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GEJ11 C1

Le Seigneur chez l'aubergiste Mucius

1. (L'aubergiste :) « ... car c'est seulement dans la vérité qu'est la vie, et la quête de la
vérité est donc la seule occupation qui rende l'homme heureux. Elle réchauffe son cœur et
éveille toujours plus l'esprit divin qui réside en lui, tandis que la paresse, le mensonge et
l'absence de goût pour la recherche de la vérité divine lui sont fatals : l'âme s'enfonce toujours
plus dans les choses matérielles, et cela est cause non seule ment de la mort rapide du corps,
mais de ce que l'âme devient incapable, même dans l'au-delà, de vouloir progresser et
chercher son unique salut.
2. Si l'on devait, comme tu le dis, maintenir l'humanité dans ses vieilles superstitions et
la priver de toute perspective meilleure à seule fin que les serviteurs de l'ancienne foi puissent
mener une vie agréable. il faudrait que Dieu, qui ne laissera à aucun prix la vie essentielle de
l'âme se corrompre ainsi, fasse s'abattre sur les peuples tous les fléaux possibles, afin qu'ils se
réveillent, se reconnaissent eux-mêmes et se libèrent peu à peu de l'oppression et de
l'aveuglement auxquels les condamnaient ceux qui prétendaient les instruire. Et tu imagines
sans peine quel sort serait alors réservé à de tels maîtres. Il ne sera guère question d'amour,
car qui sème l'égoïsme et le mensonge ne récoltera que ce que peuvent donner ces mauvaises
graines.
3. Vous causez donc le plus grand tort au peuple de Jérusalem en croyant bien faire
quand vous le maintenez dans vos vieilles règles absurdes, au lieu de l'inciter à écouter les
paroles de ce Galiléen et à prendre exemple sur ses œuvres d'amour, dont toute la Syrie est
désormais comblée. Mais votre orgueil sans bornes et votre égoïsme vous empêchent de
reconnaître Celui qui est venu à vous, il y a longtemps déjà, dans la plénitude de Sa parfaite
divinité - et je ne L'avais pas reconnu moi non plus, mais Il vient à présent de Se faire
clairement connaître. »
4. Le Pharisien fut si surpris de ces paroles de l'aubergiste qu'il ne trouva rien à
répondre : après quelques paroles insignifiantes, il se retira auprès des siens, qui, derrière la
porte, avaient écouté attentivement les propos échangés.
5. Cependant, l'aubergiste venait à Moi et Me dit, plein d'amour et d'une vraie
affection : « Seigneur et Maître, pardonne-moi de ne pas T'avoir aussi tôt reconnu, dans mon
grand aveuglement ! Mais, tandis que je m'entretenais avec ce Pharisien, j'ai commencé à voir
avec une clarté grandissante qui était celui que j'hébergeais dans ma pauvre maison. Ce
Galiléen dont parlait le Pharisien, c'est Toi-même ! Mais Tu es bien plus encore qu'un grand
prophète car c'était comme si mon cœur se portait davantage vers Toi à chaque instant. De
plus, alors que je Te tournais le dos, je voyais Ton image toujours plus clairement devant moi,
et c'était comme si je ne parlais pas moi-même, mais Toi qui parlais en moi. Oh, cher
Seigneur et Maître, dis-le-moi : était-ce vraiment ainsi ?
6. Je répondis à l'aubergiste : « Oui, en vérité. Ce n'était pas toi qui parlais, mais Moi à
travers toi, et J'ai pu le faire d'autant plus aisément que brûle dans ton cœur un grand amour
pour Moi, chose qui, d'ailleurs. M'a fait entrer chez toi.
7. Car il en sera toujours ainsi : Je n'entre que là où un cœur brûle d'amour pour Moi,
et dans ce cœur, Je ne tarde pas à M'établir comme dans une demeure vraiment agréable.
8. Tu as toujours éprouvé une grande joie à entendre parler des actes du Galiléen, et tu
as découvert très tôt qu'il v avait dans ces actes davantage que la seule force miraculeuse d'un
prophète ou d'un grand homme. C'est pourquoi tu souhaitais très vivement Ma venue chez toi,
afin de pouvoir te convaincre par toi-même de ce que J'étais véritablement. En outre, tu as
toujours fait bien plus de cas de Mon enseignement que de Mes actes merveilleux. Car tu en
avais très vite reconnu clairement l'authenticité. Ainsi, tu étais tout à fait prêt pour Ma venue,
et avec toi, J'ai eu la tâche facile. Car dès que Je suis entré dans ta maison, l'esprit s'est animé
en toi et t'a montré avec évidence ce qui, pour beaucoup de Juifs ici, restera à jamais un
mystère impénétrable.
9. Mais à présent nous devons nous retirer pour la nuit, car Je ne voudrais pas que ces
Pharisiens et ces marchands, que ton discours a grandement surpris, viennent nous trouver ce
soir pour parler avec nous ! Nous aurons bien assez à faire avec eux demain jusque-là,
épargnons-nous cette peine. »
10. Après ces paroles, l'aubergiste Me rendit de nouveau grâce à haute voix de tous les
bienfaits accordés. Mais Je le lui reprochai en disant que la gratitude secrète de son cœur
M'était bien plus agréable. Il se tut donc et nous conduisit à une autre pièce où nous ne serions
pas dérangés par les Pharisiens et les marchands, qui discutaient déjà bruyamment. Et c'est
ainsi que nous passâmes une nuit très tranquille.