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Zehani/Liberté

LIBERTE

Dimanche 25 septembre 2016

Supplément Économie

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NOUVEAU MODÈLE ÉCONOMIQUE, RÉFORMES ET BUDGET

La concertation au point mort

RÉFORMES ET BUDGET La concertation au point mort P lusieurs années après le décès de l’économiste

P lusieurs années après le décès de l’économiste Abdel- madjid Bouzidi, nous gardons en mémoire son sens pé- dagogique. Il insistait lors de ses communications sur

la règle de bonne gouvernance appliquée dans les économies évoluées : la règle des 3D. En clair, avant toute décision, il faut respecter trois étapes : d’abord le diagnostic, ensuite le dia- logue (avec les spécialistes, le patronat, les syndicats) avant

de prendre la décision. Si on avait respecté cette règle, on au- rait évité de mauvaises décisions : la règle du 51/49 appliquée à tous les secteurs même pour la construction d’hôtels, le crédit documentaire imposé aux opérateurs comme unique moyen de financement du commerce extérieur. Autre suggestion dans sa dernière contribution à un orga- ne de presse (Liberté) peu avant sa mort : une solution à la question de la suppression des subventions. Il mettait en gar- de dans ce texte contre une application brutale de la mesure pour des raisons sociales. L’économiste était en faveur d’une réflexion élargie sur la question avant d’aboutir à l’éla- boration d’un mécanisme efficient de ciblage des couches démunies qui permet d’aller progressivement à une sup-

La règle des 3 D ignorée

Par : K. REMOUCHE

k.remouche@gmail.com

pression des subventions. Ces leçons de bon sens économique ne s’affichent pas dans les pratiques de gouvernance de l’exé- cutif. L’absence de transparence, l’absence de débats éco- nomiques sur des questions chaudes, l’insuffisante concer- tation, sont autant de traits de la gestion actuelle du pays. La meilleure illustration de ce mode de gouvernance est la mise à l’écart du Conseil économique et social, instance prin- cipale de concertation pendant plus d’une décennie, et dont la composante n’a pas été renouvelée conformément à ses statuts depuis nombre d’années. Plus grave, l’écoute ne consti- tue pas un rituel. Think tanks comme Nabni, FCE, ou spé- cialistes indépendants n’ont cessé d’appeler à des me- sures anticrise pertinentes. En vain. Cet autisme nous coûtera très cher. Il annonce de graves tur- bulences économiques et sociales dont la première alerte est le contenu de l’avant-projet de loi de finances qui don- ne un avant-goût de la cure d’austérité qui sera mise en œuvre à partir de janvier prochain. À moins d’une prompte remi- se en cause de ce mode de gouvernance. n

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Dimanche 25 septembre 2016

LIBERTE

LA CONCERTATION AU POINT MORT

 

En 2011, le Cnes organise deux importantes rencontres économiques après les émeutes qui se sont déclenchées suite aux augmentations des prix des produits de base. La première devait jeter les bases du redressement économique, la seconde conduire à l’avènement d’une gouvernance participative à l’échelon local. Des recommandations pertinentes en ce sens ont été adressées au chef de l’État en vue leur application sur le terrain. Elles sont restées sans suite. En 2016, alors que l’Algérie vit une crise financière aiguë, le Cnes, une instance chargée de la concertation, est mise hors jeu lorsqu’il s’est agi de formuler un nouveau modèle économique, en fait substantiellement un cadrage budgétaire pluriannuel pour parer aux énormes déficits de ressources financières. Tout comme les partenaires économiques, les spécialistes et les syndicats. Lors de la dernière tripartite, l’UGTA et le FCE ont découvert le

contenu du document à huis clos, c'est-à-dire dans l’opacité la plus totale, sans pouvoir y apporter de profonds changements faute de temps. Ils ont juste remis leurs propositions. On ne sait aujourd’hui si elles ont été retenues. Du coup, dans cet élan du gouvernement pour faire sortir l’Algérie de la crise, les avis pertinents d’experts, d’entrepreneurs, de représentants syndicaux sont ignorés. La meilleure illustration de cette concertation en panne est l’absence de débat aujourd’hui sur l’amélioration des recettes budgétaires, la rationalisation des dépenses publiques et l’endettement extérieur. À cela s’ajoute l’absence de transparence dont le meilleur exemple est la réunion en catimini gouvernement/UGTA/FCE. Cette politique de black-out risque de retarder la sortie de crise, envenimer le climat social et dissuader les citoyens d’accepter des mesures impopulaires telles que contenues dans l’avant-projet de loi de finances 2017. K. R.

NOUVEAU MODÈLE ÉCONOMIQUE

Un plan élaboré en catimini

À ce jour, le contenu de ce document n’est pas rendu public.

D ans son intervention pronon- cée lors des travaux de la tri- partite du 5 juin dernier, le Pre- mier ministre, Abdelmalek Sellal a renouvelé “la disponi- bilité du gouvernement à la

concertation et au dialogue sans exclusive” concernant les questions d'in-

térêt national “dans le cadre du strict respect des lois et règle-

ments”, considérant que tout Algérien peut apporter sa contribution à la construction du pays : “Tout Algérien a sa pla- ce dans ce pays et peut participer à son édifica- tion”. À travers ses déclarations, le Premier mi- nistre ambitionne de s’appuyer sur l’engage- ment du patronat et des syndicats pour mettre en œuvre le nouveau modèle économique de croissance. Secouée par le choc de la baisse dras- tique des prix du pétrole, l’Algérie devrait al- ler, selon le Premier ministre, chercher la croissance en dehors du secteur des hydro- carbures, c'est-à-dire dans la sphère économique réelle où “l’entreprise, publique ou privée, est la clé de voûte”. Le nouveau modèle économique dont il est question touche essentiellement le mode de fonctionnement de l’économie na- tionale et sa réorientation par rapport à sa si- tuation actuelle. Il s’agit d’un nouveau mode de croissance économique qui devra être basé sur-

mode de croissance économique qui devra être basé sur- Par : SAID SMATI D. R. tout

Par : SAID SMATI

D. R.
D. R.

tout sur la diversification des activités écono- miques et pas seulement sur la rente pétroliè- re. Dans un contexte de crise pétrolière et de perspectives moroses pour l’économie natio-

nale, un tel chantier se devait de ratisser large

à travers un dialogue, afin que toutes les par-

ties se l’approprient, pour reprendre le constat du collectif Nabni. Reste que sur le terrain, la

chose est tout autre. En effet, la tripartite de juin 2016 devait présenter le nouveau modèle éco- nomique. Au final, le gouvernement et les par- tenaires sociaux (patronat et syndicats) n’ont, à l’occasion, rien apporté de nouveau, hormis quelques vagues pistes annoncées par le Premier ministre. Le côté très vague et généraliste des déclarations de ce dernier ont laissé les obser-

EN RAISON DU RISQUE DE TENSIONS SOCIALES

vateurs sur leur faim. Ces derniers s’attendaient à ce que le gouvernement mette en place un plan d’action chiffré, avec une responsabilisa- tion des acteurs, le tout soumis à un calendrier. Cela n’a pas été le cas. Au jour d’aujourd’hui, soit presque quatre mois après sa présentation, les contours de ce nouveau modèle économique ne sont pas encore connus. Ce qui rend, de fac- to, la concertation avec les acteurs du terrain, caduque. “Tout le monde en parle, mais on ne l’a pas encore vu”, affirme un économiste qui ajoute qu’il y a eu une inflation de conférences sur de nombreux sujets (économie, commer- ce extérieur…) sans grands résultats. Plus en- core, l’expert est sceptique concernant la concertation et le dialogue quand le CNES, es- pace idéal de concertation, est léthargique avec des instances non renouvelés depuis des années. Le fait, pour le gouvernement, de s’appuyer sur l’UGTA et le FCE donne l’illu- sion d’un dialogue et d’une concertation. Une illusion éphémère puisque le cadre de cette concertation qui est la tripartite est de plus en plus décrédibilisé. L’épisode de la dernière mini- tripartite du 15 septembre organisée à huis clos et sans aucun résultat rendu public, renseigne sur la conception du dialogue et de la concer- tation économique et sociale prônée par les pou- voirs publics.

S. S.

“Les subventions maintenues en 2017”

Le gouvernement veut éviter un changement brutal.

A lors que des experts alertent sur une ges- tion surannée du système des subven- tions, recommandant que la question

doit être examinée dans les meilleurs délais, l’É- tat ne veut pas y toucher.

En un mot, “les subven- tions sont maintenues en

2017”, confie une source sûre. Mis à part, a-t-elle ajouté, les subventions au titre des différentes actions du programme Ansej qui seront revues à la baisse, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2017, le sys- tème dans sa globalité ne sera pas touché par la cure d’austérité. Ainsi, la crise financière que vit le pays ne signe pas la fin des subventions. Elle va toutefois contrarier sérieusement la gé- nérosité de l’État providentiel. Comment, dans pareille situation, va-t-il s’y prendre ? Il ne peut pas faire deux choses à la fois, c’est-à-dire qu’il serait compliqué de concilier action économique et sociale, en ces temps de baisse de la ressource. Ferhat Aït Ali est expert en finance. Il s’explique : quand on veut être présent partout en période faste, on

: quand on veut être présent partout en période faste, on Par : YOUCEF SALAMI se

Par : YOUCEF SALAMI

se retrouve convoqué sur tous les fronts en pé- riode difficile. Et l’équation est, selon lui, simple : relancer l’économie par des avantages

à l’investissement va plomber la politique so-

ciale (qui du reste englobe un bon “paquet” d’avantages sociaux dont font partie les sub- ventions) rentière du gouvernement, et l’in- verse va plomber ses chances de favoriser la création d’une économie productive. Et d’ajou- ter : la tentation de faire les deux n’étant plus possible, celle de plomber les deux est plus proche des moyens du bord et des penchants de notre bureaucratie. Le gouvernement joue en fait la prudence dès lors qu’il s’agit de sub- ventions. Dans ses mémorandums internes et dans ses entrevues avec les experts du FMI, par exemple, il explique qu’un changement bru- tal est synonyme d’un “grand danger”, que le changement doit se faire d’une manière “pro- gressive”. Et qu’il est impossible d’arrêter une échéance d’une année ou même de dix ans. Pourtant, les besoins sociaux et les subventions qui vont avec augmentent d’année en année. Les subventions implicites et explicites coûtent

45 milliards de dollars à l’Algérie. Smaïn Noureddine, expert en finance, estime qu’au fil des années, beaucoup de choses ont chan- gé dans le pays, mais que sont restées im- muables les subventions. Est-ce normal ? De son avis, le pays ne peut se permettre éternel- lement des subventions généralisées à un seuil indéfini. Et d’ajouter que de nombreux pays, y compris des pays à niveaux de revenus moyens, ont revu leur politique de subventions, sans pour autant se départir de leur rôle de pro- tecteur social envers les couches les plus fra- giles de la population. Ce point de vue se trou- ve conforté par d’autres, notamment celui dé- veloppé par le Collectif Nabni, pour qui le mo- dèle actuel des subventions directes et indi- rectes est “injuste”, “inefficace” et “non soute- nable” financièrement. Le collectif rappelle que de plus en plus de pays de la région et dans le monde mettent fin aux subventions univer- selles de produits alimentaires et énergétiques en compensant les plus démunis. Pourquoi l’Algérie en serait-elle incapable ? Cela, note- t-il, peut s’opérer dans le court terme et gra-

duellement via les mécanismes des allocations familiales et des bourses en tout genre, en met- tant en parallèle un système de ciblage qui soit “juste” et “crédible”. Souhil Meddah, spécialiste des questions financières, estime de son côté que l’idée de suppression des subventions généralisées, proposée par plusieurs experts, y compris par ceux du Cnes, converge vers une nouvelle politique des transferts sociaux basée sur une réorganisation totale du modèle des subventions pour les produits de large consom- mation. Cette nouvelle politique, souligne-t- il, sera axée sur les trois principaux facteurs que sont : suppression de quelques subventions massives et indirectes qui sont indexées ac- tuellement sur les prix des produits de large consommation ; une affectation équitable des subventions au profit des couches les plus dé- favorisées à travers des transferts monétaires directs et sur la base d’un identifiant national et personnalisé ; réduire le coût des transferts sociaux supporté par le budget fonctionnement de l’État.

Y. S.

D.R.

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LA CONCERTATION AU POINT MORT

SAMIRA BEKHTI, EXPERTE EN POLITIQUES PUBLIQUES ET SANTÉ, MEMBRE DU COLLECTIF NABNI

“La transparence et la concertation sont les clés pour réduire l’opposition aux réformes”

Dans cet entretien Samira Bekhti, membre du Collectif Nabni, revient sur les carences du dialogue et la concertation économique et sociale. Selon elle, le principal frein à notre développement économique et social n’est autre que l’actuelle gouvernance publique.

Liberté : Avec un CNES léthargique, une tri- partite discréditée et des cercles de ré- flexions, à l’instar de Nabni, marginalisés, ne pensez-vous pas que le dialogue et la concertation économique et sociale sont au point mort ? SAMIRA BEKHTI : Le dialogue et la concer- tation ne sont pas des fondements de notre gouvernance pu-

blique, contraire- ment aux appa-

rences. Certes, les corps intermédiaires, des experts et repré- sentants de la société civile sont régulière- ment sollicités dans des consultations de- venues des rituels bien rodés… mais sont-ils pour autant entendus ? Qu’en ressort-il ef- fectivement? Concrètement, alors que la baisse du prix du baril a ébranlé les fonde- ments de notre modèle économique et me- nace notre niveau de vie, nous ne savons ab- solument pas quelles réformes le gouver- nement souhaite entreprendre pour à la fois gérer la crise actuelle et transformer notre modèle de développement économique et so- cial. Que penser de la façon dont les politiques publiques sont élaborées, alors que le nouveau modèle de croissance, initié à grands renforts de communication, autour d’une task force d’experts reconnus, n’a même pas été rendu public ? Si nos gouvernants pensent qu’ils n’ont rien à gagner à mettre en place un pro- cessus de dialogue avec l’ensemble des com- posantes de la société civile, ils se trompent lourdement, pour au moins deux raisons. Pre- mièrement, l’ampleur de la crise appelle

Entretien réalisé par :

SAÏD SMATI

de la crise appelle Entretien réalisé par : SAÏD SMATI des réformes profondes, et douloureuses socialement

des réformes profondes, et douloureuses socialement pour certaines. L’État et le gou- vernement risquent d’être confrontés à de fortes résistances, voire à des oppositions, no- tamment de la part des “innombrables poches de rente” qui se sont développées et renfor- cées durant les années d’abondance finan- cière. La transparence et la concertation sont les clés pour réduire l’opposition aux ré- formes. C’est d’autant plus vrai dans une si- tuation où les institutions apparaissent faibles, vulnérables à l’influence d’intérêts pri- vés divers. Deuxièmement, le succès des ré- formes est tributaire de l’engagement de l’en- semble des composantes de la société, et là encore, sans transparence et concertation, cet engagement risque d’être limité. Par exemple, l’impérieuse réforme fiscale à mettre en œuvre, et l’élargissement de l’assiette ont de

DIALOGUE ÉCONOMIQUE

Faire semblant !

grandes chances d’être confrontés à une faible coopération des contribuables si ces der- niers ne sont pas convaincus que l’impôt sera équitablement prélevé, et surtout correcte- ment utilisé, en toute transparence. En dé- finitive, le principal frein à notre dévelop- pement économique et social n’est autre que l’actuelle gouvernance publique : il est im- pératif et désormais urgent de la réformer. Les propositions en la matière sont nombreuses, et Nabni y a contribué en 2013 à travers son Manifeste : à quand leur mise en œuvre ?

Dans sa contribution à la tripartite de juin 2016, le collectif Nabni avait plaidé pour un vrai dialogue ouvert sur le nouveau modèle économique afin que toutes les parties se l’approprient. Avez-vous été entendus ? Vraisemblablement non, puisque par exemple les travaux concernant le nouveau modèle de croissance n’ont pas (encore ?) été rendus publics.

Qu’est-ce qui empêche l’émergence de concertations économiques et sociales fé- dératrices en Algérie ? Pour des concertations économiques et so-

ciales fédératrices et constructives, plusieurs conditions doivent être réunies. Tout d’abord, une société civile (citoyens, intellectuels, universitaires, syndicats, entreprises, mé-

cohésive, qui assume sa part de res-

dias

ponsabilité individuelle et collective. Sommes- nous prêts à renoncer à certains acquis, à cer- taines rentes de situation pour mettre en pla- ce les conditions d’un véritable change-

)

ment et le diffuser dans toutes les strates de notre État, de nos institutions, de notre ad- ministration ? La société civile, composée d’Al- gériens et d’Algériennes éduqués, matures, ouverts sur le monde, doit maintenant jouer pleinement son rôle. Elle ne peut plus attendre que l’État se réforme seul, sans l’émergence de la “citoyenneté”, c’est-à-dire au sens litté- ral d’un réel engagement du citoyen dans la gestion des affaires du pays, aussi bien au ni- veau local que national. Deuxième condition : un État, des institutions et une administration solides, suffisam- ment robustes et outillés pour alimenter et animer le dialogue et la concertation, et les traduire en actions concrètes et mesurables. Autrement dit, une administration capable de mettre en œuvre les changements pour améliorer le fonctionnement et la qualité de nos services publics, au bénéfice de tous les citoyens. Troisième condition, enfin : la confiance dans l’État, les institutions et les gouvernants. Confiance dans leur capacité à assumer le mandat confié par les citoyens, confiance dans leur capacité à tenir leurs en- gagements et à rendre des comptes aux Al- gériennes et aux Algériens. Confiance aussi dans leur capacité à façonner l’Algérie de de- main, celle de nos enfants et de nos petits-en- fants. C’est tout le sens de notre projet Algérie Rêvée, entamé en 2016 : il nous permet d’en- trevoir d’autres avenirs possibles dans de nou- veaux secteurs économiques, dans l’éduca- tion, le sport, ou encore la santé et le vivre- ensemble.

S. S.

1986 et 2016 resteront les deux moments marquants de l’évolution de la politique économique de l’Algérie contemporaine. Quel sera le devenir de notre nation en 2017 après 30 ans d’écart entre ces deux dates ?

E n 1986, après la chute vertigineuse des

cours du pétrole, nous étions en quasi-

rupture de paiements, ce qui nous

avait contraints de passer sous “les fourches caudines” du FMI. 2016, bien que caractéri- sée par le même scé-

nario en trente ans

d’écart, deux amortis- seurs, en l’occurrence nos réserves de changes et le fonds de régulation des recettes, ont réduit quelque peu le choc pour au moins, dit-on, deux années. Désormais il ne s’agit plus d’épiloguer sur la responsabi- lité des pouvoirs publics dans le “ratage” des opportunités qui nous étaient offertes avec un baril à 120 dollars, bien qu’elle soit entiè- rement engagée dans leur mode de gestion, de gouvernance et des dépenses publiques (dont la cour des comptes, dans son dernier rapport, relève les dysfonctionnements ainsi que les réévaluations des projets de façon alarmante). Certains experts estiment ces dépenses à plus de 850 milliards de dollars durant les différents plans de développe- ment. Il y a lieu aujourd’hui d’appréhender

développe- ment. Il y a lieu aujourd’hui d’appréhender Par : A. HAMMA la gravité de la

Par : A. HAMMA

la gravité de la situation. Il y a d’abord le projet de la loi de finances 2017 avec son avalanche de mesures d’augmentation des taxes, notamment la TVA, que l’opposition rejette et que beaucoup d’observateurs jugent anti-sociales, parce qu’elles tendent à faire supporter le poids de la crise aux couches moyennes et les catégories sociales les plus vulnérables. Le chef de l’État, de même que son Premier ministre, tout en soulignant la gravité de la crise, affirment que la politique sociale de l’État sera pour- suivie. Le projet de loi de finances 2017, qui sera débattu au sein des deux chambres du Parlement, soulève d’ores et déjà des ques- tionnements de nature fondamentalement politique. Au-delà des aspects techniques et financiers contenus dans le projet de loi, des questionnements politiques, longtemps refoulés, relatifs au projet de société que les Algériens veulent construire, apparaissent au grand jour. C’est de bon augure. La crise aura servi au moins à cela. S’il est normal que les pouvoirs publics prennent des mesures pour parer à la crise, faudrait-il

aussi qu’ils disent la vérité aux Algériens. Apparemment, le message du président de la République a été mal compris. Jamais un projet de loi de finances n’a soulevé autant d’interrogations, voire de contestations. Qu’il s’agisse de la hausse des taxes, des prix du carburant, du gaz et de l’électricité, qui impacteront inéluctablement le pouvoir d’achat des citoyens, notamment les couches moyennes et celles les plus vulné- rables, et surtout du délestage des subven- tions générales pour s’orienter vers des sou- tiens ciblés via l’établissement d’une carto- graphie des ménages nécessiteux, ce qui suppose l’élaboration de mécanismes et des modalités d’application qui demanderont beaucoup de temps. L’opinion publique n’est pas dupe. Elle sait que le pouvoir veut lui faire supporter le coût de la crise. Bien entendu qu’il faut sor- tir du financement de l’investissement et de la relance de la croissance par le Trésor public en mobilisant les ressources de la sphère réelle, mais pour cela, il faut une volonté politique axée notamment sur le

dialogue et la concertation avec les parte- naires socioéconomiques ainsi qu’une amé- lioration du mode de gouvernance. Malheureusement, nous ne sommes pas dans ce cas de figure. Et la dernière ren- contre du Premier ministre avec le SG de l’UGTA et le président du FCE s’est tenue dans l’opacité la plus totale. Et voilà que nous découvrons une organisation syndica- le loin des préoccupations des travailleurs pour endosser le rôle de bureau d’études et d’expertise économique. Elle cède ainsi le terrain aux syndicats autonomes qui anime- ront forcément la contestation sociale. Le mouvement des chômeurs qui se dessine n’est qu’un signe avant-coureur d’embrase- ment généralisé. L’année qui s’annonce sera difficile. Des frustrations légitimes que les citoyens ressentent, parce qu’ils sont mis à l’écart de ce qui se trame contre eux, sont porteuses de tous les risques. Dites la vérité aux Algériens et arrêtez d’afficher des consensus de façade.

A. H.

Dimanche 25 septembre 2016 LIBERTE 12 Supplément Économie ENTREPRISE ET MARCHÉS Parlons management Brèves SMAIL
Dimanche 25 septembre 2016
LIBERTE
12
Supplément Économie
ENTREPRISE ET MARCHÉS
Parlons management
Brèves
SMAIL SEGHIR
seghirsmail@gmail.com
Honeywell assure
la maintenance
aéronautique d’Air Algérie
n La compagnie nationale algérienne (Air
Algérie) a signé un protocole d’accord avec le

Leaders, osez l’humilité !

constructeur mondial Honeywell, l’un des leaders en matière de maintenance aéronautique. Le contrat porte sur le renforcement des capacités de la compagnie aérienne dans le domaine de la maintenance aéronautique. Ce partenariat permettra notamment à la compagnie de développer ses capacités en ce qui concerne l’entretien et la réparation des équipements et des systèmes d’avions conçus par Honeywell.

Premiersommet d’affaires turco-africain :

Algeryprendpart

n L’association turco-africaine des affaires

Taba organise, du 30 septembre au 2 octobre, à Istanbul, le 1er Sommet d’affaires turco- africain. L’événement est essentiellement dédié à la promotion des échanges commerciaux entre la Turquie et le continent noir. L’ouverture officielle du sommet sera assurée par le président turc Recep Tayyip Erdongan et verra la participation de nombreux pays d’Afrique dont l’Algérie. Une série de rendez-vous d’affaires seront organisés à la faveur de ce sommet.

SouthAfricanAirways:

une perte de 403 millions de dollars

n South African Airways (SAA) a essuyé une

perte de 403 millions de dollars au titre de l’exercice 2014-2015, selon les états financiers audités de la compagnie, dévoilés le 20 septembre par le vice-ministre des Finances, Mcebisi Jonas. La compagnie publique sud- africaine avait révélé, le 15 septembre dernier, avec deux ans de retard, que ses pertes pour 2014-2015 avaient atteint 331 millions de dollars. SAA fait partie des quelque 300 entreprises publiques sud- africaines majoritairement déficitaires qui grèvent le budget de l’État.

COURS DU DINAR

ACHAT

VENTE

US dollar

1 USD

108.9785

108.9635

Euro

1 EUR

122.8237

122.8733

COURS DES MATIÈRES PREMIÈRES

Brent

48 dollars/baril

Or :

1335 dollars

Blé :

143 euros/tonne

Maïs

160 euros/tonne

Cacao

2 189 livres sterling/tonne

Robusta

1 903 dollars/tonne

Le risque de s’abandonner au narcissisme plane sur la tête de tous les leaders. Cette tendance assez naturelle peut avoir des conséquences catastrophiques sur leur aptitude à influencer leurs collaborateurs. Y faire face suppose une bonne dose d’humilité. Une qualité hélas bien peu présente chez la plupart des managers.

pouvoir (addiction to power) s’ex- prime par la peur de perdre une position chèrement acquise. Ce qui peut amener le leader à commettre des actes malveillants. La crainte des envieux (fear of envy), quant à elle, consiste à se méfier exagé- rément des possibles concurrents. Ce qui, selon les mots de Manfred de Vries, peut provoquer chez le leader des comportements auto- destructeurs pouvant “transfor- mer une victoire en défaite”. En- fin, le syndrome du �Et mainte- nant” (the experience of �What now”) exprime la forme de dé- pression que ressentent les leaders arrivés au fait de leur ambition et ne trouvant plus d’objectif suffi- samment chalengeant pour eux. Ces pressions psychologiques conduisent les leaders à dévelop- per des formes de narcissisme provoquant du stress, de l’angois- se, voire de la dépression, causant des comportements irrationnels et irresponsables. Certains estiment que l’humilité et le leadership seraient antino- miques. En observant les grands leaders, on constate au contraire qu’ils partagent tous une même qualité et c’est précisément l’hu- milité ! Mais peut-on alors lutter contre le

narcissisme ? Dans un blog posté au mois d’août 2016, Annet Aris, professeure de stratégie à l’Insead, nous propose trois antidotes au narcissisme qu’elle exprime sous forme de questions que le leader doit constamment se poser. La première question c’est de se de- mander s’il est entouré de suffi- samment de voix critiques. Ces voix critiques peuvent venir de dif- férentes directions : ses collabora- teurs, ses conseillers, des membres du conseil d’administration… qui peuvent avoir des opinions diffé- rentes de celles du leader. Est-il suffisamment conscient des forces de l’adversité de son environne- ment, est la seconde question que le leader doit se poser. Com- prendre qu’il ne pourra jamais tout contrôler amènera le leader à davantage d’humilité en jugeant moins les autres. Enfin, la troisiè- me question consiste à vérifier s’il ne s’est pas coupé du monde. Ce qui devrait l’amener à oser �sortir de sa tour d’ivoire” en rencontrant plus fréquemment les opération- nels de l’entreprise, ses clients, les concurrents… Il s’agit en fait de ne pas perdre le sens des réalités. Comme partout ailleurs dans le monde, les managers algériens peuvent aussi succomber au nar-

cissisme. Dans l’entreprise algé- rienne c’est même plutôt endé- mique. Mais, pour avoir accom- pagné un certain nombre d’entre eux, le rédacteur de ces lignes peut témoigner du fait que ceux qui ont eu les plus grands succès dans leur leadership sont ceux qui pratiquent l’écoute active et ne craignent pas d’avouer leurs li- mites. Une humilité qui s’exprime à travers l’attention portée aux personnes, l’aptitude à reconnaître ses erreurs, la capacité à féliciter ceux qui réussissent. C’est préci- sément cette qualité qui les a ren- dus grands et respectés par leurs collaborateurs. Du reste, éviter l’arrogance n’est-il pas un des principes forts dans nos références spirituelles ? À ce propos, rappelons-nous le verset de la sourate Luqman où ce- lui-ci, s’adressant à son fils, lui dit :

“Ne détourne pas ton visage des hommes, et ne foule pas la terre avec arrogance : car Dieu n’aime pas le présomptueux plein de glo- riole” (31/Luqman-18).

S. S.

1 - https://flora.insead.edu

/fichiersti_wp/inseadwp2003/200

3-58.pdf

LU POUR VOUS

REVUE “AMENHIS”

Sortie de crise : l’avis de spécialistes

D ans son numéro 62 (juillet-août 2016), Amenhis, une revue édi- tée par la Sarl Amenhis Events

évoque, entre autres, la crise écono- mique que connaît le pays depuis mi-

juin 2014. La publication a fait parler une brochette d’ex-

perts dont l’an- cien directeur de

la dette à la banque d’Algérie, Rachid Sekak, Mo- hamed Guernaout, expert en finance, pour l’analyser, la disséquer. Ainsi, Ra- chid Sekak y va de son analyse sur ce contexte difficile, expliquant qu’il faut bien se rendre compte que nous sommes arrivés à la situation ubuesque dans laquelle on envisage un recours à l’endettement extérieur dans le but de créer de la liquidité interne en dinars. Il estime par ailleurs que le doublement des dépenses courantes de l’État entre 2008 et 2014, est clairement le signe d’un “énorme gaspillage”. Il ajoute éga- lement qu’on doit s’interroger“sérieu- sement” sur l’efficacité de nos inves- tissements publics. Compte tenu de l’épuisement annoncé des ressources du Fonds de régulation des recettes ( FRR), il ne reste, selon lui, que “deux so-

recettes ( FRR), il ne reste, selon lui, que “ deux so- Par : YOUCEF SALAMI

Par : YOUCEF SALAMI

ne reste, selon lui, que “ deux so- Par : YOUCEF SALAMI lutions disponibles ” pour

lutions disponibles” pour financer le bud- get de l’État. Il s’agit du recours à “l’em- prunt local” et à “l’accroissement de la dette publique interne”, d’une part, et du recours à“l’endettement extérieur sou- verain” pour créer de la liquidité, d’autre part. Abderrrahmaen Mebtoul, éco- nomiste, suggère, de son côté, “l’inser- tion” de la sphère formelle dans l’éco-

nomie structurée, l’économie réelle, ce qui implique la “refonte” du système financier, la “dynamisation” de la bour- se des valeurs et la “délivrance de titres de propriété qui auront un impact im- portant”. Adel Si Bouakez, expert en fi- nances s’attarde lui sur l’emprunt na- tional, estimant que ce dernier consti- tue une “alternative pertinente pour la mobilisation de épargne excédentaire” qui va améliorer, d’après lui, le niveau de confiance entre l’État et les sous- cripteurs ainsi que le niveau de la gou- vernance. La revue a publié un entre- tien de Mohamed Guernaout, expert fi- nancier qui revient, dans cet entre- tien, sur la situation difficile que vit le pays. Il parle des conséquences qui en découlent et il formule des propositions pour en sortir. C’est ainsi qu’il explique qu’il y a nécessité de “libérer l’acte d’investir des carcans administratifs, de privatiser les entreprises publiques, de repenser la réforme financière, no- tamment bancaire”, y compris la Banque centrale, et sa politique mo- nétaire et de crédit, le refinancement sans toutefois relever les taux d’intérêt et de “revoir” la politique budgétaire.

Y. S.

C omme la plupart des habiletés ma- nagériales, le lea- dership a son côté obscur : le narcis- sisme. À l’extrême,

le manque d’humilité peut condui- re les leaders à devenir para- noïaques, voire tyranniques. Man- fred Kets de Vries, le célèbre pro- fesseur de leadership development à l'Insead, a été l’un de ceux qui ont le mieux sondé cet aspect Dark Va- dor du leadership. Manfred de Vries a mené une recherche qui l’a mené à des conclusions précises sur cette question, reprises dans un article publié en 2003 sous le titre Dysfunctional leadership (1). Il y montre que la plupart des leaders hésitent à reconnaître les dérives dans leur comportement, étant peu conscients de l’impact des pressions psychologiques de leur travail sur leurs relations avec leurs collaborateurs avec, in fine, des effets désastreux et sur l’en- treprise et sur eux-mêmes. Parmi les pressions psychologiques les plus fréquentes que subissent les leaders, Manfred de Vries en a identifié quatre qui lui paraissent particulièrement dangereuses. La solitude du chef (loneliness com- mand) est l’une d’entre elles. À mesure que le chef grimpe vers le sommet de la hiérarchie, il devient sujet à une forme de stress dû au fait que ses réseaux de soutien traditionnels se modifient et ses re- lations avec ses collègues devien- nent plus distantes. La soif du

 

BOURSE D’ALGER

Séance de cotation du 19 septembre 2016

TITRES COTÉS

 

COURS

VARIATION

TAUX DE VARIATION

ACTION

ALLIANCE ASSURANCES Spa 465,00

0,00

0,00

NCA-ROUIBA

350,00

0,00

0,00

TITRES NON COTÉS

 

DERNIER COURS DE CLÔTURE

ACTION

EGH El AURASSI BIOPHARM SAIDAL

 

445,00

1 300,00

600,00

EVOLUTION DES COURS DES VALEURS DU TRÉSOR :

 

MAXIMUM

MINIMUM

GAT 7ANS

107,71

95,88

GAT 10ANS

117,07

97,78

GAT 15ANS

121,75

98,82

PRINCIPAUX INDICATEURS BOURSIERS

Capitalisation boursière :

 

45 860 795 740,00 1 684 820,00

Valeur transigée :

Encours global des titres de créance :

 

Encours global des valeurs du Trésor :

414 175 000 000,00 1 296,37

Dzairindex :