OCTOBRE 2016 / n°218 / 2,80 €

DU PAIN SUR LA PLANCHE !
À la veille de notre Congrès régional, qui se tiendra,
rappelons-le, le 15 octobre à Amange, la tentation est forte
de regarder dans le rétroviseur, de faire un bilan. Pourtant,
c'est vers l'avenir que nos regards doivent se tourner. Oui,
les rendez-vous des mois prochains sont nombreux et l'écologie pourrait bien être le parent pauvre des débats publics
et des prochaines échéances électorales. La multitude des
candidats déclarés ou potentiels, de droite, de gauche ou
d'ailleurs, essaient de repeindre en vert leurs propositions
mais, alors que la maison brûle (1), c'est toujours les modèles dépassés d'une croissance accro aux énergies fossiles
qu'ils cherchent à nous vendre. Alors soyons présents et
réactifs partout.
Dans les débats publics et sur le terrain, dénonçons
les mauvais projets (NDDL, Flamanville et bien d'autres),
mais aussi valorisons la transition qui partout émerge
(AMAP, déplacements doux, finance éthique, covoiturage,
pour ne citer que quelques exemples).
Dans la vie politique, profitons des échéances électorales à venir, présidentielles et législatives, sans oublier de
participer à la Primaire de l'Écologie, mais aussi mettons en
avant l'action de nos élus locaux, nationaux et européens.
Au sein de notre mouvement, accueillons les personnes sensibles à nos idées (adhérents, coopérateurs, réseau de sympathisants), mais aussi formons-nous, approfondissons nos connaissances, débattons des sujets d'actualité : nos Journées d'automne des 15 et 16 octobre sont
faites pour cela.
Vous avez justement besoin de recharger vos batteries ? Eh ! bien, venez le faire avec nous à Amange !
Un beau programme pour une rentrée, non ?

(1) Août 2016 a été le seizième mois consécutif à battre un
record de chaleur au niveau mondial.

33, Avenue Carnot

Corinne Tissier
et Bernard Lachambre
Cosecrétaires EÉLV Franche-Comté

Sommaire
P 1 : Edito
P 2-3 : Alstom : Mettre un terme à la désindustrialisation
P 4 : Être loup chez les Vikings
P 5-6 : Vers la disparition des trains corail
P 6 : Où trouver EELV au plus près de chez vous ?
P 7-8 : Pour construire, pas pour déconstruire
P 9-10-11 : Au fil des utopies
P 11 : Film : L’aluminium, les vaccins et les deux lapins
P 12-13-14 : Pour une laïcité apaisée et inclusive
P 14-15 : Pour une laïcité tout court
P 15 : Comment recevoir La Feuille Verte ?
P 16 : Vive les « votations » !
P 17-18 : De l’inconvénient, pour un politique, de dire ce
qu’il pense

P 18-19 : Youkaïdi, youkaïda, les chasseurs sont d’nouveau là !
P 20-21 : Science et écologie
P 22-23-24 : Les Syriens et les autres : hypocrisie politique
P 25-26-27 : Petite chronique wallisienne (9)
P 27 : Tract Alstom

Alstom

METTRE UN TERME À
LA DÉSINDUSTRIALISATION
2

L'annonce brutale, mercredi 7 septembre, de la fermeture du site historique de production Alstom de Belfort
est un violent coup de tonnerre sur la Cité du Lion. La direction annonce qu'il ne devrait rester à Belfort qu'une
cinquantaine d'emplois d'entretien et de maintenance sur
les 500 actuels. L'activité motrices et locomotives devrait
être transférée à Reichshoffen, en Alsace. La réaction des
syndicats de salariés a été immédiate, mais aussi celle des
responsables politiques, toutes tendances confondues.
Cette nouvelle affaire de désindustrialisation pose un problème
grave au moment où la transition
énergétique devrait être une priorité dans les choix économiques.
La responsabilité de la direction
de l'entreprise est pointée du
doigt pour sa politique de délocalisation, mais celle du gouvernement Valls est engagée aussi parce
qu'il n'a pas su conduire une politique cohérente en matière de transports.

Toute une ville mobilisée
À Belfort, la ville est comme sonnée : Alstom fait
partie du décor et c'est un motif de fierté pour les Belfortains. Après l'annonce de la fermeture, salariés, syndicats
et responsables politiques entendent faire face ensemble

à l'adversité. Un Conseil municipal extraordinaire est convoqué le 14 septembre et le lendemain, la manifestation
contre la loi Travail est transformée en démonstration de
soutien aux « Alsthommes ».
Le maire dénonce « une décision inacceptable, d'une
brutalité inouïe ». Les habitants de Belfort ont un peu
l'impression qu'on leur vole leur patrimoine. La motion
votée à l'unanimité en Conseil municipal « demande aux
dirigeants d'Alstom de revenir sur
leur décision, de maintenir les 500
emplois actuels ». Mais les salariés
ont pris un coup sur la tête, ils sont
en colère et en même temps sceptiques par rapport aux discours des
responsables politiques. Il y a en
même temps un mélange de pessimisme, de résignation et de fatalisme.
Devant le syndrome de Florange, le gouvernement
réagit rapidement. Le secrétaire d'État à l'industrie,
Christophe Sirugue, convoque le PDG d'Alstom. Il rencontre ensuite les élus locaux et les responsables syndicaux. Les syndicalistes se posent la question de la stratégie de l'État, qui dispose de 20 % des droits de vote et qui
a deux représentants au Conseil d'administration
d'Alstom. On a du mal à croire que le gouvernement

n'était pas au courant de la situation économique de l'entreprise et en particulier du degré de remplissage de son
carnet de commande.

Comment en est-on arrivé là ?
L'usine de Belfort produit des trains depuis 1879.
Elle s'appelait alors Société Alsacienne de Constructions
Mécaniques. C'est dans les années 70, avec le lancement
du programme TGV, que l'usine va connaître ses heures de
gloire. On y fabrique de puissantes locomotives pour le
fret et les motrices de TGV. En 1976, Alsthom (1) rachète
les Chantiers de l'Atlantique et devient Alsthom
Atlantique. Alsthom Atlantique est nationalisé par la
gauche en 1982, puis reprivatisé quelques années plus
tard par Balladur. Il y a eu ensuite d'autres épisodes d'acquisition et de fusion avec des fortunes diverses.
En 2003-2004, après son placement en bourse,
Alstom connaît une grave crise financière et la commission
européenne autorise l'État à entrer une première fois dans
le capital en injectant 800 millions d'euros. La crise de
2008 et les politiques d'austérité vont provoquer une
baisse de la commande publique : les programmes de
tram, de métro, de TGV ou de TER ralentissent. En 20142015, Alstom cède sa branche Énergie à General Electric
pour un coût de 13 milliards d'euros, une partie importante de cette somme servant à rembourser la dette.

Et Alstom vient coup sur coup de passer à côté de
deux marchés de matériel SNCF, un au profit du Canadien
Bombardier et un autre au profit de l'Allemand Vossloh
qui proposent des produits plus modernes. On peut
s'étonner de ce choix de la SNCF, or le matériel Bombardier n'est pas fabriqué au Canada mais dans le nord de la
France, à Crespin et Alstom, qui a construit son empire à
l'ombre de l'Etat grâce aux commandes publiques, propose des produits nettement plus chers et moins modernes que ses concurrents.

C'est à l'État d'impulser une politique cohérente
Pour la direction de l'Alstom et son PDG Henri
Poupart-Lafarge, la fermeture de l'usine de Belfort est
justifiée par la baisse des commandes françaises. Pourtant
Alstom se porte plutôt bien. Son PDG annonce un objectif
de 7 % de marge. Cet été, son carnet de commande représentait plus de 4 années de chiffre d'affaires. Son résultat
d'exploitation de l'an dernier est de 388 millions d'euros.
Par ailleurs, Alstom vient de gagner de nombreux appels
d'offre à l'étranger : États-Unis, Italie, Pays-Bas, Allemagne, Afrique du Sud, Amérique du Sud… Problème de
taille : les machines seront presque toutes fabriquées sur
place. On est donc en plein dans le problème de la mondialisation. En fait, c'est seulement la branche française
d'Alstom qui bat de l'aile à cause des délocalisations vers
des pays à bas coût de main-d'œuvre, comme l'Inde ou la
Chine, délocalisations y compris pour des commandes en
France et en Europe.
L'activité de production de matériel ferroviaire dépend aussi de la politique conduite en matière de transports. Les « bus Macron » créent une concurrence déloyale avec la SNCF. Ce qui est appelé pudiquement « réduction des dépenses publiques », mais aussi l'abandon de
l'écotaxe et la baisse de dotation aux collectivités locales
entraînent un retard dans les investissements en matière
de transport en commun : TER, métro, tram. Il n'y a toujours pas de politique de développement du fret ferroviaire, qui est pourtant plus sûr, moins émetteur de CO2 et
moins polluant que les camions. Ce devrait être un axe de
la transition énergétique et une suite logique de la COP 21.

La relance rapide d'une politique ferroviaire est une
condition nécessaire au sauvetage des sites de production
de Belfort et Ornans, mais pas suffisante. Elle n'aura aucun
impact positif sur l'emploi en Franche-Comté si la direction
centrale de l'entreprise continue sa politique de délocalisations. C'est pour cette raison que les syndicalistes présents au Conseil municipal d'Ornans demandent un arrêt
de la délocalisation des études et des fabrications et la
réintégration sur les sites français des activités délocalisées. Ils souhaitent aussi « la mise en place d'un système

3

de protection qui oblige à fabriquer en France (ex. Buy
American Act) ».
Et si on veut mettre un terme à la désindustrialisation
de la France et de l'Europe, il faudra rompre avec une politique économique libérale et sa règle hypocrite de la
« concurrence libre et non faussée ». Il y a encore en
Europe des outils industriels performants en matière ferroviaire ; il est temps d'encourager des accords de coopération pour mener des politiques européennes de transport
en commun et de transition énergétique.

Gérard Mamet

(1) Ça s'écrit ainsi, à l'époque, pour Alsace + Thomson.

À ORNANS AUSSI
La situation de l'usine Alstom d'Ornans, qui conçoit et fabrique des moteurs pour locomotives, est
préoccupante aussi. Elle connaît une sous-charge
structurelle liée en partie au ralentissement des investissements dans le ferroviaire, en partie à la délocalisation de la fabrication d'une partie des moteurs en
Chine.
Depuis plusieurs années, les effectifs diminuent
de 30 à 40 postes par an. Nous en sommes aujourd'hui
à 320 salariés et près de 60 postes supplémentaires
pourraient être touchés d'ici fin 2016. La direction
propose des solutions temporaires : détachements et
formation. Mais cela ne suffira pas. La direction locale
encourage les ruptures conventionnelles et favorise
les départs anticipés en retraite.
Le 21 septembre, le Conseil municipal a reçu les
représentants syndicaux et a voté, à l'unanimité, une
motion de soutien à Alstom et à l'emploi à Ornans.

Encore un effort, Ségolène !
4

ÊTRE LOUP CHEZ LES VIKINGS
Sont-ils cons, ces loups ! Vous ne devinerez jamais ce
qu'ils ont fait en Norvège ! Le Parlement leur avait assigné
des territoires dans une zone située au sud-est du pays, le
long de la frontière avec la Suède. Eh ! bien vous savez
quoi ? Ils en sont sortis, dites donc ! Et en plus, il paraît (1)
qu'ils « ont des portées de louveteaux trop importantes ».
Du coup, le sang des parlementaires norvégiens n'a fait qu'un tour et, ni une ni
deux, ils ont édicté des règles strictes que
des comités locaux chargés des prédateurs se sont empressés de mettre en
pratique : cet automne, on pourra chasser
47 loups au pays des trolls et des Vikings.
L'information ne serait pas complète
si j'omettais de vous signaler quelques
faits d'importance. Par exemple, que ce
sont, comme chez nous, les éleveurs de
moutons qui réclament l'éradication de
Canis lupus, alors que le régime alimentaire du loup scandinave se compose à 95 % d'élans sauvages (lesquels d'ailleurs n'ont pas protesté auprès des parlementaires d'Oslo).
Ou encore que le grand méchant loup (comment s'appelle
le petit Chaperon rouge norvégien ?) est une espèce menacée là-bas d'extinction. Ou enfin que ce « prélèvement » (je

suppose que la langue norvégienne possède aussi ce
délicat euphémisme) concerne une population de 65 à
68 animaux « autochtones » (auxquels on peut ajouter
quelque 25 loups « à cheval sur » la frontière suédoise).
Battue à plate couture, notre Ségolène nationale,
avec son autorisation de tuer 36 loups
entre juillet 2016 et juin 2017 sur une
population évaluée à environ 300
bêtes (2).
Bref, on trouve toujours pire que chez
soi. Pas sûr qu'il faille s'en réjouir.

Gérard Roy

(1) Le Monde des 18-19 septembre 2016.
(2) Mais rappelons qu'au cours de l'année précédente, ce sont 49 loups qui ont été « prélevés »

On réagit ?

VERS LA DISPARITION DES TRAINS CORAIL

Le 21 juillet, le Secrétaire d’État aux Transports a
annoncé les prochaines orientations ferroviaires de l’État,
qui prévoient la suppression de la quasi-totalité des trains
de nuit et de la majeure partie des trains Intercités.
Il a ainsi confirmé le non-renouvellement de la convention par laquelle l’État devait participer (très partiellement) au déficit des Trains d’Équilibre du Territoire, passé
de 210 millions d’euros en 2011 à 330 en 2014, et prévu à
400 pour 2016.
La desserte Paris-Vesoul-Belfort est évidemment
concernée par ces annonces. Comme les autres, sa desserte « ne correspond plus aux besoins de mobilité des
voyageurs et des territoires » et est gérée sans véritable
stratégie, en utilisant un matériel roulant vieillissant.
L’État confirme ainsi la politique Tout TGV de la
SNCF. Les trois seules lignes maintenues au départ de Paris
sont cohérentes avec ce choix et le maintien de trois
autres lignes transversales (dont Nantes-Lyon et NantesBordeaux) est une bonne chose dans cette optique. Par
ailleurs, l’État propose de transférer aux Régions, non seulement le déficit de ces lignes mais aussi leur éventuelle
organisation.

Quelles réactions ?
Face à ces décisions, la réaction traditionnelle, jacobine et républicaine, va être la dénonciation du désengagement de l’État, de la seule logique gestionnaire, de
l’abandon des zones rurales et des villes n’ayant pas atteint
la taille métropolitaine, etc.
C’est dans cet esprit que 600 personnes, nordComtois et Haut-Marnais, ont manifesté à Vesoul le 10
octobre dernier, pour exiger cinq allers-retours quotidiens
avec du matériel moderne et fiable, l’exploitation totale de
la ligne de Mulhouse à Paris, etc.
Cette stratégie de défense avait permis le rétablissement d’un quatrième aller-retour entre Belfort et Paris,

mais il est déjà remis en cause. La SNCF poursuivra la
dégradation de son service traditionnel, d'abord avec
deux allers-retours, jusqu’à l’obsolescence définitive des
motrices actuelles, sans plus d’espoir de renouvellement,
faute de participation de l’État à leur financement. Ce
serait la tactique d'« un peu plus tard, monsieur le bourreau », finalement perdante.
Vu les offres politiques actuelles au niveau national, personne ne croira plus aux promesses d’intervention de quelques politiciens locaux, soucieux de grappiller
quelques voix aux législatives de 2017, mais sans influence sur les futurs choix économiques.

Le saut dans l’inconnu ?
Puisque l’État abandonne la gouvernance des dessertes ferroviaires voyageurs aux Régions, celles-ci pourraient-elles aller au-delà des actuels TER, puisque ces
Trains Express Régionaux sont un succès validé par une
augmentation du nombre de leurs utilisateurs ?
Ce qui n’était pas possible avec les trois « petites »
régions de Champagne, Franche-Comté et Alsace peut-il
être maintenant envisagé ? Il n’y a plus que la Bourgogne
-Franche Comté et le Grand Est concernées par Troyes,
Chaumont, Langres, Vesoul, Lure, Belfort et Mulhouse.
Pourquoi ne pas rêver à des Trains Interrégionaux
légers et rapides entre Troyes et Mulhouse ? Ces TIR
pourraient avoir des horaires adaptés aux besoins de
leurs usagers, des correspondances quai à quai avec
quelques-uns des nombreux trains de Très Grande Banlieue (Paris-Troyes) d’un côté, et avec le Métro cadencé alsacien (Strasbourg-Mulhouse-Bâle) à l’autre extrémité.
Pour nous, voyageurs, c’est le service rendu qui
compte plus que le souvenir des « grandes lignes ». Nous
gagnerions une desserte vers l’Est et Euro-Airport de
Bâle. La légèreté du matériel moderne et ses capacités

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d'accélération et de freinage ne devraient guère allonger
les temps de parcours.
Pour faire bonne mesure, un TIR interrégional s'arrêterait bien sûr à Lure, voire à Jussey, au nom de l'aménagement du territoire.
Puisque l’État fera quelques aumônes aux Régions
qui se lanceront les premières dans des négociations
avec la SNCF, Boourgogne-Franche-Comté et Grand Est
peuvent elles envisager une telle solution ? (1)

Alain Ropion

(1) Cet article a été rédigé en août, mais la situation
a évolué en septembre.
L’Association de défense de la ligne Paris-Mulhouse

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a pris position pour pousser les Régions à prendre
rapidement leurs responsabilités.
Le président de la région Grand Est, l’Alsacien
Philippe Richert (LR), a déjà demandé à contractualiser avec le ministère des Transports pour prendre en
charge la gestion des lignes Paris-Mulhouse et BâleLuxembourg. Il exige que l’État participe encore au
déficit de ces lignes et qu’il commande 15 trains
« Coradia Liner », construits à Reichshoffen (!) par
Alstom. Il pourrait aussi mettre la pression sur la
SNCF en menaçant de confier l’exploitation des lignes
à la Deutsche Bahn.
L’Association de défense a demandé à rencontrer, dans le même esprit, le vice-président aux transports de la région Bourgogne-Franche-Comté, M.
Neugnot, qui... a annulé le rendez-vous du 12 septembre, sans proposer de nouvelle date !
De son côté, la direction d’Alstom a lancé son
chantage à la fermeture de l’usine de Belfort.
Les élus burgondo-comtois vont-ils se contenter de déclarations emphatiques ou oser prendre des
responsabilités ?

Se rassembler, unir les forces, comme en 2012

POUR CONSTRUIRE, PAS POUR DÉTRUIRE
Élu député EÉLV du Doubs dans le cadre d'un accord national avec le PS, Éric Alauzet rend régulièrement compte de son action parlementaire. Il l'a fait récemment (le 12 septembre) dans le cadre d'une conférence de presse et de la publication d'une Lettre à destination des habitants de sa circonscription (1).
Occasions aussi de proposer des éclairages sur les projets de loi du gouvernement débattus et votés au
Parlement durant la dernière année de législature (de septembre à juillet). Bien entendu, ce bilan présente
en 2016 une dimension toute particulière alors que nous entrons dans la dernière année du mandat.
On le sait, des désaccords importants se sont fait jour et opposent désormais Éric Alauzet et une partie des militants
locaux et régionaux d'EÉLV. La préparation des élections législatives illustrera probablement ces divergences entre deux positions : la ligne votée par le congrès d'EÉLV, qui revendique une stricte autonomie par rapport au PS, et celle du député, qui estime envisageable une alliance avec ce même parti.
Conscient de ces désaccords - qui ne sont pas minces, puisqu'ils concernent le regard porté sur la politique menée par la
majorité issue des élections de 2012 -, mais portant un regard positif sur son assiduité remarquable, sur son combat contre
l'évasion fiscale, sur sa présence en circonscription, le CLFV a jugé intéressant de porter à la connaissance des lecteurs l'expression du député de Besançon-2. La Feuille Verte lui donne donc aujourd'hui la parole : l'opinion qu'il exprime ici n'engage pas
l'ensemble des écologistes francs-comtois et on verra si le prochain Congrès régional d'EÉLV permet de rapprocher les points
de vue.

Le Comité de lecture de La Feuille Verte

té, d'emploi, de santé, de biodiversité, d'éducation,
de sécurité, de « vivre-ensemble », d'écologie, de
pouvoir d’achat, etc.
Au cours de l’entretien avec la presse, Éric a donc
rappelé où en était le travail législatif :

Votées en fin de session (juin et juilCette année, les principaux thèmes abordés dans
la Lettre d'Éric sont l’évasion fiscale face à la mondialisation de la finance (« Depuis le début du mandat, rappellet-il, je n’ai eu de cesse d’agir en faveur de la régulation de
la finance et de la lutte contre l’évasion fiscale, c’est un
enjeu primordial qui peut répondre à nombre de problèmes : maintien des services publics, résorption d’une
partie de la dette, etc. »), la transition écologique et la
mutation des territoires, mais aussi les dernières mesures
pour la jeunesse (emploi et formation), sans oublier la
question du terrorisme et de l’islamisme radical. Cette
Lettre est aussi l’occasion de jeter un coup de projecteur
sur deux « journées type » et sur les différents temps de
travail et actions du député. Pour Éric Alauzet, « il est
temps de casser cette idée que les députés ne travaillent
pas ... ».
La rentrée est également le moment choisi par
pour organiser des réunions publiques sur la circonscription. Là encore, les thèmes développés traitent de fiscali-

let) : la loi Biodiversité et protection des paysages, la prolongation de l’État d’urgence et le renforcement de la lutte antiterroriste, la loi relative au
travail, la loi réformant le Conseil supérieur de la
magistrature...

En cours (reprise fin septembre) : le projet
de loi Égalité et citoyenneté, le projet de loi relatif à
la transparence, à la lutte contre la corruption et à la
modernisation de la vie économique (dit Sapin II),
avec le fameux statut de protection des lanceurs
d’alerte, le projet de loi de modernisation de la justice du XXIe siècle, le projet de loi pour une République numérique…

Et en octobre-novembre : le « dernier gros
morceau de la législature », le projet de loi de
Finances 2017 (PLF).
Il est également revenu sur son positionnement politique.

7

« Je reste adhérent d’EÉLV, pour l’instant, mais je
n’ai pas intention de rejoindre un autre parti. Je m’interroge évidemment sur la suite, sur l’avenir des partis écolo
et des partis de gauche. Ma perspective et celle d’un dépassement des partis réformistes vers la “social-écolo
démocratie“ ou l’inverse, peu importe ».

avec nos ressources locales, placer ici notre épargne,
etc. ». Bref, une sorte de « contournement de la mondialisation ».

Il a rappelé son désaccord avec la sortie du Gouvernement des ministres EÉLV en 2014 (comme avec celle
d’Emmanuel Macron), et avec les alliances privilégiées et
uniques nouées par la suite avec la gauche de la gauche
sur fond d’état d’esprit contestataire.

Il a abordé la prochaine élection présidentielle : « Je suis par ailleurs opposé à la multiplicité des
candidatures à gauche pour l’élection présidentielle et
favorable à une grande primaire refusée par EÉLV. Dans
ce contexte, je suis opposé à une candidature écologiste
vouée à un échec qui plombera à nouveau l’écologie pour
longtemps ! J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer tout cela au
sein d’EÉLV ou dans la presse et mes positions sont largement connues des un(e)s et des autres. Quoi qu’il en soit,
aucune recomposition politique significative n’interviendra avant la séquence présidentielle et législative.»

8

À la question « Serez-vous candidat à un second
mandat de député? », Éric répond : « Après quelques hésitations l’année passée, je suis désormais dans la perspective de me représenter en 2017. Avec le même souci et le même positionnement : rassembler, rassembler la
gauche plurielle, unir nos forces comme en 2012 pour
construire, pas pour détruire. »
Les partis, et notamment EÉLV et le PS, vont entrer prochainement dans des procédures de désignation :
« Je suis bien entendu en attente d’échanges avec les
forces politiques sur le bilan du quinquennat, les avancées, les doutes et les regrets et pour définir ensemble
quelles seront les actions prioritaires à poursuivre, à
mettre en place sur l’écologie et le climat, les solidarités
et le vivre-ensemble, la liberté d’entreprendre et la dynamisation de nos territoires, la République et la démocratie, etc. ».
« J’ai le souhait de rassembler le plus largement
possible la gauche, l’écologie et tous les humanistes. Pas
un soutien d’étiquette, mais un soutien constructif d’un
projet partagé et rassembleur. »

« Garder les activités, la richesse et la valeur sur
nos territoires est une condition indispensable au maintien de l’emploi, du pouvoir d’achat et à l’inclusion de
toutes et tous.».
Sachant que « la régulation au plan mondial
requiert une entente entre les pays, qui demande de la
patience et le retour aux valeurs humanistes et écologistes », alors que « contourner la mondialisation au plan
local dépend en grande partie de nous pour des applications immédiates », c'est « ici et maintenant, sur nos territoires, que nous avons des raisons d’agir et d’espérer ».

« Nous sommes dans une période de transition politique, de crise grave et de désarroi des partis
politiques qui devrait conduire – en tout cas il faut le souhaiter – chacune et chacun à se remettre en cause ».
« Les partis politiques devraient plus que jamais s’ouvrir,
mais ils ont plutôt tendance à se replier sur eux-mêmes
et à camper sur leurs certitudes. Ces partis mourront, ou
bien ils se rénoveront, mais seulement s’ils se remettent
en cause profondément. La période est donc plus à la
retenue, à l’observation, à la réflexion, quitte à accepter
des solutions imparfaites à court terme pour maintenir
des ponts pour l’avenir. Nos concitoyens le comprennent
parfaitement car eux-mêmes sont dans le doute. […] Je
suis persuadé qu'ils attendent même cette remise en
cause des partis politiques et le signal d’une volonté de
rapprocher les positions. […] C’est la démarche constructive que je propose. »

Article écrit par le CLFV à partir de la Lettre de
rentrée d'Éric Alauzet

« Mon projet est celui qui m’a guidé tout au
long de ces années, mis en œuvre ces dernières années,
pour à la fois réguler la mondialisation néolibérale et faire
émerger et soutenir toutes les initiatives locales qui préparent l’avenir, un modèle plus solide et plus durable, un
nouveau modèle de société en émergence. » Par
exemple : « Se nourrir grâce à nos paysans, se loger grâce
à nos artisans, produire notre énergie et les matériaux

(1) http://ericalauzet.eelv.fr/la-lettre-de-votredepute-eric-alauzet/

Précurseurs

AU FIL DES UTOPIES
Dans le cadre de l'Université d'été des mouvements sociaux et de la solidarité internationale (« Des
utopies aux alternatives, agissons ensemble ! ») organisée par Attac, le CRID (1) et RéCiDev (2) début juillet au
campus de la Bouloie, le club utopiste bisontin « École
de Besançon », animé par notre ami Claude Mercier, a
invité le public à une promenade pédestre en centre ville
pour découvrir un peu mieux six utopistes en lien avec
Besançon. Environ 120 personnes avaient répondu à
l’appel, que l’on avait réparties en 6 groupes, guidés chacun par un bénévole dans un parcours préétabli.
Un intervenant compétent et souriant nous attendait à chacune des six « stations » et décrivait « son
personnage » avec passion.

1. Claude Nicolas Ledoux
Devant le théâtre, nous sommes interpellés par
un acteur qui nous parle, bien entendu, de Claude Nicolas Ledoux (1736-1806), architecte urbaniste du siècle
des Lumières. Ses œuvres les plus célèbres en FrancheComté sont la Saline Royale d’Arc-et-Senans, manufacture royale de sel, construite entre 1775 et 1779, ainsi
que le théâtre de Besançon, construit entre 1778 et
1784.
Arc-et-Senans
fut pensé comme
une cité idéale. La
place de l’homme y
est centrale. En
effet, la saline regroupait à la fois la
structure consacrée
à la production du sel (par évaporation de la saumure
puisée à Salins) et les logements des ouvriers, qui pouvaient ainsi vivre dans cette Cité idéale sans avoir à la
quitter et où ils bénéficiaient de conditions de vie de
qualité. Au centre, trône le pavillon du directeur, d'où on
pouvait surveiller toute l'unité de production grâce à un
œil-de-bœuf ouvert dans le fronton.
Quant au théâtre, il privilégie l’accès au savoir et
l’égalité des citoyens. L’accessibilité, une bonne visibilité et
le droit d’être assis commodément sont assurés à tous les
spectateurs. Intérieurement, c'est un espace ouvert, dépourvu des loges cloisonnées propres aux théâtres à l'italienne, pour une meilleure visibilité. Pour la même raison,

Ledoux place l’orchestre dans une fosse en avant de la
scène (3).

2. Charles Fourier
À l’angle de la Grande Rue
et de la rue Moncley, sous
une plaque commémorative, nous attend un passionné de Charles Fourier,
né en 1772 à Besançon et
mort en 1837. Après avoir
fait ses études dans sa
ville natale, Fourier quitte
la Franche-Comté à
16 ans pour entrer en apprentissage à Lyon. Il participe à des combats pendant la Terreur, travaille
quelques années comme commis voyageur et partage
sa vie entre Paris et Lyon.
Son objectif est de créer une société où chacun
supplée à chacun, compensant ainsi les inégalités.
Il a imaginé une vie en communauté, où les enfants seraient élevés en commun, où les adultes exerceraient plusieurs métiers et seraient rassemblés selon
leurs passions, dans un cadre de vie mi-rural, miurbain, appelé Phalanstère.
Il est féministe et défend l’égalité entre l’homme
et la femme.
Un peu oubliée à la fin du XIXe siècle, la philosophie de Fourier a connu un regain d'intérêt dans les
années 1970-1980 avec les communautés hippies.

3. Pierre Joseph Proudhon
Notre guide nous conduit ensuite vers un petit
coin herbeux qui héberge la
statue de Proudhon (18091865), autour de laquelle,
accueillis par un de ses descendants, nous nous asseyons. Originaire de Besançon, l'esprit indépendant et
assoiffé de connaissance,
Pierre-Joseph Proudhon
gagne sa vie comme ouvrier typographe tout en poursuivant ses études grâce à une bourse. Il exerce divers
métiers, dont la gestion d'une imprimerie.

9

Il publie en 1840 Qu'est-ce que la propriété ? et, en
1846, son ouvrage le plus important, Le Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, qui
font de lui un théoricien du socialisme.
Il propose un système mutualiste, défend l’idée d’un
État fédéral (la France divisée en 12 grandes régions !),
prône le droit de tous au travail. Dans L’Organisation du
crédit et de la circulation (1848), il développe son projet
d'une « banque d'échange » ou « banque du peuple », qui
doit permettre de réaliser une véritable démocratie économique grâce au crédit mutuel et gratuit qui donne la possibilité aux travailleurs de posséder le capital qui leur
manque pour s’affranchir des propriétaires.
Un aspect méconnu : Proudhon s'est livré à une critique virulente des femmes libres, comme George Sand par
exemple. Pour lui, la vraie place de la femme n’est pas à
l’usine mais au foyer. Convaincu de l’infériorité naturelle
des femmes, il les pense incapables « de produire des
idées » ; êtres passifs, elles n’accèdent au verbe que par la
médiation de l’homme. Inutile de dire que, par ses prises
de position, il a heurté les femmes de son temps…

4. Jenny d’Héricourt

10

Au square Castan, à l’ombre des grands arbres, un
couple nous joue un petit duo, dialogue imaginaire opposant Jenny à Proudhon.
Jenny est née à
Besançon en 1809. Elle est
fille d’artisans protestants,
devient institutrice, sagefemme, médecin homéopathe, écrivaine et philosophe.

Pendant la révolution de 1848, elle fonde la Société
pour l’émancipation des femmes. Elle réclame le rétablissement du divorce. Elle s’oppose à Proudhon dans un article,
Monsieur Proudhon et la question des femmes, celui-ci
refusant de répondre à ses arguments en invoquant « son
infériorité intellectuelle naturelle ». En 1860, elle publie son
principal ouvrage, La Femme affranchie, réponse à MM.
Michelet, Proudhon, E. de Girardin, Legouvé, Comte et
autres novateurs modernes.
Elle meurt à Paris en 1875.

5. Victor Hugo
À deux pas de là, nous arrivons devant sa maison
natale. Claude Mercier nous offre un vibrant discours du
grand homme (1802-1885), prononcé le 21 août 1849, lors
de l’ouverture du Congrès de la Paix. Toujours d’actualité,

puisqu'on se prend à rêver qu’un élu français le prononce devant des instances internationales ! Quelques
courts extraits :
« Un jour viendra où
vous ne vous ferez plus
la guerre, un jour viendra où vous ne lèverez
plus d’hommes d’armes
les uns contre les
autres… Vous mettrez
une petite boîte de sapin
que vous appellerez
l’urne du scrutin, et de
cette boîte il sortira, quoi ? une assemblée en laquelle
vous vous sentirez tous vivre, une assemblée qui sera
comme votre âme à tous, un concile souverain et populaire qui décidera, qui jugera, qui résoudra tout en loi,
qui fera tomber le glaive de toutes les mains et surgir la
justice dans tous les cœur… Un jour viendra où la France,
vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre
vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité,
vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne… »

6. Victor Considérant (1808-1893)
Il est le principal vulgarisateur
des théories de Charles Fourier.
À la mort de ce dernier, il contribue alors à donner une interprétation modérée de ses doctrines, s’efforçant d’en écarter
ou d’en cacher les parties les
plus controversées, comme
celles sur la liberté sexuelle ou
sur la suppression de la famille, et d’en tirer des réformes pratiques comme le droit au travail et le suffrage
pour les hommes et les femmes.
Il fonde en 1854 près de Dallas (Texas) la Colonie
de Réunion, qui est rapidement un échec. Les querelles
entre les participants sont d’origine professionnelle; en
effet, toutes les catégories socioprofessionnelles ne sont
pas représentées (pas de paysans, entre autres, et beaucoup trop d’artistes).

7. Jean-Baptiste Godin (le concepteur des
poêles qui portent son nom) en tire les conséquences et
crée le « Familistère de Guise », dans l’Aisne, au nord de
Paris, en 1860. Il ne le considère pas seulement comme
un toit offert à ses ouvriers et supérieur à l’habitat individuel, mais comme une sorte d’instrument pour assurer le bien-être, la dignité et le progrès individuel. En

1869, il finit la construction d’un théâtre, d’une école, de
magasins et d’une piscine chauffée à fond ajustable pour
permettre aux enfants de recevoir des leçons de natation.
Godin introduit simultanément un système de sécurité sociale (1860), l’éducation obligatoire pour tous (laïque, mixte
et gratuite). Ce familistère fonctionne jusqu’en 1968.

Besançon devrait s’inspirer de l'initiative ici rapportée pour proposer aux touristes un parcours consacré à
ses célébrités.

Suzy Antoine

(1) Centre de Recherche et d'Information pour le
Développement.
(2) Réseau Citoyenneté Développement.
(3) Peut-être un petit bémol ? Ledoux est présenté
régulièrement comme « un humaniste ». On oublie un
peu trop souvent que sa société idéale est une société de
surveillance et très hiérarchisée. Arc-et-Senans est construit sur le modèle du panoptique, avec la maison du
directeur qui permet de surveiller l'ensemble des habitations ouvrières.

De notoriété très inégale, ces sept personnages ont
cependant laissé leur marque soit en Franche-Comté, soit
plus largement sur le territoire français et parfois international. Les moins connus méritent qu’on les mette en valeur et les plus célèbres laissent entrevoir des aspects méconnus de leur personnalité.

Film

11

L'ALUMINIUM, LES VACCINS
ET LES DEUX LAPINS
C'est le titre du dernier film de Marie-Ange Poyet, qui
vous révélera les intrigues, l'histoire et les magouilles qui
font que vous n'avez plus accès à des vaccins sans l'adjuvant toxique qu'est l'aluminium.
Un film documentaire réalisé sur des bases scientifiques et factuelles solides. Avant-première à Besançon,

samedi 15 octobre à 20 heures, dans le cadre du festival
« Sciences en Bobine », ainsi que dans la semaine d'action
sur l'aluminium vaccinal.
Le film sera suivi d'un débat en présence de la réalisatrice ainsi que du coauteur Didier Lambert, président de
l'association E3M.
Réservez cette date et invitez vos amis et
médecins pour cette projection unique en
Franche-Comté.

Yves Ketterer

Ce film a été réalisé et sera financé grâce à un appel à financement participatif citoyen et à la vente de
DVD que vous pourrez acheter (10,00 €) sur le
site : www.vaccinssansaluminium.org

Voile, burkini et Cie

POUR UNE LAÏCITÉ APAISÉE ET INCLUSIVE

12

L'existence, en France, de millions de chômeurs
et de travailleurs pauvres, les rémunérations insensées
des patrons du CAC 40 et les inégalités obscènes de
revenus, le dérèglement climatique et l'avenir de plus
en plus problématique de la planète n'intéressent plus
ni les médias, ni les responsables politiques. Ce qui les
met en émoi, c'est un vêtement de bain. Alors prenons
un peu de recul et ayons un regard critique sur ce
« coup de chaud » survenu sur quelques plages de
France cet été. Ce sont des villes FN et LR qui ont pris
des arrêtés anti-burkini. Il ne faut pas se laisser abuser :
cette polémique est avant tout une opération de diversion doublée d'une manipulation électorale populiste
en vue de la présidentielle de 2017. Mais, comme le
fait remarquer le sociologue Michel Wieviorka, une
partie de la gauche va aussi dans cette direction : « Le
premier ministre et certains ministres, telle Laurence
Rossignol, hystérisent la question par des déclarations
qui toujours vont dans le sens de la dramatisation. »(1)

Rappels sur la laïcité
Pour commencer, revenons sur le concept de
laïcité, comme le font Jean Baubérot et le Cercle des
enseignants laïques dans un Petit Manuel pour une
laïcité apaisée (2). C'est Jules Ferry, alors ministre de
l'Instruction publique, qui instaure, en 1882, l'école
publique gratuite, obligatoire et laïque. Mais Jules Ferry
fait preuve de diplomatie pour ne pas ranimer le conflit
entre la France catholique et la France républicaine : un
deuxième jour chômé est rajouté, le jeudi. Ainsi
« l'école s'interrompait le dimanche et le jeudi, laissant
la possibilité d'assister à la messe et au catéchisme» (3). Par ailleurs, les écoles confessionnelles,
principalement catholiques, ont continué d'exister.
La laïcité repose sur l'articulation de quatre principes :

- la liberté de conscience de toutes et tous, incluant à la fois la libre pratique religieuse, individuelle et
collective, et le fait que la restriction de cette liberté ne
peut s'opérer qu'au nom du respect de l'ordre public
démocratique ;
- l'égalité des citoyens devant la loi sans considération de religion ou de conviction ;
- la séparation du pouvoir politique et des autorités religieuses ;
- la neutralité arbitrale de la puissance publique
envers les religions et les convictions.
Il y a eu, dès le départ, une bagarre entre deux
conceptions de la laïcité, qui s'est manifestée, en particulier, autour de la loi de 1905 de séparation des Églises et
de l'État. Maurice Allard et Emile Combes ont défendu
une laïcité antireligieuse et anticléricale. Par exemple, ils
réclamaient l'interdiction du port de la soutane dans les
lieux publics. Aristide Briand et Jean Jaurès ont défendu,
au contraire, une laïcité apaisée et tolérante. Voici ce
qu'écrivait Jaurès en 1908 pour que les enseignants ne
confondent pas laïcité et anticléricalisme : « Ce serait un
crime pour l'instituteur de violenter l'esprit des enfants
dans le sens de sa propre pensée. S'il procédait par des
affirmations sans contrepoids, il userait d'autorité et il
manquerait à sa fonction même, qui est d'éveiller et
d'éduquer à la liberté. » (4)

Un problème de liberté vestimentaire
Le texte de 1905 impose la stricte neutralité de
l'État et de ses agents, mais elle garantit à tous la liberté
de conscience, de religion et de culte. Pendant 100 ans,
les fonctionnaires et les agents publics n’ont pas le droit
de manifester leurs convictions religieuses dans le cadre
de leurs fonctions, mais les citoyens, eux, peuvent le
faire, y compris dans l'espace public et à l'école, car l’expression de leurs convictions ne se heurte pas au prin-

cipe de neutralité de l’État et des collectivités publiques.
Tout le monde se souvient des processions religieuses
catholiques dans les rues, des curés en soutane et des
religieuses en cornette. Aujourd'hui encore, les cloches
des églises sonnent à l'heure de la messe et il y a de nombreux carrefours avec des crucifix, sans que personne ou
presque n'y trouve à redire.
C'est la question du foulard en 2004 qui va introduire une rupture, parce qu'il est perçu comme un signe
religieux musulman, donc d'origine exogène. On interdit
alors dans les écoles les signes religieux « ostensibles »
et, comme on interdit le foulard prétendument islamique, on est bien obligé d'interdire aussi la croix et la
kippa. Cette loi a été conçue comme une mesure d'apaisement - ce qui n'a pas été forcément le cas - pour éviter
la surenchère religieuse dans l'enceinte des établissements scolaires, mais ne vise pas à interdire les signes
religieux dans la rue ou sur les plages, ce qui serait contraire au respect des libertés individuelles.

Les arguments des anti-burkini
Les anti-burkini s'appuient sur trois types d'arguments parfaitement contestables.
Le premier argument est le respect de la laïcité.
Comme on l'a vu, il ne tient pas puisque la neutralité religieuse est demandée aux agents de la puissance publique, pas aux usagers. D'ailleurs ce n'est pas l'argument
que le maire de Cannes a retenu dans son arrêté d'interdiction, mais celui du risque de « trouble à l'ordre public ». Au passage, rappelons que si les femmes françaises
ont obtenu si tardivement le droit de vote, et après les
femmes turques, c'est avec un argument laïciste : les Radicaux de la Troisième République considéraient qu'il
était dangereux de leur accorder ce droit parce qu'elles
étaient, selon eux, sous l'influence des curés…
Le deuxième argument est féministe : le burkini,
comme le voile, serait un signe d'asservissement et d'aliénation de la femme. Drôle de féminisme qui considère
que les femmes n'ont rien à dire dans le choix de leurs
vêtements : à la maison, elles sont sous la coupe du père
ou du mari et dans l'espace publique, c'est la République
qui choisit à leur place ! On oublie aussi que les femmes
françaises ont, au fil des siècles, difficilement conquis la
liberté de se vêtir comme elles le veulent : il n'y a pas si
longtemps, le port du pantalon n'était pas évident.
Le troisième argument est nationaliste et explicitement antimusulman : un vêtement islamique serait une
des expressions du combat que mène l'islam contre la
Nation française. Michel Wierviorka fait remarquer que
« la distance est grande et peut-être incommensurable
entre le port du burkini et l'islamisme radical et violent »

(5). En effet, le port du burkini ou du voile peut, certes,
signifier parfois le radicalisme, mais le plus souvent c'est
une recherche d'identité pas forcément religieuse, une
provocation à l'encontre d'une société perçue comme
intolérante à leur égard, une marque de pudeur ou d'humilité, une mesure de protection contre le regard trop
appuyé des hommes. Le comble de l'inconséquence a
été atteint quand madame Ibn Ziaten, qui fait un
énorme travail dans les quartiers contre la radicalisation
et pour le respect des valeurs de la République, à été
prise à partie dans une réunion d'élus PS, parce qu'elle
portait un foulard (6).

Pour une laïcité inclusive
À l'approche de l'élection présidentielle, certains
responsables politiques semblent décidés à jeter de
l'huile sur le feu. Sarkozy et d'autres candidats à la primaire de droite annoncent qu'ils veulent légiférer sur le
burkini, interdire le port du voile à l'université ou les
menus de substitution dans les cantines. Va-t-on interdire aussi le port de la barbe ou la « boule à zéro » parce
qu'ils sont parfois associés à du radicalisme politique ?
La laïcité, qui ne devrait jamais être un prétexte à exclusion, risque d'être encore plus instrumentalisée et devient alors un outil de domination contre les Français
musulmans. Marine Le Pen ne dit rien, d'autres font sa
campagne… En fait, on assiste à une drôle de conjonction entre une droite identitaire, qui définit le christianisme comme la religion fondatrice de la France, et une
gauche laïque et anticléricale. Pour cette droite et cette
gauche, l'islam est devenu l'ennemi commun, mais pour
des raisons très différentes.
Il est normal que les attentats sanglants de 2015 et
2016 aient créé une forte émotion dans l'opinion, mais il
serait extrêmement dangereux que les responsables
politiques prennent des mesures qui accentuent encore
la stigmatisation et les amalgames à l'encontre des musulmans. Cela augmenterait alors presque mécaniquement les risques de repli identitaire dont les extrémistes
font leurs choux gras. Les salafistes et les responsables
de Daech auraient toutes les raisons de se frotter les
mains.
On peut parfaitement avoir, à titre personnel, une
aversion pour le voile ou le burkini, mais ce n'est pas une
raison qui peut justifier son interdiction, laquelle non
seulement exclut, mais a, de plus, des effets contraires à
ceux recherchés. Pour Olivier Roy, « l’acceptation de
signes religieux, comme le burkini, dans l’espace public,
est la meilleure manière de saper l’influence des fondamentalistes. Plus on éloigne la pratique religieuse de
l’espace public, plus on laisse le champ libre aux extrémismes religieux. » (7)

13

Le Conseil d'État semble avoir tranché en faveur
du respect des libertés, du pluralisme et de la nondiscrimination. Son ordonnance du 26 août 2016 précise
notamment, à propos de l'interdiction du burkini, que
« l’arrêté litigieux a […] porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont
la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la
liberté personnelle ». Dont acte.

Gérard Mamet

(1) Michel Wieviorka, Panique morale autour du
« burkini », sur le site internet The Conversation, 26 août
2016.
(2) Jean Baubérot et le Cercle des enseignants
laïques, Petit Manuel pour une laïcité apaisée, à l'usage
des profs, des élèves et de leurs parents, La Découverte,
août 2016, 235 pages, 12 €.
(3) Idem, p. 37.
(4) Jean Jaurès, Revue de l'enseignement primaire et
primaire supérieur, octobre 1908. Cité par Baubérot.
(5) Même article.
(6) Madame Ziaten est la mère d'un militaire tué à
Montauban par Merah. Elle a été huée par une partie de la
salle dans une réunion (le 8 décembre 2015 à l'Assemblée
Nationale) où elle était invitée par des élus PS parce qu'elle
portait un foulard.
(7) Olivier Roy, Pour les femmes qui le portent, le
burkini est un compromis entre la modernité et la foi, 21
août 2016, site de France Info.

Je l'ai pas lu, mais j'en parle quand même (1)

POUR UNE LAÏCITÉ TOUT COURT
14

Un « Cercle des enseignant.e.s laïques » vient de
publier, en coécriture avec l'historien et sociologue Jean
Baubérot, un Petit Manuel pour une laïcité apaisée à
l'usage des profs, des élèves et de leurs parents (2).

Je n'ai pas lu ce livre et ne le lirai pas. Non pas que
je refuse (quoique ce ne soit pas l'envie qui me manque !)
de lire ce qu'écrivent des « enseignant.e.s » qui, pour bien
étaler leur hyperféminisme (on aimerait les voir à la maison !), ne craignent pas de rendre toujours plus illisible la
langue française (3). Non pas que je nie a priori tout intérêt à ce Petit manuel, dont des extraits circulent çà et là,
dont un copain convaincu nous a livré, sur une liste EÉLV,
le dithyrambe et dont je suis à peu près certain que je
pourrais faire miennes (si, si !) bien des analyses et bien
des préconisations.

Non, ce qui me gêne réside dans le litre
même de l'ouvrage : la notion de « laïcité apaisée ». Il
y a déjà belle lurette que je me méfie de ces gens qui se
croient obligés de coller un qualificatif au mot « laïcité »,
comme s'il ne se suffisait pas à lui-même, comme si son
sens n'était pas assez clair... Sauf erreur de ma part, c'est
Sarko qui a été le premier à le faire avec sa « laïcité positive » (mais si, vous savez bien : celle pour laquelle jamais un instituteur ne vaudra un curé), suivi depuis par
des tripotées de gens, de gôche comme de droite et sans
aucun doute tous bien intentionnés... On lira d'ailleurs
dans cette Feuille Verte une défense et illustration d'une
laïcité « apaisée et inclusive »…
On m'objectera (on m'a déjà objecté) que la laïcité
de certains (suivez mon regard en direction de l'ignoble
blonde, par exemple) est parfaitement hypocrite, puisqu'elle ne s'applique qu'aux musulmans, contre lesquels
elle devient le succédané d'un racisme qu'il vaut mieux
ne pas afficher directement quand on prétend se dédiaboliser comme d'autres se rasent la moustache ; qu'au
cours de son histoire, la laïcité a connu des interprétations différentes ; et qu'au moins les qualificatifs établissent une sorte de « classification » (de hiérarchie ?) des
diverses conceptions qu'en développent, par exemple,
Sarkozy, Finkelkraut, Élisabeth Badinter, Caroline
Fourest, les « enseignant.e.s laïques » (4)... ou moi.

Ma foi, si on se met à coller des qualificatifs à
chaque mot dont la signification est tordue dans tous
les sens (en particulier par le FN, mais pas seulement), on
n'a pas fini, et finalement les mots n'auront plus de sens
en eux-mêmes, mais seulement en fonction des qualificatifs qui les accompagneront et, forcément, détermineront leur sens, le préciseront, le caractériseront. Est-ce
qu'il nous viendrait à l'idée d'accoler des épithètes à, par
exemple, « liberté », ou « égalité », ou « fraternité », sous
prétexte que certains, et en particulier le FN, n'en ont pas
la même conception que nous ? Pourquoi alors trouver
normal qu'on parle de « laïcité apaisée » (ce qui, a contrario, signifie qu'il y a une laïcité offensive, guerrière,
agressive, que sais-je encore, en tout cas avec une connotation négative, péjorative), alors qu'on n'accepterait pas
de voir « qualifier » les trois termes de la devise républicaine (auxquels j'ajouterais volontiers « laïcité », mais
c'est une autre question) ?
On sait quelle est ma position sur les religions :
dans un monde « idéal », il n'y en aurait pas. Comme je
ne suis pas assez naïf pour penser que ça arrivera un jour,
ni pour croire à la possibilité d'une éradication, je me
résous (on se doute que ce n'est pas de gaieté de cœur !)
à « faire avec ». Et pour ce faire, je n'ai encore rien trouvé de mieux que la laïcité (sans qualificatif !) et donc, en
ce qui concerne la France, rien de plus adéquat que la loi
et les règlements qui l'instaurent et la font vivre.
Mais alors, attention ! Je veux bien - puisqu'on ne
peut pas faire autrement - ne pas aller « plus loin » que
ce que dit la loi ; mais je ne veux pas non plus que, sous
les prétextes les plus divers, la laïcité recule chaque jour
un peu plus au point de se retrouver en-deçà ! En
d'autres termes : à défaut de mieux, rien que la laïcité,
d'accord, mais toute la laïcité ! Et si certains ne voient pas
que celle-ci, depuis quelques années, est attaquée et

mise en cause de toute part - et pas seulement par une
partie des musulmans - et fort mal, voire pas du tout
défendue par ceux qui devraient tenir à elle comme à la
prunelle de leurs yeux, j'avoue ne pas trop savoir comment leur dessiller lesdits yeux.
Après tout, on sait qu'il n'y a pire aveugle que celui
qui ne veut pas voir... (5)

Gérard Roy
(1) Il y a bien des années, Cavanna tenait dans
Charlie une rubrique intitulée « Je l'ai pas lu, je l'ai pas
vu, mais j'en ai entendu causer ».
(2) Éditions La Découverte.
(3) On aura noté, j'espère, le saut qualitatif que
représente le passage de « enseignant(e)s » à
« enseignant-e-s », puis à « enseignantEs, enfin
(provisoirement ?) à « enseignant.e.s ». On ignore encore quelle sera l'étape suivante, mais on compte sur
l'hyperféminisme grammatical pour trouver toujours
mieux...
(4) Que sous-entend d'ailleurs cette appellation
« enseignants laïques »? Qu'eux sont laïques, contrairement aux autres qui, n'ayant pas la même conception
de la laïcité, ne le sont pas ? Ne serait-on pas là en présence d'une sorte d'appropriation, de « marque déposée », un peu analogue au hold-up réalisé par le gang
de Sarko sur les républicains ?
(5) Une page intéressante dans Le Monde du 20
septembre, à propos d'un sondage sur les musulmans
de France. D'où il ressort, entre autres, que si une toute
petite moitié est totalement sécularisée et parfaitement
à l'aise avec la laïcité, un gros quart (très majoritairement jeune) n'en a pas tout à fait (euphémisme) la
même idyllique vision...

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15

Démocratie à la mode helvétique

VIVE LES « VOTATIONS » !

16

Voici un exemple d’affiche publié dans GREENFO,
le journal d'information des Verts suisses (n°3, août
2016). Il s’agit de gagner la « votation » du 25 septembre,
pour une économie verte. Pour cela, nos camarades
suisses se donnent les moyens suivants afin de convaincre leurs concitoyens :
- projection du film Demain et discussion sur
l’Initiative pour une Économie verte avec des intervenants, dans tous les cantons, de la fin août à la fin septembre ;
- campagne d’affichage, que je trouve absolument percutante. N’est-ce pas un excellent moyen
que de faire passer le message écologiste, qui concerne avant tout les générations futures, en choisissant un nouveau-né couché sur le ventre de sa mère ?
(Personnellement, j’opterais aussi pour une deuxième
affiche, avec un bébé qui s’appellerait... heu…, Léa…
Cela permettrait une alternance garçon/fille sur les
panneaux d’affichage.)
En fait, nos amis Verts suisses se battent sur
l’essentiel,
par
le
biais
des
« votations » (référendums), pendant que nous, Français, nous passons notre temps à voter pour des gens
(président, députés, conseillers départementaux et
régionaux, maires…) qui se dépêchent ensuite d’oublier les raisons qui nous ont conduits à les élire (1).

En revanche, ils nous pondent des réformes dont on
ne nous avait jamais parlé auparavant et dont, le plus souvent, nous ne voulons pas. Ce qui entraîne des grèves et
des manifestations en donnant une image bien négative de
notre pays.
Mais bon sang de bonsoir, qu’attendons-nous pour
réclamer haut et fort ce régime de votation, qui permettrait à chaque citoyen de prendre part à des décisions essentielles pour l’avenir de ses enfants, de son pays, voire
de la planète ?

Suzy Antoine

(1) Quant à nous, écolos, nous ne faisons pas mieux
au sein de notre parti, en dépensant une énergie folle à
nous battre entre porteurs de motions, à nous pourfendre
sur un protocole de vote en interne pour la désignation de
notre candidat-e à la présidentielle, j’en passe et des meilleures. Nous perdons un temps précieux à ergoter sur des
points de détail. Et c’est ce qui nous fait perdre notre électorat…et nos militants.

Pitoyables, les électeurs ?

DE L'INCONVÉNIENT, POUR UN POLITIQUE, DE
DIRE CE QU'IL PENSE

Quelque opinion qu'on ait d'Hillary Clinton (et la
mienne est bien loin d'être positive), difficile de lui
donner tort quand elle s'en prend en ces termes aux
supporteurs et électeurs de son concurrent républicain : « Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la
moitié des partisans de Trump dans ce que j'appelle le
panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. À vous de choisir. »
Résultat immédiat de cette diatribe : une chute
vertigineuse dans les sondages d'intentions de vote chute aggravée, certes, par d'autres facteurs -, à tel
point que l'élection de l'autre taré à la présidence des
États-Unis, pour laquelle on n'aurait pas hier parié un
bouton de culotte, paraît aujourd'hui parfaitement
envisageable (1).

Conclusion évidente : un homme ou une
femme politique ne doit en aucun cas dire ce qu'il
pense, ce qu'il a sur le cœur. Mieux vaut qu'il biaise,
qu'il louvoie, qu'il évite certains sujets scabreux, qu'il
réponde à côté de la plaque, qu'il se contorsionne en
circonlocutions vaseuses ; mais surtout, surtout, qu'il
ne dise pas la vérité, en particulier si cette vérité risque
de ne pas faire plaisir à tout le monde. Sinon, sa popularité, son élection, voire sa carrière sont compromises.
Parions qu'Hillary, en dépit d'une campagne pas toujours très bien menée, aurait conservé jusqu'au bout sa
confortable avance si elle s'était abstenue de faire part
publiquement de son peu d'estime, bien compréhensible, pour le ramassis de crétins qui se pâment devant
la tignasse orange, les blagues à trois balles et les slogans foireux (« Make America great again ») de Donald
-le-Dingue.
On comprend mieux pourquoi nos politiques à
nous - tous nos politiques, sans exception - emploient,
pour parler des électeurs du Front national, les mêmes

« éléments de langage », agrémentés du même cul-dede poule coincé : non, les supporteurs de Marine, de
Marion, de Jean-Marie Le Pen et consorts ne sont pas
des salauds ni des cons ; non, ils ne sont (ou alors si peu,
ou alors pas plus que la moyenne) ni racistes, ni
sexistes, ni xénophobes, encore moins fascistes, cryptofascistes, fascisants, fascistoïdes. Ce ne sont que de
pauvres gens, déclassés, démoralisés, déboussolés, désespérés. Des gens qui, trompés par les politiques (par
les autres, bien sûr, hein, ceux du camp d'en face), ne
croient plus en rien et se disent qu'ils n'ont rien à perdre
à « essayer » autre chose (et tant pis si cet « autre
chose » est toujours, comme par hasard, situé du même
côté de la barrière, comme s'il n'y avait pas d'autre
moyen de manifester sa colère et/ou son désespoir :
évacuons pudiquement cette remarque gênante). Bref
de braves gens, pas méchants mais malheureux, pas
vindicatifs mais paumés, pas fachos ni abrutis mais en
colère et au bout du rouleau, dont le tropisme extrême
droitier mérite toute notre compréhension, toute notre
compassion, car c'est en fait un appel au secours : on ne
va pas en plus les enfoncer en leur mettant le nez dans
leur caca !

Ma foi, qu'on tienne ce discours à droite,
après tout, ça ne me gêne pas vraiment : il est normal
que, de ce côté de l'éventail politique, on veuille
« récupérer », en les caressant dans le sens du poil, des
électeurs dont on est vraiment très, très proche. Mais
qu'à gauche (si tant est que ça signifie encore quelque
chose), et même chez les écolos, on s'abstienne (laissant
ce soin aux humoristes, qui font le boulot qu'on n'ose
pas faire) d'appeler un chat un chat ; qu'on entretienne
la fable des braves gens qui « se trompent de colère » ;
qu'on renonce à pousser lesdits braves gens dans leurs
retranchements (au mieux, la honte en ferait peut-être
réfléchir certains ; au pire, de toute façon, ils ont déjà

17

choisi leur camp), ça, excusez-moi, ça me fout hors de moi.
Et qu'on ne vienne pas me dire (je ne suis pas tout à fait
assez idiot pour le croire) qu'insulter les électeurs du FN ne
fait pas reculer l'extrême droite : avoir fait (ou au moins
laissé) passer en un quart de siècle un groupuscule au
stade de premier parti de France, quelle belle réussite de la
stratégie inverse, celle de la compassion et de la brosse à
reluire !
J'entends déjà l'objection : ouais, c'est facile pour
toi de dire ça, tu ne cherches pas à te faire (ré)élire. Et ce
n'est pas la mésaventure d'Hillary Clinton qui va pousser
les politiques à parler selon leur cœur au lieu de rabâcher
des slogans...

(1) Même s'il perd
finalement, les traces répugnantes que laissera sa
campagne en matière de
xénophobie, de sexisme, de
racisme, etc. parfaitement
assumés, la radicalisation
des positions les plus droitières qu'il aura incarnée, la
haine décomplexée qu'il
aura autorisée chez ses
supporteurs (pour les Latinos, pour les musulmans, pour
Hillary Clinton, etc.), tout cela marquera durablement un
pays capable du meilleur (rarement) comme du pire (le
plus souvent).

Gérard Roy

Plaisirs d'automne

18

YOUKAÏDI, YOUKAÏDA, LES CHASSEURS SONT
D'NOUVEAU LÀ !
Eh ! oui, depuis la mi-septembre, on entend de
nouveau résonner dans nos vertes contrées le sympathique appel des chiens de chasse et le tonitruant concert des fusils, cependant qu'on admire, au bord des
routes de campagne, le gracieux ballet, autour des 4x4,
de la trilogie gilet fluo-bière-casquette.
Excellente occasion - avant (ou au lieu) d'aller
risquer une volée de plombs en se baladant
bêtement en forêt (comme si la forêt était
faite pour qu'on s'y balade !) - de prendre
connaissance d'un intéressant sondage et de
quelques vérités pas nécessairement très
connues.

Le sondage (1), c'est celui effectué par l'IFOP, entre le 12 et le 14 septembre, auprès d'un échantillon représentatif
de 1 011 personnes. Sondage d'où il ressort
que 61 % des Français ne se sentent pas en
sécurité quand ils se promènent dans la nature en période de chasse (ils n'étaient
« que » 54 % il y a 7 ans). 78 % (contre 54 %
en 2009) se prononcent pour un dimanche décrété
jour sans chasse. 60 % trouvent injustifié qu'on ne
puisse pas contrôler l'alcoolémie des chasseurs en
train de chasser (alors qu'on contrôle celle des auto-

mobilistes en train de conduire). 91 % sont favorables à
une réforme de l’organisation et de la réglementation de la
chasse pour les adapter à la société actuelle.
Et nos élus (y compris EÉLV), ils en pensent quoi, de
tout ça ?... (2)

Les vérités qui gênent (au nombre de 10) viennent d'être rappelées par l'ASPAS. Résumons (3).
1) Un fusil à canon lisse est dangereux jusqu'à 1,5 km, une carabine à canon rayé
(pour le tir à balles du gros gibier) jusqu'à 3
km. Rappelons que, grâce à ces merveilles
de la technique, les chasseurs ne font pas
que s'entretuer (ce qui, après tout, les regarde), ils blessent et tuent aussi des nonchasseurs.
2) Aucune loi n’existe pour contrôler le taux
d’alcoolémie des chasseurs en action, ni aucune sanction ; ils ne sont tenus à aucun
examen médical, ni leurs armes à aucun contrôle.
3) Tant qu’un propriétaire n’a pas officiellement manifesté son intention d’interdire la
chasse, son terrain est par défaut et légalement présumé « chassable ». Mais même s'il

a fait part de son opposition, des chiens de
chasse peuvent pister un gibier chez un propriétaire, et des chasseurs sur son terrain
pour achever un animal mortellement blessé
ou aux abois.
4) Les piégeurs posent toute l’année des
engins de mort capables de happer aveuglément des chats, des chiens, des animaux
sauvages théoriquement protégés…
5) L'animal sauvage étant « res nullius » dans
le droit français (c'est-à-dire qu'il n'appartient à personne), il ne bénéficie d'aucune
protection légale et on peut lui faire subir
impunément des actes de cruauté répréhensibles sur un animal domestique (déterrage,
piégeage à la glu, etc.)
6) Bien que la chasse soit en théorie soumise
à des dates d'ouverture précises, dans les
faits, on peut chasser en France 365 jours
par an (battues administratives, animaux
classés « nuisibles »...), même de nuit, et à
peu près n'importe où (dans les parcs naturels régionaux, par exemple).
7) On peut légalement chasser des animaux
coincés dans des enclos (chasses commerciales privées, sans limites, sans contrôle
autre que celui du permis).
8) L'un des arguments préférés des chasseurs, c'est qu'ils paient pour chasser : encore heureux, puisque c'est une partie de
notre patrimoine naturel qu'ils s'approprient ! Mais une bonne partie des taxes
dont ils s'acquittent est reversée aux fédérations de chasse et à l'ONCFS (4). Sans compter qu'à cause de leurs dérives, la France est
régulièrement condamnée à payer des
amendes colossales à l'Europe.
9) La chasse française bat tous les records :
en nombre d'animaux abattus (30 millions
d’oiseaux et mammifères chaque année ; sur
les 100 millions d’oiseaux abattus chaque
année par les chasseurs en Europe, 25 millions le sont en France !), en nombre d'espèces chassables, en durée des périodes de

chasse, etc.
10) Le plus puissant groupe de l’Assemblée nationale, loin devant les autres, est le groupe
Chasse. En 2016, 115 élus en sont
membres, contre 31 du groupe maladies orphelines, 60 du droit de
l’enfance et de la protection de la
jeunesse, 40 de la protection des
animaux.
Puissance financière et politique
influente, la chasse paie à prix d’or
un lobbyiste professionnel pour faire pression
sur les députés et les sénateurs. Selon la Cour
des Comptes, il a en outre « des contacts hebdomadaires avec les conseillers du Premier ministre et du Président de la République ».

Gérard Roy

(1) Oui, je sais, les sondages, on ne les prend à
témoin que quand ils corroborent ce qu'on pense, mais
bon...
(2) La totalité du sondage est consultable sur les
sites de l'ASPAS (Association pour la Protection des Animaux sauvages) et de One Voice.
(3) Beaucoup plus de détails sur www.aspasnature.org
(4) Office national de la Chasse et de la Faune sauvage.

19

Science et écologie

MONTÉE DES EAUX, TERRES D'AFRIQUE,
GLYPHOSATE ET ENCORE FUKUSHIMA
1. Les littoraux face à la montée des eaux

2. Soigner les terres agricoles d'Afrique

Les effets du changement climatique se font déjà
bien sentir sur le littoral : érosion marine accélérée, disparition de certaines plages, menaces sur les habitations
proches de la mer, etc. L'augmentation du niveau de la
mer devrait se situer entre 50 cm et 1 m d'ici à 2100. Le
Conservatoire du Littoral propose de ne pas poursuivre
partout l'artificialisation du rivage et de laisser faire la mer,
en laissant se reconstituer des zones naturelles tampons :
lagunes et prés salés. Mais cette orientation se heurte à
des intérêts économiques et à la grogne de certains habitants. (Alternatives Économiques n° 360, septembre 2016,
pp 50-52)

En Afrique subsaharienne, beaucoup de sols sont
tellement dégradés que même l'apport d'engrais ne
sert à rien. Ils manquent de matière organique et de
nutriments pour les plantes. Résultats : les rendements sont médiocres et parfois s'effondrent. De plus,
les études montrent que la population devrait doubler
d'ici à 2050 et que la région sera durement affectée
par le réchauffement climatique. Par des méthodes
d'agroforesterie, des agriculteurs africains améliorent
leur sol tout en augmentant les rendements. Ces méthodes reposent sur la culture d'arbres, d'arbustes et
de plantes herbacées au milieu ou à côté des culture
vivrières. Par les feuilles et les débris, ces plantes apportent du carbone et de l'azote au sol, réduisent
l'érosion et facilitent la rétention d'eau. En quelques
années, les rendements en maïs ou en sorgho passent
de une à trois tonnes à l'hectare. Dans la pratique,
trois méthodes, basées sur les mêmes principes mais
un peu différentes par les plantes utilisées et leur
agencement, sont mises en œuvre. (Pour la Science,
n° 467, septembre 2016, pp. 64-69)

20

Commentaire : La tempête Xynthia de février
2010, avec les ruptures de digues, les inondations de communes littorales et une cinquantaine de morts, a accéléré
la prise de conscience. Comment faire face à la montée
des eaux et au risque de recul de la ligne littorale ? Déjà 20
% du littoral sont figés par des digues, des brise-lames ou
des enrochements. Cela coûte cher et est de moins en
moins tenable. L'artificialisation du trait de côte devra
donc être limitée aux zones à très forte densité. Ailleurs, il
faudra faire avec la mer. Après Xynthia, l'État a imposé à
303 communes des Plans de Prévention des Risques Littoraux (PPRL). Il s'agit essentiellement de contrôler l'urbanisme en interdisant les constructions dans les zones menacées par la montée des eaux. Certaines zones d'habitation devront même être abandonnées. Cette orientation
ne se fait pas sans conflit avec les propriétaires des biens
concernés. Mais il y a un problème d'équité : le plaisir individuel d'habiter à proximité de la mer ne doit pas entraîner
des aménagements lourds pris en charge par les finances
publiques.

Commentaire : Déjà un million d'agriculteurs
africains ont intégré ce type de plantes vivaces dans
leurs pratiques agricoles. Ils ont restauré leurs sols
tout en augmentant de façon durable leur production
alimentaire. Mais des millions d'autres ne savent
même pas que ces techniques existent et ont besoin
d'une aide technique et financière. Ces bonnes pratiques sont moins faciles à utiliser que les engrais ou
les pesticides. Les agriculteurs doivent apprendre à
faire pousser ensemble des plantes, à gérer la rotation
des récoltes, etc. Il serait temps que les pays occiden-

taux, et notamment la France, arrêtent d'imposer à
l'Afrique des exportations qui détruisent leur économie, et il serait préférable d'encourager ces nouvelles
pratiques, qui pourraient permettre aux Africains
d'augmenter leur niveau de vie et de progresser vers
l'autonomie alimentaire.

3. Le glyphosate en sursis
Le glyphosate est la molécule active d'un désherbant fabriqué par Monsanto, le Roundup. Monsanto
commercialise aussi des OGM (maïs, soja) qui tolèrent
une pulvérisation de Roundup, ce qui facilite le désherbage. Comme le brevet de Monsanto a expiré en 2000,
des dizaines d'autres fabricants proposent maintenant
du glyphosate : 8,6 millions de tonnes ont déjà été déversées dans le monde. Conséquence de son
« succès », le produit est présent partout : dans les aliments, la bière et même… dans les urines de 48 députés européens volontaires pour un test. Mais il y a un
problème : autorisé en Europe depuis 2002, le glyphosate est classé « cancérigène probable » par le Centre
International de Recherche sur le Cancer (CIRC), mais
pas par l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments
(EFSA). (La Recherche n° 515, septembre 2016, pp. 1619).

Commentaire : Comment expliquer les différences de résultats entre le CIRC et l'EFSA ? En fait, les
rapports des deux organismes ne prennent pas en
compte les mêmes études. Les experts du CIRC se sont
basés uniquement sur des études publiées dans des
revues « à comité de lecture », qui ont la caution de
spécialistes. L'EFSA a utilisé le même corpus, mais y a
ajouté les études réalisées par les industriels pour l'homologation des produits. Or ces études posent deux
problèmes : elles sont soupçonnées de ne pas être objectives et, pour des raisons de protection industrielle,
elles sont confidentielles et donc difficilement vérifiables. Par ailleurs, une grande partie des experts qui y
ont participé sont employés par des sociétés de l'agrochimie, avec des risques évidents de conflit d'intérêt.
Résultat : le glyphosate bénéficie d'un nouveau sursis
de 18 mois. Or, même si sa nocivité était modeste,

l'ampleur de l'exposition actuelle est telle que le risque
final pourrait être important.

4. Fukushima, le 11 mars 2011 raconté par le
directeur de la centrale
Le 11 mars 2011, un tsunami dévaste la centrale
nucléaire de Fukushima. Entre juillet et novembre 2011,
pendant 6 jours, le directeur de la centrale, Masao
Yoshida, est auditionné par une commission d'enquête
du gouvernement nippon. Pendant 3 ans, le gouvernement refusera de rendre public le contenu du rapport qui
résulte de ces auditions. Mais en mai 2014, la fuite dans
la presse de la déposition de Yoshida, en partie erronée,
obligera le gouvernement à livrer la véritable version de
l'audition. Une équipe de Mines Paris Tech a pris l'initiative de traduire cette audition en français (1). Le directeur de la centrale explique qu'il s'est retrouvé complètement seul car le gouvernement japonais, Tepco et l'autorité de sûreté se sont montrés incapables d'apporter une
aide efficace aux travailleurs restés sur le site dévasté.
Confronté à la mort, il fera preuve de beaucoup de courage et de sens du sacrifice pour essayer de limiter les
dégâts. Il raconte qu'il a explosé de colère contre les
« ordres pourris » des autorités de sûreté et qu'il a menti
pour maintenir l'injection d'eau de mer dans l'un des
réacteurs détruits. (La Recherche n° 515, septembre
2016, pp. 72-73).

Commentaire : Ces informations sont indispensables à qui veut étudier la catastrophe de Fukushima.
Elles éclairent de nombreux mystères sur le déroulement
de l'accident, qui trouvent leur source dans les méconnaissances, les confusions, voire les mensonges lors de la
crise. Mais Yoshida s'exprime aussi sur les causes profondes de l'accident, la survenue d'un tsunami. Or il y
avait eu au même endroit, en 1896, un séisme dont le
tsunami consécutif avait déjà fait 20 000 morts. Au fait,
la centrale française de Fessenheim a été construite aussi
sur une zone sismique. Il serait peut-être judicieux de la
fermer avant que survienne un tremblement de terre…

Gérard Mamet

(1)
L'Accident
de
Fukushima Dai Ichi, Le récit du
directeur de la centrale, volume
II, sous-titré Seuls, Presse des
Mines, 2016.

21

Douce France

LES SYRIENS ET LES AUTRES :
HYPOCRISIE POLITIQUE
Au début des vacances d’été, le CDDLE (1) avait connaissance d’une vingtaine de familles menacées d’expulsion,
dont 16 à Besançon. La majorité avait reçu des Obligations à
quitter le territoire français (ce que l’on appelle OQTF), confirmées par le Tribunal administratif ou pour lesquelles les
familles étaient en recours devant ce même tribunal.
D’autres familles étaient menacées de « réadmission » dans
le pays d’entrée dans l’espace Schengen. Une quarantaine
d’enfants scolarisés étaient concernés par ces expulsions du
territoire français. Ils ont, avec leur famille, été mis sous la protection de marraines et parrains républicains lors de la cérémonie de parrainage organisée le 2 juillet dans le cadre du « printemps des migrants », campagne lancée par le Réseau Éducation
sans Frontières (RESF) sur le thème : « Une école, un toit, des papiers ». Une pétition « Ces élèves sont à l'école aujourd'hui,
nous voulons les retrouver à la rentrée ! » a été mise en ligne par RESF 25 sur le site RESF.

Des pratiques cruelles et inhumaines

22

Le Préfet a profité des vacances pour mettre à exécution l’expulsion de 4 familles, soit 10 enfants qui n’ont
donc pas retrouvé les bancs de l’école ou du collège à la
rentrée. Ces familles, originaires des Balkans, sont arrivées
à Besançon et ont déposé des demandes d’asile en vue
d’obtenir une protection parce qu'elles craignent pour leur
vie. Les pays d'où elles viennent ne sont pas en guerre,
mais vivent une forte instabilité politique favorable à des
phénomènes de vendetta et de vengeance. Mais il leur est
très difficile d'apporter les preuves des risques encourus,
parce que les persécuteurs délivrent rarement des certificats de persécution à leurs victimes… Résultat : les demandes d'asiles ont été refusées par les institutions OFPRA-CNDA - (2) chargées d'étudier leur dossier
(seulement 20 à 25 % des demandes aboutissent à une
protection). Par la suite, toute démarche pour obtenir un
titre de séjour s’est révélée vaine, le refus de titre de séjour étant la règle à la préfecture du Doubs.
Déboutées de leur demande d’asile et se voyant
refuser un titre de séjour, ces familles ont reçu une OQTF,
qui les a plongées dans l’angoisse de l’expulsion alors
qu’elles étaient pour la plupart depuis plusieurs années en
France et que leurs enfants avaient particulièrement bien
intégré l’école primaire ou secondaire. Elles ont alors tenté, en vain, de faire annuler les OQTF par le Tribunal administratif. Par la suite, la Préfecture du Doubs s’est montrée
particulièrement dure à leur égard : assignations à résidence, risques permanents d’interpellation pouvant mener

à l’expulsion, tentatives d’intimidation, impossibilité
pour les associations d’aide d’avoir des rencontres
avec les autorités. Toutes ces pressions ont été vécues
comme des violences morales et psychologiques émanant des services de l’État.

La France n'est plus la patrie des droits de
l'homme
Comment pourrions-nous tolérer ces violences
faites à des personnes ayant fui leur pays pour venir
demander protection en France ? Comment pourrionsnous accepter que des enfants soient soumis à de tels
traitements ?
Examinons certains faits :
- Lors des expulsions, des familles et leurs enfants embarqués dans un avion souvent menottés, y
compris des adolescents (Genita, par exemple) parce
qu’ils ont osé dire qu’ils ne voulaient pas retourner
dans leur pays où ils sont menacés.
- Une petite fille de 12 ans handicapée envoyée
avec ses parents dans un pays qu'ils ne connaissent
pas, simplement parce que c'est le pays d'entrée dans
l'espace Schengen.
- Des violences policières exercées sur les parents devant leurs enfants.
- Des enfants qui se retrouvent dans un avion
sans leur mère hospitalisée.
Et, comble du cynisme, cette politique, qui permet de faire la chasse à ces familles, en France et par-

ticulièrement à Besançon, est justifiée parce que l’on
doit soi-disant faire de la place pour accueillir les étrangers venus de pays en guerre.
Aujourd’hui, par les pétitions, les protestations,
les manifestations, les associations de soutien et de
solidarité avec les migrants (CDDLE, RESF25, etc.) signifient leur désaccord avec cette politique qui meurtrit
les familles et les laisse sur le bas-côté en les expulsant
du territoire ou des hébergements, ou en les laissant
dormir dans la rue, telles ces familles nouvellement
arrivées pour demander l’asile. Elles demandent aussi
le retour des expulsés de cet été et un hébergement
pour les familles nouvellement arrivées pour demander
l’asile, comme c’est leur droit.

Des chiffres qui contredisent les discours
sur l'immigration
Le pire, c'est que nous avons toujours le discours
habituel sur la « vague de migrants », et pas seulement
du côté du FN. Or Eurostat, l’office statistique de
l’Union européenne, vient de publier quelques chiffres
significatifs sur les mouvements récents de demandeurs d'asile en Europe : le nombre de primodemandeurs d’asile est en forte baisse au premier trimestre 2016 et dans le même temps, plus de 1 sur 3
continue de venir de Syrie.
En quoi ces données font-elles évoluer nos préjugés ? À quoi servent les chiffres quand ils contredisent les idées toutes faites ? Que font les politiques de
ces données au-delà de leurs préoccupations électorales ? Quant à moi, je m'interroge en lisant quelques
chiffres présentés par Eurostat sur les mouvements de
réfugiés et sur la générosité supposée de notre République, « pays des Droits de l'Homme », comparée à
celle de ses voisins :
« Au cours du premier trimestre 2016 (de janvier
à mars 2016), 287 100 primo-demandeurs d’asile ont
introduit une demande de protection internationale
dans les États membres de l’Union européenne, soit un
chiffre en baisse de 33 % par rapport au quatrième trimestre 2015. » [...]
« Avec plus de 102 000 primo-demandeurs
d’asile de janvier à mars 2016, les Syriens sont demeurés la principale nationalité des personnes sollicitant
une protection internationale dans les États membres
de l'UE, devant les Irakiens et les Afghans (avec chacun
environ 35 000 primo-demandeurs). Ils constituent les
trois principales nationalités des primo-demandeurs
d’asile dans les États membres de l’UE au premier trimestre 2016, représentant 60 % de l’ensemble des primo-demandeurs d’asile. » [...]

« Au cours du premier trimestre 2016, le plus
grand nombre de primo-demandeurs a été enregistré en
Allemagne (avec quasiment 175 000 primo-demandeurs,
soit 61 % du total des primo-demandeurs d'asile dans les
États membres de l’UE), suivie de l'Italie (22 300, soit 8
%), de la France (18 000, soit 6 %), de l'Autriche (13 900,
soit 5 %) et du Royaume-Uni (10 100, soit 4 %). » […] En
proportion de la population de chaque État membre,
avec 270 demandeurs par million d'habitants, la France
arrive en seizième position, loin derrière l'Allemagne qui
en compte 2 155, soit 8 fois plus.

Contre le fantasme d'invasion
Un seule question se pose dès lors : sommes-nous
envahis, et si oui par qui ? Si tous ces chiffres mettent à
mal les discours ambiants, qu'en fait-on ? On se justifie
comme on peut mais on ne change rien : avec la perspective de la présidentielle en 2017, la lâcheté est de mise.
On fait passer Angela Merkel pour une irresponsable
alors que, même si elle a échoué à entraîner les autres
pays européens à développer une politique commune une position européenne que soutient par exemple
Yannick Jadot -, elle a cependant eu le courage de regarder au-delà de son mandat. Et le besoin de maind’œuvre de l'Allemagne, qu'agitent cyniquement ses adversaires français pour expliquer son geste, ne suffit pas
à expliquer son « On y arrivera » que nous avons refusé.
La France n'est donc plus une terre d'accueil, encore
moins la patrie des Droits de l'Homme.
En effet, même si Angela Merkel perd les élections, sa position fera date à long terme : ce n'est pas
parce qu'elle s'est mise en danger qu'elle a eu tort et,
dans le futur, personne en France ne devra venir se
plaindre de voir les Allemands, et les Syriens ayant été
accueillis en Allemagne, reconstruire un pays détruit par
notre lâcheté. Ils auront su tisser des liens de confiance
que nous avons trahis. Cette reconstruction se fera sans
nous.
D'ailleurs, chez nos voisins, Rafik Schami, auteur
contemporain germanophone d'origine syrienne, compte
parmi les écrivains de langue allemande les plus marquants aujourd'hui. Exilé en Allemagne depuis les années
1970, il voit ses œuvres traduites partout (entre autres
Mon papa a peur des étrangers, La joie de lire, 2004, et
Damas, saveurs d'une ville, Sindbad-Actes Sud, coll.
Orient gourmand, 2007). Cette ouverture culturelle n'est
donc pas nouvelle ; pendant ce temps, la « France généreuse » s'est refermée dans sa coquille.

23

Et à Besançon, quels sont les Syriens que nous
avons accueillis depuis 2015, ou que nous allons accueillir,
qui justifient les expulsions actuelles de Kosovars et autres
bannis devant faire place nette aux nouveaux arrivants ? À
cette question, aucun acteur mis en place dès octobre
2015 par la Préfecture du Doubs ne répond avec précision.

Thierry Lebeaupin

(1) Collectif de Défense des Droits et Libertés des
Étrangers.
(2) Office français de Protection des Réfugiés et
Apatrides - Cour nationale du Droit d'Asile.

Monsieur Laurent Wauquiez, Président de la Région
Rhône-Alpes-Auvergne,

24

Je voudrais vous rappeler que le village du
Chambon-sur-Lignon, en Auvergne, est le seul à avoir sa
plaque de Village des Justes au mémorial Yad Vashem de
Jérusalem. Je dois ma vie à ce village, qui a accepté d’accueillir mes parents pourchassés par le nazisme et le pétainisme. Et vous, dont la mère Éliane est maire de ce village,
vous refusez d’accueillir dans votre immense Région
1 784 réfugiés ! À lui tout seul, Le Chambon a accueilli
5 000 réfugiés. J’avoue que je suis à ce point navré que le
mot pour qualifier votre attitude est à inventer tant elle
est empreinte d’inhumanité, d’égoïsme et de calcul électoral. Si la déchéance de nationalité existait, c’est à vous que
je l’appliquerais.

Home
Personne ne quitte sa maison à moins
Que sa maison ne soit devenue la gueule d’un requin
(…)
Personne ne pousse ses enfants sur un bateau
A moins que l’eau ne soit plus sûre que la terre ferme
(…)
Personne ne passe des jours et des nuits dans l’estomac d’un camion en se nourrissant de papier journal
A moins que les kilomètres parcourus soient plus
qu’un voyage
Personne ne rampe sous un barbelé
Personne ne veut être battu
Pris en pitié
Personne ne choisit les camps de réfugiés
Ou la prison
Parce que la prison est plus sûre
Qu’une ville en feu
(…)
Je veux rentrer chez moi
Mais ma maison est la gueule d’un requin
Ma maison est le baril d'un pistolet
(…)
Personne ne quitte sa maison
A moins que ta maison ne te chasse vers le rivage
A moins que ta maison ne dise
A tes jambes de courir plus vite
De laisser tes habits derrière toi
De ramper à travers le désert
De traverser les océans
Noyé
Sauvé
Affamé
Mendiant
Fierté oubliée
Ta survie est plus importante.

Jacques Livchine, directeur du Théâtre de l'Unité,
Audincourt (publié sur Facebook le 19 septembre)

Warsan Shire
Poétesse somalienne.

De la Franche-Comté à Wallis-et-Futuna

PETITE CHRONIQUE WALLISIENNE (9)
La Nouvelle-Calédonie, en route vers l’indépendance ?
De passage à Ouvéa, superbe petite île de l'archipel Loyauté, au nord de la Grande Terre de Nouvelle-Calédonie, j’ai eu
envie de vous donner quelques nouvelles de ce pays - et de son peuple kanak -, qui ne fait plus parler de lui depuis plus de
25 ans mais vit peut-être une période charnière de son histoire.

Après la crise, le dialogue et l’apaisement
L’île d’Ouvéa, rappelez-vous, a été le théâtre
d’événements tragiques en avril 1988. Alors que les
tensions sont vives entre indépendantistes et loyalistes
depuis plus de quatre ans, la gendarmerie d’Ouvéa est
attaquée par des indépendantistes, quatre gendarmes
sont tués et vingt-sept autres sont retenus en otage
dans la grotte de Gossanah. Malgré un début de négociation, l’assaut est donné par les forces de l’ordre
(GIGN et commandos militaires). Dix-neuf jeunes
Kanaks sont tués ainsi que deux militaires. Mitterrand,
réélu quelques jours après ce triste événement, et son
gouvernement doivent trouver une issue à cette crise
qui n’a que trop duré. Quelques semaines plus tard, le
26 juin 1988, Jean-Marie Tjibaou (FLNKS), Jacques
Lafleur (RPCR) et Michel Rocard, Premier Ministre, signent les accords de Matignon.

Ces accords mettent en place de nouvelles institutions (trois provinces dotées de compétences qui leur
confèrent une certaine autonomie), organisent le développement économique de l’archipel, renforcent la reconnaissance de la culture kanak. Le Centre culturel
Tjibaou naîtra d'ailleurs des accords de Matignon. Ces
accords prévoient aussi l’organisation d’un scrutin
d’autodétermination dans les dix ans à venir. Ils sont
approuvés par les Français lors du référendum du
6 novembre 1988 (80 % des suffrages exprimés... mais
30 % seulement de votants).

C’est sur l’île d’Ouvéa qu’un nouveau drame se
produira en mai 1989 : l’assassinat de Jean-Marie Tjibaou
et de son bras droit au FLNKS, Yeiwéné Yeiwéné, par un
Kanak hostile aux accords de Matignon.

Des accords de Matignon à l’accord de
Nouméa
En 1998 est signé, sous l'égide de Lionel Jospin,
l’Accord de Nouméa, dont le préambule est considéré
comme l’un des textes fondateurs de la politique néocalédonienne : apparaissent en effet les notions de
« double légitimité », celle des Kanaks d’abord, peuple
autochtone, riche d’une culture et d’une « identité (…)
fondée sur un lien particulier à la terre » (1). Légitimité
aussi des « nouvelles populations » venues en grand
nombre aux XIXe et XXe siècles, contre leur gré ou cherchant une seconde chance en Nouvelle-Calédonie et convaincues d’apporter le progrès. Sont reconnues les
« ombres de la période coloniale, même si elle ne fut pas
dépourvue de lumière ». Il y est question aussi de destin
commun, de décolonisation et d’accès à la pleine souveraineté.

L’accord de Nouméa repousse l’autodétermination
jusqu’à une période située entre 2014 et 2018 et poursuit le transfert des compétences de l’État vers les institutions locales, Provinces et Congrès. Au terme du processus de Nouméa, seules, en principe, les institutions
régaliennes (police, justice, armée, politique étrangère,
monnaie) ne seront pas encore gérées par le pouvoir
local. Et le référendum prévu en novembre 2018 au plus

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tard décidera de l’avenir du peuple calédonien.

Entre espoir et appréhension, un processus
difficile
Aujourd’hui, le sujet reste délicat, difficile à aborder
dans les médias, avec les habitants, car potentiellement
porteur de conflits, entre communautés mais aussi au sein
de chacune d’elles. Chaque partie tente de construire et
d’afficher son unité.
Les Kanaks engagés dans le combat indépendantiste
défendent l'idée d'une Calédonie totalement souveraine,
mais certains envisagent de garder un lien avec la métropole ; d'autres s'inquiètent de ce saut dans l'inconnu, à
une période incertaine où l'industrie du nickel, principale
ressource de l'île, est en crise.
Ce qui saute aux yeux quand on découvre la
Nouvelle Calédonie d'aujourd'hui, ce sont les inégalités
profondes qui demeurent entre les Kanaks et les autres
communautés : inégalités sociales et culturelles, partage
du territoire entre « blancs » et Kanaks, les tribus kanaks
restant installées dans les zones montagneuses ou littorales éloignées et difficiles d'accès.

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Beaucoup d’inconnues demeurent autour de ce
scrutin : comment sera formulée la question ? quelles seront les options soumises au vote des Néo-Calédoniens ?...
Quelques points sont établis cependant : selon
Mathias Chauchat (2), universitaire et juriste, Conseiller
aux Affaires institutionnelles de l'ancien Président du
Congrès Roch Vamytan, le processus est irréversible, il n’y
aura pas de retour en arrière quant à l’autonomie acquise
par le territoire. « Les accords de Matignon ont ouvert un
processus de décolonisation qui se fait par étape et conduit
inéluctablement à l'émancipation. »
Selon lui, le choix s’orientera probablement entre
l’indépendance totale et un statut d’État associé à la
France, modèle qui existe dans d’autres territoires insulaires du Pacifique. Les îles Cook, par exemple, entretiennent ce type de lien avec la Nouvelle-Zélande. Les habitants de ces îles conservent la nationalité néo-zélandaises
et bénéficient de l’appui économique et administratif de
l’ancienne puissance coloniale.
La communauté caldoche, et plus globalement les
non-indépendantistes, sont très hostiles - et inquiets - à la
perspective d'une indépendance totale du territoire. Pourtant, le « Caillou » est déjà responsable de larges pans de
la vie publique, de la santé à l'éducation en passant par la
sécurité civile, l'environnement ou la fiscalité.
C'est le Congrès, dominé d'une courte tête par les
non-indépendantistes, qui doit organiser le référendum.

Ces derniers mois, l'un des vifs débats autour de la
consultation a concerné le corps électoral. Qui doit
voter ? L'accord de Nouméa, en posant les bases d'une
« citoyenneté néo-calédonienne », restreint le corps
électoral aux « gens du pays » :
- personnes arrivées avant 1988, Kanaks et
autres Calédoniens, ainsi que leurs descendants,
- personnes arrivées entre 1988 et 1998, qui
peuvent justifier de 10 ans de présence continue sur le
Caillou et qui se sont inscrites sur les listes électorales
en 1998 au plus tard.

Objectif : éviter que les habitants « de souche »
se retrouvent minoritaires dans cette consultation,
alors que des populations d'origines diverses sont présentes en grand nombre sur le Caillou - métropolitains
et autres Européens, habitants de Wallis-et-Futuna, de
Polynésie, d'Asie. Les Wallisiens et Futuniens, deux fois
plus nombreux en Calédonie que sur leurs îles, expriment d'ailleurs une certaine appréhension à l'approche du référendum. Ils sont souvent perçus par les
Kanaks comme des travailleurs dociles des entreprises
d'exploitation du nickel ; certains ont été utilisés
comme « gros bras » par le RPCR lors des événements
entre 1984 et 1988 et les deux communautés sont en
concurrence pour l'accès à l'emploi.
Même s'il fait l'objet de nombreuses critiques de
part et d'autre, le processus de décolonisation en
cours en Nouvelle-Calédonie a quelque chose de remarquable. Jean-Marie Tjibaou et ses amis, en ouvrant la voie à la fois de la reconnaissance du peuple et
de la culture kanaks et du dialogue entre les cultures,
sont bien à l'origine de cette évolution.
Pour le plaisir, un extrait de Kanaké – Mélanésien
de Nouvelle-Calédonie, de Jean-Marie Tjibaou et
Philippe Missotte, texte publié en 1975 à l’occasion de
Mélanésia 2000. Cette manifestation avait été un
grand événement, le premier festival international des
arts mélanésiens, organisé par Tjibaou et ses amis, et
la première manifestation qui faisait connaître au
monde la culture kanak.

Françoise Touzot

(1) Extrait de l’Accord de Nouméa, 5 mai 1998.
(2) Le Monde, 13 mai 2014.

Kanaké crie :
que chacun arrache de son cœur l’arbre de sa discorde
nos ancêtres jetaient à l’eau l’arbre du deuil
nous le jetterons dans le feu
nous voulons que soit brûlée la haine
et que soit clair le chemin de notre avenir
et fraternel le cercle que nous ouvrons à tous les
autres peuples
Tel est le cri que je lance !

Primaires d’EELV

De gauche à droite, nos
candidates,
Michèle Rivasi,
Cécile Duflot, Karima
Delli, et notre candidat
Yannick Jadot.

Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
(33, Avenue Carnot 25000 Besançon)
Directeur de publication : Gérard Roy
Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet,
Gérard Roy, Suzy Antoine, Françoise Touzot
CPPAP: 0518 P 11003
Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine
Imprimé sur papier recyclé
Par les soins d’Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
ISSN 1169-1190

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