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OCTOBRE 2016 / n°218 / 2,80 € DU PAIN SUR LA PLANCHE ! À la veille de notre Congrès régional, qui se tiendra, rappelons-le, le 15 octobre à Amange, la tentation est forte de regarder dans le rétroviseur, de faire un bilan. Pourtant, c'est vers l'avenir que nos regards doivent se tourner. Oui, les rendez-vous des mois prochains sont nombreux et l'écologie pourrait bien être le parent pauvre des débats publics et des prochaines échéances électorales. La multitude des candidats déclarés ou potentiels, de droite, de gauche ou d'ailleurs, essaient de repeindre en vert leurs propositions mais, alors que la maison brûle (1), c'est toujours les modèles dépassés d'une croissance accro aux énergies fossiles qu'ils cherchent à nous vendre. Alors soyons présents et réactifs partout. Dans les débats publics et sur le terrain, dénonçons les mauvais projets (NDDL, Flamanville et bien d'autres), mais aussi valorisons la transition qui partout émerge (AMAP, déplacements doux, finance éthique, covoiturage, pour ne citer que quelques exemples). Dans la vie politique, profitons des échéances électorales à venir, présidentielles et législatives, sans oublier de participer à la Primaire de l'Écologie, mais aussi mettons en avant l'action de nos élus locaux, nationaux et européens. Au sein de notre mouvement, accueillons les personnes sensibles à nos idées (adhérents, coopérateurs, réseau de sympathisants), mais aussi formons-nous, approfondissons nos connaissances, débattons des sujets d'actualité : nos Journées d'automne des 15 et 16 octobre sont faites pour cela. Vous avez justement besoin de recharger vos batteries ? Eh ! bien, venez le faire avec nous à Amange ! Un beau programme pour une rentrée, non ? (1) Août 2016 a été le seizième mois consécutif à battre un record de chaleur au niveau mondial. 33, Avenue Carnot Corinne Tissier et Bernard Lachambre Cosecrétaires EÉLV Franche-Comté Sommaire P 1 : Edito P 2-3 : Alstom : Mettre un terme à la désindustrialisation P 4 : Être loup chez les Vikings P 5-6 : Vers la disparition des trains corail P 6 : Où trouver EELV au plus près de chez vous ? P 7-8 : Pour construire, pas pour déconstruire P 9-10-11 : Au fil des utopies P 11 : Film : L’aluminium, les vaccins et les deux lapins P 12-13-14 : Pour une laïcité apaisée et inclusive P 14-15 : Pour une laïcité tout court P 15 : Comment recevoir La Feuille Verte ? P 16 : Vive les « votations » ! P 17-18 : De l’inconvénient, pour un politique, de dire ce qu’il pense P 18-19 : Youkaïdi, youkaïda, les chasseurs sont d’nouveau là ! P 20-21 : Science et écologie P 22-23-24 : Les Syriens et les autres : hypocrisie politique P 25-26-27 : Petite chronique wallisienne (9) P 27 : Tract Alstom Alstom METTRE UN TERME À LA DÉSINDUSTRIALISATION 2 L'annonce brutale, mercredi 7 septembre, de la fermeture du site historique de production Alstom de Belfort est un violent coup de tonnerre sur la Cité du Lion. La direction annonce qu'il ne devrait rester à Belfort qu'une cinquantaine d'emplois d'entretien et de maintenance sur les 500 actuels. L'activité motrices et locomotives devrait être transférée à Reichshoffen, en Alsace. La réaction des syndicats de salariés a été immédiate, mais aussi celle des responsables politiques, toutes tendances confondues. Cette nouvelle affaire de désindustrialisation pose un problème grave au moment où la transition énergétique devrait être une priorité dans les choix économiques. La responsabilité de la direction de l'entreprise est pointée du doigt pour sa politique de délocalisation, mais celle du gouvernement Valls est engagée aussi parce qu'il n'a pas su conduire une politique cohérente en matière de transports. Toute une ville mobilisée À Belfort, la ville est comme sonnée : Alstom fait partie du décor et c'est un motif de fierté pour les Belfortains. Après l'annonce de la fermeture, salariés, syndicats et responsables politiques entendent faire face ensemble à l'adversité. Un Conseil municipal extraordinaire est convoqué le 14 septembre et le lendemain, la manifestation contre la loi Travail est transformée en démonstration de soutien aux « Alsthommes ». Le maire dénonce « une décision inacceptable, d'une brutalité inouïe ». Les habitants de Belfort ont un peu l'impression qu'on leur vole leur patrimoine. La motion votée à l'unanimité en Conseil municipal « demande aux dirigeants d'Alstom de revenir sur leur décision, de maintenir les 500 emplois actuels ». Mais les salariés ont pris un coup sur la tête, ils sont en colère et en même temps sceptiques par rapport aux discours des responsables politiques. Il y a en même temps un mélange de pessimisme, de résignation et de fatalisme. Devant le syndrome de Florange, le gouvernement réagit rapidement. Le secrétaire d'État à l'industrie, Christophe Sirugue, convoque le PDG d'Alstom. Il rencontre ensuite les élus locaux et les responsables syndicaux. Les syndicalistes se posent la question de la stratégie de l'État, qui dispose de 20 % des droits de vote et qui a deux représentants au Conseil d'administration d'Alstom. On a du mal à croire que le gouvernement n'était pas au courant de la situation économique de l'entreprise et en particulier du degré de remplissage de son carnet de commande. Comment en est-on arrivé là ? L'usine de Belfort produit des trains depuis 1879. Elle s'appelait alors Société Alsacienne de Constructions Mécaniques. C'est dans les années 70, avec le lancement du programme TGV, que l'usine va connaître ses heures de gloire. On y fabrique de puissantes locomotives pour le fret et les motrices de TGV. En 1976, Alsthom (1) rachète les Chantiers de l'Atlantique et devient Alsthom Atlantique. Alsthom Atlantique est nationalisé par la gauche en 1982, puis reprivatisé quelques années plus tard par Balladur. Il y a eu ensuite d'autres épisodes d'acquisition et de fusion avec des fortunes diverses. En 2003-2004, après son placement en bourse, Alstom connaît une grave crise financière et la commission européenne autorise l'État à entrer une première fois dans le capital en injectant 800 millions d'euros. La crise de 2008 et les politiques d'austérité vont provoquer une baisse de la commande publique : les programmes de tram, de métro, de TGV ou de TER ralentissent. En 20142015, Alstom cède sa branche Énergie à General Electric pour un coût de 13 milliards d'euros, une partie importante de cette somme servant à rembourser la dette. Et Alstom vient coup sur coup de passer à côté de deux marchés de matériel SNCF, un au profit du Canadien Bombardier et un autre au profit de l'Allemand Vossloh qui proposent des produits plus modernes. On peut s'étonner de ce choix de la SNCF, or le matériel Bombardier n'est pas fabriqué au Canada mais dans le nord de la France, à Crespin et Alstom, qui a construit son empire à l'ombre de l'Etat grâce aux commandes publiques, propose des produits nettement plus chers et moins modernes que ses concurrents. C'est à l'État d'impulser une politique cohérente Pour la direction de l'Alstom et son PDG Henri Poupart-Lafarge, la fermeture de l'usine de Belfort est justifiée par la baisse des commandes françaises. Pourtant Alstom se porte plutôt bien. Son PDG annonce un objectif de 7 % de marge. Cet été, son carnet de commande représentait plus de 4 années de chiffre d'affaires. Son résultat d'exploitation de l'an dernier est de 388 millions d'euros. Par ailleurs, Alstom vient de gagner de nombreux appels d'offre à l'étranger : États-Unis, Italie, Pays-Bas, Allemagne, Afrique du Sud, Amérique du Sud… Problème de taille : les machines seront presque toutes fabriquées sur place. On est donc en plein dans le problème de la mondialisation. En fait, c'est seulement la branche française d'Alstom qui bat de l'aile à cause des délocalisations vers des pays à bas coût de main-d'œuvre, comme l'Inde ou la Chine, délocalisations y compris pour des commandes en France et en Europe. L'activité de production de matériel ferroviaire dépend aussi de la politique conduite en matière de transports. Les « bus Macron » créent une concurrence déloyale avec la SNCF. Ce qui est appelé pudiquement « réduction des dépenses publiques », mais aussi l'abandon de l'écotaxe et la baisse de dotation aux collectivités locales entraînent un retard dans les investissements en matière de transport en commun : TER, métro, tram. Il n'y a toujours pas de politique de développement du fret ferroviaire, qui est pourtant plus sûr, moins émetteur de CO2 et moins polluant que les camions. Ce devrait être un axe de la transition énergétique et une suite logique de la COP 21. La relance rapide d'une politique ferroviaire est une condition nécessaire au sauvetage des sites de production de Belfort et Ornans, mais pas suffisante. Elle n'aura aucun impact positif sur l'emploi en Franche-Comté si la direction centrale de l'entreprise continue sa politique de délocalisations. C'est pour cette raison que les syndicalistes présents au Conseil municipal d'Ornans demandent un arrêt de la délocalisation des études et des fabrications et la réintégration sur les sites français des activités délocalisées. Ils souhaitent aussi « la mise en place d'un système 3 de protection qui oblige à fabriquer en France (ex. Buy American Act) ». Et si on veut mettre un terme à la désindustrialisation de la France et de l'Europe, il faudra rompre avec une politique économique libérale et sa règle hypocrite de la « concurrence libre et non faussée ». Il y a encore en Europe des outils industriels performants en matière ferroviaire ; il est temps d'encourager des accords de coopération pour mener des politiques européennes de transport en commun et de transition énergétique. Gérard Mamet (1) Ça s'écrit ainsi, à l'époque, pour Alsace + Thomson. À ORNANS AUSSI La situation de l'usine Alstom d'Ornans, qui conçoit et fabrique des moteurs pour locomotives, est préoccupante aussi. Elle connaît une sous-charge structurelle liée en partie au ralentissement des investissements dans le ferroviaire, en partie à la délocalisation de la fabrication d'une partie des moteurs en Chine. Depuis plusieurs années, les effectifs diminuent de 30 à 40 postes par an. Nous en sommes aujourd'hui à 320 salariés et près de 60 postes supplémentaires pourraient être touchés d'ici fin 2016. La direction propose des solutions temporaires : détachements et formation. Mais cela ne suffira pas. La direction locale encourage les ruptures conventionnelles et favorise les départs anticipés en retraite. Le 21 septembre, le Conseil municipal a reçu les représentants syndicaux et a voté, à l'unanimité, une motion de soutien à Alstom et à l'emploi à Ornans. Encore un effort, Ségolène ! 4 ÊTRE LOUP CHEZ LES VIKINGS Sont-ils cons, ces loups ! Vous ne devinerez jamais ce qu'ils ont fait en Norvège ! Le Parlement leur avait assigné des territoires dans une zone située au sud-est du pays, le long de la frontière avec la Suède. Eh ! bien vous savez quoi ? Ils en sont sortis, dites donc ! Et en plus, il paraît (1) qu'ils « ont des portées de louveteaux trop importantes ». Du coup, le sang des parlementaires norvégiens n'a fait qu'un tour et, ni une ni deux, ils ont édicté des règles strictes que des comités locaux chargés des prédateurs se sont empressés de mettre en pratique : cet automne, on pourra chasser 47 loups au pays des trolls et des Vikings. L'information ne serait pas complète si j'omettais de vous signaler quelques faits d'importance. Par exemple, que ce sont, comme chez nous, les éleveurs de moutons qui réclament l'éradication de Canis lupus, alors que le régime alimentaire du loup scandinave se compose à 95 % d'élans sauvages (lesquels d'ailleurs n'ont pas protesté auprès des parlementaires d'Oslo). Ou encore que le grand méchant loup (comment s'appelle le petit Chaperon rouge norvégien ?) est une espèce menacée là-bas d'extinction. Ou enfin que ce « prélèvement » (je suppose que la langue norvégienne possède aussi ce délicat euphémisme) concerne une population de 65 à 68 animaux « autochtones » (auxquels on peut ajouter quelque 25 loups « à cheval sur » la frontière suédoise). Battue à plate couture, notre Ségolène nationale, avec son autorisation de tuer 36 loups entre juillet 2016 et juin 2017 sur une population évaluée à environ 300 bêtes (2). Bref, on trouve toujours pire que chez soi. Pas sûr qu'il faille s'en réjouir. Gérard Roy (1) Le Monde des 18-19 septembre 2016. (2) Mais rappelons qu'au cours de l'année précédente, ce sont 49 loups qui ont été « prélevés » On réagit ? VERS LA DISPARITION DES TRAINS CORAIL Le 21 juillet, le Secrétaire d’État aux Transports a annoncé les prochaines orientations ferroviaires de l’État, qui prévoient la suppression de la quasi-totalité des trains de nuit et de la majeure partie des trains Intercités. Il a ainsi confirmé le non-renouvellement de la convention par laquelle l’État devait participer (très partiellement) au déficit des Trains d’Équilibre du Territoire, passé de 210 millions d’euros en 2011 à 330 en 2014, et prévu à 400 pour 2016. La desserte Paris-Vesoul-Belfort est évidemment concernée par ces annonces. Comme les autres, sa desserte « ne correspond plus aux besoins de mobilité des voyageurs et des territoires » et est gérée sans véritable stratégie, en utilisant un matériel roulant vieillissant. L’État confirme ainsi la politique Tout TGV de la SNCF. Les trois seules lignes maintenues au départ de Paris sont cohérentes avec ce choix et le maintien de trois autres lignes transversales (dont Nantes-Lyon et NantesBordeaux) est une bonne chose dans cette optique. Par ailleurs, l’État propose de transférer aux Régions, non seulement le déficit de ces lignes mais aussi leur éventuelle organisation. Quelles réactions ? Face à ces décisions, la réaction traditionnelle, jacobine et républicaine, va être la dénonciation du désengagement de l’État, de la seule logique gestionnaire, de l’abandon des zones rurales et des villes n’ayant pas atteint la taille métropolitaine, etc. C’est dans cet esprit que 600 personnes, nordComtois et Haut-Marnais, ont manifesté à Vesoul le 10 octobre dernier, pour exiger cinq allers-retours quotidiens avec du matériel moderne et fiable, l’exploitation totale de la ligne de Mulhouse à Paris, etc. Cette stratégie de défense avait permis le rétablissement d’un quatrième aller-retour entre Belfort et Paris, mais il est déjà remis en cause. La SNCF poursuivra la dégradation de son service traditionnel, d'abord avec deux allers-retours, jusqu’à l’obsolescence définitive des motrices actuelles, sans plus d’espoir de renouvellement, faute de participation de l’État à leur financement. Ce serait la tactique d'« un peu plus tard, monsieur le bourreau », finalement perdante. Vu les offres politiques actuelles au niveau national, personne ne croira plus aux promesses d’intervention de quelques politiciens locaux, soucieux de grappiller quelques voix aux législatives de 2017, mais sans influence sur les futurs choix économiques. Le saut dans l’inconnu ? Puisque l’État abandonne la gouvernance des dessertes ferroviaires voyageurs aux Régions, celles-ci pourraient-elles aller au-delà des actuels TER, puisque ces Trains Express Régionaux sont un succès validé par une augmentation du nombre de leurs utilisateurs ? Ce qui n’était pas possible avec les trois « petites » régions de Champagne, Franche-Comté et Alsace peut-il être maintenant envisagé ? Il n’y a plus que la Bourgogne -Franche Comté et le Grand Est concernées par Troyes, Chaumont, Langres, Vesoul, Lure, Belfort et Mulhouse. Pourquoi ne pas rêver à des Trains Interrégionaux légers et rapides entre Troyes et Mulhouse ? Ces TIR pourraient avoir des horaires adaptés aux besoins de leurs usagers, des correspondances quai à quai avec quelques-uns des nombreux trains de Très Grande Banlieue (Paris-Troyes) d’un côté, et avec le Métro cadencé alsacien (Strasbourg-Mulhouse-Bâle) à l’autre extrémité. Pour nous, voyageurs, c’est le service rendu qui compte plus que le souvenir des « grandes lignes ». Nous gagnerions une desserte vers l’Est et Euro-Airport de Bâle. La légèreté du matériel moderne et ses capacités 5 d'accélération et de freinage ne devraient guère allonger les temps de parcours. Pour faire bonne mesure, un TIR interrégional s'arrêterait bien sûr à Lure, voire à Jussey, au nom de l'aménagement du territoire. Puisque l’État fera quelques aumônes aux Régions qui se lanceront les premières dans des négociations avec la SNCF, Boourgogne-Franche-Comté et Grand Est peuvent elles envisager une telle solution ? (1) Alain Ropion (1) Cet article a été rédigé en août, mais la situation a évolué en septembre. L’Association de défense de la ligne Paris-Mulhouse 6 a pris position pour pousser les Régions à prendre rapidement leurs responsabilités. Le président de la région Grand Est, l’Alsacien Philippe Richert (LR), a déjà demandé à contractualiser avec le ministère des Transports pour prendre en charge la gestion des lignes Paris-Mulhouse et BâleLuxembourg. Il exige que l’État participe encore au déficit de ces lignes et qu’il commande 15 trains « Coradia Liner », construits à Reichshoffen (!) par Alstom. Il pourrait aussi mettre la pression sur la SNCF en menaçant de confier l’exploitation des lignes à la Deutsche Bahn. L’Association de défense a demandé à rencontrer, dans le même esprit, le vice-président aux transports de la région Bourgogne-Franche-Comté, M. Neugnot, qui... a annulé le rendez-vous du 12 septembre, sans proposer de nouvelle date ! De son côté, la direction d’Alstom a lancé son chantage à la fermeture de l’usine de Belfort. Les élus burgondo-comtois vont-ils se contenter de déclarations emphatiques ou oser prendre des responsabilités ? Se rassembler, unir les forces, comme en 2012 POUR CONSTRUIRE, PAS POUR DÉTRUIRE Élu député EÉLV du Doubs dans le cadre d'un accord national avec le PS, Éric Alauzet rend régulièrement compte de son action parlementaire. Il l'a fait récemment (le 12 septembre) dans le cadre d'une conférence de presse et de la publication d'une Lettre à destination des habitants de sa circonscription (1). Occasions aussi de proposer des éclairages sur les projets de loi du gouvernement débattus et votés au Parlement durant la dernière année de législature (de septembre à juillet). Bien entendu, ce bilan présente en 2016 une dimension toute particulière alors que nous entrons dans la dernière année du mandat. On le sait, des désaccords importants se sont fait jour et opposent désormais Éric Alauzet et une partie des militants locaux et régionaux d'EÉLV. La préparation des élections législatives illustrera probablement ces divergences entre deux positions : la ligne votée par le congrès d'EÉLV, qui revendique une stricte autonomie par rapport au PS, et celle du député, qui estime envisageable une alliance avec ce même parti. Conscient de ces désaccords - qui ne sont pas minces, puisqu'ils concernent le regard porté sur la politique menée par la majorité issue des élections de 2012 -, mais portant un regard positif sur son assiduité remarquable, sur son combat contre l'évasion fiscale, sur sa présence en circonscription, le CLFV a jugé intéressant de porter à la connaissance des lecteurs l'expression du député de Besançon-2. La Feuille Verte lui donne donc aujourd'hui la parole : l'opinion qu'il exprime ici n'engage pas l'ensemble des écologistes francs-comtois et on verra si le prochain Congrès régional d'EÉLV permet de rapprocher les points de vue. Le Comité de lecture de La Feuille Verte té, d'emploi, de santé, de biodiversité, d'éducation, de sécurité, de « vivre-ensemble », d'écologie, de pouvoir d’achat, etc. Au cours de l’entretien avec la presse, Éric a donc rappelé où en était le travail législatif : Votées en fin de session (juin et juilCette année, les principaux thèmes abordés dans la Lettre d'Éric sont l’évasion fiscale face à la mondialisation de la finance (« Depuis le début du mandat, rappellet-il, je n’ai eu de cesse d’agir en faveur de la régulation de la finance et de la lutte contre l’évasion fiscale, c’est un enjeu primordial qui peut répondre à nombre de problèmes : maintien des services publics, résorption d’une partie de la dette, etc. »), la transition écologique et la mutation des territoires, mais aussi les dernières mesures pour la jeunesse (emploi et formation), sans oublier la question du terrorisme et de l’islamisme radical. Cette Lettre est aussi l’occasion de jeter un coup de projecteur sur deux « journées type » et sur les différents temps de travail et actions du député. Pour Éric Alauzet, « il est temps de casser cette idée que les députés ne travaillent pas ... ». La rentrée est également le moment choisi par pour organiser des réunions publiques sur la circonscription. Là encore, les thèmes développés traitent de fiscali- let) : la loi Biodiversité et protection des paysages, la prolongation de l’État d’urgence et le renforcement de la lutte antiterroriste, la loi relative au travail, la loi réformant le Conseil supérieur de la magistrature... En cours (reprise fin septembre) : le projet de loi Égalité et citoyenneté, le projet de loi relatif à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique (dit Sapin II), avec le fameux statut de protection des lanceurs d’alerte, le projet de loi de modernisation de la justice du XXIe siècle, le projet de loi pour une République numérique… Et en octobre-novembre : le « dernier gros morceau de la législature », le projet de loi de Finances 2017 (PLF). Il est également revenu sur son positionnement politique. 7 « Je reste adhérent d’EÉLV, pour l’instant, mais je n’ai pas intention de rejoindre un autre parti. Je m’interroge évidemment sur la suite, sur l’avenir des partis écolo et des partis de gauche. Ma perspective et celle d’un dépassement des partis réformistes vers la “social-écolo démocratie“ ou l’inverse, peu importe ». avec nos ressources locales, placer ici notre épargne, etc. ». Bref, une sorte de « contournement de la mondialisation ». Il a rappelé son désaccord avec la sortie du Gouvernement des ministres EÉLV en 2014 (comme avec celle d’Emmanuel Macron), et avec les alliances privilégiées et uniques nouées par la suite avec la gauche de la gauche sur fond d’état d’esprit contestataire. Il a abordé la prochaine élection présidentielle : « Je suis par ailleurs opposé à la multiplicité des candidatures à gauche pour l’élection présidentielle et favorable à une grande primaire refusée par EÉLV. Dans ce contexte, je suis opposé à une candidature écologiste vouée à un échec qui plombera à nouveau l’écologie pour longtemps ! J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer tout cela au sein d’EÉLV ou dans la presse et mes positions sont largement connues des un(e)s et des autres. Quoi qu’il en soit, aucune recomposition politique significative n’interviendra avant la séquence présidentielle et législative.» 8 À la question « Serez-vous candidat à un second mandat de député? », Éric répond : « Après quelques hésitations l’année passée, je suis désormais dans la perspective de me représenter en 2017. Avec le même souci et le même positionnement : rassembler, rassembler la gauche plurielle, unir nos forces comme en 2012 pour construire, pas pour détruire. » Les partis, et notamment EÉLV et le PS, vont entrer prochainement dans des procédures de désignation : « Je suis bien entendu en attente d’échanges avec les forces politiques sur le bilan du quinquennat, les avancées, les doutes et les regrets et pour définir ensemble quelles seront les actions prioritaires à poursuivre, à mettre en place sur l’écologie et le climat, les solidarités et le vivre-ensemble, la liberté d’entreprendre et la dynamisation de nos territoires, la République et la démocratie, etc. ». « J’ai le souhait de rassembler le plus largement possible la gauche, l’écologie et tous les humanistes. Pas un soutien d’étiquette, mais un soutien constructif d’un projet partagé et rassembleur. » « Garder les activités, la richesse et la valeur sur nos territoires est une condition indispensable au maintien de l’emploi, du pouvoir d’achat et à l’inclusion de toutes et tous.». Sachant que « la régulation au plan mondial requiert une entente entre les pays, qui demande de la patience et le retour aux valeurs humanistes et écologistes », alors que « contourner la mondialisation au plan local dépend en grande partie de nous pour des applications immédiates », c'est « ici et maintenant, sur nos territoires, que nous avons des raisons d’agir et d’espérer ». « Nous sommes dans une période de transition politique, de crise grave et de désarroi des partis politiques qui devrait conduire – en tout cas il faut le souhaiter – chacune et chacun à se remettre en cause ». « Les partis politiques devraient plus que jamais s’ouvrir, mais ils ont plutôt tendance à se replier sur eux-mêmes et à camper sur leurs certitudes. Ces partis mourront, ou bien ils se rénoveront, mais seulement s’ils se remettent en cause profondément. La période est donc plus à la retenue, à l’observation, à la réflexion, quitte à accepter des solutions imparfaites à court terme pour maintenir des ponts pour l’avenir. Nos concitoyens le comprennent parfaitement car eux-mêmes sont dans le doute. […] Je suis persuadé qu'ils attendent même cette remise en cause des partis politiques et le signal d’une volonté de rapprocher les positions. […] C’est la démarche constructive que je propose. » Article écrit par le CLFV à partir de la Lettre de rentrée d'Éric Alauzet « Mon projet est celui qui m’a guidé tout au long de ces années, mis en œuvre ces dernières années, pour à la fois réguler la mondialisation néolibérale et faire émerger et soutenir toutes les initiatives locales qui préparent l’avenir, un modèle plus solide et plus durable, un nouveau modèle de société en émergence. » Par exemple : « Se nourrir grâce à nos paysans, se loger grâce à nos artisans, produire notre énergie et les matériaux (1) http://ericalauzet.eelv.fr/la-lettre-de-votredepute-eric-alauzet/ Précurseurs AU FIL DES UTOPIES Dans le cadre de l'Université d'été des mouvements sociaux et de la solidarité internationale (« Des utopies aux alternatives, agissons ensemble ! ») organisée par Attac, le CRID (1) et RéCiDev (2) début juillet au campus de la Bouloie, le club utopiste bisontin « École de Besançon », animé par notre ami Claude Mercier, a invité le public à une promenade pédestre en centre ville pour découvrir un peu mieux six utopistes en lien avec Besançon. Environ 120 personnes avaient répondu à l’appel, que l’on avait réparties en 6 groupes, guidés chacun par un bénévole dans un parcours préétabli. Un intervenant compétent et souriant nous attendait à chacune des six « stations » et décrivait « son personnage » avec passion. 1. Claude Nicolas Ledoux Devant le théâtre, nous sommes interpellés par un acteur qui nous parle, bien entendu, de Claude Nicolas Ledoux (1736-1806), architecte urbaniste du siècle des Lumières. Ses œuvres les plus célèbres en FrancheComté sont la Saline Royale d’Arc-et-Senans, manufacture royale de sel, construite entre 1775 et 1779, ainsi que le théâtre de Besançon, construit entre 1778 et 1784. Arc-et-Senans fut pensé comme une cité idéale. La place de l’homme y est centrale. En effet, la saline regroupait à la fois la structure consacrée à la production du sel (par évaporation de la saumure puisée à Salins) et les logements des ouvriers, qui pouvaient ainsi vivre dans cette Cité idéale sans avoir à la quitter et où ils bénéficiaient de conditions de vie de qualité. Au centre, trône le pavillon du directeur, d'où on pouvait surveiller toute l'unité de production grâce à un œil-de-bœuf ouvert dans le fronton. Quant au théâtre, il privilégie l’accès au savoir et l’égalité des citoyens. L’accessibilité, une bonne visibilité et le droit d’être assis commodément sont assurés à tous les spectateurs. Intérieurement, c'est un espace ouvert, dépourvu des loges cloisonnées propres aux théâtres à l'italienne, pour une meilleure visibilité. Pour la même raison, Ledoux place l’orchestre dans une fosse en avant de la scène (3). 2. Charles Fourier À l’angle de la Grande Rue et de la rue Moncley, sous une plaque commémorative, nous attend un passionné de Charles Fourier, né en 1772 à Besançon et mort en 1837. Après avoir fait ses études dans sa ville natale, Fourier quitte la Franche-Comté à 16 ans pour entrer en apprentissage à Lyon. Il participe à des combats pendant la Terreur, travaille quelques années comme commis voyageur et partage sa vie entre Paris et Lyon. Son objectif est de créer une société où chacun supplée à chacun, compensant ainsi les inégalités. Il a imaginé une vie en communauté, où les enfants seraient élevés en commun, où les adultes exerceraient plusieurs métiers et seraient rassemblés selon leurs passions, dans un cadre de vie mi-rural, miurbain, appelé Phalanstère. Il est féministe et défend l’égalité entre l’homme et la femme. Un peu oubliée à la fin du XIXe siècle, la philosophie de Fourier a connu un regain d'intérêt dans les années 1970-1980 avec les communautés hippies. 3. Pierre Joseph Proudhon Notre guide nous conduit ensuite vers un petit coin herbeux qui héberge la statue de Proudhon (18091865), autour de laquelle, accueillis par un de ses descendants, nous nous asseyons. Originaire de Besançon, l'esprit indépendant et assoiffé de connaissance, Pierre-Joseph Proudhon gagne sa vie comme ouvrier typographe tout en poursuivant ses études grâce à une bourse. Il exerce divers métiers, dont la gestion d'une imprimerie. 9 Il publie en 1840 Qu'est-ce que la propriété ? et, en 1846, son ouvrage le plus important, Le Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, qui font de lui un théoricien du socialisme. Il propose un système mutualiste, défend l’idée d’un État fédéral (la France divisée en 12 grandes régions !), prône le droit de tous au travail. Dans L’Organisation du crédit et de la circulation (1848), il développe son projet d'une « banque d'échange » ou « banque du peuple », qui doit permettre de réaliser une véritable démocratie économique grâce au crédit mutuel et gratuit qui donne la possibilité aux travailleurs de posséder le capital qui leur manque pour s’affranchir des propriétaires. Un aspect méconnu : Proudhon s'est livré à une critique virulente des femmes libres, comme George Sand par exemple. Pour lui, la vraie place de la femme n’est pas à l’usine mais au foyer. Convaincu de l’infériorité naturelle des femmes, il les pense incapables « de produire des idées » ; êtres passifs, elles n’accèdent au verbe que par la médiation de l’homme. Inutile de dire que, par ses prises de position, il a heurté les femmes de son temps… 4. Jenny d’Héricourt 10 Au square Castan, à l’ombre des grands arbres, un couple nous joue un petit duo, dialogue imaginaire opposant Jenny à Proudhon. Jenny est née à Besançon en 1809. Elle est fille d’artisans protestants, devient institutrice, sagefemme, médecin homéopathe, écrivaine et philosophe. Pendant la révolution de 1848, elle fonde la Société pour l’émancipation des femmes. Elle réclame le rétablissement du divorce. Elle s’oppose à Proudhon dans un article, Monsieur Proudhon et la question des femmes, celui-ci refusant de répondre à ses arguments en invoquant « son infériorité intellectuelle naturelle ». En 1860, elle publie son principal ouvrage, La Femme affranchie, réponse à MM. Michelet, Proudhon, E. de Girardin, Legouvé, Comte et autres novateurs modernes. Elle meurt à Paris en 1875. 5. Victor Hugo À deux pas de là, nous arrivons devant sa maison natale. Claude Mercier nous offre un vibrant discours du grand homme (1802-1885), prononcé le 21 août 1849, lors de l’ouverture du Congrès de la Paix. Toujours d’actualité, puisqu'on se prend à rêver qu’un élu français le prononce devant des instances internationales ! Quelques courts extraits : « Un jour viendra où vous ne vous ferez plus la guerre, un jour viendra où vous ne lèverez plus d’hommes d’armes les uns contre les autres… Vous mettrez une petite boîte de sapin que vous appellerez l’urne du scrutin, et de cette boîte il sortira, quoi ? une assemblée en laquelle vous vous sentirez tous vivre, une assemblée qui sera comme votre âme à tous, un concile souverain et populaire qui décidera, qui jugera, qui résoudra tout en loi, qui fera tomber le glaive de toutes les mains et surgir la justice dans tous les cœur… Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne… » 6. Victor Considérant (1808-1893) Il est le principal vulgarisateur des théories de Charles Fourier. À la mort de ce dernier, il contribue alors à donner une interprétation modérée de ses doctrines, s’efforçant d’en écarter ou d’en cacher les parties les plus controversées, comme celles sur la liberté sexuelle ou sur la suppression de la famille, et d’en tirer des réformes pratiques comme le droit au travail et le suffrage pour les hommes et les femmes. Il fonde en 1854 près de Dallas (Texas) la Colonie de Réunion, qui est rapidement un échec. Les querelles entre les participants sont d’origine professionnelle; en effet, toutes les catégories socioprofessionnelles ne sont pas représentées (pas de paysans, entre autres, et beaucoup trop d’artistes). 7. Jean-Baptiste Godin (le concepteur des poêles qui portent son nom) en tire les conséquences et crée le « Familistère de Guise », dans l’Aisne, au nord de Paris, en 1860. Il ne le considère pas seulement comme un toit offert à ses ouvriers et supérieur à l’habitat individuel, mais comme une sorte d’instrument pour assurer le bien-être, la dignité et le progrès individuel. En 1869, il finit la construction d’un théâtre, d’une école, de magasins et d’une piscine chauffée à fond ajustable pour permettre aux enfants de recevoir des leçons de natation. Godin introduit simultanément un système de sécurité sociale (1860), l’éducation obligatoire pour tous (laïque, mixte et gratuite). Ce familistère fonctionne jusqu’en 1968. Besançon devrait s’inspirer de l'initiative ici rapportée pour proposer aux touristes un parcours consacré à ses célébrités. Suzy Antoine (1) Centre de Recherche et d'Information pour le Développement. (2) Réseau Citoyenneté Développement. (3) Peut-être un petit bémol ? Ledoux est présenté régulièrement comme « un humaniste ». On oublie un peu trop souvent que sa société idéale est une société de surveillance et très hiérarchisée. Arc-et-Senans est construit sur le modèle du panoptique, avec la maison du directeur qui permet de surveiller l'ensemble des habitations ouvrières. De notoriété très inégale, ces sept personnages ont cependant laissé leur marque soit en Franche-Comté, soit plus largement sur le territoire français et parfois international. Les moins connus méritent qu’on les mette en valeur et les plus célèbres laissent entrevoir des aspects méconnus de leur personnalité. Film 11 L'ALUMINIUM, LES VACCINS ET LES DEUX LAPINS C'est le titre du dernier film de Marie-Ange Poyet, qui vous révélera les intrigues, l'histoire et les magouilles qui font que vous n'avez plus accès à des vaccins sans l'adjuvant toxique qu'est l'aluminium. Un film documentaire réalisé sur des bases scientifiques et factuelles solides. Avant-première à Besançon, samedi 15 octobre à 20 heures, dans le cadre du festival « Sciences en Bobine », ainsi que dans la semaine d'action sur l'aluminium vaccinal. Le film sera suivi d'un débat en présence de la réalisatrice ainsi que du coauteur Didier Lambert, président de l'association E3M. Réservez cette date et invitez vos amis et médecins pour cette projection unique en Franche-Comté. Yves Ketterer Ce film a été réalisé et sera financé grâce à un appel à financement participatif citoyen et à la vente de DVD que vous pourrez acheter (10,00 €) sur le site : www.vaccinssansaluminium.org Voile, burkini et Cie POUR UNE LAÏCITÉ APAISÉE ET INCLUSIVE 12 L'existence, en France, de millions de chômeurs et de travailleurs pauvres, les rémunérations insensées des patrons du CAC 40 et les inégalités obscènes de revenus, le dérèglement climatique et l'avenir de plus en plus problématique de la planète n'intéressent plus ni les médias, ni les responsables politiques. Ce qui les met en émoi, c'est un vêtement de bain. Alors prenons un peu de recul et ayons un regard critique sur ce « coup de chaud » survenu sur quelques plages de France cet été. Ce sont des villes FN et LR qui ont pris des arrêtés anti-burkini. Il ne faut pas se laisser abuser : cette polémique est avant tout une opération de diversion doublée d'une manipulation électorale populiste en vue de la présidentielle de 2017. Mais, comme le fait remarquer le sociologue Michel Wieviorka, une partie de la gauche va aussi dans cette direction : « Le premier ministre et certains ministres, telle Laurence Rossignol, hystérisent la question par des déclarations qui toujours vont dans le sens de la dramatisation. »(1) Rappels sur la laïcité Pour commencer, revenons sur le concept de laïcité, comme le font Jean Baubérot et le Cercle des enseignants laïques dans un Petit Manuel pour une laïcité apaisée (2). C'est Jules Ferry, alors ministre de l'Instruction publique, qui instaure, en 1882, l'école publique gratuite, obligatoire et laïque. Mais Jules Ferry fait preuve de diplomatie pour ne pas ranimer le conflit entre la France catholique et la France républicaine : un deuxième jour chômé est rajouté, le jeudi. Ainsi « l'école s'interrompait le dimanche et le jeudi, laissant la possibilité d'assister à la messe et au catéchisme» (3). Par ailleurs, les écoles confessionnelles, principalement catholiques, ont continué d'exister. La laïcité repose sur l'articulation de quatre principes : - la liberté de conscience de toutes et tous, incluant à la fois la libre pratique religieuse, individuelle et collective, et le fait que la restriction de cette liberté ne peut s'opérer qu'au nom du respect de l'ordre public démocratique ; - l'égalité des citoyens devant la loi sans considération de religion ou de conviction ; - la séparation du pouvoir politique et des autorités religieuses ; - la neutralité arbitrale de la puissance publique envers les religions et les convictions. Il y a eu, dès le départ, une bagarre entre deux conceptions de la laïcité, qui s'est manifestée, en particulier, autour de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État. Maurice Allard et Emile Combes ont défendu une laïcité antireligieuse et anticléricale. Par exemple, ils réclamaient l'interdiction du port de la soutane dans les lieux publics. Aristide Briand et Jean Jaurès ont défendu, au contraire, une laïcité apaisée et tolérante. Voici ce qu'écrivait Jaurès en 1908 pour que les enseignants ne confondent pas laïcité et anticléricalisme : « Ce serait un crime pour l'instituteur de violenter l'esprit des enfants dans le sens de sa propre pensée. S'il procédait par des affirmations sans contrepoids, il userait d'autorité et il manquerait à sa fonction même, qui est d'éveiller et d'éduquer à la liberté. » (4) Un problème de liberté vestimentaire Le texte de 1905 impose la stricte neutralité de l'État et de ses agents, mais elle garantit à tous la liberté de conscience, de religion et de culte. Pendant 100 ans, les fonctionnaires et les agents publics n’ont pas le droit de manifester leurs convictions religieuses dans le cadre de leurs fonctions, mais les citoyens, eux, peuvent le faire, y compris dans l'espace public et à l'école, car l’expression de leurs convictions ne se heurte pas au prin- cipe de neutralité de l’État et des collectivités publiques. Tout le monde se souvient des processions religieuses catholiques dans les rues, des curés en soutane et des religieuses en cornette. Aujourd'hui encore, les cloches des églises sonnent à l'heure de la messe et il y a de nombreux carrefours avec des crucifix, sans que personne ou presque n'y trouve à redire. C'est la question du foulard en 2004 qui va introduire une rupture, parce qu'il est perçu comme un signe religieux musulman, donc d'origine exogène. On interdit alors dans les écoles les signes religieux « ostensibles » et, comme on interdit le foulard prétendument islamique, on est bien obligé d'interdire aussi la croix et la kippa. Cette loi a été conçue comme une mesure d'apaisement - ce qui n'a pas été forcément le cas - pour éviter la surenchère religieuse dans l'enceinte des établissements scolaires, mais ne vise pas à interdire les signes religieux dans la rue ou sur les plages, ce qui serait contraire au respect des libertés individuelles. Les arguments des anti-burkini Les anti-burkini s'appuient sur trois types d'arguments parfaitement contestables. Le premier argument est le respect de la laïcité. Comme on l'a vu, il ne tient pas puisque la neutralité religieuse est demandée aux agents de la puissance publique, pas aux usagers. D'ailleurs ce n'est pas l'argument que le maire de Cannes a retenu dans son arrêté d'interdiction, mais celui du risque de « trouble à l'ordre public ». Au passage, rappelons que si les femmes françaises ont obtenu si tardivement le droit de vote, et après les femmes turques, c'est avec un argument laïciste : les Radicaux de la Troisième République considéraient qu'il était dangereux de leur accorder ce droit parce qu'elles étaient, selon eux, sous l'influence des curés… Le deuxième argument est féministe : le burkini, comme le voile, serait un signe d'asservissement et d'aliénation de la femme. Drôle de féminisme qui considère que les femmes n'ont rien à dire dans le choix de leurs vêtements : à la maison, elles sont sous la coupe du père ou du mari et dans l'espace publique, c'est la République qui choisit à leur place ! On oublie aussi que les femmes françaises ont, au fil des siècles, difficilement conquis la liberté de se vêtir comme elles le veulent : il n'y a pas si longtemps, le port du pantalon n'était pas évident. Le troisième argument est nationaliste et explicitement antimusulman : un vêtement islamique serait une des expressions du combat que mène l'islam contre la Nation française. Michel Wierviorka fait remarquer que « la distance est grande et peut-être incommensurable entre le port du burkini et l'islamisme radical et violent » (5). En effet, le port du burkini ou du voile peut, certes, signifier parfois le radicalisme, mais le plus souvent c'est une recherche d'identité pas forcément religieuse, une provocation à l'encontre d'une société perçue comme intolérante à leur égard, une marque de pudeur ou d'humilité, une mesure de protection contre le regard trop appuyé des hommes. Le comble de l'inconséquence a été atteint quand madame Ibn Ziaten, qui fait un énorme travail dans les quartiers contre la radicalisation et pour le respect des valeurs de la République, à été prise à partie dans une réunion d'élus PS, parce qu'elle portait un foulard (6). Pour une laïcité inclusive À l'approche de l'élection présidentielle, certains responsables politiques semblent décidés à jeter de l'huile sur le feu. Sarkozy et d'autres candidats à la primaire de droite annoncent qu'ils veulent légiférer sur le burkini, interdire le port du voile à l'université ou les menus de substitution dans les cantines. Va-t-on interdire aussi le port de la barbe ou la « boule à zéro » parce qu'ils sont parfois associés à du radicalisme politique ? La laïcité, qui ne devrait jamais être un prétexte à exclusion, risque d'être encore plus instrumentalisée et devient alors un outil de domination contre les Français musulmans. Marine Le Pen ne dit rien, d'autres font sa campagne… En fait, on assiste à une drôle de conjonction entre une droite identitaire, qui définit le christianisme comme la religion fondatrice de la France, et une gauche laïque et anticléricale. Pour cette droite et cette gauche, l'islam est devenu l'ennemi commun, mais pour des raisons très différentes. Il est normal que les attentats sanglants de 2015 et 2016 aient créé une forte émotion dans l'opinion, mais il serait extrêmement dangereux que les responsables politiques prennent des mesures qui accentuent encore la stigmatisation et les amalgames à l'encontre des musulmans. Cela augmenterait alors presque mécaniquement les risques de repli identitaire dont les extrémistes font leurs choux gras. Les salafistes et les responsables de Daech auraient toutes les raisons de se frotter les mains. On peut parfaitement avoir, à titre personnel, une aversion pour le voile ou le burkini, mais ce n'est pas une raison qui peut justifier son interdiction, laquelle non seulement exclut, mais a, de plus, des effets contraires à ceux recherchés. Pour Olivier Roy, « l’acceptation de signes religieux, comme le burkini, dans l’espace public, est la meilleure manière de saper l’influence des fondamentalistes. Plus on éloigne la pratique religieuse de l’espace public, plus on laisse le champ libre aux extrémismes religieux. » (7) 13 Le Conseil d'État semble avoir tranché en faveur du respect des libertés, du pluralisme et de la nondiscrimination. Son ordonnance du 26 août 2016 précise notamment, à propos de l'interdiction du burkini, que « l’arrêté litigieux a […] porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle ». Dont acte. Gérard Mamet (1) Michel Wieviorka, Panique morale autour du « burkini », sur le site internet The Conversation, 26 août 2016. (2) Jean Baubérot et le Cercle des enseignants laïques, Petit Manuel pour une laïcité apaisée, à l'usage des profs, des élèves et de leurs parents, La Découverte, août 2016, 235 pages, 12 €. (3) Idem, p. 37. (4) Jean Jaurès, Revue de l'enseignement primaire et primaire supérieur, octobre 1908. Cité par Baubérot. (5) Même article. (6) Madame Ziaten est la mère d'un militaire tué à Montauban par Merah. Elle a été huée par une partie de la salle dans une réunion (le 8 décembre 2015 à l'Assemblée Nationale) où elle était invitée par des élus PS parce qu'elle portait un foulard. (7) Olivier Roy, Pour les femmes qui le portent, le burkini est un compromis entre la modernité et la foi, 21 août 2016, site de France Info. Je l'ai pas lu, mais j'en parle quand même (1) POUR UNE LAÏCITÉ TOUT COURT 14 Un « Cercle des enseignant.e.s laïques » vient de publier, en coécriture avec l'historien et sociologue Jean Baubérot, un Petit Manuel pour une laïcité apaisée à l'usage des profs, des élèves et de leurs parents (2). Je n'ai pas lu ce livre et ne le lirai pas. Non pas que je refuse (quoique ce ne soit pas l'envie qui me manque !) de lire ce qu'écrivent des « enseignant.e.s » qui, pour bien étaler leur hyperféminisme (on aimerait les voir à la maison !), ne craignent pas de rendre toujours plus illisible la langue française (3). Non pas que je nie a priori tout intérêt à ce Petit manuel, dont des extraits circulent çà et là, dont un copain convaincu nous a livré, sur une liste EÉLV, le dithyrambe et dont je suis à peu près certain que je pourrais faire miennes (si, si !) bien des analyses et bien des préconisations. Non, ce qui me gêne réside dans le litre même de l'ouvrage : la notion de « laïcité apaisée ». Il y a déjà belle lurette que je me méfie de ces gens qui se croient obligés de coller un qualificatif au mot « laïcité », comme s'il ne se suffisait pas à lui-même, comme si son sens n'était pas assez clair... Sauf erreur de ma part, c'est Sarko qui a été le premier à le faire avec sa « laïcité positive » (mais si, vous savez bien : celle pour laquelle jamais un instituteur ne vaudra un curé), suivi depuis par des tripotées de gens, de gôche comme de droite et sans aucun doute tous bien intentionnés... On lira d'ailleurs dans cette Feuille Verte une défense et illustration d'une laïcité « apaisée et inclusive »… On m'objectera (on m'a déjà objecté) que la laïcité de certains (suivez mon regard en direction de l'ignoble blonde, par exemple) est parfaitement hypocrite, puisqu'elle ne s'applique qu'aux musulmans, contre lesquels elle devient le succédané d'un racisme qu'il vaut mieux ne pas afficher directement quand on prétend se dédiaboliser comme d'autres se rasent la moustache ; qu'au cours de son histoire, la laïcité a connu des interprétations différentes ; et qu'au moins les qualificatifs établissent une sorte de « classification » (de hiérarchie ?) des diverses conceptions qu'en développent, par exemple, Sarkozy, Finkelkraut, Élisabeth Badinter, Caroline Fourest, les « enseignant.e.s laïques » (4)... ou moi. Ma foi, si on se met à coller des qualificatifs à chaque mot dont la signification est tordue dans tous les sens (en particulier par le FN, mais pas seulement), on n'a pas fini, et finalement les mots n'auront plus de sens en eux-mêmes, mais seulement en fonction des qualificatifs qui les accompagneront et, forcément, détermineront leur sens, le préciseront, le caractériseront. Est-ce qu'il nous viendrait à l'idée d'accoler des épithètes à, par exemple, « liberté », ou « égalité », ou « fraternité », sous prétexte que certains, et en particulier le FN, n'en ont pas la même conception que nous ? Pourquoi alors trouver normal qu'on parle de « laïcité apaisée » (ce qui, a contrario, signifie qu'il y a une laïcité offensive, guerrière, agressive, que sais-je encore, en tout cas avec une connotation négative, péjorative), alors qu'on n'accepterait pas de voir « qualifier » les trois termes de la devise républicaine (auxquels j'ajouterais volontiers « laïcité », mais c'est une autre question) ? On sait quelle est ma position sur les religions : dans un monde « idéal », il n'y en aurait pas. Comme je ne suis pas assez naïf pour penser que ça arrivera un jour, ni pour croire à la possibilité d'une éradication, je me résous (on se doute que ce n'est pas de gaieté de cœur !) à « faire avec ». Et pour ce faire, je n'ai encore rien trouvé de mieux que la laïcité (sans qualificatif !) et donc, en ce qui concerne la France, rien de plus adéquat que la loi et les règlements qui l'instaurent et la font vivre. Mais alors, attention ! Je veux bien - puisqu'on ne peut pas faire autrement - ne pas aller « plus loin » que ce que dit la loi ; mais je ne veux pas non plus que, sous les prétextes les plus divers, la laïcité recule chaque jour un peu plus au point de se retrouver en-deçà ! En d'autres termes : à défaut de mieux, rien que la laïcité, d'accord, mais toute la laïcité ! Et si certains ne voient pas que celle-ci, depuis quelques années, est attaquée et mise en cause de toute part - et pas seulement par une partie des musulmans - et fort mal, voire pas du tout défendue par ceux qui devraient tenir à elle comme à la prunelle de leurs yeux, j'avoue ne pas trop savoir comment leur dessiller lesdits yeux. Après tout, on sait qu'il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir... (5) Gérard Roy (1) Il y a bien des années, Cavanna tenait dans Charlie une rubrique intitulée « Je l'ai pas lu, je l'ai pas vu, mais j'en ai entendu causer ». (2) Éditions La Découverte. (3) On aura noté, j'espère, le saut qualitatif que représente le passage de « enseignant(e)s » à « enseignant-e-s », puis à « enseignantEs, enfin (provisoirement ?) à « enseignant.e.s ». On ignore encore quelle sera l'étape suivante, mais on compte sur l'hyperféminisme grammatical pour trouver toujours mieux... (4) Que sous-entend d'ailleurs cette appellation « enseignants laïques »? Qu'eux sont laïques, contrairement aux autres qui, n'ayant pas la même conception de la laïcité, ne le sont pas ? Ne serait-on pas là en présence d'une sorte d'appropriation, de « marque déposée », un peu analogue au hold-up réalisé par le gang de Sarko sur les républicains ? (5) Une page intéressante dans Le Monde du 20 septembre, à propos d'un sondage sur les musulmans de France. D'où il ressort, entre autres, que si une toute petite moitié est totalement sécularisée et parfaitement à l'aise avec la laïcité, un gros quart (très majoritairement jeune) n'en a pas tout à fait (euphémisme) la même idyllique vision... Comment recevoir La Feuille Verte ?  Vous n’êtes pas adhérent d’Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté ? Et du même coup, vous ne recevez pas systématiquement La Feuille Verte, le mensuel des écolos comtois ? Abonnez-vous ! Réabonnez-vous! Et faites abonner les gens autour de vous ! Ainsi, vous serez sûr de ne rater aucun numéro, et cela pour la modique somme de 16,00 euros seulement (6 numéros par an). Nom : ………………………………………. Prénom : …………………………………………………... rue : ……………………………………………………………………………………………………………………. CP : ……………………  Ville : …………………………………………………………………………………. Chèque à l’ordre d’EELV-FC, à adresser à : EELV-FC — 33, Avenue Carnot — 25000 Besançon 15 Démocratie à la mode helvétique VIVE LES « VOTATIONS » ! 16 Voici un exemple d’affiche publié dans GREENFO, le journal d'information des Verts suisses (n°3, août 2016). Il s’agit de gagner la « votation » du 25 septembre, pour une économie verte. Pour cela, nos camarades suisses se donnent les moyens suivants afin de convaincre leurs concitoyens : - projection du film Demain et discussion sur l’Initiative pour une Économie verte avec des intervenants, dans tous les cantons, de la fin août à la fin septembre ; - campagne d’affichage, que je trouve absolument percutante. N’est-ce pas un excellent moyen que de faire passer le message écologiste, qui concerne avant tout les générations futures, en choisissant un nouveau-né couché sur le ventre de sa mère ? (Personnellement, j’opterais aussi pour une deuxième affiche, avec un bébé qui s’appellerait... heu…, Léa… Cela permettrait une alternance garçon/fille sur les panneaux d’affichage.) En fait, nos amis Verts suisses se battent sur l’essentiel, par le biais des « votations » (référendums), pendant que nous, Français, nous passons notre temps à voter pour des gens (président, députés, conseillers départementaux et régionaux, maires…) qui se dépêchent ensuite d’oublier les raisons qui nous ont conduits à les élire (1). En revanche, ils nous pondent des réformes dont on ne nous avait jamais parlé auparavant et dont, le plus souvent, nous ne voulons pas. Ce qui entraîne des grèves et des manifestations en donnant une image bien négative de notre pays. Mais bon sang de bonsoir, qu’attendons-nous pour réclamer haut et fort ce régime de votation, qui permettrait à chaque citoyen de prendre part à des décisions essentielles pour l’avenir de ses enfants, de son pays, voire de la planète ? Suzy Antoine (1) Quant à nous, écolos, nous ne faisons pas mieux au sein de notre parti, en dépensant une énergie folle à nous battre entre porteurs de motions, à nous pourfendre sur un protocole de vote en interne pour la désignation de notre candidat-e à la présidentielle, j’en passe et des meilleures. Nous perdons un temps précieux à ergoter sur des points de détail. Et c’est ce qui nous fait perdre notre électorat…et nos militants. Pitoyables, les électeurs ? DE L'INCONVÉNIENT, POUR UN POLITIQUE, DE DIRE CE QU'IL PENSE Quelque opinion qu'on ait d'Hillary Clinton (et la mienne est bien loin d'être positive), difficile de lui donner tort quand elle s'en prend en ces termes aux supporteurs et électeurs de son concurrent républicain : « Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j'appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. À vous de choisir. » Résultat immédiat de cette diatribe : une chute vertigineuse dans les sondages d'intentions de vote chute aggravée, certes, par d'autres facteurs -, à tel point que l'élection de l'autre taré à la présidence des États-Unis, pour laquelle on n'aurait pas hier parié un bouton de culotte, paraît aujourd'hui parfaitement envisageable (1). Conclusion évidente : un homme ou une femme politique ne doit en aucun cas dire ce qu'il pense, ce qu'il a sur le cœur. Mieux vaut qu'il biaise, qu'il louvoie, qu'il évite certains sujets scabreux, qu'il réponde à côté de la plaque, qu'il se contorsionne en circonlocutions vaseuses ; mais surtout, surtout, qu'il ne dise pas la vérité, en particulier si cette vérité risque de ne pas faire plaisir à tout le monde. Sinon, sa popularité, son élection, voire sa carrière sont compromises. Parions qu'Hillary, en dépit d'une campagne pas toujours très bien menée, aurait conservé jusqu'au bout sa confortable avance si elle s'était abstenue de faire part publiquement de son peu d'estime, bien compréhensible, pour le ramassis de crétins qui se pâment devant la tignasse orange, les blagues à trois balles et les slogans foireux (« Make America great again ») de Donald -le-Dingue. On comprend mieux pourquoi nos politiques à nous - tous nos politiques, sans exception - emploient, pour parler des électeurs du Front national, les mêmes « éléments de langage », agrémentés du même cul-dede poule coincé : non, les supporteurs de Marine, de Marion, de Jean-Marie Le Pen et consorts ne sont pas des salauds ni des cons ; non, ils ne sont (ou alors si peu, ou alors pas plus que la moyenne) ni racistes, ni sexistes, ni xénophobes, encore moins fascistes, cryptofascistes, fascisants, fascistoïdes. Ce ne sont que de pauvres gens, déclassés, démoralisés, déboussolés, désespérés. Des gens qui, trompés par les politiques (par les autres, bien sûr, hein, ceux du camp d'en face), ne croient plus en rien et se disent qu'ils n'ont rien à perdre à « essayer » autre chose (et tant pis si cet « autre chose » est toujours, comme par hasard, situé du même côté de la barrière, comme s'il n'y avait pas d'autre moyen de manifester sa colère et/ou son désespoir : évacuons pudiquement cette remarque gênante). Bref de braves gens, pas méchants mais malheureux, pas vindicatifs mais paumés, pas fachos ni abrutis mais en colère et au bout du rouleau, dont le tropisme extrême droitier mérite toute notre compréhension, toute notre compassion, car c'est en fait un appel au secours : on ne va pas en plus les enfoncer en leur mettant le nez dans leur caca ! Ma foi, qu'on tienne ce discours à droite, après tout, ça ne me gêne pas vraiment : il est normal que, de ce côté de l'éventail politique, on veuille « récupérer », en les caressant dans le sens du poil, des électeurs dont on est vraiment très, très proche. Mais qu'à gauche (si tant est que ça signifie encore quelque chose), et même chez les écolos, on s'abstienne (laissant ce soin aux humoristes, qui font le boulot qu'on n'ose pas faire) d'appeler un chat un chat ; qu'on entretienne la fable des braves gens qui « se trompent de colère » ; qu'on renonce à pousser lesdits braves gens dans leurs retranchements (au mieux, la honte en ferait peut-être réfléchir certains ; au pire, de toute façon, ils ont déjà 17 choisi leur camp), ça, excusez-moi, ça me fout hors de moi. Et qu'on ne vienne pas me dire (je ne suis pas tout à fait assez idiot pour le croire) qu'insulter les électeurs du FN ne fait pas reculer l'extrême droite : avoir fait (ou au moins laissé) passer en un quart de siècle un groupuscule au stade de premier parti de France, quelle belle réussite de la stratégie inverse, celle de la compassion et de la brosse à reluire ! J'entends déjà l'objection : ouais, c'est facile pour toi de dire ça, tu ne cherches pas à te faire (ré)élire. Et ce n'est pas la mésaventure d'Hillary Clinton qui va pousser les politiques à parler selon leur cœur au lieu de rabâcher des slogans... (1) Même s'il perd finalement, les traces répugnantes que laissera sa campagne en matière de xénophobie, de sexisme, de racisme, etc. parfaitement assumés, la radicalisation des positions les plus droitières qu'il aura incarnée, la haine décomplexée qu'il aura autorisée chez ses supporteurs (pour les Latinos, pour les musulmans, pour Hillary Clinton, etc.), tout cela marquera durablement un pays capable du meilleur (rarement) comme du pire (le plus souvent). Gérard Roy Plaisirs d'automne 18 YOUKAÏDI, YOUKAÏDA, LES CHASSEURS SONT D'NOUVEAU LÀ ! Eh ! oui, depuis la mi-septembre, on entend de nouveau résonner dans nos vertes contrées le sympathique appel des chiens de chasse et le tonitruant concert des fusils, cependant qu'on admire, au bord des routes de campagne, le gracieux ballet, autour des 4x4, de la trilogie gilet fluo-bière-casquette. Excellente occasion - avant (ou au lieu) d'aller risquer une volée de plombs en se baladant bêtement en forêt (comme si la forêt était faite pour qu'on s'y balade !) - de prendre connaissance d'un intéressant sondage et de quelques vérités pas nécessairement très connues. Le sondage (1), c'est celui effectué par l'IFOP, entre le 12 et le 14 septembre, auprès d'un échantillon représentatif de 1 011 personnes. Sondage d'où il ressort que 61 % des Français ne se sentent pas en sécurité quand ils se promènent dans la nature en période de chasse (ils n'étaient « que » 54 % il y a 7 ans). 78 % (contre 54 % en 2009) se prononcent pour un dimanche décrété jour sans chasse. 60 % trouvent injustifié qu'on ne puisse pas contrôler l'alcoolémie des chasseurs en train de chasser (alors qu'on contrôle celle des auto- mobilistes en train de conduire). 91 % sont favorables à une réforme de l’organisation et de la réglementation de la chasse pour les adapter à la société actuelle. Et nos élus (y compris EÉLV), ils en pensent quoi, de tout ça ?... (2) Les vérités qui gênent (au nombre de 10) viennent d'être rappelées par l'ASPAS. Résumons (3). 1) Un fusil à canon lisse est dangereux jusqu'à 1,5 km, une carabine à canon rayé (pour le tir à balles du gros gibier) jusqu'à 3 km. Rappelons que, grâce à ces merveilles de la technique, les chasseurs ne font pas que s'entretuer (ce qui, après tout, les regarde), ils blessent et tuent aussi des nonchasseurs. 2) Aucune loi n’existe pour contrôler le taux d’alcoolémie des chasseurs en action, ni aucune sanction ; ils ne sont tenus à aucun examen médical, ni leurs armes à aucun contrôle. 3) Tant qu’un propriétaire n’a pas officiellement manifesté son intention d’interdire la chasse, son terrain est par défaut et légalement présumé « chassable ». Mais même s'il a fait part de son opposition, des chiens de chasse peuvent pister un gibier chez un propriétaire, et des chasseurs sur son terrain pour achever un animal mortellement blessé ou aux abois. 4) Les piégeurs posent toute l’année des engins de mort capables de happer aveuglément des chats, des chiens, des animaux sauvages théoriquement protégés… 5) L'animal sauvage étant « res nullius » dans le droit français (c'est-à-dire qu'il n'appartient à personne), il ne bénéficie d'aucune protection légale et on peut lui faire subir impunément des actes de cruauté répréhensibles sur un animal domestique (déterrage, piégeage à la glu, etc.) 6) Bien que la chasse soit en théorie soumise à des dates d'ouverture précises, dans les faits, on peut chasser en France 365 jours par an (battues administratives, animaux classés « nuisibles »...), même de nuit, et à peu près n'importe où (dans les parcs naturels régionaux, par exemple). 7) On peut légalement chasser des animaux coincés dans des enclos (chasses commerciales privées, sans limites, sans contrôle autre que celui du permis). 8) L'un des arguments préférés des chasseurs, c'est qu'ils paient pour chasser : encore heureux, puisque c'est une partie de notre patrimoine naturel qu'ils s'approprient ! Mais une bonne partie des taxes dont ils s'acquittent est reversée aux fédérations de chasse et à l'ONCFS (4). Sans compter qu'à cause de leurs dérives, la France est régulièrement condamnée à payer des amendes colossales à l'Europe. 9) La chasse française bat tous les records : en nombre d'animaux abattus (30 millions d’oiseaux et mammifères chaque année ; sur les 100 millions d’oiseaux abattus chaque année par les chasseurs en Europe, 25 millions le sont en France !), en nombre d'espèces chassables, en durée des périodes de chasse, etc. 10) Le plus puissant groupe de l’Assemblée nationale, loin devant les autres, est le groupe Chasse. En 2016, 115 élus en sont membres, contre 31 du groupe maladies orphelines, 60 du droit de l’enfance et de la protection de la jeunesse, 40 de la protection des animaux. Puissance financière et politique influente, la chasse paie à prix d’or un lobbyiste professionnel pour faire pression sur les députés et les sénateurs. Selon la Cour des Comptes, il a en outre « des contacts hebdomadaires avec les conseillers du Premier ministre et du Président de la République ». Gérard Roy (1) Oui, je sais, les sondages, on ne les prend à témoin que quand ils corroborent ce qu'on pense, mais bon... (2) La totalité du sondage est consultable sur les sites de l'ASPAS (Association pour la Protection des Animaux sauvages) et de One Voice. (3) Beaucoup plus de détails sur www.aspasnature.org (4) Office national de la Chasse et de la Faune sauvage. 19 Science et écologie MONTÉE DES EAUX, TERRES D'AFRIQUE, GLYPHOSATE ET ENCORE FUKUSHIMA 1. Les littoraux face à la montée des eaux 2. Soigner les terres agricoles d'Afrique Les effets du changement climatique se font déjà bien sentir sur le littoral : érosion marine accélérée, disparition de certaines plages, menaces sur les habitations proches de la mer, etc. L'augmentation du niveau de la mer devrait se situer entre 50 cm et 1 m d'ici à 2100. Le Conservatoire du Littoral propose de ne pas poursuivre partout l'artificialisation du rivage et de laisser faire la mer, en laissant se reconstituer des zones naturelles tampons : lagunes et prés salés. Mais cette orientation se heurte à des intérêts économiques et à la grogne de certains habitants. (Alternatives Économiques n° 360, septembre 2016, pp 50-52) En Afrique subsaharienne, beaucoup de sols sont tellement dégradés que même l'apport d'engrais ne sert à rien. Ils manquent de matière organique et de nutriments pour les plantes. Résultats : les rendements sont médiocres et parfois s'effondrent. De plus, les études montrent que la population devrait doubler d'ici à 2050 et que la région sera durement affectée par le réchauffement climatique. Par des méthodes d'agroforesterie, des agriculteurs africains améliorent leur sol tout en augmentant les rendements. Ces méthodes reposent sur la culture d'arbres, d'arbustes et de plantes herbacées au milieu ou à côté des culture vivrières. Par les feuilles et les débris, ces plantes apportent du carbone et de l'azote au sol, réduisent l'érosion et facilitent la rétention d'eau. En quelques années, les rendements en maïs ou en sorgho passent de une à trois tonnes à l'hectare. Dans la pratique, trois méthodes, basées sur les mêmes principes mais un peu différentes par les plantes utilisées et leur agencement, sont mises en œuvre. (Pour la Science, n° 467, septembre 2016, pp. 64-69) 20 Commentaire : La tempête Xynthia de février 2010, avec les ruptures de digues, les inondations de communes littorales et une cinquantaine de morts, a accéléré la prise de conscience. Comment faire face à la montée des eaux et au risque de recul de la ligne littorale ? Déjà 20 % du littoral sont figés par des digues, des brise-lames ou des enrochements. Cela coûte cher et est de moins en moins tenable. L'artificialisation du trait de côte devra donc être limitée aux zones à très forte densité. Ailleurs, il faudra faire avec la mer. Après Xynthia, l'État a imposé à 303 communes des Plans de Prévention des Risques Littoraux (PPRL). Il s'agit essentiellement de contrôler l'urbanisme en interdisant les constructions dans les zones menacées par la montée des eaux. Certaines zones d'habitation devront même être abandonnées. Cette orientation ne se fait pas sans conflit avec les propriétaires des biens concernés. Mais il y a un problème d'équité : le plaisir individuel d'habiter à proximité de la mer ne doit pas entraîner des aménagements lourds pris en charge par les finances publiques. Commentaire : Déjà un million d'agriculteurs africains ont intégré ce type de plantes vivaces dans leurs pratiques agricoles. Ils ont restauré leurs sols tout en augmentant de façon durable leur production alimentaire. Mais des millions d'autres ne savent même pas que ces techniques existent et ont besoin d'une aide technique et financière. Ces bonnes pratiques sont moins faciles à utiliser que les engrais ou les pesticides. Les agriculteurs doivent apprendre à faire pousser ensemble des plantes, à gérer la rotation des récoltes, etc. Il serait temps que les pays occiden- taux, et notamment la France, arrêtent d'imposer à l'Afrique des exportations qui détruisent leur économie, et il serait préférable d'encourager ces nouvelles pratiques, qui pourraient permettre aux Africains d'augmenter leur niveau de vie et de progresser vers l'autonomie alimentaire. 3. Le glyphosate en sursis Le glyphosate est la molécule active d'un désherbant fabriqué par Monsanto, le Roundup. Monsanto commercialise aussi des OGM (maïs, soja) qui tolèrent une pulvérisation de Roundup, ce qui facilite le désherbage. Comme le brevet de Monsanto a expiré en 2000, des dizaines d'autres fabricants proposent maintenant du glyphosate : 8,6 millions de tonnes ont déjà été déversées dans le monde. Conséquence de son « succès », le produit est présent partout : dans les aliments, la bière et même… dans les urines de 48 députés européens volontaires pour un test. Mais il y a un problème : autorisé en Europe depuis 2002, le glyphosate est classé « cancérigène probable » par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), mais pas par l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA). (La Recherche n° 515, septembre 2016, pp. 1619). Commentaire : Comment expliquer les différences de résultats entre le CIRC et l'EFSA ? En fait, les rapports des deux organismes ne prennent pas en compte les mêmes études. Les experts du CIRC se sont basés uniquement sur des études publiées dans des revues « à comité de lecture », qui ont la caution de spécialistes. L'EFSA a utilisé le même corpus, mais y a ajouté les études réalisées par les industriels pour l'homologation des produits. Or ces études posent deux problèmes : elles sont soupçonnées de ne pas être objectives et, pour des raisons de protection industrielle, elles sont confidentielles et donc difficilement vérifiables. Par ailleurs, une grande partie des experts qui y ont participé sont employés par des sociétés de l'agrochimie, avec des risques évidents de conflit d'intérêt. Résultat : le glyphosate bénéficie d'un nouveau sursis de 18 mois. Or, même si sa nocivité était modeste, l'ampleur de l'exposition actuelle est telle que le risque final pourrait être important. 4. Fukushima, le 11 mars 2011 raconté par le directeur de la centrale Le 11 mars 2011, un tsunami dévaste la centrale nucléaire de Fukushima. Entre juillet et novembre 2011, pendant 6 jours, le directeur de la centrale, Masao Yoshida, est auditionné par une commission d'enquête du gouvernement nippon. Pendant 3 ans, le gouvernement refusera de rendre public le contenu du rapport qui résulte de ces auditions. Mais en mai 2014, la fuite dans la presse de la déposition de Yoshida, en partie erronée, obligera le gouvernement à livrer la véritable version de l'audition. Une équipe de Mines Paris Tech a pris l'initiative de traduire cette audition en français (1). Le directeur de la centrale explique qu'il s'est retrouvé complètement seul car le gouvernement japonais, Tepco et l'autorité de sûreté se sont montrés incapables d'apporter une aide efficace aux travailleurs restés sur le site dévasté. Confronté à la mort, il fera preuve de beaucoup de courage et de sens du sacrifice pour essayer de limiter les dégâts. Il raconte qu'il a explosé de colère contre les « ordres pourris » des autorités de sûreté et qu'il a menti pour maintenir l'injection d'eau de mer dans l'un des réacteurs détruits. (La Recherche n° 515, septembre 2016, pp. 72-73). Commentaire : Ces informations sont indispensables à qui veut étudier la catastrophe de Fukushima. Elles éclairent de nombreux mystères sur le déroulement de l'accident, qui trouvent leur source dans les méconnaissances, les confusions, voire les mensonges lors de la crise. Mais Yoshida s'exprime aussi sur les causes profondes de l'accident, la survenue d'un tsunami. Or il y avait eu au même endroit, en 1896, un séisme dont le tsunami consécutif avait déjà fait 20 000 morts. Au fait, la centrale française de Fessenheim a été construite aussi sur une zone sismique. Il serait peut-être judicieux de la fermer avant que survienne un tremblement de terre… Gérard Mamet (1) L'Accident de Fukushima Dai Ichi, Le récit du directeur de la centrale, volume II, sous-titré Seuls, Presse des Mines, 2016. 21 Douce France LES SYRIENS ET LES AUTRES : HYPOCRISIE POLITIQUE Au début des vacances d’été, le CDDLE (1) avait connaissance d’une vingtaine de familles menacées d’expulsion, dont 16 à Besançon. La majorité avait reçu des Obligations à quitter le territoire français (ce que l’on appelle OQTF), confirmées par le Tribunal administratif ou pour lesquelles les familles étaient en recours devant ce même tribunal. D’autres familles étaient menacées de « réadmission » dans le pays d’entrée dans l’espace Schengen. Une quarantaine d’enfants scolarisés étaient concernés par ces expulsions du territoire français. Ils ont, avec leur famille, été mis sous la protection de marraines et parrains républicains lors de la cérémonie de parrainage organisée le 2 juillet dans le cadre du « printemps des migrants », campagne lancée par le Réseau Éducation sans Frontières (RESF) sur le thème : « Une école, un toit, des papiers ». Une pétition « Ces élèves sont à l'école aujourd'hui, nous voulons les retrouver à la rentrée ! » a été mise en ligne par RESF 25 sur le site RESF. Des pratiques cruelles et inhumaines 22 Le Préfet a profité des vacances pour mettre à exécution l’expulsion de 4 familles, soit 10 enfants qui n’ont donc pas retrouvé les bancs de l’école ou du collège à la rentrée. Ces familles, originaires des Balkans, sont arrivées à Besançon et ont déposé des demandes d’asile en vue d’obtenir une protection parce qu'elles craignent pour leur vie. Les pays d'où elles viennent ne sont pas en guerre, mais vivent une forte instabilité politique favorable à des phénomènes de vendetta et de vengeance. Mais il leur est très difficile d'apporter les preuves des risques encourus, parce que les persécuteurs délivrent rarement des certificats de persécution à leurs victimes… Résultat : les demandes d'asiles ont été refusées par les institutions OFPRA-CNDA - (2) chargées d'étudier leur dossier (seulement 20 à 25 % des demandes aboutissent à une protection). Par la suite, toute démarche pour obtenir un titre de séjour s’est révélée vaine, le refus de titre de séjour étant la règle à la préfecture du Doubs. Déboutées de leur demande d’asile et se voyant refuser un titre de séjour, ces familles ont reçu une OQTF, qui les a plongées dans l’angoisse de l’expulsion alors qu’elles étaient pour la plupart depuis plusieurs années en France et que leurs enfants avaient particulièrement bien intégré l’école primaire ou secondaire. Elles ont alors tenté, en vain, de faire annuler les OQTF par le Tribunal administratif. Par la suite, la Préfecture du Doubs s’est montrée particulièrement dure à leur égard : assignations à résidence, risques permanents d’interpellation pouvant mener à l’expulsion, tentatives d’intimidation, impossibilité pour les associations d’aide d’avoir des rencontres avec les autorités. Toutes ces pressions ont été vécues comme des violences morales et psychologiques émanant des services de l’État. La France n'est plus la patrie des droits de l'homme Comment pourrions-nous tolérer ces violences faites à des personnes ayant fui leur pays pour venir demander protection en France ? Comment pourrionsnous accepter que des enfants soient soumis à de tels traitements ? Examinons certains faits : - Lors des expulsions, des familles et leurs enfants embarqués dans un avion souvent menottés, y compris des adolescents (Genita, par exemple) parce qu’ils ont osé dire qu’ils ne voulaient pas retourner dans leur pays où ils sont menacés. - Une petite fille de 12 ans handicapée envoyée avec ses parents dans un pays qu'ils ne connaissent pas, simplement parce que c'est le pays d'entrée dans l'espace Schengen. - Des violences policières exercées sur les parents devant leurs enfants. - Des enfants qui se retrouvent dans un avion sans leur mère hospitalisée. Et, comble du cynisme, cette politique, qui permet de faire la chasse à ces familles, en France et par- ticulièrement à Besançon, est justifiée parce que l’on doit soi-disant faire de la place pour accueillir les étrangers venus de pays en guerre. Aujourd’hui, par les pétitions, les protestations, les manifestations, les associations de soutien et de solidarité avec les migrants (CDDLE, RESF25, etc.) signifient leur désaccord avec cette politique qui meurtrit les familles et les laisse sur le bas-côté en les expulsant du territoire ou des hébergements, ou en les laissant dormir dans la rue, telles ces familles nouvellement arrivées pour demander l’asile. Elles demandent aussi le retour des expulsés de cet été et un hébergement pour les familles nouvellement arrivées pour demander l’asile, comme c’est leur droit. Des chiffres qui contredisent les discours sur l'immigration Le pire, c'est que nous avons toujours le discours habituel sur la « vague de migrants », et pas seulement du côté du FN. Or Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne, vient de publier quelques chiffres significatifs sur les mouvements récents de demandeurs d'asile en Europe : le nombre de primodemandeurs d’asile est en forte baisse au premier trimestre 2016 et dans le même temps, plus de 1 sur 3 continue de venir de Syrie. En quoi ces données font-elles évoluer nos préjugés ? À quoi servent les chiffres quand ils contredisent les idées toutes faites ? Que font les politiques de ces données au-delà de leurs préoccupations électorales ? Quant à moi, je m'interroge en lisant quelques chiffres présentés par Eurostat sur les mouvements de réfugiés et sur la générosité supposée de notre République, « pays des Droits de l'Homme », comparée à celle de ses voisins : « Au cours du premier trimestre 2016 (de janvier à mars 2016), 287 100 primo-demandeurs d’asile ont introduit une demande de protection internationale dans les États membres de l’Union européenne, soit un chiffre en baisse de 33 % par rapport au quatrième trimestre 2015. » [...] « Avec plus de 102 000 primo-demandeurs d’asile de janvier à mars 2016, les Syriens sont demeurés la principale nationalité des personnes sollicitant une protection internationale dans les États membres de l'UE, devant les Irakiens et les Afghans (avec chacun environ 35 000 primo-demandeurs). Ils constituent les trois principales nationalités des primo-demandeurs d’asile dans les États membres de l’UE au premier trimestre 2016, représentant 60 % de l’ensemble des primo-demandeurs d’asile. » [...] « Au cours du premier trimestre 2016, le plus grand nombre de primo-demandeurs a été enregistré en Allemagne (avec quasiment 175 000 primo-demandeurs, soit 61 % du total des primo-demandeurs d'asile dans les États membres de l’UE), suivie de l'Italie (22 300, soit 8 %), de la France (18 000, soit 6 %), de l'Autriche (13 900, soit 5 %) et du Royaume-Uni (10 100, soit 4 %). » […] En proportion de la population de chaque État membre, avec 270 demandeurs par million d'habitants, la France arrive en seizième position, loin derrière l'Allemagne qui en compte 2 155, soit 8 fois plus. Contre le fantasme d'invasion Un seule question se pose dès lors : sommes-nous envahis, et si oui par qui ? Si tous ces chiffres mettent à mal les discours ambiants, qu'en fait-on ? On se justifie comme on peut mais on ne change rien : avec la perspective de la présidentielle en 2017, la lâcheté est de mise. On fait passer Angela Merkel pour une irresponsable alors que, même si elle a échoué à entraîner les autres pays européens à développer une politique commune une position européenne que soutient par exemple Yannick Jadot -, elle a cependant eu le courage de regarder au-delà de son mandat. Et le besoin de maind’œuvre de l'Allemagne, qu'agitent cyniquement ses adversaires français pour expliquer son geste, ne suffit pas à expliquer son « On y arrivera » que nous avons refusé. La France n'est donc plus une terre d'accueil, encore moins la patrie des Droits de l'Homme. En effet, même si Angela Merkel perd les élections, sa position fera date à long terme : ce n'est pas parce qu'elle s'est mise en danger qu'elle a eu tort et, dans le futur, personne en France ne devra venir se plaindre de voir les Allemands, et les Syriens ayant été accueillis en Allemagne, reconstruire un pays détruit par notre lâcheté. Ils auront su tisser des liens de confiance que nous avons trahis. Cette reconstruction se fera sans nous. D'ailleurs, chez nos voisins, Rafik Schami, auteur contemporain germanophone d'origine syrienne, compte parmi les écrivains de langue allemande les plus marquants aujourd'hui. Exilé en Allemagne depuis les années 1970, il voit ses œuvres traduites partout (entre autres Mon papa a peur des étrangers, La joie de lire, 2004, et Damas, saveurs d'une ville, Sindbad-Actes Sud, coll. Orient gourmand, 2007). Cette ouverture culturelle n'est donc pas nouvelle ; pendant ce temps, la « France généreuse » s'est refermée dans sa coquille. 23 Et à Besançon, quels sont les Syriens que nous avons accueillis depuis 2015, ou que nous allons accueillir, qui justifient les expulsions actuelles de Kosovars et autres bannis devant faire place nette aux nouveaux arrivants ? À cette question, aucun acteur mis en place dès octobre 2015 par la Préfecture du Doubs ne répond avec précision. Thierry Lebeaupin (1) Collectif de Défense des Droits et Libertés des Étrangers. (2) Office français de Protection des Réfugiés et Apatrides - Cour nationale du Droit d'Asile. Monsieur Laurent Wauquiez, Président de la Région Rhône-Alpes-Auvergne, 24 Je voudrais vous rappeler que le village du Chambon-sur-Lignon, en Auvergne, est le seul à avoir sa plaque de Village des Justes au mémorial Yad Vashem de Jérusalem. Je dois ma vie à ce village, qui a accepté d’accueillir mes parents pourchassés par le nazisme et le pétainisme. Et vous, dont la mère Éliane est maire de ce village, vous refusez d’accueillir dans votre immense Région 1 784 réfugiés ! À lui tout seul, Le Chambon a accueilli 5 000 réfugiés. J’avoue que je suis à ce point navré que le mot pour qualifier votre attitude est à inventer tant elle est empreinte d’inhumanité, d’égoïsme et de calcul électoral. Si la déchéance de nationalité existait, c’est à vous que je l’appliquerais. Home Personne ne quitte sa maison à moins Que sa maison ne soit devenue la gueule d’un requin (…) Personne ne pousse ses enfants sur un bateau A moins que l’eau ne soit plus sûre que la terre ferme (…) Personne ne passe des jours et des nuits dans l’estomac d’un camion en se nourrissant de papier journal A moins que les kilomètres parcourus soient plus qu’un voyage Personne ne rampe sous un barbelé Personne ne veut être battu Pris en pitié Personne ne choisit les camps de réfugiés Ou la prison Parce que la prison est plus sûre Qu’une ville en feu (…) Je veux rentrer chez moi Mais ma maison est la gueule d’un requin Ma maison est le baril d'un pistolet (…) Personne ne quitte sa maison A moins que ta maison ne te chasse vers le rivage A moins que ta maison ne dise A tes jambes de courir plus vite De laisser tes habits derrière toi De ramper à travers le désert De traverser les océans Noyé Sauvé Affamé Mendiant Fierté oubliée Ta survie est plus importante. Jacques Livchine, directeur du Théâtre de l'Unité, Audincourt (publié sur Facebook le 19 septembre) Warsan Shire Poétesse somalienne. De la Franche-Comté à Wallis-et-Futuna PETITE CHRONIQUE WALLISIENNE (9) La Nouvelle-Calédonie, en route vers l’indépendance ? De passage à Ouvéa, superbe petite île de l'archipel Loyauté, au nord de la Grande Terre de Nouvelle-Calédonie, j’ai eu envie de vous donner quelques nouvelles de ce pays - et de son peuple kanak -, qui ne fait plus parler de lui depuis plus de 25 ans mais vit peut-être une période charnière de son histoire. Après la crise, le dialogue et l’apaisement L’île d’Ouvéa, rappelez-vous, a été le théâtre d’événements tragiques en avril 1988. Alors que les tensions sont vives entre indépendantistes et loyalistes depuis plus de quatre ans, la gendarmerie d’Ouvéa est attaquée par des indépendantistes, quatre gendarmes sont tués et vingt-sept autres sont retenus en otage dans la grotte de Gossanah. Malgré un début de négociation, l’assaut est donné par les forces de l’ordre (GIGN et commandos militaires). Dix-neuf jeunes Kanaks sont tués ainsi que deux militaires. Mitterrand, réélu quelques jours après ce triste événement, et son gouvernement doivent trouver une issue à cette crise qui n’a que trop duré. Quelques semaines plus tard, le 26 juin 1988, Jean-Marie Tjibaou (FLNKS), Jacques Lafleur (RPCR) et Michel Rocard, Premier Ministre, signent les accords de Matignon. Ces accords mettent en place de nouvelles institutions (trois provinces dotées de compétences qui leur confèrent une certaine autonomie), organisent le développement économique de l’archipel, renforcent la reconnaissance de la culture kanak. Le Centre culturel Tjibaou naîtra d'ailleurs des accords de Matignon. Ces accords prévoient aussi l’organisation d’un scrutin d’autodétermination dans les dix ans à venir. Ils sont approuvés par les Français lors du référendum du 6 novembre 1988 (80 % des suffrages exprimés... mais 30 % seulement de votants). C’est sur l’île d’Ouvéa qu’un nouveau drame se produira en mai 1989 : l’assassinat de Jean-Marie Tjibaou et de son bras droit au FLNKS, Yeiwéné Yeiwéné, par un Kanak hostile aux accords de Matignon. Des accords de Matignon à l’accord de Nouméa En 1998 est signé, sous l'égide de Lionel Jospin, l’Accord de Nouméa, dont le préambule est considéré comme l’un des textes fondateurs de la politique néocalédonienne : apparaissent en effet les notions de « double légitimité », celle des Kanaks d’abord, peuple autochtone, riche d’une culture et d’une « identité (…) fondée sur un lien particulier à la terre » (1). Légitimité aussi des « nouvelles populations » venues en grand nombre aux XIXe et XXe siècles, contre leur gré ou cherchant une seconde chance en Nouvelle-Calédonie et convaincues d’apporter le progrès. Sont reconnues les « ombres de la période coloniale, même si elle ne fut pas dépourvue de lumière ». Il y est question aussi de destin commun, de décolonisation et d’accès à la pleine souveraineté. L’accord de Nouméa repousse l’autodétermination jusqu’à une période située entre 2014 et 2018 et poursuit le transfert des compétences de l’État vers les institutions locales, Provinces et Congrès. Au terme du processus de Nouméa, seules, en principe, les institutions régaliennes (police, justice, armée, politique étrangère, monnaie) ne seront pas encore gérées par le pouvoir local. Et le référendum prévu en novembre 2018 au plus 25 tard décidera de l’avenir du peuple calédonien. Entre espoir et appréhension, un processus difficile Aujourd’hui, le sujet reste délicat, difficile à aborder dans les médias, avec les habitants, car potentiellement porteur de conflits, entre communautés mais aussi au sein de chacune d’elles. Chaque partie tente de construire et d’afficher son unité. Les Kanaks engagés dans le combat indépendantiste défendent l'idée d'une Calédonie totalement souveraine, mais certains envisagent de garder un lien avec la métropole ; d'autres s'inquiètent de ce saut dans l'inconnu, à une période incertaine où l'industrie du nickel, principale ressource de l'île, est en crise. Ce qui saute aux yeux quand on découvre la Nouvelle Calédonie d'aujourd'hui, ce sont les inégalités profondes qui demeurent entre les Kanaks et les autres communautés : inégalités sociales et culturelles, partage du territoire entre « blancs » et Kanaks, les tribus kanaks restant installées dans les zones montagneuses ou littorales éloignées et difficiles d'accès. 26 Beaucoup d’inconnues demeurent autour de ce scrutin : comment sera formulée la question ? quelles seront les options soumises au vote des Néo-Calédoniens ?... Quelques points sont établis cependant : selon Mathias Chauchat (2), universitaire et juriste, Conseiller aux Affaires institutionnelles de l'ancien Président du Congrès Roch Vamytan, le processus est irréversible, il n’y aura pas de retour en arrière quant à l’autonomie acquise par le territoire. « Les accords de Matignon ont ouvert un processus de décolonisation qui se fait par étape et conduit inéluctablement à l'émancipation. » Selon lui, le choix s’orientera probablement entre l’indépendance totale et un statut d’État associé à la France, modèle qui existe dans d’autres territoires insulaires du Pacifique. Les îles Cook, par exemple, entretiennent ce type de lien avec la Nouvelle-Zélande. Les habitants de ces îles conservent la nationalité néo-zélandaises et bénéficient de l’appui économique et administratif de l’ancienne puissance coloniale. La communauté caldoche, et plus globalement les non-indépendantistes, sont très hostiles - et inquiets - à la perspective d'une indépendance totale du territoire. Pourtant, le « Caillou » est déjà responsable de larges pans de la vie publique, de la santé à l'éducation en passant par la sécurité civile, l'environnement ou la fiscalité. C'est le Congrès, dominé d'une courte tête par les non-indépendantistes, qui doit organiser le référendum. Ces derniers mois, l'un des vifs débats autour de la consultation a concerné le corps électoral. Qui doit voter ? L'accord de Nouméa, en posant les bases d'une « citoyenneté néo-calédonienne », restreint le corps électoral aux « gens du pays » : - personnes arrivées avant 1988, Kanaks et autres Calédoniens, ainsi que leurs descendants, - personnes arrivées entre 1988 et 1998, qui peuvent justifier de 10 ans de présence continue sur le Caillou et qui se sont inscrites sur les listes électorales en 1998 au plus tard. Objectif : éviter que les habitants « de souche » se retrouvent minoritaires dans cette consultation, alors que des populations d'origines diverses sont présentes en grand nombre sur le Caillou - métropolitains et autres Européens, habitants de Wallis-et-Futuna, de Polynésie, d'Asie. Les Wallisiens et Futuniens, deux fois plus nombreux en Calédonie que sur leurs îles, expriment d'ailleurs une certaine appréhension à l'approche du référendum. Ils sont souvent perçus par les Kanaks comme des travailleurs dociles des entreprises d'exploitation du nickel ; certains ont été utilisés comme « gros bras » par le RPCR lors des événements entre 1984 et 1988 et les deux communautés sont en concurrence pour l'accès à l'emploi. Même s'il fait l'objet de nombreuses critiques de part et d'autre, le processus de décolonisation en cours en Nouvelle-Calédonie a quelque chose de remarquable. Jean-Marie Tjibaou et ses amis, en ouvrant la voie à la fois de la reconnaissance du peuple et de la culture kanaks et du dialogue entre les cultures, sont bien à l'origine de cette évolution. Pour le plaisir, un extrait de Kanaké – Mélanésien de Nouvelle-Calédonie, de Jean-Marie Tjibaou et Philippe Missotte, texte publié en 1975 à l’occasion de Mélanésia 2000. Cette manifestation avait été un grand événement, le premier festival international des arts mélanésiens, organisé par Tjibaou et ses amis, et la première manifestation qui faisait connaître au monde la culture kanak. Françoise Touzot (1) Extrait de l’Accord de Nouméa, 5 mai 1998. (2) Le Monde, 13 mai 2014. Kanaké crie : que chacun arrache de son cœur l’arbre de sa discorde nos ancêtres jetaient à l’eau l’arbre du deuil nous le jetterons dans le feu nous voulons que soit brûlée la haine et que soit clair le chemin de notre avenir et fraternel le cercle que nous ouvrons à tous les autres peuples Tel est le cri que je lance ! Primaires d’EELV De gauche à droite, nos candidates, Michèle Rivasi, Cécile Duflot, Karima Delli, et notre candidat Yannick Jadot. Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté (33, Avenue Carnot 25000 Besançon) Directeur de publication : Gérard Roy Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet, Gérard Roy, Suzy Antoine, Françoise Touzot CPPAP: 0518 P 11003 Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine Imprimé sur papier recyclé Par les soins d’Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté ISSN 1169-1190 27 Notre soutien à Alstom 33, Avenue Carnot / 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / http://franchecomte.eelv.fr/