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DAEU A et B

FRANÇAIS

Corrigé du devoir n° 1

1-1003-CT-PA-01-10

E. Ferrer

C. Ughetto

O Ce corrigé-type a été rédigé par des professeurs. Vous y trouverez des compléments méthodologiques et littéraires utiles. Ne vous inquiétez pas, des devoirs aussi complets ne sont pas attendus de vous le jour de l’examen.

CORRIGÉ DU SUJET N°1 : RÉSUMÉ - VOCABULAIRE – DISCUSSION

C. Ughetto Actualisation E.Ferrer

Texte : L’homme et la ville de M. Ragon

1.

Résumé :

(/8 points)

Conseils :

Vous devez respecter le nombre de mots imposés. N'oubliez pas que vous avez toujours droit à un écart de + ou - 10% par rapport à ce nombre. Vous deviez donc écrire un résumé de 108 à 132 mots. En fin de résumé, vous devez indiquer le nombre exact de mots utilisés.

Vous devez procéder à une sélection. Pour cela, il fallait supprimer les exemples des lignes 24 à 29. Quant aux exemples des lignes 4 à 9, il fallait les remplacer par l’argument qu’ils illustrent.

Vous devez reformuler les idées essentielles du texte, c'est-à-dire vous exprimer avec vos propres mots.

Vous devez respecter le circuit argumentatif (= l'ordre des idées) du texte. Une fois que vous avez souligné dans le texte les idées essentielles, dégagez ce circuit du texte. Pour cela, soyez attentifs aux articulations logiques. Encadrez-les, cela vous aidera à suivre le raisonnement.

N’hésitez pas à revoir la séquence 4 du tome 1 « Réussir le résumé ».

a) Le circuit argumentatif du texte :

Thèse réfutée :

Les villes, à l’exception de quelques-unes, semblent attirer la critique.

Contre

argument

1

:

Mais
Mais

l’absence

de

critique

de

ces

villes

prétendument

parfaites

est

souvent

due

à

une

absence

de

liberté

d’expression.

Contre argument 2 :

que le monde rural parce qu’elle est le lieu privilégié pour s’exprimer.

De plus
De plus

la ville est plus souvent objet de critique

Thèse soutenue:

De fait,
De fait,

les cités ont été créées par les divers exodes et l’attirance

irrésistible qu’elles exercent.

Argument 1 : Le sentiment de rejet provient

représente

de

ce que

la ville

des nouveaux

un

rêve

mouvant,

qui

change au

rythme

arrivants.

afin que la ville ne périclite pas.

Or,
Or,

cette instabilité inquiète.

ville ne périclite pas. Or, cette instabilité inquièt e. Pourtant, elle est indispensable • Argument 2

Pourtant, elle est indispensable

Argument 2 :

l’homme, qu’elle est d’autant plus fascinante.

Bien plus,

c’est parce qu’elle change, à l’image de

b) Organisation du résumé :

Les paragraphes de votre résumé doivent mettre en évidence ce circuit argumentatif. Ici, 2 paragraphes paraissent souhaitables pour présenter les 2 thèses.

c) Rédaction du résumé :

Les grandes villes sont fréquemment perçues négativement. Mais les cités parfaites sont des cités où les habitants n’ont pas la liberté de s’y exprimer. Par ailleurs, il est naturel que le monde urbain, espace de liberté, génère plus de reproches que le monde rural.

De fait, c’est l’exode des campagnes et l’attirance irrésistible que les cités exercent qui ont créé ces villes. Celles-ci sont donc le fruit d’un rêve mouvant au gré des migrations c’est pourquoi elles engendrent un rejet. Ces continuels changements, objet de tant de critiques, sont pourtant vitaux pour éviter leur déclin. Et, paradoxalement, c’est parce que tout change sans cesse, à l’image de l’homme, que la ville fascine. (123 mots)

2. Vocabulaire:

(2 points)

Conseils : • N’hésitez pas à revoir la séquence 5 du tome 1 « Réussir
Conseils :
• N’hésitez
pas
à
revoir
la
séquence
5
du
tome
1
« Réussir
les
questions
de
vocabulaire ».
• Il faut rédiger les réponses. Trop souvent, les étudiants négligent de le
faire.
• L’expression doit être expliquée d’abord dans son sens habituel, puis dans le contexte
de l’extrait.

La ville concrétise des fantasmes collectifs : Cette expression est formée d’une antithèse puisqu’elle associe des termes qui s’opposent fortement. En effet, « concrétiser » est un verbe dont le sens signifie « rendre possible », « rendre réel », alors que « les fantasmes » sont des productions imaginaires qui permettent d’échapper à la réalité. Par ses réalisations, ses constructions, ses monuments, la ville permet de donner corps aux rêves des hommes.

Ce corps de pierre : Cette expression est une périphrase métaphorique pour désigner la ville. Là encore, il existe une opposition entre « corps » et « pierre ». En effet, le corps évoque un être vivant, qui peut se mouvoir, tandis que la pierre appartient au monde de l’inanimé, du minéral, de l’immobile. Par cette métaphore, la ville donne l’impression de se comporter comme un être humain qui vit, bouge et peut mourir. Ce sont ses bâtiments, ses constructions, son architecture sans cesse mouvante qui font sa vitalité. Dès lors qu’une ville cesse d’évoluer, elle décline.

3. Discussion:

(/10 points)

Se reporter au corrigé du sujet N°3.

CORRIGÉ DU SUJET N°2 : ÉTUDE DE TEXTE ARGUMENTATIF - DISCUSSION

C.Ughetto Actualisation E.Ferrer

Texte : L’homme et la ville de M. Ragon

1. Questions sur le texte argumentatif:

(/10 points)

Conseils :

Vous devez soigner la rédaction de vos réponses. Veillez à ce qu’elles soient complètes et dans une langue correcte.

Elles doivent commencer par une phrase introductive qui précise le sujet de la question. Elles se terminent par une phrase conclusive qui rappelle l’intérêt dans l’argumentation.

N’hésitez pas à revoir la séquence 3 du tome 1 : « Réussir l’étude de texte argumentatif ».

a)

Le

expliquez-les.

quatrième

paragraphe

contient

plusieurs

oppositions.

Relevez-les

(3 points)

et

Conseil :

Soyez attentif à respecter toute la consigne. Ici, on vous demande de relever les oppositions, il faut donc citer le texte avec précision et indiquer les lignes pour faciliter le travail du correcteur. Mais il vous faut aussi expliquer en quoi ces expressions s’opposent.

Phrase

introductive

On trouve dans le quatrième paragraphe toute une série d’oppositions. La première d’entre elles explique les sentiments contradictoires que suscite la ville avec d’une part, le rejet exprimé par des mots comme « déception » « dégoût », « haine » à la ligne 17 ou encore « fatigue », « déroute » à la ligne 23, « se lamenter », « se chagrine » ligne 25 et d’autre part, l’attrait que la cité exerce par les possibilités et les richesses qu’elle offre : « elle pétrifie les rêves » (l.18), « incarne les idées » (l.18, 19), « concrétise les fantasmes »

(l.19).

Ces trois dernières expressions contiennent elles-mêmes une opposition. En effet « pétrifie » s’oppose à « rêves », « incarne » à « idées » et « concrétise » à « fantasmes ». Ces associations inattendues montrent que la ville réalise l’impossible : donner par ses constructions, ses monuments une réalité concrète aux rêves des hommes. Vient ensuite une troisième série d’oppositions entre le mouvement et l’immobilisme. Si la ville est essentiellement faite de pierre comme l’indiquent les termes « pétrifie » (l.18) et « corps de pierre » (l.23), elle n’en est pas moins

un lieu de mouvement, idée développée par un champ lexical important du changement : elle est le lieu de l’ « instabilité » (l.20), de l’ « agitation » (l.23), elle « bouge sans cesse, se transforme, se métamorphose » (l.22). Cet « être vivant » (l.23) et sa « vitalité » (l.21) s’opposent aussi à l’immobilisme du village « immuable » (l.22) ainsi qu’à celui de la mort. La ville n’a d’autre choix pour survivre comme le montre la dernière phrase du paragraphe :

« C’est seulement si Paris n’avait pas changé que Paris serait mort. »

Phrase conclusive

Ces oppositions soulignent le caractère paradoxal de la ville et annoncent le dernier argument du texte : la ville se comporte comme un être humain, changeante et pétrie de contradictions, c’est ce qui la rend si fascinante.

b) À quels indices comprend-on que l’auteur prend la défense des villes ? (3 points)

Conseils :

N’hésitez pas à revoir dans le tome 1, le chapitre 2.2.2.1 «l’énonciation », ainsi que le chapitre 3.2.3. « Étudier l’implication du locuteur/destinataire ».

N’oubliez pas d’indiquer les lignes, ce qui facilite le travail des correcteurs.

Phrase

introductive

Phrase conclusive

Bien que le locuteur dans ce texte reste discret, certains indices permettent de connaître sa position. On peut à cet égard relever des termes positifs se rapportant à la ville, en plus

grand nombre que les termes négatifs. Ainsi est-elle associée à l’idée de liberté : « Cette liberté de jugement est à mettre à l’actif de la grande ville » (l.11, 12), puis à l’idée de vie reprise plusieurs fois : «vitalité » (l.21), « être vivant » (l.23), « survécu » (l.28). Le mot « fascination » est employé à 2 reprises aux lignes 15 et 30. Les verbes « incarne » (l.18), « concrétise» (l.19),

« se métamorphose » (l.22) qui insistent sur les nombreuses possibilités de la

ville sont également des termes mélioratifs. De même, on peut relever à la fin de l’extrait un double effet d’amplification avec l’expression hyperbolique

« lourdes de toute la mémoire du monde » (l.34) suivi de l’adverbe intensif

« si » pour insister sur le lien étroit qui unit l’homme à la ville.

Tous ces indices indiquent bien que l’auteur est plus sensible à la fascination qu’exerce la ville qu’aux dangers qu’elle recèle.

c)

Reconstituez la progression argumentative du texte.

(4 points)

Conseils :

Familiarisez-vous avec ces termes : « Progression argumentative », « composition », « plan », « organisation de l’argumentation », « enchaînement des idées ». Ce sont des expressions de sens équivalent.

Les mots en caractères gras vous indiquent les étapes de l’argumentation que vous deviez indiquer.

Si nécessaire, reportez-vous dans le tome 1, séquence 3 au chapitre 3.2.2. « Reconstituer le circuit argumentatif d’un texte ».

L’auteur commence par réfuter dans les deux premiers paragraphes une idée généralement développée, à savoir que la plupart des villes méritent critique : d’une part, et c’est le premier contre argument sous forme d’exemple argumentatif, les villes qui ont été critiquées sont celles où la liberté d’expression était la plus grande ; d’autre part, et c’est le deuxième contre argument avancé, ces critiques s’expliquent par la plus grande liberté d’expression dont jouissent les villes par rapport au monde rural.

Dans les paragraphes suivants, M. Ragon propose et développe sa thèse. Il insiste sur la fascination que suscitent les villes en rappelant que la ville est née de l’exode rural et de l’attirance qu’elle exerce. Son premier argument, illustré par des exemples littéraires, consiste à montrer que la ville est en quelque sorte victime de son succès : chaque exode, en effet, a apporté son rêve et modifié la ville en conséquence, et c’est justement cette instabilité–là qui irrite ses habitants. Pourtant la ville se doit d’évoluer, sans cela, elle péricliterait. Le dernier paragraphe présente le deuxième argument. La fascination est d’autant plus grande que la ville est changeante et présente des facettes multiples et contradictoires, à l’instar de l’être humain.

2. Discussion

(/10 points)

Se reporter au corrigé du sujet N°3.

CORRIGÉ DU SUJET N°3 : DISCUSSION/DISSERTATION CULTURE GÉNÉRALE

C. Ughetto Actualisation E.Ferrer

Conseils :

Lorsque vous choisissez ce type de sujet en tant que dissertation, les exigences sont plus élevées que lorsque vous le traitez en tant que discussion. En effet, comme vos efforts se portent uniquement sur ce sujet et non sur le résumé ou les questions, il est normal que l'on demande un travail plus élaboré. Ce qui signifie que le correcteur attend un devoir plus complet (une copie au moins), structuré en 3 parties et illustré par des exemples littéraires de préférence.

N’hésitez pas à revoir la séquence 6 du tome 1 : « Réussir la discussion ».

Sujet : Dans un développement argumenté, vous montrerez que la ville peut être à la fois un objet de « fascination » et de « déception ». Vous appuierez votre réflexion sur des exemples empruntés à votre expérience personnelle et à vos lectures. (20 points)

1. Analyse du sujet :

Conseils :

N’oubliez jamais cette phase, c’est elle qui vous permet de ne pas sortir du sujet, de bien comprendre la problématique, de trouver des idées. Q Pour votre prochain devoir, n’hésitez pas à utiliser la fiche imprimable : «Analyse du sujet : Jetez les 3 dés- » mise en ligne dans l’Espace Français sur notre site :

http://www.campus-electronique.fr

1.1. Mots clés :

Ville : le terme recouvre non seulement l’habitat, son architecture, son organisation, mais aussi ses habitants, mais encore un mode de vie et des habitudes sociales spécifiques.

Fascination : le terme est fort. Il faut donc rechercher ce qui peut séduire, exercer un pouvoir d’attraction.

Déception : qui provoque une désillusion, un désenchantement…

1.2.

Problématique :

Rappel : Souvenez-vous qu’il ne vous est jamais demandé de démontrer une position puis son contraire. Le piège dans lequel il ne faut surtout pas tomber serait de proposer des arguments qui se contredisent. On vous demande ici d’analyser des aspects de la ville susceptibles de séduire et d’autres aspects qui peuvent déplaire.

En quoi la ville peut être fascinante? Quels sont ses aspects qui peuvent attirer ? En quoi la vie urbaine peut provoquer de la déception ? Quels sont les aspects qui dévoilent une réalité déplaisante ?

1.3. Recherche d’idées :

Conseils :

Il vous est demandé d’appuyer votre réflexion sur des exemples empruntés à votre expérience personnelle. Attention : ne vous méprenez pas sur ces expressions : « votre réflexion », « exemples empruntés à votre expérience personnelle ». Malgré l’appel à votre expérience, les anecdotes personnelles sont à bannir. La démarche attendue est la suivante : il vous est demandé de réfléchir à ce qui vous plaît et vous déplaît dans une ville, et de trouver des exemples dans votre vie puis de vous interroger pour savoir si ces points de vue et ces exemples peuvent être partagés par d’autres que vous. Si tel est le cas, vous les énoncerez de manière à ce que chacun puisse s’y reconnaître. Par exemple : Vous appréciez la ville pour ses commodités. Vous aimez bien faire les magasins. N’écrivez pas : « J’aime la ville pour ses commodités. J’aime bien, par exemple, flâner dans les rues commerçantes le samedi après-midi… » Mais écrivez : « Les commodités qu’offre la ville sont indéniables, il en est ainsi des commerces qui permettent un plus grand choix et des services plus nombreux qu’en zone rurale. »

Utilisez les documents annexes, ils vous sont donnés dans ce but.

Le thème de la ville étant un thème littéraire, il est important de puiser des exemples dans vos lectures, comme le demande le sujet, mais aussi dans des manuels de littérature. En lisant des extraits, des poèmes pour trouver des citations, vous tirerez des idées de ces lectures.

2. Le plan :

2.1. Choix du plan :

Le sujet vous dictait le plan puisqu’il vous proposait d’examiner les deux

thèses : En quoi la ville est un objet de fascination ? En quoi est-elle un objet de déception ? Il fallait donc suivre un plan par opposition.

Quel ordre faut-il adopter ? L’ordre des parties variera selon votre opinion. Ainsi si vous êtes favorable aux villes vous commencerez par concéder dans la première partie qu’il existe, assurément, des aspects décevants et vous continuerez

par une deuxième partie, en montrant que, néanmoins, la ville présente bien des aspects attrayants.

2.2. Proposition de plan :

I.

La ville comporte des aspects négatifs:

1)

Un cadre hostile et inhumain

2)

Le mal-être du citadin

3)

Insécurité et violence urbaines

II.

La ville reste un objet de fascination:

1)

Un lieu d’opulence

2)

Un lieu de modernité, de civilisation

3)

Un lieu de liberté

3. Proposition de devoir rédigé :

Idée qui

amène le

sujet.

Présentation du sujet et de sa problématique

Annonce du

plan.

Annonce de

la première

partie.

La seconde révolution industrielle a profondément modifié le paysage et le mode de vie européens et depuis, les grandes villes n'ont cessé de croître, entraînant une désertification des campagnes, dans un mouvement d'exode rural qui semblait irréversible, tant il était évident que c'était à la ville que se faisait la vraie vie. Mais et depuis des époques bien plus anciennes, - puisque le mythe de Babylone remonte à la Bible -, la ville, vue comme lieu de perdition, a généré de violentes critiques. Le texte de M. Ragon, L'homme et les villes tente d'expliquer cette ambiguïté de la ville, cette contradiction entre la fascination que la ville continue d'exercer sur les hommes qui s'y installent toujours - les villes ne cessent de croître, les grandes villes de province plus que Paris sans doute - et le rejet qu'elle suscite, entraînant depuis quelques années, un mouvement dans l'autre sens, dans des banlieues de plus en plus lointaines, ou dans des villes de province de seconde importance dont certaines retrouvent, toutes proportions gardées, un second souffle. Comment s'expliquent cette déception et cette lassitude de la grande ville, pourquoi d'autres, au contraire s'y cramponnent-ils tout en étant conscients des inconvénients qu'elle présente ?

La grande ville suscite une méfiance et un rejet d'autant plus vifs que si les problèmes qu'elle pose sont bien analysés, et de plus amplement médiatisés, les solutions qu'on leur apporte restent timides et sporadiques. Il est vrai que bon nombre de grandes cités offrent un cadre hostile et inhumain. Si les centres-villes ont été peu touchés par une urbanisation anarchique, si d'ailleurs des efforts considérables sont faits depuis quelques années pour respecter l'architecture existante et harmoniser les nouvelles constructions, on ne peut pas en dire autant des quartiers plus excentrés, des faubourgs ou des banlieues. La ville offre trop souvent un cadre complètement bétonné, peu accueillant avec ses grandes barres d'immeubles, ses tours qui

évoquent un univers carcéral, ou ses grands axes de circulation qui viennent la mutiler quelquefois dans son cœur même. Les exemples sont nombreux de villes nouvelles sinistres : à son époque, Sarcelles a défrayé une chronique dont nous trouvons de nombreux échos dans un roman comme celui de Christiane Rochefort, Les Petits enfants du siècle. On pourrait citer l'exemple de la gare de Lyon Perrache qui défigure tout un quartier ou encore celui de l'autoroute A 11 qui passe au ras du château d'Angers. Par les populations qu'elles drainent, par les besoins qu'elles doivent satisfaire, ces villes se développent de plus en plus loin, telles des « villes tentaculaires », pour reprendre le titre d'un poème de E.Verhaeren, grignotant, dévorant les espaces verts pour se transformer en zones industrielles ou commerciales hideuses, comme celles qu'on voit fleurir à la périphérie de toutes les villes de moyenne importance. Bien entendu, cette excroissance génère des nuisances de plus en plus en plus insupportables, la circulation de plus en plus dense qui emprisonne les citadins dans leur voiture pour des trajets de plus en plus longs, le bruit, la pollution, contre lesquelles les pouvoirs publics paraissent bien impuissants. Tout cela n'est pas sans conséquence sur les conditions de vie des citadins qui se plaignent de plus en plus de « mal être ». Affectés par des problèmes de santé directement liés à la pollution - c'est ainsi que les maladies respiratoires, en particulier chez les jeunes enfants et les personnes âgées, ne cessent d'augmenter -, ils souffrent aussi de maladies nerveuses directement liées au rythme trépidant que la ville leur impose, avec ses transports fatigants qui les obligent à courir, la foule dans les rues qui les bouscule, sans parler à présent des rollers qui se faufilent à toute vitesse, des deux roues qui envahissent la chaussée sans que le nombre d'automobiles ait diminué pour autant, soumettant les conducteurs à une vigilance et une tension nerveuse accrues. La surpopulation des villes entraîne de plus un effritement des rapports humains :

agressés par la promiscuité dans la rue ou dans leur habitat, les citadins ont tendance à se replier sur eux-mêmes ; devenant plus individualistes, ils deviennent plus indifférents aux autres. La presse se fait suffisamment l'écho des agressions commises en public sans que la foule ne réagisse pour porter secours aux victimes pour qu'il soit nécessaire d'y insister. On met enfin sur le compte de la grande ville la dégradation morale qu'elle encourage par les facilités qu'elle offre, les nombreuses tentations. L'accusation n'est pas nouvelle, c'est déjà celle que développe le mythe biblique de Babylone dans L'Apocalypse, « mère des prostituées et des abominations de la terre », dont les lois prescrivaient à toutes les femmes de se livrer à la prostitution, c'est celle qui revient sans cesse sous la plume des écrivains du XIX e siècle, Balzac en tête, qui fait de Paris une ville infernale. Ainsi, l'insécurité et la violence sont la loi des villes, ce qu'illustrent malheureusement les faits divers avec leurs cortèges d'agressions contre les chauffeurs de bus, les règlements de comptes entre bandes rivales dans les cités, les centres commerciaux surveillés par des vigiles accompagnés de molosses redoutables, la dégradation du cadre de vie : murs couverts de graffitis injurieux, poubelles arrachées, abris de bus ou cabines téléphoniques brisés… la liste est longue des manifestations de violence qui entraînent un sentiment de plus en plus vif d'insécurité, empêchant d'ailleurs le citadin de profiter pleinement des commodités que lui offre la ville ; c'est ainsi que de nombreuses femmes hésitent à sortir seules le soir, redoutant de prendre le métro ou le R.E.R. à des heures tardives et se retrouvent tout aussi coincées

devant leur poste de télévision que bon nombre de leurs pareilles vivant dans des endroits plus isolés. Or, ces phénomènes sont la conséquence directe de facteurs socio économiques. D'une part, la régression économique de ces dernières années a amplifié les problèmes d'exclusion, la surpopulation et la flambée des prix de l'immobilier ont entraîné une politique de l'habitat ségrégative, les logements moins chers étant regroupés dans des zones concentrées, ce qui a favorisé la ghettoïsation des populations les plus défavorisées, souvent marginalisées de surcroît par leurs origines culturelles. Les grandes cités de Mantes-la-Jolie ou de Vaux-en-Velin sont les exemples les plus connus d'un phénomène qui frappe toutes les villes de grande ou de moyenne importance. Cette expression de la violence est d'autant plus inévitable que la ville, plus sans doute que les zones rurales, est le lieu où les inégalités se creusent et sont les plus voyantes. D'où un sentiment d'injustice qui s'exacerbe, envenimé par l'inactivité à laquelle des quartiers entiers frappés de plein fouet par le chômage sont condamnés. A cela s'ajoutent la perte des repères moraux, la perte d'identité et de reconnaissance qui affectent durement les victimes de cette exclusion et qui ne font qu'envenimer la situation sans que l'on voie de solution ou que l'on veuille s'en donner les moyens.

Transition

Annonce de

la deuxième

partie.

C'est un tableau très sombre que les plus critiques brossent des grandes villes. Pourtant, aux yeux de bon nombre de citadins sensibles à tout ce qu'elles offrent, les grandes villes conservent une grande partie de leur pouvoir de séduction.

En effet, si l'exode urbain tente un grand nombre de citadins, nombreux sont ceux qui n'envisagent pas d'autre cadre de vie que la ville, et si la fascination se tempère de critiques objectives, celles-ci ne suffisent pas à la rejeter complètement. Tout d'abord, la ville séduit parce qu'elle propose une vie plus facile et plus riche à bien des égards. Les commodités matérielles qu'elle offre sont indéniables, qu'il s'agisse des transports, plus nombreux, mieux organisés, des commerces qui permettent par leur nombre un plus grand choix, des services là encore plus nombreux, plus proches qu'en zone rurale. Les parents d'enfants jeunes ou en âge de scolarisation apprécient de trouver tout ce dont ils ont besoin sur place : des crèches pour les petits, des écoles qui permettent d'échapper au ramassage scolaire, des universités qui n'obligent pas le jeune étudiant à quitter sa famille. Les personnes âgées sont plus sensibles aux problèmes de santé et les hôpitaux des grandes villes offrent des services spécialisés dans tous les domaines. La ville continue à proposer à la fois un plus grand nombre d'emplois et des emplois plus diversifiés, restant ainsi un espace d'accueil incontournable pour les gens à la recherche d'un travail. D'un autre côté, les possibilités de loisirs y sont plus riches : musées, cinémas, théâtres présentent des programmes plus variés, plus nombreux et les potentialités culturelles constituent un des arguments les plus souvent avancés par les citadins convaincus. Ainsi, promettant une vie plus facile et plus pleine, permettant souvent encore une promotion sociale plus accessible, la ville est toujours un fort pôle d'attraction, comme elle l'était au XIX e siècle, pour les

jeunes ambitieux mis en scène par nos plus grands romanciers, les Julien Sorel ou les Rastignac 1 par exemple. Si la ville séduit autant, c'est qu'elle est le lieu de la modernité, le symbole de la civilisation. En effet, même si elle n'est plus comme au XIX e siècle le lieu unique du raffinement qui s'opposerait à la rusticité de la province - on se rappelle, pour reprendre les exemples des héros de romans, les déboires d'Eugène de Rastignac ou de Julien Sorel arrivant à Paris avec leurs manies de petits provinciaux dont tout le monde se gaussait -, elle reste le lieu des innovations, le lieu d'où partent les modes, le lieu aussi où l'on se permet plus facilement des excentricités qui seraient mal venues dans des villes plus modestes, à plus forte raison dans les villages soumis à la loi du qu'en dira-t- on. Sans doute ce phénomène est-il moins évident à une époque où les échanges sont plus nombreux, où la télévision a uniformisé les façons de vivre, mais il peut se manifester ponctuellement, ici par la façon plus conventionnelle dont on s'habillera à l'occasion d'une fête, là par des habitudes gastronomiques moins diversifiées. C'est que la ville semble avoir toujours été plus tournée vers l'avenir, plus vite touchée par le progrès technique, plus facilement soumise aux évolutions des temps modernes. C'est aussi que la ville, moins accrochée à ses traditions, à ses conventions est un lieu qui favorise les rencontres, ce qu'a largement développé la littérature : on pourrait citer le célèbre poème de Baudelaire « A une passante » mais c'est aussi un thème privilégié de la littérature surréaliste comme Nadja d'A.Breton, dans lequel le poète raconte comment le cadre de la ville lui a permis de rencontrer par hasard celle qui allait devenir sa femme. De même, ayant accueilli des gens qui venaient d'horizons différents, elle est un lieu de brassage des mentalités, des cultures. Cela était vrai au XIX e siècle quand se retrouvaient à Paris des gens venant de provinces différentes, c'est peut-être encore plus généralisé à notre époque où les grandes villes rassemblent des immigrés des quatre coins du monde, des voyageurs, lesquels apportent leurs coutumes, leurs particularités culturelles et donc favorisent un métissage, facteur d'enrichissement. Car la ville, comme le montre M.Ragon, est le lieu de la liberté par excellence. Ce n'est pas par hasard si les révolutions partent toutes de la ville. Cette plus grande liberté est d'abord favorisée par le nombre et l'anonymat qu'il entraîne :

les originaux, perdus dans la foule, confrontés à l'indifférence aussi peut-être y sont moins repérables. Sans doute est-ce pour cette raison que l'évolution des mœurs, l'affranchissement des traditions y sont plus rapides, dans la mesure aussi où les citadins ont été bien souvent coupés de leurs origines : hier, il était plus facile à un couple de concubins de vivre en ville sans susciter la réprobation de leurs voisins ; aujourd'hui, de la même façon, les couples d'homosexuels s'y font moins remarquer. Cette liberté favorise l'expression des idées à tous les niveaux. L'échange d'idées plus important parce que les cercles sont moins restreints accueillent toujours de nouveaux arrivants, la rencontre de gens très différents, le brassage des cultures que l'on évoquait dans le paragraphe précédent, tout cela conduit à une confrontation positive, qui, en favorisant le relativisme, est également un facteur de tolérance. C'est ainsi que dans les écoles des villes, les petits musulmans et les petits juifs, peuvent confronter leurs pratiques respectives, accepter celles des autres, et peut-être, en les comparant, s'interroger sur leurs significations. D'autre part, la

1 Julien Sorel, héros du roman de Stendhal, Le Rouge et le noir. Rastignac, personnage principal du Père Goriot, roman de Balzac.

stimulation que permettent les grandes villes par la confrontation des pensées, des personnalités, des talents de chacun favorise la création artistique et intellectuelle et la ville reste encore un espace privilégié de promotion culturelle. Dans un article paru dans Le Courrier de l'Unesco, W.Tochterman expliquait qu'il fallait une ville d'au moins un million d'habitants pour trouver les 5 à 10 chercheurs dont il avait besoin, les artistes de la même façon ont besoin de la ville, de ses lieux d'exposition, de ses galeries pour se faire connaître.

Bilan

Élargissement

Ainsi, les villes actuelles, exprimant les contradictions de notre société, ne sont certes plus des mirages. La panoplie des maux dont elles ne parviennent pas à guérir est bien trop évidente pour qu'on les apprécie sans arrière-pensée. Néanmoins, avec leurs excès, avec leurs misères, elles sont des lieux de vie riches, offrant toutes sortes de possibilités. Malades d'elles-mêmes, victimes du progrès, elles mériteraient une réflexion politique courageuse qui s'attaquerait de plein fouet aux problèmes créés par une vie moderne qui développe les inégalités au lieu de les résorber, qui fait passer la production et la consommation avant le bien-être physique et moral. M. Ragon disait que les villes sont semblables à l'homme qui les a créées, elles sont aujourd'hui le témoin d'une civilisation qui n'a que trop tendance à s'autodétruire, en dépit des valeurs dont elle est porteuse.

CORRIGÉ DU SUJET N°4 : DISSERTATION LITTÉRAIRE

C. Ughetto

Conseil :

N’hésitez pas à revoir dans le tome 2, la séquence 2.

Sujet : Danièle Sallenave déclare dans Le Don des Morts (1991) : "Etre privé de livres, ce n'est donc pas seulement être privé d'instruction, de formation, de culture ou encore d'un loisir, d'un plaisir, d'une jouissance : c'est mener une existence dénuée de son nerf intime, hors d'état de poser la question de son sens.". Face à cette déclaration, vous vous demanderez si la culture a nécessairement son origine dans les livres, comme le pense D.Sallenave.

1. Analyse du sujet :

a. Etudier les mots clés :

Pour bien comprendre le problème, il était intéressant de se reporter aux différents sens du mot culture.

Le terme vient du latin cultura qui vient lui-même du verbe colere signifiant :

« prendre soin, honorer », sens que l'on retrouve dans : cultiver une terre ; prendre soin de la terre en vue de faire pousser quelque chose, c’est ce qui explique le premier sens de culture : le développement par l'exercice de ses capacités physiques (culture physique) et intellectuelles.

De là, par extension, le terme se rapporte à l'ensemble des connaissances

acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement.

Autre sens : l'ensemble des aspects intellectuels propres à une civilisation, une nation.

Ensemble des formes acquises de comportement, dans les sociétés humaines.

b. Etablir la problématique :

Faut-il, comme Danièle Sallenave, considérer que la culture ne s'acquiert que par les livres et que cette culture livresque est suffisante pour aborder la vie dans les meilleures conditions ? Un individu ne peut-il pas obtenir une culture différente mais tout aussi valable par d'autres moyens que les livres ?

Le document en annexe au devoir, texte écrit par J.M.G. Le Clézio développant une autre conception de la culture, qui viendrait uniquement de la vie et des expériences qu'elle apporte, pouvait vous servir de contrepoint.

c. Choix du plan:

Le sujet invite à la discussion par l’expression : « vous vous demanderez si… ». En conséquence, le plan dialectique (= thèse / antithèse/ dépassement de la contradiction) paraît être le meilleur choix.

2. Plan proposé :

I Le livre est essentiel à la culture car il donne du sens à la vie.

1. Un enrichissement considérable

2. Un miroir qui réfléchit la réalité et la rend intelligible

3. Une prise de distance nécessaire à l'analyse

Le livre est un atout indispensable et pourtant, n'a-t-il pas des limites ?

II La culture ne saurait se résumer au livre.

1. La culture livresque peut être un simple vernis

2. Le livre peut détourner de « la vraie vie »

3. Le livre par définition est mensonger

4. Il existe bien d'autres formes de culture qui sont tout aussi valables

Cette opposition a-t-elle encore lieu d'être dans une société moderne dont la diversification est un des principaux atouts ?

III Les différentes formes de culture doivent se compléter et non s'exclure

1. Vie et livres se complètent et s'éclairent mutuellement

2. La diversité des cultures est une richesse

3. la condition humaine

3. Devoir rédigé :

Idée qui amène le sujet.

Enoncé de la citation.

Problématique

Sans doute est-ce Rousseau qui le premier parmi les écrivains a jeté la suspicion sur le livre, fermement convaincu qu'il détournait l'homme de la nature, laquelle était selon lui bien meilleure formatrice que n'importe quel ouvrage écrit. À notre époque, le livre se retrouve toujours au centre de nombreux débats contradictoires : est-il définitivement, comme le pensent certains, détrôné par toutes les possibilités de formation qui lui font concurrence ou continue-t-il à jouer un rôle primordial dans la constitution d'une personnalité, à accompagner l'individu pour l'aider à mieux apprécier et comprendre la vie ? Comme au XVII e siècle, qui opposait les Anciens et les Modernes, on voit se quereller ceux qui, telle Danièle Sallenave, continuent à affirmer énergiquement la prééminence du livre : « Etre privé de livres, ce n'est donc pas seulement être privé d'instruction, de formation, de culture : c'est mener une existence dénuée de son nerf intime, hors d'état de poser la question de son sens » et des écrivains comme J.M.G. Le Clezio pour lesquels l'individu se cultive avant tout par les expériences de la vie. Comment se situer dans ce

débat qui oppose les livres à la vie? Peut-on encore, comme Danièle Sallenave, considérer que la culture livresque est supérieure à toute autre forme de culture ? Si l'intérêt que représente le livre paraît essentiel, il semble excessif de penser qu'à lui seul il donnerait la clé du monde. N'est-il pas plus enrichissant de voir comment les différentes formes de cultures se complètent pour l'épanouissement d'une personnalité ?

Sans doute si le livre n'est pas à la base de la culture, car, que ce soit dans l'histoire de l'humanité ou dans l'histoire de l'individu, il n'intervient pas le premier dans leur formation, il n'en est pas moins essentiel pour donner du sens

à la vie, comme le proclame haut et fort D.Sallenave.

En effet, il procure un enrichissement considérable dans la formation d'un individu, que ce soit par les connaissances qu'il apporte que par les questions qu'il pose. Comment un individu à lui tout seul, au cours d'une unique vie, pourrait par ses expériences, par ses rencontres avec les autres accumuler autant de connaissances que celles que lui donne la lecture d'ouvrages pris dans des domaines aussi variés que possible ? Les expériences rapportées dans les

livres, qu'elles soient des fictions ou des études scientifiques sont innombrables et lire permet de les multiplier à loisir. Nous pouvons rencontrer dans les livres des individus qui ont eu des destins exceptionnels, d'autres qui ont été amenés

à voyager, à évoluer dans des milieux extrêmement variés, ce que notre petite

vie, si pleine soit-elle, ne nous apportera jamais à une si grande échelle. Les passions qui sont les sujets de nombreux romans nous permettent également de mieux connaître la complexité de la psychologie humaine entre la passion amoureuse qui conduit les héros d'A.Cohen à la folie, passion de l'argent qui fait du Père Grandet un père dénaturé, passion du jeu qui détruit l'individu, passion du pouvoir…Comment mieux que par la littérature embrasser la

totalité de la « comédie humaine », celle de la Restauration avec Balzac, celle du Second Empire grâce à Zola ? Le livre nous fait rencontrer d'autres pensées et là encore, dans tous les domaines : nous confrontons les systèmes philosophiques, les différentes attitudes possibles devant la vie, le stoïcisme de l'un, l'épicurisme de l'autre, l'optimisme battant, le pessimisme désabusé. Un philosophe comme Pascal peut nous interpeller sur le sens à donner à notre vie, un romancier comme Malraux nous faire réfléchir sur les solutions que trouve l'homme pour peser sur son destin. Cette connaissance de soi et des autres passe par les références au passé transmises grâce au livre et qui sont indispensables pour ancrer l'individu dans une histoire, lui donner les racines qui lui assurent un sentiment d'identité. R.Bradbury dans Fahrenheit 451 explique magnifiquement comment vivent mal les individus qui auraient perdu leurs références culturelles et avec eux tous leurs repères. C'est le livre qui permet en grande partie ce lien indispensable d'un individu avec ses origines. D'autre part, contrairement à la vie qui nous apporte le plus souvent ses enseignements à l'état brut, le livre favorise justement la réflexion dans la mesure où il est un miroir qui nous est tendu. Même si nous nous identifions à tel ou tel héros, même si nous retrouvons dans le livre des situations analogues

à celles que nous avons vécues, le livre, dans la mesure où il nous les donne à

voir, permet un dédoublement propice à la prise de conscience. C'est d'ailleurs

le but d'un moraliste comme Molière qui veut renvoyer aux hommes par ses comédies l'image de leurs défauts, leur permettant en les ridiculisant de s'en

débarrasser. Quoi de plus efficace pour comprendre à quel point la jalousie peut rendre stupide de voir fonctionner celle des autres, celle de Swann à l'égard d'Odette de Crécy par exemple, celle du narrateur de La Recherche à l'égard d'Albertine ? Car le livre exprime souvent ce que nous avons ressenti confusément, l'auteur pousse jusqu'à son terme une analyse que nous n'avions qu'ébauchée, il donne à lire toutes les nuances d'un sentiment ou d'une psychologie quand nous nous contentons des premières impressions. D'où le plaisir ressenti en lisant- je pense à certaines pages magnifiques de Proust sur l'amour - de retrouver sous la plume de l'écrivain ce que nous ne nous étions jamais formulé tout en étant frappé par la coïncidence des émotions ressenties. Et enfin, pour que la leçon soit encore plus profitable, le livre possède l'avantage d'offrir un système d'organisation qui assure toute sa cohérence à l'analyse livrée. Rien de tel dans la vie et pour cause, puisque cette organisation résulte d'une volonté de l'auteur de façon à rendre la réalité plus aisément déchiffrable. La Comédie humaine nous offre un exemple magistral de l'organisation de toute une société, entre les scènes de la vie de province, celles de la vie parisienne, de la vie politique, de la vie de campagne, pour ne citer que quelques-unes des subdivisions conçues par son créateur pour nous conduire ainsi dans toutes les strates de la société. Une telle classification peut aider à la clarté de l'analyse, en offrant des schémas qui simplifient d'un côté pour mieux faire ressortir la complexité de l'ensemble. Enfin, le miroir qu'est le livre permet une prise de distance nécessaire à l'analyse. Cette distance est souvent impossible dans la vie où chacun est handicapé par ses propres sentiments ou ses émotions, ce qui trouble le jugement. D'être complètement impliqué dans un évènement empêche de réunir sereinement tous les éléments qui permettraient de l'analyser en toute objectivité. Je suppose que les jeunes gens qui se sont retrouvés mobilisés à l'été 1914, sans avoir trop vu venir la menace d'un conflit n'ont guère pris le temps de s'interroger sur le bien-fondé de cette guerre. Pris dans l'effervescence générale, ils sont partis la fleur au fusil pour reprendre l'expression consacrée, fiers de remplir leur devoir. Les livres, ne serait-ce que parce que la plupart du temps, l'écriture suppose un minimum de décalage avec l'événement, permettent un recul qu'on n'a pas la possibilité de prendre dans la vie. C'est ainsi qu'on trouve concernant cette époque, que ce soit dans les romans, dans les lettres ou les appels des écrivains, des analyses qui dénonçaient l'illusion de toute une génération envoyée au sacrifice. On pourrait citer Les Thibault de R.M. Du Gard ou Au-dessus de la mêlée de R.Rolland. D'ailleurs, le plus souvent, l'auteur d'un livre ne se contente pas de livrer son récit ou son compte- rendu, il ajoute ses commentaires personnels sur telle ou telle action, sur telle situation. Ainsi, Balzac, insistant sur les effets destructeurs de l'importance accordée à l'argent dans la société de la Restauration. Il favorise par toutes sortes de procédés, y compris l'ironie à l'égard de ses personnages, la distanciation salutaire qui permet de porter un jugement critique, comme Flaubert qui met ainsi en évidence toutes les illusions d'un esprit romanesque comme celui d'Emma Bovary.

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esprit romanesque comme celui d'Emma Bovary. Transition Ainsi, le livre est-il un compagnon précieux, un atout

Ainsi, le livre est-il un compagnon précieux, un atout indispensable pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, le juger ou mieux l'apprécier. Faut-il pour autant réduire la culture au seul livre, ne comporte-t-il pas un certain nombre de limites ?

Non seulement, il existe bien d'autres formes de cultures que le livre, mais il ne suffit pas forcément pour être cultivé au sens premier du terme, c'est-à-dire être capable d'exercer ses capacités intellectuelles d'avoir beaucoup lu. Tout d'abord, il faut bien reconnaître que pour de nombreuses personnes, la culture livresque n'est qu'un simple vernis qui sert à briller dans les conversations mais qui peut rester complètement superficiel si on n'a pas su ou pas voulu en tirer profit par une réflexion personnelle. Il existe hélas un snobisme de la culture qui pousse certains à accumuler les lectures ; pour d'autres, cette boulimie de la lecture sera une quête désespérée de la connaissance au cours de laquelle le souci quantitatif l'emporte sur le qualitatif sans qu'ils prennent le temps de mettre tout ce qu'ils auront lu en cohérence pour lui donner un sens personnel. C'est ce que fait l'un des personnages de La Nausée, l'Autodidacte qui dévore toute une bibliothèque en suivant l'ordre alphabétique sans se préoccuper de rattacher ce qu'il lit à une connaissance plus authentique de soi et des autres. Il est évident que dans ce cas, la lecture n'est pas un outil très efficace de formation à l'exercice de la pensée. Ce goût de la culture pour la culture peut conduire à une forme de ségrégation sociale : il y a d'un côté les gens cultivés qui ont beaucoup lu et les autres, ceux qui par formation ou par goût n'aiment pas lire, ceux qui aussi, ont choisi par provocation de se démarquer des intellectuels, tout ceci s'accompagnant d'un sentiment de condescendance de part et d'autre qui entretient les clivages. Il est vrai que les « intellectuels » ont eu parfois, par le fait d'en savoir plus que le commun des mortels, ce sentiment de supériorité que leur reproche J.M.G. Le Clézio, d'où la tentation de se proposer comme modèles, de s'ériger en donneurs de leçons, ce qui n'a pas peu contribué à créer une sorte de défiance à leur égard. Pire encore, le livre peut détourner de la « vraie vie ». Sans doute peut-on supposer qu'il y ait une véritable griserie de la connaissance, d'autant plus que la culture est un puits sans fond et qu'on a beau être un lecteur acharné, on n'arrivera jamais à avoir tout lu. Les grands lecteurs éprouvent un véritable plaisir à vivre au milieu des livres, à se retirer comme Montaigne, dans leur « librairie », ils trouvent une sorte de tranquillité d'esprit à ne vivre que par procuration ou au contact des textes, ce qui peut les détourner de rechercher les contacts humains, de se confronter à la vie, à ses difficultés mais aussi à ses plaisirs. On reproche souvent aux passionnés de lecture de préférer le monde des livres au monde des hommes, de n'appréhender ce monde qu'à travers l'écran protecteur des textes, par le seul biais de l'intelligence et de perdre ainsi tout ce qu'apporte la vie par le biais des sensations et des sentiments. Le grand écrivain, J.L.Borgès, qui était un lecteur infatigable (Il avait appris racontait-il l'italien en lisant la Divine Comédie de Dante !) reconnaissait dans une de ses dernières interviews avoir donné la préférence aux livres et être passé ainsi à côté des expériences de la vie, celles de l'amour entre autres. Or la vie demande aussi de l'intérêt pour les petites choses insignifiantes, comme le rappelle J.M.G. Le Clézio dans son texte un peu provocateur qui montre qu'on apprend bien davantage par la fréquentation quotidienne des êtres les plus simples que par celle des grands textes. S'intéresser à ces petits détails concernant les gens que l'on connaît, c'est aussi montrer qu'on les apprécie dans toute leur humanité. Combien de grands penseurs à l'inverse vivent enfermés dans leurs pensées sans se soucier du

monde qui les entoure à commencer par leur entourage proche ! A cela s'ajoute un autre danger possible, celui de se faire à partir des lectures, pour peu qu'on n'y prenne pas garde, une fausse représentation de la vie et à partir de là d'être déçu par une vie qui ne correspond pas aux représentations qu'on s'en était faite à partir des livres : ce qu'on appelle le bovarysme, nom donné à partir de l'héroïne flaubertienne à ce qui peut prendre la forme d'une névrose existentielle. Or le livre par essence n'est-il pas faux, ne serait-ce que parce qu'il est le produit d'un auteur et donc que tout ce qui y est écrit, tout ce dont il rend compte est vu par le prisme déformant du regard de cet auteur ? C'est le reproche que lui fait Rousseau qui pense de ce fait qu'on ne peut se fier aux connaissances livresques. Elles ne sont le résultat que d'une analyse forcément subjective de leur auteur au mieux, mensonge délibéré au pire quand l'auteur ne se soucie pas de vérifier si la réalité qu'il décrit coïncide ou non avec son propre système de pensée. On peut reprocher ainsi à l'analyse du monde ouvrier que Zola présente dans L'Assommoir d'être forcément faussée par la théorie du double déterminisme, - celui de l'hérédité et celui du milieu - à laquelle il adhérait et qui faisait qu'une ouvrière aussi courageuse soit-elle que Gervaise, ne pouvait sortir de sa condition misérable, fatalement rattrapée par son hérédité alcoolique et les handicaps de sa classe. Ainsi, n'est-ce pas avec Gervaise, la figure emblématique d'une ouvrière parisienne sous le Second Empire qui nous est donnée, mais le produit d'une thèse que Zola n'a jamais remise en cause. A cette déformation subjective se superpose une autre qui touche les œuvres littéraires et qui résulte du souci esthétique qui prévaut par définition pour chaque art : souci esthétique qui pousse l'écrivain à subordonner tout ce qu'il crée à la stylisation d'une écriture, à la nécessité d'une ordonnance savante, à sa mythologie personnelle, laquelle n'est d'ailleurs que le pur produit de sa propre culture, d'où les grands thèmes qui alimentent, tels ceux de l'Apocalypse, de déluge, de la descente aux enfers, de la terre monstrueuse mangeuse d'hommes, du combat de Satan contre Dieu, les œuvres littéraires. Enfin, à une époque où les moyens de connaissance se sont considérablement diversifiés, où les médias rendent plus accessibles ce qui restait autrefois inconnu, peut-on encore raisonnablement prétendre que le livre reste le seul moyen d'accès à la culture, celui qui seul donnerait du sens à la vie ? Sans parler de toutes les autres formes d'expression artistique qui telles la musique ou la peinture ne passent pas par le langage mais débouchent aussi sûrement que la littérature à l'appréhension du monde dans toutes ses dimensions, l'individu d'aujourd'hui a de formidables occasions d'enrichir ses connaissances et de former son sens critique par les médias qui offrent en outre l'efficacité de l'image et de la vitesse de transmission, par le cinéma qui tout aussi bien que le roman, peut proposer de réfléchir sur la nature humaine ou l'état d'une société. Le livre n'en est peut-être pas pour autant menacé, comme voudraient le faire croire un certain nombre d'esprits alarmistes, mais il ne peut plus prétendre détenir seul le monopole d'accès à la culture. Parallèlement à la diversification des moyens, on assiste par ailleurs à l'émergence d'une multiplicité de cultures d'origine plus ou moins populaires qui revendiquent leur droit à la reconnaissance. Jamais les différentes cultures ne se sont manifestées avec autant de force qu'aujourd'hui, qu'il s'agisse de cultures traditionnelles comme toutes celles venant du folklore ou venant de

communautés plus récemment constituées comme la culture hip hop, toutes celles qui passent non plus forcément par le texte écrit mais par toutes sortes de langage, y compris celui du corps et qui tout aussi sûrement que le livre, fournissent aux individus les moyens d'expression, les repères nécessaires à la constitution de leur identité.

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Or cette diversification culturelle qui relativise la place du livre sans forcément nier l'intérêt qu'il présente doit être davantage vue comme une occasion d'enrichissement que comme un conflit qui opposerait les différentes cultures entre elles.

Il paraît en effet tout aussi peu judicieux de continuer à revendiquer la supériorité du livre que de considérer qu'il est définitivement hors d'usage dans notre société. Il est bien plus intéressant par contre de voir le formidable bénéfice qu'on peut tirer de la coexistence des différentes modes de culture et de leur mise en relation. Ainsi est-il stupide d'opposer les livres à la vie. Comment ne pas voir au contraire le parti que l'on peut tirer à aller constamment de l'un à l'autre, de se servir de l'un pour mieux apprécier l'autre ? Rien ne peut mieux que la vie offrir un magnifique et parfois terrible terrain d'enseignement. Mais sans doute en profite-t-on d'autant mieux qu'on l'appréhende avec l'éclairage apporté par les lectures qui ont concrétisé par des mots des analyses qui seraient sans doute restées informelles, qui ont développé le sens critique permettant de prendre du recul dans un certain nombre de situations vécues. Tel celui qui, au cours d'une querelle amoureuse, a le sentiment de reproduire le schéma bien connu du mélodrame ou de la comédie de boulevard et donc est capable, de ne pas se laisser emporter par la colère ou d'y introduire la petite touche d'humour qui sauvera la situation. A l'inverse, l'intérêt que nous trouvons dans nos lectures peut être démultiplié par nos propres expériences, ce qui explique parfois que nous apprécions différemment certaines œuvres relues à la lumière de ce que nous a appris la vie. En fait quel que soit le mode de culture, il est important d'en tirer un profit qui fasse évoluer la personne que l'on est. Ce qui compte, y compris dans la lecture, c'est finalement moins l'apport de connaissances théoriques que le moyen de mieux se connaître, de former son esprit, de le faire évoluer, de l'ouvrir à celui des autres. Il en va d'ailleurs de même pour la vie. Elle peut être vécue sans profit, au simple stade des sensations qu'elle apporte dans une sorte de chaos, sans apporter d'enseignement qui permettrait finalement de mieux apprécier les bonheurs, de mieux gérer les difficultés, bref d'être le plus possible acteur de sa propre vie et non le jouet des circonstances. De la même façon, pourquoi refuser telle ou telle forme de culture, pourquoi supposer que l'une serait supérieure à l'autre, que celle-ci serait l'apanage d'une classe dominante et de ce fait à rejeter, que celle-là serait plus authentique ? Ne s'agit-il pas grâce à la culture de mieux adhérer à la société dans laquelle nous vivons, d'y trouver notre place et en même temps de reconnaître à l'autre le droit d'y trouver la sienne ? La confrontation des cultures est à cet égard une occasion de saisir la société dans toute son intégralité, d'apprendre à connaître l'autre dans sa richesse, de l'accepter avec ses différences et par cette démarche, la vie y gagne en qualité. On peut

comme Michel Serres l'expose dans Le Tiers instruit avoir conscience d'être le produit d'un métissage culturel, on peut comme Claude Lévi-Strauss réclamer le droit pour chaque culture de garder ses particularismes : « C'est la différence des cultures, écrit-il qui rend leur rencontre féconde. Chaque culture se développe grâce à ses échanges avec d'autres cultures. Mais il faut que chacune y mette une certaine résistance, sinon très vite, elle n'aurait plus rien qui lui appartienne en propre à échanger. » C'est pourquoi la mondialisation doit surtout permettre de mieux connaître les autres en les rendant plus proches, plus accessibles, elle ne doit pas conduire à l'uniformisation sur un modèle unique qui serait décalqué de l'économie. C'est là que les livres retrouvent leur sens et leur rôle dans la mesure où ils véhiculent fortement les caractéristiques propres à chaque culture - l'univers de la littérature japonaise n'a rien à voir avec celui de des écrivains d'Amérique latine et c'est tant mieux ! - et où ils l'ancrent dans une tradition qui lui donne son sens et sa cohérence en même temps qu'elle permet de comprendre l'évolution des mentalités.

Bilan des 3 parties.

Elargissement

Il est donc bien difficile de nier l'intérêt que présentent les livres. Il est vrai qu'ils contribuent fortement à mieux comprendre le sens de l'existence et du monde dans lequel nous vivons. A condition bien entendu de les faire entrer dans un échange productif avec la vie d'abord et les autres formes de culture ensuite, dans la mesure où ce qui compte, c'est d'être capable à un certain moment de devenir l'acteur de sa propre formation et l'auteur de ses propres analyses. L'honnête homme du XXI e siècle, ne serait-ce pas celui qui saurait le mieux s'ouvrir à tout ce qu'on lui propose dans le but de mieux gérer cette extraordinaire diversité que constitue le monde moderne tout en ayant suffisamment de vigilance pour sauvegarder les valeurs essentielles d'une société et le prix de la vie ? C'est pourquoi, dans un monde dominé par les préoccupations matérielles, il est important de ne pas négliger ce qui est de l'ordre de l'esprit.

Références des œuvres citées au cours du devoir : (dans l'ordre) A.COHEN, Belle du Seigneur H. de BALZAC, Eugénie Grandet PASCAL, Pensées A.MALRAUX, La Condition humaine M.PROUST, A La Recherche du temps perdu (Un Amour de Swann, La Prisonnière) G.FLAUBERT, Madame Bovary J.P.SARTRE, La Nausée