Journal du Parti de Gauche de la Vienne : écologie/ socialisme/ république

N°51, sept/octobre 2016

Hinkley Point : catastrophe economique a venir
Dans l'industrie nucléaire, Ubu est roi. En témoigne l'affaire des réacteurs nucléaires de type EPR qu'EDF doit
construire en Grande Bretagne à Hinkley Point. Ces réacteurs dits de nouvelle génération, aucun n'a pu être
achevé jusqu'à présent. Les deux seuls en construction, en Finlande et en France à Flamanville, accumulent les
problèmes. Le budget explose : des trois milliards d'euros environ prévus pour chaque EPR, on en est à 10
milliards chacun et les chantiers ne sont pas finis.

L

es retards s'accumulent : le
chantier de Flamanville débuté
en 2008 devait se terminer en
2012, mais son achèvement est pour l'instant reporté à 2018, et le plus probable est
que le chantier n'aille pas à son terme. Les
malfaçons n'en finissent pas de s'ajouter
les unes au autres : coulage du béton défectueux, fissures dans les cuves qui auraient justifié l'arrêt du projet.
Il est difficile de comprendre ce qui a pu
passer dans la tête des dirigeants d'EDF
pour se lancer dans un projet de construction de deux réacteurs EPR à Hinkley
Point, pour un montant de 21 milliards
d'euros. L'affaire est tellement lourde du
risque de faillite totale
d'EDF que son directeur
financier d'alors, Thomas Piquemal, a démissionné avec fracas de
son poste en mars dernier. Les salariés d'EDF
sont aussi majoritairement contre le projet
Hinkley Point. Malgré
cela, la direction d'EDF,
droite dans ses bottes,
et avec l'appui du chef
de l'état, s'entête dans
cette décision. Dans un communiqué commun du 22 juillet, la CGT, la CFE-CGC et

FO dénoncent "une décision prise avec
l'accord du président de la République
qui cautionne ainsi ce passage en force,
passant outre l'avis des salariés" et
craignent « des conséquences
dramatiques sur cette filière industrielle, les investissements d'EDF sur
le territoire national et
par conséquent l'emploi
en France ».
La nomination de Théresa May
au poste de premier ministre suite au
Brexit, pourrait permettre de sortir de
l'ornière. En validant « sous conditions » (conditions pour l'instant non explicitées) le projet,
Théresa May offre la
possibilité à EDF et à
la Grande-Bretagne
de mettre fin à ce
projet en sauvant la
face et surtout en
évitant les énormes
pénalités financières
que chaque partie
aurait dû verser à
l'autre si elle avait été
à l'origine de l'annulation du projet.
Il resterait toutefois la question des
indemnités à verser au groupe nu-

« Les salariés d'EDF
sont aussi majoritairement contre le projet
Hinkley Point. Malgré
cela, la direction
d'EDF, et avec l'appui
du chef de l'état, s'entête dans cette décision ».

cléaire chinois CGN, intervenant pour le
tiers dans ce projet, et qui voulait en faire
une vitrine.
Il n'est pas exclu que les dirigeants d'EDF refusent cette
porte de sortie et veuillent coûte que coûte se
lancer dans le projet en
espérant d'énormes
retombées financières.
David Cameron a en effet
signé quand il était encore
premier ministre un contrat
assurant pendant trente cinq ans à EDF un
prix exorbitant pour l'électricité produite à
Hinkley Point. Pour réaliser ces profits, il
faudra que le chantier se déroule sans
anicroche, et nous avons vu que c'est tout
le contraire qui se produira. Faute de
quoi EDF devra verser de colossales indemnités de retard en plus des coûts de
dépassement de budget.
Que ce soit à cause de son coût ou bien
des désastres écologiques à venir
(démantèlement des centrales, déchets
nucléaires, sans parler d'un inévitable
accident majeur), il est temps d'en finir
avec l'industrie nucléaire.
Cédric Mulet-Marquis

déBat

Nous sommes mechants
avec les journalistes !
« J'aime beaucoup Mélenchon, mais pourquoi autant d'agressivité avec les journalistes ? » entend on souvent. « Mélenchon insulte les journaliste et a théorisé cela » dit
une ex-chroniqueuse de chez Ruquier. Plus localement, nous a été reproché d'avoir
laissé sur notre espace internet un commentaire peu élogieux d'un de nos lecteurs à
l'égard de la Nouvelle République. Sommes-nous si mauvais avec la presse ? Bouffons
nous du journaliste à chaque repas ? Mais ces derniers nous adressent-ils pas eux
aussi de l'animosité ? Tentative partielle de réponse.

I

l faut d'abord bien poser la question.
S'attaque-t-on à la presse ou au journalistes ? Oui nous sommes un adversaire
résolu des marchands de canon qui détiennent de nombreux journaux (le Figaro),
ainsi que des banquiers d'affaire (Libé, les
Inrockuptibles) ou de l'industrie du luxe.
Pour autant nous savons aussi recenser les
bons articles, même ceux publiés dans la
mauvaise boutique. (Après tout on choisit
pas toujours son patron).
Certes nous nous attaquons à des journalistes. Mais lesquels ? Qu'un correspondant
local de la presse quotidienne nous reproche notre animosité à l'égard d'un David
Pujadas nous interpelle. Il manifeste ainsi
une solidarité professionnelle envers « tous
les journalistes », même ceux d'en haut dont
il ne sera jamais. Ne ferait-il pas mieux plutôt d'avoir une vision de classe, et préférer
opposer sa presse quotidienne locale à la
presse du pouvoir central qu'est le JT ? Si
Mélenchon s'en prend à un Michel Denisot
ou un Pujadas, il a aussi dans le même
temps (et sur les mêmes émissions) dénoncé
les statuts de « pigiste permanent » de nombreux employés de la presse locale
(autrement dit l'ubérisation du travail avant
l'heure dont la presse est parfois spécialiste
– Mélenchon a été journaliste dans sa jeunesse, donc bien placé pour en parler), le
statut précaires des perchistes ou régisseurs,
précarité qui fait tâche face aux revenus des
journalistes vedettes. Attaquer les puissants
pour défendre les journalistes en bas de
l'organigramme hiérarchique, cela résume
notre ligne directrice. Et il y a journaliste et
journaliste : certains fidèles à leurs idées,
d'autres… au pouvoir en place quelqu'il
soit. Ainsi en s'attaquant à Pujadas, devrions
nous nous interroger si nous nous attaquons à un journaliste, ou à un majordome.
En fait, on nous demande d'être « gentil avec
les méchants et méchant avec les gentils », et
on nous reproche de faire l'inverse. Car les

mêmes nous reprochant notre attitude auprès des médias, ne disent rien quand des
journalistes racoleurs vont filmer (donc
humilier) les rescapés de Paris ou de Nice
une heure après les attentats. Et l'agressivité
de Mélenchon envers des journalistes vedettes n'a-t-elle pas d'égale le ton de procureur de ces derniers ? (et que dire quand les
mêmes sont si courtois avec des affairistes
comme Bernard Tapie, ou des ministres en
exercice).

reux que nos journalistes locaux nous proposent leurs idées, car nous n'avons pas la
science infuse.

Enfin au PG 86, nous avons une sensibilité
particulière sur la critique du numérique
(non sans contradiction puisque nous
sommes beaucoup lus via Facebook). Notamment nous critiquons avec constance le
livre numérique. Cela va de pair avec la défense de la presse papier. Le modèle numérique est bancal économiquement, et cerPlus localement, en ce qui nous concerne,
tains médias numériques ont fini par se
nous sommes qualifiés de
mettre au papier. Le journal français qui se
« Mélenchonistes » (alors que nous sommes porte le mieux économiquement est le Caun parti qui se veut sans exclusive « de
nard Enchaîné, qui n'a quasiment rien sur
Gauche » et qui se revenInternet, aucune
dique par exemple de Jaudette, aucune
rès ou de Louise Michel.).
pub et des fonds
Ou encore de « supporters
propres qui
de Mélenchon » : comme un
représentent 3
club de sport ! Fini les
années de
idées, ou les valeurs, nous
chiffre d'affaire.
ne soutenons qu'un chamEn ce sens, en
pion. Mais soyons justes,
défendant le
nous avons aussi que le
support papier,
stress au travail pousse aussi
nous ne sommes
à ne pas se relire.
sûrement pas les
ennemis de la
Enfin la presse dépend de
presse.
circuits de distribution pu(Contrairement
blics ou aidés. Qui réduit les
aux promoteurs
vivres de ce système vital
de la numérisapour la presse ? Sûrement pas nous. Dans ce tion intégrale du monde, qui préparent la
cas, nos amis journalistes ne devraient-ils
fin du journal écrit. Certains par ailleurs
pas monter aux créneau pour ces causes là, parmi les journalistes eux-mêmes qui scient
plutôt que sur les énervements de notre
la branche sur laquelle ils sont assis)
Méluche national ? Un sillon est à creuser
pour permettre à la presse d'être financière- Nous maintenons et poursuivrons nos atment indépendante à la fois de l'état, des
taques envers les magnats de la presse. Mais
industriels ET de la publicité (autre fléau
que le correspondant local sache que nous
pour la presse – lisez les articles sur le nuserons là aussi pour défendre ses droits
cléaire de l'Humanité, vous comprendrez
syndicaux. Et que nous souhaitons mettre
mieux quand vous verrez l'encart publicien place des politiques publiques volontataire d'EDF).
ristes pour défendre la diversité et la liberté
Un sujet que nous négligerons pas dans
de la presse.
Thomas SAHABI
notre programme, mais nous serions heu-

«La presse dépend
de circuits de distribution publics
ou aidés. Qui réduit les vivres de
ce système vital
pour la presse ?

On a retrouvé la 7 eme Compagnie

des Pompiers Pyromanes

Ç

a sent mauvais.
Ça sent déjà mauvais.
On le savait bien, que ça allait
rapidement sentir mauvais , mais là, ça
sent tellement mauvais qu'on se dit juste
que personne n'a pensé à sortir les ordures de l'année dernière avant que les
nouvelles ne s'entassent.
Le pays souffre. Il est méprisé. Infantilisé
par une oligarchie en roue libre , persuadée que la solution à tous les malentendus est dans le Manuel du Petit Communicant. 50 pages, en gros caractères.
Mais depuis quelques mois, cette paresse
s'accompagne d'une nouvelle certitude
chez nos élites confiantes : les français,
TOUS les français, sont des électeurs
potentiels du Front National. Des gens
apeurés, effrayés, refermés sur euxmêmes, et persuadés qu'une horde barbare est sur le point d'égorger leurs filles
et leurs compagnes.

M

a vie personnelle m’amène
depuis plus de vingt ans à
aller plusieurs fois par an
en Sicile. Cela m’a amené à avoir une
vision particulière, une vision vécue du
phénomène des immigrés abordant les
côtes du sud sicilien. Cette année, c’est
tous les jours en moyenne 1000 immigrants qui abordent, soit par Lampedusa,
soit par les ports de la région d’Agrigente,
soit par la pointe sud-est autour de Portopalo ou de Syracuse. Depuis peu d’années, j’ai vu la situation se dégrader rapidement. Des morts sur les plages du sud,
certains migrants mis à l’eau à 50m du
bord par des passeurs souhaitant échapper aux gardes-côtes et qui balançaient
manu militari par-dessus bord des gens
qui ne savaient pas nager, des camps « de
regroupement » apparaître au milieu de
nulle part, de la main d’œuvre de couleur
sur les marchés locaux, de l’exaspération
dans la population locale. La Sicile a déjà
un taux de chômage de 25% au total et de
50% chez les jeunes. Or, les exploitants

Alors, oui, bon, il ne faut pas être angélique, même s'il vient d'une infime minorité , le danger est réel : des fanatiques
rôdent, prêts à se faire sauter et nous
avec. Voilà. Il faut vivre avec. Et aussi, et
surtout avec tous ceux, qui, de la même
confession que les tarés précédemment
cités, n'ont rien à voir avec eux, et sont
tout aussi inquiets, tout aussi apeurés.
Tout aussi français .
Evidence ? Lieu commun ? Je suis d'accord . Mais alors, pourquoi, pourquoi
tous nos représentants politiques , censés être responsables, au lieu d'apaiser
les esprits, attisent-ils les braises , jouentils les matamores, les Pères Fouettards, et
accentuent-ils ainsi les tensions ?
Parce qu'ils sont persuadés que les français veulent la schlague , veulent un
homme (ou une femme !) - fort(e), et en
tous cas un régime autoritaire. Là encore, il faut bien reconnaître, si l'on

écoute les conversations, que le pays n'a
jamais été aussi peu ouvert, aussi racorni.
Mais justement. En cette époque puante,
il est de la responsabilité des élus républicains, face à cette montée nauséabonde, de combattre, et pas de singer.
De COMBATTRE cette puanteur qui
monte . Croient-ils vraiment que les électeurs qui ont envie de barbelés préfèreront une copie à l'original(e) ??
Vision méprisante, désespérée de la citoyenneté et du jeu démocratique. Où on
oublie tous ceux qui , chaque jour, dans
les associations citoyennes, politiques,
humanitaires, tendent la main aux autres.
Parmi eux, certains ne votent plus,
écoeurés. Ce sont eux qu'il faut aller
chercher. Et avec eux, une certaine grandeur de la politique, qui est pour l'instant enfermée dans le noir, au pain sec et
à l'eau.
Fred Abrachkoff

Immigration Sicile et Eglise
agricoles sont en train de licencier la
main d’œuvre locale pour embaucher,
légalement ou au noir, de la main
d’œuvre immigrée. Mais globalement, ça
se passe bien. Aucune stigmatisation
genre Calais et son nouveau « mur de la
honte », pas de manifestation intempestive d’extrême droite, un accueil plutôt
bienveillant dans l’ensemble et pas de
jungle. Bien sûr, dans notre monde qui
n’est pas de bisounours, les profiteurs
existent et s’engraissent et on dit que la
mafia prend son bénéfice sur les passeurs… Pourquoi cette différence avec
une France repliée sur elle-même et qui
éructe des propos haineux jusque dans
les campagnes où l’on n’a pas vu un immigré depuis la dernière guerre ? Tout
d’abord parce qu’ils ont la conscience,
dans l’histoire, de l’immigration, beaucoup de Siciliens ayant du, fin 19ème et
au 20ème quitter leurs villages. Ensuite
parce qu’ils ont conscience qu’ils ne sont
pas la destination finale des migrants et
qu’il faut bien au minimum fermer les

yeux sur ceux qui quittent les camps ou
même organiser leurs voyages vers les
frontières du Nord si on veut avoir des
places disponibles pour les nouveaux
arrivants. Enfin et je pense surtout parce
que la Sicile est un pays très profondément ancré dans le catholicisme. Or si
déjà Benoit XVI se préoccupait des migrants, le pape François est passé au
stade très supérieur. Ses interventions
sans appel, ses demandes aux paroisses
d’accueillir des migrants, ses sermons
interpellant les autorités ont réellement
amélioré et la qualité de l’accueil et surtout le regard de la population sur les
Hommes migrants. Je voulais que mon
anticléricalisme rende grâce à ces actes.
J’en tire aussi la conclusion que décidément le parti socialiste est tombé dans le
néant quand pas une voix ne s’élève en
faveur de l’Humain. Cependant, si je
réclame le renvoi de F. Hollande, ce n’est
quand même pas pour le remplacer par
Christine Boutin !
Jean-Luc Morrisset

hiStoiRe

La Turquie d’Atatürk a Erdogan :

rupture ou continuite ?
Le style de gouvernement d’Erdogan est généralement qualifié d’autoritaire pour ne pas dire de
dictatorial. La répression engagée contre les présumés soutiens du coup d’Etat militaire dont il a
été la cible cet été apportent du crédit à cette
analyse. Mais Erdogan est-il l’inventeur de ces
méthodes que pratiquent tous les bons tyrans ?

Quand la Turquie s’embourbait dans
les balkans
Où faire remonter la question du mode
d’exercice actuel du pouvoir en Turquie ? Aux guerres balkaniques sans
doute. Les Balkans, cœur européen de
l’empire ottoman se révoltent à la fin du
XIXème siècle. La Grèce, la Bulgarie et la
Roumanie deviennent indépendantes.
Les habitants des nouveaux pays s’empressent de renvoyer les Turcs « chez
eux ». La crise suit, nourrissant un nationalisme exacerbé. Les ultranationalistes
du CUP (Comité Union et progrès) prennent alors le pouvoir pour mettre en
œuvre leur projet : attaquer la Russie et
constituer un empire panturc centré sur
le Caucase. C’est un lourd échec aux
conséquences dramatiques. Les Turcs
sont battus à plate couture. Le gouvernement rend les Arméniens responsables
de la débâcle. On connait la suite en
1915 : un atroce génocide.
La descente aux enfers suit la défaite des
empires centraux en 1918. Allié des
Allemands, l’empire ottoman est dépecé
par des alliés gourmands du pétrole qui
se trouve dans ses provinces proche
orientales. Le traité de Sèvres qui fixe
provisoirement les nouvelles frontières
demeure encore aujourd’hui un chiffon
rouge en Turquie. Les nationalistes purs
et durs rejettent toujours l’influence
occidentale qu’ils estiment négative.
Un sauveur nommé Atatürk
Mustapha Kemal pacha surnommé
Atatürk incarne le sauveur dans un chaos
indescriptible. Brillant général, issu du
peuple, il reconquiert la Turquie à partir
d’Ankara. Il proclame la République
après l’éviction du pacha. Ne nous leurrons pas. pour être moderniste, il n’en

reste pas moins un nationaliste convaincu. La réalisation de son idéal national
implique la laïcisation de l’Etat dont la
base ne doit plus être la religion musulmane mais la nation turque. C’est pourquoi l’idée de laïcité est fortement liée à
la personne d’Atatürk et à ses partisans.
Mais la Turquie reste un pays essentiellement rural, pauvre, musulman très pratiquant et illettré. Qu’à cela ne tienne, on
crée un enseignement public et laïc. On
sert la vis et l’on verrouille. Le Parti Républicain du Peuple (CHP) est seul autorisé. Les kémalistes constituent alors une
bureaucratie civile et militaire soudée
qui veille jalousement sur l’héritage
d’Atatürk. Parmi eux, l’armée jour un
rôle essentiel.
La trahison de l’idéal ?
La guerre froide dérègle une mécanique
qui semblait bien huilée. Il faut bien
réintroduire la démocratie. Mais dès
1950, le CHP perd les élections au profit
de la droite libérale. Les années 50-60
sont celles de la violence et des coups
d’Etat. Les militaires interviennent lorsqu’ils estiment que les gouvernements
successifs s’écartent de de la ligne kémaliste. Mais quelle ligne ? En fait, celle-ci
se divise de plus en plus en une aile
gauche dite nassérienne et une aile
droite. Alliée de l’extrême-droite, soutenue par les Etats-Unis, celle-ci n’hésite
pas à faire le coup de poing contre les
militants d’extrême-gauche.
La Turquie connaît sa période chilienne
avant la lettre. En mars 1971, alors que
les kémalistes nassériens s’apprêtent à
prendre le pouvoir, ils sont courtcircuité par l’état-major de l’armée. La
répression est féroce.
Cette reprise en main ne fait qu’aggraver

les choses et aboutit à un nouveau coup
d’Etat en 1980. Les militaires réorganisent ensuite le système politique à leur
convenance. Ils essayent de régler par
des moyens (surtout) illégaux la question kurde. On parle de 30 000 morts et
de 200 000 arrestations dans ce cadre,
sans compter le fichage et les contrôles
qui touchent aussi les opposants politiques. Bref, l’Etat policier, la Turquie
connaît !
Pendant ce temps…
Cette succession d’échecs puis l’incapacité des partis politiques revenus au
pouvoir dans les années 80 expliquent
l’ascension des différents partis islamistes à partir de 1994-95. Conduit par
N Erbakan puis par R Erdogan, la mouvance doit changer plusieurs fois de
nom en raison d’interdictions à répétition. Les militaires éjectent même Erbakan du pouvoir grâce à un coup-d ’Etat
qualifié ensuite de « postmoderne ».
La corruption achève le travail. Aux élections de 2002, les électeurs de droite se
tournent nettement vers l’AKP, le Parti
« blanc immaculé » qui porte bien son
nom face à une classe politique discréditée. La règle électorale fixée en 1982 par
les militaires kémalistes laïcistes (seuls
les partis qui ont obtenu plus de 10%
des suffrages sont représentés au parlement) transforment le vote en un raz-demarée en sièges : l’AKP a la majorité des
2/3 face au CHP. R Erdogan va s’installer
définitivement au pouvoir comme premier ministre puis à la présidence de la
République. De quoi asseoir son pouvoir
dans le temps. Plus que 4 ans à tenir
pour dépasser Atatürk, c’est déjà au
moins un programme.
Laurent Chevrel

cOmprendrE

Drahi detruit
l’emploi pour
regler ses
dettes
Cet été SFR annonce la suppression de
5000 emplois. Revoyons les faits.
sentiel de Drahi est de dégager des profits sufprès avoir fait fortune au début des années

fisants pour couvrir sa dette. Dans cette optique, sa maison mère a promis à ses créanciers de faire

2000 dans le câble, Patrick Drahi, homme
d’affaire et entrepreneur, s’est fait connaître

économiser à SFR-Numéricable près de 1,5 milliard d’euros par an, pour un chiffre d’affaire de 11 milliards d’eu-

du public suite à une série de grosses acquisitions dont
les opérateurs SFR et Portugal Telecom, les câblo-

ros. Pour faire ces économies il fait baisser les coûts en
rognant sur les budgets de fonctionnement et sur le per-

opérateurs américains Suddenlink et Cablevision, les
chaînes BFM TV, BFM Business et RMC, les journaux,

sonnel (1139 suppressions de postes à Numéricable).

L’express, Libération, L’expansion. 50 milliards d’euros
de rachat en seulement un an.

C’est en 2014 qu’il rachète SFR, il est préféré à Bouygues
car dans sa proposition « il y a 450 millions d’euros de

Tout démarre il y a quinze ans. Drahi consolide le sec-

différence et 5000 destructions d’emploi en moins ». Il
s’engage auprès des pouvoirs publics à maintenir l’em-

teur du câble Français en rachetant de petites structures
faibles. Il réussi grâce à la création d’un fond d’investisse-

ploi jusqu’au 30 juin 2017. Néanmoins, sans avoir licencié personne, en deux ans, déjà 1200 salariés démission-

ment, Altice. Le regroupement de ces entreprises lui permet de faire des économies et d’agrandir son parc

nent sans être remplacés. C’est dans ce contexte que SFR
annonce en juillet la suppression d’ici fin 2019 d’un tiers

d’abonnés.

des effectifs, soit 5000 emplois. L’annonce a soulevé une
large indignation mais est entérinée par la signature

Il se finance en utilisant toujours la même méthode :
l’achat avec effet de levier. Pour obtenir un retour sur

entre la direction, la CFDT et l’UNSA (les syndicats majoritaires) d’un accord trai-

investissement plus important, il crée une société ad hoc.

tant d’un plan de départs

Celle-ci fait un emprunt et émet des obligations, puis
rachète la société cible qui est du coup tenu de rembour-

volontaires (et non de
licenciements secs). La

ser l’emprunt. Bien entendu, il lui faut obtenir des prêts
et c’est à la finance internationale qu’il demande (Société

CFE-CGC, la CFTC et la
CGT ont refusé de le si-

Générale, Deutsche Bank, BNP, JP Morgan, Bank of America, Carlyle qui est un puissant groupe financier améri-

gner. Ils ont également
pointé qu’une clause de

cain proche de Bush et de la famille Sarkozy).

l’accord permettrait à la
direction d’y déroger en

Aujourd’hui, la moitié de son chiffre d’affaire est représentée par SFR-Numéricable. Avec au dessus de sa tête

cas de rachat dans les télécoms (Drahi espérant pouvoir
racheter Bouygue depuis déjà un an).
Yohann Vioujard

A

une dette colossale (50 milliards d’euros). Le travail es-

C’est dans ce contexte que SFR annonce en juillet la
suppression d’ici fin
2019 d’un tiers des
effectifs, soit 5000
emplois.

Pourquoi Alain Claeys ne
peut reproposer le théâtre à
la vente ?
La cour d’appel de Bordeaux s’apprête à annuler la vente du Théâtre ; le maire de Poitiers se dit prêt à ne pas tenir compte de ce
que dit ce jugement !
Il n’aura rien eu de plus pressé que de projeter un
nouvel écran de fumée. A peine les derniers mots du
rapporteur public concluant à la demande d’annulation
de la délibération décidant la vente du théâtre prononcés, il envoyait un communiqué cherchant à faire croire
qu’il ne s’agissait que de broutilles et qu’une simple
régularisation administrative suffirait pour que son
projet de destruction redémarre. Quel mépris à la fois
pour la justice et pour la vérité !
Pour la justice d’abord : dire aux juges, alors même
qu’ils n’ont pas encore prononcé leur verdict, que leur
décision est sans incidence, ce n’est pas ce que nous
appelons tenir compte d’une décision de justice.
Pour la vérité, ensuite ! Ce que le rapporteur public dit
dans son texte, ce n’est pas que la délibération votée en
septembre 2013 est entachée de vices de formes. Ce
qu’il dit, c’est que si les conseillers municipaux avaient
été informés correctement ; si Alain Claeys n’avait pas
prononcé de son propre chef le déclassement du
théâtre comme salle de spectacle au mépris de la loi,
s’il avait fait la demande préalable de déclassement
auprès de la ministre de la culture, si les conseillers, de
ce fait, avaient été informés de l‘avis négatif de la commission de déclassement, des regrets accompagnant la
décision de fait de la ministre de la justice, eh bien
peut-être n’auraient-ils pas voté la vente ! Rien de
moins.
Alors le maire de Poitiers ferait bien de revoir sa copie
et de rouvrir le dialogue : le jugement de Bordeaux
rappelle que le déclassement du théâtre n’est pas légitime et le rapporteur évoque de surcroît le prix de
vente ridicule. S’il ne le retient pas, il le juge troublant,
regrettant de ne pas avoir les expertises qui auraient pu
trancher (nous n’avons pas eu les moyens de la payer).
Par respect de la justice et de la vérité Alain Claeys doit
nous entendre : son projet détruit un théâtre qui a sa
place à Poitiers ; son projet est coûteux alors que la
protection du bâtiment permettait de faire venir des
crédits qui permettraient de faire face à sa réhabilitation ; son projet est enfin contraire à la volonté des
habitants qui ne sont jamais autant mobilisés à Poitiers
que pour cette cause.
Jacques Arfeuillère

On detruit le theatre
mais on repeint la facade !

C

’est un peu ce que pourrait dire la majorité municipale si on la laissait aller
au bout de son projet. Pour les dernières journées du patrimoine, il se
sont en effet posés comme défenseurs du patrimoine du XXième en
mettant en avant la nécessaire restauration du verre églomisé de Pansart, quand, dans le même temps, ils
défendent devant les tribunaux leur
projet de vente à un promoteur qui
se propose de détruire la salle de
spectacle.
Qu’ont-ils passé sous silence lors de
la conférence donnée par la restauratrice le samedi à la médiathèque ? Ils
n’ont pas dit par exemple qu’ils se
sont toujours opposés au classement
du bâtiment quand l’unanimité se
fait chez les historiens d’art spécialistes pour dire que c’est incompréhensible qu’il ne soit pas protégé. Ils
n’ont pas dit non plus que cette
opposition, c’est bien sûr, pour laisser les coudées franches au promoteur de détruire la quasi-totalité
pour ne conserver que ce qui est
façades et hall d’entrée. Ils n’on pas
dit que le classement aurait attiré,
comme ça a été le cas pour le théâtre
Blossac à Châtellerault récemment
restauré, des crédits d’état correspondant au moins à 30% des travaux
(50 % à Châtellerault !). Ils n’ont pas
rappelé ce que cette vente, en fait va
coûter aux poitevins à qui on a fait
croire qu’il s’agissait d’économiser
de l’argent public . (Un prix de vente
ridicule, 4 à 5 fois moins cher que le
prix du marché et une charge qui
reste pour la collectivité avec la restauration du verre, l’entretien du
hall, l‘aménagement d’une microsalle d’expo en sous-sol, le tout pour
1 à 2 millions d’euros.)
Mais peut-être que , s’ils n’ont rien
dit de tout cela, ils ont écouté ce que

Monika Neuner, la spécialiste responsable de la restauration a exposé
au public. Et ainsi ils ont peut-être
appris ce qu’ils ont toujours refusé d’entendre quand nous essayions
de clamer la valeur patrimoniale de
cette salle de spectacle. D’abord qu’il
ferait bien d’arrêter d’appeler ridiculement miroir ce qui a été conçu non
pas pour s’admirer mais bien pour
servir de sésame aux spectacles vivants donnés dans la salle : Lardillier
a demandé à Robert Pansart de concevoir un décor visible par les transparences de la façade, se déployant
sur 90m2 quand on rentre dans le
hall, représentant les arts du spectacle à la façon du peintre Chirico.
Ce verre travaillé sur feuilles d’or et
d’argent, est le premier décor de ce
qui s’inventait sur scène : il ne peut
être la vitrine des magasins que le
promoteur projette d’installer juste
derrière !
Nous ne pouvons accepter que cette
restauration, rappelons-le, nécessaire du chef d’œuvre de Pansart,
fasse oublier la conservation tout
aussi nécessaire du chef d’œuvre de
Lardillier. Quand on projette de
détruire un théâtre, on ne doit pas
pousser le cynisme jusqu’à se mettre
en scène comme défenseur du patrimoine en utilisant de cette manière
le grand rendez-vous des journées
du patrimoine. Quand on lit qu’on
nous promet de plus de se servir de
la façade du théâtre pour exposer
l’opération, on comprend mieux le
contre-sens municipal sur la nature
du verre églomisé : ce qui intéresse
les promoteurs de ce projet, c’est
bien de s’admirer agissant plutôt que
de chercher le sens de ce qu’ils font.
Ils aiment les miroirs. Nous, nous
préférons ce que Pansart promettait
à la scène : une culture vivante.
Jacques Arfeuillère

Journal du parti de Gauche de la Vienne, septembre2016. Directeur de publication : Jean-Luc Morisset et Séverine Lenhard. Rédacteurs :
Jacques Arfeuillère, Thomas Sahabi, Yohann Vioujard, Cédric Mulet-Marquis, Jean-Luc Morisset, Laurent Chevrel et Fred Abrachkoff.
Maquette : Séverine Lenhard. Photos : ©Severine Lenhard, sauf page 2. Imprimé par nos soins à 1000 exemplaires. ISSN : 2116-3456
Contact de la rédaction : jacques.arfeuillere@wanadoo.fr, http://86.lepartidegauche.fr/
Abonnement de soutien : 15 € en chèque à
l’ordre du Parti de gauche 86, à adresser à Jacques Arfeuillère, 16 rue Maillochon, 86 000 POITIERS.

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