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LE GRAND TUNIS À L’ÉPREUVE DE LA SMART-CITY سنوت Imène Boubaker – été 2016, Tunisie. Master

LE GRAND TUNIS À

L’ÉPREUVE DE LA

SMART-CITY

سنوت

Imène Boubaker été 2016, Tunisie. Master Stratégies Territoriales et Urbaines, Ecole Urbaine de Sciences Po Paris. Etude réalisée pour Urbanistes du Monde. Référent UdM : Hind Khedira.

Rapport consultable en ligne : www.urbanistesdumonde.com

Disponible

en téléchargement pour les adhérents d’Urbanistes du Monde.

Réalisé à la suite d’une mission encadrée par l’association Urbanistes du Monde, ce rapport s’inscrit dans un projet sur les impacts du numérique sur la gouvernance et le développement urbain des villes du Sud. Dans des contextes marqués par des crises économiques, environnementales et une urbanisation rapide, mieux comprendre le rôle des nouvelles technologies dans les pratiques urbaines et les modes de gestion des villes du Sud constitue l’objectif central de ce projet. Dans une perspective d’apprentissage collectif et d’échange, 16 villes sont étudiées dans le cadre de ce projet.

Ce document d’analyse, d’opinion et/ou d’étude n’engage que ses auteurs et ne représente pas nécessairement la position d’Urbanistes du Monde et de ses partenaires. Il ne reflète pas non plus nécessairement les opinions d’un organisme quelconque, y compris celui de gouvernements ou d’administrations pouvant être concernés par ces informations. L’exhaustivité et l’exactitude des informations mentionnées ne peuvent être garanties. Sauf mention contraire, les projections ou autres informations ne sont valables qu’à la date de publication du document.

L’objet de la diffusion de ce document est de stimuler le débat et de contribuer à la constitution d’une base de données sur les grandes tendances à l’œuvre dans les politiques territoriales et urbaines des villes du Sud.

Les droits relatifs à ce document appartiennent à l’association Urbanistes du Monde. Toute autre utilisation, diffusion, citation ou reproduction en totalité ou en partie ne peut se faire sans la permission expresse du ou des rédacteur(s). Son stockage dans une base de données autre que celle d’Urbanistes du Monde est interdit.

© URBANISTES DU MONDE, Imène BOUBAKER, 2016.

RÉSUMÉ

 

TABLE DES MATIÈRES

 

La ville intelligente aurait vocation à gérer de manière plus efficiente et démocratique les ressources et réseaux au bénéfice des usagers et de la collectivité.

De nouvelles initiatives adoptant cette approche

apparaissent aujourd’hui comme des réponses aux

dysfonctionnements urbains et déséquilibres régionaux et infra-urbains dont souffre la Tunisie.

Nous retrouvons ainsi la notion de durabilité avec Green Village qui serait le premier éco-quartier médicalisé en Afrique. Son aménagement prend en considération tous les aspects écologiques actuels :

énergies renouvelables, utilisation de l’énergie thermique et solaire, système de récupération des eaux pluviales, système de tri des déchets et recyclage, transport alternatif, végétalisation des infrastructures ...

Le mégaprojet Tunisia Economic City qui créerait une grande cité économique, touristique, sociale et culturelle internationale mise sur la complémentarité des quartiers et ainsi une meilleure gestion des différents pans de la ville. Toutefois, le projet laisse à discuter.

Aussi, des initiatives citoyennes et connectées ont déjà été lancées et se positionnent désormais dans une dynamique de déploiement de leurs services.

Enfin, le secteur des TIC étudie timidement la question de la ville intelligente et commence doucement à

s’organiser dans ce sens.

  • 1. Introduction : le défi de la smart-city

en Tunisie………………………….….… p.4

  • 2. Un projet d’éco-quartier intelligent à

la Soukra……

.................................

..

p.7

  • 3. L’ambitieux mégaprojet « Tunis

Economic City »………………….…

..

p. 15

  • 4. Des initiatives citoyennes et

connectées………………………

..…..p.

23

  • 5. L’avancée timide des TIC dans la

ville……………………………………… p. 28

  • 6. Conclusion…………………………. p. 30

  • 7. Entretiens réalisés……………

..…..

p. 31

  • 8. Légendes…………………

..………

p. 32

  • 9. Bibliographie………

...……………..

p. 32

3

1.

INTRODUCTION : LE DÉFI DE LA SMART-CITY EN TUNISIE

 

« La ville idéale est celle qui doit répondre aux normes de compétence, de santé, de durabilité et d’infrastructures » ainsi s’exprimait le grand historien et sociologue tunisien du XIVe siècle, Ibn Khaldoun qui pensait déjà la ville comme un tout cohérant dans laquelle il est impératif d’imposer une gestion efficiente des réseaux et des ressources.

La Smart city est le concept de la « ville intelligente », une ville plus accueillante, durable, connectée,

et ouverte à la participation des citoyens comme à l’innovation, qui utilise les TIC pour améliorer la qualité des services urbains et réduire ses coûts ; capable de mettre en œuvre une gestion des infrastructures communicantes (eau, énergies, information, télécommunications, transports, services

d’urgence, équipements publics, bâtiments, gestion et tri des déchets, etc.). Une ville où tout serait au service du développement économique durable, d’une qualité de vie élevée, avec une gestion avisée des ressources naturelles, au moyen d'une gouvernance participative et d'une utilisation efficiente et intégrée des TIC.

1. INTRODUCTION : LE DÉFI DE LA SMART-CITY EN TUNISIE « La ville idéale est celle

En Tunisie, dans un contexte post-révolutionnaire, face à la difficile maîtrise des conséquences d’une urbanisation croissante, à ses répercussions en chaîne en matière d’environnement et de vivre ensemble, l’idée de rendre la ville intelligente fait son chemin. Son objectif est d’imaginer de nouveaux modes d’accès aux ressources et aux services. D’importants investissements sont engagés pour

préparer cette évolution dans la manière de faire et pour repenser les fonctions vitales des territoires urbanisés.

En ce sens, une large réflexion a été entamée au sein de la littérature tunisienne et dans les administrations. En témoigne par exemple le séminaire « d’étude de la faisabilité de la ville intelligente » entre la Tunisie et la Corée du Sud qui s’est tenu début août 2016 au Centre d’Etudes et des Recherches en Télécommunications (CERT). Plus concrètement, des initiatives sans doute incomplètes et parfois critiquables de smart-urbanisme et d’optimisation des réseaux sont aujourd’hui à l’œuvre dans le Grand Tunis et au-delà. Nous avons choisi de nous focaliser sur plusieurs projets afin de saisir la diversité et le contraste des initiatives au sein d’un même territoire.

1. INTRODUCTION : LE DÉFI DE LA SMART-CITY EN TUNISIE « La ville idéale est celle

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Une ville intelligente durable est une ville qui s’inscrit dans la durabilité et dans la maîtrise économique, par la gestion optimale des fonctions urbaines (énergie, transport, sécurité,…) et qui est attentive aux enjeux environnementaux afin d’améliorer la qualité de vie des habitants. En effet, si une ville intelligente est avant tout une ville mieux gérée grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, celles-ci ne sont cependant pas suffisantes. Le respect de l’environnement associé à une gestion durable de l’espace public constitue des pierres angulaires à tout projet de cité intelligente. Nous verrons, à travers l’exemple de l’éco-quartier Green Village à la Soukra, en quoi les éco-cités peuvent être présentées comme les futures vitrines de la modernité urbaines dont la finalité est d’associer haute qualité environnementale et technologies de pointe (dans le domaine de la santé ici).

La ville intelligente synonyme de progrès technologique et de cohérence urbaine globale amène à se questionner sur les mégaprojets mettant en lien plusieurs entités de la ville. Enfin, il est impératif de questionner les performances des TIC et les initiatives citoyennes connectées en tant que conditions sine qua none de la réalisation d’une ville intelligente.

A travers la multiplicité des projets, se pose aussi la question des échelles de mise en œuvre de la ville intelligente : il s’agit d’une vision globale- peut-être utopique – mais qui est mise en œuvre dans la pratique à des échelles circonscrites : quartier pour Green village, agglomération, villes d’expérimentation et « communautés d’initiés » pour WeClean, individus pour Karhbetna, enjeu national pour TEC, qui relève à la fois d’un projet d’aménagement de rééquilibrage du territoire tunisien vers « l’intérieur » et d’une

métropolisation de Tunis (extension du pôle économique tunisois et côtier à plusieurs centaines de kilomètres, à la faveur des opportunités foncières notamment). Cela révèle la diversité des échelles de mise en œuvre, les questionne (« vitrine marketing ») et en montre les limites (socio-spatiales notamment).

Toutefois, il est indéniable que la fracture numérique et la difficile connectivité des citoyens pèse sur la concrétisation d’une ville ultra-connectée et performante. Ainsi, la ville tente de s’organiser intelligemment à la mesure de ses moyens en tentant de mettre à disposition les outils nécessaires à la collaboration entre citoyens et en mettant l’accent sur l’un des aspects majeurs et incontournables de la ville intelligente, à savoir la durabilité.

Gouvernorats du Grand Tunis Nombre de communes Population Tendances spatiales Transports Tunis, Ariana, Manouba, Ben Arous
Gouvernorats du Grand Tunis Nombre de communes Population Tendances spatiales Transports Tunis, Ariana, Manouba, Ben Arous

Gouvernorats du Grand Tunis

Nombre de communes

Population

Tendances spatiales

Transports

Tunis, Ariana, Manouba, Ben Arous

34

2 643 695 (en 2014) soit 25% de la

population tunisienne.

o

Primatie de la capitale

o

Développement économique

o

autour du Lac de Tunis et de la banlieue nord Croissance des périphéries à

o

l’ouest Poids non négligeable de la

construction clandestine

o

Réseau de métro léger

o

Projet de RFR

o

Motorisation croissante et en

accélération

6

2.

UN PROJET D’ÉCO-QUARTIER INTELLIGENT À LA SOUKRA

 

2.1. Inscrire le projet dans une stratégie à plusieurs échelles ?

Un projet d’éco-quartier intitulé Green Village est actuellement à l’œuvre dans la commune de la Soukra. Cette ville de la

banlieue nord de Tunis est située à 6 kilomètres du centre-ville,

entre les villes de l’Ariana et La Marsa. Elle est desservie par

deux axes majeurs et se trouve à proximité immédiate des plus grands repères de l’agglomération, à savoir Sidi Bou Saïd et l’aéroport international de Tunis-Carthage. Rattachée administrativement au gouvernorat de l’Ariana, elle donne son nom à une délégation ainsi qu’à une municipalité comptant

150 000 habitants en 2016, l’une des plus peuplées de l’agglomération tunisoise. Elle se compose de plusieurs quartiers Chotrana, Sidi Salah, Sidi Fradj, Jamaa Rawdha, Cheikh El arab et Dar Fadhal et est enclavée dans un tissu urbain mixte.

Elle se situe au centre d’une vaste plaine agricole fertile

occupée par des vergers d’agrumes dont il subsiste quelques traces. En effet, la verdure originelle ne cesse de disparaître au fil du temps au profit d’une urbanisation croissante (malgré une tentative de maintenir un coefficient d’occupation au plus bas) et en cédant à la pression des promoteurs immobiliers qui convoitent ce territoire faisant directement face,

géographiquement, à la dynamique de La Marsa et à ses hautes constructions.

La morphologie de la Soukra est particulière puisqu’elle s’étale

linéairement en ne disposant pas de centralité urbaine ni de

véritable planification administrative. C’est la raison pour

laquelle il a été décidé de créer un véritable centre à la

commune (avec des commerces, un théâtre en plein air, des animations culturelles, etc.) afin de favoriser les divers échanges tout en étant un poumon vert et sanitaire pour la

ville. De plus, le plan local d’urbanisme de la Soukra a la chance d’être plus ou moins adapté pour recevoir un quartier

durable. La configuration de ce quartier est un véritable atout pour sa vocation puisqu’il est localisé côté nord-ouest, donc là où se trouvent les vents dominants, pouvant ainsi traverser le quartier de bout en bout.

Finalement, ce projet contribue à faire de la Soukra un lieu stratégique au niveau de lagglomération à travers son pôle de santé métropolitain, lenjeu environnemental de préservation dun reste de tissu arboricole pour la banlieue nord et enfin lenjeu dun centre-ville communal.

7

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2.2. La santé au cœur du projet de quartier

Green Village a pour ambition d’être le premier éco-quartier médicalisé d’Afrique et a pour objectif d’accompagner le territoire urbain vers une société « post-carbone ». Cette éco-cité est présentée comme une future vitrine de la modernité urbaine dont la finalité est d’associer haute qualité environnementale et technologies de pointe dans le domaine de la santé (smart-santé). En effet, le quartier a pour ambition de rehausser la qualité de vie des habitants et a prévu de se hisser au rang de cité médicalisée en accueillant des entités comme une clinique neurologique, une clinique multidisciplinaire, un centre de rééducation, une unité d’imagerie médicale, un laboratoire d’analyses médicales, 70 cabinets de médecins, des résidences pour séniors, un espace de fitness extérieur, des hôtels et appart ’hôtels, un centre omnisport et un parcours de santé.

2.2. La santé au cœur du projet de quartier Green Village a pour ambition d’être le
2.2. La santé au cœur du projet de quartier Green Village a pour ambition d’être le

2.3. Une volonté de réduire l’impact du bâti sur la nature

D’une superficie de 30 hectares, Green Village offre à ses habitants un mode de vie éco-responsable unique en son genre. Il se compose de pistes cyclables, espaces verts, commerces, bureaux, d’un parking central de 500 places en sous-sol avec un toit végétalisé de 450 mètres de longueur (imposant ainsi la marche à pied dans le quartier) et une panoplie de services mis en place aux résidents du quartier. 1000 logements disposant de terrasses végétalisées de haut standing devront respecter les normes actuelles en matière écologique afin de satisfaire les 4000 habitants de la cité. Des constructions de type moderne devraient se concrétiser avec des façades caractérisées par une diversité en termes de textures, couleurs, formes, matériaux… Ces matériaux utilisés pour la construction ainsi que les chantiers font l'objet d'une attention particulière (éco-matériaux issus de matières premières locales - de Tunisie -, meilleure gestion des déchets de chantier, réutilisation d'éléments dans le cadre d'une réhabilitation…).

1) Une réduction des consommations énergétiques : les bâtiments, notamment, répondent à des exigences très strictes avec des consommations au mètre carré aussi faibles que possible. La hauteur des constructions est limitée à un R+ 2 afin de garantir une bonne luminosité, une meilleure ventilation et de respecter la verdure et le paysage environnant. Les quartiers durables les plus connus recourent tous aux énergies renouvelables (thermique et solaire, le plus souvent).

2) Une meilleure gestion des déplacements avec limitation de la voiture et incitation à l'utilisation de modes doux (transports en commun, taxi-vélo, marche à pied) : les quartiers durables favorisent l'usage du vélo grâce à des pistes cyclables, la présence de parking à vélo sécurisé, des voies piétonnes qui permettent de circuler en toute sécurité, des arrêts de bus parcourent le quartier, etc. Cette limitation de l'automobile pourrait même aller jusqu'à son interdiction totale. Le quartier a été pensé afin de faciliter les déplacements des personnes à mobilité réduite et de limiter l’usage de la voiture.

3) Une réduction des consommations d'eau : les eaux pluviales sont récupérées et utilisées pour arroser les espaces verts, nettoyer la voie publique ou encore alimenter l'eau des toilettes.

4) Une limitation de la production de déchets : la collecte sélective des déchets est de rigueur, mais les déchets verts peuvent également être facilement compostés grâce à des emplacements prévus à cet effet - le compost pouvant ensuite être utilisé pour les jardins et espaces verts.

5) Favoriser la biodiversité : suivant les quartiers durables, des mesures peuvent être prises ou encouragées pour permettre à

une flore et une faune locale de s'épanouir. L’objectif étant de

planter un arbre par habitant.

2.4. Palier une qualité d’air médiocre intelligemment

La pollution de l’air est un problème majeur dans l’agglomération tunisoise. Selon des experts tunisiens, la pollution intérieure des constructions serait 8 fois plus importante que la pollution extérieure 1 . Afin de pallier ce problème, les bâtiments fonctionneront sans chauffage et climatisation. Pour ce faire, l’architecte- urbaniste du quartier expose trois « remèdes » :

Minimiser les émanations de CO2 en allant puiser dans un répertoire de matériaux bio-sourcés, ceux qui subissent le moins de transformations

industrielles et en puisant dans des matières premières naturelles que l’on

trouve aisément en Tunisie (le plâtre, les parfums naturels, le polystyrène, le bois, etc.).

2.4. Palier une qualité d’air médiocre intelligemment La pollution de l’air est un problème majeur dans

Ejecter les émanations intérieures vers l’extérieur à l’aide d’une ventilation naturelle. En effet, aujourd’hui il existe une réelle dépendance de la Tunisie au climatiseur. Il convient de penser la chorégraphie ventilatoire, de manipuler l’air intelligemment pour obtenir de l’air chaud et de l’air froid, autrement-dit, créer un microclimat quand cela est nécessaire. Il s’agit de techniques anciennes qui permettent de manipuler l’hygrométrie de l’air (en adaptant la forme du bâtiment par exemple)

et ainsi de le dépolluer et arriver à un confort thermique idéal.

Mettre en place des outils de dépollution via une bio-épuration (via des plantes adaptées).

1 Entretien avec Lotfi Rejeb

2.5.

Des objectifs clairs à observer

Les concepteurs du projet sont exigeants et ont défini un certains nombres d’objectifs pour ce quartier durable :

Faire du quartier durable un levier de régénération urbaine des territoires dans lesquels il s'insère ;

Activer les ressources et le potentiel socio-urbain du site et de son environnement ;

S'appuyer sur une articulation des dimensions urbaines et paysagères pour structurer le quartier durable ;

Favoriser une mixité socio-urbaine basée sur le développement du lien social et de l'écocitoyenneté ;

Concevoir des îlots d'habitat et des bâtiments favorables à un bon fonctionnement social urbain ;

Anticiper les conditions de gestion des déchets, des eaux et réseaux énergétiques ;

Mettre en place et faire vivre une démarche d'aménagement urbain durable.

  • 2.6. Une initiative privée au défi de la commune

Promu principalement par Fethi Ben Yedder 2 puis par des banques et bailleurs de fonds, et estimé à 450 milliards de dinars, le projet est proposé et encadré par Lotfi Rejeb, architect DESA et urbaniste, expert international en éco-construction et grand prescripteur des éco-matériaux.

Il aura fallu attendre 6 années, plusieurs concertations et adaptations puis un dossier solide pour que la municipalité de la Soukra

approuve le projet. En effet, la mise en œuvre du projet n’était pas rendu possible d’abord à cause de normes et règlementations d’urbanisme extrêmement rigides ; et ensuite en raison de mentalités n’allant pas dans le sens d’un quartier durable.

2 La famille Ben Yedder est connue en Tunisie puisqu’elle possède un empire économique avec des ramifications dans le secteur de la banque (Amen Bank, ex- Crédit foncier d’Algérie et de Tunisie) et l’assurance (Comar). Issue d’une lignée de grands commerçants, la famille Ben Yedder s’est également lancée dans l’alimentaire (pâtisseries et café Ben Yedder, café Bondin,…).

Aujou rd’hui, avec l’éloge qui se fait entendre de l’autre côté de la Méditerranée, cette initiative

Aujourd’hui, avec l’éloge qui se fait entendre de l’autre côté de la Méditerranée, cette initiative privée fait la fierté de la commune qui se sert du label de ville verte sans toutefois participer financièrement à la conception et à la réalisation du projet. Les habitants, sensibles aux questions de santé et de gaspillage, en sont globalement satisfaits.

Cette initiative a convaincu un organisme (anonyme) qui viendra financer la technologie pour un parc de 15 hectares de photovoltaïque, soit l’équivalent de la consommation journalière de l’éco-quartier. Les implantations se feront en dehors de la ville et la surproduction d’énergie pourra être revendue et réutilisée par la STEG 3 .

Ayant vocation à accueillir un large tissu de résidences individuelles, le quartier entouré par une ceinture verte, fait actuellement

l’objet de travaux, remodelage et ventes par les promoteurs immobiliers.

2.7. La médina : un modèle authentique de durabilité ?

Lotfi Rejeb affirme que la meilleure forme de quartier durable, avant l’urbanisation moderne, correspond à la médina 4 . Ce dernier parle du « bon sens des ancêtres » qu’il faut aujourd’hui réhabiliter via l’éco-citoyenneté, les échanges intergénérationnels, la conception traditionnelle des bâtiments, etc. Selon lui, il faut réconcilier le citoyen avec son environnement de proximité car c’est en le comprenant localement qu’il pourra agir dessus de manière « smart » !

Aujou rd’hui, avec l’éloge qui se fait entendre de l’autre côté de la Méditerranée, cette initiative
  • 3 Société tunisienne de l’électricité et du gaz.

  • 4 Ancien cœur historique de la ville arabe

3.

L’AMBITIEUX MÉGAPROJET « TUNIS ECONOMIC CITY »

 
3. L’AMBITIEUX MÉGAPROJET « TUNIS ECONOMIC CITY » 3.1. Le mégaprojet Tunisia Economic City : une

3.1. Le mégaprojet Tunisia Economic City : une cité moderne ?

Le mégaprojet Tunisia Economic City (TEC) consiste en l'aménagement dans la localité d'Enfidha, d'une grande cité économique, touristique, sociale et culturelle internationale.

L'idée de ce projet est, selon ses fondateurs, de créer d'une manière progressive une « cité intelligente » qui s'érigera comme un portail économique et touristique de la Méditerranée et comme un point de jonction entre l'Est et l'Ouest et entre le Sud et le Nord. Cette nouvelle ville ambitionne de donner une grande impulsion à l’image internationale de la Tunisie, d’attirer de nouveaux marchés, de créer une zone franche financière, de susciter une nouvelle croissance dans l’économie locale et de créer de nouveaux emplois en dynamisant la région.

Le président fondateur de ce projet et homme d’affaires tunisien évoluant en Arabie Saoudite, Riadh Khalifa Toukabri assure que « ce projet permettra de doter la Tunisie, en particulier et toute la région méditerranéenne, d'une nouvelle identité économique moderne et d'une dimension universelle » 5 . En effet, après une analyse globale et régionale approfondie et des études détaillées, les concepteurs ont pensé à créer des opportunités d’investissement moderne et développé, dans le cadre d’un projet économique mondial, cohérent et ambitieux englobant plusieurs secteurs d’activités. Pour ce faire, ils ont œuvré, en coordination avec leurs

5 Propos recueillis par babnet.net lors d’une conférence de presse en septembre 2014

15

partenaires, à drainer des groupes renommés dans les domaines de l’hôtellerie, les loisirs, la médecine, et les médias et dans d’autres

activités qui pourront faire de ce projet un pôle international unique.

De son côté, le vice-prince héritier saoudien, Fahd Ben Mogren, co-fondateur du projet soutient l’idée selon laquelle Tunisia Economic City va contribuer au développement de tout le système économique tunisien, doter le pays d'une dimension géo-économique et l'ériger en tant que zone de libre-échange internationale.

Jusqu’à présent, la TEC a réussi à collecter 130 engagements des investisseurs internationaux avec des groupes comme INDEX- HOLDING, TMT Bank, Castlepines, ADS securities, Albaraka, Taylor Power, EDF, Huawei, … Outre ces groupes, le gouvernement chinois et celui de la Corée du Sud (réunion qui s’est tenue en août 2016) se sont engagés aussi à investir dans ce projet, ceci donnerait davantage de crédibilité au projet de la TEC et à sa concrétisation. En ce sens, « China city construction group company », qui est le premier groupe au monde avec ses 11 millions d’employés (équivalent au nombre de la population en Tunisie) s’installera dans la TEC et participera à l’emploi des Tunisiens en Tunisie et à l’étranger (dans ses filiales internationales).

partenaires, à drainer des groupes renommés dans les domaines de l’hôtellerie, les loisirs, la médecine, et
partenaires, à drainer des groupes renommés dans les domaines de l’hôtellerie, les loisirs, la médecine, et

3.2. Les composantes de Tunisia Economic City

Il s’agirait d’une ville entière avec 14 zones différentes.

Cité de la science et de la recherche : elle représente 12.27% de la superficie globale et comprend des laboratoires de recherche, un centre de conférences et des instituts des sciences juste à proximité de la cité universitaire. Parler de

développement de la santé ou de l’industrie pharmaceutique ou même de l’agriculture exige une grande plateforme de

recherche qui va aussi servir comme outil pour les transferts technologiques.

Cité universitaire : représente 6.03% de la superficie globale et inclut des universités, des prestataires de services et des espaces de loisirs adaptés aux étudiants. Une zone très ouverte sur son environnement grâce à la nature de son infrastructure et les facilités d’accès. Cette zone devrait être capable d’attirer les étudiants à la fois tunisiens et étrangers, rapprocher les grandes sociétés du milieu universitaire et relier les établissements d'enseignement à la cité de recherche.

Cité médicale : représente 3.92% de la superficie globale et comprend des hôpitaux internationaux aussi bien que des hôpitaux universitaires régionaux, des facultés de médecine, des sciences infirmières et des sciences paramédicales. Cette cité va inclure aussi des centres de remise en forme, des spas, des centres de bien être, des clubs de fitness, des clubs de yoga et plusieurs autres salles de sports. Cette vision permettra de donner une autre approche, plus pertinente et globale, au secteur de santé autant préventive que curative sans oublier les aspects récréatifs.

Cité Médiatique : représente 6.57% de la superficie globale et comprend des mégas studios de production audiovisuelle, des instituts cinématographiques et de presse, une zone hôtelière en harmonie avec une clientèle de haute gamme susceptible

de fréquenter cette cité. Elle aura une contribution indéniable dans la progression du domaine culturel en Tunisie aussi bien que de valoriser nos atouts culturels et historiques sur le plan international.

Cité traditionnelle : avec son style architectural typique de l’histoire tunisienne marquant les époques arabo-musulmanes, cette cité conservera l’empreinte traditionnelle de la Tunisie dans le contexte de la modernité qu’offrent les autres cités.

Cité commerciale Downtown : représente 3.30% de la superficie globale. Elle comprend les sièges des sociétés et groupes industriels et commerciaux, des banques et des établissements financiers, des mosquées, des boutiques et grandes surfaces aussi bien qu’une zone résidentielle restreinte incluant des appart-hôtels. Cette cité va focaliser tous les regards sur le grand potentiel en matière d’affaires et d’investissement en Tunisie. Une citée hyper connectée et moderne ce qui la rend très attractive auprès des grands groupes internationaux.

Cité d’exposition : représente 10.54% de la superficie globale et comprend des aires d’expositions, des banques, des assurances, hôtels et salles de conférences, centres commerciaux, espaces de loisirs et des quartiers dédiés au shopping.

C’est une cité qui va renforcer les autres types de zones en fournissant de la logistique et en modulant le niveau de vie des habitants. Elle va faciliter les échanges entre les pays de l’Est et les pays de l’Afrique et de l’Europe.

Cité de libre échange : représente 7.27% de la superficie globale et comprend des ports commerciaux, des stations de trains et plusieurs autres moyens logistiques, une connexion directe avec l’aéroport et autres infrastructures permettant de booster les échanges avec les autres pays. Cette cité comprend aussi une zone résidentielle spécifique où la main d’œuvre travaille dans l’import-export : ceci dans le but d’assurer une certaine disponibilité et de faciliter ses déplacements.

Cité industrielle : représente 15.05% de la superficie globale et comprend des industries « amies de l’environnement », non polluantes. Elle se situe à proximité de la zone de libre échange afin de faciliter le processus d’exportation et celui de l’approvisionnement en matières premières.

Le grand Port : représente 4.04% de la superficie globale et situé à proximité de la zone industrielle et de la zone de libre- échange. Son rôle principal étant d’augmenter l’efficacité de ces deux zones et d’assurer un accès plus fluide à la Tunisie qui a l’ambition de devenir le premier portail pour l’Afrique et une des principales plateformes pour le continent Européen.

Cité sportive : représente 2.75% de la superficie globale et comprend des arénas, des stades, des quartiers olympiques et d'autres infrastructures rattachées aux activités sportives avec des unités résidentielles aménagées spécialement pour les stars du sport.

Cité de loisirs : représente 9.71% de la superficie globale et comprend des parcs à thèmes, des zoos, des villages verts et des jardins publics. C'est une cité qui est adjacente à celles des sports et de tourisme. Elle comprendra le plus grand parc d'attractions en Afrique en ayant une certaine similarité à l'Europe Park ou Disneyland.

Cité touristique : représente 9.71% de la superficie globale et comprend des unités hôtelières de 5 étoiles, d'autres de 4 étoiles aussi que des Resorts et des appart-hôtels pour satisfaire tous les segments de marchés. L'activité touristique principale sera focalisée sur le MICE (tourisme d'affaires et de congrès) et sur le shopping puisque cette cité se situe à côté de la cité commerciale et la cité traditionnelle. Une issue sur un port de plaisance a été prévue afin de faciliter l'accès des touristes par voie maritime.

Cité résidentielle : représente 7.6% de la superficie globale et comprend des clusters réunissant les administrations communautaires, des résidences de différents standings, des jardins publics et des lacs artificiels, le tout dans un urbanisme moderne qui conserve le style arabesque tunisien contemporain.

 Cité résidentielle : représente 7.6% de la superficie globale et comprend des clusters réunissant les

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LE MEGAPROJET EN CHIFFRES :

- Coût du projet : 50 milliards de dollars - Nombre d’investisseurs partenaires : plus que 50 sociétés internationales - Pays participants : 30 pays (entre autres le Brésil, l’Inde, l’Arabie Saoudite, le Bahreïn, les Etats-Unis, la France, la Nouvelle-Zélande,…) -Superficie : 90 km² entre l’aéroport international d’Enfidha et la localité de Bouficha - Etendue : le projet s’étend sur 18 km et sur un littoral long de 14 km - Durée : 15 ans pour la finalisation du projet - Emploi : création de 250 000 postes sur les 10 premières années

3.3. L’avancement du projet

Les négociations avec les investisseurs sont en cours d’avancement bien que certains se soient retirés en raison d’un contexte économique et politique tunisien difficile. Jusqu’à présent, la présidence de la République ainsi que le chef du gouvernement ont été collaboratifs envers le projet de TEC, ce qui a permis de donner plus de poids au projet. A noter que le projet Tunisia Economic City est géré uniquement par des promoteurs tunisiens, ce qui permet de donner une assez bonne garantie pour sa concrétisation.

L’équipe de TEC a proposé de créer la haute instance d’investissement et de modernisation qui aurait pour but de fédérer les investissements des gouvernements, des organisations internationales, des ONGs et des institutions financières privées. Celle-ci garantirait une certaine transparence des recettes provenant du mégaprojet et des dépenses au profit des zones intérieures.

3.4. Un projet qui ne fait pas l’unanimité

L’association « Architectes citoyens » fait partie de ceux qui n’adhèrent pas à un tel projet. En effet, elle pointe essentiellement l’ouverture des capitaux des sociétés immobilières aux participations étrangères sans évaluer les risques liés à la spéculation foncière. Elle dénonce une vision non réfléchie concernant l’élaboration des plans d’aménagement futurs (avec un impact considérable sur le paysage urbain), le manque d’études d’impact, l’absence d’un contrôle rigoureux des marchés, le manque de transparence dans les appels d’offres publics et la négligence de la voix des citoyens.

L’association avance que selon certains experts, la Tunisie n’aurait pas besoin de ce type de projet. Bien que l’annonce de ce projet soit un message d’espoir et de confiance pour les investisseurs étrangers, l’impact sur l’économie nationale n’est pas aussi évident. Même en matière de lutte contre le chômage, les 250.000 emplois que ce projet promet de créer, restent encore très utopiques.

4. DES INITIATIVES CITOYENNES ET CONNECTÉES

 
 

Un des aspects importants de la ville intelligente est le numérique qui passe par l’apport de nouvelles formes de coopération et par une mutualisation de l’information. Le numérique facilite et accélère la circulation et la mise en commun des données. Par ce moyen, il améliorerait la vie des citoyens. Au-delà d’une intelligence technique dans la gestion des réseaux, Antoine Picon parle par exemple « d’intelligence collective » 6 . Celle-ci serait permise par l’ouverture de la

gouvernance de la ville à ses habitants : ces derniers ne sont pas de simples consommateurs de la ville mais, grâce à

l’accessibilité de l’information, participent à l’intelligence de la smart city. Donner accès, contribuer… Les innovations récentes façonnent la cité à travers une myriade d’initiatives

dont on commence tout juste à mesurer la portée. Quelques

exemples…

4.1. Une application mobile collaborative pour la collecte des déchets

4. DES INITIATIVES CITOYENNES ET CONNECTÉES Un des aspects importants de la ville intelligente est le

La Tunisie connait une situation environnementale

alarmante avec, entre autres, un phénomène d’amoncellement des poubelles – des déchets ménagers en grande partie qui ne cesse de prendre de l’ampleur et de détériorer le paysage naturel et urbain. Ce phénomène s’est banalisé malgré les quelques efforts des

autorités locales et nationales et de quelques groupes de

citoyens souhaitant y remédier via des campagnes de propretés organisées dans différents quartiers. Face à ce constat, une réflexion a été menée par l’équipe de Madwatch 7 qui a mis l’accent sur l’aspect préventif et la responsabilisation des citoyens face au problème des déchets, qui passe nécessairement par leur participation effective dans

l’assainissement de l’espace public.

  • 6 Bertrand Morvan, « « La ville numérique », conférence d’Antoine Picon », Quaderni, 90 | 2016, 113-121.

  • 7 Portail de référence en matière de veille et d’information marketing, communication et médias en Tunisie

23

Lancée en mars 2015, WeClean est une application collaborative qui permet d’identifier des zones de pollution

Lancée en mars 2015, WeClean est une application collaborative qui permet d’identifier des zones de pollution et de déchets, signalés directement par le citoyen à travers un système de géolocalisation. Une fois un site identifié, une « alerte pollution » est lancée à l’ensemble des utilisateurs citoyens, qui peuvent alors s’organiser sur l’application elle- même pour une action de collecte et d’assainissement de la

zone signalée. Le projet a été développé par une agence de

communication, en partenariat avec la coopération allemande en Tunisie et le Réseau pour la gestion communale des déchets (WAMA-Net). Il est actuellement mis en place

dans

trois communes pilotes : La

Marsa, Sidi

Bou Saïd

et

Carthage.

L’application a d’abord eu un énorme succès lors de son lancement et a bénéficié de nombreux soutiens au sein de la société civile, notamment sur le web et les réseaux sociaux,

favorisant ainsi les prises de parole et les échanges libres sur le sujet. Aujourd’hui, son utilisation est moins « agitée » et est davantage utilisée par des groupes de citoyens déjà organisés

afin de faciliter leurs actions. Pour l’instant, il n’est pas encore possible de chiffrer le nombre d’utilisateurs mais WeClean assure entreprendre un travail pédagogique s’inscrivant dans la durée afin d’éveiller les consciences. Enfin, les développeurs restent confiants quant au déploiement de leur application grâce à la multiplication des offres et promotions proposées par les opérateurs téléphoniques pour disposer de l’internet mobile.

4.2. La première application mobile pour le covoiturage en Tunisie

4 .2. La première application mobile pour le covoiturage en Tunisie La congestion des transports publicsEn ce sens, Karhbetna.com, plateforme de covoiturage, a vu le jour en mars 2016 et propose à des passagers se déplaçant en Tunisie et ayant le même trajet de partager les frais d’essence et de péage. Cette initiative a été lancée par Mohamed Wael Soltani et encadré par le projet Lab'ess qui vise à renforcer les capacités des porteurs de projetk d’entrepreneuriat ksocial. Promu par Orange Tunisie, Karhbetna.com met en relation les conducteurs souhaitant amortir leurs frais de déplacements et les passagers n’ayan t pas de véhicule à disposition ou souhaitant opter pour une solution plus écologique. La plateforme calcule les frais de transports générés par chaque trajet et répartit ces coûts entre les passagers du véhicule. Karhbetna.com propose une nouvelle façon de concevoir les transports. En partageant son véhicule, il s’agit de se déplacer de manière plus conviviale en tentant de réduire l’ impact néfaste sur l’environnement et de pallier – dans une moindre mesure – la congestion. Tunis a connu une croissance rapide avec un recours excessif aux voitures particulières, entrainant des problèmes grandissants : congestion du trafic, mobilité réduite et détério ration de la qualité de l’air. A Tunis, les concentrations de polluants dans l’atmosphère dépassent la majorité de l’année les normes de santé établies par l’Organisation Mondiale de la Santé. Une plateforme de covoiturage Participant à l’édition 2014 du Prix Orange de l’Entrepreneur social en Afrique 25 " id="pdf-obj-24-8" src="pdf-obj-24-8.jpg">

La

congestion

des

transports

publics et les coûts des trajets (en taxi ou en voiture

individuelle)

couplé

à

la

nécessité

toujours

plus

grandissante de se déplacer au sein du Grand Tunis a permis à

certains acteurs de la société civile d’enclencher une réflexion sur le covoiturage urbain comme une solution pour venir compléter les infrastructures de transports existantes tout en s'inscrivant dans le cadre d'une mobilité intelligente en ville.

En ce sens, Karhbetna.com, plateforme de covoiturage, a vu le jour en mars 2016 et propose à des passagers se déplaçant

en Tunisie et ayant le même trajet de partager

les frais

d’essence et de péage. Cette initiative a été lancée par Mohamed Wael Soltani 8 et encadré par le projet Lab'ess qui vise à renforcer les capacités des porteurs de

projetkd’entrepreneuriatksocial.

Promu par Orange Tunisie, Karhbetna.com met en relation les conducteurs souhaitant amortir leurs frais de déplacements et les passagers n’ayant pas de véhicule à disposition ou souhaitant opter pour une solution plus écologique. La plateforme calcule les frais de transports générés par chaque trajet et répartit ces coûts entre les passagers du véhicule. Karhbetna.com propose une nouvelle façon de concevoir les transports. En partageant son véhicule, il s’agit de se déplacer de manière plus conviviale en tentant de réduire l’impact néfaste sur l’environnement et de pallier dans une moindre mesure la congestion.

Tunis a connu une croissance rapide avec un recours excessif aux voitures particulières, entrainant des problèmes grandissants : congestion du trafic, mobilité réduite et

détérioration de la qualité de l’air. A Tunis, les concentrations de polluants dans l’atmosphère dépassent la majorité de

l’année les normes de santé établies par l’Organisation

Mondiale de la Santé. Une plateforme de covoiturage

8 Participant à l’édition 2014 du Prix Orange de l’Entrepreneur social en Afrique

efficace peut également s’avérer être une réponse à l’enclavement problématique des territoires très mal desservis par les transports. lllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll

Le service de Karhbetna.com propose un système innovant et simple d’utilisation. Le conducteur met en ligne son trajet :

départ, arrivée, date. Le passager sans voiture peut alors entrer en contact avec le conducteur afin de réserver sa place pour pouvoir voyager. Karhbetna.com calcule automatiquement le prix à payer par personne, à partir des informations du véhicule, du prix des carburants et des péages. Le passager est donc sûr de payer le prix le plus juste et de voyager de manière conviviale. Cette application mise sur la simplicité, la sûreté et la transparence.

Si le service offert est pour le moment gratuit, le projet deviendra, à terme, commercial, en fixant notamment la marge des prix sur les trajets grâce à un algorithme qui servira à calculer la distance entre le point de départ et le point

d’arrivé. L’entrepreneur de 26 ans, M. Soltani, explique que les

transactions seront effectuées à travers un système de paiement en ligne à partir de la plateforme. Puis, lorsque les

passagers verseront au conducteur les frais de transport, 5% seront versés sur le compte de Karhbetna.

L’initiateur du projet, M. Soltani,, affirme que le covoiturage, dans sa version mobile, est une solution économique et écologique conçue avec les dernières technologies en matière de développement mobile et grâce à l’expertise de l’Orange Developper Center qui semble avoir été d’un grand soutien. Pour lui, Orange Tunisie n’a jamais hésité à appuyer les porteurs de projets d’entrepreneuriat social et en fait même l’un des axes stratégiques de son développement. Il conclut en ayant la conviction que le « covoiturage finira par entrer dans les mœurs des Tunisiens ».

efficace peut également s’avérer être une réponse à l ’enclavement problématique des territoires très mal desservisKarhbetna.com propose un système innovant et simple d’utilisation. Le conducteur met en ligne son trajet : départ, arrivée, date. Le passager sans voiture peut alors entrer en contact avec le conducteur afin de réserver sa place pour pouvoir voyager. Karhbetna.com calcule automatiquement le prix à payer par personne, à partir des informations du véhicule, du prix des carburants et des péages. Le passager est donc sûr de payer le prix le plus juste et de voyager de manière conviviale. Cette application mise sur la simplicité, la sûreté et la transparence. Si le service offert est pour le moment gratuit, le projet deviendra, à terme, commercial, en fixant notamment la marge des prix sur les trajets grâce à un algorithme qui servira à calculer la distance entre le point de départ et le point d’arrivé. L’entrepreneur de 26 ans, M. Soltani, explique que les transactions seront effectuées à travers un système de paiement en ligne à partir de la plateforme. Puis, lorsque les passagers verseront au conducteur les frais de transport, 5% seront versés sur le compte de Karhbetna. L’initiateur du projet, M. Soltani,, affirme que le covoiturage, dans sa version mobile, est une solution économique et écologique conçue avec les dernières technologies en matière de d éveloppement mobile et grâce à l’expertise de l’Orange Developper Center qui semble avoir été d’un grand soutien. Pour lui, Orange Tunisie n’a jamais hésité à appuyer les porteurs de projets d’ entrepreneuriat social et en fait même l’un des axes stratégiques de son développement. Il conclut en ayant la conviction que le « covoiturage finira par entrer dans les mœurs des Tunisiens ». 26 " id="pdf-obj-25-37" src="pdf-obj-25-37.jpg">

26

4.3. L’ambitieux projet de référencement géographique et de géolocalisation

Smartcity.tn est un portail de référencement géographique et de géolocalisation en Tunisie basé sur un moteur de recherche intelligent et une forme web lisible lancé par la société IT Services. Cette plateforme en ligne proposant un ensemble d’outils intelligents permettant aux entreprises tunisiennes de disposer d’une vitrine (plus ou moins bien référencée par les

moteurs de recherche) et de se connecter à une clientèle virtuelle. Cette interface facilite grandement la mise en relation

des vendeurs et clients. Elle permet aux utilisateurs d’effectuer

des recherches ou une collecte d’informations sur une carte

virtuelle de la Tunisie. 27
virtuelle de la Tunisie.
27

5. L’AVANCÉE TIMIDE DES TIC DANS LA VILLE

 
 
  • 5.1. La fracture numérique

La première limite à la ville intelligente produite par les innovations dans les TIC est que la fracture numérique existe toujours en Tunisie, c’est ce que nous explique la Commission de la science et de la technique au service du développement du Conseil Economique et Social des Nations Unies. Si le Sud semble « rattraper » le Nord dans les taux d’accès aux ressources TIC avec des pratiques toutefois différentes il existe des inégalités internes. L’accès et l’appropriation des TIC dans la société tunisienne dépendent en effet des ressources financières d’un individu, de son âge ou encore de son lieu de

vie. Il existe donc des pans de la société marginalisés du fait du non-accès aux ressources TIC même si l’accès à un réseau

numérique via le téléphone portable est en train d’améliorer

cette condition.

Aussi, le numérique ne peut agir seul sur les enjeux qui pèsent sur le Grand Tunis. Le progrès technologique ne peut être à lui

seul porteur d’un développement plus équitable. Malgré les espérances placées par les grands groupes et les institutions politiques dans le numérique comme facteur d’un développement plus vert et plus durable, l’aspect « diminution de la pauvreté », « égalité dans l’accès aux ressources de la société » a besoin de plus de facteurs de changement que

l’innovation numérique.

  • 5.2. Le cas de l’opérateur Tunisie Telecom

L’opérateur Tunisie Telecom estime aujourd’hui être le mieux placé pour mener des projets de smart

services car il est l’opérateur le plus performant en termes de connectivité, de gestion des réseaux densifiés et des services managés. Pour ce faire, il convient de créer une plateforme numérique qui fournit de la cohérence à cette Smart City, à travers des applications horizontales fournies par l’opérateur aux utilisateurs de la City : un projet collaboratif où Tunisie Telecom peut jouer le rôle de fédérateur de plusieurs entreprises innovantes.

5. L’AVANCÉE TIMIDE DES TIC DANS LA VILLE 5.1. La fracture numérique La première limite à

28

Le président de Tunisie Telecom affirme que le chantier des Smart Cities vient à peine de commencer. Pour lui, il faut d’abord définir un concept général qui permet de gérer l’ensemble des services verticaux, puis de développer secteur par secteur et application par application, les services de la Smart city qui vont du transport intelligent, à la gestion de la sécurité, des ressources, des données, afin d’optimiser la consommation et apporter confort de vie aux clients TT. L’opérateur observe de très près ce qui se passe à l’international pour s’en inspirer et se doter des meilleures pratiques. Il affirme être très attaché à créer son propre concept de smart- city, adapté à la réalité et aux besoins des citoyens tunisiens, administrations et clients.

Tunisie Telecom a enclenché une réflexion sur l’e-Transformation 9 . L’opérateur souhaite passer d’un simple opérateur de connectivité et d’infrastructure à un distributeur de service numérique. Les clients veulent des services numériques qui répondent à leurs besoins dans des domaines différents (éducation, sécurité, transport, économie, …). Tunisie Telecom souhaiterait leur apporter des solutions, à travers son expertise dans la connectivité et à travers ses Data-centers modernes répondant aux hauts standards internationaux avec des solutions Cloud (public, privé et pour le professionnel) mais aussi à travers la construction d’un ensemble de services numériques qui permettent de répondre aux besoins réels de sa clientèle. Aussi, Tunisie Telecom s’attache beaucoup à intégrer et gérer efficacement la 4G.

Tunisie Telecom a déjà présenté ses solutions à travers le concept de maison intelligente. Il s’agit d’une solution unifiée et intégrée par Tunisie Telecom entre la connectivité d’un côté, la mobilité de l’autre et des équipements intelligents bien placés dans la maison. Il s’agit de fournir une solution unifiée aux clients pour permettre de piloter l’ensemble des fonctionnalités de la maison grâce à un tableau de bord. Cette solution, qui a commencé à être commercialisée en décembre 2015, permet l’automatisation de plusieurs fonctionnalités, l’optimisation de l’énergie (jusqu’à 30% de consommation en moins) et d’assurer une certaine sécurité avec le placement de caméras et de détecteurs de mouvements.

9 Transformation numérique de la société et de l’économie tunisiennes

6. CONCLUSION :

 

En dépit des différences de contexte dans les villes du Sud, il est pourtant possible de nommer l’objectif commun des villes

intelligentes : l’amélioration de la qualité de vie. En effet, tous les acteurs rencontrés sont d’accord pour affirmer haut et fort que l’intelligence de la ville consiste à placer l’humain, tous les humains, au cœur du projet urbain et ce, dans le respect de l’environnement existant. L’outil numérique ne viendrait qu’accompagner cette volonté d’améliorer les conditions de vie des

citadins.

En Tunisie, alors que le numérique investit doucement la ville, diverses initiatives prometteuses sont à l’œuvre allant dans le sens d’une ville à la gestion plus efficiente et démocratique au bénéfice des usagers et de la collectivité. Toutefois, certaines de ces initiatives sont critiquées du fait de leur envergure non négligeable et de leur position en tant que vitrine à vocation marketing. Enfin, les problèmes profonds de structuration et d’aménagement du territoire tunisien laisse à penser que la notion,de « ville intelligente parfois considérée comme utopique – n’est pas prête de se concrétiser…

30

7. ENTRETIENS RÉALISÉS

 

Acteurs publics

Mme Loubna SFAIHI JARAYA

Directrice technique de

l’aménagement du territoire et des

plans d’aménagement, municipalité de la Soukra

Mme Nazek BEN JANNET

Administrateur conseiller, est chargée des fonctions de secrétaire général, municipalité de Raoued et Directrice exécutive de la Fédération Nationale

des Villes Tunisiennes (FNVT).

  • M. Jamel MATMATI

Architecte-urbaniste, municipalité de Raoued

Mme Raoudha LARBI

Direction de l’urbanisme, Ministère de l’Equipement, de l’Habitat et du

Développement Durable

  • M. Mohamed AYARI

Direction de l’Habitat, Ministère de l’Equipement, de l’Habitat et du

Développement Durable

Mme Wala ATROUS

Responsable du projet d’étude sur la

faisabilité de la ville intelligente (coopération Tunisie-Corée du Sud), Centre d’Etudes et des Recherches des Télécommunications (CERT)

Mme Jihène GHILOUFI DAHMENI

Ingénieur en chef chargée de la direction de la gestion des informations

urbaines, Agence d’Urbanisme du Grand Tunis (AUGT)

Acteurs privés

  • M. Lotfi REJEB

Architecte-urbaniste et chargé du projet d’éco-quartier, la Soukra

  • M. Jade SALHAB

Architecte-urbaniste et consultant, Banque mondiale à Tunis

  • M. Anis DAKHLI

Consultant et chargé de mission auprès du chef du gouvernement

  • M. Patrick BELIN

Manager chez T&C Conseil, Mission Ecoter

Mme Lamia MOKNI

Cadre chez Tunisie Telecom

Universitaires

  • M. Sami Yassine TURKI

Professeur à l’Institut Supérieur des Technologies de l’Environnement de l’Urbanisme et de Bâtiment (ISTEUB)

Mme Hend BEN OTHMAN

Responsable du pôle de recherche des études urbaines, Institut de

recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC)

Acteurs de la société civile

  • M. Mohamed Atef BEN ARIBIA

Responsable de la plateforme « smartcity.tn » de référencement géographique et de géolocalisation

Mohamed Wael SOLTANI

Responsable de la plateforme Karhbetna

Responsables de la plateforme

WeClean

31

8. LÉGENDES 9. BIBLIOGRAPHIE - Verdeil E. « Le développement urbain durable dans la Tunisie 1
8. LÉGENDES
9. BIBLIOGRAPHIE
-
Verdeil E. « Le développement urbain durable dans la Tunisie
1
– P.1 : vue sur le gouvernorat d’Ariana. Source : auteur.
post-Ben Ali », Recherches Urbaines au Moyen-Orient et
2
P.2
et
30 :
smartcity
concept.
Source :
http://sparkblog.emc.com/2015/12/2016-year-emc-leads-smart-cities-
Ailleurs
(RUMOR),
2011.
URL :
transformation/
http://rumor.hypotheses.org/1560
3
– P.4 : statue d’Ibn Khaldoun sur la place de l’Indépendance à Tunis.
-
Habib Dlala, « Métropolisation et recomposition territoriale
Source : auteur.
du
Nord-Est
tunisien »,Cybergeo
:
European
Journal
of
4
– P.5 : groupe de travail Tunisie / Corée du Sud au CERT sur « l’étude de la
faisabilité de la ville intelligente ». Source : auteur.
Geography [En
ligne],
Environnement,
Nature, Paysage,
5
– P.7 : plan d’aménagement de la commune
de la Soukra.
Source :
document 410, mis en ligne le 03 décembre 2007.
URL :
rapport officiel du projet, consultable à la mairie de la Soukra.
http://cybergeo.revues.org/13863 ;
DOI :
6
– P.8, 9 et 11 : images de synthèse du projet d’éco-cité (configuration du
10.4000/cybergeo.13863
quartier, bâtiments et autre équipement). Source : rapport officiel du projet,
consultable à la mairie de la Soukra.
-
Najem Dhaher, « L’aménagement du territoire tunisien : 50
ans
de
politiques
à
l’épreuve
de
la
7
P.9
et 13 : panneaux publicitaires faisant la promotion des futurs
bâtiments du quartier. Source : auteur.
mondialisation », EchoGéo [En ligne], 13 | 2010, mis en ligne
8
P.14 :
Croquis
de
la
médina
de
Tunis.
Source :
le
20
septembre
2010,
URL
:
http://www.voyagesvoyages.net/article-voyage-et-dessin-en-tunisie-
http://echogeo.revues.org/12055 ;
DOI :
120005661.html
10.4000/echogeo.12055
9
– P.15
et
16 : images
de synthèse du projet « Tunsia Economic City ».
Source : site officiel http://www.tunisiaec.com/
-
Document préparatoire « Les villes
du
Sud
à
l’heure du
10
P.
20 :
carte
du
projet
TEC.
Source :
site
officiel
numérique », AdP – Villes en développement, journée de
http://www.tunisiaec.com/
l’association des professionnels, 2014.
11
– P.
23
et
24 : logo WeClean et étapes à suivre. Source : site officiel
-
ICT
in
Urban
Services,
Peer
Experience
and
Reflective
http://www.weclean.tn/
Learning (PEARL), National Institute of Urban Affairs, 2015.
12
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-
Code de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et de
13
– P. 26 : équipe de la plateforme Karhbetna. Source : auteur.
l’habitat
(version
2015).
URL :
32
14
– P.27 : aperçu de l’interface http://www.smart-city.tn/
http://www.legislation.tn/sites/default/files/files/textes_soum
15
P.
28 :
logo
Tunisie
Telecom. Source : site officiel
is_avis/texte/code-amenagement.pdf
http://www.tunisietelecom.tn/