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Brou Alexis KOMENAN

Le régime végétarien peut-il inverser le diabète ?

Mai 2012, Abidjan (Côte d’Ivoire)

Le diabète est l’une de ces « nouvelles maladies » qui ne cessent, surtout depuis les années cinquante, de progresser à la faveur de la croissance d’habitudes de vie et d’alimentation défavorables à la santé. Il est généralement considéré comme incurable sous toutes ses formes, tout au plus peut-on en limiter sensiblement les effets. Aussi voit-on de nombreux patients condamnés à des injections d’insuline ou à l’absorption de comprimés à vie. Des efforts sont accomplis et sont visibles visant à accorder aux malades plus de facilités pour leur traitement ainsi que leur prise en charge sociale. Cependant, le caractère incurable de la pathologie est remis en cause au sein même du monde scientifique. Les travaux de plusieurs spécialistes sont révélateurs du caractère réversible du diabète par un traitement particulier, l’alimentation végétarienne.

Avant de laisser la parole à l’un d’entre eux, le docteur Hans Diehl 1 , il y a lieu de noter que les résultats obtenus par lui et son équipe sont de nature à redonner un réel espoir aux victimes de cette pathologie considérée comme inguérissable. Ces conclusions sont solidaires d’autres voix du monde médical qui professent une thérapeutique fondée sur la réforme de l’hygiène de vie et de l’alimentation des patients.

Écoutons à présent le Dr Diehl nous exposer ses thèses éprouvées 2 :

«… Maintenant examinons la question de savoir pourquoi il y a tant de cas de diabète et que peut-on faire pour inverser le diabète ? Pendant de très nombreuses années, nous avons opté pour un régime alimentaire composé en majeure partie de graisse parce que nous avions l’opinion erronée que les diabétiques ne peuvent pas assimiler les hydrates de carbone, le sucre. Nous n‘avions jusqu’alors pas établi la distinction entre les hydrates de carbone simples et les hydrates de carbone complexes ; entre sucre et amidon […] Et si une personne ne peut pas consommer de sucre, disions-nous, alors elle doit consommer beaucoup de graisse et de protéines. Ceci a été malheureusement la ligne directrice pour le traitement des diabétiques. En 1921, 70 % de l’alimentation des diabétiques était composée de graisse, de sorte que ces malheureux décédaient d’artériosclérose et de maladies cardiaques […]. »

1 Le docteur Hans DIEHL est un spécialiste américain en épidémiologie cardiovasculaire. Il est le directeur de l’Institut de Médecine sur le Mode de Vie de l’Université Loma Linda (Californie). Il est le fondateur du programme de santé Complete Health Improvement Program (CHIP). 2 Extraits de la Conférence donnée par le Dr Diehl à l’occasion du 7 e Congrès végétarien européen, tenu en juillet 1999 à Widnau (Suisse). Texte entier disponible à l’adresse URL www.vegetarismus.ch/pdf/b13.pdf.

Pour le Dr Diehl, comme pour bien d’autres spécialistes, la cause fondamentale à la base de la progression du diabète est la quantité excessive de matières grasses dans une culture alimentaire de type occidental qui tend à se mondialiser. Les 40 % de graisse contenue dans ce type d’alimentation sont très au-dessus des 5 à 15 % de graisse requise dans un régime alimentaire normal.

« Ce qui suit, poursuit-il, provient d’une étude à grande échelle entreprise par l’Église adventiste, qui a suivi 30 000 personnes. Parmi ces dernières, les végétariens avaient très peu de diabète, les mangeurs de viande en avaient 400 fois plus. Ces constatations confirment que, puisque la viande est très riche en graisse, c’est la graisse qui détermine les résultats. Au niveau mondial, nous pouvons estimer que dans les vingt ou trente prochaines années il y aura une augmentation importante des cas de diabète, étant donné que de plus en plus de personnes dans le monde adoptent un mode de vie et une alimentation de type occidental.

En 1933, le Dr Rabinowitch, de Montréal, au Canada, a étudié le traitement du diabète et a pu vérifier les constatations déjà obtenues avec les personnes ayant une alimentation végétarienne très simple, très pauvre en graisse. En 1955, le Dr Inder SINGH a voulu vérifier ces résultats avec un régime composé d’aliments naturels ne contenant que 1 % de graisse, soit une alimentation végétarienne. Il avait 80 diabétiques sous insuline. Parmi eux, 50 ont pu arrêter l’insuline en six semaines.

Nous avons encore d’autres résultats. Dans cette même voie, dans le journal médical britannique Lancet, on a pu lire qu’avec une alimentation pauvre en graisse, l’insuline que le corps produit normalement redevient active chez les diabétiques, qui peuvent ainsi retrouver une santé normale en quelques semaines […]. »

Hans Diehl et les autres sont en cela en parfait accord avec le docteur Guillaume Guelpa, un médecin franco-italien qui claironne sur le sujet, au début du XX e siècle 3 :

«… Tout dernièrement, un grand professeur actuellement retraité, en faisant des leçons sur une des plus graves complications du diabète, la gangrène diabétique, attirait spécialement l’attention des auditeurs sur la nécessité de lutter contre la faiblesse des malades et de soutenir leurs forces en élevant les rations de viandes et d’œufs après avoir supprimé tout aliment amylacé. Il ne se rendait pas compte que la sensation de faiblesse de ses malades était l’expression de l’intoxication, qui est provoquée par les déchets acides et sucrés fabriqués en excès et non éliminés à cause de l’épuisement des organes hématopoïétiques, et que par son erreur d’interprétation il allait augmenter le surmenage de ces organes déjà défaillants […]. »

Pour le Dr Guelpa, fortifier les diabétiques par le gavage de nourriture carnée est une pratique dangereuse qui ne peut supporter la comparaison

3 Extraits du texte intitulé Désintoxication organique et Régime végétarien, conférence faite par le Dr Guelpa à la Société Végétarienne de France le 11 avril 1911. Document entier disponible à l’adresse URL www.jeune-et- randonnee.pagesperso-orange.fr/Guelpaocr.htm.

avec la cure naturiste de désintoxication dans laquelle l’alimentation végétarienne figure en bonne place.

« Dans une communication, poursuit-il, que j’ai faite dernièrement à la Société de Médecine, La guérison du diabète, j’ai démontré que dans cette maladie, ce qui constitue la gravité, l’élément capital, c’est l’intoxication acide des tissus, et non la surproduction du sucre éliminé dans les urines… » Guelpa priorise pour ne pas dire identifie l’acidose des tissus comme le facteur clé de la progression de la maladie dans l’organisme du patient. Ce faisant, il voit dans la surproduction du sucre le moyen approprié d’émonction des toxines des aliments carnés, « car, dit-il, cette surproduction, au lieu d’être le danger dans la maladie, en est au contraire le correctif, l’élément favorable, de la même manière que les boissons aqueuses abondantes, nécessitées par la soif, sont le correctif, l’élément bienfaisant, lorsque l’organisme est intoxiqué par l’excès de sel ingéré dans les aliments. En effet, l’exagération du sel dans les tissus est nuisible à leur fonctionnement cellulaire et les boissons aqueuses abondantes sont nécessaires pour l’élimination rapide, pour le lavage, de cette intoxication chlorurée. Dans le diabète, l’intoxication acide, provenant surtout des aliments carnés trouve dans les solutions sucrées le milieu le plus favorable à son élimination. »

Fort des méthodes de traitement qui découlent de ce postulat inédit, le Dr Guelpa a pu soulager en un temps minimal bien des diabétiques, qui se voient soumettre à « une diète végétarienne réduite, avec suppression des aliments carnés, des œufs et des boissons alcoolisées », ainsi qu’à « des intervalles de plus en plus éloignés des périodes de jeûne et de purgation, pour être toujours certain du succès. » Non sans avoir lucidement averti que « cette guérison ne peut avoir lieu que s’il s’agit du vrai diabète et non d’une manifestation diabétique symptomatique d’une affection incurable (cancer, tuberculose, tumeurs cérébrales, etc.) »

Le Dr Guelpa nous confie ensuite avoir eu une occasion intéressante d’accréditer ses thèses : ce fut à la suite d’une rencontre avec le docteur Coyon, quatre jours après la communication précitée. Au cours de la conversation, qui s’orienta bientôt vers les idées du Dr Guelpa sur le diabète, celui-ci nota que son confrère, « tout en admettant les avantages de la cure de désintoxication », exprimait du doute quant au caractère invariablement complet des résultats obtenus par Guelpa. Aussi à la demande de ce dernier, le Dr Coyon lui confie-t-il l’un de ses patients, homme de 65 ans, fils de parents morts du diabète, miné par le même mal que venait compléter, de façon tout à fait inopportune, une « inflammation ankylosante » avancée du genou droit. Guelpa eut là

l’occasion de prouver la haute valeur thérapeutique de la diète végétarienne associée à la restriction alimentaire complétée de purges salines. Voici, par exemple, le menu du patient après quelques jours de jeûne et de purges à base de sulfate de soude : matin, un fruit et une tasse de café ; midi, des légumes verts, une salade abondante, 30 grammes de pain et un fruit ; le soir, un potage julienne, un légume vert, 30 grammes de pain et un fruit, boissons aqueuses à volonté.

Les travaux de Guillaume Guelpa et, plus récemment, dHans Diehl et d’autres spécialistes sont éloquents. L’inversion du diabète par une « simple » réforme alimentaire sous assistance médicale est digne d’intérêt et vient doper les efforts déjà louables de la recherche relativement au suivi médical des malades. Mieux, l’alimentation végétarienne médicalement assistée, couplée au traitement d’insuline est de nature à rétablir le patient en quelques semaines. Ce qui signifie un arrêt définitif de la prise de cette hormone au terme du traitement.

Il reste que ces conclusions doivent être approfondies et généralisées par la recherche. Les cures hygiénistes étant encore accueillies avec réserve dans certains milieux. En témoigne la réaction compréhensible mais plutôt fâcheuse de cette assistante sociale en Côte d’Ivoire, qui dissuada sans tarder un parent d’enfant diabétique de faire suivre ce dernier par un naturothérapeute 4 , ce qui aurait pu lui être d’un grand bien. Un sage chrétien a dit : « Examinez toutes choses, retenez ce qui est bon. » La saine collaboration entre les diverses écoles médicales n’est pas à décourager, mais à promouvoir. Les enjeux étant le mieux-être individuel et la santé publique.

Références bibliographiques :

DIEHL, Hans, Inverser le diabète par la fourchette et le couteau, conférence donnée à l’occasion du 7 e Congrès végétarien européen, Widnau (Suisse), 1999.

GUELPA, Guillaume, Désintoxication organique et Régime végétarien, conférence donnée à la Société Végétarienne de France, 1911.

4 In Fraternité Matin, quotidien ivoirien d’informations générales, n° 14235 du 8 mai 2012, p.2.