (licites).

2-2

La Moudharaba

36
36

C’est un financement de fiducie, il est une contribution au working capital ou

au fonds de roulement. L’opération consiste pour la banque à participer à un

projet par un apport de capital. De son côté, le promoteur fournit son travail,

son savoir-faire et peut faire également un apport en capital. Le projet doit

présenter à l’origine des conditions de rentabilité. Les bénéfices se répartissent

selon des proportions déterminées lors de la conclusion de la Moudharaba. Il

s’agit d’une forme de capital risque. La gestion incombe uniquement au

Modareb (le client qui utilise l'argent dans le travail). En cas de profit, le client

est rémunéré par son travail et son expertise, alors que la banque est rémunérée

par son apport en capital. En cas de perte, le client perd son travail s'il n'est pas

prouvé que la perte soit due à une négligence de gestion de sa part et la banque

perd ses

fonds. S'il y

a eu négligence de gestion par le client, la perte est

supportée par les deux parties.

En effet, à l’exception de la Moudharaba et Moucharaka, la plupart des autres

modes

de

financement

existent

dans

la

finance

conventionnelle

(vente

à

paiement différé, vente à livraison différée, location avec possibilité d’achat).

Seules ces deux modes de financement impliquent réellement un partage de

profit et perte.

Les banques prennent en compte la potentialité de revenus (sur lesquels elles se

remboursent) et les risques attachés au projet lui-même et s’interdisent en

principe de prendre toutes autres garanties extérieures au projet.

3- Les opérations de financement

37
37

3-1

Financement du cycle d’exploitation : Salam

Le Salam peut être défini comme un contrat de vente avec livraison différée de la

marchandise. Ainsi, contrairement à la Mourabaha, la banque n’intervient pas comme

vendeur à crédit de la marchandise acquise sur commande de sa relation, mais comme

acquéreur, avec paiement comptant d’une marchandise qui lui sera livrée à terme par

son partenaire.

Modalités pratiques de ce mode de financement:

1. La banque (acheteur) passe une commande à son client pour une quantité donnée de

marchandises, d’une valeur correspondant à son besoin de financement.

2. Le client (vendeur) adresse à la banque une facture indiquant la nature, les quantités

et le prix des marchandises commandées.

3. Les deux parties, une fois d’accord sur les conditions de la transaction, signent un

contrat de Salam reprenant les clauses convenues (nature des marchandises, quantités,

prix, délais et modalités de livraison et/ou de vente pour le compte de la banque etc

).

4. Parallèlement, les deux parties signent un contrat de vente par procuration par lequel

la banque autorise le vendeur à livrer ou à vendre (selon le cas) les marchandises à une

tierce personne. Le vendeur s’engage, sous sa pleine responsabilité à recouvrer et à

verser le montant de la vente à la banque.

5. Outre les garanties ordinaires exigées par la banque dans ses activités de financement

(cautions, nantissements, hypothèques

),

elle peut requérir du vendeur la souscription

d’une assurance-crédit pour se prémunir contre le risque de non-paiement des

acheteurs

finaux,

de

même

qu’une

assurance

subrogation au profit de la banque.

couvrant

les

marchandises

avec

38
38

6.

A l’échéance, au cas où la banque aurait choisi de mandater le vendeur pour écouler

les marchandises pour son compte, ce dernier les facturera pour le compte de la banque

et livrera les quantités vendues en prenant soin, si la banque le juge nécessaire, d’exiger

des acheteurs de faire viser les bons d’enlèvement aux guichets de cette dernière

(mesure destinée à permettre le suivi et le contrôle de l’opération).

7. La rémunération du mandat du vendeur peut être consentie sous forme d’une

commission, d’une ristourne ou d’une participation à la marge dégagée par la vente des

marchandises. Elle peut aussi être décomptée au début de la transaction et intégrée au

montant de l’avance (financement Salam). En tout état de cause, son montant doit être

calculé par référence aux taux de marge pratiqués sur le marché pour des opérations

similaires.

8. La banque peut utiliser la technique du warrantage en exigeant, dans les modalités

contractuelles de livraison, l’entreposage des marchandises dans un magasin général et

les vendre, elle-même ou par l’entremise de son client en endossant le warrant et en

gardant le récépissé en guise de garantie de paiement (Le warrant, call warrant ou put

warrant, est un titre qui donne le droit d’acheter ou de vendre un actif financier (le

sous-jacent) à un prix fixé d’avance (prix d’exercice) au cours ou au terme d’une

période déterminée (échéance). A la différence des options, les ventes du warrant à

découvert sont interdites : pour vendre un warrant, il faut d’abord l’avoir acheté)).

9. Le prix de vente des marchandises par le vendeur pour le compte de la banque, doit

dégager une marge nette (après déduction des commissions et autres frais) au moins

égale au taux de rentabilité annuel minimum tel que fixé dans sa politique de

financement.

39
39

3-2

Financement travaux et ouvrage : Istisna'a

L’Istisna’a est un contrat d’entreprise en vertu duquel une partie (Moustasni’i) demande

à une autre (Sani’i) de lui fabriquer ou construire un ouvrage moyennant une

rémunération payable d’avance, de manière fractionnée ou à terme. Il s’agit d’une

variante qui s’apparente au contrat Salam à la différence que l’objet de la transaction

porte sur la livraison, non pas de marchandises achetées en l’état, mais de produits finis

ayant subi un processus de transformation.

Comparé aux pratiques commerciales de notre temps, l’ISTISNA’A s’identifie au

contrat d’entreprise par sa définition: « Le contrat d’entreprise est le contrat par lequel

l’une des parties s’oblige à exécuter un ouvrage ou à accomplir un travail moyennant

une rémunération que l’autre partie s’engage à lui payer ».

La formule de l’ISTISNA’A, mise en pratique par une banque Islamique peut revêtir

l’aspect d’une opération triangulaire faisant intervenir aux côtés de la banque, le Maître

de l’ouvrage et l’Entrepreneur dans le cadre d’un double ISTISNA’A.

L’ISTISNA’A est une formule qui permet à la banque Islamique d’apporter son

concours dans le cadre de travaux de construction, de réfection, d’aménagement et de

finition

d’ouvrages

de

masse.

Elle

permet

aussi

de

financer

la

construction

d’équipements de production, de transport et de consommation sur commande des

utilisateurs et/ou des revendeurs.

Les conditions de conformité à la charia :

1. Le principe

de base

est que

la

rémunération de la banque dans le cadre de

l’ISTISNA’A se justifie par son intervention en qualité d’entrepreneur responsable de la

réalisation des travaux afférents à la construction de l’ouvrage objet du contrat, que

cette intervention ait lieu directement ou par l’entremise de sous-traitants.

40
40

2. Le contrat d’ISTISNA’A doit porter sur un travail de transformation d’une matière,

d’un produit semi-fini ou de composants en un produit fini prêt à l’utilisation.

3. Le contrat doit préciser la nature, la quantité, la qualité et les spécificités du bien à

fabriquer.

4. La matière, les composants ou les produits semi-finis doivent être apportés ou

financés par le SANI’I (l’entrepreneur : banque).

3-3

Financement obligataire : le sukuk

Le mot arabe sukuk est le pluriel du mot sakk qui signifie « document financier

permettant au titulaire de bénéficier de la somme d’argent indiquée sur celui-ci ».

Le contrat sukuk correspond à une obligation islamique adossée à un actif tangible. Les

sukuk représentent un droit de créance pendant une période définie. Le risque et le

rendement

associés

sont

prédéfinis.

Les

contrats

sukuk

sont

liés

aux

fonds

d’investissement. Le propriétaire du sukuk reçoit une part du profit attaché au

rendement de l’actif sous-jacent et non un intérêt fixe. Les produits sous-jacents des

sukuk peuvent être représentés par des contrats comme les Ijara, Moucharaka, ou

Moudharaba. On distingue les émissions de type souverain par un Etat et celles de type

corporatif par une société ou une banque. Le marché des obligations islamiques

internationales est divisé en sukuk de dette souveraine émise par les Etats et de dettes

corporatives émises par les entreprises. Le sukuk doit être adossé à des actifs réels biens

et services- générateurs de flux financiers. Il représente une quote-part indivisible de

propriétés sur les actifs. Il a une échéance fixée d’avance. Il est associé aux Asset-

Backed-Securities (ABS) de la finance conventionnelle.

Le sukuk est différent de l’obligation car le taux de profit n’est pas connu d’avance. Le

détenteur du titre participe aux profits et assume aussi les pertes. Le sukuk peut

41
41

également être garanti par l’émetteur. C’est le produit phare de la finance islamique qui

fait l’objet de toutes les convoitises.

Le tableau suivant présente les types des sukuk et leurs caractéristiques :

 

Description de

 

Types de sukuk

l’investissement

Caractéristiques

Certificats de propriété de biens loués

Les certificats sont émis par le propriétaire d’un bien déjà loué ou à louer ou encore par son agent financier. L’objectif est de vendre le bien tout en récupérant sa valeur grâce à la souscription de certificats dont les détenteurs deviennent les propriétaires du bien.

Émetteur : le vendeur d’un bien loué ou à louer (promesse). Souscripteurs : les acquéreurs du bien. Fonds mobilisés : le prix d’achat du bien. Porteurs des certificats : ils deviennent les propriétaires du bien avec les profits et les risques qui s’y attachent.

Certificats de propriété de l’usufruit de biens

Ils sont émis par le détenteur de l’usufruit d’un bien existant ou que le bailleur se charge de fournir dans le futur. L’objectif de la location du bien est de recevoir un loyer afférent à la possession du titre. Dans ce cas, les porteurs des certificats deviennent propriétaires de l’usufruit du bien présent ou futur.

Émetteur : le vendeur de l’usufruit d’un actif existant u à rendre disponible dans le futur. Souscripteurs : les acquéreurs de l’usufruit. Fonds mobilisés : le prix d’achat de l’usufruit. Porteurs des certificats : ils deviennent les propriétaires de l’usufruit avec les profits et les risques qui s’y attachent.

Certificats de salam

Ces titres sont émis pour mobiliser le capital d’un contrat de salam et les articles susceptibles d’être livrés sur la base de ce contrat appartiennent aux porteurs des certificats.

Émetteur : le vendeur de biens faisant l’objet d’un contrat de salam. Souscripteurs : les acquéreurs des biens. Fonds mobilisés : le prix d’achat des biens. Porteurs des certificats : ils ont un droit sur les biens et sur leur prix de vente éventuel.

Tableau 1 : Les types de Sukuk et leurs caractéristiques

42
42

II- Les institutions de la finance participative

1- Banque commerciale

De même que les banques conventionnelles, les banques islamiques se proposent de

financer les agents économiques en proposant des opérations spécifiques correspondant

aux besoins des entreprises et des particuliers.

Afin de montrer comment on peut financer les opérations classiques à l’aide des

produits islamiques, on a établi le tableau indicatif 3.1.

Comme on l’a précisé dans le paragraphe précédent, les correspondances mentionnées

dans ce tableau ne signifient pas qu’il y ait une identité, dans une ligne donnée, entre le

produit de la banque conventionnelle et le produit de la banque islamique : le tableau

signifie plutôt que le service demandé par le client et qui peut être satisfait, dans la

banque conventionnelle, par le produit indiqué dans la colonne 1, peut aussi être

satisfait, dans la banque islamique, par un des produits de la colonne 2. Cela montre

également que plusieurs produits peuvent, souvent, être utilisés pour tel ou tel besoin

financier.

Banque conventionnelle

Banque participative

Ressources

Dépôts

Compte de dépôt

Wadiah/Moudharaba

Compte participatif

Moudharaba

Emplois

Financement d’investissement

Financement immobilier

Bai bithamanajil (Vente avec paiement différé)

Compte d’épargne

Wadiah/Moudharaba

Financement mobilier

Ijara thumman al-bai

Matériel d’exploitation

Mourabaha

Tableau 2 : Comparaison entre les emplois et les ressources des banques conventionnelles et des banques participatives

43
43

Les

différents

produits

ne

nécessitent

pas

systématiquement

l’intervention

d’une

banque ou, plus généralement, d’un financier. Toutefois, dans l’essentiel des cas, une

banque s’interpose entre les agents économiques non bancaires, directement, ou par

l’intermédiaire d’un véhicule.

On verra que, presque toujours, l’intermédiation est beaucoup plus forte dans la

banque islamique que dans la banque conventionnelle et, par conséquent, en général,

la responsabilité bancaire est, bien évidemment, plus grande dans la finance islamique.

Les éléments ci-dessous constituent une liste de techniques que l’on peut rencontrer

dans la vie des affaires, sans préjuger nécessairement de leur fréquence dans tel ou tel

pays.

2- Banque d’affaire 6

Le banquier commercial se place généralement entre l’apporteur de fonds et celui qui a

besoin de financement : c’est un intermédiaire.

Au contraire, le banquier d’affaires intervient plutôt comme conseiller des entreprises

et arrangeur de leurs opérations : il pratique l’ingénierie financière en aidant l’entreprise

à lever des fonds qui ne transitent pas nécessairement par lui.

En effet, la banque islamique ne peut traiter qu’avec des sociétés dont l’activité est

conforme aux règles du droit islamique. La banque d’affaires privilégie le financement

de ces entreprises par une émission de titres. Ceux-ci peuvent être placés directement

auprès d’investisseurs privés, par l’intermédiaire de techniques déjà rencontrées au

chapitre précédent (Moudharaba et Moucharaka), ou encore être offerts à un large

public par l’intermédiaire du marché.

6 P141« Finance islamique », François Guéranger, DUNOD

44
44

Il peut s’agir alors d’une émission de titres (sukuk) destinée à un préfinancement de

l’activité ou encore permettant de refinancer des actifs déjà en possession de l’entreprise

(titrisation). La banque peut fournir des services administratifs pour ces opérations.

La banque d’affaires peut aussi opérer comme banque de marché au bénéfice de

l’entreprise. L’ingénierie financière islamique a permis de proposer des techniques

bancaires conformes au droit musulman des affaires et à peu près équivalentes aux

techniques conventionnelles que sont les futures, les options (avec le bai al-arboon, les

Khiyar et la pension livrée), et les swaps.

Enfin, une activité importante de la banque d’affaires est le financement de projet où

elle agit à divers titres dans la constitution du dossier de conduite et de réalisation,

notamment en effectuant une partie de l’ingénierie juridique portant sur les divers

contrats nécessaires (concession, construction…), ou en intervenant directement dans

certains montages (location-vente…) pour des détentions temporaires d’actifs, ce qui

ne va pas toujours sans quelques difficultés juridiques.

3- Compagnie d’assurance (takaful)

Le concept même d’assurance peut poser un problème en droit islamique dans la

mesure où les questions touchant à l’avenir ne sont pas du domaine humain. En

matière financière, plus spécialement, le risque est nécessaire, le plus souvent, à la

licéité des rémunérations provenant de l’activité économique, ce qui peut paraître

contradictoire avec l’assurance.

Toutefois, la couverture des risques doit pouvoir se faire pour des raisons d’équité aussi

bien que d’efficience économique.

C’est

cette

difficile

musulmans.

équation

que

se

proposent

de

résoudre

les

jurisconsultes

45
45

La question de l’assurance est délicate en droit musulman. Certains estiment, en effet,

que, la vie de l’homme étant entièrement entre les mains de Dieu (swt), cette

dépendance (tawakkul) doit être entièrement acceptée et l’assurance n’a pas lieu d’être.

La plupart des jurisconsultes estiment, en revanche, que le fait de prendre des

précautions ne modifie en rien la dépendance de l’homme à l’égard de Dieu. Encore

faut-il que l’assurance soit pure.

L’assurance autorisée par le droit islamique revêt la forme de garantie mutuelle (takaful)

ou de coopération mutuelle (ta’awun).

Garantie mutuelle : Takaful

Le takaful est un accord entre membres d’un groupe donné et aux intérêts communs,

appelés participants, qui décident collectivement de se garantir les uns les autres contre

un certain nombre de revers ou de pertes potentiels, clairement définis dans l’accord,

par l’intermédiaire d’un fonds commun alimenté par les ressources de chacun des

membres du groupe et qui doit servir à indemniser les participants. Le fonds est investi

conformément au droit islamique et sa gestion avisée doit procurer des profits. Il s’agit

donc d’une entraide solidaire par l’intermédiaire d’une mutualisation des risques et des

ressources.

Coopération mutuelle : ta’awun

L’assurance sans but lucratif utilise le modèle appelé tabarru-basedtakaful.

Dans ce modèle, originaire du Soudan, les promoteurs du takaful, pas plus que les

assurés évidemment, ne perçoivent de revenu. La contribution versée à l’origine par les

promoteurs est un prêt gratuit (qard hasan). Les participants font, quant à eux, un don

(tabarru) au fonds de

garantie mutuelle. Les

pertes temporaires

sont

couvertes,

46
46

également, par des prêts gratuits faits par les promoteurs. Les assurés sont en même

temps les gestionnaires du fonds.

Bref, les banques islamiques ont développées différents mécanismes juridico-financiers

pour rester dans la légalité islamique. En effet, la mobilisation et l’emploi des capitaux

dans la finance islamique reposent sur des concepts juridiques de ceux des banques

traditionnelles. Et au cours de son développement, la finance islamique a créée

plusieurs instruments, comme nous l’avons déjà constaté, afin de satisfaire les clients.

47
47

Nous sommes arrivés au terme de cette partie dédiée à mettre la lumière sur le système

financier musulman en théorie et de ses implications dans la pratique.

Les règles régissant le système financier islamique sont claires et incontournables: le

rejet absolu de l'intérêt comme loyer de l'argent et la recherche d'une harmonie entre le

bien-être individuel et social. A cet effet, un système alternatif a commencé à se

dessiner au début des années 40 pour aboutir, à partir des années 70, à l'apparition d'un

véritable marché bancaire islamique.

Actuellement, en dépit des nombreuses difficultés internes et des obstacles posés par

son environnement, le système financier islamique a réussi à franchir une première

étape plus que décisive pour son avenir: plus de 30 ans de coexistence avec un système

dominé par l'application du taux d'intérêt. L'expérience de la Malaisie et celle de la

grande Bretagne que nous avons déjà constatée au dessus, nous assurent que la finance

islamique a un bon avenir.

Le système financier islamique se trouve actuellement dans une phase de transition

dont l'aboutissement sera capital pour son avenir. S'il arrive à surmonter ses difficultés,

il entrera probablement dans une nouvelle période de développement et pourra passer

d'un phénomène de croissance à un système permanent et fermement établi.

48
48
Partie II : Analyse du projet de loi bancaire sur la finance participative et perception

Partie II : Analyse du projet de loi bancaire sur la finance participative et perception des consommateurs

à légard de ce projet

Diagnostic du projet de loi Le comportement du citoyen à l'égard du projet de loi
Diagnostic du projet de loi
Le comportement du
citoyen à l'égard du projet
de loi

Au Maroc, à lheure actuelle, aucune banque islamique n’a été créée, encore moins une

société d’assurance islamique, et de toutes les banques classiques existantes, seulement

une, en l’occurrence Attijariwafa bank a mis en place une société de financement

islamique, Dar Assafae.

Le Maroc malheureusement a été reproché d’être en retard dans la finance islamique. Ce

retard est dû principalement au mauvais départ des produit alternatifs notamment, La

double imposition de la TVA au lancement de ces derniers n’a nullement favorisée leur

accélération de ce type de produits et la tarification onéreuse de ces modes de

financement pèsent lourd, tel que, les frais de transaction, le cout fiscal supplémentaire.

Aussi l’un des raisons de retard d’apparition des produits alternatifs est

l’absence de

prolifération des cabinets spécialisés dans la formation et dans le conseil en finance

islamique qui ont pour mission de proposer des formations, organisation des séminaires

et des conférences de sensibilisation aux métiers de la finance islamique. L’ensemble de

ces obstacles ont freiné le succès des produits alternatifs, aussi l’implantation d’une

véritable banque islamique au Maroc du moment que, la finance islamique n’a pas pu

remplacer

la

finance

traditionnelle.

Le

Maroc

pourrait

devenir

un

fédérateur

méditerranéen sur ce sujet grâce à sa position géographique privilégiée et à sa stabilité

politique, économique, surtout après le printemps arabe. Plusieurs pays ont islamisé leurs

secteurs financiers tels que la Lybie, et la Tunisie.

Toutefois, le Maroc peut rattraper son retard par la mise en application de la nouvelle loi

bancaire qui introduit le volet des banques participatives.

Donc, c’’est quoi cette nouvelle loi ? Quelles sont ses rapports et limites ? Et à quel point

le consommateur marocain est convaincu par ce que les banques islamiques proposent ?

50
50
Chapitre 3 : Diagnostic du projet de loi L'expérience de la finance islamique au Maroc

Chapitre 3 : Diagnostic du projet de loi

L'expérience de la finance islamique au Maroc le projet de la loi bancaire: Apports et
L'expérience de la finance
islamique au Maroc
le projet de la loi
bancaire: Apports et
limites

Comme pour tout autre pays qui cherche l’évolution et la croissance de son économie,

le Maroc,lui aussi, veut lui apporter un nouveau souffle, et ce

par le biais

de

l’introduction de la finance islamique, dont les produits viendront complémenter l'offre

traditionnelle du système bancaire et des établissements de crédit. Donc, qu’est-ce que

rapporte la nouvelle loi bancaire ? Quelles sont ses limites ? Et quelles sont les instances

qui régissent la finance islamique au Maroc ?

I- L’expérience de la finance islamique au Maroc

1- Historique de la FP au Maroc

La première tentative de créer un système bancaire islamique avait pour objectif de

délivrer des micros financements et de financer de projets privés de petites envergures.

Dans ce contexte, l’ex-banque marocaine Wafa Bank a tenté en 2003 d’ouvrir au sein

de ses structures une cellule qui donne accès à des produits financiers islamiques (ex:

fonds communs de placement). Ce projet a même été validé par les muftis mais l’ex-

banque marocaine Wafa Bank s’est heurtée à une opposition radicale venant des plus

hautes sphères politiques.

D’autres propositions ont été formulées par les banques des pays du Golfe qui n’ont pas

cessé de manifester leur intérêt pour le marché marocain où une bonne partie de leur

épargne s’y investit. La dernière tentative était celle de la Qatari international Islamique

Bank (QIIB) qui a, officiellement, sondé le terrain depuis l’arrivée Du parti de la justice

et de développement (PJD) au pouvoir. Le groupe financier envisage la création d’une

banque et d’une compagnie d’assurance islamiques.

Parmi les statistiques communiquées par les études faites par la BAM sur la potentialité

du marché : sur 1500 entreprise, 6% ont manifesté leurs besoins pour ces produits

islamiques, 20% ont confirmé leurs dispositions à se convertir aux nouveaux produits

52
52

s’elles trouvent l’alternative, 25% affirment la possibilité d’opérer avec ce secteur. Aussi,

Les banques marocaines ne peuvent tourner le dos aux produits islamiques pour

longtemps puisqu’elles sont obligées de suivre l’évolution du marché.

Des ressources ont été générées par la hausse des prix du pétrole et les investisseurs sont

en quête d’opportunités. Ce sont des marchés potentiellement importants pour les

financements de projets. Ainsi, les banques pourraient se procurer de nouveaux apports

de liquidités provenant de la finance islamique. Le lancement de produits bancaires

différents conçus pour être licite sous leur appellation officielle produits alternatifs a

suscité l'intérêt au Maroc. Certains musulmans marocains refusent d'utiliser les produits

bancaires habituels qu’en cas de besoin extrême et se trouvent en dehors des circuits

formels. Ce lancement vise aussi à éviter les transferts massifs des résidents à l’étranger

vers les banques islamiques (notamment les pays de Golfe).

En effet au Maroc, au lieu d’installer des banques islamiques, Bank Al-Maghreb a

autorisé en octobre 2007 le lancement de 3 produits alternatifs dits conformes à la

chari’a à savoir : Mousharaka”, Mourabaha” et Ijara waIqtina” selon l’article 19 de

la loi bancaire, mais seuls les deux premiers sont effectivement commercialisés par 3

banques : Attijariwafabank, la Banque Populaire et la BMCI. Les autres banques sont,

selon BAM, en phase de préparation d’offres adaptées.

Il faut noter que la motivation de Bank Al Maghreb est de rechercher, d’améliorer le

taux de bancarisation d’une portion importante de la population marocaine qui refuse

de recourir aux crédits usuraires, et celle afin d’amener ce taux qui a stagné de 47% à

50%50, d’élargir et de diversifier la gamme de services bancaires, et de répondre aux

attentes de certaines catégories de la population. Cette décision s’explique aussi par une

volonté d’adapter l’environnement financier marocain aux attentes de gros investisseurs

du Golfe et à la forte demande des clients.

53
53

2- Les instances qui régissent la finance participative au Maroc dans le

cadre du projet

2-1

Bank AL-Maghreb 7

Le lancement de produits bancaires différents conçus pour être licite sous leur

appellation

officielle

produits

alternatifs

a

suscité

l'intérêt

au

Maroc.

Certains

musulmans marocains refusent d'utiliser les produits bancaires habituels qu’en cas de

besoin extrême et se trouvent en dehors des circuits formels. Ce lancement vise aussi à

éviter les transferts massifs des résidents à l’étranger vers les banques islamiques

(notamment les pays de Golfe). En effet au Maroc, au lieu d’installer des banques

islamiques, Bank Al-Maghrib a autorisé en octobre 2007 le lancement de 3 produits

alternatifs dits conformes à « la chariâa » à savoir : « Mousharaka », « Mourabaha » et

« Ijara »

selon l’article

19

de

la

loi bancaire, mais seuls les deux premiers sont

effectivement commercialisés par 3 banques : Attijariwafabank, la Banque Populaire et

la BMCI. Les autres banques sont, selon BAM, en phase de préparation d’offres

adaptées.

Il faut noter que la motivation de Bank Al Maghrib est de rechercher, d’améliorer le

taux de bancarisation d’une portion importante de la population marocaine qui refuse

de recourir aux crédits usuraires, et celle afin d’amener ce taux qui a stagné de 47% à

50%50, d’élargir et de diversifier la gamme de services bancaires, et de répondre aux

attentes de certaines catégories de la population. Cette décision s’explique aussi par une

volonté d’adapter l’environnement financier marocain aux attentes de gros investisseurs

du Golfe et à la forte demande des clients.

7 www.labanqueislamique.fr/Banque%20Islamique%20Maroc.htm

54
54

2-2

Al majlissal’ilmi (Comité charia)

Bank Al Maghrib (BAM) a ouvert des pourparlers avec un ensemble de savants

islamiques sur la création d’un comité Charia pour superviser l’industrie naissante de la

finance islamique au Maroc, selon les déclarations à Reuters d’un haut fonctionnaire à

BAM qui a requis l’anonymat.

Ce Conseil sera constitué d'universitaires et d'experts financiers. Ils auront pour mission

de se prononcer sur la conformité des instruments et des activités avec les principes de

la charia. Selon la haut fonctionnaire de BAM, l’institution attend les « propositions des

chercheurs pour mettre ce conseil en place ».

Le Comité charia pour la finance a notamment pour missions de :

se prononcer sur la conformité à la Charia des opérations et produits offerts au

public - répondre aux consultations des banques ;

donner un avis préalable sur le contenu des campagnes de communication des

établissements de crédit exerçant l’activité prévue par le présent titre ;

proposer toute mesure de nature à contribuer au développement de tout produit

ou service financier conformes à la Charia.

55
55

II- Le projet de la loi bancaire

1- Présentation du projet

Le cadre législatif des banques islamique est prêt, et est intégré dans le projet de refonte

de

la

loi bancaire

opérateurs.

soumis depuis mardi 4 septembre

2012 à l’appréciation des

Cette nouvelle loi bancaire définit les banques islamiques comme étant des banques

participatives, et elle dédieune vingtaine d’articles à cette activité mais n’utilise ni le

terme «produits alternatifs» ni celui de «banques islamiques».

Ces banques, qui sont des personnes morales habilitées à recevoir des dépôts, seront

obligées de mettre en place des comités d’audits chargés d’identifier et de prévenir les

risques de non-conformité à la Charia. Elles ont droit de réaliser des opérations

commerciales, financières et d’investissement tout en respectant les principes et les

fondements de la finance islamique.

« Les banques participatives pourraient également pratiquer des opérations connexes

comme le change manuel, les opérations sur or, métaux précieux et pièces de monnaie

ainsi que les produits d’assurance de personnes, d’assistance et d’assurance- crédit. Mais

l’unique exigence est de se conformer à la Charia. » 8

Le projet autorise les banques classiques et les sociétés de financement à exercer en

totalité ou en partie l’activité de banques participatives mais sous réserve de disposer

pour cela d’un agrément. Il prévoit, au total, six produits, à savoir : la Moudaraba,

l’Ijara

Tachghilia,

Moutanakissa.

l’Ijara

waiqtinaa

la

Moucharaka

Tabita,

et

la

Moucharaka

56
56

2- Les apports et les limites de la loi bancaire

2-1

Les apports

Le projet de refonte de la loi bancaire apporte plusieurs nouveautés à notre système

bancaire national :

La participation des banques dans les profits et pertes :

Le texte s’arrête d’abord sur les fondamentaux du système. Il définit ainsi les principes

généraux qui régissent les produits actuellement commercialisés dans les banques, à

savoir le halal (autorisé) et le haram (interdit), selon la Charia. Il précise que le crédit ne

doit pas être une source de profit. L’intérêt (riba) est proscrit. Les prêts ne doivent pas

faire l’objet de commerce. L’argent, en tant que capital, peut servir de moyen pour

faire du commerce et non pas constituer un objet de commerce. De la sorte, «le

financement accordé par la banque implique une participation de celle-ci aussi bien

dans les profits que dans les pertes.

De ce fait, les

banques ne se limitent pas, comme dans le régime conventionnel, à

proposer des services d’intermédiation financière. Elles interviennent pour s’impliquer

dans tout le processus de création, de transformation et de commercialisation des

richesses.

Un champ d’intervention couvrant toutes les opérations bancaires

Ces établissements islamiques peuvent opérer dans tous types des opérations bancaires :

Participer à des opérations d’ouverture de tous types de comptes à la mise à la

disposition des clients de financement conformes à la Charia ;

Gérer toutes les opérations et les instruments de change à l’international comme les

garanties, les crédits documentaires avec agrégation de Bank AL-Maghrib ;

57
57

Opérer dans des opérations liées à l’or et aux métaux précieux ainsi qu’aux valeurs

mobilières ;

Intervenir dans le domaine de la gestion de fonds pour la clientèle, l’assistance et le

conseil en matière de gestion de patrimoine.

Les banques classiques peuvent se reconvertir totalement ou en partie

Le projet de loi donne la possibilité aux banques conventionnelles de se convertir en

banques participatives. Cette conversion peut être :

Totale : l’institution se consacre entièrement à ce nouveau système ; donc, il ne fait

l’objet

de

création

d’une

nouvelle

banque,

mais

plutôt

d’adaptation

aux

dispositions de la loi proposée pour assurer ce transfert ;

Partielle : à cet égard, il suffit que la banque crée des guichets, des filiales, des caisses

ou des fonds d’investissement affectés à ce type d’activité. Pour cela, l’institution

doit se conformer à certaines règles techniques définies dans le texte.

2-2

Les limites

Pour toute initiative de loi, il peut y avoir des apports comme il peut y avoir des

limites à rectifier par la suite.

Parmi les limites qu’on a pu extraire :

Le projet de loi présenté a pour objectif de définir l’ossature d’un cadre législatif régissant

les banques participatives au Maroc, et par conséquent, le texte de loi reste dans les

généralités ce qui appelle un certain nombre de questions pour les professionnels ;

Les aspects relatifs aux produits Takaful et Sukuk ne sont pas couverts par cette loi,

par conséquent, les packages offerts par cette banque ne seront pas conformes aux

règles de la Charia ;

58
58

L’avant-projet ne cite pas les principales opérations réputées chez les banques

islamiques comme dans le domaine agricole (Salam, Mouzaraa et Mougharassa) et

non plus le contrat Istisnaa qui est susceptible d’encourager les PME.

L’article 60 permet aux établissements de crédit visés à l’article 10, à savoir les

banques et les sociétés de financement, peuvent exercer en partie ou en totalité, les

opérations reconnues aux banques participatives, sous réserve de l’agrément du wali

de Bank Al-Maghrib et après avis du Comité des établissements de crédit. Cette

reconnaissance

de

commercialisation

des

produits

islamiques

aux

banques

conventionnelles n’est pas entourée de conditions spécifiques notamment : la

garantie contre la mixité des fonds, la création de structures bancaires dédiées

strictement aux opérations conformes à la Charia,et la tenue d’une comptabilité

séparée entre les opérations conventionnelles et celles conformes à la Charia ;

L’article 70 ne mentionne pas la création d’un marché interbancaire entre les

banques participatives. En effet, le refinancement des banques participatives sur le

marché interbancaire n’est pas prévu ni dans sa définition ni dans son organisation

ou

son

fonctionnement.

Il

est

à

rappeler

que

sur

le

plan

du

benchmark

international, en Malaisie, à côté de la banque centrale qui réglemente l’activité des

banques

conventionnelles,

un

marché

interbancaire

islamique

existe

pour

permettre aux banques purement islamiques de se refinancer conformément aux

principes de la Charia ;

La relation entre les banques participatives et la banque centrale est opaque ; en

effet, si pour les banques traditionnelles, la gestion du problème de manque de

liquidité temporaire est clair et des solutions sont offertes soit entre banques elles-

mêmes ou autre, comment ce problème sera géré en cas de présence d’une seule

banque participative ou plusieurs mais ayant en même temps un problème de

59
59

liquidité, sachant qu’elles ne pourraient emprunter des banques traditionnelles avec

intérêt ?

2-3

Les suggestions

Après avoir analysés le projet de loi, on a constaté que la création d’un Centre de Recherche en

Finance Islamique est à envisager, associant professionnels et chercheurs de la Charia. Ce Centre

de recherche pourrait jouer un rôle important dans l’harmonisation et la standardisation des

produits et pratiques financiers islamiques au niveau national. L’Irlande a lancé un centre

européen de recherche en Finance Islamique, afin d’harmoniser les standards conforme à la

Charia et les fatwas9. Le Maroc peut s’inspirer de cet exemple pour définir ses propres standards.

Plusieurs axes de développement sont à envisager au sein de ce Centre :

Audit et Comptabilité pour la réflexion autour des adaptations des normes comptables

nécessaires et la conciliation des spécificités des activités financières islamiques ;

Recherche pour encadrer les thèmes de recherche des diverses universités françaises dans

ce domaine ;

Communication pour l’organisation de séminaires, de publications, etc.

Pour permettre une meilleure allocation des actifs islamiques, nous devons encourager

la création des institutions financières spécialisées qui vont permettre de détecter des

opportunités d’investissements et à sécuriser les assemblages financiers. Il faut aussi

encourager le développement du marché du privateequity 10 . Ce marché constitue un

facteur d’opportunité d’investissement pour les capitaux islamiques et un renforcement

des fonds propres pour les PME locales.

9 Une fatwa est émise à la demande d'un individu ou d'un juge pour régler un problème où la jurisprudence islamique n'est pas claire. 10 Le terme anglais privateequity désigne les titres financiers de sociétés

60
60

La nouvelle configuration politique de notre pays va très certainementaccélérer

la mise en place d’une finance islamique. Des signaux forts ont été envoyés par

le chef de gouvernement, comme

le projet de loi voté en parlement avril

dernier et la visite de la délégation de Qatar International Islamic Bank (QIIB).

Cette

volonté

politique

va

permettre,

certes,

d’initier

le

processus

de

développement de la finance islamique, dans lequel le Maroc a pris beaucoup de

retard. Mais cette seule volonté politique ne saurait à elle seule assurer le

développement

du

marché.

En

effet

les

acteurs

financiers

tels

que

les

établissements de crédit, les sociétés de gestion, BAM, et le trésordevraient

également assumer leur rôle et contribuer aux efforts de la création d’une

banque islamique au Maroc parce que dès l’ouverture de la première banque

islamique, le taux de bancarisation connaitra un essor sensible et honorable. On

assistera à une augmentation des transferts des marocains résidant à l’étranger et

à un attrait considérable d’investissement directs en provenance des pays du

Golfe et d’Asie,

les

PME et

les PMI

se verront offrir des possibilités de

financement alternatif, incluant la technique de leasing. L’économie marocaine,

les citoyens et les entreprises ont tout à gagner à s’ouvrir à la finance islamique.

Certes, ce projet de loi constitue, pour le Maroc, une avancée. Mais, il faut

prendre

en

considération

réglementation bancaire.

toutes

les

limites

citées

au-dessus

lors

de

la

Après avoir présentés le projet de loi, il est nécessaire, donc, de connaitre le

comportement des citoyens à son égard, l’objet du 4 ème chapitre.

61
61
Chapitre 4 : Le comportement du citoyen à l’égard de projet de loi Pecreption du

Chapitre 4 : Le comportement du citoyen à l’égard de projet de loi

Pecreption du consommateur marocain Recommandations
Pecreption du
consommateur marocain
Recommandations

Ce chapitre présente et analyse les résultats de l’étude qu’on a réalisée, via internet,

auprès de 100 personnes des lauréats de l’école supérieure de technologie Salé filière

technique de management.

L’objectif de cette étude n’est en effet pas de savoir si les marocains sont « pour » ou

« contre » la finance islamique, car il est évident que dans un pays de constitution

islamique une grande partie des consommateurs va exprimer son accord pour une offre

qui répond à ses confessions et convictions. Mais, le questionnaire 1 posé nous aide

àrépondre à l’ensemble des questions suivantes :

Le niveau de connaissance et de compréhension de la clientèle cible sur les produits

et

services

financiers

compréhension.

islamiques

et

services

et

quelle

est

l’étendue

de

cette

Quel sera leur comportement si les produits financiers islamiques sont disponibles

sur le marché marocain ? Passeront-ils de la banque conventionnelle à la banque

islamique ? Dans quel délai ? Dans quelles conditions ?

S’ils ne sont pas bancarisés, est-ce pour des raisons de conviction religieuse ?

Ce chapitre est composé de deux volets principaux : l’analyse du questionnaire, son

interprétation, et quelques propositions d’amélioration.

1 Voir annexe 1

63
63

I- Analyse du questionnaire

Les résultats du questionnaire sont comme suit :