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ages - 25 FF - Belgique 162 FB -Sulsse 10 FS - Canac — es hy ae NUMERO HORS-SERIE TOUS LES SECRETS DU DU SIECLE! +ET PLUS DE PHOTOS , FANTASTIQUES! LES DECORS DE \ DANS LES COULISSES AVEC ARNOLD: LA B.D. DE | a Ns A ii it FUMMAIRE ROBERT E. HOWARD | Inventeur d’Hyboria 7 CREATEUR D’UNIVERS Interview de Ron Cobb 26 GALERIE DE PORTRAITS 33 CONAN ILLUSTRE 35 WILLIAM STOUT 5 Crom sous le pinceau cest Conan, 37 conaN LE BAREARE ee) v) par William Stout Ele ect 1 us os 48 AVANT LA CIVILISATION... Le monde de Conan 1c le noir 64 CONAN LE GUERRIER " barba Interview d’Arnold Schwarzenegger pO Sass 82 UN BARBARE DERRIERE LA CAMERA Solomon Kane Interview de John Milus 95 CONAN VICTORIEUX! DN iear ote Wem elit ceD Si vous ne trouve pas ces livres chez votre libraire, si vous souhaites 8tre tenus su courant de nos public: envoyes-nous vos noms et adres nous donnant, s'il vous plaft, de: dications sur vos gofts littéraires, Diffusion Garnier Sodis EXERCEZ VOTRE O.1 Comme le corps, lintellect a besoin d’exercices, pour respecter le vieil adage « un esprit sain dans un corps sain». Avec Q.1 Jeux et Tests, le magazine des jeux de ré- flexion, vous pouvez dé- guster votre dose men- Suelle d'exercice en arian des sentiers bat- us. Ces quelques questio Q.I joux et test N° 9 POTTS ins de logique sont extraites du magazine mensuel vous y trouverez les solutions. 3/0 ]2[F file pia] fi] al7[c/s|n]s|tfi[pl9 4[6/1 [6/6 |mjis}H rol k Chaque mois dans 0.1, des tests de logique, mathé- matiques, culture, des ru- briques réguliéres, Echecs, Bridge, Logiciels, Lettres, Wargames, Mats Croisés, Dames, tarot... et des informations sur I'u- nivers du jeu sous toutes ‘ses formes. 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Pressman ‘Amold Schwarzenegger Jones ‘Jamnes Earl Jon Sandal Bergman Ben Davidson Gerry Lopez Maoko Witiom Sth et Max von Sydow dons le rl du Rol Ostic Scénatio de ‘John Milus et Olver Stone Musque de : Basi Poledours Productews exécutls D, Constantine Conte 9 Edword R Pressman Produit por uz Felahons et Raifaeto ce Lowentis Réoisé par John Mus Dstibué par Twenietn CentuyFox William Stout et Ron Cobb sans qui vous n’auriez pas eu ce numéro entre les mains, vénement ! Aprés cinquante ans d’existence, le héros barbare de Robert E. Howard, idole de trois générations, est sur Yécran ! Il court, chevauche, se bat, Conan est vivant! Nous autres lecteurs de Métal, nous sommes la- haut, avec lui, 'épée a la main, la sueur au front, une fille superbe au bras ! Ca valait la peine d’attendre cinquante ans ! Dans ce numéro, vous trouverez TOUT sur le film de la décennie : Les photos inédites prises par Ron Cobb sur le tournage ; une BD exclusive dessinée pour Métal par Bill Stout, nostalgique génial ; la plus longue interview d’Arnold Schwarzenegger, ou il dévoile tous les piéges du monde hyborien ; les confidences de John Milius, réalisateur sanguinaire et barbu ; les secrets des effets spéciaux révélés ; et les dragons cornus, les épées ensanglantées, les hyboriennes pulpeuses, ah. les filles d’Hyboria... Euh. Bon. Nvattendez plus, par Crom! Attaquez! Doug Headline ep > hy, ierra Guadarrama, courant 1981. Meme moi, I'envoyé spécial de Métal Hurlant sur le tournage de Conan, j'ai un peu peur. Franchement, je 1y crols plus. La-bas, & Paris, ca avait air d'etre’ un gfos gateau au chocolat recouvert de creme chantilly, Je revois Manceuvre, hilare, me pariant de son « vieux copain William Stout». Et Dionnet, sir de. lui, me confirmant que John Milius et Dino’ De Laurentis Tul avaient certifié, chez Castel un soir, que Je pouvais débouler « quand je voulais » sur’le tournage de Conan. Et ia, ces frissons ! Conan le Cimmérien, Conan le Barbare, Conan le plus sauvage de tous les héros de béde allait devenir Un film sous nos yeux, en un direct scoopesque, rien que pour Metal Hurlant! Méme un vieux mercenaire ‘de 'encrier blanchi sous le harnois de tant de polémi- Ques qu'il n'en éprouve plus qu'un spasme infime cha- gue fois qu'il doit dégainer son stylo, pouvait saisir Fintéret du truc | Le voyage en avion fut un bide. L’hotesse m’arra- che férocement mon walkman (sous prétexte qu'll in- terférait avec la radio du bord) et je dus me passer de écoute du Motorhead en public ('No Sleep Till Ham- mersmith’) pendant une heure de ma vie Secondo, les douaniers. Mon arsenal (comprenant un micro Sonar & cent Vingt metres régiable sur une fréquence & ondes courtes que je comptais dissimuler dans la chambre de Arnold pour savoir s'il frayait. vraiment avec I'héroine du film) leur semblant relever de l'es- ionniste moderne, les salopards me gardérent plus de deux heures en’ observation, fouillant mon equipe- ment de A a Z et confisquant deux ou trois gadgets cybernétiques sur lesquels je comptais absolument our parvenir a percer les secrets du tournage dans leur plus invraisemblable intimité | Et Je suls la, les pieds dans la neige! 'Closed set’ comme disent’ les gorilles qui m'empéchent depuis deux jours d'assister au tournage! Stout ? Reparti a L.A. dessiner des dinosaures. Millus ? Connalt pas de Dionnet. Et moi je craphute dans la neige, rampant Pour me glisser vers un gros rocher massif de derriere lequel il sera éventuellement possiblé (grace & mes jumelles infra) de voir ce qui se passe on bas...) Evi- demment, es cerbares ont évineé mon plan de l'assis- tant (j/avait tenté de me glisser sur le plateau en por- tant une boite de pellicule). Soudain, suant et pestant, j'approche du but... Je me hisse... Ho! La-bas, sur le set, c'est l'efferves- cence... Les caméras ne tournent plus, ¢a court dans tous les sens! On améne une civiere, et... Mais oul, on emporte Conan, enfin Arnold, Monsieur Univers, sur un brancard ! Le pauvre se tient la cheville en hur lant de douleur ! Ce n'est [a — je l'apprendrai plus tard = qu'un des accidents mineurs qui vont expedier Ar- nold (ou pas mal de figurants) a 'hopital pour « répa- ration », Saisissant au bond ma chance, je saute en air, dévale la pente et atterrit aux pisds de John Millus effaré : « Lalssez-moi passer, jo suis médecin! » Le gros barbu musclé éclate d'un rire tonitruant. II ap- Belle le gnome a sa droite et, me désignant du doigt s'écrie : « okay. Il peut entrer », Ce que tu vas lire, lecteur, est le fruit de la collabo- ration étroite — j‘oserai presque dire dans certains cas de Vamitié - qui naquit au cours des mois de tour- Rage en Espagne et de finition a Los Angeles entre mol et toute l'équipe de Conan. A tous ceux-la, s'ils lisent un jour ces lignes, merci. Et maintenant, sache 6 prince... RC CONFTRUCTCUR D'UNIVaRy INTERVIEW DE RON COBB Une courte barbe bourrue, l’air rusé, Ron Cobb dissimule derriére une candeur malicieuse les mille idées d'un homme aux talents multiples. Né_en 1937 a Los Angeles, Ron a grandi 4 Burbank, site de nombreux studios, en particuliers ceux de Walt Disney. Sans formation artisti- que scolaire, Ron décide tres jeune de se concacrer au dessin, et a la peinture. Dés 1964, il rassemble ses ceuvres dans une exposition de Los Angeles qui connait un certain succés. L’un des pre- miers & voir et apprécier son ceuvre se nomme John Milius. Puis Ron se dirige vers I'underground et travaille comme cartoonist au L.A. Free Press. pendant cing ans. II devient I'un des caricaturistes de satire socio-politique les plus connus des années 60. Ses dessins apparaissent partout aux Etats-Unis et dans le monde. at yap liporlien fon Cobb Cee erg tnttt Pendant un voyage en Australie, il ren- — eptiiicnne: eric Contra Hobit Love, sa future forme, Se segere an se ona pur x bse ttm En 1971, ses amis Dan O'Bannon et niles retrouve partout dans les scenes ol, ” soparaissent ies ad John Carpenter le font travailler comme — ‘enconsant, °° S0ra"eus 40 Set le grand Peinture préliminaire de Ron Cobb : Conan est emmené ‘par son pere au sommet d'un Speron rochoux, au miliou de Vorage et des éclairs. C’est la que le jeune Conan va apprendre le secret de l'acier, point crucial du récit. Cotte scéne est adaptée en bande dessinée par William Stout, en page 34. Fon Cobb a dirigé lui-méme plusiours des séquences du film. Ici, on le voit encourageant du geste un acteur qui incarne le fidele, adorateur de Set, que Thulsa ‘Doom pousse au suicide pour fournir une démonstration de son pouvoir & Conan. A lorigine, cette scéne devait voir Doom sacrifier un jeune homme et une jeune file pour ses fins, mals il ne restera qu'un des deux. dessinateur sur leur premier film, DARK STAR. Quelque temps plus tard, il lustre le concept des créatures de la séquence du bar extraterrestre dans STAR WARS, puis prend une part active a la partie dessin d’ALIEN. En 1978, il crée aussi les décors de la soucoupe volante porteuse dans RENCONTRES DU 3° TYPE, EDI- TION SPECIALE. Son travail le plus ré- cent hormis CONAN est EXTRA-TER- RESTRIAL (ex-E.T. & ME; ex-NIGHT SKIES ; ex-BOY'S LIFE) qu’il devait réali- ser, mais qui est finalement signé par Steven Spielberg. Ron Cobb est doué d'un génie créatif étonnant. Ses yeux pé- tillants laissent deviner que bientét, if ar- rivera a ses fins : réaliser luiméme un film! METAL : Quand avez-vous commencé 4 travailler ‘sur le film CONAN ? RON COBB : Eh bien, quand j'ai terminé de m’occu- er G'ALIEN, j'ai été ‘contacté par John Millius pour Participer a’ ce film. En fait, John devait réaliser CONAN, et nous nous connaissions depuis tres long- temps. ii aimait vraiment le travail que je faisais, et deja bien avant STAR WARS et les autres films de ce genre, il m'avait engagé pour exécuter une peinture our lui, et depuis ce moment, il souhaitait nous voir Sollaborer sur un film. Quand j'en ai enfin eu fini avec ALIEN et quand je suis revenu d’Angleterre, le film 8 u'll préparalt et dont il voulait que je sois le designer était HALF THE SKY, une histoire de trappeurs et de montagnards. Mais ce projet a été abandonné, car, pour simplifier les choses, CONAN est venu sur le tapis. Les producteurs, Ed Pressman et Ed Summer voulaient que John le mette en scéne depuis le début. Quand ils le lui avaient proposé, quatre ans plus tot, il était en train de tourner BIG WEDNESDAY (Graffiti Party), et ils avaient cherché d'autres réalisateurs pos- sibles, Ridley Scott, par exemple. De mon cote, je mapprétais & entamer le travail sur HALF THE SKY. John était parti pour une sorte d'expédition de chasse our un mois environ, et nous devions commencer dés son retour. A ce moment, I'équipe d’Ed Pressman ma proposé de collaborer a’ CONAN qui était sur le point de se faire, aprés toutes ces années. Je leur dis que ca m’intéressait, mais que je m’étais engagé pour HALF THE SKY. lis m’ont alors offert de n'accepter qu'un travail de quelques semaines, juste pour quel- ques dessins préparatoires. Ga me paraissait intéres- sant, et jai done lu le scénario d’Oliver Stone, et je me suis documenté sur Conan, Je ne connaissais pas grand chose au personnage, & part les peintures de Frazetta, et les comics, mais’ plus j'en apprenais, plus Fentrevoyais de possibilités de création. Je me suis donc mis a peindre et & dessiner, mais rien ne s'est passé coté production. Quand John rentré, nous avons commencé son projet, et en deux mois j'ai effectué toute une série de peintures. Entre- temps, nous entendions toujours des bruits sur CONAN. Oliver Stone devait le réaliser lui-méme, puis plus rien, etc. Et puis John a vu mes peintures’pour CONAN et a été emballé. Il a lu la version finale du scénario de Stone, et ca lui a tellement plu, ce per- sonnage romatique et ce monde barbare, quiil a télé- phoné & Ed Pressman pour lui proposer de le mettre ‘en scene, Pressman et Dino De Laurentiis se sont mis d'accord pour substituer CONAN 2 HALF THE SKY dans le planning de John, et tout le monde a été ravi. Voila comment je me suis & nouveau trouvé en train de m'occuper de CONAN. METAL : Combien de temps avez-vous passé 4 pré- parer lo film ? RON COBB : Un pou plus de deux ans. La premiere année a été passée & développer, développer, et en- ‘core développer les concepts vistiels pendant que le ‘scénario était réécrit encore et encore. Nous cher- chions une approche juste, un style qui convienne au sujet. Finalement, a s'est transiormé graduellement en une sorte de version historique, assez proche de Kurosawa, et plutot éloignée des comics américains. Nous avons essayé de créér un portrait réaliste de lépoque de Conan, pas comme EXCALIBUR, mais en fait tres terre-a-terre, pas tres idéalisé. Comme chez Kurosawa. II fallait aussi une psychologie des person- ages qui soit tres forte. La boue plutot que le gla- ‘mour, Et nous avons réussi un bon scénario. Il n'est pas basé sur un récit particulier de Howard, ot je crois qu'il est en fait meilleur que n'importe laquelle d'entre elles. Je n’étais pas moi-méme un fan de Conan, mais Pour les scénes de pélerinage et de rassemblement a la ‘montagne de puissance, Ron Cobb et John Millus ont ;pensé rajouter des mannequins assez réallstes pour rentorcer les rangs des adorateurs de Set. Ainsi, la sensation de foule immense était encore augmentée. Un maximum de mille cing cents figurants aura été utilise pour ces scenes. CARTE DU VILLAGE CIMMERIEN. Cadre de l'enfance de Conan, le village sera aussi le lieu du meurtre de ses parents par Thulsa Doom et ses hommes. Sur ce plan dessiné par Ron Cobb et William Stout, on distingue parfaitement les emplacements des forges du maitre. Le lieu du raid conduit par Rexor et Doom est ici détaillé avec le plus grand soin. Ron Cobb a ainsi dessiné tous Jes décors principaux du film, sous forme de plans & échelle. Ces plans de base servaient ensuite a créer tous les éléments plus petits des décors, dessinés eux aussi a l’échelle avec une précision minutieuse. Une fois tous les plans terminés, la construction des décors Pouvait commencer, béneficiant grandement de cette lanification rigoureuse. ey Vidée de créer une civilisation et une culture nouvelle m'excitait assez. Ca m’a beaucoup motivé. Plus le scénario avangait, plus ffavais le désir de pouvoir des- siner en totalité les costumes et I'architecture du film, sans me reférer @ quoi que ce soit dans notre Histoire @ nous. En faire un univers complétement imaginaire. Mais, pour beaucoup d'éléments, les tapisseries, les Poignées de portes, etc. le temps nous a manque. Il y avait trop a faire. Alors nous avons du faire des em- Prunts a différentes civilisations passées, mongols, perses, etc. Je n'ai done pas toujours pu pleinement concrétiser ce que |'aurais voulu faire, mais ca et la, tout s'est passé selon les plans que j'avais établis, par exemple la Tour de Set et ses salles intérieures, que j'avais entigrement dessinées. Et ca, c'est ce qui a été vr ‘ment satisfaisant. Il y aura eu beaucoup’ de décep- tions, mais aussi beaucoup de bonnes surprises. METAL : Comment se sont passés vos rapports ‘avec la production ? RON COBB : La plupart du temps, ¢’a a été le chaos. Le fait que trois compagnies différentes s’occupaient Au centre du village, le pére de Conan se bat comme un lion contre les envahisseurs : Thulsa Doom et ses ‘cavaliers, Malgré toute sa bravoure et sa force légendaire, il succombera aux coups des assailants. Et ‘sa grande épée sera ravie par Thulsa Doom, jusqu’au Jour 00 Conan se dressera pour venir la réclamer... On voit bien ici quel chemin a été parcouru depuis la premiére conception du décor du village. A présent tout est en place et la scéne peut dire jouse. Le village Cimmérien, dessin de William Stout. On rretrouve ici tous les éiéments indiqués dans le plan précédent. Les illustrations de William Stout donnent toute leur épaisseur aux idées de Ron Cobb et raménent a l’échelle humaine les plans de terrain du designer. On se rend mieux compte d’aprés ce dessin de [a taille respective des éléments du décor dans espace. De tels décors ont couté entre 150 et 500 000 dollars a construire. ot La salle du trone du Rol Osric (Max Von Sydow). Tout ici respire la fichesse et l'opulence, mais une richesse depuis longtemps laissée a I'abandon. Les tapisseries et les meubles précieux se sont empoussiérés, les soleries sont rongées aux mites, les boiseries vermoulues. Dans ce décor, n'y a que les vestiges d'une splendeur passée, maintenant en décrépitude. Dessin de Ron Cobb : Conan, Valeria et Subotai sont amenés devant le Roi Osric. On voit combien le passage de la peinture au décor réel s'effectue avec fidélité. Les moindres détails concus par Ron Cobb sont intégrés au décor fini. Souvent méme, I'angle de prise de vue et ’éclairage sont calqués sur les dessins préliminaires. SaESSOOO OS) Deux photos des tapisseries créées par Ron Cobb et William Stout pour la décoration de la salle du tréne de Zamora. On reconnalt des influences historiques Gliverges dans le style de ces décorations murales. Leur taille avoisine en général quatre métres sur dix. 13 de diverses opérations autour du film n'a fait qu'ag- graver les choses. Dino De Laurentiis étalt producteur, fa Universal distribue le film aux Etats-Unis, et la 20th Century Fox le distribue en France. Ce méiange a été source de confusion depuis le début. Pour la publicité par exemple, il n'y a pas eu de logo officiel du film Pendant tres longtemps, et le travail s'est fait dans la anique : pas de campagne préparée et ainsi de suite. iis se repasseient les responsabilités indéfiniment, ot a a rendu la vie dure & pas mal de gens. METAL : Vous avez beaucoup travaillé en collabora- tion avec William Stout. Qu'est-ce qui différencie vos méthodes de travail ? RON COBB : Oui, il a fait énormément de dessins des décors du film. Tandis que moi je travaillais beaucoup sur papier millimétré. J’al découvert que c’était ce qui me convenait le mieux. J'adore ca. J'al commence comme illustrateur, et c'est ce que j'ai fait jusqu'au moment ou le temps s'est mis & manquer. Une foi qu'on en arrive au stade de detailler les concepts il- lustrés, j'ai une meilleure vue d'ensemble de ce que je dois faire. Je controle mieux les proportions et I'es- pace, plus précisément. Je préfére les plans que je dessine sur millimetre, meme s'ils sont moins jolis a regarder. Pendant la conception d'un film, j'en empile une quantité incroyable. Je m’intéresse davantage a Ia planification des décors et des lieux de tournage, des différentes struc- tures qui composent ces décors. Et aussi a la cons- truction des décors elle-méme. Voila la partie qui me passionne lo plus. J’al suivi la finition de chaque élé- ment de décor, leur sculpture, le travail sur les maté- Fiaux, la peinture, etc. C'est pourquoi j'ai fait une grande partie de’mon travail sur millimétré, ce qui permet d'avoir une vision exacte de l'ensemble d'un décor, mais dans le moindre de ses détails. METAL : C’est [a ou votre travail sur CONAN a été différent de celui que vous aviez fait pour ALIEN, ou vous aviez exécuté beaucoup plus de peinture et illustrations. La taverne de Shadizar, ol s'enivrent nt de l'argent tiré de ‘du Serpent. Ici, les viennent quérir ies tro spée levee pour ‘du décor dela assez hallucinate. On pourrait pratiquement compter les poutrelles du plafond ‘ou las braises dans I'atre. Une rue de Shadizar, cité des voleurs, véritable ‘coupe gorge et repaire des pires brigands de Zamora. Seuls des ames bien tempérées dotées Ge fines lames osent s'y aventurer. Conan, Valeria et Subotal entrent dans cette catégorie. Ron Cobb a un petit role dans Conan : 1! ncarne un marchand de lotus noir, drogue locale fort puissante, et tente de vendre son poison & Conan. Mais le barbare ne cherche que des renseignements sur le Culte de Set. 15 Ron Cobb (assis) et William Stout dans leur atelier commun, vers le début de la production du film. Depuls, tous les deux ont pris quelques rides. Ewan Stout. SEPIEBLUIGT BASILE- Le panneau peint par William Stout qui servait de plaque professionnelle a ’entrée du studio de l'art department en Espagne. De toutes ces créatures, laquelle est Ron Cobb, et laquelle William Stout ? RON COBB : Oui, c’est différent. Je commengais seu- lement @ développer ma tendance que je viens de vous décrire, au moment d'ALIEN. CONAN a marqué le stade ou jai décidé de faire moins c'illustrations. Presque tout mon travail a été meticuleux, détail par detail, et je me suis apercu que c'était ‘nécessaire pour moi de faire tout ce travail de précision au ni- eau de la création des décors et des accessoires. Je trois que si je continue a faire des films, je garderai toujours. un bon illustrateur avec moi pour exécuter les dessins d'ensemble ou en situation. J'ai envie de me consacrer presque exclusivement au travail sur millimétré, a Néchelle. En général, l'art director aide le metteur én scéne A visualiser’ sa conception des décors et des scenes du film. Bon nombre d'art direc- tors ne font que des croquis et des dessins, mais je préfere passer directement au controle plus précis de Sombien d'espace un décor va occuper, de’ combien STespace |e dispose exactement, et de comment orga- riser les éléments de décor au contimétre prés. C’est beaucoup, plus satisfaisant pour moi en tant que desi- ner de pouvoir contréler toutes ces choses. METAL : Avez-vous utilisé les bandes dessinées du Marvel Comics Group vous ef John Milius, comme inspiration pour le style visuel du film ? RON COBB : Pas tellement, en vérité. Je ne suls ‘meme pas réelloment expert én matiere de comics sur Gonan. A part les peintures de Frazetta, je ne suivais ppas les comics mensuels de la Marvel. Je n’aime pas {tellement ca. John, lui, voulait interpréter Conan comme une forme d'expression du rejet de la civilisa- tion. il s'est servi de Conan comme tremplin & son esprit romantique, car lui-méme est proche de cette attitude. Il a essayé de ne pas se laisser Influencer our les représentations déjé existantes du person- age. Ga n’empéche pas Roy Thomas, scénariste du Comics mensuel du MCG pendant prés de dix ans, d'avoir conseilé John pendant la préparation du sos- nario. Il venait donner des précisions sur les récits écrits par Robert Howard & chaque fois que John le lui demandalt METAL : Comment se sont passés vos rapports avec John Milius justement ? Que pensez-vous de ‘8a réputation aux yeux du public ? John a vraiment un certain cran pour s'étre posé en réalisateur-barbare vis-a-vis de la presse et du public, on a souvent tendance a le tourner en ridicule pour a. Mais ca n'est en fait qu'un masque. John est vrai- ment un type délicieux, un conteur fabuleux, tres equitable et juste dans ‘ses relations avec les gens, plein d'enthousiasme. Tout ¢a est en contraste total avec l'image publique qui est entretenue. II est forcé par beaucoup de gens a porter ce mas- que, et je pense quill y croit aussi. Mais nous n'y fai- sons aucune attention, nous ne discutons pas ces choses-la. Moi aussi, j'ai une réputation qui va a t'in- verse de la sienne, mais ca n’engendre aucun confit. Je le considére comme un conteur enthousiasmant et peut-etre qu'll est possible de le voir comme un per- suadeur. J'ai toujours été intéressé par les gens qui veulent persuader, qui veulent avoir le dessus avec leurs arguments. Je crois que nous devons tous déci der ce que nous sommes et ce que nous pensons et ‘ga m'impressionne toujours de voir quelqu'un qui est doué pour convaincre. Jaime discuter avec eux parce que je vols qu'lls réussiront trés bien a se débrouiller dans la vie. Et, d'une certaine distance, je suis attiré 16 Trois dessins préliminaires de William Stout, montrant le Temple de Set sous différents angles. On trouve toujours des personages dans ces esquisses pour conserver en téte les proportions auxquelles le décor sera construit. En bas : Les ornements du sommet du Temple de Set, dans les hauteurs de la montagne de Pulssance. Ce décor a été le plus codteux et le plus long 4 réaliser. 7 1, Ron Cobb se relaxe a 'ombre des colonnes qui gardent entrée de la Montagne de Puissance. 2.3.4. Trois vues du Temple de la Montagne de Puissance. C'est ‘seulement par rapport 4 environnement naturel qu’on peut réellement se rendre compte de la taille gigantesque de ce décor. Il est impressionnant de penser qu’en espace de quelques semaines seulement, un tel monument peut prendre forme et s’élever. Mais ici, le bois peint et le styrofoam remplacent le marbre et le granit.. 5. Sculpture a la gloire du dieu- ‘serpent et oriflamme du Culte de Set, deux des ornements parmi les centaines qui auront été nécessaires la création du Temple du Serpent, décor construit pour la somme de 500 000 doltars. Gi-dessus et 4 droite : La Montagne de Puissance et le Temple de Set, illustration de Wiliam Stout. Vue d’ensemble du décor le plus gigantesque de Conan. On distingue la fontaine ou les pélerins doivent se purifier avant d'accéder au Temple, les quarante métres de marches, et tout en haut, la récompense supréme, entrée du Temple du Serpent, oriflammes fiottant au vent. 18 vers ce type de gens en dépit de leurs opinions, car mon opinion & moi est solide et difficilement ébranla- ble. Ma relation avec John est donc assez curieuse. Nous sommes deux bons amis et nous travaillons vraiment bien ensemble. Il m’a aidé a créér le style visuel du film, et il était parfaitement content de mon travail la plupart du temps. Il m’avait lié lui dans son contrat, ce qui est tres généreux, car j'ai tout de meme une expérience cinématographique assez res- treinte. Officieusement, j'ai travaillé comme designer sur ALIEN, mais officiellement je n’étals qu’illustra- teur, concept artist. Ga ne mene pas & la conception de décors et de structures, en général, je veux dire a la création de tous les éléments visuels d'un film. On m’a engagé principalement parce que John a beau- coup Insisté, et qu'il s'est battu pour m'avoir avec lui sur le tournage. Alors, en réalité, je lui dois vraiment beaucoup et je lui suis trés reconnaissant. Nous avons coopéré tras étroitement, il m'a écouté avec beaucoup d’attention tout le long du film. Jai eu Pas mal d'influence sur la rédaction du scénario, John @ eu pas mal d'influence sur moi, et j'ai passé beau- coup ‘de temps a interpréter sa vision des choses, Plus le film avancait, plus je me rendais compte, pour- tant, que nous ne travailions pas si bien que ¢a en- semble. D’une certaine fagon, je crois que inspire beaucoup le metteur en scéne. Je crois de plus en plus que si je continue a travailler dans le cinéma, il va falloir que je réalise moi-meme, parce que j'ai envie.de tout contréler personnellement. (Rire) Je Différentes esquisses de lintérieur de la hutte de la Sorciére, par Wiliam Stout. On remarque que le style de William Stout s‘apparente assez & celul de Roy Krenkel, dans les esquisses les plus simples. La scéne de la femme-loup demandait beaucoup de préparation, 4 cause de importance qu'y tenalent les effets ‘spéciaux. Les décors devaient donc y étre concus en fonction de ces exigeances particuliéres. William Stout a essayé de retrouver I'ambiance ténébreuse et ‘magique des récits de Robert Howard, oii la sorcellerie ‘occupe une grande place. L'extérieur de la hutte de la femme-foup, vue par William Stout. A ce stade, le décor nature! n’avait pas encore été trouvé, ce qui explique les différences 6videntes entre le dessin et le résultat final, Apres la bataille : Conan s’éloigne du lieu du chaos, ‘sous le regard plus que vigilant d'un loup aux yeux féroces. Notre barbare laisse des traces de son passage. n’aime pas rester inapercu | Dessin de William Stout. ‘commence a avoir envie de passer a d'autres choses que CONAN et, a ce stade, je suis en transition. Jai beaucoup d'offres et de possibilités devant moi. Nous verrons. METAL : Dans quelle mesure avez-vous senti ces mites vous peser sur CONAN? RON COBB : Par exemple dans le passage du soéna- rio & la pellicule. Je dois répondre précisément aux exigences spécifiées dans le. scénario. Ce n'est pas ‘comme si je pouvais construire un décor exactement ‘comme je l'imagine. ll faut que je me conforme a ce qui est éorit par un autre que moi. Voila un exemple de restriction. En d'autres termes, j'aimerais presque travailler & partir d'un scénario que j/aurais moi-méme écrit. Ca me permettrait de créér précisément ce que j'ai en téte en matiére de décor. C'est aussi ce qui s'est passé pour ALIEN. Ridley Scott m’a dit : « voila ma conception du futur, et c'est Ge que nous allons faire ». J'avais toujours eu envie de dessiner les concepts visuels d'un film de science- fiction. Je suis vraiment tres intrigué par les possibili- tés de ce genre. Et la vision que jfavais d’ALIEN au- rait pu étre, & mon avis, bien plus excitante et intéres- sante qu'elle ne I'a été dans le film. La, je me suis vraiment senti souttrir des restrictions imposées. Etre cconsciencieux comme on me le demandait ma laisse tres décu apres ALIEN, car je me disais continuelle- ment que ca aurait pu étre beaucoup plus spectacu- laire et magnifique que ¢'a I'a été. J’adorerais refaire un film du genre ¢’ALIEN, tout en étant conscient du défi ot de Ia responsabilité que cela implique. Je fait assez conflance & mes possibllités. C'est la meme chose pour CONAN. Lorsqu'on a la chance de pouvoir manipuler Histoire, comme Tolkien ou Howard, je crois qu'il faut aller aussi loin que possible. J'aimerais continuer @ expliciter ce que j'ai commencé sur Conan, en faire davantage. Et je crois que cest oe aul im’a attiré dans ce film, immense possibilité de ce qui Pourrait arriver. C'est un domaine, comme celul de la Science-fiction, qu'on peut pousser encore tres, tros loin, Les formes en ont a peine été explorées. I'y a une telle redondance dans ce qu'on voit de nos jours. On ne sort pas d'un cadre prédétermine, qui se répete encore et encore et encore. Et pourtant ily a une telle étendue de possibilités & explorer. Crest pour cela que J'aimerais avoir une chance des sayer, un jour ou l'autre. METAL : Vous prévoyez donc un grand avenir sux films de science-fiction et d’heroic-tantasy 7 RON COBB : Les implications d’ou nous sommes et ‘i nous allons sont beaucoup plus fascinantes que tout ce qui a été exposé dans une partie de la lttéra- ture populaire de S-F depuis longtemps. II est impor- tant, & mon avis, de pousser la science-fiction jusqu un statut de mythologie pour notre époque. Je crois que nous avons besoin de ¢a, vraiment besoin, pour affronter le futur. Le présent devient le futur avec une telle rapidité que la science-fiction est une merveil- leuse forme de non-art, une mythologie. Elle devrait En bas 4 droite : Un tantastique décor naturel a été employe pour la séquence de la femme-loup. Dans les ‘montagnes espagnoles, 'équipe de repérage a ‘rencontré ces étranges formations rocheuses ot a Instantanément voulu en ter parti. Le décor prévu a done été change pour s'adapter 4 ce cadre étonnant, {ui renforce encore 'aspect inquiétant de la demeure de la sorciere. 20 THE WITCHES HUT nous accomoder & notre monde davantage, vu que nous vivons au milieu de la quincaillerie scientifique qu'elle a decrit il y a si pou de temps. Cela seul est deja énorme par ‘ses implications. Et j'aimerais une science-fiction plus proche de nous, qui. serait en meme temps beaucoup plus excitante pour Nesprit. ‘Ga me ramene & mes idées de création : |'almerais écrire, et mettre en scéne, dessiner, composer de la musique, et dieu sait quoi encore. Mals pour ¢a, ime faut davantage d'expérience pour gagner plus de confiance en moi. Ce sont des gens comme John Milius qui peuvent me convaincre que je suis capable de faire ce que je voudrais. J'apprends toujours un tas de choses sur moi et sur mon travail, meme au milieu du chaos. Et croyez-moi, je viens'de passer trois années plutot dingues ! METAL : Combien de temps étes-vous restés en Yougoslavie lors du premier choix de ce pays pour Je tournage ? RON COBB : Deux mois. C’était ennuyeux au possi ble. Nous y avons presque fait le film. J’avais trouvé tous les décors naturels, nous avions installé art de- partment, nous travaillions sur les derniers dessins Préparatoires, et la construction était sur le point de ‘commencer quand nous sommes partis. Mais ca aurait été trés difficile. Personne ne savait jamais quand la construction d'un décor serait termi- née, ni si on tiendrait les délais, et ca nous rendait tous nerveux, tout le monde faisait des heures supplé- mentaires. Nous ne pouvions pas nous sentir en confiance.’ Nous avons appris que la plupart des films. qui se tournent en Yougoslavie sont généralement préparés hors du pays et ensuite apportés en Yougos- lavie. Tout est construit sur place assez rapidement. Jiimagine que cela peut etre fait pour des films oe Conan enchainé a la Roue de la Douleur. C’est ainsi asservi que Conan va passer de I'adolescence & l'age adulte. On peut sypposer que l’exercice quotidien que lui impose ce supplice est pour beaucoup dans la formation de sa musculature puissante. Mieux aurait valu pour lui qu'il 'acquierre autrement. La Roue de la Douleur a différents stades de sa construction. Tout dans ce décor respire la soutfrance et la haine, jusqu’aux tétes sculptées dans le bois ‘massif, C'est sous 'ceil percant du Maitre de la Roue que les esclaves enchainés doivent jour et nuit faire tourner le lourd instrument, pour broyer le grain qui nourrira leurs tortionnaires. Au fil des ans, tous ses condiscipies meurent, par le froid, la faim, les mauvais traitements. Seul reste Conan, exceptionnellement vigoureux et résistant. Un hiver, il continuera a faire fonctionner la Roue 4 lui tout seul, accomplissant lo travail d'une douzaine d’hommes. Ainsi se distinguera- ‘Hil, et sera vendu comme gladiateur auprés dentrainours étrangers. Dela Rove, li passera a arene, 49 décors seront utilisés dans Conan, en comptant la maquette miniaturisée de la ville de Shadizar, construite en perspective foreée. Celui des ‘monticules funéraires, du cimetiére des anciens dieux, est I'un des plus impressionnants. Sur des kilometres s’étendent ces curieuses excroissances, refuges de rois morts des imillénaires plus tot, Des pierres tombales et des dalies de marbre jonchent 'étendue sablonneuse. Nous sommes au bord dela Mer de Vilayet, 1a 04 le broulllard se léve en espace de quelques minutes. Et lorsque ce brouillard suffoquant s'installe, les cavaliors squelettiques qui gardent ‘pour I’éternité les tombeaux des morts semblent s'animer. Ces dépouilles macabres ne quitteront jamais leur poste. Comment sont-elles venues 1a ? Nul ne fe salt. Leur secret est enfoui dans la tombe... RON COBB : Pour créer notre grand décor des ‘monticules funéraires, lors de la scéne de bataille Ila fall aller chercher des tonnes de sable avec des elleteuses et des bulldozers. Heureusement, nous tions tout prés de la mer. Nous avons donc constrult notre propre Stonehenge, avec un tumulus de plus de ‘onze métres de haut au centre. Des monolithes de pierre jonchent le terrain, et chevaux et cavaliers morts assurent la garde de ce cimetiére spectral. Des pilotes ¢avion qui survolaient ce site s'attardalent pendant des heures. Au-dessus de notre décor, ils s‘imaginaient avoir découvert un nouveau trésor archéologique ! comme UN VIOLON SUR LE TOIT oi il est relative- ment alsé de trouver les décors, et il y a peu de cons truction a faire. Dans notre film tout devrait étre cons truit une fois les plans faits et nous avions vraiment choisi le mauvais endroit pour faire ¢a. Ils n’ont pas de techniques occidentales modernes d'industrie. IIs vont pas de fibroglass, de latex, ou de toutes cos autres choses qui sont devenues ‘si mportantes pour le cinéma de nos jours, tout autour du monde. Done nous avons décidé de nous en aller. Apres de longues périgrinations, j'ai trouvé qu’en Espagne on pouvait réussir a obtenir tous les decors naturels pri- mordiaux, un un. Il falait que je sois sar de mon ‘coup, parce que le déménagement de toute 'équipe fen dépendait. Quand j'ai trouvé le site pour la monta~ ‘ane, celui du temple, celui de la demeure de la sor- THE MOUND ciére, je me suis décidé. Les Yougoslaves ont été tres décu, parce quills attendaient beaucoup de ce projet un ‘flim important dans leur pays, etc. En tout cas, notre recherche des lieux de tournage aura été si lon gue et ennuyeuse que j'aime mieux l'oublier. METAL : Comment s'est passé la phase suivante de Votre travail ? | ne fallait pas prendre de risques car nos décors coutalent 500 000 $ a construire, et j’en étais respon- sable. Nous étions une demi-douzaine dans l'atelier de dessin et de storyboard. Une fois la construction ‘commencée, nous ne pouvions plus reculer. Et quand la construction a commencé, ca a été incroyable. Le simple fait de voir les décors s'élever peu & peu de- vant vous est stupéfiant. J’en avais eu un avant-gout Sur ALIEN, mais pas a cette échelle. A marcher a tra- vers ces immenses structures, je me demandais si C'était bien moi qui était le responsable de tout ca! Incroyable ! Prenez par exemple immense chambre d'orgie du Temple de Set, cette salle incrustée de tétes de ser- ents, et de symboles phalliques géants, et de dallage ‘en marbre, sa grande fontaine, etc. Et partout il y avait des artisans qui polissaient et peignaient pour donner a tous ces décors en bois 'apparence du mar- bre... Merveilleux, et vraiment excitant ! METAL : Une chose qui a pu inquiéter certains pu- ristes, c'est le fait que "Espagne posséde un type 24 de paysages bien reconnaissables, qui est on fait trés ditférent de ta Cimmérie décrite par R. E. Ho- ward. RON COBB : Lorigine de Conan, au début du film, se passe en Cimmérie. Cette séquence a été tournée dans une clairigre en forél dans les montagnes juste ‘au-dessus de Segovie. Il y a la une chaine de monta- ‘gnes enneigs tres bello, avec une superbe forét de pins. C’est 1A que nous avons constrult le petit vil- lage Cimmérien. Nous attendions de la neige, mais Il y en a ou au-dela de nos espérances. Nous ‘avons ou tune tempéte de glace. Le village a été englouti par la neige. Nous avons quand méme commencé a tourner la-bas, dans des conditions tres froides. Une bonne partie du début du film montre ca, ce fabuleux décor gel6, avec stalactites, pins couverts de glace, et le reste. Ensuite, avant qu'on aie fe temps de finir de tourner cos scénes, la neige a fondu. Ca a été un désastre. Nous avons du répandre de la” poussiére de marbre Partout dans la clairiére pour simuler la neige comme dans Dr JIVAGO. C’était déchirant, Ga n’a daillours fait qu'empirer puisqu'll reneigeait de ‘temps a autres. Nous avons donc eu de la poussiére de marbre dans la neige, de la neige dans le marbre, et malheureuse- Conan arrive prés du premier tumulus du cimetiére des oubliés. Pour tui, ce n'est qu’une étape vers le Temple de Set, Ine sait pas encore qu'll devra y combattre pour sa vie, et y affronter son ennemi juré, linfame Thulsa Doom. Pour mettre a 'abri la princesse Yasimina, fille du Roi sri, envoutée par Doom et le Culte du Serpent, Conan va l'attacher solidement au faite du plus haut des monticules. Ainsi pourra-t-il détendre de son mieux celle qu'il a mission de ramener. Ron Cobb prés d'un des cavaliers fantomes qu'il a dessiné. Lui ne parait pas affecté le moins du monde par cet environnement spectral. C'est peut-étre qu'il se ‘sent un peu comme un pére pour ces créatures. A droite : Les cavaliers squelettiques défendent le repos des grands rois défunts. On peut imaginer que de telles apparitions suffiraient & repousser le plus aguerri des pilleurs de tombes. Arnold Schwarzenegger : « Nous devons vraiment ‘beaucoup 4 Fon Cobb, nous autres acteurs. Il est ‘éellement indispensable & un film tel que Conan. Si vous saviez combien i! est plus facile de se croire en situation quand on joue dans des décors aussi réalistes ‘que ceux de Ron ! On est en train de marcher dans les rues de Shadizar, ou de combattre dans un cimetiére miliénaire, et on y croit ; grace 4 des gens comme Fon. Cost formidable. » meni, la poussiére de marbre s'est mis a jaunir au contact de la vrale neige. Horrible Il fallait ensuite filmer contre des cleux gris, et certains jours il n'y avait plus rien du tou Etonnament, il est quasi-impossible de détecter tout cola dans le film terminé. Cela s'est tres. bien mélangé. Malgré ces désastres, nous nous en sommes tirés. Mais nous avons retrouvé le méme pro- bleme pour la Roue de la Douleur, qui devait étre elle ussi sous la neige, a trés haute altitude. Il n'est pas facile de trouver de ta neige en Espagne, I'été. Nous avons commencé a filmer la Roue sous la neige, mais la neige s'est évaporée pendant que nous tournions. ‘Au moins la Yougosiavie ne manquait pas d’endroits désolés, lugubres, et enneigés. En Espagne, rious avons da nous contenter des vieux décors de Westerns Spaghetti. C'est un peu bi- zarre, mais John a réussi a faire ca et & rester fidale & esprit d'Howard. Nous avons dd utliser un vieux fort espagnol, décor d’anciens westerns, car construire lune ville entigre serait revenu trop cher par rapport au budget. oe Ces péripéties durant Je tournage vous permis de voir le monde de Conan sous de nouveaux aspects 7 RON COBB : En réalité, ca m'a surtout fait compren- dre que l'adaptation des Marvel Comics est un peu trop limitée, une sorte d’impasse, et meme Howard est dans une impasse lui-meme. ‘Tout ca_a sombré dans une sorte de routine depuis lors. Ce qui est réussi dans le film de John est que c'est une renais- ‘sance, une re-création. John s'est inspiré et imprégné de l'atmosphere d'origine autant qu'il I'a pu. lla étu- dig les détails, je lui ai dessiné la carte, ef ainsi de suite, Mais aprés cela, ila réinventé Conan grace & ces bases, en prenant des libertés. Il a emprunts pas mal d’anecdotes & des récits de Howard (La Chose dans la Crypte, La Tour de \'Eléphant, La Fille du Géant des glaces, etc.) mais il a réellement construit un scénario différent des histoires de Howard et tota- lement personnel. Les puristes seront peut-étre décus, mais s'ls avaient filmé eux-méme CONAN, ca serait devenu un film totalement prévisible et plutot plat. John a sans doute bien fait de réinventer son propre Conan. De toute facon, la différence n'est pas si vaste. Pourtant ily en’ a une. La personnalité de Conan est un peu différente ; le monde Hyborien est moins empli de magie que chez Howard. Tout le film est tres psychologique : motifs et déterminations de Conan y sont étudiés. G'est aussi un récit initiatique Qui raconte la formation du personnage a travers les épreuves et les batailles. C'est un film complexe, & beaucoup de facettes. Je pense que tout le monde y trouvera quelque chose & son gout. CONAN, c’est du cinéma populaire. METAL : Quelle aura été votre plus grande satistac- ton sur CONAN ? RON COBB : Réussir & construire un monde imagi- naire crédible. J'adore faire construire des choses d'aprés mes dessins : tours, huttes, chariots a six- roues, cités entiéres, n'importe quoi |... 26 ! ee niin o e Tee eee Yasimina Subotai Llimagination des dessinateurs a été grandement sti- mulée par le monde fantastique de Robert Howard Bon nombre des meilleurs essinateurs et illustrateurs du globe ont donné leur version de ce héros légen- daire et barbare qui nous intéresse ici. Frank Frazetta et ses peintures de couverture pour les Premiéres éditions en Paperback des nouvelles de Conan, chez Lancer dans les années 60. Pour beau- coup, ie Conan de Frazetta est le plus fidéle a I'ori nal. Peu d'artistes ont su aussi bien transcrire en images les troubles évocations de Howard. Le monde de Frazetta est rempli de pulpeuses créaiures et de dragons terrifiants, de guerriers brutaux et de carna- ges fracassants. II aura laissé sa marque dans l'esprit de tous les amateurs de Conan, Barry Smith fut le premier dessinateur du comics du Marvel Comics Group qui vit le jour en 1970. Son Conan est fin et racé, davantage un voleur qu'un pais barbare. Son agilité et sa ruse comptent pres- que davantage que sa force animale. C’est un Conan lus cérébral qu'on ne le croirait. John Buscema, Gréateur de la série du Silver Surfer, prit la suite de Smith aux commandes du comics’ Marvel devenu mensuel. Son style puissant et viril donne & Conan Vaspect brutal et formidable qu'on lui associe le plus souvent. Par sa longévité, ce Conan force notre res- Wiliam Stout Nos héros vus par... Frank Thome John Buscema 36 Richard Martens ect : pres de dix années se sont éooulées ot Bus- ‘cema a chronique les aventures du grand Cimmérien. Neal Adams, Philippe Druillet, Jean-Michel Nicollet, Gil Kane, beaucoup d'autres se’ sont attachés dépein- dre Ie héros de Robert Howard par image. Nous avons choisi de vous présenter en exctusivité onze pages créées par William Stout, qui suivent les premiéres séquences du film & la lettre. Qui est Wil- liam Stout ? Né en 1949 & Salt Lake ity, mais élevé a Los Angeles, il gagne une bourse d'études dans un institut d'art californien, des r'age de dix-sept ans. En 1968, il commence a’ publier. Son nom apparaitra sans cesse dans les comics underground américains auxquels il donne certaines de leurs meilleures cou- vertures. ll collabore au LITTLE ANNIE FANNY do Kurtzman et Elder pour Playboy et eu TARZAN de Fuss Manning en 1971/72. Entre 1973 et 1974, il des- sine plus de 35 couvertures de disques pirates. Puis en 1977, il entame une carriére d’attichiste pour divers films («Wizards », «Life of Brian », etc.) La mame année sa premiere exposition, « Le monde pré~ historique de William Stout », remporte un vif succés. En 1978, il travaille comme production designer sur ia série Buck Rogers puis une série de peintures pour ‘Amber, 1a nouvelle production de science-fiction G'aprés les romans de Roger Zolazny. Finalement, i va collaborer avec Ron Cobb pendant un an et demi sur les préparatits de CONAN. II ne s'en est detache Que pour produire son chel-d'ceuvre, le splendide Di- NOSAURS, publié chez Bantam et bientot on France. Cet ouvrage monumental décrit les moours des grands reptiles qui nous ont précédé sur la terre, et fait funa- nimité quand & son extraordinaire qualité graphique. Admirateur des dinosaures, Wiliam Stout prepare un gros volume recueillant les contes et poémes préhis- toriques de Ray Bradbury, qu'lillustrera cette année. Son travail de production artist. sur CONAN iui a Permis de dessiner quelques unes des plus belles Pages de sa carriere. En suivant méticuleusement la Continuité du film, il nous apporte plusieurs des temps forts du film de John Milius, et avec quel brio I! Parmi tous les visionnaires qui ont tenté de représen- ter Conan & nos yeux, William Stout occupe une place de choix. Sachez encore quill est inventeur du Mc Donald's Cimmérien : cherchez dans le film le moment ou Conan mange un lézard grllé piqué sur un baton, Crest encore une idée de notre wonder kid, William Stout, homme aux mille visages ! Druittet CHLILE CREPE ET SE MET A BOUL, HAS 2 TIEDISSE 1A LAME NEUVE. L'ACIER FUMANT IORSUDE DE LA NEIGE GELEE LE AAA : 2 TENDONS. JETTENT A L'ASSAUT DES PICS DE GRANIT GRIMACANTS ET DES VASTES ABUNES SANS FOND TANDIS QUE DEUX FRAGLES CREATURES LUTTENT CONTRE LA GRANDE TAPISSERIE TORTURE DE 2A NATURE, 40 JOHN MILIUS | DiAPRES 186 remsoNNAGES ROBERT E-HOWARD ‘ADAPTATION De, WILLIAM STOUT “ik EST PLISGANT ! “IL EXISTE UN SECRET A L'ACIER, GARCON! UNE CEST CELA QUI COMPTE, FS ! ENIGME !TU DOIS APPRENDRE LA DISCIPLINE DELACIER EST Li ig POUR COMPRENDRE SON SECRET!" "CELA NE TE PRENDOA AAs LONGTEMRS POUR DECOUVIIR GUE TU NE PEL BARE CONFLANCE A PERSONNE DENS 4 CE MONDE INFERNAL... NI BETE, NI HOMME, NI FEMME ! ‘MAIS CELA == CELA TU PEUK Y FAIRE CONFIANCE ! “ET NE COUPTE SUR AUCUN DIEU OU PRETRE POUR VENIR.A TON AIDE ET SAUVER Ta PEAU QUAND VOUDRA TECORCHER | COM HALT 12S FABLES 181 To £5 FABLE, I RIQA ET TE BR/SEIAA COMME ONE NOIK ! 42 i ey ay Ne a aa fez SSE LZe SF 2 46 ROBERT HOWARD: UN ECRIVAIN HORS DU TEMPS? ROBERT ERWIN HOWARD, écrivain de génie, aventu- rier en esprit, et ame torturée, naquit a Peaster, Texas, en 1906 et passa la majeure partie de sa vie & Crosse Plains, en plein centre du Texa, entre Abilene et Brownwood. Son pere était le médecin de la ville, ‘et ses parents venaient tous deux de familles de pion ners. Howard recut le principal de son éducation & Cross Plains et termina ses années de lycée & Brown- wood, au lycée local et a I'Académie Howard Payne. Aprés avoir suivi quelques cours @ Université de Brownwood, il se langa dans I'écriture. Ince précoce du jeune Robert le mit en butte ries de ses camarades, surtout qu'll se trou- vait au Texas. Pendant une période, il dut supporter d'etre malmené et rossé par ses camarades, comme crest souvent le cas des enfants brillants mais faibles. ‘A cause de cela, il devint un fanatique du sport et de Fexercice, et un boxeur et un cavalier accompli. Cela mit rapidement fin aux mauvais traitements, particulid- rement a cause de sa taille (plus d'un metre quatre- vingts) et de son poids (pres de cent kilos, tout en muscles). Sa personnalité était introvertie, peu conventionnelle, caractérielle, et violente, le prédispo- sant & des engouements et des dégodts extremes. ‘Comme la plupart des jeunes écrivains. il dévorait avi- dement tout ce qui lul tombait sous la'main. Il était le correspondant de plusieurs auteurs fantastiques céle- bres, comme H.P. Lovecraft et Clark Ashton Smith, Pendant ses dix derniéres années (1927-36), Howard produisit une énorme quantité de textes pour les pulps, dans les domaines les plus divers : sport, de- fective, western, historique, aventures _orlentales, Strange, sexy, et histoires de fantomes, sans oublier de la poésie et des contes variés. Approchant la tren- taine, il gagnait plus d'argent grace @ ses récits que rimporte quel autre habitant de Cross Plains, y ‘compris le banquier local. Malgré son succés professionnel et sa carrure mas- sive, comme celle de ses héros, Howard était insatis- fait, et ce jusqu’a étre tenté par le suicide. Plusieurs années avant sa mort, il parlait déja de suicide. A irente ans, apprenant que sa vieille mere, a qui il était 49 excessivement dévous, était sur le point de mourir, il mit fin @ sa prometteuse carriére littéraire en condi sant sa voiture au milieu du désert pour s'y tirer une balle dans la téte. Sa noveletie « LES CLOUS ROUGES » et son roman interplanétaire, « ALMURIC » furent publiés a titre posthume dans WEIRD TALES. Howard a créé plu- siours séries d'heroic-fantasy, la plupart publiés dans WEIRD TALES. Son style est sans rival pour ce qui est de l'action, prenante, vivace, violente. Ses héros : King Kull, Solomon Kane, Bran Mak Morn, Turlogh O’Brien, sont haut en couleurs : des hommes aux pas- sions brdlantes et au caractare implacable, qui domi- nent aisément les histoires quiils traversent. Howard expliquait ainsi son godt pour les héros aux muscles Puissants mais & l'esprit simple : «lis sont plus simples. Si vous les placez dans une situation difficile, personne ne s'attend & les voir so ‘creuser les méninges pour inventer des moyens ingé- nieux et pleins d'astuce pour s'en extirper. lis sont ‘trop stupides pour faire quol que ce solt d’autre que tirer, trancher, ou cogner pour s'en sortir. De toutes ses_créations, la plus populaire reste CONAN LE BARBARE. Ces récits, situés dans I’Age Hyborien imaginaire d'il ya douze mille ans, se dérou- lent entre Tengloutissement de Atlantide et le commencement de Ihistoire officielle. Il écrivit, ou ‘commenga, plus de deux douzaines dihistoires ayant Conan pour héros. De celles-ci, dix-huit furent pur bliges de son vivant ou juste aprés sa mort, dont dix- sept dans WEIRD TALES. Ces récits sont toujours riches péripéties aventureuses, fertiles en magie noire ‘et en exploits chevaleresques. Le monde de Conan est un monde en effervescence, ou dans toutes les ‘ites se presse une foule grouillante et disparate, ca- melots, marchands, voleurs, filles des rues, mercenal- res, et oll dans les steppes et les jungles rodent des érils insoupgonnés, issus des tréfonds de I'ame hu- maine. Un monde de merveilles et de terreur, un monde semé de joyaux et de serpents, plein d'embd- ches et de pieges, mais aussi de plaisirs et de beuve- ries. Un monde a'la mesure des héros de Robert Ho- ward, et peut-étre celui ou il edt aimé vivre... AVANT LA CIVILISATION... LE MONDE DE CONAN yboria... Terre magique issue des réves de Robert Howard. La rédent les loups et les sorciers, et seule I’épée donne une chance de survie. Le monde de Conan est brutal et sans merci. La loi du plus fort y régne en maitre. Dans cet univers magique, les hommes ne sont que des pions, soumnis aux fantaisies d’entités qui les dépassent. Mais le guerrier y est libre, et solitaire, et ses yeux fixent les étoiles dans le ciel limpide. Un monde ou la béte vient 4 peine de renoncer a sa suprématie ; ou l'homme est jeune encore ; ow la route de Thumanité n’est pas encore tracée. Le chemin sera ouvert a coups de lames ! Et dans le lointain, le choc des épées retentit, les haches de bataille résonnent, les cadavres s’amoncellent. Tel est le prix 4 payer pour vaincre la barbarie. Et tant qu’il le faudra, il y 2. aura des combattants comme Conan, :. implacables, rudes, sans morale ni principes, mais valeureux et forts. Et ceux-la lutteront contre l’obscurité, contre le Mal, contre les serpents et les chiméres, les démons et les gorgones... Hyboria avant la civilisation, avant que Histoire de l'homme ne soit commencée. C’était le temps des héros... Carte de Nost dessinée par Wiliam Stout ‘autour de Conan. A droite : Thulsa Doom, imposant dans son armure métallique, s‘appréte a détruire tout ce qul est cher au jeune Conan, lors du raid sur le petit village cimmérien. 50 A gauche : Thulsa Doom, incarnation du mal et de la domination du chef supréme, attire vers lui tous les regards. Du haut de son Temple, il rassemble les matheureux qui sont tombés sous sa coupe, Le pouvoir de fascination de Doom a rappelé a 'acteur James Earl Jones plusieurs personages modernes dont l'emprise aura é6té similaire sur des jeunes trop crédules ou influen¢ables : Charles Manson, l'assassin de Sharon Tate, ou plus récemment encore, Jim Jones, responsable du suicide collectif de centaines de personnes en Guyane, ily a peu. Thulsa Doom avec a ses cOtés Rexor, son fidele lieutenant. Leurs statures massives, renforoées par leurs armures énormes et pesantes, en font deux silhouettes terrifiantes. Rexor et son maitre deviendront Jes ennemis mortels d'un jeune barbare dont ils viennent d’assassiner les parents, un garcon du nom de Conan le Cimmérien. ‘Sous des dehors raffinés et mielleux, Doom ne cherche en fait qu'a hypnotiser ses interlocuteurs. Son habileté verbale et ses pouvoirs surnaturels cachent quelque chose. Mais quel est done le secret qui se retranche derriére un masque impénétrable ? 53 Découvert par Thulsa Doom aprés sa mascarade en ppelerin, Conan est torturé, puis emmené au beau milieu Gu désert. La, ilest ligoté a I'Arbre du Malheur, pour y evenir la proie des vautours. Nul ne sait ou i $e trouve. Restera-t-l attaché a cet arbre, privé d'eau et de nourriture, jusqu’a ce que vienne une mort certaine ? En tout cas, i! luttera jusqu’au bout. Conan feint 'évanouissement pour qu'un vautour s'approche assez prés de lui. Alors, d'un coup de dents, il décapite le charognard pris a son propre piége. I! faut du eran pour faire ce genre de choses, mais notre barbare tient a la vie et ne se laissera pas périr de sitdt. Durant le tournage de la scéne, un vautour mécanique fut utilisé pour les plans éloignés. Ce gadget inventé par ‘Nick Allder avait air suffisamment réel vu de loin. Mais John Milius, maniaque du réalisme, ne pouvait s’en contenter pour les gros plans. Ainsi, Arnold eut la difficile tache de mordre le cou d'un vrai vautour— mort ! Ce peu appétissant festin lu! laissa un gout de ‘sang dans la bouche. RON COBB : J’al entretenu d’excellonts rapports avec ‘Aldo Puccini, le responsable de la construction, qui travaille depuis une éternité dans le cinéma. C'est lui quia construit les décors pour LA BIBLE de John Huston : la Tour de Babel, 'Arche de Nod, et le reste. I! aa travaillé avec Fellini et tous les plus grands ‘réalisateurs italiens, et aussi sur le remake de KING KONG. II m’a énormément aidé. C'est grace a des gens ‘comme lui que le film est si réussi dans sa partie visuelle. 54 AN ees ye ey ea) Ca drrry L'immense temple de Set, sur la Montagne de Puissance. Le cortege incessant des fidéles s'avance vers le liou de recuelliement des adorateurs du serpent. Page de gauche : Les orements @ image du dieu- ‘serpent sont partout dans le Temple de Set. Tout ici est Gédié a cette entité et a son prophéte sur la terre, le rue! Thulsa Doom. Le motif du serpent revient partout, reptiles de marbre, de toile, et de pierre. ‘A droite : Sous la décoration torturée du temple, Thulsa ‘Doom s'appréte @ lancer dans le monde ses adorateurs, porteurs d'une mission de mort. Tous ont été endoctrinés pour ne plus obéir qu’a ordre de Doom tuer ! Leur bougie rituelle & la main, ces milliers de jeunes gens représentent une menace terrible pour la civilisation, Car s'ls réussissent, Set le noir descendra de I'Enfer pour commencer son régne terrestre ! Se eee rn ~ Yet ee ro re See Pa is aa Faget Sy ree | Pi ~ ase a ee La chambre des plaisirs, sous le temple du serpent. La se tiennent les orgies organisées par Thulsa Doom et ses sbires. Les malheureux qui sont sous le joug de Set s'y adonnent a des drogues inconnues et maléfiques, tandis que Doom et ses pareils se vautrent dans le stupre et la débauche. En bas : deux vues des décors congus par Ron Cobb pour la chambre des plaisirs. On remarquera dans ce ‘décor le pilier central de la piéce, symbole phallique évident, placé la par Ron Cobb avec des intentions, avouées. Tout dans cette piéce est lascif, plein de courbes et de coussins. C'est le triomphe de la décadence. Mais Conan arrive, et tout s‘effondre. Ce garcon est vraiment impétueux. La oW/il passe, I'herbe ne repousse pas. Le repaire des hommes-betes, dans les cavernes de la montagne de Puissance, sous le Temple du Serpent et la chambre des plaisirs. C'est la taniére des serviteurs sous-humains de Thulsa Doom, ces primitifs brutaux et imbéciles. Lours meeurs sont aussi terrifiantes que Grotesques. A des crochets de boucher pendent des cadavres humains. Dans les marmites bouillonnantes cuisent bras et jambes de misérables tombés sous le pouvoir de Doom. Des entrailles gisent au pied de bestiaux. Et tandis que le sang derniéres vic étes se léchent les babines. IIs salivent ala pensée du bon repas quiles attend, Ces monstres bornés sont les esclaves idéaux pour Thulsa Doom. Obtus, obéissants, facile ire (ls ne demandent qu'un peu de viande humaine), ils vouent une adoration sans limites au dieu Set, prince des reptiles et du mal. RON COBB : Ce film représentait mon premier véritable travail d’architecte. Je n’avals jamais créé des décors destings a la construction exactement selon mes plans. Ga me rendait encore plus nerveux. Et John ne venait en général sur le plateau qu’au dernier instant, une fois que tout était installé. Je tremblais de peur qu’ll ne Vienne me demander de tout changer ! Mais nous n’avons eu absolument aucun probléme. Je n’en suis as encoresevenu. 63 RON COBB : Le style d’architecture du film est un mélange entre de nombreux genres, et fonctionne trés bien. ila Vir @ la fois familie et trés exotique. On a cette impression de déjé-vu qui est souvent trés bizarre, car on ne Sait pas dans quel contexte on s'est précédemment trouve face & ce décor. C'est un ‘mélange légérement oriental, légérement Perse, légerement Hindou, et, j‘espére, complétement ‘hyperboréen ! La chose dans la crypte : peinture de Ron Cobb. Dans cette scéne, hammage direct 4 Robert Howard, on retrouve les éléments d'un récit du créateur de Conan. Ici encore, la peinture originale de Ron Cobb a servi de ‘modéle au plan tourné par John Milius. L’éclairage et le cadre sont totalement calqués sur le dessin de base. Siielieties\ a - ieiee ... e e Quel est ce géant momifié ? Le gardien d'une épée fabuleuse dont Conan veut s’emparer. Mais notre Cimmérien devrait savoir que les morts se réveillent toujours si ’on profane leur repos éternel. RON COBB : Pour ce qui est des décors, on ne pouvait jamais savoir avant la derniére seconde si ga allalt ‘marcher ou pas. I fallait tout prévoir et planifier si longtemps & 'avance qu’on perdait un peu le sens dé réalités. Et au dernier moment, c’était angoisse. Je me disais : « Et si’ai fait construire ce décor trop petit ? Aprés avoir investi 200 000 dollars dans un décor, c’est vraiment inguiétant d’en étre a se demander s'il est réussi, 5 minutes avant de utiliser. COND LE GUCRAIG INTERVIEW DE ARNOLD SCHWARZENEGGER En 1975, Arnold Schwarzenegger déte- nait cing titres de Monsieur Univers, sept de Monsieur Olympia, et plusieurs titres de Monsieur Europe, Monsieur Interna- tional, et Monsieur Monde. Aprés 1975, Arnold se retire de la compétition. Il se consideére a /a retraite. En réalité, il fait du cinéma ! Né a Graz, en Autriche, le 30 Juillet 1947, Arnold commence a se muscler dés I'age de 15 ans. Ses idoles sont les héros des peplums des années 60 : Hercule, Maciste, et autres Atlas, A dix-huit ans, il entre dans le sport de compétition. Gymnaste et athléte complet, Arnold cache derriére sa sta- ture imposante une nature simple et gé- néreuse. Au contraire de son apparence virile et rude, il est extraordinairement 67 cultivé et brillant. Son palmarés cinéma- tographique comprend PUMPING IRON, documentaire sur les culturistes ; STAY HUNGRY, de Bob Rafelson avec Jeff Bridges ; CACTUS JACK/THE VILLAIN, de Hal Needham, avec Kirk Douglas et Ann-Margret ; JAYNE MANSFIELD STORY, aux cétés de Loni Anderson. If est l'auteur de plusieurs livres sur la musculation, le culturisme, et le fonda- teur d'un organisme de vente par corres- pondance de cours d’éducation physi- que. Son nouveau film CONAN est propablement le tremplin idéal qui le pro- pulsera au rang de star internationale. It le mérite bien, car davantage qu’un sim- ple paquet de muscles, Arnold est un acteur et un vrai! 68 METAL : Quand avez-vous été approché pour jouer le role de Conan? ARNOLD SCHWARZENEGGER : Il y a trois ans envi- ron. Ed Pressman est venu me voir pour me proposer le film. Peu apres, John Milus a été engage pour rea liser te flim. Quand on lui a demande quel acteur i envisageait pour le role, il m’a tout de suite cite. I trouvait que je convenais exactement au personnage. Et John leur a done dit que s'il ne pouvait pas m'avoir our jouer Conan, il faudrait me fabriquer & nouveau. AAinsi, tout le monde est tombé d’accord. METAL : A ce moment, connaissiez-vous déja fo personage de Conan? AS. : Non, pas directement. Mais j'avais déja lu beau- coup de récits avec des héros similaires. De nom- breux personages de la littérature d'aventures ot d'heroic-fantasy que je lisais quand j'étais enfant, en Autriche, ressemblent @ Conan. C'est un type de per- sonnage’avec lequel j’étais familier, et auquel je pou- vais assez bien m’identifier. Les héros nordiques. des contes et légendes et aussi des grandes sagas classi- ues, (en particulier celle du Rol Harald, une des plus fameuses des sagas islandaises) ont le meme ca- ractére que Conan, a la base tout au moins. METAL : Ce personage de I’homme fort a été In- carné dans beaucoup do films italions des années 60, par Steve Reeves par exemple, dans les films di genre HERCULE. Avez-vous vu certains de ces ims ASS. : Certainement, Steve Reeves et Reg Park étaient deux de mes idoles vers 1960. J'avais a peine quinze ans, et ces films m’ont largement motivé au commer ‘cement de ma carriére d’athlete. C'est a partir de co moment que j'ai décidé de me consacrer a la muscu- Conan est devenu un expert au sabre et a '6pée. Emmens par des marchands d'esclaves, lest devenu gladiateur et s'est rompu au maniement des armes. Sa dextérité égale a présent sa force. Et sous le regard de son maitre d'armes, i! ‘expérimente les passes les plus inhabituelles et les plus difficiles. Guide par ses professeurs, Conan devra affronter bien des giadiateurs endurcis. Mais toujours il défendra chérement sa vie et finira par emporter. Dessin de Witham Stout. Le monde Hyborien est plein de dangers. 1! faut le traverser 'épée & Ja main ou mourir. Conan lu! a ce qu'il faut pour s’en tirer. Camoufié grace & un mélange de teinture et de graisse, Conan, Valeria et Subotai vont investir le repaire de Thulsa Doom pour délivrer la princesse Yasimina. Le barbare, ensanglanté, s‘appréte a délivrer un coup mortel aun de ses adversaires. 69 lation et & perfectionner mon corps. En ce sens, je dois beaucoup a ces films : je voulais ressembler & Reg Park, j'avais des photos de lui sur tous les murs de-ma chambre. Mais il y a une grande différence entre ces personnages, Hercule, Maciste, et Conan. Conan est. plus qu'un’ simple corps musclé & l'ex- ‘treme. C'est un personage doue d'épaisseur, qui a tune paychologie en évolution. Les héros des peplums des années soixante n’étaient que des athiétes ; il n'y avalt aucune profondeur dans leurs r6les. il ne S'agis- sail que d’étonner les spectatours grace & lour muscu- lature impressionnante, pas de les faire refléchir sur caractere de leurs personnages. Nous avons voulu faire le contraire avec Conan. Dans le cas de Conan, la force physique et le corps Parfaitement musclé ne sont qu'un élément de sa psy- ‘chologie. ils forment le résultat des épreuves que Conan @ traverse étant enfant : la mort de ses pa- rents, la roue de la douleur, les combats de gladia- tours. Pour survivre, il lui a fallu s'adapter et trouver un moyen de protection contre ces tortures tant phy- siques que morales. C’est avec son corps imposant quill a fait un chemin psychologique vers une force et tun aboutissement intérieur comme extérieur. METAL : En resant dans le tournage du film, avez-vous essayé de faire évoluer spiritueliement le personage de Conan? AS. : Oui, et il évolue et progresse tout au long du film. Vidéo de base de John était de prendre Conan {rs jeune, encore un enfant, et de montrer son che- minement’ a travers les épreuves jusqu’a un état adulte. Chaque étape enrichit le personage et tend a ajouter un élément a sa personnalité finale, qui appa- ralt vers la demniére partie du film. Conan commence par vivre sous linfluence de son pére, homme gigan- esque ot impressionnant, puis il grandit, on len- Arnold Schwarzenegger : « J'étals né pour incarner Conan I» Brun, musclé, colossal méme, les yeux sombres, la machoire carrée, tel est le portrait trace par Robert Howard du héros Cimmeérien 4 la force prodigieuse. Frank Frazetta, Neal Adams, John Buscema, tous les artistes qui ont représenté Conan le barbare 'ont vu de la méme tagon. Une seule vision, une seule réalité pour Conan. Maintenant Arnold est Ia. Arnold resemble trait pour trait & Conan. Arnold bouge, parle, pense comme Conan. Arnold est Conan ! Poings sur les hanches, Arnold/Conan a V’air du barbare Idéal, Jamais on n’aurait pu imaginer meilieure création a 'écran du Cimmeérien né en 1982. La symbiose est parfaite. Un héros est né. 70 chaine & la roue, on Ie fouette, et on le vend comme apprenti-gladiateur. Ce n'est qu’une petite partie de Fraction, mais tout du long, le public sympathise avec Conan. Plus le héros endure lo malhour et lexpérience, plus il s'aguerrit mentalement et physiquement. Lors- Qu'on Ie jette dans l'aréne pour la premiére fois, il est désoriente. lI ne comprend pas de quol il s‘agit. Et Crest seulement au moment ou il doit défendre sa vie Quill se ressaisit. L'évolution psychologique du, per- Sonnage de Conan est énormément fonction de sa Survie, Chaque situation dangereuse 'oblige & faire un pas vers Tavant. Il part de état du barbare animal pour en arriver une personnalité complexe, pleine Ge nuances dans ses qualités et ses défauts. Souvent les restes de son fond animal lui sauvent la vie. METAL : Ce réle de Conan est une occasion sensa- fionnelle pour vous, mais ne risque-t-il pas de vous enfermer encore un peu plus dane ce stéréotype du Monsieur Univers qui vous poursuit ? AS. : Je ne pense pas, car le role ne joue pas seule- ment sur mon physique. ll comporte des détermina- tions psychologiques qui nécessitaient un véritable ac- teur et non un simple colosse sans cervelle. Avant qu'on ne me propose Conan, je n’avais jamais vrai ment eu l'occasion de tenir un role solide, construit, Ici, j'ai enfin la chance de pouvoir disposer d'un trem- pin pour démontrer que je sais non seulement bander mes muscles, mais que je peux aussi incarner un per- sonnage crédible. J'ai toujours su que je pouvais tenir des roles d’envergure, mais jusqu'ici, il ne m’en avait éte proposé aucun. L'image de moi qui restalt était celle de lathlate sans autre qualités que son physi- que. Heureusement que John Milius a pensé & m'enga- ger pour Conan, Je lui dois beaucoup, et je crois que Ce role va plutét m'aider a aller vers d'autres horizons que de me restreindre encore davantage dans les offres que je recevral. Je dois remercier John pour la chance qu'il m’a donne. METAL : Comment s'est passée votre collaboration ‘avec John Milius ? Avez-vous travaillé étroitement ‘ensemble ? AS. : Oh oui, il était toujours la quand j'avais besoin de lui demander quelque chose, un conseil, une préci sion. Et il essayait lul-méme la plupart des scenes aif. ficlles qu'il me demandait de jouer, celle du serpent par exemple. John est le meilleur metteur en scene ue Je connaisse, je pense qu’aucun autre n’aurait pu ‘me faire donner le meilleur de moi-meme comme lui 'a fait. J'avals commence réfléchir au personnage de Conan avant John, puisqu'il n’a été engagé qu'un ‘certain temps apres qu'on m’a choisi. Pourtant c'est lui qui m’a apporté des éléments primordiaux pour jouer le role, par exemple la vulnérabilité de Conan au début, son cote fragile. Par ailleurs, si John peut paraltre assez excentrique au premier abord, c'est vraiment un homme tres diff ent de ce quill laisse percevoir. Nous sommes deve- hus de tres grands amis. Son caractére s’accorde tres bien avec le mien. J'apprécie sa mentalité, qui le ousse & nous considérer tous comme une unité d’ac- tion, une équipe, de facon presque militaire. Je trouve que le travail est facilement rendu plus efficace dans cet état d'esprit. Et d'ailleurs, je crois qu'aucun réali- sateur n’aurait pu réussir le film comme John I'a fait. Ine m’a jamais laissé tomber pendant le tournage, et il avait pourtant tellement de choses a organiser. Jo pouvais compter sur lui pour me donner des indica- tions de dialogue, pour modifier une phrase si ca ne sonnait pas bien, ou pour m’écouter réciter mon texte. Eten meme temps, il dégage un tel enthou- siasme, une telle énergie, qu'on se sent encourage. Grace & lui, j'al vraiment pu apprécier mon role, METAL : Aimeriez-vous tourner une suite 4 CONAN? AS. : Oui, si John la réalise, j'adorerais ga. Je n‘aime- rais pas travailler avec quelqu’un d’autre. Mais lidée de reprendre le personnage de Conan et de le déve- lopper dans d’autres aventures me séduit tout a fait. Il ya encore des directions que nous n’avons méme pas effleurées dans ce film, qui pourraient apporter beau- ‘coup au personnage de Conan. On dit qu'un acteur est toujours destiné a incarner un seul personnage. Moi, je pense que Conan est le réle que j'étais né pour incarner. C'est exactement le genre de personnage qui me convient. II se déplace dans un contexte d’aventure, avec beaucoup d'action ‘et d'espace. v’aime bouger ‘dans un film, je ne suis Pas encore complétement a l'aise dans une sone ol Je dois discuter assis. C'est le corps qui demande du mouvement. C’est pourquoi Conan, qui est tout de méme un personnage trés physique, me convient si bien. METAL : En considérant que CONAN va certaine- ‘ment donner un énorme coup de pouce 4 votre car- tiére, y a-t-il d'autres personnages que vous aime- riez jouer dans Vavenir ? AS. : \’aimerais incarner Paul Bunyan. Je pense que ‘Ga pourrait faire un excellent film pour les jeunes. 1 faudrait traiter son histoire dans la grande tradition du film daventures romanesque. J'espere qu'un jour on me proposera de jouer ce réle. METAL : Revenons au tournage de CONAN. Savez- vous quel sont les pays ou il a été envisagé de fil- mer ce projet ? AS. : En premier lieu, il y a eu la Yougoslavie, pays Que je connais bien puisqu'll est voisin de I’Autriche ou je suis né, L’équipe de repérage, qui comprenait John et Ron’ Cobb entre autres, avait trouvé des décors naturels superbes la-bas. Je n'y suis pas allé mor-meme, mais lls y sont resté deux mois a préparer le tournage, puis Tito est mort. Ga a obligé 'équipe & ‘essayer de trouver autre chose. Bino De Laurentiis est un trés bon ami de "Armée Russe, alors il a envisagé la Russie. Ensulte, il a été question du Canada, mai {des probiémes d'impots et de financement sont inter- venus, Il a encore été envisagé de s‘installer en Italie, mais & ce moment John s'était décidé pour Espagne. I'y avait déja tourné LE LION ET LE VENT ily a quelques années et connaissait bien le pays. C’était ce quill préférait, et c'est 1a que nous avons finale- ment atterri. L'Espagne était d'ailleurs un lieu de tour- nage parfait, excepté quill y faisait un froid glacial. Ce n’était pas vraiment l'endroit idéal pour se promener vetu seulement de quelques peaux de bétes, bras et jambes nus. Lors d'une séquence de pose pour des Photos de tournage, Sandahl est devenue toute bleue, enfin, ses cusses. On a du la maquiller pour cacher a a Vappareil photo. METAL : A propos de Sandahl, comment s' passé votre travail en commun ? Est-ce que ga a été difficile de traiter en femme quelqu'un dont le Personnage agit comme un homme, ou presque ? AS. : En fait, ily avait déja un point commun entre Sandahl et moi qui nous a permis de beaucoup mieux ous comprendre, c'est que nous sommes tous deux de grands athletes. C'est une danseuse extraordi- naire. Ses capacités physiques lui ont permis d’accep- ter son réle beaucoup mieux. Je trouve qu’elle a fait Un travail formidable. Nous étions sur le méme pian également parce que nous débutions dans des pre- miers roles. Alors ii fallait nous entraider mutuellement autant que possible. Nous n’avions pas l'expérience autres acteurs du fim, Max Von Sydow par exem- ple. Pour les scénes ou nous nous embrassions, ou ‘iméme ot! nous allions plus loin, il a fallu nous débar- rasser de toutes nos inhibitions. Nous essayions de penser comme des barbares, de jouer selon nos ins- tincts, sans nous préocouper du reste. il y a une scéne ol! Valeria et Conan sont allongés et boivent du vin et mangent. Et pendant la prise, John nous a crié : «Bon. Maintenant, embrassez-vous | » Et nous étions ‘en train de manger plutot salement, d'une facon assez bestiale. J'avals la bouche pleine, la figure salle par le Jus de la dinde que nous étions en train de devorer. Et le visage de Sandahl aussi était couvert de nourri- ture. Quand nous avons regu cet ordre de nous em- brasser, il n'y a pas eu le temps de faire ca comme les civilisés. Nous étions deux barbares en train de bafrer. Il fallait nous conduire comme tels. Et nous nous sommes embrassés. Je crois bien que ca a été le balser le plus ridicule de ma vie. Il y avait de la graisse partout, sur nos figures, dans nos cheveux, Sur nos mains. Et nous étions en train de nous em- brasser passionnément. C'est aussi le style de travail de John : faire jouer & ses acteurs des actions qu'ils n’accompliraient jamais dans la vie. Aprés coup, nous n'avons pas pu résister au fou rire. ‘Mais Sandahl était magnifiquement préparée. Elle se concentrait avant chaque scéne, réfléchissait beau- coup avant de se lancer. La seule fois oi elle a eu de quoi s‘inquiéter, ¢a a été lors d'un combat au sabre 73 Dessin préparatoire de William Stout pour un projet daffiche du tlm. Conan entravé ! Le grand barbare est prisonnier, et en route pour Varéne. il va devoir apprendre & combattre ‘pour sa vie. Mais Conan garde flere allure devant Vadversité. Conan stupétait, horrifié par un événement qui bouleverse son existence. Tout a coup, le barbare ‘comprend qu'll a perdu une part cruciale de sa vie, Toute I'intensité des émotions que peut exprimer Arnold Schwarzenegger est visible sur cette photo. Plus qu'un simple athlete, il est aussi un acteur accompli. ‘ou il lui est arrivé un accident. Nous avions des sabres en fibroglass pour les exercices et les plans larges, mais le fibroglass est tout de méme assez lourd. Pendant un exercice, 'épée de Sandahl a de- rapé et elle s'est ouvert un doigt. Il a fallu lui faire six ou sept points de suture, mais heureusement ca s'est bien passé. Elle était vraiment formidable. La seule chose que je pourrais lul reprocher, c'est _d’avoir passé un peu trop souvent trois heures dans sa loge & préparer sa coiffure. METAL : Faisiez-vous vos cascades vous-mémes ? AS. : Oui, parce quill était presque impossible pour John de trouver quelqu’un qui puisse me remplacer. A ‘cause de sa carrure et de ma taille. I n'y a que deux ou trois occasions ou j'ai été doublé. John est un ma- iaque du réalisme, et il voulait limiter au maximum es sequences doubiées. C'est pourquoi il y en a tres, tres peu. Dans la premiére, il s’agit d'un plan ou Conan stoppe net un cheval en lui assénant un coup d'épée dans les pattes. Terry Leonard, le réalisateur de seconde équipe, est un expert en matiere de che- vaux. Il a joué ce plan & ma place. Le cheval tombait tout pras de lui, sans mame qu'll le touche réellement avec I'épée. II a balancait seulement vers l'animal, qui s'effondrait a quelques centimetres de lui. Une autre cascade oli j'ai été doublé est celle od Conan tombe dans un trou avec une chaine autour de la cheville. La deriére est une scéne d'escalade de la montagne, a Conan, déguisé en pélerin, s'appréte a entrer dans le sanctuaire de son ennemi motel Thulsa Doom. Dissimulé dans la cohorte de fidéles de Set, il espére passer inapercu aux yeux des gardes simiesques de Doom. Mais iln’en sera pas ainsi. Conan a été découvert ! Rossé par les gardes de Thulsa Doom, il n’en mene pas large. Notre barbare n'a de plus aucun espoir de recevoir du secours de 'extérieur, nul re sait ou il se trouve. Seul, acculé, il va devoir subir le chatiment que lui réserve Thulsa Doom. pic. La chute entrainait une mort possible. La, c'est lun culturiste espagnol qui me remplacalt. Ce sont les trois seules occasions ou je n’ai pas fait mes propres cascades. METAL : Avez-vous 616 blessé 4 un moment quel- conque du tournage, ou l'un des autres membres de Véquipe ? AS. : C'est arrivé plusieurs fois pendant les scénes d'action. Mais ca n’a rien d’étonnant, C'est trés cou- rant dans ce genre de film. Le premier jour de tour- nage en Espagne, au mois de Janvier 1981, je tour- nals la scene qui se passe autour de la demeure de la femme-loup, Je cours et escalade des rochers, pour- suivi par une demi-douzaine de loups, en réalité des chiens-loups. lis avaient laissé filer les bétes un peu trop tot et je n’étais pas encore hors de leur portée. Le plus avancé m’a attrapé par derriére et m’a tiré en arriere vers le bas. Je suls tombé et me suis sérieuse- ment écorché le dos. Le chien-loup refusalt de lacher prise. Ensuite, on m’a mis des pansements et j'ai re- fait la scéne. J’étais content d’avoir réussi ca malgré les bandages. John trouvait ¢a excellent. Le deuxiéme jour de tournage, je devait sauter et tomber dans une mare d'eau. Ge n’était pas assez profond. Je me suis cogné la téte contre un rocher. Mon front s'est mis & saigner assez abondamment. Une autre fois, j'ai bétement glissé d’un cheval non sellé sur lequel je devais sauter. Il n'a méme pas bougé ni rien. C'est seulement moi qui ai laché prise 75 une fois dessus. Je me suis étiré un ligament. Et bon nombre de cascadeurs ont été piétinés par des che- vaux, frappés a la téte par des sabots. Plusieurs d’en- tre eux se sont retrouvés a I'hdpital. Moi-méme, mal- 9ré toutes mes scénes de bataille @ cheval, jamais je Wai eu de probleme avec mon propre cheval. C’était tun animal grand et fort, rapide et coopératit. ‘A tous les moments ol! /aurais pu me laisser per- turber par ces accidents ou la douleur quiils me cau- saient, je pensals & John qui m'avait dit : « La douleur ‘est temporaire, le film est permanent. » Et penser a {ga m’a beaucoup aidé. C'est encore une chose que je dois a John. Je pensais toujours « Conan ne ferait pas Ga» ou «Voila ce que Conan ressentirait. » Dans toutes les situations je midentifias a tui. METAL : Pour vous préparer 4 tous cos avatars, it vous fallait étre en mesure d’affronter toutes les si- tuations. Quel genre d’entrainement avez-vous suivi? .S. : Je me suis grandement entrainé physiquement. J'ai Commencé par perdre environ neuf ou dix kilos Pour paraitre moins impressionnant a I'écran. Je Pesais a pou prés 120 kilos avant le tournage, et 110 Pendant. Une exception : la séquence de l'Arbre du Malheur, ou John me voulait trés maigre. Dans ce passage du film, Conan est attaché a un arbre, cruci- fié en quelque sorte, pendant trois jours. I n'a rien a boire. Rien & manger. II ne peut qu’égorger un vau- tour avec ses dents et boire son sang. A ce moment- Prélude une des scénes les plus ‘sanglantes du film : une jeune victime dénudée est jetée en pature 4... dieu sait quelle horrible créature. Les adorateurs de Set sont paralysés par V'attente malsaine. (Que va-t-il arriver a la malheureuse sacrifiée au dieu Set 7 Quelle tension! A gauche : Conan descend dans la Tosse ou réside la sinistre créature. Son but ? Dérober le joyau fabuleux, trésor du culte de Set, I'CEil du Serpent. Pour cette scéne, Arnold a au courir des risques incroyables. Robert Howard serait fier des prouesses de son héros. 1a, Jfavais encore perdu quatre ou cing Kilos de plus. Mais a d'autres moments, comme dans la scéne des gladiateurs, il fallait que j'aie l'air bien nourri, et je Feprenais quelques kilos. Je n’y ai perdu que’ de la force brute, mais |'al beaucoup gagné en souplesse et fen agilité. Je m’entrainais tous les jours trois ou qua- tre heures a la course ou a apprendre et perfectionner ma technique d'escrime. “John avait beaucoup insisté pour que je m’initie au cinéma japonais et aux films de sabre. Im'a de- mandé de regarder attentivement LES SEPT SAMOU- RAI, plusieurs fois si possible, et d'étudier leur techni- que de combat. Ensuite je suis allé m’entrainer avec Kiyoshi Yamazaki, un maitre d’armes japonais. Nous avons passé des jours a étudier les passes et le ma- hiement des épées. Nous avions trois types d'épécs : des epées légeres, en plastique, pour le mouvement et observation ; des épées en fibroglass qui pesaient environ deux kilos, pour l'entrainement et le manie- ment pur et simple; et les grandes épées en metal, ‘do cing kilos environ, qui nous servaient souvent dans les scénes de bataille et les gros plans, John pensait que le son du choc des épées serait tres différent ” selon que le métal ou Ie fibroglass serait employé, ot il pensait que la différence se verrait aussi. li me sem- ble qu'il est aussi beaucoup plus vralsemblable pour ln acteur de tenir une véritable épée qu'une réplique. La notion de poids des armes influe sur les mouve- ments du corps, la démarche, etc. Bien sar, il y avait beaucoup d'autres choses sur le plan de l'entrainement. Je continuais les halteres pour rester en forme, et la gymnastique, le kendo... Et pen- dant ce temps je prenais aussi des cours de diction et d'art dramatique, pour affiner mon accent et ma pro- onciation en américain, METAL : John Milius ne vous s pas demandé de ‘supprimer votre accent autrichien, ASS. : Non, il lui plaisait. Cela convenait bien au per- ‘sonnage, qui vient de Cimmérie, pays nordique. Cet ‘accent donnait A Conan un air posé, parfois détaché ‘ou glacial. II fallait seulement que je prenne des legons pour améliorer ma prononciation de facon a étre davantage compréhensible. Et John était toujours Ta pour me conseiller si j'avais des difficultés. METAL : Quelle a été la scéne Ia plus difficile que vous avez eu & tourner 7 AS. : lly en aon fait deux. La plus longue, la plus Pénibie aura certainement été colle du grand serpent Congu et construit par Nick Alider, Long de plus. de douze metres. C’est_au moment ou je vals dérober VOEl_du Serpent dans la Tour de Set. Ce monstre garde le joyau. ll me saute dessus alors que je suis dans la salle ou l'on conserve ce rubis. La bataille a Pris cing jours a filmer. Et non seulement cette mau- dite machine était lourde, mais elle pouvait me proje- ter en lair a volonté. De temps en temps, les contro- les se dérégiaient. Je me retrouvais écrasé contre le sol par toute la masse du serpent, ou aplail contre un des murs sans plus pouvoir bouger. Et d'autres fols, John les dérégiait de son plein gré. ll me prévenait {Que le serpent allait faire tel ou tel mouvement, bou- ger la téte de bas en haut, sortir sa langue, ou je ne ais quoi, Et tout d'un coup je me retrouvais en plein , hissé par la queue de la béte, propulsé en l'air sans m'y attendre. Et on filmait mon expression stu- péfaite. Quand cette séquence a été terminée, j'ai Descendu dans le puits des sacrifices, Conan va découvrir horreur qui habite les profondeurs de la Tour de Set : un immense reptile de quinze métres de fong au moins. La béte sommeilie, mais lorsque Conan ‘en approche pour s'emparer du joyau convoité, elle va revenir a la vie. vraiment 66 soulagé. Pendant des jours, j'avais pa- taugé dans le sang, la bave, les boyaux. Urgh | La seconde scéne est la plus dangereuse. C'est colle qui dans le film précédera celle du serpent. Je dois descendre le long d'une corde, a l'intérieur de la Tour de Set, en suivant un a-pic de quinze metres. Sous cet a-pic, il y avait un effet spécial créé par Ron Cobb pour donner impression d'un mur de 30 ou 40 metres de hauteur au lieu des 15 réels. C’était un miroir @ un angle de 45°. Je devais longer ce miroir sans aucune protection ni garantie de sécurité. Si je dlissais, je tombais dans le miroir et me coupais gra- vement. METAL : Avez-vous remarqué des séquences tour- nées et coupées dans Ia version commerciale ? AS. : Oui, ily en a beaucoup. Mais nous avions de quoi faire'un film de quatre heures. II est foroé de Perdre du matériel et méme du bon, au montage. Pourtant, les monteurs de ce film ont’ fait un travail Particuligrement excellent, & mon avis. ll manque sur- tout des scénes dans I'Aréne, plusieurs combats de gladiateurs. C’est dommage, mais qui sait ? Peut-étre ressurgiront-elles @ l'occasion d'une suite, METAL : En définitive, quel est votre sentiment gé- néral, en jetant un coup d’ceil rétrospectif au tour- nage de co film? ‘AS. : Je me suis amusé comme jamais Conan aftronte le serpent duel & mort. Le serpent hydraulique Nick Allder est la piéce de résistance du film. Cet effet mécanique des plus s aires a 6t6 construit pour environ 2 rangeait enrouleé st Vatelier des effets spéciaux tant longueur était phénoménale, Composé d'un squelette d'acier téleguide recouvert d'une « peau en latex flexible, le serpent est apable de se dresser droit sur sa queue sur une hauteur de quatre fnétres, et cela seulement grace & on systeme de machines intérieur. Nick Allder a réussi a recréer le ‘articulations d'un véritable serpent & aide de cabl mmandé Ainsi le serpent semble se mouvoir hnaturellement, ce qui, vu sa taille, est prodigieux. On pourrait placer un homme adulte sur son dos et il se tiendrait toujout ses quatre métres, soit seulement un quart de sa longueur totale. 82 83 Les relations entre Valeria et Conan sont étonnantes. Ces deux étres endurcis par la vie et les épreuves vont enfin rencontrer amour, et se découvrir 'un ‘autre, se compléter et vivre une passion immortelle. Mais trop bréve. Dessins préliminaires en vue des casques de Valeria. Différentes sortes de protections ont été ‘envisagées avant de choisir la version qui est illustrée dans fe film. Valeria s'y pose en Valkyrie sortie des limbes, elle vient sauver Conan de fa mort et lui préter force dans son combat contre Rexor. L'apparition étincelante de Valeria est un des moments les plus frappants du film. Valeria (Sandahl Bergman) au naturel. Aprés son succes en vedette ‘du ballet « Air Rotica » de All that jazz, Sandahl semblait promise & ne carriére cinématographique de premier plan. Conan devrait ‘confirmer ses chances d'accéder au firmament... UN BARDARC DERRICRE La CAMCRG INTERVIEW DE JOHN MILIUS Le bureau de John Milius aux Studios d’Universal Gity, @ Hollywood. Sur les murs, des photos enca- drees grand format représentant des explosions ato- miques. Hiroshima. Bikini. Des peintures de Ron Cobb représentant une immense mélée d'hommes et d'ar- ‘mures, sur fond rouge sang. Une autre représentant des hommes des cavernes dans des tons ocres. Un Stendard au «Fuhrer Von Millus » décerné par « Ar- Sa John Milius et Arnold Schwarzenegger : Deux Conceptions semblables de lunivers se croisent et se rejoignent autour d’un méme personnage : Conan le barbare. John Milus a sans cesse fait des efforts énormes pour trer le meilleur de lui-méme et de son équipe. Ia éert la biographio détailléo de chaque Personnage du film avant de la distribuer aux acteurs Qui intorprotaient ces roles. Et ila aussi indiqué a Chaque acteur des détails supplémentaires de ces biographies de fagon & ce qu'il aient une vision plus complete de leurs personages. 84 Entre John et Arnold, une amitié sincere et profonde s'est développée. Chacun a trouvé en l'autre le ‘complement & sa recherche d'un travail parfait. Lentente était exemplaire : chaque fois que I'un des deux avait une idée ou une suggestion a soumettre a Tautre, ily avait une discussion et Iidée était adoptée d'un commun accord. Le film aura beaucoup bénéficié de cette coopération. En haut : Les accessoires du film comptaient des centaines de serpents qui apparaissent dans diverses ‘scenes du film : le Temple de Set, la Tour du Serpent, etc, Le serpent est utilisé tout au fong de Conan comme Te symbole du Mal absolu, rampant et s‘infiltrant partout... nuit ». Uambiance du tournage de Conan imprégne encore cette pidce. John Milius est un homme pos- ‘séd6 par son ceuvre. Grand, massif, imposant, a qua- rantaine, des yeux vifs se dégagent derriere une barbe noire et drue. JOHN MILIUS : Je suis conscient d'avoir réalisé un film totalement unique et différent. Il n’existe rien d'autre dans ce genre. Mon film traite de l'aventure @'un homme seul, un individu, dans un monde bar- bare et impitoyable, Ce theme de I'homme seul et in- dépendant, je lavais déja traité dans LE LION ET LE VENT, o¥ Sean Connery luttait seul contre la totalité du gouvernement américain, Marines compris, etc. METAL : Quand vous avez commencé ce projet de film sur Conan le Cimmérien, aviez-vous en tete une idée précise de la fagon dont il fallait aborder co sujet 7 JOHN MILIUS : La plupart des metteurs en scene ont qu'une vague idée lorsquills entament la prépa- ration d'un film. Moi au contraire, j'étais totalement préparé & m'attaquer au monde de Conan et a ses Aventures. J'avais déja passé plusieurs mois a reflé- chir sur ce personnage et son caractére, et j'étais ‘aussi prét que possible au moment de commencer le tournage. METAL : Avez-vous rencontré des problémes avec Ja production ? JOHN MILIUS : Pour ce qui est des rapports avec Ia production, mon point de vue est simple : il faut pren- Gre les choses comme quand vous faites du surf, Vous savez que je suis un fervent amateur de surf, tout comme Gerry Lopez. Eh bien, faire des films, Gest comme faire du surf. Lorsqu'une grande vague ‘S'amene, air menagant, vous essayez de vous en protager, de vous mettre a l'abri, et de laisser glisser fa vague sans coup férir. C'est pareil pour les contflits avec la production. METAL : Etes-vous satistait de la prestation d’Ar- nold Schwarzenegger ? Pensez-vous qu'il ait réussi incarner le personage de Conan 4 la perfection 7 JOHN MILIUS : Je suis stupéfait que nous ayions bien réussi ce passage de la littérature a I'écran. Ar- old y est pour beaucoup. Il a porté le poids du film Sur ses épaules sur toute la distance. Ga aurait pu @tre un échec, et méme tres facilement. Mais nous avons réussi, et Amold en particulier. C'est pour tui lun succes enorme. Je pense qu'il a transposé le per- sonnage de Conan a la perfection. METAL ; Quels sont fos rapports entretenus entre Conan et son dieu, Crom? JOHN MILIUS : Leur relation est assez complexe. On ‘a appris a Conan @ ne faire confiance a personne, ni ‘aux hommes, ni aux dieux. Le dieu de Conan reste la ‘Sans rien faire, & regarder les mortels se debrouiler. C'est seulement s'lls se montrent particuliérement va- Teureux ou héroiques que Crom daignera les aider. Conan sait cela et n’attend rien d'autre de son dieu. Il sait quill a des taches difficiles a accomplir s'il veut gagner I'estime de ses dieux. Et ce genre de coutume Génote réellement un autre temps, un autre lieu. Jiaime aussi beaucoup la scéne ou Subotal prie aux ‘Quatre Vents. Plus personne ne pourrait faire cela de nos jours! 87 John Milius est un grand spécialiste des armes et des chevaux. La vie de l'Ouest ancien le fascine. Il regrette les temps difficiles mais plus justes ‘ou l'homme pouvait compter que sur lui-méme pour ‘sauver son indépendance, son honneur, et sa vie. Un individualiste farouche, plein de foi en la force de homme lorsqu'il se décide a prendre les choses en ‘main. Le dernier cow-boy ? METAL : Quel a été votre optique de travail par rap- port au monde Hyborien ? JOHN MILIUS : LA, je pourrais établic un paralile vee LA -GUERRE DU'FEU. II s'agiscalt de créer un monde plausible, une reaté acceptable. Ron Cobb et mmocmome. avone_ cree. une Teale anthropologique- Mont eorrect. Notre monde Hyborion est culto-alle- mond {a Clnmerle est ta, Finlande ‘ou la Pologne, RON COBB: Nick Allder avait derriére lui son travail sur ‘Tous les objets qui apparaissent sur l'écran auraient ALLIEN, et il construisait des tas de fausses tétes et de pu étre fabriqués & cette époque, les épées, les meu- faux thorax, pour les scénes de deca apitation et de bles, etc. bouchoro ‘On aural presque crua un code chaque ; ; Poet slawunotal bless gang powvaitpas.étre «METAL: Quel point de vue sviez-vous pour l'sdap- ti bs ou Fapaule I fall qu'il oi touche dane tation des textes de Rober! Howard? Tooil, qu'on lui fasse sauter /a téte, enfin, rien que des JOHN MILIUS : Nous sommes restés fidéles a l'esprit biesoires peu orthodoxes. de Robert Howald, meme sil ny a que ses fans qui gon apergaivent, Nous avone garde fe courant sous Jacont’ ao" sorecliere dans Tuvro. do Howard, Par istomple dans la scene ou Thulsa Doom se transforme én serpent, nous avons. cherché fe metleur moyen de Ecler desupotl aid aaecurmanire. SLATS Salt “ila at ine sei Ot pour eercomare dua 2 ore ese tne, lie Oe ra Pie ranger de Cero pert, fafa eat PPn ie ae 8 un brillant stratége : il traversa l'Europe avec Vimagination. D’ailleurs, dés le premier instant oO on pinot sate raven rerops ave ISB, etic oral ny ls eldh Sein gnaros pou chccowce rcpt we, RAs aoe Ste a Pa égaié, d’autant plus qu'il combattit pendant plus de ‘Amold pour ce role. 7 SShaviogampioressonspodooaicou aPormes, era, : comment diesou eae vil de incarné par Toshro Mifune dans LES 7 SAMOURAI, votre film a l'état final ? eat fe one Som Amys 1 ew on cutout mange Ca tin 2 tal/germanique, comme EXCALIBUR par exemple, il eee aa cee tee ag ee ar rg pate METAL : Comment se passent les opérations de Mey sce at ee Jota eluents px Un a See hes takes cacao snes ace oe ou cmtgr se ai ee a oe rae ae ine Soa eee ics iets cdc eomcnanee ces oa ‘Subotai (Gerry Lopez) est le compagnon de Conan et Valeria. Cet acteur avait déja travaillé avec John Milius pour Big Wednesday et est un des meilleurs surfers des METAL : Aimeriez-vous reprendre le personnage de Conan dans d'autres films 7 Oui, car ce premier film dépeint Ia genése du person- nage de Conan, les motivations derriare ce qu'il est, ‘on y apprend pourquoi il est devenu ainsi. Au début du film, il n'est qu'un enfant. A la fin, il est devenu adulte, un adulte & la personnalité compléte. Et j'al- merais continuer d’explorer les possibilités de ce per- sonnage, maintenant qu'll est bien defini. D’autre part, Jfaimerais retravailler avec Arnold, qui est vraiment formidable, C'est pourquoi je préparerais une suite au film dés que possible. METAL : Quelle est le régime politique qui vous convient le mieux ? JOHN MILIUS : L’anarchie. Je suis contre toute forme ‘de gouvernement. Les gouvernements sont bons pour les vaches | Je suis contre les gouvernements socialis- 88 John Milius est un metteur en scéne apprécié par ses acteurs et ses techniciens. Personne n’‘a autre chose & dire de lui que du bien. Et sisa vision est intensément ‘personnelle et qu'll la dévoile peu a ses collaborateurs, fous le respectent. John a supervisé beaucoup d’étapes de la eréation du film, y compris la réalisation des accessoires du décor du film, (cl la peinture des tapisseries qui ornent le Temple de Set. John Millus est un fanatique du réalisme au cinéma. It fst donc naturel qu'll s‘attache a rendre aussi véridiques que possible les scénes de violence ou de combats dans le film CONAN. Ici, on le volt aspergeant lun acteur d'une couche d’hémoglobine. Comme le dit Ron Cobb : « Encore du sang ! Amenez encore plus de sang ! Telle était la devise de John. » A droite : Conan et Valeria, équipés de divers ‘armements meurtriers, s‘apprétent a se livrer une bataille sans merci, Mais le sort en décidera autrement, ‘et /'amour trouvera son chemin dans leurs cceurs. Les spectateurs assoifiés de sang seront frustrés de leur combat 4 mort.. RON COBB : Ce film est extrémement violent. C'est ‘peut-étre le film le plus violent qui ait jamais été fait ! La violence est telle que ¢a en devient presque surréaliste, siylisé. Tout le monde se fait couper la téte ! Ou leur bras,, ou la gorge tranchée, ily a sans cesse des ‘explosions de sang. Mon Dieu ! RON COBB : Ily a eu 1 200 Iitres de sang répandus. Par ‘exemple dans ia scéne de la Tour de Set, qui est quasiment la « Tour de 'Eléphant » de Howard, la tour a 616 construite sur une hauteur de quinze métres. Au ‘somment, ily a une plate-forme sur laquelle se tient une horrible créature que Conan doit tuer. Nous étions tous sous |'échafaudage de cette tour, et la scéne ‘commenea. Au moment de la tuerie, nous avons entendu un sifflement d’épée, ot tout a coup, une énorme quantité de sang s'est mis a pleuvoir sur nous. ‘On se serait cru sous une bouche d'incendie. Le sang ruisselailt partout, sur fes techniciens, sur nos tétes, et aa duré au moins cing minutes. 90 tes, contre les gouvernements de droite, contre tous les gouvernements. Je suis d'accord avec Robert Ho- ward qui préférait la barbarie. METAL : Avez-vous un « gimmick » pour réalisor vos films ? JOHN MILIUS : Oui. Je dirige les prises de vue & moto. Ma fidéle bécane ne me quitte jamais. C'est mon charme de chance. METAL : Avoz-vous tourné CONAN dans de bonnes conditions ? JOHN MILIUS : Eh bien, nous avons eu de terribles problemes avec la météo. Il ne faisait jamais le temps qu'il nous fallait au bon moment. Mais enfin il y a un certain plaisir & travalller tres dur quand on est soumis & toutes sortes de pressions, atmosphériques ou autres. Comme le dit mon vieil ami Coppola, « On n’abandonne jamais ». METAL : Quelle conception dessinée du personage de Conan vous aura le plus marqué ? JOHN MILIUS : Voyons, je n’al jamais aimé I'adapta- tion des Marvel Comics. William Stout est excellent. Nous l'avions engagé comme production artist mais au lieu de dessins préparatoires, il s'est mis a illustrer le script en bandes dessinées. ‘ll ena fait une dou- zaine de pages avant de s'arréter. Ce qu'il dessinait était tellement bien que personne n'a pensé a lui dire de s‘arreter avant qu'il ne le fasse lui-méme. Ron Cobb aussi aura joué un role primordial dans ta conception visuelle de CONAN. Nous avons peut-étre garde a l'esprit les peintures de Frazetta, mais c'est Ron Cobb qui a créé le monde de Conan. Sans lui, il n'y aurait pas eu de film CONAN tel que vous pouvez le voir. D'ailleurs c'est un peu grace a moi qu'll s‘est laneé dans l'aventure de ce film. Je peux au moins me vanter d’avoir falt ca. METAL : ¥ a-t-il un exploit dont vous soyez particu- Hiérement content dans te tournage du film? JOHN MILIUS : Les séquences & la Montagne de Puissance, avec tous les figurants, sont & mon avis tres réussies. La scéne de nuit ob fous les adorateurs de Set portent leurs bougies allumées est mon avis réellement impressionnante. Et pour toutes ces Scenes, nous avons employé 100 figurants seule- ment. Par comparaison, la Séquence tournée en Inde des RENCONTRES DU 3* TYPE nécossitait environ 4.000 figurants et ne m’a pas paru aussi grandiose {que la notre. Je suis done’ relativement content des effets de profondeur de champ et de réalisme dans les décors, et les scdnes de foule, que nous avons pu ‘obtenir. En fait, je suis vraiment content de tout le film, et de ce que nous avons réussi a faire! RON COBB : Le décor des monticules funéraires est en fait plus vaste que le veritable Stonehenge. il a couté assez cher a construire, avec beaucoup de styrofoam, des plerres talllées de plus de quatre métres de haut, des fragments de sculpture préhistorique qui dépassent du sol, otc. Notre budget ‘pour la construction des décors était de 3 000 000 de dollars environ, et je crois que nous ne avons pas dépassé. ‘On pouvait voir nos décors @ quarante kilometres & la ronde. Et la nuit ou nous avons brilé le temple, c’était une vision incroyable. Des miliers de torches qui grimpaient vers le sommet du temple, sur la ‘montagne. On pouvait voir ce spectacle de 'autoroute voisine ! C’étalt vraiment merveilieux. L’aréne est un lieu capital pour Conan. C'est ta qu'il apprend toutes les ficelles du métier de gladiateur, et Tart de se défendre, autant que d’attaquer. C'est aussi une phase primordiale de son développement psychologique : il comprend la nécessité de tuer pour Survivre, qui lui avait 6t6 étrangere jusqu’ du Maltre de la Rove, puis sous celui de son instructeur ‘au combat, il devra faire ses preuves. Et devenir Conan le barbare. 92 Les femmes dans le monde Hyborien sont obligées de ecourir & des mesures draconiennes pour s’en tirer. Valeria, désireuse de devenir une femme-gladiateur, treindra & l'art du combat et pourra vendre chérement sa vie le cas échéant. Yasimina, fille du Roi Osric, sera obligée de s‘asservir 4 Thulsa Doom et a son culte du Serpent pour échapper & 'emprise de son ere, Dans un vain effort de gagner sa liberté, elle perdra tout, puis se retrouvera a la téte d'un royaume. La femme-loup aussi a recours & la sorcellerie et aux pactes avec les forces du mal pour résister & son environnement hostile. Et, dans le monde de Conan, il y a place pour bon nombre de malheureuses victimes, qui

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