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Jean-Luc Marion, cours sur Etre et Temps de Heidegger

Sorbonne, Paris IV
5 octobre 2005
On étudie Heidegger car il est au programme, parce qu’il est enseigné dans le
secondaire et parce qu’il a révolutionné la philosophie. Deux philosophes ont révolutionné la
philosophie : Wittgenstein et Heidegger.
Une remarque sur les problèmes que cet auteur peut soulever. Je m’en tiens à Lévinas,
dans Entre nous (Grasset, p. 134 et p. 255) ; Lévinas avait dit souvent que Heidegger est le
plus grand philosophe du texte, qu’il a été nazi, ce sont deux faits indéniables. C’est un assez
fidèle reflet du siècle, le siècle du nihilisme. Il faut ajouter deux remarques : du point de vue
des livres que vous pouvez lire, Hugo Ott, Eléments pour une biographie ; vous pouvez lire
aussi la traduction des textes politiques faite par Fédier, Ecrits politiques chez Gallimard,
1995. Sur ce sujet encore des tentatives de réflexion spéculative intéressantes, et le volume
XVI des discours de la période 33-34, période du Rectorat.
Quelques indications sur les livres qu vous pouvez lire pour préparer cette étude : SZ
avril 27, PF semestre d’été 1927, CF cours de 29-30. Sur la bibliographie, introduction
générale à Heidegger, c’est le livre de Otto Pöggeler, qui est un livre de 63, Chemins de
pensée de Heidegger, c’est un livre qui a beaucoup structuré la réception de Heidegger dans
les années 60. Sinon, il y a aussi le livre de Jean Greisch. Les interprètes canoniques,
Beaufret, Dialogues avec Heidegger, t. III ; plus récemment, Courtine, Franck (Heidegger et
le problème de l’espace). Cf. aussi le Cahier de l’Herne consacré à Heidegger en 83, avec la
traduction de juillet 29 sur Qu’est-ce que la métaphysique ? qui est excellente et qu’il faut
connaître par cœur. Il y a aussi le Janicaud, Heidegger en France, 2001. Il y a quelques
recueils qui ne sont pas inutiles, Janicaud à Sud en 89, Etre et temps de martin Heidegger,
Questions de méthode et voies de recherche, c’est bien ; il y a aussi Courtine De
l’herméneutique de la facticité à l’analytique du Dasein. Ou Kearney, Heidegger et la
question de Dieu. Sur le détail de la genèse de SZ, il y a Kisiel et tous ses travaux.
Un peu de chronologie ne messied point. Les textes que vous avez au programme sont
des textes de l’hiver 27 et de l’hiver 29-30. C’est très judicieux, car SZ est l’œuvre majeure de
Heidegger, et il en a toujours convenu ; son dernier texte, prononcé en 72, Temps et Etre. Au §
8 de SZ, Heidegger donne le plan de tout le livre : la deuxième partie n’a pas été écrite, mais
on en trouve des traces dans les cours. Revenons à la première partie, elle-même découpée en
trois sections ; la dernière partie porte comme titre « Temps et Etre ». Or il est capital de
comprendre que l’un des tous derniers textes reprend le titre de la dernière section manquante.
Nous nous arrêtons en 1930 ; nous n’avons pas à prendre parti sur le rapport entre 30
et 33-34 ; peut-être car des décisions théoriques ont été prises. Mais pour comprendre SZ
nous allons faire abstraction de tout l’itinéraire de Heidegger. Il naît en 89, en Bavière, dans le
pays de Bade, 1903-09 : fait son lycée à Constance et Freibourg ; il entre à l’Université de
Freibourg pour faire de la théologie, puis passe à la philosophie de 11 à 14 ; dès 13, il soutient
son doctorat, à 24 ans et deux ans après il passe son habilitation avec Rickert ; il devient
l’assistant de Husserl à Freibourg. Il se marie en 17, et reprend son poste en hiver 19 ; il fait
son premier cours (cours non traduit) ; en 22, à 33 ans, il est nommé professeur à Marburg,
grande université à l’Est de Freibourg, où était le mouvement de retour à Kant, avec Cassirer,
Natorp, Cohen. Il y va déconstruire l’interprétation néo-kantienne de Kant (la Critique de la
raison pure est une doctrine de la science, et non métaphysique ni transcendantale) ; il va
montrer que la CRP est l’esquisse d’une analytique du Dasein, à l’endroit même où on dit le

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contraire. Ici les choses s’accélèrent ; en 24 il fait une conférence sur le concept de temps, qui
est décisive car il a déjà alors la doctrine de SZ ; en 26, il finit SZ et choisit pour le finir la date
de naissance de Husserl (8 avril) ; il sort dans les Annales de phénoménologie et de recherche
phénoménologique, que dirige Husserl. Il y a donc entre Husserl et Heidegger une parenté
institutionnelle ; il va mettre la dernière main aux leçons sur la conscience intime du temps de
Husserl. La communauté de pensée entre Heidegger et Husserl est réelle et très étroite. En
29 : il est appelé à revenir à Freibourg comme le successeur de Husserl, il reçoit une
habilitation à prendre la chaire de Berlin, qu’il refuse, et juste avant de quitter Marbourg, il y
a le débat de Davos, entre Cassirer et Heidegger, auquel assiste Lévinas. Autre événement
important, c’est le discours du 27 juillet 29 intitulé : « Qu’est-ce que la métaphysique ? » :
reprise de l’analyse de l’angoisse des paragraphes 40 de SZ, analyse plus claire et meilleure.
Enfin tout s’achève avec Kant et le problème de la métaphysique qui insiste sur la finitude du
Dasein. En 33 il est nommé recteur de l’université, il le restera 11 mois ; il prend sa carte qu’il
aura en 45. En 45, il est interdit d’enseigner par les français, puis en 51 fait des séminaires
surnuméraires. En 45 il rencontre Beaufret et Char, et devient un auteur de gauche en France.
Nous nous intéressons à la première partie, et c’est déjà beaucoup. Je propose de
prendre comme principe de lecture : vous avez déjà lu les trois textes déjà au programme, et
nous faisons une deuxième lecture. Je vous donne le plan du cours pour que vous puissiez lire
les textes :
11/10 (aujourd’hui) : les quatre premiers paragraphes ;
18 : 4-5
25 : 7 à lui tout seul
8/11 : 9-11 (l’analyse formelle des caractéristiques formelles du Dasein)
15 : 12-14 et la deuxième partie des Problèmes fondamentaux.
22 : 15-18 sur le Vorhanden (l’objet sous la forme de l’ousia), le Zuhanden.(+cours de
l’été 29, 1re partie des Problèmes fondamentaux).
6/12 : 26-27 le on et la question d’autrui.
13/12 : 29 sqq. sur la Stimmung (première section des problèmes fondamentaux, avec
le problème de la tonalité fondamentale : ennui, ou angoisse ?)
3/ 1 : l’angoisse et l’ennui
10 : 43, la réalité du monde
17 : 44 la définition de la vérité.
Je vais donner des indications sur les deux premiers paragraphes. Je m’en tiens à
l’essentiel. La question de l’être est énigmatique pour une raison radicale, car on peut y
répondre beaucoup trop bien : § 1 : la question de l’être est close parce qu’elle n’a pas besoin
d’avoir de solution, car il n’y a pas de question ; et § 2 : il faut rouvrir la question : « la
question de l’être doit être construite », élaborée. Pourquoi ? Car, c’est la conclusion du § 1,
cette question elle-même est obscure et dépourvue d’orientation. Pourquoi n’a-t-elle pas de
sens, de direction ? Il ne suffit pas d’invoquer le mot de métaphysique pour que la question de
l’étantité soit posée. Pour Platon, c’était l’objet d’une bataille de géants et non d’un consensus
de nains. Donc Wust tombe à côté. Heidegger utilise l’expression versaümnis, qui veut dire
manquer, que Heidegger utilise souvent § 6 ; dans un cours, Prolégomènes à une histoire du
concept de temps, il reprend § 12-13 ce manquement citant le Sophiste plus à loisir. A quoi
tient la dérobade ? A des préjugés : répondre à une question sérieuse en racontant des
histoires. La philosophie a tendance à se raconter des histoires, sous le dehors de la prétention
scientifique. Le mythe, ici, c’est le concept d’être lui-même, la définition du concept d’étant
par la métaphysique, laquelle dit Sein, alors qu’elle devrait dire Seindes. La métaphysique,
quand on lui pose la question de l’être, répond : l’être est un étant. C’est pourquoi la question

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Aristote Métaphysique B 3 : l’étant n’est pas un genre. Cf. la question de l’être est donc fermée : il n’y a rien à voir. Les déterminations mêmes données à la question sur l’être. 3 . I. et il n’y a pas de science de l’étant . Clauberg. le néant se cogitant comme le reste. il n’a pas de définition : la pensée pense toujours du cogitable. il faut introduire l’accident. mais on laisse de côté tout ce qui n’est pas réel. c’est pourquoi on dira que le cogitabile est le concept qui ne fait aucune exception (§ 6-9 de l’Ontosophia). son extension est maximale. est que le concept d’étant porte sur tout sauf sur ce que l’on veut dire quand on dit être. Métaphysique B 4 . Le sens de la prédication. Heidegger ne le dit pas. Il y a une pluralité des quatre sens de l’étant. Duns Scot. apparaissent en opposition avec le caractère aporétique de ce concept. ou Entretien avec Monsieur de Sacy) : c’est parce qu’il est le plus général. c’est un transcendans . ce n’est pas la substance car si on se concentre sur la substance on doit laisser en dehors du domaine de l’étant les accidents . porte sur ce qui n’a pas besoin d’être pour rester pensé. L’ontologie porte toujours sur des objets. Donc n’ayant aucune définition ni limite. toutes les caractéristiques de to on sont liées à ces caractères supérieurement universels. comme la relation d’insertion. et on prend alors comme détermination la chose (res). dit Heidegger. mais de l’étant et éventuellement de sa manière d’être. Le sens de : « A est un non-homme ». L’équivalence logique du concept d’être et de néant en est le signe. c’est la science du pensable. les idéalités mathématiques. daté de 63. Le concept métaphysique d’étant (conceptus entis. c’est-ce que la métaphysique dit. puis Clauberg) a des caractéristiques : 1/ Il est le plus universel : Aristote. récupéré à partir de X) Reprenons la réflexion sur la question (de l’être. Alors c’est le néant ? oui. il est donc le plus commun : le concept d’étant se définit par l’absence de définition . qui n’est pas distinguée de la question de l’étant. Revue de Philosophie. Le paradoxe. mais on laisse de côté les êtres de raison (l’ensemble du champ théorique. Texte de Russel. et que disait déjà Hegel. De l’esprit de géométrie. car 3/ Par définition il va de soi. et c’est pourquoi 2/ Le concept n’est pas définissable (cf. donc sa compréhension nulle. Ontosophia : l’objet de l’ontologia. Il a le privilège de sa définition. dans la Logique : l’être immédiat indéterminé n’est ni plus ni moins que néant. Cette énigme du concept dont l’évidence se trouve dans le concept se trouve au cœur de la question. L’ontologie. Suarez DM I. logiques) . il n’y a pas de question ! Si on est raisonnable. qu’il n’y a pas de problème. l’objet peut n’être pas et rester pensable. c’est-ce que dit Heidegger. puis Duns Scot . Suarez. C’est qu’on peut en distinguer plusieurs : Le sens de l’identité. La métaphysique ne parle pas de l’être. il est toujours utilisable. 13 octobre 2005 (cours manqué. L’être et le néant coïncident : ce n’est pas une critique de la métaphysique. non cité par Heidegger. C’est la force de ce concept : il n’exclut rien car il ne comprend rien. précisément parce qu’il n’a pas de contenu et de définition. cf. 27 . Qu’est-ce qu’on de commun l’étant (l’être) et le néant. Et des sens moins habituels. n°8. de l’être et du non-être . on pense que la question de l’être ne se pose pas. c’est de n’avoir aucun contenu. c'est-à-dire métaphysique. année 85 : « Le mot être est ambigu : le sens où il affirme l’être ». C’est pourquoi.qu’est-ce que l’être a du sens pour la métaphysique : l’être n’apparaît qu’une seule fois dans la question. qu’on ne peut le définir . bien évidemment).

N’y a-t-il pas de cercle dans la preuve ? L’interrogé suppose une enquête. Ce que Kant veut au fond dire. c’est la question.Dans cette façon de poser la question d’être. Le chercher peut devenir recherche en tant que détermination qui libère de ce qui est recherché. Le Gefragt. au point que le concept de l’étant équivaut au concept. des histoires à propos de ce qui arrive. das Befragte. Il y a la question et ce sur quoi se focalise la question. supposent que l’on mette en rapport. : « le sens de l’être n’est pas tel ou tel étant. ce qu’on cherche. le raconté. toutefois notre énumération des préjugés a montré que la question est obscure et qu’elle mérite répétition . il faut réélaborer la position de la question. Preuves à l’appui : §7. dans la Métaphysique : « Ce qui a toujours été recherché. Ceci vérifie à travers les siècles la célèbre ouverture d’Aristote. et celle-ci suppose déjà précompréhension de l’affaire. c’est ce qu’on ne comprend / sait pas. construire. Il s’agit de dégager les préjugés : invoquer l’évidence. mais il est l’être de l’étant. page 35 de Sein und Zeit. c’est que. § 47. ce n’est pas l’être lui-même. Pour la rendre sensée à nouveau. page 6. Ce sur quoi tout repose. autrefois et maintenant. on ne sait si l’on parle du sens verbal ou du sens nominal. L’obstacle. celui que l’on interroge. Mais la philosophie ne doit pas raconter des histoires. c’est un étant. celui qui est ébloui pour qu’il réponde. c’est son Etre. Il faut traverser la platitude de la question. est ce qui a toujours été manqué : ti to on. Mais comment peut-on appliquer ceci à la question de l’être ? La difficulté. ce n’est rien d’effectif. c’est le discours de la philosophie sur le concept d’étant. celui qui est soumis à la question. Aucune enquête n’est neutre. Le propre du concept d’étant tient à sa platitude. page 207 . construire la question. Il y a un cercle herméneutique indiscutable. mais ce qu’on veut savoir. Je demande au suspect de répondre à une question. c’est Sein ist nicht Seiendes ». la philosophie ne doit pas raconter d’histoires : keine Geschichte Ertzellen. Il ne faut donc pas confondre l’Etre et l’étant. au concevable. A toute question. mais donner une connaissance de ce qui est et à partir de ce qui est. C’est elle qui permet la sélection du qui est demandé. Tout questionner est un chercher-connaissant de l’étant en son « être que » et « être ainsi ». dit Heidegger. Tout est déterminé par la condition de détermination de ce qu’on ne connaît pas. Je suis à la fois en mouvement et c’est par la pré-définiton de cela même que j’ignore que je peux gérer ce qui m’est présenté. Ce qui est le même que : qu’est-ce que l’étance ? Il faut répéter une question précisément parce que la question n’a pas été posée. fin des Prolégomènes à la définition du concept de temps. mais ce que je veux savoir n’est pas nécessairement ce que je lui demande. Das Gefragt. §10. au fait que c’est une question sans profondeur. c’est le sens d’Etre lui-même. page 109 : « cet être lui-même n’est rien d’étant ». Rechercher. 4. ce qui est interrogé et das Erfragte. das Gefragt. Le but est obscur cependant. quoi l’étant. essence. C’est poser : das Sein des Seinendes ist nicht ein Seinendes. ce qui est demandé. das Efragte. dans la Phénoménologie. il est question de l’étant et non du verbe. 4 . L’être ne peut être éclairé à partir de l’étant ». Ce qui fait défaut au concept d’être. tome 28 : « effectivité. ce qui est demandé. il faut un questionné : il y a celui qu’on interroge. 35 : « erst eimal zu reichten ». L’être de l’étant n’est pas luimême un étant. ce qu’on veut savoir. Lorsqu’on pose la question de l’être.

ceci ne peut être demandé qu’à partir de l’enquête du sens d’être. la manière d’être est non seulement le champ. l’être du Dasein. qui signifie ontologique temporellement. qui sera mise en lumière non pas comme le sens de l’étant. L’histoire consiste à opposer non pas l’être à l’étant. mais qui est. §5 : C’est la temporalité (certains traduisent temporellité). être et vérité sont co-originairement. §6. dans son être. Ceci veut dire que l’être découvert. §56 : Das Gerede. par l’étance. Zeitlichkeit. endeckt sein. si on le temporalité.Au § 40. Il y a donc le Dasein ouvert. Das Gefragte--. Le sens d’être de parousia équivaut à ousia. dans Beredete. sich unterscheidet.Sinndes sein.Seiendes Das Befragte---Seindes Das Erfragt--. mais pointe. Ce qui est déterminant dans l’enquête. est d’autant plus qu’il est au présent. là du moins où il doit se distinguer de l’étant. l’étant est. dans le Dasein ouvert. d’un seul coup avec lui. Ici. L’être comme ce que l’on demande se distingue. essentiellement du découvrement de l’étant. saisit comme présence. quelle différence ? Dès §2. c'est-à-dire comme ousia. qui. présence. D’autres textes décisifs s’intéressent à la question. est le suppôt. C’est l’avoir du bien au soleil dit Lévinas. la temporalité. c’est la Zeitlichkeit. qu’il faudrait traduire. si on l’osait. l’hypokeimenon. Pourquoi y a-t-il une distinction entre l’être et le sens d’être ? Est-ce un redoublement ? Non. Il n’y a. L’être comme questionné requiert un mode propre de dévoilement. in eins in dem in hier. Il faut distinguer un étant. Il dit que le Dasein se définit par la temporalité. que le Dasein est son passé sur le mode de son être 5 . La différence ontologique n’est certes pas déjà dressée. Il est essentiel à la manière d’être de cet étant que sa manière d’être se temporalise au présent. Qu’est-ce que ceci peut vouloir dire ? Page 25. le sol phénoménal pour une saisie explicite de la totalité d’être du Dasein. le Befragt qui fait signe vers la possibilité d’être du Dasein. Heidegger dit à propos du Dasein. n’est pas du tout la même chose que le s’ouvrir et le se manifester. accessible. mais la manière d’Etre de l’étant à la manière d’Etre de l’être. page 182 : « L’angoisse donne à titre de possibilité d’être du Dasein. L’ousia. le Befragt. chez Aristote. Le fils prodigue demande l’ousia qui lui revient. celui dont on bavarde. qu’autant que la vérité est. que le mode de manifestation de l’être. qu’on traduit à tort par l’essence. Il faut que la question soit construite de telle manière qu’elle ne soit plus plate. d’être. La détermination du sens d’Etre comme parousia. Entre Befragt. c’est le sens d’être. Prolégomènes à la définition du temps. Heidegger fait allusion à la parousia. ce que ça signifie. ce qui se révèle dans l’appel de la conscience à ce moment. §16. car Sinndes Sein. sa manière d’être. Fin de § 44 : « l’être de la vérité se tient dans une connexion originaire avec le Dasein. et le néant. cela ne peut être examiner qu’avec l’examen de l’être…l’être est. Heidegger parle d’une différence : l’être de l’étant n’est pas lui–même un étant. si tant est qu’ils doivent être différenciés . qui permet de distinguer les différentes manières d’être. qu’on traduit par présence. mais c’est l’être du champ. L’être ne s’offre pas à l’accès de la même manière. le bien substancié. Or. et das Gefragt. mais comme le sens de l’être de l’étant que nous appelons dasein. du sens d’être. es gibt. présence subsistance. l’être de cet étant.

lequel dit grossièrement.propre. Heidegger insiste sur le cercle. car. Mais il y aurait la Temporalität de l’être lui-même. Il possède 6 . et n’être pas encore. rau gesagt. Il y a un étant qu’Heidegger notera le Dasein. Dasein s’applique à tous étants. La différence entre les étants. chez Suarez. L’être lui-même est temporable. n’étant plus projeté extatiquement. Etre. d’où la classique aporie du temps expliqué par Saint Augustin. A supposer que nous ne disposions d’aucun avenir. a en propre d’être d’autant plus luimême qu’il est sur le mode de l’avenir. Ce qui est en mouvement. Page 11. lui seul ne le sait pas. Les premières distinctions sont temporelles. Mais il faut les lunettes qui donnent la troisième dimension. ne disposant que du présent. ce qui est le résultat de wirken. qui ne fut qu’évoquée dans les problèmes fondamentaux de Marburg. Tout le monde le sait mort. mais toutes dépendent de celle-ci. das Befragt. c’est être maintenant. nous le saisissons par rapport au Dasein. Il a un privilège par rapport au autre étant. La question est tout de même de savoir quel est l’étant. nous appellerons la déterminité de sens originaire de l’être sa détermination temporale. ce qui distingue la personne de l’objet. Au § 4 est mis en place la construction de la question. La distinction entre fini et infini. utilisant la racine latine (assez rare en Allemand) pour marquer l’étrange différence. Heidegger fait allusion à la distinction entre l’étant supra-temporel et intra-temporel. surligné. Pour savoir ce qu’il en est d’Etre. il faut s’enquérir des modes d’Etre. Cf. Avoir été. et dans ce cas. Le suspect n’est discernable qu’en fonction de la détermination de ce qu’il faut savoir. Lorsque la métaphysique énonce le concept d’étant. Le Dasein est un étant qui ne se borne pas à apparaître. au §22 de ce cours intitulé Etre et étant. Comme le mot temporel est attesté. Kierkegaard. Il a un sens philosophique avant Heidegger. mais. la différence ontologique. Il distingue la Zeitlichkeit. Heidegger élabore une autre distinction fort problématique. Cela vaut dans un sens positif qui reste à clarifier. la temporalité. Il est seulement un étant parmi d’autres. donnée par la question de la temporalité. se produit à chaque fois à partir de son futur. Dasein wirklichkeit. ce qui est sous la lune et ce qui est audessus de la lune. ils ne sont plus. début du §4 : les sciences en tant que comportement. Y a-t-il une existence de mon esprit ? Heidegger garde Dasein pour un sens type d’étant. il n’y a pas de différences possibles. c’est le sens d’être de l’étant. C’est l’être lui-même qui est rendu à partir de son caractère temporel. à savoir la différence entre Etre et le sens d’Etre. Le fait qu’ousia implique parousia. mais cette différence ne devient visible qu’en passant à la temporalité. à la troisième dimension. c’est que la problématique de toute ontologie est enracinée dans le phénomène du temps. bien aperçu et bien expliqué. signalé. il faut s’enquérir de leur différence dans leur être. entre ce qui passe et ce qui ne passe pas. sans se raconter d’histoires. et le temps n’est pas. comme chez Duns Scott : dans ce concept. S’ils cessent d’être au présent. Il a des possibilités de passage à l’effectivité. La question de l’être ne s’ouvre que dans l’horizon que lui dégage le temps. c’est n’être pas du tout. Un étant ausgezichnet. nous ne serions plus des Dasein. Tout étant possible peut devenir wirklich. C’est qu’elle ne construit pas sa question dans l’horizon du temps. Cet étant bien particulier. l’effectueux donne l’effectif. en quoi est-il remarquable ? Le dasein a plusieurs caractéristiques. ce n’est pas être. Pour voir la différence entre les étants. il emploie le mot Temporalität. celui qui supportera la question. Ceci est indiqué très clairement à la fin de §5 : il faut montrer sur la base de la question. c’est que tous ils sont d’autant plus qu’on les a au présent. L’étantité est équivalent à la présence. c’est la différence du mode d’être. Cet étant. Cette compréhension est respectée dans la métaphysique et ignorée. Le temps est tout. Ceci implique que l’être lui-même se temporalise. Dasein et temporalité : tout ce qu’on a décrit est en fait temporalisé. C’est le sens d’Etre.

Il y a un caractère d’impossibilité de substitution. §5 fixe le paradoxe suivant : Le Dasein est certes ontiquement proche mais il est surtout le plus proche car nous le sommes. dont la réalité ontique peut devenir ontologique. Mardi 25 octobre Après avoir rappelé le privilège ontique du Dasein. est un fardeau . Alors. On ne peut se poser la question de l’être en général. est ouvert à la question de l’Etre. le souci de l’être n’est pas facultatif. das Fernstest. C’est l’étant qui peut se transformer en énergie. pour le Dasein. Parce que l’être. in seiner. Le Dasein ouvre la question. L’être au monde. §41). Si tel est le propre du Dasein.le privilège ontique : pour cet étant. Pour le Dasein. Etre. il n’est pas possible d’être sans appréhender le verbe être comme une question. la mienneté à chaque fois et l’être au monde. §23. est toujours une affaire personnelle . §30. das Sich. Il se caractérise d’abord en ce sens qu’il est ontologique. Si je peux le remarquer. s’ouvre lui-même à la question de l’Etre. pose l’Etre comme question. de fait. c’est pour moi. Trois caractéristiques d’être de telles manières d’être dans son être : L’être du Dasein est toujours le sien. il est cet étant qui comprenant. il se rapporte à son être lui-même. 7 . §2 et §4 à lire pour la prochaine fois. nous-mêmes. §12. celui qui est en jeu dans le Dasein. s’ouvre la transcendance. Ces trois caractéristiques sont liées entre elles. pour le Dasein. il met en jeu son être. Heidegger souligne que si la définition du Dasein est qu’il est ontologique. toujours déjà fait. Etre. La facticité de l’être. Ces caractéristiques sont celles du privilège du Dasein : c’est un étant instable dont les noyaux ont une masse qui peut devenir énergie. On est dans la fission et non pas dans la fusion. le privilège ontique du Dasein réside en ceci qu’il est ontologique. A cause de cela même. Cela signifie que le Dasein. je dois faire signe vers la propriété de mettre en jeu son être. Le caractère ontique remarquable réside en ceci qu’il est ontologique cf. c’est la mienneté. il en va/ a à jouer/ de l’être. La question du Dasein par l’être ne se pose qu’à un Dasein. Il ne peut pas être sans avoir conscience qu’il a à être. §7. l’individualité. la définition de la phénoménologie impliquée par la pensée de l’Etre. il est ontologiquement le plus éloigné. qui ne veut pas dire que le Dasein est dans le monde mais que le monde est dans le Dasein. Le Dasein est instable puisque comme étant. est dans cette compréhension. Il y a un phénomène d’identification du Dasein par l’être. les distinguer ontiquement. en sautant le §6. il y va dans son être de cet être : es (…)um dieses Sein selbt geht (cf. Une des questions fondamentales est de savoir : le Dasein est l’étant. il nous faudrait mettre en avant. dans l’Existenz. C’est le seul étant auquel appartienne le fait que l’être s’impose à lui comme sa propre question. ligne 24 : « le Dasein qui est un étant remarquable ontologiquement ontique. Lettre sur l’humanisme. se comprenant lui-même dans son être. Quand il explose. le plus lointain. dans ce cas. en lui-même.

Etre un Dasein n’est pas être l’être-ci. spontanément. page 453. En fait. être interrogé ontologiquement : befragte. Ce point est développé dans les paragraphes 6 & 5 qui mettent en évidence la tendance du Dasein à l’autointerprétation quotidienne. par son propre mode d’être l’être. Si l’Etre est une scène. Le Dasein. C’est donc ontologiquement qu’il doit être interprété. Le second privilège est ontologique. La tendance métaphysique. alors le Dasein est écart. Il a la possibilité de toutes les ontologiques. il n’y va pas simplement du lieu même. dans son être… » Il y a un étant. Nous avons trouvé celui que nous allons interroger. in Leçons sur la philosophie de l’histoire. Le Dasein est l’étant dont la manière d’être son être se produit. Si le Dasein a comme caractéristique ontique non pas son essence. avant tout autre. Le là du Dasein est un étant. à savoir que lui appartient. à la tendance à se comprendre à partir du monde auquel il est préoccupé. ou substance ? Le propre du Dasein. dévoile l’articulation entre Dasein et étant.on trouve ce paradoxe que le Dasein est à doubles tiroirs. ni même la conscience de son essence. la tendance à questionner la substance : tou to esti. Le da n’est pas le lieu où il est. page 133 : « l’Etre dont. ontiquement et ontologiquement premier. c’est sur les épaules du Dasein qu’il se produit. comme caractère ontique. Quelles sont les caractéristiques d’un tel étant ? Existenz. abbauen. Voilà ce que développe le §5. à chaque fois. C’est l’existence qui détermine l’être de l’étant. lui est aussi le plus proche. Jemeinigkeit In-der-wel-sein je meines L’Existenz tient en ceci que le Dasein est l’étant dans lequel il y va de l’être. » Dans cet étant. le Da-sein. en tant que constitution de l’existence. dit-il à propos de Descartes. le Dasein est prêt à admettre qu’étant et Dasein sont sur le même mode. c’est. Pour voir l’être. Au tome 24. en laissant apparaître. Revenons à la compréhension du §4. le Dasein est dans / selon la manière qu’étant il comprend quelque chose comme être. de Grundprobleme : « A l’étant que nous nommons Dasein. C’est le seul étant qui sache quelque chose. Le Dasein est l’étant dans lequel il y va de l’être. l’étant ne modifie pas/ ne met pas en jeu--seulement-- 8 . c’est qu’il a tendance spontanément à se comprendre à partir de l’étant auquel il se rapporte de manière permanente et primordiale à partir du monde. dans cet étant. appartient la compréhension d’être. un savoir ontologique . car. Le Dasein. Aufzeichnung. Le §6 revient au §1 en parlant de la destruction de l’histoire de l’ontologie. dans sa détermination ontique. Mais il appartient de manière originelle. le Dasein. C’est être le seul ici possible où l’être puisse se manifester. qu’est ce que l’essence. cette tendance recouvre la propriété. Dans ce qu’on appelle l’éthique. il y va. L’ontologie fondamentale d’où seulement doit jaillir les autres ontologiques doit être cherché dans l’existentiale. Le Dasein se comprend donc d’abord d’après le monde à partir de ce qui est le plus proche. mais le fait qu’il y a va. dégager ou retrouver dessous la manière d’être propre du Dasein. L’être est ce dont il y va dans cet étant. Le Dasein devient ainsi celui qui doit. §30 : « L’étant pour lequel dans son être il y a va de cet être même ». Que signifie qu’il faille détruire l’histoire de l’ontologie ? Il faut détruire. de lui-même. ce qui est à luimême le plus étranger. Le Dasein est l’étant pour lequel dans son être il va de cet être même. C’est lui-même qui donne un lieu à l’Etre. §23. dans son être. la compréhension de tout étant. dans lequel il y a va de cet étant mais aussi de l’Etre. § 5 17. il faut fixer son attention sur le Dasein. Il s’agit de voir la manière d’être de l’étant qui a comme caractéristique ontique le caractère ontologique. est ontologiquement. à partir du futur.

Ce dont il s’agit. Zum Frage Beitrage. Comme l’être de cet étant ne peut être accompli que par un quelque chose réal. Dans un autre texte. Elle comprend quelque chose comme le monde. en quoi est-ce que mettre en jeu en soi le Dasein ? Comment fait-on pour mettre en soi le Dasein ? La meinneté à ceci en propre qu’elle permet la phénoménalisation de l’être. Pour Lévinas. La caractéristique littéraire du prendre pour soi ce qui est dit du Dasein. C’est l’être au monde. sous-jacente. cet Etre lui est ouvert par lui-même. La compréhension d’être concerne donc. nous-même. nous l’appelons existence ». c'est la Jemeinigkeit : « L’être même par rapport auquel le Dasein peut se comporter et se comporte d’une manière ou d’une autre. le titre Dasein pur a été indiqué pour signifier cet étant. dans Sein und Zeit. la Jemeinigkeit. Or. On trouve une note dans Sein und Zeit : « A cet étant échoit qu’avec et par son être. le Dasein dans l’homme. Pour Heidegger. mais le das in-der-Weltsein schliesst der beschluss der Existenz. selon lui-même. sur un mode originaire. est déjà dans un monde. la revendication d'une priorité sur tout autrui. Le Dasein. Etre cependant ici n’est pas seulement l’être de l’homme ». au contraire. n’est pas quelque chose d’humain ». comme l’homme qui comprend avec frayeur qu’il devra payer la note au restaurant cette fois-ci. Parler d’un Dasein qui ne soit personne n’est pas concevable. un 9 . la compréhension de l’être de l’étant. nous le sommes à chaque fois nous-mêmes. nicht nur als Menschen sein. La deuxième caractéristique fondamentale du Dasein. un weltloss ich. Nous le sommes. Bien entendu. à chaque fois. Quelque soit la profondeur de la conception de Lévinas. Lévinas suppose que la Jemeinigkeit donne un privilège ontique. C’est l’être tout court qui est en jeu. l’être. Le Dasein a donc comme caractéristique l’être dans le monde. Prenons en vue cette troisième détermination. L’être dont il s’agit. à savoir l’être. la Jemeinigkeit marque le Dasein d'un sceau plutôt funeste. à être son être en tant que sien. avec l’être comme totalité. On peut trouver ici. c’est ma place au soleil. l’interprétation fait contre-sens. pour être kat auto. Heidegger va plus loin: « L’essence de l’homme. Que signifie ce caractère ? Ce trait met en évidence la manière dont le Dasein met en jeu son être et même l’Etre tout court dans son être propre. qu’on peut traduire par ce qui est par soi. La conséquence. d'une préséance de moi sur autrui. §13 : Les sciences sont les modes d’être du Dasein en tant qu’il appartient à un mode. L’être dans le monde englobe la relation de l’existence à l’Etre en totalité. Il convient de faire le lien avec les autres caractéristiques du Dasein. Il y a un vaste débat sur la Jemeinigkeit. Mais le mien est moins possession que dépossession par la transformation du je ontique. n’apparaît que si je suis cet étant qui accueille l’être. mais que son essence consiste en ceci qu’il a. §9: Le Dasein. Comment se définit l’Existenz. Ici. doit être en première personne. c’est l’être. Je suis l’étant qui ne peut se définir sur ousia. il y va de beaucoup plus. c'est-à-dire non-universel. L’être englobe la relation de l’existence avec l’être comme un tout. Il faut penser : cette fois-ci c’est pour moi.son identité. chaque fois. est méthode de lecture. c’est cette mise en scène de l’Etre dans la mise en jeu du Dasein. la doctrine de l’Erreignis. Il met en jeu ce qu’il n’est pas. Heidegger critique le je cartésien en ce que celui-ci est un je sans monde. Le Dasein doit être individualisé pour être. Le Dasein. en tant qu’étant. il y a un privilège du je. Le Seins’verstandnis ne renvoie pas seulement à la compréhension de l'être de l'homme. L’existence est question. Aristote pense le kath olou comme l'équivalent du kat olou équivalent lui-même du kath auto. Le Dasein certes n’est pas ontiquement proche ou même le plus proche. L’être dans le monde comme constitution fondamentale du Dasein. La compréhension est co-originaire. C’est de l’être qu’il s’agit dans mon être.

comme au bowling. c’est qu’on n’y est pas tout seul. Il n'existe que pour moi. de viser le bon endroit pour faire tomber les quilles. Le concept de logos fondamentalement comme « laisser se dire ». Le concept de phénomène comme das sich eigende. l’être de l’étant. Ces manières se disent en se temporalisant. Dans les débats écrits entre Heidegger et Husserl à propos de la rédaction de l’article Phénoménologie de l’Encyclopédie Britannicus. c'est l'auteur des Méditations cartésiennes qui est visé. si d’autres étants peuvent être. Vont se dégager alors les manières d’être du Dasein. la retranscription en mode temporelle de la première partie pour faire apparaître les différents modes d’être du Dasein. Vème Recherche Métaphysique et III Méditations Cartésiennes. Le monde se constitue dans cet étant qu’est le Dasein. c'est-à-dire d’une chose qui n’est pas elle-même. En réalité. La seule façon de dire qu’il est chose agissante. l’articulation. Avec son mode d’être propre. La manière dont Descartes obtient l’ego implique la fin du monde. Mais cela ne signifie pas que ce qui constitue le lieu n’est rien d’étant. Cette base. Toute conscience est conscience de quelque chose. Descartes est donc l’adversaire à abattre. Ce qui signifie que le Dasein n’est dans le monde. c’est le logos comme apo phaneistai. L’étant solus in mondo n’est pas dans un monde. bien évidemment. Il faut donc trouver une base ontique à l’être dans le monde qui ne soit pas un étant du monde. Mais. Or. Le §7 est tout à fait central à cet égard. ou plutôt « dire pour laisser se voir ». mais a pour propriété d’être dans le monde. Pour cela. ce qui est une radicalisation de la caractérisation de l’intention cf. Mais comment s’effectue la visée ? Cette visée. Il est composé de quatre parties : Le concept de phénomène. L’ego comme res cogitans n’implique pas un monde. entre être et étant ou plutôt son articulation avec l’être. Il s’agit. Le monde est absence chez Descartes. la définition d’un monde. La propriété de l’in-der-welt sein est dans le Dasein. Heidegger écrit : « Nous nous accordons sur le fait que l’étant ne saurait être éclairé par retour d’un étant. Cette extra-version est une intentionnalité non limitée aux objets. c’est de dire qu’il est dans la res extensa. apo phasis. Le monde n’a pas pour lieu le monde. Le monde ne peut être expliqué par un étant qui serait dedans. nous avons l’étant instable que nous cherchions. Avec les trois caractéristiques du Dasein. C’est dans le solus in mondo qu’existe le monde. D’où l’absence de preuves quant à l’existence des choses extérieures pour cette raison même qu’elles sont nécessaires. Le rapport entre l’ontologie et la phénoménologie. Heidegger l’explicite dans l’interprétation du Dasein en vue de la temporalité dans une analyse fondamentale préparatoire du Dasein. Le problème se pose de savoir quel est le lieu dans lequel apparaît l’être de l’étant ». il fait apparaître l’être en général et dévoile donc aussi les autres étants. Ce qui signifie que le rapport entre le je et son objet n’est pas mondanéisé. Au § 19 et § 43. ce sera en s’articulant avec les autres étants. il faut faire exploser l’atome faible qu’est le Dasein. ou le Dasein en tant que lui. ou rompre le pli. ce comment. plus essentiel au Dasein puisqu’en lui se trouve le Dasein. comme « se manifester ». La phénoménologie ou forme de philosophie qui laisse se manifester la chose même comme phénomène. L’ontologie n’est possible que comme phénoménologie. La phénoménologie est une 1 .umweltloss Subject ou un isoliert Subjek. Ce sera la deuxième section de Sein&Zeit. son sens et ses dérivés. La conscience est d’emblée extravertie en tant que conscience d’autre chose. ce qui se montre à partir de soi. sera le Dasein.

regard. C’est Kant qui est visé ici. l’objectivité. elle porte sur tout. Et en effet. cela n’est clair que lorsque l’ontologie perd de son évidence. méthodologique. On ne se montre pas comme à un autre.on peut dire que tueri n’est pas voir. une science neutre. gezeigte. par l’espace. les manifestes : « Comme signification de l’expression phénomène. Dans le cas où être deviendrait problématique. je parle de façon inappropriée. c’est le « comme soi-même ». indifférente à tout objet. C’est à partir de l’étant que nous devons lire le différent de l’étant. de tous les étants. Le phénomène est donc montré. Pourquoi cette méthode est requise ? Car la recherche porte sur l’être de l’étant. l’en tant que soi-même. pour Heidegger. car Heidegger dit qu’il ne s’intéresse pas à la phénoménologie. puis l’étude très importante des §§ 12-18 (doctrine du monde). qui est strictement phénoménologique. Au plutôt. comme ce n’est pas en tant que lui-même qu’il se montre. c’est ce qui se trouve montré. ou aux autres sciences en logos parce que le logos qui les travaille s’applique à une région de l’étant. Si l’on songe à l’intuition. le propre du phénomène dans les cas où la métaphysique a une acception positive. en parlant de la question de la phénoménologie. dans l’intuition.1 : on est déjà sur la voie d’une 1 . Remarque : la phénoménologie n’est pas comparable à la biologie. c’est le révélé comme ce qui est ouvert. mais non au discours. le temps et les catégories. il est à retenir : das Sich als sich selbst zeigende : das Offenbar. qui veut dire garder. Il serait montré. à la suite de l’opération de synthèse des catégories. le dépliement de l’être lui-même. D’où les deux phrases fondamentales : l’être n’est rien d’étant .herméneutique du Dasein et la phénoménologie est la méthode de l’ontologie. le phénomène chez Kant est toujours déterminé par les possibilités de l’expérience. la phénoménologie est une science critique. il n’y a pas d’être sans l’étant. eri. » Le phénomène. La phénoménologie est ici une méthode. tutus signifiant sûr-. qui vient du verbe intueor. Ce qui est visé. cf. C’est le « se montrer à partir de soimême ». mais voir en gardant. c’est l’explication. athée. En quoi se distingue-t-elle de l’ontologie traditionnelle ? La phénoménologie porte sur le comment les étants ou les objets se donnent à voir. Cf. Il n’est pas an sich selbst. c'est-à-dire sur le sens de l’être en général. mais à ce à quoi la phénoménologie s’intéresse. Alors nichts als sich selbst. c’est qu’il se montre pas en tant que soi même. qui n’est visible accessible. Mais. il y aurait la possibilité d’éclaircissement des modes. L’objet. comme dans l’expression « je garde un œil sur lui ». sur tout le pensable. mais pas à partir de lui-même. visible du Dasein : lire sur un étant autre chose que l’étant. Qu’entendre donc par phénomène ? Phainomena. paradoxalement. Mais la nouvelle religion. Précisément. les apparus. Le phénomène comme objet ne coïncide pas avec l’objet. il ne se montre pas. une science qui procède par errasement. La phénoménologie peut s’intéresser à la théologie en tant que la théologie est un mode particulier de révélation. in–tueor. toujours soumise au je pense. Ce sont des sciences qui portent sur quelque chose alors que la phénoménologie ne porte sur rien. Donc la question de la définition de la phénoménologie au § 7. au pluriel. Justement la phénoménologie par rapport à la métaphysique s’intéresse à la chose. Le 8 novembre 05 Aujourd’hui on étudie la définition de la phénoménologie (§7) et la question du monde (§ 12). mais comme un soi-même. présente chez Kant. La problématique. Michel Henry. § 7. que sur l’étant sensible. absente chez Heidegger--intuitus. peut-elle être un mode de manifestation ? Le mode de manifestation de tous les phénomènes est ontologique.

§ 9. on trouvera Prolégomènes à l’histoire du concept de temps. il fait sa démonstration. selon qui les choses sont bonnes car nous les désirons. bas de la page 28. Figures de la pensée métaphysique. au tome XX. donne la monstration.ontologie. mais ce n’est pas déterminant . si dissimulation il y a. 3. 2. car il ne dépend pas de la synthèse. le soi. revendique que le phénomène appartient certes à la sphère de la visibilité. Il s’agit donc de trouver la méthode pour lire sur l’étant l’être de l’étant. la culpabilité en revient au phénomène. 613. Cette détermination n’interdit pas mais implique au contraire qu’il puisse se dissimuler : la possibilité de se montrer rend possible celle de se montrer comme ce qui n’est pas. Cf. c’est vraiment l’expression se montrer. nous avons donc la détermination la plus simple. chez Heidegger. Cf. se montrer. le monstre c’est-ce qu’on exhibe car il attire l’attention – tel est le phénomène. Jean Hyppolite. c’est la section 1 du § 7 avec le concept formel du phénomène (p. autant d’être ». quelle densité d’apparition. c’est le sich. Pas besoin d’avoir lu Kant pour savoir que Heidegger suggère une nouveauté. il y en a trois déterminations : 1/ le phainoménon par opposition à la chose réelle (p. et le principe des principes. comme à partir de soi. Heidegger reprend le premier slogan. résulte des synthèses de l’aperception transcendantale synthétique : le phénomène résulte d’une synthèse opérée par le je pense. de l’intuition. mais pourquoi ? parce que le Schein apparaît comme un phénomène et non comme un Schein : si l’apparence nous trompe. mais ce n’est pas l’ontologie de Wolff et la métaphysique classique . Et la phénoménologie n’est pas une méthode permettant de trouver de nouveaux objets formels de la philosophie. il est Schein. alors que la délibération veut le vrai. 10). ce qui n’a pas de sens pour Aristote : Physique béta. t. mais que de lui-même. C’est une méthode phénoménologique. avec l’exemple de la formule aristotélicienne « phainoménon agathon ». son unité n’est pas de lui. mais par un autre . mais la science du comment : elle ne cherche pas de nouveaux phénomènes. le monstre . il se montre . c’est qu’il a la possibilité de se montrer comme il est. ce qui est déterminant. 28) : ce qui se montre en soi . mais s’intéresse au comment de l’apparaître. il se manifeste. l. Ideen I § 24 : « les phénomènes sont à prendre comme ils se donnent » : il n’y a pas de conditions conceptuelles a priori de la phénoménalité : tout phénomène a droit. Métaphysique lambda 7. Le phénomène n’est pas en soi. c’est une précaution de Husserl à la fin des Méditations cartésiennes (§68). C’est là la définition formelle du phénomène sur laquelle nous travaillerons . c’est proprement le désir. mais celle de la synthèse. illusion. la dissimulation change de statut : dans le cas de Kant. cette illusion ? parce qu’on n’est pas attentif. car il est constitué comme un objet. Pourquoi fonctionne-t-elle. Que signifie le terme phénoménologie est classiquement pensé à partir des mots d’ordre de Husserl : « Retour aux choses mêmes (=les questions) ». comme opposé à on. Si on a une détermination du phénomène à partir de lui-même. Ici Heidegger dit justement que le phénomène est en soi. la dissimulation est une erreur du sujet synthétique . mais qu’il se montre en lui-même à partir de lui-même. texte non traduit. se fait désirer qu’il soit une apparence de bien ou qu’il soit une réalité de bien . Chez Aristote. Le phénomène est donc ce qui peut se dissimuler. cf. p. 433a 28 : le désirable met en mouvement. le « à partir de lui-même » est important. Le ce-qui-se-montre-àpartir-de-lui-même. On voit qu’ici phainoménon est utilisé en un sens négatif. 1072a27 : le désir se contente du bien apparent. formelle du phénomène. retour aux choses mêmes. 29. Traité de l’âme III 10. 195a25 : le désir fonctionne aussi bien sur l’apparence du bien que sur le bien lui-même. ce qui se montre lui-même en soi. Le phénomène kantien laisse derrière lui l’en-soi. c’est qu’elle a la même apparence que le vrai 1 . nous avons une doctrine du bien apparent . Si le phénomène ne se montre pas comme il est. d’où la conséquence qui ira jusqu’à Spinoza. il y a une ambiguïté dans cette opposition : le désir fonctionne avec une apparence de bien . Ainsi on peut dégager les degrés d’automonstration des phénomènes sur la base de cette définition. qu’il faut comprendre en revenant à Aristote. et « autant d’apparences.

Ici nous avons le sens kantien du phénomène qui cache la chose en soi. ne veut pas dire discours. grâce à laquelle il se montre sans apparaître. nous avons des caractères communs : il se manifeste en soi à partir de soi. le pur produit : c’est le faire illusion. La maladie ici se montre sans apparaître et le symptôme apparaît comme tel sans rien montrer. ce qui empêche Kant d’avoir un phénomène. monstratif et Heidegger s’appuie sur le De l’interprétation d’Aristote IV. Mais qu’est-ce qui se montre dans le phénomène qui peut se montrer et se dissimuler dans sa manifestation ? c’est l’énigme. c’est que ce qui devrait prendre la place de l’apparition. mais montrer. demande. 2/ l’indice et le redoublement de la visibilité . En voyant un symptôme. le faiseur montre pour ne rien montrer. comment le logos met en œuvre le comment ? logos. mais ne montre rien . C’est donc une apparence dans laquelle je ne suis pas trompé par une illusion. ce qui est différent du symptôme qui montre plus que lui-même . la dissimulation. 3/Puis le troisième niveau : la pure production d’illusion. mais du comment . mais la profondeur de la phénoménalité joue dans le fait que ce que je vois a une double visibilité : je vois la fièvre et la maladie derrière. serait encore phénomène. Donc 1/ l’apparence. c’est un montrer qui a pour but de dissimuler. 2/ deuxième rapport entre le phénomène et sa propre dissimulation : symptômes d’une maladie (en allemand. on joue toujours une apparence contre une autre. c’est de s’interroger sur l’espace et le temps : quel statut phénoménologique les formes de l’intuition ont-elles ? sont-elles mathématiques. mais on ne sort jamais de l’apparence. C’est le s’annoncer. comme dans psychologie… la phénoménologie n’est pas science du quelque chose. vrai ou faux : on ne peut opposer qu’un phénomène à un autre. prétendument fausse. Kant dit très bien que les apparences sont inévitables. non elles les rendent possibles ? comment sont elles en charge de la phénoménalité. 3/la pure illusion ou ce qui se montre a pour fonction de dissimuler qu’il ne montre rien. quand l’apparence apparaît on ne peut faire la distinction. Le phénomène se montre même s’il n’apparaît d’une certaine manière : il parasite l’apparition d’un autre se-montrer. Ce phénomène utilise donc un autre phénomène pour apparaître . c’est-ce qui reste indéterminé. La faiblesse de l’opposition réalité/phénomène. une analyse parallèle dans le § 9 des Problèmes fondamentaux de la phénoménologie. qui reste indissociable de la chose vraie et indistinguable . l’illusion intentionnellement produite pour elle même.phénomène : la possibilité d’être trompé par l’apparence repose sur le fait que la réalité apparaît. c’est un montrer qui a pour but de ne pas montrer. le sens grec. en-soi/phénomène. et du coup. vulgaire) car il reste à préciser ce sur quoi la phénoménalité s’exerce Si on veut comme Kant construire le phénomène à partir du fait qu’il n’y a de phénomène que dans l’intuition de l’espace et du temps. Logos n’est pas ici science de. qu’est-ce qu’on fait ? celui qui n’est pas médecin voit la même chose que le médecin doué. il est dénotique. le renvoi et l’apparence ne sont intelligibles qu’à partir de cela. c’est le phénomène). 17a2. C’est intéressant. Husserl dit au début de la première Recherche logique que nous avons ici un indice (Anzeige) : l’indice est un visible à double fond – ce qu’on voit et ce que ça veut dire. qui déclare quelque chose : en fait il faudrait dire qu’il montre quelque chose. mais le médecin voit la même chose sans conclure la même chose : il voit l’apparence comme l’apparence de la maladie. des logoi montrent 1 . La prière supplie. car l’illusion pour tromper. Aristote dit qu’il y a un logos apophanticos. ce qui est déterminant c’est l’apophansis . dans la métaphysique. On voit que le premier sens du phénomène est fondamental . Le phénomène ne se borne pas au statut de simple phénomène (au sens kantien. pour tromper. Mais dans phénoménologie il y a logos.

Le logos a un statut déclaratif qui est fondé sur sa fonction monstrative. la passivité du vécu ou de l’intuition. on surveille le phénomène. Phénomène c’est-ce qui apparaît. sinon : « vous ne respectez rien ! » On ne dit quelque chose de quelque chose qu’à partir de la chose . En métaphysique.quelque chose. Chez Husserl et chez Kant. 32. et c’est alors qu’il y a du vrai et du faux. car elle sera déplacée vers le soin. Le logos est essentiellement un faire-voir. mais à partir de quelque chose : on ne parle pas n’importe comment de quelque chose : quand on parle de quelque chose. Heidegger s’oppose même à Husserl : il ne parle pas d’intentionnalité. Ce point sera l’objet du § 44 qui reprendra la thèse qu’être vrai veut dire être découvrant. 37-38. ce qui apparaît est ultimement déterminée par la signification qui est imposée par l’intuition. qui est le premier texte à faire apparaître la réduction : « le mot phénomène a un double sens selon la corrélation entre l’apparaître et ce qui apparaît. 1 . On ne lâche pas le phénomène. la phénomène est la base de l’ontologie car elle sera capable d’interpréter le Dasein. de la phénoménologie. Nous allons commencer par la fin : p. Du Dasein. La phénoménologie consiste à laisser apparaître les phénomènes. respecter la chose. Cf. ça finira par la phénoménologie de l’inapparent. le questionné. Qu’est-ce qu’interpréter le Dasein ? c’est l’interpréter dans son comment ? mais quel est le problème avec le comment du Dasein ? il faut en venir à la définition phénoménologique du phénomène : p. p. Le phénomène est-ce qui se montre en soi à partir de soi. sinon on n’a pas besoin de phénoménologie . avec la spontanéité de l’entendement. 35. il faut qu’il suive les articulations de l’étant dans lequel il se manifeste. selon une lettre). est tenu en main par l’activité de la signification ou du concept. et le parler fait voir à partir de cela même dont il est parlé. c’est articuler son discours sur la chose même. et qui est déjà dans SZ. mais aussi à son être. mais il est aussi employé pour ce qu’il y a de subjectif dans le phénomène » : il reformule ce qu’il a déjà dit dans l’ajout à la 6 e recherche logique. Ces formules s’opposent aux définitions de Kant et de husserl. c’est que puisqu’il se montre à partir de lui même. 32 : la parole fait voir. 44). car elle parle non pas sur quelque chose. et dans la cinquième (§ 2). on ne va pas savoir ce qu’est l’être car l’être n’est pas (le quoi est inadéquat). On retrouve ces trois pôles ici de façon phénoménologique : c’est l’être de l’étant qui se dissimule dans l’apparition parfaitement visible de l’étant. dans l’intuition donatrice. 34 : apophanesthai (logos) phainomena : la phénoménologie laisse les phénomènes apparaître en paix. respecter la chose. c’est la voir. à partir du moment ou le langage parle à partir de la chose et non de nous. Nous nous avons une vision non monstrative du discours. On peut rapprocher ça du phénomène kantien. p. Nous pouvons avancer vers le concept préalable de phénomène. synthèse entre l’intuition et le concept . obéis au concept. c'est-à-dire qu’il parle à partir de ce qui se montre. il en faut quand on a affaire à des phénomènes qui de prime abord et le plus souvent ne se montrent pas. l’esprit est passif . dira Heidegger. Le discours est apophantique. Du coup. Quel phénomène ne se montre pas ? rappelez vous l’articulation de la question : le demandé. Le discours est fondamentalement monstratif. Cette formule a tout son sens si on le commente comme fait Heidegger : la phénoménologie c’est laisser se montrer à partir de lui-même à partir de lui-même (alors que la métaphysique veut que ce qui se montre à partir de lui même ne se montre pas à partir de lui-même). p. fais toi faire une synthèse. Dans ce cas. dans l’Idée de la phénomène (qui est pour husserl sa critique de la raison pure. l’interrogé. le concept ramène le divers de l’intuition à l’unité du concept. en parlant du vécu dans lequel le phénomène apparaît : on peut le comprendre comme la différence entre le vécu de conscience et l’objet qui se manifeste dans le vécu que si le vécu est soumis à une signification. soumets toi au concept. On va demander à l’étant le plus fragile de nous faire voir ce qu’il cache : son être. en 1964. ou § 9 (p. il parle tout seul. C’est moins un interrogatoire que une interprétation : on fait jouer ce qui dans un étant renvoie à lui-même. Le propre du phénomène maintenant.

subsistance : la troisième propriété est celle ou le Dasein par opposition au mode d’être des étants qui ne sont pas lui. c’est leur mode d’être qu’on ne peut voir que par les phénomènes qui les exhibent et nous permettent de voir l’être de ce qui n’est pas le Dasein. dans lequel il y va de son être. le Dasein se met dans la position où n’importe qui me prendre ma place : la Dasein évite la mienneté. qui n’est pas à la hauteur du Dasein. selon laquelle le Dasein n’est jamais au neutre. et ce qui n’est pas à la mesure du Dasein. 3/ La troisième détermination est celle de l’être dans le monde. qui a un autre mode d’être. Justement dans le on. il n’y a rien à voir. le cas privilégié est le vocatif de l’appel. qui se pense 1 . Il est utile de revenir sur le § 9 : Heidegger insiste sur le fait que le Dasein « est un qui. P. le plus lisible. ce qui a pour conséquence de masquer la première détermination. le je transcendantal peut-être dit chez Husserl aussi au pluriel. Ce qui est en retrait des phénomènes. les étants qui sont dans le monde sont. et personne d’autre : on ne peut décrire un Dasein en prenant la position du je. Cf. c’est lui qui est en jeu. la conversion du propre à l’impropre a un sens phénoménologique. eux. D’où l’opposition entre ce qui est dans le Dasein caractéristique de son mode d’être. mais l’être de l’étant. Cette distinction qui est en fait la distinction entre le mode d’être propre ou impropre dans l’être dans le monde. qui est propre/impropre : le Dasein se comprend lui même et se laisse décrire sur un mode impropre. On pourrait décliner les grandes philosophies par les premières personnes : chez Heidegger c’est toujours je. D’où la différence entre authentique/inauthentique. comme un étant comme les autres. qui peut laisser échapper son véritable visage. ou bien un que (vorhandenheit) au sens le plus large » [45]. Le 15 nov. c’est évidemment le Dasein. sur le mode de la subsistance permanente. Chez Lévinas. dans la métaphysique. et du nous. qui est l’être tout court : pourquoi et comment ce dépli s’ouvre-t-il ? 2/ intervient ici la Jemeinigkeit. non pas l’être des étants en général. On voit que l’existence – la mise en jeu – du Dasein est toujours en première personne : si l’autre pouvait faire le Dasein à ma place. et la phénoménologie attend que le phénomène (le Dasein) devienne proprement lui même pour qu’il montre quelque chose de lui même. § 9. l’existence. L’existence : ouverture du Dasein à son être. il n’y aurait pas d’existence. manifeste négativement son mode d’être. c’est la troisième personne. détermination essentielle du Dasein. aussi longtemps que le Dasein se croit un étant du monde. L’être dans le monde est une détermination négative : le Dasein est l’étant par lequel quelque chose comme un monde s’ouvre . dans la constitution de l’objet par plusieurs je transcendantal. il dissimule sa manière d’être . au nominatif. et la personne est le tu . 37 ligne 12 : l’étant qui va montrer l’être à sa surface.mais le comment. d’une herméneutique. p. qui consiste à laisser voir son être. c'est-à-dire des manières d’être : il faut interroger un étant le plus visible. 47 : la phénoménologie est le mode de détermination qui prouve l’identité de ce qui doit devenir le thème de l’ontologie. 180. plus essentiel que son statut d’étant – qui se fait en première personne : ce qui se voit à ce qu’il n’est pas sur les étants. L’existenz s’oppose à la vohandenheit. Voilà pourquoi on commence par le Dasein comme n’étant pas lui-même jusqu’au § 40 : ce n’est pas une question morale mais phénoménologique. ce qui se marque dans l’être-dans-le-monde. § 25 : opposition entre le on. mais toujours déjà décliné à la première personne. Elle est liée. Ce qui permet à Heidegger de dire p. à l’enchaînement des trois déterminations de 1/ l’existence : le Dasein est le seul étant instable. pour voir sa manière d’être. 05 Aujourd’hui nous travaillons la détermination de l’être-dans-le-monde. On comprend pourquoi la première détermination du Dasein est l’étant pour lequel il y a va de l’être (existence) : c’est la condition de possibilité d’une phénoménologie du Dasein. et on a un nous transcendantal – et c’est la situation normale.

car il est l’étant dans lequel est en jeu tout le reste. Mais comment est il ? il est sur le mode de la possibilité. jouissif. p. car l’angoisse ça ne se partage pas. la chose dans son telos) précède toujours la chose en potentialité. écrit. Ce qui rend inaccessible le monde. il dit quelque chose de lui-même : ce sont les existentiaux. pour que ce soit de la philosophie bien faite. plus il devient effectif. qui conduit à la notion de mondanéité (caractère d’être dans le monde) . il ouvre le monde. c’est l’inverse : plus le Dasein ouvre des possibilités. La question est de savoir ce que nous pouvons phénoménologiquement mettre au jour du monde. pour moi c’est exactement l’inverse : il est fondamental que je sois possible. explicites dans ce § 9 : les déterminations qu’Heidegger appelle les modes d’être peuvent s’entendre en deux sens. c’est que nous ne sommes pas à l’état de possibilité. c’est parce que vous l’ouvrez qu’ensuite on peut skier sur cette piste . Mais justement le Dasein n’est ni permanent ni disponible : il n’est pas ce qui est toujours à disposition sous la main. dans le cas de ce crayon. § 63 p. le Dasein se réapproprie à lui-même. § 49. 42. c’est l’inverse : l’ouverture du monde dépend du Dasein. On peut dire qu’en dignité d’être. ce qui est désigné c’est la chose dont on parle. et qui consiste à dire quelque chose de ce qui ne se définit pas . l’existence est confirmé par opposition à ce qu’elle rend possible. 311 . car de ceci nous ne savons encore rien. mais ça correspond à notre expérience existentielle : il y a un monde si nous savons ouvrir les possibilités . parce que au bout du compte la performance appartient toujours à l’horizon de la possibilité. c’est mieux d’être effectif que potentiel . mieux c’est . mais elle nous met face au néant des étants du monde . la catégorie. Le deuxième chapitre portera sur le mode d’être de l’étant du Dasein capable d’ouvrir un monde (chap. Cf. Vous voyez c’est simple. deuxième section des problèmes fondamentaux de la métaphysique : l’homme est riche en monde car il est plus possibilisant qu’aucun autre étant. de façon un peu énigmatique : la possibilité est plus haute que l’effectivité. Pourtant le Dasein dit quelque chose de lui même. la possibilité est donc une détermination du Dasein. que j’ai quelque chose à écrire par exemple. s’il se ferme. qui prend ça sur lui. entelecheia εντελεχεια. qui n’est pas lui même soumis à une catégorie : c’est le Dasein. qui est le mot de la philosophie. Heidegger faisait du ski. nous allons suivre les trois sections : l’être dans le monde. Cf. Donc l’analyse du on. 6 fait apparaître le Dasein comme tel : dans l’angoisse. en un sens la piste était là avant vous. plus il y a du monde. je peux dire que j’espère qu’il y a un crayon avant d’entrer. il faut savoir si c’est ouvert ou fermé. et ça doit être amusant. qui se met en œuvre en première personne. Ce qui marque l’écart entre lui et l’étant subsistant – qui est d’autant plus qu’il est en état d’effectivité –. la philosophie c’est toujours simple quand c’est bien fait . qui n’est pas à compléter par un autre ti (catégorie : ti kata tinos legein) . mais ce qui est en jeu c’est celui fait l’opération. qui n’est pas un ti. 4). il faut qu’on voie. Quand vous ouvrez une piste en ski. Le chap. cf. s’il n’y a plus de futur. Car le monde repose sur son ouverture : il n’y a pas un vaste monde d’abord et le Dasein qui y entre . l’être au monde déterminant à titre d’existential le Dasein montre que le Dasein n’est pas mondain. elle 1 . et qui y va. Le Dasein est l’étant fissile (existent). étant qui n’est pas le on. c’est le Dasein qui le fait. c’est nous qui apportons les possibilités du monde. plus il est là. et on ne sait jamais à l’avance ce qu’on va dire.lui-même comme subsistant et le qui est précisément toute l’opposition à construire ici . chez Aristote : Aristote montre que l’effectivité (energéia. 249. car elle n’est pas produite par un étant du monde. c’est le Dasein sans la jemeinigkeit. mais Aristote va plus loin : même chronologiquement l’ent. on l’a vu au § 7. théta de la métaphysique. c’est l’existence. Il ne va pas utiliser la catégorie. et c’est le Dasein. Ce n’est pas plus il y a d’étant subsistant. Ici Heidegger contredit donc massivement Aristote et donc toute la métaphysique . le Dasein précède l’étant subsistant comme la possibilité précède l’effectivité. plus le monde va s’élargir. le legein. précède toujours : le mouvement est toujours mu par un moteur déjà en acte qui se fait désirer. quelque chose à dire. 238 . Cf. puis je peux dire que j’espère qu’il lui est possible d’écrire . Deux remarques. aussi §47 p. p.

Le monde n’est donc pas question d’aménagement de l’espace. 55 : deux 1 . Etre-dans. elle ne peut plus être dedans. on se sent dans une maison et on se sent nulle part ! pour être chez soi. lequel dépend donc de la dans-ité. Pour que ce soit un existential.n’a pas de cause ontique. On s’ouvre au monde. sein-in. mais la situation qui rend possible la distance. 55. ça devient une maison parce qu’on y habite. c’est dire qu’on ne sait pas où il est. il faut donc se focaliser sur le moins connu. la dans-ité. c’est qu’on rompt avec quelqu’un dont on est encore proche. mais à la région monde en tant que vide. être-dans. Dire de quelqu’un qu’il est dans son monde. On est même éloigné de quelqu’un parce qu’on en est très proche : c’est la rupture amoureuse. il ne s’agit pas d’accéder à d’autres étants. mais on peut lire ex comme négatif : c’est le rapprocher comme dé-éloigner. On est allé en Amérique quand quelqu’un pour qui cette distance était inscrite dans son monde . comme les jeunes filles. comment penser le in-sein ? comment traduire in-sein : c’est être sur le mode du dans . le in. ça devient leur monde. la salle est dans la Sorbonne… : c’est une affaire de contenu et de contenant. il y a d’abord une indication philologique : Heidegger s’appuyant sur certains petits écrits de Grimm montre que in vient de innan. qui veut dire à la fois dans quelque chose et le lieu ou le dans est possible . Mais ce qui est paradoxal. Ce sur quoi il faut se concentrer. P. Nous tentons de comprendre l’être-dans-le-monde. la dans-attitude. or être proche. l’expérience de l’habitation. l’inn. à partir de quand on sera obligé de dire « le monde » ? le monde ne commence que là où on ne peut plus recourir à un étant subsistant. ce qui n’est pas une question d’étantité subsistante : on entre dans le monde. Monde n’est donc pas étant subsistant. le prochain peut-être très lointain ! p. aucun étant du monde ne peut l’être d’un autre étant : un livre (le texte allemand) n’est pas proche de la traduction : car ils n’ont pas la possibilité de se-sentir-proche. les étants du monde. mais cette mienneté n’est atteinte non seulement à aucun étant du monde. On retrouve les trois : existence. c’est une propriété de l’étant . Or on n’habite pas une maison parce qu’il y a une maison. Heidegger dit que je suis signifie alors j’habite. Etre dans n’est pas un événement du monde. est un existential. comme é-loignement . Aujourd’hui. c’est être proche. susciter de la proximité . il ne suffit pas d’avoir une maison. être-dans-le-monde. Comment le montrer ? le premier argument est une description phénoménologique assez simple. La notion même d’éloignement est donc tout à fait étrange. C’est la proximité qui fait l’éloignement. ce sont les étants du monde. c’est qu’il dise que l’être au monde. les bals. Or justement il ne faut pas comprendre in-sein comme équivalent à sein-in. il y a le monde : quand je ne suis plus avec les étants dans un rapports de co-subsistance. donc il y a une maison : c’est ma propriété de dans-ité qui fait qu’il y a un monde. comme réalité sociale… : le monde n’est pas une salle précise. si la chose change de dimension. est une propriété de l’étant intramondain : ce sont les chaises dans la salle . On voit que être-dans ne porte sur l’étant subsistant pour une autre raison : à partir de quand l’êtredans n’a plus de sens. La crise. mienneté. Le monde commence quand on ne peut dire de quel étant subsistant il s’agit : c’est l’instance qui interdit la question : « dans quoi ? » Quand on ne peut pas dire dans quoi l’étant se trouve. c’est donc l’expérience de l’intériorité. il faut habiter la maison. Ça renvoie le Dasein a sa mienneté. qui n’est possible que parce que la proximité précède . ce n’est pas le monde – et je dis ça sans paradoxe : le monde. On peut le dire autrement avec l’analyse de la proximité : habiter. Le fait d’être à côté de quelqu’un ne fait pas qu’on se sent proche : on peut avoir l’expérience de la proximité dans l’éloignement. le dans de in-sein. Le monde n’est pas l’universel réceptacle des étants qui subsisterait en lui. mais à d’autres rapports aux étants. c’est être déjà proche. il est donc individualisé (jemeineigkeit) et en face de son être au monde comme tel. et pourtant ça porte sur le catégorial. Il faut qu’elle subsiste. sein-in. qui doit être rapproché de la taverne anglaise de la campagne où il n’y a personne. Ça n’a rien à voir avec l’écart spatial qu’on peut mesurer entre deux étants. se rapprocher. Mais comment dire le monde. En-fernung : ce qui est au loin de. la in-attitude. In.

ma naissance qui décide de tout. p. comme le je de husserl. 388. donc le factum du Dasein va être lié à un fait. c’est le politiquement correct. cf. 12). un factum (c’est le langage du Kant de la C2 : le je ne peux pas ne pas éprouver le fait que la raison lui dit : agis de telle manière…). cf. § 43. Geworfenheit. Elle a un lien direct avec l’être-jeté : le coup est déjà parti. Dans un premier temps il rappelle les possibles déterminations du monde comme propriété du Dasein : être dans le monde ce n’est pas s’ouvrir. c'est-àdire les §§ 14-18. Nous allons voir comment même les étants dans le monde ne sont pas subsistants. Heidegger dit d’abord de façon purement négative que : le Dasein n’accomplit pas son être dans le monde sans un étant qui est directement le lieu l’occasion. Le monde répond à la définition du phénomène selon la phénoménologie : il est-ce qui. je ne demeure jamais égal à moi-même. Nous sommes ici dans les polémiques de Heidegger contre le je-sans-monde. La facticité me met en écart. le Dasein est toujours lié comme étant à d’autres étants avec lequel il se collette. Il faut faire une nouvelle remarque (toujours § 12). p. c’est donc une caractéristique du Dasein. au sens d’un fait accompli (il est toujours trop tard pour voir l’immoralité de mon action : la conscience individuelle par rapport à la raison pratique). c’est le fait que je suis déjà dans le processus de me mettre en jeu. p. 64 : la mondanéité du monde en général n’est pas une détermination des étants intramondain. Le 22 nov. l’être au monde se joue en même temps que la mienneté. Le Dasein ne peut jamais procéder en existant sur le mode de la mienneté (3) puis en ouvrant (4) le monde . 316. en porte-à-faux avec moi-même. parce que je ne suis pas une chose . mais un caractère propre au Dasein qui est l’étant par lequel il y a un monde . je suis celui qui ne peut en parler . Mais ce fait accompli est toujours lié à un étant. Il faut un détour. de prime abord et le plus souvent. § 4. On est sans monde quand le rapport aux étants du monde est conçu comme la relation entre deux étants qui subsistent. de cet être dans le monde. 1 . Heidegger précise souvent que ce n’est pas l’ancrage du Dasein dans la subsistance : § 29 p. § 75. mais c’est le monde qui s’ouvre parce qu’il est dans le Dasein. 05 Aujourd’hui on s’intéresse au « système » d’apparition du monde. p. 13 : être dans un monde ce n’est pas un caractère mondain qui caractérise le Dasein. p. comme si ça n’était pas à moi que ça arrive. je n’en sais rien. Le Dasein va essayer de se soustraire à ces existentiaux. Il est toujours trop tard pour que le Dasein ne sache pas qu’il a ouvert un monde : c’est un fait accompli. et c’est précisément son invisibilité qui est la voie d’accès à sa définition. le monde est donc un existential du Dasein. je suis sur le mode d’être-né . 135. fäktizität (p. et prendre en considération le terme fondamental. Cf. Il y a ouverture du monde. Il est trop tard et je ne peux plus choisir le numéro que je joue. Sur la facticité. la facticité. en neutralisant la facticité : le on fait comme si le monde s’ouvrait tout seul. 250 (la facticité = l’être-déjà-dans) . § 14. et avec des étants pour de bon : il ne peut faire l’expérience de l’être dans le monde s’il est tout seul . par rapport auquel nous devons nous décider. § 57. C’est donc à l’intérieur de cette décision – la mondanéité n’est pas un catégorial mais un existential – que l’analyse va se déployer. le coup d’envoi.étants intra-mondains ne peuvent pas se toucher car ils ne sont pas sur le mode de la proximité car ils sont sans monde. § 50 p. comme s’il n’y avait pas d’enjeu : le on. Je découvre mon monde trop tard : le coup de dé est déjà parti. tout le monde y était sauf moi : j’étais en retard sur moi-même : c’est une caractéristique fondamentale de mon monde. 206. mais mondanéisés en quelque sorte. A quoi je vois que je suis historique ? c’est que je suis en retard sur moi-même. une détermination du Dasein comme tel . 236 : le Dasein dans la facticité n’est justement pas subsistant . p. ce n’est pas rattrapable. § 63. si j’ose dire. 57 du chap. n’apparaît pas. le monde est une détermination du je pur.

c’est-ce qu’on a à sa main. Cf. il n’y a jamais un Zeug. d’une certaine manière. Comment traduire ? ce qui n’est que si on s’en sert. elle est fondamentalement un outil à habiter : elle n’est construite que pour servir à habiter. dans quelle structure de renvoi ça s’intègre. Il y a donc un mode d’être qui n’est pas d’abord théorique (le marteau n’a pas été inventé en dessinant l’épure d’un marteau). C’est pourquoi il est moins visible. c’est l’Umsicht : je ne peux jamais le voir solitairement. La vue propre d’un outil. c’est-ce dont on se sert pour. 69. la situation qui est de se soucier : la porte n’est pas faite pour qu’on la regarde mais pour qu’on l’ouvre . le propre d’un étant est la façon dont il se rencontre. et non l’inverse . comme devant-servir-à. c’est-ce qui est là disponible. mais au sens le plus large du terme. et pour une raison évidente : si la chose se rencontre comme un outil. p. s’en servir : « à portée-de-la-main » (Martineau). à partir de l’usage. La thèse polémique qui se dégage : quand l’ego n’est pas compris comme un Dasein. um…zu (en vue de). elle est toujours liée à un autre que soi : il n’y a pas de maison sans un habitant potentiel . et donc il n’y a pas d’abord le monde objectif. Heidegger dira qu’une maison avant d’être un espace vide entre quatre murs. c’est qu’il n’y a pas. La zuhandenheit est le mode d’être de l’étant intramondain quand il est vu comme Zeug. elle s’interdit l’accès à la mondanéité. La maison est d’abord un habitacle. et une très petite part V : c’est-ce qui reste visible même quand il n’est pas pris dans le maniement. il est toujours outil pour. Il est donc clair que la vue de l’outil consiste toujours à regarder autour de l’outil . Comment nous rapportonsnous au monde ? Nous nous rapportons au monde dans le cadre d’une situation d’usage. Cf. c’est le rapport au monde (critique de Descartes). les mathemata sont le résultat de l’entreprise de connaître . car elle n’a pas d’umsicht. la forme et le matériau sont inessentiels à la structure de renvoi. ce qui est impossible. qui sont le résultat de la praxis.L’analyse qui se déploie à partir du § 14 et surtout 15 vise à montrer les propriétés mondaines des étants intramondains à partir de la détermination du Dasein lui-même. ce qui est en stock. même si on ne s’en sert pas. L’étant n’est pas ce qui se voit comme tel. sur lequel nous reviendrons. L’allemand a un usage très large de Zeug. l’usage n’est pas le résultat du savoir : la recherche est toujours faite en vue des applications : c’est donc le souci de l’en-vue-de qui est au 1 . par opposition au Vorhanden. Le marteau n’a aucune visibilité comme marteau. Comment a-t-on fabriqué le premier marteau ? il y a un moment ou l’os ou la pierre apparaît comme un marteau. dans une voiture. On ne voit pas l’ordinateur si on ne sait pas ce que c’est. Heidegger dira toujours que la technique n’est pas une application de la science . mais l’étant lui même qui est neutralisé. la très belle analyse du marteau : on ne le voit que si on s’en sert . Quand la métaphysique privilégie l’attitude théorique. et l’une des premières caractéristiques du Zeug. c’est l’outil-pour . ce qu’on ne voit que si on s’en sert . c’est plutôt l’épure théorique qui est une soustraction. pour transporter quelqu’un. Mon rapport à l’étant est un rapport essentiellement non-réel : voir l’étant comme une chose c’est d’une certaine manière la dissimuler. « sous-la-main ». le moteur en soi n’ont aucune réalité d’outil : l’outil n’est possible que dans un système de renvoi. car ce geste ôte la visibilité des étants mondains : le point de vue théorique neutralise les étants : ce n’est pas seulement notre regard. « nous appelons l’étant qui fait encontre dans le besoin le Zeug ». mais plutôt de me faire quelque chose par lui. la praxis est la chose en tant que toujours-déjà-prise en main. Quand je pense l’étant comme une chose. qu’on observe en se reculant. p. le fait de marteler n’est pas une chose que l’on peut faire avec le marteau : c’est le contraire : c’est le marteler qui fait du marteau un marteau . car tout d’un coup l’homme tape et s’aperçoit que ça martèle : il ne découvre le marteau qu’à partir du marteler. elle voit sans voir à quoi ça sert. traduction habituelle : l’outil. 69. La fontaine parle de la poule qui est étonnée quand elle trouve une fourchette. C’est pourquoi il insiste sur le fait que les grecs concevaient les choses comme pragmata. moins étant que le Z. Mon ordinateur est pour une grande part V. je lui dénie ou lui retire sa première forme d’apparition. une abstraction. les bougies.

ce qu’il faut lire pour ne plus avoir à regarder la chose. pour anticiper. C’est pourquoi le § 16 va tenter de montrer comment la mondanéité du monde peut s’annoncer. ce serait le sport : ce avec quoi on fait un sport n’a de sens qu’en tant que Z : il ne suffit pas de voir une barre fixe pour la faire apparaître comme barre fixe. On peut traduire Zeug par l’outil. 2/ il n’est pas en soi car il n’est dans aucun monde. qui est le mode originaire d’apparition des étants. deux choses ne sont pas claires : 1/ quel est le rôle du Dasein dans cette mise en scène de l’étant en tant qu’à la main : comment on arrive du catégorial à l’existential ? Mais avant même cela. détaché. entièrement concentré sur tout sauf sur l’étant à portée de la main dont nous usons. C’est ici que Heidegger fait une analyse assez célèbre et remarquable. il ne faut pas regarder ses skis . Zeug. une pierre ou un fémur de diplodocus peut servir à. car il est constitué par et à la mesure du sujet. On pourrait traduire par l’ « utilisable ». il faudrait un mot plus large : l’outil au sens ou il est utilisable. et donc devenir un outil. C’est une détermination ontologico-catégoriale (catégorial. non la raquette. comment le voyons-nous ? nous sommes dans le phénomène au sens de Heidegger. sans changer de structure : elle change de statut ontologique. exemple type : nous ne savons pas quels sont nos organes tant que nous ne sommes pas malades à cause d’eux. mais non de structure. car il ne s’agit pas du Dasein) de l’étant tel qu’il est en soi : il ne faut pas penser que c’est là un étant-pour-nous par opposition à l’étant de l’attitude théorique. c’est l’objet qui nous attend sur les planètes que nous n’atteindrons jamais. à la main. Heidegger en arrive à cette remarque. l’ « usuel ». c’est que l’acte même de le manie le rend invisible. Si on veut voir un étant en possession de tous ses moyens. dans l’étant qui ne se manifeste pas. déficients. et ce que Duchamp a compris.fondement de l’attitude théorique. dans une situation de pénurie de monde . Quand on commence à skier. il n’y a aucun paradoxe là-dedans : l’objet subsistant n’est pas en soi. Mais alors. permanent. 2/ si le propre de l’usuel est qu’il n’apparaît pas. on n’en fera jamais rien. Il est tout entier dépendant de la structure de renvoi. il ne seront jamais pris dans une structure de renvoi. et ceci lui est constitutif. Pourquoi ? Heidegger ne le dit pas mais on peut le deviner : 1/ l’étant permanent. Ce qui intéresse. tant qu’on regarde ses skis. Le Zeug est défini par son statut d’être pris dans l’usage. et c’est son mode d’être. Les choses que nous achetons sont accompagnées d’un mode d’emploi. en tant qu’on l’a à la main est en soi. p. car pour nous les outils dessinent une région des étants . C’est pourquoi pour voir un objet. manifester sa présence. Il y a donc un retrait de l’étant usuel. je ne le vois plus. 69 : l’étant n’est pas d’abord objet pour une théorie. mais disponible dans la salle parce que tout le monde s’en sert : livres comme les autres qui se distinguent des autres parce qu’usuelles. c’est qu’il ne sont pas encore usuels. la difficulté. disponible. le phénomène de prime abord ne se manifeste pas. on regarde la balle. or un objet est précisément jamais en soi. et au moment ou l’autre la frappe. Ces choses sont V. c’est la Z. 71) à portée de main. formalisé. D’où la critique de la notion de chose. le paradoxe. Donc l’étant. mais il n’apparaît pas thématiquement comme Z. au contraire de l’étant Z. Donc nous avons trouvé la détermination essentiel de l’étant dans le monde : il est (p. en montrant 2 . Qu’est-ce qu’un usuel ? ce qui n’est pas en rayon. On regarde vers le but. ils sont en marge du monde. il faut donc qu’il soit Z. au terme de cette analyse. Pourquoi ? car nous sommes dans la situation de l’usage. de même. mais c’est un peu réducteur. il faut ne plus s’en servir. le meilleur exemple. Quand on joue au tennis. Il est donc essentiel à l’étant de disparaître dans son usage. lorsque je me sers de quelque chose que je transforme en un usuel. c’est que le monde n’est pas un étant intramondain et le propre de l’étant intramondain dont on s’assure le maniement. il ne sont pas regardés comme ski . est un objet . Pourquoi l’innovation est le moteur de la croissance ? car elle est toujours en vue de la croissance : la recherche fondamentale n’intéresse personne. on ne regarde pas la voiture ni les touches.

Quand cette structure ne peut pas être poursuivie. si elle est. nous ne voyons les étants que comme subsistants et permanents. en soi. et Bourvil tient le volant : la Z a disparu. mais c’est au fond une confiance dans le monde : c’est à ce moment là qu’il y a un monde. Il y a dans ces trois cas. elle va devenir un tas de ferraille. comme dans Descartes dans la première méditation : Descartes est libre ab omnibus curis : il est libre de l’ustensilité des usuels. le coup de vent ne fait pas peur. à bien faire » : la chose s’obstine à faire obstacle à son utilisation. 2 . et le scénariste l’a compris. Or pour Heidegger notre rapport au monde est phénoménologiquement quand justement nous avons à faire. 2/ l’Aufdringlichkeit. elle est en panne. au contraire quand c’est une fin. elle se fait remarquer parce qu’elle ne marche pas. cf. vous n’en savez pas plus : là vous la regardez . neutralisé . il n’est pas là . mais pas d’allumette. et il y a trois manières : 1/ auffallen. quand le Grand Schtroumf demande un fruit et qu’on lui apporte un autre. mais il y a du béton.les trois caractères de l’usuel qui rend manifeste la mondanéité du monde. vous êtes affolés. et dans l’étant neutralisé il n’y pas de déception. le V fait de la résistance. 75 : si vous avez un sabre laser à vingt mètres mais que la force n’est pas avec vous. la saturation ou l’obstination : vous avez le marteau et le clou. mais reste la V. dans la métaphysique. la chose est insistante en tant qu’elle est simplement V. dans la z. la Roll’s de Louis de Funès engloutit la 2CV de bourvil. et là « ça commence à m’énerver. la voiture ne démarre pas. mais il est. ce qui manque c’est la Z. négativement. vous ouvrez le capot. au début du Corniaud. comme l’enfant qui fait l’intéressant . C’est plus frustrant : ici encore rien de subsistant ne manque. 76. C’est la structure de renvoi qui est constitutive et Heidegger l’appelle la confiance dans le monde : le monde ne nous fait pas peur . se fait remarquer. se faire remarquer : le Z fait l’intéressant. on en jouit (frui) . L’étant dont on ne voit que lui. mais vous avez l’air malin. Comment l’usuel se fait remarquer ? il se fait remarquer dans la mesure où on ne peut s’en servir. 3/ l’Aufsässigkeit. il est d’une présence insistance en tant que manquant : la notion d’étant manquant est évidemment déterminante et Heidegger dit p. le tabac. C’est la situation de Luke au début de L’Empire contre attaque : il a le sabre laser à un mètre de lui. C’est la destruction de la structure de renvoi dans un étant qui n’a de sens que dans la structure de renvoi. Ce changement de mode d’être montre bien a contrario que l’auto ne vaut que si elle marche. qui ne sont jamais une fin. quand l’étant usuel est analysé en un premier temps il est toujours analysé par un renvoi. mais alors là justement nous ne voyons pas les étants. En ce sens la panne d’auto n’est pas une caractéristique réelle de l’auto. si vous savez faire du bateau. c’est une modalité qui change sa manière d’être : si elle le fait trop souvent. mais il ne peut pas le prendre : le sabre laser est visible en tant que manquant. il y a des étants dont on se sert (uti). C’est donc la structure de renvoi et uniquement elle qui définit la mondanéité. Si j’osais un exemple. vous avez confiance en vous. nous voyons la z en tant qu’elle manque à l’étant qui cette fois ci prend l’allure de l’étant v. ou un nœud de bois. Pourquoi quand nous ne pouvons plus manier les étants nous les fait apparaître comme maniables ? car précisément c’est le signe qu’ils n’était pas auparavant subsistant. le marteau. c’est la résistance. Nous disons le monde quand la structure de renvoi ne peut-être prolongé d’un étant z à un autre étant z . les clous. on considère toujours un étant comme un moyen pour un autre étant. et dans le cas de la panne nous ne voyons plus les étants. p. et donc va penser les choses. il est en panne : le marteau mal emmanché . Reste le point de savoir comment le renvoi se fait . la subsistance – et pourtant vous ne pouvez pas faire votre travail . c’est l’étant manquant : j’ai la pipe. il n’en a rien à faire. Donc de prime abord et …. parce que… Et il y a un moment ou le parce que ne se pose plus. Chez saint Augustin. il est décalé par rapport à l’usage. il se fait de sorte qu’à un certain moment il n’est plus possible de continuer à renvoyer. qu’on peut traduire par l’insistance : c’est la situation dans laquelle l’étant devient inopportun. lequel est indéfini par définition : parce que. utilisable ou inutilisable.

qui permet de comprendre la Wendung (la tournure). être versé dans. Heidegger introduit entre le système de renvoi et le Dasein une autre instance : la Bewandnis. Rastignac sait de quoi il retourne. quand apparaît ce signal. L’autre conducteur a besoin de savoir cette intention. Ce système de renvoi est conçu par le conducteur. mais il faut que les autres aussi comprennent sinon c’est un danger public : quand il ne voit pas les renvois que tout le monde voit passer. Heidegger prend l’exemple de l’automobile avec les petites flèches qui indiquent la direction : c’est un signe qui ne montre rien . Le système de renvois n’est pas seulement connecté au Dasein négativement – car il l’arrête – mais parce que seul le Dasein sait ce dont il retourne : le Dasein est le seul pour qui il y a un monde. Ça nous fait comprendre la première caractéristique du Dasein : l’étant dans lequel il y va de lui même. je veux dire. et c’est exactement la définition de la Bewandnis. Mais qu’est-ce qu’un système de renvoi ? on peut l’envisager circulaire. mais en laissant parler le langage. Je fais exprès de garder ces mots car ce n’est pas écrit en termes métaphysique. le monde qu’il s’ouvre. alors il peut se faire une place dans le monde – mais le monde n’est plus alors une définition spatiale : chacun a le monde qu’il mérite. § 17 : un cas particulier du z. Pour comprendre ça. ce dont il retourne. Le Dasein s’en fait tout un monde. c’est la tournure. c’est le signe. alors que les autres étants il n’y va jamais d’eux-mêmes. neutre. 2 . qui permet de comprendre la structure de renvoi. il faut le repérer mais ne pas le voir . L’étant ne renvoie qu’à son être. il est hors du système de renvoi. ça n’indique même pas la voie à droite ou à gauche du prochain carrefour : ça indique l’intention qu’on a de tourner. cf. sans Dasein. Il faut donc savoir ce dont il retourne. il faut voir non plus le côté droit ou gauche de la voiture. Le signal est en vue d’indiquer votre attention. s’y retrouver . car il sait très bien de quoi il retourne . ils sont pris dans le système de renvoi. C’est un mode privilégié du renvoi. qui rend possible un système de renvoi : c’est à la mesure de la Bewandnis que se détermine le système de renvoi. comme un web sans fin.c’est à ce moment qu’il y a accès au Dasein : c’est ultimement en vue du Dasein que l’usuel est constitué. le signal ne se signale pas lui-même.