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DES

LA SCIENCE

1

INGENIEUR

-~---"~

--

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"_,,,-",,_,'--~-'-'-'""--

-.----

---

---.--

LA SCIENCE

DES

DANS

LA

lN GÉNIEURS,

CONDUITE

ET

DES

TRAVAUX

D'ARCHITECTURE

PAR

BÉLIDOR.

DE

fORTIFICATION

CIVILE.

Nouvelle

édition,

avec des Notes,

ordinaire

des Ponts

pal' M. NAVIER, ingénieur et Chaussées.

ÇHEZ

POUR

 

A

PARIS,

 

FIRMIN

DIDOT,

IMPRIMEUR

DE

L'INSTITUT,

LIBRAIRE

LES. MATRÉMATIQUES,

LA

MARINE,

L'ARCHITECTURE

HYDRAULIQUE,

etc.

RUE

JACOB,

NO 24.

1813.

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,

,'''''''''"

,,

AVER"{ISSEMENT

DE

L'ÉDITEUR.

tE s ouvrages

la Sci~nce des Ingénz'eurs et l'Architecture hydraulique. ~e premier n'a

sont

de Bélidor

qui ont conservé

le plus

de réputation

jamais été réimprimé; mais il a été publié en allemand à Nuremberg,

chez Wrigel, en 1757' Les quatre volumes de l'Architecture hydraulique

ont été plusi~urs fois, et à diverses époques, réimprimés séparément,

sans qùe ron y fît aucun changement. On s'était toujours servi des

 

.

.

,

anciens. cuivres,

qui

se sont

trouvés.

à la -fin tellement

usés, qu'une

grande

partie

des planches

d~yemmt

presque

inintelligible,

M. Firmin

Didot

a

cru

devoir,

pour

ne point

laisser

perdre

un

ouvrage

d'une

utilité reconnue, faire graver

de nouveau

toutes

ces planches,

dont

les

dessins ont été retouchés ou

refaits

par

M. Martirï,

Ces nouvelles

gra-

vures, beaucoup

en 1809,

mieux

cette

et depuis

trait-ées que les anciennes,

ont

été

terminées

époque

M. Firmin

Di<;lot les a insérées

dans

les exemplaires

qu'il

a vendus,

On

voit

par-là

quelle

supériorité

ces

exemplaires

doivent

avoir sur ceux qu'on

trouve

dans les ventes,

quand

mèine

ces derniers

seraient

des plus

anciens.

A l'égard

de

la

Science

des

Ingénieurs,

non -seulement

les derniers

exemplaires

n'avaient

que

des

planches

très - fatiguées,

mais

encore,

comme le texte n'avait pas été réimprimé, l'ouvrage ne se trouvait plus

dans le commerce, quoiqu'il ne cessât point d'être recherché avec em-

pressement. M. Firmin Didot a donc cru devoir en donner une nouvelle

édition. Les planches ont été gravées sur des cuivres neufs, et ont reçu

les perfectionnements

dont

elles étaient

susceptibles,

Quant

au texte,

a

ij

l'éditeur

AVERTISSEMENT.

s'est fait une loi de n'y pas faire le plus léger changement,

- persuadé que

l'ouvrage ne pouvait que perdre

de son prix aux yeux

de la plupart

des lecteurs,

si le style

et les idées

de Bélidor

éprouvaient

quelque

altération;

ma.is pour

donner

néanmoins

à cet ouvrage,

dans

l'état actuel

de

nos

connaissances,

le degréd'intéret

et

d'utilité

qu'il

comporte

qu'il pouvait laisser àdesirer.

éorrection du texte.

d'après

son

pJan,

.

on a tâché

On

dé suppléer

a pris' des soins

'.

dans des notes

à. Ct}

particuliers

pour

la

.

Les dernières réimpressions, qui ont été faites de l'Architecture hy-

dràulique

le réimprimer,

reproduire la première édition , mais en adoptant le ,même plan qu'on vièntge suivre pour la Science des .Ingénieurs. Le public pourra, de

cette

et dont les premi~res

padies

hydraulique

s'ont présentetnènt

épuisées pour le premier

volume;

on va

non eri se bbrnant

comme on l'a fait jusqu'à présent à

manière,

attendre

plus" patiemment

lui

a

la NoufJelleArcltitecture

que M. de Prony

promise,

-

fontdesirer

-

si vivement la continuation.

""""""""""''''''''''''''''''''~--"'''~'''''''

VIE

~,

~

''''''''''''''''''

,~'''''''

''''~

DE BÉLIDOR.

'''''''~'''''''''

,

BERNARD

FOREST D:E BÉLIDOR naquit

en

Catalogne

en

1698,

son

père,

Jean-Baptiste

Forest,

faisa,it lIne

call1pagne

en

qualité

d'officier

au

régiment

de dragons

de Valencé.Bélidora~ait

à peine

trois

mois lorsqu'il

perdit

sa mère.

Son père.,

qui

avait

été

obligé

de

Je quitter,

et de suivre

s()n régiment,

 

mourut

aussi

peu

de

te~ps

après

,et

le laissa

confié

aux

soins

de

M.

de

Fossiébourg,

officier

d'artillerie,

et

son

parrain,

qui

le

conduisit

en

France.

M. de Fossiébcn,ug,

dont

Bélidor

était

devenu

l'en-

fant

d'adoption,

ne vécut

que

jusqu'en.

17IJ.

Mais sa veuve

s'étant

retirée

chez

M.

Cayot

de

Blanzy,

ingénieur

en

chef

à

Montreuil,

Bélldor

y

fut

accueilli comme il l'aurait été dans la. maison paternelle. L'éducation

y reçut développa chez lui le goÙt des mathématiques et des fortifications.

qu'il

Ce goÙt~ acquit

de

nouvelles

forces

lorsqtle

M.

de

Blanzy,

appelé

aux

siéges

de Bouchain

et

du

Quesnoy,

qui

suivirent

la victoire

remportée

à

Denain

par

le

mal'éch;}l

d,e' V~llars,

y ,conduisit

Bélidor.

.11 reprit

à

son

retour

l'étude

des

mathématiques

 

avec

une

nouyelle

ardeur,

et

mérita

d'être

choisi

par

les ingénieurs

 

de

la

Flandre

, pour

ai~er

dans

leurs

opé-

rations

Cassini

et

La

Hire,

qui

traçaient

alors

la méridienne.

 

Les

dispositions

de Bélidot

furent

appréciées

par

ces

bons

juges.

Ils

lui

procurèrent

la

protection

M.

Leblanc,

alors

ministre

d'État,

qui

le

présenta

au régent.

Les encouragements

et

les

gratifications

qu'il

reçut

de

ce

prince,

fait

pour

estimer

les- talents

et

ceux

qui

les possédaient,

le

déterminèrent

à

se

livrer

entièrement

aux

sçÏences,

et

lui

firent

aban-

donner

la pensée

d'entrer

dans

un

cloître,

que

lui

avait

sans, doute

inspi-

rée

l'état

précaire

de

sa

fortune:

Les

promesses

du

régent

ne

restèrent

point

sans

effet:

nommé

à

la

place

de

professeur

à

l'école

d'artillerie

de

la

Fère,

Bélidor

en

remplit

les f~nctions

de

la manière

la plus

distin-.

guée;

et,

à

la

sollicitation

des

premiers

officiers

du

bataillon

en

gar-

nison

dans

cette

place,

on

le

fit

entrer

dans

leur

corps

avec le

grade

de

commissaire, ordinaire de l'artillerie.

Il devint

peu

après

membre

des Aca-

démies des Sciences d'Angleterre et de PflIsSe.

C'est

à

cette

époque

que

Bélidor

composa

ses

premiers

ouvrages;

il

avait

donné

en

J TW

le sommair,!

d'un

Cours d'Architecture

militaire,

civile

et hydraulique,

qui

n'était

qu'une,

première

ébauche.

Son nouveau

Cours

de

Mathématiques

à

l'usage

de

l'artillerie

et

qu

génie,

publié

en

1.725

cn

un, volume

in-4°,

eut

le

plus

grand

succès,

et fut

adopté

dans

toutes

IV

les

les principales

écoles.

Cet ouvrage

parties

VIE DE BÉLIDOR.

-

contient,

outre

les

éléments

des

des

sciences

:physico -mathématiqu~s

mathématiques,

,qui

se

rap-

portent

aux objets

dont

les ingénieurs

ont

à s'occuper,

telles

que

la bal-

listique,

l'équilib~e

et

le

mouvement

des

fluides,

etc.

On

l'a

réimprimé

en 1767,

après

On voit par

la

la m~rt

préface

de

de la Science

des Ingénieurs,

que

Bélidor

conçut

ensuite

le projet

d'un

oqvrage

beaucoup

plus

considérable

et

non

moins

utile,

qui

devait

être

composé

de

quatre

volumes

in-4~.

Les deux

pre-

miers auraient

contenu

tout

ce qui

est

relatif

à l'attaque

et

il la

défense

des

places.

Les deux

autres

avaient

pour

objet

l'art

des

constructions

ap-

pliqué aU:JÇfortifications.

Le volume

publié

en

1729 sous le titre

de Science

(les Ingénieurs,

le premier

de

et

dont

on

ces deux-ci.

donne

aujourd'hui

Le second

devait

une, seconde

des

édition,

était

hydrau~

traiter

ouvrages

liques,

et contenir

un

Dictionnaire

des

termes

de

l'architecture

et

de

la

fortification.

.

Bélidor

fut

détourné

de

ce

travail

par

d'autres

objets.

Il

publia

en 1731

son Bombardier français,

pu

r.drt

de jeter

les

bombes avec; précision, en

pn

volume

in-4".

Cet

ouvrage

parut

tellement

utile,

que

l'édition

en fut

donnée

il l'imprimerie

royale.

On en

fit une

autre

il Amsterdam

en 173Lj.

L'artillerie

eut

pour

la

première

fois

des

tables

pour

le

jet des bombes,

~alculée:S d'après

les principes

-que l'auteur

avait

donnés

dans

son

Cours

de

Mathématiques.

 

Bélidor

ne perdait

cepèndant

sur

les

construc-

tions

hydrauliques;

mais une

pas de vue ses recherches circonstanceparticulièré

l'engagea à chan'ger

plan,

le

la plupart

son

projet

et

à s'en

faire un

beaucoup

hydraulique,

d'une

machine

des connaissances

nécessaires

plus

vaste. Ayant

été

chargé

de faire

il s'à,perçut

pour

que

l'on

en

déterminer

manquait

de

toutes

les par-

ties- avec exactitude.

Il avoue aV,ècnaïveté, dans une de f'es préfaces, la sur-

prise

que

lui

causa

le

dénuement

 

dans

lequel

il se trouvait,

malgré

les

étur1esqn'il

avait

faites,

et les ouvrages

qu'il

avait

même

composés

sur

des

matières

analogues.

Son

zèle

ne

lui

permit

pas

de

reconnaîtr~

une

telle

lacunesans

entreprendre

aussitôt

de la remplir,

et en traitant

l'art

des cons-

tructions

hydrauliques,

il voulut

e:rnbrasser

tout

ce qui était relatif

à la

ma-

nière

de conduire,

d'élever

et de ménager

les eaux.

C'est

à cette

rés~lutio!l

qu'on

doit l'.drchitecture

hydraulique,

dont le premier

volume

parut

en 1737.

Ce v~lume

contient,

putre

une

introdugtion

dans

laquelle

sont

rappelés

les principf's

 

de

la

mécanique

et ceux

du

mouvement

des

fluides,

la des-

cription.

de

diverses

espèces

de

moulins

et de quelques

machines

servant

aux

épuisements.

 

.

Le

second. volume

devait

suivre

immédiatement

le premier;

mais ~éHdor

ayant

été

chargé

cette même

année

1737 par

le bureau

de

la viUe de

Paris,

d'examiner

 

la

machine

hydraulique:du

pont

Notre-Dame,

et

de proposer

VIE DE BÉLIDOR.

les perfectionnements

dontelle

était

lieu.

de faire

'de

nouvelles

recherches

susceptible;

sur

cette

v

cette circonstance

matière

lui donn<\

la

i' qui retardèrerÙ

publication

du volume

jusqu'en

1739. Beaucoup

plus

intéressant

encoi'e que

le premier,

ce volume

offre la théorie

de l'action

du vent;

celle des pompes

et

chines

des machines

qui les font

(dont

à élever l'eau

mouvoir,

la description

l'une

étàitentièrement

de diverses

autres

ma-

nouvelle,

et qui,

malgré

les découvertes

recherches

des

qui ont été faites depuIs,

au mouvement

mérite

encore

l'estime

des savants),

relatives'

de l'eau

dans

les

tuyaux

de conS

alors

connues,

la manière

de re-

les eaux,

et d'en

tirer

parti

pour

ces

deux

volumes,

Bélidor,

dont

<luite,

la description

des

machines

à feu

çhercher,

de: conduire

et

de distribuer

la

,

décoration

des jardins.

Peu de

temps

après

la publication

de

l'activité

ne pouvait

se borner

à uu seul objet)

fit sur

les effets

de la poudre

des expériences

relatives

à un Traité

des mines qu'il

a composé

depuis.

Elles

le conduisirent

à examiner

la manière

dont

on

chargeait

les pièces

d'artil-

lerie.

Il crut

pouvoir

conclure

de ses recherches,

qu'on

brÙlait

inutilement

près

de

la moitié

de 1a poudre

employée.

Cette

découverte,

vraie ou fausse,

fut

pour

lui la source

des plus

grands

chagrins.

On

ne sait

pas précisément

les circonstances

de l'espèce

de

persécution

qu'elle

lui

attira;

mais il paraît

que

Bélidor , par

suite

de

l'opposition

qu'il

trouvait

dans

les. chefs

de

SOI}

corps

n'ayant

pu faire

accueillir

ses idées

par

l~ prince

de Dombes,

grand-

;maître

de

l'artillerie,

s'adressa secrètement au cardinal de Fleury. Ce dernier

parla

de cette affaire

au prince,

çe Bélidor;

qu'il

le dépouilla

qui se trouva de ses places,

tellement

et l'obligea

offensé de la démarche

à

quitter

la

Fère.

-Trop

dévoué

à

son

pays

pour

accepter

les

propositions

que

plusieurs

puissances

étrangères

lui

firent

à cette

époque,

Bélidor

attendit

en silence

qu'on

lui

rendît

justice.

Le

maréchal

de

Belle-Isle

mit

fin à sa disgrace~

Bélidor

avait

en 1733 rempli

 

conjointement

 

avec lui

une

mission

secrète,

et

avait

acquis

$on

estime

et

son

amitié.

Le

maréchal

lui

fit

quitter

en

1742

le

corps

de l'artillerie,

et

le fit

passer

comme

capitaine

réformé

à

la

suite

du

régiment

de Metz.

Bélidor

servit

en

Allemagne

en qualité

d'aide-

de-camp

sous

le comte

de Ségur

et sous

le duc

d'Harcourt.

Le

roi

lui ac-

corda

le grade

de

lieutenant-colonel

et

la

croix

de

Saint - Louis.

Dans

la

campagne

de I7~4,

où le prince

de

Conti

commandait

en Piémont,

Bélidor

fit sauter

avec

la

poudre

le

château

de ,Démont,

dont

on n'avait

pa$

le

temps

de'

démolir

les

fortifications,

et

il

accéléra

dans

la

campagne

de

1746

la

reddition

de Charleroi,

en fai~ant

craindre

aux

habitants,

par

un

stratagême

ingénieux,

qu'on

ne se servît

des mines

de houille

qui

s'étendent

jusque

sous

la ville,

pour

la faire

sauter

comme

on avait

fait

le château,

, Ces services

furent

récompensés

au commencement

de

1747 par

le brevet

de ,çolonel.

Bélidor

fit

en

cette

qualité

la campagne

de cette

année

sous le

maréchal de Belle-Isle, La paix d'Aix-Ia-Chapelle, qui suivit cette campagne,

vj

VIE

n~

n.ÉLIDOR.

 

le rendit

à ~es pr~Jll,~êresocct,lpa.ti,ons

n mit

la

dernière

mjin

à

son

archi.

. tec~\l,I:~ hy~rauliqu~,

dont

le

t~9is.iè~.e

volUlhe

parut

en

1750,

et le ,quaq

 

.

 

.

t~iè1J1.e;~n

1753.

C~ttç d.~~n~ère pax~ie est

en, qu,elqu~

s()rte

un

ouvrage

indépendant

d~

la Ptemiè~e. Ré,liq9t' eS,t l'even,u, en l'écrivant,

au

plan

qu'il

s'était

formé

lors de la réd~ctiQn,de la Science des Ingénieurs,

et elle' con,tient

propre-.

lllent le~

details. rel,atifs

aux: cons,tructions

hydrauliques,

sujet

qu'il

s'était

d'abord

proposé,

d~ 'traiter

seul;

mais

ce sujet

prit

sous

sa plume

un très-

grand

développement.

Ces deux

volumes

contiennent

l'histoire

et

la

rles-.

cription

des 'travaux:

de Dunkeçque,

tous

les dét<1ils relatifs

à la dispositi(}ll

et

à la construction

des

écluses,

avec

la

qescriptioll

des

trava'ux

les plus

remarquables

en

ce genre,

celle des principaux:

ports

anciens

et plodernes,

la manière

de les ~tabIir,

et de construire

les divers

traval1X

qu'ils

exigent,

la manière

celle qe, fonder de se servir

des

eaux

dans

la guerre

de siège

et

de campagne

, celle

de 'rendre

les rivières

navigables,

et de les réduire,

la

construction

des canaux: de navigation,

de desséchement

et d'arrosage,

celle,

des ponts.

La composition

de cette

dernière

partie

suppose

des recher9hes

et un

travail

immenses.

Elle forme

aétuellement

la portion,

la plus

solide

et

la plus

incontestable

de

la

gloire

(le l'auteu!'.

Il paraît

que

Bélidor,

livré,

de

fondi

bonne

heure

aux des mathématiques;

fonctions

J'étude

de l'enseignement.

et,

dès l'époque

n'avait

de leur

pas assez

appro-,

publication,

la

pàrtie

théorique

laissait

à

desirer

en plusieurs

endroits

du,

côté de la rigueur.

de ses ouvrages Les progrès

des scie,nces font

parélÎtre maintenant

cette

partie

plus

défectueuse

encore;

et,

à l'exception

des premiers

principes

ge

l'équilibre

et

du

mouvement,

il

y

a dans

les

traités

de Bélidor

peu

de no-

tions

m~caniques,

sur-tout

Aans

les applications,

qui' n'aient

besoin d'être

mo;difiées

ou'

rectifiées,

Mais, ce qu'il

y

a

de

véritablèment

remarqt;'able

dans, ces traités,

c'est

l'excellent

esprit

dans

lequel

ils sont

composés,

le

soin avec lequel

l'auteur,

cherche

à tout

soumettre

au calcul,

à fonder

toutes

les règles

sur

des

principes

aussi

bien

établis

qu'il

lui

est

possible,

à re-:-

cueillir

les notions

historiques.

r~elatives

aux

objets

dont

il s'ôccupe

pou~

inspirer

aux

ingénieurs.l~,

goût

qu

genre

d'érudition

ql1:i leur

cOllvient,

et

sur-tout

ce zèle

pour

l'jnstructi()U

(!es lect~~rs

qui

lui

fa~t traiter

dans

le

plus

grapd

détailles

procédés

dec()nstruction

les pl~~

arides.

On

admire,

la parfaite

eo~n"lÎssan,ce

qu'il

avait

acquise

,de ces proeéçIés.

et elle

étonne

sur-tout

q~an.d,on

fait r~flexion

qu'il

~'avai:t jamais

di~igé; d,e trava~x.

Indé-

pend':lw~en~q~, ce qlli tient ~.la, scienc,e des,. ço,nstruètioJl,~" l<:s iI}génieurs,

Ré:

lidoJ;, d<:s,I~()t!O,(l.sjusJ~s,su~ ra<lmin.ilji~ra.tionde,s, travauf: qu~ ~~,ur';sont c,on-

fiés, stlr le gfprf1 ?e suryeilIanç{~ <J;t~'ils;doive,n.t appo~ter

sU,r ledegré<)e

ne

pe~ven.t:

d'aillel1rs

ac:quérirnull~

p~u.'t Ç9IllIll~ dan~l<:s

uljier' avec les

()li.xragesde

dan,s lei~1J;'e,xéc;ution,

entreprene~rs,

enfin

s,éyél'ité<ion.t

ils, doivent

sur

toute

laparti~

m.9r~l.e

~.e leIlT, cpnduite;

.

VIE

DE

BÊ t IDÙ R.

vij

On voit dans ces oUvragês que ~ quelque

importaneequé

BéÎidoi'

attachât

à une connaissance approfondie des détàils historiqu'es et pratiques relàtifs

àux

théoriques

l'art

d'avoir

constructions;

par

d'appliquer

il en mettait

beàucoup

doivent

la

plus

être

aux éclairés. Dans Un temps

bien

encore

était

connaissànces

loin

lesquelles

les

ces détails

mathéinatiquesà

pl:rysique

pris

l'extension

que

nous

lui voyons

de nos jours,

et où,

parmi

toutes

les

questions

relatives

à

l'architecture,

il n'en

était

peut-être

aucune

qui

eût.

été

traitée

avec

un

véritable

succès,

il pouvait

y avoir quelque

excuse

ap-

parente

pour

ceux

qui,

négligeant

l'étude

des

sciences,

croyaient

que

la

-

pratique

seule était

capable

de les gùider

dans

leurs

travaux.

Bélidor

s'élève

pàr-tout

contre

cette

manière

de

voir,

et

par-tout

il

la réfute

de

la façon

la plus

victorieuse.

Que

penserait

-il

présentement,

si,

malgré

la

lumière

que

les

sciences

et l'observation

ont

répandùe

depuis

trente

ans

sur

l'art

des

constructions,

et

malgré

les progrès

phis

grands

encore

qu'on

doit

at-

tendre

de l'excellente

éducation

que reçoivent

les ingénieurs,

il voyait plu-

sieurs

personnes

conserver

et vouloir

perpétuer

les préjugés

dangereux

qu'il

avait

combattus

avec

tant

d'ardeur

et

de sÜccès?

 

Le Dictionnaire

des termes

d'architecture

que

Bélidor

se proposait

d'in-

sérer

dans

son

ouvrage,

n'ayant

puy

trouver

place,il

le publia

séparément

en

1755 en

un

volume

in-8°.

Ce dictionnaire

a depuis

été

refondu

et aug-

menté

par

Ch.

Ant.

Jombert,

qui

en

a

publié

en

1768 une

nouvelle

édi-

tion

en

deux

volumes.

Bélidor

entra. en J756 à l'Académie

des Sciencçs,

dont

il était

depuis

long-

temps

correspondant,

 

et dont son mérite

lui aurait

plutôt

ouvert

les portes,

s'il

n'eût

été

obligé

d'attendre,

à raison

de son

état,

qu'il

vînt

à vaquer

une

place

d'associé

libre.

M. de Belle-Isle

étaitalois

ministre

de la guerre:

jlfit

et,

nommer dans le courant

Bélidor

de

en 1759 , il

1758 à

fut

la place

d'inspecteur

fait

successivement

de l'arsenal

hrigadier

de Paris,

des armées

du

roi et inspecteur-général

des mineurs

de

France.

Ces places

lui

procu-

rèrent

une

sorte

d'opulence

dont

il profita

pour

s'acquitter

en partie

des

obligations

qu'il

avait à la famille

de M. de Fossiébourg.

il

épousa

Mlle, de

Fossiébourg,

sa fille,

en

1759.

Bélidor

ne jouit

que

hien

peu

de

temps

du bonheur

qu'il

avait

mérité

par

ses travaJlx

et par

ses services,

et que

la bienveillance

du I!1inistre

lui

avait procuré.

Ses études

continuelles

avaient

usé son

tempérament;

même

ressenti

quelques

attaques

d'apoplexie.

Malgré

l'altération

il avait

et les instances

de son

épouse

et de

ses

amis,

il voulut

absolument?

de sa santé en 1761,

faire

à

Verdun

un

voyage

auquel

l'obligeait

sa place

d'inspecteur

des

mi-

neurs;

il usa même

de supercherie

pour

partir

à leur

insçu.

Il

en fut

ra-

mené

mourant,

et. ne vécut

que

trois

jours

après

son

retour.

Il

expira .

le

8 septembre

1761,

âgé

de soixante-trois

ans.

Bélidor

mérite

l'estime

et la reconnaissance

de

la postérité,

par

les ser-

 

\

-

viij

VIE

DE 'BÊLIDOR:

 

vic"es qu'ii à rendus

à l'art

des

éonstrùctions

hydrauliques.

Ses qualités

mà~

raIes

ne

méritaient

pas

moiris

rattaèhement

de ses contempoia~ns.

La

gé~

nérosité;

l~ dévouement

 

à

ses amis,

le ,zèle

pour

répandre

l'instruction,

porté jusqu~au

point'

de

lui ,faire

aclietér'à

'ses

frais

le

congé

des jeunes

soldats

qili> montraient

des

dispositions

pour

l'étude,

ci les

instruire

l~lÏ-

inêlI).e, failiaient

la base

de

son

caractère;

Ses

mœurs

étaient

de

la

plus

grande

pureté,'

eUI

n'a

jamais

eu d'autre

passion

que

celle

de l'étude.

Il avait

donné

,

à

son

enti'ée

à)'

Académie

,une

Théoriè

sur

la ' sCience

des mines,

qui

a paru

dans

les mémoires

de

1756. On. croit

qu'elle 'faisait

partie.

d'tin

ouvrage

plus

étendu

dont

l~ ministère

s~ réserva

le secret.

On

l'a réunie

à quelques

autres

opus~ules,

pour

formér

un

petit

volume

ln-So

publié

à Amsterdam

en

1764,

sons

le, titre

d'OEuvres

diverses

de

M. Bélidor,

concernant

l'artillerie

etle

génie. Ce volume contient des réflexions géné.

ra.Ies sur

toutes

les parties

de là fortification,

Un ,traité

des

rnÎneset

con-

tre-mines,

une

nouvelle

théorie,

de la poudre,'

{me, nouvelle

théorie

du jet

des

bombes ,. et la

nouyeIIe

théorie

sur

la

scieilce

des

mines.

,

'

Bélidor

avait

annoncé,

IgrS

de

la publiciüicin

de

la

Sciencè

des

Ingé-

.

nieurs,

un. Traité

de FQrtijicatlcm.Cet

 

ouvrage

a

effectivemerH

été

com-

posé,

mais il

est

demeuré

manuscrit.

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'PRÉFACE

DE

L',AUTEUR.

SIr

nieurs

profession"

011 considère

ont

parler

pour

tous

le~ différents conviendra

travaux

qu'il

les

dont

n'y

les ingé:'

de

la conduite,

qui

on de connaissance

de disposer

a point

exige plus

que

la leur.

Car,

sans

cation

de la manière

les rendre

pièces

la défense

de fortifi';

possible

capables

de toute

~algré

les irrégularités

des

lieux

et

b

figure

bizarre

d'une

e,nceintèqu'onveut

ménager.,

ni

de tout

ce qui peut

le~ dis-

, t~nguer dans la guerre des siéges.; quelle foule d'objets divers

he présente

pas la' construction

des fortifications,

qui

est la

seule chose

que je me

suis proposée

dans ce volume!

On

ne

p,eutparcourir

les places fro:r;ltières sans rencontrer à chaque

~

~

. pas

des

ouvrages

d'une

construction

particulière;

quelquefois

même,

sans

passer

d'un

lieu

à

un

autre,

on

trouve

dans

le

même

endroit

tout

ce

qui

peut

exercer

pendant

plusieurs

années

grandes

devient

les

esprits

choses.

intéressant,

les

Quand

on

plus

on

laborieux

veut

êèt les plus entrerdàns

mille

choses'